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DrALEXANDER

L.u

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-JO

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TCHOU

A propos de la collection

LE CORPS

A VIVRE

Force est de constater qu'une insatis - faction grandissante se fait jour devant les atermoiements de la psy- chanalyse classique qui d'ailleurs ne cache pas son indifférence à l'égard d'un problème tout de même capital :

celui de la guérison . Une réact ion salutaire contre cet état de fait commence heureusement à se dessiner. Les psychothérapies de groupe, pratiquées depuis plusieurs décennies, avaient déjà contribué à ouvrir de nouvelles perspectives. Mais par-delà cet effort, c'est la notion même de prépotence de la psychologie en la matière qui se trouve aujourd 'hui mise f'n cause . Un . certain nombre de praticiens décou - vrent que l'on peut aider les patients (et s'aider soi-même) en posant le problème de facon totalement diffé- rente.

retrouvé cette vérité très si m-

pIe et très ancienne : savoir que le

corps a toujours son mot à dire dans les troubles qui affectent le psy-

chisme ; enfin, que c'est en appre- nant au corps à vivre selon l'harmo-

nie qui lui est propre que l'esprit peut

trouver l'équilibre qui lui fait si sou - vent défaut.

A cette entreprise de restitution,

disciplines doivent partici -

per. Car la vie se projette à la fois sur le plan psychologique, sociologique, anatomo-physiologique; mais elle

échappe inexorablement à ceux qui

ne veulent la saisir qu'au niveau d' un

Ils ont

toutes les

seul de

ces systèmes de projection .

(Suite au deuxième rabat)

Collection

« LE CORPS

À

VIVRE »

dirigée par

le Dr Jacques DONNARs

Collection « LE CORPS À VIVRE » dirigée par le Dr Jacques DONNARs

DR ALEXANDER LOWEN

La

DR ALEXANDER LOWEN La • ergle Traduit de l'américain par }- Michelle Fructus TCHOU LAFFONT

ergle

Traduit de l'américain par }- Michelle Fructus

TCHOU

LAFFONT

DR ALEXANDER LOWEN La • ergle Traduit de l'américain par }- Michelle Fructus TCHOU LAFFONT

On verra que , dans le corps du texte, nous avons employé indifféremment les mots bioé nergie et bioé ne rgéti que . En effet , si, aux États-Unis , la préférence est donnée au terme bioénergé ti qu e, en France, l'usage consacre souvent celui de bioén erg ie (No te de l'éditeur).

Ce t

ouv r age

a

été

p ub lié

pour

la

premiére fois

a ux Éta ts-U ni s

par

Cow ard,

Mc Geogham l nc, a N ew Yo r k so us le t itre: Bioenerget ics .

© Alexander Lowen, M.D . 1975 .

© Tcho u, 1976, pour la trad ucti on française .

A

mes parents

Leur dévouement pour moi m'a permis d'affronter les conflits de ma personnalité et de m'en dégager

Trois âmes, trois prières:

Je suis un arc dans tes mains, Seigneur. Tire, sinon, je pourrirai.

Ne tire pas trop fort, Seigneur, je me romprais. Tire fort, Seigneur, qu'importe si je romps.

Nikos KAZANTZAKIS, Lettre au Greco

CHAPITRE 1

De Reich à la bioénergie

Ma thérapie avec Reich, 1942-1945

La bioénergie est fondée sur les travaux de Wilhelm Reich. Il fut mon professeur de 1940 à 1952 et mon analyste de 1942 à 1945. Je rencontrai Reich en 1940 à New York, à la New School for Social Research, où il faisait un cours sur l'analyse caractérielle. J'avais été intéressé par le résumé du cours, dans lequel on reliait l'identité fonc- tionnelle du caractère à l'attitude physique ou à la cuirasse musculaire. La cuirasse est la structure globale des tensions musculaires chropiques du corps. On l'appelle cuirasse parce que ces tensions servent à protéger l'individu des expériences émotionnelles menaçantes ou dangereuses. Elles le mettent à l'abri des impulsions dangereuses naissant de sa propre personnalité, ou de l'attaque d'autrui. Lors de ma rencontre avec Reich, je poursuivais depuis des années des recherches sur la relation corps-esprit. Cet intérêt était de mes expériences personnelles dans le domaine de l'activité physique, par la . pratique de divers sports et de la calisthénique. Dans les années 30, j'avais été directeur athlétique de plusieurs camps d'été, et je m'étais aperçu que non seulement un programme régulier d'activité physique améliorait ma santé physique, mais qu'il avait aussi un effet positif sur 1 mon état mental. Au cours de mes recherches, je m'étais intéressé à l'((eurythmique)) d'Emile Jacques-Dalcroze, au concept de «relaxation progressive» d'Edmund Jacobson, et au yoga. Ces études me confirmè- rent dans l'impression que l'on pouvait influencer les attitudes mentales en travaillant au niveau du corps, mais leur approche ne me satisfaisait pas entièrement.

La bioénergie

Dès son premier cours, Reich captiva mon imagination. Il commença le cours en traitant le problème de l'hystérie. Reich souligna que la psychanalyse avait réussi à élucider le facteur historique du syndrome de conversion hystérique. On avait prouvé que ce facteur était un traumatisme sexuel, éprouvé pendant la petite enfance, puis totalement oublié et refoulé pendant les années ultérieures. Le refoule- ment et la conversion en symptôme des idées et émotions refoulées qui en découlaient constituaient le facteur dynamique de la maladie. Bien que les concepts de refoulement et de conversion soient à cette époque des principes bien établis de la théorie psychanalytique, on ne compre- nait pas du tout par quel processus une idée refoulée se convertissait en symptome physique. Selon Reich, c'était la compréhension du facteur temps qui manquait à la théorie psychanalytique. « Pourquoi, deman- dait Reich, le symptôme s'est-il manifesté au moment où il l'a fait, ni plus tôt ni plus tard ?» Pour répondre à cette question, il fallait savoir comment s'était déroulée l'existence du patient pendant toutes les années intermédiaires. Comment avait-il réagi vis-à-vis de sa sensibilité sexuelle pendant cette période? Reich pensait que le refoulement du trauma originel persistait grâce à la suppression de la sensibilité sexuel- le. Cette suppression constituait la prédisposition au symptôme hystéri- que, transformée en manifestation par un incident sexuel ultérieur. Pour Reich, la vraie névrose était constituée à la fois par la suppression de la sensibilité sexuelle et par l'attitude caractérologique concomitante; le symptôme lui-même n'en était que l'expression visible. Considérer cet élément - c'est-à-dire le comportement et l'attitude du patient vis-à-vis de la sexualité - introduisait un facteur (( économique» dans le pro- blème de la névrose. Le terme (( économique» se réfère aux forces qui prédisposent l'individu à élaborer des symptômes névrotiques. Je fus fortement impressionné par la perspicacité de Reich. Ayant lu un bon nombre d'ouvrages de Freud, j'étais assez familiarisé avec la pensée psychanalytique, mais je ne me souvenais pas que ce facteur y ait été discuté. Je sentis que Reich me présentait une nouvelle approche de réflexion sur les problèmes humains, et cela me passionna immé- diatement. La portée de cette nouvelle approche ne m'apparut que gra- duellement, à mesure que Reich développait ses idées dans le cours. Je réalisai que ce facteur économique était une clé importante de la compréhension de la personnalité, car il traitait de la façon dont un individu gère son énergie sexuelle, ou son énergie en général. De combien d'énergie un individu dispose-t-il et quelle quantité s'en décharge par les activités sexuelles? Le terme d'économie énergétique,

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De Reich à la bioénergie

I OU d'économie sexuelle, se réfère à l'équilibre maintenu entre la charge

et la décharge d'énergie, ou entre l'excitation sexuelle et la détente

sexuelle. Le symptôme de conversion hystérique ne se développe que l lorsque cette économie ou cet équilibre sont faussés. La cuirasse musculaire ou les tensions musculaires chroniques servent à maintenir cet équilibre énergétique en contenant l'énergie qui ne peut être

déchargée.

Mon intérêt pour Reich augmenta à mesure qu'il exposait sa pensée

et ses observations. La différence entre une économie sexuelle saine et

une économie sexuelle névrotique ne tient pas à la question d'équilibre.

A cette époque, Reich parlait d'économie sexuelle plutôt que d'écono-

mie énergétique, mais dans son esprit ces termes étaient synonymes. Le névrosé maintient l'équilibre en contenant son énergie par les tensions

musculaires et en limitant son excitation sexuelle. Une personne saine ne limite pas son excitation sexuelle, et son énergie n'est pas contenue par une armure musculaire. Elle est donc totalement disponible pour le plaisir sexuel ou pour toute autre forme d'expression créative. Son économie énergétique fonctionne à haut niveau. La plupart des gens sont caractérisés par une économie énergétique à bas niveau, qui est

responsable

culturel. Bien que Reich exposât ses idées de façon claire et logique, je restai légèrement sceptique pendant la première moitié du cours. J'ai appris depuis que cette attitude est l'une de mes caractéristiques. Je lui dois une bonne partie de mon aptitude à repenser les choses par moi -même. Mon scepticisme vis-à-vis de Reich portait sur l'importance exagérée qu'il semblait attribuer au rôle de la sexualité dans les problèmes

à la dépression, endémique dans notre

de

la

tendance

émotionnels. La sexualité n'est pas la seule réponse, me dis-je en moi-

même. Puis, sans que j'en sois conscient, ce scepticisme disparut soudainement. Vers le milieu du cours, je me sentais parfaitement convaincu de la validité des positions de Reich. Je compris la raison de ce changement environ deux ans plus tard,

peu de temps après avoir moi-même entrepris une thérapie avec Reich.

Il me vint à l'esprit que je n'avais pas fini de lire l'un des ouvrages indi-

qués par Reich dans la bibliographie de son cours: Trois Essais sur la théorie de la sexualité de Freud. J'en étais arrivé à la moitié du deuxième essai, intitulé ( Sexualité infantile», lorsque je cessai ma lec-

1.

Alexander Lowen, La Dépression nerveuse et le Corps, Tchou, éditeur, 1975.

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La bioénergie

ture. Je réalisai alors que cet essai avait réveillé mon angoisse incons- ciente quant à ma propre sexualité infantile et, bien que je ne fusse pas encore prêt à affronter cette angoisse, il ne m'était plus possible de garder mon scepticisme sur l'importance de la sexualité. Le cours de Reich sur l'analyse caractérielle se termina en janvier

1941. Je restai en contact avec lui pendant toute la période entre la fin

du cours et le début de ma thérapie personnelle. Je me rendis à de nombreuses réunions chez lui, à Forest Hills, où l'on discutait des implications sociales de ses concepts d'économie sexuelle, et où l'on élaborait un projet de mise en œuvre de ces concepts au moyen d'un programme public de santé mentale. En Europe, Reich avait été un

pionnier dans ce domaine. (Cet aspect de son œuvre et de mes rapports avec elle sera étudié plus en détail dans un ouvrage ultérieur sur Reich .) Je commençai ma thérapie personnelle avec Reich au printemps

1942. Pendant l'année précédente, je lui avais rendu de fréquentes visi-

tes à son laboratoire. Il me montrait certains des travaux qu'il effectuait sur des préparations biologiques et des tissus cancéreux. Un jour, il me dit: « Lowen, si ces travaux vous intéressent, il n'y a qu'un seul moyen de vous y mettre: commencer une thérapie.)) Cette phrase me fit

sursauter, car je n'avais pas envisagé cette démarche. Je lui déclarai:

«Cela m-intéresse, mais je tiens surtout à devenir célèbre. n Reich prit cette remarque au sérieux, car il répondit: de vous rendrai célèbre. n Au cours des ans, j'ai considéré la phrase de Reich comme une prophé- tie. Ce fut l'impulsion dont j'avais besoin pour surmonter mes résis-

tances et pour me lancer dans ce qui allait être le travail de toute une

vie.

Ma première séance de thérapie avec Reich fut une expérience que je n'oublierai jamais. Je m'y rendis en supposant naïvement que je n'avais pas de problèmes. Ce serait simplement une analyse didactique. Je m'allongeai sur le lit, en maillot de bain. Il n'y avait pas de divan, puisque c'était une thérapie orientée sur le corps. Reich me dit de fléchir

les genoux, de me détendre et de respirer en gardant la bouche ouverte

et les mâchoires détendues. Je suivis ces instructions et attendis la suite

moment, Reich me dit: « Lowen, vous ne

des événements. Au bout d'un

respirez pas.) Je répondis: «Bien sûr que si, sinon je serais mort.» Il

remarqua: «Votre poitrine ne bouge pas. Touchez la mienne. n Je posai la main sur sa poitrine et remarquai qu'elle s'élevait et se rabaissait au

rythme de sa respiration. Il n'en était

pas de même pour

moi. Je me recouchai et me remis à respirer, en dilatant la poitrine à l'ins-

"

De Reich à la bioénergie

piration et en la contractant à l'expiration. Rien ne se passait. Je

continuai à respirer, calmement et profondément. Au bout d'un moment Reich me dit: «Lowen, rejetez la tête en arrière et ouvrez largement les

yeux. n Je fis ce qu'il me disait et

C'était une belle journée de printemps, et les fenêtres étaient ouvertes sur la rue. Pour éviter tout ennui avec ses voisins, le Dr Reich me demanda de redresser la tête, ce qui arrêta le hurlement. Je me remis à respirer profondément. Curieusement, le hurlement ne m'avait pas perturbé. Je ne m'y sentais pas lié émotionnellement. Je ne ressentais aucune peur. Après un moment passé à respirer, le Dr Reich me demanda de renouveler l'opération: rejeter la tête en arrière et ouvrir largement les yeux. Le hurlement sortit à nouveau de ma gorge. J'hésite à dire que je hurlai, parce que je n'avais pas l'impression de le faire. Ce hurlement était quelque chose qui m'arrivait. De nouveau je m'en sentais détaché, mais je quittai la séance avec l'impression que tout n'allait pas aussi bien que je le croyais. Certaines « choses n (images, émotions) dans ma personna- lité restaient au-delà de ma conscience, et je savais qu'il leur faudrait

un hurlement sortit de ma gorge.

ressortir.

Reich appelait sa thérapie « végétothérapie

caractéro-analytique ). L'analyse caractérielle avait constitué son importante contribution personnelle à la théorie psychanalytique, qui lui valait la haute considération de tous les analystes. Le terme « végéto- thérapie n se rapportait à la mobilisation des émotions grâce à la respi- ration et à d'autres techniques corporelles qui activaient les centres végétatifs (ganglions du système nerveux autonome) et libéraient l'éner-

gie « végétative n.

La végétothérapie représentait le passage de l'analyse purement

verbale à un travail direct sur le corps. Elle s'était présentée à lui envi-

ron neuf ans plus tôt, au cours d'une séance d'analyse que Reich décri- vait comme suit:

A cette

époque,

«A Copenhague, en 1933,je traitais un homme qui avait élaboré des

résistances particulièrement fortes pour ne pas dévoiler ses fantas- mes homosexuels passifs. Ces· résistances se manifestaient par une extrême raideur du cou (il était « guindé n). Après que j'eus attaqué énergiquement cette résistance, il se laissa soudain aller, mais de façon alarmante. Son visage se mit à changer rapidement de couleur, passant du blanc au jaune ou au bleu. Sa peau était marbrée de tein-

tes variées. Il ressentait de violentes douleurs dans le cou et dans

La bioénergie

l'occiput. Il lâché prise 1. »

avait la diarrhée, se sentait épuisé, et semblait avoir

Cette « attaque énergique » était purement verbale, mais elle était diri- gée contre l'attitude « guindée » du patient. «Les affects firent irruption

au niveau somatique, après qu e

le patient eut abandonné une attitude de

défense psychique. )) Reich réalisa alors que « l'énergie peut être contenue par une tension musculaire chronique 2 ». A partir de ce moment, Reich étudia l' attitude ph ysique de ses patients. Il observa :

« Il n'exi ste pas de névrosé qui soit dépourvu de

Il nota la tendance commune de ses patients à contenir leur respiration et à réduire l'expiration pour contrôler leurs émotions . Il en conclut que

retenir la respiration sert à limiter l'énergie de l'organisme grâce à la réduction des activités métaboliques, ce qui diminue alors la production d'angoisse. La première étape du processus thérapeutique consistait alors pour Reich à amener le patient à respirer calmement et profondément. La seconde consistait à mobiliser celle des expressions émotionnelles du patient qui paraissait la plus évidente d'après son visage et son compor- tement. Dans mon cas, ce fut la peur. Nous avons vu comment ce procédé avait eu sur moi un effet puissant.

Les séances suivantes se déroulèrent selon le même schéma général. Je m'allongeais s ur le lit et respirais de façon aussi détendue que je le pouvais, en essayant de laisser se produire de profondes expirations . J'a vais pour instructions de m'abandonner à mon corps et de ne contrô-

pourraient surgir . De

nombreux faits se produisirent, qui me mirent progressivement en contact avec mes premiers souvenirs et mes premières expériences. Au début, je n'étais pas habitué à l'approfondissement de la respiration, et cela provoqua de fortes sensations de picotement des mains qui entraî- nèrent à deux reprises un spasme carpopédal important, avec de fortes crampes des mains. Cette réaction disparut à mesure que mon corps s'habituait à l'augmentation d'énergie due à l'approfondissement de la respiration. Mes jambes se mettaient à trembler lorsque j'écartais et rapprochais doucement les genoux, mes lèvres aussi lorsque je suivais mon impulsion à les tendre.

tensions abdominales 3

11er aucune des expressions ou des impulsions qui

l.

Wilhelm

Reich, The Function a/the Orgasm ( Ne w York , Orgo ne

In stitute

Press, 194 2) , p. 239 -240. La Fonction de l'orgasme (Éditi ons de l' Arche).

2. Ibid. , p.

24 0.

3. I bid., p.

273 .

14

De Reich à la bioénergie

A cela succédèrent plusieurs irruptions d'émotions, avec les souve-

nirs associés. Une fois, alors que j'étais étendu sur le lit à respirer , mon

corps se mit à se

balancer in volontairement. Le balancement s' amplifia

jusqu'à ce que je me retrouve assis. Alors , sans avoir l' impres sion de le

faire, je descendis du lit, me tournai pour lui faire face et me mis à le frapper des deux poings. Pendant que je faisais cela, le visage de mon père apparut sur le drap du lit, et je réalisai brutalement que je le frap- pais à cause d'une fessée qu'il m'avait donnée quand j'étais petit. Quel- ques années plus tard, j'interrogeai mon père sur cet incident. Il me dit que c'était la seule fessée qu'il m'eût jamais donnée. Il m'expliqua que j'étais rentré à la maison très en retard, et que ma mère était inquiète et malheureuse . Il m' avait fessé pour que je ne recommence plus. L'intérêt de cette expérience, comme dans le cas du hurlement, tenait à sa nature totalement spontanée et in volontaire. Je fus entraîné à frapper le lit, comme je l'avais été à hurler, par une force qui avait pris possession de moi, et non par une pensée consciente.

sur le lit à respirer, je

commençai à avoir une érection. J'eus l'impulsion de toucher mon pénis, mais je la refrénais. Je me souvins alors d'un épisode intéressant de mon enfance. Je me revis à cinq ans, traversant l'appartement en urinant sur le plancher. Mes parents étaient sortis. Je le faisais pour prendre ma revanche sur mon père, qui m'avait grondé la veille parce

que je touchais mon pénis. Il me fallut environ neuf mois de thérapie pour découvrir la cause du hurlement de la première séance. Plus le temps passait, plus il me

semblait qu'il y avait une image que j' avais peur de voir. Etendu sur le

image apparaîtrait un

1

Une

autre

fois,

alors

que j'étais

étendu

lit et contemplant le plafond, je s entais que cett e

jour. C'est ce qui se produisit, et ce fut le visage de ma mère, abaissant sur moi un regard qui exprimait une intense colère. Je sus immédiate- ment que c' était le visage qui m' avait effrayé. Je revécus l' expérience comme si elle se produisait dans le présent. J'étais un bébé d'environ neuf mois, couché dans un landau, à l'extérieur de la maison. J'avais pleuré bruyamment pour appeler ma mère. Elle était manifestement occupée à l'intérieur de la maison, et mes pleurs persistants l'avaient énervée. Elle sortit, furieuse contre moi . Etendu là, sur le lit de Reich, à trente-trois ans, je regardais son image et, utilisant les mots que je n'au- rais pu connaître bébé, je dis: « Pourquoi es-tu si fâchée contre moi? Je ne pleure que parce que je te veux. » A cette époque, Reich utilisait une autre technique pour faire avancer la thérapie. Au début de chaque séance, il demandait à ses patients de

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La bioénergie

lui dire toutes les pensées négatives qu'ils avaient à son sujet. Il pensait que tous les patients faisaient sur lui un transfert négatif tout autant qu ' un transfert positif et il ne se fiait au transfert positif qu'après que les pensées et les idées négatives aient été exprimées. Je trouvais cela extrê- mement difficile à faire . M'étant engagé positivement envers Reich et envers la thérapie, j'avais banni toutes les pensées négatives de mon esprit. J'avais l'impression de n'avoir à me plaindre de rien. Reich avait été très généreux envers moi, et je n'avais aucun doute sur sa sincérité, son intégrité ni sur la validité de ses concepts. D'une manière caracté- ristique, j'étais décidé à ce que la thérapie réussisse, et ce ne fut que lorsqu'elle eut presque échoué que j'exposai mes émotions à Reich. Après l'expérience de la peur éprouvée en voyant le visage de ma mère, je traversai une longue période, de plusieurs mois, durant laquelle je ne fis aucun progrès. Je voyais alors Reich trois fois par semaine, mais j'étais bloqué parce que je ne pouvais pas lui dire ce que je ressen - tais à son égard. Je voulais qu'il témoigne envers moi d'un intérêt pater- nel, pas simplement thérapeutique, mais, comme je savais que c'était une requête déraisonnable, je ne pouvais pas l'exprimer. Je me débattais intérieurement avec ce problème et je n'arrivais à rien. Reich semblait ne pas avoir conscience de ce conflit. Je faisais le maximum d'efforts pour laisser ma respiration devenir plus complète et plus profonde, et cela ne marchait pas. Il y avait environ un an que j'étais en thérapie lorsque je me trouvai dans cette impasse. Cette situation semblant s'éterniser, Reich suggéra que j'arrête. « Lowen, dit-il, vous êtes incapable de vous laisser aller à vos émotions. Pourquoi n'abandonnez-vous pas?» Cette phrase sonnait comme une condamnation. Abandonner signifiait l'échec de tous mes rêves. Je m'effondrai et pleurai profondément. C'était la première fois que je pleurais depuis mon enfance. Je ne pouvais plus contenir mes émotions. Je dis à Reich ce que je désirais de lui , et il m'écouta avec sympathie. Je ne sais pas si Reich avait l'intention d'arrêter la thérapie, ou si la suggestion de terminer le traitement était une manœuvre pour briser ma résistance, mais j'eus fortement l'impression que telle était bien son intention. De toute façon , cela entraîna le résultat désiré. La thérapie se remit à progresser. Pour Reich, le but de la thérapie était de développer chez le patient la capacité à se laisser aller totalement aux mouvements spontanés et involontaires du corps qui font partie du processus respiratoire. Il insis- tait donc sur l'établissement d'une respiration complète et profonde . Si

16

De Reich à la bioénergie

l'on y pàrvenait, les vagues respiratoires provoquaient un mouvement d'ondulation du corps que Reich appelait le réflexe orgastique. Au cours de ses travaux psychanalytiques antérieurs, Reich en était arrivé à la conclusion que la santé émotionnelle est liée à la capacité d'abandon total aux rapports sexuels, ou à ce qu'il appelait la puissance orgastique. Reich s'était aperçu qu'aucun névrosé ne présente cette capacité. Non seulement le névrosé contient cet abandon, mais, en bloquant son énergie par des tensions musculaires chroniques, il l'em- .pêche d'être utilisable pour la détente sexuelle. Reich s'était également aperçu que les patients qui avaient acquis l'aptitude à parvenir à la satisfaction orgastique complète pendant les rapports sexuels se libé- raient de tout comportement et attitude névrotique, et en restaient libé- rés. Selon Reich, l'orgasme total permettàit à l'organisme de décharger tous ses excès d' énergie, et il n'en restait donc plus pour maintenir ou encourager le symptôme ou le comportement névrotique. Il est important de comprendre que Reich définissait l'orgasme un état différent de l'éjaculation ou du paroxysme sexuel. Il représentait une réaction involontaire de l'ensemble du corps, manifes- tée par des mouvements rythmiques et convulsifs. Le même type de mouvements peut aussi se produire lorsque la respiration est totalement détendue et que l'on s'abandonne à son corps. Dans ce cas, il n'y a ni paroxysme sexuel ni décharge d'excitation sexuelle, puisqu'il n'y a pas eu accumulation d'excitation sexuelle. Ce qui se produit, c'est un dépla- cement spontané du pelvis vers l'avant à l'expiration et vers l'arrière à l'inspiration. Ces mouvements sont provoqués par la vague respiratoire lorsqu'elle descend et remonte le corps à l'inspiration et à l'expiration. La tête exécute en même temps des mouvements semblables à ceux du pelvis, sauf qu'elle se déplace vers l'arrière pendant la phase d'expira- tion, puis vers l'avant pendant la phase d'inspiration. Théoriquement, un patient dont le corps était assez libéré pour présenter ce réflexe pendant la séance thérapeutique devait être également capable d'éprou- ver l'orgasme total pendant les rapports sexuels. On devait considérer qu'un tel patient était en bonne santé émotionnelle. Pour un bon nombre des lecteurs de la Fonction de l'orgasme J de Reich, ces idées ont pu sembler être les conceptions fantaisistes d'un obsédé sexuel. Cependant, elles furent exprimées pour la première fois alors que Reich était un psychanalyste et un formateur hautement

1. La première public ation sur ce thème fut un

des Org asmu s (Intern ation a ler Psychoanalytischer

ouvrage antèrieur, Die Funktion Ve rlag , 1927).

17

La bioénergie

considéré. Sa formulation du concept d'analyse caractérielle et de sa pratique était considérée comme l'une des principales contributions à la théorie analytique. Cependant, la plupart des psychanalystes n'accep- taient pas ces idées et, de nos jours encore, la majorité de ceux qui font des recherches sur la sexualité les ignorent ou n'en tiennent pas compte. Mais les concepts de Reich prennent une réalité convaincante lorsque, comme je l'ai fait, on expérimente leur validité sur son propre corps. Cette conviction fondée sur l'expérience personnelle permet d'expliquer que la plupart des psychiatres, ou autres, qui travaillèrent avec R eich devinrent, du moins pour un temps, ses supporters enthousiastes. Après que j'eus éclaté en sanglots et exprimé ce que je ressentais envers Reich, ma respiration devint plus aisée et détendue, ma sensibi- lité sexuelle plus globale et plus profonde. De nombreux changements se produisirent dans mon existence. J'épousai la jeune fille dont j'étais amoureux. M'engager dans le mariage représentait pour moi une étape importante. Je me préparais aussi activement à devenir un thérapeute reichien. Durant l'année, je suivis un séminaire clinique sur l'analyse caractérielle dirigé par le Dr Theodore P. Wolfe, qui était l'associé le plus intime de Reich aux États-Unis et le traducteur des premières publications en langue anglaise de Reich. J'avais terminé mes études médicales peu de temps auparavant et je posais pour la deuxième fois ma candidature dans plusieurs écoles médicales. Ma thérapie progres- sait régulièrement, quoique lentement. Les séances ne comportaient plus d'irruptions dramatiques d'émotions ou de souvenirs, mais je sentais que je me rapprochais de l'abandon à mes émotions sexuelles . Je me seritais aussi plus proche de Reich. Reich prit de longues vacances d'été. Il termina l'année en juin et reprit à la mi-septembre. Comme, pour cette année-là, la thérapie tirait

vers sa fin, Reich suggéra que nous interrompions le traitement pour un an. Celui-ci n'était pourtant pas terminé. Le réflexe orgastique ne s'était pas complètement développé, bien que je m'en sente très proche. J'avais travaillé dur, mais c'était précisément cela qui constituait la pierre d'achoppement. Il me sembla que c'était une bonne idée d'arrêter, et j'acceptai la suggestion de Reich. Ma décision avait également des raisons personnelles. Ne pouvant entrer, à ce moment-là, dans une école médicale, je suivis un cours d'anatomie humaine générale à l'université

. Ma thérapie avec Reich reprit en automne 1945, en séances hebdo- madaires. En peu de temps le réflexe orgastique s'établit de façon conséquente. Cette évolution positive avait plusieurs raisons. Pendant

de New York en automne

1944.

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De Reich à la bioénergie

l'arrêt d'un an de la thérapie, mes efforts pour plaire à Reich et parvenir

à la santé sexuelle s'étaient mis en veilleuse, et j'étais arrivé à assimiler et à intégrer mes travaux précédents avec lui. A la même époque, je pris mon premier patient en tant que thérapeute reichien, et cela survolta prodigieusement mon esprit. J'avais l'impression d'être arrivé au but, et j'avais conscience de me sentir très sécurisé par rapport à mon exis- tence. Il me devint très facile de m'abandonner à mon corps, ce qui signifiait également m'abandonner à Reich. En quelques mois, il devint évident pour nous deux que la thérapie se terminait avec succès, d'après les critères de Reich. Cependant, des années plus tard, je réalisai que de nombreux problèmes majeurs de ma personnalité n'étaient pas résolus. Ma peur de demander ce que je voulais, même si c'était déraisonnable, n'avait pas été traitée jusqu'au bout. Ma peur de l'échec et mon désir de réussite n'avaient pas été résolus. Mon' impossibilité à pleurer, à moins d'être mis au pied du mur, n'avait pas été explorée. Ces problè- mes furent finalement résolus bien des années plus tard, par la bio- énergie. Je ne veux pas dire que la thérapie avec Reich fut inefficace. Si elle n'avait pas résolu complètement tous mes problèmes, elle m'avait du moins permis d'en prendre davantage conscience. Le plus important fut toutefois qu'elle m'ouvrit la voie de la réalisation personnelle et m'aida

à progresser vers ce but. Elle approfondit et renforça mon engagement

envers le corps, considéré comme la base de la personnalité. Et elle me

permit de m'identifier positivement à ma sexualité, ce qui s'est révélé être la pierre angulaire de mon existence.

M on ac tivité de

th érapeute reichien, 1945-1953

Je vis mon premier patient en automne 1945. Bien que je ne sois pas encore passé par une école médicale, Reich me poussa à le faire, en s'appuyant sur mes connaissances antérieures et sur la formation qu'il m'avait donnée, y compris ma thérapie personnelle. Cette formation comprenait une participation continue aux séminaires cliniques sur la végétothérapie caractéro-analytique, sous la direction du Dr Theodore Wolfe, et aux séminaires que Reich faisait chez lui; il y commentait les bases théoriques de son approche en mettant l'accent su'r les concepts biologiques et énergétiques qui expliquaient son travail au niveau du corps. L'intérêt pour la thérapie reichienne augmentait régulièrement, à

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La bioénergie

mesure que les idées de Reich se répandaient. La publication de la Fonction de l'orgasme, en 1941, accéléra cette évolution, bien que le livre n'ait obtenu ni critiques favorables ni large audience. Reich avait fondé sa propre maison d'édition, l'Orgone Institute Press, qui n'avait pas de vendeurs et ne faisait pas de publicité. Ses idées et son livre n'étaient connus que de bouche à oreille. Néanmoins ses idées se diffu- sèrent, bien que lentement, et la demande de thérapies reichiennes augmenta. Mais très peu d'analystes étaient formés à l'analyse caracté- rielle, et cela compta, tout autant que mes aptitudes personnelles, dans mes débuts de thérapeute. Je pratiquai des thérapies reichiennes pendant deux ans, avant de partir pour la Suisse. En septembre 1947, je quittai New York avec ma femme pour entrer à l'école de médecine de l'université de Genève, dont je sortis diplômé et docteur en médecine en juin 1951 . Pendant que j'étais en Suisse, je pris également en thérapie quelques Suisses qui avaient entendu parler des travaux de Reich et qui désiraient tirer parti de cette nouvelle approche thérapeutique. Comme tant de jeunes théra- peutes, je débutai en supposant naïvement que je connaissais quelque chose aux problèmes émotionnels, et mon assurance était fondée sur plus d'enthousiasme que d'expérience. Rétrospectivement, je peux voir quelles étaient mes limites, en compréhension comme en compétence. Je pense néanmoins que j'ai réellement aidé quelques personnes. Mon enthousiasme était une force positive, et l'accent porté sur la respiration et le fait de «se laisser aller)J constituait une voie positive. Avant mon départ de Suisse se produisit une évolution importante de la thérapie reichienne : utiliser le contact direct avec le corps du patient pour libérer les tensions musculaires qui l'empêchent de se laisser aller à ses émotions et pour permettre l'établissement du réflexe orgastique. Pendant son travail avec moi, Reich effectuait occasionnellement une pression des mains sur certains des muscles contractés pour les aider à se détendre. Habituellement, que ce soit avec moi ou avec d'autres, il effectuait cette pression sur les mâchoires. Chez la plupart des gens, les muscles des mâchoires sont extrêmement contractés. Les mâchoires sont soit étroitement serrées, attitude de détermination tournant souvent à la sévérité, soit poussées en avant avec défi, ou encore anormalement rétractées. Dans tous les cas elles ne sont pas parfaitement mobiles, et cette rigidité dénote une attitude structurée. Lorsqu'on exerce une pres- sion, les muscles des mâchoires se fatiguent et « se laissent aller)J. La respiration devient par conséquent plus détendue et plus profonde, et l'on constate souvent des tremblements involontaires du corps et des

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De Reich à la bioénergie

jambes. Les autres zones de tension musculaire sur lesquelles on appli- quait une pression étaient l'arriére du cou, le bas du dos et les muscles adducteurs des cuisses. Dans chaque cas, on appliquait la pression de façon sélective, seulement aux endroits où l'on pouvait palper une spasticité musculaire chronique. Cette imposition des mains constituait une déviation importante de la pratique analytique traditionnelle. En analyse freudienne, tout contact entre l'analyste et le patient est strictement interdit. L'analyste s'assied, invisible, derrière le patient et assume ostensiblement la fonc- tion d'un écran sur lequel le patient projette ses pensées . Il n'est pas complètement inactif, puisque ses réponses grommelées et ses interpré- tations des idées exprimées par le patient influent de façon importante sur la pensée de celui-ci. Reich donnait à l'analyste un rôle plus direct dans le processus thérapeutique. Il s'asseyait en face du patient, pour que celui-ci puisse le voir, et il avait un contact physique avec lui lorsque c'était nécessaire ou judicieux. D'après les souvenirs que j'ai gardés des séances, Reich était grand, avec des yeux bruns et doux et ses mains étaient fortes et chaudes. Il n'est pas possible de se rendre compte actuellement de l'avancée révolutionnaire que représentait alors cette thérapie, ni des suspicions et de l'hostilité qu'elle suscitait. Comme elle était très centrée sur la sexua- lité et qu'il s'y établissait des contacts physiques entre le thérapeute et le patient, on accusait les praticiens de la thérapie reichienne d'utiliser des stimulations sexuelles pour développer la puissance orgastique. On a dit que Reich masturbait ses patients. Rien n'est plus loin de la réalité. Cette calomnie révèle quelle peur entourait la sexualité et les contacts physiques à cette époque. Heureusement, l'atmosphère a beau- coup changé dans les trente dernières années en ce qui concerne la sexualité comme le toucher. On a reconnu l'importance du toucher comme forme primordiale de contact 1, et sa valeur dans la situation thérapeutique n'est plus mise en question. Bien entendu, tout contact physique entre le thérapeute et le patient donne à celui -ci la lourde responsabilité de respecter la relation thérapeutique et d'éviter tout engagement sexuel avec le patient. . Je peux ajouter ici qu'en bioénergie on apprend aux thérapeutes à se servir de leurs mains pour palper et sentir les blocs et J.es spasticités musculaires, à appliquer la pression nécessaire pour détendre ou dimi-

J. Ashley Montagu, Touching

Columbia University Press, 1971).

The Human Significance of {he Skin (New York,

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La bioénergie

, nuer une contraction musculaire en tenant compte de la tolérance à la douleur du patient, et à établir le contact par un toucher doux et rassu- rant qui fournit aide et chaleur. Il est difficile de réaliser à l'heure actuelle l'importance de l'étape qu'effectua Reich en 1943. Exercer une pression physique facilitait l'irruption des émotions et la montée correspondante des souvenirs. Cela servait aussi à accélérer le processus thérapeutique, accélération nécessaire lorsqu'on réduit la fréquence des séances à une par semaine. A cette époque, Reich avait \ acquis une grande habileté à lire le corps et à savoir appliquer les pres- sions qui détendaient les contractions musculaires, favorisant la circu- llation des sensations dans le corps, qu'il appelait courant. Vers 1947, Reich pouvait provoquer le réflexe orgastique chez certains patients en six mois. On peut apprécier cet exploit en rappelant que j'avais été en thérapie avec Reich pendant près de trois ans, au rythme de trois séan- ces hebdomadaires, avant que le réflexe orgastique ne s'établisse. Permettez-moi de souligner que le réflexe orgastique n'est pas un orgasme. L'appareil génital n'y est pas impliqué; il n'y pas eu élabora- tion d'e);citation sexuelle et il n'y a donc pas de décharge. Ce réflexe dénote que la voie de cette décharge est ouverte si l'on peut transposer l'abandon ou le laisser-aller à la situation sexuelle. Mais ce transfert ne se produit pas obligatoirement. Les deux situations, sexuelle et théra- peutique, sont différentes; la première est beaucoup plus chargée émotionnellement et énergétiquement. De plus, en situation thérapeuti- que, on bénéficie de l'aide du thérapeute, ce qui, dans le cas d'un homme doté comme Reich d'une très forte personnalité, peut être un facteur très puissant. Il est toutefois peu probable qu'en l'absence du réflexe orgastique on puisse se laisser aller par des mouvements pelviens involontaires au paroxysme de l'acte sexuel. Ces mouvements fondent la réaction orgastique totale. Nous devons nous souvenir que, selon la théorie de Reich, c'est la réaction orgastique pendant les rapports sexuels qui constitue le critère de santé émotionnelle et non le réflexe orgastique. Ce réflexe a néanmoins des effets positifs sur la personnalité. Il est ressenti comme vivifiant et libérateur, même s'il se produit dans l'at- mosphère d'aide de la situation thérapeutique. On sent l'effet produit par la libération de ses inhibitions. En même temps, on se sent relié et intégré - avec son propre corps et par son intermédiaire - avec l'envi- ronnement. On éprouve une sensation de bien-être et de paix intérieure. On y gagne d'apprendre que la vie du corps réside dans ses aspects involontaires. Je peux certifier cette réaction d'après mon expérience

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De Reich à la bioénergie

personnelle, comme par les commentaires des patients à travers les annees. Malheureusement, impressions merveilleuses ne résistent pas toujours aux tensions de la vie quotidienne dans notre culture moderne. L'allure, la pression et la philosophie de notre époque sont antithétiques à la vie. Trop souvent, le patient finit par perdre le réflexe orgastique s'il n'a pas appris à gérer les tensions de son existence sans recourir à des schémas de comportement névrotiques. C'est ce qui arriva à deux des patients traités par Reich à cette époque. Plusieurs mois après la fin d'une thérapie apparemment réussie, ils me demandèrent une thérapie additionnelle parce qu'ils n'avaient pas réussi à maintenir les progrès qu'ils avaient obtenus avec Reich. Je réalisai qu'il n'existe pas de raccourci vers la santé émotionnelle et que la perlaboration uniforme de tous les problèmes de l'individu est la seule voie qui lui assure une acti- vité optimale. Cependant, je restais convaincu que la sexualité est la clé qui mène à la résolution des problèmes névrotiques. Il est facile de critiquer l'importance fondamentale que Reich accorde à la sexualité, mais je ne le ferai pas. La sexualité était et reste la ques- tion clé de tous les problèmes émotionnels, mais les troubles du fonc- tionnement sexuel ne peuvent se comprendre que dans le cadre de l'en- semble de la personnalité d'une part, et des conditions sociales d'exis- tence d'autre part. Avec les ans, j'en suis arrivé, à contrecœur, à la conclusion qu'il n'existe pas de clé unique élucidant le mystère de la condition humaine. Ma répugnance à le faire est née du profond désir de croire qu'il y a une solution. Je pense maintenant en termes de pola- rités, avec leurs conflits inévitables et leurs solutions temporaires. Une vision de la personnalité considérant la sexualité comme sa clé unique est trop étroite, mais ignorer le rôle de la pulsion sexuelle en considé- rant la personnalité individuelle revient à négliger l'une des forces les plus importantes de la nature. D ans l'une de ses premières formulations, antérieure au concept d'instinct de mort, Freud avait postulé l'existence d'une antithèse entre les instincts du Moi et l'instinct sexuel. Les premiers visent à préserver l'individu, le second à préserver l'espèce. Ceci implique un conflit entre l'individu et la société, et nous savons qu'il existe dans notre culture. Un autre conflit inhérent à cette antithèse est celui entre la lutte pour le pouvoir (pulsion du Moi) et la lutte pour le plaisir (pulsion sexuelle). L'accent exagéré porté par notre culture sur le pouvoir dresse le Moi contre le corps et sa sexualité et crée un antagonisme entre des pulsions qui devraient, dans l'idéal, s'aider et se renforcer mutuellement. Néan-

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La bioénergie

moins, il n'est pas possible d' aller à l'autre extrême et de ne s' intéresser qu'à la sexualité. Ceci devint évident pour moi après que je me fus fixé comme but unique, sans succès, l'accomplissement sexuel de mes patients, comme l'avait fait Reich. Chez l'Occidental, le Moi représente une force puissante que l'on ne peut ni chasser ni refuser. Le but théra- peutique consiste à intégrer le Moi au corps, à sa lutte pour le plaisir et \ l'accomplissement sexuel. Je n'ai appris cette vérité qu'après de nombreuses années de dur travail, et non sans avoir commis ma part d'erreurs . Nul n'échappe à la règle: on apprend en reconnaissant ses erreurs. Cependant, si je n'avais pas visé de façon déterminée l'atteinte de la satisfaction sexuelle et de la puissance orgastique, je n'aurais pas compris la dynamique énergétique de la personnalité. Et l'on ne peut avoir une vision globale des réactions et des mouvements involontaires de l'organisme humain sans le critère du réflexe orgastique. Le comportement et les fonctions humaines ont encore de nombreux éléments mystérieux que l'esprit rationnel ne peut saisir. Par exemple, environ un an avant de quitter New York, je suivais un jeune homme qui avait plusieurs problèmes graves. Il était pris d'une violente angois - se chaque fois qu'il s'approchait d'une jeune fille. Il se sentait inférieur, inadapté, et présentait de nombreuses tendances masochistes. Par moments, il avait des hallucinations: le diable le lorgnait d'un coin de la pièce. Au cours de la thérapie il fit quelques progrès au niveau des symptômes, mais ses problèmes ne furent en aucune sorte résolus. Il réussit cependant à nouer une relation stable avec une jeune fiUe, mais le paroxysme sexuel ne lui procurait que peu de plaisir. Je le revis cinq ans plus tard, après mon retour aux États-Unis. Ce

qu ' il me raconta était fascinant.

thérapeute et il décida donc de continuer sa thérapie tout seul. Ceci impliquait l'exécution des exercices respiratoires de base que nous utili -

sions en thérapie . Tous les jours, après son travail, il rentrait chez lui, s'étendait sur le lit et se mettait à respirer profondément et de façon

détendue, comme il

Toute son angoisse disparut. Il se sentait sûr de lui, il ne se dépréciait plus lui-même. Mais le plus important fut qu ' il parvint à un degré total de puissance orgastique pendant les rapports sexuels. Ses orgasmes étaient complets et satisfaisants . Il était devenu une autre personne. Il me dit tristement: « Cela n'a duré qu'un mois.» Le changement disparut tout aussi soudainement qu'il s'était produit et il fut replongé dans son ancienne misère. Il consulta un autre thérapeute reichien, avec

Après mon départ il se retrouva sans

le faisait avec

moi. Et un jour, un miracle eut lieu .

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De Reich à la bioénergie

lequel il travaiUa alors pendant plusieurs années, ne faisant à nouveau que de légers progrès. Quand je me remis à pratiquer, il revint faire une thérapie additionnelle avec moi. Je travaillai avec lui pendant environ trois ans de plus, et je l'aidai à surmonter bon nombre de ses handicaps. Mais le miracle ne se reproduisit jamais. II ne parvint plus aux sommets, sexuels ou autres, qu'il avait atteints pendant la brève période qui avait suivi mon départ. Comment pouvons-nous expliquer cette irruption inattendue de 'santé, qui avait semblé se produire toute seule, et la retombée qui avait suivi? L'expérience de mon patient me rappelait Lost Horizon de James Hilton, qui avait du succès à ce moment-là. Dans ce roman, le héros, Conway, se trouve avec quelques autres passagers dans un avion détourné; on les emmène dans une vallée secrète, dans les hauteurs de l'Himalaya, nommée Shangri-La, repaire éloigné qui littéralement « n'est pas de ce monde». La vieillesse et la mort semblent ajournées ou suspendues pour ceux qui vivent dans cette vallée. Le principe de gouvernement en est une modération qui, eUe non plus, « n'est pas de ce monde». Conway est tenté de rester à Shangri-La; ce mode de vie serein et rationnel lui semble extrêmement plaisant. On lui offre le gouvernement de la communauté de la vallée, mais il se laisse convain- cre par son frère que tout cela n'est qu'un mirage. Le frère de Conway, qui est tombé amoureux d' une jeune Chinoise, le persuade de s'enfuir avec eux vers «la réalité». Ils partent mais, une fois sortis de la vallée, la jeune Chinoise se transforme en vieille femme et meurt. Quelle réalité est la plus valide? Conway décide de retourner à Shan- gri-La et nous apprenons, à la fin du roman, qu'il erre dans les monta- gnes à la recherche de son «horizon perdu». On peut expliquer la transformation subite de mon patient en suppo- sant qu'il s'est produit un changement de son sens de la réalité. Pendant un mois, il s' était lui aussi retrouvé dans « un autre monde» et, ce faisant, avait laissé derrière lui toutes les angoisses, la culpabilité et les inhibitions associées à son existence en ce monde. N atureUement, plusieurs facteurs avaient contribué à produire cet effet. A cette époque il y avait chez tOIlS ceux qui suivaient les travaux de Reich une atmos- phère d'euphorie et d'excitation, que ce soit chez les étudiants ou chez les patients. On sentait que Reich avait proclamé une vérité fondamen - tale sur les êtres humains et leur sexualité. Ses idées exerçaient une atti- rance' révolutionnaire. Je suis persuadé que mon patient avait été sensible à cette atmosphère, ce qui, associé à l'approfondissement de sa respiration, pouvait avoir produit l'effet remarquable décrit ci-dessus.

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La bioénergie Sortir de son monde, ou de son Moi habituel, est une expenence transcendantale.

La bioénergie

Sortir de son monde, ou de son Moi habituel, est une expenence transcendantale. Cela arrive à la plupart des gens et dure plus ou moins longtemps. Ces expériences ont en commun une impression de détente, une sensation de libération et la découverte d'un Soi pleinement vivant, qui réagit de façon spontanée. Mais de telles transformations sont le fait du hasard et on ne peut ni les prévoir ni les programmer. Malheureuse- ment, elles cessent souvent aussi soudainement qu'elles avaient commencé; le carrosse étincelant redevient citrouille en une nuit. On reste abasourdi: quelle est la vraie réalité de l'être? Pourquoi ne peut- on pas rester dans cet état de liberté? La plupart de mes patients ont eu des expériences transcendantales au cours de la thérapie. Chacune d'elles dégage un horizon qu'obscur- cissait auparavant un épais brouillard et que l'on perçoit soudain avec clarté. Bien que le brouillard retombe, le souvenir reste et fournit une motivation à la recherche continue de changement et de croissance. Si l'on recherche la transcendance, on peut avoir de nombreuses visions, mais on s'arrêtera certainement là où l'on a commencé. Si.l'on opte pour la croissance, on peut avoir quelques instants de transcen- dance, mais ce seront des sommets sur la route régulière menant à un Moi plus riche et plus solide. La vie elle-même est un processus de croissance, qui commence par la croissance du corps et des organes, passe par l'établissement de la dextérité motrice, l'acquisition du savoir, l' augmentation des connexions, et finit par une sommation de l'expérience qu'on appelle sagesse. Ces divers aspects de la croissance se recouvrent, puisque la vie et la croissance s'insèrent dans un environnement naturel , culturel et social. Bi en que la croissance soit un processus continu, celui -ci n'est jamais uniforme. Il y a des périodes de ralentissement, pendant l'assimi- lation de l'expérience, qui préparent l'organisme à une nouvelle ascen- sion / C haque ascension conduit à un nouveau sommet et crée ce que nous appellerons une expérience culminante. Chaque expé- rience culminante doit à son tour s'intégrer à la personnalité pour qu'une nouvelle croissance puisse avoir lieu et que l'on finisse par atteindre la sagesse. J'ai signalé un jour à Reich que je connaissais une définition du bonheur. Il haussa les sourcils, me regarda d'un air rail - leur et me demanda ce que c'était. Je répondis: « Le bonheur c'est la conscience de croître. » Ses sourcils retombèrent, tandis qu'il commen- tait: « Pas mauvais. » Si ma définition a quelque validité, cela suggère que la plupart des gens entreprennent une thérapie parce qu'ils sentent que leur croissance

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thérapie parce qu'ils sentent que leur croissance 26 De Reich à la bioénergie s'est arrêtée.

De Reich à la bioénergie

s'est arrêtée. Assurément de nombreux patients comptent sur la thérapie pour faire redémarrer le processus de croissance. La thérapie en est capable si elle procure de nouvelles expériences et aide à écarter ou à amoindrir les blocages ou les obstacles qui empêchent d'assimiler l'ex- périence. Ces blocages sont des schémas de comportement structurés qui témoignent d' une résolution peu satisfaisante, compromis avec les conflits infantiles. Ils engendrent le ;Soi névrotique et limité dont on cherche à s'échapper ou à se libé'ter. Pendant la thérapie le patient dévoile les conflits originels en travaillant sur son passé et découvre de nouveaux moyens de gérer les situations qui menacent son existence ou qui la nient, celles qui l'ont obligé à endosser une «cuirasse» pour survi- vre. Ce n'est qu' en faisant revivre le passé qu 'on peut faciliter une crois - sance authentique dans le présent. Si l'on se coupe du passé, le futur n'existe pas. La croissance est un processus naturel; nous ne pouvons pas la forcer. Ses lois sont communes à tous les êtres vivants. Un arbre, par exemple, ne pousse haut que si ses racines s'enfoncent profondément dans le sol. On apprend en étudiant le passé. Et le passé de quelqu'un c'est son corps. Quand je me reporte en arrière, à ces années d'enthousiasme et d'ex- citation, je réalise qu'il était naïf de s'attendre à résoudre facilement les problèmes profondément structurés de l'homme moderne, par quelque technique que ce fût. Je ne veux pas dire que Reich se faisait des illu- sions sur l'énorme tâche qu'il affrontait. Il était parfaitement conscient de la situation. Sa recherche de moyens plus efficaces pour traiter ces problèmes naissait directement de cette prise de conscience. Cette recherche ' le conduisit à étudier la nature de l'énergie en opérant dans les organismes vivants. Comme l'on sait, il affirma avoir découvert une nouvelle forme d'énergie, qu'il appela «orgone», terme qu'il faisait dériver d'organisme et organique . Il inventa un appareil qui pouvait accumuler cette énergie et en charger le corps de ceux qui s'y asseyaient. J'ai construit moi-même de tels « accumulateurs», et je m'en suis personnellement servi. Ils se révélèrent utiles, dans certaines conditions, mais ils n'ont pas d'effet sur les problèmes de la personnali- té . Pour résoudre ces problèmes au niveau individuel , il est encore nécessaire de combiner un travail analytique soigneux et une approche physique qui aide le patient à détendre les spasticités musculaires chro- niques qui inhibent sa liberté et restreignent son existence. Au niveau social , il faut un changement révolutionnaire de l'attitude de l'homme envers lui-même, envers son environnement et la communauté humaine.

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1

La bioénergie

Les contributions de Reich sont importantes à ces deux niveaux. La façon dont il a élucidé la nature des structures caractérielles et démon- tré leur identité fonctionnelle avec l'attitude physique constitue un progrès important pour notre compréhension du comportement humain. Il a introduit le concept de puissance orgastique en tant que critère de la santé émotionnelle, ce qu'elle est assurément, et a montré qu'elle avait pour fondement physique le réflexe orgastique. Il a augmenté notre connaissance des processus physiques en découvrant le sens et la signification des réactions physiques involontaires. Et il a mis au point une technique relativement efficace de traitement des troubles de la vie émotionnelle (involontaire). Reich a souligné clairement comment la structure d'une société se

reflète dans la structure caractérielle de ses membres; aperçu qui clarifia les aspects irrationnels de la politique. Il entrevit la possibilité pour l'homme de se libérer des inhibitions et des répressions qui étouf-

avis, si cette vision doit se réali-

ser, ce sera dans la direction indiquée par Reich. Pour notre propos actuel, la contribution la plus importante de Reich est sa description du rôle central que toute théorie de la personr1alité doit attribuer au corps. Ses travaux sont les fondations sur lesquelles s'est bâtie la bioénergie.

fent

les pulsions de vie. A mon

Le développement de la bioénergie

On me demande souvent: « En quoi la bioénergie diffère-t-elle d'un !

thérapie

tion est de continuer notre exposé historique sur le développement de la bioénergie. En terminant mon internat en 1952, un an après mon retour d'Eu- rope, j'appris qu'il y avait eu un certain nombre de changements chez Reich et ceux qui travaillaient avec lui. L'enthousiasme et l'excitation qui étaient si évidents de 1945 à 1947 avaient fait place au décourage- ment et à une impression de persécution. Reich avait cessé de pratiquer des thérapies personnelles et s'était retiré à Rangeley, dans le Maine, où il se consacrait à la physique de l'organe. Le terme « végétothérapie caractéro-analytique» était tombé en désuétude, au profit de «orgonthé- rapie». Ceci avait entraîné une diminution de l'intérêt pour la pratique de l'analyse caractérielle et une augmentation de l'importance accordée à l'application de l'énergie d'orgone au moyen d'accumulateurs.

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reichienne?» Le meilleur moyen de répondre à cette ques-

De Reich à la bioénergie

L'impression de persécution venait en partie de l'attitude cntique

avec laquelle les communautés médicales et scientifiques considéraient les théories de Reich, en partie de l'hostilité déclarée de nombreux

psychanalystes - dont certains faisaient savoir

Reich - et finalement des angoisses de Reich et de ses collaborateurs. Le découragement v;enait de l'échec d'une expérience faite par Reich dans le laboratoire du Maine et qui mettait en jeu l'interaction de l'éner- gie d'orgone et de la radioactivité. L'expérience eut un effet négatif; Reich et ses assistants tombèrent malades et durent abandonner le labo- ratoire un certain temps. Ils ne croyaient plus à une thérapie relative- ment simple et efficace des névroses, et cela contribuait aussi à créer l'atmosphère de découragement. Je ne partageais pas ces sentiments. J'étais resté cinq ans à l'écart de Reich et de ses luttes, ce qui m'avait permis de garder l'excitation et l'enthousiasme des années précédentes. Et mes études à l'école médi- cale, ajoutées à l'expérience de mon internat, m'avaient plus que jamais convaincu de la validité générale des théories de Reich. Je répugnais donc à m'identifier totalement au groupe des orgonthérapeutes - répu- gnance qui augmenta par la suite, lorsque je m'aperçus que les collabo- rateurs de Reich en étaient arrivés à une dévotion presque fanatique envers lui et ses travaux. On considérait comme présomptueux, sinon hérétique, de remettre en question la moindre de ses affirmations, ou de modifier ses concepts à la lumière de l'expérience personnelle. Il me paraissait évident qu'une telle attitude étoufferait tout travail original ou créateur. Ces considérations m'amenèrent à garder une position indépendante. Alors que j'étais dans cet état d'esprit, une discussion avec un autre thérapeute reichien, le Dr Pelletier, qui se tenait en dehors des cercles officiels, m'ouvrit les yeux sur les possibilités de modifier ou d'élargir les procédés techniques de Reich. Tout au long de ma thérapie avec lui, il avait insisté pour que je laisse pendre ma mâchoire inférieure, dans une attitude de laisser-aller ou d'abandon à mon corps. Pendant les années où j'avais pratiqué des thérapies reichiennes, j'avais moi aussi insisté sur cette position. Au cours de notre discussion, le Dr Louis G. Pelletier observa qu'il avait trouvé utile de faire tendre les mâchoires des patients vers l'avant, dans une attitude' de défi. La mobilisation de cette expression agressive permettait de libérer une partie de la tension des muscles contractés des mâchoires. Je réalisai que, naturellement, cela pouvait marcher dans les deux sens, et je me sentis soudain libre de remettre en question ou de changer ce que Reich avait fait. Il s'avéra

qu)ls« auraient»

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La bioénergie

que c'est lorsqu'on les utilise alternativement que ces deux positions sont les plus efficaces. Mobiliser et encourager l'agressivité d'un patient 1ui facilite l' « abandon» à des impressions sexuelles tendres. En revan -

« abandon» on en arrive souvent à

che, si l'on part d'une

ressentir et exprimer de la tristesse et de la colère, à cause de la douleur

et de la frustration ressenties au niveau du corps. En 1953 je m'associai au Dr John C. Pierrakos, qui venait de termi- ner son stage psychiatrie au Kings County Hospital. Le Dr Pierrakos avait suivi une thérapie reichienne et était un disciple de Reich. A cette époque, nouS nous considérions encore comme des thérapeutes reichiens, bien que nous ne soyons plus liés officiellement à l'organisa- tion des médecins reichiens. Nous fûmes rejoints en cours d'année par le Dr William B. Walling, dont les antécédents étaient identiques à ceux du Dr Pierrakos. Ils avaient fait partie de la même promotion de l'école médicale. Cette association eut pour premier résultat un programme de séminaires cliniques où nous présentions personnellement nos patients, avec, comme objectif, la recherche d'une compréhension plus en profondeur de leurs problèmes, et la formation d'autres thérapeutes aux concepts qui sous-tendent l'approche au niveau du corps. En 1956 fut fondé officiellement l' Institut d'analyse bioénergétique, sous forme d'as- sociation sans but lucratif, afin de réaliser ces objectifs. Pendant ce temps, Reich avait eu des difficultés avec la loi. Comme pour justifier ses sentiments de persécution, la Food and Drug Adminis-

attitude d'

tration avait intenté un procès devant la Cour fédérale pour interdire à Reich de vendre ou d'expédier en dehors de l'État ses accumulateurs d'orgone, sous prétexte que l'énergie d'orgone n'existait pas et qu'il était donc frauduleux de les vendre. Reich refusa de plaider ou de se défendre dans ce procès, en affirmant qu'on ne pouvait pas défendre des théories scientifiques devant une cour de justice. La F.D .A. gagna par défaut un interdit général de vente. On conseilla à Reich de ne pas tenir compte de cet arrêt, et les agents de la F .D.A. découvrirent rapidement qu ' il ne le respectait pas. Il passa en justice pour mépris des décisions de la cour, fut déclaré coupable et condamné à deux ans de prison au pénitencier. fédéral. Il mourut à la prison de Lewisburg en novembre 1957. La tragédie de la mort de Reich me prouva que l'on ne peut sauver l'homme de lui-même. Mais celui qui recherche sincèrement son propre

par « salut» la libération des inhibitions et des

contraintes qu'a apportées l'éducation, je ne pouvais pas prétendre avoir atteint cet état de grâce. Bien que ma thérapie reichienne se soit terminée avec succés, j'avais conscience de prèsenter encore de

salut? Si l'on entend

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De Reich à la bioénergie

nombreuses tensions musculaires chroniques qui m'empêchaient d'at- teindre l'allégresse que je désirais. Je pouvais sentir leur influence contraignante sur ma personnalité. Et je voulais arriver à une expérien- ce sexuelle plus riche et plus complète, expérience que je savais être

possible. La solution que je trouvai consista à reprendre la thérapie. Mais je ne pouvais plus retourner avec Reich, et je n'avais pas confiance dans les autres thérapeutes reichiens. J'étais convaincu qu'il fallait une approche au niveau du corps, et je choisis donc de travailler avec mon associé John Pierrakos, tentative hasardeuse puisque j'étais son aîné à la fois par l'âge et par l'expérience. C'est de ce travail sur mon propre corps qu'est née la bioénergie. Les exercices fondamentaux en ont d'abord été essayés et testés sur moi, de sorte que je sais par expérience pers onnell e comment ils agissent et ce qu'ils peuvent faire. Depuis lors, j'ai pris J'habitude d'essayer sur moi tout ce que je demande à mes pat ients de faire, parce que je ne crois pas qu'on ait le droit de deman- der à autrui ce qu'on n'est pas prêt à demander à soi-même. Récipro- quement, je ne crois pas qu'on puisse faire pour autrui ce qu'on ne peut pas faire pour soi-même. La thérapie avec Pierrakos dura environ trois ans. Elle avait un caractère totalement différent du travail que j'avais effectué avec Reich. Il y avait beaucoup moins d'expériences émouvantes spontanées , comme celles que j'ai décrites plus haut. Cela était surtout dû au fait qu e je dirigeais en grande partie le travail au niveau du corps, mais aussi à ce que celui-ci se centrait davantage sur la détente des tensions musculaires que sur l'abandon aux impressions sexuelles. J'étais très conscient -de ne plus vouloir continuer à juger par moi-même. Je voulais que quelqu' un pren ne la relève et le fasse à ma place. Juger et contrôler sont des aspects névrotiques de mon caractère, et il ne m'était pas facile de me laisser a ller. J'avais été capable de le faire avec Reich parce que je respectais son savoir et son autorité, mais mon abandon se limitait à cette relation. Un compromis résolut ce conflit. Pendant la première partie de la séance je travaillais sur moi-même, en décrivant mes sensa- tions phys iques à P ierrakos. P endant la seconde partie, il massait mes muscles contractés de ses mains fortes et chaudes, les pétrissait et les

_ En travaillant sur moi-même, je mis au point les positions fondamen-

tales et les exercices de base de la bioénergie. J'éprouvais le besoin

et je partis donc de la position

debout au lieu de la position allongée préconisée par Reich. J'écartais

détendait pour que l'énergie puisse circuler.

d' être davantage (( dans » mes jambes,

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La bioénergie

les jambes, pointes des pieds vers l'intérieur, fléchissais les genoux et arquais le dos en arrière pour essayer de mobiliser le bas de mon corps. Je tenais la position quelques minutes, ayant l'impression qu'elle me permettait de me sentir plus près du sol. De plus, elle me poussait à respirer plus profondément et de façon plus abdominale. Comme cette position provoquait une certaine tension du bas du dos, je l'inversais en me courbant en avant, en touchant légèrement le sol du bout des doigts et en gardant les genoux légèrement fléchis. Les sensations devenaient alors plus fortes dans mes jambes, et eHes se mettaient à trembler. Ces deux exercices simples menèrent au concept d'enracinement - concept propre à la bioénergie. Il se développa lentement au cours des ans, à mesure qu'il devenait évident que tous les patients ne sentaient pas leurs pieds fermement plantés sur le sol. Cette déficience correspondait au fait qu'ils «n'avaient pas les pieds sur terre» et qu'ils manquaient de contact avec la réalité. Enraciner un patient, ou le remettre en contact avec la réalité, le sol sur lequel il se tient, son corps et sa sexualité, est devenue l'une des pierres angulaires de la bioénergie. Au Chapitre VI, le concept d'enracinement et ses liens avec la réalité et l'illusion sont étudiés de façon détaillée. On y décrit de nom- breux exercices utilisés pour permettre cet enracinement. Une autre innovation développée au cours de ce travail fut l'emploi d'un «tabouret à respirer». La respiration est aussi cruciale en bioéner- gie qu'elle l'était en thérapie reichienne. Mais cela a toujours été un problème d'amener les patients à la respiration complète et profonde. Il est encore plus difficile que cette respiration devienne détendue et spon- tanée. L'idée du tabouret à respirer vint de la tendance répandue à se renverser en arrière sur le dossier de la chaise lorsqu'on a besoin de s'étirer et de respirer après être resté assis un moment devant un bureau. J'avais moi-même l'habitude de le faire pendant que je travaillais avec mes patients. Ma respiration tendait à se limiter lorsque je restais assis dans un fauteuil, et j'avais l'habitude de me renverser en arrière et de m'étirer pour permettre à ma respiration de s'approfondir à nouveau. Le premier tabouret utilisé était un escabeau de cuisine en bois de 70 cm de haut, sur lequel on avait attaché une couverture étroitement enroulée'. Étirer le dos sur ce tabouret stimulait la respiration de tous les patients sans qu'ils aient besoin de faire des exercices de respiration. Personnellement, j'ai testé l'utilisation de ce tabouret pendant ma théra-

1. Alexander Lowen, Le PLaisir, Tchou, éditeur , 1976 .

32

Alexander Lowen, Le PLaisir, Tchou, éditeur , 1976 . 32 De Reich à la bioénergie pie
Alexander Lowen, Le PLaisir, Tchou, éditeur , 1976 . 32 De Reich à la bioénergie pie

De Reich à la bioénergie

pie avec Pierrakos, et j'ai continué à m'en servir régulièrement depuis lors. Ma seconde thérapie eut des résultats sensiblement différents de ceux de la première. Je pris contact avec plus de tristesse et de colère que je n'en avais éprouvées auparavant, surtout dans ma relation à ma mère. Libérer ces émotions eut un effet vivifiant. A certaines occasions mon cœur s'ouvrait, et je me sentais rayonnant et chaleureux. Mais mon impression soutenue de bien-être était plus significative. Mon corps devint peu à peu plus détendu et plus solide. Je me souviens de la façon dont je perdis mon impression de fragilité. Je sentis que, bien que je puisse me faire mal,je ne me casserais pas. Je perdis également ma peur irrationnelle de la douleur. J'appris que la douleur est une tension et je découvris qu'en m'y abandonnant je pouvais comprendre la tension qui la provoquait, et ce processus entraînait immanquablement la détente de cette tension. Pendant cette thérapie, le réflexe orgastique ne se manifesta qu'occa- sionnellement. Je ne me sentais pas concerné par son absence parce que je me concentrais sur mes tensions musculaires et que ce travail intensif empêchait l'abandon aux impressions sexuelles de devenir le centre d'intérêt. Ma tendance à l'éjaculation précoce, qui avait persisté malgré l'apparent succès de ma thérapie avec Reich, diminua de façon impor- tante, et mes réactions au paroxysme sexuel devinrent plus satisfaisan- tes. Cette évolution me fit réaliser que l'approche la plus efficace des difficultés sexuelles d'un patient réside dans la perlaboration des problè- mes de sa personnalité, problèmes qui incluent nécessairement les culpabilités et les angoisses sexuelles. Centrer l'intérêt sur la sexualité, comme le faisait Reich, bien que ce soit théoriquement valide, ne réus- sissait généralement pas à amener des résultats durables dans les conditions de vie actuelles. En tant qu'analyste, Reich avait souligné l'importance de l' analyse caractérielle. Lorsqu'il m'avait traité, cet aspect de la thérapie avait été quelque peu réduit. Il diminua encore lorsque la végétothérapie caractéro-analytique devint l'orgonthérapie. Bien que l'analyse caracté- rielle soit un travail nécessitant beaucoup de temps et de patience, elle me semblait indispensable pour obtenir des résultats permanents. Je décidai alors que, quelle que soit l'importance que rtous accordions au travail sur les tensions musculaires, l'analyse soigneuse du mode d'être habituel et du comportement méritait tout autant d'attention. Je fis une étude intensive des types caractériels, qui mettait en corrélation la dynamique psychologique et la dynamique physique des schémas de

33

La bioénergie

comportement.

Elle fut

publiée en

1958, sous le titre

The Physical

Dynamics of Character Structure 1. Bien qu'elle ne constitue pas un

recueil complet des types caractériels, elle est à la base de tout le travail

caractériel fait en bioénergie. Il y avait plusieurs années que j'avais terminé ma thérapie avec Pier- rakos, très satisfait de ce qui avait été accompli. Mais si l'on m'avait demandé: « Avez-voUS résolu tous vos problèmes, achevé votre crois-

sance, réalisé totalement votre humain ou détendu toutes vos tensions musculaires?», j'aurais encore répondu « Non». On en arrive à un stade de la thérapie où l'on n'a plus l'impression qu'il soit nécessaire ou désirable de la continuer, et on arrête. Si la thérapie a été réussie, on se sent capable de prendre en charge l'entière responsabilité de son bien-être et de la poursuite de sa croissance. De toute façon, quelque chose dans ma personnalité m'avait toujours poussé dans cette voie. Arrêter la thérapie ne signifiait pas arrêter de travailler au niveau du corps. J'ai continué à pratiquer les exercices de la bioénergie dont je me sers avec mes patients, seul et avec d'autres pendant les séances de groupe. Je crois que cet engagement envers mon corps est en partie responsable du fait que de nombreux changements positifs ont continué à se produire dans ma personnalité. Ces changements furent en général précédés d'une compréhension plus profonde de moi-même,

à

la fois

au niveau de mon passé et au niveau de mon corps.

Il y a maintenant plus de trente-quatre ans que j'ai rencontré Reich, et plus de trente-deux ans que j'ai commencé ma thérapie avec lui. J'ai travaillé avec des patients pendant plus de vingt-sept ans. Travailler, réfléchir et écrire sur mes expériences personnelles et celles de mes patients m'ont amené à cette conclusion: la vie de quelqu'un, c'est la vie de son corps. Comme un corps en vie comprend l'attention, l'esprit et l'âme, vivre pleinement la vie de son corps consiste à être attentif, spirituel et expressif. Si l'un de ces aspects est déficient, c'est parce que l'on n'est pas totalement dans son corps. On traite le corps comme un instrument ou une machine. On sait que s'il tombe en panne on a des ennuis. Mais on pourrait dire la même chose de l'automobile, dont nous sommes si dépendants. Nous ne nous identifions pas à notre corps; en fait nous l'avons trahi, comme je l'ai souligné dans un ouvrage précé- dent 2. Toutes nos difficultés personnelles naissent de cette trahison, et

J. Alexander Lowen, The Physical Dynamics of Characler Siruciure (New York,

Grune & Stratton, 1958). Disponible en édition de poche sous le titre The Language

of Ihe Body (New York, Macmillan, 1971).

2.

Alexander Lowen, Le Corps bafoué, Tchou, éditeur, 1976.

De Reich à la bioénergie

je crois que la plupart de nos problèmes sociaux ont une origine simi- laire. La bioénergie est une technique thérapeutique qui aide à retour- ner dans son corps et à en apprécier la vie au plus haut point possible. et accent mis sur le corps englobe la sexualité, qui est l'une de ses fonctions fondamentales. Mais elle englobe aussi les fonctions encore plus fondamentales que sont la respiration, le mouvement, la sensation et l'expression de soi. Si l'on ne respire pas profondément on diminue la vie de son corps. Si l'on ne ressent pas totalement, on rétrécit la vie de son corps. Si l'on bride l'expression de soi, on limite la vie de son corps. Il est vrai qu'on ne s'Impose pas volOnlalremt:m l:t:S rt:smcuons vna- les. Elles s'élaborent en tant que moyens de survie dans un environne- ment familial et une culture qui renient les valeurs physiques au profit du pouvoir, du prestige et des possessions. Néanmoins, on accepte cette limitation de la vie parce qu'on ne la remet pas en question et, ce faisant, on trahit son corps. Il est également vrai que la plupart des gens restent inconscients des handicaps physiques sous lesquels ils peinent

- handicaps qui leur sont devenus une seconde nature, une part de leur façon d'être dans le monde. Ils traversent en effet l'existence avec un budget limité d'énergie et de sensations. Le but de la bioénergie consiste à aider l'individu à retrouver sa nature première, qui est une condition de liberté, un état de grâce, et possède un caractère de beauté. La liberté, la grâce et la beauté sont les attributs naturels de tout organisme animal. La liberté est l'absence de restrictions intérieures à la circulation des sensations, la grâce est l'ex- pression en mouvement de ces courants, la beauté est la manifestation de l'harmonie intérieure qu'ils engendrent. Elles dénotent un corps sain et donc un esprit également sain. La nature première de tout être humain consiste à s'ouvrir à la vie et à l'amour. Dans notre culture, être sur nos gardes, cuirassé, méfiant et renfermé est une seconde nature. Ce sont les moyens qu'on adopte pour se protéger de la souffrance, mais lorsque ces attitudes deviennent caractérologiques ou se structurent dans la personnalité, elles consti - tuent une blessure plus grave et créent une infirmité plus importante que celle dont on souffrait à l'origine. L'objectif de la bioénergie est d'aider à ouvrir' son cœur à la vie et à l'amour. Ce n'est pas une tâche facile. Le cœur est bien protégé par la cage thoracique, et ses alentours sont bien défendus, au niveau PsychOlogique comme au niveau physique. On doit comprendre et

35

La bioénergie

perlaborer 1 ces défenses pour atteindre cet objectif. Mais si l'on n'y arrive pas le résultat est tragique. Traverser la vie le cœur fermé équi- vaut à faire un voyage en mer enfermé dans la cale du navire. La signifi- cation, l'aventure, l'excitation et la gloire de l'existence restent hors de

vision La bioénergie et de portée. est une aventure à la découverte de soi-même. Elle diffère des explorations similaires de la nature du Soi en ce qu'elle essaie de comprendre la personnalité humaine dans les termes du corps humain. La plupart des explorations antérieures centraient leurs recher- ches sur l'esprit. Ces recherches permirent d'apporter de nombreuses informations valables, mais il me semble qu'elles n'ont pas touché au plus important domaine de la personnalité, à savoir sa fondation dans les processus physiques. Nous reconnaissons volontiers que ce qui se passe au niveau du corps affecte nécessairement l'esprit, mais cela n'est pas nouveau. Ma position consiste à dire que les processus énergétiques du corps déterminent ce qui se passe dans l'esprit, tout comme ils déter-

minent ce qui se passe dans le corps.

1. « En termes analytiques un problème est perlaboré quand on en connaît le quoi le

comment et le pourquoi. » (Cf. page 288).

CHAPITRE II

Le concept d'énergie

Charge, décharge, circulation et m ouvement

Comme je l'ai souligné, la bioénergétique est l'étude de la personna-

lité humaine au niveau des processus énergét iques de l'organisme. On utili se également ce terme en bi och imie, pour défi nir un domaine de

aux niveaux moléculai-

re et su b-mol éculaire. Comme l'a fait remarquer Albert Szent-Gyorgyi t,

la mach ine vitale a besoin d'énergie pour tourner. En fait, le déplace- ment de n'importe quoi, vivant ou pas, implique de l' énerg ie. Dans la

pensée scien ti fi que clas siq ue, on considère que cette énergie est de nature électr iq ue. Ma is il exi ste d'autres points de vue sur sa nature, surtou t q uand il s'agit des or ganismes vivants . Rei ch a post ulé l'exis-

fo ndamen tale, qu'i l a ppelait o rgo ne, do nt

tence d'une énergie cosmique

la natu re était no n élect rique. La ph ilosophie chino ise postule l'existen- ce de deux t ype s d' énergie en relat ion polai re mutuelle, le yin et le yang. Ces deux ty pes d'énergi e sont à la d'une prati que médi cale ch i- noise, l'acupuncture, dont certains résultats ont stupéfié les médecins occidentaux.

recherches q ui traite des processus énergétiques

Je ne pense pas qu'il soit important, dans le cadre de cet ou vr age, de déterminer ce qu'est en fait l'énergie vitale. Ces différents points de vue ont tous une part de réalité, et je n'ai pas été capable d'en concilier les différences. Ma is nous pou vons cependant accepter la propositi on

de

processus en

l'org ani sme ètait gr ave -

vi end r aien t à

l'énergie -

fo

ndam entale

le

selon laquelle tous les process us vi tàux fon t

mouvement, la sen sation , la pensée -

et ces

s'ar rêter si l'ap port d'én ergie à

interveni r

1.

Albert Szent-Gyorgyi, Bioenergetics (New York, Academie Press, 1957).

La bioénergie

Le concept d'énergie

ment interrompu. Par exemple, le manque de nourriture peut épuiser l'énergie de l'organisme au point d'entraîner la mort; la suppression de l'oxygène au niveau respiratoire peut provoquer la mort. Les poisons qui bloquent les activités métaboliques de l'organisme, et diminuent ainsi son énergie, peuvent également avoir cet effet. On admet généralement que l'énergie d'un organisme animal vient de la combustion de sa nourriture. Les plantes ont la capacité de capter et d'utiliser l'énergie solaire pour leurs processus vitaux; elles la retien- nent et la transforment en leurs propres tissus, la mettant ainsi à la disposition des herbivores sous forme de nourriture. La reconversion de cette nourriture en énergie, que l'anima! peut effectuer pour ses propres besoins vitaux, est un processus chimique complexe, qui fait intervenir en fin de compte l'utilisation d'oxygène. A cet égard, la combustion de la nourriture ne diffère pas de la combustion d'un feu de bois: il faut aussi de l'oxygène pour que le processus se poursuive. Dans les deux cas, le taux de combustion est relié à la quantité d'oxygène disponible. Cette analogie simple n'explique pas le phénomène compliqué que constitue la vie. Un feu s'éteint tout seul lorsqu'il n'y a plus de carbu-

libérée

par la combustion. En revanche, l'organisme vivant est un feu qui se limite lui-même, se régule lui-même et se reproduit par lui -même. Comment il est capable d'accomplir ce miracle - c'est-à-dire de brûler sans se consumer ni s'éteindre - reste le grand mystère. Bien que nous ne puissions pas encore résoudre cette énigme, il est important d'es- sayer de comprendre certains des facteurs mis en jeu, car chacun d'entre nous souhaite garder en lui la flamme de vie , brûlant de tout son éclat et sans interruption. Nous ne sommes pas habitués à penser à la personnalité en termes d'énergie, et cependant on ne peut les dissocier. La quantité d'énergie dont on dispose et la manière dont on l'utilise doivent déterminer la personnalité et s'y refléter. Certains ont plus d'énergie que d'autres; certains sont plus contenus. Par exemple, l'impulsif ne peut pas contenir un accroissement de son niveau d'excitation ou d'énergie; il lui faut décharger cet accroissement d'excitation aussi vite que possible. Le compulsif utilise son énergie de façon différente; lui aussi doit déchar- ger son excitation, mais il le fait au moyen de schémas de mouvements et de comportements rigidement structurés. C'est chez un individu déprimé qu'on voit le plus clairement la rela- tion entre l'énergie et la personnalité. Bien que la réaction dépressive et la tendance dépressive résultent de l'interaction de facteurs psychologi-

rant; de plus il brûle aveuglément, sans tenir compte de l' énergie

ques et physiques compliqués l, il reste une évidence: le déprimé est également déprimé énergétiquement. Des études cinématographiques montrent qu'il n'accomplit qu'environ la moitié des mouvements spon- tanés usuels d'un individu non déprimé. Dans un cas grave, il peut rester tranquillement assis, ne bougeant pratiquement pas, comme s'il n'avait pas l'énergie lui permettant de se déplacer activement. Son état subjectif correspond souvent à ce portrait objectif. Il a généralement l'impression qu'il lui manque l'énergie qui lui permettrait de se dépla- cer. Il peut se plaindre de se sentir énervé, sans toutefois être fatigué. On constate la dépression de son niveau énergétique au déclin de toutes ses fonctions énergétiques. Sa respiration est limitée, son appétit est limité, ses pulsions sexuelles sont limitées. Dans cet état, il lui est absolument impossible de s'intéresser à un but quelconque: littéralement, il n'a pas l'énergie de s'intéresser à quelque chose. J'ai traité de nombreux patients déprimés, car c'est l'un des problè- mes qui poussent fréquemment à entreprendre une thérapie. Après avoir écouté l'histoire de quelqu'un, revu cet historique et évalué son état, j'essaie de l'aider à reconquérir cette énergie. La façon la plus immé- diate d'y arriver est d'augmenter ses apports en oxygène _ c'est-à-dire de l'amener à respirer plus profondément et plus complètement. II y a

de

mobiliser sa respiration, je

les décrirai dans les chapitres suivants. Je pars de l'hypothèse que le patient ne peut pas arriver seul, sinon il n'aurait pas demandé mon aide. Ceci signifie que je dois utiliser mon énergie pour le faire démarrer. Cela implique de le diriger vers quelques activités simples qui approfon - dissent peu à peu sa respiration, en me servant de pressions physiques et de contacts pour la stimuler. L'important est qu'à mesure que la respiration devient plus active, le niveau d'énergie augmente. Lorsqu'on se charge d'énergie, il peut se produire de légères vibrations ou des tremblements involontaires dans les jambes. On interprète ceci comme le signe de la présence d'une certaine circulation d'excitation dans le corps, plus spécifiquement dans le bas du corps. La voix peut devenir plus sonore, car davantage d'air traverse le larynx , et le visage peut s'il- lu mi ner . II ne doit pas falloir plus de vingt à trente minutes pour que ce changement s'accomplisse et que le patient se sente « remonté». On l'a Sortit temporairement de son état

nombreuses façons d' aider quelqu'un à

Bien qu'on ressente immédiatement l'évidence de l'effet que produit

J. Lowen, La

Dépression nerveuse el le Corps, Tch ou, éditeur, J975 .

lQ'

La bioénergie

une respiration p lus totale et plus profonde, ce n'est pas un traitement de l'état dépressif. Et l'effet n'est pas durable, car le déprimé ne peut arriver par lui-même à conserver spontanément à sa respiration ce car actère de profo ndeur . Cette inaptitude est le problème central de la dépression, et on ne peut la perlaborer que par l'analyse complète de lou s les facteurs qui sont intervenus pour amener le corps à être relati - vement étouffé et la personnalité à être déprimée. Mais l'analyse elle- même ne sera que de peu de secours si elle n'est pas accompagnée d'un

sérieux effo rt pour augmenter le niveau d'énergie du déprimé en rechar- geant énergétiquement son corps. On ne peut discuter du concept de charge énergétique sans considé- rer égal em ent la décharge énergétique. Un organisme viv ant ne peut fo ncti onner q ue s' il y a équil ibre entre la ch a rge et la décharge d 'éner- g ie . C et éq uilibre ma inti ent un niveau d'énergie compatible avec les

besoins et

croissance incorpore davantage d'énergie qu'il n'en décharge et utilise

les o pportunités de l'organisme . Un enfant en pé riode de

ce surpl us d' énergie po ur sa croissance. Cela reste vrai pour la convalescence, ou même pour la croissance de la personnalité. Croître

nécessi te de l"é ner gie . C es cas mis à part, il est généralement vr ai que la qu antité d'énergie que l'on incorpore correspond à la quantité que l'on peut décharger par ses acti vités. Toute activité nécessite et utilise de l'énergie - que ce soit les batte-

l'intestin, la marche,

organisme

viv ant n' es t une machine. Il n' acco mp lit pas ses act iv ités fo nd am entales

son être. O n s'exprime

par ses actes et par ses mouvements et, lorsque cette expression de soi

est libre et a pp ropriée à

sion de sati sfaction et de pl aisir due à la décharge de l'énergie. A leur

la réal ité de la situation, on ressent un e impres-

de façon mécanique: ce sont des expressions de

la parole, le trav ail ou les rap ports sexuels. M ais aucun

men ts du cœur, les mou ve ments péri st alt iques de

tour, cette satisfaction et ce plaisir stim ulent l'organisme à augmenter les act ivités mé taboliques, ce q ui se reflète immédiatement par une

resp ir ation plus

et involontaires fonctionnent à leur niveau optimal lorsqu'on éprouve du plai si r. Comme je l'ai dit, le plaisir et la satisfaction représentent l'expé- rience immédi ate des activ ités qui permettent de s'exprimer. Limitez le

droit d'un individu à s'exprimer et vous limitez ses occasions de plaisir

forces internes (inhibitions ou

ten sion s musculaires chro niques)

limitent l'aptitude de l'ind ivi du à s' ex-

primer, son aptitude au plaisir en est réduite. Dans ce cas, il réduira ses

et d'existence créati ve. De plus, si des

totale et plus profonde. Les activités vitales rythmi q ues

40

Le concept d'énergie

apports en énergie (inconsciemment, bien sûr) pour maintenir l'équili- bre énergétique de son corps. I l ne suffit pas simplement de recharger quelqu'un par la respiration pour augmenter son niveau d'énergie. Il faut également dégager les

voies de l'ex pression de soi par le mouvement, la voix et le regard, pour qu'il puisse y avoir une décharge plus importante d'énergie. Il n'est pas

énergéti-

qu e. La respiration peu t s'a pprofo ndir spontanément lorsqu'on s'étire sur un tabouret à respirer. On peut se mettre à pleurer subitement, sans aucune intention consciente ni prise de conscience. Il se peut qu'on ne

de

la respiration a desserré la gorge, chargé le corps et activé des émotions refoulées, entraînant l'irruption et l'expression d' une sensation de tris-

qui surgit. Mais, la plupart du temps ,

r ie n ne se passe, ca r on peut être trop effrayé pour s'ouvr ir et se la isser aller à ses émotions. Dans ce cas, on prendra toutefois conscience de cette « rétention» et des tensions musculaires de la gorge et de la

l'émotion, Il peut être alors nécessaire

de relâcher cette rétention par un travail phy sique direct sur les tensions mu sculaires chroniques,

Comme la charge et la décharge fonctionnent de faç on unitaire, la bioénergétiq ue travaille simultanémen t sur les deux versants de l'équa-

son

expression de lui-même et restau rer la circulation de la sensibilité dans son corps. On met donc toujours l'accent sur la respiration, l'émo- tion et le mouvement, associés à l'essai de relier le fonctionnement énergétiq ue actuel de l' indivi du à son vécu . Cette approch e combinée dévoi le lentement les forces intérieures (conflits) qui l'empêchent de fonctionner à son plein potent iel énergétique. Chaqu e fois que l'on résout l'un de ces confl its intérieurs, le ni veau d'énergie augmente. C eci signi fie que l' in di vidu incorpore davantage d'énergie et en décharge davantage da ns des act ivités créatrices qui sont agréables et satisfai- santes.

Je ne tiens pas à donner l'impression que la bioénergétique peut résoudre tous les conflits cachés, supprimer toutes les tensions chroni-

ques

Il se peut que nous n'arrivi on s pas tot alem ent à attein d re ce but, mais nous instituons réellement un processus de croissance qui va dans cette direction, Toute thérapie est handic apée par le fait que nous vivons dans une cultu re qui n'est pas orientée vers l'activité créatrice et le plai-

rare q ue cela se produise spontanément pendant le chargement

sac he pas à ce m oment-là pourquoi on pleur,e. L'approfondissement

tesse. Quelquefo is c'est

la co lère

trine qu i bloquent l' expression de

tio n

po ur

augmenter

le

niveau

d'énergie

de

l'individu,

élargir

et res ta urer une circulation totale de sensibil ,ité dans l'orga ni sm e.

41

La bioénergie

sir. Comme je l'ai souligné par ailleurs l, elle ne s'accorde pas aux valeurs et aux rythmes d'un corps vivant mais à ceux des machines et de la productivité matérielle. On ne peut s'empêcher de conclure que les forces qui inhibent l'auto-expression et qui , par conséquent, abaissent le fonctionnement énergétique dérivent de cette culture et en font partie. Toute personne sensible sait qu'il lui faut une énergie considérable pour ne pas se laisser prendre par l'allure forcenée de la vie moderne, avec ses pressions et ses tensions, ses violences et son insécurité. Le concept de circulation nécessite davantage d'explications. Le terme « circulation» se rapporte à un mouvement intérieur à l'organis- me; le meilleur exemple que l'on puisse en donner est la circulation san-

guine.

tes et de l'oxygène aux tissus, leur fournissant de l'énergie, et il les débarrasse des déchets de la combustion. Mais ce n'est pas seulement un milieu, c'est le fluide énergétiquement chargé de l'organisme. Son arrivée en un point quelconque du corps y apporte la vie, la chaleur et l'excitation. Il est le représentant et le support d'Eros 2. Considérez ce

qui se passe au niveau des zones .érogènes, les lèvres, les mamelons et les organes génitaux. Lorsque le sang s'y répand (chacun de ces organes est richement irrigué par un large réseau vasculaire), on se sent excité, chaud et amoureux, et on recherche le contact d'autrui. L'excitation sexuelle est synchrone avec un amux sanguin vers la périphérie du corps, spécialement dans les zones érogènes. Il n'est pas important de déterminer si l'excitation provoque l'amux sanguin ou si le sang

apporte l'excitation avec

Il y a d'autres fluides chargés énergétiquement dans l'organisme , en plus du sang: la lymphe, les liquides interstitiels et les liquides intracel- lulaires. La circulation d'excitation ne se limite pas au sang , mais parcourt tous les fluides de l'organisme. Du point de vue énergétique, on peut considérer l'ensemble du corps comme une simple cellule dont la peau serait la membrane. A l'intérieur de cette cellule, l'excitation peut se répandre dans toutes les directions, ou bien s'écouler dans les directions spécifiques, selon la nature de notre réaction à un stimulus. Considérer le corps comme une seule cellule ne nie pas le fait qu 'i l contient de très nombreux tissus spécialisés, les nerfs, les vaisseaux sanguins, les muqueuses, les muscles, les glandes, etc., chacun d'entre eux coopérant en tant que partie de l'ensemble pour en permettre la vie.

Pendant que le sang circule dans

le corps il apporte des métaboli -

lui . Les deux vont toujours de pair.

1. Low en, Le Plaisir. op. c il.

2. Lowen , The Physic al Dynamics of CharaCler Slru clure.

42

op . cil.

Physic al Dynamics of CharaCler Slru clure. 42 op . cil. Le concept d'énergie On peut

Le concept d'énergie

On peut ressentir cette circulation comme une impression ou une sensation qui défie souvent les frontières anatomiques. N'avez-vous jamais senti la colère monter vers le haut de votre corps, chargeant les bras, le visage et les yeux? Cela peut aller de la sensation «d'avoir les oreilles échauffées» à l'engorgement apoplectique et sanguin du cou et de la tête. Lorsqu'on est en colère au point de « voir rouge», cela me semble indiquer que la rétine s'est irriguée de sang. Par ailleurs, la sensation de colère peut avoir un caractère ( et une apparence) froid et blanc, dû à la vasoconstriction périphérique qui empêche le sang d'at- teindre la surface . Il existe aussi une colère noire, entourée d'un sombre nuage de haine. Le déplacement vers le haut du sang et de l'excitation peut engendrer une émotion totalement différente lorsque le sang suit des canaux diffé- rents et excite d'autres organes. Un déplacement d'excitation vers l'avant du corps, allant du cœur vers la bouche, les yeux et les mains, donnera naissance à l'impression de désir, exprimée par une attitude d'ouverture et d'extension. Le déplacement de la colère se fait vers l'ar- rière du corps. Un déplacement du sang et de l'excitation vers le bas produit quelques sensations intéressantes. On peut les éprouver sur un toboggan ou lors des arrêts et démarrages brusques d'un ascenseur. Ces sensations sont très recherchées par les enfants, qui se les procurent en se balançant. Elles sont très intenses et très agréables lorsqu'elles donnent la sensation abdominale de fondre, accompagnée d'une forte charge sexuelle. Mais le même déplacement peut s'associer à l'angoisse, et la sensation abdominale est alors une sensation de chute. Lorsqu'on réalise que 99 % du corps sont composés d'eau, dont une partie est structurée mais la plus grande part sous forme fluide, on peut se représenter les sensations, les impressions et les émotions comme des courants ou des vagues parcourant ce corps liquide. Les sensations, les impressions et les émotions sont les perceptions de mouvements inter- nes de ce corps relativement fluide. Les nerfs établissent un lien entre ces perceptions et coordonnent les réactions, mais les impulsions et les mouvements sous-jacents sont inhérents à la charge énergétique de l'or- à ses rythmes et à ses pulsations naturelles. Ces mouvements Internes représentent la motilité de l'organisme, différenciée des mouve- ments volontaires qui sont soumis au contrôle conscient. Ces mouve- ments internes sont particulièrement évidents chez les très jeunes

enfants. Lorsqu'on regarde le corps d' un bébé, on peut voir

perpétuel de déplacements, comme les vagues d'un lac, mais ces mouve- ments sont produits par des forces internes. A mesure que l'on vieillit,

un jeu

43

La bioénergie

la motilité tend à décroître. On devient plus structuré et plus raide, jusqu' à ce que, finalement, tout mouvement cesse avec la mort. Tous nos mouvements volontaires ont également une composante involontai re qui représente la motilité fondamentale de l'organisme. Cette composante involontaire, qui s'intègre à l'action volontaire, explique le ca ractère vivant ou la spontanéité de nos actes et de nos mouvements. Lorsqu'elle est réduite ou absente, les mouvements ont un caractère mécanique, peu vivant. Les mouvements purement volontai- res ou conscients font naître peu de sensations autres que l'impression kinesthésique de déplacement spatial. La sensibilité d'un mouvement expressif vient de sa composante involontaire, composante qui n'est pas soumise au contrôle conscient. La fusion des éléments conscients et inconscients, ou des composantes volontaires et involontaires , donne naissance à des mouvements qui ont une touche émotionnelle, mais qui

sont des actes coordonnés et efficaces. La vie émotionnelle de l'individu dépend de la motilité de son corps, qui est à son tour fonction de la circulation de l'excitation. Cette circu- lation est perturbée par des blocages qui se manifestent dans les zones où la motilité du corps est réduite. Dans ces zones, on peut facilement palper ou sentir avec les doigts la spasticité de la musculature. Les te rmes « blocage)), « caractère éteint )) et « tension musculaire chronique)) se référent donc au même phénomène. On peut en général affirmer la présence d'un blocage à la vue d'une zone qui semble éteinte et à la palpation de la contraction musculaire qui la rend telle. Comm e le co rps est un système énergétiqu e, il est en constante inter- action énergétique avec son environnement. A part l'énergie qui vient de la combustion de la nourriture, on s'excite ou on se charge par le

brillante, une

contact avec des forces positives . U ne journée claire et

scène agréable, une personne heureuse ont un effet stimulant. Les jours sombres et lourds , la laideur et les gens déprimés ont un impact négatif sur notre énergie et semb lent exercer u ne influence· dépressive. Nous sommes tous sensibles aux forces ou aux énergies qui nous entourent, ma is leur impact n'est pas le même sur tous. Une personne plus forte- ment chargée résiste mieux aux influences négatives. E;n même temps, elle a une influence pos itive sur les autres, surtout lorsque l'excitation circule librement et totalement dans son organisme. C'est une joie que d'être avec de telles personnes , et nous le ressentons tous intuitivement.

44

Le concept d'énergie

Vous êtes votre corps

La bioénergétique repose sur cette propOSitIOn simple: chacun est

son corps. Nul n'existe en dehors du corps vivant où se passe son exis- tence et au moyen duquel il s' exprime et entre en relation avec le monderepose sur cette propOSitIOn simple: chacun est qui l'entoure . Il serait insensé de mettre en

qui l'entoure . Il serait insensé de mettre en

doute cette proposition:

comment nommer une partie de soi-même qui n'appartienne pas à son corps? L'esprit, la pensée et l'âme font partie de tout corps vivant. Un cadavre ne pense plus, il a rendu l'esprit et son âme l'a quitté . Si vous êtes votre corps , et que votre corps est vous, il exprime alors qui vous êtes. C'est votre manière d'être dans le monde. Plus votre corps est vivant, plus vous êtes dans le monde. Quand votre corps perd une partie de sa vitalité, par exemple quand vous êtes épuisé, vous tendez à vous retirer. La maladie a le même effet, elle entraîne un retrait. On peut même sentir le monde un peu à distance, ou le voir à travers un brouillard . Par ailleurs, il y a des jours où l'on se sent rayon - nant de vie et où le monde paraît plus lumineux, plus proche, plus réel. Nous tous être et nous sentir plus vivants, et la bioénergé- tique peut nous aider à atteindre ce but. Comme le corps exprime qui l'on est, il donne à autrui une impres - sion du degré auquel on existe dans le monde . Ce n'est pas par hasard qu'on utilise des termes comme «un rien du tout», pour parler d'un indi- vidu dont l'être n'arrive pas à impressionner, ou « c'est quelqu'un», pour décrire celui qui fait une forte impression . C'est tout simplement le langage du corps . De la même façon, un état de retrait ne reste pas secret. O n peut le sentir , comme on perçoit la fatigue ou un état mala- dif. La lassitude s'exprime par de nombreux signes visuels ou auditifs: comme « un rien du tout», pour parler d'un indi- vidu dont l'être n'arrive pas à

les épaules tombent , la peau du visage s'affaisse, le regard manque d'éclat et la voix reste égale ou manque de résonance. L'effort fait pour masquer cette sensation se trahit lui-même, en révélant la tension de cette tentative que l'on s'impose.

On peut aussi deviner ce que ressent quelqu'un à partir de ce qu'ex- prime son corps. Les émotions sont des événements physiques; ce sont littéralement des mouvements ou des déplacements à l'intérieur du corps, qui ont en général pour résultat une action extérieure. La colère provoque une tension et , comme nous l'avon s vu , un déplacement vers le haut du corps , où sont localisés les principaux organes d' attaque: les dents et les bras . On reconnaît la personne en colère à son visage empourpré, ses poings serrés, ses lèvres retroussées pour montrer les

45

La bioénergie

dents. Chez certains animaux, le poil se hérisse le long du dos et du cou; c'est une autre façon de manifester cette émotion. L'affection ou l'amour entraînent un adoucissement de tous les traits, et la chaleur se répand sur la peau et dans le regard. La tristesse provoque un regard attendrissant, comme si l'on était sur le point de fondre en larmes. Mais le corps en révèle bien davantage. L'attitude que l'on a envers

la vie, le style personnel de chacun se reflètent à la façon dont on se tient, au maintien, et à la façon dont on bouge. On peut distinguer celui qui a ce que l'on appelle un noble maintien ou un port royal de celui dont le dos courbé, les épaules arrondies et la tête légèrement inclinée indiquent qu ' il se soumet aux fardeaux qui l'accablent lourdement. Il y a quelque temps, j'ai traité un jeune homme au corps grand, gras et

informe . Il se plaignait d'en avoir tellement honte qu'il refusait

mettre en maillot de bain sur une plage. Il avait aussi l'impression d'une insuffisance sexuelle. Pendant plusieurs années, il avait lutté pour surmonter ses handicaps physiques en faisant de la marche et en se mettant au régime, mais sans succès. Pendant la thérapie, il réalisa que son apparence physique exprimait un aspect de sa personnalité qu'il avait été incapable d'accepter auparavant - à savoir qu'une partie de

lui-même s'identifiait à une grosse et grasse méduse, plus à un bébé qu'à un homme. Ceci s'exprimait aussi par sa façon de s'asseoir en se vautrant sur la chaise et par le débraillé de ses vêtements. Il réalisa alors qu'être un gros bébé avachi constituait une attitude inconsciente qu'il avait adoptée pour résister aux demandes continuelles de ses parents: qu'il grandisse, qu'il soit un homme, qu'il réussisse. Ses conflits réels étaient plus profonds que ne l'indique cette phrase, mais on les retrouvait tous en abrégé dans cette attitude physique. Au niveau conscient, ou au niveau du Moi, il en passait par les demandes de ses parents, mais aucun effort déterminé ne pouvait affecter sa résistance inconsciente au niveau du corps. On ne peut pas réussir dans la vie en luttant contre soi-même. L'effort que l'on fait pour surmonter son corps est voué à l'échec. On doit reconnaître les similitudes et les différences entre les proces- sus physiques et psychiques. Mon patient n'était pas simplement une larve grosse, grasse et infantile. Il était aussi un homme et essayait de tout son cœur de fonctionner à ce niveaU. Mais il n'était pas totalement

et son inconscient le maintenaient fixé à un

un homme , car son corps

niveau infantile. C'était un homme qui essayait de réaliser son potentiel, mais qui y échouait. Son corps révélait ces deux aspects de façon

de se

46

Son corps révélait ces deux aspects de façon de se 46 Le concept d'énergie marquée, car

Le concept d'énergie

marquée, car il était grand comme le corps d'un homme , mais ses replis de graisse le faisaient ressembler à un bébé. De nombreuses personnes sont handicapées de façon similaire par un conflit inconscient entre différents aspects de leur personnalité. Le

les

besoins du nourrisson qui est en elles et les efforts, les pulsions de l'adulte. L'état adulte nécessite d'être indépendant (tenir debout tout seul) et de prendre la responsabilité d'accomplir ce que l'on veut et ce que l'on désire. Mais, chez ceux qui présentent ce conflit, l'effort en vue d'être indépendant et responsable est sapé par le désir inconscient d'être aidé et protégé. Il en résulte un tableau mélangé psychologiquement et

physiquement. Une telle personne présente dans son comportement une indépendance exagérée, jointe à la peur de la solitude ou à l'incapacité de prendre une décision . Le même tableau mélangé se retrouve dans son corps. Les aspects infantiles de sa personnalité peuvent se manifester par la petite taille des pieds et des mains, par des jambes minces, en

baguettes de

du corps, ou par le manque de développement de la musculature qui n'a pas le potentiel agressif permettant d'obtenir ce que l'on veut ou ce dont on a besoin. Dans d'autres cas, il y a conflit entre la gaieté de l' enfant et le réa - lisme de la part adulte de la personnalité. En surface, la personne semble sérieuse, souvent sévère, rigide, laborieuse et moraliste. Puis, lorsqu'elle essaie de se détendre ou de se laisser aller, elle devient infan- tile. Ceci est particulièrement évident lorsque de telles personnes boivent. L'enfant a lui aussi des farces et des plaisanteries déplacées . Le visage et le corps ont dans ce cas un caractère contracté, dur et tendu qui les fait paraître âgés. Mais l'on peut fréquemment surprendre une

tambour , qui semblent ne pas pouvoir supporter le poids

conflit le plus fréquent est celui entre les demandes insatisfaites ,

expression puérile sur leur visage, accompagnée d'un sourire ou d'une grimace qui manifeste un sentiment d'immaturité. Ce conflit surgit lorsqu'on ne laisse pas s'exprimer librement et tota- lement la gaieté naturelle de l'enfant. Supprimer la curiosité sexuelle de

l'enfant et son penchant à aimer les drôleries n'élimine pas ces tendan- ces. Elles s'enterrent et s'éloignent de la conscience, mais restent vivan-

tes dans les couches souterraines de la

forme de perversions,des tendances naturelles lorsqu'on se laisse aller. Les caractéristiques de l'enfant ne sont pas intégrées à la personnalité, mais en sont scindées et y restent prisonnières comme un corps étranger n'appartenant pas au Moi.

personnalité et ressortent sous '

On est la totalité des expériences que l'on a vécues; chacune d'elles

47

La bioénergie

s'enregistre dans la personnalité et se structure au niveau du corps. Tout comme le trappeur peut lire l'histoire de la vie d'un arbre à partir d'une section transversale du tronc montrant les anneaux de croissance annuels, le thérapeute bioénergéticien peut lire l'histoire d'un individu dans son corps. Ces deux études nécessitent du savoir et de l'expérience, mais elles se fondent sur les mêmes principes. A mesure que l'organisme humain grandit, il ajoute des couches à la personnalité; chacune de ces couches reste vivante et active chez l'adulte. Lorsqu'elles sont toutes accessibles à l'individu , elles consti- tuent une personnalité intégrée et dépourvue de conflits. Si l'une de ces couches ou, pour cette raison, une expérience sont refoulées et non accessibles, la personnalité est en conflit et par conséquent limitée. La figure qui suit présente un diagramme schématique de ces couches:

qui suit présente un diagramme schématique de ces couches: On peut résumer comme suit les caractéristiques

On peut résumer comme suit les caractéristiques qu'ajoute chaque couche à l'existence :

Bébé Jeune enfant Garçon ou fille Adolescence Adulte

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=

amour et plaisir créativité et imagination jeu et amusement romanesque et aventure réalité et responsabilité

Le concept d'énergie

L orsq ue nous parlons de caractéristiques, il vaut peut-être mieux préciser que la croissance considérée ici consiste dans le développement et l'expansion de la conscience. Chaque couche représente alors une nouvelle perception du Soi et de ses potentialités, une nouvelle conscience du Soi dans son rapport au monde. Mais la conscience n'est pas une unité détachée ou isolée de la personnalité. C'est une fonction de l'organisme, un aspect d'un corps vivant. Elle se développe en rela-

psychologique du

ti on avec

corps. Elle dépend de l'expérience; elle gagne en profondeur par l'ac-

quisition de compétences; elle se confirme par l'activité. En' mettant en parallèle ces couches et les caractéristiques de la conscience, je ne sous-entends pas que chaque nouvelle dimension du Moi se dresse parfaitement formée dans une certaine tranche d'âge. Le

jeu commence en réalité pendant la petite enfance, mais n' atteint son plein développement que lorsque cette phase est passée. Je pense que la

l' impression de joie sont plus caractéristiques des

garçons et des fi ll es que des jeunes enfants. Une explication plus détail- lée de chaque couche avec ses caractéristiques rendra le parallèle plus signific atif.

Le bébé est caractérisé par son désir d'intimité physique, surtout ave c sa m ère. Il veut qu ' on le porte, qu'on le caresse, qu'on l'accueille

la . croissance physique, émotionnelle et

conscience du jeu et

a

vec

joie et qu ' on l' ac cepte . Comme je l'ai souligné dans un ouvrage

p

ré cé de nt, on peut défi nir l'amour comme le désir d'un rapprochement

est satisfait, le bébé ressent du

plaisir. La privation de cette intimité qui lui est nécessaire provoque de la dou leur . Tout sentiment d' amour vient chez l'adulte de cette couche de sa personnalité. L'amour n'est pas essentiellement différent chez l'adulte et chez l'enfant, bien que la façon de l'exprimer ait pu varier. Le désir d'une étro ite intim ité sous-tend tout amour. Celui qui a gardé le contact

intime. Lo rsque son besoin d'in timité

avec le bébé qu' il a été et q ui fai t toujours parti e de lui sait ce q u'est l'amour. Il est également en contact avec son propre cœur. Les blocages empêchent d'éprouver l'amour dans toute sa plénitude sont propor- tion nels au degré de séparation de son cœur ou du bébé que l'on a été.

La petite

enfance ajoute

une

nouvelle

dimension

et

un

nouveau.

caractère à l'existence. Le besoin continu d 'i ntimité cède la place au

bes. oin nouveau d'exploration du monde - besoin facilité par l'amélio- ration de la coordination motrice de l'enfant. L'enfant crée le monde SOn esprit grâce à cette ex ploration des personnes et des choses, de 1 espace et du temps. Comme il n'est pas gêné par un sens structuré de

49

La bioénergie

la réalité, son imagination n'a pas de contraintes. Pendant cette phase, il crée également au niveau conscient son sens du Soi; au cours de cette création/il explore en imagination la possibilité d'être d'autres Soi, sa mère par exemple. Je crois que l'on peut dire que la petite enfance est finie lorsqu'on est arrivé à une représentation cohérente de son monde personnel et du Soi personnel. En ayant fini avec cette étape, le garçon ou la fille met à l'épreuve son monde personnel par ses jeux. La maîtrise accrue de la dextérité motrice et ses jeux avec d'autres enfants constituent une forme d'amusement joyeuse parce que libre et très gratifiante. Il y a davantage d'excitation dans le jeu des garçons et des filles que dans ceux des enfants d'âge tendre, ce qui explique aussi l'impression de joie ressentie pendant toute cette phase de l'existence. Le sentiment de liberté est également plus important; il découle d'une indépendance qui n'est pas encore chargée de responsabilités. L'adolescence est marquée par une nouvelle augmentation du ni,:eau d'excitation possible, liée à l'intérêt qui se manifeste pour le sexe opposé et à l'augmentation de l'intensité de la pulsion sexuelle. Dans l'idéal, l'adolescence est la période du romanesque et des aventures, combinant le profond plaisir de l'intimité avec autrui, de l'imagination et de la créativité mentale de l'enfant aux défis et aux jeux des plus jeunes. Quand les conséquences possibles ont une sérieuse réalité et que l'on en prend la responsabilité, on a atteint le stade adulte. L'adulte est un être conscient des conséquences de son comporte- ment, et qui en assume la responsabilité. Toutefois, s'il perd le contact avec les impressions d'amour et d'intimité qu'il ressentait bébé, avec l'imagination créatrice de l'enfant, avec les jeux et la joie du jeune garçon, avec l'esprit d'aventure et le sens du romanesque de son adoles- cence, il restera un être stérile, étroit et rigide. Un adulte sain est à la fois bébé, petit enfant, garçon ou fille, et adolescent. Son sens de la réalité et des responsabilités englobe le besoin et le désir d'intimité et d'amour, la possibilité d'être créatif, la liberté d'être joyeux et l'esprit d'aventure. C'est un être humain intégré et pleinement conscient. Pour comprendre un corps vivant, il faut écarter les concepts méca- niques. Les mécanismes de fonctionnement du corps sont importants, mais ils n'expliquent pas ce fonctionnement . L'œil, par exemple, n'est pas simplement une caméra; c'est un organe sensitif de perception et un organe expressif de réaction. Le cœur n'est pas simplement une pompe; c'est un organe qui permet de ressentir, ce que ne peut faire aucune pompe. Nous sommes des êtres sensibles, ce qui signifie que nous avons

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Le concept d'énergie

le pouvoir de ressentir et de percevoir, d'éprouver des sensations ou des impressions. La perception est une fonction de l'esprit, qui est un aspect du corps. Un corps vivant a un esprit, possède une personnalité et contient une âme. Comment ces concepts sont-ils compris par la bioé- nergétique?

Esprit, personnalité et âme

Actuellement, on aime à dire que la dichotomie corps-esprit est une création de la pensée humaine, que le corps et l'esprit ne font réellement qu'un. Nous les avons considérés trop longtemps comme des entités séparées, qui s'influencent l'une l'autre mais qui ne sont pas directement reliées. Cette attitude n'a pas totalement changé. Nos procédés éduca- tifs sont encore scindés entre l'éducation de l'esprit et l'éducation physi- que, qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Peu de professeurs d'éduca- tion physique croient pouvoir affecter la capacité d'apprendre d'un enfant au moyen de la gymnastique ou d'un programme athlétique. Et, de fait, cela arrive rarement. Cependant, si le corps et l'esprit ne font qu'un, une vraie éducation physique devrait être en même temps une éducation mentale correcte, et réciproquement. Je pense que ce problème vient de ce qu'on rend hommage en paroles au concept d'unité, mais qu'on n'arrive pas à l'appliquer dans la vie quotidienne. On suppose qu'on peut éduquer l'esprit d'un enfant sans se soucier de son corps. On peut gaver son esprit d'informations sous la menace de l'échec et des punitions. Malheureusement, l'information ne se transforme en savoir que si elle est applicable à l'expérience. On néglige constamment le fait que l'expérience est un phénomène physi- que. On ne peut expérimenter que ce qui a lieu au niveau de son corps. L'expérience de chacun est brillante ou terne selon le degré de vitalité de Son corps . Lorsque des événements du monde extérieur affectent le corps, on en fait l'expérience, mais ce qu'on ressent en réalité c'est leur

. La faiblesse de la théorie psychanalytique est d'ignorer le corps quand elle essaie d'aider le patient à perlaborer ses conflits émotionnels. Comme elle n'arrive pas à fournir d'expériences physiques significati- ves, les idées qui surgissent au cours du traitement restent incapables de produire tout changement important de la personnalité. J'ai vu trop souvent des patients qui avaient obtenu, par des années de psychana- lyse, beaucoup d'informations une certaine connaissance de leur état,

effet sur le corps.

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La bioénergie

mais dont les problèmes principaux n'avaient pas été touchés. Le savoir l' " se transforme en compréhension lorsqu'il s'associe à l'émotion.-Seule une profonde compréhension, chargée de fortes émotions, est capable de modifier des schémas de comportement structurés. Dans mes ouvrages précédents, j'ai exploré assez profondément le problème corps-esprit. J'aimerais insister ici sur certaines fonctions qui ont un impact important sur la bioénergétique. Tout d'abord, l'esprit a une fonction directrice pour ce qui se rapporte au corps. On peut diriger son attention, au moyen de l'esprit, sur différentes parties du corps, et se concentrer ainsi plus fortement sur ces zones. Permettez-moi de vous suggérer une expérience simple. Étendez votre bras droit devant vous, en le laissant souple, et centrez toute votre attention sur votre main. Restez fixé sur votre main pendant environ une minute, tout en respi- rant de façon détendue, et vous ressentirez probablement votre main de façon différente. Vous pourrez y sentir un courant, elle est maintenant chargée et cuisante. Elle peut se mettre à vibrer ou à trembler légère- ment. Si vous ressentez cela, vous pouvez réaliser que vous avez dirigé un courant d'excitation ou d'énergie vers votre main. Pendant les ateliers de bioénergétique, j'utilise une variante de cette expérience pour la rendre plus intense. Je demande à chacun de serrer fortement les doigts d'une main contre les doigts de l'autre, en les tendant et en écartant les paumes des mains le plus possible. Sans laisser les doigts s'écarter, on tourne les mains vers l'intérieur, pour qu'elles pointent vers la poitrine, et on les pousse en avant, sans les séparer. On garde cette position d'hyperexten- sion environ une minute, en respirant de façon détendue. Au bout d'une minute, les mains sont souples et pendent librement. On peut à nouveau ressentir le courant d'énergie, la charge, des picotements et des vibra- tions. Si vous faites cet exercice d'expérience du corps, vous pourrez noter également qu e votre attention se centre sur vos mains, à cause de leur augmentation de charge. Vos mains sont en état de tension ou de charge accrue, qui peut se déplacer puisqu'elle vient de l'attention. Si on rapproche lentement les mains jusqu'à ce que les paumes ne soient qu'à cinq ou six centimètres l'une de l'autre, au moment de leur détente, pendant qu'elles sont encore chargées, on peut sentir-la charge qui passe entre elles, comme si elle avait une substance et un corps. L'esprit peut diriger l'attention vers l'intérieur ou vers l'extérieur, sur le corps ou sur des objets externes. En effet, on centre son énergie sur soi, ou bien sur le monde extérieur. Une personne saine peut faire alter- ner ces deux centres de concentration assez facilement et assez rapide-

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Le concept d'énergie

ment pour être consciente, presque en même temps, de son Soi physique et de l'environnement. Une telle personne est attentive à ce qui se passe en elle comme à ce qui se passe chez autrui. Mais tout le monde n'en est pas capable. Certains deviennent trop attentifs à eux-mêmes et dévelop- pent ainsi une gênante conscience d'eux-mêmes. D'autres sont si atten- tifs à ce qui se passe autour d'eux qu'ils perdent conscience d'eux- mêmes. Cela arrive fréquemment aux hypersensibles.

mêmes. Cela arrive fréquemment aux hypersensibles. Fa ire attentio n à son corps est l' un
mêmes. Cela arrive fréquemment aux hypersensibles. Fa ire attentio n à son corps est l' un

Fa ire attentio n à son corps est l' un des princ ipes de la bioénergéti- que, car ce n'est que de cette fa ço n qu'on sait q ui on est, c'est-à-dire qu'on connaît son propre esprit. Dans cette liaison, l'esprit fon ctionne comme un organe perceptif et réfléchissant, qui perçoit et qui définit l'humeur, les impressions, les désirs, etc. Connaître réellement son propre esprit, c'est savo ir ce qu 'on veut ou ce qu 'on ressent. Si l'on ne re ssen t rien, on n'a à penser à rien (à fa ire attention à rien) et l'on n'a donc pas d'esprit. Lorsque les actes de quelqu'u n sont influencés par

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La bioénergie

autrui et non par ses propres impressions, son esprit ne lui appartient pas. Lorsqu'on ne peut pas prendre de décision, cela dénote qu'on est conscient de deux émotions opposées, chacune étant aussi forte que l'autre. Dans de tels cas, il est en général impossible de se décider, jusqu'à ce que l'une de ces émotions devienne la plus forte et l'emporte. Perdre l'esprit, comme c'est le cas dans la folie, consiste à ne pas savoir ce que l'on ressent. Cela se produit lorsque l'esprit est submergé par des impressions qu'il ne peut accepter et sur lesquelles il n'ose pas se concentrer. A ce moment-là, on sépare ou on dissocie sa perception consciente de son corps. On peut se dépersonnaliser, ou tomber dans la folie furieuse, abandonnant toute tentative de possession de soi. Si l'on ne fait pas attention à son corps, c'est parce qu'on a peur des émotions qu'on pourrait ressentir ou percevoir. Lorsque les émotions ont un caractère menaçant, on les refoule généralement. Ceci s'accom- plit par l'établissement de tensions musculaires chroniques qui ne permettent ni circulation d'excitation ni mouvement spontané dans les zones concernées. On refoule souvent sa peur parce qu'elle a un effet paralysant, sa rage parce qu'elle est trop dangereuse, et son désespoir parce qu'il est trop décourageant. On va également refouler la cons- cience d'une douleur, comme celle qu'entraîne la non-satisfaction d'un désir, parce qu'on ne peut pas supporter cette douleur. Le refoulement de l'émotion diminue l'état d'excitation du corps et affaiblit l'aptitude à la concentration de l'esprit. C'est la cause principale de l'affaiblisse- ment de l'esprit. Nos esprits sont préoccupés, la plupart du temps, par la nécessité de garder le contrôle, au détriment de celle d'être et de se sentir plus vivant. L'esprit et la personnalité sont également reliés. On détermine la force de la personnalité de quelqu'un à sa façon de vivre et de vibrer, littéralement à sa quantité d'énergie. Le lien entre l'énergie et la person- nalité est immédiat. Lorsqu'on s'excite et que l'énergie augmente, la personnalité devient plus marquée. C'est en ce sens que nous parlons de la personnalité de quelqu'un ou de la personnalité d'un cheval. Je défini- rai donc la personnalité comme la force vitale contenue dans l'orga- nisme, qui se manifeste par l'expression de soi de l'individu 1. Le type de la personnalité caractérise l'individu et, quand celle-ci est forte, elle le distingue de ses semblables.

1.

Voir

Lowen, La Dépression nerveuse el le

sition plus complète de ces concepts.

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Corps, op . cil., pour une expo-

Le concept d'énergie

On a associé la force vitale, ou personnalité, à la respiration. La Bible relate que Dieu insuffia sa force vitale à une motte d'argile, lui donnant ainsi la vie. En théologie, l'Essence divine, ou Saint-Esprit, est appelée « pneuma», terme défini dans le dictionnaire par « âme ou essen- ce vitale)J. Le mot « pneuma» vient du grec, où il signifie « vent, souffie ou esprit », et dérive du grec phein qui signifie « souffier, respirer ». De nombreuses religions orientales mettent un accent particulier sur la respiration en tant que moyen de communion avec l'universel. La respi- rat ion joue rôle important en bioénergétique, parce que ce n'est qu' en respirant totalement et profondément que l'on peut rassembler l'énergie qui permet de mener une existence plus ardente et plus spiri- tuelle. L'âme est un concept beaucoup plus difficile à manier que l'esprit ou la personnalité. Sa signification originelle est « le principe de vie, de sen ti men t, de pensée et d'action chel, l'homme, considéré comme une entité distincte séparée du corps 1 ». On l'associe à la vie aprés la mort, à l'enfer et au paradis, thèmes capitaux que l'on rejette actuellement. En fait, la seule mention du mot, dans un ouvrage comme celui-ci qui tient à avoir une validité objective, peut en détourner certains lecteurs. Ils ne peuvent concilier l'idée d'une entité séparée du corps et le concept d'unité que représente la bioénergétique. Mais à ce niveau, je ne peux moi non plus les concilier. Heureusement, tout le monde considère que l'âme reste dans le corps jusqu'à la mort. Je ne sais pas ce qui se passe au moment de la mort, ni ensuite. La question ne me préoccupe pas, puisque je m'intéresse surtout au corps pendant sa vie, c'est-à-dire au corps vivant. Un corps vivant a-t-il une âme? Cela dépend de la façon dont on défi nit le mot dme». Le Random House Dictionary en donne une quatrième signification: « la partie émotionnelle de la nature humaine; le sièg e des émotions et des sentiments ». Ses synonymes sont esprit et cœur. Ceci n'apporte pas beaucoup d'aide, car on pourrait alors se dispenser simplement du terme. Ce mot a pour moi une signification entièrement différente, qui m'aide à comprendre les êtres humains. Je considère que l'âme est l'impression ou la sensation d'appartenir à un ordre élargi, ou universel. Un tel sentiment peut venir de ce qu'on réellement ressenti comme faisant partie de l'univers ou comme y etant relié de façon vitale ou spirituelle. J'utilise le terme «'spirituel» non

1.

The Random House Dictionary of the English

(New York, 1970).

Language, èdition complète

55

La bioénergie

dans son sens abstrait ou mental, mais au sens d'essence, pneuma ou énergie. Je pense que l'énergie de notre corps est en contact et interagit avec l'énergie qui nous entoure dans l' univers. Nous ne sommes pas un phénomè ne isolé. Mais tout le monde ne sent pas ce lien ou ce contact. J' ai l'impressi on que ceux qui sont isolés, aliénés, qui manquent de contac t, ont perdu leur âme, âme dont je sens la présence chez ceux qui ont l'i mp ression de faire partie de quelq ue chose q ui les englobe.

No us naissons avec des liens, bien que le plus vis ible d'entre eux,

le

co rdon o mbi lic al, so it coupé à la naissance. Tant qu ' il était à l'œuvre,

le

bébé fa isait, en un sens, encore partie de sa mére. Bien qu'il commence dès sa naissance à mener une existence totalement indépendante, il reste lié à sa mère, énergétiquement et émotionnellement. Il réagit à son exci- tation et il est affecté par son humeur. Je ne doute pas que le bébé per ço ive son lien et son appartenance à sa mère. Il a une âme, et ses yeux ont souv ent ce regard profond dont nous disons qu' il est plein d'âme. La croissance est une expansion sur plusieurs niveaux. On crée de no uve aux liens et on les expérimente . Le premier est le lien avec 'les autres membres de la famille. Une fois que ce lien est créé, il y a des éc hanges énergétiques entre le bébé et c haque membre de la famille, et un échange avec la famille en tant que groupe. Les membres de sa fam ille de vienne nt une partie de son univers, tout comme il devient partie du leur.

A mesure que la conscience se développe et que les contacts augmen- tent, il va dé vel o pper des cercles relationnels plus larges . Il incorpore le monde des plantes et des anim a ux, et s'y ide n tifi e également. Pu is la co mm unauté dans laque lle il vit dev ient sa communauté, tout comme il en dev ient un mem bre. Et ai nsi de suite, à mesure qu'il avance en âge. Si le co nt act ne se ro mp t pas, il ress ent ir a son appartenance au grand ordre naturel terrestre. Com me il en fa it partie, il lu i a ppartient. A un autre ni veau de pens ée, la petite communauté s'étend pour englober la

nat io n, pu is l'h um anité. Plu s él o ignés encore se trouvent les étoiles

et

l' univers. Le reg ar d des vieilles gens est parfois distant, comme si leur vision se centrait sur l'infini . C 'est comme si, vers la fin de l'existence, l'âme prena it contact avec son dernier lieu de repos. Le diagram me suivant présente l'expans ion des relations sous la forme d'une série de cercles concentriques. Ce diagramme est similaire à celui du chapitre précédent, qui illustrait, dans un contexte différent, les niveaux de dèveloppement de la conscience . A mesure que la conscience s'élargit, elle incorpore davantage le monde extérieur dans

56

Le concept d'énergie

la psyché et la personnalité de l'individu. Au niveau énergetlque, comme au niveau psychique, l'organisme nouveau-né ressemble à une fl eur q ui déplie lentement ses pétales et s'ouvre au monde. En ce sens, l'âme est présente à la naissance, mais rudimentaire. En tant qu'aspect de l'organi sme elle passe elle aussi par les processus naturels de crois- sance et de maturation, à la fin desquels elle s'identifie totalement au cosmos et perd son carac tère individualiste. On peut concevoir qu ' il soit possib le que l'énergie li bre de l' organisme quitte le corps à sa mort pour fusion ner a vec l'énergie cosmique ou universelle. On d it que l'âme quitte le corps à la mort. La vie apparaît dans le monde sous la forme d'u n être : celui qui est, mais se contenter d'être semble dépourvu du sentiment de s'accomplir. L'une de mes patientes me rendit cel a évident lorsqu'elle me dit: « Il ne suffit pas d'être. Je voudrais me sentir appartenir, et je n'y arrive pas.»

LES ÉTOILES ET LE COSMOS

pas d'être. Je voudrais me sentir appartenir, et je n'y arrive pas.» LES ÉTOILES ET LE

UNI V ERS

57

La bioénergie

L'extension de l'être dans le monde grâce aux relations et aux identifica- tions permet à la sensation d'appartenance de se manifester. L'être désire cette extension: faire partie d'un ensemble. La sensation de désir, l'une des plus importantes de l'organisme, reflète son besoin de contact avec son environnement et le monde. C'est par l'appartenance que l'âme échappe aux limites étroites du Soi, sans en perdre la conscience qui constitue son existence individuelle.

La vie du corps: les exercices bioénergétiques

Premier qu'avant de rencontrer Reich je

m'étais intéressé aux sports et à la calisthénie. La vie du corps m'avait toujours particulièrement attiré - attrait qui aurait normalement dû me pousser à mener une vie au grand air. Mais je m'étais également intéres- sé à la vie de j'esprit et je ne pouvais donc pas m' abandonner totalement à l' un ou à l' autre de ces deux aspects de ma personnalité. Je me sentais scindé et je luttais contre ces besoins conflictuels, espérant trouver une solution. Je ne suis naturellement pas le seul à m'être posé ce problème. La plupart des ind ividus d' une culture civilisée souffrent de la même dicho- tomie. Et la plupart des cultures ont dû trouver des moyens de laisser la vie du corps circuler et vibrer face aux demandes conflictuelles de la vie intellectuelle. Dans les cultures occidentales, le sport a été et est toujours j'une des principales voies permettant de mobiliser consciem- ment son corps et de le mettre à l'épreuve . On assiste actuellement à un intérêt croissant pour les sports, joint à une conscience accrue de l'im- portance d'exercices physiques réguliers pour la santé. Dans la dernière décennie, plusieurs programmes d'exercices physiques sont devenus très populaires, parmi lesquels les exercices de la Royal Canadian Air Force et les « Aerobiocs», qui se fondent sur des secousses. Malheureu- sement, l'attitude américaine envers le corps est très lourdement enta- chée de considérations du Moi. Il en résulte que pour la plupart des gens le plaisir et la satisfaction physique qui dérivent du sport passent en seconde position, derrière la satisfaction du Moi: gagner. L' accent mis sur la compétition ajoute souvent à l' activité un degré de tension qui annule sa valeur de stimulation et de libération du corps. Nous connaissons tou s le joueur de golf dont la matinée est gâchée par un mauvais pot. Les mêmes pulsions du Moi, réussir et rester à la mode, se retrouvent dans les programmes d'exercices physiques. On les suit pour

J' ai mentionné au Chapitre

58

Le concept d'én ergie

améliorer son apparence, pour avoir l' air plus sain, ou pour développer ses muscles. Le corps idéal a les mêmes caractéristiques qu'un cheval de course: lisse, soigné et prêt à gagner.

vivant,

vibrant, bien, excité, en colère, triste, joyeux et finalement satisfait. C'est le manque d'émotions, ou la confusion des émotions, qui amène les g'ens en thérapie. Je me suis aperçu que les athlètes, les danseurs , les passionnés d'exercices physiques souffrent tout autant que les autres de ce manque et de cette confusion. Et il en était de même pour moi , malgré mon intérêt pour le sport et les exercices physiques . La thérapie me "permit d'atteindre mes émotions et de m'y ouvrir, retrouvant ainsi une partie de la vie de mon corps. Les thérapies reichienne et bioénergé-

La

vie

du

corps

est

constituée

de

sensations:

se sentir

tique visent toutes deux ce but. Ma is un problème restait posé. Comment peut -on garder le courant et la pulsation de vie de son corps une fois que la thérapie est terminée? Notre culture, qui rejette la vie, ne nous y aide pas; mais c'est une nécessité. C'est une question que Reich ne prit jamais en considération . Il pensait que l'on peut arriver à l'accomplissement en dirigeant son énergie vers l'extérieur. Sa philosophie s'exprimait par le dicton:

« L' amour, le travail et la connaissance sont les sources de la vie. Ils devraient la gouverner. » Cette phrase ne laisse comme voie prin- cipale à l'expression de la vie du corps que l'activité sexuelle, voie à la fois trop étroite et trop restreinte . Ma solution personnelle consista à utiliser les exercices bioenergéti- ques mis au point pour améliorer la thérapie chez moi, comme une routine régulière. Il y a maintenant environ vingt ans que je les pratique. Ils m'ont rendu capable non seulement de rester en contact avec mon corps et de le garder vivant, mais encore de continuer la croissance que la thé rapie avait commencée. Je les ai trouvés si utiles que j'encourage mes patients à les faire chez eux, en supplément à la thérapie. Tous ceux qui le fo nt m'en ont confirmé la valeur. Et nous avons, à l'heure actuel- le, institué des cours réguliers d'exercices bioénergétiques pour nos pat ients ou d'autres personnes s' intéressant à la vie de leur corps. Comme l'intérêt que l'on porte à son corps dure toute la vie, nous espé- rons q ue la pratique de ces exercices durera tout autant.

désenchantement dû à l'attitude « anti-vie » de la culture occi-

denta le a conduit beaucoup de gens à s'intéresser aux disciplines, philo-

sophies et religions orientales . La plupart d'entre elles reconnaissent l' im portance d'un programme d' exercices physiques, essentiel pour le développement spirituel. L'intérêt répandu pour le yoga en est une

Le

59

La bioénergie

démonstration évidente. Je m'étais intéressé au yoga avant de rencon-

trer Reich, mais cela n' avait pas

présenté grand attrait à mes yeux

d'Occidental. Cependant je pris conscience, pendant mon travail avec Reich, de certaines similitudes entre la pratique du yoga et la thérapie reichienne. Les deux systèmes insistent beaucoup sur l'importance de la respir ation . La différence de ces deux écoles de pensée tient à leur direc-

tion. La vis ion du yoga est dirigée vers soi et le développement spiri- tu el; celle de la thérapie reichienne vers l'extérieur, la créativité et la joie. II est certainement nécessaire de concilier ces deux points de vue, et j'espère que la bioénergétique pourra aider à le faire. Plusieurs des pr ofesseurs de yoga les plus en pointe aux États-Unis ont approuvé personnellement la compréhension du corps que nous fournit la bioé- nergétique - compréhension qui leur a permis d'adapter les techniques du yoga aux besoins occidentaux. D'autres disciplines physiques orientales sont devenues plus récem- ment populaires aux États-Unis. La principale est celle des exercices t'ai chi ch'uan , que pratiquent les Chinois. Le yoga comme le t'ai chi soulignent l'importance de sentir son corps, la façon d' acquérir grâce et coordinati on et l' accès à la spiritualité par l' identification avec son corps. Ils diffèrent en cela fortement des programmes gymniques occi- dentaux q ui visent la puissance et le contrôle. Où se placent les exercices bioénergétiques dans ce tableau? Ils représentent l'intég ration des attitudes orien tale s et occidentales .

Comme les disciplines orientales, ils renoncent à la puissance et au contrô le au profit de la grâce, de la coordination et de la spiritualité du corps. Mai s il s on t éga lemen t po ur but de développer l'exp ression de so i et la sexualité. Il s servent donc à s'ouvrir à la vie inté rieure du corps , tout autant qu'à aider l'extension de cette vie dans le monde extérieur. Et il s ne sont conçu s que pou r a ide r à prendre co ntact av ec les tensions

ori entales, iis ne

sont efficaces que s' il s deviennent une dis cipline, qui ne doi t être accom- pl ie ni méca niquement ni co mpu lsivement, mais avec une im press ion de plaisi r et un e sensation de compréhension.

Je ne peux pas présenter ici le répertoi re comple t des exercices que nou s utiliso ns en bioénergétique. J'espère pou voir le faire dans un

ouvr age ul térie ur. Je peux ajo uter qu' il s ne sont pas fo r malis és et que l'on peut en imp roviser pour répondre a ux situations et aux besoin s

Je vais toutefois décr ire un grand nom bre de ces exe rcices, l'exploration des principes fondamentaux , pour en montrer

le but. L'un des exerc ices de base fut mis au point très tôt, par moi-

qu i inh ibent la vie du corps. Ma is, comme les prati q ues

indiv idue ls. au cours de

Le concept d'énergie

même, pour me permettre d'être davantage dans mes pieds et mes j am bes et de mieux m' enraciner. On l' appelle « le pont» , ou « l'arc Il; on s'y réfère aussi comme à la position fondamentale de tension.

aussi comme à la position fondamentale de tension. La ligne imprimée sur la silhouette montre l'arc

La ligne imprimée sur la silhouette montre l'arc correct, ou la façon

des épaules

cor recte d'arqu er le dos en ar rière . Le

poi nt si tué au centre

est juste au-dessus du po int situé au centre des pieds;

la

li gn e qu i joint

ces points forme un arc presque parfait , passant par

le

po int si tué au

milieu de l'articulation coxo-fémorale. Lorsq ue le corps prend cette pos it ion, ses parties so nt parfaitement équ ilibrées. Au niveau dynamique , l'arc est tendu et prêt à l'action. Au

61

La bioénergie

niveau énergétique, le corps est chargé des pieds à la tête. Ceci signifie qu'un courant d'excitation traverse le corps. On sent ses pieds sur le sol, sa tête dans l'air, et on se sent aussi parfaitement connecté, ou intégré. Comme c'est une position de tension, énergétiquement chargée, les jambes vont se mettre à trembler. Nous utilisons cette position pour donner au patient l'impression d'être relié ou intégré, d'être fermement planté sur ses pieds, tout en gardant la tête haute. Mais cette position nous sert aussi de diagnostic, car elle révèle immédiatement les manques d'intégration du corps, et monte en épingle la nature et la localisation des principales tensions musculaires. Je décrirai un peu plus loin comment celles-ci affectent l'arc. Nous avons utilisé cette position pour notre travail pendant plus de dix-huit ans. Imaginez ma surprise lorsqu'un patient me montra une photo d'agence de presse représentant des Chinois faisant exactement le même exercice (elle fut publiée le 4 mars 1972).

Voici le dessin d'une photo montrant des Chinois exécutant ce que l'on appelle «le pont taoïste )). La légende sous la photo rapporte: « Trois habi- tants de Chang-hai effectuent la calisthénie chinoise du t'ai chi ch'uan. L'exercice se fonde sur la philosophie taoïste et vise à atteindre l'harmonie avec l'univers en combinant des mouvements physiques et une techni- ques respiratoire.))

Le concept d'énergie

l'univers en combinant des mouvements physiques et une techni- ques respiratoire.)) Le concept d'énergie fi3 62

fi3

La bioénergie

La légende et le commentaire étaient particulièrement intéressants. Tao signifie « le chemin». Le chemin du Tao passe par l'harmonie avec le Soi comme avec l'environnement et l'univers. L'harmonie extérieure dépend en fait de l'harmonie intérieure, que l'on peut atteindre «en combinant des mouvements physiques et une technique respiratoire». La bioénergétique vise à la même harmonie, en se servant des mêmes moyens. Plusieurs de nos patients ont utilisé divers exercices t'ai chi en même temps que la bioénergétique. Les Chinois partent toutefois du principe qu'ils n'ont pas de trouble physique important les empêchant de fai re l'exercice correctement. On ne peut pas partir de ce principe

correctement. On ne peut pas partir de ce principe Le concept d'énergie pour les Occide ntaux.

Le concept d'énergie

pour les Occide ntaux. Et l'on peut se dem ander s'il est vraiment valable actueUe me nt pour les Chinois.

La rigidi té globale du corps, em pêch ant de l'arquer correctement, est un problème que je rencontre fréquemment. La ligne qui joint le point médian des épa ul es et le po int médi an des pieds est une droite (voir illu stration p. 64). On pe ut noter le manque de flexibilité des jambes. On ne pe ut p as fl éch ir totalem ent les ch ev illes. La te ns io n lo mb aire empêche d' arquer le do s. Le pelvis est légè rem ent rétracté. Le problème contraire consi ste en l'hyper fl exibilité du do s, qui se courbe trop. Ceci dénote une faible sse des mu scles du do s que je lie au

 

manque de percep tion de la colo nne vert éb rale. Alors que Je co rps· et

la

personnalité rigides ne sont pas suffisamment flexibles, ce corps- ci et

personnalité rigides ne sont pas suffisamment flexibles, ce corps- ci

et

cette perso nna lité-ci sont trop flexib les . Dans les deu x cas, on ne fait

pas l'a rc correctement, et

l'on n'a do nc pas l'i m press ion d' une

intégra-

 

tion et

d'un courant, ni le sen tim ent d'une harmoni e extérie ure

ou inté-

rieure. La courbure de l'arc est accentuée jusqu'à se rompre. Le bas du dos ne sert pas à soutenir le corps; cette fonctio n est ass urée p ar les abdominaux, qui sont très contrac tés (voir la fig ure ci-dessous).

 
 
 

64

6

La

Un autre problème que l'on rencontre fréquemment consiste en une rupture de la ligne de l'arc, due à une forte rétraction du pelvis. Ceci contraste avec le cas précédent, où le pelvis était trop poussé vers l'avant. La figure ci-dessous illustre ce cas:

vers l'avant. La figure ci-dessous illustre ce cas: Le concept d'énergie Si on pousse alors le
vers l'avant. La figure ci-dessous illustre ce cas: Le concept d'énergie Si on pousse alors le

Le concept d'énergie

Si on pousse alors le pelvis vers l'avant, les genoux se raidissent. On ne peut fléchir les genoux qu'en poussant les fesses en arrière. Il y a une ten sion importante dans le bas du dos, ainsi que tout le long de l'arrière des jambes. Lorsqu'on se place face au corps, une scission entre les parties du corps est parfois assez évidente. Les principales parties, la tête et le cou, le tronc et les jambes, ne sont pas alignées. La tête et le cou forment un an gle avec le tronc et penchent à droite ou à gauche. Le tronc est dévié dans la direction opposée, et les jambes sont également déviées, en di rec tion opposée du tronc. J'ai fait ci-dessous le schéma de cette posi- tion, la ligne montre les différentes déviations.

du tronc. J'ai fait ci-dessous le schéma de cette posi- tion, la ligne montre les différentes

67

La bioénergie

Ces déviations montrent que le corps n'est pas d'un seul tenant. E lles

représentent une frag men tation d'une personnal ité schizoïde ou

Si la sci ssi on exi ste à l' in téri eur de la personna lité, elle doit auss i ex ister à l'intérieur du corps, au niveau énergétique. On est son corps.

Il y a plusieurs années, on pria mes associés une conférence sur la b ioéner gétique, suivie de

grou pe Health . Ma causerie traitait du lien étroit qui unit le corps et la person- \ nalité. Après la conférence, on nous demanda de fa ire no s pre uves en

ét abli ssant un diagnostic ps ychiatrique en nous basant sur le corps,

sans r ien conna ître de l' indivi du . On nous prése nta p lus ieurs sujets

, demanda i à chacun de ces sujets de prendre la position de tension décri- te ci -dessus , po ur voir la ligne dessi née par son corps . Ap rès l' avoir observé un bref instant, mes as sociés et moi nous retir ions dans de s pièces sé pa rées et on nous convo qua it un p ar un pour qu e nous ne pui s- sions pas nous cons ulter pour porter notre diagnostic. C hacun de no us porta le même diagnostic, qui se tr ouv a en accord l'avi s du gro upe du N.l .M.H. D ans deu x de ces cas, la sci ss io n

étudiés par les decins du N. I.M.H.

uns a près les autres . Je

de l' intégrité de la perso nnalité, typique schizophrène. Schizoïde signifie scindé.

et moi -même de faire

démonstrations, à un

de médeci ns et d' étudiants du N atio nal Institute of Mental

les

avec

entre les lignes du corps était si éviden te que diag nostiqu er un e person··

na lité sch izo'lde était cho se simple. Chez un troisiè me, le caractère dom in ant ét ai t un e excessive rigidité . L'u n de s s uj ets schizoïdes présen-

tait une caractéristique inh abi tuelle. Ses deux

même couleur. Lorsque je fis remarquer cela, je fus surpris de constater

que personne d'autre dans la salle ne s'en était a perçu. Comme tant de

psycholog ues et de psychiatres , ils av aient appris à écouter - pas à "\ rega rder. Ils s'intéressaient à l'esprit du patient et à son histoire, pas à 1 son corps ni à ce qu ' il expr im ait. Ils n'avaient pas en core appris à lire le langage du corps. Des troubles physiques tels que ceux qui ont été décrits ci-dessus

sous -tendent les symptômes qu i

théra pie. Ce lui q ui est ri gide va se montrer inflexible et peu généreux

dans les situations qui dema ndent de la douceur et de la tendresse .

Celui dont le dos est trop mou et trop flex ible va manquer d'agres sivité

yeux n'éta ien t pas de la

inci ten t quelqu'un à

entreprendre une

;"t

lorsqu'elle serait nécess ai re. Tous ces

patie nts sentent qu 'ils ne sont

en

ha rm on ie ni avec eux- mêmes ni a vec le monde. Adop ter la position

de

l' arc ne peut pas leur permettre de retrouver cette harmonie parce qu'ils ne peuvent pas l'effectuer correc tement. Cependant, cel a va les a id er à sen tir le s ten sion s de leu r corps qui les empêchent de l'exécuter correc-

68

Le concept d'énergie

tement. On peut arriver à dénouer ces tensions au moyen d'autres exer- cices de bioénergétique, dont certains seront décrits dans les chapitres ultérieurs de cet ouvrage.

Lorsque j'affirme que quelqu'un qui fait l'arc correctement est en harmonie avec l'univers, c'est sans hésitation ni réserves, car je n'ai jamais vu quelqu'un souffrant de graves problèmes émotionnels capable de le faire correctement. Ce n'est pas une question d'entraînement, car on ne peut pas apprendre à exécuter cette position. Ce n'est pas une position statique. On doit être capable de respirer totalement et profon- dément pendant qu 'on garde la position. On doit être capable de garder le bon fonctionnement et l'intégrité de son corps sous la tension . Toute - fois, faire l'exercice régulièrement aide beaucoup. Cela aide à se mettre en contact avec son corps, à en percevoir les troubles et les tensions , et à comprendre leur signification. Cela aide aussi à garder l'impression d'harmonie avec l'univers, une fois qu'on l'a ressentie. Dans une culture technologique, tout combat a son importance.

CHAPITRE III

Le langage du corps

Le centre de vie: le cœur du problème

Le langage du corps ou langage physique a deux aspects. Le premier concerne les signes et expressions physiques qui nous fournissent des informations sur quelqu'un; le second concerne le langage parlé dont la signification se réfère aux fonctions physiques. Je traiterai ces deux

aspects dans ce chapitre, en commençant par le

l'expression « je n'ai pas besoin qu'on me tienne par la main » appar- tient au langage du corps. Elle signifie naturellement qu'on est indépen-

dant, et dérive d'une expérience qui nous est commune . Lorsque nous étions des bébés dépendants, il fallait nous porter ou nous tenir par la main. En grandissant, nous apprenons à marcher sans qu 'on nous tienne par la main et à être indépendants. Beaucoup d'expressions de ce type font partie du langage courant. On dit que quelqu'un « a la tête

dure » s'il

généreux , q u' il « ne desserre pas les lèvres » s'il ne dit rien. On parle

« d'endosser une responsabilité », de « garder la tête haute », et de

« garder le pi ed

Sandor R ado a suggéré que les sources du langage se trouvent dans l,es sensations proprioceptives - c'est-à-dire que le langage du corps est

a l.a base de tout langage . Je crois que c'est une proposition valide, pUisque la communication est originellement le partage d'une expérien - qui est elle-même une réaction physique à des situations et des evenements. Mais dans un monde qui comporte d'autres cadres de réfé - ren ce pertinents, le langage va incorporer des termes venant de ces systèmes. Par exemple, l'expression « partir en quatrième vitesse »

second. Par exemple ,

est têtu, qu ' il a « les doigts crochus » s'il est accapareur et peu

ferme » pour désigner des attitudes psychologiques.

71

La bioénergie

dérive de l'expérience de l'automobile, et n'a de sens que pour ceux qui sont relativement familiarisés avec elle. L'expression « renverser la vapeur l) en est un autre exemple; elle se réfère au mode d'utilisation des machines à vapeur. On pourrait dire que de telles expressions constituent un langage de la machine. Combien d'entre elles se sont introduites dans notre façon de parler, et donc de penser? Je n'en sais rien. On peut prévoir que nos progrès technologiques introduiront beau- coup d'expressions nouvelles dans ·notre vocabulaire, bien éloignées du langage physique. Toutes les machines sont, en un sens, des extensions du corps

humain, et fonctionnent selon les principes mis en œuvre à l'intérieur du

co rps . Cela se constate facilement sur les outils simples, tels que la fourche qui est un prolongement de la main et des doigts, la pelle qui continue la main en train de ramasser, la masse qui prolonge le poing.

M ais les

corps: le télescope est une extension des yeux et l'ordinateur du cerveau. M ais on perd souvent cela de vue, et on tend à penser que le corps fonctionne selon les principes de la machine plutôt que l'inverse. Nous nous identifions à la machine, qui est, dans les limites de ses fonc- tions, un instrument plus puissant que le corps. Nous finissons par considérer le corps comme une machine, et par perdre contact avec ses aspects vitaux et sensibles. La bioénergétique ne considère pas le corps comme une machine, pas même comme la plus belle et la plus complexe ayant jamais été crée. Il est vrai que l'on peut comparer certains aspects d'une fonction physique

à un e machine ; par exemple, on peut considérer le cœur comme une pompe. Lorsqu 'il est isolé du corps, le cœur est une pompe, ou, si l'on s'ex prime autrement: si le c œur ne participait pas à la totalité de la vie de l'organisme, il ne serait qu'une pompe. Mais il y participe et c'est ce qui fait de lui un cœur et non une pompe. La différence entre une machine et le cœur est que la machine a des fonctions limitées. Une pompe pompe, et c'est tout. Le pompe, lui aussi, et fonctionne comme une machine dans le cadre de cette opération limitée. Mais il constitue également une partie intégrante du corps et, sous cet aspect de son fonctionn ement, il fait plus que simplement pomper le sang. Il parti- cipe à la vie de l'organisme et y contribue. Le langage du corps recon- naît cette différence, et c'est en quoi il est si important. La richesse des expressions faisant intervenir le mot « cœur» montre

à quel point ses aspects extramécaniques nous semblent importants. En voici quelques-unes. Dans l'expression « toucher au cœur du sujet»,

m achines compliquées elles-mêmes conservent ce lien avec le

72

Le langage du corps

noUS mettons en parallèle centre ou point essentiel, comme dans l'ex- pression « cela va droit au cœur », où l'on suppose que le cœur est l'as- pect le plus central et le plus profond de l'individu. « De tout son cœur )l implique un engagement total, puisque cela met en cause la part la plus profonde de soi. Chacun sait que l'on associe le cœur à l'amour. « Donner son cœur » signifie tomber amoureux; « offrir son cœur» signifie que l'on recherche l'amour de quelqu'un d'autre. cc Parler à cœur ouvert » signifie ne pas garder de réserves. Jusque-là le mot cœur est utilisé de façon très symbolique. Mais on n'associe pas seulement le cœur au sentiment; c'est également, d'après notre langage, l'organe de la sensibilité. Lors-

qu'on dit: c( J' ai

senti mon cœur se serrer », on communique une sensa-

tion proprioceptive qu'autrui pourrait éprouver, qui dénote une angois- se et une déception extrêmes. Le cœur se dilate également de joie, litté- ralement, pas seulement au figuré. Alors, l'expression « tu m'as brisé le cœur» dénote-t-elle un traumatisme physique réel? J'incline à le croire, mais je crois aussi que les cœurs brisés s'en remettent assez souvent. Le mot « brisé» ne signifie pas forcément « cassé, en deux ou pl usieurs morceaux ». Il peut évoquer une rupture du lien entre le cœur et la péri- phérie de l'organisme. L'émotion amoureuse ne peut plus s'écouler librement du cœur vers le monde. La bioénergétique s'intéresse à la façon dont quelqu'un réagit à l'amour. Son cœur est-il fermé ou bien ouvert? S'ouvre-t-il au monde ou s'en retranche-t-il ? On peut déterminer ses attidudes en se basant sur ce qu 'expr ime son corps, mais, pour y arriver, il faut comprendre le langage du corps.

Le cœur est enfermé dans une cage osseuse, la cage thoracique, mais cette cage pe ut être souple ou rigide, immobile ou sensible. On peut en évaluer les caractéristiques à la palpation, en notant que les muscles sont Contractés et que la paroi thoracique ne réagit pas à une légère pression. La respiration montre la mobilité de la poitrine. Nombreux sont ceux do nt la paroi thoracique ne bouge pas quand ils respirent. On alors que les mouvements respiratoires sont surtout diaphrag- matiques, avec une légére participation abdominale. Le thorax est dilaté et ,reste en position d'inspiration. Chez certains , le sternum est protubé- ' rant, COmme pour écarter autrui de leur cœur. Bomber le torse est un signe de défi. Si c'est fait délibérément, on sent que cela signifie: « Je ne vous laisserai pas vous approcher de moi. » principal canal de communication partant du cœur passe par le gosier et par la bouche. C'est le premier canal utilisé par le nourisson,

73

La bioénergie

lorsqu'il tend ses lèvres et sa bouche vers le sein de sa mère. Mais le bébé ne se contente pas de tendre les lèvres et la bouche, il tend aussi son cœur vers sa mère. Ce mouvement qui exprime l'amour se retrouve dans le baiser. Mais un baiser peut être un geste d'amour ou une expres- sion d'amour; la différence tient à ce que le cœur y participe ou non, et ceci dépend de l'ouverture ou de la fermeture du canal de communica- tion entre le cœur et la bouche. Un gosier contracté et un cou tendu peuvent réellement empêcher le passage de toute émotion. Dans de tels cas, le cœur reste relativement isolé, renfermé. Le second canal de communication du cœur passe par les bras et les mains lorsqu'ils se tendent pour toucher. Dans ce cas, l'image de l'amour est le contact doux, tendre et caressant de la main maternelle. Ici aussi, il faut que l'émotion parte du cœur et s'écoule dans les mains pour que cet acte soit une expression d'amour. Les mains qui aiment vraiment sont très chargées énergétiquement. Leur contact est La circulation d'émotion ou d'énergie dans les mains peut être bloquée par les tensions de l'épaule ou par des spasticités des muscles de! la

main

Les tensions des épaules se forment lorsqu'on a peur de se tendre

pour porter un coup. Les tensions des petits muscles de la .main résul- tent des impulsions refoulées à étrèfn'dre ou à saisir, à étran- gler. Je pense que ces tensions sont responsables de l'arthrite rhumatis- male des mains. Dans certains cas, je me suis aperçu qu'exécuter l'exer- cice décrit au Chapitre Premier, où l'on presse les mains l'une contre l'autre en position d'hyperextension, a aidé certains patients à venir à bout d'une crise d'arthrite rhumatismale des mains.

Un troisième canal de communication du cœur vers le monde descend vers la taille et le jusqu'aux organes génitaux. Les rapports sexuels sont un acte d'amour, mais il dépend là aussi de la participation du cœur qu'ils soient un simple geste ou l'expression d'un sentiment sincère. Lorsqu'on éprouve un violent amour pour son parte-

a une) r!;]!si_tp, .e! ,n teint un niveau d'excita-

naire , l'expérience sexuelle

tion qui font de l'orgasme ou du' pâroxysme une expérience extatique. l'ai déjà souligné! que l'orgasme complet et sütisfaisant n'est possible

que l'orsqu'on s'engage totalement. Dans ce cas, on sent littéralement son cœur bondir (bondir de joie) au moment du paroxysme. Mais ce canal peut être lui aussi coupé ou fermé à différents degrés par les tensions du bas du corps. Faire l'amour sans affectivité, c'est comme manger sans appétit. Bien

'U

f

1.

74

Alexander Lowen, Love and Orgasm (New York, Macmillan, 1965).

Lowen, Love and Orgasm (New York, Macmillan, 1965). Le langage du corps entendu, la plupart des
Lowen, Love and Orgasm (New York, Macmillan, 1965). Le langage du corps entendu, la plupart des

Le langage du corps

entendu, la plupart des gens y mettent quelque affectivité; reste à savoir combien, et quel est le degré d'ouverture de la voie de communication. L'un des troubles les plus courants de l'être humain est la dissociation entre le haut du corps et le bas du corps. Parfois les deux ne semblent pas ·appartenir à la même personne. Chez certains, le haut du corps est bien développé, alors que le pelvis et les jambes sont petits et ont un aspect infantile, comme si c'étaient ceux d'un enfant. Chez d'autres, le pelvis est plein et arrondi, mais le haut du corps est petit, étroit, infanti- le. Dans tous ces cas, la sensibilité de l'une des parties ne s'intègre pas à la sensibilité de l'autre. Le haut du corps a quelquefois un caractère contracté, rigide et agressif, alors que le bas du corps semble mou, passif et masochiste. Partout où se présente une certaine dissociation, les mouvements respiratoires naturels ne s'écoulent pas librement à travers le corps. La respiration est soit thoracique, avec une légère participation abdominale, soit diaphragmatique, avec un déplacement thoracique diminué. Si l'on demande au patient d'arquer son dos,

èomme dans l'arc t'ai chi décrit plus haut, la ligne du corps ne forme

pas réellement un arc. Le pelvis est soit projeté vers l'avant, soit repous- sé en arrière, ce qui entraîne une cassure de la ligne du corps et de son unité. Le manque d'unité dénote le manque d'intégration de la tête, du cœur et des organes génitaux. Les tensions musculaires chroniques, qui empêchent l'excitation et l'émotion de circuler librement, se situent fréquemment au niveau du diaphragme, des muscles entourant le pelvis et du haut des jambes. En les détendant par une approche à la fois physique et psychologique, on permet à quelqu'un de commencer à se sentir « relié». C'est le terme qu 'emploient les patients. La tête, le cœur et les organes génitaux, ou bien la pensée, le sentiment et la sexualité ne sont plus des parties sépa- rées ni des fonctions séparées.La sexualité devient de plus en plus une expression d'amour, et on y prend donc plus de plaisir. Dans tous les cas, le comportement de promiscuité qui pouvait s'observer auparavant cesse.

Chez les femmes, le cœur a un lien direct et immédiat avec les seins, qui rèagissent de façon érotique ou glandulaire aux impulsions venant du cœur. En cas d'excitatitm sexuelle, les mamelons sont engorgés de sang et se durcissent; en cas d'allaitement les glandes sécrètent du lait. fait d'allaiter est donc, normalement, l'une des expressions les plus eVldentes de l'amour maternel. De plus, il est difficile d'imaginer que le lait de la mère ne convienne pas à son enfant. Le nourrisson a été conçu et s'est développé dans le milieu même qui produit le lait. Cependant,

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La bioénergie

des patients ont relaté que le lait de leur mère leur avait donné l'impres- sion d'être amer. Bien que je prenne de telles affirmations au sérieux, je ne pense pas que le lait lui-même était en cause. Il est plus vraisem- blable que la mère était elle-même amère et en voulait à l'enfant d'être un fardeau - ressentiment perçu par le nourrisson, et auquel il réagis- sait. L'allaitement, comme les rapports sexuels, est plus qu'une réaction physiologique.C'est une réaction émotionnelle et, comme telle, elle dépend de l'humeur et de l'attitude de la mère. Le flux émotionnel allant du cœur vers les seins peut être restreint ou réduit. J'ai parlé assez longuement du cœur, parce qu'il est le problème central de toute thérapie. On entreprend une thérapie pour des problè- me s variés: dépression, angoisse, impression d'inadaptation, sentiment d' échec, etc. Mais derrière chacun de ces problèmes se retrouve le manque de joie de vivre et de satisfaction . Il est actuellement à la mode de parler de réalisation de soi et de potentiel humain, mais de tels termes ne prennent un sens que lorsqu'on se demande: potentiel de quoi? Il n'est possible de vivre plus pleinement et de façon plus totale qu'en ouvrant son cœur à la vie et à l'amour. S'ans amour - de soi- même, de ses compagnons, de la nature et de l'univers - on reste froid, détaché et inhumain. C'est de notre cœur que s'écoule la chaleur qui nous unit au monde dans lequel nous vivons. Cette chaleur est l'amour. Toute thérapie a pour but d'aider quelqu'un à augmenter les possibilités de donner et de recevoir de l'amour; à dilater son cœur, et pas seule- ment son esprit.

I nteractions avec la vie

En allant du cœur vers la surface du corps, nous allons examiner tous les organes qui sont en interaction avec l'environnement. Notre langage corporel regorge d'expressions qui dérivent de la conscience proprioceptive des fonctions de ces organes. Ces expressions sont si riches d'images et de sens que nul ne peut se permettre de les ignorer s'il étudie la personnalité humaine. Nous partirons du visage, puisque c'est la partie du corps humain qui se présente ouvertement au monde. C'est aussi la première partie que l'on examine lorsqu'on regarde quelqu'un. Tout comme le mot « cœur» en est venu à signifier centre ou point principal, le mot « visage » s'est étendu jusqu'à inclure l'apparence extérieure des objets ou des situa- tions. Ainsi, on parle du visage d'un pays, ou de faire bon visage. Dans

76

du visage d'un pays, ou de faire bon visage. Dans 76 Le langage du corps la
du visage d'un pays, ou de faire bon visage. Dans 76 Le langage du corps la

Le langage du corps

la phrase « mettre une nouvelle fac e à un problème ancien » on se refère à un ch angement de l'apparence extérieu re d'une situation, sans que

l' essence de la situat ion ait cha ng é de faç on correspondante. On utilise aussi le mot « face » pour se référer à une image de soi qui relie le concept de vis a ge au Moi, puisque l'une des fonctions du Moi consis te à s'inté resser à l'i mage q ue l'on projette. Si l'on « perd la face », le Mo i reçoit un coup. Si l'on « se voile la face», cela dénote de la honte,

le

situations, alors que quelqu'un de plus faible peut « s'effacer». Le visage in terv ient dans l'expression de soi, et le genre de visage qu'on arbore en di t fort lo ng sur ce qu'on est et ce qu'on ressent. Il y a le visage souriant, le vis age dépr imé , le visage lu mineux , le visage triste, etc. Malh eureusement, la pl upa rt des gens ne sont pas conscients de l'expression de leur visage, et ils m anquent par là de contact avec ce qu'ils sont et ce qu'ils ressentent. Ces considératio ns no us permettent d' estimer le Moi de quelqu'un à

gén éral un ca ractère de masque,

son visage. Le vis age du sc hi zoïde a en

Moi se sent humilié. Q uelqu'u n dont le M oi est fort « fait face» aux

ce qui est l'un des signes permettant de diagnostiquer cet état, une indi- cation de la faiblesse du Mo i. A mesure que le traitement améliore son état, son visage devien t plus expressif. Un visage large et plein dénote un Moi fort (c 'est le langage du corps), mai s J' on voit quelquefois une

grosse tête sur un petit corps, ou inversement un corps solide avec une petite tête. On peut présumer, dans ce cas, une certaine dissociation en tre le Moi et le corps.

Une autre observation intéressante est la tendance de nombreux garç on s et fi ll es aux cheveux lo ngs à ca c her leur visage derrière leur

chevel ure. Cela

me semble exprimer leur répugn ance à affro nter le

monde. On peut aus si l' inter préter comme un rejet de la tendance de notre cul tu re à surévalu er les images. Beaucou p de j eunes ont dans leur

personnalité un penchan t « anti-Moi » ; le prestige, le statut, la parade et les signe s matériels de position sociale et de pui ss ance leur répug ne nt. On peut comprendre cette attitude comme une hyperréaction contre ('im-

portance que

au détriment de Jeur vérité intérieure et de leurs valeurs intérieures. C haque organe, et chaqu e tr ait du visage, a un langage corpo rel qu i lui est propre. Le front, les ye ux, la bouche et le men to n serve nt à dé no- ter des caractér istiq ues ou des traits variés. Exa min ons certaines des expressions q ui font interveni r ce s parties de notre anato mie. Un front haut dénote le raffinem ent et j'intellectualisme. A l'opposé, au front bas se rattache de la vulgari té. On porte le fro nt bas lorsqu'on paraît abattu,

leur s pare nts attribu a ient à J' appa ren ce extérieure, sou vent

77

La bioénergie

parce qu'on a été intimidé par les mots ou les regards autoritaires de

quelqu'un. Le front s'abaisse réellement. On dit d'une personne effron-

tée qu'elle a la langue bien pendue.

La vision est une fonction si importante pour la conscience qu'on établit une équivalence entre « voir» et comprendre. Quelqu'un qui a

« la vue longue» non seulement voit loin, mais est capable de prévoir. En tant qu'organes expressifs, les yeux jouent un rôle important dans le langage du corps. Un regard peut avoir tant de significations qu'on évalue souvent les réactions des gens à leur regard. Pour ce qui est de la bouche, on utilise des expressions telles que « faire la fine bouche », « la bouche en cœur» , « bouche cousue », etc. La fonction des dents est riche en métaphores. « Déchirer à belles dents » est une expression plus forte que « en venir aux mains ». On est « sur les dents » quand on est

accablé

faire face à l'adversité. Laisser tomber le menton est le mouvement initial pour permettre de pleurer. On l'observe facilement chez les bébés: leur menton s'affaisse et se met à trembler juste avant qu'ils se mettent à pleurer. Au cours d'une thérapie bioénergétique, il est parfois nécessaire de pousser un patient à affaisser le menton avant qu'il puisse se laisser aller a pleurer. i . La voix humaine est le moyen de communication le plus expressif de l'homme. Paul J. Moses, dans son ouvrage The Voice of Neurosis, décrit les éléments soniques de la voix et montre quelles sont leurs rela- tions avec la personnalité. Dans un chapitre ultérieur, je parlerai des concepts sous-jacents qui permettent de déchiffrer la personnalité à partir de la voix. Le langage du corps reconnaît la signification de la voix. Si l'on « n'a pas voix au chapitre » dans une affaire, cela signifie qu'on ne compte pas . On n'a « rien à dire ». Perdre sa voix équivaut donc à une perte de standing. Les fonctions des épaules, des bras et des mains contribuent au langage du corps. On « endosse ses responsabilités » lorsqu'on les prend en charge. On « se fait un chemin à coups de coude» lorsqu'on est

Il y a enfin l'expression « garder le menton haut » qui signifie

.

l

,

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(

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-

."1'"""

.

agressif, et on cherche « à être épaulé » face à un coup dur. Si quelqu'un « a le bras long », on est fier de lui. Si on participe à une affaire, on dit qu'on « met la main à la pâte ». La main est le premier instrument de contact. Elle contient davanta-

.,

·f."

ge de corpuscules tactiles que n'importe quelle autre partie du corps. Le toucher est donc en grande partie une fonction assurée par les mains, mais ce n'est pas une opération mécanique. Dans le langage humain, toucher consiste à ressentir un contact avec autrui. L'expression « vous

ressentir un contact avec autrui. L'expression « vous Le langage du corps m'avez touché» est donc

Le langage du corps

m'avez touché» est donc une autre façon de dire: « Vous m'avez fait réagir émotivement » - et c'est une façon plus aimable de le dire, car cela implique aussi l'idée d'intimité. « Prt;fldre contact » signifie faire conn aissance . Cette expression montre le lien étroit qui existe entre toucher et connaître. Les bébés découvrent les caractéristiques des objets en les mettant dans leur bouche, où le goût représente une impor- tante modalité sensorielle. Mais les enfants découvrent par le toucher. Le rapport entre toucher et savoir pose un problème important pour la thér apie. Peut-on réellement connaître autrui sans le toucher? C om ment peut-on percevoir quelqu'un si on ne le touche pas? La psyc hanalyse traditionnelle évite tout contact physique entre le patient et l'an alyste, de crainte, je pense, que ce contact n'engendre des émotions sexuelles. Elle place ainsi une barrière entre deux personnes qui ont besoin d'être en contact l'une avec l'autre, de façon plus immédiate que par les mots. En touchant le corps de son patient, l'analyste peut en apprendre beaucoup sur lui: la mollesse ou la dureté de sa musculature,

la séche re sse de sa peau , la vitalité de ses tissus. Par son toucher, il peut

pa tient l'impression qu'il le ressent et l'accepte en tant qu'être

ph ysique, et que toucher est une façon / naturelle d'établir un contact.

fait que le thérapeute le touche ph y siquement constitue pour le patie nt un signe de l'intérêt qu'il lui porte. Cela le ramène à l'époque où être porté et caressé par sa mère était l'expression de ses soins tendres et aimants. Dans notre culture, la plupart des gens souffrent d'un manque

de co ntact ph ysique

manque qu'ils désirent être touchés et tenus, mais qu 'ils ont peur de le demander ou de se tendre vers ce contact. Ils ont un tabou contre le contact physique parce qu'il s'associe de façon trop étroite, dans leur esp ri t et d ans leur corps, à la sexualité . Comme un tabou de ce genre rend di fficil e d'avoir de vrais contacts avec autrui l , il est très important, thérapeuti q ue ment, de l'éliminer. Il incombe donc au thérapeute de

montrer qu' il n'a pas peur de toucher son patient, ni d'être touché par lui. Ma is, si le thérapeute met la main sur son patient, se pose la question du caractère de ce contact. On peut toucher quelqu'un, particulièrement quel qu'un du sexe opposé, de façon telle que le toucher soit sexuel et le contact ph ys ique érotique. Une telle façon de le toucher confirme les angoisses les plus profondes du patient par rapport au contact physi- que, et renforce son tabou en profondeur, malgré l'assurance du théra -

donner au

qui remonte à leur petite enfance. Il résulte de ce

1. Mont ag u, To uc hing, op. cit. Mont ag u expl o re tot alement dans cette étud e l'im - portance du toucher.

La bioénergie

peute que tout va bien. Ça ne va pas bien du to ut. To ute imp lication

L e langage du corps

meilleur cont act avec lui -même, ce qui est le but de tout comportement

sexuelle du thérapeute tra hit la confian ce mi se en la rel ation thér apeu-

thérapeutique.

ti

que q ui soumet le pati ent a ux tra um atism es même s dont il avai t fait

La relation qu' on a ave c lie sol constitue une troisième zone impo r-

l'expérience dans co mme normale,

la rel atiùn parent-enfant. Si l'on accepte cette trahison cela mène à lin sc héma d 'actua lisat ions sexuelles qui

tante d' inter action. Cett e rel ation j oue dans chaque, posi ti on ad optée, chaque pas fait. A lia différence des oisea ux let des poisso ns, notre

masque l'i mpossib il ité d'éta blir un conta ct réel par le t ouch er.

 

domaine, est la terre fe rme. Et à la différence d es autres mammifères,

Le thérapeute doit avoir un cont act physiq ue chaud,

amical,

dign e de

nous nous tenons et nous nous déplaçons sur deux jambes. Cette postu- re libère nos bras en dép laçant sur la colonne vertébrale la fo ncti on de

confiance et dépourvu de to ute visée personnelle . M ais

comme

le thér a-

support du poids. Passer à la positi on d eb out fait su pporter aux m uscl es

peute est, lui aussi , un être hu main, ses émotions personnell es pe uve nt par moments intervenir. Lorsque ce la se prod uit, il ne dev rait pas to ucher le patient. Passer pa r une thér apie personne lle est la condition fonda mentale pour entreprendre des thérapies sur autrui. On doit po uv o ir attendre du thérapeute qu'il reco nn ais se le ca ractère d'un con tact, qu ' il fasse la différence ent re un con tact sens uel, un contac t

secou rable , un cont act fer me et un contact dur, entre le co ntact méca- niq ue et cel ui qui est pourvu de sen sibi lité. Le patient a énormément besoin de toucher son thérapeute puisque c'est son t abou cont re le to uc her qui est la cause de son impression d'isole ment. Pour surmonter ce tabou, je dem ande souvent au patient de toucher mon visage, q uand il est allongé sur le Ut. Je n' uti li se ce pro cédé

du dos une tension qu i se centre dans la région lombe- sacrale. Je pari e- rai de la nature de cette tensio n et de son lien avec les troub les lombai- res dan s un chapi tre ul térieur. No us nous in téressons ici à la relati on entre les foncti o ns de s extrémités inférieures du corps et la perso nn alité, telle qu'elle se reflète da ns le langage du corps. Par exemple, on peut décr ire que lq u'un en di sant qu'cc il a du poids Il ou q u'« il n'a pas de poid s Il d ans la comm unauté il vit. Dan s le dernier cas, il ne compte pas. On pe ut aussi deman der : « C omment vous portez-vous?» La répo ns e indiqu e comment l'on se sent. On peut se « porter pour» q uelq ue ch o se, ou c( contre». Si l' on « ne ti en t pas ferme)l, on peut être (d enu à l'écarb l. Il faut alors «tenir bon Il pour arri- ver à «tenir le coup ». Il y a un concept de forc e dans la posi t ion d ebout.

qu'ap rè s av oir déco uve rt certain es de ses peurs. Je me penche sur lui,

E ll e est éviden te dans des expressio ns co m me (c ga rde r le pied

fer me»

d ans la pos ition du père ou de la mère, et je le reg arde com me si c'éta it

l'ébauche de mouvements, l'ango isse que cela

au début. De nom breu x patients ne tou chaien t

de toucher

rejetés ;

d'a utres dis aient qu' ils ava ient l' impression de ne pas avo ir le droit de

d' en tre eux étaient capabl es de rap procher mon visage

je les y en cou ra ge, bien que ce so it ce q u'i ls dé siraient

fa ire. Da ns tous les cas, ce procédé permettait d'aborder plu s

ment un pro bl èm e que les mots seuls n'auraient pas permis d' atteindre. D ans certains cas, le patient touche mon vis age com me pour l'explo- rer. Il laisse ses doi gts errer sur mon vis age, tou t comme le bébé expl ore les trait s du vi sage de ses paren ts . Q uel quefoi s, le patient rej ette mo n vi sage en ar rière, effectu ant à son to ur le rejet do nt il a fait autrefo is l'expérience. M ais si le patient s' aban d on ne à son dés ir de contact ph ysi que, il me presse co ntre lui , en me serrant fo rt , et touc he mon corps de ses ma ins. Il sent que je l'accepte pendant que je fais l'exp é- rience de son désir. Etablir un contact avec moi lui pennet d'é ta blir un

me to ucbe r. Peu du le ur sans q ue

avec toute la ma in . Certa ins d isa ient qu' ils a vaient peur d'être

mon vis age que du bout des doigts, comme s'ils avaient peur

un enfant. L'hésitation, provoq ue m'ont su rp ris

profondé-

face aux atta ques , à la destru c tion , à la déc héance , ou bien c( rester "

debout Il sous les critiques.

L'opposé d'(cêtre deboubl n'est pas être assis, qui type d'action di fférent, mais s'affaler, s'effondrer ou Quelqu 'un qui «gigote» ne tient pas en place, quelqu' un qui «s'effondre» ne peut pas res ter debout, et quelqu 'un qu i c( s'a ffale» renonce à se ten ir droit. On

po ur décri re un compo rt e-

ment, mais ils ont une signification li ttérale lorsqu 'on les ap plique à la perso nna lité. On voit sur certains corps qu ' il s ont l' habitude de s' affa - ler, sur d'autres qu'ils sont agités ou para issent quelque peu s'effondrer. Certaines personnes sont incapables de rester de bout sans fa ire pas ser le ur poids d' un pied sur l'au tr e. Lorsqu e ces termes décrivent une atti tu- de typique du corps, ils déc ri vent au ss i la personne à laq uell e ce corps appartient.

uti lise ces termes sous forme de métaphores

La position qu'on ad opte dans la v ie - c'est-à-d ire sa posi t ion fon da - mentale en tant qu'être humain - se révèle de façon marquée au niveau du. corps. Prenons un exemple cou rant, la tendance à garder les genoux raIdes quand on est debout. Cette posture a pour effet de faire des

r=--

La bioénergie

jambes un support rigide, aux dépens de leur flexibilité (action du genou). Ce n'est pas la position naturelle, et l'adopter indique qu'on ressent le besoin d'un support supplémentaire. Cette position nous informe donc de la présence d'un certain sentiment d'insécurité dans la personnalité (sinon, pourquoi ce besoin d'un support supplémentaire ?), que cette impression d'insécurité soit consciente ou non. Demander de garder les genoux légèrement fléchis en restant debout provoque alors souvent un tremblement des jambes qui peut évoquer l'expression « mes jambes ne pourront pas me soutenir». Pour tenir debout correctement, il faut être bien planté sur le sol. Les pieds doivent reposer bien à plat, voûte plantaire détendue mais pas . avachie. Ce qu'on appelle habituellement les pieds plats correspond à un effondrement de la voûte plantaire qui entraîne un déplacement de la portée du poids vers l'intérieur du pied. Les pieds cambrés sont ailleurs le signe de spasticités ou de contractions des muscles du pied. La cambrure du pied diminue le contact entre le pied et le sol, et dénote qu'on n'a pas les pieds bien plantés sur le sol. Il est intéressant de noter qu'avoir le pied cambré a été longtemps considéré comme une caracté- ristique de santé et de supériorité. Un « pied-plat» est une personne gros- sière, inculte ou servile; le mot est une expression dépréciatrice, qui dénote une basse position dans l'échelle sociale. Lorsque j'étais jeune, ma mère se faisait constamment du souci pour mes pieds plats. Elle s'opposait farouchement à ce que je porte des tennis, parce qu'elle avait peur que cela n'aggrave ma tendance à avoir les pieds plats. Mais je désirais terriblement porter des tennis parce que c'étaient les chaussures idéales pour courir et pour les jeux de ballon que je pratiquais. Tous les autres enfants en avaient, aussi entamai-je une lutte farouche et je finis par obtenir mes tennis. Mais ma mère insis- ta pour que j'y mette des semelles de soutien, ce qui était une torture, et il me fallut pas mal de temps pour me libérer de cette calamité. La torture était réelle parce que je souffris durant toute mon enfance cors dus au port de chaussures étroites et rigides. Je n' ai jamais eu les pieds plats, m ais je n'avais pas le pied cambré qui aurait fait le bonheur de ma mère. En fait, mes pieds n'étaient pas assez plats, et pendant toutes ces années de travail bioénergétique sur mon corps j'ai essayé d'obtenir un meilleur contact entre mes pieds et le sol en les aplatissant. Je suis sûr qu'un des résultats de ce travail est que je n'ai jamais eu de cor, ni de cal, ni d'oignon, ni d'autre problème de pied depuis lors. L'ancienne coutume chinoise consistant à bander les pieds des petites filles pour qu'ils restent petits et pratiquement inutiles illustre la relation

Le langage du corps

entre les pieds et le standing ou la position sociale. Cette coutume avait deux raisons. Les petits pieds étaient un signe de la supériorité du rang social ; toutes les femmes nobles de Chine avaient de petits pieds. Cela signifiait qu'elles n'avaient pas à exécuter de durs travaux, ni à marcher très loin; elles se faisaient transporter en palanquin. On laissait aux paysannes qui ne pouvaient pas s'offrir ce luxe de grands pieds plats et larges. Bander les pieds des femmes avait une autre raison: c'était les attacher à la maison et leur ôter leur indépendance. Mais comme cette

pratique se li m itait à

reflet des idées sociales et culturelles chinoises. L'étude de la façon dont les attitudes culturelles se manifestent par l'expression physique s'ap- pelle la kinésique. En bioénergétique, nous étudions l'effet de la culture sur le corps lui-même. Pend ant des années un dessin est resté épinglé sur le tableau d'infor- mation de l'Institut d'analyse bioénergétique. Il montrait un professeur d'anatomie debout devant une planche du pied humain, une baguette pour pointer à la main, face à une salle d'étudiants en médecine. La légende lui faisait dire: de suis sûr que ceux d'entre vous qui veulent s'orienter vers la psychiatrie ne s'intéressent pas du tout à ce que je vais dire. JJ Ce qu'il aurait dit à propos du pied n'avait peut-être rien à voir avec la psychiatrie. Nous autres, bioénergéticiens, avons toujours pensé que le pied nous en dit aussi long sur la personnalité que la tête. Avant de porter un diagnostic sur un problème de personnalité, j'aime voir comment on se tient. Pour cela, je regarde les pieds. Une personne équilibrée est bien en équilibre sur ses pieds; son poids se répartit de façon égale entre les talons et les pointes des pieds. Lors- qu'on fai t porter le poids du corps sur les talons, ce qui se produit si l'on se ti ent debout en raidissant les genoux, on est en équilibre instable. Une légère poussée sur la poitrine suffit à faire basculer en arrière, surtout si on n'est pas préparé à résister. J'ai montré cela fort souvent pend ant les ateliers. On est comme un « culbuto JJ. C'est une position pass ive. Faire porter le poids du corps sur la pointe des pieds prépare à un mo uvement dirigé vers l'avant, c'est une position agressive. Comme l'.équilibre n'est pas un phénomène statique, garder son équilibre néces- site que l'on réajuste constamment sa position, et donc que les pieds restent en alerte.

On ne peut comprendre littéralement la remarque « il a bien les pieds sur terre » que dans le sens où il existe une impression de contact entre pi ed s et le sol. Ce contact se produit lorsque l'excitation ou l'énergie s ecoulent dans les pieds, provoquant un état de tension et de vibration

une classe sociale, il faut la considérer comme un

La bioénergie

sem bla ble à celui que l'on a décrit pour les ma in s, lorsqu'on centrait

qu'on y d iri geait son énergie. On est alors

l'existence de ses p ieds, et cap able de se tenir correctement '

On décrit fr éq uemme nt l'individu moderne comme que lq u' un d'alié- né ou d'isolé. On le tr aite plu s rarement de déra ciné ou de sans racines. Dans The Drifters. James Michener a dépeint les caractéristiques d'une fraction de la jeunesse actuelle. Considéré comme un phénomène cultu- rel, ce pro bl ème concerne la recherche sociologique. M ais c'est égale- ment un phénomène bioénergétique; ne pas se sentir enraciné doit venir de q uelque trou ble du fonctionnement physique. Ce trouble se situe au niveau des jambes, qui sont nos racines mobiles. Tout comme les raci- nes d'un arbre, nos pieds et nos jambes sont en interaction énergétique a vec le sol. On peut sentir ses pieds se charger et prend re vie lor squ' on marche pied s nus dans l' herbe humide ou sur le sable chaud . On peut

éprouver la même impression en faisant des exercices bioénergétiques

corps. C elui que j' utili se en général

pour apprendre à connaître son

son attention su r e ll es ou

conscien t de en équilibre.

dans ce but consiste à faire pencher le patient en avant, le bout des doigts tou chant légèrement le sol. Les pieds sont écartés d'environ trente centimètres, pointes légèrement tournées vers l'intérieur. On comme nce l' exercice genoux fléc his et on Jes redresse jusqu'à ce qu'on

sente un tir aHle men t des tendons dujar re t, à J' arrière des jambes . On ne doit jamais aller jusqu'à ra idir complètement les genoux. On garde la position une minute ou plus , en res piran t profondément et de façon

détendue. Si l'émotion circule

cell es-ci vont se mettre

à tremb ler. Si elle arrive jusqu 'aux pieds, ceu x-ci peuvent être le siège de

picotements. Le s patients q ui fon t cet exercice disent quelquefois qu'ils se sentent « enracinés» lorsq ue cela se produit; ils peuvent même avoir

l'i mpres sion q ue leurs pieds s'enfoncent dans le sol.

Je cro is qu'être « enr aci né» ou « avo ir bien les pied s sur terre» ou « avoir du poids » ou « tenir fermement» aux valeurs humaines importan-

tes sont des caractéristiques assez rares à notre époque. L'automobile

nou s a ôté l' us age co mplet de nos j am bes et de nos pi eds. Les voy ages aér iens nous ont co mplètem ent éc ar tés du sol. Toutefois, leur effet prin-

ci pal sur le fo nction nement phy siq ue est plu s

ind irect que di rect. L' im-

pact culturel qui nous affecte le plus est le changement de la relation mère-enfant, tout partic ulièrement par la diminution d'un contact physi que étro it entre la mère et l'enfant. J'ai parlé assez longuement de

ce changement dans mon dernier ouvrage!. La mère est la première

j usqu'aux jambes,

1. Lo wen, L a D épression nerveuse el

le Corps, op.

cil .

Le langage du corps

terre du nourrisson ou, pour le dire autrement, c'est à travers le corps de sa mère que s'enracine le corps de l'enfant. On identifie symbolique- ment la terre et le sol à la mère, qui est la représentante du sol et de la maison. Il est intéressant de noter que l'on utilise le terme « fouisse - ment» pour décrire les mouvements instinctifs du nourrisson cherchant le sein. Mes patients n'ont pu développer l'impression d'être enracinés ou bien plantés sur le sol parce qu'ils ont manqué d'un contact physique agréable suffisant avec le corps de leur mère. Il ne fait aucun doute que leurs mères n'étaient pas elles-mêmes bien enracinées. Une mère déraci- née ne peut fournir la sensation de sécurité et d'enracinement dont te 'bébé a besoin. Si on ne peut pas admettre ces faits bioénergétiques, on demeurera incapable de prévenir les effets désastreux qu'une culture hautement mécanisée et technologique a sur la vie humaine.

Signes physiqu es et expressions

On appelle le langage du corps « communication

non verbale ». On

s'y intéresse considérablement à l'heure actuelle, car on a réalisé qu'on

pouvait obtenir ou rassembler une grande quantité d'informations à partir des expressions physiques. Le ton de la voix ou le regard ont souvent pl us d'importance que les paroles prononcées. Dans ma jeunes- se, les enfants chantaient souvent un refrain qui disait: « On peut me

casser les os à coups de pierre et de bâton, mais les mots ne peuvent pas me faire mal.» Ce refrain' laissait entendre qu'ils ne se souciaient pas

des

enfant un regard meurtrier, il peut difficilement le chasser de ses pensées. Les enfants sont plus conscients du langage du corps que les adultes, à qui on a appris, pendant de longues années d'éducation, à fa ire attention aux mots et à ignorer le langage du corps.

le comportement hum ain sait

que l'on peut se servir de mots pour dire un mensonge. On n'a souvent aucun moyen de savoir, en se basant sur les mots, si l'information qu'ils apportent est vraie ou fausse. Ceci est particulièrement net quand il des remarques personnelles. Par exemple, lorsqu'un patient dit : «Je me sens vraiment bien» ou « Ma vie sexuelle est formidable, tout va bien de ce côté», ses mots ne permettent pas de savoir si ces phrases sont vraies ou pas. On proteste souvent de sa sincérité. En revanche, le langage du corps ne peut pas servir à tromper, si l'observa- teur sait le lire. Si mon patient se sent réellement bien , cet état doit se

q ui étudie

injures. Mais on dit aussi « fusiller du regard ». Si la mère jette à son

Toute perso nne intelligente

La bioénergie

)

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refléter dans son corps. Je m'attends donc à ce qu'il ait bonne contenan- ce, les yeux brillants, la voix bien timbrée et les gestes animés. En l'ab- sence de ces signes physiques, je mettrai sa phrase en doute. Les mêmes considérations s'appliquent à la remarque sur les réactions sexuelles. Lorsque le schéma des tensions musculaires du corps montre qu'un individu renferme en lui sa sensibilité - fesses serrées et cou contracté - , il lui est impossible d'avoir une vie sexuelle « formidable)J parce qu'i! est incapable de se laisser aller à une forte excitation sexuelle. Le corps ne ment pas . Même lorsqu'on essaie de cacher ce que l'on ressent réellement en adoptant une attitude artificielle, le corps dément cette attitude par la tension qui se crée. On n'est jamais totalement maître de son propre corps, c'est pourquoi les détecteurs de mensonges peuvent être efficaces pour distinguer le vrai du faux. Dire un mensonge crée un état de tension physique qui se reflète dans la pression sanguine, la vitesse du pouls et la conductance électrique de la peau. Une tech- nique plus récente consiste à analyser la voix elle-même pour faire la différence. Le ton et les résonances vocales reflètent tout ce qu'on

détec -

ressent. Il est donc logique qu'on puisse l'utiliser comme mode de

tion des mensonges. Nous sommes familiarisés avec la détermination des traits de la personnalité par l'écriture. Et certains disent être capables de détermi- ner le caractère de quelqu'un à sa démarche. Si chacun des aspects de

l'en-

l'expression physique révèle ce

.ak>rs .

, semble du corp'Sdo it di re notre vécu de

e-cràÎre. -

-

-et--plus---

JÂ.

En fait, nous réagissons tous envers autrui par rapport à ce qu'expri- me son corps. Nous nous classons constamment les uns les autres d'après notre corps, en évaluant rapidement la force ou la faiblesse de quelqu'un, sa vitalité ou son apathie, son âge, son attrait sexuel, etc. Nous décidons souvent, par ce qu'exprime son corps, si nous pouvons lui faire confiance, de quelle humeur il est, quelles sont ses attitudes fondamentales envers l'existence. Les jeunes disent actuellement que quelqu'un a de bonnes ou de mauvaises « vibrations)J, selon la façon dont son corps affecte l'observateur. En psychiatrie tout particulière- ment, les impressions subjectives que l'on obtient à partir de ce qu'ex- prime physiquement le patient sont les données les plus importantes sur lesquelles on doit travailler, et presque tous les thérapeutes utilisent constamment cette information. Toutefois, la psychiatrie, comme le grand public, répugne à considérer que ces informations sont valides et dignes de foi puisqu'il n'est pas facile de les vérifier objectivement. Je

Le langage du corps

pense que cela dépend

accorde à ses propres sens et a ses propres Impressions. Les enfants, qUI ont peu de raisons de douter de leurs sens, se fient davantage à ces informations que les adultes . C' est le thème du conte les Habits neufs de l'empereur. A une époque comme la nôtre, où se manifeste une telle tendance à manipuler la pensée et le comportement des gens par des mots et des images, cette source d'information est d'une importance

?u

de confiance

capitale. Lorsque je présente les concepts bioénergétiques à des profession- nels, on me demande fréquemment des statistiques, des diagrammes, des faits vraiment indiscutables. Je peux comprendre qu'on désire de telles informations, mais cela ne devrait pas nous pousser à rejeter, comme dépourvue de signification, l'expérience de nos sens. Nous sommes biologiquement pourvus de récepteurs à distance - les yeux, les oreilles et le nez - qui nous permettent d'évaluer une situation avant de tomber le nez dessus. Si nous ne faisons pas confiance à nos sens, nous affaiblissons notre aptitude à percevoir et à comprendre. En perce- vant quelqu'un , nous pouvons donner un sens à ce qu'il nous raconte de sa vie, de ses luttes et de ses infortunes. Nous pouvons alors le comprendre en tant qu'être humain, ce qui est la condition fondamenta- le pour pouvoir l'aider. Percevoir autrui est un processus empathique. L'empathie est une fonction d'identification: en nous identifiant à ce qu'exprime physique- ment autrui, nous pouvons percevoir ce que cela signifie. On peut aussi percevoir à quoi cela ressemble de se sentir être cette autre personne, bien que l' on ne puisse ressentir ce que l'autre ressent. Les impressions . de chacun sont privées, subjectives. Il ressent ce qui se passe dans son corps, vo us ressentez ce qui se passe dans le vôtre. Cependant, comme tous les corps humains se ressemblent quant à leurs fonctions fonda- mentales, les corps peuvent entrer en résonance quand ils sont sur la mê me longueur d'ondes. Lorsque cela se produit, les impressions de

l' un des corps sont semblables à celles

En pratique, ceci signifie que si l'on adopte l'attitude physique de quelqu'un d'autre, on peut percevoir la signification de cette expression physique ou la comprendre intuitivement. Imaginez une personne qui bombe la poitrine, redresse les épaules et hausse les sourcils; si vous voulez savoir ce que signifie cette attitude, adoptez-la . Inspirez, redres- sez les épaules et haussez les sourcils. Si vous êtes en contact avec votre c?rps, vous percevrez immédiatement que vous avez adopté une expres- Sion de peur. Vous pouvez vous sentir effrayé ou non. Cela dépend de

de l'autre.

La bioénergie

l'évocation d'um: peur en vous, mais vous identifierez correctement l'ex- pression. Vous comprendrez alors que cette personne dit, en langage du corps : «J'ai peur.» Il se peut que cette personne ne se sente pas effrayée, malgré cette exp ressio n de peur. Si c'est le cas, cela signifie qu'elle a perdu le contact avec ce qu 'ex prime son corps. Cela se produit généralemeNt lorsque l' attitude dure depuis longtemps et qu'elle s'est structurée dans le corps. Les contrôles chroniques ou les schémas de tension perdent leur charge ut ile ou énergétique et s'écartent de la conscience. Ils ne sont plus perçus ni ressentis. L'attitude de son corps devient une «seconde natu- re » de l' ind iv idu, au point que nous disons qu'elle fait partie de son caractère. Event uellement, on le reconnaîtra à cette attitude, bien qu'au premier abord elle ait pu sembler étrange. Nos premières impressions sur quelqu'un sont des réactions physiques que nous tendons éventuelle- ment à ignorer à mesure que nous nous centrons sur les mots et les actes. Les mots et les actes sont en très grande partie soumis au contrôle volontaire. On peut s'en servir pour produire un effet qui contredit ce qu'ex prime le corps. Ainsi, quelqu'un dont le corps exprime la peur peut parler et se com porter avec bravoure, attitude à laquelle il s'identifie plus intimement au niveau du Moi qu'à la peur manifestée par son corp s. D ans ce cas, on peut dire que l'attitude consciente est compensa- toire - c'est-à-di re qu'elle est un effort pour surmonter la peur sous- jacente. Quand on adopte des mesures extrêmes pour nier la peur manifestée par son corps, c'est un comportement contre-phobique. Le langage d u corps ne men t pas, mais la langue qu'il parle ne peut être com pri se que par un autre corp s. Reproduire l'expre ssion du corps de quelqu'un d'autre n'est nécessai- re qu'au début, pour en rendre la signification évidente. Une fois qu'on a détermi né cette signification, on l' associe à l'expression chaque fois qu'on la rencontre. No us savons ainsi que des lèvres tendues et resser- rées expriment la désapprobation, des mâchoires poussées en avant le défi et des yeux largement ouverts la peur. Cependant, pour nous convaincre de la valid ité de nos interprétations, nous pouvons adopter ces expressions. Je vais maintenant demander au lecteur de prendre la position suivante, et de voir s'il peut suivre les interprétations que j'en donne. Je commence. En position debout, poussez les fesses vers l'avant, et contractez l-;:s fessiers. Vous pouvez noter deux effets: le premier, que le haut du corps tend à se pencher en avant au niveau du diaphragme, et le second, que le schéma des tensions de la zone

88

Le langage du corps

pelvique est un schéma de « rétention» ou de retenue. Se pencher corres- pond à une diminution de la stature et donc de l'affirmation de soi. Si l'on pouvait visualiser un être humain avec une queue, elle serait alors serrée entre ses jambes. Un chien fouetté a la même attitude. Je crois qu' il est donc justifié d'interpréter cette posture physique comme le signe qu'on a été battu, défait ou humilié. La rétention est ressentie comme une contraction et une constriction ,-

de s orifices

psychologiques ont montré que l'effondrement du Moi et l'impression d' avoir été humilié, battu, ainsi que la tendance à contenir ses senti- ments sont ty piques d'une personne aux tendances masochistes. L'étape suivante comprend la mise en corrélation de cet ensemble de tr aits psycholog iq ues avec une certaine attitude physique. U ne fois qu 'on a établi la corrélation, on la met à l'épreuve de façon répétée en observant d' au tres patients. Finalement, la structure de caractère s'identifie à une posture physique bien définie. Lorsque quelqu' un a les fesses poussées vers l'avant et les fessiers contractés, cela dénote la présence d'un

pelvien, anal, urinaire et génital. De nombreuses études

élément masochiste dans sa personn al ité.

corps

présence de ce qu'on appelle des attitudes physiques compensatoires. Ai nsi, des individus dont la posture physiq ue révèle des tend ances masochistes, comme les fesses rentrées, peuvent en revanche présenter une attitude de défi dans le haut de leur corps - m âchoires projetées en

la

Déc hiffrer

ce

qu'exprime

le

est

souvent

compliqué

par

avant,

bombée -

po_ur essayer de surmonter la soumiss ion

."

bas de leur corps. De la même fa çon, une agres sivité exagérée peu t servir à masqu er la

pa ss iv ité et la so um ission

pressi on d' avo ir été

l'humi li ati on. D a ns de tels cas, on pa rl e de sado -ma so ch is me, car le comportement compensatoire attire l'attention sur la faiblesse qu'il est

destiné à cacher. Pour lire le langage du cor ps il faut être en contact avec son propre c? rps, et pouvo ir sentir ce qu' il expr ime . Les thérapeutes bi oén ergét i- Clens su ivent donc eux-mêmes un entr aî nement pour garder le contact avec leur propre corps. Peu de personnes, dans notre culture, sont dépourvues de tensions musc ul a ires str uct ur an t leurs réactions et défin issant les rôles qu'elles tiendro nt dan s l'existence. Ces schém as de tension reflètent les traumati smes expérimentés pendant leur croissance

- rejet, sèd uction, répression et fru stration . Tous ne ressentent pas ces traum atismes avec la meme mtensi té. si, par exemple, le rejet a