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Football et politique 1

Football et politique
Football et politique

Enjeux locaux
Comme l'annonce clairement Alfred Wahl : « Au niveau le plus modeste, celui du village, l'association sportive
constitue un champ d'affrontement entre notables car elle peut devenir un marchepied pour l'accession au pouvoir[1]
». Le match de football opposant le Dynamo de Peppone à La Gaillarde de Don Camillo dans le film Le Petit Monde
de Don Camillo (1951) illustre sur le ton de l'humour cette situation. L'existence de plusieurs clubs rivaux dans la
même ville appartient en général au passé, notamment dans les villes moyennes. Certaines grandes cités sont
parvenues à conserver plusieurs clubs de même niveau, sauf en France, où les autorités ont veillé, dès les années
1930, à appliquer la règle : « un club, une ville ».
Les derniers exemples français de clubs de même niveau localisés dans
la même ville sont ceux de Vannes (Vannes OC est le résultat de la
fusion des deux clubs historiques de la ville en 1998) et La
Roche-sur-Yon (idem pour La Roche VF en 1989). Dans ces cas, il
s'agit de fusion entre un club issu d'un patronage catholique et d'un
club s'affichant comme laïc. Cette opposition née en France au début
du XXe siècle a masqué les oppositions classiques droite/gauche que
l'on retrouve dans le reste de l'Europe continentale. En France, quand
les « Rouges » affrontaient les « Blancs », il s'agissait d'un match Mur peint aux couleurs de l'Eire, du Celtic FC et
opposant laïcs et catholiques ; ailleurs, comme dans l'exemple de Don du Derry City FC à Derry (Irlande du Nord)

Camillo, il était plutôt question d'une opposition gauche/droite, même


si l'Église était le plus souvent derrière les clubs « Blancs ». Le seul club professionnel français issu d'un patronage
catholique est l'AJ Auxerre. Son rival local, le laïc Stade auxerrois existe toujours, mais évolue en championnat de
Bourgogne.

La présence d'un seul club dans une ville pose d'autres problèmes, comme la municipalisation du club, avec toutes
les dérives possibles à ce niveau. Les communes possèdent généralement les installations sportives et ont longtemps
eu droit de vie ou de mort sur les clubs en accordant ou en refusant des subventions. La montée en puissance des
droits versés par la télévision permet aux clubs professionnels de s'émanciper un peu, mais le problème reste entier
au niveau amateur.
Certains clubs sont emblématiques de revendications. Le FC Barcelone ou l'Athletic Bilbao sont ainsi des symboles
forts du régionalisme catalan[2] et basque. Aujourd'hui encore, il faut être né au Pays Basque "historique" ou avoir
été formé au club pour pouvoir jouer à l'Athletic Bilbao.
Les revendications religieuses ont aussi leur droit de cité dans le football. En Irlande du Nord, le principal club de
Belfast, Linfield FC est composé exclusivement de joueurs protestants. Pendant longtemps, ses matches contre
Cliftonville FC, club situé en plein quartier catholique, se jouaient pour raison de sécurité sur terrain neutre à
Windsor Park[3] . Suite à la multiplication des incidents à domicile et à l'extérieur, le club catholique de Derry City
FC joue désormais dans le championnat d'Irlande. La situation est également tendue à Glasgow entre les protestants
du Glasgow Rangers et les catholiques du Celtic FC.
À l'inverse, le football peut servir d'élément de rassemblement symbolique comme ce fut le cas en France après la
victoire en Coupe du monde 1998 ou en Irak en 2007 après le gain de la Coupe d'Asie des nations. « Les Irakiens ne
vivent que pour le football, et c'est leur secret pour faire face aux difficultés », déclare Hussein Saeed, ancien joueur
emblématique des années 1980 et président de la fédération irakienne[4] .
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Enjeux internationaux

Dérives nationalistes
En raison de sa visibilité médiatique, le football est souvent exploité par les nationalistes de tous genres. Aucun
régime totalitaire ou autoritaire n'a négligé ce moyen de propagande. Benito Mussolini a ainsi promu l'équipe d'Italie
au rang de « soldats de la cause nationale[3] ». Les fascistes italiens sont pourtant clairement hostiles au football, trop
anglais, à leur arrivée au pouvoir. Ils tentent ainsi de lui substituer le jeu local de la Volata ; sans succès[5] . Les
dirigeants soviétiques, à l'image de Mussolini, ne sont pas franchement férus de football, mais exploitent le filon à
partir des années 1950 après avoir mis la main via l'armée, la police et le KGB sur les principaux clubs de la capitale
dès les années 1920-1930[6] .
En ex-Yougoslavie, le football sert également de vecteur aux revendications nationalistes. La structuration des
groupes ultras dès les années 1950 favorise cette dérive[7] et la mutation en groupes para-militaires actifs (comme les
Tigres d'Arkan, notamment, ultras de l'Étoile rouge de Belgrade à la base) pendant la guerre civile des années 1990[8]
.

Football et diplomatie
Quand le nationalisme prend le pas sur un certain « chauvinisme » sympathique, des problèmes graves peuvent
apparaître dans les relations entre nations.
En 1969, un match de football marque ainsi le coup d'envoi d'une guerre qui reste sous le nom de Guerre du football
ou guerre de Cent Heures. En match de barrage pour accéder à la phase finale de la Coupe du monde 1970, le
Salvador s'impose 3-2 face au Honduras. Dans la foulée de cette victoire, le Salvador envahit le Honduras afin de
régler un ancien conflit frontalier. Cette courte guerre fait plus de 2000 morts et ne règle pas le problème entre les
voisins[9] .
Des incidents frontaliers sont également signalés après la finale de la Coupe du monde 1930 entre l'Uruguay et
l'Argentine, tandis que 320 morts sont recensés lors d'émeutes après un match Pérou-Argentine le 23 mai 1964[10] .
Le football est utilisé comme arme de propagande par le FLN durant la Guerre d'Algérie. Entre avril 1958 et mars
1962, l'Équipe de football du FLN est un puissant ambassadeur de la cause algérienne, malgré l'interdiction par la
FIFA d'affronter cette formation [11] .
Le football peut également servir de médiateur diplomatique comme ce fut notamment le cas en 1998 lors de la
Coupe du monde en France à l'occasion du match du groupe F opposant l'équipe des États-Unis à celle d'Iran[12] —
match remporté 2-1 par l'Iran — ou en 2002 quand la Coupe du monde se tient conjointement en Corée du Sud et au
Japon. Ne voulant pas trancher entre ces deux nations historiquement rivales, la FIFA a en effet décidé, contre toute
logique sportive, de leur confier l'organisation de cette Coupe du monde afin de favoriser leur réconciliation[13] .
En 2008-2009, l'Arménie et la Turquie ont accompagné leurs matches de sélection pour la Coupe du monde 2010
d'un rapprochement diplomatique. Cette "diplomatie du football" aboutit quatre jours avant le match retour en
octobre 2009 à la signature d'un accord historique entre les deux pays[14] .
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Droits de l'homme
En favorisant le dialogue entre les peuples, le sport, et le football en particulier, joue un rôle non négligeable au
niveau de l'évolution des mentalités et de la progression des droits de l'homme. De la parité homme-femme, à la lutte
contre le racisme et l'intolérance en passant par la liberté d'expression, le football offre un champ d'expérience
mettant en lumière tantôt des avancées innovantes, tantôt des retards étranges.
Les dates de sélection des premiers joueurs noirs en équipe nationale européenne sont significatives : 1881 en Écosse
(cas isolé), 1931 en France et au Pays de Galles, 1937 au Portugal, 1951 en Suisse, 1960 aux Pays-Bas, 1974 en
Allemagne, 1978 en Angleterre, 1987 en Belgique, 1998 en Espagne, 2000 en Pologne et 2001 en Italie[15] . De plus,
les réactions à certaines de ces premières sont difficiles pour nombre de joueurs. Viv Anderson, sélectionné en 1978
pour porter le maillot de l'équipe d'Angleterre, reçoit non seulement des menaces de mort, mais doit aussi subir tout
au long de sa carrière des chants racistes descendant des tribunes. Ces derniers, tel « Everton are White », restent
courants dans les stades anglais jusqu'à la fin des années 1980[16] . La situation est clairement plus paisible en France
pour les Raoul Diagne et autres Larbi Ben Barek dans les années 1930.
Sous le régime communiste, le stade de football reste l'un des rares espaces où peut s'exprimer la contestation contre
le régime. En effet, se déclarer supporter de tel ou tel club a alors une signification politique majeure tandis que les
chants des supporters contre les clubs dirigés par le parti communiste et ses divers organes
politico-militaro-industriels étaient autant de cris d'opposition au régime. Certains joueurs refusent même de jouer
pour ces clubs. Eduard Streltsov, le « Pelé russe », refuse de quitter le populaire Torpedo Moscou pour le CSKA ou
le Dynamo. Il effectue alors sept années de détention dans les goulags. À sa sortie, il remporte le titre de champion
d'URSS 1965 avec le Torpedo en forme de pied de nez au régime[17] .

Annexes

Références
[1] Alfred Wahl, La balle au pied. Histoire du football, op. cit., p.91
[2] « Conflits et identités en Catalogne » par Gabriel Colomé, dans Le Monde diplomatique, Manière de voir n°39, mai-juin 1998, p. 57
[3] « Passions nationales » par Ignacio Ramonet, dans Le Monde diplomatique, Manière de voir, n°30, mai 1996
[4] L'Équipe Magazine, N°1356 du 5 juillet 2008, p.62
[5] Wojciech Liponski (s.d.), op. cit., p.195
[6] David Goldblatt, Encyclopédie du football, op. cit., p.350
[7] Glamocak Marina, La transition guerrière yougoslave, Paris, L'Harmattan, 2002, p.173-174 (ISBN 2747521893)
[8] Entretien avec Jean-Arnault Derens, spécialiste des Balkans (http:/ / www. cahiersdufootball. net/ article. php?id=1727), dans Les Cahiers du
football, le 16 février 2005. Consulté le 14 avril 2008.
[9] David Goldblatt, Encyclopédie du football, op. cit., p.517
[10] Jean-François Bourg, op. cit., p.229
[11] coll., Le football africain, Paris, ABC, 1977, « 1958-1962 : FLN. Les footballeurs de la Révolution » (pages non numérotées / 4 pages
traitent ce point en début d'ouvrage)
[12] Yvan Gastaut, « États-Unis/Iran 1998 » (http:/ / www. wearefootball. org/ un-jour-un-match/ 84/ lire/ etats-unis-iran-1998/ ),
wearefootball.org
[13] « Le football dans le concert des nations » (http:/ / www. cnrs. fr/ Cnrspresse/ n400/ html/ n400foot01. htm), sur le site du CNRS, en mars
2002. Consulté le 13 avril 2008.
[14] http:/ / www. lemonde. fr/ proche-orient/ article/ 2009/ 10/ 14/
deuxieme-mi-temps-de-la-diplomatie-du-football-entre-ankara-et-erevan_1253776_3218. html
[15] (en) « Colourful Pioneers » (http:/ / www. rsssf. com/ miscellaneous/ colourfulpioneers. html) sur le site de RSSSF. Consulté le 28 mars
2008
[16] (en) Adam Brown, op. cit., p.78
[17] (en) Peterjon Cressell et Simon Evans, op. cit., p.451
Sources et contributeurs de l'article 4

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