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L’anglais, la décolonisation, et la question de l’identité linguistique pakistanaise

Hibah SHABKHEZ

Résumé:

Cet article propose d’étudier l’impact socioculturel de l’empire britannique et de la décolonisation sur l’identité communautaire et nationale du nouveau pays qui en est né, le Pakistan. La langue anglaise, qui s’était établie et s’était répandue dans cette région au cours de la décolonisation, constitue notre point de départ :

Pourquoi et comment est-ce que l’anglais, la langue des « colonisateurs » britanniques, reste la langue de la communication officielle et la véhicule de l'enseignement au Pakistan ? Quelles influences sociologiques, politiques et économiques la langue anglaise porte-t-elle toujours dans cette région ? On tente aussi de chercher comment les penseurs et les écrivains pakistanais ont réagi face à cet aspect de la décolonisation et à la question de l’identité qui est liée avec. D’ailleurs la décolonisation de cette région se met en cause : peut-on dire que le processus de la décolonisation ‘linguistique’ s’est achevé avec succès ? On compte explorer ainsi l’impact de l’ascendance de la langue anglaise et l’effet de la politique linguistique du Pakistan dans la transformation de l’esprit colonisé à l’esprit décolonisé. Mots clés :

Décolonisation, identité linguistique, anglais, Pakistan, empire britannique, politique linguistique.

Article :

I. « On est aussi libre qu’on veut être » : la décolonisation a-t-elle apporté la liberté linguistique ? « La liberté, » dit James Baldwin, « n’est pas une chose qu’on peut donner à quelqu’un. La liberté est quelque chose qu’on prend ; et on est aussi libre qu’on veut être. » 1 La décolonisation, l’indépendance des colonies vis-à-vis des métropoles colonisatrices, qu’est-ce que c’est que cette liberté au niveau national ? À la suite des processus de décolonisation parfois paisibles, parfois sanglants, la plupart des pays colonisés de XVème à XXème siècle sont aujourd’hui des états souverains,

1 “Freedom is not something that anybody can be given. Freedom is something people take, and people are as free as they want to be”. « Quotes about Liberty » (Citations sur la Liberté), Quotable quotes. url :

http://www.goodreads.com/quotes/30978-freedom-is-not-something-that-anybody-can-be-given-

freedom (consulté le 28-12-2014)

indépendants de leurs anciens maitres. On a bien pris, voire arraché la liberté, en réclamant haut et fort le droit d’autodétermination. Pourtant, ces pays, dont le Pakistan, sont-ils vraiment libres, ou enchainés toujours, par des moyens plus fins et plus subtils que des barreaux en fer, avec ou sans leur complicité ? Au-delà du droit de se gouverner, la décolonisation implique l’émancipation des peuples – au niveau politique et économique, culturel et social, ainsi que « la décolonisation d’esprit » 2 tant souhaitée par Ngugi wa Thiong’o. Vue de cette façon moins simpliste, la décolonisation est toujours un point d’intérêt – et d’inquiétude – pour tout étudiant de la société humaine. Une nation libre, comme un être libre, a une identité à soi, bien unique. L’identité nationale, selon Yoonmi Lee « au niveau fondamental, est la conscience d’une différence, c’est-à-dire, un sentiment et une recognition de ‘nous’ et d’‘eux’» 3 . L’identité – d’une personne ou d’une nation – a plusieurs dimensions, et la langue en est une composante assez importante. La langue d’une nation réaffirme son identité ; elle la symbolise, puisque la langue d’un pays se fait le moyen principal de l’expression de sa culture et de sa littérature. Au Pakistan, est-ce qu’on a pu assurer, au cours de la décolonisation, non seulement l’existence du nouveau pays mais sa liberté, sa propre identité nationale linguistique ? Au niveau des langues, les pakistanais sont-ils vraiment « décolonisés » ? En effet, est-ce qu’ils ont voulu l’être ? La croissance de l’anglais comme langue seconde au Pakistan pendant et après l’ère de l’empire britannique indique bien que les influences sociologiques, politiques et économiques de la langue anglaise doivent avoir une portée assez significative à l’égard de la décolonisation et de l’identité Pakistanaise. L’anglais était la langue des étrangers, la langue des colonisateurs; ‘leur’ langue, pour revenir à l’idée de Yoonmi Lee.

2 N. Thiong’o, Decolonising the mind: The politics of language in African literature (Décoloniser l'esprit:

La politique du langage dans la littérature africaine), Nairobi, East African Educational Publishers Ltd., 1994. 3 “National identity, at the basic level, is an awareness of difference, that is, a feeling and recognition of 'we' and 'they'.” Y. Lee, Modern Education, Textbooks, and the Image of the Nation: Politics and Modernization and Nationalism in Korean Education: 1880-1910 (L’éducation moderne, les manuels et l’image de la nation: la politique et la modernisation dans l’éducation coréen : 1880-1910 ), New York, Routledge,

2000,

https://books.google.com.pk/books?id=7T4cueSOMfkC&pg=PA29&lpg=PA29&dq=%E2%80%9CNa

tional+identity,+at+the+basic+level,+is+an+awareness+of+difference,+that+is,+a+feeling+and+recogn

ition+of+%27we%27+and+%27they.%E2%80%9D&source=bl&ots=4cYf-

thTSl&sig=kUsCKodfm9uxf8BGCj2rBPENF5o&hl=en&sa=X&ei=U1k5VcfFE82waZT8gSg&ved=0C

CcQ6AEwAQ#v=onepage&q=%E2%80%9CNational%20identity%2C%20at%20the%20basic%20lev

el%2C%20is%20an%20awareness%20of%20difference%2C%20that%20is%2C%20a%20feeling%20a

nd%20recognition%20of%20'we'%20and%20'they.%E2%80%9D&f=false (consulté le: 28-12-2014)

:

p.

29.

url

Pourtant, l’anglais reste un véhicule de l’enseignement à tous les niveaux au Pakistan, et il est difficile, voire impossible, de suivre ses études supérieures au Pakistan sans savoir parler et écrire couramment la langue anglaise. On peut expliquer la valorisation de l’anglais durant le règne britannique en citant les politiques impérialistes mises en place justement pour imposer une telle dominance. Aujourd’hui même, on ne peut pas nier l’importance de l’anglais en tant que langue internationale et langue de commerce. L’apprentissage de l’anglais est encouragé partout dans le monde aujourd’hui ; mais, enfin, instaurer l’anglais comme langue officielle au lendemain de l’Indépendance – ce qu’on a fait au Pakistan, et aux autres pays du « tiers monde » – cela va bien au delà d’encourager l’apprentissage d’une langue internationale potentiellement utile. C’est une politique d’une lourde portée symbolique, presque un acte d’allégeance. Aujourd’hui, les meilleures institutions scolaires du Pakistan produisent des étudiants qui parlent, écrivent et lisent l’anglais mieux que leurs langues maternelles, ou même l’ourdou, leur langue nationale. Zaair Hussain lament « Nous avons perdu Ghalib, et nous n’avions jamais vraiment eu Shakespeare. Le faucon ne peut pas entendre le fauconnier » 4 .

II. « Le canon contraint les corps et l'école fascine les âmes. 5 » : La politique impérialiste britannique Comme Gauri Viswanathan souligne: « L’assimilation culturelle volontaire

la forme la plus efficace de l’action politique. » 6 Les gouvernements

(est)

colonisateurs se rendaient bien compte de l’importance d’établir leur ascendance sur les esprits dés l’enfance. Enseigner aux coloniaux de penser dans la langue de la métropole, les éloigner de leurs langues et cultures maternelles, les enlever leurs

modes indigènes d’apprentissage et y mettre des modes d’apprentissage des

4 “We have lost Ghalib, and we never truly had Shakespeare. The falcon cannot hear the falconer”.

R. Haq, « Crises Deepening Pakistan's Class Divisions? » (Les réflexions d'Haq: les crises qui approfondissent les écarts de classes sociales au Pakistan), Haq's Musings, février 22, 2010. url :

http://www.riazhaq.com/2010/02/coping-with-crises-deepening-pakistans.html (consulté le: 28-12-

2014)

5 Cheikh Hamidou Kane, Webescence-Citations "mille milliards de citations". url:

http://citations.webescence.com/citations/Cheikh-Hamidou-Kane/canon-contraint-les-corps-lecole-

fascine-les-ames-3275 (consulté le: 28-12-2014) 6 G. Viswanathan, « Currying Favor: The Politics of British Educational and Cultural Policy in India, 1813-1854 » (Se faire bien voir: Les politiques derrière la politique britannique de l’éducation et de la culture) Social Text (journal en ligne), n°19/20, Duke University Press, Autumn, 1988, p. 85- 104. DOI: 10.2307/466180 , Article Stable url: http://www.jstor.org/stable/466180 , url :

http://www.jstor.org/discover/10.2307/466180?uid=3738832&uid=2&uid=4&sid=21106565259793

(consulté le: 20-12-2012)

colonisateurs est un moyen excellent d’entamer et d’assujettir un peuple à jamais, qui a fait ses preuves dans plus qu’une colonie anglaise. Dans son essai « La Langue de la littérature africaine » Ngugi wa Thiong’o décrit la méthode employée :

And then I went to school, a colonial school … The language of my education was no longer the

language of my culture … one of the most humiliating experiences was to be caught speaking Gikuyu

in the vicinity of the school. The culprit was given corporal punishment … or was made to carry a

metal plate around the neck with inscriptions such as I AM STUPID or I AM A DONKEY… The

attitude to English was the exact opposite: any achievement in spoken or written English was highly

rewarded; prizes, prestige … English became the measure of intelligence and ability in the arts, the

sciences, and all the other branches of learning. English became the main determinant of a child's

progress up the ladder of formal education. 7

Et puis je suis allé à l’école, une école coloniale [

La langue de mon éducation n’était plus

la langue de ma culture… une des expériences les plus humiliantes était de se faire prendre

en parlant Kikuyu dans les environs de l’école. On donnait un châtiment corporel au

coupable […] ou on lui faisait porter une plaque métallique autour de sa nuque, avec des

inscriptions telles que JE SUIS STUPIDE ou JE SUIS UN ÂNE […] L’attitude adoptée à

l’égard de l’anglais était exactement opposée à cela ; une réussite en anglais, à l’orale ou à

l’écrit, était chaleureusement récompensée ; les prix, le prestige […] L’anglais est devenu la

mesure de l’intelligence et de la capacité dans les arts, dans les sciences, et dans tout autre

champ d’apprentissage. L’anglais est devenu le facteur déterminant du progrès d’un enfant

en train de gravir l’échelon de l’éducation classique.

]

Les anglais visaient une domination linguistique semblable sur l’Inde, ce ‘bijou de la couronne britannique’, comme nous révèle cette déclaration de Thomas Macaulay, poète, historien et homme politique anglais du XVIIIème siècle:

We must at present do our best to form a class who may be interpreters between us and the millions

whom we govern; a class of persons, Indian in blood and colour, but English in taste, in opinions, in

morals, and in intellect. 8

Nous devons actuellement faire notre mieux de créer une classe qui peut servir comme

interprètes entre nous et les millions que nous gouvernant; une classe de personnes, Indien

de sang et de peau, mais anglais par rapport aux gouts, aux opinions, aux valeurs morales, et

à l’intellect.

7 N. Thiong’o, Decolonising the mind: The politics of language in African literature (Décoloniser l'esprit:

La politique du langage dans la littérature africaine), op. cit. 8 T. B. Macaulay, Minute on Indian Education, 1835 (Minute sur l’éducation indienne), Du: Bureau de l’éducation. Sélections des archives de l’éducation, partie I (1781-1839), éd. par H. Sharp. Calcutta:

Superintendent, Government Printing, 1920. (Reprint: Delhi, National Archives of India, 1965), p. 107-117. url : http://www.wwnorton.com/college/english/nael/victorian/topic_4/macaulay.htm (consulté le: 25-03-2015)

Les hindous formaient à peu près trois quarts de la population du sous- continent indien ; les musulmans le quatrième. Les autres religions minoritaires (Sikhisme, Bouddhisme, Jainisme, Judaïsme et Zoroastrisme), faisaient ensemble un pourcentage très faible. Pendant des siècles de cohabitation alors que les musulmans ont régné sur l’Inde, les deux grandes religions du sous-continent étaient, au fond, toujours d’une incompatibilité absolue ; comme l’huile et l’eau, ils ont resté en pleine voisinage sans jamais se mélanger. Pour compliquer davantage la situation, les régions de l’Inde étaient très diverses d’un point de vue ethnique et culturelle, et par conséquent, avaient souvent des intérêts politiques et économiques opposés. Donc les Britanniques n'ont pas dû affronter une nation, mais un groupe énorme de royaumes et d’états princiers vaguement unit par les empereurs moghols, qui, en plus, s’affaiblissaient de jour en jour – une vacance du pouvoir dont ils ont profité. Néanmoins, il leur a fallu plus qu’un siècle pour établir le ‘British Raj’. L’attente a commencé, en vérité, avec l’arrivé même de la Compagnie anglaise des Indes orientales 9 ; de la bataille de Plassey 10 en 1757 à la guerre d’Indépendance de 1857, c’était tout franchement une lutte acharnée. La Compagnie contrôlait des grandes parties de l’Inde avec ses propres armées et fonctions d’état, les ayant achetées ou arrachées de gouverneurs ou de princes indiens. Selon eux, ce n’était plus seulement pour protéger les intérêts commerciaux de la couronne, mais, pour remplir leur devoir de ‘civiliser’ les peuples de l’Inde et les mener à une mode de vie semblable à celle de la race ‘supérieure, destinée à régner sur la terre entière’ des Anglo-Saxons, en supprimant, ‘pour leur propre bien’, toute idée opposée que les indigènes auraient pu avoir. Cette philosophie trouvera son expression la plus populaire et la plus controversée dans le poème célèbre de Rudyard Kipling « Le fardeau de l’homme blanc », dont voici quelques strophes :

Take up the White Man's burden -

Send forth the best ye breed -

Go bind your sons to exile

To serve your captives' need;

To wait in heavy harness

9 La Compagnie anglaise des Indes orientales : société anglaise accorde une charte royale le 31 décembre 1600 par la reine Élisabeth Ire d'Angleterre conférant pour 15 ans le monopole du commerce dans l'océan Indien. 10 La bataille de Plassey est considérée comme le point de départ de la domination britannique en Inde, l'acte fondateur du Raj britannique. Le 23 juin 1757, la Compagnie anglaise des Indes orientales a défait l'armée du dîvân du Bengale, Surâj ud-Daulâ, appuyée par les Français.

On fluttered folk and wild -

Your new-caught sullen peoples,

Half devil and half child. […]

Take up the White Man's burden -

And reap his old reward,

The blame of those ye better,

The hate of those ye guard -

The cry of hosts ye humour

(Ah slowly !) towards the light:-

"Why brought ye us from bondage,

"Our loved Egyptian night ?" 11 , 12 , 13

O Blanc, reprend ton lourd fardeau

Envoie au loin ta plus forte race

Jette tes fils dans l’exil

Pour servir les besoins de tes captifs

Pour, lourdement équipé, veiller

Sur les races sauvages et agitées,

Sur vos peuples récemment conquis

Mi-diables, mi-enfants. […]

O Blanc, reprend ton lourd fardeau

Tes récompenses sont dérisoires :

Le blâme de celui qui veut ton cadeau,

La haine de ceux-là que tu surveille.

La foule des grondements funèbres

Que tu guide vers la lumière :

« Pourquoi dissiper nos ténèbres,

Nous offrir la liberté ? » 14

En 1857, le peuple indien, agacé par les annexions de l’EIC, a enfin révolté. Les indiens ont perdu la guerre 15 qui s’est ensuit. Dès lors, le sous-continent était

11 R. Kipling, « The White Man's Burden » (Le fardeau de l’homme blanc), McClure’s Magazine, vol. XII- n°4, février 1899, p. 290. url : http://www.unz.org/Pub/McClures-1899feb-00290?View=PDF

(consulté le: 25-04-2015)

12 R. Kipling, « The White Man’s Burden (The United States & The Philippine Islands) » (Le fardeau de l’homme blanc (Les États-Unis et les Philippines )), Rudyard Kipling’s Verse: Definitive Edition,

url :

http://xtf.lib.virginia.edu/xtf/view?docId=chadwyck_ep/uvaGenText/tei/chep_3.0486.xml;chunk.id

=d193;toc.depth=1;toc.id=d3;brand=default;query=1899#1 (consulté le: 25-04-2015)

13 R. Kipling, « The White Man's Burden » (Le fardeau de l’homme blanc), février 1899. url :

http://www.kiplingsociety.co.uk/poems_burden.htm (consulté le: 25-04-2015)

14 trad. A-M Sohn et J. Bouillon. cité par Jacques Bouillon et coll., Le XIXe siècle et ses racines, histoire/seconde, Paris, Bordas, 1981, p. 345. url : http://portail-du-

fle.info/colonisation/justificationsdelacolonisation.html (consulté le: 25-04-2015)

London, Hodder and Stoughton, 1940, p. 323-324.

bel et bien une colonie britannique; l’Empereur moghol a été remplacé par la reine Victoria, et les fonctions d’état et l’armée de la Compagnie ont été nationalisées par le gouvernement britannique. Désormais, l’anglais est devenu indispensable:

… by the 1700s, English had firmly established itself as the language of administration and many

educated Indians were demanding instruction in English as a means of social advancement. By 1857

universities had opened in Bombay, Calcutta and Madras. English was increasingly accepted as the

language of government, of the social elite, and of the national press. 16

… dans les années 1700, l’anglais s’était bien établi comme la langue de l’administration, et

beaucoup des indiens cultivés demandaient à apprendre l’anglais comme un moyen

d’avancement social. Par 1857, on avait déjà ouvert les universités à Bombay, Calcutta et

Madras. L’anglais était de plus en plus accepté comme la langue du gouvernement, de l’élite

sociale, et de la presse nationale.

Après la guerre de l’Indépendance perdue, et pendant les représailles terribles qui l’ont suivi, les différents peuples de l’Inde n’ont jamais abandonné leurs identités communautaires ; mais chaque communauté avait réagi à sa propre façon. Les hindous se sont adaptés aux nouvelles circonstances beaucoup plus facilement, se montrant prêts d’apprendre la langue et les coutumes anglais; et les Britanniques, qui se méfiaient surtout des musulmans depuis la guerre de 1857, les ont encouragés 17 . En revanche, la majorité de dirigeants musulmans ont fait tout leur possible pour résister l’influence anglaise, craignant des effets négatifs sur la foi, la société et surtout la jeunesse musulmane. Le refus de la langue et de l’éducation anglaise faisait une partie essentielle de leur programme. Sur quoi la position politique et économique des musulmans de l’Inde est devenue assez pitoyable. Persuadé que ce comportement menaçait l’avenir des musulmans, Sir Syed Ahmad Khan 18 a essayé d’améliorer les relations entre les musulmans et les anglais, et de promouvoir l’éducation scientifique de l’Ouest en fondant des écoles modernes, des revues et des organisations de l’intelligentsia musulmane, tels que

15 La guerre commença par une mutinerie des cipayes de l'armée de la Compagnie anglaise des Indes orientales le 10 mai 1857 et ne fut écrasée qu'avec la chute de Gwâlior le 20 juin 1858. La rébellion est également connue sous le nom de première guerre d'indépendance indienne, la Grande Rébellion, la Mutinerie indienne, la Rébellion indienne de 1857 ou la Révolte de 1857.

16 The British Library, « Asian English» (asiatique anglais). Learning: Sounds Familiar? url :

http://www.bl.uk/learning/langlit/sounds/case-studies/minority-ethnic/asian/ (consulté le: 25-04-

2015)

17 N. Smith, PAKISTAN History, Culture and Government (Pakistan : histoire, culture et gouvernement), Karachi, Oxford University Press, 2008, p. 36.

18 Syed Ahmad Khan, né le 17 octobre 1817 à Delhi, mort le 27 mars 1898 en Aligarh, était un magistrat, éducateur et réformateur islamique de renom, créateur de l'université islamique d'Aligarh à Aligarh, dans l'Uttar Pradesh en Inde.

« La conférence éducationnelle des musulmans de l’Inde » qui a établi plus tard la ligue musulmane 19 . Sir Syed visait une combinaison féliciteuse de l’enseignement de connaissances occidentales et de savoirs culturels et religieux musulmans ; mais, enfin, l’approche dominante était visiblement matérialiste. Les groupes conservateurs s’y opposaient bien vivement 20 , mais la popularisation de l’éducation a rétabli du moins la condition économique des musulmans. Le mépris de l’anglais a faille provoquer une crise économique ; son apprentissage a restauré l’espoir de la prospérité. La leçon n’a été que trop bien retenue… Il est important de noter que les dirigeants musulmans à l’époque de l’indépendance, y compris Liaquat Ali Khan, le 1er Premier ministre du Pakistan, comptaient un grand nombre des anciens élèves du Muhammadan Anglo-Oriental College Aligarh créé par Sir Syed Ahmad Khan. Tous les grands leaders politiques du peuple indien, hindou ou musulman, (Jinnah, Iqbal, Gandhi, Nehru – et, bien entendu, des autres aussi) avaient fait leurs études supérieures en Europe. Évidement, ils n’ont pas accepté les idées occidentales sans réservation; beaucoup d’entre eux ont fini par les mépriser et rejeter ; des autres, par critiquer et modifier. Mais aucun dirigeant, aucun penseur ne pouvait plus refuser de prendre position par rapport à elles, implicitement ou explicitement. Après le départ des anglais et la partition de l’Inde, après la création de la « République Islamique du Pakistan » la loi et la constitution du pays sont toujours basées sur le modèle britannique. D’ailleurs, le principe de la laïcité et de la séparation conséquente entre l’éducation religieuse et l’éducation civile n’existe pas en Islam. Durant l’ère britannique, cet écart s’est développé pour la première fois : et on n’a jamais réussi à l’effacer. Pire encore, au lieu de remettre en question les systèmes légués par les anglais et les modifier selon les valeurs et les besoins du nouveau pays, on les a adopté passivement les nouveaux développements américains et européens pour les remplacer. Ou on fuit tout simplement le pays, pour aller vivre dans les pays occidentaux. À quoi doit-on cet échec? Faute de moyens? Ou, au niveau conscient ou niveau inconscient, à un complexe d’infériorité venant d’une époque lorsque « … on faisait apercevoir à l’enfant

19 La Ligue musulmane, All India Muslim League (Muslim League en abrégé) était le groupe politique pendant la période de domination britannique qui prônait avec vigueur la création d'une nation à majorité musulmane séparée sur le sous-continent indien et qui conduisit cet objectif jusqu'à son terme en 1947, avec la création du Pakistan. 20 Afin de préserver l’héritage Musulmane et d’enseigner la jeunesse Musulmane selon leurs traditions, ils ont établi les institutions telles que Dar-ul-Ulum Deoband et Nadwatul - Uluma Lucknow.

colonial le monde et sa position par rapport au monde comme aperçus et définis … dans la culture de la langue d’imposition » ?

III. « La lutte pour l’Indépendance » : L’anglais au cours de la décolonisation Ironiquement, les anglais, sans n’en avoir aucune intention, ont eux-mêmes initié le processus de la décolonisation. A.O. Hume, un administrateur et ornithologue écossais, qui a vécu la guerre de 1857 et se rendait compte que le peuple indien se trouvait encore frustré et sans le pouvoir d’agir, pensait qu'une Union indienne serait une bonne manière de laisser les indiens « éduqués » (ayant, par implication, une éducation anglaise) communiquer leurs points de vue au gouvernement. Il a obtenu l‘appui du vice-roi pour le projet, et le congrès national indien a été crée en 1883. 21 Cependant, lors du début du XXème siècle, le congrès présentait dans chaque session des résolutions de plus en plus radicales, et quelques politiciens comme Tilak 22 avaient commencé déjà le mouvement pour ‘Swaraj’. Il y avait aussi le ‘Home Rule Mouvement’ dont un des dirigeants était une femme britannique, Annie Besant. Les musulmans influentiels, effrayés par le bais du congrès en faveur des hindous qui était déjà visible, ont fondé en 1906 la ligue musulmane, afin de pouvoir exprimer le point de vue de leur communauté 23 . Ces deux partis politiques étaient les plus proéminents au cours des étapes graduelles de la décolonisation, quoiqu’il existait bien sûr des autres : les modérés et les libérales, et à l’autre extrême, les réactionnaires. Pourtant, outre les mouvements religieux conservateurs ou extrémistes, ils n’ont jamais résisté à la langue anglaise. Pendant le mouvement du Khalifat 24 et le mouvement de non-coopération qui est liée avec, lorsqu’on renonçait tout ce qui avait la moindre association anglaise – les écoles, les titres, les emplois, les vêtements – on n’a cependant pas arrêté à utiliser la langue anglaise pour ses écrits et pour ses discours. La raison est facile à discerner : la plupart des dirigeants politiques indiens importants ayant fait leurs études en Europe, ils maitrisaient l’anglais et en avaient l’habitude, lisant et

21 N. Kelly, The History and Culture of Pakistan (L'histoire et la culture du Pakistan), London, Peak Publishing, 2010, p. 52.

22 Bal Gangadhar Tilak (né le 23 juillet 1856 à Marathi et décédé le 1er août 1920) était un enseignant, réformateur social et militant pour l'indépendance de l'Inde.

23 N. Kelly, The History and Culture of Pakistan (L'histoire et la culture du Pakistan), op. cit., p. 55-56. 24 Le Khilafat mouvement (1919–1924) était un mouvement politique et panislamique de protestation des musulmans des Indes Britanniques qui avait pour but exercer une influence sur le gouvernement britannique et de protéger l’empire Ottomane au lendemain de la première guerre mondiale.

écrivant parfois cette langue de l’ennemi avec plus de facilité que leurs langues maternelles. Quelques poètes et écrivains, comme Akbar Allahabadi 25 – ont critiqué vivement la culture et la civilisation britannique. Ils se moquaient ouvertement de la mode d’apprendre l’anglais, en critiquent son impact sur les valeurs traditionnelles :

ﯽﮭﺗ ہﻧﺎﮕﯿﺑ ﺐﺟ ﮯﺳ ﺶﻠﮕﻧا ﯽﮭﺗ ہﻧ ﯽﮑﻤﭼ هﺪﻣﺎﺣ ﯽﮭﺗ ہﻧﺎﺧ غاﺮﭼ ﮯﻠﮩﭘ ﻦﻤﺠﻧا ﻊﻤﺷ ﮯﮨ با Hamidah ne brillait pas jusqu’elle ne savait pas l’anglais

Jadis elle était la lampe de la maison maintenant elle est la lumière de la société

Mais ce penseur qui critique si véhément l’enthousiasme des musulmans pour embrasser l’anglais a lui-même fait des études de droit et il a atteint le grade de juge du district sous l’administration britannique avant de prendre sa retraite :

il a donc utilisé sa propre éducation anglaise alors qu’il la condamnait ! Un paradoxe qui est caractéristique de l’identité ce pays, de la philosophie qui a mené à sa création, et qui reste foncier à la question de son identité linguistique. La décolonisation de l’Inde n’était pas un événement isolé. Les idéaux de l’égalité de l’homme, les mouvements antiracistes et les nationalismes indigènes ont connu un grand essor partout après la deuxième guerre mondiale, alors que les populations colonisées commençaient à protester contre l’abus des colonisateurs. Partout, les populations colonisées ont essayé de détourner les symboles coloniaux – elles ont modifié et intégré des emblèmes de leurs oppresseurs dans leurs propres cultures, tels que le thé et le cricket (dont le film indien Lagaan peint indirectement l’histoire de l’indianisation) – et de rassembler leurs peuples autour ces nouveaux symboles de l’identité ‘nationale’. La naturalisation de la langue anglaise a suivi souvent cette tendance, surtout en Inde.

Pour les musulmans de l’Inde, leur religion et leur passé glorieux étaient les points focaux du mouvement pakistanais : mais les politiciens, les écrivains et les philosophes, se sont exprimés tous en anglais au moins aussi souvent que dans leurs langues maternelles ou en ourdou. La adresse célèbre à Allahabad en 1930 d’Iqbal (aujourd’hui poète national du Pakistan) à laquelle on attribue l’initiation du « Pakistan Résolution », a été prononcé en en anglais ; Jinnah, le « Quaid-e-

25 Akbar Hussain Rizvi, connu par son nom de plume Akbar Allahabadi (Novembre 16, 1846 – 15 Février 1921), était un poète indien.

Azam » (le grand dirigeant) des musulmans de l’Inde, s’adressait à la nation en anglais, après la création du Pakistan aussi bien qu’avant.

IV. « Le choc des civilisations » : La situation actuelle de l’anglais au Pakistan Comme langue internationale et langue du commerce, l’anglais jouit aujourd’hui d’une influence mondiale qu’il ne faut pas nier, et l’enseigner comme langue apprise ne fera point du mal. Les problèmes se produisent lorsque les systèmes administratifs, sociaux et éducationnels sont basés sur une langue qui n’est pas la langue quotidienne et culturelle du peuple. On utilise partout l’anglais pour tous les documents, les communications et pour bien d’autres activités :

English is Pakistan's official language. All government documents, military communications, street

signs, many shop signs, business contracts and other activities use English. The language of the

courts is also English. 26

L’anglais est la langue officielle du Pakistan. On utilise l’anglais pour tout document

administratif, toute communication militaire, toutes les plaques dans la rue, la plupart des

enseignes, les contrats commerciaux et bien d’autres activités. La langue des tribunaux est

également l’anglais.

Les colonisateurs ont restructuré toutes les institutions qui impactent la vie quotidiennes pour mieux établir leur contrôle sur la vie mentale et spirituelle du peuple colonisés. Pendant et après le processus de la décolonisation et l’essor de l’identité nationale, la restauration ou développement des institutions nationales doit être un des enjeux les plus travaillés. Les politiques linguistiques ont un impact éducationnel, économique et social très profond, surtout dans les pays multiethniques tels que le Pakistan, ou elles peuvent déterminer l’accès aux écoles, les opportunités du développement économique, la participation dans les décisions politiques, les offres d’emploi, et ainsi de suite. 27

26 A. Jameel, A. Tariq & A. F. Bhatti, « English known among all » (L’anglais connu de tous), in Pakistan, 29-07-2012. url :

http://pakistanheroes.pk/english-known-among-all/ (consulté le 02-06-2015) 27 F. Jan, « Report 1: Language Policy – Pakistan. Language Policy in Pakistan » (Report 1: La politique linguistique - Pakistan. La politique linguistique au Pakistan), Culture and Communication Consulting-Looking Beyond to Inform Within: Cultural Policy Case Studies for India, 2010. url :

https://southasiacommunication.wordpress.com/report-1-language-policy-pakistan/ (consulté le:

27-12-2014)

L’anglais reste la langue de l’élite, la langue du pouvoir et la langue avec « la capitale culturelle maximum de toutes les langues utilisées au Pakistan » 28 . Une bonne connaissance de l’anglais est une marque d’intelligence, d’une bonne éducation, d’un esprit plus ‘libéral’ – en somme, le garant d’une meilleure qualité de vie. L’ourdou est relativement protégé par son statut de langue nationale et officielle, mais les langues régionales en souffrent : il n’est guère surprennent à remarquer que les parents découragent l’apprentissage d’une langue qui ne joue aucun rôle dans la vie scolaire et professionnelle :

A very effective way of killing a language is to deny it any place in the education system; parents

themselves will then tend to take the next step of marginalizing the local language within the family

in favor of the educationally privileged language or languages. 29

Une manière très efficace de tuer une langue, c’est de ne la donner aucune place dans le

système scolaire ; les parents auront donc tendance à prendre la mesure qui s'impose par la

suite pour marginaliser la langue régionale au sein de la famille en faveur de la langue ou les

langues privilégiée(s) par le système scolaire.

Rappelons-nous que toute langue est liée inextricablement avec une ou plusieurs cultures et civilisations ; et lorsque les traditions, les mœurs et les manières de vivre y sont complètement différentes, un choc des civilisations assez déséquilibrant doit être ressenti. La conséquence la plus dangereuse auquel ce choc peut donner le jour, c’est le conformément aveugle à une façon étranger d’être, jusqu’au mépris même de sa propre religion, ses mœurs et son milieu. Et chez les jeunes pakistanais, élevé dans un environnent « postcoloniale » on voit cette mode navrante de plus en plus souvent. Sommes-nous coupables donc d’embrasser volontairement un esclavage de l’esprit après s’avoir libéré de l’esclavage physique ?

V. « La littérature pakistanaise et la littérature du Pakistan » : l’impact d’anglais L’identité d’une nation n’est pas ni limité ni rigide. Elle est infiniment mutable, et le déroulement de temps ainsi que les événements l’impactent dans les

28 T. Rahman, « The Role of English in Pakistan With Special Reference to Tolerance and Militancy » (Le rôle de l’anglais au Pakistan avec une référence spéciale à la tolérance et la militance), in A. B. M. Tsui & J. W. Tollefson (éds.), Language Policy, Culture, and Identity in Asian Contexts, Kentucky, Routledge, 2006, (Reprint: New Jersey, Lawrence Erlbaum Associates, 2007), p. 219–239. 29 H. Coleman, « Teaching and Learning in Pakistan: The Role of Language in Education » (L'enseignement et l'apprentissage au Pakistan : le role de l'éducation), Islamabad, British Council Pakistan, 2010, p. 17-18. url : http://www.asiapacificmle.net/wp-content/uploads/2013/03/pakistan- ette-english-language-report.pdf (consulté le 05-03-2015)

façons variées et imprévisibles. Donc, si l’anglais se répand au Pakistan, s’il devient une partie dorénavant de notre culture, est-ce que c’est vraiment dommage? Ne peut-on non seulement préserver nos langues, notre culture et notre littérature à coté et au cours de l’anglais, mais « décoloniser » la langue elle- même, en y créent notre propre niche? Selon Chinua Achebe « La langue est une arme, et nous l’utilisons. Il n’y a pas de sens dans une lutte contre une langue. » 30 . Les peuples qui étaient autrefois colonisés par la langue (l’anglais) sont aujourd’hui rapidement en train de la refaire, de la naturaliser … aidés par la taille et la flexibilité énorme de la langue anglaise, ils se fabriquent des grandes territoires dans ses frontières. On donne aux différentes variétés de la langue anglaise qu’on trouve au Pakistan le surnom collectif du « Paklish » ou « Pakistani English » 31 ou « Pinglish » 32 . La notion est bien tentante. Néanmoins, pourquoi l’anglais, et pas ourdou, ou les langues régionales? Au Pakistan – et sauf au plan idéal, d’ailleurs – que les pays qui se tiennent à leur propre langues ne font du vrai progrès culturel. « Pourquoi » se demande Thiong’o:

Why, should … any writer, (take) from his mother-tongue to enrich other tongues? …We never asked

ourselves: how can we enrich our languages? … And why not create literary monuments in our own

languages! 33

Pourquoi […] faut-il qu’un écrivain […] (prenne) des choses de sa langue maternelle pour

enrichir des autres langues? […] Nous nous n’avons jamais demandé : comment peut-on

enrichir nos langues? […] Et pourquoi ne pas créer des monuments littéraires dans nos

propres langues!

En ourdou la tradition de traduire les textes anglais et les intégrer existe déjà, dés l’époque de Sir Syed, mais sans grande originalité. On trouve bien sûr des exceptions, comme les contes drôles du Syed Imtiaz Ali Taj sur « l’oncle Chakan » (une adaptation libre de Trois hommes dans un bateau par Jérôme K. Jérôme) C’était la littérature anglaise qui a introduit le genre du roman aux écrivains du sous-

30 S. V. Gallagher, « Linguistic Power: Encounter with Chinua Achebe" (Le pouvoir linguistique: un rencontre avec Chinua Achebe ). The Christian Century, vol.CXIV- n°9, March 12, 1997, p. 260.

31 T. McArthur, « Pakistani English » in Concise Oxford Companion to the English Language, 1998. url :

http://www.encyclopedia.com/topic/Pakistan.aspx#5-1O29:PAKISTANIENGLISH-full (consulté le

06-02-2015)

32 The British Library, « Asian English» (asiatique anglais). Learning: Sounds Familiar? url :

http://www.bl.uk/learning/langlit/sounds/case-studies/minority-ethnic/asian/ (consulté le 06-02-

2015)

33 N. Thiong’o, Decolonising the mind: The politics of language in African literature (Décoloniser l'esprit:

La politique du langage dans la littérature africaine). op. cit.

continent. Aujourd’hui les pakistanais – et les pakistanaises – écrivent un grande nombre chaque année, en anglais aussi qu’en ourdou. Par moyen d’anglais, les philosophes sous-continentaux comme Iqbal ont fait la découverte de penseurs occidentaux. Et c’était en les comparent avec Rumi et les autres orientaux, qu’Iqbal a voulu éclaircir l’esprit musulmane et a produit « la meilleur réponse du XXXème siècle face à la modernité » 34 . En revanche, le coté négatif est aussi bien prononcé. Aujourd’hui, beaucoup des enfants pakistanais commencent leurs lecteurs en anglais, avec des livres de jeunesse préparés par et visés aux anglophones. Les livres en ourdou viennent plus tard, et on n’y accorde guère la même importance. Donc c’est l’anglais qui devient leur langue d’expression préférée. Et les valeurs, les symbolismes, les contes et poésies d’enfance sont encore anglais.

VI. « La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles… » : La transformation de l’esprit colonisé à l’esprit décolonisé. A la fin, qu’est-ce qu’il faut faire? Tout d’abord, il faut réaliser que l’échec d’une décolonisation complète n’est pas seulement en raison des « facteurs non contrôlables » ou « complots étrangers » ; la volonté en manque à la population décolonisée. Les pakistanais ont le devoir, dans le domaine linguistique et ailleurs, de décider d’abord ce que la liberté et l’identité nationale signifient pour eux, et ensuite de travailler dans ce sens. Personne n’ira pour leur offrir la liberté sur un plateau d’argent ; c’est aux nations décolonisées elles-mêmes de faire tout leur possible pour réclamer et veiller sur leur liberté.

Biographical Note:

Mlle. Hibah SHABKHEZ, auteur de quatre livres, est étudiante à distance de l'université du Maine, France. De 2012 à 2014, elle était étudiante de Master (en francais) à l'université du Panjab, Lahore, Pakistan. Elle parle couramment l’anglais, le français, l’ourdou, et le punjabi et apprend en plus l’arabe, l’espagnol, l’allemand, le japonais et le chinois. Ses dernières publications « The Dynamics of Money and Marriage in Guy De Maupassant’s The Necklace and O’ Henry’s The Gift of the Magi », « Comment enseigner la littérature française aux universités a l’étranger », et « Enseigner français langue étrangère aux étudiants universitaires pakistanais » ont paru dans les actes de colloques internationales, et elle travaille actuellement sur « Être littéraire francophile : La didactique de la littérature et les

34 Iqbal Academy Pakistan, Iqbal. url: http://www.allamaiqbal.com/main.htm (consulté le 05-03-

2015)

locuteurs de français langue étrangère », et « Portsmouth was Portsmouth:

Mansfield was Home.’: The Reasons Behind Fanny Price’s Allegiance to Mansfield Park ».