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BIBLIOTECA NAZIONALE

CENTRALE - FIRENZE

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SUR I. À

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Suivies

L’A N AL ŸS É

TRAIT

ÏHEOLOGrI- POLITIOI

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N O S A,

Par le Comté Bouïainvilliei^ |!f.vVU h

S?

t O N D R Ë S,

MDCCUlfU

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C AT ALOG ü E,

Ouvrages attribués à Voltaire.

Candide en 2 vol.

Collettion des Lettres fur les Miracles , 8vo. 1 voL

Diflionnaire Philofophique . nouvelle édition aug« inentée d’une 5one^ a’Articles Neufs , grand in

8vo. 1767. Philofophie de PHiftoire, 1 vol. grand 8vo.

Pucelle (la) in 24. avec les Variantes 2 parties fig. Homélies prononcées à Londres en 1765. dans une affemblée particulière, 8vo. 1767.

Philofophe Ignorant, par Voltaire, 8vo. * 15. fols.

Oeuvres de feu Mr. Boulanger en 6 vol. fçavoir,

l’Antiquité dévoilée par fes ufages, 3 vol.

Chriftianifine dévoilé, 1 vol.

Recherches fur Porigine du, Defpotifme Oriental

1 vol.

Diflertation fur Enoch & Elie, fur Efope le Fabu*

lifte,

1 vol,

T

Oeuvres, de préret Secrétaire des Inscriptions & % Belles-Lettres, fçavoir.

Examen Critique des Apologiftes do la Religion

Chrétienne, 8vo. 1 vol.

Lettre de Tbrafibulc à Leucippe à la' quelle on a,

joint la, îyioïfîado, Svo. 1 vol.

Hiftoire Ecclélïaftique (Abrégé de P) de Fleury. 8VQ, 2. vol/

Mémoires de la

Emile ou de l’Education en ,4. vol*

1

MarquifedePompadour, 8vo. 2 vol.

Oeuvres de la Mettrie eu 2 vol.

Exfimen dp, la Religion , attribué k St. Evrcmont:

8vo. 1767.

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trr 9

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Recueil

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fi A T A L O G Ü E,

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*

ft ecueil néceflfaire, contenant ,

Analyfe de la Religion Chrétienne,- par duMarfais,;

Le Vicaire Savoyard. Catéchifme de IHonnéte-hoiifniê; Sermons des Cinquante.

Examen, impartial ,

par Milord Bolingbrokè.

Traduction d’une

Lettre du même à M fiord

i Cornsbury.

Dialogue du Douteur & de l’Adorateur.

Les derniereS paroles d’EpiCteté à fon filï.

Idéès de la Mothe le Vayer.

Les Queftions de Zapata, traduites par leSf. Tarn-

ponet, DoCteur de Sorbonne.'

Pehfëes Philofophiques ,12.'

-

-w

fur l’Interprétation de' la Nature.

Recherches Philofophiques, fur la néceflîté dé sas-

furer par foi-même de la vérité; fur la certitude

, de nos connoiffancês ; & fur la Nature des Etres.-

8vo. Londres 1743-

Servetis ( Miel .) dè Trinitatis ErroribUs Lib. VIle

ihid. Dialogorum, 3 part. 8vo* 1530.

«

lImpofture Çde) Sacerdotale Recueil de Pièces

. fur ie Clergé traduit de l’Anglais , èvô.

1767.

Doutes fur la Religion ; fuivis de l’Analyfe du traî-

: té Théologr-Politique de Spinoza , par le Comté

de Boulainvilliers, 8vo. 1767.

LEfpril du Clergé* ou le Chriftianifme primitif

vengé des entreprîtes &des Excès de îios Prêtres

modernes, Traduit de l’Anglois, 8vo. 2 vol*

1767-

,

Théologie Portative où Dictionnaire Abrégé de lsr

.Religion Chrétienne, par l’Abbé Bernier, Li-

cencié en Théologie, 8vo. 1 vol. 1767

Recueil de Pièces curieufes fur les MatieteS les ^plus Intéreffantes, par Albert Radicati, Comté de Pafferan, 8vo. Londres 1749.

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Page

i.

DOUTES

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G I O N.

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C H A P I T R E V I.

 

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Sur la Révélation.

 

.

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§. - I.

   

,

S'il y avoit une Révélation ,

elle fê-

roit néceflaire au bonheur de tous les hommes ; fi elle étoit néceflaire au bon-

heur de tous

roit donnée à tous les hommes ; Dieu ne peut fans injuflice exiger de nous , plus

que nous ne fommes capables, de faire ;

or il y a eu & il y a des hommes dans

l’impuiflance totale de connoître la Ré- vélation : donc il ny a point de Révéla- tion : d’un autre côté tous les hommes

ont de la raifon plus ou moins ; donc l’u-

ne efl néceflaire ôc l’autre ne feft point.

les hommes , Dieu l’au-

.

-

.

à

A

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,

Il y a un Dièu, donc- il faut un culte;

faufle conféquence! Le monde n’eft point

étemel , donc il ÿ à eu un Dieu & point

de culte.

Les bêtes ne rendent aucun

culte à Dieu ; -donc fi l’homme a y étoic

y auroit un Dieu , des créatures

pas , il

& point de culte.

*

-

i m.

Mais la créature raisonnable ne fauroit fe dispenfer de rendre un culte à Dieu ; cela eft faux : Cè édite fèTôit ôü pëut lu-

tilité du pour jgîoiÿe de Dieu , du peut

futilité ou pour la gloire

de Ffrcttntne t

le pferbjereft àbfurde . Dieu rieft a pal

beloin ; Il ïe fhffit à hii- i mêmé en tout

par-tôüt & ën tdut tettil

Si îe Cultè

n’eft que' pour fe Créature, religion fié

fera plus qù’tine même chdfe avec 1b- ciëté , il ri’ÿ àiirapliis dè péché cdhtrfe

Dieu, il n’y ëft aura qùe cctttre les hom-

mes ; donc Diéu réitéra dans léteffifté

de fon immuable repos fans punir ni té*

compenfèr.

qu’appartiendra le droit de punir & de

C’eft

aux hodimès feuîs

'

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|

3

)

( récompenfer , droit qui dénote de là foi*

blefle dans celui

qui

la.

Une vipère

mord

un homme , elle ne fait ni bien m

mal relativement à Dieu qui ne la punir

ra ,

mal

ni ne la récompenfera ; elle fait du

à l’homme , il l’écralè , cela eft dans

l’ordre.

Un homme vole fou voâfin, il

ne fait ni bien ni mal par rapport à Dieu,

il fait du mal par rapport à la Société;

la Société le punit ; il ny a rien

S-

iv.

à dire.

S’il y avoit un culte révélé, lhomme feroit fait pour Dieu , ou Dieu pour lhomme : or l’un & l’autre répugne Dieu h’eft point fait pour l’homme , car

pour lors l’homme, feroit plus noble que

lui. L’homme n’eft pas non plus Sri t pour

Dieu , car Dieu na pas befoin de lhom-

me. L’homme a été fait parcoque Dieu

l’a voulu.

5 -

'Sil y avoit une Révélation elle feroit

inutile , -car elfe ne pourrait fe perpétuer que pair l’écriture ou par la tradition. Les

hommes ne tiennent point de Dieu l’act

A 2

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décrire 4 fans lequel Révélation naü*

roit pas pûîfe perpétuer ; d’ailleurs cette

Révélation n’eût point été faite pour les aveugles. Relie la tradition , mais elle

eft fujette à être corrompue , & elle ne

peut être d’aucun ufage.pour les lourds de

.

.

Beaucoup

de

gens ignorent quil y

ait jamais eu .ühcL Révélation ; parmi

ceux qui ne l’ignorent point , très - peu

en ont été témoins. Ceux qui préten- dent en avoir été .témoins rapportent deâ

chofes très-oppofées. Jélus-Chrill détruit Moyfe, Mahomet détruit Jéfus - Chrill:

doù viennent ces: contrariétés ? Cell

quil h y a jamais eu de Révélation. :

n’ell pas .Dieu mais les hommes

mentent & fe contrarient.

k.

«.

5.

VII.

~r

k

« •»

Ce

qui

Lon ne doit point agir dans le doute.

Religion

Si je ne fuis pas alluré -que la

de mes Peres elt vraie, je ne dois point

m’expofer à rendre à Dieu un culte que peut -

être

il

.

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1

gy

- * Dieu i

VII I.i

.>lu 4

dit -on , a tout fait pour

là

gloire: qu’eft-ce que cëîa lignifie? Lagloi-

: re eft refpeétive & n’exifte que dans' lo- pinion des autres ; : aînfi la gloire ne peut

convenir à Dieu ; donc il eft-abfurde de

dire que Dieu ïécbhipenfe dânfe^le Ciel

pour faire éclater fa bonté, 'quil punit

en Enfer pour mahifefter fa juftice. Quels font les fpe&atëufs dont Dieu*'Cherche à mériter l'eftime- par ces deux ia&es'? Il

s’admire, il s’aime; il- s’eftimô lui même; cela lui füffit. > Que lui font le refpeét

& les louanges des hommes leurs bonnes eu leurs, mauvaifes^ âétiôns ? tout eft bon relativement à lui pareeque toqt ce qui

fintérefle eft lui -même,

1

T X

,

CHAPITRE II.

,

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*

*

.

Sur les preuves de la Religion.

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[

-O :

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: r S-

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. *•

X-^a foi fuppofe l’autorité divine ; donc

il ne faut point' Croire fans raifonner. A-

ran^de croire, il -faut examiner ii Dieu a

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<«>

réellement révélé le culte qu’on nous

propofe. Il eft aufli dangereux de croi- trop légèrement que de ne point

Cet examen ne peut fe

croire du tout.

faire que par la raifon.

L'opinion des

re

autres ne peut juftifier la nôtre , donc la

raifon doit précéder la foi.

D’ailleurs la

foi & la raifon font également des dons

de Dieu : pourquoi l’un l’emporteroit - il

fur l’autre

Plufieurs Ecrivains Chrétiens le van-

tent de démontrer la vérité de la Reli-

gion.

de mérite à croire. Fra-Paolo refufa de

lire le. livre dun de fes amis qui lui a-

Si cela étoit il n’y auroit

point

de la Religion

voit envoyé un traité

démontrée , de peur , difoit - il , de per-

dre le mérite de la foi.

t

5-

IL

Les vérités

de la Religion ne font

point des vérités innées , éternelles ou

métaphyfiques , fenties & connues par-

tout.

Ce font des vérités qui dépendent

Si elles font nécelfaires à tous

des faits.

les hommes , leurs preuves doivent être

claires , faciles & convaincantes , donc

il faut rejetter toute preuve équivoque ,

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( 7;>

géopr ale •& d’ufle discu$on difficile ÿ un

Pieu jufte #e peut point *ne daigner ppttf

n’avoir point eu, î’.çlpW df diïçqffioji,

;

.v

:

; -'iï:à/ï ;\r/i

Tout ce qui nous efl: transmis par les

hommes eft fujet à~l’erreur ; donc Dieu

na pu faire dépendre la vérité de la tra-

dition des hwimes. Le témoignage de la

raifon doit l'emporter fur celui de tous

les hommes joints enfemjyle, Ma raifon

vient 4^ Pieu qui ne veut ni ne peut me

tromper , au lieu que les jhommes peu-

vent pu .veulent me tromper

J:,

5

I V

.

*

Dieu efl immuable , pourquoi /on cul-

te a*t-il perpétuellement changé ? Moyfe

a changé le culte d’Adam , Salomon a

changé celui de Moyfe , Jéfus - Chrift a détruit l’un & l’autre. Une maifôn ré-

parée par tant d’archite&es ne peut gue-

res palier pour bonne.

5 .

V.

.

-

~

,

Dans le Myftçre il y a deu$ chofes à

'

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diftinguer , la fubftance & le fait. modo fit & an fit? La fubftance

concevable ,

je l’avoue,

mais

Quo-

eft in-

le fait

doit être évident.

Donc il eft du res-

fort de la raifon précifément parceque

la fubftance n’en eft point.

.

L

.J

J

v t

.

.

La raifon nous fait diftinguer deux fortes de vérités dans la Révélation : les

unes font de pure fpéculation , fans être

néceflàires au falut ; les autres font de pratique & effentiellement néceflàires. Il

n’importe que la connoiflance des pre-

mières vérités fbit difficile, mais les au-‘

très doivent être claires , faciles & con-

vaincantes , fans cela elles ne feroient fai- tes que «pour les gens d’efprit & les fa-

vans.

t-oh , doivent fe laiffer conduire par les

favans.

Les fimples & les ignorans , dira-

; ;

;

S-

VII.

Defcartes ne veut croire que ce quil

voit clairement , excepté en matière de

Religion où il faut fermer les yeux.

Si

cela eft , quelle religion embraflêra-t-on ? Toutes fe vantent d’avoir la vérité de

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.

'

(

9

)

Pour choillr il faut examiner

les preuves ; comment voir les preuves

leur côté.

fi l’on ferme les yeux ? • • r . . . * • .
fi l’on ferme les
yeux ?
r
.
.
.
*
.
.
.
,
vu 1.-
5.
:

L’examen des religions fuppofe le rai-

fonnement , beaucoup de gens raifon-

nent mal ; donc Dieu damnera pour un

faux raifonnement ceux à qui il navoit

quà donner un efprit plus jufteî.

»•

CHAPITRE. III.

- Suj F Ecriture- Sainte.

--

*-

- -

a.

»

«

J.

I.

-

-,

;

T / Ecriture efl la parole de Diai, donc

elle doit, être digne de Dieu.

Mais ,

dit - on j Dieu s’eft accommodé à la foi-

blefledes hommes: miférable faux- fuyant!

Dieu ne peut -il s’énoncer autrement que

les hommes?

» Les incrédules, dira -t- on, croyent

fans difficulté les faits contenus dans les

hiftoires profanes, pourquoi refuferoient- jls d’ajouter foi à la plus ancienne des

hiftoires ? ceft quil efl aifé de croire des

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(

>

faits vfaifemblâbles , conformes à For-

dre de la nature & indifierens au bon-

heur , au lieu quil eft knpQffible de croi-

re des abfurdités d’où Ton fait dépendre

le bonheur éternel.

.

%.

.

H-

-

.

j

L’Ecriture efl la régie de la Foi, donc

Esdras a

elle doit être incorruptible.

changé lAncien Teftament St. Jérôme

a altéré le Nouveau.

Tout le monde eft

obligé de convenir qu’un grand nombre

de partages ont été altérés & corrompus. La Vulgate diffère de la traduction des Septante, &c. faut -il fçavoir l’hébreu

pour être fauvé?
.

5 , rlll

Moyfè & Mahomet ont écrit ; Jéfus-

Chrift na rien écrit.

de Ta Religion:

Aucun des livres

na été même commencé

de fon vivant. Il étoit pourtant impor- tant que celui qui venoit abroger la Loi,

eût fixé nos incertitudes., & n’eût pas

fournis fes «préceptes aux incorrections

des Copiftes.

Çda étoit plus néceflàire

aux hommes {que de faire des miracles.

( II

)

'

.

qui ne pouvoient être utiles quà ceux

qui les ont vus.

i i V.

-

-

.

i

Quelques livres de l'Ecriture font ca-

noniques ou infpirés , d’autres font apo- cryphes. Ce font les hommes qui ont

qui leur a

décidé sils venoient du ciel

-

y

donné ce droit ? Ç’ell: un fûr moyen de

fe rendre maître de l’univers que davoir

le droit de fe faire des titres au befoin* il n’y a ici -bas d’autorité inconteftable-

ment divine qu’im bon r abonnement en

forme.

J.

v.

Pourquoi dans l’Ecriture toujours des myfteres , des allégories , des paraboles ?

Ceft le ftyle des Orientaux, Le St. Ef- prit n’eft-il que d’Orient ? LEcriture

n’eft- elle que pour les Orientaux ?

&

-VI.

- L’Ecriture n’efl: remplie que de con-

tradiftions & d’abfurdités ridicules. Dieu

cherche Adam dans le Paradis , il choifit

& rejette

Satfl , il ordonne à Ezéchiel.

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(

«2 )

.

de manger de la matière fécale , & de là

fiente de cheval par compofition , il sen- tretient avec le Diable dans le livre de Job &c. C’eft le ftyle des Orientaux ?

en vérité

il eft bien abfurde pour les

Occidentaux ! Un Evangéiifte dit que

Jéfus- Chrift efb mort à 3. heures,

un-

autre dit que c’eft à 6 . : Errfeur de co-

pifte , dit - on. Un Evangéiifte

généalogie d’une façon , l’autre dune au- tre: eft - ce encore une faute de copifte ?

qui la

Si ce copifte a erré fur ce fait ,

empêché d’errer fur un dogme? Ma foi

eft à la merci d’un Frere JSénédi&in du

XI e . fiecle !

fait

fa

:

.

M

*

').•

$.

.

.

VII.

.

ç

Pater major me efi , dit ; Jéfus - Chrift

on feroit cependant bien reçu 3 dire que

le Fils n’eft point Dieu égal à fon Pere. Ego & Pater unutn furnus

5- vue

-ii.-

:

- L’Ecriture a été diviniféè par des Con-

ciles intéreftés

à le faire, i * Les Pafteurs:

de TEglife-ont intérêt que lEcriture ne

foit point ùn livre humain.

Tout .Juge'

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(13 )

intéreflé eft récufable.

*

Ny a-t-il que

dans l’aflaire du falut éternel où lon ne

doive point avoir égard aux régies les plus fimples du droit & du bon fens?

5-

-

I X.

: Je ferai damné fi je n’obferve point les

commandemens : mais puis- je les obfer-

ver ? oui , avec la grâce : mais laurai-

je quand je voudrai ? Non ,

il faut la

demander: mais puis -je la demander

'quand j’en aurai

befoin ? Non , il faut

<jue Dieu vous donne la grâce pour lui

demander ce dont vous avez befoin , le

don

de la priere eft une grâce.

Si je

prie, ou Dieu veut m’accorder ce que je

demande , ou il ne le veut pas ; sil le

veut, ma priere ne hâtera point f^ volon-

, elle eft donc en pure perte ; sil né

le veut pas , elle eft inutile.

criture ?

mais elle

dit ; aufli

Que dit lE-

Sine me nihil potejlis facere :

perditio tua ex

te â

Israël! Mais, dira Israël, ma damnation

car pourquoi fuis - je.

damné , ô mon Dieu ? parceque je ne

vous ai pas demandé des grâces; mais

•n’eft point ex me ;

ne m’avez - vous pas dit fine me &c ? Si

.j’avois ofé vous demander , jaurois été

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i

( 14

)

Pélagîen & par conféquent je vous aurois

déplu & vous mauriez également damné;

après cela vous venez me foire ce tendre

reproche , quid potui tibi facere ,

inea , 6? non feci ?

Ce que vous

vinea

avez

pu foire & que vous navez point fait , le

voici , me donner la grâce de la priere. Les Théologiens répondront pour Dieu

en difant qu’il a donné des fecours fuffi* fons. Israël répliquera ; fons examiner

ce que vous étiez obligé de faire pour moi, & fi m’ayant créé pour votre gloi-

re, pour vous aimer, vous fervir, vous

adorer, vous n’étiez pas obligé de me

donner des fecours efficaces , puisque

fans eux je ne vous ai ni aimé , ni ado-

ré , ni glorifié , but que vous aviez pour-

tant en me créant ; cependant fans, dis-

je, examiner cela, qu’appeliez -vous des

fecours lùffifons ? des fecours qui nont

point

fuffi : Mais , mon Dieu , vous me

jouez ; vous ne me donnez pas la moitié

de

ce qu’il me faut , ce n’eft pas moi,

ceft vous qui me tuez. Ces fecours n’ont été infuffifens que

.

parceque vous les avez négligés, o Israël

Mais je ne les ai négligés que parceque’

je ne les ai point employés ; je ne les ai

que parceque je. nai

point employés

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(U)

point ea la grâce qui ne dépendait point

en me créant ,

de moi : mon Dieu ,

fous avez eu mon faiut pour but , je

ftai pû être fauve fans une grâce effica-

ce, vous êtes donc obligé de me la don-

,

ner ; fi je fuis damné ,

& non la mienne.

c’efl votre faute

s

g.

X.

Dieu na parlé aux hommes que pour leur apprendre ce qu’ils ne ponvoient fa-

voir par eux - mêmes & ce qui efl nëces-

faire à leur falut. Or l’Ecriture efl obfcu-

re & inintelligible , donc elle neffc point

la parole de Dieu, donc elle a befoin d’ê-

tre commentée par les hommes , donc

ce font les hommes qui nous inflruifent.

g. X I.

Quelles idées lEcriture nous donne- 1-

£lle de Dieu ? il efl aveugle , colere ,

moqueur, ignorant, cruel; fi efl toujours

en querelle avec le Diable qui efl: incom-

parablement plus fort que lui ,

qui lui

débauche une partie de ùl cour , qui a

beaucoup plus d’autels que lui , qui dam*

pe les trois quarts & demi de la Terre,

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( 1 «

)'

qui fait ëchouer lœuvre de là rédemjx

Pourquoi ne point anéantir le Dia- pourquoi s’amufer à des jeux qui

tion.

ble ?

font frémir l’humanité ? pourquoi punir

çeux qui ont fervi à fes amufemens ? &c.

Mais ,

§.

XI I.

dira- 1 - on ,

il ne faut point

s’arrêter au fens littéral , ce font -là des

allégories. Pourquoi donc les Chrétiens

appuient- ils leur religion ûir ce fens lit- téral ?

CHAPITRE IV.

Sur les Prophéties.

§/ I.

r

U Ne Prophétie doit être claire & fans

obfcurité , fans quoi elle fera femblable

aux oracles du Paganisme.

Les Juifs ne

font point daccord avec les Chrétiens

fur le fens des Prophéties qu’ils adoptent

en commun. Les premiers nient que les

Prophéties conviennent à Jéfus - Chrift.

Celui-ci a dit de lui - même quelles lui convènoient, il a donc pu être juge dans