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Johan Van Niel

juin 2005

Institut Angenius

Méthodologie de l’empreinte écologique : aperçu

L’empreinte écologique a été créée au début des années 1990 par MM. Mathis Wackernagel et William Rees, deux chercheurs de l’Université British Columbia, Vancouver, Canada. M. Mathis Wackernagel est maintenant le président du Global Footprint Network, réseau consacré à l’amélioration de la méthodologie de calcul et à sa standardisation.

L’empreinte écologique mesure la pression qu’exerce l’homme sur la planète : elle mesure la surface biologiquement productive de terre et d’eau dont un individu, une ville, un pays, une région ou l’humanité a besoin pour produire les ressources qu’il consomme et absorber les déchets qu’il génère, en utilisant les technologies et les systèmes de gestion des ressources en usage. Cette surface de terre et d’eau, qui représente la superficie totale des écosystèmes nécessaire pour que la population ou la personne puisse continuer à vivre de façon durable, peut se trouver n’importe où dans le monde.

Quelques résultats…

L’empreinte écologique montre que l’humanité consomme et émet largement plus de déchets que ce que la planète ne peut supporter : notre empreinte globale dépasse actuellement d’au moins 20% la capacité de porter de la planète.

Ceci veut dire que nous consommons davantage de ressources naturelles que la planète ne peut en régénérer. Il est facile en effet d’excéder les limites : nous pouvons utiliser l’eau plus rapidement qu’elle ne se recharge dans le sol, nous pouvons couper les forêts plus rapidement qu’elles ne se régénèrent, nous pouvons injecter

du CO 2 dans l’atmosphère plus rapidement qu’elle ne peut le stocker.

Source : WWF 2002
Source : WWF 2002

Le budget d’hectares globaux par personne est, en divisant tous les hectares bioproductifs marins et terrestres par la population mondiale, en moyenne de 1,8 hectares globaux, sans compter un éventuel pourcentage laissé aux autres espèces… Or nous utilisons actuellement en moyenne 2,2 hectares globaux. Il y a donc un déficit écologique.

Il faut maintenant 1 année et un peu plus que 2 mois pour régénérer ce que nous consommons en une année. Autrement dit, nous utilisons actuellement 1,2 planètes, alors qu’il n’en existe qu’une de disponible. Si tout le monde adoptait le mode de vie d’un Européen moyen, il faudrait disposer de 3 planètes, et de 5 pour le mode de vie d’un américain.

Il y a actuellement un déficit écologique de 3 hectares globaux par personne dans les 20% de pays riches, contre 0,4 hectare global pour les autres pays. Tout le déficit est donc concentré dans les pays riches.

Dans les dix ans après Rio, l’empreinte écologique par personne a augmenté de 8% dans les pays riches. Les gens avec des empreintes élevées ont donc des empreintes encore plus élevées. Dans le même temps, les 2,2 milliards de personnes les plus pauvres ont eu une empreinte réduite de 11%. La biocapacité mondiale a diminué de 12% sur la même période…

Johan Van Niel

juin 2005

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Terminologie

La méthodologie de calcul de l’empreinte écologique dresse un bilan écologique, en comparant la demande humaine en ressources naturelles au capital naturel que la planète peut régénérer.

Le capital naturel est le stock des avoirs de la nature qui génèrent des biens et services de façon continue. Les principaux biens et services incluent la production de ressources (tels que poissons et fruits de mer, bois ou céréales), l’assimilation des déchets (tels que l’absorption du CO 2 , la décomposition des eaux usées) et des services de soutien de la vie (protection contre les rayons ultraviolets, biodiversité, épuration des eaux, stabilisation du climat).

L’empreinte écologique, autrement dit la demande humaine en ressources naturelles, représente la somme des surfaces terrestres et aquatiques biologiquement productives qui sont nécessaire à la production des ressources consommées et à l'assimilation des déchets produits par l'homme, dans les conditions de gestion et d'exploitation de l'année considérée. Exprimée typiquement en hectares globaux, l’empreinte écologique peut aussi se mesurer en nombre de planètes, une planète représentant la biocapacité de la Terre pour une année donnée

La biocapacité (capacité biologique), qui correspond à l’offre en ressources naturelles, représente la capacité des écosystèmes de fournir ces ressources dans la limite de leur taux de régénération. La biocapacité totale est déterminée à partir de six types d’usage des sols, reflétant les grandes catégories de sols, de productivités biologiques différentes (voir encadré). La biocapacité disponible par personne est obtenue en divisant les 11,3 milliards hectares globaux de surface biologiquement productive par les 6,15 milliards d’humains sur la planète. La quantité moyenne de biocapacité par personne est donc en 2001 1,8 hectares globaux

La bioproductivité (productivité biologique) est égale à la production biologique par hectare et par an. La productivité biologique se mesure généralement en terme d’accumulation de biomasse.

Le déficit écologique est la part de l’empreinte écologique d’une population qui dépasse la biocapacité de l’espace disponible de cette population. Le déficit écologique national mesure le montant de l’empreinte d’un pays qui excède sa biocapacité. Un déficit national se comble par des importations ou est compensé par une perte du capital écologique national. Mais un déficit écologique global ne peut être compensé par le commerce et est équivalent à un dépassement écologique global.

La dette écologique est le déficit annuel global cumulé. Les dettes sont exprimées en années-planètes – une année-planète étant la production annuelle de la biosphère. La réserve écologique est la biocapacité d’un territoire qui n’est pas consommée par la population de ce territoire: c’est le contraire d’un déficit écologique. Les pays dont les empreintes sont inférieures à la biocapacité locale ont une réserve écologique. Cette réserve n’est pas nécessairement inutilisée: elle peut être occupée par les empreintes d’autres pays (au travers des productions pour l’exportation).

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Hectares globaux

juin 2005

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Les terres cultivées, forêts, prairies et zones de pêches n’ont pas la même bioproductivité. Afin de pouvoir comparer directement l’offre et la demande, autrement dit l’empreinte écologique de l’humanité et la biocapacité, ainsi que pour permettre d’additionner les surfaces entre elles, la méthode a recours à une unité de mesure commune : les hectares globaux. Un hectare global est un hectare d’espace biologiquement productif, avec une productivité mondiale moyenne. Les différents types de surface ont en effet des bioproductivités variables : un hectare de terre arable produira en une année plus de biomasse qu’un hectare de pâturage. En 2001 (l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles), la biosphère possédait 11,3 milliards d’hectares de surface biologiquement productive, soit environ un quart de la surface de la planète.

Pour pouvoir exprimer les résultats en hectares globaux, les calculs normalisent les surfaces bioproductives pour prendre en compte les différences de productivité entre terre et mer. pour convertir les différents types de surfaces réelles en leurs équivalents d’hectares globaux, on utilise des facteurs d’équivalence et des facteurs de rendements.

Les facteurs d’équivalence établissent un rapport entre les productivités moyennes de biomasse primaire de différents types de surface (terres cultivées, forêts, prairies et zones de pêches) et la productivité globale moyenne de la biomasse primaire, pour une année donnée. Pour cela, on détermine d’abord les indices de rendement agricole de chaque grand type de surface, grâce aux statistiques d’organismes tels que la FAO. Dans le cas de la pêche, cet indice de rendement agricole est déterminé en comparant la capacité des surfaces maritimes à produire des protéines animales à celle du pâturage. Le facteur d'équivalence de chaque type de surface est ensuite calculé en divisant son indice propre par l'indice mondial moyen. Un hectare de productivité mondiale moyenne a un facteur d’équivalence de 1,00. Les facteurs d’équivalence sont réactualisés tous les ans car la productivité relative des types d’utilisation des surfaces varie en fonction des technologies et des systèmes de gestion des ressources. Par exemple, en 2001, chaque hectare de pâturage a un facteur d’équivalence de 0,48 car, cette année-là, les pâturages étaient de moitié moins productif qu’un hectare bioproductif moyen de surface terrestre. Pour une année donnée, les facteurs d’équivalence sont les mêmes pour tous les pays.

facteurs d’équivalence sont les mêmes pour tous les pays. Méthodologie empreinte écologique : aperçu 3 /

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Les facteurs de rendement représentent la différence de productivité entre différents pays, pour un même type de surface. Par exemple, un hectare de pâturage en Nouvelle Zélande produira en moyenne plus de viande qu’un hectare de pâturage en Jordanie; par conséquent, le facteur de rendement du pâturage néo-zélandais est supérieur au facteur du pâturage jordanien. Le facteur de rendement moyen de n’importe quel type de surface est de 1. Chaque pays et chaque année dispose de sa propre série de facteurs de rendement. Ceux-ci comparent les productivités nationales aux productivités mondiales, regroupées par types de surface.

Exemples de facteurs de rendement par pays, 2001 - Source : Rapport Planète Vivante 2004

par pays, 2001 - Source : Rapport Planète Vivante 2004 Lors du calcul de la biocapacité

Lors du calcul de la biocapacité d’une nation, chaque type de surface bioproductive de cette nation – terres cultivées, forêts, pêches intérieures, pêches océanes, pâturages et terrains construits – est multiplié par son facteur d’équivalence (le même pour tous les pays pour une année donnée) et par son facteur de rendement (spécifique pour chaque pays pour une année donnée). La surface de productivité ajustée est la surface biologiquement productive exprimée en productivité mondiale moyenne. Elle est calculée en multipliant la surface physique par les facteurs de rendement et d’équivalence, ce qui fournit un résultat en hectares globaux. Au niveau du globe, le nombre d’hectares biologiquement productifs et le nombre d’hectares globaux sont équivalents.

Catégories de sols

Une surface biologiquement productive est une zone de terre ou de mer qui a une activité photosynthétique et de production de biomasse importante. Les zones marginales à végétation raréfiée et les zones non productives ne sont pas inclues. Il y a 11,3 milliards d’hectares globaux de terres et de mers biologiquement productives sur la planète. Les trois- quarts restant de la surface de la Terre, déserts, calottes glaciaires, océans à grand fonds, par comparaison, ont de faibles niveaux de bioproductivité, trop dispersés pour être récoltés.

La méthodologie de l’empreinte écologique est fondée sur les grandes catégories de sols, définies selon une classification semblable à celle de l’Alliance Mondiale pour la Nature (UICN, PNUE et WWF, 1991, Sauver la planète, Stratégie pour l’avenir de la vie, Gland, Suisse). Ne s’intéressant qu’aux surfaces biologiquement productives, et effectuant des regroupements entre certaines catégories, les calculs retiennent six types d’usage des sols :

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Les terres arables : surfaces de terres propres à l’agriculture nécessaires aux récoltes, comprenant les cultures pour la nourriture humaine, les aliments pour bétail, les fibres et les huiles ainsi que les végétaux non consommables tels que le tabac, le coton, le jute et le caoutchouc. Sont incluses les récoltes nécessaires à l’alimentation des animaux d’élevage. Les calculs de biocapacité font la différence, en terme de productivité, entre deux types de terres cultivées :

- les terres cultivées marginales comprennent les terres de basse qualité utilisées pour cultiver du sorgho, du mil, des olives, de l’herbe de fourrage ; - les terres cultivées standard comprennent toutes les autres récoltes, ainsi que les terres en friches qui sont temporairement pâturées ou en jachère.

L’énergie utilisée pour l’agriculture, engrais compris, est incluse dans l’empreinte énergie. Par manque de données, certains impacts provenant de pratiques agricoles courantes tels les dommages à long terme dû à l’érosion de la couche arable, la salinisation et la pollution des nappes phréatiques par les produits chimiques agricoles ne sont pas inclus dans ces chiffres. Cependant, ces dommages affecteront la bioproductivité future que ces calculs prennent en compte.

Les pâturages : surface de prairies permanentes employées pour la production de produits laitiers, de viande, de laine et de cuir issu du bétail. Pour calculer la demande théorique en pâturage, on estime pour chaque année les exigences métaboliques de cinq catégories d'animaux : bovins, ovins, caprins, équidés et chameaux. Des profils alimentaires sont créés pour déterminer le mélange des nourritures cultivées, de fourrages, de farines de poissons et d’herbes consommées en pâturage par animal et par pays. Les besoins alimentaires satisfaits autrement que par le pâturage lui- même, les fourrages cultivés et les sous produits de culture sont soustraits à cette demande théorique, chaque source de nourriture animale étant affectée à l’empreinte correspondante (les nourritures cultivées à l’empreinte cultures, la farine de poisson à l’empreinte pêches, etc.).

La demande en pâturage est calculée en supposant que les pâturages sont utilisés à 100%, sauf lorsque ces pâturages produisent plus du double de la ration de nourriture nécessaire au bétail. Dans ce cas, la surface de pâture considérée est doublée par rapport à la surface minimale requise, ce qui signifie que l’empreinte pâturage par unité de produits d’origine animale est limitée au double de l’empreinte pâturage la plus faible par unité de produits d’origine animale. Cela peut conduire à sous-estimer la demande en pâturages puisque, même dans les prairies à faible productivité, les fermiers font généralement paître leurs bêtes sur toute l’étendue disponible et créent ainsi une demande humaine sur l’ensemble des prairies disponibles.

Les forêts : surface forestière requise pour élaborer les produits forestiers consommés par une population. Cette catégorie inclut les surfaces utilisées pour produire tous les produits composés de bois (sciure, panneaux en bois ou en fibres agglomérées, pâte à papier, papier et carton). Le bois ou ses sous-produits servant de combustibles sont inclus dans les sols énergétiques.

L’empreinte de la consommation de bois de chauffage est calculée en utilisant les taux de croissance du bois d’œuvre, ajustés à la hausse afin de refléter le fait que plus de biomasse forestière et des forêts plus jeunes peuvent être utilisées pour produire du bois de chauffage.

Note : La séparation entre surfaces de forêts et prairies n’est pas toujours claire. Ainsi, la FAO a inclus des surfaces avec 10% de couvert forestier dans la catégorie forêt, alors que ces terres servent principalement au pâturage. Quoique la distribution relative entre forêts et prairies ne soit pas toujours correcte, les chiffres ont été construits de manière à s’assurer qu’aucune surface ne soit affectée à plus d’une catégorie.

Méthodologie empreinte écologique : aperçu 5 / 11 5
Méthodologie empreinte écologique : aperçu
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Les sols construits : surface occupée par les infrastructures privées et publiques dont dépend une population. Elle comprend la superficie totale de tout l’environnement construit qui est utilisé pour le logement, le transport et la production industrielle, ainsi que les terres qui ont été rendues impropres à la culture. Cet espace est celui pour lequel on dispose du moins d’information car la faible résolution des images satellites ne permet pas de visualiser les infrastructures dispersées et les routes. On fait l’hypothèse que les terrains construits remplacent les terres arables puisque les implantations humaines sont essentiellement situées sur les terres les plus fertiles d’un pays.

Les zones de pêche : surfaces de plateaux continentaux et d’eaux intérieures utilisées pour la production des poissons et des fruits de mer consommés par une population. La majorité de la production des océans est localisée sur les plates-formes continentales, qui fournissent plus de 95% des pêches marines, alors qu’elles ne forment qu’une faible partie des 36,3 milliards d’hectares d’océans dans le monde. Elle comprend les surfaces requises pour la production des poissons marins et poissons d’eau douce, des crustacés et céphalopodes, de même que la farine et les huiles de poisson servant à alimenter le bétail et les poissons élevés en pisciculture. Cette catégorie inclut un élément additionnel d’environ 40% pour prendre en compte les prises accessoires. Pour associer la productivité des mers à celle des terres, la capacité des pêches à fournir des protéines est considérée comme identique à la productivité des pâturages.

Les sols énergétiques : surface de forêts qui devraient être employées pour capter le CO 2 provenant de la combustion d’énergies fossiles en quantité suffisante pour éviter une augmentation du taux de CO 2 dans l’atmosphère. On calcule cette surface après avoir déduit des émissions anthropiques de CO 2 la portion qui a été absorbée par les océans (environ 30 %) Il n’existe pas toujours de lien direct entre les consommations d’énergie et leur impact sur l’environnement, lorsqu’on cherche à exprimer celui-ci sous forme de superficie bioproductive appropriée. La consommation d’énergie renouvelable est assez facilement traduisible sous forme de surface :

- La demande en surface de l’énergie issue de la biomasse est la surface forestière nécessaire à la création de celle-ci. Le ratio sol/énergie moyen des forêts est de 40 GJ/ha/an.

- L’empreinte de l’énergie hydraulique est égale à la surface occupée par les réservoirs et barrages hydroélectriques. Elle est calculée pour chaque pays en utilisant le rapport moyen d’énergie produite par surface inondée de réservoir des 28 barrages les plus grands du monde.

- Les estimations des ratios sol/énergie donnent de très bons rendements pour les autres formes de production d’énergie renouvelable : celui de l’énergie photovoltaïque est de l’ordre de 100 à 1000 GJ/ha/an et celui de l’énergie solaire thermique est encore meilleur : de 10000 à 40000 GJ/ha/an. L’énergie éolienne, si l’on considère que 98 % des sols utilisés par les parcs éoliens peuvent être utilisés à d’autres usages, a pour sa part un ratio sol/énergie qui atteint de 2500 à 25000 GJ/ha/an.

La traduction de la consommation d’énergies fossiles en surfaces énergétiques est pour sa part moins instinctive (voir Hypothèses : CO 2 et Nucléaire)

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Hypothèses

Les calculs d’empreinte écologique se basent sur les hypothèses suivantes:

Il est possible de conserver la trace de la plupart des ressources consommées par la population et des déchets qu’elle génère. Certaines de ces catégories de ressources sont principalement des ressources primaires (comme le bois brut et le lait) tandis que d’autres sont des produits manufacturés à partir de ressources primaires (comme le papier et le fromage).

La plupart de ces flux de ressources et de déchets peuvent être mesurés en termes de surfaces biologiquement productives nécessaire à leur maintien. Les ressources et flux de déchets qui ne peuvent être mesurés sont exclus de l’estimation. De ce fait, cette estimation a tendance à sous-estimer l’empreinte écologique véritable.

En pondérant chaque surface proportionnellement à sa productivité de biomasse utilisable (c’est à dire, sa production annuelle de biomasse utilisable), les différentes surfaces peuvent être exprimées en termes d’hectares productifs moyens. Ces hectares productifs, appelés hectares globaux, représentent les hectares qui ont une productivité de biomasse utilisable égale à la moyenne mondiale de l’année. L’expression “utilisable” se réfère à la portion de la biomasse utilisée par les humains, reflétant les hypothèses anthropocentriques de la mesure de l’empreinte.

Comme ces surfaces représentent des utilisations mutuellement exclusives et que chaque hectare global représente la même proportion de production potentielle de biomasse pour une année donnée, elles peuvent être additionnées. C’est aussi le cas pour la demande humaine agrégée (l’empreinte écologique) et pour l’offre agrégée de biocapacité.

La demande humaine exprimée en tant qu’empreinte écologique et l’offre de la nature exprimée en hectares globaux de biocapacité peuvent être directement comparés.

La demande de surface peut être supérieure à la surface disponible. Ainsi, une forêt qui est exploitée au double de son taux de régénération est représentée, dans les chiffres de l’empreinte, par le double de sa surface. Une utilisation qui excède le taux de régénération de la nature est appelée un dépassement écologique.

Les calculs d’empreinte écologique ne prennent pas en compte :

Les activités humaines pour lesquelles les données sont insuffisantes (ex.: les pluies acides) ne sont pas prises en compte;

Les activités qui érodent systématiquement la capacité de régénération de la nature sont exclues. Ces activités sont :

- Utilisation de matériaux pour lesquels la biosphère ne possède pas de capacités d’assimilation significative (ex.: plutonium, polychloro biphényls (PCB), dioxines, chlorofluorocarbures (CFC))

- Les processus qui nuisent irréversiblement à la biosphère (ex.: extinctions d’espèces, tarissement aquifère, déforestation, désertification).

En cas de doute, ce sont les estimations les plus prudentes de l’empreinte qui sont retenues (ex.: les estimations d’absorption du carbone). Les résultats des calculs d’empreinte écologique sous-estiment donc la demande humaine envers la nature et surestiment la biocapacité disponible.

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Par souci de cohérence et pour garder les chiffres cumulatifs, chaque surface n’a été comptabilisée qu’une seule fois, que ce soit pour l’empreinte ou pour la biocapacité et ce, même si cette surface fournit plusieurs services écologiques. Comme il a été précisé plus tôt, les chiffres incluent la productivité des terres cultivées avec des rendements courants :

aucune déduction n’est accordée pour d’éventuelles dégradations. Cependant, si une dégradation a lieu, cela se marquera à l’avenir par des réductions dans les estimations de biocapacité.

Les calculs d’empreinte écologique évitent le double comptage – c’est-à-dire évitent de compter la même surface deux fois. Prenons le pain: le blé est cultivé, moulu et cuit pour être finalement mangé sous forme de pain. Les données économiques peuvent suivre ces processus séquentiellement et fournir, à chaque stade, des quantités et des valeurs financières. Cependant, c’est le même grain de blé tout au long du processus de production et lors de la consommation humaine finale. Afin d’éviter un double comptage, le blé n’est compté qu’à un seul stade du processus tandis que l’énergie consommée à chaque stade du processus est additionnée à l’empreinte.

Au niveau global, l’empreinte de consommation est égale à l’empreinte de production. A l’échelle nationale cependant, les échanges doivent être pris en compte, donc l’empreinte consommation = empreinte production + importations – exportations. Les ressources consommées pour la production de biens et services exportés vers un autre pays sont ajoutées à l’empreinte du pays où les biens et services sont consommés, plutôt qu’au pays où ils ont été produits. Par exemple, lorsqu’une tonne de porc est exportée, la quantité de céréale de d’énergie nécessaire à la production de cette tonne de porc est traduite en surface biologiquement productive correspondante, puis soustraite de l’empreinte du pays exportateur et ajoutée à l’empreinte du pays importateur.

Quelques activités consommatrices, comme le tourisme, sont attribuées au pays où ces activités ont lieu plutôt qu’au pays d’origine. Bien que ceci affecte la taille relative de l’empreinte de certains pays, ces attributions erronées n’ont pas d’incidence sur le résultat global.

CO 2 et nucléaire

L’empreinte énergétique concerne les émissions de CO 2 dues à la combustion directe de combustibles fossiles, mais aussi l’énergie incluse dans les biens de consommation. L’énergie incluse se définit comme l’énergie utilisée pendant la durée du cycle de vie d’un produit pour sa fabrication, son transport, son utilisation et son élimination. L’énergie nette incluse dans les données du commerce (qui, par définition, s’équilibrent au niveau global) est calculée en utilisant les statistiques de commerce ventilées en 109 catégories de produits. Les intensités énergétiques utilisées pour chaque catégorie proviennent de différentes sources (IVEM 1999, Hofstetter 1992). A l’avenir, ce segment de l’empreinte écologique sera amélioré en utilisant les balances commerciales nationales et des données d’énergie incluse plus précises.

Il existe plusieurs méthodes pour convertir les émissions de CO 2 en superficie équivalente. La méthode retenue (celle qui donne les résultats les plus bas), consiste à calculer la superficie forestière nécessaire à la séquestration du dioxyde de carbone émis par la combustion des combustibles fossiles, afin d’éviter une augmentation de la concentration du CO 2 atmosphérique. Les océans absorbant environ 1,8 giga tonnes de carbone chaque année, cette proportion des émissions de carbone est exclue des calculs d’empreinte écologique.

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Pour calculer l’empreinte écologique imputable à la consommation de combustibles fossiles, les émissions de CO 2 fossile (moins le pourcentage absorbé par l’océan) sont divisées par la capacité d’assimilation de carbone des forêts moyennes mondiales. Le calcul de la capacité moyenne actuelle de séquestration du carbone des forêts se base sur le modèle global d’offre de fibres de la et est corrigé là où de meilleures données sont disponibles. En 1999, le taux de séquestration moyen des forêts était ainsi de 1,24 tC/ha/an. Suivant l’intensité en carbone des formes d’énergie fossiles (par exemple 0,026 tC/GJ pour le charbon), on détermine leurs rations sols/énergie (ici 47,7 GJ/ha/an pour le charbon). La capacité de séquestration change cependant avec la maturité et la composition d’une forêt. Des changements de bioproductivité peuvent ainsi être dus à de plus fortes concentrations atmosphériques en CO 2 , ou être associés à des changements de températures et de disponibilité en eau.

D’autres méthodes de prise en compte de l’utilisation des combustibles fossiles résulteraient en des empreintes encore plus larges. L’une de ces méthodes de calcul alternatives consiste à évaluer la surface de sol requise pour produire un substitut organique au combustible fossile : éthanol (80 GJ/ha/an) ou méthanol (20 GJ/ha/an). Il s’agit ici en fait de la surface de sols bioproductifs requise pour compenser les « sols fantômes », ainsi que surnomme William Catton (William Catton, 1980, Overshoot : The ecological basis of Revolutionary Change, University of Illinois Press, Urbana) les écosystèmes qui ont servi à produire les réserves de combustible fossile que nous consommons actuellement plusieurs milliers de fois plus vite qu’elle n’a mis de temps à s’accumuler.

Chaque unité thermique d’énergie nucléaire est comptabilisée de la même manière qu’une unité d’énergie fossile. C’est la solution qui a été pour l’instant retenue par défaut pour refléter la non durabilité (possibles effets négatifs à long terme des déchets nucléaires et risques liés à la contamination des sols par les accidents nucléaires) de ce mode de production d’énergie, sinon très peu émetteur de CO 2 . Des recherches sont en cours pour traiter de manière satisfaisante cette problématique.

Prélèvements d’eau

Les prélèvements en eau ne sont pas totalement compatibles aux calculs d’empreinte écologique. Dans le calcul actuel de l’empreinte écologique, l’utilisation d’eau douce ne peut être prise en compte que dans la mesure où l’abus ou le manque d’eau douce aura finalement entraîné une réduction de biocapacité. Retirer un mètre cube d’eau d’une zone humide n’affecte en effet guère l’environnement local tandis que chaque mètre cube prélevé dans une zone aride met directement en danger la bioproductivité locale. L’appréciation des effets des prélèvements d’eau doit donc se baser sur des données spécifiques aux conditions locales

Afin de refléter les enjeux de disponibilité des ressources en eau douce, cette problématique est traitée séparément des calculs proprement dits d’empreinte écologique. De la même manière que l’empreinte écologique peut être comparée à la biocapacité disponible, les prélèvements en eau d’un pays peuvent être mis en parallèle avec ses ressources annuelles en eau.

Les méthodologies de calcul de l’empreinte écologique

L’empreinte écologique évalue le métabolisme d’un système, c'est-à-dire qu’elle quantifie l’ensemble des flux de matières et d’énergie qui entrent et qui sortent d’un système, qu’il s’agisse d’un pays, d’une collectivité ou d’une entreprise, et les pondère en fonction de leurs impacts respectifs.

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La méthodologie de l’empreinte écologique est en perpétuel développement. Elle est améliorée par l’ajout de détails et de meilleures données dès que disponibles. La coordination de cette tâche est effectuée par le Global Footprint Network. Plusieurs approches de calcul ont été développées pour que l’outil soit applicable à différentes échelles, dont notamment :

L’approche ‘compound’

Cette méthode ‘macro’ a été élaborée pour calculer les empreintes nationales. Elle se base sur les systèmes nationaux de comptabilité des ressources, et utilise une approche de calcul ‘top-down’. On détermine ici tout d’abord la consommation apparente (production + importations – exportations) du pays considéré à partir des statistiques nationales. Puis, on calcule la superficie appropriée pour chaque article majeur de consommation, en divisant la moyenne de consommation annuelle de cet article (en t/an) par la moyenne annuelle de rendement des sols requis (en t/ha/an pour les produits alimentaires et forestiers, et en GJ/ha/an pour l’énergie et, à partir de leur énergie grise, les biens manufacturés et les services).

On obtient l’empreinte écologique totale du pays en additionnant toutes les superficies appropriées. L’empreinte per capita moyenne est obtenue en divisant l’empreinte de la nation par sa population.

L’empreinte écologique est calculée pour 148 pays depuis 1961, avec environ 3500 points de données et 10 000 calculs par année et par pays. Plus de 200 catégories sont inclues, notamment les céréales, le bois, la farine de poisson et les fibres. L’analyse se fonde principalement sur les données publiées par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) et le Groupe Intergouvernemental sur le Changement Climatique (GIEC). D’autres données proviennent d’études publiées dans des revues scientifiques de références ou de collectes thématiques.

La méthodologie de comptabilité nationale la plus récente (copie électronique d’un exemple de fiche technique et formules qui la sous-tendent) est disponible sur www.footprintnetwork.org

L’approche ‘component’

Cette méthode ‘micro’, s’inspire de la précédente pour calculer l’empreinte d’une organisation. La principale différence de cette méthode est l’approche ‘bottom up’, qui se base sur une analyse plus précise des flux entrants et sortants, et nécessite de recourir à des données plus ‘locales’. Pour les entreprises et les collectivités, le calcul de l’empreinte écologique est généralement couplé avec une Analyse des flux de Matières (Material Flow Analysis MFA) et des résultats d’Analyses de Cycle de Vie.

Des rapports de calcul d’empreinte écologique avec la méthode ‘component’ sont téléchargeables sur le site de Best Foot Forward (BFF) : www.bestfootforward.com et du Stockholm Environment institute (SEI) : www.york.ac.uk/inst/sei

L’approche ‘input-output’

Pour les régions et les communautés où les données sont disponibles, une alternative consiste à se baser sur les bilans des flux monétaires du territoire (Supply and Use Tables SUT) et sur les données des achats des ménages pour obtenir une empreinte par catégorie de demande finale. On peut ainsi identifier les schémas de consommation de différentes

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catégories socio-professionnelles et utiliser plus facilement les outils de l’analyse économique pour élaborer des scénarios.

Des informations sur l’outil REAP (Resource and Energy Analysis Program) sont disponibles sur le site du Stockholm Environment institute (SEI) : www.york.ac.uk/inst/sei

Sources

Wackernagel M., Rees W., 1999, Notre empreinte écologique, éditions Ecosociété

Wackernagel M. et al., 2002, Le dépassement des limites de la planète, L’écologiste, vol. 3, n°2

WWF, UNEP, WCMC and Redefining Progress, 2002, Rapport Planète vivante 2002, WWF

WWF, UNEP, WCMC and Global Footprint Network, 2004, Rapport Planète vivante 2004, WWF

Global Footprint Network, 1999, National Ecological Footprint and Biocapacity Account – France, spreadsheet v2.57