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portraits

suppose un travail de fond et à long


terme avec des sociologues et des
travailleurs sociaux. Si l’on rase un
immeuble pour en reconstruire un
nouveau sans rien changer dans la
vie des individus, le problème reste
ssociés depuis la fin de leurs entier.» Et de regretter que ce dé-
Dominique Deshoulières A études d’architecture, Do- bat demeure confidentiel, limité à
Vers la modestie du geste minique Deshoulières et Hubert
Jeanneau ont beaucoup construit à
la presse professionnelle.
Cette expérience conduit Domini-
Poitiers et en Poitou-Charentes. Ils que Deshoulières à «relativiser la
adorent les grands programmes notion d’œuvre» et à préférer «la
complexes : équipements collec- modestie du geste architectural».
tifs type théâtre – d’ailleurs le pre- «Le jeu des concours d’architec-
mier est président de la Scène na- ture, désormais anonymes, incite à
tionale de Poitiers –, immeubles de produire des images choc pour sé-
logements, de bureaux, etc., et dès duire immédiatement. Mais l’ex-
Banlieue 89, ils ont participé aux ception peut se trouver ailleurs,
opérations de «développement so- dans la qualité même du bâtiment
cial des quartiers», notamment aux et non dans l’apparence. D’autant
Trois Cités à Poitiers. qu’il y a peu de programmes d’ex-
Depuis quelques années, Domini- ception, avec un jury qui sait voir.
que Deshoulières travaille aussi Malgré tout, on ne peut se permet-
dans la banlieue parisienne et sa tre de réinventer l’architecture
vision diffère du discours domi- quand on nous octroie un budget
nant. «Quand on entend parler des insuffisant, voire qu’on nous de-
banlieues ou des quartiers – sous- mande de construire au rabais, au
entendu difficiles – c’est caricatu- risque d’aller vers un gros ratage.
ral. C’est un mythe véhiculé en Dans ce cas, autant faire simple.»
région et dans le centre de Paris, Attentif au contexte urbain, Domi-
par méconnaissance. Dans la ban- nique Deshoulières déplore le si-
Sébastien Laval

lieue parisienne, il y a des élus lence du ministère de l’Equipe-


locaux comme ailleurs, des entre- ment en ce domaine. Il critique
prises comme ailleurs – et plus de vertement la politique de labels
main-d’œuvre étrangère –, des pe- strictement techniques de la Direc-
tits bistrots comme ailleurs… tion centrale du logement, qui
N’oublions pas que dix millions de ajoute toujours davantage de com-
personnes vivent en banlieue, plu- plexité. Son importance tient au
tôt bien pour la plupart.» fait qu’elle distribue des crédits
Evidemment, il y a de la réparation d’Etat aux offices d’HLM. Voilà
A L’ITALIENNE et du «tricotage» à faire dans les un service qui pourrait être décen-
ET À CHÂTELLERAULT quartiers mais la solution ne passe tralisé. «Il existe suffisamment de
Construit entre 1842 et 1844 pas par le bulldozer, car le pro- normes nationales, souligne l’ar-
sur les plans de Louis blème est très complexe. Donc pas chitecte, pour réaliser des loge-
Renaudet, architecte des de solution uniforme. «Chaque ments corrects partout en France.»
bâtiments du Roi, le théâtre quartier est différent, dit-il, ce qui Jean-Luc Terradillos
municipal de Châtellerault
est un spectacle à lui seul.
Fermé depuis 1974 pour des
questions de sécurité, il fut
inscrit à l’Inventaire
supplémentaire des
monuments historiques deux
années plus tard. L’originalité
et l’histoire de ce théâtre – qui
devrait être bientôt restauré –
sont retracées dans le
mémoire de maîtrise
(Université de Poitiers, 1985)
de René-Charles Guilbaud qui,
en faisant parler l’architecture
Hervé Tartatin

et le décor, redécouvre des


strates enfouies de la vie
châtelleraudaise.

10 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 57 ■
portraits
Hervé Beaudouin
devant son premier
prototype de mur en
pierre et béton de site
(son atelier à Niort) et
deux réalisations en
pays Mellois : la salle
des fêtes de Gournay-
Loizé (en haut) et la
maison des
associations de Saint-
Romans-lès-Melle.

Hervé Beaudouin
Une rusticité moderne
es architectes ont oublié que la une carrière exploite la diorite ocre,
L pierre pouvait avoir plusieurs granulat imperméable utilisé no-
tamment pour les routes. Avec les
vies. Les archéologues le savent
bien. Ils découvrent souvent des déchets de cette carrière, l’archi-
débris de colonnes gallo-romaines tecte niortais a construit le superbe
réemployés. Les maçons le savent centre de loisirs de la commune.
aussi, comme Manuel Paeva qui a «Le produit rustique n’intéresse
vu sa maison niortaise frappée d’ali- personne parce qu’il est plus facile
gnement. Avec les pierres de la de travailler avec les produits stan-
démolition, il a construit sa nou- dard vendus par les industriels, af-
velle maison, à Saint-Rémy, sur firme Hervé Beaudouin. Si j’aime
les plans d’Hervé Beaudouin. l’artisanat pur, c’est pour parvenir
C’était en 1985. Ils continuent à à un résultat plus fin, plus beau et
travailler ensemble et chacun ap- plus durable. Peu d’architectes
prend toujours de l’autre. Par exem- mènent ce type de recherche en
ple, ils ont testé ensemble des bé- France. Allez trouver la patine sur
tons de site, c’est-à-dire du ciment un mur en parpaings ! Il faut re-
blanc mélangé à des agrégats de peindre tous les cinq ans, alors que
calcaire pris dans les environs. Cela la pierre vieillit si bien. Si l’on
donne une belle texture et une cou- m’objecte que ces matériaux, pierre
leur qui semble «naturelle» dans le et ciment blanc, sont onéreux, je
paysage. Ce béton peut être coulé prouve par les procédés de mise en
dans un coffrage à planchettes et œuvre que le bâtiment ne coûtera
laissé brut ou bien être employé pas plus cher. La gesticulation ar-
pour monter un mur de pierre chitecturale, qui plaît beaucoup en
banché (avec deux planches et deux ce moment, est souvent coûteuse.
serre-joints). Moi, je privilégie la simplicité du
Hervé Beaudouin emprunte aussi geste architectural.»
aux techniques d’autoconstruction Ou comment produire une architec-
des agriculteurs, par exemple les ture à contre-courant, qui dénote
bardages en lattes de châtaignier, une intelligence du lieu et qui s’ins-
J.-L. T.

voire le goudronnage des lattes crit dans la modernité. J.-L. T.


comme sur les cahutes du Marais
Poitevin qui résistent à tout sans LA BAUGE DE TERRA VILLA
entretien. La maison des associa- Rares sont les architectes qui utilisent la maçonnerie de terre
tions de Saint-Romans-les-Melle malgré les qualités de cet habitat dont Ouzilly-Vignolles, dans la
résulte de ces expérimentations. Vienne, est un exemple historique et unique en Poitou-Charentes.
On y retrouve les matériaux et les Cette commune aux nombreuses maisons de terre, mises en
couleurs de l’architecture verna- œuvre selon la technique de la «bauge» probablement depuis le
culaire dans une forme renouve- XIIe siècle, travaille à la valorisation de son patrimoine recensé par

lée. En outre, les moellons ont été les services de la Direction régionale des affaires culturelles en
obtenus grâce au troc de la com- 1992. C’est dans un ancien corps de ferme daté du XVIIe siècle,
mune avec un paysan qui démolis- inscrit il y a huit ans à l’Inventaire, qu’a été créé le logis Terra
sait sa grange. «Je cherche tou- Villa. Cet espace dévolu à la construction en terre crue témoigne
jours à raccorder l’architecture à des différentes techniques – la bauge, le pisé, le torchis et
l’histoire du lieu», dit-il. l’adobe – et de leurs qualités : résistance à l’érosion, isolation
Autre exemple : près de Thouars, à thermique et physique, faible coût de réalisation.
Sainte-Radegonde-des-Pommiers, Tél. 05 49 22 61 61 http:/perso.wanadoo.fr/logisterravilla

■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 57 ■ 11
Marie-Ange Guilleminot

Oursin
Ci-dessus : dans un Oursin, de Marie-Ange taille d’un coussin. Par Hiroshima et Nagasaki.
jardin à Tokyo et Guilleminot, a été conçu pour dépliage progressif, il déploie Depuis sa création en 1998 à
sur une terrasse à réaliser une cape inspirée par de multiples formes appelant Philadelphie, au Fabric
New York, différentes la feuille du Ginkgo biloba, une diversité de vies, comme Workshop and Museum, plier
transformations de arbre aux fruits blancs, sacré chef, jupe, voile, toit, ou déplier ce fragile objet
l’Oursin (œuvre de en Orient et considéré par parachute… Cet atome de blanc relève toujours pour
400 cm de diamètre Darwin comme un fossile sensibilité atteint une brûlante l’artiste d’un engagement
en polyéthylène non vivant. Replié sur lui-même, amplitude quand on découvre – qui fut salué par Théodore
tissé) réalisées par Oursin varie dans ses que, formellement, il contient Monod –, d’une action activant
Marie-Ange diamètres. Il tient entre deux la mémoire du champignon un message de paix.
Guilleminot. mains ou peut atteindre la atomique qui détruisit Dominique Truco

12 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 57 ■
portraits

Patrick Vettier
La maison laboratoire
Poitiers, Patrick Vettier est organise les journées de la maison et qu’en deça de 170 m2 rien
A devenu en quelques années
un spécialiste de la maison indivi-
contemporaine, avec le soutien de
la revue Architectures à vivre, du
n’oblige à consulter un architecte.
«Faire une maison individuelle,
A Béruges,
duelle. D’ailleurs, il est arrivé que ministère de la Culture et bien c’est culturellement très enrichis-
près de Poitiers,
Patrick Vettier des collègues architectes, habitués d’autres partenaires. Lors de ces sant, affirme Patrick Vettier, et fi-
(à gauche) à traiter de gros chantiers, orien- journées, en juin 2002, quatre mai- nancièrement pas intéressant pour
et Didier Gauduchon
tent leurs clients chez lui. C’est sons construites par Patrick Vettier l’agence. En effet, nous sommes
dans sa maison de
170 m2 (700 e le m2) ainsi qu’il a été repéré par Renov, à Poitiers et alentour, et une dans en étroite relation avec celui qui va
construite en bois. réseau national d’architectes, qui l’île de Ré, étaient ouvertes au pu- habiter, ce qui n’est pas le cas dans
blic. A l’évidence, les propriétai- les grands projets d’équipements
res sont heureux de faire visiter ou d’habitats collectifs. Le com-
leur maison et de raconter leur aven- manditaire doit donc être pleine-
ture avec cet architecte. ment satisfait. Il faut traduire ses
Pourquoi ont-ils fait appel à un désirs, le surprendre aussi. Il y a là
architecte ? Essentiellement pour un moyen d’expression irrempla-
trois raisons, parfois cumulées : un çable. La maison individuelle nous
désir d’architecture pour soi, un permet d’expérimenter des con-
budget a priori insuffisant pour cepts. C’est un laboratoire de re-
concrétiser ce désir, une parcelle cherche qui, du fait des contextes
de terrain complexe qui exclut de toujours différents d’un projet à
faire une maison standard. Préci- l’autre – tant le site que les con-
sons qu’en France la maison d’ar- traintes budgétaires –, nous permet
chitecte représente à peine 5% du aussi de développer une écriture
marché de la maison individuelle architecturale.» J.-L. T.
J.-L. T.

que la transformation de l’encan –


l’ancienne halle à marée – en cen-
tre des congrès. La passerelle qui
franchit le bassin et la nouvelle
capitainerie qui vient d’être ache-
vée, c’est eux aussi. «C’est une
Eric Cordier chance exceptionnelle d’avoir pu
travailler sur un support comme le
La mémoire des lieux bassin des chalutiers, dit l’archi-
tecte. A l’intérieur de l’encan, nous
« près 25 ans d’exercice, c’est gements, dit-il, et je n’ai fait que avons découvert des espaces d’une
A un des plus beaux métiers
du monde !» Jeune architecte, Eric
très peu de projets individuels, deux
ou trois maisons pour des amis,
qualité extraordinaire. Et nous
avons travaillé avec la volonté de
Cordier est arrivé en Charente- sans plus.» Depuis 1994, Eric garder la mémoire des lieux.»
Maritime suite à un concours, en Cordier, en association avec Jean- Si tout cet ensemble ressort de com- architecture de bois, de verre et de
1978, pour rénover le lotissement Pierre Lahon, a imprimé sa marque mandes publiques obtenues après métal, nous avons voulu faire
de l’Avant-Garde à Rochefort. Jus- à La Rochelle. Un ensemble de concours, le nouvel aquarium, en oublier le côté technique d’un aqua-
qu’en 1994, il a beaucoup travaillé logements étudiants aux Minimes revanche, est une commande pri- rium, pour laisser place au rêve, et
à la rénovation de logements so- et surtout l’opération de restructu- vée. «C’était un challenge, se sou- rappeler la vocation première du
ciaux, comme les grands ensem- ration du quartier de la Ville en vient Eric Cordier, il fallait inté- lieu. Le bois, et des clins d’œil
bles de Mireuil à La Rochelle, mais Bois et du bassin des chalutiers. grer la structure, sur cet emplace- architecturaux, coursives, hublots
aussi dans toute la région, à Poi- Les deux architectes ont travaillé ment exceptionnel, en respectant ou sabords se retrouvent aussi sur
tiers, Niort ou Châtellerault. «J’ai sur le plan de masse du quartier, des contraintes de hauteur qui nous les immeubles de l’autre côté du
participé à 25 opérations, pour la réalisé la médiathèque et les im- ont conduit à faire un bâtiment à bassin et à la médiathèque.»
rénovation d’un total de 3 500 lo- meubles qui longent les quais, ainsi demi enterré. Et en adoptant une Jean Roquecave

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