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Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale
Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale

Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Guyot, Yves (1843-1928). Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot. 1894. 1/
Guyot, Yves (1843-1928). Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot. 1894. 1/

Guyot, Yves (1843-1928). Les principes de 89 et le socialisme / Yves Guyot. 1894.

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YVES GUYOT

LES

Principes de 8c)

ET

le Socialisme

PARIS

LIBRAIRIE

13,

RUE

CH.

DELAGRAVE

SOUFFLOT,

1S

PRÉFACE

1

L'invasion socialiste.

Les élections législatives de 1893, les

grèves qui

ont suivi l'attentat du 9 décembre, ont démontré

que

que ce n'étaient

j'avais dénoncés,

livre

pas des dangers chimériques

dans ma

lettre aux mineurs

de

du 8 mai et dans mon

Carmaux, dans mon discours

la Tyrannie socialiste.

Non seulement en France où les

socialistes qui

plus de

60députés etont recueilli plusde500.000voix, dont

avaient eu 90.000 voix en 1889, s'attribuent

226.000 à Paris, sans

compter un chiffre égal de ra-

dicaux-socialistes qui se mettent à leur suite; mais

en Angleterre, ce

gré l'opposition qu'ils avaient trouvée de la part

de

l'individualisme, où, mal-

pays

de radicaux comme Bradlaugh, ils sont parvenus

en 1892, onze membres du parti ou-

à envoyer, vrier, qui,

majorité de 40 voix,

devenus un groupe important dans une

ont forcé le gouvernement

à leur faire les plus dangereuses

point de

et

de la limitation des

concessions au

vue de l'assurance obligatoire contre les accidents;

heures de travail

Autriche,spécialement en Bohême et en Silésie, où ils agissent avec la puissance qui résulte d'une

forte organisation; en Belgique ils apportent

en

radicaux, mais avec la pensée de les

en Suisse, où ils inscrivententêtede

leur force aux

subordonner;

leurpro gramme le Droit au travail; en Danemark

sont

conseil municipal de Copenhague; aux

mars 1893. sept socialistes

où, au

entrés

Etats-!Jnis où lePeople's P~y.soutenu par les Sil

mois de

au

les intéressés dans la hausse de l'argent,

22 membres dans le congrès et pèsera de

vermen,

compte

poids tantôt sur le parti démocrate, tantôt

sur le parti républicain, partout nous constatons

cette poussée.

vement cette

son

Nous devons appliquer à ce mou-

parole de

Il ne faut

mais il faut prendre tout

M. Thiers

s'épouvanter de rien

au sérieux.

n

Le programme socialiste.

Le

programme des socialistes françaisse résume

ainsi:

Organisation du prolétariat sur le terrain de la lutte

des classes, sans

Révolution sociale (1).

« Conquête du pouvoir politique de la Classe ouvrière, constituée en parti distinct.

compromission

aucune, en vue de la

« Appropriation collective, le plus vite possible et

moyens,

par

tous les

du sol, du sous-sol, instruments de

travail, cette période étant considérée comme phase

transitoire vers le socialisme libertaire (2).

« L'expropriation avec une indemnité est donc une

chimère autant, sinon plus,

que regret qu'on puisse en éprouver,

paraisse aux natures pacifiques ce troisième et dernier

le rachat. Et quelque

quelque pénible

que

moyen, nous u'avons plus devant nous que la reprise

violente sur quelques-uns de ce qui appartient à tous,

disons le mot

la Révolution (3).

Immédiatement,transformation, dans les

de

communes,

tous les commerces, et spécialement ceux de l'alimenta- tion, en services publics.

1. Neuvième congrès ouvrier de la Fédérationdu Centre.

2. Quatrième congrès national ouvrier tenu au Havre, 1880.

3. Jules Guesde. Collectivisme et Révolution.

Reprise des mines et des chemins de fer par.

personne par

l'Etat,

l'impôt

fortune

banque d'Etat, mainmise sur~ chaque

personnel et confiscation graduelle de chaque

l'impôt progressifet l'abolition de l'héritage.

Législation de privilège et d'oppression selon les lités des citoyens; limitation des heures de travail,

par

qua-
chô-

obligatoires, fixation de minima de salaires, régle-

par

les associations ouvrières, etc.

de lutt3,

mages

mentation des ateliers

Comme politique, « emploi de tous les moyens résistance économique (grève), vote et force

selon les

cas (1).

a son utilité si, comme le

recommande Lafargue avec tant de raison, au lieu de faire

la grève

que comme d'un

« Même une grève vaincue

pour

la grève, on ne s'en sert

d'ébullitionner les masses ouvrières, d'arracher au

capital son masque de phrases philanthropiques et libé-

rales et de montrer aux meurtrière exploitation.

moyen

yeux de tous sa face hideuse et sa

On n'arrivera jamais à

convaincre la bourgeoisie

cette

moderne qu'elle doit se prêter à la socialisation des capi-

question, en

taux. C'est la force qui décidera de

«

dernière analyse; la force, l'accoucheuse des sociétés nou-

velles, dit Marx.

« U ne s'agit donc pas

il faut être

d'être réformiste ou révolution-

tionnaire

réformiste et révolutionnaire.Nous

ne laisserons pas faiblir en nous l'esprit révolution-

naire (2). »

français,

calqué sur les programmes des socialistes alle-

Voilà le programme

des socialistes

1.Manifeste des

broussistes, les

opportunistes du socialisme.

Benoit Malon. Le nouveau parti,

101.

p.

2. Benoit Malon. -Le nouveau pa;?'< p. 80.

mands, tel qu'il a été formulé par des congrès qui ont constitué leur parti, par les possibilistes, et le Docteur du socialisme, M. Benoit Malon il

par aboutità la suppression de la propriété individuelle la force. J'écris ces lignes, au lendemain de la

par séance du i6 janvier, dans laquelle les socialistes ont obtenu une majorité sous prétexte de dégrè- vement de l'impôt foncier, en faisant violer le principe de l'égalité des citoyens devant l'Impôt:

et M. Jaurès, au nom de ces singuliers défenseurs des intérêts de la propriété, avait dit

Nous ne distinguons pas et les autres. Pour nous,

détiennent les rentes du sol qu'arbitrairement.

entre les capitalistes terriens

les propriétaires oisifs du sol ne

En même temps que M. Jaurès affirmait cette expropriation de tous les propriétaires qui n'au-

raient

prouver, en montrant les,callosités

pas pu

de leurs mains, qu'ils maniaient eux-mêmes, lahoue, la bêche ou la faucille, un autre socialiste

M. Avez, déclarait qu'il .voudrait <x brûler le grand

et il caractérisait suffisammentles moyens

livre »

de persuasion qu'il emploierait a l'égard des récal-

citrants, en s'écriant

« Nous sommes fiers des actes de la Commune; nous sommes les continuateursdes membresde la Commune! »

ni

Le lendemain de la victoire socialiste.

Supposons que ces descendantsdes Pastoureaux du xin" siècle, des Jacques du xiv'.des Paysans du xvi' siècle, de certaines hordes de 93, des insurgés dejuin,desCommunardsde 71, prennentle pouvoir, dépouillent ceux qui possèdent,quel sera le lende- main ? Eux et leurs amis deviendraient-ils seule-

ment propriétaires et capitalistes, s'ils changeaient les propriétaires et les capitalistes d'aujourd'hui en

prolétaires? Ils peuvent amonceler les

faire banqueroute, comme un roi du bon vieux

temps ou

un monuments et les hôtels, anéantir tous les titres de propriété, supprimer les bornages et détruire le travail des siècles; faire main basse sur les usines

ruines,

sultan; « flamber les

comme

et les outillages

barbares de l'intérieur, ilspeuvent

passer sur la civilisation actuelle comme une

horde de Mogols

ils peuvent emporter tout l'édi-

fice social dans leur torrent

défie, c'est de féconder le sol qu'ils auront boule-

versé.Entreles ruines qu'ilsauront semées erreront

mais

dont je les

ce

de nouvelles et plus lamentables misères que celles qui peuvent encore exister dans nos civilisations. Ces agents de destruction ont raison d'arborer le drapeau noir. C'est un drapeau de deuil qui con- vient à ces fossoyeurs de la civilisation. Du cataclysme qu'ils entrevoient dans leur cau- chemar, ils ne pourraient même pas faire naître

social de vivre, de

un corps se maintenir et de se développer.

un droit permettant à

IV

L'Endosmose socialiste.

grave, c'est qu'ils trouvent tous le&

j oursdes hommes

si un parti, qui conspire au grand jour la destruc- tion sociale par la force, pouvait compter d'autres.

membres que des complices.

Ce qui

est

j'appelleraisleurs auxiliaires~

que

Par l'oubli de tous les principes de notre droit

public, par la phraséologie qui en résulte,

sorte de sentimentalité qui rappelle <x la sensibi-

à la

lité qu'invoquait Robespierre

par une

pour envoyer

guillotine

les traîtres qui ne le considéraient

pas comme l'incarnation de « la vertu », c'est à

qui fera leur jeu. Le Fo/M)a~, leur journal allemand, vient de publier un article intitulé l'Endosmose dans lequel ilmontre les idées socialistes s'infiltrant partout en Allemagne, dans les gouvernements, dans les égli- ses. Il en triomphe. C'est son rôle. En France, nous assistons au même phéno- mène. Depuis moins de six semaines, deux fois les socialistes ont été les maîtres de la Chambre. Le lundi 4 décembre, la proposition d'amnistie

déposée

M. Paschal Grousset vient en discus-

républicaines

par

tion et réunit 226 voix dont 215

elle n'est repoussée que par 25*7 voix, dont 205

républicaines seulement. La Chambre des députés, les yeux dessiilés par

l'explosion de la bombe de Vaillant, après

voté la loi sur la presse, les lois sur les associations

de malfaiteurs et sur les explosifs, au lendemain

des vacances, semblait revenue un peu plus sérieuse qu'au moment où la majorité républicaine votait

l'amnistie et où le gouvernement n'était sauvé que

grâce à l'appoint de la droite. On devait croire que

la majorité des républicains s'étaitrepriseetlaissait

les socialistes et les radicaux socialistes isolés avec les 124 voix qui, le 13 décembre, avaient appuyé

l'ordre du jour Basly. Pas du tout. Le 16 janvier,

avoir

~~n~oM~ iilictgiiieni que puisqu on réduit te

il il faut faut s'empresser s'empresser d'en d'en

taux d'intérêt

taux d'intérêt des rentiers,

des rentiers,

faire bénéficier les propriétaires. Ces bonnes âmes

veulent engraisser leurs condamnés à mort. Ils réunissent 280 voix contre 240, une majorité de 40 voix, formée de beaucoup de ces condamnés à mort complaisants, et il a fallu toute l'énergie de M. Casimir Périer, président du Conseil,

pour

faire réparer qui mettait en

un vote sur

l'ensemble ce vote

la logique

par

demeure en vertu de

pour former un

parlementaire,le Président de la République d'ap-

peler M. Jaurès

cabinet avec

de

lequel il aurait commencé, en

compagnie

MM.

Guesde,

Goblet,

Jourde,

Baudin,

à faire

passer de la

théorie à la pratique la politique du

Quatrième Etat.

Le Sénat lui-même « s'est mis dans le train

avant que les

socialistes l'aient envahi, en

coopératives.

purs

adoptant la loi sur les sociétés

La discussion, entre

hommes sérieux dont

beaucoup sont des légistes, a révélé un oubli de

tous

lation. Effrayé des conséquences

les principes sur lesquels repose notre légis-

cette toi peut avoir, amendement

un

que

M. Marcel Barthe avait déposé

ainsi conçu

vriers de l'industrie et du commerce, quatre espèces

ou-

« La loi reconnaît en faveur des

de sociétés coopératives auxquelles elle accorde certaines immunités fiscales. »

Qu'est-ce à dire? Voilà des « sociétés faites en

faveur des ouvriers. » On aurait eu des brevets

d'ouvriers. Nous

castes.

revenons à

la législation de

Les partisans de la loi ont réclamé le privilège

de l'exemption de l'impôt pour les sociétés coopé-

ratives, en se servant de qualifications comme

celle-ci

« impôt sur la pauvreté. »

M. Tolain, qui est resté toujours socialiste, a

devant

un le mot. EtM. Volland,en combattant la loi, a repris J'admets une loi de privilège pour les

petits,

la

« C'est

pour

privilège, je ne recule

dit

pas

les humbles », transportant ainsi dans

vocabulaire

de

le

vocabulaire juridique le

chaire, comme si, en droit, au nom du principe de l'égalité devant ta loi, il y avait <x des petits et des humbles. » Et M. Marty, ministre du com- lui, soutenant la loi, l'a qualifiée « de loi

merce,

philanthropie, de loi de justice », comme

si

de

la philanthropie, qui est une attitude de sympa-

thie pour

rélation

envers tous; et comme si; accorder « par

philanthropie» des <: privilèges aux humbles et aux petits x. ce n'était pas violer le principe de« la

partialité

avait quelque cor-

certaines personnes,

avec « la justice

qui est un acte d'im-

justice », en vertu duquel tout privilège est une

spoliation1

Telleest

la cacophonie d'idées à laquelle adonné

Sénat, la discussion de la loi

sur les

lieu, au

et il l'a adoptée, « par phi-

lanthropie » en considération « des humbles et

quoiqu'en fait, on lui ait prouvé que

des petits »,

coopératives pouvaient n'être que des

Sociétés coopératives

les sociétés

machines à vendre dans la main de grands négo- ciants, usant déjà du prestige que donne ce titre et devant se servir de la loi nouvelle pour écraser de leur concurrence privilégiée « les petits et les

humbles du commerce. M. François Coppée parle à l'Académie française de « l'heure des concessions~,tout en conseillantde ne pas « céder aux menaces d'en bas », et demande

« à l'impossible devant certaines

réformes qui paraissent exorbitantes », et il espère

« les privilégiés de ce monde

régleront la question de la misère, car il n'y a

qu'on ne crie

qu'avec~ leur

pas

cœur,»

pas d'autre question sociale (1). »

A tout instant,

par

ceux qui croient y ner leur aval aux

suite de sentimentalité, de

molle philanthropie,etd'oubli des principes,même

résister, se laissent aller à don-

théories socialistes.

1. M. François Coppée. Rapport sur les prix de

bre 1893.

vertu, novem.

De ce que vous les faites vôtres, cessent-elles

pas par les intentions de ceux qui les sou-

d'être socialistes ? La qualité des idées n'est

modifiée

tiennent.

Au contraire, ceux qui caressent cette politique, au lieu d'en dénoncer le péril, servent à

gande, en lui

autorité personnelle. Dans les administrations, dans l'armée même, on trouve des gens qui, regardant la girouette, se

mettent dès maintenant du côté de ce qu'ils con-

a eu des minis-

tres et des préfets qui ont appuyé les socialistes

sa propa- donnant pour point d'appui leur

sidèrent comme le manche. Il

y

dans les dernières élections.

Le 16 janvier, le commissaire du gouvernement

près le conseil de préfecture de

tenu la validation de l'élection des prud'hommes, nommés sous le patronage d'un Comité de vigi-

lance, qui, en tête de son programme, mettait

la Seine

a sou-

ART. 1~.– Tout candidat,

que

comme conseillerprud'homme,

est la suppression com-

que

pour arriver à ce

des classes.

déclare

le but qu'il poursuit

plète du patronat et du salariat;

résultat, il se déclare partisan de la lutte

L'homme qui prend cet engagement doit rem- plir l'office de juge; et le conseil de préfecture déclare solennellement qu'il présente des garan-

ties

d'impartialité suffisantes pour le

remplir!

Depuis longtemps, j'ai protesté contre la com-

plicité de braves gens timides, de bourgeois,de gens

riches, de négociants, de

anarchistes et les socialistesrévolutionnairesqu'ils

commanditent, dont ils subventionnent les jour- naux, directement ou en annonces, dont ils payent les frais de propagande. Les socialistes représententle parti de la guerre sociale et de la confiscation. Eux-mêmes le pro- clament. Tout accord, toute combinaison, toute

capitalistes,

avec les

complaisance avec eux constituent une trahison à l'égard du reste de la nation. Les républicains,

dignes de ce nom, doivent les tenir à l'écart, comme

ils tenaient les boulangistes.

V

La Politique de résistance.

Mais

vous soutenez, c'est une « poli-

ce que tique de résistance disent quelques radicaux qui se suicident avec résolution au profit des socialis-

tes. « Politique

de résistance

crient, avec in-

dignation, ces aimables socialistes qui, en même

temps, reconnaissent qu'ils ne peuvent triompher

que par la force

Quelle autre politique voulez-vous donc qu'on ait à l'égard de gens qui se déclarent vos ennemis et annoncent bien haut qu'ils veulent conquérir

une politique de

condescendance? Voulez-vous une politique d'al-

dépouilles ? Voulez-vous

vos

liance avec ces ennemis? Soit: mais alors

logiques jusqu'au bout: millionnaires qui mar-

soyez

chez avec eux

et il

partagez

déposez

pas

y en a

vos fortunes, vos terres, vos rentes sur l'autel du

collectivisme, de manière qu'on ne puisse

supposer que, si vous hurlez avec

pour les jeter sur les voisins, avec le lâche espoir

les loups, c'est

d'être épargnés et de profiter du butin commun.

VI

Rôle des économistes.

Quels sont les hommes qui peuvent lutter avec efficacité contre les socialistes, qui se mettent en avant? Ce sont les économistes. Or, les écono-

mistes ne sont pas populaires. Ils ont

blesse de représenter la science contre le pré-

la

fai-

général contre

jugé et le charlatanisme, l'intérêt général contre

rlatanisme, l'intérêt

des intérêts privés.

Cependant leurs adversaires ont l'habitude de les qualifier d'optimistes, de disciples de Pangloss,

et affirment que

le mieux dans

nous trouvons que tout est pour

le meilleur des mondes possibles.

nous aurions un bien heu-

nous étions satisfaits de la

manière dont on applique nos idées, et dont nous

les protectionnistes d'un côté,

J'ai déjà. répondu que

caractère,

si

reux

sommes traités par les socialistes

par

Des égoïstes

de l'autre. (i)

nous qualifie le philanthropeHenry

Maret. Parce qu'un journal a raconté qu'une pau- vre femme est morte de misère, il conclut que

le gain du travail est

« toute propriété qui n'est

un

vol » et il s'écrie

pas

« Laissez faire l'exploiteur,

ainsi le veut la liberté, ainsi le veut l'économie politique, ainsi le veut Gournay. »

Henry Maret se donnait la peine d'ob-

Si

M.

l'histoire, il saurait que les

prô-

server un peu

neurs de charité, les fondateurs de prix de vertu,

les rêveurs sentimentaux, les écrivains pathéti-

les orateurs larmoyants, les poètes pleureurs

ques, n'ont joué qu'un rôle insignifiant dans la lutte

contre la misère, dans le développement du bien

<. Voir <<ï Science Economique. Introduction.

ecre, dans le progrès de la richesse et sa diffusion;

il

apprendrait

tous

les

utopistes, depuis

que

Platon jusqu'à Cabet, n'ont servi qu'à des naïfs et qu'à détourner les malheureux du

amuser

travail utile et de l'épargne qui

donné ce qu'ils demandaient en vain à des chimè-

leur auraient

res. Quant aux théoriciens et

guerre sociale, aussi bien ceux de 1848

aux praticiens de

que ceux

de 1871, il ne doit

pas ignorer qu'ils ont pris des

et qu'ils n'ont laissé d'aulnes.

ruines pour piédestal,

traces que des souvenirs d'épouvante.

Les

gens qui se lamentent autour d'un moribond

jamais guéri.

Les gémissements

des

ne l'ont

pleureuses

de

ces

espagnoles n'ont jamais ressuscité un

Laborde met

debout en

lui

morts que

tirant la langue. L'homme utile, au chevet d'un

malade, c'est le médecin ou le chirurgien, dont le devoir est de. paraître impassible, et qui cherche les moyens pratiques de guérir ou de soulager les souffrances, avec méthode, et non d'après

ses fantaisies et les

ments. Aux hommes utiles et silencieux qui ont

augmenté la production du blé et

permis à tout le monde, dans les quelques

civilisés, qui se trouvent sur le globe, d'avoir pays, du

variations

de

senti-

ses

du bétail; qui ont

dits

linge et des souliers; qui ont facilité les

transports,

les transactions, appris la comptabilité, dévelo.ppé

le crédit, permis à tous de prendre des habitudes

d'épargne et de prévoyance

qui ont abaisséles obs-

tacles que les divers gouvernements avaient mis

entro les producteurs et les consommateurs

qui

ont essayé d'introduire dans le monde ces droits méconnus la liberté du travail et de la circulation,

l'humanité réservera sa reconnaissance quand elle

aura une réelle conscience des conditions de ses progrès; et parmi ces destructeurs de la misèr e, elle

placera au premier rang, Gournay, ses amis les

physiocrates et les économistes qui, mettant leur devoir au-dessus de la popularité, continuent de déblayer la voie de tous les obstacles qu'y amon-

cèlent à l'envi les d'orviétan social.

ignorants et

les

marchands

VII

Notre devoir.

Nous avons un devoir à remplir.Nous ne devons

pas nous laisser intimider

les injures, les ca-

par

lomnies,les menaces,letapage et lescrisdevictoire

que poussent les socialistes. Non seulement nous devons défendre contre eux les principes de liberté

et de justice qu'ils veulentdétruire, mais nous de-

propagande à propa-

gande, défendre la liberté, la propriété, la légalité,

la paix sociale, la patrie contre la tyrannie socia-

liste, contre le collectivisme, contre la guerre so-

ciale, et contre

l'internationalisme révolution-

vons les attaquer;

opposer

naire et de même qu'ils ont fait /'<7?M'OM socialiste,

nous devons faire ~C~M'o~ individualiste, sans ré- serves ni équivoques politiques, avec la volonté et

l'ambition d'aider à l'évolution pacifiquedela Ré-

publique, en harmonie avec les Principes de 89. On aura beau les dédaigner et les repousser, ils sont solides. Ce sont les assises sur lesquelles re-

pose le droit public moderne. Nous devons pren-

dre garde qu'on ne les escamote ou qu'on ne les tourne. En leur nom, nous devons nous dresser

ceux, qu'ils viennent de droite ou de

gauche, du passé ou de l'étranger, qui veulent les

contre tous

fausser ou les saper.

17 janvier 1894.

YVES GUYOT.

LIVRE PREMIER

PRÉJUGÉS ET PRINCIPES

CHAPITRE PREMIER

Les préjugés.

Pas de principes.

finition du

sentiment. Les circonstances.– Be-

préjugé. Préjugés héréditaires.– Préjugés d'edit-

Le

cation. .Préjugés d'autorité.

'L'intellect du biberon.

Interversion de préjugés.

publique. ,Lëé

Salilée et l'ppmion

besoin de fixité. Nécessité de remplacer

les p!M~;p<a-

dès principes.

Je vois d'ici les sourcils relevés, le pli dédaigneux

de lalèvre, les

de

plus

effarés et Le liaussement d'épaules

yeux d'un hommepolitique en lisant ce mot ~

'Principes

Et.jel'entendss'éerier:

,–Des

principes? en politique, en économie polîti-

vertu de quellesconsidératioas

que,iln'yena.pas'

–– Bien! Et a.lors

en vous décidez-vous? quels 'sont ~es~mobiles.de vos

actions?

–Monsentiment! 1

Mais

qu'est-ce qu'un sentiment? une aspiration

vague, un embryon d'idée restée dans les limbes. Les. circonstances! I

Mais quand elles se présentent, pourquoi

que

vous à leur égard plutôt tel parti

quoi votez-vous blanc ou bleu? Si

prenez-

pour-

que

tel autre?

vous déclarez

vous n'agissez pas en vertu de principes, vous avouez

vous agissez en

mais

que

vertu d'idées

que

examen;

acceptées

sans

sont des idées de

genre? sinon

gouver

ce

o'esjt~'M~ et vous reconnaissez qu'ils vous

nent ainsi'

que

la très grande majorité des hommes.

,Le contraire serait étonnant, alors qu'ils s'impo-

sent à nous, avec la double force de l'hérédité et de

l'éducation.

<

X":

S

y

Tout homme

a reçu de ses aïeux des aptitudes, des

par

les

habitudes~ des actions réflexes emmagasinées

siècles, ce qu'on appelle l'instinct chez les animaux

et le plus

souvent l'éducation a fortifié ces acquisi-

ne

peuvent

moins

que

pre-. la soutenir

tiens ancestrales.

gens ont une opinion parce qu'ils

l'ont reçue de leur père et de leur mère, à

ce ne soit de leur nourrice et.de leur bonne; de leur professeur ou du prêtre qui les a préparés à la

mière communion; et ils

qu'en l'affi rmant. De là, leur intolérance dans la

discussion. Ils n'examinent pas. Us se défendent.

La plupart des

Pères,

mères, professeurs,, prêtres ont dit au jeune

que

tu dois croire ou

ne pas

homme:– Voici ce

croire d'après l'autorité d'Aristote, de Platon ou de

Cicéron, de saint Paul ou

de saint Augustin, et ils

invoquent même celle des représentants de l'esprit

-de doute et de libre