Vous êtes sur la page 1sur 741
Annales catholiques. Revue religieuse hebdomadaire de la France et de l'Église ["puis" Revue politique de

Annales catholiques. Revue religieuse hebdomadaire de la France

et de l'Église ["puis" Revue politique de la France et [

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

]

Annales catholiques. Revue religieuse hebdomadaire de la France et de l'Église ["puis" Revue politique de

Annales catholiques. Revue religieuse hebdomadaire de la France et de l'Église ["puis" Revue politique de la France et de l'Église]. 1871-

1920.

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF. Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :

- La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du

maintien de la mention de source.

- La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service.

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit :

- des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits.

- des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention

Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de de leurs conditions de réutilisation.

(ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de

propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet

1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisationcommerciale@bnf.fr.

ANNEE : 1876

5* ANNÉE.

'

7- OCTOBRE

4876

'

NUMÉRO 251/

CATHOLIQUES

ÀkSàit.RELIGIEUSE HEBDOMADAIRE

,

^««-«—»--"*

ttÉDACTEUR EN CHEF

'."

SOMMAIRE

.

,

La situation, par M. J.'Chantrel

Provision

;

.'

d'Eglises par le Saint-Père

aux

.

Discours du Saint-Père

ouvrier,

droits

La

d'examen

Saint-Cry

dû concile

Actes

par

pèlerins du diocèse de Tarbes

Le Congrès

Les Université» catholiques (fia). Université de Paris. < Les

M. J. Ghantrel

'

République de l'Equateur et la secte, par M. E. de

'

^

.'

du Puy

{suite),

par Mgr de la Tour d'Auvergne.

.'

Jean Wallon, par

1er article

l'Église.

'

'

.

v

s liés péchés de l'Europe,

Les dernières attaques contre

Justin Fèvre

Mgr

Charité à Paris (suite)

La

.'

'

Les

le peuple

et

romans

Histoire d'an inconnu

(suite)

Variétés. Les'avocats des moines.

P»ge»,

-

5

8

9

11

16

21

26

32

35

39

43

'47

54

CH'ÉT, H. ÀLLARD

j

T^t ce q^i conce^

doit 61^ ad^^

:HÏJE DEJLA;MONTAGNE,,5S;; -

o)> fln^

epuirioiro DM'ABOHWIEJIT iux ANNALES CATHOLIQUES

France et Algérie. Un an : 15 fr.; six mois, 8 fr.; trois"mois, h fr.'

Le numéro pris au bureau, 25 cent.; par la poste, 30 centimes.,

|

.50.:

\x^ t

Pays d'Europe, Turquie d'Asie, Russie d'Asie, Egypte, Tunisie, Maroc. Un an:

~

'

.',

Ï6 fr.; six mois, 9 fr.; trois mois, 5 francs.

Colonies françaises, Canada, Etals-Unis. Un an : 22 fir.; sis mois, 3/2 francs.

-Autrespays. Un an: 24 francs.

N

'

'

Les abonnement» partent du premier jour de chaque mois et s»paieat dlsyanee.

Toute demande de changement d'adresse doit être accompagnée de 50 cent. en timbres-poste ou autrement.

Les prix de l'abonnement annuel à l'édition sur plus beau

papier, sont respec-

vement .de 18, 24,30 et 36 fr., au lieu de 15,18, 22 et 24 francs.

Adresser les mandats de

poste,

billets

de

banque, effets, traites, etc., à

M. GHAKTBEL, rue de Vaugirard, 371, à Paris.

PRIX DES ANNONCES INSÉRÉES DANS LES ANNALES

(La ligne est comptée avec les caractères en 9)

La

d'annonces

page La demi-page

30 fr. ] Le

16

»

|

quart de page

La ligne

8 fr.

» 80 c.

Dans l'intérieur, la ligner. 1 franc.

AVIS

Les tables du tome II de 1876 (XVI 0 de la collection)

sont prêtes; nous sommes obligés d'en remettre l'envoi à

huit jours,

publier dans la présente livraison plu-

pour

sieurs articles

qui ne peuvent attendre.

Selon notre usage, accepté par nos Abonnés et adopté

les publications du même

la nôtre, nous

par

genre

que de nos souscrip-

considérerons comme réabonnés ceux

teurs qui ne, nous auront

renvoyé la présent numéro.

pas

pas

Nous prions ceux d'entre eux qui ne nous ont

encore fait parvenir le prix ou l'avis de leur renouvelle-

ment, de le faire le plus tôt possible.

ANNALES

iiil-MMauis

NOUVELLE SÉRIE

OCTOBRE DÉCEMBRE;

1876

Pari», E. DB SoTB et FILS, imprimeurs, place ùu PàutltéoH, a.

' ANNALES

CATHOLIQUES

REVUE RELIGIEUSE HEBDOMADAIRE

PUBLIÉE AVEC L'APPROBATION ET L'ENCOURAGEMENT

LUEURS

EMINENCES Mgr LE CARDINAL - ARCHEVÊQUE DE ROUEN ET LE CARDINAL-ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI,

DE REIMS, Mgr

L'ARCHEVÊQUE DE

DE

îifir L'ARCHEVÊQUE

DE LL. EXC.

,ET Mgr

TOULOUSE,

L'ARCHEVÊQUE DE BOURGES, ET DE NN. SS. LES ÉVÊQUES D'ARRAS,

MANS, DU PUY,

DE PAMIERS

DE BEAUVAIS, D'ANGERS, DE BLOIS, D'ÉVREUX, DU

DE MEAUX, DE MENDE, DE NANCY, DE NANTES, D'ORLÉANS,

TOME QUATRIÈME

OCTOBRE DÉCEMBRE

18

(TOME XVIII DE LA COLLECTION)

PARIS

371, RUE DE VAUGIRARD, 371.

*

Le dernier trimestre de l'année 1876 s'ouvre au milieu

d'une agitation

extraordinaire des

d'extraordinaires événements.

esprits et dans l'attente

Après avoir longtemps espéré

la paix pourrait être con-

que

servée, malgré tant de causes de guerre, la diplomatie com-

mence à désespérer, le monde des affaires se trouble, et l'on

la grande lutte attendue entre l'Angleterre et la Russie,

sent

que - à propos de l'empire Ottoman, lutte d'où sortira une conflagra-

tion générale, ne saurait être éloignée. Aujourd'hui, cette partie d'échecs qui se joue sur l'échiquier

européen, paraît toucher à son terme : la Serbie se montre de

plus en plus exigeante, malgré ses défaites; la Turquievsen-

tant que, quelques concessions qu'elle fasse, elle est sacrifiée

d'avance, repousse

les propositions qu'on lui fait en promettant

des réformes qui

les rendrait en effet inutiles, si elles étaient,

si elles pouvaient être appliquées ; la Russie, qui veut obtenir de l'Europe, sans trop l'effrayer, la permission d'occuper une partie de l'empire Ottoman, demande, de concert avec l'Alle-

magne, à l'Autriche d'occuper la Bosnie, pendant qu'elle occu-

la Bulgarie ; l'Autriche, qui se souvient des tristes résul-

pera

tats'de son occupation du Holstein, de compte à demi avec la

Prusse et qui se sent menacée dans la possession de

ses pro- vinces allemandes, recule devant cette proposition et veut,

pour

l'accepter, être autorisée par toutes les puissances ; l'Angleterre,

divisée

l'agitation ambitieuse et anti-patriotique qu'a susci-

par

tée M. Gladstone pour renverser le cabinet Derby-Bisraéli, aie

infiuence-'^J'italie'.fêra.tQut

.peut user de toute son

de-

ce que

manderont l'Allemagne et la Russie* qui ont encore quelques

6

ANNALES

CATHOLIQUES

morceaux de l'Autriche à lui donner ; la France est impuissante,

et ne trouve même,

cette impuissance même, qui l'excuse d ne pas se mêler acti- vement au conflit et qui lui donne un rôle exclusivement paci-

fique.

Que peut-il sortir d'une situation si tendue, sinon la guerre?

le moment, quelque sécurité que dans

pour

N'est-il

évident

la Russie, soit le

czar, soit le pays,

possession

pas

que

ce qui revient au même, n'a d'autre but que

de Constantinophe ? N'est-il pas évident que l'Allemagne lais-

sera tout faire à la Russie, pourvu que celle-ci lui promette de

l'aider à s'annexer le reste des pays allemands

possède

que

l'Autriche, et la laisse s'avancer jusqu'à la mer du Nord en s'emparant de la Hollande? L'alliance germano-russe est toute puissante, clans l'état de division où se trouve l'Europe. Mais les intérêts de l'Angleterre à la conservation de la Turquie ,soni

si grands qu'on peut s'attendre à voir cette puissance user de toute son énergie diplomatique, de toutes ses ressources finan-

cières, de toutes ses forces maritimes pour empêcher l'empire

.

ottoman de succomber. C'est encore la guerre qui sort de cette

considération»

Pendant que

les,hommes s'agitent ainsi, Dieu conduit.les

événements vers le châtiment de cette Europe qui s'est rendue

si coupable par son apostasieofficielle et par

et c'est aussi cette

élude des lois providentielles de l'histoire qui nous fait redour ter la guerre. Il pourra y avoir encore, et c'est bien dou-

toutes les iniquités

qu'elle a commises et laissé commettre,

teux, quelques atermoiements, nous dirions quelques délais

de la justice divine; ilestimpossible que l'heure de la rétribution

n'arrive pas bientôt, puisque l'on s'obstine à méconnaître le

droit et à persécuter la vérité.

aujourd'hui la publication d'un article

Nous commençons

de la Giviltà

cattolica intitulé : Les' péchés de l'Europe, qui

avec autant de force que d'autorité ces considérations.

expose

Le

Saint-Père, dansun de ses derniers discours, parlait de la

croix et de l'expiation ; ces solennelles paroles sont un avertis-

être négligé ; quand le Père commun de

la chrétienté fait entendre de pareils avertissements, c'est que

sement qui, ne doit

pas

'heure de l'expiation approche, et c'est que le seul moyen de

LA SITUATION

.+

7

la rendre moins dure et plus utile, est de se réfugier auprès de

la croix, d'où est venu le salut du monde.

Les catholiques fidèles comprennent cette nécessité de l'ex-

un redoublement de piété et de

qui ravive les espérances des bons et qui irrite de

piation : ils le montrent

charité

par

plus en plus lés méchants. Nous l'avons fait remarquer : il

y a

deux choses qui irritent extraordinairement l'ennemi en ce

moment : les pèlerinages et la fondation des Universités catho- '

liques; c'est une raison de plus de multiplier les manifestations publiques de notre foi et d'aider de toutes nos forces l'épisco-

pat dans la création et le développement de ces Universités qui,

en renouvelant l'enseignement, remettront la vérité catholique en honneur et permettront même aux sciences humaines de faire de nouveaux progrès. Nous bornant aujourd'hui à une rapide revue de la situation, nous ne ferons qu'indiquer la continua-

tion des pèlerinages à Rome et

signaler le mouvement

que qui pousse les catholiques d'Espagne vers ce Siège de l'unité

religieuse que leur

est menacé de perdre. Nous aurons

pays

bientôt à donner là-dessus des détails.

En France, six élections ont eu lieu dimanche dernier. A Embrun (Basses-Alpes), M. Ferrari, radical, a été élu; à Cam- brai (Nord), M. Bertrand-Milcent, aussi radical; à Auch (Gers),

M. Peyrusse, conservateur bonapartiste ;

à Senlis

( Oise ),

M. Chauveau, républicain du centre gauche; à Saint-Gaudens

, (Haute-Garonne), M. Tron, conservateur bonapartiste; à Toul

(Meurthe-et-Moselle), M. Petitbien, républicain. Somme toute,

la situation des partis reste respectivement la même dans la Chambre des députés.

On dit

les Chambres seront convoquées

pour le 30 oc-

que

tobre, afm de terminer la discussion des lois qu'elles ont laissée

en suspens. Bien des interpellations sont annoncées ; on doit

s'attendre à des luttes fort vives, surtout en ce qui concerne les

questions qui touchent à la religion.

Un Congrès ouvrier est en ce moment réuni à Paris; nous nous en occupons plus loin.

J. CHANTKEL.

8

ANNALES

CATHOLIQUES

PROVISION D'ÉGLISES

Notre Saint-Père le Pape Pie IX, dans la matinée du 29 sep-

tembre, au palais du Vatican, a daigné pourvoir comme suit :

Eglise archiépiscopale d1Héliopolis (Cêlésyrie) in partibus infide-

Mgr Louis PAGGI, transféré du siéje de Rimini dont il

liwm,

pour

retiendra

l'administration jusqu'à la prise de possession du nouvel

évêque.

Eglise métropolitaine

de Sienne,

Jean

Mgr

PIERRALIINI,

pour

transféré du siège de Colle, dont il retiendra l'administration jus-

qu'à la prise de possession du nouvel é'vêque.

Eglise métropolitaine de Salzhourg,

le R.

D. François de

pour

Paule Albert EDER, de l'ordre de Saint-Benoîl, prêtre archidiocésain

de Salzbourg, abbé du monastère de Saint-Pierre de cette ville, pro- fesseur de philologie, philosophie et doctrine religieuse au lycée,

et docteur ès-arts libéraux, philosophie et théologie.

Eglise métropolitaine de Saint-Jacques de Venezuela ou Caracas, le R. D. Joseph Antoine PONTE, prêtre diocésain de Barquir

pour

simeto, secrétaire de l'archevêque démissionnaire de Venezuela et Vicaire apostolique du même lieu, professeur de théologie morale

et de dogme à l'université de Caracas, et docteur en théologie.

Eglise épiscopale de Dora {Palestine) in partibus infidelium et

prieuré des ordres militaires unis, récemment érigé à Ciudad Real,

pour Mgr Victorin GUISASOLA Y FERNÀNDEZ, transféré du siège de

Téruel.

Eglise cathédral de Rimini,

Mgr Louis Raphaël ZAMPETTÏ,

pour

transféré du siège de Cagli et Pergola, dont il rétiendra l'adminis-

tration jusqu'à la prise de possession du nouvel évêque.

Eglises cathédrale unies de Cagli et Pergola,

le R. D. Joa-

pour

chim CANTAGALLI, prêire de Faenza, curé de l'église des Saints-

Philippc-el-Jacques de* Servi, lecteur de théologie dogmatique au

séminaire diocésain, examinateur pro-synodal et bachelier en théo-

logie et en droit civil.

Eglise cathédrale de Colle, pour

le R. D. Marcel MAZZANTI, [prêtre

diocésain de Peschia, ancien professeur d'Ecriture sainte à l'uni- versité de Pise, recteur du séminaire de Modigliana, vicaire général

-

et officiai de ce diocèse, et docteur en théologie et droit canonique.

Eglise cathédrale de Téruel, pour

le R. Da François-de-Paule,

MORENOY ANDREU, prêtre diocésain

d'Almeria, professeur et recteur

au séminaire de Garlhagène, examinateur synodal pour les diocèses

DISCOURS DU SAINT-PERE

9

de Valence, Orihuela, Almeria et Carthagène, et docteur en théo-

logie.

Eylise cathédrale de Funchal, .pour Mgr Emmanuel Augustin

BARETTO, prêtre diocésain de Goimbre, prêtre domestique de Sa

Sainteté professeur de théologie au séminaire.de Lamego, chanoine de cette cathédrale, proviseur et vicaire général du même diocèse,

et bachelier en théologie.

Eglise cathédrale

de Mérida, pour le R. D. Thomas ZERPA, prêtre

de Mérida prébende de cette cathédrale, vicaire capitulaire et gou-

verneur de ce diocèse.

Eglise cathédrale de Jbarra, pour le R. D. Pierre Raphaël GON»

ZALÈS, prêtre de Quito, ancien élève du collège Pio-Latino américain,' chanoine théologal de la métropole de Quito et docteur en théologie.

Eglise épiscopale de Sidonie (Phénicie) inpartibus infidelium,

pour

le R. D. Pierre Hector COULLIÉ, prêtre de Paris, chanoine honoraire

.

de cette métropole, promoteur près cette curie archiépiscopale et

député coadjuteur avec future succession de Philibert Dupanloup, évoque d'Orléans.

L'instancedusacré pallium a été faite ensuite pour les évêques métropolitains de Sienne, Salzbourg et Saint-Jacques de Vene-

Mgr Antoine-Félix-

zuela.

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

AUX

PÈLERINS DU

DIOCÈSE DE TARBBS.

(26 septembre.)

C'est pour mon coeur une nouvelle et grande consolation de voir devant moi ces pieux ecclésiastiques et ces dévots pèlerins

i

qui ont le bonheur de vivre à l'ombre d'une image thauma-

turge dont Dieu se sert chaque jour pour opérer des prodiges,

octroyer des grâces et fournir au monde catholique des témoi- gnages de miséricorde. Ah ! puissent tous les hommes,, et spé-

cialement tous les chrétiens, rester toujours à l'ombre de cet

arbre mystique qui produisit le fruit de notre rédemption et

effaça de notre front le signe de l'éternelle damnation!

Oui, recommandons-nous à cette Vierge bénie, écoutons ses

conseils et mettons-les en pratique.

Quand aux noces de Cana vint à

le vin, Jésus-

manquer

Christ, qui voulait par sa présence sanctifier le lien naturel du

10

'

ANNALES CATHOLIQUES

mariage et l'élever à la dignité de sacrement, était là et sa Mère très-sainte aussi. Et à peine Marie s'aperçut-elle de la confusion du maître et des serviteurs de la maison qu'elle

s'émut, et

pleine de charité, elle obtint de Jésus-Christ le

que,

premier miracle dont parlent les saints Evangiles. Elle dit aux serviteurs : Allez à mon Fils et faites ce qu'il vous dira.

Quodcumquc dixerit vobis facile.

Mes chers fils, c'est un enseignement

nous d'écouter la;

pour

Mère de Dieu et de suivre les conseils qu'elle nous donne dans

cette vallée de larmes. Elle nous renvoie à Jésus-Christ

pour

apprendre de lui-même ce qu'il veut de nous. Oh ! Jésus7Christ

ne veut qu'une chose, que tous aillent à lui et le suivent. Il

appelle, mais tous ne répondent

à

sa voix.

Il appelle :

pas

Venue ad nuptias, "et beaucoup répondent : Villam emi. La.

vanité en effet, l'ostentation, l'orgueil sont

obstacles, ils demeurent loin de Jésus-Christ

ceux-là des

pour

et

s'écrient : Non

possum ventre.

Jésus-Christ appelle, et d'autres répondent :

Juga boum

emi quinque. Eh 1 mes chers fils, nous vivons dans le siècle de

la matière; je l'ai noté bien des fois. Que d'hommes en ce

monde et beaucoup en Italie qui s'emploient à améliorer

leur condition, même parles moyens les plus injustes! Tels

de la plèbe, se

rangs sont enrichis outre mesure, grâce à la confusion et à l'usurpa-

tion révolutionnaire :. tels qui vivaient dans la misère se promè-

nent à cette heure eu carrosses tirés par de fringants coursiers.

Une partie de leur richessse provient peut-être de certaines

propriétés qui formaient le patrimoine de l'Eglise. Mais ces

qui étaient confondus dans les derniers'

propriétés

dévoreront les

possesseurs actuels : l'expérience"

est là pour le leur apprendre. Ceux-là aussi répondent : « Nous

venir; »

^

ne pouvons

Jésus-Christ se tourne enfin vers d'autres, qui répondent\il,

,

N

Vxôrem duxi et ïdeo non possum venire. Ce sont ceux

qui»

plongés dans la fange et les immondices dès passions, vivent

d'une vie corrompue*

Mais nous, chers fils, nous irons à Marie, nous irons franche-

ment, et nous l'invoquerons comme l'invoque l'Eglise:: Vwgqc

potens. Elle fut puissante à écraser la tête du serpent infernalj:

LE

CONGRES

OUVRIER

11

elle fut puissante à vaincre l'hérésie universelle; et elle sera puissante à réprimer les passions qui sont soulevées sur toute

la terre. Pour moi, je la prie de rendre à la paix et de retirer des

plaines de Sennaar et des contrées de Babylone, tous ceux qui

se sont égarés dans leur voie,

et puisque ses ennemis et ceux,

de son Fils s'enorgueillissent davantage, qu'elle obtienne la

tous les chrétiens qui sont dans la mêlée, afin

force

pour

que

non-seulement ils persistent dans le bien, mais encore qu'ils

s'arment de courage pour combattre.

Et maintenant, je vous bénis dans

dans vos

vos personnes,

familles, dans vos intérêts. Je bénis le pasteur et le diocèse

entier, pour que vous puissiez obtenir tous, sainte, les grâces dont vous avez le plus besoin.

par Marie très-

LE CONGRES OUVRIER.

Le Congrès socialiste, qui

s'est baptisé lui-même Congrès

ouvrier, s'est ouvertlundi soir, rue d'Arras, à l'heure convenue,

huit heures du soir. Un peu de retard sur l'heure fixée, un peu

la nomination des bureaux, plus de confusion

d'accaparer le

Congrès, et,,

dé confusion

encore

pour

la mise en délibération de quelques questions, des

pour récriminations assez vives à propos des remerciements adressés

au journal la

Tribune, accusé

d'ailleurs plus de calme, plus de tenue qu'on

n'aurait pu en

attendre, voilà ce qui a caractérisé la première séance. Les délégués des ouvriers de Paris et des déparlements ont

droit de parole et de vote: cela restreint à environ

deux cents personnes les représentants de la classe ouvrière?

le reste est le publie. Quant à la représentation ouvrière, elle

paraîtra: assez incomplète, si l'on songe que les délégués de

iPàris- forment plus des deux tiers de cette Chambre, et que

trèhte-six yillës'seulement des départements ont envoyé desf

seuls

le

délégués au Congrès. C'est toujours la direction parisienne

qui?s'impose; cela ne

grès

àctuèlï

donne pas un caractère national au Coh* '"-.V"

;";

\':;^"Mf^'f^a^éti^'Xm'^^y^w qui écrit dansi la Tribune, a

-

42

ANNULES CATH5QMQUES

été élu président avec quelque difficulté ; il a été visible

ïe

que

coup était monté.; l'élection avait dfabord appelé le citoyen!

Guérin au fauteuil présidentiel ; à la contre-épreuve demandée par un- malin» le citoyen,Guillon, qui était dans 1 le 1 secret des dieux, le vote, a favorisé le citoyen Chabert, qui s'est mis à

pcésider

avec fermeté et parfois

autocratie

peu

Les élections et la distribution des' travaux entre huit sections"

assez vide, avec rapport lu par

avec une

égalitaire.

ont occupé toute la séance,

le citoyen Guillon, déjà nommé.

Il faut rendre justice à ce citoyen : son rapport

pas*

n'est- pas

pas

déclamatoire; mais cela ne veut

dire qu'il ne renferme

d'erreurs ; il y en a plusd'u&e, et. de fort graves;

,

Citoyennes cl ciioye'ns, dit le rapporteur (il

femmes dans la salle), c'est avec une légitime

ou huit

a sept

y

émotion

que nous,

devons voir l'ouverture du premier congrès ouvrier/où

travailleurs de France, ont envoyé des délégués

intérêts. Notre situation de salariés est terrible;

tous les

pour discuter leurs

l'organisation éco-

nomique que

cause que

nous, a laissée l'ancien monde et qui se< perpétue*, est

l'ouvrier, malgré son amouB du travail,, malgré un labeur

incessant,, malgré les économiesOesi plus strictes,, éprouve les 1 plus

grandes difficultés à joindre (comme on-le dit) les deux bouts. Il est

toujours sous le triste spectacle des privations

doivent s'imposer

vieillesse,, la

que

sa femme et ses enfants; et, lorsque survient la

maladie, l'infirmité, il est obligé de courber sa fierté, de comprimer les sentiments d'homme libre pour aller à l'Hôpital, au bureau de

bienfaisance', ou s'adresser à la

charité publique.

Voiià un tableau fort triste, eh effet, et,, comme le citoyen

Guillon,

nous reconnaissons que souvent, surtout, dans les

grandes villes et dans les grandes iudustries, l'ouvrier, même

laborieux, a à lutter contre de; terribles nécessités

élever

pour sa famille et pour faire honneurà ses affaires ; nous reconnais-

sons qu'il y a de poignantes misères. Mais quand le citoyen Guillon accuse l'ancien monde d'être cause du mal et de la

vicieuse organisation dont il se plaint,, il oublie que l'organisa^

tion économique actuelle date de 1789 et

avait su résoudre autrement la question ouvrière, et quand il

Je christianisme

que

parle de la misère de la famille il fait une injuste généralisa-

LE

CONGRÈS OUVRIER

.

\,

4î3

lion, car il est certain

qui ne réussit pas

l'exception que

l'ouvrier des

l'ouvrier laborieux, économe, rangé,

que

à mettre les deux bouts ensemble, est plutôt

la règle; il est certain, par'exemple, que si

grandes villes, qui jgagne de belles journées, avait

le modeste bourgeois dont il envie le

la même économie que

sort, il n'aurait pas

de peine à élever honnêtement sa famille et

se préparerait une tranquille et douce' vieillesse.

Enfin, le. mal existe, et nous ne saurions reprocher aux ou-

vriers d'en chercher le.remède. M. Guillon veut que «l'ouvrier

-laborieux ne manque jamais «d'ouvrage. » C'est à peu près ce

qui existe

aller plus

loin, c'est proclamer le « droit au tra-

;

vail; inais>ce 'droit, lorsqu'il n'y a pas de travail, n'est-il pas

ùne,autre formed'aumône et de charité publique, dont le citoyen

Guillon ne veut pas? Il veut

« le prix du travail soit vérita-

que

blement rémunérateur ; » il a raison, mais croit-il que cela soit

possible avec la libre concurrence