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introduction

« C’est ainsi que nous avons fait de vous une communauté mé- diane, afin que vous soyez témoins à l’encontre des hommes et que l’Envoyé soit témoin à votre encontre… » (Coran II- 143). Le monde a plus que jamais besoin de revenir à la voie médiane du chemin droit. Le concept Ummatu al-wassat, la communau- té médiane, juste, de la rectitude, cité par le Coran une seule fois sous cette forme, définit la somme des croyants musulmans, dans sa singularité. En son sein, durant des siècles, la compréhension de ce concept, a été intériorisée. L’islam, religion, civilisation et culture, non seulement éman- cipe l’homme mais le responsabilise afin de réaliser la commu- nauté médiane. S’il y a un concept qui caractérise l’islam, dans sa singularité et son universalité, c’est celui de « médianité ». Il concerne les aspects de la religion et de l’existence, le culte et la vie sociale, individuelle et collective, dans toutes ses dimensions. Interroger ce concept, c’est expliquer ce qu’est l’islam. La plupart des versets coraniques et des dires du Prophète, qui enseignent comment adorer le Divin, se comporter et vivre, concernent le concept de la voie médiane. Aujourd’hui la dimension fondamentale de la « médianité », al-wassatiya, est remise en cause par des extrêmes. Bien que des

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dérives internes et des préjugés externes datent de quinze siècles, jamais l’image de l’islam n’a été autant déformée. Par les uns, des réactionnaires, archaïques, usurpateurs du nom, et par les autres, des non-musulmans portés par l’ambition d’hégémonie. Il ne suf- fit pas de proclamer que l’islam est la religion du droit chemin pour être compris. Il y a lieu de l’expliquer et de faire preuve d’un comportement digne. L’islam, ce méconnu, se préoccupe à la fois de la condition ter- restre et du devenir de l’humanité dans l’au-delà. Notre époque, qui est dominée par l’extrémisme, mérite de retrouver la voie de la rectitude, celle de la communauté médiane. Il reste à interroger les références fondatrices, le Coran et la Sunna du Prophète, ainsi que l’histoire de l’islam, pour comprendre ce concept, l’interpré- ter et le mettre en pratique. Notre temps est celui des excès, du « culte du Veau d’or », de l’oubli de l’éthique et des prophètes, de la négation de la sacralité de la vie, de la profusion de l’athéisme dogmatique, et celle des fa- natismes, des usurpations du nom, des faux croyants : « au point qu’ils démolirent à l’aide des croyants leurs demeures avec leurs propres mains. Méditez cette leçon, vous qui êtes doués d’intelli- gence ! » (Coran 59.2). Une partie des problèmes des musulmans découle d’une incompréhension du concept de « communauté médiane ». Notre époque, celle des incertitudes, est aussi celle des oppor- tunités, de la science, de la recherche de la justice et de la sagesse de la vie. Il devrait être possible aujourd’hui de restaurer une hu- manité de l’équilibre, de la mesure, de la communauté médiane. Dans ce sens, le Coran met en garde contre les excès : « O Mes créatures qui avez été excessives envers vous-mêmes, ne désespérez pas de la Miséricorde de Dieu » (39.53). Il insiste sur le lien, sans confusion, ni opposition, entre les différentes dimensions de l’existence : religion et monde, corps

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et esprit, cœur et raison, temporel et spirituel, l’un et le multiple, l’individu et la communauté, la liberté et la loi. A contrario du monde actuel qui sépare tout. Le Coran donne une version singulière, ouverte et nuancée, de différentes manières, de ce qu’est la « vérité ». Les discours domi- nants, au contraire, sont marqués par des prétentions, des contre- sens et des mésinterprétations. Chacun croit détenir la « véri- té », toute la vérité ! La posture rigoriste fige la Parole révélée et rate la possibilité de l’interprétation. D’un autre côté, la vision occidentalisée, historiciste et matérialiste, prétend que la notion « d’islam » est une élaboration ultérieure au temps prophétique et appelle à remettre en cause des valeurs essentielles. L’islam, méconnu et déformé, à cause de contre exemples dra- matiques et amplifiés, et de l’histoire contradictoire du monde moderniste, rappelle que nul n’a le monopole de la vérité. Ce point de départ ouvre la possibilité d’un autre type de société, d’un vivre ensemble, de la Cité juste. Sa version dépasse la notion de tolérance qui ne fait que supporter. Il rend possible la recon- naissance du droit à la différence et d’une autre approche de la connaissance. Il appelle à affronter rationnellement l’épreuve du vivre et du pluralisme, en annonçant la finalité : « La vie dernière est meilleure pour toi que la vie ici-bas » (93.4). Les musulmans aspirent à la voie juste, droite, médiane, qui est oubliée au point de sembler nouvelle, où leur vérité, « révé- lée », présentée comme parfaite, n’exclue pas la part que les autres peuples et communautés détiennent : « Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver par le don de la différence, rivalisez donc d’efforts par l’émulation, dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos différents ». (5.48)

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La « médianité » n’est pas le repli sur soi ou l’imitation aveugle. Ni le rigorisme, ni l’occidentalisme. Ces approches ratent la pos- sibilité d’une humanité équilibrée, d’une communauté ouverte et perdent de vue la cohérence du discours coranique et de l’exemple prophétique. Le refus du débat, l’orgueil et la prétention à détenir la vérité unique caractérisent les voies extrêmes. Le Coran répond qu’il ne faut point s’abandonner à la lassitude face aux orgueilleux : « S’ils sont trop orgueilleux pour adorer leur Seigneur, qu’ils sachent que ceux qui sont proches de Lui célèbrent Ses louanges nuit et jour, sans jamais éprouver de lassitude »

(41.38)

Le concept de « communauté médiane », dans laquelle nous nous reconnaissons et dont nous nous efforçons de traduire la singularité, permet de constater qu’aujourd’hui le musulman est pris entre deux abîmes, deux formes d’exclusions et de préten- tions à détenir l’unique « vérité » : celle du libéralisme sauvage et celle du fanatisme religieux. La ligne médiane, sans relativisme, au sujet du sens de l’humain, peut desserrer l’étau dans lequel les extrêmes veulent l’enfermer. Le concept d’« al-wassatiya », la médianité, question centrale comme son nom l’indique, n’est pas assez pensé. Il est lié à celui de l’unicité du Créateur, « Tawhid ». « Croire » c’est témoigner que « Dieu », le Créateur, est Un, Unique : « il n’y a pas de dieux sauf Dieu », que tout est relatif sauf l’Absolu et témoigner que le Prophète est son envoyé, ce qui renvoie à la mise en pratique de la voie, médiane, la Sunna, pour exister en vérité. Cette ligne n’est ni un compromis fragile, ni une logique de concession, mais un souci de cohérence, de totalité et de justesse. Au temps classique, des penseurs ont traité de la question de la voie médiane, dans le contexte de leur époque. Abu Hamid al-Ghazâlî, dénommé la « preuve de l’islam », (1058-1111) dans

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«Ihya ‘ulum ad-din », « Revivification des sciences de la religion »,

« Munqid min dal al » « Dél ivrance de l ’erreur »,

sad fi-l-I’tiqad », 1 traite de la question du « juste milieu dans la croyance » comme expression de la rectitude. Ibn Khaldûn (1332- 1406) dans son ouvrage fondateur de la sociologie « Muqaddi- ma» 2 , fait référence au concept de « médianité » pour cerner la problématique de la civilisation et de la société prospère. Ces savants prennent en considération tout ce qui constitue le monde et la société, pour rechercher comment assurer la corré- lation, l’élévation et l’équilibre de la condition humaine. La ré- flexion à la fois sur les frontières, les liens et la cohérence entre ce qui relève des capacités humaines de connaître et ce qui relève de la révélation divine ont préoccupé les penseurs musulmans. Le concept de « médianité », que nous allons expliquer, s’appuie sur le refus de toute injustice, de tout excès et de toute idolâtrie. Il responsabilise et privilégie l’humain et appelle la communauté musulmane à être digne de son statut de témoin et d’excellence. Il se veut libérateur. À partir de la profession de foi, témoignage qui doit irriguer toute l’existence de chacun, rien ne vient faire écran entre l’humain et son origine et devenir. Il y a le monde et l’au-delà du monde, liés. Nous savons que le mot « monde » ne recouvre pas le même sens selon la pensée moderne et selon le monothéisme.

et « Al-Iqti-

En islam, tout l’univers témoigne des signes du Créateur. Le monde repose sur une composition d’une précision infinie, à partir de l’unicité et de la logique médiane. Les calculs

1. Abu Hamed Al-Ghazali, (1058-1111), « La revivification des sciences reli- gieuses » (Ihyâ’ ulûm al-dîn), trad. A. Massouli, Alger, ENAL, 1985 . Ghazali, Erreur et délivrance (Al-Munqid min adalâl), trad. F. Jabre, Beyrouth,

1959.

2. Ibn Khaldûn, (1332-1406) Kitab al-Ibar, Beyrouth, Dar El-Fikr, 2000 (trad. Vincent Monteil), « Discours sur l’histoire universelle, Al-Muqaddima », Beyrouth, 1967.

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géométriques, mathématiques et physiques le prouvent. Le Coran y fait clairement allusion : « Il y a dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance du jour et de la nuit, dans la course des navires sur la mer, dans la modulation des vents et des nuages, il y a dans tout cela des signes pour un peuple capable de raisonner » (2.164) Surmonter l’épreuve de l’existence, c’est pratiquer la juste me- sure, en vue de comprendre qui nous sommes et quelle est notre destinée. Cela dépasse la simple religiosité. Les visionnaires, les poètes et les mystiques le savent. Il s’agit de reconnaître et trouver le sens, comme secret de l’existence, dans chaque atome de la vie, en nous, dans sa création et dans sa Parole révélée, comme le sou- ligne Ibn Ata-Allah (1259- 1309) : « Qu’a donc trouvé celui qui T’a perdu? Et qu’a donc perdu celui qui T’a trouvé? ». Pour forger une humanité juste, une et diverse, le Coran pro- pose le concept de « médianité », comme orientation première vers le « Vrai ». Il est du devoir de tout intellectuel, de tenter d’approfondir l’orientation fondamentale de « la communauté médiane ». Elle nous interpelle depuis longtemps. Le concept central « al-wassatiya », présenté par le Coran et la Sunna comme la méthode pour apprendre à vivre de manière juste, surmonter les épreuves de l’existence et parvenir au statut d’humanité excellente, devrait retenir notre attention, d’autant qu’aujourd’hui des musulmans l’ont oublié : « Car ce ne sont pas les regards qui sont aveugles, mais sont aveugles les cœurs qui sont dans les poitrines » (22.46)

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» (57.4). Ni absolument inaccessible, et dont le nom

serait imprononçable, ni incarnation sur terre du divin. La voie droite appelle à lier réflexion et confiance. Transcendance et Immanence, en islam, de la voie droite, sont articulées, dans un sens logique, mais aucun de ces deux termes ne peut circonscrire la Réalité divine qui, au-delà de toutes défi- nitions, limitatives, synthétise le Tout. L’expérience humaine ne se limite pas à ce qui est visible et dicible. Ont la foi, sur le che- min médian, ceux qui n’opposent pas Transcendance et Imma- nence. La ligne médiane, juste, nous permet de comprendre, un tant soit peu, le Divin. « Dieu » est le Caché, l’Absent, l’Invisible, le Mystère, Celui à qui rien ne ressemble, l’Infini, mais Il est le Présent, le Proche et l’Extérieur, qui répond, s’adresse, régit le monde. Le Vivant, l’Ap- parent et le Caché. Il embrasse de Sa Science toute chose et guide à sa lumière qui Il veut. Dieu est la fois Présent-Absent : « Il est le Premier et le Dernier, l’Extérieur et l’Intérieur » (57.3)

vous soyez

Il est la lumière des cieux et de la terre et retient Son mystère, pour respecter le pacte de prééternité, la responsabilité et la liber- té de l’humain, le mettre à l’épreuve, lui laisser l’horizon ouvert, l’inviter, au-delà du sens apparent, à méditer et approfondir son humanité. Croire, selon la ligne médiane, juste, centrale, c’est accueillir le mystère, afin d’assumer nos responsabilités. Ni diluer, ni figer le sacré. Ni se prendre pour un « dieu », ni désespérer du monde. Les trois lettres du mot croire, la foi en arabe, «imân», dérivent de la racine du mot « amanah » (l’honnêteté), qui signifie la tran- quillité du cœur, la sérénité, la paix, et de cet autre mot « al-ama- nah » : le dépôt, la responsabilité. La foi « imân » signifie en arabe la foi confiante, ce n’est pas une croyance surnaturelle, incertaine, hésitante, irrationnelle ou

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superstitieuse. Elle est liée au bon sens de la voie médiane. Elle se veut le contraire de l’impasse de la dénégation ou du fana- tisme. Elle est une voie tracée : « Qu’est-ce donc qui les empêche de croire, alors que la bonne voie leur est tracée… » (18.55) L’humain est digne du pardon : « Dieu révéla à Adam des pa- roles qu’il se mit à répéter pour exprimer son repentir. Et c’est ainsi que sa faute fut pardonnée, car Dieu est Plein de clémence et de mansuétude » (2.37). Il n’y a donc pas de bonheur assuré d’avance, mais une voie ouverte, et également pas de laxisme, ni de contrainte. Le Prophète réfute le rigorisme et recommande la conduite juste, droite, médiane : « La pratique de la religion est facile. Toute personne qui cherche à la pratiquer avec puritanisme succombera devant elle. Soyez donc au juste milieu, rapprochez-vous (de la per- fection en cas de défaillance) et réjouissez-vous. » (Rapporté par Bo- khari) Adorer directement « Dieu », « Lui le Premier (Awwal) et le Dernier (Âkhir) » (57.3), de manière régulière et profonde, tout en assumant son existence, et autres manières indirectes d’adorer. Une parole du Prophète précise qu’il faut globalement et symbo- liquement diviser son temps en trois : un tiers pour adorer Dieu (le culte), un tiers pour autrui, (la famille, la société…) un tiers pour soi (travail, études, loisirs…). Le Prophète recommande de pratiquer sans excès, de le faire ré- gulièrement, plutôt que de vouloir en faire trop sans que cela per- dure. Aïcha, mère des croyantes, épouse du Prophète, témoigne :

« La pratique religieuse la plus aimée du Prophète est celle que le fidèle pratique de façon constante.» (Bokhari et Muslim) L’islam, de la justice, de la médianité, de la centralité, termes qui traduisent ensemble avec le plus d’exactitude possible le mot coranique wassat, appel à l’excellence et à l’élévation. La ligne

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médiane n’est pas celle de l’acte limité, ou modéré au sens faible. Le Prophète disait : « Adore Dieu comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, Il te voit ». Il ne s’agit pas seulement d’actes cultuels. La vocation de l’humain est d’adorer « Dieu » en produisant du bien pour sa famille, sa communauté et l’humanité. L’islam se veut religion médiane, dans le sens où il lie sans confusion les dimensions essentielles de l’existence et réfute tous les excès qui gênent l’humain et lui sont préjudiciable : «Dieu ne veut pas vous imposer quelque gêne» (5.6)

Le pluralisme

Sur le plan du rapport aux autres religions, la communauté juste, médiane, centrale, se veut ouverte, sans syncrétisme, ni relativisme. Les musulmans reconnaissent tous les prophètes :

«Dis : Nous croyons en Dieu, à ce qu’on fait descendre sur nous, à ce qu’on fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes soumis» (3 :84), tout en témoignant que le Prophète est le Sceau de la prophétie, le maître des envoyés. Un dire du Prophète précise à la fois son humanité et son rang :

« Je suis le Seigneur des enfants d’Adam, cela dit sans vantardise. » (Bokhari et Muslim) Le Coran proclame : « Vous est venu un En- voyé de vous-mêmes » (9.129). Comme la Clef de voûte en archi- tecture, le Sceau des prophètes, « miséricorde pour les mondes » (21.107), est la pierre qui soutient tout l’édifice de la révélation et qui réalise sa synthèse et son unité. Dans un hadith, le Prophète compare la Tradition spirituelle universelle à un édifice auquel manquait une pierre pour être achevé et il s’identifie à cette pierre clef de voûte. L’islam enseigne l’unité des Livres révélés, des tra- ditions et des Messagers.

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Il fait référence à la Tradition primordiale «Din al-Qayyim» et à l’état primordial «Al-Insân al-Qadim», pour bien marquer que « Dieu » s’adressa par diverses voies à tous les peuples, afin de leur permettre de réaliser leurs missions de « lieutenant » sur terre. Il s’agit de l’homme doué de raison et de cœur, recentré, en phase, lié à la source de vérité, aux autres hommes et au guide impec- cable, le Prophète, pour concrétiser la communauté médiane. Le Coran fait du principe de la fraternité humaine et de l’uni- cité des humains, les fondements de la relation ouverte entre la Communauté musulmane Médiane et les autres Nations. L’interconnaissance est la voie préconisée par la vision de la mé- dianité pour produire du vrai : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous pratiquiez l’interconnaissance. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien Informé. » (49.13) La reconnaissance du bienfait de la pluralité des races, des lan- gues, des cultures, est une des sources de l’esprit universel et hu- maniste du musulman. La Charte de Médine, instituée par le Prophète, en est l’expression. Elle se réfère au droit à la différence, au règlement pacifique des litiges et conflits, notamment entre croyants migrants, autochtones et juifs. Elle fonde un modèle de la citoyenneté et de la fraternité humaine. Dans ce sens, la mé- dianité fonde trois fraternités : celle entre tous les humains, celle entre les « Gens du livre », les monothéistes, les communautés abrahamiques, et celle entre les « musulmans » eux-mêmes. Il ne s’agit pas seulement de rendre un culte pur à « Dieu », mais de faire le bien en direction d’autrui pour favoriser le vivre ensemble. L’islam, tout en présentant son caractère impeccable, parfait et final, se définissant comme la religion du « vrai », « dinu al- haq », la religion agrée par « Dieu » ne monopolise pas la vérité. Contrairement aux autres églises et religions qui s’appuient sur

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l’idée impropre et exclusiviste que « point de salut en dehors de l’église ». Pour l’islam qui est la voie de l’excellence, les autres voies spirituelles ont une part de vérité, mêlée à des erreurs humaines. Le concept de la voie médiane-juste, de la religion musulmane, de l’excellence, vise une triple finalité : 1-Réactiver la mémoire, les qualités humaines, à commencer par celles du cœur et de la raison, pour apprendre à adorer « Dieu » en vérité ; 2- Protéger les hommes contre leur penchant à l’idolâtrie, à l’égoïsme et à la violence ; 3- Régler leurs relations, en les liant les uns aux autres, sous la loi du Tiers : « Dieu ». Pour le Coran, la différence entre les hommes repose sur des critères liés à l’intériorité, comme la piété, la connaissance et la vertu : « Le plus louable d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux » (49.13), et la différence est définie, à la fois, comme une épreuve et une miséricorde, (mihna et rahma.) Si la voie juste, médiane, centrale, est comprise et appliquée, le Coran précise que les musulmans ont le privilège d’atteindre au degré élevé : «Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez en Dieu.» (3.110). Or, cette attitude c’est à soi-même d’abord qu’elle se doit d’être appliquée. Dans ce sens, même si la relation du croyant au Divin est di- recte et libre, les notions de témoin, d’intermédiaire, d’interces- seur, d’éducateur en direction des autres hommes, pour favoriser la bonne conduite et le rapprochement vers le divin, sont signi- fiées, pour bien marquer la fonction privilégiée de la communau- té médiane et de l’homme centré, qui se nourrissent de l’exemple primordial de l’homme universel et juste qu’est le Prophète. Chaque croyant centré, témoin de la rectitude et de la piété peut être compris comme une porte qui mène à « Dieu ». Cha- cun de nous accomplit sa mission de « Lieutenant » du Divin sur

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terre que s’il apprend à bâtir les ponts et les médianes qui unissent les différences et les oppositions, à tout le moins qui les respecte, sans relativisme, ni syncrétisme. Voilà pourquoi les rites et les lois cultuelles de la voie juste, droite, médiane, sont des repères pour s’orienter et rester en phase avec ce qui Est. Appeler à la foi musulmane de la meilleure façon, la plus intelligente et humaine, est la voie préconisée.