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TIMBRES DE L ORTHOGRAPHE a RS SSS aida WY eS SST a GRAMMAIRE, ORTHOGRAPHE, CONJUGAISON: SOMMAIRE EXPRESSIF Romain Dutreix FAGON DE PARLER 7 Frédérick Gersal ACTUALITES 8 EN LIBERTE an] Jean-Loup Chiflet FINALES REGIONALES 12 Tests et dictée : les corrigés complets CHRONIQUE 15 Jean Maillet PORTFOLIO 16 Dessine-moi un mot! POURQUO! DIT-ON ? 21 101 expressions préférées RACINES: 4 Sylvie Brunet CAHIER JEUX ri} 100 questions sur les expressions Solutions LE FIN MOT 82 Bruno Dewaele Parler vrai ! ans notre demier numéro, nous vous avons proposé une sélection d'expressions surannées, poussiéreuses, mais 6 combien charmantes ! Uilisés par nos « grands-méres », ces petits bijoux de la langue francaise d'antan ont ~ reconnaissons-le sans sourciller — du mal a survivre de nos jours. Cette plongée dans le passé vous a fait beaucoup réagir ! Vous avez été nombreux nous faire part de vos madeleines de Proust lexicales, d’oii le constat qui slimpose : la force de la langue francaise, son fabuleux trésor méme, réside assurément dans la richesse inoue de ces expressions ! Pour ce numéro, nous vous proposons de tout connaitre (ou presque) sur Vorigine des expressions préférées des Francais Grace au talent de Georges Planelles, dont le livre connait un succ’s populaire inégal, les lecteurs de tous ages pourront enfin connaitre sur le bout des doigts l'origine parfois étonnante de nos expressions chéries. En complément, votre magazine vous permet également de découvrir les corrigés des finales, régionales des Timbrés de orthographe 2015, qui viennent de se dérouler dans 23 villes de France mais aussi, grace au soutien de la Fondation Alliance francaise, dans plus de 100 villes représentant plus de 50 pays ! Un magnifique témoignage de l'attachement mondial notre belle langue francaise. ‘Siphon Chabenat_ “Timbés de Frthographe Magazine ost i par Ecions de ropprun - 16, ue Dpet- Tovar 750 PAS wor eonsopportn.com ‘Capital social: 30 000¢ - RCS 513881 205 Diretour dof Ptilation et do la Réaction: Stphane Chabenat Maquote 10zine ‘Réaclon:Sy\e Brunet, Jean-Loup ci, Bruno Dewaele, ‘Bénédicte Gallard, Daphne Gaston, Fréérck Gara, Martin Hore, Jean Mall, Jean Pvt, Al crlsée des mols. ‘Mustrations: Roman Due, Stéphane Humbert-Baset Secritarlat do rédaeton: gta de 2court Photos : Aue des Archives, DR Depot gal av 2015. Numéro ISSN: 2263-5560 ‘Numéro de commission para : 0917 K 91404 our tout renseignements concaus ds nts de Forhographe mt y ‘het de projet: Servanne Morn 01 4996 5709 pres SEEPS Saneveesasoonienonn tars usenanatngovanteoneT eer @ pase Y wsetegatS LORTEE GS 4 teen & Tito fcr 7 = PAE a ea oe kd Oe ee Cut cei eee mee ere Core (7,50 €) See Q Oui, je m’abonne a compter du numéro 11, au magazine Timbrés de Iorthographe pour 1 an (4 numéros) ‘au prix exceptionnel de 19,90€ (Iai France métropoltaine) ou de 24,906 (tari reste du monde). 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JEAN Maite & reps aN ea Te cen \ vous, ] rte FRANCAISE \ fe tiie de Poppers {es fdniom de topportun FACON DE PARLER LACHER LA PROIE POUR L’OMBRE Lacher la proie pour ’ombre, ce n'est pas toujours une bonne idée ! Abandonner un avantage certain, pour se tourner vers quelque chose qui semble plus attirant..., C'est peut-étre risqué ! Crest en tout cas ce que nous explique Jean de La Fontaine dans l'une de ses fables intitulée justement Le chien qui lache sa proie pour Pombre En deux vers tout est dit : « Ce chien voyant sa proie en l'eau représentée/La quitta pour Pimage, et pensa se noyer ! » Résultat, il est revenu trempé et bredouille. Cela ne fait pas Pombre d'un doute, La Fontaine vient de nous prouver qu’il vaut mieux bien réfléchir avant de se lancer dans une aventure a corps perdu, avec le risque de tout perdre ! D'autant que rester dans Pombre, rentrer dans Pombre, agir dans Vombre... peut etre trés valorisant. II n'est pas nécessaire de vivre dans la lumiére pour étre influent. Vivre dans Pombre de quelqu'un peut apporter bien des joies et des satisfactions. alors dans ce cas-Ia, mais dans ce cas-la seulement, il est peut-dtre bon de « lacher la proie pour Vombre »... I = Les orgies suprenantes de 101 expressions populares sont arerouver dans Fagan de pare re ere er eet Patent io coer one Cea ure eer peor yy Perera catry ed ee eae? Prete yey Peecatt) Deed ie Cee Cy Ce eter een fete Oey Cees cael See ee ma reece eee ert eer rr pate reerer etc Pees ee ort peat) Le coin des amateurs de proverbes A L'ARTICLE DE LA MORT "est mourir deux fois que de mou. rir par la volonté d'un autre », af- firme un proverbe latin du t site av. JC. Car cela revient a avoir deux mort: celle, semblableanulle autre, quiestla notre, et elle, incongrue, que nous donne notre assassin, Impossible! rétorque adage du xvr sic, contredisant par avance le James Bond cuvée 67 (On ne vit que deux fois) et le film de Jacques Deray dialogué en 1985 par Michel Audiard (On ne ‘meurt que deux fois) :«On ne meurt qu'une fois. » « Bt est pour si longtemps », ajoute le valet Mascarille dans Le Dépit amoureux de Moliére (V, 3) ! Cest a loi de la vie, énoncée dansla Genése « Tu es pous- sire, et tu retourneras 8 la poussigre » (IIL, 19). Nul n' du xi scéne un ¥ USURPATION D'IDENTITE échappe, ni les petits par la taille, ni les grands par la naissance, ainsi que le rap- pelle ce proverbe daté du XV sidcle : « Mort n’épargne ni petit ni grand.» Etil pas d'age pour en étre frappé: « Autant meurt veau aque vache », dit le proverbe cle, ou, comme le dit cairement cet autre, re- xvi levé au xv" sidcle: « Aussi tot meurt jeune que viewx. » Dialleurs, quel que soit le stade dela vie oit la mort sur viene, il semblerait que ce ne soit jamais le bon mo- ment: « Le plus semblable aux morts meurt le plus re- fret», dit la formule prover bialisée & partir de la fable de LaFontaine intitulée La Mort et le Mourant, qui met en lard plus que centenaire rélamantun dai supplémentaire cheuse venue le chercher, On est prét & tout pour Teviter: « Un chien vivant vaut miewx qu'un lion mort », dit leproverbe tiré del Eodésiaste (1X, 4). Mais bien malin celui qui saurait a prévoir : «On ne sait ni qui meurt ni qui vit » affrmait-on au x0 sil, Lorsqu'ellese présente, on ne peut rien faire contre elle, il n'ya qual'accepter : « Contre Ja mort, il n'y a point de re- ede», et se résigner a mou- rir comme on a vécu : « De a tellevie,tellefin »,« Demau- vaise vie mauvaise fin», « Qui veutbien mourir doit bien vi- vre », comme Lassurent tous proverbes connus ds le 4e. On uireconnait du moins le pouvoir d'égaliser toutes choses et de mettre tout le monde au méme ni- veau, ainsi que le note cet au tre adage du xv site : « Le plus riche en mourant n'em- porte qu’un linceul. » Pout faire une bonne fin, on rappellera le point de vue malin d'Epicure, soutenant que la mort n'a de rapport niavec les vivants ni avecles morts puisque, tant qu'elle n'est pasa, nousy sommes, et dés quelle est la, on n'y est plus lat ala Fau- perpétrer/perpétuer es deux verbes ont en commun de veri ( ‘du latin. Sis ne diferent que dune lettre, Is ront pas du tout le nme sens, raison pour laquelle iis répondent partitement a la dé fition de paronymes. Porpétror (de porpetare, ver, accompli) sigifie comm entigrement, ache- tre, exécuter, plus particuldremnent un fotait, un crime, un massacre. Perpétuer (de perpetuare, ne pas interrompre, rendre continu) veut dire fare durer tts long temps, voire pour toujours, mainteni,immortalser. ‘Ansi parle-ton de perpétuer Tespiice, mais aussi la mémoire, le souvenir, a tradition Si perpétuer a la cole, ce riest pas le cas de Sa Na Perpétrer - et pas uniquement parce que la mode est aux commémorations et devoirs mémoire & tout-va -, carla confusion se fat tou jours dans le méme sens. Trop dificile& pronon- Cer, peut-étre ? Ecoutez attentivement les médias par exemple et notez combien de fois vous allez entendire dre que des crimes ont 66 perpétués = méme sil ny a aucune nuance itéative, on ne trate pas tous les jours de tueurs en série ~ par tel ou tol assassin, gangster ou terrorist. Une chance que le délt de sale expressior existe pas pour maltratance de la langue francaise, il y en a qui rsqueraient de prendre perpete. Dlptne Gaston Sloan aul ranglais SA, Gavin's Clemente _ reste quand ona tout oublié. » Pensez a lire cet ee WIN-WIN 595) desmordus d'expres- Le Fin Mot des expressions populaires, de Gavin's ‘a négociation plutt jeupulies sions populaires — Clemente Ruiz, Cty Editions, 15 € ‘que le confit, ~ dont je suis membre dialogue et un bon active, a I'instar de Vous adorez utiliser ces accord plutot quune plusieurs —_ plumes expressions imagées, mauvaise guerre 7 (toutes 2) de la rédac- sel de notre langue, Léquilbre rfest pas tion des Timbrés de ~ mais certaines laissent forcément facile a atteindre, Torthographe— et fait [PG2{EeER 23) les enfants autour de | téquité non plus, mais réguligrement parta- vous perplexes. Nous _idée du win-win est que |ger ses vastes connaissances en la matiére — vous soupgonnons de —_personne ne perd et alimentées par une curiosité bien saine - sur faire exprés d'en truf- Crest le but recherché. Je Net, dans la presse, I’édition. Pour son pe- fer votre discours en To win, « gagner » en tit dernier il n'a pas voulu se contenter d'un leur compagnie pour anglais, signe aileurs théme. Avidement, ila péché tous azimuts et avoirleplaisird'enten- | gagnet Le redoublement le lecteur appréciera cette grande variété. I! dre « Ga veut dire quoi “prendre la clé des sylabique, win-win, est retrouvera les incontournables « Je pense, champs”? et pouvoir raconter'aneadote ca- exact ref de fobjectf donc je suis », « Travail de Titan », « Passer chée derriére la formule. Accompagné de ce li-_atendre, les deux parties sous les fourches Caudines », « L'alpha et vre, vous pourrez rendre le rituel encore plus état cansées ter un égal Yoméga »... ~en paraphrasantla sélection de _Iudique puisque les quelques expressions choi- | prof. auteur :« Jlen passe et des meilleures »— et sies — dans les catégories « Nature» (comme | Partant de ce const, on découvrira des pépites moins connues.Em- «lune de miel »), « Fruits et legumes » (« se | pourat tout aussi ben cre ployez-vous « Ga fat la rue Michel », «faire _fendre la poire »), «Elements » (« Peau a son gaghant-gagnant, Personne la bistouille », « Se retrouver Gros-Jean moulin »— sont amenées sous forme de quiz. _nyy perdrait des plumes. comme devant », « Jouer les Gilles », « Baiser Promenons-nous dans les expressions francaises, Alors, bien sir, on objectera Lamourette », « volaptk » ? ‘do Pascale Portier ot Manu Boistoau, =refrain connu - que Le mot de la fin : « La culture, c'est ce qui Oskar Editeur, 14,05 € ‘anglais est plus court, auinesylabeécanoisée de part et autre, cest Trop stylé Etpourtany, si! Laprewe? Manuel est en vigueu Il nous avait sans toujours ga de ris, t ua 7 Vals, le Premier mise dela cote éhappé qvne I rate ‘Tee dela communication Ladynaton — tarsrussersurinsinaye oie nomomaisetczrise ssl edo 1Wle) cet adynaton digne center recsme—ou dors nutamment, dans | Himmédiatet, on va pas ‘peu alamanire dont Linné dans les annals. Fguez-vous qui! un hémicycle quasi désert, sous | de temps a perre si on U aval opéré la classticaton au, danslesbanleues etles quar- cowvert du pus grand secret, in | peut en gagnet..u que es parts et animaux, ls ters populaires, «la relation pé- des canes dinfo en contin ‘gagnant-gagnant, ca eit figures de style peuvent ee ran- rurale, les ghetos », plus forten- Alors, jfestpasinutlede soulgner | gnangnan, neuneu,plan- ‘6es par espéce, gene, fami... cor, teistence dun « apartheid tusage habiuel de cet figure de plan et que pares temps Calc est de torre de exagéra- terol, social ethrique». Dible! style une ntenstpartcutre his- qui courent,justement, tion. En rhétorque, on appelle ga Revenons &:nos moutons ~ grees, toe delarepacerdanslecortate : | gala fiche mal la-bla! une hyperbole. Comme si cela ne en foccurrenceet@la notion dim- _exagératon est poussée un point Ne peut-on pas retourner sufizat pas, ily 2 Ityperbole su- possible ne pas perdre ewe. tel quenoneéenpedtoutcontact_ le complment ? Win-in, Derlatve, au car, thyperbole hy- Manuel Vals ne fat pas la cure aveclaréalté,échappe @lalogique, cane feat pas un peu perbotque, méme, rayons pas peur —_hitorin ou decommentaeur des estafancit de touteprteion ala Qui-Ou, par hasard ? ‘des mots. Tel est tacpnafon et la tupitudes du monde, dans tavion, vei Cestpourqoion estsowvent | Une chose est certzine, ance est de tlle auretour dun voyage officiel au Cap. dans eregistredu fartastque ou du | quand Yanglais rapporte ‘Son ymologe recque nous élare: apartheid dont i parle ne renoie suréaisme. Pourquoiausslapub et aucune nuance, que aaunats signe impossible as directement au systime de sé- la com ne eculant devant ren, en. expression frangaise existe Cea quoi vous aie rétorquer «Im- grégationraciale des populations de sont sifriandes, enusent eten abu- et est tout aussi clare et possible est pas franais !» en couleur, pratiqué en Afrique du Sud sen, pusque rien rest pour elles | compréhensibe, cest juste ‘souvenir de Napoléon, présumé ére (abo, rappelons-e, en 1901). Pour impossible. m du perdant-perdant. auteur dela formule lu cest dans a France de 2015 qui Debbie Gaston Sloan Delphine Gato Sous poESTnSSI/ SEEPS asennenaneoniepnontare unenabnge nan SOT EE Poe Cent Peete ee eet ct ee cy eens Ee Ola Cee ud cer eae ee a par une explosion que eens eee ts Peary Asséner un slogan permet de faire ee eects et eee den) tarte la créme: Intemet ed Peete) pers 7 ee) eat eet ey ete CE ) Cae) eet cot] oes ity eer ent pert national leur entrap ey etre reer ad Cnr tee ces Pettey Cerrar oe NAISSANCE VOUS VOULEZ SA PHOTO ? @ Les amateurs cimages partagées surles réseaux sociaux font part avec émation de arivée dun petit nouveau parmi les verbes du premier groupe :instagramer «Et quel que soft le degré cémotion, on Iinstagrame pas son plat» (Stylist, 15-01-2015). ‘SEPARATION NA (© Stat atfranchie& date récente de la ‘compagnie et du soutien de tout complément de phrase la lacution mais pas que annonce & ceux qui s'en étonneraient quelle entend bien continuer a figurer en toute independance dans les conversations courantes. DEUIL TOMBES AU CHAMP D'HONNEUR @ Les familles Liberté d Expression, Diversité des Opinions, Libre Communication des Ides, et Indépendance d spit dénoncent avec une profonde tristesse les ateintes répétées qui ont été portées aux mots de leurs lexiques. «Et méme theure vient ol quiconque Vous fera mourrcroira rendre un cuite& Dieu » ean, 16, 2) DISTINCTION HONORIFIQUE DE BOUCHE EN BOUCHE ‘© Battant plates coutures toutes ses Cconcurrentes enlce, la phrase « Je suis Charlie» 2 obtenu a Funanimité des sutrages le tire tres envié de Texpression la plus frequemment citée INVITATION POT A PANAME ‘@ Auguste Le Breton et ses gangsters. u grand cceur vous convient a féter le départ en retraite de leur boullonnant complice, ‘né dans Fargot militaire de la Seconde Guerre ‘mondiale: le riff Sa aa Peter Aertsen (1507-1575). MISE EN DEMEURE CAS PRESQUE DESESPERE ‘© Avant que tangicisme ne sot devenu tout 2 fall indélogeable, la langue rangalse est priée . Certains dictionnaires anciens proposent une autre explication pour le flanc en faisant un lien avec les ani- ‘maux qui se couchent sur le flanc pour se reposer. Or qui dit repos, dit aussi parfois paresse. Et qui dit paresse, dit ‘usage de moyens pour éviter les choses fatigantes comme les corvées, par exemple, Cette expression s'est rapide- ‘ment substantivée en tire-au-flanc pour désigner celui qui tire au flanc. 101 EXPRESSIONS PREFEREES Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler Il faut réfléchir (longuement) avant de parler. La date apparition de ce proverbe n'est pas vrai- ‘ment connue, mais il nest cité quta partir de Pétion de 1835 du Dictionnaire de Académie francaise. Cela dit, on trouve dans la Bible la forme suivante, at- tribuée a Salomon : « Le sage tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. » Autant dire que Vidée du sage qui reéfléchit avant de parler re- ‘monte loin dans e temps. Car il est certain que tour- ner Ia langue dans sa bouche empéche de parler (contrairement ase frotter sept fois Peel ou se mettre sept fois le doigt dans le nez) et, pour peu qu’on ne soit pas trop préoccupé par la maitrise de ces mouve- ‘ments linguaux, permet de réfléchir un pew a ce quon va dire, évitant ainsi de sor- tir une anerie de plus. ‘Mais pourquoi sept fois, me direz-vous ? Eh bien, si'on oublie le ridicule de a situation face votre interlocuteur qui se demande ce que vous attendez pour lui répondre, on peut déja affirmer sans grand risque de se tromper que sept est plus grand que quatre ou cing et que, par conséquent, le délai de ré- flexion sera d'une durée su- périeure (a nombre de tours par minute, température, pression et taux d’hygromé- trie constants). Mais pourquoi sept au tiew de neuf ou douze qui permet- traient d’avoir encore plus de temps pour réfléchir? Dé parce quily ale risque de voir partir linterlocuteur et de passer pour un malade. Mais surtout parce que le chiffre septest depuis tres longtemps ‘un nombre « magique » : les sept jours de la semaine, les sept planétes traditionnelles en astrologie, les sept cou- leurs de Parc-en-ciel, les sept notes de la gamme, les sept péchés capitaux, les sept sacrements, les sept centres subtils au yoga, les sept ciels, les sept nains, les sept doigts de la main et ainsi presque al'infini Ga me fait une belle jambe Cela ne m'est d’aucune utilité, cela ne m’avance en rien. Cette expression ironique est généralement employée sous la forme « ga me fait une belle jambe », le me pou- vant étre remplacé par n’importe quel autre pronom. On sait qu'un homme peut parfois se laisser subjuguer par une paire de belles gambettes féminines. Mais aussi étrange que cela puisse paraitre, notre expression nia pas de lien avec le charme féminin, puisqu’en réalitéelle se moque du mile infatué de sa personne. En effet, il faut savoir quia partir du miliew du x1" siécle, mais surtout partir du xvs, Fhomme sest mis a porter des vetements ui lassaient voir ses jambes, habillées de chausses, com- posées du haut-de-chausses, de la taille parfois jusqu’au ‘genou, et du bas-de-chausses, couvrant jusqu aux pied. Ces derniers, ancétres du bas, collaient au corps et lai saient donc plus que deviner le galbe de la jambe, Au xuiF sidcle, ce galbe a commencé a avoir une impor- tance en société oii valait mieux quil soit la fois beau Sac a naturellement et habillé avec gout. Et Cest de ces hommes coquets qui se pavanaient en montrant leurs si belles jambes quest née Vexpression faire la belle jambe. Elle s appliquait également de facon plus générale a ce- ui qui faisat le beau. Et, la fin du méme siécle, ainsi que Furetitre le signale, cette fameuse et bellejambe était tellement importante quelle fera également apparaitre expression déja ironique cela ne me rendra pas a jambe ‘mieux faite, adressée 4 quelqw’un proposant quelque chose dont on ne tirera aucun avantage et voulant clai- rement dire « ga ne me servira a rien ». De la il est fa- ile de comprendre qu’en éliminant la négation, on ait pt, par antiphrase et dans une situation identique, dire «game rendra la jambe mieux faite». Cen'est qu’au xix sic qu’on trouvera d’abord un ga ‘me fait bien la jambe avant que notre expression avec sa forme actuelle prenne le dessus. Areeil Sans payer, gratuitement. ‘An cours de la premiére moitié du xix’ sidde, cette locution voulait principalement dire « a crédit » Selon Gaston Esnault, cela viendrait simplement du fait qu’un commercant nlacceptait de faire crédit a quelqu’un ui ne connaissait pas vraiment que sur sa bonne mine, son apparence, donc sur un jugement la vue ou bien & Vel (On comprend bien alors que le sens de « ctédit» ait pu évoluer vers celui de “cgratuité », 3 force @avoir des débiteurs ne payant pas leurs dettes. Mais Claude Duneton indique qu‘a cette époque le sens de «gratuité » a longtemps coexisté avec celui de « crédit». I cite la phrase de Delvau en 1867 : « Baiser a Veil: ne rien payer pour jouir dune femme galante, comme font les greluchons. » suppose que, la aussi, cela vient de apparence, comme dans le cas du commercant qui propose la gratuité (d'une petite chose, en général) a une belle eune femme, comportement deja attesté au xvn', mais qui existait trés certainement bien avant. Mais, pour la notion de crédit il va plus loin (sans avoir de textes pour valider hypothése) en évoquant une pratique citée par Furetidre, indiquant que les commersants, pour comptabilise la dette de leurs clients, utilsaient des baguettes de bois dans lesquelles ils faisaient au couteau des entaillesen fonction du montant da. Les pauvres prenaient du pain « la coche » ‘en attendant de pouvoir payer. Or, de telles marques en « v » faites au couteau sur la baguette peuvent ressembler a des yeux. De la pourrait venir avoir quelque chose a Teel, donc a crédit. Et puis, avec alphabétisation de la population, donc également des commergants, la baguette en boisa progressivement disparu, souvent remplacée par une ardoise, ce qui explique la naissance de Fexpression avoir une ardoise chez quelqu'un. De l'ancienne signification de « & crédit » sont nées deux locutions inusitées aujourd hu : faire/ouvrir un eit a quelqu’un pour « lui ouvrir un crédit » cet fermerfcrever ail @ quelqu'wn pour «clu refuser un crédit». Haut le pied Avec facilité, sans effort, en courant (en parlant ‘un déplacement d’une personne ou d'une chose). Sans affectati Circulant seul (en parlant d'un véhicule ou, plus précisément, d'une locomotive). Autrefois, «s'en aller haut le pied », était partir en courant ou s'enfui Diailleurs, prendre ses jambes a son cou, Cestlevertrés haut le pied au point quill ne touche plus terre. Le Dictionnaire de P Académie de 1762 indique qu'un haut-le-pied est « Un ‘homme qui ne tient rien, qui n'a point d’tablissement fie, & qui peut disparoitre d'un moment a Pautre ». Ala méme époque, lorsqu’on ramenaita ’écurie un cheval sins le mon- ter ou Latteler (il pouvait donc se permettre d’avoir le pied léger), on le renvoyait haut le pied. Cet équidé nous raméne d'ailleurs au temps des mines, quand des chevaux tiraient en peinant les wagons pleins de mi- nerai, Lorsqu'ls revenaient a vide, is le faisaient haut le pied, n'ayant plus effort a faire. (Crest par référence a Vimage de ces attelages de wagons que, dans le vo- cabulaire ferroviaire, un train qui circulait sans voyageurs, les wagons vides, était, au x1x* sitcle, appelé un train haute pied, et qu'une locomo- tive qui roule seule (donc avec facilité, sans avoir besoin de donner beau- ‘coup de puissance) s'appelle toujours une locomotive haut le pied. Le second sens proposé est une extension du sens « vide » qu’on trouve pourla locomotive, mais aussi pour d'autres véhicules ou montures. Elle ‘applique & un moyen de transport ou une personne (un chauffeur, par exemple) emmené en secours, donc temporairement sans affectation réelle, pour servir de remplacement en cas de défaillance du véhicule ou de la personne normalement affectée a la tiche. Sa 101 EXPRESSIONS PREFEREE: Il y aloin de la coupe En mettre aux lévres sa main au feu Il peut y avoir un tong chemin Etre sr de/affirmer entre un projet et son aboutissement, fermement ‘entre un désir et sa satisfaction, quelque chose. entre une promesse et sa réalisation. Ce n'est pas parce qu'un but semble proche qu’on va ‘Chacun sit que, sion met sa main forcément l'atteindre. dans les braises du barbecue fa- milialilya de trés forts risques de est vrai que la distance entre une coupe remplie ’un liquide quelque peu la ressortir quelque peu bralée, alcoolisé et les evres peut étre plus ou moins importante; et pas seulement meme sion a la conscience par- A cause de la longueur du bras. faitement tranquille et ’en souf- Mest dabord bon de rappeler que cette expression nous vient dela Gréce an- rir pendant trés longtemps. tique, une époque oi ’on buvait dans des coupes larges et peu profondes, non Ehbien, il ya longtemps, et grice pas dans des verres ou des chopes; sans compter que I'on mangeait & moitié A Dieu, cecin'était pas forcément couché et non assis une table. vrai Jene sais pas si vous avez déjaessayé, tout en étant couché sur le cOté de pren- En effet, au Moyen Age, il existait dre un verre plein sur un support a proximité, de 'amener a votre bouche, et plusieurs moyens de déterminer en boire le contenu (qui, par métonymie, sappelle aussi une coupe) sans-en avec une exactitude sans fille qui renverser une goutte ou sans vous baver dessus. Si est le cas, vous avez pu €tait coupable de quelque chose constater que lexercice n'est pas forcément facile a réussi. (moyens qu’on appelait les « or- Et pour peu que, ayant déja un peu force sur la dive bouteille, vos gestes de- dalies »). Parmi eux, ily avait les viennent nettement moins assurés, et il rfest pas certain que vous arriviez & combats. Par la force divine, le amener intact a vos levres le précieux liquide convoité. vvaincu n‘était jamais simplement Voila deux raisons qui ont probablement fait natre cette ancienne métaphore le plus faible, c'était obligatoire- dans laquelle la coupe représente le projet et les Ievres, le but, le second ‘ment le fautf, cela va de so étant pas forcément atteint malgré la proximité apparente du premier. Etily avait aussi l'épreuve du feu. le consistait sot &saisir puis gar- der un moment en main une barre de fer rougie au feu, soit a mettre la main dans un gant mé- tallique également rougi au feu. ‘Quelle que soit la méthode, grace Tintervention divine, celui dont a main guérissait en moins de trois jours était déclaré innocent de ce dont on Faccusait. C'est de cette épreuve redoutable qu’est née notre expression. Mais aujourd'hui, pas fous ou moins croyants (on sait aussi que Diew a maintenant bien d'autres chats fouetter), on n'emploie cette expression, «je suis prét en mettre ma main au feu », que parce qu'on sait quil ya trés peu de risques qu’on soit amené a le faire vraiment, méme si ce quona péremptoirement affirmé s avere fax. En effet, méme chez ceux qui iD jae 4 " croient fermement en Dieu, il en oT ae . i est peu pour imaginer encore One eee : : ‘quils sont suffisamment fortiches ; pour guérir trés rapidement leur ‘main dans une tellesituatio Sa a ANIMAUX NOS AMIES LES BETES NE SONT PAS EN RESTE QUAND IL S'AGIT DE FIGURER EN BONNE PLACE DANS LES EXPRESSIONS QUE NOUS AIMONS A UTILISER ! CONNUES COMME LE LOUP BLANC OU PAS, CERTAINES DE CES LOCUTIONS VOUS RESERVENT DES ORIGINES POUR LE MOINS SURPRENANTES. Tuer un anea coups de figues (molles) Sfattaquer a quelque chose de trés (trop) long ou d'impossible. ‘Voila une expression dont explication sera lapidaire puisquil yest question de lapidation, Les figues étant des fruits du Sud, puisque le figuier est caractéristique du bassin méditerranéen, cest du sud dela France que nous vient cette expression a la fois amusante et imagée dont origine est limpide : a figue étant un fruit mou (et encore plus pour la « figue molle »), prétendre arriver a trucider un ane en 'en bombardant est évidemment une opération qui va soit prendre beaucoup de temps (a supposer quelle réussisse avant qu‘on soit a court de munitions), soit, et est plus probable, étre carrément impossible. On trouve aussi le temps de tuer un dne a coups de figues qui veut dire «trés longtemps » voire «cinfiniment longtemps ». Pieter Lasman (1583-1633, slonas ett alee, dal Rire/rigoler/se marrer comme une baleine Rire trés fort, sans retenue, 4 gorge déployée. En général, lorsquielle se trouve a cOté d’un baleinier japonais, slandais ou norvé- sien, une baleine n'est pas vraiment d’humeur a rire, & supposer qu'elle soit encore en vie. Mais méme loin d’un tel navire, est-ce quune baleine rit? Voila une grave question existentielle laquelle personne ne semble avoir répondu pour instant. Alors, en Pabsence de toute étude scientifique avancée sur le rire de la baleine, pourquoi cette expression qui date de la fin du x1x* sitcle? Quand quelqu’un rit comme une baleine, il le fait en ouvrant trés grand la bouche. Or, a quelle bouche immense pourrait faire penser celle de cette personne qui se ‘marre comme un bossu ? Certainement pasa celle d'une petite bestiole comme une mite, un termite ou un bernard-Termite. Non, cewx qui ont imaginé cette expression ont (logiquement 2) pensé a la gueule béante du plus grand de nos mammiféres, la baleine, oétacé pouvant atteindre 30 metres de long, avec une bouche de taille pro- portionnelle et dont les fanons, lorsque sa bouche est ouverte, peuvent, avec un peut imagination, faire penser aux dents d’un homme visibles sur un grand sourire SESS ae ay sneaestneantaan conan oad eNSnSD EEN OST 101 EXPRESSIONS PREFEREES La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe La calomnie la plus vile ne peut ternir une réputation sans tache. Ce proverbe s'emploie généralement par ironie pour re-~ jeter une calomnie ou une insulte par le mépris. Ala droite du ring, nous avons le crapaud, pataud, pus- tuleux et laid, dégoulinant de bave, qui ne sit que se trai ner a terre. A la gauche du ring, nous trouvons la co- lombe, symbole biblique du Saint-Esprit, donc pure et sgracieuse, parfaitement capable de s lancer dans les airs our passer tr’s loin de la portée du crapaud. (Comment voutez-vous que la bave du crapaud, symbole du vice et de la laideur, puisse atteindre la blanche co- lombe (méme si toutes les colombes ne sont pas blanches), symbole de la pureté et de la beauté puisque, méme sil est capable de sauter, jamais horrible animal Sa a ne pourra sapprocher suffisamment de Voiseau pour atteindre de ses postillons verts et gluants ? Depuis 1840, bave du crapaud est une métaphore dési- ‘gnant des propos médisants. Autrement dit, de tels pro- pos ne peuvent atteindre celui qui n’a rien & se reprocher (a colombe). Cala dit, de nos jours, il n'est pas certain que ce proverbe soit toujours vérifi. En effet, les rumeurs calomnieuses peuvent quand méme faire beaucoup de mal et tout de méme temnir la réputation du plus pur des individus, dans la mesure oi il ne dispose pas d’assez de preuves pour se disculper aux yeux de tous ceux qui considérent quil n'y a pas de famée sans feu. A cheval donné on ne regarde pas la bride/la bouche/ les dents Il faut toujours étre content d'un cadeau recu. On ne doit pas critiquer un cadeau, quand bien méme aurait-il un défaut. Sila date d’apparition de cette locution proverbiale n'est pas connue avec précision, elle remonte a loin, puisqu’en latin ‘meédiéval on disait déja la méme chose sous la forme « non oportet equi dentes inspicere donati ».A cette époque, le cheval, principal moyen de locomotion, avait ‘une importance autrement plus grande quaujourd’hui od ila été remplacé parle cheval-vapeur et le cheval fiscal C toffrir un cheval et qui vivre devait en remercier chaleureusement le donateur, sans se préoccuper de savoir devant bride de animal était en mauvais état ‘ou sisa dentition lassait a désirer. Aujourd’hui encore, il n'est pas vraiment sympathique, is de celui qui vous offre un cadeau, d’en regarder les détails, en critiquer les éventuels défauts ou de dire qu'il ne vous plait pas s meme si cest hypocrite et méme si hypocrisie est un vilain défaut. Joshua Reynolds (1723-1702), Colonel George KH. Coussmaker Avaler des couleuvres Subir des affronts, des Gober n'i Le second sens proposé, pus récent, est ne évolution du premier qui, selon Furetire, existait au xvir siecle, En ef fet, entre quelqu'un qui est obligé d’accepter ce qu’on lui propose ou infige, sans pouvoir le refuser ou le contes- ter, et celui qui finit par gober n'importe quoi sans mettre la moindre objection, il ny a qu'une petite dis- tance a franchir. Mais cela rfexplique pas le lien avec nos charmants serpents. Une des deux origines souvent citées viendrait dune époque ott les anguilles étaient tres pré- sentes dans nos rivitres et servaient de plat com- Test done possible que certains hotes facétieux ou désirant se venger de quelque chose aient servi a leurs invités quelques couleuvres mélées aux an- guilles d'apparence trés proche. Et soit les invités ne s'en rendaient pas compte, montrant ainsi quils « gobaient » n'importe quoi, soit ils Saper- cevaient de la chose mais ils restaient bouche couste pour ne pas faire d’esclandre ow ne pas se facher avec leur héte. Une autre origine, a plus probable, vient d'une ancienne signification de couleuvre qui désignait aussi une insinuation perfide, le genre de propos auxquels il n’est pas toujours simple de répondre ‘et quon doit alors subir sans piper mot. Ce sens du mot était bien entendu li¢ ala perfidie du dia- ble qui s était présenté a Eve sous la forme d’un sagréments sans pouvoir protester. porte quelle affirmation. serpent pour la convaincre de croquer le fruit défendu. Cet emploi aurait été renforcé par la confusion avec couleur qui, du xv* au xvi sigcle, désignait une fausse apparence, encore symbole de perfidie (puisqu’une bonne couche de peinture peut dissimuler bien des dé- fauts du support) ory Vouloir faire passer un chameau par le chas d’une aiguille Tenter quelque chose d’impossible ou d'extrémement difficile. Cette expression nous vient de loin, puisquil faut re- ‘monter au Christ pour en connaitre Porigine, Selon la Bible, cette époque,il était un homme riche qui respectait scrupuleusement tous les commandements et souhaitait donc ardemment obtenir la vie éternelle, mais ui refusait de partager ses biens avec les pauvres, mon- trant ainsi son attachement profond aux biens matériels et montrant également que le renoncement la richesse était difficile, voire impossible Cesta propos de ce riche que Jésus dit: « Je vous le dis, il est plus aisé pour un chameau d’entrer par le trou une aiguille, que pour un riche d’entrer danse royaume de Dieu. » (Evangile selon saint Matthieu, XIX, 24.) Et quand on connait la difficulté quil ya faire passer un camélidé bi-bosse parle trou d’une aiguille! Cela dit, les propos du Christ, tels quils sont généralement trans. mis par les apotres, étant plus que mesurés, une telle comparaison parait grossitre. Cest pourquoi autres interprétations de ce quia pro- noneé Jésus ont été proposées, Eneffet, la ot, dans le texte de Evangil, certains lisent kamelos (soit « chameat»),d autres voient kamilos (soit « cable »). Limage n'est plus du tout la méme, le cable étant jamais qu'un gros fi, ce qu’on ne peut pas vrai- ment dire du chameau. On se rapproche done déja plus d'une tentative un peu moins désespérée d’arriver au but recherché, puisqu’un petit cable peut passer & travers le chas d'une trés grosse aiguill, pour peu quion ait les deux a portée de main, Vautre interprétation indique qu'il auraitexisté a Jéru- salem une porte d’entrée appelée «le chas de Vaiguille » beaucoup trop petite pour qu'un chameau baté puisse y passer. Alors il se peut qu'une traduction imparfaite du texte ait donne « chas de Faiguille » au lieu de « trou de PPaiguille ». Et Jésus aurait évoqué une comparaison alors devenue acceptable et compréhensible. SSIES ae a seeesnnenntnaab conan oad eneanD NN eS 101 EXPRESSIONS PREFEREES Des yeux de merlan frit Un regard énamouré et ridicule. Des yeux levés au ciel, de maniere affectée, ridicule, ne laissant paraitre que le blanc de ceil. Un regard étonné, stupéfait. Qui a déja fait griller un poisson la poéle a pu constater que cette pauvre béte, bien que n’étant plus trop capable d’étre extatique, ‘en général la bouche ouverte et, surtout, les yeux sorts des orbites cet ressemblant a des billesblanches. Si cette expression date du xax*sidcle (el de merlan frit est cité par Lorédan Larchey en 1865), cest avec le cinéma muet quelle a pris tout son sens, alors que les mimiques des acteurs étaient exagérées et que, lorsque quelqu’un ouvrait des bles rondes, les yeux chavirés d'une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée un merlan fr Mais pourquoi un merlan au liew d'une truite ou une baudroie, me direz-vous ? Cest une bonne question & laquelle Claude Duneton, dans son La Puce a orelle, ile répond pas, apporte tout de méme un complément intéressant en citant une ceuvre de Caylus, Recueil de ces Messieurs, aqui en 1745 écrivait deja: «Crest de la qu'on a dit des amants qui regardent tendrement leur belle: quils font des yeux de carpe frite.» Autres temps, autres poissons ! Le dernier sens proposé est une extension de Pusage due au fait que, souvent, celui qui est trés étonné reste li, immobile, avec des yeux grands ouverts, qu’on dit parfois exorbités, et pouvant également rappeler ce pauvre poisson frit Sa a Les moutons de Panurge Personnes qui font la méme chose que les autres, ‘suivent une mode, se conforment a une idée dominante, en éliminant tout sens critique. Dans un troupeau de moutons, lorsque la téte du troupeau change de direction, les autres suivent « bétement » (ce qui peut sembler normal pour des bétes, mais ne Vest pas pour la plupart des animaux) ‘Au point que, lorsque des éléments paniqués par un quelconque prédateur se dirigent vers un ravin ou une falaise, les autres suivent et tout le troupeau se suicide sans qu'un seul se pose la question de savoir sl fait bien de se je ter dans le vide, comme les autres Panurge est un héros de Rabelais qui, pour se venger d'une altercation avec le propritaire d'un troupeau, lui proposa de lui en acheter le chef la plus belle bete, alors quils étaient ensemble sur un bateau pour une traversée Aprésavoir convaincu le berger, et une fois animal payé, Panurge le jeta aca Bien entendu, respectant le comportement que Panurge attendait d’eux, les autres moutons, d’ewx-mémes, ont immédiatement suivi et tous se sont noyés, au grand dam du propriétaire du troupeau. ec) Gers eed od ii) Cerra Des larmes de crocodile Des larmes feintes destinées @ émouvoir et tromper I'entourage. Larme du crocodile, ce sont ses énormes machoires qui lui permettent de happer un zébu ou un gnou et de entrainer dans "eau pourl'y noyer avant de emporter dans son garde-manger oit'animal passé de vie a trépas pourra commencer a se décomposer avant que le cro- codilen’en fasse son déjeuner. Mais comment un animal qu’on présente comme si vo- race et féroce pourrait-il avoir des sentiments de com- passion au point d’en pleurer de chaudes larmes ? Eh bien, il faut aller se promener dans Antiquité du cOté del'Egypte, sure Nil, pour avoir la réponse. Car cette ex- pression qui, sous la forme actuelle, existe depuis le XVF sitcle, nous arrive de loin puisquelle est issue d’an- ciennes versions en grec et en latin. Elle vient d’une Ié- ‘gende qui disait que les crocodiles du Nilatiraient leurs proies en gémissant, a fendre ame des naifs qui passaient a proximité et venaient s'enquérir, un peu trop pres, de ce qui pouvait provoquer de tes pleurs. Une autre ver- sion du mythe de Pappel des sirénes, done. Sur Internet, pour expliquer ces pleurs, on trouve en de nombreux endroits une phrase répétée a identique qui dit : « leurs glandes lacrymales ont les mémes circuits neuromoteurs que leurs glandes salivaires et gas- triques »; autrement dit, quand ils mangent, puisque leurs glandes salivaires sont activées, ils pleurent égale- ‘ment, ce qui sufiraitajusifier cette impression de com- passion lorsquils mangent leur proie. Bien que répétée, cette information est malheureuse- ment fausse, si jen crois la réponse que ma faite La Ferme aux crocodiles, prés de Montélimar, des gens sup- pposés bien connaitre le sujet: seuls ls alligators améri- cains (donc loin de Egypte) auraient des machoires faites de telle maniere qufelles peuvent éventuellement f- fectuer une pression sur les glandes lacrymales. Une hirondelle ne fait pas le printemps On ne peut tirer une généralité & partir d'un seul exemple. ‘Méme siles hirondelles Sen moquent, on rappellera, juste pour la petite histoire, que le mot printemps vient du latin primus tempus pour « premier temps » et désigne la premiére saison. Les hirondelles sont des oiseaux migrateurs qui partent vers PAfrique en septembre-octobre et qui reviennent dans nos contrées en mars-avril ; par conséquent, les hirondelles sont de retour « dés que le printemps revient » (air connu d’Hugues Aufray). serait donc facile d’en déduire que si Yon voit tune hirondelle, c’est que le printemps est la. Hélas, on ne peut pas en faire une généralité, pour au moins trois raisons: les hirondelles ne sont pas infaillibles et certaines d’entre cles peuvent revenir plus tot qu’elles ne devraient ; —miéme sile printemps a officiellement commencé, les conditions météorologiques ne sont pas forcément celles spécifiques & cette saison, surtout lorsque Phiver a tendance se prolonger un peu ; et puis il ya celles qui, en raison d'une trop grande faiblesse, n’ont pas pu migrer et, parmi elles celles qui auront résisté 4 Phiver et donneront signe de vie bien plus tot que leurs congénéres voyageuses. Du coup, il nest pas toujours possible d'affirmer ue le fait de voir une hirondelle sufise a confirmer qu’ est au printemps (au sens météorologique du terme, qui «st celui qui intéresse les paysans desquels nous viennent souvent des dictons trés sagaces). Notre expression est done simplement une métaphore qui dit qu'on ne peut pas se baser sur un seul élément significatif pour en déduire une généralité Ele semble dater du début du xvi sitcle dans sa version francaise, mais vient du modele latin una hirondo non facit ver, lui-méme venu du grec puisque Aristotel'tilisait déja sous forme de métaphore lorsquiil érivait : « Une seule hairondelle ne fait pas le printemps ; un seul acte moral ne fait pas la vertu.» A propos de 'hirondelle,on peut aussi noter cedicton: « Hirondelle volant haut, le temps sera beat, hirondelle volant bas, bientot il pleuvra. » Etilse vérifie généralement, simplement parce que, lorsqu'l fait mauvais, les insectes volent a basse altitude, mais remontent lorsqu'l fait beau Oui, certes, mais et les hirondelles, dans tout ga, me direz- ‘vous a bon escent ? Eh bien, il se trouve que les hirondelles se nourrissent d'insectes. Elles volent donc la ot ils sont. SESS ae ay snesnnnan aan conane soaD NaS OSE 101 EXPRESSIONS PREFEREES Poser un lapin Faire attendre quelqu’un en n’allant pas ‘au rendez-vous qu’on lui a fixé. Si vous faites le pied de grue en attendant sans succés la venue d'une personne qui n'arrive pas votre rendez-vous, Cest incontestablement que cette personne vous a « posé un lapin ». Cette expression qui date de la fin du xix* site a d'abord signifié « ne pas rétribuer les faveurs une ferme » et elle viendrait de la combinaison de deux termes argotiques, poser et api. D'un cdté, en 1883, Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte, donne a faire poserla signification «faire attendre » De Pautre cété, en 1889, Lorédan Larchey dans son Nouveau supplément du dictionnaire dargot, indique que lapin est employé la par allusion «au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui parait facile a gagner et qu'on ne gagne jamais». ‘Autrement dit, le « poseur de lapin », terme qui a bien existé a cette époque, état celui qui faisait attendre son paiement (le apin) ad vitamt ‘aeternam a la femme dont il avait profité. Dans ce cas, poser un lapin se disat bizarrement aussi brler pallasse,et Cesta cause de cette pratique que les dames de petite vertu ont pris Vhabitude de faire payer d'avance leurs services. Pout le sens actuel de expression, apparu également a la méme période, il est probable qui y ait eu un glissement d’une attente non comblée (celle du paiement) vers une autre attente également non comblée (celle de la personne attendue), puisque, dans les deux cas il Sagit d'un engagement qui n’est pas tenu, ce que semblerait confirmer a posterioriV’édition de 1922 dur Larousse universel, ot il est indiqué : « Poser un lapin [...] par extension, ne pas tenir un engagement, une promesse. » Mest possible que ce sens ait été influencé par une des signifcations de api au début du xvtt siécle. En effet, a cette période, lapin s‘employait pour parler d’une histoire complétement inventée, source de moqueries, qui était parfois qualifiée par la forme suivante :« celle-Ia est de garenne », faisant allusion au lapin de garenne, plus gros que le lapin ordinaire, forme qui nous est confirmée par le Dictionnaire de Académie frangaise de 1694 ott on trouve a entrée garenne «On dit proverbialement et bassement d’un conte ou d'un trait esprit dont on le raille celui-ld est de garenne.» Alors on peut imaginer que ce lapin-la at glisé ou bondi de histoi ou la blague douteuse a la plaisanterie douteuse comme celle de donner un fax rendez-vous. Noll Sverehkov (1817-1898), Chasse a cour Etre connu comme le loup blanc Etre trés connu. ILn’y a encore pas si longtemps que cela le loup était un ani- ‘mal trés redoute. Il crstallisait la peur et la haine en raison de Jamenace qu'il était supposé représenter pour les animaux, les enfants et les faibles en général. Pour certains, il était méme incarnation du diable. Dans nos contrées, il avait habituellement un pelage fone. Lorsqu’un loup ordinaire rédait aux alentours d'un village, ses habitants en étaient trés vite informés. Alors, on imagine bien que, si jamais un loup blanc (albinos ‘owau pelage tres dair) se montrait, information circulat tres vite dans un rayon beaucoup plus large oit tout le monde était au courant de existence de Panimal qui, en raison de sa ra- reté et donc du c6té prodigiewx de sa présence, frappait les imaginations. D’ailleurs, au xi sitcle, on disait regarder comme le loup blanc pour « regarder comme une chose extra ordinaire. » Le Dictionnaire de Trévoux, aa xvi sitcle, cite Pex- pression connu comme le loup, montrant ainsi que, quelle que soit la couleur du canid, sin seul était présent aux alentours, cela se savait tes vite. Ona ewaussi conn comme le loup gris. Puis ke blanc a remplacé le gris, pour designer un animal encore plus prodigieux. Danse nord de la France, oi a bitre coule a flots, expression ‘est auss plaisammenttransformée en conmu comme le houblon. SP SIESSSE ae ay aneaesanennenanvcnsane ss soaDReSanU NNN ODETTE 101 EXPRESSIONS PREFEREES Mener les poules pisser - Aller traire les poules Stoccuper de travaux insignifiants ou fictifs. Etre incapable de faire des choses utiles. Lappremiére expression date du xvt sidcle, la seconde est plus récente puisq’elle est attestée at xix sitcle Les poules pouvant faire leurs besoins librement autour dupoulkiller, il est evident qu'une tele occupation nvest pas vraiment utile. Mais quand on sait en plus que les poules ne pissent pas puisque urine et fiente se mélan- gent danse cloaque, cela ne fait qu accentuer Vimutilité de la chose. Pour cette expression, Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte de 1866, indique aussile sens suivant :« Se dit~dans Pargot du peuple— dun homme qui s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au liew de porter la culotte. » Pour la seconde expression, je dois vous avouer une chose stupefiante, a vous parfaits citadins que vous étes, est que les poules: = n'ont pas de pis ou de mamelles ; ne font pas de lat. est donc totalement inepte d’en- visager un seul instant de vouloir les traire, Autant dire que celui qui pré- tend aller trai les poules a un com- portement identique a celui qui dit vouloir aller peigner la girafe. Et dans le méme genre, parmi d’au- tres, oma aussi ferrer le oes et les ca nettes qu’on trouve chez Francois Villon. Outre Paspect inutile des travaux correspondants, ces deux expres- sions Sappliquaient aussi aux be- néts, aux simples d’esprit, incapa- bles de faire des choses plus utiles. David de Konnck (vers 1644-apres 1701), 5 hull surtoie La montagne accouche d’une souris Par rapport aux attentes ou Normalement, une montagne accouche dans la fureur de lave et de cendres, et jamais d'une misérable petite souris. Cette image quelque peu disproportionnée est pourtant trés ancienne puisque, sous une forme tn peu différente, le podte Horace ’évoquait déja au r* sigcle av. JC. (Parturient montes, nascetur ridiculus must duit généralement par « Les montagnes accouchent, une souris ridicule nait »). Mais est encore une fois notre fabuleux fabuliste Jean de La Fontaine quil'a popula- risée dans « La Montagne qui accouche » oi un pote annonce un sujet ronflant et ne produit pourtant qu'une ceuvre tré’s médiocre. Flle sera ensuite reprise par des auteurs comme Boileau ou Mme de Sévigné. peesyavosester- tn ine tanssuesseeiensansanspoeserpnaneneea any bition d'un projet, le résultat est extrémement décevant. Cestbien la disproportion entre ce qui est attendu de enorme montagne et ce qu'elle produit réellement qui provoque tne cruelle déception et quia rendu cette mé- taphore célebre. La portée de expression dépasse lar- ‘gement la simple littérature. Elles applique maintenant a presque tous les domaines. Elle peut s'utiliser, par ‘exemple, lorsqu’un gouvernement quelconque, quil soit de gauche ou de droite, promet des réformes denver gure destinées a redresser l'économie du pays ou une institution quelconque, et ne produit que des ré- formettes, ou bien lorsqu'un rapport ou un livre censé faire des révélations explosives ne savere étre qu'un pétard mouillé Ours mal léché Personne qui fuit la société. Personne bourrue. Onsait que ours est un animal principalement solitaire, méme sil lui faut bien, de temps en temps, se rapprocher d'un congénére du sexe opposé pour perpétuer Pespace. Si le premier sens de l'expression se com- prend donc aisément, le second est moins évident. Cest, bien avant, a Pépoque Aristote, déja, quion trouve tune croyance qui dit que le pe- tit de Pours nait en partie in- formeet quil est «finalisé » par sa mre quile léche pour abou- tir A un animal compleétement formé, Pour le confirmer, par exemple, on trouve en 1579 le texte suivant « Ce néanmoins je diray quant est de Vourse, quelle ne fait ses petis ayans les membres. si confus, principalement les jambes, né sans forme et figure comme aucuns ont écrit, et comme le populaire le croit. Aussi peu est-il vray quen leslé- chant les fagonne, jusques a ce quils ayent forme d’ours. Car au val d’Ananie jay vu une grande ourse pleine que les ve- neurs éventrérent, les petis es- tans encores au ventre, qui ayent tous leurs membres dis- tingués et formés, non pas sans forme, comme plusieurs esti- ‘ment, ajoustans plus de foy & Vautorité d’Aristote et Pline, qui Vontainsi éscrit, qu’a leurs pro- pres sens et expérience, » Cest ainsi que, d'une préten- due malformation physique, on Sest déplacé vers une malfor- mation éducative, la personne mal échée » étant mal édu- uée, donc grossére, pour donner le second sens de l’expression, Se faire prendre pour un pigeon Se faire duper. Par extension, passer pour sot. Crest depuis la fin du xv* sicle que le pigeon, par métaphore, désigne une dupe, un homme qu’on attire dans une affaire pour le dépouiller le tromper. De ce mot est dérivé le verbe pigeonner. Et cest ’étymologie du mot dupe qui nous explique cette métaphore. Dupe vient en effet de huppe, nom dun oiseau qui doit son nom a sa huppe, sa cxéte. Dé-hupper (contracté en duper), est enlever la huppe de Vanimal, donc le plumer. Autrement dit, le dupé sest fat « plumer». Ce qui nous fait passer par une autre métaphore, qui date du xin siécle, ot la per- sonne qui sest fait plumer est celle qui a 6té dépouillée (comme Poiseau a été dé- pouillé de ses plumes) ou, autrement dit, vole. Le pigeon est un animal bien plus fréquemment rencontré que la huppe, mais i est tout aussi déplumable. Il est donc rapidement devenu un synonyme de dupe, puis de sot, puisque celui qui se laisse duper est forcément considéré comme un. imbécile SP SEESSS ae a aneaesanenntnaab coven oan eenanD EEE POSTERS 101 EXPRESSIONS PREFEREES Prendre le taureau par les cornes Affronter un probléme de face et avec détermination, sans chercher & le contourner. (Comme vousle saver certainement, le taureau est un at mal qui pése plusieurs centaines de kilos, généralement nettement plus d'une demi-tonne. Mais malgré la masse de I'animal, il existe toutefois des formes de combat ou de spectacle oit des individus Samusent,en approchant un tel animal parle c6té, hui saisir les cornes et, en s'y agrippant et en forgant sur sa téte, a le faire se coucher a terre. ‘Noberto Caimo raconte ainsi son voyage en Espagne en 1755 : « Fy ai surtout admiré certains traits singuliers d'un courage et d'une intrépidité extraordinaires, comme de saisir adroitement le taureau par les cornes et de le renverser par terre.» Mais quon ne s' trompe pas, une telle action nest pas donnée a tout le monde et arriver a pase stosester th ite tanseuessesitnsensanspoesetpntaneneee any un tel but sans étre blessé, voire éventré et tué, est d'une grande difficulté. C'est elle que métaphorise notre ex- pression, cari faut effectivement beaucoup de détermi- nation pour sattaquer de front a un tel obstacle. Siles lexicographes modernes indiquent que expression est apparue sous cette forme au milieu dux1x* siecle, avec ala fin du sidcle précédent attaquer le taureaw par les comes, on trouve pourtant dans un ouvrage de Guil- Jaume de Lamberty écrit en 1727 le texte suivant «Coit dautant qu'il avoit out dire au feu Duc de ‘Schomberg, le Pére, que d’attaquer la France dans les Pats-Bas, cétoit prendre un Taureau par les cornes. » Or, il ne fait aucun doute que la forme et Ie sens y sont bien déja ceux de notre époque. De la roupie de sansonnet Une chose insignifiante, une bagatelle, une quantité Presque nulle. Depuis au moins le xi siécle, la roupie nest rien autre que ces gouites plus ou moins gluantes, issues des fosses nasales, qui pendent au nez de ceux qui ne connaissent pas le mouchoir (ou la manche de chemise). est donc normal que cette roupie-la soit considérée comme quelque chose d’insignifiant, sans aucune valeur. Le plus difficile, c'est d'expliquer ensuite en quoi le sansonnet serait suffisamment morveux pour qu.on Pait associé ila roupie. 1a, seules les conjectures sont de mise. Il pourrait s'agir d'une déformation de sans sou («sans valeur ») ou de sans son nex, désignant la roupie seule, isolée de sa chaine de fabrication nasale. ‘On peut en effet facilement maginer Vnsignifiance supréme une roupie, sur la plage abandonnée, au miliew des coquillages et crustacés... Pour désigner la méme chose, certains préférent employer expression ine doieet d'autres couille de mite LIEUX GEOGRAPHIQUES « VOIR NAPLES ET MOURIR ! » OUI, MAIS POURQUO! S‘ARRETER EN SI BON CHEMIN QUAND UNE INVITATION AU VOYAGE, TEINTEE. D'UN PARFUM D‘AVENTURE, SE PROFILE AU DETOUR DE CES EXPRESSIONS QUI VOUS ENTRAINENT AUX QUATRE COINS DU MONDE ! La perfide Albion LAngleterre. Iya toujours ew une certaine rivalité, si- non une rivalitécertaine, entre la France cet ’Angleterre ; au point que des qualifi- catifS divers et peu gentils ont été firé- quemment utilisé par 'un et autre pour désigner le voisin. Le Dictionnaire des expressions et lacutions figuréessignale que Vadjectif perfide sem- ble étre employé en premier par Mme de Sévigné et Bossuet au xvi siécle. Il tra- duisaitle jugement que portait la France 4 Pégard du gouvernement anglais au- quel on reprochait sa mauvaise foi. Si est juste aprés la Révolution frangaise, en 1793, quelle est apparue, Cest surtout au xox sidcle que Pexpression perfide Albion sest répandue. Mais pourquoi Albion ? Cette appellation provient de deux sources La premire est un rappel de ces falaises blanches, caractéristiques de la cote sud de’ Angleterre, que découvre en premier celui qui, venant de France, arrive en An- gleterre. Or il se trouve que blanc, en la- tin, se dit albus dott est issu Albion. Mais cela r’aurait probablement pas suffi, si le géant Albion nfavait pas existé, au moins dans la mythologie. Ce person- nage, fils de Neptune, fut té par Hercule auquel il chercha a Sopposer lorsque ce dernier passa en Gaule. Le lien entre ce _géant et PAngleterre nous est donné par Te poste de la Renaissance Edmund Spen- ser quia évoqué «le puissant Albion, pére du peuple vaillant et guerrier qui occupe les les de la Bretagne » ott la Bretagne mest pas cette région frangaise peuplée de Bretons aux chapeaux ronds, mais la Grande-Bretagne. Et, effectivement, dans la mythologie, Albion est considéré comme le pére du peuple britannique qui, chez Pline, s appelait les Albiones. Luis Montero, les funralles du deer rol inca Atahualpa Ce n’est pas le Pérou ! C'est une somme modeste. Gane rapporte pas beaucoup. Ce n'est pas grand-chose. LEldorado, le pays de Vor, a longuement fait réver les Européens, aut xvtt siecle, lorsqu'ils ont mené de nombreuses expéditions en Amérique du Sud, avec Pespoir d’y localiser ce pays dont le prince se faisait sau- poudrer d'or de la téte aux pieds chaque matin (selon les racontars de Pexplorateur espagnol Martinez) armi ls différentes vagues d’exploration et de pillage du continent sud- américain, est en 1532 que Francisco Pizarro defait les Incas au Pérou en capturant leur roi Atahualpa et en massacrant jusqu’a 20 000 des per- sonnes qui Paccompagnaient dans le piége que le conquistador avait tendu. Le roi prisonnier fait alors livrer aux Espagnols de trés grandes quantités d’or et d’argent en échange d'une libération qu'l n obtiendra jamais puisqu'l sera garrotté dans sa prison en 1533. Cet or sera ramené en Espagne par un des freres de Pizarro. Cestce symbole de richesse qu’était le Pérou qui, en 1661, a fait d'abord apparaitre le nom commun pérow comme synonyme de trésor ou de for- tune. Puis, est en 1790 que sont nées aussi bien la version positive de expression (c'est le Pérou !) que la négative, beaucoup plus utlisée au- jourd’ hui SP SEESSS ae ay sneaesnnenntnaab coven soaDennanU EE POST AE 101 EXPRESSIONS PREFEREES Antoine Pesne (1689-1757), portrat de Frade Il de Pruss, Sade a Tous les chemins ménent a Rome On peut obtenir un méme résultat de différentes mani Cette expression fait référence au pélerinage chrétien vers Rome qui est un des trois principaux pelerinages avec ceux de la Terre sainte et de Compostelle, la ville étant devenue une destination importante peu de sides apres Jésus-Christ. Rome est alors vue comme un point central vers lequel convergent de nombreux chemins, tous menant imman- quablement a ce méme lieu pour le pélerin vraiment dési- reux d’y aller. Notre expression, attestée au xi sitcle dans le Liber para- bolarum et Alain de Lille, est donc une simple métaphore qui reprend le fait que si, pour le palerin, il existe une mul- titude de maniéres d’aller 4 Rome, pour le péquin moyen, ilexiste souvent beaucoup de fagons d’obtenir un certain ré- sultat ou de faire quelque chose ; sans oublier aussi la di- mension spirituelle, puisque le croyant peut considérer qui existe de nombreuses voies pour parvenir & Dieu. Les férus d'histoire romaine pourront objecter que Vorigine peut aussi étre liée au fait qu’a l’époque oi les Romains aient les maitres de nombreux pays, ilsy avaient construit, des voies qui convergeaient toutes vers Rome, leur permet- tant ainsi aller encaisser les impots dans les terrtoires do- minés ou d'y envoyer leurs légions en cas de désordre. “Mais i ces voies existaient effectivement, les lexicographes ne semblent pas les rapprocher de Porigine de expression apparue bien aprés la domination rom: Travailler pour le roi de Prusse Travailler pour rien, sans étre rémunéré. Apparue officiellement dans les textes vers Ia moitié du xix°sidcle, voila encore une expression dont lorigine est incertaine. La premigre explication serait lige au fait que les soldes payées aux mercenaires du royaume de Prusse au debut du xvutr siécle étaient dérisoires. Une deuxitme dit que expression viendrait d'une chanson de 1757 qui se moquait de la défaite du prince de Soubise a Rossbach et contenant la phrase: « Ila travaillé pour le roi... de Prusse. » La troisiéme suppose qu'elle viendrait du roi Frédéric Guillaume I* (pére de Frédéric II, vainqueur de Rossbach) qui était d'une avarice sans limites et qui ne payait que trés peu les gens qui travaillaient pour lui. La ‘quatritme est évoquée par Charles Rozan dans ses Petites ignorances de la conversation, ouvrage paru en 1857. ly indique que notre expression pourrait étre de Voltaire. Sans entrer dans de trop longs détails, Voltaire était ami avec Frédéric le Grand auprés duquel il trouva refuge en 1750 et pour lequel il mena quelques affaires, en échange de promesses de récompenses variées, promesses que Frédéric ne tint pas, ce qui provoqua tne brouille entre les deux hommes, Voltaire se plaignant alors d« avoir travallé pour le roi de Prusse SSIES Hae ay sneesnnnnntnaabcovans sven ennanU een ROSNaTRAEel 101 EXPRESSIONS PREFEREES En Suisse Seul, sans partager avec d'autres. Diabord, afin de lever le doute que peut laisser ‘germer homonymie, quand on dit en Suisse, cela ne veut pas dire « dans le pays qui Sappelle la Suisse », mais bien «comme un Suisse » Cette expression pourrait donc lisser croire que les Suisses sont profondément solitares, surtout lorsq) Sagit de boire. Alors d’oit vient cette assimilation centre le Suisse et une forme de plaisir solitaire ? D’abord, on sait que Vidocg, en 1828 dans ses ‘Mémoires, wtilisait Pexpression boire avec son suisse. Comme si chacun avait le sen, personnel, rien qu’ lui, Parallélement, on disait aussi fire Suisse. Ce n'est quiaprés 1920 que la forme en Suisse apparait. Une chose semble souvent admise par les lexicographes, est que notre Suisse vient du miliew militaire. Reste a savoir d’oi provient ce fameux ‘Suisse. Et la, on se perd un pew en conjectures. ‘Méme sile lien avec notre expression n/apparait pas ‘vraiment, i faut dabord rappeler que, des le xvi" siécle, on disait boire comme un Suisse pour «boire beaucoup » (quitte a finir sod comme un Polonais) Selon Gaston Esnault, la locution viendrait des gardes suisses de Ancien Régime. D’aprés hui, le Suisse étant ‘germanique, il ne sat pas ce quest la tournée francaise et, méme sil boit en compagnie, il paye son propre verre et donc, i boit« seul», n'invite pas ses collegues. Selon Lorédan Larchey, suisse ne renvoie pas a Phabitant du pays du méme nom, mais au concierge ou au portier, selon l'ancienne dénomination qu’on donnait a cette personne, ce qui expliquerait absence de majuscule, comme chez Vidocg, Mais d’ot viendrait alors le fait qu’on ne doit pas, boire avec son suisse? Larchey écrit que Cest une « ironie inventée pour rappeler quelque engage opulente famille aux regles de la fraternité » pour dire que le militaire issu d'une famille riche doit quand méme se méler aux autres et ne pas se contenter de boire avec son suisse, le concierge de la famille. peesgysrosester tu inetanssuenseiensantanspoeserpnaanensee any Chateaux en Espagne Projets irréalisables. Cette expression, qui apparait déja au xi sidcle dans le Roman de la rose, semploie en général avec le verbe construire ou batir. Etienne Pasquier, au xvn sidde, explique que vouloir chercher des chateaux en Espagne était quelque chose de vain, car il n'y en avait pas, dans le seul but d'empécher que les Maures, ors de leurs incursions, n’en trouvent et n'en profitent pour sinstaller 4 demeure. Mais d'an- ciennes variantes de expression, parlant de chateauxcen Brie, de chiteawx en Asie ou méme au Cair,laissent sup- poser que les chateaux en question, od quis soient situés, désignaient simplement des endroits inaccessibles a la fois. par leurs défenses et par leur éloignement. ‘Vouloir entrer dans un de ces iewx inaccessibles, était bien se lancer dans des projets irréalisables. Il ne reste plus qu’a trouver pourquoi ce sont ceux Espagne, qui sont restés dans usage de Vexpression... Les délices de Capoue Le plaisir de I'immédiat, la satisfaction de I’instant préférés a la mise en ceuvre de projets sGrement plus profitables a terme. Le choix de la facilité au détriment de lefficacité ou de la durabilité. Nous sommes en Campanie, en 215 av. JC. Le grand homme de guerre carthaginois Hannibal, suivi de ses troupes, a péniblement traversé les Alpes avant de mettre la patée aux légions romaines a Cannes. Epuisés, ayant envie de se reposer et de profiter des plaisirs de la vie, les soldats arrivent a Capoue quis, rennent aux Romains. Or, d cette époque, Capoue (qui est aujourd’hui Santa Maria de Vetere) est une des villes les plus riches et les plus belles de P'Italie antique, réputée pour sa douceur de vivre et ses environs trés verdoyants. Hannibal décide de laisser passer la saison froide dans ce petit paradis terrestre. Pendant ces quelques mois de relache, les guerriers se ramollissent, perdent leur ardeur au combat, prennent une concubine et, du coup, ont beaucoup de mal a se réhabituer ila discipline militaire Jorsqu’l faut & nouveau se battre contre Pennemi La punition ne tarde pas :les Romains reprennent Capoue puis la rasent pour la punir d’avoir abrité les Carthaginois. Notre expression, métaphore origine historique, laisse donc supposer que orsqu’on a de grands desseins, il ne faut surtout pas céder & Vappel des sirénes de la facilité ou du plaisir immédiat sous peine d’échouer. ‘Gravure de Gotha, vers 1730 enon Faire partie de la haute Du xvnr' sitclejusqu’au milieu du xx, faire partie du Go- tha, cétait comme faire partie du Who's Who aujourd'hui, si ce n'est qua 'époque seuls les nobles y étaient référen- és, Gotha est une ville d’ Allemagne, en Thuringe, dans a- quelle la maison de Saxe avait sa cour. est dans les années 1760 qu’y apparait,initié par le gen- tilhomme Guillaume de Rothberg, un almanach contenant entre autres toute la généalogie de la maison de Saxe et celle des empereurs d’ Allemagne. ¥ étre cité donnait donc une certaine importance a la personne. Alain du x0 sil, il comporte toute Paristocratie de PEu- rope sur environ un miller de pages découpées en trois par- ties, selon l'importance des titres, et devient ainsi le «bot- tin mondain » de la noblesse européenne. En faire partie était donc une preuve d’appartenance a ce qui ait consi- déré comme Féite européenne. Malgré'arrét de la publication de cet ouvrage en 1944,T'ex- pression est restée pour désigner des individus faisant par- tie d'une certaine élite ou d'un groupe de la haute société Partir trés loin, au bout du monde. Partir en enfer. “Avec nos moyens modernes de transport, la Tunisie n'est plus vraiment loin, ‘Mais au début du x siécle, lorsque les soldats déserteurs et les insoumis des « Bat PAP” », ainsi que les condamnés de droit commun aient envoyés au bagne de Tataowine, aux portes du désert du sud-est tunisien, ils en avaient our un moment avant d'arriver, avec le fort risque de ne plus en repartirétant donné la rigueur du climat et le droit de vie ou de mort des chefs du bagne sur leurs prisonniers. Vous allez me dire que le bagne de Cayenne était ‘encore plus loin, Certes, mais il faut croire que les conditions de vie étaient nettement plus dures & Tataouine pour que ce soit ce lieu qui ait donne naissance a une telle expression, avec une connotation non seulement d'éloignement trés important, mais aussi de lieu insupportable (elon le second sens). SP SIESSS as a sneasaoeantnaab conan oaD nan PESTA 101 EXPRESSIONS PREFEREES Cela va faire du bruit dans Landerneau Crest une affaire qui va faire beaucoup de bruit. C'est un petit fait qui va provoquer beaucoup de commérages. Landerneau se situe en Bretagne, dans le Finistére. Done, ile trouve qu’a Ja fin du xvur sic, un auteur nommé Alexandre Duval a écrit et fait jouer Paris une piéce en un acte intitulée Les Héritiers. Dans cette comédie, un officier de marine donné pour mort réapparait brutalement dans sa ville d’origine, Landerneau, au grand dam des héritiers deja cen train de se disputer la succession. Unvvalet apprenant la nouvelle du retour de Pofficier dit alors: «Oh le bon tour ! Je ne dirai rien, ‘mais cela fera du bruit dans Landerneau! » Et cette phrase, avec des formes plus ou moins variées, est répétée plusieurs fois dans la pigce. Cette réplique a marqué son époque au point quelle nous a été transmise ‘et, méme, que Landerneau est presque devenu un nom commun puisqu’on parle maintenant du landerneau Politique ow du landerneau de la ‘montagne pour désigner des mondes particuliers ayant leurs propres manies, jargons et potins. Cela dit, afin de ne pas frustrer les tenants d'une autre origine, sachez qu'il en existe effectivement deux autres. La premiére évoque le canon de Brest, le Tonnerre (qui est a Porigine du juron Tonmerre de Brest!), tire lorsqwun évadé s échappait de la prison de a ville, et dont le son portait jusquau fond de la rade. Mais dans ce cas, pourquoi avoir retenu Landerneau au lieu de Plougastel- Daoulas ou Camaret, par exemple, bien autres villes étant atteintes par le son venu de Brest ? La seconde cite le charivari que les habitants de Landerneau avaient coutume de faire sous les fenétres des jeunes mariés. Sauf que cette coutume du charivari était pas propre & Landerneau et que rien ne justifie alors le choix de cette ville dans cette expression. i L'ceil de Moscou Une personne, un organisme ou un matériel qui espionne des individus au bénéfice d'autres. Petit rappel géographique pour les mal-situants : Moscou est la capi- tale de la Russie, actuellement, et de I'Union soviétique (ou URSS, Union des Républiques socialists soviétiques), autrefois. A Tépoque de I'URSS, la population vivait sous un régime « relative- ‘ment peu» démocratique, en théorie sans classe dominante, mais ot. tout individu sortant des clous fixés par le gouvernement avait e choix entre un camp du Goulag ou un camp du Goulag, dans le meilleur des cas, Or, que trouvait-on aussi bien a l'intérieur de I'URSS, pour sur- veiller de prés le comportement des citoyens, que hors du pays, pour savoir ce qui sy tramait (dans es spheres de prises de décision) ou ce quil sy fabriquait (dans les usines) ? Desespions, personnes chargées de ramener leurs dirigeants un maximum d’informations exploita- bes. Ces individus, plus ou moins directement payés par tat, done par Moscou, devaient ouvrir Peel et le bon afin de mener leur mission & bien. Ils pouvaient donc étre vus comme un « ceil » déporté de leurs dirigeants. Alors que, maintenant, aprés éclatement de 'URSS, la Rus- sie est un peu plus (mais pas trop quand méme) démocratique, la no- tion « ceil de Moscou » est restée pour désigner toute personne (ou organisme) chargée par ses responsables ¢’en surveiller ou en es- pionner d'autres. Une caméra de surveillance sur la voie publique pourra aussi étre ainsi qualifige par ceux qui sy opposent. Laplace Rouge, cromolthographie de 1856, Bruoghel e Jeune: a Constuction a tour de Babe, vers 1595, Un lieu, une réunion oft ragne la confusion, oi les gens ont des difficultés pour s'entendre, se comprendre. ‘Nous sommes aux environs de Van 2200 av J.-C. Le Déluge est terminé depuis une centaine années et toutes les terres sont a nouveau accessibles. Les rescapés (toute la famille de Noé et sa descendance) se retrouvent en Babylonie. La, ils décident de batir une tres haute tour ronde, en forme de ziggourat, constituée de briques et debitume. Leurs raisons sont différemment interprétées : pour certains, ce serait pour se protéger d'un nouveau déluge ; pour d'autres, ce serait par orgueil, dans le but atteindre le ciel enfin, pour autres encore, ce serait pour rester ensemble, une ville & plat les ayant conduits as'éoigner progressivement les uns des autres. Diew, voyant cela, est agacé: il décide donc, peut-étre aussi avec Vidée de diviser pour mieux régner, de brouiller leurs langages, et ainsi de les empécher de se comprendre et de continuer ‘ensemble leur ouvrage quils abandonnent finalement alors que Dieu les disperse progressivement sur toute la planete. C’est de cette tour de Babel (qui signifie « confusion ») ct plus personne ne se comprend quest née notre expression. Céder complétement devant quelqu’un. S‘humilier devant quelqu’un. Pour aller Canossa de nos jours, i vous sufft de suivre la charmante voix de vo- tre GPS qui va normalement vous orienter vers ’Emilie-Romagne, pas trés loin de Modene. Las! Al'€poque dela naissance de cette expression, les véhicules n'étaient pas en- core équipés de cette merveille technologique. Ce qui n'a pas empéche le pape Grégoire VII, en 1077, d’aller y séjourner et d’y rencontrer Pempereur Henri IV «Allemagne. Ce petit plaisantin d’empereur avait en effet cru bon de proclamer la déchéance du pape apres le conflit des Investitures. Le pontife décida alors de l'excommu- nier. Du coup, les vassaux de 'empereur refusérent de continuer a le suivre. Ce qui Fobligea finalement a aller rencontrer le pape pout le supplier de lui accor- der son pardon. Crest au chateau de Canossa qu'eut liew cette rencontre oit ’em- pereut fut humilié de devoir « se coucher » devant le pape qui ne lui donna tne réponse positive que trois jours plus tard, aprés Pavoir bien lassé ruminer en cos- ‘tume de pénitent et pieds nus dans le froid en plein mois de janvier. lexcom- munication fut alors levee Cest Bismarck qui, en 1872, utilisa "expression nous irons pasa Canossa devant Je Reichstag. Il voulait ainsi exprimer son désaccord avec le Vatican qui soutenait le parti catholique allemand, et son refus de céder aux injonctions du pape, alors «que Bismarck, qui avait des volontés trop laiques aux yeux du pape Pie IX, venait de se voir refuser 'envoi d’un ambassadeur allemand au Vatican, Bismarck vou- Jait done dire parla: « Nous ne nous humilierons pas en cédant aux catholiques. » a 101 EXPRESSIONS PREFEREES Aprés les honneurs ou la célébrité, la déchéance, 'oubli peuvent venir rapidement. Rome a été batie sur sept collines. C’est sur la plus petite d’entre eles, e Capitole, quia été construit un temple consacré a Jupiter, Junon et Minerve, haut liew de PAntiquité romaine et symbole de puissance et