RAPPORT AnnueL

2015

rAPPORT ANNUEL 2015

Couverture : Des milliers de personnes participent à une manifestation du Mouvement AUTOCHTONES exigeant la démission du président hondurien Juan Orlando Hernarndez à
Tegucigalpa le 26 Juin 2015. Le Mouvement indigène exige également la mise en place de la Commission internationale contre l'impunité au Honduras © AFP PHOTO / Orlando
SIERRA.

04

Nos fondamentaux

05

Un mouvement universel et fédéraliste

06

178 organisations membres

07

Bureau international

08

Secrétariat international

10

Priorité 1

Soutenir les défenseurs des droits humains

18

Priorité 2

Promouvoir et protéger les droits des femmes

24

Priorité 3

Promouvoir et protéger les droits des migrants

29

Priorité 4

Promouvoir l’administration de la justice et lutter contre l’impunité

41

Priorité 5

Renforcer le respect des droits humains dans le cadre de la mondialisation économique

49

Priorité 6 Conflits, pays fermés ou en transition : défendre les principes démocratiques
et soutenir les victimes des violations les plus graves

49

> Afrique du Nord et Moyen-Orient

57

> Afrique Sub-saharienne

64

> Les Amériques

68

> Asie

74

> Europe de l’Est - Asie Centrale

80 Rapport financier 2015
81

Ils nous soutiennent

Nos fondamentaux
Un mandat : la protection de tous les droits
La FIDH est une ONG internationale qui défend tous les droits
humains: civils, politiques, économiques, sociaux et culturels,
tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des
droits de l’Homme.

Un engagement : les 3 piliers de son action
Les actions de la FIDH menées avec ses organisations membres
et partenaires reposent sur trois orientations stratégiques : la
défense de la liberté d’action des défenseurs des droits de
l’Homme, la défense de l’universalité des droits et la lutte pour
l’effectivité des droits.

Un principe : responsabiliser tous les acteurs
L’action de la FIDH s’adresse aux États, premiers garants
du respect des droits humains mais aussi aux acteurs
non-étatiques comme les groupes d’opposition armés et
les entreprises multinationales. Elle engage également la
responsabilité pénale internationale des individus ayant commis
des crimes internationaux.

Une éthique : l’indépendance et l’objectivité

apolitique et à but non lucratif. Son indépendance, son
expertise et son objectivité sont les gages de sa crédibilité.
Elle agit en toute transparence.

Une interaction : présence locale et action mondiale
Mouvement fédéraliste, la FIDH agit en interaction avec ses
organisations membres. Ce lien unique se traduit par des
actions menées conjointement par la FIDH et ses organisations
membres aux niveaux national, régional et international pour
remédier aux situations de violations des droits de l’Homme et
consolider les processus de démocratisation. La FIDH réunit
ainsi l’expérience et la connaissance du terrain avec la maîtrise
du droit international, des mécanismes de protection et des
instances intergouvernementales. Ce principe confère à la FIDH
une représentativité et une légitimité fortes.

Un système de gouvernance :
l’universalité et la transparence
L’organisation et le fonctionnement de la FIDH, qui impliquent ses
organisations membres au cœur du processus de décision, reflètent
ces principes de gouvernance.ion making process, and reflect its
principles of governance.

Reconnue d’utilité publique en France, où elle a son siège, la
FIDH est une organisation non partisane, non confessionnelle,

Veillée organisée par la société civile pakistanaise appelant à la justice pour l'assassinat d'un couple chrétien (Karachi, le 7 Novembre 2014) © AFP.

4 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Un mouvement
universel et fédéraliste
Le congrès

Le Secrétariat international

• Il regroupe les organisations membres de la FIDH : 178, au
terme du congrès de la FIDH en Turquie en 2013.
• Il se réunit tous les trois ans.
• Il débat des priorités thématiques et géographiques de la
FIDH et décide des orientations politiques de la FIDH.

• Basé à Paris, il est composé d’une équipe professionnelle,
dirigée par un directeur général et une directrice exécutive
qui siègent avec voix consultative au Bureau international
et au Bureau exécutif. Ses équipes sont organisées par
régions, par priorités d’action et en délégations. Le Secrétariat
international a ainsi des bureaux de représentation auprès de
l’ONU à Genève et à New York, auprès de l’Union européenne
à Bruxelles, auprès de la Cour pénale internationale à La
Haye ; des bureaux régionaux à Tunis et à Pretoria ; et
des bureaux conjoints avec des organisations membres
à Conakry, Abidjan et Bamako. Il compte également un
département communication et relations publiques, ainsi
qu’un département administratif et financier.
• En relation permanente avec le terrain, il met en œuvre les
décisions des organes politiques de la FIDH en lien avec
les organisations membres, les chargés de mission et les
membres des Bureaux international et exécutif.

Le Bureau international
• Il compte 22 membres bénévoles issus des organisations
membres de la FIDH et élus par le congrès : le/la président.e,
le/la trésorier.e, 15 vice-président.e.s et 5 secrétaires généraux.
• Il fixe les orientations et objectifs stratégiques principaux,
dans le cadre des orientations politiques définies par le
congrès. Il approuve les comptes annuels de la FIDH.
• Il se réunit trois fois par an et fait rapport au congrès.

Le Bureau exécutif
• Il est composé du/de la président.e, du/de la trésorier.ère, des
5 secrétaires généraux et de 5 secrétaires généraux adjoint.e.s.
• Il prépare l'organisation des Bureaux internationaux.
• Il se réunit une fois par mois et fait rapport au Bureau
international.

Repères
2015
Rapports
Missions
d'enquête
et de Assistances
internationales
position
matérielles aux Interfaces
Alertes sur la
défenseurs en de plaidoyer situation des
auprès des OIG
danger
défenseurs

53

36

Actions
judiciaires en
soutien aux
victimes

23 100
369 110

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 5

178 organisations membres
Afghanistan, Armanshahr/Open Asia / AFRIQUE DU SUD, LAwyer for human rights (LHR) / Albanie, Albanian human rights group (Ahrg) / AlgÉrie, Collectif des familles de disparu(e)s en
AlgÉrie (Cfda) / Algérie, Ligue AlgÉrienne de défense des droits de l’homme (Laddh) / Allemagne, Internationale Liga Fur Menschenrechte (Ilmr) / angola, Associação Justiça Paz e Democracia (AJPD) /Argentine, Liga Argentina Por Los Derechos Del Hombre (Ladh) / Argentine, Comité De Acción Jurídica (Caj) / Argentine, Centro De Estudios Legales Y Sociales (Cels) /
Arménie, Civil Society Institute (Csi) / Autriche, Osterreichische Liga Fur Menschenrechte (Olfm) / Azerbaïdjan, Human Rights Center Of Azerbaijan (Hrca) / Bahreïn, Bahrain Human
Rights Society (Bhrs) / Bahreïn, Bahrain CentER For Human Rights (Bchr) / Bangladesh, Odhikar / Belarus, Human Rights Center Viasna / Belgique, Liga Voor Menschenrechten (Lvm) /
Belgique, Ligue Des Droits De L’homme - Belgique / Bénin, Ligue Pour La Défense Des Droits De L’homme Au BÉnin (Lddhb) / Birmanie, Altsean Burma / Bolivie, Asamblea Permanente De
Derechos Humanos De Bolivia (Apdhb) / Botswana, The Botswana Centre For Human Rights – Ditshwanelo / Brésil, Movimento Nacional De Direitos Humanos (Mndh) / Brésil, Justiça
Global (Cjg) / Burkina Faso, Mouvement BurkinabÉ Des Droits De L’homme Et Des Peuples (Mbdhp) / Burundi, Ligue Burundaise Des Droits De L’homme (Iteka) / Cambodge, Cambodian Human
Rights And Development Association (Adhoc) / Cambodge, Ligue Cambodgienne De Défense Des Droits De L’homme (Licadho) / Cameroun, Maison Des Droits De L’homme (Mdh) / Canada,
Ligue Des Droits Et Des Libertés Du QuÉbec (Ldl) / Chili, Observatorio Cuidadano / Chili, Corporacion De Promocion Y Defensa De Los Derechos Del Pueblo (Codepu) / Chine, CHINA LABOUR
BULLETIN (CLB) / Chine, Human Rights In China / CHINE (TIBET), International Campaign For Tibet (Ict) /Colombie, Corporacion Colectivo De Abogados José Alvear Restrepo Ccajar / Colombie, Instituto Latinoamericano De Servicios Legales Alternativos (Ilsa) / Colombie, Organización Femenina Popular (Ofp) / Colombie, Comite Permanente Por La Defensa De Los Derechos
Humanos (Cpdh) / Congo, Observatoire Congolais Des Droits De L’homme (Ocdh) / Costa Rica (Aseprola), Asociación De Servicios De Promoción Laboral (Aseprola) / Côte D’ivoire, Mouvement Ivoirien Des Droits Humains (Midh) / Côte D’ivoire, Ligue Ivoirienne Des Droits De L’homme (Lidho) / Croatie, Civic Committee For Human Rights (Cchr) / Cuba (Ccdhn), Comision Cubana De Derechos Humanos Y Reconciliacion National (Ccdhn) / Djibouti, Ligue Djiboutienne Des Droits Humains (Lddh) / Égypte, Cairo Institute For Human Rights Studies (Cihrs) / Égypte,
Human Rights Association For The Assistance Of Prisoners (Hraap) / égypte, Egyptian initiative for personal rights (eipr) / égypte, Egyptian Organization For Human Rights (Eohr) / El
Salvador, Comision De Derechos Humanos Del Salvador (Cdhes) / Équateur, Fundación Regional De Asesoria En Derechos Humanos (Inredh) / Équateur, Centro De Derechos Economicos
Y Sociales (Cdes) / Équateur, Comisión Ecuménica De Derechos Humanos (Cedhu) / Espagne, Asociacion Pro Derechos Humanos De Espana (Apdhe) / Espagne, Federacion De Asociaciones
De Defensa Y Promocion De Los Derecho (Fddhh) / États-Unis, Center For Constitutional Rights (Ccr) / États-Unis, Center For Justice & Accountability (Cja) / Éthiopie, Human Rights
Council (Hrco) / Europe, Association Européenne Pour La Défense Des Droits De L’homme (Aedh) / Finlande, Finnish League For Human Rights (Flhr) - Ihmisoikeusliitto / France, Ligue Des
Droits De L’homme Et Du Citoyen (Ldh) / FRANCE (Nouvelle Calédonie), Ligue Des Droits Et Du Citoyen De Nouvelle Calédonie (Ldhnc) / FRANCE (Polynésie Française), Ligue PolynÉsienne
Des Droits Humains (Lpdh) /Géorgie, Human Rights Center (Hridc) / golfe, Gulf Center for Human Rights (GCHR) / Grèce, Hellenic League For Human Rights (Hlhr) / Guatemala, Comision
De Derechos Humanos De Guatemala (Cdhg) / Guatemala, Centro De Acción Legal En Derechos Humanos (Caldh) / Guinée-Bissau, Liga Guineense Dos Direitos Humanos (Lgdh) / GuinéeConakry, Organisation GuinÉenne De DÉfense Des Droits De L’homme Et Du Citoyen (Ogdh) / Haïti, Centre Oecumenique Des Droits Humains (Cedh) / Haïti, Réseau National De Défense Des
Droits De L’homme (Rnddh) / Honduras, Centro De Investigación Y Promoción De Los Derechos Humanos (Ciprodeh) / Honduras, Comité de Familiares de Detenidos-Desaparecidos en
Honduras (COFADEH) / Inde, Commonwealth Human Rights Initiative (Chri) / INDONésie, KontraS / Iran, Defenders Of Human Rights Center In Iran (Dhrc) / Iran, Ligue Pour La DÉfense Des
Droits De L’homme En Iran (Lddhi) / Irlande, Free Legal Advice Centres Limited (Flac) / Irlande, Irish Council For Civil Liberties (Iccl) / Irlande Du Nord, Committee On The Administration
Of Justice (Caj) / IsraËl, B’tselem / IsraËl, Association For Civil Rights In Israel (Acri) / IsraËl, Public Committee Against Torture In Israel (Pcati) / IsraËl, Adalah / Italie, Lega Italiana Dei
Diritti Dell’uomo (Lidu) / Italie, Unione Forense Per La Tutela Dei Diritti Dell’uomo (Uftdu) / Japon, Center For Prisoners’ Rights (Cpr) / Jordanie, Amman Center For Human Rights Studies
(Achrs) / KASAKHSTAN, Kazakstan International Bureau for Human Rights and Rule of Law (KIBHR) / Kenya, Kenya Human Rights Commission (Khrc) / Kirghizistan, Human Rights Movement
(Bir Duino-Dyrgyzstan) / Kirghizistan, Kyrgyz Committee For Human Rights (Kchr) / Kirghizistan, Legal Clinic Adilet / Kirghizistan, Kylym Shamy / Kosovo, Council For The Defense Of
Human Rights And Freedoms (Cdhrf) / KOWEÏT, Human Line Organisation (HLO) /Laos, Mouvement Lao Pour Les Droits De L’homme (Mldh) / Lettonie, Latvian Human Rights Committee (Lhrc)
/ Liban, Palestinian Human Rights Organization (Phro) / Liban, Centre Libanais des Droits Humains (CLDH) /Libéria, Regional Watch For Human Rights (Lwhr) / Libye, Human Rights Association for Recording and Documenting War Crimes and Crimes Against Humanity / Libye, Libyan League For Human Rights (Llh) /Lituanie, Lithuanian Human Rights Association (Lhra) /
Malaisie, Suara Rakyat Malaysia (Suaram) / Mali, Association Malienne Des Droits De L’homme (Amdh) / Malte, Malta Association Of Human Rights/ Fondation De Malte / Maroc, Organisation Marocaine Des Droits De L’homme (Omdh) / Maroc, Association Marocaine Des Droits Humains (Amdh) / Mauritanie, Association Mauritanienne Des Droits De L’homme (Amdh) /
Mexique, Liga Mexicana Por La Defensa De Los Derechos Humanos (Limeddh) / Mexique, Comision Mexicana De Defensa Y Promocion De Los Derechos Humanos (Cmdpdh) / MOLDAVIE,
Promo-LEX /Mozambique, Liga Mocanbicana Dos Direitos Humanos (Lmddh) / Nicaragua, Centro Nicaraguense De Derechos Humanos (Cenidh) / Niger, Association Nigerienne Pour La
DÉfense Des Droits De L’homme (Anddh) / Nigéria, Civil Liberties Organisation (Clo) / Ouganda, Foundation For Human Rights Initiative (Fhri) / Ouzbekistan, Association internationale de
défense des droits de l'Homme « Club des cœurs ardents » / Ouzbekistan, Human Rights Society Of Uzbekistan (Hrsu) / Ouzbékistan, Legal Aid Society (Las) / Pakistan, Human Rights
Commission Of Pakistan (Hrcp) / Palestine, Al Mezan Center for Human Rights (AL MEZAn) /Palestine, Palestinian Centre For Human Rights (Pchr) / Palestine, Al Haq / Palestine, Ramallah
Centre For Human Rights Studies (Rchrs) / Panama, Centro De Capacitación Social De Panamá (Ccs) / Pays-Bas, Liga Voor De Rechten Van De Mens (Lvrm) / Pérou, Asociacion Pro Derechos
Humanos (Aprodeh) / Pérou, Centro De Derechos Y Desarrollo (Cedal) / Philippines, Philippine Alliance Of Human Rights Advocates (Pahra) / Portugal, Civitas / République Centrafricaine, Ligue CentrafricAIne Des Droits De L’homme (Lcdh) / République Centrafricaine, Organisation Pour La Compassion Des Familles En DÉtresse (Ocodefad) / République DÉmocratique
Du Congo, Ligue Des Électeurs (Le) / République Démocratique Du Congo, Groupe Lotus / République Démocratique Du Congo, Association Africaine Des Droits De L’homme (Asadho) /
République Dominicaine, Cnd Comisión Nacional De Los Derechos Humanos, Inc / République Tchèque, Human Rights League (Hrl) - Liga Lidskych Prav / Roumanie, The League For The
Defense Of Human Rights (Lado) / Royaume-Uni, Liberty / Russie, Anti-Discrimination Center Memorial (Adc Memorial) / Russie, Citizens’ Watch (Cw) / Rwanda, Collectif Des Ligues Pour
La DÉfense Des Droits De L’homme (Cladho) / Rwanda, Association Rwandaise Pour La DÉfense Des Droits De La Personne Et Des LibertÉs Publiques (Adl) / Rwanda, Ligue Rwandaise Pour
La Promotion Et La DÉfense Des Droits De L’homme (Liprodhor) / Sénégal, Organisation Nationale Des Droits De L’homme (Ondh) / Sénégal, Rencontre Africaine Pour La DÉfense Des
Droits De L’homme (Raddho) / Sénégal, Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSdh) / Serbie, Center For Peace And Democracy Development (Cpdd) / Soudan, Sudan Human Rights Monitor (Suhrm) / Soudan, African Center For Justice And Peace Studies (Acjps) / Suisse, Ligue Suisse Des Droits De L’homme (Lsdh) / Syrie, Damascus Center For Human Rights Studies
(Dchrs) / Syrie, Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM) / Syrie, Committees For The Defense Of Democracy Freedoms And Human Rights (Cdf) / TADJIKISTAN, Tajik « Bureau on Human Rights and Rule of Law » (BHR) /Taïwan, Taiwan Association For Human Rights (Tahr) / Tanzanie, The Legal And Human Rights Centre (Lhrc) / Tchad, Ligue Tchadienne Des
Droits De L’homme (Ltdh) / Tchad, Association Tchadienne Pour La Promotion Et La Défense Des Droits De L’homme (Atpdh) / Thaïlande, Union For Civil Liberties (Ucl) / Togo, Ligue Togolaise Des Droits De L’homme (Ltdh) / Tunisie, Ligue Tunisienne Des Droits De L’homme (Ltdh) / Tunisie, Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) / Tunisie, Association
Tunisienne Des Femmes DÉmocrates (Atfd) /Tunisie, Doustourna / Tunisie, Conseil National Pour Les LibertÉs En Tunisie (Cnlt) / Turquie, Insan Haklari Dernegi (Ihd) / Diyabakir / Turquie,
Human Rights Foundation Of Turkey (Hrft) / Turquie, Insan Haklari Dernegi (Ihd) / Ankara / Vietnam, ComitÉ Vietnam Pour La DÉfense Des Droits De L’homme (Cvddh) / Yémen, Human Rights
Information And Training Center (Hritc) / Yémen, Sisters’ Arab Forum For Human Rights (Saf) / Zimbabwe, Zimbabwe Human Rights Association (Zimrights).

6 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Bureau international
PRÉSIDENT

TRÉSORIER

Karim LAHIDJI
Iran

Jean-François Plantin
France

VICE-PRÉSIDENTS

Yusuf Alatas
Turquie

Aliaksandr Bialiatski
Bélarus

Noeline Blackwell
Irlande

Juan Carlos Capurro
Argentine

Dimitris Christopoulos
Grèce

Katherine Gallagher
États-Unis

Tolekan Ismailova
Kirghizstan

Shawan Jabarin
Palestine

Dismas Kitenge Senga
République démocratique
du Congo

Elsie Monge
Équateur

Sheila Muwanga
Ouganda

Rosemarie R. Trajano
Philippines

Drissa Traoré
Côte d’Ivoire

Paulina Vega Gonzalez
Mexique

Zohra Yusuf
Pakistan

Debbie Stothard
Birmanie

Pierre Esperance
Haïti

Paul Nsapu Mukulu
République démocratique
du Congo

Patrick BaudoUin
France

Daniel Jacoby
France

Michel Blum
France

Nabeel Rajab
Bahreïn

Alice MOGWE
Botswana

Artak KIRAKOSYAN
Arménie

SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX

Amina Bouayach
Maroc

Dan Van Raemdonck
Belgique

PRÉSIDENTS D’HONNEUR
Souhayr Belhassen
Tunisie

Sidiki Kaba
Sénégal

et avec la collaboration de :
SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX ADJOINTS
Florence Bellivier
France

Khadija CHERIF
Tunisie

DÉLÉGUÉS PERMANENTS
Dobian Assingar
auprès de la Communauté
Économique et Monétaire
de l’Afrique Centrale (CEMAC)

Mabassa Fall
auprès de l’Union
africaine (UA)

Luis Guillermo Perez Casas
auprès de l'Organisation des
États Américains (OEA)

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 7

8 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Attachée de la Direction
Générale Exécutive

Mathilde HAMON

Responsable des ressources
humaines

Marie-France BURQ

Responsable de la recherche
de fonds

Kate COLES

Responsable comptable

Samba LASA

Responsable du contrôle
de gestion

Sergueï FUNT

Nathalie LASSLOP

Responsable adjointe
recherche de fonds

Comptable

Tony MINET

Solène FLOC'H

Responsable adjointe contrôle
de gestion
Samia MERAH en congés parental)

Chargée de gestion (Remplacement de

Léa BOURLIER

ADMINISTRATION, FINANCES ET RESSOURCES HUMAINES

SIèGE (PARIS)

Cyril MARION

Lidya OGBAZGHI

Assistante exécutivesecrétaire

Responsable des
Publications

Céline BALLEREAU TETU

Jean-Baptiste PAULHET

Responsable communication
numérique

Responsable des relations
presse

Arthur MANET

Responsable du système
d’information

Christophe GARDAIS

Chargé de l’édition et de
diffusion des publications

Audrey COUPRIE

Attachée de presse

Hassatou BA

Claire SAN FILIPPO

Responsable de l'Observatoire
pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme

Alexandra POMEON

Responsable Justice
internationale

Karine BONNEAU

Katherine BOOTH en congés parental)

Responsable Droits des femmes et
Droits des migrants (Remplacement de

Hugo GABBERO

Responsable adjoint de Observatoire
pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme

Delphine CARLENS

Responsable adjointe
Justice internationale

Chargée de programme, Droits des
femmes et Droits des migrants

Daisy SCHMITT

Chargée de programme,
Mondialisation et droits humains

Marion CADIER
en cours de recrutement

Responsable Mondialisation et
droits humains

Nancy DEMICHELI

Chargée de programme, Afrique
du Nord/Moyen-Orient

Claire TALON
Responsable Afrique du nord/
Moyen-Orient

Maya TRAD

Assistante de programme Afrique
du Nord/Moyen-Orient

Rosalie LAURENT

Justine DUBY

Assistante de
programme Afrique

Assistante programme droits des
travailleurs migrants
en Asie Centrale

Chargée de programme
Afrique

Julija NARKEVICIUTE

Tchérina JEROLON

Responsable adjointe
Afrique

Chargée de programme Europe
de l’Est/Asie Centrale

Alexandra KOULAEVA

Chargée de programme
Amériques

Natalia YAYA MARTELLO

Responsable
Afrique

Florent GEEL

Responsable Asie

Michelle KISSENKOETTER

Marceau Sivieude

Directeur des opérations

RECHERCHE ET OPÉRATIONS

Isabelle Chebat

Directrice de la communication
et des relations publiques

Juin 2016

Responsable Europe de l’Est/
Asie Centrale

Antoine MADELIN

Directeur plaidoyer
international

Corinne BEZIN

Directrice administrative
et financière

Juliane FALLOUX
Directrice exécutive

Antoine BERNARD
Directeur général

COMMUNICATION ET RELATIONS PUBLIQUES

DIRECTEURS DE Départements

Direction générale exécutive

Secrétariat international

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 9

Représentante auprès de l'ONU

Stéphanie DAVID

Déléguée de la FIDH auprès
de l'ONU

Sonia TANCIC

Représentante auprès de l'ONU

NEW YORK

Consultante Déléguée FIDH Tunis

Yosra FRAWES

Chargée de programme, Europe
de l'Ouest

Nicolas AGOSTINI

Jimena REYES

Représentante de la FIDH
auprès de la CPI

Carrie COMER

Responsable,
Asie du Sud-Est

Andrea GIORGETTA

Elena CRESPI

LIMA

Responsable Amériques

GENèVE

BRUXELLES

Consultant – Chargé de la
communication sur la zone
Amérique latine et Caraïbes

José Carlos THISSEN

COMMUNICATION ET
RELATIONS PUBLIQUES

Chargée de liaison, délégation
auprès de l'UE

Catherine ABSALOM

Délégué auprès de l'UE

Jean-Marie ROGUE

Représentante auprès de l'UE

Gaelle DUSEPULCHRE

MOBILISATION DES ORGANISATIONS INTERGOUVERNEMENTALES

DéLéGATIONS, BUREAUX RéGIONAUX ET BUREAUX CONJOINTS (FIDH-LIGUES)

TUNIS

BRUXELLES

LA HAYE

BANGKOK

Chargée du programme conjoint
AMDH/FIDH

Lalla TOURE

Chargé du programme conjoint
AMDH/FIDH

Drissa TRAORE

Assistant administratif
du programme conjoint
OGDH/FIDH

Ousmane SOUMAH

Secrétaire comptable
du programme conjoint
OGDH/FIDH

Aboubacar SYLLA

Alseny SALL

Chargé du programme conjoint
OGDH/FIDH

Amadou BARRY

Chargé du programme conjoint
OGDH/FIDH

Coordinatrice projet
programme Guinée

Mathilde CHIFFERT

Coordinateur adjoint du
programme conjoint MIDH/
LIDHO/FIDH

Willy NETH

Coordinateur régional

Antonin RABECQ

RECHERCHE ET OPÉRATIONS

BAMAKO

GUINEE

ABIDJAN

Priorité 1

Soutenir les défenseurs
des droits humains
Contexte et défis
Les défenseurs des droits humains [ci-après les défenseurs]
sont les acteurs du progrès, des architectes de la paix, de la
consolidation de l'état de droit et des libertés et accompagnent
les États vers le respect de leurs engagements internationaux
en matière de droits humains. C'est parce que leurs actions
dérangent des acteurs politiques, économiques ou religieux
puissants, qui ne tolèrent aucune critique, qu'ils se retrouvent
dans la ligne de mire comme ce fut encore le cas en 2015.
Les attaques incessantes des Etats et acteurs non-étatiques contre
les droits humains, leur universalité et leurs organes de protection
selon des prétextes politiques, économiques, culturels, religieux
ou sécuritaires se sont multipliées, engendrant une fragilisation
croissante des protecteurs de ces droits. Ainsi, l'espace d'action et
d'expression des défenseurs des droits humains dans le monde se
réduit considérablement. Ils sont présentés tour à tour comme des
obstacles au développement, des ennemis et traîtres à la nation,
des criminels, des cibles à abattre, encourageant la répression,
justifiant leur criminalisation.
Cas extrême, dans les pays totalitaires, comme en Corée du Nord,
en Érythrée ou au Turkménistan, la défense des droits humains
est demeurée quasi impossible, voire impossible, condamnant
les défenseurs à la clandestinité ou à l’exil.
Les défenseurs des droits humains qui ont opéré dans des
pays gouvernés par des régimes autoritaires ou marqués
par des tendances autoritaires ont aussi été victimes d'une
intense répression. Dans ces pays, les autorités restreignent
considérablement l'espace de liberté de la société civile. Elles
n’hésitent à s'affranchir du droit avec l'appui de justice aux
ordres ou en adoptant des lois de plus en plus liberticides portant
notamment sur l'accès au financement des ONG, les conditions
d'enregistrement, le contrôle des activités des associations,
la criminalisation de l’expression de voix dissidentes ou sur
la tenue de rassemblements publics y compris pacifiques. Ce
modèle d'arsenal législatif s'exporte d'un pays à l'autre dans le
but d'étouffer toute forme de dénonciation des violations des
droits humains.

10 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Ce fut le cas en 2015 notamment de l’Angola, de l'Azerbaïdjan,
du Bahreïn, du Bangladesh, du Burundi, du Cambodge, de la
Chine, de la République démocratique du Congo (RDC), de
l'Égypte, de l’Éthiopie, de l’Inde, de l'Iran, du Maroc, de la
Fédération de Russie, de la Turquie, du Vietnam, etc.
La situation des défenseurs des droits humains fut également
particulièrement précaire dans des contextes de conflit et de
présence de groupes non étatiques violents. Les défenseurs qui
documentent les violations ou luttent contre l'impunité peuvent
ainsi être la cible d'attaques, d'enlèvements ou d'assassinats,
considérés par les parties en conflit comme soutenant l'un ou
l'autre camp (Libye, RDC, Syrie, Tchétchénie / Fédération de
Russie, Turquie, Yémen…).
Dans d'autres pays en proie à des mouvements religieux
extrémistes, ceux qui défendent le droit à la liberté d'expression,
le droit à la liberté de religion ou les droits des femmes, ont
été victimes d'actes de violence d'une particulière gravité
(Afghanistan, Arabie saoudite, Libye, Pakistan).
S'agissant des défenseurs du droit à la terre et à l'environnement,
leur répression n'a cessé de s’accroître alors que le nombre de
conflits sur les droits fonciers et les ressources naturelles se
multiplient. De plus en plus de défenseurs, leaders paysans ou
dirigeants communautaires autochtones, journalistes et militants
d'ONG mobilisés sur ces questions ont été victimes d'actes de
violence, de campagnes de criminalisation, notamment en
Amérique latine (Brésil, Colombie, Équateur, Guatemala,
Honduras, Mexique, Pérou) en Asie (Birmanie, Indonésie,
Malaisie, Philippines, Thaïlande) et en Afrique (Cameroun,
Liberia, Ouganda, Sierra Leone, etc.).
Enfin, de manière générale, les défenseurs des droits de l'Homme
qui défendent des catégories spécifiques de la population ont été
particulièrement marginalisés et réprimés. Les défenseurs des
droits des femmes, des droits de personnes lesbiennes, gays,
bisexuels, transgenres et intersexués (LGBTI), des migrants, des
populations autochtones et des minorités religieuses notamment
sont particulièrement vulnérables. Ils sont souvent confrontés à
la discrimination, à la criminalisation et sont victimes parfois
de crimes haineux.

Fin 2015, de nombreux représentants d'organisations membres de
la FIDH au Bahreïn, en Iran et en Ouzbékistan étaient toujours
détenus arbitrairement. Les défenseurs soumis au harcèlement
judiciaire sont souvent confrontés à des procès expéditifs ou
subissent au contraire des procédures extrêmement longues
devenant une forme de punition en soi et empêchant les défenseurs
de poursuivre leurs activités de défense des droits humains.
Face à cette réalité, les défenseurs ont besoin d'un soutien –
particulièrement ceux qui sont isolés et qui disposent de faibles
ressources, Tout d'abord pour des mesures protectrices d'urgence
lorsqu'ils sont menacés ou pour prévenir la répression. Faire
connaître leur situation à travers les médias et réseaux sociaux,
appeler les mécanismes régionaux et internationaux de protection
des défenseurs à une réaction, identifier les acteurs de répression
et faire pression sur eux peut servir à atténuer les menaces. Face
à des risques imminents, il peut également s'avérer nécessaire
de sécuriser les bureaux et domiciles des défenseurs, ou d'aider
à leur relocalisation temporaire ou définitive. Par ailleurs, ces
dernières années, il est devenu incontournable de former et
d'équiper les défenseurs afin de sécuriser leurs communications
et données, compte tenu des outils de surveillance et de piratage
développés par les acteurs de la répression. Enfin, lorsqu'ils sont
harcelés judiciairement, l'observation des procès intentés contre
les défenseurs est un moyen de démontrer leur caractère arbitraire
et ainsi d'exiger leur libération.
S'attaquer aux causes et non seulement aux symptômes des
attaques contre les défenseurs est aussi essentiel pour soutenir le
travail des défenseurs sur le long terme. La lutte contre l'impunité
des auteurs de violations des droits des défenseurs devant les
juridictions nationales ou les organes régionaux et internationaux
est un défi majeur à cet égard. Fondé sur des enquêtes concernant
l'environnement de travail des défenseurs, le plaidoyer auprès
des autorités locales, des instances intergouvernementales mais
aussi des acteurs privés est également primordial pour parvenir
à la réforme des législations liberticides et au changement de
comportements vis-à-vis des défenseurs.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action
Conformément à son plan d'action stratégique pluriannuel, la
FIDH, avec ses organisations membres et partenaires, a mis
en œuvre de nombreuses activités répondant aux objectifs de
protection des défenseurs en danger et de renforcement de leur
capacité d'action. Les activités de protection des défenseurs ont
été menées dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des
défenseurs des droits de l'Homme (l'Observatoire), programme
conjoint créé par la FIDH en 1997 avec l'Organisation mondiale
contre la torture (OMCT).
Par ailleurs, le 2 décembre 2015, un Consortium d'ONG sur la
protection des défenseurs des droits humains a été officiellement
lancé à Bruxelles. À travers ce Consortium, la FIDH et 11autres
ONG internationales et régionales de protection des défenseurs
reconnues ont décidé de renforcer leur coordination et leur

complémentarité en matière de soutien et d'aide d'urgence en
faveur de défenseurs menacés à travers le monde.
Au terme de deux années de travail préparatoire, les 12 ONG
participantes ont créé une entité juridique distincte, la « Fondation
internationale pour les défenseurs des droits humains » (FIDDH).
La création de ce Consortium marque une nouvelle étape dans
la volonté des ONG de protection des défenseurs de travailler
ensemble, pour influer davantage sur les situations d'urgence, et
accroître les résultats positifs tant sur le plan normatif que sur celui
de la protection.

> Protéger les défenseurs en situation
d'insécurité ou de répression
Établir les faits et alerter au quotidien
Les interventions urgentes constituent l'un des principaux outils
de protection. Elles consistent à mobiliser tous les leviers, acteurs
étatiques et non étatiques, y compris les groupes armés ou les
entreprises, mais aussi les médias et décideurs, afin de faire
cesser ou de dénoncer une entrave ou un acte de harcèlement
à l'encontre d'un défenseur ou d'un groupe de défenseurs.
Ces interventions décrivent les atteintes subies par le ou les
individus et adressent aux autorités compétentes une série de
recommandations pour remédier aux violations. Chaque cas ou
situation est l'objet de discussions avec le défenseur concerné, sa
famille, les partenaires locaux et les équipes géographiques de
la FIDH, afin de définir la stratégie d'action la plus appropriée.
La FIDH vise ainsi à réagir dans les délais les plus brefs, sur la
base d'informations fiables, vérifiées, détaillées et recoupées par
ses organisations membres, dans le format et la langue la plus
utile, et à assurer un suivi sur l'évolution de la situation. Dans de
nombreux cas, cela a permis de faire cesser la violation, d'améliorer
la situation et les conditions de travail des défenseurs concernés,
ou de prévenir de nouvelles violations. Ces interventions urgentes
servent également de base au développement d'actions de
plaidoyer, de mobilisation ciblée ou d'assistance d'urgence dans
un second temps, si la violation persiste ou s'aggrave.
En 2015, la FIDH a diffusé 362 interventions urgentes
(appels urgents, communiqués de presse et lettres ouvertes aux
autorités), portant sur 56 pays, en insistant sur des pays cibles
(Angola, Azerbaïdjan, Bahreïn, Birmanie, Burundi, Cameroun,
Cambodge, Égypte, Iran, Kirghizstan, Maroc, Mexique, RDC,
Russie, Rwanda, Syrie, Thaïlande) où les violations ont été
particulièrement graves ou systématiques dans des contextes de
conflits, de crises ou de transitions politiques.
Tout au long de l'année, la FIDH a été en outre particulièrement
attentive à la situation des défenseurs des droits liés à la terre et
à l'environnement, à travers la diffusion de 58 alertes urgentes
sur le sujet (Angola, Birmanie, Brésil, Cameroun, Cambodge,
Colombie, Équateur, Guatemala, Honduras, Mexique, Ouganda,
Ouzbékistan, Philippines, Sierra Léone, Tchad, Thaïlande), ainsi
qu'à celle des défenseurs des droits des personnes LGBTI.
F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 11

FOCUS
Égypte : arrestation puis libération de Hossam Bahgat,
fondateur et membre du Comité exécutif de l'Egyptian
Initiative for Personal Rights (EIPR)
Le 10 novembre 2015, suite à une intense pression internationale
à laquelle a activement contribué l'Observatoire via ses appels
urgents et tweets, Hossam Bahgat a été libéré du bâtiment des
renseignements militaires du Caire. Arrêté le 8 novembre, il
avait été présenté au procureur militaire, interrogé et menacé
de poursuites à propos d'articles critiques envers le pouvoir en
place. Hossam Bahgat fait toujours l'objet de poursuites.
Message de remerciement d'une représentante de l'EIPR :
« Merci, nous sommes très, très heureux que Hossam soit
désormais libre :). Merci pour votre soutien, et transmettez nos
salutations à toutes celles et tous ceux qui ont travaillé sur cet
appel urgent. »
La FIDH a également renforcé la présence de l'Observatoire
sur Twitter, en développant un compte dédié visant à alerter et
mobiliser l’opinion au plus vite dans les cas de répression les
plus préoccupants.
Pour alerter et mobiliser les acteurs du changement sur la situation particulière des défenseurs arbitrairement détenus, la FIDH a
intensifié sa campagne internationale sur cette thématique intitulée « #ForFreedom : Plus on en parle, plus vite ils sortent »,
articulée autour de cas emblématiques de défenseurs des droits
de l'Homme faisant l'objet d'une privation de liberté à travers
le monde.
FOCUS
La campagne de la FIDH qui libère les défenseurs
En 2015, 11 défenseurs dont les cas de détention arbitraire ont
été spécifiquement traités dans la campagne #ForFreedom ont
été libérés. Il s'agit de :
- Yara Sallam, membre de l’Initiative Egyptienne pour les droits
des personnes (EIPR) (Egypte)
- Mazen Darwish, président du Centre syrien des médias et de
la liberté d’expression (SCM) (Syrie)
- Mohamed Hani Al Zaitani, membre du SCM (Syrie)
- Hussein Hammad Ghrer, membre du SCM (Syrie)
- Nasim Isakov, membre de la Société des droits de l'Homme
d'Ouzbékistan (Ouzbékistan)
- Nabeel Rajab, président du Centre Bahreïni des droits de
l’Homme et secrétaire général adjoint de la FIDH (Bahreïn)
- Juan Carlos Flores, étudiant en droit (Mexique)
- Javier Ramírez, agriculteur (Equateur)
- Amin Mekki Medani, avocat, défenseur des droits humains et
président de la Confédération des organisations de la société
civile (Soudan)- Leyla Yunus, présidente de l’Institut pour la
paix et la démocratie (IPD) (Azerbaïdjan)
- Arif Yusunov, responsable du département de la résolution des
conflits de l’IPD (Azerbaïdjan)

12 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Remerciements : « Je suis très heureux d'être à nouveau en
contact avec vous, et cette fois-ci hors de prison grâce à vos
importants efforts et à votre soutien continu tout au long de
ma détention. Je ne trouve pas les mots pour vous exprimer
ma reconnaissance et mes remerciements pour tout ce que
vous avez fait. Grâce à vos efforts, je suis toujours en vie. Les
informations que j'ai reçues à propos de vos actions tout au long
de ma détention sont restées pour moi une source d'espoir et
d'espérance de liberté. Je suis maintenant complètement disposé
à reprendre mes travaux en faveur des droits humains ».
Message de Mazen Darwish, Directeur du Centre syrien des
médias et de la liberté d’expression (SCM), libéré en août 2015
après trois ans et demi de détention arbitraire.
Renforcement de la capacité protectrice des organisations
intergouvernementales
En 2015, toutes les interventions urgentes de l'Observatoire ont
continué d'être systématiquement adressées aux mécanismes internationaux et régionaux de protection des défenseurs (Procédures
spéciales de l'ONU, de la Commission africaine des droits de
l'Homme et des peuples (CADHP), et de la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH), Commissaire aux droits
de l'Homme du Conseil de l'Europe, point focal du Bureau pour
les institutions démocratiques et les droits de l'Homme (BIDDH)
de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
(OSCE), et mécanismes de l'UE). Ces saisines suscitent leurs interventions ainsi que des interpellations des autorités compétentes.
La FIDH a également saisi d'autres organes de ces organisations
intergouvernementales pour les mobiliser sur des cas de répression
de défenseurs (Parlement européen, Conseil des droits de l'Homme
de l'ONU….) et organisé à cet effet des rencontres/interfaces entre
ces institutions et les représentants de ses organisations membres.
Le plaidoyer de la FIDH s'est focalisé sur les pays cibles de l'action
de l'Observatoire.
Un accent particulier a été mis sur la situation en Azerbaïdjan où
jusqu'à fin 2015, 8 défenseurs étaient détenus arbitrairement. A de
multiples reprises, la FIDH a ainsi saisi le Conseil des droits de
l'Homme de l'ONU, l'OSCE et l'UE via des projets de résolution,
panels, interventions et rencontres pour susciter leur réaction ferme
face à cette situation et demander à ces instances d'exercer une
forte pression diplomatique sur les autorités azéris pour la libération des prisonniers d'opinion. La FIDH, avec d'autres organisations, a par ailleurs accentué son plaidoyer auprès de l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), approchant à de
multiples reprises des parlementaires afin de permettre l'adoption
d'une forte résolution dénonçant les pratiques arbitraires de
l'Azerbaïdjan, et appelant à la libération de tous les défenseurs
azéris détenus. Ce plaidoyer multiforme a notamment contribué à
la libération en fin d'année des défenseurs Leyla Yunus, présidente
de l'Institut pour la paix et la démocratie (IPD) et Arif Yusunov,
membre de l'IPD. Début 2016, 5 autres défenseurs azéris ont été
libérés à leur tour.

Le plaidoyer de la FIDH s'est également focalisé sur la situation
des défenseurs des droits humains au Burundi, qui ont fait l'objet
d'une intense répression avant et après les élections présidentielles,
poussant nombre d'entre eux à s'exiler. En favorisant des rencontres
entre des défenseurs burundais et des représentants du Conseil de
sécurité, de l'Union européenne et de la Commission africaine des
droits de l'Homme et des peuples, la FIDH a contribué à ce que ces
instances appellent les autorités burundaises à cesser tout acte de
répression contre les défenseurs.
Enfin, la FIDH a organisé cette année le deuxième volet de la cinquième réunion « inter-mécanismes », sur le renforcement de
l'interaction et de la coordination entre le mécanisme onusien et les
mécanismes régionaux de protection des défenseurs. La réunion a
réuni les titulaires de mandat de l'ONU, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de la Commission africaine des
droits de l’Homme et des peuples (CADHP), de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme, de l’OSCE/BIDDH, ainsi que
des représentants du bureau du Commissaire aux droits de l’Homme
du Conseil de l’Europe, de l’Union européenne et d’ONG internationales. Les participants ont réfléchi aux moyens de renforcer leur
coopération, voire leur articulation, dans le traitement des saisines et
des déclarations publiques relatives aux violations contre les défenseurs, ainsi que du suivi des communications individuelles et des
recommandations suite aux visites pays. Ils ont également discuté de
meilleures pratiques et de stratégies sur les situations les plus préoccupantes, à l'instar de l'Azerbaïdjan, du Guatemala, de la Libye, ou
encore du Rwanda. La réunion a également permis un échange sur
la question du financement des ONG, y compris étrangers, ainsi que
de la protection des défenseurs des droits à la terre, faisant écho aux
rapports annuels 2013 et 2014 de l’Observatoire.
Fournir une assistance d'urgence en cas de menaces et risques
Pour répondre à des situations de menaces et d'atteintes à
l'intégrité physique et psychologique des défenseurs, la FIDH a
procuré en 2015 une assistance matérielle à 17 défenseurs et 6
ONG de défense des droits humains. Ont ainsi pu être couverts :
• des coûts liés à des relocalisations, dont des relocalisations
internes (Burundi, Irak, Rwanda, Soudan, Pakistan, Russie,
Thaïlande, Tunisie) ;
• des coûts liés à l'équipement / la sécurisation des locaux
d'ONG ou à la location de nouveaux locaux suite à la fermeture ou confiscation de bureaux existants par les autorités
(Kirghizstan, Russie) ;
• des coûts liés aux frais de justice de défenseurs ou d'ONG
victimes de harcèlement judiciaire ou ayant porté plainte
suite à des attaques (Angola, Azerbaïdjan, Cameroun, Kenya, Ouzbékistan, Tanzanie) ;
• des coûts liés à la subsistance de défenseurs harcelés (RDC,
Rwanda).

FOCUS
Cameroun
Le 11 juillet 2013, Eric Ohena Lembembe, journaliste et
défenseur des droits humains engagé dans la protection des droits
des personnes LGBTI, a été assassiné au Cameroun, dans des
circonstances non élucidées. En 2014 et 2015, l'Observatoire,
Alternatives Cameroun, ADEFHO, CAMFAIDS, REDHAC,
MDHC, ont publiquement dénoncé les dysfonctionnements de
la justice dans cette affaire et souligné le risque d'absence de
volonté politique pour faire la lumière sur les circonstances de
cet assassinat. À ce jour, la justice reste au point mort. C'est dans
ce contexte que l'Observatoire a décidé d'octroyer cette année
une aide financière à un avocat camerounais chargé d'effectuer
le suivi des avancées de l'enquête.
FOCUS
Rwanda
Depuis la prise de contrôle illégitime en juillet 2013 de la
Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de
l'Homme (LIPRODHOR), organisation indépendante historique
de défense des droits humains dans le pays, les membres du
conseil d'administration évincés, au premier chef desquels
son président M. Laurent MUNYANDILIKIRWA, ont subi
des menaces et actes de harcèlement constants de la part des
autorités rwandaises. Ce harcèlement s'est considérablement
intensifié lorsque ces derniers ont saisi la justice afin de faire
reconnaître la nullité des décisions ayant conduit à la prise de
contrôle de l'organisation. Au vu de sa situation sécuritaire,
M. MUNYANDILIKIRWA a été contraint de s'exiler en
France, où il a obtenu l'asile en mars 2015. L'Observatoire
a contribué aux frais de relocalisation et d'installation de M.
MUNYANDILIKIRWA en Ile-de-France, le temps que ce
dernier puisse bénéficier des aides au logement et du revenu
minimum d'activité, dans une optique d'autonomisation
financière.
Dans certains cas, cette assistance a été octroyée en coopération
et / ou en coordination avec les ONG internationales fournissant le même type de soutien. Cela a permis de répondre de la
manière la plus rapide et précise possible.
Répondre au harcèlement judiciaire
Face à l'utilisation ou à l'instrumentalisation de la justice pour
entraver ou criminaliser l'action des défenseurs, la FIDH organise des missions d'observation judiciaire, de défense ou de solidarité. De telles missions recouvrent divers objectifs : fournir
une aide judiciaire experte dans ce type d'affaire en soutien aux
victimes ; apporter une solidarité et une attention internationale
pouvant contribuer au respect du droit à un procès équitable ;
contribuer à un éclairage sur les violations de procédures pour
susciter la réaction de la communauté internationale.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 13

En 2015, la FIDH a mandaté des missions d'observation judiciaire portant sur un total de quatre dossiers, en Azerbaïdjan
(deux dossiers), en Algérie et au Bahreïn. La FIDH a publié un
rapport de ses missions d'observation judiciaire en Azerbaïdjan
ainsi qu'un rapport de mission internationale sur la situation des
défenseurs qui font l'objet de harcèlement judiciaire au Bahreïn.
Établir les responsabilités
In accordance with its multi-year strategic action plan, FIDH Conformément à son plan d'action stratégique pluriannuel, la FIDH a
continué de développer ses actions contentieuses devant les tribunaux nationaux et les mécanismes régionaux et internationaux de
protection des droits humains aux fins d'établir les responsabilités,
étatiques ou individuelles, dans des cas emblématiques de violations des droits des défenseurs, de soutenir les victimes dans leur
droit à la justice et de contribuer à la prévention de ces violations,
y compris via la consolidation d'une jurisprudence sur la protection
des droits des défenseurs.
La FIDH a notamment poursuivi son soutien aux familles des
défenseurs congolais Chebeya et Bazana assassinés en juin
2010 dans leur quête de justice. Le 2 juin 2014, la FIDH et les
familles des victimes avaient déposé devant les juridictions sénégalaises, une plainte avec constitution de partie civile contre Paul
Mwilambwe, l’un des policiers responsables présumés des assassinats présent au Sénégal. Sur la base de la loi sénégalaise dite de
compétence extra territoriale, les autorités judiciaires sénégalaises
peuvent juger toute personne suspectée de torture, si elle se trouve
au Sénégal, même si la victime ou l’auteur du crime ne sont pas
sénégalais et que le crime n’a pas été perpétré au Sénégal. Le 8
juillet 2014, un juge d'instruction a été nommé pour instruire cette
plainte. Le 8 janvier 2015, les tribunaux sénégalais ont finalement
inculpé Paul Mwilambwe et l’ont placé sous contrôle judiciaire.
Le 1er juin 2015, le fils de Fidèle Bazana a été entendu par le
juge d'instruction, lors d'une deuxième audition des parties civiles.
Par ailleurs, en 2015, la FIDH a déposé 8 nouvelles plaintes ou
saisines ciblées auprès de mécanismes intergouvernementaux
quasi-judiciaires ou judiciaires :
FOCUS
Le Soudan épinglé par la CADHP pour des actes de torture
contre des défenseurs
Le 10 mars 2015, la Commission africaine des droits de
l'Homme et des peuples (CADHP) a rendu publique une décision
condamnant le Soudan pour violation de nombreux articles de
la Charte africaine au regard de l'arrestation, la détention et
des actes de tortures subis en 2008 par trois défenseurs des
droits humains, Monim Elgak, Osman Hummeida et Amir
Suliman. Ces trois défenseurs étaient accusés d'espionnage par
les autorités soudanaises pour avoir prétendument collaboré
avec la Cour pénale internationale qui enquête sur la situation
au Darfour et a lancé plusieurs mandats d'arrêt, y compris contre
le président Al Bashir.
En 2009, la FIDH et l'OMCT, au nom des trois victimes,
ont saisi la CADHP de cette affaire par le biais d'une
communication conformément à l'article 55 de la Charte

14 — F I D H ANNU a L R e P O R T 2 0 1 5

africaine des droits de l'Homme et des peuples. Plusieurs
mémoires et éléments de preuve ont été produits et versés
à la Commission en réponse aux allégations des autorités
soudanaises. En 2012, procédure exceptionnelle, la
Commission a permis au représentant légal des victimes
mandaté par les deux organisations de présenter oralement
ses arguments sur la recevabilité de la communication.
Après six années de procédure, la Commission dans sa décision
sur le fond a appelé les autorités soudanaises à octroyer des
réparations aux trois victimes et à mener une enquête pour
sanctionner les agents de l’État responsables des arrestations et
détentions arbitraires ainsi que des actes de torture.
La FIDH et l'OMCT veilleront à la mise en œuvre de cette
décision.

> Renforcer la capacité d'action des
défenseurs
Action pour un cadre politique et normatif favorable aux
défenseurs
En 2015, la FIDH et l'OMCT ont mandaté trois missions
internationales d'enquête dans le cadre de l'Observatoire, en
Azerbaïdjan, au Kirghizstan et au Tadjikistan.
Six rapports d'enquête ont par ailleurs été publiés sur la
situation des défenseurs en Azerbaïdjan, en Angola, au
Cameroun, au Guatemala, en Libye et aux Philippines.
Ces rapports ont adressé des recommandations précises aux
autorités nationales, acteurs privés et instances internationales
et régionales pour améliorer l'environnement politique et
normatif relatif au travail des défenseurs. Elles ont servi
de base à des multiples actions de plaidoyer aux niveaux
national, régional et international, menées par la FIDH et ses
organisations membres.
FOCUS
Rapport sur la situation des défenseurs des droits des
personnes LGBTI au Cameroun
En 2014, la FIDH a organisé une mission d'enquête
internationale sur la situation des défenseur-e-s des droits
des LGBTI à Yaoundé et Douala au Cameroun. Les
témoignages et analyses recueillis au cours de la mission ont
révélé un environnement marqué par la précarité et les actes
d'intimidation visant les défenseurs du droit à la santé et des
droits humains des personnes LGBTI, dans le contexte de
la pénalisation de l'homosexualité. Les chargés de mission
ont notamment pu rencontrer des membres d'organisations
de défense des droits humains, des personnes LGBTI,
des journalistes, avocats, des acteurs de la santé sexuelle,
des représentants des Églises, des autorités et institutions
nationales et des missions diplomatiques.
Le rapport de mission, publié en 2015, détaille le cadre
constitutionnel, légal et politique dans lequel opèrent les
défenseurs des droits humains et des personnes LGBTI,

présente les principales tendances de répression à l'encontre
de ces derniers (entraves à la liberté d'association, menaces,
cambriolages, chantage, arrestations et détentions arbitraires,
ou encore impunité), et adresse une série de recommandations
précises aux autorités camerounaises, aux partenaires de
développement et bailleurs de fonds du Cameroun, à la CADHP,
et aux organes de protection onusiens.
La FIDH et ses organisations membres ont également dénoncé
les projets de réformes législatives de certains État comme
le Bahreïn, le Kirghizistan ou la République populaire de
Chine, visant à restreindre la liberté d'association, notamment
l'accès des ONG aux financements étrangers, ou criminalisant
la défense des droits des LGBTI.
En outre, la FIDH a participé ou appelé au renforcement du cadre
juridique régional et international par le biais de plusieurs initiatives
auprès des Nations unies, de la CADHP et de l'Organisation pour
la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
A travers leur participation aux 56e et 57e sessions ordinaires
de la CADHP qui se sont tenues à Banjul enGambie, en avril
et novembre 2015, la FIDH et plusieurs de ses organisations
membres - via des interventions écrites et orales et rencontres
avec les commissaires, ont permis d'informer cette instance sur les
obstacles rencontrés par les défenseurs dans la région, et d'adresser
un certain nombre de recommandations aux États membres et
mécanisme africain de protection des défenseurs. Les représentants
de la FIDH ont porté une attention particulière à la situation des
défenseurs au Burundi – en proie, dans un contexte d'escalade de
la violence politique, à des formes accrues de harcèlements, de
menaces, voire d'atteintes à leur intégrité physique – en Angola –
où les activistes des droits de l'Homme sont la cible de procédures
judiciaires iniques et de manœuvres législatives des autorités
visant à porter atteinte à leur liberté d'association – ou encore au
Rwanda – où les dernières organisations indépendantes de défense
des droits de l'Homme ne sont plus en capacité d'opérer.
Cette mobilisation de la FIDH a directement contribué au
déploiement, dès décembre 2015, d'une mission d'enquête de la
CADHP au Burundi, avec un mandat spécifique sur l'évaluation
de la situation des défenseurs. Le plaidoyer mené a également
contribué à une reprise du dialogue entre les représentants des
autorités angolaises présentes lors de la session et ceux des
organisations membres et partenaires de la FIDH dans ce pays.
La FIDH a aussi permis de mener une réflexion stratégique avec
la société civile angolaise sur les axes d'actions à mener en vue
de garantir leurs droits.
Ayant par ailleurs contribué en 2014 aux travaux du groupe de
rédaction au sein du Bureau des institutions démocratiques et
des droits de l'Homme de l'OSCE de Lignes directrices sur la
protection des défenseurs, la FIDH a participé à leur lancement
officiel début 2015 et contribué à leur diffusion auprès des
ONG de défense des droits humains des Etats membres de
l'OSCE.

Enfin, à travers ses interventions au Conseil des droits de
l'Homme des Nations unies, la FIDH a pu de manière quasi
systématique mettre en avant la question des défenseurs des
droits humains et le besoin pour les Etats de répondre à leurs
obligations internationales en établissant un environnement
politique et normatif favorable au travail des défenseurs. Dans
ce cadre, la FIDH a pu insister particulièrement sur la situation
des défenseurs particulièrement vulnérables comme ceux
travaillant sur les droits liés à la terre et à l'environnement, les
droits des LGBTI, les droits des femmes ou encore les droits
des victimes à la justice.
Soutien matériel et formations aux ONG et défenseurs
A travers ses multiples programmes thématiques et régionaux
la FIDH prévoit de nombreuses activités de renforcement des
capacités d'action des ONG et défenseurs via des formations
ou des assistances matérielles. Certaines de ces activités
permettent aux défenseurs de mieux prévenir d'éventuelles
violations de leurs droits et d'accroitre leurs leviers d'influence
pour garantir un cadre politique et normatif favorable à leurs
activités.
Ainsi, dans le cadre de ses programmes spécifiques sur la
situation des droits humains en Côte d'Ivoire, en Guinée, en
République centrafricaine et au Mali, la FIDH a continué
en 2015 le renforcement de l'équipement matériel de ses
organisations membres et partenaires pour faciliter de manière
sécurisée leurs activités de documentation des graves violations
des droits humains et de lutte contre l'impunité de leurs auteurs.
La FIDH a aussi continué la mise en œuvre de son programme
spécifique de renforcement des capacité d'action du Fraternity
Center (une ONG indépendante créée en 2013 avec le soutien de
la FIDH dont le mandat est la promotion des droits de l'Homme
et de la démocratie dans la zone kurde d'Hassakeh proche de la
frontière avec la Turquie) via notamment l'organisation en 2015
d'un séminaire de formation aux technique de documentation
des graves violations des droits humains.
A travers un programme spécifique sur le soutien à la société
civile au Bélarus, la FIDH a également fourni du matériel
informatique et de communication sécurisé à de nombreuses
ONG et à des défenseurs locaux de défense des droits humains.
Enfin, après avoir mis en place la première plate-forme de
défenseurs birmans destinée à recueillir des informations sur
la situation des défenseurs dans le pays, la FIDH a contribué à
l'animation de celle-ci en 2015.
Enfin, face aux menaces et harcèlements subis par son
organisation membre en Palestine, Al Haq, dans le contexte
de la criminalisation des soutiens au mouvement Boycott,
Désinvestissement Sanctions et de la saisine par les autorités
palestiniennes de la Cour pénale internationale, la FIDH a
organisé fin 2015 une première formation sur la sécurisation
des communications et du stockage des données de cette
organisation.

F I DH ANNU a L R e P O R T 2 0 1 5

— 15

Visibilité de la situation des défenseurs
En 2015, plusieurs activités ont permis de mieux faire connaître
la situation des défenseurs et l'importance de leur protection.
- La campagne #ForFreedom, articulée autour du site www.
freedom-defenders.org présentant des cas emblématiques
de défenseurs détenus, a permis d'alerter et de mobiliser
les acteurs du changement mais aussi le grand public sur la
situation particulière des défenseurs en prison.
- Un mini-jeu vidéo REAL BAKU 2015 a été mis en ligne par la
FIDH à l'occasion des Jeux européens organisé en Azerbaïdjan
pour dénoncer, sur un ton décalé, l’emprisonnement arbitraire
de dizaines d’activistes en raison de leurs activités en faveur
des droits humains.
- Les tweets sur la situation des défenseurs ont permis d'informer
en temps réel des violations des droits de défenseurs et des
impacts obtenus sur des situations individuelles.
- De très nombreuses informations de l'Observatoire sur la
situation des défenseurs ont été reprises par des médias du
monde entier.
- Les interfaces auprès des organisations intergouvernementales
(cf. ci-dessus) ont permis aux défenseurs d'être mieux connus
de ces instances et de bénéficier ainsi d'un plus grand suivi de
leur action et participation.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué aux résultats suivants :
Libérations, fin du harcèlement judiciaire, avancées dans la
quête de justice
• La libération de 55 défenseurs arbitrairement détenus
en Algérie, en Azerbaïdjan, au Bahreïn, en Birmanie, au
Burundi, en Égypte, au Mexique, en Ouganda, en République
démocratique du Congo (RDC), en République populaire
de Chine, au Rwanda, au Swaziland, en Syrie, en Turquie.
FOCUS RDC
• L'inculpation par la justice sénégalaise, sur la base d'une
plainte de la FIDH, de Paul Mwilambwe, ancien major
de la Police Nationale Congolaise, pour sa présumé
participation dans l'assassinat des défenseurs congolais
Chebeya et Bazana.
FOCUS Soudan
• La décision rendue par la Commission africaine des droits
de l'Homme et des peuples dénonçant la violation des
droits de la Charte africaine par le Soudan s'agissant des
actes de torture subis par les défenseurs des droits humains
Monim Elgak, Osman Hummeida et Amir Suliman.
Protection matérielle et sécurisation des défenseurs
• La sécurisation de 17 défenseurs et 6 ONG au travers
d'une assistance matérielle dans 21 situations (soutien
à la relocalisation temporaire ou définitive, sécurisation
et pérennisation de locaux d'ONG, couverture de frais

16 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

médicaux, frais de justice et d'avocat….) (ex : au Burundi,
Cameroun, en RDC, au Rwanda).
Décisions, déclarations et avancées des mécanismes intergouvernementaux de protection
• Des décisions importantes de mécanismes internationaux
(décisions du Groupe de travail des Nations unies sur
la détention arbitraire – GTDA, condamnant l'Arabie
Saoudite et la RDC pour la détention arbitraire de
défenseurs ; décision de la CADHP ordonnant l'octroi
de mesures provisoires en faveur d'un défenseur
arbitrairement détenu au Soudan).
FOCUS RDC
• La qualification par le Groupe de travail sur la détention
arbitraire des Nations unies saisi par la FIDH du
caractère arbitraire de l'arrestation de Christopher Ngoyi
Mutamba, président de l’ONG « Synergie Congo Culture
et Développement » et coordonnateur de la plateforme
« Société civile de la République Démocratique du
Congo ». Christopher Ngoyi Mutamba a été enlevé par
des hommes armés appartenant à la garde républicaine
et placé en détention après avoir pris part à plusieurs
manifestations pacifiques pour dénoncer la réforme
électorale et documenté les violations des droits de
l’homme perpétrées au cours de ces manifestations.
FOCUS Burundi
• La mobilisation de la FIDH lors des 56e et 57e sessions de la
Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples
(CADHP) – via des interventions orales et écrites, rencontres
avec des commissaires et projets de résolution, a directement
contribué au déploiement, dès décembre 2015, d'une mission
d'enquête de la CADHP au Burundi, avec un mandat spécifique
sur l'évaluation de la situation des défenseurs.
• Des déclarations et résolutions d'organisations
intergouvernementales sur la situation des défenseurs
(ex : résolution de l'Assemblée générale des Nations
unies appelant à la reconnaissance et à la protection des
défenseurs à travers le monde ; résolutions de l'Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe et du Parlement
européen sur l'Azerbaïdjan, résolution du Parlement
européen sur l'Angola, l’Égypte…).
Amélioration du cadre législatif au niveau national
• La non-adoption de projets ou l'abrogation de lois
liberticides, comme au Bahreïn, au Kirghizstan ou en
République populaire de Chine.
Attribution de prix à des défenseurs pour lesquels la FIDH
s'est mobilisée
• Le prix Nobel de la paix a été attribué en 2015 au  quartet
tunisien composé de la Ligue tunisienne des droits de
l’Homme (LTDH), organisation membre de la FIDH, du
syndicat UGTT (Union générale tunisienne du travail),
de la fédération patronale Utica (Union tunisienne de
l’industrie, du commerce et de l’artisanat) et de l’Ordre
national des avocats.

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires
3 missions internationales d'enquête, judiciaire, de plaidoyer et de solidarité : Azerbaïdjan, Kirghizistan,
Tadjikistan
1 observations judiciaires portant sur 4 dossiers en Azerbaïdjan, en Algérie, au Bahreïn
362 appels urgents
Assistance matérielle fournie à 17 défenseurs et 6 ONG
Saisines et suivis judiciaires et quasi-judiciaires :
Devant les juridictions sénégalaises : suivi de la procédure initiée contre un présumé auteur de l'assassinat
des défenseurs congolais (RDC) Chebeya et Bazana.
Devant le Comité des droits de l'Homme : suivi de la communication contre l'Ouzbékistan dans l'affaire
Mutabar (torture).
Devant le Comité des disparitions forcées des Nations unies : suivi de la communication contre le .
Devant le Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire : dépôt de communications contre
l'Angola, l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Egypte et la RDC.
Devant le Groupe de travail de l'ONU sur les disparitions forcées : dépôt d'une communication contre la RDC.
Devant la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples : suivi de la communication contre
le Soudan (détention(s) arbitraire(s) et actes de torture de défenseurs) ; suivi de la communication contre
l'Éthiopie (entrave à la liberté d'association) ; dépôt d'une demande de mesures provisoires pour un défenseur
détenu au Soudan.
Soutien au plaidoyer de plus de 100 défenseurs (pays) auprès des OIG, des mécanismes pertinents régionaux
et internationaux et de représentants d'Etats influents.
Séminaires stratégiques :
Organisation du second volet de la 5e réunion Inter-mécanismes, réunion entre
les mandats internationaux et régionaux sur les défenseurs des droits humains pour
un échange d'expérience et un renforcement de leur mandat de protection.
Palestine : organisation d'une formation sur les techniques de sécurisation des
communications et du stockage des données.
Syrie : organisation d'un séminaire de formation sur la documentation des graves
violations des droits humains.
Birmanie : animation des réunions du Forum pour la protection des défenseurs.
Partenariats : OMCT dans le cadre de l'Observatoire et 400 membres et
partenaires ; Protectdefenders.eu, un consortium de 12 organisations dont la FIDH,
pour la protection des défenseurs.

Rapports
Angola : « They want to keep us vulnerable » :
human rights defenders under pressure.
Azerbaïdjan : La répression des défenseurs
s'intensifie à l'approche des jeux de Bakou.
Cameroun : Les défenseurs des droits des
personnes LGBTI confrontés à l'homophobie
et la violence.
Libye : Entre conflit multiforme et délitement
de l’État, la défense des droits humains au défi.

Leyla et Arif Yunus. DR
F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 17

Priorité 2

Promouvoir et protéger
les droits des femmes
Contexte et défis
L'année 2015 a marqué le 20e anniversaire de la tenue à Beijing de
la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Lors de cette
conférence, les gouvernements du monde entier avaient constaté
que « [si] la condition de la femme s’est améliorée dans certains
domaines importants au cours de la dernière décennie, les progrès
ont été inégaux, les inégalités entre hommes et femmes persistent et d’importants obstacles subsistent, ce qui a de graves conséquences pour le bien-être de l’humanité tout entière ». Vingt ans
plus tard, ce constat demeure inchangé. Si les droits des femmes
connaissent incontestablement certaines évolutions positives, des
régressions sont également à l'œuvre. Et alors que les mouvements conservateurs, religieux, voire fondamentalistes font peser
diverses menaces sur les acquis des femmes du monde entier, le
bilan actuel s'avère consternant.
À Beijing, les États s'étaient engagés à mettre fin aux lois discriminatoires dans un délai de 10 ans, soit avant 2005. En 2015, de
telles lois demeurent encore en vigueur dans de nombreux pays. Le
Code de la famille de plusieurs États, comme le Burkina Faso ou
l'Indonésie, prévoit que les hommes ont le droit d'épouser plusieurs
femmes. Au Nicaragua ou au Soudan, la loi impose un devoir
d'obéissance de l'épouse envers son mari. Au Yémen, un homme
peut divorcer unilatéralement sans le consentement de sa femme
(talaq). Au Liban, la loi empêche les femmes de transmettre leur
nationalité à leur conjoint étranger et à leurs enfants. Dans les pays
où la charia est source de droit, les femmes et les filles reçoivent
moins que les héritiers de sexe masculin. En Iran, le témoignage
d'une femme n'équivaut qu'à la moitié de celui d'un homme dans
le cadre d'une procédure judiciaire.
Dans le domaine des droits reproductifs et sexuels, des lois discriminatoires limitent l'accès des femmes à la contraception et à
l'avortement et prévoient des sanctions pénales pour celles qui
avortent clandestinement. Au Nicaragua et à Malte, l’avortement est
interdit sans exception. En Irlande, au Sénégal ou au Bangladesh des
lois extrêmement restrictives ne permettent de lever l’interdiction de
l’avortement que lorsque la vie de la femme est en danger. Au Brésil,
malgré l'apparition du virus Zika qui provoque des malformations
chez les fœtus, l'avortement est toujours interdit dans ce cas, sous
peine d'emprisonnement. En Turquie, l'avortement est autorisé dep-

18 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

uis 1983, pourtant, le gouvernement a clairement exprimé sa volonté
de revenir sur cet acquis. Ces restrictions conduisent les femmes à
avorter clandestinement mettant en péril leur santé, voire leur vie.
Les grossesses non désirées ont des conséquences psychologiques
dévastatrices. Les jeunes filles enceintes sont généralement contraintes d’abandonner leur scolarité.
D'après l'UNESCO, 63 millions de filles ne sont pas scolarisées
dans le monde.
Les mariages précoces, dont le nombre est estimé par l'UNICEF
à plus de 700 millions, constituent également une cause fréquente
d'abandon scolaire et de pauvreté. Au Pakistan, en dépit de la loi,
70 % des filles sont mariées avant 18 ans et 20 % avant 13 ans.
Partout, le pouvoir économique des femmes est inférieur à celui
des hommes. D'après les Nations unies, dans le monde, moins de
20 % des propriétaires fonciers sont des femmes. Ce chiffre tombe
en dessous de 5 % pour l'Afrique du Nord et l'Asie de l'Ouest.
Dans les pays de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), le salaire des femmes est inférieur
en moyenne d'environ 15 % à celui des hommes.
La Déclaration de Beijing engage les États signataires à « prévenir
et éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des
filles ». En 2015, aucun pays ne peut se targuer d'avoir éliminé les
violences à l'égard des femmes. Plusieurs États, comme l'Arménie
ou le Niger n'ont pas adopté de législation sanctionnant spécifiquement les violences conjugales. Le viol conjugal n'est pas pénalisé
en République centrafricaine (RCA) ni au Mali. Lorsque de telles
lois existent, elles ne sont pas suffisamment appliquées. En France,
une femme meurt tous les 2,7 jours sous les coups de son conjoint,
et l'Organisation mondiale de la santé estime que près d'une femme
sur trois dans le monde est victime de violences physiques ou sexuelles de la part de son partenaire intime ou de quelqu’un d’autre à
un moment de sa vie. Des États comme le Soudan ont adopté des
lois répressives punissant l'adultère de peines de flagellation et de
lapidation, ces législations étant instrumentalisées par le système
judiciaire pour imposer des normes de comportement aux femmes.
Dans plusieurs États, la quasi-totalité des femmes et des filles sont
victimes de mutilations génitales, sans que les mesures nécessaires

soient mises en œuvre pour parvenir à leur éradication. 98 % des
Somaliennes sont par exemple victimes de ces pratiques. Selon
l'UNICEF, au moins 200 millions de filles et de femmes ont subi
des mutilations génitales dans 30 pays. Ces pratiques d'ablation
des organes génitaux externes féminins sont perpétuées au nom de
la tradition, et ce malgré leurs conséquences dévastatrices sur la
santé des jeunes filles qui risquent infections, hémorragies, complications lors de l'accouchement, voire la mort.
Dans de nombreuses situations de conflits, les femmes et les filles
sont prises pour cible et subissent diverses formes de violences
sexuelles. Des groupes fondamentalistes comme Daech en Irak et en
Syrie, ou Boko Haram au Nigéria, prônent l'exclusion des femmes
et des filles de la vie publique, commettent des viols, des enlèvements et des mariages forcés et pratiquent l'esclavage sexuel. Les
crimes sexuels sont souvent oubliés ou écartés des enquêtes menées
dans le cadre des procédures nationales. Les juridictions pénales
internationales ou mixtes présentent également des lacunes sur ce
point. À la Cour pénale internationale, une seule condamnation
pour des crimes de violence sexuelle a pour l'instant été prononcée
et ces crimes sont trop souvent absents des charges pesant contre
les accusés, alors que dans plusieurs affaires il existe des preuves
que de telles exactions ont été commises. Les victimes de violences
sexuelles n'ont donc quasiment jamais accès à la justice et obtiennent rarement réparation.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action

> Contribuer à l'égalité entre les
femmes et les hommes en droit
En 2015, la FIDH a poursuivi des actions de documentation des
violations des droits des femmes, de renforcement des capacités
des défenseur.e.s des droits des femmes et de réflexion stratégique.
La FIDH et ses organisations membres ont également maintenu
leur intense plaidoyer en faveur de l'élimination des lois discriminatoires à l'égard des femmes, en matière de droit de la famille,
de violences ou encore de santé sexuelle et reproductive dans
plusieurs pays d'Afrique, d'Europe, d'Asie et des Amériques. Ces
actions ont notamment été menées dans le cadre des campagnes
auxquelles la FIDH participe : « L'Égalité sans réserve », en faveur
de la levée des réserves à la Convention CEDAW dans le monde
arabe, et « L'Afrique pour les droits des femmes » visant à amener
les États africains à ratifier et respecter les instruments internationaux et régionaux de protection des droits des femmes.
Établir les faits,alerter, proposer
En 2015, sur la base des informations communiquées par ses
organisations membres et partenaires, la FIDH a publié un nombre
important d'alertes sur les violations des droits des femmes (plus
de 60 communiqués de presse et lettres ouvertes). Ces informations
ont été transmises aux autorités concernées, aux institutions
intergouvernementales et mécanismes de protection des droits
internationaux et régionaux, ainsi qu'aux médias.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires ont également produit des rapports d'enquête et de situation documentés
assortis de recommandations précises pour faire cesser les violations des droits humains.
FOCUS
La FIDH documente les violences sexuelles commises par
les forces de sécurité égyptiennes
Au début de l'année, la FIDH a publié un rapport documentant les violences sexuelles commises par les forces de sécurité égyptiennes, en hausse notable depuis la prise de pouvoir par l'armée en juillet 2013. Le rapport établit que les
violences sexuelles visent aujourd’hui toutes les personnes
appréhendées par les forces de sécurité, quelles que soient
les circonstances de leur arrestation. Outre les opposants au
régime d’Abd El-Fattah El-Sissi, les victimes sont aussi des
représentants des ONG locales, des femmes, des mineurs,
des étudiants... Le rapport, qui compile des témoignages de
victimes, d’avocats, de membres d’ONG travaillant dans le
domaine des droits humains, dénonce l’implication directe
des forces de police, des agents des services de Renseignement, de la Sécurité nationale ainsi que de militaires dans
ces violences sexuelles. Les cas rapportés font état de viols,
de viols avec objets, de tests de virginité vaginale et anale,
d’électrocution des parties génitales, ainsi que diverses pratiques diffamatoires et actes de chantage à caractère sexuel.
Selon la FIDH, les similarités dans les méthodes utilisées et
l’impunité générale dont jouissent les auteurs des violences sexuelles prouvent qu'il s'agit d'une stratégie politique
cynique visant à bâillonner la société civile et à réduire
l’opposition au silence. Dans ce rapport, la FIDH dénonce
également l’instrumentalisation par le régime d’El-Sissi de la
lutte contre les violences sexuelles afin de renforcer l’emprise
des forces de sécurité sur la société civile et d’imposer un
ordre moral qui repose notamment sur la persécution des
personnes LGBTI. Depuis l’automne 2014, une véritable
campagne de répression vise ces personnes victimes de raids
répétés, notamment à des domiciles privés, au cours desquels
elles font l’objet de violences sexuelles systématiques.
La FIDH et ses membres ont soumis des rapports alternatifs sur
la situation des droits des femmes au Vietnam, en Ouzbékistan
et en Russie devant le Comité CEDAW des Nations unies qui a
examiné en 2015 les rapports périodiques de ces trois pays.
Échanges stratégiques et actions de plaidoyer
Au Maroc, où des réformes politiques et législatives sont en
cours, la FIDH a soutenu les actions menées par son organisation
membre, l'Association démocratique des femmes du Maroc
(ADFM). L'ADFM a notamment critiqué le projet de loi relatif
à la création de l’Autorité pour la Parité et la Lutte contre
toutes formes de Discrimination (APALD), présenté en mars
par le gouvernement formé par le parti islamiste PJD (Parti de
la Justice et du Développement). Selon l'ADFM et la FIDH,
ce projet affaiblit l'APALD, s'inscrit contre les propositions et

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 19

recommandations formulées par la société civile, et doit donc être
révisé. Par ailleurs, à la fin de l'année, le Conseil national des droits
de l'homme du Maroc a pris position en faveur d'une réforme de la
législation sur l'héritage en vertu de laquelle les femmes reçoivent
la moitié de la part des hommes, afin de garantir l'égalité entre
les sexes. La FIDH a sollicité dix organisations généralistes de
défense des droits humains et spécialisées dans la défense des
droits des femmes afin d'adopter une position commune en faveur
de cette recommandation.

souplissement de la loi. La FIDH a également sollicité plusieurs
instances onusiennes afin qu'elles relayent ses recommandations
et soutenu le plaidoyer de représentant.e.s d'ONG sénégalaises
auprès du Comité CEDAW. Dans leurs rapports respectifs sur le
Sénégal, trois instances des Nations unies, le Groupe de travail
sur les lois et pratiques discriminatoires, le Comité CEDAW et
le Comité sur les droits de l'enfant, ont repris à leur compte les
préconisations de la FIDH et adressé des recommandations au
gouvernement sur la dépénalisation de l'avortement.

En octobre 2015, la FIDH, son organisation membre en Tunisie,
l'ATFD, ainsi que d'autres partenaires, ont organisé un séminaire
sur l'harmonisation des lois avec la Constitution en matière de
lutte contre les violences faites aux femmes. Cette rencontre a
réuni plus de 70 associations de défense des droits de femmes de
Tunis et des régions impliquées dans la stratégie de plaidoyer pour
l'adoption d'une loi intégrale de lutte contre la violence à l’égard
des femmes. Elle a aussi permis aux défenseures tunisiennes
d'échanger avec des représentantes de différents pays (Algérie,
Maroc, Libye, France, Espagne) sur les réponses législatives des
États aux violences faites aux femmes : lois intégrales, mesures
législatives et mécanismes. Le séminaire visait aussi à développer
un plaidoyer pour la remise à l’ordre du jour du projet tunisien
de loi intégrale en mettant l’accent sur la nécessaire réforme des
lois discriminatoires, en particulier dans les domaines du statut
personnel et des droits pénal et social.

Ce combat pour l'égalité en Afrique, la FIDH a continué à le mener dans le cadre de sa campagne « l'Afrique pour les droits
des femmes : Ratifier et Respecter » à laquelle participent une
centaine d'organisations locales et régionales africaines de défense
des droits des femmes et des droits humains. La FIDH a également produit des réactions publiques pour dénoncer les graves
violations des droits des femmes commises par des éléments du
groupe armé fondamentaliste Boko Haram au Nord du Nigeria.

En réponse à une demande de plusieurs de ses organisations
membres et partenaires confrontées à la montée de l'Islam
politique ou armé dans leur pays et des risques de reculs pour les
droits des femmes, la FIDH a lancé en 2014 un projet plurirégional
avec ses partenaires en Tunisie, en Égypte, au Maroc, au Soudan,
au Mali, en Somalie, au Nigeria, en Afghanistan, au Pakistan,
en Iran et en Turquie. En 2015, la FIDH a achevé la phase
de recherche de ce projet et démarré une phase de réflexion
stratégique. Après avoir coordonné la rédaction d'une analyse
des développements en matière de droits des femmes dans la loi
et dans la pratique dans les pays ciblés, la FIDH a organisé en
décembre à Rabat un séminaire regroupant des défenseur.e.s des
droits des femmes des pays concernés. Cette rencontre a permis
aux défenseur.e.s de partager leur expérience et d'élaborer des
stratégies d'action pour la protection des droits.
Dans un contexte mondial de menaces importantes pesant sur
les droits sexuels et reproductifs, la FIDH a renforcé ses actions
dans ce domaine. Ainsi, la FIDH et ses membres en Espagne se
sont élevés contre une tentative de durcissement de la législation
concernant l'accès des mineures à l'avortement. La FIDH et ses
organisations membres en Argentine ont également dénoncé le
manque de volonté politique du gouvernement de Cristina Fernandez à dépénaliser l'avortement. Dans la continuité de sa mission d'enquête sur les violations des droits des femmes résultant
de la prohibition de l'avortement au Sénégal, la FIDH a mené
une mission de plaidoyer à Dakar en novembre. La législation
sénégalaise relative à l'IVG est en effet l'une des plus restrictives
au monde. La FIDH et ses organisations membres ont obtenu des
engagements de la part des autorités sénégalaises en vue d'un as-

20 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

La FIDH a plaidé avec ses organisations membres pour que le Comité CEDAW prenne en compte dans les débats avec les représentants
d’État et ses observations finales nos préoccupations et recommandations s'agissant de la situation des droits des femmes en Russie,
en Ouzbékistan et au Vietnam. Le Comité CEDAW a ainsi exhorté
l'Ouzbékistan à mettre un terme à diverses pratiques odieuses telles
que les mariages précoces et forcés et la polygamie. Faisant écho au
combat de longue date mené par l'organisation membre de la FIDH
en Russie, ADC Memorial, le Comité CEDAW a par ailleurs demandé aux autorités russes de ne plus séparer les femmes migrantes
de leurs enfants dans les centres de détention temporaires pour
étrangers, et d'arrêter de placer en détention les femmes étrangères
enceintes pour violation des règles en matière d'immigration.
Lors de la journée internationale de lutte pour les droits
des femmes, la FIDH a mené une action de sensibilisation aux
violences faites aux femmes. À Tunis, la FIDH a organisé une
représentation de la pièce de théâtre « Blessées à mort » série de
récits posthumes et imaginaires de femmes qui ont perdu la vie à
la suite d’actes de violence infligés le plus souvent par un mari,
un compagnon ou ex-compagnon.
Alors que la pièce s'est exportée dans une dizaine de pays, il
s'agissait de la première représentation sur le continent africain.
Lors du spectacle, porté par des femmes connues du grand public,
les monologues, dont certains avaient été spécialement écrits par
l'ATFD, ont été lus en arabe littéraire et dialecte tunisien. La FIDH
a également diffusé une carte interactive sur le fléau des violences
faites aux femmes présentant certains des monologues de la pièce
ainsi que les actions de la FIDH sur les différents continents.
En 2015, la FIDH a aussi contribué au processus Beijing+20 destiné
à effectuer un bilan des progrès effectués en matière de respect des
droits des femmes, vingt ans après la conférence de Beijing. La
FIDH a publié une note de position dressant un constant alarmant
de la situation des droits des femmes dans le monde. Dans le cadre
du bilan réalisé à l'occasion du 15e anniversaire de l'adoption de la
résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité par le Conseil

de sécurité de l'ONU, la FIDH a également adressé cinq grandes
recommandations aux États membres des Nations unies.

> Promouvoir l'accès des femmes à la
justice
La FIDH et ses organisations membres sont impliquées, aux côtés
des victimes de crimes sexuels et sexistes, dans diverses actions de
lutte contre l'impunité, visant à permettre aux femmes d'accéder
à la justice.
Actions contentieuses
Dans le cadre de leurs programmes spécifiques en Côte d'Ivoire,
en Guinée et au Mali sur la lutte contre l'impunité des crimes les
plus graves, la FIDH et ses organisations membres ont continué
de mettre l'accent sur le droit à la justice des victimes de crimes
sexuels. En Guinée, où de nombreux viols ont été commis par des
éléments des forces de sécurité en 2009 les jours suivant la sanglante
répression d'une manifestation pacifique contre la junte au pouvoir,
la FIDH et l'OGDH ont continué d'accompagner les femmes victimes devant la justice. Suite à la plainte déposée en 2014 au nom
de 80 victimes de violences sexuelles commises par des groupes
armés fondamentalistes et touaregs durant l'occupation du nord du
Mali, la FIDH et ses partenaires ont poursuivi l'accompagnement
judiciaire de ces victimes.
FOCUS
La FIDH accompagne les femmes victimes de violences
sexuelles devant la justice ivoirienne
Parties civiles dans les procédures sur les violences
postélectorales, la FIDH et ses organisations membres avaient
constaté les lacunes des enquêtes de la justice ivoirienne sur
les violences sexuelles. En mars 2015, la FIDH et d'autres
organisations ont déposé auprès de la Cellule spéciale d'enquête
et d'instruction une note de constitution de partie civile pour 43
femmes victimes de violences sexuelles au cours de la crise
postélectorale. Dans cette procédure, la FIDH et ses partenaires
assistent des femmes des quartiers de Yopougon et d’Abobo à
Abidjan, où les affrontements ont été particulièrement intenses.
En 2015, au Pérou, le procès emblématique Chumbivilcas, premier
procès portant sur les viols de femmes indigènes commis par
l'armée au cours du conflit armé interne (1980-2000), s'est ouvert
devant la Chambre criminelle nationale de Lima. En septembre,
la FIDH a soumis à la Chambre un amicus curiae faisait état de
l'importante jurisprudence internationale et argentine considérant
le viol comme constitutif de crime contre l'humanité, et mettant
en cause non seulement la responsabilité des auteurs directs de
viols mais aussi de leurs supérieurs hiérarchiques lorsque ceux-ci
ont orchestré les violences sexuelles. L'amicus a été admis par la
Chambre criminelle. La justice péruvienne détient donc désormais
tous les arguments pour mettre en cause la responsabilité des
auteurs de ces violences.

Activités de plaidoyer aux niveaux national, régional et
international. Dans tous les pays où elles mènent des actions
contentieuses, en 2015, la FIDH et ses organisations membres ont
rencontré les plus hautes autorités afin de les amener à s'engager
contre l'impunité des crimes les plus graves, particulièrement des
crimes sexuels, et à prendre des mesures concrètes en faveur de
l'accès des femmes à la justice.
En 2014, la FIDH avait organisé une conférence à Paris, lors
de laquelle les autorités françaises ont demandé aux députés
libyens d'adopter une loi préparée par leur ministère de la justice,
reconnaissant les victimes de violences sexuelles pendant la
Révolution libyenne comme victimes de guerre et leur accordant
diverses mesures de réparation. Le lendemain de cette conférence,
le ministre de la Justice libyen a adopté le texte sous forme de
décret. La FIDH avait ensuite accompagné les autorités libyennes
tout au long de l'année afin que celles-ci bénéficient des conseils
d'experts internationaux en vue de la création d'une instance chargée
d'identifier les victimes et de leur distribuer les bénéfices concrets
prévus par le décret. Au printemps 2015, la Fondation libyenne pour
les victimes de violences sexuelles a pu commencer à identifier
les victimes dans le contexte sécuritaire très difficile du pays. Elle
poursuit également sa recherche de financement afin de pouvoir
remplir efficacement sa mission.
En octobre, le Comité des droits de l'homme des Nations unies
a reconnu la responsabilité des autorités ouzbeks pour les actes
de torture et mauvais traitements infligés à Mutabar Tadjibayeva,
directrice de Fiery Hearts Club, organisation membre de la FIDH en
Ouzbékistan, et victime de stérilisation forcée et d'un viol collectif
lors de sa détention dans le pays. Faisant écho aux préoccupations
soulevées par la FIDH et une autre de ses organisations membres en
Ouzbékistan, l'Uzbek Bureau for Human Rights and Rule of Law,
le Comité CEDAW a également demandé au gouvernement ouzbek
de garantir la protection des femmes défenseures détenues contre
les actes de violences.

Extrait du Rapport annuel BD 2015 de la FIDH. Illustration de Glez (Burkina Faso)
© Cartooning for Peace.

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 21

Exemples de résultats obtenus
La FIDH et ses organisations membres ont permis ou contribué à/au :
Contribution à l'égalité entre les femmes et les hommes en droit
Égypte
• La dénonciation de la hausse des violences sexuelles à
l'encontre de toutes les personnes appréhendées par les forces
de sécurité égyptiennes depuis le coup d'état d'El Sissi.
Maroc
• L'annonce par le Roi de la dépénalisation de l'avortement en
cas de malformation du fœtus, de viol et d'inceste.
Tunisie
• Aux discussions sur le projet de loi intégral sur les violences
à l'égard des femmes. La FIDH a été consultée à multiples
reprises sur les dispositions de ce projet.
Sénégal
• L 'inclusion de recommandations en faveur de la
décriminalisation de l'avortement au Sénégal dans les rapports
de trois instances des Nations unies : le Comité CEDAW, le
Groupe de travail sur les lois et pratiques discriminatoires
à l'égard des femmes et le Comité sur les droits de l'enfant,
conformément au plaidoyer de la FIDH et de ses membres.

Tadjibayeva (directrice de Fiery Hearts Club, organisation
membre de la FIDH en Ouzbékistan), victime de stérilisation
forcée et d'un viol collectif pendant sa détention. Le Comité
CEDAW a également demandé au gouvernement ouzbek de
garantir la protection des femmes défenseures détenues contre
les actes de violences.
Libye
• Démarrage du fonctionnement de la Fondation libyenne pour
les victimes de violences sexuelles depuis le printemps 2015.
La Fondation identifie les victimes dans le contexte sécuritaire
très difficile du pays et poursuit sa recherche de financement
afin de pouvoir leur accorder les bénéfices auxquels elles ont
droit en vertu du droit libyen.
Côte d'Ivoire
• L'accès à la justice ivoirienne de 43 femmes victimes de
violences sexuelles pendant la crise postélectorale.
Pérou
• A la justice péruvienne de détenir tous les arguments pour
mettre en cause la responsabilité de membres des forces armées
péruviennes qui ont commis des viols au cours du conflit armé
interne, ainsi que de leurs supérieurs hiérarchiques qui ont
orchestré la commission de ces viols.

Mali
• L'adoption d'une loi instaurant un quota de 30 % de femmes
dans les fonctions nominatives et électives.
Vietnam
• L'adoption par le Comité CEDAW d'observations finales
adressées aux autorités vietnamiennes qui reprennent les
préoccupations et recommandations de la FIDH et de son
organisation membre.
Russie
• L'adoption par le Comité CEDAW d'observations finales
relayant des revendications de longue date de l'organisation
membre de la FIDH en Russie, ADC Memorial, en faveur des
femmes migrantes en détention.

HYPOCRISIE AU SOMMET DE L’ÉTAT :
LES VIOLENCES SEXUELLES COMMISES
PAR LES FORCES DE L’ORDRE EN ÉGYPTE
Article premier : Tous les êtres humains naissent libres
et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit
de fraternité. Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration,
sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion,
d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée
sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire
soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. Article 3 : Tout individu a droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4 : Nul ne sera tenu en servitude ;

Ouzbékistan
• La reconnaissance par le Comité des droits de l'homme des
Nations unies de la responsabilité des autorités ouzbeks dans
les actes de torture et les mauvais traitements subis par Mutabar

22 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Mai 2015 / N°661f

Promotion de l'accès des femmesà la justice

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires
10 missions internationales d'enquête, judiciaire et de plaidoyer (Sénégal, Mali, Guinée, Côte d'Ivoire)
61 Communiqués de presse
Soutien au plaidoyer de 5 défenseurs (Russie, Vietnam, Sénégal) auprès des OIG, mécanismes pertinents
régionaux et internationaux et de représentants d'États influents
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :
- Devant les tribunaux guinéens : soutien à des victimes des violations du massacre du 28 septembre 2009.
- Devant les tribunaux ivoiriens : soutien à des victimes des violences postélectorales de 2010.
- Devant les tribunaux maliens : soutien à des victimes des groupes armés du nord.
- Devant le Groupe de travail des Nations unies sur les lois et pratiques discriminatoires à l'égard des femmes :
1 communication sur le Sénégal, 1 communication sur l'Égypte.
- Devant la Rapporteure Spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes, ses causes et ses
conséquences : 1 communication contre l'Égypte.
Séminaires stratégiques :
- Tunisie : un séminaire sur l'harmonisation de la législation avec les dispositions de la Constitution (octobre 2015).
- Arc de crise : un séminaire de réflexion sur les stratégies de lutte contre l'impact de l'islam politique sur les
droits des femmes en Turquie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte, en Afghanistan, en Iran, au Pakistan, au
Nigéria, au Mali, en Somalie et au Soudan (décembre 2015).
Outils de sensibilisation:
- Une représentation de la pièce de théâtre « Blessées à mort » a été organisée
à Tunis à l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des
femmes. Une carte interactive sur les violences faites aux femmes reprenant
certains témoignages de la pièce et les actions menées par la FIDH contre les
violences à l'égard des femmes a aussi été publiée à l'occasion du 8 mars.
Campagnes et partenariats : Coalition pour l'Égalité sans réserve ; l'Afrique
pour les droits des femmes : ratifier et respecter ! ; Coalition internationale pour
la Cour pénale internationale ; Conférence syndicale internationale ; Festival
international du cinéma des femmes de Herat, Afghanistan ; One World Film
Festival.

Rapports
Beijing + 20 : La promesse d'égalité n'a pas été
tenue (mars 2015).
Égypte : Exposing State Hypocrisy : Sexual
Violence by Security Forces in Egypt (juin 2015).
Vietnam : Violations of the Rights of Women
in the Socialist Republic of Vietnam (Vietnam
Committee on Human Rights / FIDH) (juin 2015).
Ouzbékistan : Uzbekistan's Implementation of
the CEDAW (Uzbek Bureau for Human Rights
and Rule of Law / FIDH) (septembre 2015).
Russie : Different Forms of Gender
Discrimination in Russia : From the Professions
Forbidden for Women by the State to Harmful
Traditional Practices (ADC Memorial / FIDH)
(2015).
UN High-Level Debate on Resolution 1325:
Time for the Security Council to act on Women,
Peace and Security (12 octobre 2015).

Stade de Conakry, où a eu lieu le massacre du 28 septembre 2009. DR

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Priorité 3

Promouvoir et protéger
les droits des migrants
Contexte et défis
Les violations des droits des personnes migrantes s'aggravent
- à chaque étape de leur parcours - avec le renforcement croissant du contrôle exercé sur la mobilité humaine et l'adoption de
politiques qui font primer de prétendus intérêts économiques
et sécuritaires sur le respect des droits humains.
Il est estimé que fin 2015, 4.6 millions de personnes avaient fui la
Syrie en conflit. La plupart se trouvent dans les pays voisins : 2,6
millions en Turquie, 1,1 million au Liban et plus de 600 000 en
Jordanie. Une très faible proportion des réfugiés a été accueillie
en dehors de la région. La réponse européenne à l'exode syrien a
été honteuse. L'Allemagne a proposé environs 40 000 places de
réinstallation, et les 26 autres États membres de l'Union européenne (UE) environ 30 000. Ces places s'ajoutent à l'engagement
pris par les États membres de relocaliser 160 000 demandeurs
d'asile présents en Grèce et en Italie dans le but de rééquilibrer
le traitement des demandes d'asile sur le territoire européen, démontrant ainsi l'inadéquation totale du Règlement de Dublin. Ces
promesses sont dérisoires compte tenu de la situation actuelle.
Face au flux de réfugiés qui arrivent en Europe, l'UE n'a eu de
cesse de se barricader à l'aide de plusieurs instruments : Eurosur,
l'agence Frontex bientôt dotée d'un nouveau mandat renforcé,
une coopération avec l'OTAN en mer Égée visant à refouler
les « migrants irréguliers » vers la Turquie, la construction de
barrières aux frontières, l'externalisation de la prévention de
l'immigration « irrégulière », de l'accueil des réfugiés et du traitement de leur demande d'asile par des pays tiers, l'octroi du statut
de « pays sûr » à des États responsables de violations des droits
humains, ainsi qu'une série d'autres décisions abjectes consistant
à déshumaniser les personnes migrantes. Les moyens utilisés par
l'Europe pour empêcher les personnes fuyant les persécutions
ou la misère d'accéder à son territoire sont souvent contestables
voire contraire au droit international et européen (violations du
droit d'asile, du principe de non-refoulement…) et sont in fine
d'une redoutable inefficacité. En l'absence de voies de migration
légales et sûres, de plus en plus de réfugiés sont contraints de risquer leur vie en empruntant des routes toujours plus dangereuses.
Voyant la politique de fermeture des frontières européennes
échouer, certains États membres tentent de contenir les réfugiés
sur le territoire d'autres États membres tels que la Grèce ou la
24 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

France. À Calais, les autorités françaises bloquent le passage
des exilés vers la Grande-Bretagne. Ces derniers vivent dans
des conditions déplorables.
En réponse à la pression exercée par les Etats-Unis visant à
réduire les entrées sur son territoire, 800 000 personnes originaires d'Amérique centrale ont été expulsées depuis 2010 par
les États-Unis et le Mexique. Le parcours des migrants traversant le Mexique continue à être parsemé de violences dont de
très nombreux viols, enlèvements et extorsion dont les auteurs
bénéficient d'une impunité quasi-totale. Aux Etats-Unis, les
moyens alloués aux mesures sécuritaires ont été augmentés
afin de permettre l'agrandissement des centres de détention et
la mise en place de nouvelles technologies de surveillance.
L'Australie poursuit sa politique visant à empêcher les bateaux de
personnes migrantes d'atteindre le sol australien, en transférant
les passagers à l’île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée
ou à Nauru, où ils sont détenus dans des centres surpeuplés et
insalubres, en attendant une décision sur leur statut de réfugié
et une éventuelle réinstallation dans un pays tiers. Certains sont
renvoyés dans leur pays d'origine en violation du principe de
non-refoulement.
Compte tenu de l'attraction qu'exercent les pays émergents (Brésil,
Inde, Chine), des États pétroliers comme ceux du Golfe ou certains
pays d'Afrique, et étant donné l'exode massif des Syriens et Irakiens
vers les pays voisins, la grande majorité des migrations ne s’effectue
pas, contrairement à certaines idées reçues, vers les pays occidentaux. Les travailleurs migrants, spécialement lorsqu'ils se trouvent
en situation irrégulière, sont souvent exploités par des employeurs
ou des agences de recrutement. Dans ce contexte, il est d'autant
plus important de mettre les autorités des pays d'origine face à leurs
responsabilités afin qu'elles adoptent les mesures nécessaires pour
protéger leurs ressortissants travaillant à l'étranger.
Dans les pays du Golfe, des millions de travailleurs migrants,
principalement en provenance d'Asie et d'Afrique, sont pris au
piège du système des sponsors (kafala) qui les enchaîne à leur
employeur et les empêche de quitter leur emploi et même le
pays. Ils sont ainsi victimes de travail forcé, de pratiques illégales telles que le non-paiement des salaires, la confiscation
de leur passeport et subissent parfois des violences physiques

et sexuelles. Le manque d'information sur les voies de recours
existantes et la corruption les empêchent d'obtenir justice. Les
travailleurs domestiques, dont la majorité sont des femmes, sont
trop souvent exclus du droit du travail applicable aux employés
des autres secteurs. De plus, ils travaillent et vivent au domicile
de leur employeur, ce qui les rend particulièrement vulnérables
aux abus et à l'exploitation. La situation des travailleurs migrants au Qatar qui avait suscité l'attention de la communauté
internationale dans le contexte des préparatifs de la Coupe du
Monde de football de 2022, avait mis en lumière les conditions
de travail des ouvriers étrangers dans ce pays et les nombreux
décès. Ce sujet est désormais beaucoup moins médiatisé. Si les
autorités, sous la pression, s’étaient engagées à réformer la kafala, fin 2015, elles n'ont finalement adopté que des réformes
cosmétiques, dénoncées par plusieurs organisations de défense
des droits humains, qui ne permettront pas de prévenir les abus.
En Asie centrale, beaucoup continuent de migrer vers la Russie
et, dans une moindre mesure, le Kazakhstan, à la recherche de
travail. Bien que les économies des pays de départ dépendent
des sommes envoyées à leurs familles par les personnes migrantes, ces exilés demeurent très vulnérables à l'exploitation.
Depuis plusieurs années, la situation des personnes migrantes
en Russie s'aggrave. Les législations sur l'entrée et le séjour
se sont durcies et les discriminations sont alimentées par des
discours politiques et médiatiques xénophobes. Les violations
spécifiques subies par les femmes et les enfants affectés par
la migration dans cette région demeurent sous-documentées.
Toutes ces violations sont caractérisées par un accès extrêmement limité à des mécanismes de recours, qui exacerbe la vulnérabilité des victimes. Outre les discriminations, les exilés sont
confrontés à la barrière de la langue, au manque d'information
et à des difficultés pour accéder à une assistance juridique ou
une représentation légale. Les personnes migrantes en situation
irrégulière risquent d’être arrêtées, détenues ou expulsées et ont
donc souvent peur de faire appel à la police ou à la justice. Dans
de nombreux cas, les obstacles sont renforcés par la nature
même de la violation (par exemple, le retour forcé, en violation
du principe de non-refoulement) ou le lieu isolé de l'exaction
(interceptions en mer, abandon dans les déserts).

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action

> Renforcer les politiques et lois
nationales pour la protection des droits
des personnes migrantes

elles ne sont souvent pas en mesure de faire valoir leurs droits et
demeurent peu visibles. Le travail d'enquête et de dénonciation
publique des violations de leurs droits est donc particulièrement
nécessaire. Conformément à son plan d'action pluriannuel, la FIDH,
avec ses organisations membres, a documenté ces violations dans
les pays de départ, de transit et de destination des exilés et porté ses
conclusions et recommandations auprès des autorités nationales et
d'instances internationales.
En 2015, ces actions de documentation à travers des enquêtes, des
rapports, des communiqués de presse, ont porté principalement
sur le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, la Russie, le
Koweït, le Maroc et l'Union européenne.
FOCUS
La FIDH fait le bilan de la politique migratoire du Maroc
La FIDH et son organisation partenaire au Maroc, le GADEM,
ont publié un bilan de la politique migratoire marocaine. Ce
rapport a pris acte des efforts fournis par le gouvernement et
présenté le développement de l'opération exceptionnelle de
régularisation des personnes migrantes sans-papier débutée
en 2014. La FIDH et le GADEM ont souligné les problèmes
rencontrés dans le cadre de cette opération (manque de cohérence
dans le traitement des demandes par les différents bureaux,
application trop stricte des critères de régularisation, manque
de flexibilité concernant les justificatifs à fournir...), qui n'a pas
atteint les résultats escomptés en n'aboutissant à la régularisation
que de 18 000 personnes sur 27 000 demandes. Par ailleurs, la
FIDH et le GADEM se sont inquiétés des opérations massives
d’arrestation et d’enfermement des migrants, notamment dans
la forêt de Gourougou, zone frontalière de la ville de Melilla.
S'agissant du Koweït, la FIDH et son organisation membre, HumanLine, ont continué à enquêter sur la situation des travailleurs
migrants et des apatrides (Bidun). Depuis 2013, la FIDH documente les violations des droits des travailleurs étrangers exploités
en vertu du système de la Kafala selon lequel les travailleurs
migrants doivent être placés sous la tutelle d'un sponsor tout au
long de leur séjour au Koweït. La FIDH documente également la
situation des Bidun, désormais considérés par les autorités koweïtiennes comme des résidents illégaux.
Plaider aux niveaux national, régional et international pour la
protection des droits des personnes migrantes
En 2015, la FIDH a continué à dénoncer la responsabilité de la
politique de sécurisation des frontières menée par l'UE et ses États
membres dans le drame des migrants morts en Méditerranée, et à
plaider en faveur d'une politique migratoire européenne respectueuse des droits des personnes migrantes.

Enquêter et alerter sur les droits des personnes migrantes
Considérant le fait que les personnes migrantes se trouvent parfois
dans des situations précaires qui les rendent particulièrement
vulnérables (sans permis de séjour ou de travail, exploitées
par leur employeur, ostracisées par les populations locales...),

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 25

FOCUS
La FIDH épingle la politique migratoire honteuse de l'UE
et de ses Etats membres
Suite à la série de naufrages particulièrement meurtriers
survenus au printemps au large des côtes libyenne et italienne,
la FIDH (à travers 16 communiqués de presse, lettres ouvertes
et tribunes, des réunions et interactions avec la Commission,
des parlementaires et l'agence Frontex de l'Union européenne
ainsi que le Rapporteur spécial des Nations unies sur les
migrants), n'a cessé de dénoncer les réponses inadaptées
fournies par les institutions et États européens (augmentation
du budget de Frontex, renforcement de la coopération policière,
tentative d'obtention d'un consensus au sein du Conseil
de sécurité afin d'autoriser la destruction des bateaux de
passeurs...). La FIDH a également plaidé sans relâche auprès
des instances européennes et notamment du Conseil européen
en faveur de l'ouverture de voies de migration légales et sûres,
afin que les personnes migrantes, et notamment les réfugiés,
puissent accéder au territoire européen sans risquer leur vie.
Alarmées par le faible nombre de Syriens présents en France, la
FIDH, son organisation membre en France, la Ligue des droits de
l'homme (LDH) et le Réseau Euromed Droits, ont plaidé auprès
des autorités françaises en faveur de l'ouverture des voies d'accès
légales au territoire français. Suite à une question parlementaire
posée au ministère de l'Intérieur concernant le nombre de visas
de tous types accordés par la France aux personnes de Syrie,
la FIDH, la LDH et le Réseau Euromed Droits ont contribué
à l'organisation d'un colloque à l'Assemblée nationale. Cette
rencontre a permis aux autorités françaises de s'entretenir avec
la société civile et d'entendre le témoignage d'un réfugié Syrien
concernant les difficultés rencontrées par les personnes de Syrie
pour accéder au territoire français. Des solutions pour ouvrir
les voies d'accès légal aux personnes en besoin de protection
internationale ont été recherchées.
Le rapport de la FIDH faisant le bilan de la politique migratoire du
Maroc a été transmis aux autorités. Le 26 octobre, la Commission
nationale de suivi et de recours en charge de la procédure d'appel
contre les décisions de rejet des demandes de régularisation a
annoncé avoir adopté de nouvelles mesures permettant de
régulariser 92 % des étrangers ayant déposé une demande. Ces
nouvelles mesures constituent une avancée significative de la
nouvelle politique migratoire. La FIDH et le GADEM continuent
de suivre de près leur mise en œuvre effective.
Dans la continuité de ses enquêtes sur la situation des personnes
en migration en Asie centrale, la FIDH a commencé à l'automne
un nouveau programme visant à appuyer le plaidoyer des
organisations Kirghiz et Kazakh en faveur des personnes
originaires du Kirghizstan et du Kazakhstan qui émigrent vers
le Kazakhstan et la Russie. Avec ses organisations membres, la
FIDH a d'abord rencontré les représentants d'organisations de
défense des droits des migrants au Kirghizstan et au Kazakhstan,
afin de dresser une cartographie de ces associations et d’identifier

26 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

leurs besoins. Cette activité a constitué la première étape d'un
processus de collaboration avec les organisations identifiées, qui
doit se poursuivre en 2016. Les prochaines étapes consisteront à
déterminer de manière collégiale les thèmes les plus pertinents
sur lesquels enquêter, à réaliser des missions communes de
documentation des violations et à mener un plaidoyer conjoint
auprès des autorités des deux pays.

> Renforcer la responsabilité des
acteurs en matière de violation
des droits humains des personnes
migrantes
Afin de lutter contre l'impunité, influencer les politiques
migratoires et veiller à la prévention de nouvelles violations, la
FIDH a développé des actions judiciaires stratégiques dans des
affaires de violations des droits des personnes migrantes. La FIDH
participe notamment à des procédures judiciaires portant sur des
violations des droits humains en mer Méditerranée, favorisées
par les politiques migratoires de l'UE et de ses États membres.
En mars 2011, alors que des États effectuaient des patrouilles
dans le cadre de l'opération de l'OTAN contre le régime
de Kadhafi, 72 migrants qui fuyaient la Libye à bord d'une
embarcation de fortune ont été laissés à la dérive. Des alertes
de détresse ont été envoyées aux gardes-côtes italiens, à
l'OTAN, ainsi qu'à tous les bateaux présents dans cette zone.
Des hélicoptères et un bateau militaire ont vu l'embarcation
mais ne sont pas venus en aide aux passagers. Après 15 jours,
le bateau a été rejeté sur les côtes libyennes avec 11 survivants.
2 sont morts peu après leur débarquement. 63 personnes, dont
20 femmes et 3 enfants, ont ainsi trouvé la mort faute de secours.
Afin d'établir les responsabilités des armées présentes dans la
zone au moment du drame, la FIDH, le Gisti, les ligues des
droits de l'homme française et belge et Migreurop ont constitué
un groupe d'avocats pour travailler sur l'affaire. Ces derniers
ont initié des procédures, souvent au nom de survivants, en
Italie, en France, en Belgique et en Espagne entre 2012 et 2014.
Des demandes de communication d’informations ont aussi
été déposées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada
afin d’obtenir des précisions sur les actions des armées de ces
trois pays en Méditerranée à la période des faits litigieux. En
initiant de telles procédures au niveau national, la FIDH et ses
partenaires démontrent que la mer n'est pas une zone de nondroit et que ces crimes ne peuvent pas rester impunis. En cas
de rejet des plaintes au niveau national, des recours pourront
ainsi être introduits devant la Cour européenne des droits de
l'homme. En mai, la FIDH et le Gisti ont réuni les avocats qui
travaillent sur les plaintes dans chacun des pays, le père Zeraï
(un prêtre érythréen qui porte secours aux migrants en détresse),
des associatifs, des experts indépendants et étudiants, afin de
dresser un état des lieux des procédures en cours et d'explorer
diverses pistes contentieuses au niveau international.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au :
Renforcement des politiques et lois nationales pour la protection des droits des migrants
Maroc
•L 
'annonce en octobre par la Commission nationale de suivi et de
recours d'un assouplissement des critères de régularisation des
personnes sans-papier conformément au plaidoyer de la FIDH et
de ses organisations membres et partenaires, afin de permettre la
régularisation de 92 % des étrangers ayant déposé une demande.
Conformément à la suggestion de la FIDH d'assouplir les règles
de preuve, la Commission a par exemple décidé de régulariser
les étrangers pouvant justifier d’une activité professionnelle mais
démunis de contrats de travail ou encore les étrangers ayant affirmé
résider au Maroc depuis plus de 5 ans, mais n’ayant pu le prouver.
Tadjikistan
•L 
'adoption en mars par le Comité des Nations unies sur les droits
économiques, sociaux et culturels de recommandations pertinentes
concernant les travailleurs migrants, à l'intention des autorités du
Tadjikistan, reprenant les préoccupations et recommandations de
la FIDH et de ses partenaires.
Koweït
• L'adoption en janvier par le Groupe de travail de l'Examen
périodique universel sur le Koweït de recommandations relayant
les préoccupations de la FIDH et de la Kuwait Civil Alliance.
Grèce
• L'annonce en février par le gouvernement grec de la fermeture des

centres de rétention où sont enfermées les personnes entrées sur le
territoire grec de manière irrégulière.
Renforcement de la responsabilité des acteurs en matière de
violation des droits humains
Affaire du « bateau abandonné à la mort »
• La sensibilisation de l'opinion publique et des médias au déni
de justice dans cette affaire et à la nécessité d'identifier l'État
responsabledont l'armée a été en contact avec les occupants du
bateau sans leur porter secours.
Frontex
• La sensibilisation de l'opinion publique au rôle de Frontex, à
l’impact de ses actions sur les droits humains et aux dangers du
renforcement de l'agence.
Nations unies
• L'adoption, par le Rapporteur spécial des Nations unies sur les
droits humains des personnes migrantes, de recommandations
reprenant celles prônées par la FIDH. Le Rapporteur spécial a
notamment recommandé à Frontex d'accroître les ressources et
l’indépendance conférées au responsable des droits fondamentaux
de l'agence, ou encore de créer un mécanisme de plaintes
individuelles pour les violations des droits humains des migrants
et de suspendre ou mettre fin à ses opérations en cas de violation
persistante et grave. Conformément aux préconisations de la
FIDH, le Rapporteur spécial a aussi par exemple recommandé à la
Commission européenne d'enquêter sur les violations et d'engager
sans délai des procédures à l’encontre des États membres qui
violent les dispositions de la Charte des droits fondamentaux de
l’Union européenne en ce qui concerne les droits des migrants.

Visuel partagé sur les réseaux sociaux à l'occasion de la Journée Mondiale des Réfugiés (20 juin 2015). © Agence Saatchi

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 27

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires
72 communiqués de presse
Soutien au plaidoyer de 4 défenseurs (Russie, Vietnam) auprès des OIG, mécanismes pertinents régionaux et
internationaux et de représentants d’États influents.
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires initiées et suivies par la FIDH :
- Devant les tribunaux français, espagnols, belges : l'affaire du bateau abandonné à la mort.
- Devant le Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des migrants : communication sur la politique migratoire
de l'UE et des États membres.
Atelier stratégique :
Affaire du « bateau abandonné à la mort » : atelier sur l'état
des lieux des procédures nationales et le suivi de la stratégie
contentieuse organisé par la FIDH et le Gisti.
Partenariats : Conférence syndicale internationale : Union
Network International ; Global Campaign for the ratification
of the convention on the rights of migrants ; Migreurop ; Boats
4 people ; Frontexit.

Rapports
Maroc : Entre rafles et régularisations. Bilan d'une
politique migratoire indécise.
Europe : En finir avec la honte de l'Europe : lettre
ouverte au Conseil européen.
Europe : Tribune / Ce que l'Europe représente.
Europe : Les 10 cadeaux empoisonnés de Frontex pour
son 10e anniversaire.

Décharge de Mithimna, carcasses de bateaux avec des milliers de gilets de sauvetage utilisés par les réfugiés et les migrants au cours de leur voyage à travers la mer Egée (le 19
Février 2016). Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré : l'UE et la Turquie organiseront un sommet spécial au début de Mars pour faire avancer un accord pour
endiguer la crise de la migration". © ARIS MESSINIS / AFP

28 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Priorité 4

Promouvoir l’administration
de la justice et lutter contre
l’impunité
1. Contexte et défis
Le droit à un recours effectif pour les victimes de
crimes internationaux
Combattre l’impunité des graves violations des droits humains et
des crimes internationaux est indispensable pour contribuer à leur
prévention, à la répression de leurs auteurs, à renforcer l'effectivité
des droits des victimes et, à terme, au renforcement de l’Etat de
droit. Le recours des victimes aux tribunaux nationaux des pays où
ces crimes ont été commis est le premier exercice de leur droit à la
vérité, à la justice et à la réparation. Mais suivant les contextes et les
pays, le manque de capacité ou de volonté des autorités à poursuivre
les auteurs de ces crimes peut rendre impossible l'accès aux voies de
recours internes. D'autres mécanismes extranationaux, régionaux ou
internationaux doivent alors être explorés et renforcés.
D'importantes avancées judiciaires devant des tribunaux nationaux
concernant des crimes internationaux ont été réalisées en 2015. C'est
le cas notamment en Guinée, au Mali et en Côte d'Ivoire où des
procédures sont menées pour crimes de guerre et crimes contre
l'humanité. La procédure ouverte en Haïti sur les crimes commis
sous le régime du dictateur Jean-Claude Duvalier, bien que ralentie
par le contexte électoral, poursuit son cours. C'est le cas également
des procédures ouvertes en France visant des entreprises françaises
qui auraient vendu des technologies de surveillance utilisées par les
régimes de Kadhafi et de Bachar el-Assad pour arrêter et torturer des
opposants politiques ou perçus comme tels. L'attention a également
porté sur les développements au Guatemala de la procédure contre
l'ex-président Rios Montt accusé de crimes contre l'humanité et de
génocide pour sa responsabilité dans les homicides et la torture de
1 771 autochtones mayas ixils et dont la condamnation prononcée
en 2013 a été annulée par la Cour constitutionnelle dix jours plus
tard en raison d’allégations d’irrégularités de procédure.
L'activation de la compétence extraterritoriale des tribunaux
nationaux — qui leur permet de poursuivre les auteurs de crimes
commis à l'étranger, y compris lorsque les suspects et les victimes

sont étrangères — est indispensable pour effectivement briser
l'impunité des crimes. Si d'importants obstacles politiques peuvent
limiter sa mise en œuvre, l'activation de cette compétence est en
cours dans de nombreux pays, y compris du sud. A cet égard, le
soutien aux victimes dans leur quête de justice fut essentiel en
2015 dans les procédures entamées sur les crimes du Franquisme
devant les juridictions argentines, l'assassinat de défenseurs
congolais devant les tribunaux sénégalais, ou encore les crimes
internationaux commis en Syrie devant la justice française, pour
n'en donner que quelques exemples. Le renforcement de pôles
nationaux spécialisés dans la poursuite des crimes internationaux
et celui du Réseau européen des points de contacts sur le génocide,
crimes contre l'humanité et crimes de guerre aux fins de permettre
le développement de ces procédures constitue également un défi
majeur, afin de renforcer la capacité des juridictions nationales à
poursuivre les crimes internationaux.
Les tribunaux hybrides, appliquant un droit inspiré du droit interne et international, doté de personnels nationaux et internationaux, ont connu de nouveaux développements en 2015. Les
Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens
(CETC) continuent le procès dans le dossier 002 à l'encontre
des deux anciens dirigeants Khmers Rouges de haut rang, Khieu
Samphan et Nuon Chea et a ouvert de nouvelles procédures contre d'autres anciens Khmers rouges. Au Sénégal, les Chambres
africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises
(CAEJS) ont ouvert le procès de l'ancien chef d'Etat du Tchad
Hissène Habré pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre
et torture perpétrés sous sa présidence au Tchad entre 1982 et
1990. A la suite d'une forte mobilisation de la société civile, la
Cour pénale spéciale a été créée en Centrafrique. Elle doit désormais, pour devenir pleinement opérationnelle, être dotée de tous
les moyens nécessaires pour accomplir son mandat. La société
civile s'est également mobilisée pour la création de juridictions
mixtes au Sud Soudan, en RDC et au Sri Lanka, où l'impunité
des crimes internationaux commis est totale.
En 2015, la Cour pénale internationale (CPI) a continué ses enquêtes et poursuites dans huit situations en Afrique (Ouganda,
F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 29

RDC, RCA, Kenya, Soudan, Libye, Côte d'Ivoire, Mali). Dix
ans après l'émission d'un mandat d'arrêt à son encontre, Dominic Ongwen, ancien chef de l'Armée de Résistance du Seigneur
en Ouganda a été transféré à la CPI en janvier. En septembre,
la CPI a émis sont premier mandat d'arrêt dans la situation au
Mali contre Ahmad Al Faqi Al Mahdi, « Abu Tourab », qui, une
semaine plus tard comparaissait devant les juges à la Haye. Il est
poursuivi pour la destruction de sites culturels à Tombouctou en
2012, constitutifs de crimes de guerre. C'est la première fois que
la CPI poursuit ces crimes.
Mais la compétence de la CPI s'est aussi élargie à d'autres situations,
d'autres régions. La Palestine a reconnu la compétence de la Cour
sur les crimes commis sur son territoire depuis le 13 juin 2014 puis
a ratifié le Statut de la CPI le 2 janvier 2015. Le 16 janvier, la Procureure annonçait l'ouverture d'un examen préliminaire en Palestine.
Le 8 septembre 2015, l'Ukraine a également élargi sa déclaration
de compétence de la CPI concernant des crimes présumés commis
sur son territoire depuis le 20 février 2014. La Procureure de la CPI
a également demandé dès octobre 2015 à ce qu'une enquête soit
ouverte sur les crimes commis lors du conflit de 2008 en Géorgie.
Parallèlement, le Bureau du Procureur a mis fin à l'examen préliminaire au Honduras. Et il examinait avec attention les accords de
paix entre le gouvernement colombien et les FARCs, et leur éventuel impact sur son examen préliminaire en cours en Colombie.
Le défaut de coopération des États avec la CPI et les limites imposées à ses ressources, ont continué de constituer des freins majeurs
à son action. Ainsi Omar el Béchir, président soudanais, visé par
plusieurs mandats d’arrêts de la CPI a continué de voyager sans
être inquiété, même si la justice sud-africaine a estimé que Béchir
aurait du être arrêté et transféré à la CPI lors de sa visite écourtée en
Afrique du Sud en juin 2015. Le manque de coopération de la part
des autorités kényanes avec le Bureau du Procureur et les allégations
de menaces et de corruption visant des témoins clés de l’accusation,
ont continué à entraver la procédure en cours concernant l'affaire
Ruto et Sang. Une nouvelle fois, la session de l'Assemblée des Etats
parties a été largement mobilisée par les demandes de l'Afrique du
Sud, et du Kenya d'engager des débats politiques sur des questions
d'ordre essentiellement judiciaire ou en cours devant la CPI.
Par ailleurs, le projet de réforme du Greffe mené par le Greffier
de la CPI, a été un enjeu important de cette année considérant ses
conséquences sur la participation et la représentation légale des
victimes aux procédures devant la CPI. La CPI a également entamé son mandat de réparation, avec la présentation par le Fonds
au profit des victimes de son plan de mise en œuvre de la première
ordonnance de réparation rendue dans l'affaire Lubanga.
Enfin, la mise en exergue de la responsabilité des États dans la
commission de crimes internationaux continuera d'être un recours essentiel pour les victimes notamment lorsque l'impunité
prévaut au niveau national, rendant impossible l’établissement
de responsabilités pénales individuelles. Les organes des traités
judiciaires et quasi-judiciaires internationaux et régionaux ont
un rôle à jouer à cet égard.

30 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

L'administration d'une justice effective et
équitable
L'année 2015 a été marquée par une importante recrudescence de
condamnations à mort pour les infractions liées au trafic de drogue
et au terrorisme, au terme de procès marqués par des manquements graves au droit à un procès équitable. L'Arabie Saoudite a
connu une importante augmentation de 68 % d'exécutions, portant
à 158 le nombre de celles-ci. Les condamnations à mort sont en
augmentation également au Bahreïn, même si elles n'ont pas été
exécutées depuis 2010. En Libye, le procès des anciens dignitaires
du régime Kadhafi s'est clôt par la condamnation à mort de neuf
d'entre eux dont son fils, Saif al Islam Kadhafi, et son ancien chef
des services de sécurité, Abdullah al-Senussi. En Asie, le Pakistan
a levé définitivement le moratoire sur les exécutions et procédé à
des exécutions en masse, y compris de mineurs délinquants, pour
des infractions liées au terrorisme. Malgré une importante mobilisation de la communauté internationale, le président d'Indonésie a
autorisé à nouveau les exécutions de condamnés à mort pour trafic
de stupéfiants. L'Iran a connu depuis 1989 son plus grand nombre
d'exécutions, en particulier de mineurs et en public. La société
civile abolitionniste s'est beaucoup mobilisée sur la problématique
de la peine de mort liée au trafic de drogue, thème retenu pour
la Journée mondiale contre la peine de mort. Elle a également
continué son plaidoyer pour l'adoption du protocole additionnel
à la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples sur
l'abolition de la peine de mort en Afrique.
Par ailleurs, la lutte contre l'impunité des auteurs de torture et
de disparitions forcées est demeurée un défi toujours aussi grand
dans de nombreux pays. L'action de la société civile reste déterminante pour alerter et documenter ces crimes, engager des actions
contentieuses stratégiques aux fins d'établir la responsabilité des
Etats et des auteurs de ces crimes, et plaider auprès des Etats
pour la ratification de la Convention poue la protection de toutes
les personnes contre les disparitions forcées et de la Convention
contre la torture et l'incorporation de leurs dispositions dans les
droits internes.
Enfin, la lutte contre le terrorisme dans le respect des droits humains fut une problématique majeure en 2015, considérant l'action
des groupes fondamentalistes tels AQMI, Daesh, les Talibans,
Shebab et Boko Haram qui tyrannisent les populations à travers
des massacres et attentats terroristes et annihilent toute liberté des
individus se trouvant dans les territoires sur leur contrôle. Certains
États ont continué par ailleurs à utiliser le prétexte de la lutte contre le terrorisme pour réprimer des mouvements de contestation
non violents et engager des poursuites contre les défenseurs des
droits de l’Homme. Et une attention particulière a du être portée
sur les Etats démocratiques qui ont pris des mesures attentatoires
aux libertés, notamment à travers l’adoption de législations sécuritaires, en réponse aux attentats, au risque de compromettre le
difficile équilibre entre sécurité et respect des libertés, ainsi que
la cohésion sociale.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action

France depuis 1994, continuera d’être suivie très étroitement par la
FIDH, afin de contribuer à des développements judiciaires.

> Renforcer le droit à un recours
effectif pour les victimes de crimes
internationaux

La FIDH a par ailleurs poursuivi son implication dans la procédure ouverte en France pour crimes de guerre suite à l’assassinat
d’un journaliste français, Remi Ochlik, et de la tentative
d'assassinat sur une journaliste française, Edith Bouvier, alors
qu'ils couvraient avec d'autres journalistes le pilonnage du quartier
de Baba Amr à Homs par l'armée syrienne, le 22 février 2012. Sous
l'impulsion de la FIDH constituée partie civile dans cette affaire, les
faits (initialement qualifiés d’assassinat et de tentative d’assassinat)
avaient été requalifiés en octobre 2014 en crimes de guerre et la
procédure confiée au pôle crimes contre l'humanité, crimes et délits
de guerre du Tribunal de Grande Instance de Paris. La FIDH a également contribué à la demande officielle en avril 2015 par la justice
française à la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie pour
que celle-ci transmette à la juge d'instruction les annexes confidentielles de son rapport concernant les crimes internationaux commis à Baba Amr en février 2012. Par ailleurs, la FIDH a organisé
trois missions à Istanbul en 2015 avec notamment pour objectif
d'identifier des témoins susceptibles de contribuer à l'enquête. Dans
le contexte de totale impunité dans lequel des crimes internationaux
continuent d’être perpétrés en Syrie, cette procédure, ouverte sur le
fondement de la compétence personnelle passive des juridictions
françaises, pourrait contribuer à mettre en lumière les responsabilités des responsables politiques et militaires syriens ayant conduit
l’opération militaire sur Homs, qui a occasionné, outre la mort de
journalistes occidentaux, des milliers de victimes civiles présentes
à Homs en février 2012.

Activités contentieuses
FOCUS
Les activités contentieuses de la FIDH
La FIDH intervient aujourd'hui dans plus de 110 procédures
judiciaires et quasi-judiciaires en soutien à environ 750
victimes afin d'établir les responsabilités des auteurs de
violations graves des droits humains commises dans près de
45 situations nationales. Si une grande majorité des procédures
vise l’établissement de responsabilités pénales individuelles,
principalement devant des juridictions nationales, mais aussi
internationales et internationalisées, la FIDH est de plus en
plus impliquée dans des procédures visant la responsabilité des
Etats, devant des organes régionaux ou onusiens, ou encore la
responsabilité d’entreprises.
Les interventions contentieuses de la FIDH se font en étroite
concertation avec ses organisations membres et partenaires. Elles
visent des cas symboliques, soit par l'ampleur des violations, leur
qualification juridique ou la qualité des victimes ou des auteurs,
en vue de répondre au droit des victimes à la justice, mais aussi
aux objectifs de dissuasion, de réconciliation et de consolidation
de l’État de droit. Le choix des instances judiciaires ou quasi
judiciaires devant lesquelles les cas sont présentés répond
également à des critères liés à la recevabilité mais aussi à la
portée juridique et politique des cas ainsi identifiés.
Établir les responsabilités devant les juridictions nationales
Afin de soutenir la lutte contre l'impunité et contribuer aux avancées
de la justice nationale, la FIDH, à travers son Groupe d’action judiciaire (GAJ), réseau d'avocats, de magistrats et de juristes travaillant
sur la base du pro bono, s'est mobilisée en 2015 pour accompagner
plusieurs centaines de victimes des crimes les plus graves devant la
justice nationale en Côte d'Ivoire, en Guinée-Conakry, au Mali,
en RCA et soutenir la procédure en cours contre les responsables
du régime Duvalier en Haïti (cf. priorité 6).
La FIDH, son organisation membre, la Ligue française des droits
de l'Homme (LDH) et SURVIE ont par ailleurs déposé en 2015
auprès du Tribunal aux armées de Paris de nombreuses demandes
d’actes et demandé des mises en examen dans une affaire en cours
d’instruction devant permettre de déterminer les éventuelles responsabilités militaires et politiques françaises qui ont conduit
à l’absence de protection de 2000 civils tutsis de Bisesero et au
massacre de 1000 d’entre eux en 1994 par les forces génocidaires
rwandaises. .Cette affaire, dans le contexte des avancées importantes
accomplies par ailleurs par la justice française dans les instructions
visant les présumés génocidaires rwandais ayant trouvé refuge en

La FIDH s'est également mobilisée en tant que partie civile dans
l'affaire portée devant le pôle spécialisé à Paris, concernant la mort
de Goungaye Wanfiyo, ancien président de la Ligue centrafricaine
des droits de l'Homme, de nationalité française et centrafricaine.
Goungaye Wanfiyo a trouvé la mort dans des circonstances non
élucidées alors qu'il subissait de nombreuses menaces du fait de son
action de représentation de victimes centrafricaine devant la Cour
pénale internationale. Le juge d'instruction en charge de l'affaire a
procédé à de nombreuses auditions de témoins et à posé plusieurs
actes. En mai 2015, des enquêteurs de l'office et du juge d'instruction
du pôle se sont déplacés à Bangui pour procéder à de nombreuses
auditions et à l'exhumation du corps de Goungaye Wanfiyo pour le
rapatrier en France et procéder à son autopsie.
La FIDH a par ailleurs poursuivi son travail judiciaire afin de faire
avancer les procédures nationales ouvertes en application de la
compétence extraterritoriale dans lesquelles elle est impliquée,
représentant souvent le seul recours pour les victimes de crimes
internationaux n'obtenant pas justice dans leur pays.
En 2015, 30 instructions visant des suspects de génocide au Rwanda
étaient toujours en cours en France devant le pôle spécialisé dans les
crimes internationaux. Après leur forte mobilisation dans l'affaire
visant l'ancien capitaine Pascal Simbikangwa, condamné en 2014
par la Cour d'assises de Paris à 25 ans de réclusion criminelle pour
génocide et complicité de crimes contre l'humanité au Rwanda et

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 31

le procès en appel aura lieu fin octobre début novembre 2016, la
FIDH et son organisation membre, la Ligue française des droits de
l'Homme (LDH), après avoir contesté les réquisitions de non lieu
du Parquet de Paris, ont fait appel de la décision de non lieu rendue
le 2 octobre dernier à l’encontre de Wenceslas Munyeshyaka, prêtre rwandais poursuivi depuis 1995 par la justice française pour sa
participation alléguée au génocide. Par ailleurs, la FIDH et la LDH
se sont mobilisées en vue du prochain procès rwandais en France à
l'encontre de Ngenzi et Baharira, qui sera audiencé du 9 mai au 1er
juillet 2016 devant la Cour d'assises de Paris.
FOCUS
Un des assassins présumés des défenseurs congolais Chebeya et Bazana inculpé au Sénégal
La FIDH a poursuivi son soutien aux familles des défenseurs
congolais Chebeya et Bazana assassinés en juin 2010 en
République démocratique du Congo, dans leur quête de
justice. Le 2 juin 2014, la FIDH et les familles des victimes
avaient déposé devant les juridictions sénégalaises, une plainte
avec constitution de partie civile contre Paul Mwilambwe, l’un
des policiers responsables présumés des assassinats, présent au
Sénégal. Sur la base de la loi sénégalaise dite de compétence
extra territoriale, les autorités judiciaires sénégalaises peuvent
juger toute personne suspectée de torture, si elle se trouve
au Sénégal, même si la victime ou l’auteur du crime ne
sont pas sénégalais et que le crime n’a pas été perpétré au
Sénégal. Le 8 juillet 2014, un juge d'instruction a été nommé
pour instruire cette plainte. Le 8 janvier 2015, les tribunaux
sénégalais ont finalement inculpé Paul Mwilambwe et l’ont
placé sous contrôle judiciaire. Le 1er juin 2015, accompagné
par la FIDH, le fils de Fidèle Bazana a été entendu par le juge
d'instruction, lors d'une deuxième audition des parties civiles.
A cette occasion la FIDH et ses organisations membres au
Sénégal ont organisé des rencontres avec les autorités et une
conférence de presse pour faire un point d'avancement sur la
procédure.
Dans l'affaire des milices de Relizane contre les frères
Mohamed (Algérie), la juge d'instruction du tribunal de
grande instance de Nîmes avait rendu, le 26 décembre 2014,
une ordonnance de mise en accusation à l'encontre des frères
Mohamed devant ponctuer plus de dix années de procédure
pour permettre d'établir les responsabilités dans les exactions
commises dans les années 1990 par des milices armées proches
des autorités algériennes, dans le cadre de leur politique de
lutte contre le terrorisme. Pourtant, en septembre 2015, en
amont de l'audience suite à l'appel formé par les deux présumés
tortionnaires, le parquet a fait volte-face en demandant
l’accomplissement d’actes d’instruction complémentaires en
Algérie. Puis, dans la lignée de ce revirement, la Chambre
de l’instruction de la Cour d’appel de Nîmes a ordonné début
janvier 2016 un non lieu à l’encontre des frères Mohamed,
privant ainsi les victimes (représentées par les avocats du GAJ)
du premier procès sur les crimes des « années de plomb » en
Algérie. Une décision d'autant plus grave que depuis l’adoption
de la Charte pour la réconciliation en Algérie, en 2005, toute

32 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

tentative d’obtenir justice en Algérie est vaine. Les parties
civiles, accompagnées par la FIDH et la LDH, ont formé un
pourvoi en cassation contre l’arrêt de non lieu, et espèrent qu’une
audience pourra se dérouler en 2016 dans cette affaire.
Dans l'affaire des « disparus du Beach de Brazzaville »
(République du Congo), visant des responsables des massacres,
actes de torture et disparitions forcées perpétrés en 1999, la
FIDH a continué à œuvrer pour que les responsables soient jugés
et les victimes obtiennent justice et réparation à l'issue d'une
procédure juste, équitable et indépendante. Elle a notamment
fourni des assistances matérielles à des victimes parties civiles
dans l'affaire.
La FIDH et la LDH ont par ailleurs fait le suivi du recours
formé auprès du Parquet général de la Cour d'appel de Paris
contre le classement sans suite de la plainte déposée contre le
Prince Nasser Bin Ahmad Al Khalifa, fils du roi du Bahreïn
à l'occasion de sa présence en France. La plainte mettait en cause
le Prince Nasser pour avoir personnellement perpétré des actes
de torture à l’encontre d’opposants bahreïnis en 2011, dans le
cadre de la répression du mouvement de contestation populaire
baptisé Printemps de la Perle au Bahreïn. Le 29 août 2014,
l’enquête préliminaire était brusquement classée sans suite, à
la suite d’un avis émis par le Service du Protocole du ministère
des Affaires étrangères français octroyant l’immunité au Prince
Nasser. Or, d’une part cet avis se fondait sur une convention
internationale non ratifiée par la France, mais présentée de
façon inédite et surprenante comme faisant partie d’un droit
international coutumier. D’autre part, il contredisait un courrier
adressé par le même ministère au même moment à la FIDH
attestant que le Prince se trouvait en visite privée et ne bénéficiait
donc d’aucune immunité.
Fortement mobilisée sur le dossier de Mario Alfredo Sandoval,
citoyen franco-argentin présent en France et poursuivi en
Argentine dans le cadre de l'enquêté pour crimes contre
l'humanité, privation de liberté et torture ayant entraîné la
mort commis au sein de l’École supérieure de mécanique de
la marine (ESMA), centre de détention clandestin à Buenos
Aires dans lequel 5000 détenus disparus seraient passés durant
la dictature, la FIDH a dénoncé le refus de la Cour de Cassation
d'extrader Sandoval en Argentine. La FIDH fera le suivi de cette
affaire renvoyée devant la Chambre de l'instruction de la Cour
d'appel de Versailles, où sera à nouveau examinée la demande
d’extradition présentée par l’Argentine.
Renforçant son action liée à l’établissement de la responsabilité
juridique des entreprises, la FIDH a continué son travail en
soutien des victimes libyennes parties civiles dans l'affaire
visant la société Amesys pour complicité de torture. Cette
société française et ses dirigeants sont accusés au terme de
la plainte déposée en novembre 2011 par la FIDH et la LDH
d'avoir vendu au régime dictatorial de Mouammar Khadafi un
matériel de surveillance destiné à mieux cibler les opposants au
régime. La FIDH a notamment publié un rapport faisant le point

sur l'affaire et l'instruction en cours en vue d'appeler la justice
à plus de célérité dans l’enquête et à des avancées concrètes
répondant au besoin de justice des victimes libyennes. La FIDH
a par ailleurs recueilli le témoignage d'une nouvelle victime
qui a été entendue en décembre par le juge d'instruction en tant
que partie civile, contribuant à mettre davantage en lumière les
conséquences, pour les défenseurs des droits de l’Homme et
opposants à Mouammar Kadhafi, de l’utilisation de systèmes
de surveillance des communications par les services de sécurité
libyens.
La FIDH a également continué son travail judiciaire dans
l'affaire visant la société Qosmos aux côtés d'autres sociétés
françaises pour complicité de torture en Syrie (cf. FOCUS).
FOCUS
L'entreprise QOSMOS dans le viseur de la justice
Au terme d’un interrogatoire devant le juge d’instruction du
pôle crimes de guerre et crimes contre l’humanité, la société
QOSMOS a été placée en avril 2015 sous le statut de témoin
assisté du chef de complicité de crimes de torture commis en
Syrie. Ce statut, qui peut être le préalable à une mise en examen,
vise toute personne mise en cause par un témoin ou contre
laquelle il existe des indices rendant vraisemblable qu’elle ait pu
participer, comme auteur ou comme complice, à la commission
des infractions dont le juge d’instruction est saisi.
Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une information
judiciaire ouverte à la suite de la plainte déposée par la FIDH
et la LDH dénonçant la participation de sociétés françaises à
la mise en place d’un système généralisé de surveillance des
communications électroniques fourni au régime de Bachar elAssad et ayant servi à la traque, à la torture ou à l’exécution
d’opposants au régime.
Pour nourrir la procédure, la FIDH s'est déplacée à plusieurs
reprises en Turquie pour recueillir de nombreux témoignages
de victimes. Elle a également organisé en juillet la venue à Paris
de 5 Syriens en tant que témoins anonymes pour être entendus
par les magistrats du pôle.
Dans le cadre de sa lutte pour la sanction des atteintes aux libertés
individuelles et à la suite des révélations faites par Edward
Snowden, la FIDH a, avec la LDH, continué ses actions contre
l'utilisation frauduleuse de programmes tels que le programme
américain dénommé PRISM (Planning Tool for Ressource
Intégration Synchronization, and Management) ayant permis à
la NSA et au FBI d'intercepter et de collecter, en dehors de tout
contrôle, des données privées de tout individu, en particulier sur
le sol français. La FIDH et la LDH avaient déposé le 11 juillet
2013 une plainte simple contre X auprès du TGI de Paris visant les
responsables français des services de renseignements pour accès
frauduleux à un système informatisé et la collecte de données à
caractère personnel en dehors de tout cadre légal. Devant l’inaction
du Parquet de Paris, la FIDH et la LDH ont décidé d’introduire
une plainte avec constitution de partie civile rendue publique
en avril 2015. Cette plainte n’a pu faire l’objet de l’ouverture
d’une information judiciaire, en raison de la consignation de

parties civile, d’un montant exorbitant, fixée pour la FIDH et la
LDH. Un appel a été formé contre cette décision et la Chambre
de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a refusé de diminuer
le montant de la consignation. Un pourvoi est en cours d’examen
par la Cour de cassation.
Devant des tribunaux mixtes ou hybrides
En 2015, la FIDH a continué à soutenir 10 victimes cambodgiennes
vivant en France et parties civiles dans les procédures en appel du
dossier n°002/01 devant les Chambres extraordinaires au sein
des tribunaux cambodgiens (CETC). Le 7 août 2014, lles CETC
avaient condamné Khieu Samphan, ancien chef d’Etat, et “Frère
N°2” Nuon Chea, ancien idéologue du régime Khmer Rouge, à la
prison à vie pour crimes contre l’humanité. C’est la première fois
que des officiels Khmers Rouges de haut rang étaient condamnés
par un tribunal indépendant. La FIDH a par ailleurs soutenu les
démarches des victimes cambodgiennes pour l'établissement en
France d'un mémorial en l'honneur des victimes du régime des
Khmers Rouges.
FOCUS
Le dictateur tchadien Hissène Habré enfin devant les juges
Le 20 juillet 2015 s'est ouvert le procès d'Hissène Habré devant
les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions
sénégalaises pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Ce procès est le résultat de 15 années d'intense mobilisation des
victimes et des organisations qui les ont soutenues, notamment
la FIDH et ses organisations membres au Tchad, en Belgique
et au Sénégal. Sous la présidence d'Hissène Habré au Tchad de
1982 à 1990, 40 000 personnes ont été assassinées et 200 000
ont été victimes de torture et de violences.
Dès 1999, des échanges stratégiques se sont tenus entre
l’Association des victimes des crimes et des répressions
politiques au Tchad (ACVRP), la FIDH et ses organisations
membres au Tchad et Sénégal (où résidait Hissène Habré) pour
envisager l'engagement de poursuites judiciaires. En 2000, des
victimes tchadiennes représentées notamment par Sidiki Kaba,
alors vice-président de la FIDH, déposent une plainte au Sénégal
qui sera finalement déboutée pour défaut de compétence des
juridictions sénégalaises. La FIDH contribue alors à la saisine
du Comité des Nations unies contre la torture qui enjoint
les autorités sénégalaises de ne pas expulser Hissène Habré
contrairement à leur souhait.
En 2001, la FIDH, HRW et l'AVCRP entreprennent une mission
d'enquête au Tchad qui permet de consulter dans les locaux
de l’ancienne DDS à N’Ndjamena des milliers de documents
constituant les archives de la sinistre police politique de Hissène
Habré consolidant ainsi le dossier judiciaire contre l'ancien
dictateur.
La FIDH et ses organisations membres soutiennent alors la
plainte déposée contre Hissène Habré par des victimes devant
les tribunaux belges sur la base de la compétence universelle.
Après de longues années de procédure, le juge d'instruction
inculpe Hissène Habré pour crimes de guerre, crimes contre
l'humanité et crimes de torture et lance un mandat d'arrêt
international. Mais la justice sénégalaise se déclare en 2005

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 33

incompétente pour statuer sur l'extradition d'Hissène Habré et
s'en remet à l'Union africaine (UA) pour la conduite à suivre.
S'en est suivi, en parallèle d'échanges avec les associations
de victimes au Tchad, les organisations membres de la FIDH
au Tchad et au Sénégal et les autres membres du Comité de
pilotage pour le jugement équitable de Hissèbe Habré, un
important plaidoyer effectué par la FIDH auprès des instances
de l'UA, d'Etats influents, mais aussi des Nations unies et de
l'Union européenne menant à la décision de l'UA en 2006
de demander au Sénégal de juger Hissène Habré au nom de
l'Afrique. Le plaidoyer mené auprès des autorités sénégalaises a
par ailleurs permis l'adoption en 2007 d'une loi rendant possible
l’instruction des cas de génocide, de crimes contre l’humanité et
de crimes de guerre, même commis hors du territoire sénégalais
et en 2008 d'une révision constitutionnelle introduisant une
exception à la non rétroactivité de la loi pénale pour les crimes
internationaux, levant ainsi les obstacles au jugement d'Hissène
Habré. Et c'est finalement après une décision de la Cour de
justice de la CEDEAO saisie par les avocats d'Hissène Habré –
et au cours de laquelle la FIDH est intervenue dans un amicus
curiae – que le Sénégal décide l'instauration de Chambres
africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises
pour le jugement d'Hissène Habré.
La FIDH a soutenu en 2015 un des avocats des victimes parties
civiles dans le procès dont le verdict est attendu le 30 mai 2016.
Devant la Cour pénale internationale
La FIDH a continué à transmettre en 2015 des informations au
Bureau du Procureur de la CPI sur des situations faisant l'objet
d'un examen préliminaire ou d'une enquête de la Cour comme la
RCA, le Mali, la Guinée, la Côte d'Ivoire, l'Ukraine, ou encore
la Palestine, et sur lesquelles la FIDH met en œuvre des activités
spécifiques de soutien des victimes devant les juridictions nationales. Ces informations ont concerné les crimes commis dans le
cadre de ces situations mais aussi l'état des procédures nationales
permettant une analyse sur la volonté ou la capacité des autorités
concernées à lutter contre l'impunité des auteurs des crimes les
plus graves.
FOCUS
LA FIDH insiste pour que la CPI s'active sur la situation
en Ukraine
Le 6 janvier 2015, la FIDH et ses organisations partenaires
en Ukraine ont soumis une communication à la CPI sur les
crimes commis lors des manifestations de Maidan et appelé
à l'ouverture d'une enquête, s'appuyant sur la déclaration de
reconnaissance de compétence de la CPI sur ces événements
par le gouvernement ukrainien. La communication présente de
nombreuses preuves du caractère massif et systématique des
crimes commis par les forces de sécurité contre les manifestants
et analyse l'absence d'avancées judiciaires au niveau national.
La FIDH et ses partenaires ont par ailleurs insisté sur
l'importance de lutter contre l'impunité des crimes les plus
graves commis en Crimée et dans le cadre du conflit à l'est de

34 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

l'Ukraine. Fondé sur des enquêtes de terrain, nos organisations
ont développé un important plaidoyer auprès des autorités
nationales, y compris à travers une mission internationale, pour
l'extension de la compétence de la CPI aux crimes commis sur
l'ensemble du territoire. Ce plaidoyer, nourri par d'importantes
actions de communication (infographie, tweet, Storify,
communiqués de presse) et qui a contribué à la décision des
autorités en septembre 2015 de reconnaître la compétence de la
CPI à cet égard, fut suivi par la publication d'un rapport présenté
à Kiev en octobre sur les crimes commis dans la région du
Donbas appelant la Procureure de la CPI à ouvrir une enquête.
Lors de cette mission, la FIDH a également formé des avocats
ukrainiens aux stratégies judiciaires de soutien aux victimes
des crimes les plus graves devant les juridictions nationales
et la CPI.
Dans la continuité de son action pour la mobilisation de la CPI sur
les crimes les plus graves commis dans la région des Amériques,
la FIDH a continué de travailler avec ses organisations membres
et partenaires au Mexique sur des cas liés au crime organisé et à la
lutte contre celui-ci. La FIDH a par ailleurs suivi le développement
de sa communication transmise en 2014 au Bureau du Procureur
sur des cas de torture, privation grave de liberté et disparitions forcées commis dans l'Etat du Baja California. La FIDH a également
communiqué sur la fin de l'examen préliminaire du Bureau du
Procureur sur la situation au Honduras rappelant l'urgence de lutter
contre l'impunité des crimes les plus graves commis dans ce pays.
La FIDH a en outre largement communiqué sur l'ouverture
du procès de l’ancien commandant rebelle congolais Bosco
Ntaganda à propos duquel elle s'était longtemps mobilisée pour
demander aux autorités congolaises de répondre au mandat d'arrêt
international lancé par la CPI. La FIDH avait par ailleurs transmis
à la CPI de nombreuses communications sur les crimes les plus
graves commis dans la région de l'Ituri en 2002 et 2003, crimes qui
font parties des charges retenus à l'encontre de Ntaganda.
La FIDH est également intervenue à l'instar d'autres ONG de
défense des droits humains pour appeler les Etats parties à la
CPI à coopérer avec la Cour et à arrêter le président soudanais
El Béchir, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international, en
cas de présence sur leur sol. La FIDH a ainsi vivement critiqué
les autorités sud africaines qui ont laissé partir El Béchir alors
qu'il participait en juin 2015 au sommet de l'Union africaine à
Pretoria et ce en contradiction avec les décisions de la justice
nationale saisie sur ce point.
Enfin, la FIDH et son organisation membre Al Haq se sont
félicitées du dépôt par le gouvernement palestinien le
1er janvier 2015, d'une déclaration par laquelle il reconnaissait
la compétence de la CPI à l'égard des crimes présumés commis
« dans les territoires palestiniens occupés, notamment à
Jérusalem-Est, depuis le 13 juin 2014 ». Une décision suivie
par l'ouverture par le Bureau du Procureur d'un examen

préliminaire sur cette situation. Nos organisations avaient
soutenu l'importance d'une telle saisine de la CPI auprès des
autorités palestiniennes, y compris auprès de M. Habbas lors
d'une mission de la FIDH menée par son président Karim Lahidji
à Ramallah, afin de contribuer à la lutte contre l'impunité des
crimes les plus graves commis dans le cadre du conflit israélopalestinien. Dans le cadre de l'Assemblée des Etats parties
(AEP) en novembre, la FIDH en coordination avec Al Haq et
la délégation palestinienne à La Haye, a organisé un événement
parallèle auquel ont assisté beaucoup de personnes pour discuter
les perspectives et défis autour de l'examen préliminaire en
Palestine. Cet événement a marqué la première occasion de la
Palestine à participer pleinement dans le forum de l'AEP.
Éclairer la responsabilité des États
S'agissant de son action pour éclairer la responsabilité de l’État
pour les violations les plus graves, la FIDH a directement
contribué à la décision importante de la Commission africaine
des droits de l'Homme (CADHP) et des peuples rendue le
10 mars 2015 dénonçant la responsabilité des autorités
soudanaises pour les crimes de torture subis par trois défenseurs
des droits humains accusés de coopération avec la Cour pénale
internationale. Cette décision fait suite à 6 années de procédure
initiée par une communication portée par la FIDH, l'OMCT et
les trois défenseurs soudanais.
La FIDH a par ailleurs suivi le développement d'une
communication initiée avec d'autres organisations membres
et partenaires devant la CADHP contre l'Algérie s'agissant de
crimes graves commis pendant les années de plomb.
Elle a également fait le suivi auprès des autorités chiliennes de
l'arrêt historique de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme
(CIADH) du 29 juillet 2014 qui a condamné l'Etat chilien pour les
violations graves des droits humains des membres de communauté
Mapuche, reconnaissant l'illégalité de la criminalisation dont
souffrent des communautés qui défendent leurs terres ancestrales.
La FIDH qui avait représenté devant la CIADH des Mapuche
condamnés au Chili en application de la loi anti-terroriste, a appelé
le Chili à mettre en œuvre les décisions de l'arrêt.
Dans le suivi de ses activités d'intervention en tant que tierce
partie devant la Cour européenne des droits de l'homme
(CourEDH), la FIDH, avec d'autres associations partenaires, a
continué à soumettre des observations dans des affaires liées à
la défense des droits des personnes LGBTI.
C'est ainsi qu'elle est intervenue dans une affaire concernant le droit
d'asile en Espagne d'une femme lesbienne d'origine camerounaise
et qu'elle a contribué à la condamnation en juillet 2015 de l'Italie
pour ne pas avoir reconnu légalement les couples de même sexe.

Activités de plaidoyer
S'agissant des juridictions nationales
La FIDH a continué son plaidoyer auprès des autorités concernées, des organisations intergouvernementales et de la CPI

en faveur de justices nationales fortes, ayant la capacité et la volonté nécessaires pour mener à bien la lutte contre l'impunité des
crimes les plus graves commis sur leur territoire, en particulier
en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Mali et en RCA (cf. priorité 6).
Elle a également continué son plaidoyer en France afin que la loi
du 9 août 2010 portant adaptation du droit pénal français au Statut de Rome, qui avait introduit le mécanisme de compétence extraterritoriale pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité
et le crime de génocide, en incluant néanmoins des obstacles
conséquents à son application, soit amendée menant plusieurs
rendez vous avec des représentations ministériels et parlementaires française en lien avec la Coalition française pour la cour
pénale internationale. La FIDH s’est également mobilisée, aux
côtés de la LDH et de nombreuses organisations de la société
civile française, contre l’adoption d’un protocole additionnel à
la Convention d’entraide judiciaire franco-marocaine. Ce protocole, soumis aux Parlements français et marocains en réponse
à des plaintes déposées en France (notamment à l’initiative du
Groupe d’action judiciaire de la FIDH) contre un haut responsable des services de sécurité marocains pour des faits de torture,
avait pour objectif de priver les juridictions françaises d’exercer
leur compétence extraterritoriale pour des faits commis au Maroc. Adopté en juillet 2015 par les Parlements français et marocain, ce protocole constitue un grave danger pour l’exercice de
la compétence extraterritoriale, car c’est la première fois qu’un
pays porte atteinte, par le biais d’une convention bilatérale, à
ses obligations en vertu du droit international, de poursuivre ou
d’extrader les personnes suspectées de crimes internationaux (en
particulier pour les crimes de torture et de disparitions forcées).
Par ailleurs, plusieurs rencontres ont été organisées avec le pôle
judiciaire français spécialisé compétent pour les crimes internationaux et des représentants ministériels afin que ce pôle soit
renforcé, muni de moyens matériels et humains adéquats, et
développe une politique pénale cohérente et efficace.
S'agissant des tribunaux mixtes ou hybrides
La FIDH s'est fortement mobilisée pour la mise en place de
juridictions mixtes spécialisées sur les crimes internationaux en
RCA (cf. Focus) mais aussi en RDC où l'impunité des auteurs
des crimes les plus graves commis à l'est du pays perdure.
FOCUS
RCA – La FIDH contribue à l'adoption d'un tribunal mixte
Dans les conclusions de ses rapports d'enquête de 2013 et 2014
en RCA, la FIDH appelait à l'instauration d'un tribunal mixte en
vue de palier l'absence de volonté et de capacité des juridictions
nationales à lutter contre l'impunité des auteurs des crimes
les plus graves commis depuis 2003 dans ce pays. Plusieurs
missions dans ce pays et un plaidoyer auprès du Conseil de
sécurité ont permis de sensibiliser les autorités et les Nations
unies à l'importance d'un tel mécanisme judiciaire. Plusieurs
communications ont permis de continuer de plaidoyer. La
FIDH est finalement intervenue dans processus rédactionnel
menant au projet de loi d’une Cour pénale spéciale chargée
d’enquêter, poursuivre et juger les violations graves des droits

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 35

humains commises sur le territoire du pays depuis 2003 qui sera
adopté par le Conseil national de transition et promulguée le 3
juin par la présidente de la République. La FIDH continuera
son plaidoyer auprès de la communauté international pour
un soutien financier et logistique suffisant à l'instauration et
l'exercice effectif de la Cour.

des droits de l'Homme et dénoncer les tentatives d'affaiblissement
du système régional interaméricain de défense des droits humains.

La FIDH a également mené un important plaidoyer auprès de
l'Union africaine, notamment auprès des ambassadeurs du COREP
et du Conseil de paix et de sécurité, mais aussi auprès de l'ONU
pour l'instauration d'un tribunal mixte au Soudan du sud chargé
de traduire en justice les responsables présumés des violations généralisées des droits humains commises par toutes les parties au
conflit depuis son déclenchement en décembre 2013, y compris
des centaines de meurtres extrajudiciaires, disparitions forcées, violences sexuelles, recrutements de force et attaques aveugles contre
des civils. Un plaidoyer bien reçu par les membres du Conseil de
sécurité qui ont, dans une résolution d'octobre 2015, prié le Secrétaire général d'apporter à la Commission de l'Union africaine et du
gouvernement provisoire d'union nationale une assistance technique
en vue de constituer le tribunal mixte pour le Soudan du Sud.

Progresser vers l'abolition universelle de la peine de mort
La FIDH a continué de dénoncer les condamnations à la peine
de mort et leur application, en particulier en Iran, en Égypte, en
Arabie Saoudite, en Indonésie, en Chine, au Pakistan et aux
Etats-Unis.

S'agissant de la Cour pénale internationale
La FIDH a continué à défendre la mise en œuvre des droits des
victimes devant la CPI. Fondé sur son rapport intitulé « 5 mythes
sur la participation des victimes dans les procédures de la CPI »
et sur une note sur les principes clés de l'Outreach publiée en
2015, la FIDH a ainsi continué de faire part de ses préoccupations
quant aux conséquences que le projet de réforme menée par le
Greffe (le projet ReVision) pourraient avoir sur la participation
et la représentation légale des victimes aux procédures de la CPI.
La FIDH a participé aux consultations organisées par le Greffier
sur ce projet qui ont mené à une proposition amendée du projet
Revision sur laquelle la FIDH a fait part de ses commentaires.
De nombreux échanges ont par ailleurs eu lieu tout au long de
l'année 2015 entre la FIDH, ses organisations membres et des
représentants de la CPI s'agissant de situations où des crimes de la
compétence de la Cour ont été commis. La FIDH fut par ailleurs
particulièrement active lors de la 14ème session de l'Assemblée des
Etats parties (AEP) où elle a organisé avec des représentants de
ses organisations membres, des panels sur les situations en Palestine, en Ukraine, en Colombie, dans les Amériques, et a participé à
des panels du groupe de travail sur les droits des victimes et sur la
participation des victimes aux procédures. La FIDH est également
intervenue en plénière sur les poursuites nationales en matière de
crimes sexuels. Cette session de l'AEP fut également pour la FIDH
le moment d'un intense plaidoyer mené sur la base des recommandations de son rapport de position pour contrer les velléités du Kenya
et de l'Afrique du Sud de porter atteinte aux poursuites de la CPI sur
les situations au Kenya et au Soudan ainsi qu'à l'intégrité du Statut.
S'agissant des organes établissant la responsabilité des États
La FIDH a maintenu tout au long de l'année son plaidoyer pour
l'accès direct des ONG et individus aux Cours africaine et arabe

36 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

> Promouvoir l'administration d'une
justice effective et équitable

Par ailleurs, à l'occasion de la 13ème journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre 2015, la FIDH a publié un
rapport sur les condamnations à morts pour des crimes liés à la
drogue sur le continent asiatique. Ce rapport fait un état des lieux
des lois et politiques pénales relatives à ce fléau dans 17 pays. Il
explique en quoi les arguments les plus communément avancés
par les gouvernements pour justifier leur recours à cette mesure
inhumaine sont injustifiés et contraires aux normes internationales
des droits humains.
Le projet de protocole à la Charte africaine des droits de
l'Homme et des peuples portant abolition de la peine de mort
en Afrique auquel la FIDH a largement contribué a été adopté par
la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples en
mai 2015. La FIDH a par la suite organisé de multiples rencontres à Addis Abeba avec des ambassadeurs et des représentants
de la Commission de l'Union africaine pour plaider en faveur de
l'adoption de ce projet par l'instance continentale.
La FIDH a poursuivi sa coopération avec la Coalition mondiale
contre la peine de mort, en vue de l'abolition universelle de la
peine de mort, et de l'établissement d'un moratoire dans les pays
qui la reconnaissent toujours.
Promouvoir une justice indépendante et lutter contre la torture
Au delà de sa dénonciation de la pratique de la torture à travers ses communiqués de presse ou rapports sur de nombreuses
situations comme au Burundi et en Ukraine, la FIDH contribue à
l'établissement des responsabilités via ses activités contentieuses en
soutien aux victimes.
La FIDH a ainsi poursuivi son action judiciaire en Guinée sur des
cas de torture commis en 2010 (cf. priorité 6) ou contre le Prince
Nasser Bin Ahmad Al Khalifa accusé de crimes de torture perpétrés au Bahreïn (cf. ci-avant). La FIDH a également continué à se
mobiliser contre les systèmes de surveillance électronique mis en
place dans de nombreux États, et qui servent aussi à la restriction
de la liberté d'expression, y compris à l'arrestation et la torture de
leurs opposants et défenseurs des droits humains. C'est le sens des
plaintes déposées en France contre les sociétés Amesys et Qosmos
pour complicité de torture en Libye et Syrie.

Deux décisions importantes ont en outre ponctué des actions de la
FIDH pour établir la responsabilité d'Etats pour la pratique de la
torture. Sur base d'une saisine de la FIDH, la Commission africaine
des droits de l'Homme et des peuples a établi la responsabilité du
Soudan pour des actes de torture infligés à trois défenseurs soudanais
accusés de collaboration avec la Cour pénale internationale. Par
ailleurs, également sur co-saisine en 2012 de la FIDH, le Comité
des droits de l'Homme des Nations unies a rendu une décision le 6
octobre 2015 considérant l’Etat ouzbek responsable des actes de
torture et des mauvais traitements subis par Mutabar Tadjibyeva,
défenseure des droits humains. Le Comité onusien a par ailleurs
constaté que Mutabar Tadjibyeva avait été ciblée par les autorités
de son pays non seulement en tant que défenseure mais aussi en
tant que femme, citant pour preuve le viol et la stérilisation forcée
dont elle avait été victime. Le Comité a également déclaré que
l’Ouzbékistan avait négligé d’enquêter sur ces graves allégations de
torture et l’a invité à le faire rapidement et à engager des poursuites
pénales contre les responsables.
Lutter contre les disparitions forcées
La FIDH et ses organisations membres ont continué de se mobiliser en 2015 pour que la lumière soit faite sur le sort des
personnes disparues et que justice leur soit rendue ainsi qu'à
leur famille.
La FIDH a ainsi dénoncé à travers ses communiqués de presse
et rapports de nombreux cas de disparitions forcées. La FIDH a
notamment insisté le 11 septembre 2015 sur le cas de Sombath
Somphone, éminent représentant de la société civile au Laos,
disparu depuis 1000 jours.
La FIDH a par ailleurs continué à se mobiliser dans les activités
judiciaires concernant les crimes de disparitions en Guinée (affaire du massacre du 28 septembre 2009), au Mali (disparition
de 21 bérets rouges), en Côte d'Ivoire (violences postélectorales), au Congo Brazzaville (affaire du Beach de Brazzaville),
en Algérie (affaire Rélizane). Elle a également suivi les cas de

disparitions portés aux Comité et Groupe de travail des Nations
unies sur les disparitions forcées pour établir la responsabilité
du Congo Brazzaville, du Tchad, de la Guinée et du Mexique.
La FIDH a aussi suivi l'évolution de sa communication portée
devant la Commission africaine des droits de l'Homme et des
peuples contre l'Algérie s'agissant de cas de disparitions forcées pendant les années de plomb. Elle a également documenté
et dénoncé devant la commission interaméricaine des droits de
l'homme les pratiques systématiques de disparitions forcées commises au Mexique.
La FIDH continue d'œuvrer pour que la Convention internationale de protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées soit ratifiée par un plus grand nombre d’États.
Promouvoir la protection des droits humains dans la lutte
contre le terrorisme
Enfin, la FIDH a continué de dénoncer les graves violations des
droits humains commises par les groupes fondamentalistes tels
AQMI, Daesh, les Taliban, Shebab et Boko Haram. Concernant
ce dernier la FIDH a publié un rapport expliquant la création et
le développement de ce mouvement et détaillant les crimes de
masse perpétrés par ce groupe armé au Nord du Nigeria mais
aussi au Tchad et au Niger.
Elle a également appelé les États à respecter le droit international
des droits de l'Homme dans leur lutte contre le terrorisme et
documenté l'utilisation du prétexte de la lutte contre le terrorisme pour réprimer des mouvements de contestation non violents
et engager des poursuites judiciaires contre les défenseurs des
droits de l’Homme, comme en Russie ou en Egypte.
Particulièrement, la FIDH et son organisation membre, la LDH,
se sont mobilisées après les attentats ayant frappé Paris en janvier
2015, contre le projet de loi sur le renseignement, présenté au
Parlement français en réponse aux attentats, afin d’en souligner

Photo prise à l'occasion de la visite de Fatou Bensouda, procureure de la CPI, mars 2015. © FIDH
F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 37

le graves atteintes aux libertés publiques et en particulier au droit
à la vie privée, contenues dans ce projet, finalement adopté en
juillet 2015. La FIDH et la LDH ont également alerté sur les
atteintes aux libertés constatées dans le cadre de l'application
de l'état d'urgence décrété en France au lendemain des attentats
perpétrés le 13 novembre à Paris et à Saint-Denis. Nos organisations ont dénoncé le fait que l’état d’urgence et le climat de
guerre intérieure alimenté par le gouvernement contribuent au
renforcement des amalgames et aux pratiques discriminantes,
notamment de la part des forces de police.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au :

Renforcement du droit à un recours effectif pour les victimes de crimes internationaux
Concernant les tribunaux nationaux
Côte d'Ivoire
• La constitution de partie civile devant les juridictions ivoiriennes de 43 femmes victimes de violences sexuelles au cours
de la crise post électorale. Le développement des enquêtes de
la justice ivoirienne sur les crimes perpétrés par les pro-Gbagbo
et les pro-Ouattara lors de la crise post électorale.
• L'avancée des enquêtes sur les crimes commis dans le camp de
déplacés de Nahibly en 2012.
Guinée
•L 
a mise en examen de Moussa Dadis Camara, ex-leader de la
Junte guinéenne, portant à 14 le nombre de personnes inculpées pour leur responsabilité directe dans le massacre du 28
septembre 2009.
• La clôture de l'instruction dans l'affaire des victimes de torture
en 2010.
• Des avancées dans l'instruction de l'affaire de la répression des
manifestations de 2007.
Mali
• Dépôt de plaintes de 33 victimes de Tombouctou et 7 associations dont la FIDH contre 15 auteurs présumés de crimes de
guerre et crimes contre l’humanité ; Cette démarche fait suite
au dépôt d'une plainte de la FIDH au nom de 80 victimes de
crimes sexuelles.
République Centrafricaine
• La constitution de partie civile de plusieurs victimes dans la
procédure judiciaire ouverte à l’encontre de Rodrigue Ngaïbona
alias Général Andjilo, général autoproclamé anti-balaka.

38 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

République démocratique du Congo / Sénégal

• L'inculpation de Paul Mwilanbwe dans l’affaire de l'assassinat

des défenseurs congolais Chebeya et Bazana devant les
juridictions sénégalaises selon le principe de la compétence
universelle.

Syrie

• La demande officielle en avril 2015 par la justice française à

la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie de transmission les annexes confidentielles de son rapport à la juge
d'instruction en charge de la procédure ouverte en France pour
crimes de guerre suite à l’assassinat d’un journaliste français,
Remi Ochlik, et la tentative d'assassinat d’une journaliste française, Edith Bouvier, à Homs (Syrie) en février 2012.

•L 
e placement en avril 2015 de l'entreprise Qosmos sous le

statut de témoin assisté du chef de complicité de crimes de
torture commis en Syrie, pour participation présumée à la mise
en place d’un système généralisé de surveillance des communications électroniques fourni au régime de Bachar el-Assad et
ayant servi à la traque, à la torture ou à l’exécution d’opposants
au régime.

Concernant les tribunaux mixtes
• L’adoption et la promulgation de la loi sur la Cour pénale spéciale chargée d’enquêter sur les crimes les plus graves commis
sur le territoire de la Centrafrique depuis 2003 et de poursuivre
leurs auteurs.
• La résolution d'octobre 2015 du Conseil de sécurité qui prie
le Secrétaire général d'apporter à la Commission de l'Union
africaine et du gouvernement provisoire d'union nationale une
assistance technique en vue de constituer le tribunal mixte pour
le Soudan du Sud.
• L'ouverture du procès contre Hissène Habré pour crimes contre
l'Humanité et crimes de guerre devant les Chambres africaines
extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises.
Concernant la Cour pénale internationale
•L 
a décision des autorités ukrainiennes en septembre 2015 de
reconnaître la compétence de la CPI pour les crimes internationaux commis sur l'ensemble de son territoire.
• La ratification par la Palestine du Statut de la CPI et l'ouverture
par le Bureau du Procureur d'un examen préliminaire sur la
situation dans les territoires palestiniens occupés, notamment
à Jérusalem-Est, depuis le 13 juin 2014Des amendements au
projet « ReVision » du Greffe pour garantir les droits des victimes à la participation et la représentation légale des victimes
aux procédures de la CPI.
Concernant les Cours et Commissions régionales
• La décision rendue par la Commission africaine des droits de
l'Homme et des peuples dénonçant la violation des droits de la

Charte africaine par le Soudan s'agissant des actes de torture
subis par les défenseurs des droits humains Monim Elgak, Osman Hummeida et Amir Suliman.
• La condamnation en juillet 2015 de l'Italie par la CourEDH
pour ne pas reconnaître légalement les couples de même sexe.

L'administration d'une justice effective et équitable
• Afrique  : L'adoption par la Commission africaine des droits

africaine des droits de l'Homme et des peuples sur l'abolition
de la peine de mort en Afrique.
• Ouzbékistan  : La décision du Comité des droits de l'Homme

des Nations unies du 6 octobre 2015 le jugeant le gouvernement
ouzbek responsable des actes de torture et des mauvais traitements subis par Mutabar Tadjibyeva, défenseure des droits
humains et appelant à une enquête et des poursuites au pénal
contre les auteurs.

de l'Homme et des peuples du projet de Protocole à la Charte

Shawan Jabbarin s'exprime devant l'assemblée de Etats Parties le novembre à La Haye. © FIDH

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 39

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires
23 missions internationales d'enquête, judiciaires et de plaidoyer : Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Guinée,
République centrafricaine, Haïti, Ukraine, Panama, Colombie, Honduras, France, Turquie, Palestine
160 Communiqués de presse
Soutien au plaidoyer de 15 défenseurs, avocats, représentants d'associations de victimes auprès de la CPI
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires initiées et suivies par la FIDH : plus de 110 procédures en
soutien à environ 750 victimes visant à établir la responsabilité des auteurs de violations graves des droits
humains dans 45 pays.
Séminaires de formation et ateliers stratégiques :
- Des réunions stratégiques entre des représentants d'organisations
membres et des représentants de la CPI, des Etats et des journalistes
basés à La Haye 
- Formation d'avocats ukrainiens au mécanisme de la Cour pénale
internationale et aux défis liés aux procédures concernant des crimes
internationaux devant les juridictions nationales
Partenariats : Coalition internationale pour la Cour pénale internationale ;
Groupe de travail sur les droits des victimes ; Comité international pour
le jugement d'Hissène Habré ; associations de soutien psychologique aux
victimes de violations graves des droits humains, TRACES et DIGNITY ;
Coalitions nationales pour la CPI ; Coalition mondiale contre la peine de
mort ; Coalition internationale contre les disparitions forcées.

40 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Rapports
Compétence universelle : « Make Way for Justice » :
la compétence universelle en 2014 sous la loupe de trois
ONG.
Cour pénale internationale : Recommandations to the
14th Assembly of States Parties to the Rome Statute
of the International Criminal court – The Hague,
Netherlands, 18-26 november 2015.
Côte d'Ivoire : De la crise postélectorale à la
construction d'un Etat de droit : la nécessaire réforme
de la justice militaire.
Guinée : Le temps de la justice ?
Mexique : Report on the alleged commission of crimes
against humanity in Baja California between 2006 and
2012.
Nigeria : Les crimes de masse de Boko Haram.
Palestine (Gaza) : Trapped and punished : the Gaza
civilian population under Operation Protective edge.
Rwanda : The Pascal Simbikangwa case : analysis of
an emblematic trial.
Tchad / Sénégal : L'affaire Hissène Habré : vingt ans
d'obstination pour la justice.
Ukraine : Eastern Ukraine : civilians caught in the
crossfire.

Priorité 5

Renforcer le respect
des droits humains dans
le cadre de la mondialisation économique
Contexte et défis
Tandis que la concurrence pour l’accès aux ressources s'est
poursuivie au niveau planétaire, le développement économique
de nombreux pays continue de se fonder sur l’exploitation des
ressources naturelles. La libéralisation du commerce et des
flux d’investissement, la protection accordée aux investisseurs
étrangers, le fort degré de dépendance entre les économies
mondiales, mais également la dette étrangère et les politiques
des institutions financières internationales ont restreint le rôle et
l'influence des États dans la conduite des politiques économiques
et sociales visant à améliorer le bien-être de leurs propres
populations. En outre, l’émergence des BRICS (Brésil, Russie,
Inde, Chine, Afrique du Sud) et des entreprises transnationales
originaires de ces pays, qui opèrent notamment dans de
nombreuses contrées du Sud mondialisé, a continué de poser
d’importants défis lorsqu’il s’agit de garantir la protection des
droits humains.
Les droits économiques, sociaux et culturels ont été formellement
reconnus au niveau international, avec notamment l’entrée en
vigueur en 2013 du Protocole facultatif au Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et sa
ratification croissante bien que lente. Fin 2015, 21 États étaient
parties au Protocole, ce qui représente une avancée importante
notamment pour la justiciabilité de ces droits. En revanche, il
reste extrêmement difficile de revendiquer la protection des
droits économiques, sociaux et culturels, notamment dans un
contexte planétaire où les activistes et les défenseurs des droits
humains qui défendent leurs droits face à de puissants intérêts
économiques sont perçus comme une menace. En 2015, de
nombreux Etats ont continué à réagir par la stigmatisation,
la répression ou la criminalisation des communautés et des
défenseurs qui dénoncent les atteintes aux droits humains liés
aux projets d'investissement. Dans ce contexte, les défenseurs

des droits liés à la terre sur tous les continents ont été
particulièrement ciblés. Les attaques contre des groupes tels que
les défenseurs, les journalistes et les opposants politiques ont
encore été facilitées par l'adoption de lois répressives contre les
ONG mais aussi par la vente et l’exportation des technologies
de surveillance, de l’information et des communications.
Près de cinq ans après l’adoption des Principes directeurs de l’ONU
relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme (sigle anglais
UNGPs) en juin 2011 et en dépit des progrès réalisés, notamment
quant à leur reprise par les parties prenantes et à la compréhension
par les entreprises de leurs responsabilités en matière de respect
des droits humains, les avancées ont été largement insuffisantes.
L’accès des victimes à la réparation est resté une illusion dans de
trop nombreux cas, et a même été rendu encore plus difficile dans
certains pays du fait de récentes réformes ou décisions de justice,
malgré la multiplication des initiatives de recours et notamment
auprès de mécanismes non-judiciaires.
En juin 2014, suite à un appel mondial émanant de centaines
d’organisations de la société civile et des mouvements sociaux,
une résolution demandant l’élaboration d’un instrument
juridique contraignant sur les entreprises et les droits humains
a été adoptée par le Conseil des droits de l'Homme des Nations
unies. Le groupe de travail intergouvernemental chargé de
l'élaboration d'un tel traité s'est réuni pour la première fois en
juillet 2015. La faible participation d'Etats clés comme les EtatsUnis, le Canada, l'Australie et les membres de l'Union européenne
est à regretter. Ce processus doit compter sur la participation
active et de bonne foi de tous les États, y compris ceux où sont
basées les maisons mères des entreprises multinationales. Il
doit être compris comme étant complémentaire aux efforts de
mise en œuvre des Principes directeurs de l'ONU et s'appuyer
sur les processus de développements normatifs existants au
niveau national et régional.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 41

Dans de nombreux pays européens, les mesures d’austérité
promues par les États et les établissements financiers ont
continué d’affecter négativement les droits humains. Les
négociations de traités de libre-échange en cours entre l’Union
européenne et les pays tiers ont continué de susciter de graves
préoccupations concernant les potentiels effets néfastes de ces
accords sur les droits humains, et la légitimité de dispositions
telles que les clauses d’arbitrage est demeurée sérieusement
mise en question.
Au niveau européen, des discussions importantes ont porté
sur le renforcement du cadre normatif vers davantage de
transparence, une meilleure prévention des abus et plus
d’accès à la justice pour les victimes d’abus commis par les
entreprises.La Commission européenne a notamment travaillé
sur des lignes directrices pour la mise en œuvre de sa Directive
sur la publication d’informations extra-financières. En France
et en Suisse, des initiatives – portées par la société civile et
visant l’adoption de propositions législatives pour exiger aux
entreprises l’exercise d’un devoir de vigilance en matière de
droits humains – étaient en 2015 en cours de discussion.
Par ailleurs, suite à la mobilisation des organisations de la société
civile, la Commission européenne a adopté le 11 Novembre
2015 une communication interprétative concernant l’origine
des produits provenant des territoires palestiniens occupés par
Israël depuis Juin 1967, qui contient des indications au sujet de
l’étiquetage des produits issus des colonies israéliennes. Une
timide avancée visant à empêcher que des acteurs économiques
ne contribuent à la perpétuation des violations commises en
Territoire palestinien occupé.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action

> Contribuer à la responsabilité des
acteurs économiques
Documenter l'impact des activités des entreprises sur les
droits humains, établir les responsabilités
Documenter les violations des droits humains commises par
des entreprises est essentiel pour soutenir les victimes dans
leur quête de justice et plaider en faveur de normes nationales
et internationales protectrices. Surtout, le risque réputationnel
lié à une dénonciation publique, aux conséquences financières
potentiellement importantes, peut amener les entreprises visées
à remédier aux situations de violations documentées.
Pour réaliser cette documentation, la FIDH mène des missions
d'enquête classiques sur les violations des droits humains
commises par les entreprises, avec la participation d'expert.e.s
en tant que chargés de mission. La FIDH conduit également
des études d’impacts sur les droits humains qui permettent aux

42 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

communautés affectées de prendre les commandes pour évaluer
et documenter les impacts -réels ou potentiels- des projets
d’investissements sur les droits humains. Pour ce faire, la FIDH
soutient l’utilisation de Droits Devant, un outil conçu par Droits
et Démocratie qui guide les communautés et les ONGs étape par
étape afin de mesurer l’impact qu’un projet d’investissement a
ou peut avoir sur leurs droits humains, et permet d’élaborer un
rapport final et des recommandations, qui peuvent servir de base
pour le dialogue avec les acteurs publics et privés impliqués
dans le projet d’investissement et pour d’éventuels recours ou
campagnes de mobilisation.
En 2015, la FIDH a ainsi fait le suivi de l'étude d'impact sur les
droits humains qu'elle a mis en place en Colombie s'agissant des
activités d'une entreprise pétrolière canadienne. L’organisation
membre de la FIDH en Colmbie, qui a été formée par la FIDH
à la méthodologie Droits Devant, a mêné les recherches de
terrain à travers plusieurs missions et près de 500 personnes
interviewées selon un questionnaire façonné par l'équipe et
des experts, en particulier des travailleurs et membres des
communautés affectées des champs pétroliers de Rubiales et
Quifa, où opère l'entreprise. Des dizaines de réunionsont par
ailleurs été tenues avec des représentants d'autorités locales,
régionales et nationales, les entreprises concernées et différents
acteurs affectés par leur activités, afin de présenter le projet
et recueillir des informations. L'étude a bénéficiée de l'appui
d'experts de l'American Association for the Advancement of
Science qui ont travaillé sur des questions spécifiques liées aux
impacts des activités de l'entreprise sur l'environnement. Le
rapport de cette étude d'impacts sera publié en 2016.
La FIDH a également mené une mission de contact au
Honduras auprès de ses organisations membres et partenaires
pour sélectionner un nouveau cas d'étude d’impact sur les
droits humains basé sur la participation des communautés.
Durant cette mission une formation sur l’outil Droits Devant
a été donnée à une vingtaine de participants de différentes
organisations et mouvements sociaux de différentes régions
du Honduras. L’étude d’impact quis sera menée en 2016 se
concentrera sur les impacts sur les droits humains d’un projet
de barrage hydroélectrique dans le nord du pays.
La FIDH a également mené en 2015 une mission d'enquête en
Birmanie dont l'objectif était d'évaluer l'impact sur les droits
économiques, sociaux et culturels de l'établissement du parc
industriel de Myotha. En dépit des menaces et notamment
du harcèlement judiciaire subis par les représentants des
communautés affectées par ce parc, la FIDH a pu recueillir de
nombreux témoignages attestant des arrestations et détentions
arbitraires ainsi que des déplacements forcées de populations
liés à ce projet et a pu rencontrer les responsables de l'entreprise
en charge de ce projet. Le rapport de cette mission sera publié
en 2016.

FOCUS
La FIDH épingle Orange concernant ses relations
commerciales dans le Territoire palestinien occupé (TPO)
La FIDH, ses organisations membres en France et en
Palestine, et des organisations partenaires ont publié en
2015 le rapport de leur étude présentant et dénonçant
la relation d’affaires (contrat de license de marque) du
groupe français de télécommunication Orange avec
l’entreprise de télécommunication israélienne Partner,
active dans les colonies israéliennes situées dans le
Territoire palestinien occupé (TPO). Le rapport démontre
que Partner fait construire des infrastructures sur des terres
palestiniennes  confisquées  et offre des services aux colons
et à l’armée israélienne. L’entreprise tire par ailleurs profit
des limitations imposées à l’économie palestinienne par
les autorités israéliennes, et contribue ainsi à l’asphyxie de
celle-ci. Les organisations ont conclu dans le rapport qu'au
regard de sa responsabilité de respecter les droits humains
et conformément aux Principes directeurs de l’OCDE et des
Nations unies ainsi qu’en vertu de la charte de déontologie du
Groupe, Orange doit mettre un terme à sa relation d’affaires
avec Partner pour éviter toute contribution directe ou
indirecte aux violations des droits humains liées aux colonies
israéliennes dans le TPO. Le rapport appelle également l'Etat
français, principal actionnaire du groupe Orange, à prendre
toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce qu’Orange
reconsidère sa relation d’affaires avec Partner, et se mettre
en conformité avec les engagements politiques pris par la
France concernant le statut illégal des colonies israéliennes
Nos organisations ont pu rencontrer des hauts représentants
du Groupe Orange ainsi que des ministères français de
l'Economie et des Affaires étrangères pour leur faire part de
leurs préoccupations et recommandations.
Finalement, le 30 juin 2015, le Groupe Orange a annoncé
une rupture, dans deux ans maximum, du contrat qui le liait
à l'entreprise Partner.
La FIDH a également fait le suivi de son rapport d'enquête
sur les violations des droits humains liées à l'activité
d'exploitation de plantations de caoutchouc par l'entreprise
Socfin-KCD (dont le principal actionnaire minoritaire
est le Groupe français Bolloré) à Busra au Cambodge.
Plusieurs communications ont permis de remettre sur pieds
la commission tripartite chargée de trouver des réponses aux
attentes des communautés affectées.
La FIDH a en outre mis un accent particulier sur la documentation
des violations des droits des activistes qui dénonçent les violations
des droits humains liées à l'activité des entreprises. Ainsi, la
FIDH et ses organisations membres, CEDHU et INREDH, ont
publié en 2015 le rapport d'une mission d'enquête en Equateur
qui dénonce la criminalisation de la protestation sociale dans
ce pays, utilisée afin de faire obstacle à l’action des défenseurs
des droits humains et des dirigeants des mouvements sociaux et
afin de les intimider et de les stigmatiser lorsqu’ils se mobilisent
contre des projets industriels.

Par ailleurs, dans le cadre du programme conjoint de
l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits
humains, la FIDH et l'OMCT ont publié le rapport d'une
mission d'enquête sur la situation au Guatemala qui met en
exergue des cas de violence à l'encontre de défenseurs qui
protestent contre les impacts négatifs sur les droits humains
de l'activité des entreprises d'extraction minière.
Leviers judiciaires et mécanismes de recours
En 2015, la FIDH a continué ses activités contentieuses
stratégiques pour établir la responsabilité des entreprises,
de leurs dirigeants ou des Etats s'agissant des violations des
droits humains liées à l'activité des entreprises.
S'agissant de ses actions au pénal, la FIDH a en particulier suivi
les plaintes judiciaires qu'elle a initiées avec son organisation
membres en France, la LDH, contre des entreprises qui
auraient fourni du matériel de surveillance à des régimes qui
s'en sont servi pour réprimer toute voix contestataire.
Ainsi, la FIDH a continué son travail en soutien des victimes
libyennes parties civiles dans l'affaire visant la société Amesys
pour complicité d’actes de torture. Cette société française et
ses dirigeants sont accusés d'avoir vendu au régime dictatorial
de Mouammar Khadafi un matériel de surveillance destiné à
mieux cibler les opposants au régime. La FIDH a notamment
publié en 2015 un rapport faisant le point sur l'affaire et
l'instruction en cours en vue d'appeller la justice à plus de
célérité dans l’enquête et à des avancées concrètes répondant
à l’attente de justice des victimes libyennes. La FIDH a par
ailleurs recueilli le témoignage d'une nouvelle victime qui a
été entendue en décembre par le juge d'instruction.
En avril 2015, la société QOSMOS, visée par une plainte de
la FIDH et de la LDH dénonçant la participation de sociétés
françaises à la mise en place d’un système généralisé de
surveillance des communications électroniques fourni au
régime de Bachar el-Assad et ayant servi à la traque, à la torture
ou à l’exécution d’opposants au régime, a été placée sous le
statut de témoin assisté du chef de complicité de crimes de
torture commis en Syrie. Pour nourrir la procédure, la FIDH
s'est déplacée à plusieurs reprises en Turquie pour recueillir de
nombreux témoignages de victimes. Elle a également organisé
en juillet la venue à Paris de 5 Syriens en tant que témoins
anonymes pour être entendus par les magistrats et celle en
décembre d'une nouvelle partie civile qui réside aux Etats-Unis.
La FIDH a également poursuivi son interpellation de la Cour
pénale internationale (CPI) pour que celle-ci se saisisse des
crimes internationaux commis dans le contexte des activités
des entreprises. Ainsi, en juillet 2015, la FIDH a transmis à la
procureure de la CPI de nouvelles preuves en complément de
la communication transmise par la FIDH en octobre 2014 sur
les crimes résultant de l'accaparement des terres au bénéfice
des élites dirigeantes pratiqué à grande échelle au Cambodge
qualifiés de crimes contre l'humanité. La FIDH souhaite que
ces éléments poussent le Bureau du procureur à ouvrir un
examen préliminaire sur cette situation.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 43

La FIDH a aussi poursuivi ses actions visant à mettre en
lumière la responsabilité des Etats s'agissant des violations
des droits humains liées à l'activité des entreprises. Elle a
ainsi contribué à des rencontres entre des représentants de son
organisation partenaire au Brésil, Justiça nos Trilhos, avec le
Rapporteur spécial des Nations unies sur les déchets toxiques
et avec la mission permanente du Brésil auprès du Conseil des
droits de l'Homme des Nations unies. Des réunions qui ont
permis d'insister auprès des représentants de l'Etat pour obtenir
une réponse à leur interpellation par des procédures spéciales
des Nations unies appelant à la mise en oeuvre de mesures
de réparation pour les communautés affectées du fait des
activités des industries sidérurgiques et d'extraction minière
à Açailândia, dans l’Etat du Maranhão. La FIDH, qui avait
effectué une étude d'impact sur cette situation a par ailleurs
interpellé le Ministère brésilien des villes lui demandant de
contribuer financièrement aux procédures de ré-installation de
la communauté de Piquia de Baixo.
En 2015, la FIDH a également travaillé à l'actualisation de
son guide pratique pour les victimes et ONG sur les recours
disponibles en cas de violations des droits humains par les
entreprises.
Renforcer le cadre juridique
Sur le plan européen, la FIDH a continué de soutenir le travail
de la Coalition européenne pour la responsabilité sociale et
environnementale des entreprises (ECCJ), en tant que membre
de son comité directeur. Après avoir milité dans ce cadre pour
le vote d'une directive de l'UE sur le reporting extra-financier,
la FIDH a contribué à la définition des stratégies de plaiodyer
d'ECCJ, y compris s'agissant du positionnement de l'UE
concernant les négociations du Traité des Nations unies sur
entreprises et droits humains.
Focus
La Commission de l'UE reconnue coupable de maladministration pour n'avoir pas réalisé d'études d'impacts
préalable à l'accord de commerce et d'investissement avec le
Vietnam
L'Union européenne a plusieurs obligations relatives au respect
des droits humains et doit adapter ses politiques en conséquence.
Particulièrement, la FIDH insiste sur la nécessité pour l'UE
d'intégrer le respect des droits humains dans le cadre de ses
processus d'accords commerciaux et d'investissement avec des
pays tiers, notamment via la consultation avec la société civile
et la réalisation d'études d'impact préalables sur les effets de ces
accords sur la protection des droits humains. Pour renforcer son
plaidoyer à cet égard, la FIDH a publié une note « Building trade's
consistency with human rights: 15 recommendations to the EU
on impact assessments » précisant les obligations de l'UE en la
matière et faisant des recommandations précises en vue de leur
mise en oeuvre. Surtout, la FIDH et son organisation membre
VCHR ont fait le suivi de leur plainte adressée à la médiatrice
européenne dénonçant le refus de la Commission européenne de
prendre en considération les droits humains dans les négociations
relatives aux accords commerciaux et d’investissement avec le
44 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Vietnam. En mars 2015, la médiatrice a donné raison à la FIDH et
à VCHR en stigmatisant la Commission pour maladministration
et appelant à la mise en oeuvre immédiate d'une étude d'impacts.
Cette décision marque un précédent important qui devrait
avoir des conséquences sur tous les accords de libre échange et
d'investissement actuellement négociés par l'UE.
La FIDH a également participé au « EU Multi-Stakeholder
Forum on Corporate Social Responsibility”, aux fins, avec
d'autres ONG, de réitérer l'importance pour la Commission de
l'UE d'établir des priorités claires pour la mise en œuvre des
Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises
et aux droits de l'Homme, de renforcer la règlementation en la
matière et de soutenir l'accès à la justice pour les communautés
affectées par les activités des entreprises. Ce plaidoyer avait
pour but d'influer sur le plan stratégique droits humains en
préparation par le staff de la Commission.
Membre du “EU Korea domestic advisory group (DAG), la
FIDH a également fait en sorte que ce groupe se focalise sur
les questions relatives aux entreprises et aux droits humains et
propose des recommandations en la matière.
La FIDH a continué à participer aux réunions du Groupe de
rédaction sur les Droits de l’Homme et les Entreprises (CDDHCORP) du Conseil de l'Europe visant à l'élaboration d'un
instrument non-contraignant. Les ONG, dont la FIDH, parties
prenantes du processus de rédaction de cet instrument ont en
outre transmis aux ambassadeurs du Conseil de l'Europe une
note de position sur les aspects essentiels que devaient couvrir
cette nouvelle norme.
Au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, la FIDH
a plaidé avec succès pour l'établissement d'une Rapporteur
spécial sur le droit à la vie privée ayant mandat notamment
– via des rapports, des visites pays et une procédure de
communication, de couvrir les questions relatives aux pratiques
de surveillance par des entreprises ou les outils de surveillance
développés et vendus par des entreprises.
Focus
la FIDH met en avant les préconisations des organisations
membres et partenaires sur le contenu du futur Traité des
Nations unies sur entreprises et droits de l'Homme
FIDH et ESCR-Net ont tenu en mai à Chiang Mai, Thailande,
leur première consultation régionale dans le cadre de leur
projet conjoint Initiative pour le Traité. Cet atelier a permis
l'émergence de discussions stratégiques entre des représentants
d'organisations de la société civile, de communautés affectées
par l'activité d'entreprises, des activistes d'Asie et du Pacifique
et les membres du Groupe Légal, aux fins de développer des
propositions concrètes pour le contenu du futur Traité. Cette
consultation s'est ponctuée par une déclaration conjointe des
participants présentant leurs exigences quant aux futures
dispositions de l'instrument contraignant.
La FIDH a également participé à la première session du Groupe
de travail intergouvernemental de l’ONU (IGWG) chargé

d’élaborer un instrument international sur les droits humains et
les sociétés transnationales et autres entreprises, en contribuant
aux discussions à travers de nombreuses interventions orales,
une soumission écrite et l’organisation d’un évènement
parralèle avec d’autres partenaires. Les soumissions de la
FIDHprésentaient des recommandations tant sur le processus de
développement d’un traité que sur son contenu.
Une deuxième consultation régionale s'est ensuite tenue en
octobre sur le même modèle à Nairobi, Kenya, durant laquelle la
société civile et les experts du Groupe Légal ont pu échanger sur
les difficultés et priorités qui devraient être adressées dans le futur
traité. Des discussions sur les stratégies de paidoyer autour du
traité ont également eu lieu durant la réunion. Les représentants
de la société civile et mouvements sociaux Africains ayant
participé à cette consultation ont par la suiteélaboré une
déclaration conjointe appellantà l'élaboration d'un Traité qui
couvre l'ensemble des droits humains ainsi que l'ensemble des
entreprises, qu'elles soient nationales ou internationales, privées
ou publiques.
La FIDH et ESCR-Net mèneront d'autres consultations
régionales en 2016 et continueront de suivre les discussions du
Groupe de travail intergouvernemental pour influer sur leurs
travaux aux fins de prise en compte des préconisations des
sociétés civiles. La FIDH veillera également à convaincre les
États de participer au processus d'élaboration du traité.
La FIDH est également intervenue et a organisé des événements
parallèles lors du Forum Annuel de l'ONU sur les entreprises
et les droits de l'Homme sur la question des défenseurs des
droits à la terre, du traité international sur les entreprises et droits
humains, et de l'accès à la justice.
Enfin, parmi les diverses actions de plaidoyer auprès des Etats
pour l'adoption de normes en faveur de la responsabilité sociale
des entreprises, la FIDH et la plateforme des ONG françaises
pour la Palestine ont lancé officiellement en France leur
campagne « Made in Illegality » qui appelle les autorités à cesser
toutes relations économiques avec les colonies israéliennes. Des
questions relayées par des parlementaires ont été adressées à cet
effet au gouvernement à l'Assemblée nationale.
Encourager les entreprises à mettre en œuvre leur devoir de
vigilance
Dans le cadre de sa coopération avec Carrefour, la FIDH a
continué d'interpeller le groupe de distribution pour mettre
en œuvre son devoir de vigilance concernant sa chaîne
d'approvisionnement. La FIDH a tenu des réunions régulières
avec le groupe pour évaluer l'évolution de la mise en œuvre des
50 recommandations présentées par la FIDH en 2014 visant
l'ensemble des pratiques du Groupe notamment la gouvernance
interne, les processus fournisseurs et dans des pays ou secteurs
particuliers, et dont la plupart sont intégrées dans le Plan d'action
2015-2017 sur la responsabilité sociale de Carrefour.
Dans le cadre de ce Plan d'action, Carrefour a par ailleurs souhaité
- à travers sa Fondation- lancer un projet de fonds de solidarité dont
les objectifs seraient de promouvoir le respect des droits humains

dans la chaîne d’approvisionnement au travers d’actions à caractère
humanitaire concernant notamment les droits des travailleurs
et de contribuer au renforcement des actions des ONG et autres
acteurs locaux indépendants concernés. La FIDH a mené en
2015 de nombreuses discussions avec Carrefour pour concrétiser
l'existence de ce fonds. Elle a transformé le mandat de l'association
Infans, cadre de sa coopération avec Carrefour, renommée Sphère
pour interagir avec la Fondation Carrefour à cet effet.
En Mars 2015, la FIDH a publié son étude actualisée de la situation
des droits humains dans les 28 pays de l'UE : “les Etats membres
de l'UE sous surveillance – Inclure les droits humains dans les
stratégies d'investissement : évaluation extra-financière 2014 des
28 Etats membres de l'UE. » Dans cette étude, la FIDH classe les
28 États membres de l’UE au regard de 67 indicateurs de droits
humains et de 17 indicateurs environnementaux. Elle se veut un
guide pratique pour les investisseurs sur les marchés obligataires
et d'actions, et a pour objectif de les encourager à investir dans des
États et les entreprises respectueux des droits humains.
La FIDH a enfin suivi l'évolution du Global social compliance
programme, dont elle est membre du comité consultatif avec
d'autres ONG et syndicats, en vue de renforcer l'engagement et la
responsabilité des entreprises membres de cette Plateforme

> Promouvoir le respect des droits
économiques, sociaux et culturels par
les États
Documenter les violations
Devant l'impossibilité pour les organisations de la société
civile thailandaise de publier des informations sur l'utilisation
abusive par la junte au pouvoir de l'Article 122 du code pénal
relatif au crime de lèse majesté sous peine d'harcèlement
judiciaire, la FIDH a été la seule organisation à présenter dans
un rapport alternatif au Comité des Nations unies sur les droits
économiques sociaux et culturels une liste de cas d'arrestations,
de détentions et de poursuites sur ce fondement. Un briefing des
experts du Comité des Nations Unies sur les droits économiques,
sociaux et culturels a été spécifiquement organisé à cet effet.
La FIDH a également contribué à la préparation d'un rapport
alternatif d'ONG françaises pour soumission au Comité des
Nations unies sur les droits économiques sociaux et culturels en
amont de son examen du rapport de la France.
Focus
La FIDH documente les effets négatifs des mesures d'austérité
sur les droits humains en Grèce et plaide pour leur protection
En 2015, la FIDH a fait le suivi des recommandations de son
rapport d'enquête publié en décembre 2014 sur les conséquences
de la crise économique et des mesures d'austérité à la fois sur
les droits économiques, sociaux et culturels mais aussi les droits
civils et politiques en Grèce. La FIDH a permis l'organisation
de rencontres entre les chargés de mission, son vice-président
représentant de la ligue hellénique et des parlementaires européens
F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 45

ainsi que des représentants de la Commission de l'UE aux fins
de présenter les préoccupations de la société civile quant au
nouveau programme de stabilité pour la Grèce. Une audition au
Parlement européen a par ailleurs été organisée sur les politiques
anti-crises de l'UE et les défis en matière de protection des droits
humains. La FIDH a également mené un plaidoyer auprès de la
Direction générale de la Commission pour la Justice et les Droits
fondamentaux pour qu'elle prenne mieux en compte la question
des droits humains dans le cadre de ses discussions sur l'assistance
économique à la Grèce. Plusieurs rencontres ont également
permis de sensibiliser le Vice-président de la Commission
europeénne, Frans Timmermans, sur les recommandations du
rapport de la FIDH. La FIDH a par ailleurs interagit avec l'Expert
indépendant des Nations unies sur la dette extérieure et les droits
humains, Juan Pablo Bohoslavsky, avant la publication de son
rapport sur la Grèce. Enfin, le rapport de la FIDH a été présenté
aux gouvernement et parlement grecs et la FIDH a été auditionnée
par la Commission vérité sur la dette grèque.
La FIDH a également soumis aux Rapporteurs spéciaux des
Nations unies sur le logement et sur les questions relatives aux
minorités une note de situation sur les déplacements forcés à
Irkutsk, en Russie. Elle a aussi permis à son organisation membre
ADC Memorial d'interagir avec ces procédures spéciales.
Fondée sur son rapport d'enquête sur le travail forcé et les
violations des droits des travailleurs au Belarus, la FIDH a
en outre continué son plaidoyer pour la protection des droits
économiques, sociaux et culturels dans ce pays. Présent au
Segment de Haut-Niveau du Conseil des droits de l'Homme, Alies
Bialiatski, Vice-président de la FIDH et président de Viasna, a pu
notamment plaider auprès de représentants d'Etats en faveur du
renouvellement du mandat du Rapporteur spécial des Nations
unies sur la situation des droits de l'Homme au Belarus.
Enfin, des soumissions écrites à l'occasion de l'Examen
périodique universel par le Conseil des droits de l'Homme de
plusieurs pays, ont comporté des sections sur l'obligation des
Etats de protéger les droits économiques, sociaux et culturels.
Ce fut le cas notamment du note sur la situation des droits
humains au Laos.
Soutenir les acteurs locaux
En mars 2015, la FIDH a invité des représentants de ses
organisations membres de Palestine, des Philippines et de RDC
à participer au Forum social mondial à Tunis. La FIDH a coorganisé et participé à cette occasion à des ateliers sur : le Traité
relatif aux entreprises et aux droits humains; la vente de produits
issus des colonies israélienne en Territoire palestinien occupé;
les mécanismes de protection des droits humains pour la société
civile. Ce dernier atelier a permis aux participants de partager
leur expérience sur les moyens de mobilisation pour la protection
des droits économiques, sociaux et culturels en particulier.
La FIDH a par ailleurs organisé à Dublin en mai 2015 avec
son organisation membre FLAC un atelier de formation et
d'échange d'expérience à l'intention de ses organisations
membres en Europe de l'Ouest (14 de ses membres dans la
46 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

région étaient représentés) sur la protection des droits humains
en temps d'austérité. Des débats stratégiques ont émergés sur
les défis liés à la crise économique et les politiques d'austérité
en matière de protection des droits économiques, sociaux et
culturels, permettant de dégager les principaux obstacles à la
protection des droits et des priorités d'action pour la FIDH et
ses membres. Les participants ont également été formés aux
techniques et cibles de plaidoyer ainsi qu'aux recours disponibles
pour dénoncer les violations des droits économiques, sociaux et
culturels. Particulièrement, les représentants des organisations
européennes de défense des droits humains ont été sensibilisé
à l'utilisation des mécanismes du Comité européen des droits
sociaux et du Protocol additionel au Pacte international relatif
aux droits économiques, sociaux et culturels.
Les consultations régionales organisées conjointement par
la FIDH et ESCR-Net en Thailande et au Kenya ont permis de
sensibiliser près de 100 représentants d'ONG et de communautés
locales sur les défis relatifs aux discussions en cours sur le futur
Traité internartional sur les entreprises et les droits de l'Homme
(cf. Focus ci-avant). Un séminaire sur les méchanismes de recours
existants en cas de violations des droits humains liées aux activités
des entreprises a été organisé à Nairobi après la consultation
régionale en Afrique. 24 participants de 14 pays ont contribué à
cette formation en présentant des cas et stratégies utilisées.
Lors du Forum annuel des Nations unies sur les entreprises
et les droits humains, la FIDH a soutenu la participation
d'organisations membres et partenaires de la FIDH, venant
notamment d’Equateur Enfin, la FIDH a également facilité pour
ses organisations membres et partenaires (Birmanie, Equateur)
des rencontres avec des Délégations permanentes à Genève, des
organes de traité et procédures spéciales onusiennes, et a soutenu
leur participation aux sessions du Conseil des droits de l'Homme.
Protéger et renforcer la justiciabilité des DESC
En 2015, la FIDH et son organisation membre FLAC ont fait le
suivi de leur plainte déposée en 2014 contre l'Irlande auprès
du Comité européen des droits sociaux portant sur la situation
déplorable et les conditions très souvent inférieures à la norme
rencontrées dans quelque 20 logements sociaux, alléguant ainsi
que le droit irlandais et les politiques et pratiques en usage
pour ce type de logements ne sont pas conformes aux normes
européennes et s’exercent en violation d’articles clés de la
Charte sociale européenne révisée.
Par ailleurs, à travers la Coalition internationale des ONGs pour
la ratification du Protocole facultatif au PIDESC, la FIDH a
continué à promouvoir la ratification du Protocole facultatif,
afin d'avancer la réalisation effective et la justiciabilité des
droits économiques, sociaux et culturels. Notamment, à
l'ocassion de la 56ème sessions de la Commission africaine
des droits de l'Homme et des peuples, la FIDH a co-organisé
un atelier sur le Protocole et l'accès à la justice pour les droits
économiques, sociaux et culturels, auquel participèrent 150
représentants d'ONG africaines et internationales, représentants
d’États et d'institutions nationales droits de l'Homme et les
Commissaires.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au :

Contribution à la responsabilité des acteurs économiques
• A la décision prise par le Groupe Orange, annoncée le 30

juin 2015, de procéder à la rupture, dans deux ans maximum,
du contrat qui le liait à l'entreprise Partner active dans les colonies israéliennes situées dans le Territoire palestinien occupé
et se mettre ainsi en conformité avec le droit international.
• Au placement en avril 2015 de l'entreprise Qosmos sous le
statut de témoin assisté du chef de complicité de crimes de
torture commis en Syrie, pour participation présumée à la
mise en place d’un système généralisé de surveillance des
communications électroniques fourni au régime de Bachar
el-Assad et ayant servi à la traque, à la torture ou à l’exécution
d’opposants au régime.
• La décision prise par la Commission de l'UE de lancer une
étude d'impact dans le cadre de sa révision du règlement sur
les biens à double usage, conformément aux préoccupations
de la FIDH et de CAUSE s'agissant de la vente de matériel
de surveillance à des régimes qui les utilisent pour réprimer
les voix critiques.
• L'étude du Parlement européen sur “Surveillance et censure : l'impact des technologies sur les droits humains” qui
mentionne le rapport de la FIDH sur les technologies de surveillance fabriquées en Europe et reprend plusieurs de ces
recommandations en pour la protection des droits humains
• L'adoption le 21 mai par le Parlement européen d'un projet de
loi proposant une certification obligatoire pour les entreprises
européennes s’approvisionnant dans les zones de conflit lors
de l’importation de minerais dans les pays en développement.
• L'adoption le 11 Novembre 2015 par la Commission Européenne d'une communication interprétative concernant
l’origine des produits provenant des territoires occupés par
Israël depuis Juin 1967. Son but est de s’assurer du respect
par les Etats membres de l’Union Européenne des conditions
d’étiquetage actuelles et de l’indication véritable de l’origine
des produits provenant des colonies.
• L’adoption, par la Commission européenne, de nouvelles
Recommandations portant sur les échanges commerciaux et
les droits humains, rédigées sur la base notamment du rapport
de la FIDH portant sur la mise en cohérence entre échanges
commerciaux et droits humains.
• Soutien par la médiatrice européenne de la plainte déposée
par la FIDH accusant la Commission européenne de mauvaise
administration pour son refus de mener une étude d'impacts
sur sur les droits humains avant la signature des accords de
commerce et d’investissements avec le Vietnam.
• Suivi du travail de l'UE avec la délégation cambodgienne
pour développer un mécanisme d'évaluation des revendications liées aux plantation de canne à sucre au Cambodge et
mettre en oeuvre des mesures de réparation.
• Aux décisions prises par de grandes marques d'habillement
de contribuer au Fonds pour les victimes du Rana Plaza au
Bangladesh.

• L'adoption le 29 April 2015 par le Parlement européen d'une

résolution sur le Bangladesh appelant à l'accès des victimes
aux voies de recours et à la réparation.
• Etoffer les recommandations du Plan d'action de l'UE sur les
droits de l'Homme et la démocratie via l'intégration comme
priorité de la mise en oeuvre des Principes directeurs des
Nations unies sur les entreprises et les droits de l'Homme.
• L'adoption en mars par le Parlement européen d'une résolution mettant en lumière la nécessité de répondre aux lacunes
dans la mise en oeuvre des Principes directeurs des Nations
unies sur les entreprises et les droits de l'Homme.
• L'assouplissement de la position de l'UE et de ses Etats membres
qui ont participé à la première journée des travaux de la première
session du Groupe de travail intergouvernementale sur le futur
Traité relatif aux entreprises et droits humains, en dépit des appels préalable au boycott du processus dans son ensemble.
• Au rapport du Rapporteur spécial des Nations unies sur la
liberté d'association sur la protection de ce droit dans le contexte de l'exploitation des ressources naturelles qui reprend
les préoccupations et recommandations de la FIDH s'agissant
de la protection des droits humains dans le cadre de l'activité
des entreprises.

Renforcement du respect des droits économiques, sociaux et culturels par les États
• A la référence faite par le nouveau gouvernement grec ainsi
que par le Parlement au rapport de la FIDH sur les impacts
des mesures d'austérité sur les droits humains, souhaitant que
les recommandations de celui-ci servent de guide à leur action
politique.
• A la recommandation formulée par l'Expert indépendant des
Nations unies sur la dette extérieure et les droits de l'Homme
dans son rapport de voir le FMI et la Grèce trouver un accord
sur la crise de dette grèque qui respecte les droits humains.
• Aux recommandations de l'étude demandée par la Commission des Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen qui analyse l’impact que la
crise économique et l’austérité ont eu sur un certain nombre
de droits fondamentaux en Grèce qui reflètent et intègrent
largement les conclusions du rapport d'enquête la FIDH.
• Aux nombreuses recommandations formulées par le Comité
des droits économiques, sociaux et culturels des Nations
unies qui reflètent celles figurant dans la soumission conjointe FIDH-VCHR, portant notamment sur les questions
suivantes au Vietnam : restrictions sur l’exercice de droits ;
accès à la justice, et remèdes ; non-discrimination ; droits
syndicaux ; exploitation économique d’enfants, et impacts
des programmes de développement.
• Aux Observations finales du Comité des Nations unies sur
les droits économiques, sociaux et culturels qui reprennent les préoccupations et recommandations de la FIDH
s'agissant de l'utilisation abusive par les autorités thailandaises de l'accusation de crime de lèse majesté et appelant à
l'amendement de l'article 112 du code pénal
• Au soutien de l'Ombudsman de Irkutsk, Russie, aux personnes
devant être déplacées de force en leur proposant les services

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 47

d'un avocat et faisant appel du jugement d'expulsion, à suite
de l'appel des procédures spéciales des Nations unies saisies
par la FIDH.
• A l'accent mis dans le plan d'action de l'UE sur les droits
humains et la démocratie sur la protection des droits économiques, sociaux et culturels et des défenseurs de ces droits dans
le cadre de sa politique extérieure, selon les recommandations
de la FIDH.
• A la ratification par la France, l'Italie et le Luxembourg du
Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels.

• La décision de recevabilité de la plainte contre l'Irlande
soumise par la FIDH et son organisation membre FLAC au
Comité européen des droits sociaux alléguant la situation déplorable et les conditions très souvent inférieures à la norme
rencontrées dans quelque 20 logements sociaux.
• L'adoption en mars 2015 par le Parlement européen d'une résolution faisant écho aux préoccupations de la FIDH appelant
à la transparence et au respect du droit international des droits
de l'Homme s'agissant des contrats et accords d'acquisition
de terres.

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires
11 missions internationales d'enquête et de plaidoyer (Equateur, Birmanie, Honduras, Colombie, Turquie, France,
Kenya, Thailande, Tunisie)
114 Communiqués de presse
Soutien au plaidoyer de défenseurs (Equteur, Birmanie, Thailande, Belarus, Cambodge, France, Grèce, Mexique, Cuba,
Guatemala) auprès des OIG, des mécanismes pertinents régionaux et internationaux et de représentants d’États influents
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires  :
Devant les tribunaux français : suivi judiciaire dans les affaires Amesys et Qosmos (vente de matériels et technologies
de surveillance)
Devant le Comité européen des droits sociaux : Communication c. Irlande
Devant le Médiateur européen : plainte conjointe de la FIDH et son organisation membre VCHR concernant les
négociations entourant l'accord de commerce et d'investissement UE-Vietnam
Séminaires stratégiques / de formation :
- Organisation d'un séminaire d'échange stratégique et de formation à Dublin
(mai) à l'intention des organisations membres de la FIDH en Europe de l'Ouest
(14 de ses membres dans la région étaient représentés) sur la protection des
droits humains en temps d'austérité.
- Co-organisation des consultations régionales en Thailande et au Kenya
regroupant près de 100 représentants d'ONG et de communautés locales pour
échanger sur les défis relatifs au processus d'élaboration et au contenu du futur
Traité internartional sur les entreprises et les droits de l'Homme.
- Séminaire de formation sur les mécanismes de recours en cas de violations des
droits humains par les entreprises à Nairobi, suite à la consultation régionale
dans le cadre du projet conjoint sur le traité.
- Co-organisation et animation d'ateliers d'échange stratégique et de formation au
Forum social mondial à Tunis en mars. Participation représentants d'organisations
membres de la FIDH de Palestine, des Philippines et de RDC. Ateliers sur : le
Traité relatif aux entreprises et aux droits humains; la vente de produits issus
des colonies israélienne en Territoire palestinien occupé; les mécanismes de
protection des droits humains (en particulier des DESC) pour la société civile.
- Formation à la méthodologie d’étude d’impact sur les droits humains basé sur
la participation des comunautés Droits Devants au Honduras;
Partenariats : Coalition européenne pour la responsabilité sociale et
environnementale (ECCJ, Réseau DESC, Confédération syndicale internationale,
OECD Watch, Coalition internationale des ONGs pour le Protocole facultatif au
PIDESC, CAUSE, ETO Consortium.

48 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Rapports
Amériques - Criminializacion de defensores de derechos
humanos en el contexto de proyectos industriales ; un
fenomeno regional en Aamerica Latina
Equateur - Criminalizacion de la protesta social frente a
proyectos extractivos en Ecuador
Affaire Amesys - les victimes attendent des avancées
concrètes
Etats membres de l'Union européenne - Les Etats
membres de l'UE sous surveillance – Inclure les droits
humains dans les stratégies d'investissement : évaluation
extra-financière 2014 des 28 Etats membres de l'UE
Grèce - Dévaluation des droits : le prix de l'austérité en
Grèce
Guatemala - « Mas pequenos que David » la lucha de le
los defensores y defensoras de derechos humanos
France - Les liaisons dangereuses d'Orange dans le
territoire palestinine occupé
Thailande - Dark ages ; violations of cultural rights under
Thaïland's lèse-majesté law
Union européenne – Building trade's consistency with
human rights : 15 recommendations to the EU on impact
assessments.

Priorité 6

Conflit, pays fermés ou en
transition : défendre les
principes démocratiques
et soutenir les victimes
des violations les plus
graves
Afrique du Nord MoyenOrient
Contexte et défi

ses bombardements aveugles ni les exactions des dizaines de
milices chiites, notamment libanaises et irakiennes (Hezbollah,
Brigades Badr, Harakat al-Nujaba) armées par l'Iran et soutenues
par le gouvernement syrien, ni celles des forces militaires kurdes.
L'intervention militaire, en soutien de l'une ou l'autre des parties,
de plus de 20 pays aux intérêts géostratégiques et économiques
divers contribue grandement à confessionnaliser le conflit.

La région a été en 2015 sous le feu de plusieurs crises graves
marquées par diverses violations des droits humains pouvant
être qualifiées de crimes internationaux et une recrudescence des
violences sectaires. En Irak, en Syrie, au Yemen, des attaques
s'apparentant à des opérations de nettoyage ethnique se sont
multipliées Dans les pays de l'ensemble de la région, la lutte contre
le terrorisme a justifié de graves violations des droits humains,
civils et politiques par les Etats.

Au Yémen, l'utilisation de bombes à sous-munitions par les
troupes de la coalition sous commandement saoudien alliées au
gouvernement yéménite depuis mars 2015 contre les rebelles
houthis, a fait des dégâts considérables dans la population civile,
au prix de nombreux crimes de guerre. Les sièges imposés à de
nombreuses villes ont conduit à des crises humanitaires sans
précédent et les massacres et exécutions sommaires attribués aux
forces houthies se sont multipliés.

2015 a marqué la cinquième année de la guerre en Syrie. Selon
un rapport du think tank indépendant Syrian Center for Policy
Research, le nombre de morts serait de 470 000 . D'après cette
même source, 11% de la population syrienne aurait été tuée ou
blessée, 45% déplacée. On compte des milliers de personnes
disparues, 1 million de personnes assiégées, 4 millions de
réfugiés et une crise humanitaire de grande ampleur. Les
atrocités commises par Daesh sur les territoires syrien, irakien et
à l'étranger, ne doivent éluder ni le fait que le régime de Damas
est responsable de l'écrasante majorité des pertes civiles par

En Irak, les crimes commis par les milices chiites alliées au
gouvernement, notamment dans les zones libérées de l'Etat
islamique, ont égalé en horreur ceux de Daech, posant la question de
la cohérence du soutien et de l'impunité accordés au gouvernement
irakien par la coalition internationale contre l'Etat Islamique.
L'effondrement de l'Etat libyen s'estaccentué avec la multiplication
des violences depuis la prise de la capitale Tripoli par une coalition
de milices en août 2014 et la fuite du gouvernement reconnu
internationalement dans l'est du pays. Les civils sont pris au

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 49

piège des affrontements tribaux et religieux. Le chaos profite aux
groupes fondamentalistes qui ont pris de l'ampleur et commis des
actes terroristes et des prises d'otages.
En Egypte, dans le Sinaï, les civils ont été les premières victimes
de la répression militaire menée, à huis clos, contre les groupes
islamistes armés.
Ces crises majeures et l'aggravation de la menace jihadiste ont
justifié une répression extrêmement violente des oppositions
politiques et des sociétés civiles dans l'ensemble des pays de la
région.
En Egypte, une répression d'une violence sans précédent s'est
élargie des opposants politiques à l'ensemble de la société civile.
Toute forme de critique et de contestation pacifique a été pénalisée
dans le silence d'une communauté internationale satisfaite des
déclarations du président Sissi sur la lutte contre le terrorisme. L’État
et ses institutions ont supprimé petit à petit les libertés publiques.
Des dizaines de milliers de contestataires de tous bords, de jeunes
défenseurs des droits humains, de membres des Frères musulmans,
des journalistes ainsi que des citoyens lambda languissent en
prison, dans des conditions inhumaines pour " participation à une
manifestation illégale", "appartenance à une organisation terroriste",
ou "menace à l’ordre public et à la sécurité de l’État" ou "insulte à
l'islam". Des centaines de cas de disparitions forcées, d'exécutions
extra judiciaires, de torture et condamnations massive à la peine de
mort ont également été dénoncés.
Le gouvernement israélien s'est lui aussi lancé dans une entreprise
inédite d'intimidation et de répression des sociétés civiles israélienne
et palestinienne alors que le conflit israélo-palestinien atteignait fin
2015 un niveau inquiétant de tension. La continuation des crimes
et des actes de violence - tirs à balles réelles, attaques physiques,
actes de vandalisme contre des propriétés et des cultures - perpétrés
en toute impunité par des colons en Cisjordanie ont entraîné des
affrontements violents entre la jeunesse palestinienne et l’armée
ainsi que la police israéliennes. En 2015, plus de 500.000 colons
étaient installés illégalement en Cisjordanie y compris à JérusalemEst, en violation grave du droit international humanitaire, en
particulier de la 4ème convention de Genève de 1949.
Les défis à l'égard de la protection du droit international humanitaire
et des droits humains dans ces situations de conflits sont restés
multiples et complexes, comme la documentation des crimes les
plus graves dans des régions insécures ou la lutte contre l'impunité
des auteurs de crimes internationaux. Le déclenchement de
procédures judiciaires étant souvent impossible au niveau national
et bloquée devant la Cour pénale internationale du fait du refus de
certaines puissances du Conseil de sécurité d'activer cette instance,
les initiatives judiciaires devant les tribunaux d'Etats tiers doivent
être soutenues à l'instar des poursuites ouvertes en France sur la base
du rapport Caesar et de plaintes déposées par des victimes parties
civiles. Face à l'inaction de la Ligue des Etats Arabes, la réponse des
Nations unies au drame humanitaire est restée un enjeu tout comme
son soutien à des négociations de paix entre les parties au conflit
pour contribuer à la protection des populations civiles.

50 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Informer et dénoncer le rôle joué par les régimes des Etats du
Golfe, notamment l'Arabie Saoudite, dans la déstabilisation de la
région et le renforcement de la répression des sociétes civiles à
l'échelle régionale, ainsi que leur responsabilité dans la diffusion
de la haine religieuse et ethnique, sontdemeurés des enjeux
importants. Plusieurs de ces Etats ont conitnué à instrumentaliser
et attiser des clivages confessionnels pour mieux légitimer la
répression des mouvements de contestation politique et des
protestations liées au non respect des droits humains, comme au
Bahrein. Leurs interventions militaires et leur ingérence dans les
conflits yéménite, syrien et irakiens, ont contribué à à radicaliser
des paysages politiques et religieux qui avaient pourtant été
profondément transformés par les mouvements révolutionnaires
nés en 2011, contribuant ainsi à brider les espoirs en matière de
droits humains nés des printemps arabes.. Leur participation à la
lutte contre Daesh est par ailleurs en contradiction avec le soutien
accordé par les monarchies du Golfe aux mouvements islamistes
les plus rigoristes pouvant alimenter le terrorisme.
En Tunisie, la lutte contre le terrorisme, qui a ensanglanté le pays
en 2015, a menacé les acquis juridiques et les droits consacrés
par la nouvelle Constitution et la ratification des instruments
internationaux. La vigilance des organisations de la société civile
face aux entraves mises à la liberté d'expression, à l'administration
de la Justice et aux actes de discrimination a cependant permis de
faire vivre ces acquis fragiles.
En Algérie et au Maroc, les critiques des autorités ont été
sanctionnées de manière récurrente par des restrictions aux
libertés, des phénomènes de harcèlement judiciaire et des actes
de torture.
Dans ce paysage dominé par des conflits d'une violence extrême et
des restrictions graves et croissantes aux libertés, le renforcement
de la capacité de protection et d'action de la société civile est
demeuré un enjeu majeur en 2015.

La FIDH et ses ligues en action
Établissement des faits, alerter, proposer
En 2015, sur la base des informations communiquées par ses organisations membres et partenaires, la FIDH a publié un grand
nombre d'alertes sur les violations des droits humains dans la région (plus de 313 communiqués de presse en arabe, anglais et
français), avec un focus particulier sur la situation en Palestine, au
Barhein, en Syrie, en Tunisie et en Égypte. Ces informations ont
été transmises aux autorités concernées ainsi qu'aux institutions
intergouvernementales, auxmécanismes de protection des droits
internationaux et régionaux et aux médias.
En soutien à ses organisations membres et partenaires, la FIDH a
continué son action de documentation des graves violations des
droits humains, de qualification des faits et des responsabilités.
Ainsi, contournant le refus des autorités égyptienne d'autoriser la
présence d'enquêteurs internationaux, la FIDH a publié en mai

2015 le rapport d'une mission qu'elle a organisée en off dans ce
pays pour documenter la pratique des violences sexuelles par les
forces égyptiennes de sécurité comme moyen de réprimer toute
voix critique. Le rapport qui compile de nombreux témoignages
a établi que les violences sexuelles (viols, de viols avec objets,
de tests de virginité vaginale et anale, d’électrocution des parties génitales, ainsi que diverses pratiques diffamatoires et actes
de chantage à caractère sexuel) visaient toutes les personnes appréhendées par les forces de sécurité, quelles que soient les raisons
de leur arrestation. Outre les opposants au régime d’Abd El-Fattah
El-Sissi, les victimes sont aussi des représentants des ONG locales,
des femmes, des mineurs, des étudiants ainsi que toute les personnes dont le comportement est perçu comme "déviant" par les forces
de l’ordre. Pour la FIDH, les similarités dans les méthodes utilisées
et l’impunité générale dont jouissent les auteurs des violences sexuelles prouvent qu'il s'agit d'une stratégie politique cynique visant
à bâillonner la société civile et à réduire l’opposition au silence.
Ce rapport a fait l'objet d'une large couverture médiatique dans
le monde entier permettant de sensibiliser le grand public et les
décideurs internationaux sur ce phénomène et de mettre la pression
sur les autorités pour que des actes soient pris pour mettre fin à ce
fléau et lutter contre l'impunité des auteurs de violences sexuelles.
Compte tenu du comportement répressif de nombreux régimes de
la région visant à réduire au silence toute voix critique, la FIDH
a également documenté les violations des droits des défenseurs
dans de plusieurs pays, en rendant notamment public les rapports
de deux missions d'enquête sur les situations au Bahrein et en
Libye (cf. Priorité 1).
FOCUS
La FIDH témoigne des crimes les plus graves commis lors
de l'opération Bordure protectrice à Gaza
La FIDH a été la première organisation internationale de défense
des droits humains à avoir eu accès à la Bande de Gaza (les
chargés de mission se sont rendus à Rafah, KhanYounes, Beit
Hanoun, Shuja’iya et à Gaza) après le cessez-le-feu signé en
août 2014 sur les cendres de l'opération Bordure protectrice
menée par les soldats israéliens à Gaza. Son rapport publié en
mars 2015 compile notamment des exemples d’attaques aveugles et indirectes menées par l'armée israélienne contre des civils
et des propriétés civiles, lancées de manière disproportionnée,
ainsi que des attaques délibérées ciblant des équipements médicaux. Des faits qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre
et de crimes contre l'Humanité. Le rapport affirme également
que les tirs aveugles de roquettes par les groupes armés Palestiniens, responsables de morts de civils, peuvent être aussi
qualifiés de crimes internationaux. Le rapport a été communiqué
le jour de sa publication à la Cour pénale internationale (CPI),
trois jours avant l’entrée en vigueur de la ratification des Statuts
de la CPI par la Palestine. Ce rapport a été la base d'une intense
activité de plaidoyer menée par la FIDH et son organisation
membre Al Haq pour appeler à la lutte contre l'impunité des
auteurs des crimes les plus graves (cf. ci-après).

La FIDH a par ailleurs soutenu la société civile tunisienne qui,
après avoir milité pour l'inclusion dans la nouvelle Constitution
(adoptée en janvier 2014) de dispositions garantissant les droits
humains, plaide pour un corpus législatif conforme à la Loi fondamentale. La FIDH coordonne ainsi depuis 2014 un groupe d'expert
(professeurs, avocats, représentants d'ONG de défense des droits
humains) chargé d'évaluer la compatibilité des lois et projets de
lois en Tunisie avec la Constitution. En févier 2015, la FIDH a
rendu public les premiers résultats de ces recherches à travers la
publication d'un livret intitulé «Droits humains garantis: de la Constitution à la législation» comprenant un inventaire des différentes
législations qui touchent aux questions liées aux libertés d’opinion,
d’expression et de conscience, l’égalité et les droits des femmes,
les droits économiques, sociaux et culturels et l’indépendance de la
magistrature, que l’Assemblée des Représentants du Peuples (ARP)
devrait réviser en vue d’assurer leur conformité avec la Constitution.
Dans le suivi de ce travail, la FIDH a procédé à l’élaboration d’un
rapport d’évaluation de l’activité législative à la lumière des normes
constitutionnelles et conventionnelles à travers l’analyse de quinze
lois et projets de lois ou initiatives votés ou en cours d’examen par
l’ARP durant la période d'octobre 2014 à octobre 2015. Le rapport
publié en décembre 2015 démontre que les lois adoptées ou examinées par l'ARP durant cette période ne se réfèrent quasi jamais
à la Constitution ni aux normes internationales de protection des
droits humains qui obligent la Tunisie. Ce travail a été la source de
nombreuses activités de plaidoyer auprès des autorités tunisiennes
(cf. ci-après) pour infléchir cette tendance forte et faire en sorte que
la loi tunisienne protège les droits humains.
Outre ses communiqués et rapports, la FIDH a utilisé d'autres formes
de support pour faire connaître son travail sur la documentation des
violations des droits humains. 3 infographies ont ainsi été produites
sur la situation en Syrie, l'état d'avancée de la procédure judiciaire dans l'affaire Rélizane et sur la situation du défenseur barheini
Nabeel Rajab, victime d'harcèlement judiciaire dans son pays. Ces
documents ont fait l'objet d'une large diffusion à travers les réseaux
sociaux permettant de sensibiliser un large public sur ces situations.
Mobilisation des autorités nationales et de la communauté
internationale pour des mesures concrètes en faveur de la
protection des droits humains
L'accompagnement de ses organisations membres dans leurs actions de plaidoyer au niveau national mais également régional
et international est au cœur de l'action de la FIDH. Une action
particulièrement importante considérant les grandes difficultés
ou l'absence de dialogue dans certains pays entre les autorités
et les organisations de défense de droits humains mais aussi les
risques de représailles liées aux activités de plaidoyer menées
par des représentants d'ONG nationales.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 51

Focus
Un plaidoyer constant de la FIDH et de ses membres auprès
des autorités tunisiennes
Coordonnées par son bureau à Tunis, de nombreuses réunions
entre la FIDH et ses organisations membres et partenaires
permettent d'élaborer des stratégies de plaidoyer en vue
d'engager les autorités tunisiennes en faveur de la protection
des droits humains.
L'accent a été mis en 2015 sur l'harmonisation des lois et projets
de lois avec les dispositions de la Constitution tunisienne
relatives aux droits humains. Ainsi en mai, une délégation
composée de la FIDH et d'organisations tunisiennes a rencontré
le ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aissa, pour
lui présenter le livret intitulé « Droits humains garantis: de
la Constitution à la législation » et plaider pour une réforme
des lois en conformité avec la Constitution de 2014. En mai
également, la FIDH et 12 ONG tunisiennes ont organisées une
conférence de presse à Tunis pour demander aux autorités de
retirer ou d'amender le projet de loi portant sur la répression
des atteintes aux forces armées, dénonçant son potentiel
liberticide notamment s'agissant de la presse. La FIDH a par
ailleurs organisé, en juin 2015, une rencontre-débat rassemblant
des députés (représentants des partis Nidaa Tounes, le Front
populaire, Afek Tounes et Annahdha) et représentants de la
société civile pour discuter des priorités législatives en matière
des droits humains. En juin, une délégation de la FIDH conduite
par son président, Karim Lahidji, a rencontré les plus hautes
autorités tunisiennes, le Président de la République, le Président
de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) et le Chef
du gouvernement, afin de soutenir les réformes nécessaires pour
l’harmonisation des lois avec la Constitution et les standards
internationaux en matière de droits humains. Lors des diverses
rencontres avec les autorités, la FIDH et ses organisations
membres ont particulièrement insisté sur l'importance du respect
des droits humains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme
et ont ainsi critiqué les potentialité liberticides des projets de
loi de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent.
Sur initiative de la FIDH, des échanges ont pu également être
menées en octobre entre la maire de Paris, Anne Hidalgo, et des
femmes politiques tunisiennes sur l'importance des réformes
législatives pour garantir l'égalité hommes femmes. Enfin en
décembre la FIDH et ses organisations membres ont tenu une
conférence de presse pour présenter son rapport sur « [L]e
travail législatif à l’épreuve de la Constitution tunisienne et des
conventions internationales » portant sur 15 lois et projets de lois
examinés au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple
et appelant à leur réformes pour garantir les libertés d’opinion,
de conscience, d’expression et d’information, l’égalité hommesfemmes, l'indépendance de la justice et les droits économiques,
sociaux et culturels.
En 2015, le plaidoyer de la FIDH a couvert toute la région
mais s'est focalisé sur certaines situations pays. S'agissant
particulièrement de la Syrie, la FIDH a continué sa campagne
de mobilisation intitulée « Free Syra silent voices » initiée en
2014 en coopération avec 5 organisations internationales de
défense des droits humains (Amnesty International, EMHRN,

52 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Frontline, HRW et RSF) pour mettre en exergue le sort
d'éminents défenseurs des droits humains et journalistes ciblés
par le régime et des groupes armés non-étatiques. Fondé sur
une platerforme web qui présente des cas sympoliques de
personnes arrêtées, détenues ou portées disparues, le plaidoyer
a consisté en des actions d'alerte (communiqués, lettres ouvertes),
de communication (tweets, posts blog, articles de presse), de
rencontres avec des décideurs internationaux et nationaux, pour
appeler les autorités syriennes, groupes armés, mais aussi les
représentants d'instances internationales et d'Etats influents à
prendre en compte le sort de la société civile syrienne dans leurs
déclarations, actions et négociations. Cette campagne a permis
de maintenir l'attention de la communauté internationale sur la
répression de la société civile en Syrie et a peut être contribué à
ce que des personnes soutenues par la campagne fasse partie des
prisonniers amnistiés par le régime syrien en 2015. La publicité
autour de “Free Syrian Voices” a peut être également contribué
au maintien en vie des personnes détenues ou capturées visées
dans la campagne et à la prévention d'autres cas d'arrestation et
d'enlèvement.
S'appuyant sur les conclusions de son rapport sur les graves
violations des droits humains et du droit international humanitaire
dans le cadre de l'opération militaire Bordure protectrice lancée
par l'armée israélienne sur Gaza, la FIDH a accompagné ses
organisations membres Al Haq et PCHR pour mener un intense
plaidoyer auprès d'organisations internationales et régionales
afin qu'elles prennent en compte nos recommandations. Dee
multiples rencontres ont notamment été organisées en mars entre
des représentants de ces deux organisations palestiniennes et des
instances de l'Union européenne (UE), qui se sont concrétisées
par une lettre signée par 69 parlementaires et adressée à la Haut
Représentante pour les affaires étrangères de l'UE afin de lui
demander de saluer l'entrée en vigueur du Statut de Rome pour
la Palestine. Par ailleurs, au Conseil des droits de l'Homme
des Nations unies, 41 Etats (y compris tous les Etats de l'Union
européenne) sur 47 ont voté en juin en faveur d'une résolution
sur la situation en Palestine instant sur l'importance de la lutte
contre l'impunité des auteurs des crimes les plus graves et
mentionnant le rôle à cet égard de la Cour pénale internationale
(CPI). Une mention pas anodine eu égard aux nombreuses
oppositions antérieures formulées par des Etats (notamment du
groupe Afrique) au sein de Conseil contre l'action de la CPI. En
outre, le plaidoyer de la FIDH s'est dirigé vers les entreprises,
particulièrement celles qui travaillent ou qui ont des liens
commerciaux dans les territoires occupés. C'est le sens de la
mobilisation de la FIDH avec d'autres organisations auprès de
l'entreprise française Orange pour lui demander de mettre un
terme au contrat qui la liait à l’entreprise de télécommunication
israélienne Partner, active dans les colonies israéliennes dans
le Territoire palestinien occupé et de déclarer publiquement sa
volonté de ne pas contribuer à la viabilité et au maintien des
colonies. Une pression publique accentuée par la publication
d'un rapport (cf. Priorité 5) a mené Orange à s'engager dans un
accord de rupture signé entre Partner et Orange en juin 2015 et
l'annonce par Partner en septembre de la résiliation du contrat.

Si la FIDH a pu contribuer à l'adoption par le Conseil des droits
de l'Homme des Nations unies de résolutions sur les situations en
Syrie et en Palestine, le bloc du grand Moyen-Orient et le jeu des
alliances ont entravé plusieurs initiatives s'agissant d'autres pays
comme le Bahrein ou l'Egypte. L'Arabie Saoudite a même réussi
à saborder un projet de résolution sur la situation au Yémen qui
comportait des condamnations des opérations militaires menées
par une coalition de forces internationales dirigée par Riyad.
L'enterrement de ce projet à fait suite aux menaces de l'Arabie
Saoudite de ressortir une résolution anti-universaliste sur la
diffamation de la religion destinée à limiter la liberté d'expression.
La FIDH et des représentants de ses organisations membres et
partenaires de Palestine, d'Egypte, de Libye, du Maroc et de la
Tunisie, ont pu néanmoins rencontrer en 2015 Zeid Ra'ad Al
Hussein, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de
l'Homme, pour lui présenter nos préoccupations s'agissant de la
situation des droits humains dans la région et plaider en faveur
de l'ouverture de bureaux du Haut-Commissariat au Bahrein et en
Egypte avec des mandats forts, y compris sur la documentation
des droits humains. Fin 2015, les négociations sur l'ouverture de
tels bureaux étaient en cours.
S'agissant de ses interventions auprès du Conseil de sécurité des
Nations unies, la FIDH a particulièrement interpellé ses membres
pour les mobiliser en faveur de la libération et la protection des
représentants de la société civile syrienne. La FIDH a également
suivi de près les discussions sur le Yémen et sur la Libye.

participation de sociétés françaises à la mise en place d’un système
généralisé de surveillance des communications électroniques
fourni au régime de Bachar el-Assad et ayant servi à la traque, à
la torture ou à l’exécution d’opposants au régime (cf. Priorité 4).
Au terme d’un interrogatoire devant le juge d’instruction du pôle
crimes de guerre et crimes contre l’humanité, la société QOSMOS
a été placée en avril 2015 sous le statut de témoin assisté du chef
de complicité de crimes de torture commis en Syrie.
La FIDH a par ailleurs continué son travail en soutien des
victimes libyennes parties civiles dans l'affaire visant la société
Amesys pour complicité de torture. Cette société française et
ses dirigeants sont accusés au terme de la plainte déposée en
novembre 2011 par la FIDH et la LDH d'avoir vendu au régime
dictatorial de Mouammar Khadafi un matériel de surveillance
destiné à mieux cibler les opposants au régime. En 2015, la FIDH
a publié un rapport faisant le point sur l'affaire et l'instruction en
cours en vue d'appeller la justice à plus de célérité dans l’enquête
et à des avancées concrètes répondant au besoin de justice des
victimes libyennes. La FIDH a également permis à ces mêmes
victimes de se rendre en Tunisie pour bénéficier d'un soutien
psychologique via l'assistance d'une organisation spécialisée.

Enfin, le plaidoyer de la FIDH auprès de l'Union européenne
s'est focalisée sur la situation des droits humains en Egypte et
au Bahrein.

La FIDH et la LDH ont également fait le suivi du recours
formé auprès du Parquet général de la Cour d'appel de Paris
contre le classement sans suite de la plainte déposée contre le
Prince Nasser Bin Ahmad Al Khalifa, fils du roi du Bahreïn à
l'occasion de sa présence en France. La plainte mettait en cause
le Prince Nasser pour avoir personnellement perpétré des actes
de torture à l’encontre d’opposants bahreïnis en 2011, dans le
cadre de la répression du mouvement de contestation populaire
baptisé Printemps de la Perle au Bahreïn (cf. Priorité 4).

Activités contentieuses
L'activation de la justice nationale et internationale pour le droit
des victimes à la justice, la sanction des auteurs et responsables
des crimes les plus graves, et le fait de contribuer à la non
répétition des crimes, fut également un axe majeur de l'action
de la FIDH dans la région.

La FIDH et la LDH ont aussi suivi la procédure dans laquelle
elles se sont constituées partie civile aux côtés des plaignants
kurdes pour « complicité d’assassinats, tentative de complicité
et recel du produit de ces crimes » qui a été ouverte en 2013
concernant l'attaque chimique soutenue par les forces de Saddam
Hussein contre la ville kurde de Halabja qui a tué 5000 personnes.

Considérant particulièrement l'impunité totale dont bénéficient les
auteurs des crimes les plus graves commis en Syrie et l'impossible
saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité
du fait du veto de certains de ses membres, la FIDH a poursuivi
ses efforts pour soutenir les droits des victimes à la justice en se
fondant sur la compétence universelle des tribunaux nationaux. Elle
a notamment mené plusieurs missions en Turquie pour recueillir
les témoignages de victimes ou témoins aux fins de contribuer aux
enquêtes en France initiées ou suivies par la FIDH. C'est le cas
de la procédure ouverte confiée au pôle crimes de guerre, crimes
contre l'humanité, du Tribunal de Grande Instance de Paris pour
assassinat sur un journaliste français, Rémi Ochlik, et tentative
d'assassinat sur une journaliste française, Edith Bouvier, alors
qu'ils couvraient avec d'autres journalistes le pillonage du quartier
de Baba Amr à Homs par l'armée syrienne le 22 février 2012.
C'est le cas également de la procédure visant la société Qosmos à
la suite de la plainte déposée par la FIDH et la LDH dénonçant la

La FIDH et ses organisations membres ont aussi poursuivi leurs
actions pour l'établissement des responsabilités dans les crimes
commis durant les années de plomb en Algérie, sachant que
depuis l’adoption de la Charte pour la réconciliation en Algérie,
en 2005, toute tentative d’obtenir justice en Algérie est vaine.
Ainsi, la FIDH a continué de s'investir dans l'affaire des milices
de Relizane à propos de laquelle la juge d'instruction du tribunal
de grande instance de Nîmes avait rendu, le 26 décembre 2014,
une ordonnance de mise en accusation à l'encontre des frères
Mohamed accusés d'actes de torture. Pourtant, en septembre
2015, en amont de l'audience suite à l'appel formé par les deux
présumés tortionnaires, le parquet a fait volte-face en demandant
l’accomplissement d’actes complémentaires d’instruction en
Algérie. La FIDH suivra cette procédure de près en dénonçant
les obstacles posés par la France à la quête de justice des victimes
algériennes. La FIDH a en outre suivi auprès de la Commission
africaine des droits de l'Homme et des peuples la communiquée

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 53

qu'elle a initiée avec son organisation membre SOS Disparu(e)s
pour mettre dénoncer la responsabilité de l’État algérien dans les
disparitions forcées de nombreuses personnes durant les années 90.

Exemples de résultats obtenus

Par ailleurs, dans la continuité de son plaidoyer qui a contribué
à la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) par les
autorités palestiniennes, la FIDH a maintenu sa mobilisation –
à travers notamment des panels organisés lors de l'Assemblée
des Etats Parties à la Cour, pour appeler le Bureau du procureur
à ouvrir une enquête sur la situation en Palestine.

Au niveau national

Renforcement des capacités
Dans ce contexte de conflit, de crise et de transition, les besoins en
terme de renforcement des capacités d'action des organisations de
la société civile ont été importants. Conformément aux objectifs
inscrits dans son plan d'action pluriannuel, la FIDH a contribué
à y répondre.
La FIDH a ainsi continué la mise en œuvre de son programme
spécifique de renforcement des capacité d'action du Fraternity
Center (une ONG indépendante créée en 2013 avec le soutien
de la FIDH dont le mandat est la promotion des droits humains
et de la démocratie dans la zone kurde d'Hassakeh proche de
la frontière avec la Turquie) via le soutien à leur initiatives de
sensibilisation aux droits humains : séminaires de formation et
outils de campagne sur les droits des femmes. La FIDH, avec
l'aide d'experts de son organisation palestinienne Al Haq, a par
également organisé à Erbil une session de formation de membres
du Fraternity Center sur les techniques de documentation des
graves violations des droits humains.
Par ailleurs, en réponse aux menaces dont a fait l'objet Al Haq et
notamment son directeur, Shawan Jabarin, également Vice-président
de la FIDH, une mission a été organisée fin 2015 à Ramallah pour
évaluer les besoins de l'ONG palestienne en terme de sécurisation
des communications et du stokage des données. D'autres missions
suivront en 2016 pour sécuriser l'activité d'Al Haq.

La FIDH a permis ou contribué à/au

Palestine

• La ratification par la Palestine du statut de la Cour pénale
internationale.
Syrie

• La libération de Mazen Darwish, directeur du Syrian Centre
for Media and Freedom of Expression (SCM), organisation
membre de la FIDH, et de quatre membres de son équipe
suivant le prononcé d'une amnistie politique
• La demande officielle en avril 2015 adressée par la justice
française à la Commission d'enquête indépendante de transmission des annexes confidentielles de son rapport à la juge
d'instruction en charge de la procédure ouverte en France
pour assassinat sur un journaliste français, Remi Ochlik,
et tentative d'assassinat sur une journaliste française, Edith
Bouvier, à Homs
• Placement en avril 2015 de l'entreprise Qosmos sous le
statut de témoin assisté du chef de complicité de crimes
de torture commis en Syrie, pour participation présumée
à la mise en place d’un système généralisé de surveillance
des communications électroniques fourni au régime de
Bachar el-Assad et ayant servi à la traque, à la torture ou à
l’exécution d’opposants au régime.
Tunisie

• Aux discussions sur le projet de loi intégral sur les violences
à l'égard des femmes. La FIDH a été consultée à multiples
reprises sur les dispositions de ce projet
• La libération sous caution des 6 étudiants de Kairouan accusés d'homosexualité.

Des représentants des organisations membre du Quartet tunisien, lauréat du Prix Nobel de la Paix 2015, posent pour une photo lors d'une réception dans les locaux de la FIDH à
Paris, le 15 octobre 2015. AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLAR.

54 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Aux niveaux régional et international
Egypte

• L'adoption le 15 janvier 2015 par le Parlement européen d'une
résolution comportant des éléments du plaidoyer de la FIDH,
notamment sur la demande de libération immédiate et sans
condition de tous les prisonniers de conscience, défenseurs des
droits humains, et membres présumés des Frères musulmans.
Ce texte enjoint également l’Égypte à ratifier le Statut de
Rome et à devenir membre de la CPI. Il demande un embargo
européen sur l’exportation de technologies de surveillance qui
pourraient être utilisées à des fins de répression.
Palestine 

• L'ouverture par le Bureau du procureur d'un examen préliminaire sur la situation dans les territoires palestiniens occupés,
notamment à Jérusalem-Est, depuis le 13 juin 2014.
• L'adoption en juin au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies par 41 Etats (y compris tous les Etats de l'Union
européenne) sur 47 d'une résolution sur la situation en Palestine instant sur l'importance de la lutte contre l'impunité des
auteurs des crimes les plus graves et mentionnant le rôle à cet
égard de la Cour pénale internationale (CPI). Une mention pas
anodie, considérant les nombreuses oppositions antérieures
formulées par des Etats (notamment du groupe Afrique) au
sein de Conseil s'agissant de l'action de la CPI.
• L'accord de rupture signé entre les entreprises Partner (société

israélienne de télécommunications active dans les colonies
israéliennes) et Orange en juin 2015 suivie par l'annonce par
Partner de la résiliation de son contrat de licence de marque
avec Orange.
• L'adoption le 11 Novembre 2015 par la Commission Européenne d'une communication interprétative concernant l’origine
des produits provenant des territoires occupés par Israël depuis Juin 1967. Son but est de s’assurer du respect par les Etats
membres de l’Union Européenne des conditions d’étiquetage
actuelles et de l’indication véritable de l’origine des produits
provenant des colonies.

Syrie
• L'adoption d'une résolution par le Conseil des droits de
l'Homme des Nations unies lors de sa 28ème session qui
mentionne, contrairement aux précédentes, la situation des
organisations de la société civile syrienne.
Yemen
• L'adoption par le Conseil des droits de l'Homme d'une
résolution condamnant l'extrême violence dans le pays
et appelant à la mise en place d'un système de justice
transitionnelle conforme au droit international des droits
humains.

Manifestante au Caire © Pauline Beugnies

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 55

La FIDH en inter-action avec ses organisations membres et partenaires
5 missions internationales d'enquête, missions judiciaires et d'observation judiciaire et de plaidoyer : Bahrein, Palestine, Arabie
Saoudite, Tunisie
313 communiqués de presse / lettres ouvertes / tribunes ; 130 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des défenseurs
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :
- Devant les tribunaux français : Affaires Qosmos (Syrie), Amesys (Libye), Rélizane (Algérie), Remoi Ochlik et Edith Bouvier
(Syrie), Prince Nasser Bin Ahmad Al Khalifa (Bahreïn), Halabja (Irak)
- Devant la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples : Communication Algérie sur les disparitions forcées
pendant les années de plomb
- Devant le Groupe de travail sur les détentions arbitraires (ONU) : Bahreïn, Syrie
- Devant le Comité sur les disparitions forcées (ONU) sur le cas de Razan Zeitouneh
Rapports
et consorts kidnappés par des groupes armés: Syrie
Soutien au plaidoyer de 23 défenseurs (Barhein, Koweit, Palestine, Syrie, Yemen, Bahrein - Inprisonment, torture and statelessness: the
Egypt, Maroc, Tunisie) auprès des OIG, des mécanismes pertinents régionaux et darkening realityof Human rights defenders in Bahrain
Egypte - Hypocrisie au sommet de l’État : les
internationaux et de représentants d’États influents
violences sexuelles commises par les forces de l'ordre
en Egypte
Séminaires stratégiques :
- Palestine: formation de défenseurs palestiniens sur la sécurité des communications Libye - Entre conflit mulitforme et délitement de
l’État, la défense des droits humaine au défi
et du stokage des données
- Palestine : réunions avec les ligues palestiniennes sur la Cour pénale internationale Maroc - Entre rafles et régularisations : bilan d'une
- Tunisie  : réunions avec les ONG tunisiennes membres et partenaires de la FIDH politique migratoire indécise
ainsi que des experts sur l'harmonisation de la législation avec les dispositions de Palestine / Gaza - Trapped and punished : the Gaza
civilian population under Operation Protective edge
la Constitution
Territoire palestinienn occupé - Les liaisons
Partenariat : REMDH, Crisis Action, Commission internationale des juristes, Institut dangereuses d'Orange dans le territoire palestinine
occupé
arabe des droits de l'Homme
Tunisie - Le travail législatif à l’épreuve de
la Constitution tunisienne et des Conventions
internationales

Trapped and punished
The Gaza Civilian
Population under
Operation Protective Edge

March 2015 / N°658a

Article 1: All human beings are born free and equal in
dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood.
Article 2: Everyone is entitled to all the rights and freedoms set forth in this Declaration, without distinction of any kind, such as
race, colour, sex, language, religion, political or other opinion, national or social origin, property, birth or other status. Furthermore,
no distinction shall be made on the basis of the political, jurisdictional or international status of the country or territory to which
a person belongs, whether it be independent, trust, non-self-governing or under any other limitation of sovereignty. Article 3: Everyone
has the right to life, liberty and security of person. Article 4: No one shall be held in slavery or servitude; slavery and the slave trade shall
be prohibited in all their forms. Article 5: No one
shall be subjected to torture or to cruel,

56 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Afrique Subsaharienne
Contexte et défis
L’Afrique subsaharienne a été en 2015 le théâtre de la conjonction de phénomènes à l’œuvre depuis plusieurs années ayant
provoqué de graves violations des droits humains : la poursuite
ou l'émergence de conflits et de crises politiques, l’intensification
du terrorisme et des processus électoraux à hauts risques.
Les crimes de masse engendrés par les conflits
En 2015, les conflits et violences de masse ont de nouveau été
au cœur de l'actualité de l'Afrique subsaharienne, plongeant des
populations dans l'insécurité et générant des atteintes graves aux
libertés des individus. La documentation des violations des droits
humains est demeurée un enjeu et un défi dans des régions fermées
ou dangereuses.
De graves violences ont déchiré le Burundi. Le passage en force
du président Pierre Nkurunziza pour briguer un troisième mandat
considéré comme inconstitutionnel par l'opposition, a placé le pays
sous tension avant de dégénérer en crise sécuritaire. Une fois réélu
et échappant à une tentative de coup d’État en mai, le président a orchestré une répression massive de toute personne assimilée aux contestataires de son régime et aux putschistes, et ce en toute impunité.
En réaction, des éléments armés s'en sont pris à des représentants
des autorités ou personnes considérées comme soutenant le pouvoir.
Fin 2015, on recensait déjà au moins 500 morts, près de 4 000 personnes détenues arbitrairement, plusieurs dizaines de disparitions
forcées et 220 000 personnes réfugiées dans les pays voisins. La
réaction de la communauté internationale s'est fait attendre faisant
resurgir le spectre de violences massives et à caractère génocidaire,
15 ans après les accords de paix d'Arusha conclus sur les cendres
des 300 000 morts de la guerre civile.
La situation en République centrafricaine (RCA) est demeurée tout
aussi préoccupante. Le pays est resté divisé en territoires sous influence de la Séléka ou des anti-Balaka, et un sujet d'affrontement
menaçant la stabilité relative du pays maintenue par la présence
de la mission de l'ONU en RCA et des troupes françaises. Entre
septembre 2015 et la fin de l'année, des ONG ont documenté plus
d’une centaine de meurtres ainsi que des destructions importantes
d’infrastructures et une vingtaine de cas de crimes sexuels au
cours de violences sectaires à Bangui. La perspective de l’élection
présidentielle pouvant attiser les violences ou apaiser les tensions
en cas de réussite d’un scrutin à haut risque. Un des enjeux pour
la stabilité du pays a consisté en l'adoption d’une Cour pénale
spéciale (CPS), composée de personnel national et international,
chargée d’enquêter sur les crimes les plus graves commis dans le
pays depuis 2003 et de juger leurs auteurs.
D'autres situations conflictuelles ont à nouveau fait l'actualité
en 2015 comme au Soudan du Sud où plus de 50 000 personnes ont été victimes des affrontements pour le pouvoir entre les
troupes du président Salva Kiir et de son vice-président Riek
Machar, et leurs milices tribales ; au Soudan voisin, les régions

du Darfour, du Nil Bleu et du Sud-Kordofan où l'armée soudanaise a multiplié les bombardements indiscriminés pour anéantir
les poches de rébellion ; ou encore dans la région frontalière
entre la République démocratique du Congo (RDC) et la RCA
où les troupes de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) de
Joseph Kony ont continué de commettre des atrocités ; et à l'Est
de la RDC où les groupes armés sont encore très actifs laissant
présager de graves crimes de masse.
Intensification du terrorisme en Afrique
La bande sahélienne a continué d'être le refuge de groupes armés
fondamentalistes et djihadistes qui cherchent à contrôler de vastes territoires pour imposer leurs pouvoirs par l'instauration de
« califat » et faciliter leurs agissements criminels. Les groupes
Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Al-Mourabitoune,
Ansar Dine, Boko Haram ont multiplié les attaques, attentats
terroristes et massacres, particulièrement au Nord-Mali et au
Nord du Nigeria, contre des civils et des éléments de forces
armées nationales ou onusiennes.
Depuis 2009, Boko Haram a causé la mort d’au moins 20 000 personnes, au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger, et l'année
2015 a été la plus meurtrière avec 84 attaques au Nigeria qui ont
fait 3 048 morts et 923 victimes, tuées ou blessées, dont 96 % de
civils, dans les attaques au Tchad et au Cameroun. Les attaques
des Shebab au Kenya et en Somalie complètent le portrait d’un
terrorisme inquiétant en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est.
Face à ces menaces, l'attention a été portée à la réponse de la
communauté internationale et notamment de l'Union africaine, au
besoin de protection de la population civile et au respect des droits
humains dans le cadre de la nécessaire lutte contre le terrorisme.
La lutte contre l’impunité comme réponse durable aux crises
La lutte contre l'impunité est demeurée un enjeu majeur pour
répondre au droit des victimes à la justice, aux objectifs de réconciliation et contribuer ainsi au règlement durable des crises ou
conflits. À cet égard, de nombreux défis se sont posés s'agissant
des pays en transition (comme en Guinée, au Mali, au Kenya et
en Côte d'Ivoire), quant à l'administration de la justice pour les
crimes les plus graves, la justice étant le socle de la consolidation de l’État de droit et de la stabilité. Des défis qui soulignent
l'importance du plaidoyer pour la mise en place effective de
tribunaux mixtes comme au Soudan du Sud, en RCA et en RDC,
et de l'action de la Cour pénale internationale en cas d'absence de
volonté ou de capacité des autorités nationales à rendre justice
seule. Pourtant, les attaques contre l'action de la CPI de la part
de l'Union africaine et de certains États comme le Kenya sont
demeurées importantes cette année, malgré les soutiens décisifs
à la Cour d’États comme le Sénégal, le Botswana ou le Nigeria.
Élections en Afrique : le vote doit compter
Des élections et processus électoraux ont par ailleurs généré
d'intenses tensions ou violences comme ce fut le cas au Burundi.
L'augmentation de la répression contre des opposants ou voix
critiques à Djibouti, en République du Congo et en RDC a inquiété et auguré de processus électoraux émaillés de violations et

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 57

d'irrégularités. Le Rwanda a voté le changement de Constitution permettant au président Kagame de se représenter en 2016. Le président
soudanais Omar el-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la CPI, s'est
fait réélire avec 95 % des voix sur fond d'arrestations et de détentions arbitraires d'opposants et de représentants de la société civile,
menant au boycott du scrutin par les partis d'opposition. Après une
tentative de coup d’État qui a risqué de mettre en péril le processus de transition politique, le Burkina Faso s'est doté d'un nouveau
chef de l’État en la personne de Roch Marc Christian Kaboré. Les
présidents Alpha Condé et Alassane Ouattara ont respectivement
été réélus en Guinée et Côte d'Ivoire. Les processus électoraux et
scrutins demeurent pour de nombreux pays du continent des moments à forte potentialité de violence, violations des droits humains
et de crise institutionnelle, compte tenu des velléités de certains
dirigeants de conserver le pouvoir à tout prix. Cette donne demeure
un défi pour l'Union africaine qui peine à faire respecter la Charte
africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Le
respect du choix des électeurs africains est pourtant une exigence
démocratique et une base essentielle de la stabilité du continent.
Les défenseurs des droits humains en ligne de mire
Dans ce contexte, les défenseurs des droits humains ont continué
d'interpeller l'Union africaine pour mettre au défi sa capacité à
régler les conflits et crises sur le continent, à soutenir les principes démocratiques et la lutte contre l'impunité des auteurs des
crimes les plus graves et, pour se faire, à continuer de s'ouvrir au
dialogue avec la société civile. Les défenseurs des droits humains
et les organisations de la société civile ont su se constituer en une
dizaine d’années en un vrai contre-pouvoir dont les actions et
la parole portent et mobilisent les populations. Ce nouveau rôle
fait d’eux la cible des gouvernements autoritaires ou des acteurs
non étatiques qui cherchent à les faire taire ou restreindre leurs
espaces de liberté et de dénonciation.

et partenaires dans la documentation des graves violations des
droits humains et l'identification de leurs auteurs. Face à des crises
dont l'ampleur ou la nature rendent le travail d'enquête impossible ou plus difficile pour les organisations nationales en raison d'un manque de moyens (matériels, humains ou financiers),
d'expérience sur la documentation spécifique des crimes internationaux et de l'insécurité, la présence d'enquêteurs de la FIDH
(choisis pour leur expertise au sein des ligues, du Secrétariat international, ou de son réseau plus large de chargés de mission),
aux côtés de représentants d'organisations locales, permet de documenter les violations les plus graves et d'identifier leurs auteurs,
même au cœur des conflits.
FOCUS
Enquête à Tombouctou sur les crimes des groupes armés
Une mission internationale d'enquête composée d'un magistrat,
d'une avocate et du responsable du bureau Afrique de la FIDH
s'est rendue à Tombouctou en février 2015. Elle faisait suite à
une autre mission diligentée en 2014 à Kidal et Gao. Celles-ci
s'inscrivent dans un programme spécifique dédié à la documentation des crimes commis au Nord-Mali par les groupes armés
touaregs et islamistes, et à la lutte contre l'impunité de leurs
auteurs. Ces missions, dans des conditions sécuritaires difficiles,
ont été menées avec le soutien des antennes de l'Association malienne des droits de l'Homme formées et équipées à cet effet. La
mission à Tombouctou a permis de collecter une cinquantaine de
témoignages de victimes et témoins d’actes de torture, de viols
et de violences sexuelles, et de privations graves de liberté ainsi
que des éléments de preuve matérielle. Ceux-ci ont été transmis
à la justice malienne en appui d'une plainte mettant en cause de
manière précise et circonstanciée tant les commanditaires que
les auteurs directs des crimes perpétrés.

Établir les faits, alerter, proposer
Pour alerter et influer sur la situation des droits humains dans
les contextes de conflit et de violence, les pays fermés ou en
transition, la FIDH avec ses organisations membres en Afrique
subsaharienne ont produit en 2015 près de 300 communiqués
de presse conjoints, lettres ouvertes ou tribunes diffusés sur
son site Internet et réseaux sociaux, et transmis aux autorités
concernées ainsi qu'aux représentants des organisations internationales et régionales et États tiers.

La FIDH a ainsi mené avec son organisation membre la Ligue
Iteka, une importante enquête au Burundi alors que les violences
grandissaient et que la communauté internationale restait sans
réaction. Nos organisations ont enquêté sur le contexte politique
et sécuritaire en amont des élections législatives et présidentielles. Les chargés de mission ont pu rencontrer de nombreux
journalistes, défenseurs des droits humains, représentants
d'organisations de la société civile, d'institutions internationales
et de diplomatie étrangères. Ils ont collecté des témoignages
d’actes d’intimidation, de menaces et de violences physiques
contre des opposants politiques et des agissements des autorités
pour museler les voix critiques. Ils ont pu démontrer comment
la rupture du dialogue politique, l’impunité des auteurs de violations, y compris graves, des droits humains, l’absence de réforme
effective du secteur de la sécurité et l’instrumentalisation de la
justice ont créé les conditions de la dégradation politique et sécuritaire en cours. Le rapport de cette mission a été envoyé aux
représentants de la communauté internationale et a été le point de
départ d'une grande mobilisation de la FIDH visant à interpeller
les instances africaines et onusiennes, mais aussi la CPI, appelant
à leur réaction pour éviter l'embrasement du pays (cf. ci-après).

La FIDH a également organisé plusieurs missions internationales d'enquête pour soutenir ses organisations membres

Deux missions ont par ailleurs été organisées en République
centrafricaine pour faire le suivi de la situation sécuritaire

Enfin, face à cette actualité, le renforcement de la capacité d'action
de certaines organisations de la société civile pour documenter les
crimes en toute sécurité, soutenir les victimes des crimes les plus
graves et plaider auprès des autorités nationales et des instances
régionales et internationales en faveur du respect des droits et des
libertés fondamentales, est demeuré un enjeu majeur.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action

58 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

avec la survivance des affrontements entre éléments armés antiBalaka et Séléka, et évaluer la mise en œuvre des recommandations des rapports d'enquête produits par la FIDH en 2013
et 2014. Ces missions ont nourri de nombreux communiqués
de presse et documents de plaidoyer ainsi que des procédures
judiciaires, suite à la collecte de témoignages de victimes de
graves violations des droits humains.
La FIDH a également axé son travail de documentation sur
les graves violations des droits humains commises par les
groupes armés islamistes et djihadistes actifs dans la bande
Sahélienne. Outre son travail d'enquête au Mali (cf. Focus), la
FIDH a ainsi produit un rapport sur les agissements criminels
de Boko Haram, expliquant la création et le développement
de ce mouvement, et détaillant les crimes de masse perpétrés
par ce groupe armé au Nord du Nigeria, mais aussi au Tchad
et au Niger.
La FIDH et ses organisations membres ont également poursuivi
le recueil des témoignages de nombreuses victimes de crimes
internationaux pour nourrir les procédures judiciaires qu'elles
ont initiées sur la répression des manifestations en 2007, le
massacre du 28 septembre 2009 et l'affaire des tortures en
2010 en Guinée, et sur les violences postélectorales en Côte
d'Ivoire. S'agissant de ce pays, la FIDH a publié le rapport de
sa mission d'enquête sur l'état de la justice militaire, appelant
à sa réforme pour la rendre compatible avec les normes internationales de protection des droits humains.
Les programmes spécifiques menés par la FIDH au Mali, en
Côte d'Ivoire et en Guinée sont notamment conçus pour soutenir et former les organisations locales pour la documentation
des crimes internationaux. S'appuyant sur cette expérience, la
FIDH a entrepris la rédaction d'un manuel destiné à ses organisations membres sur la documentation des violations des
droits humains à vocation contentieuse qui sera rendu public
en 2016.
Un soutien matériel (informatique et communication) a également été fourni à plusieurs organisations membres et partenaires
de la FIDH, leur permettant de poursuivre la documentation des
violations des droits humains de manière plus sécurisée.
Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains
Pour pousser à des mesures concrètes en faveur de la protection
des droits humains dans les situations de conflit, de crise et de
transition, la FIDH a soutenu ses organisations membres pour :
mener des actions de plaidoyer et de visibilité, présenter le travail de veille sur la situation des droits humains, le résultat des
enquêtes, et appeler à la mise en œuvre des recommandations
émises dans les rapports, notes de position et communiqués de
presse conjoints.
Outre les résultats importants obtenus par ces actions, celles-ci
ont permis de former in situ les représentants des organisations

membres concernées aux techniques et modalités de plaidoyer
et à faire en sorte qu'ils deviennent des interlocuteurs clés des
autorités nationales, des instances intergouvernementales et
des mécanismes internationaux et régionaux de protection des
droits.
FOCUS
La FIDH mobilise la communauté internationale sur le
Burundi
Sur la base de sa mission d'enquête au Burundi, la FIDH a fait
le constat d'une trop grande inertie de la communauté internationale face aux graves violations des droits humains dans
ce pays et du danger d'embrasement de la situation. Une note
de plaidoyer a été rédigée pour appeler les organisations intergouvernementales à réagir, en préconisant la mise en place
de mesures pour la protection de la population, l'établissement
de commissions d'enquête, de sanctions et de médiations.
Plusieurs missions de plaidoyer ont été organisées pour mobiliser la communauté internationale. Le représentant de la
FIDH auprès de l'Union africaine avec la responsable adjointe
du bureau Afrique qui faisait partie de la mission d'enquête,
se sont rendus à Addis-Abeba et à Banjul pour interpeller les
instances africaines appropriées. La FIDH a également permis
à des représentants de son organisation membre au Burundi
(Ligue Iteka), de se rendre à Genève, New York et Bruxelles
pour rencontrer des hautes personnalités des instances onusiennes et européennes. Les délégations de la FIDH auprès de
l'ONU et de l'Union européenne ont également poursuivi ces
interpellations par de nombreuses rencontres.
Ce plaidoyer important, concomitant et coordonné a entraîné
de fortes réactions selon ses préconisations : Le Conseil de
paix et sécurité a adopté des sanctions ciblées à l’encontre
de tous les acteurs qui contribuent à la violence et demandé
l'instauration d’un dialogue interburundais. La Commission
africaine des droits de l’Homme et des Peuples a par ailleurs
appelé les autorités burundaises à autoriser de toute urgence le
déploiement d’une mission chargée d’enquêter sur les violations des droits humains commises au Burundi. Le Conseil
des droits de l'Homme a adopté une résolution lui permettant
de surveiller de près la situation des droits humains dans le
pays et l'Union européenne a ouvert des consultations avec
le Burundi, conformément aux dispositions de l’article 96 de
l’accord de Cotonou, sanctionnant les violations des droits
humains et des principes démocratiques. Enfin, le Parlement
européen a appelé l’Union africaine à déployer une mission
de maintien de la paix sous mandat de l’ONU.
Enfin, interpellé par la représentation de la FIDH à La Haye,
le bureau du procureur de la CPI a mis en garde les autorités burundaises sur une situation qui pouvait relever de sa
compétence.
Ces réactions ont montré aux autorités burundaises l'attention
dorénavant portée par la communauté internationale à
l'amélioration de la situation des droits humains dans le pays
et par ailleurs obligent les autorités à répondre de leurs actes.

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 59

Ainsi, la présence de la FIDH avec des représentants de ses
organisations membres (Burundi, RDC, Soudan, Ouganda, Guinée, Mali, Centrafrique, etc.) à Addis-Abeba au siège de l'Union
africaine, mais aussi en Gambie lors des 56e et 57e sessions de
la Commission africaine des droits de l'Homme et des Peuples,
à New York auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, à
Genève pour les sessions du Conseil des droits de l'Homme et
à Bruxelles au siège de l'Union européenne, a permis de sensibiliser ces instances sur les violations des droits humains dans
les pays en conflit et en transition, et de susciter leur réaction en
influant notamment sur l'adoption de résolutions et décisions.
Outre son fort plaidoyer sur la situation de violences et conflits au
Burundi (cf. Focus), au Mali, en RCA et au Soudan, la FIDH et
ses organisations membres ont pu mobiliser les instances internationales et régionales sur les processus électoraux à haut risque
de violations des droits humains et de crise institutionnelle comme
à Djibouti, en RDC et au Soudan. La FIDH a également continué
son plaidoyer plus général pour faire en sorte que l'Union africaine
se dote d'un système de réaction efficace aux situations de crise,
fondé sur la protection des libertés fondamentales et la lutte contre
l'impunité des crimes les plus graves, en concertation avec la société
civile. Nos organisations ont notamment insisté sur l'importance
de la publication du rapport d'enquête de l'Union africaine sur les
graves violations des droits humains au Soudan du Sud.
La FIDH et ses organisations membres au Mali, en Côte d'Ivoire
et en Guinée ont, à l'occasion de missions internationales spécifiques de plaidoyer ou via les représentants de leurs bureaux conjoints à Abidjan, Conakry et Bamako, rencontré à de multiples
reprises les plus hautes autorités de ces pays. Les discussions ont
largement porté sur l'engagement des autorités à la lutte contre
l'impunité des crimes les plus graves. Le plaidoyer s'est également
orienté vers les diplomaties d'États influents tels que la France,
le Royaume-Uni, l'Afrique du Sud ou les États-Unis pour qu'ils
fassent écho aux préoccupations et recommandations de la FIDH
et de ses membres dans leurs interactions avec les autorités des
pays concernés.
La FIDH a également profité de ces rencontres en RCA avec
les autorités nationales et les ambassades, mais aussi avec les
représentants des Nations unies à New York pour plaider globalement pour la protection des droits humains dans le pays et plus
spécifiquement pour l'adoption de la loi créant la Cour pénale
spéciale, composée de personnel national et international, chargée
d’enquêter sur les crimes les plus graves commis dans le pays
depuis 2003 et de juger leur auteurs.
La FIDH a également continué à mener la coalition « Mon vote
doit compter » qui mobilise la société civile africaine et internationale pour des actions de plaidoyer et de visibilité pour exiger le
respect par les gouvernants du droit légitime des citoyens à choisir
librement leurs représentants à l’occasion d’élections régulières,
libres et transparentes en amont de chaque scrutin, jusqu’en 2016.
Enfin, les nombreuses conférences de presse organisées conjointement par la FIDH et ses membres, et la diffusion des rapports,

60 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

notes de position et communiqués de presse conjoints, ont mené
les médias nationaux et internationaux à relayer nos préoccupations et recommandations en matière de protection des droits
humains et à une pression publique qui a pu contribuer à des résultats importants.
Agir contre l'impunité et pour la réconciliation
Pour répondre au droit des victimes à la justice mais aussi contribuer
de manière concrète à la consolidation de l’État de droit, nécessaire
au règlement des conflits et crises et leur non répétition, ainsi qu'au
bon cheminement des transitions politiques, la FIDH a continué et
initié de nouvelles actions judiciaires et quasi-judiciaires. Cellesci permettent de placer les autorités nationales concernées devant
leur responsabilité de juger les auteurs des crimes les plus graves et
alimentent le plaidoyer pour l'indépendance et l'impartialité de la
justice et des réformes de justice.
Dans le cadre de son programme spécifique sur la lutte contre
l'impunité en Côte d'Ivoire, la FIDH et ses organisations membres dans ce pays se sont constituées parties civiles aux côtés d'une
centaine de victimes dans les procédures liées aux violences postélectorales en 2010-2011 et les violations commises au camp de
Nahibly en juillet 2012. Cinq missions internationales de la FIDH
menées en 2015 dans ce pays ont permis d'évaluer les avancées
et lacunes des procédures, notamment dans le sens de leur impartialité, de demander des actes supplémentaires d'enquête et de suivre
l'audition de victimes.
FOCUS
La perspective de premiers procès en Guinée des auteurs
des crimes les plus graves
La FIDH et son organisation membre, l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'Homme (OGDH), ont étendu
leur implication judiciaire dans les dossiers du massacre du 28
septembre 2009 (où 157 personnes ont été tuées, 89 autres portées disparues et où 109 femmes ont été victimes de violences
sexuelles dans le cadre de la répression d'une manifestation
orchestrée par une junte militaire), et d'autres violations des
droits humains commises en 2007 (actes de torture) et 2010
(répression sanglante de manifestations).
Outre l'action quotidienne de l'équipe locale FIDH/OGDH sur
le recueil de témoignages de victimes, le soutien à leur audition
devant la justice (400 victimes ont été auditionnées par les juges
dans l'affaire du massacre du 28 septembre 2009), et d'enquête
sur les faits et auteurs, la FIDH a mené cette année 5 missions
internationales, moments privilégiés pour consolider la stratégie
judiciaire entre les avocats internationaux et les avocats guinéens réunis au sein du Groupe d'action judiciaire de la FIDH,
des réunions d'information avec les victimes, des demandes
d'actes judiciaires et des échanges avec les magistrats instructeurs. Plusieurs rencontres ont également été organisées avec
des représentants du Procureur de la CPI présents à Conakry
pour faire le point sur la volonté et la capacité des autorités nationales à juger les auteurs du massacre du 28 septembre 2009,
élément déterminant quant à l'ouverture ou non d'une enquête
par la Cour sur la situation en Guinée.

Cette mobilisation de la FIDH et de l'OGDH aux côtés des victimes a permis jusqu'à présent l'inculpation de 14 personnes,
dont 7 hautes personnalités au moment des faits dans l'affaire
du massacre du 28 septembre 2009. Moussa Dadis Camara,
chef de la junte militaire, fait parti depuis 2015 des inculpés.
L'affaire de 2007 a également connu des avancées considérables, puisque plusieurs personnes ont été mises en cause par les
victimes représentées par les avocats de l’OGDH et de la FIDH,
et pourraient être inculpées en 2016.
Enfin, un procès devrait se tenir dans l'affaire de 2010 qui implique un ancien gouverneur de la ville de Conakry.
Toutes ces avancées judiciaires ont été présentées dans un
rapport de situation. Des avancées remarquables, considérant
l'impunité totale jusqu'à présent des auteurs des crimes les plus
graves commis dans ce pays.
Au Mali, à la suite de sa mission d'enquête à Tombouctou, la
FIDH, son organisation membre l'AMDH et 5 autres organisations
nationales ont déposé plainte au nom de 33 victimes d’actes de
torture, viols, violences sexuelles et de privations graves de liberté
contre 15 auteurs présumés de crimes de guerre et crimes contre
l’humanité. Cette démarche judiciaire fait suite au dépôt d'une
plainte de la FIDH au nom de 80 victimes de crimes sexuels.
La FIDH s'est par ailleurs constituée partie civile aux côtés de
plusieurs victimes dans la procédure judiciaire ouverte en RCA à
l’encontre de Rodrigue Ngaïbona alias Général Andjilo, général
auto-proclamé anti-Balaka.
FOCUS
Création d’une Cour pénale spéciale en Centrafrique
La FIDH et ses organisations membres et partenaires, la Ligue
centrafricaine des droits de l’Homme (LCDH) et l’Observatoire
centrafricain des droits de l’Homme (OCDH), se sont investis
depuis 2014 dans la création d’une Cour pénale spéciale en
Centrafrique.
Après la création d’une cellule spéciale d’enquête et
d’instruction (CSEI) en avril 2014, la LCDH, l’OCDH et la
FIDH ont poursuivi leur collaboration avec les autorités et la
société civile centrafricaines ainsi que les Nations unies pour
transformer la CSEI en une Cour pénale spéciale (CPS).
Après un plaidoyer de toute la société civile, le Conseil national
de transition a adopté, le 22 avril 2015 à une très grande majorité
des voix, la loi portant création de la CPS chargée d’enquêter
sur les crimes les plus graves et de poursuivre les auteurs de
crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis sur
le territoire de la Centrafrique depuis 2003. La CPS sera un
mécanisme judiciaire hybride – c’est-à-dire composé de magistrats centrafricains et internationaux – établi au sein du système
judiciaire centrafricain pour une période de 5 ans, renouvelable.
Le président de la Cour sera centrafricain et le Procureur spécial,
international. Il y aura une majorité de magistrats nationaux.
Si la mise en œuvre effective de cette Cour demeure un défi,
elle constitue une avancée fondamentale pour les victimes et la
lutte contre l'impunité totale dont jouissaient jusqu'à présent les
auteurs des crimes les plus graves commis dans ce pays et qui a

constitué une des causes des conflits récurrents en Centrafrique,
comme l’ont reconnu plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Ces actions judiciaires, ainsi que les rapports ou notes de situation
sur la lutte contre l'impunité en Guinée, en Côte d'Ivoire, en Centrafrique et au Mali, ont permis de contribuer aux analyses préliminaires et enquêtes de la CPI sur ces situations, y compris à travers
de nombreux échanges avec le Bureau du Procureur. La FIDH a
également contribué à la communication du Bureau du Procureur de
la CPI en réaction aux violences commises au Burundi et a continué
de dénoncer les entraves aux procédures de la CPI sur la situation au
Kenya et au Soudan, et plaidé auprès de l'Union africaine pour un réchauffement de ses relations avec l'instance de justice internationale.
Enfin dans le cadre d'un programme dédié, la FIDH s'est engagée
dans la formation de représentants de ses organisations membres
et partenaires au Rwanda, en Zambie, au Burkina Faso, au Mali
et en Côte d'Ivoire, sur les modalités de saisine de la Cour africaine des droits de l'Homme et des Peuples (les pays ciblés ayant
permis aux ONG et individus de saisir directement la Cour), pour
sanctionner le non respect des droits humains par les États. Ainsi,
des ateliers de formation ont été organisés en 2015 au Mali et en
Côte d'Ivoire, menant à l'identification de cas de violations des
droits humains qui seront portés, avec le soutien de la FIDH, devant la Cour. Par ailleurs, la FIDH a saisi la Cour d'un cas d'atteinte
grave à la liberté d'association au Rwanda lié aux tentatives du
pouvoir de museler toute voix critique.
Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Burundi
• La libération sous caution du journaliste et directeur de la Radio publique africaine, Bob Rugurika, accusé de « complicité
d’assassinat » suite aux reportages diffusés sur l’assassinat, le
7 septembre 2014, de 3 religieuses italiennes.
• Le soutien à 7 défenseurs des droits humains en danger.
Côte d'Ivoire
• La constitution de partie civile devant les juridictions
ivoiriennes de 43 femmes victimes de violences sexuelles au
cours de la crise postélectorale.
• Développement des enquêtes de la justice ivoirienne sur les
crimes perpétrés par les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara.
• L'avancée des enquêtes sur les crimes commis dans le camp de
déplacés de Nahibly en 2012.
Guinée
• La mise en examen de Moussa Dadis Camara, ex-leader
de la junte guinéenne, portant à 14 le nombre de personnes
inculpées pour leur responsabilité directe dans le massacre
du 28 septembre 2009.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 61

• La clôture de l'instruction dans l'affaire des victimes de torture en 2010.
• Des avancées dans l'instruction de l'affaire de la répression
des manifestations de 2007.
Mali
• Dépôt de plaintes de 33 victimes de Tombouctou et 7 associations dont la FIDH contre 15 auteurs présumés de crimes
de guerre et crimes contre l’humanité. Cette démarche fait
suite au dépôt d'une plainte de la FIDH au nom de 80 victimes de crimes sexuels.
République Centrafricaine
• La constitution de partie civile de plusieurs victimes dans
la procédure judiciaire ouverte à l’encontre de Rodrigue
Ngaïbona alias Général Andjilo, général auto-proclamé
anti-Balaka.
• L’adoption de la loi créant la Cour pénale spéciale chargée
d’enquêter sur les crimes les plus graves commis sur le territoire de la Centrafrique depuis 2003 et de poursuivre leurs
auteurs.
République démocratique du Congo/Sénégal
• L'inculpation de Paul Mwilanbwe dans l’affaire de
l'assassinat des défenseurs des droits humains congolais
Floribert Chebeya et Fidèle Bazana devant les juridictions
sénégalaises selon le principe de la compétence universelle.
Soudan
• Libération du défenseur des droits humains Dr. Amin Mekki
Medani et des activistes politiques Faruq Abu Eissa et Farah
Ibrahim Alagar, arbitrairement arrêtés pour avoir signer «
L'Appel du Soudan », appelant à la mise en place d'un État
de droit démocratique.
Aux niveaux régional et international
Burundi
• La décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union
africaine prévoyant, selon les préconisations de la FIDH,
l’ouverture d’une enquête sur les violations des droits
humains dans le pays, l’adoption de sanctions ciblées à
l’encontre de tous les acteurs qui contribuent à la violence,
l’augmentation du nombre d’observateurs des droits humains déployés au Burundi par l’Union africaine (UA) et
l’initiation d’un dialogue interburundais.
• L'adoption d'une résolution par la Commission africaine
des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) lors de sa
57e session ordinaire, appelant les autorités burundaises à
autoriser de toute urgence le déploiement d’une mission de
la CADHP, chargée d’enquêter sur les violations des droits
humains commises au Burundi.
• L'adoption d'une résolution du Conseil des droits de
l'Homme des Nations unies lors de sa 30e session, lui permettant de surveiller de près la situation des droits humains
dans le pays.

62 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

• L'ouverture par l’Union européenne de consultations avec le
Burundi, conformément aux dispositions de l’article 96 de
l’accord de Cotonou, c’est-à-dire en cas de manquement aux
éléments essentiels que sont les droits humains, les principes
démocratiques et la règle de droit.
• L'adoption, par le Parlement européen, d'une résolution appelant l’Union africaine à déployer une mission de maintien
de la paix sous mandat de l’ONU et demandant à l’UE de
réorienter toute aide non humanitaire au Burundi vers le
soutien à la société civile.
Cameroun
• La décision, sur saisine de la FIDH, du Groupe de travail
sur la détention arbitraire (GTDA) des Nations unies considérant comme arbitraire la détention de l'avocate Lydienne
Yen Eyoum.
République démocratique du Congo
• L'adoption, par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies lors de sa 30e session, d'une résolution lui permettant d'étendre sa capacité de surveillance des droits humains en RDC dans le contexte des échéances électorales
et des menaces et attaques contre les voix indépendantes.
• La qualification, par le Groupe de travail sur la détention
arbitraire des Nations unies saisi par la FIDH, du caractère
arbitraire de l'arrestation de Christopher Ngoyi Mutamba,
président de l’ONG « Synergie Congo Culture et Développement » et coordonnateur de la plateforme « Société
civile de la République Démocratique du Congo ». Christopher Ngoyi Mutamba a été enlevé par des hommes armés
appartenant à la garde républicaine et placé en détention
après avoir pris part à plusieurs manifestations pacifiques
pour dénoncer la réforme électorale, et documenté les violations des droits de l’Homme perpétrées au cours de ces
manifestations.
Soudan
• La décision, rendue par la Commission africaine des droits
de l'Homme et des Peuples, dénonçant la violation des droits
de la Charte africaine par le Soudan s'agissant des actes de
torture subis par les défenseurs des droits humains Monim
Elgak, Osman Hummeida et Amir Suliman.
• L'adoption, par le Conseil des droits de l'Homme (26 septembre), d'une résolution condamnant les violations du
droit international des droits de l’Homme et du droit humanitaire dans les régions du Darfour, du Nil Bleu et du
Sud-Kordofan, et appelant à une enquête indépendante sur
l’usage excessif de la force à l’encontre des manifestants.
Elle a également renforcé la capacité de suivi de l’expert
indépendant au Soudan.
Soudan du Sud
• L'adoption d'une résolution du Parlement européen qui reprend les préconisations de la FIDH en appelant à la publication du rapport d'enquête diligenté par l’Union africaine
et à la poursuite de l’embargo sur les armes.

La FIDH en interaction avec ses organisations
membres et partenaires en 2015
17 missions internationales d'enquête, de plaidoyer, d'action et d'observation judiciaires : Côte d'Ivoire, Guinée, Mali,
République centrafricaine, Sénégal, Afrique du Sud, Burundi
250 communiqués de presse / lettres ouvertes / tribunes ; 46 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :
- devant les tribunaux guinéens : soutien à des victimes de violations de 2007, 2010 et du massacre du 28 septembre 2009 ;
- devant les tribunaux ivoiriens : soutien à des victimes des violences postélectorales de 2010 et autres violations commises
en 2012 ;
- devant les tribunaux maliens : soutien à des victimes des groupes armés du Nord, des bérets verts et de la mutinerie de
Kati de 2013 ;
- devant les tribunaux centrafricains : soutien à des victimes dans la procédure judiciaire ouverte à l’encontre de Rodrigue
Ngaïbona alias Général Andjilo, général auto-proclamé anti-balaka ;
- devant les tribunaux sénégalais : soutien aux familles de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, défenseurs des droits
humains congolais assassinés en 2010 ;
- devant les tribunaux français : affaires des disparus du Beach de Brazzaville ; affaires contre des présumés génocidaires
rwandais ; affaire contre l'armée française (dans le cadre de l'opération Turquoise en 1994, au Rwanda) ; affaire Saïd Abeid
(Comores) ; affaire Baba (Mauritanie) ;
- devant les chambres africaines extraordinaires au sein des tribunaux sénégalais : participation à la procédure contre
Hissène Habré ;
- auprès de la Cour pénale internationale : contribution aux enquêtes et analyses concernant la Côte d'Ivoire, la Guinée,
le Kenya, la RCA, la RDC, le Mali et le Soudan ;
- devant la CADHP : communications c. Soudan (actes de torture, arrestation arbitraire) et Éthiopie (liberté d'association) ;
- devant la CtADHP : communication c. Rwanda (liberté d'association) ;
- d evant le Groupe de travail sur les disparitions forcées (ONU) :
communications c. Tchad et Guinée.
Reports
Nombre de victimes soutenues, accompagnées et/ou représentées : 1 200
victimes dans 10 pays.
Activités de plaidoyer : soutien au plaidoyer de 50 défenseurs (de RDC, Guinée,
Mali, Côte d'Ivoire, RCA, Soudan, Burundi, Ouganda, Centrafrique, etc.), auprès
des mécanismes pertinents régionaux et internationaux, et de représentants
d'États influents.
Partenariats : CICC, Coalition pour une Cour africaine des droits de l'Homme
et des Peuples effective, Comité international pour le jugement d'Hissène Habré,
Comité de lutte contre l'impunité en Guinée, Côte d'Ivoire, Centrafrique et au
Mali, Coalition mondiale contre la peine de mort, Crisis Action, CCFD-Terre
Solidaire.

Angola : « They want to keep us vulnerable » : human
rights defenders under pressure.
Burundi : Burundi : Éviter l'embrasement.
Cameroun : Les Défenseurs des droits des personnes
LGBTI confrontés à l'homophobie et la violence.
Côte d'Ivoire : De la crise postélectorale à la construction
d'un État de droit : la nécessaire réforme de la justice
militaire.
Guinée : Guinée : Le temps de la justice ?
Nigeria : Les crimes de masse de Boko Haram.
Rwanda : Rapport sur le procès de Pascal Simbikangwa.
Centrafrique : Les Peuhls MBororo de Centrafrique,
une communauté qui souffre.
Togo : Démocratie à double vitesse, ambivalence d’un
pouvoir qui tergiverse.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 63

Amériques
Contexte et défi
Un des défis majeurs de l'année 2015 a concerné, une nouvelle
fois, les avancées en terme de lutte contre l'impunité des auteurs
des crimes les plus graves commis dans la région. Les entraves
à l'administration d'une justice juste et équitable a continué dans
certains pays de poser des obstacles aux droits des victimes à la
vérité, à la justice et à réparation, mais aussi à la consolidation de
l’État de droit et à la paix.
À cet égard, une attention particulière a été portée sur le
développement des négociations de paix en Colombie qui peuvent
mettre fin à plus de 50 ans de conflit meurtrier entre l'armée, les
paramilitaires et la guérilla des Forces armées révolutionnaires
(FARC) au lourd bilan estimé à 220 000 morts et 5,3 millions de
personnes déplacées. Certains volets de l'accord définitif ont été
conclus en 2015 entre les parties, notamment celui concernant la
justice et les réparations aux victimes qui prévoit la création d'une
juridiction spéciale pour la paix qui traitera des graves violations
de droits humains et du droit international humanitaire commises
par les FARC et par des agents étatiques, des peines aménagées
pour ceux qui avouent leurs crimes, et des amnisties pour ceux
non poursuivis pour des crimes graves. Ces dispositions doivent
encore être précisées quant aux modalités de leur mise en œuvre
une fois l'accord final scellé. Elles devront respecter les obligations
des autorités colombiennes, notamment en ce qui concerne la lutte
contre l'impunité des crimes internationaux, le pays ayant ratifié le
Statut de la Cour pénale internationale (CPI).
La commission de crimes les plus graves au Mexique a par ailleurs été au cœur de l'actualité en 2015. Selon le Haut commissaire
des Nations unies aux droits de l'Homme, « 151 233 individus,
dont des milliers de migrants en transit, on été tués », et plus de
26 000 personnes sont portées disparues depuis décembre 2006. Les
autorités reconnaissent 98% d’impunité. La plupart de ces crimes
sont attribuables aux cartels et à l'armée dans le contexte de la lutte
contre le narcotrafic.
La position de la CPI face à ces deux situations est toujours attendue.
La Colombie fait partie des pays sous examen préliminaire du Bureau du Procureur, étape préalable à l'éventuelle décision d'ouverture
d'une enquête. Le Bureau du Procureur a par ailleurs reçu plusieurs
communications sur le Mexique, mais il n'avait pas encore, fin 2015,
décidé de se saisir de cette situation. Le rôle de la CPI peut pourtant
être déterminant pour la lutte contre l'impunité sur le continent et
répondre aux critiques visant le défaut d'universalité de son action.
2015 a également été marquée par l'annonce par le Bureau du Procureur de la CPI de l’arrêt de l’examen préliminaire sur la situation
au Honduras, tout en reconnaissant la gravité de la situation des
droits humains dans ce pays. Les organisations de la société civile
n'ont cessé pourtant de mettre en lumière les nombreux assassinats
perpétrés dans ce pays, y compris de nombreux leaders autochtones,
et ce en toute impunité.
64 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

La justice pour les crimes du passé a également été un enjeu majeur
cette année. Seule brèche dans le mur d'impunité des crimes les
plus graves commis depuis les années 1960 en Haïti, la procédure
judiciaire sur les crimes (exécutions sommaires, disparitions forcées,
tortures) commis durant la dictature de Jean-Claude Duvalier s'est
poursuivie, en dépit des troubles liés aux échéances électorales et
de l'absence de moyens du magistrat instructeur. Les ONG parties
civiles dans cette affaire ont été très actives pour donner une suite
positive à la décision historique de la Cour d'appel de février 2014
demandant un complément d'enquête sur les crimes internationaux
commis durant le régime de « Baby Doc ».
La procédure ouverte devant les tribunaux argentins sur les crimes
du franquisme a également suivi son cours en 2015, alors que ces
faits sont amnistiés en Espagne.
La procédure contre Ríos Montt, accusé de crimes de génocide et
de crimes contre l'humanité s'agissant des massacres ordonnés sous
sa présidence en 1982 dans 11 villages par les forces armées qui
auraient coûté la vie à des centaines de civils, a quant à elle connu
des rebondissements politico-judiciaires. Alors que Ríos Montt a
été condamné à quatre-vingts ans de prison en 2013, la procédure
avait été annulée par la Cour constitutionnelle pour vices de forme,
et celle-ci avait ordonné la tenue d’un nouveau procès. Après plusieurs reports, la justice a finalement décidé, en août 2015, que Ríos
Montt sera bien rejugé, mais à huis clos et en son absence, faisant
craindre de nouvelles péripéties judiciaires.
Des situations et décisions politiques ont également été particulièrement surveillées dans certains pays de la région s'agissant du respect
des droits humains.
À Cuba, aucune amélioration durable n'a été enregistrée concernant le respect des droits civils et politiques, malgré les annonces
d'ouverture entre le régime et l'administration américaine ainsi que
l'Union européenne. La société civile a continué de dénoncer des
détentions arbitraires, des restrictions aux libertés d'expression, de
réunion et d'association, et l'absence d'indépendance du système
judiciaire.
En Haïti, la crise politique née des irrégularités constatées lors des
élections législatives partielles et présidentielles d'août et octobre
2015, porte les dangers d'une double crise institutionnelle et sécuritaire.
En Argentine, depuis l'investiture du chef de l'État en décembre
2015, de graves atteintes à la liberté d'expression ont été commises.
Des journalistes réputés ont été limogés. Des programmes de la
télévision et de la radio publiques ont été supprimés. Des milliers
d'employés de l'administration ont été renvoyés en raison de leur
appartenance ou de leurs sympathies politiques présumées.
Dans d'autres pays comme le Venezuela ou le Nicaragua, et dans
une moindre mesure la Bolivie et l'Équateur, les discours et politiques populistes sur lesquels se sont encore appuyées les autorités
sont également très préoccupants pour le respect des principes démocratiques et des droits humains. Et la tendance s'est confirmée
dans plusieurs pays du continent, comme au Honduras ou en Équateur, d'une criminalisation de la protestation sociale pour faire taire
toute critique des politiques, projets d'investissement et activités
d'entreprises contraires aux droits humains.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires en action
Établir les faits, alerter, proposer
Pour alerter sur les situations de violence, de répression de la contestation et d'impunité en vue de sanctionner et d'influer sur le comportement des responsables des violations, la FIDH et ses organisations
membres dans les Amériques ont produit, en 2015, 119 communiqués
de presse et lettres ouvertes. Ceux-ci ont été diffusés aux autorités et
organisations intergouvernementales et mécanismes de protection des
droits concernés, ainsi qu'aux médias, avec un accent sur les journaux
sud-américains qui ont largement relayé les informations transmises.
Focus
La FIDH documente la criminalisation de la protestation
sociale dans les Amériques
Depuis plusieurs années, la FIDH alerte la communauté internationale et l'opinion sur le phénomène grandissant de la
criminalisation de la protestation sociale dans les Amériques,
méthode utilisée par les autorités pour taire les critiques, notamment liées à des faits de corruption et à l'activité des entreprises.
En 2015, en soutien de ses organisations membres CEDHU et
INREDH, la FIDH a organisé une mission d'enquête sur ce thème
en Équateur, en focalisant ses recherches sur la criminalisation
de la protestation sociale dans des contextes de projets industriels
d'extraction. La mission s'est rendue à Quito et dans les régions
d'Imbabura et Zamora pour recueillir des témoignages de victimes
et analyser les procédures judiciaires contre des représentants des
communautés affectées par des projets d'extraction. L'enquête
a pu mettre en exergue 3 cas symboliques de cette criminalisation : Javier Ramírez, un des dirigeants de la communauté de
Junín, condamné pour délit de rébellion pour s'être opposé à
l’exploitation minière de cuivre et de molybdène dans la région
d’Íntag ; Pepe Acacho, représentant de la province amazonienne
de Zamora-Chinchipe, condamné à douze ans de prison pour
terrorisme pour l'assassinat présumé d'un de ses camarades qui
participait avec lui en 2009 aux manifestions nationales contre la
Loi sur l'eau et la Loi sur l’exploitation minière ; Manuel Trujillo,
président de la communauté de San Pablo Amalí, où l’entreprise
Hidrotambo S.A. construit la centrale hydroélectrique de San
José del Tambo, poursuivi pour des chefs d’accusation incluant
violence et destruction de biens, sabotage, terrorisme et rébellion.
Ces cas sont tous détaillés dans le rapport d'enquête publié par la
FIDH en octobre 2015 et qui présente également les violations du
droit à un procès équitable lorsque la justice équatorienne connaît
des affaires liées à la contestation des activités des entreprises.
Une conférence de presse à Quito a permis de rendre public les
conclusions et recommandations de ce rapport.
Deux jours après la publication lancement du rapport, Manuel
Trujillo a été notifié de la tenue de son procès pour « terrorisme
organisé ». La FIDH et ses organisations en Équateur ont accompagné Manuel Trujillo pendant son procès qui s'est achevé
par son acquittement.
S'appuyant sur cette mission mais aussi sur tout son travail effectué ces dernières années avec ses organisations membres, la
FIDH a par ailleurs travaillé en 2015 sur une étude régionale
présentant la question de la criminalisation de la protestation

sociale dans 8 pays (Brésil, Colombie, Équateur, Guatemala,
Honduras, Mexique, Nicaragua, Pérou). Le rapport de cette
étude sera publié en 2016.
Outre son étude approfondie sur la criminalisation de la protestation
sociale (cf. Focus), la FIDH a poursuivi son action de documentation des crimes les plus graves commis sur le continent et sur les
réponses apportées par les juridictions nationales à cet égard. Notamment, la FIDH a mené en 2015 une mission au Honduras pour faire
un état des lieux de la lutte contre l'impunité des graves violations
des droits humains perpétrées à l’occasion du coup d’État du 28 juin
2009 évinçant du pouvoir le président Zelaya et à la suite de celuici. Le rapport de cette mission qui dévoile l'absence de volonté des
autorités concernées de poursuivre les auteurs de ces violations a été
transmis à la Commission interaméricaine des droits de l'Homme qui
doit examiner la recevabilité de la communication dite « Zelaya »
portée à sa connaissance par la FIDH et ses organisations membres.
Par ailleurs, après son rapport d'enquête sur les tortures, les privations
graves de liberté et les disparitions forcées commises entre 2006 et
2012 en Baja California par les forces armées et de sécurité de l’État,
la FIDH a poursuivi son travail de documentation des crimes les plus
graves commis au Mexique, notamment ceux liés à la lutte contre
le narcotrafic. La FIDH s'est ainsi rendue au Mexique pour établir
des partenariats avec des organisations locales pour identifier des cas
spécifiques de violations en vue de futures enquêtes.
Lutter contre l’impunité des crimes internationaux du passé
et présent
Dans l'objectif de soutenir le droit des victimes à la justice, de prévenir
la commission d'autres crimes graves et de promouvoir la consolidation de l'État de droit, la FIDH et ses organisations membres ont
continué à se mobiliser pour la lutte contre l'impunité des auteurs des
crimes les plus graves devant les tribunaux nationaux, mais également
lorsque c'est pertinent, devant la Cour pénale internationale.
Faisant le suivi d'un séminaire organisé en 2014 au Guatemala qui
avait réuni plusieurs organisations membres de la FIDH dans le but
d'élaborer des stratégies pour contribuer à la lutte contre l'impunité
sur le continent, et dont les conclusions insistaient notamment sur
le besoin de soutenir les droits des femmes à la justice, la FIDH a
présenté en 2015 un amicus curiae dans l'affaire « Chumbivilcas ». Il
s'agit de la première affaire concernant les violences sexuelles commises contre des femmes autochtones lors du conflit armé au Pérou
entre 1980 et 1990. L'amicus a été accepté le 21 septembre par les
juridictions péruviennes.
Focus
La FIDH contribue à mettre le DAS hors jeu
Ces dernières années, la FIDH et le CAJAR ont continué de fournir
des informations sur les activités illégales du DAS (Département
administratif de sécurité en Colombie), à savoir la surveillance des
activités des défenseurs des droits humains. Parties en Colombie
dans plusieurs procédures relatives aux faits d'espionnage, nos
organisations ont mené plusieurs actions au Panama où s'était réfugiée l’ex-chef du DAS, Maria del Pilar Hurtado, pour demander
son extradition, ce qui fut fait par les autorités panaméennes. Le 30
F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 65

avril 2015, la Cour suprême de Justice de Colombie a condamné
Maria del Pilar Hurtado et l'ancien secrétaire général de la Présidence, Bernardo Moreno, à des peines respectivement de 14 et 8
ans de prison pour falsification de documents publics, conspiration, détournement de fonds, écoutes illégales de communications
et abus de pouvoir. Le réseau d’espionnage ayant à l'époque dépassé les frontières de la Colombie pour s’étendre à l’Europe, où
il a ciblé des défenseurs des droits humains et des ONG (comme
la FIDH, Oxfam Solidariteit, OIDHACO, Broederlijk Delen et
CNCD-11.11.11) une procédure pénale contre le DAS est toujours
en cours en Belgique.
Également fortement mobilisée sur le dossier de Mario Alfredo
Sandoval, citoyen franco-argentin présent en France et poursuivi en
Argentine dans le cadre de l'enquête pour crimes contre l'humanité,
privation de liberté et torture ayant entraîné la mort commis au sein
de l’École supérieure de mécanique de la marine (ESMA), centre de
détention clandestin à Buenos Aires dans lequel 5 000 détenus disparus seraient passés durant la dictature, la FIDH a dénoncé le refus de
la Cour de Cassation d'extrader Sandoval en Argentine. La FIDH fera
le suivi de cette affaire renvoyée devant la chambre de l'instruction de
la Cour d'appel de Versailles, où elle sera de nouveau jugée.
Par ailleurs, la FIDH a réussi à consolider le financement d'un
programme spécifique lui permettant d’accroître son soutien aux
victimes et ONG haïtiennes impliquées dans la procédure contre
les sbires de l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, ainsi qu'aux
organisations de la société civile travaillant sur le devoir de mémoire des crimes du passé dans ce pays.
La FIDH a également soutenu la présence à Paris et Bruxelles du
directeur de son organisation membre au Guatemala, CALDH, aux
fins de sensibiliser les autorités françaises et européennes sur les
soubresauts politico-judiciaires de la procédure contre l'ex-président
Ríos Montt, accusé de crimes contre l'humanité et de génocide pour
sa responsabilité dans les homicides et la torture de 1 771 indigènes
mayas ixil, et dont le deuxième procès – le premier ayant été annulé
–, a été plusieurs fois reporté.
La FIDH a aussi suivi de près les négociations de paix entre les
autorités colombiennes et les FARC pour examiner la compatibilité
des accords en cours au regard du droit international des droits de
l'Homme et du Statut de la Cour pénale internationale ratifié par
la Colombie.
Dans la continuité de son action pour l'activation de la compétence
de la CPI sur les crimes les plus graves commis dans la région des
Amériques, la FIDH a continué d'interpeller le Bureau du Procureur
pour qu'il ouvre un examen préliminaire sur la situation au
Mexique, se fondant notamment sur sa communication concernant
les crimes internationaux commis dans la région de Baja California.
La FIDH a également travaillé en 2015 avec des partenaires locaux
sur une autre communication qu'elle souhaite transmettre au Bureau
du Procureur de la CPI, s'agissant de crimes commis dans le cadre
de la lutte contre le narcotrafic. La FIDH a également communiqué
sur la fin de l'examen préliminaire du Bureau du Procureur sur la
situation au Honduras rappelant l'urgence de lutter contre l'impunité
des crimes les plus graves commis dans ce pays.
66 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Enfin, dans le suivi de son action pour établir la responsabilité des
États dans la commission de graves violations des droits humains, la
FIDH, qui avait représenté des victimes devant la Cour interaméricaine des droits de l'Homme, a appelé le Chili à mettre en œuvre l'arrêt
de la Cour qui condamne l'État en 2014 pour utilisation abusive de la
loi antiterroriste contre des membres de la communauté Mapuche.
La FIDH a également déposé un argumentaire supplémentaire dans
l'affaire « Zelaya » qu'elle a portée avec ses organisations membres devant la Commission interaméricaine des droits de l'Homme
(CIDH) contre le Honduras, pour soutenir la recevabilité de
l'affaire insistant sur l'ineffectivité des voies de recours internes. Elle
a en outre suivi les développements de sa communication devant
la CIDH contre le Chili dans l'affaire dite « media prescripcíon »,
pour dénoncer les peines très légères accordées aux dignitaires du
régime de Pinochet permettant leur libération dès condamnation.
Mobiliser les autorités nationales et la communauté
internationale pour des mesures concrètes en faveur de la
protection des droits humains
Pour pousser à des mesures concrètes en faveur de la protection
des droits humains, la FIDH a soutenu ses organisations membres
pour mener des actions de plaidoyer et de visibilité à l'adresse des
décideurs nationaux et internationaux pour présenter le résultat de
leurs actions de veille et d'enquête, et appeler à la mise en œuvre
des recommandations émises dans leurs rapports, notes de position
et communiqués de presse conjoints.
Focus
La FIDH interpelle la communauté internationale sur le
phénomène de criminalisation de la protestation sociale
Fondée sur ses enquêtes et étude, la FIDH a soutenu le plaidoyer
de ses organisations membres auprès des instances internationales et régionales pour dénoncer la tendance forte des États à la
criminalisation de la protestation sociale et mobiliser leur réaction pour condamner et enrayer ce phénomène. La FIDH a ainsi
coorganisé, lors de la session de mars du Conseil des droits de
l'Homme des Nations unies, un panel sur la sécurité nationale et
la société civile. Une occasion de présenter aux représentants des
États présents de nombreux cas de violations des libertés et droits
des individus dans la région au prétexte fallacieux de la lutte
contre le terrorisme ou de rébellion. La FIDH et plusieurs de ses
organisations membres de la région ont par ailleurs coorganisé
un important panel dans le cadre d'une session de la Commission
interaméricaine des droits de l'Homme sur les activités des entreprises et les violations des droits des défenseurs des droits humains. En mars 2016, la Commission interaméricaine des droits
de l'Homme a publié un rapport sur le même thème reprenant
des points soulignés par la FIDH. En novembre, la FIDH est
aussi intervenue à plusieurs reprises sur cette thématique lors du
Forum « Entreprises et droits de l'Homme » organisé à Genève.
Enfin, la FIDH a permis à une représentante de son organisation
membre en Équateur de présenter aux instances onusiennes et
de l'Union européenne les conclusions et recommandations du
rapport d'enquête sur la criminalisation de la protestation sociale
liée aux activités d'extraction dans ce pays.
Outre le focus de son plaidoyer sur la dénonciation de la
criminalisation de la protestation sociale, (cf. Focus), la FIDH a

continué d'alerter les instances internationales et régionales sur les
situations de violence comme en Colombie, au Honduras et au
Mexique, et sur les graves manquements aux principes démocratiques
et à l’État de droit comme en Haïti ou à Cuba. S'agissant de ce dernier
pays, la FIDH a soutenu la présence du directeur de son organisation
membre à Bruxelles pour présenter une note de position aux instances
de l'Union européenne. Cette note présentait la réalité de la situation
des droits humains à Cuba et recommandait l'inclusion d'une clause de
« conditionnalité droits de l'Homme » dans le futur accord de dialogue
politique et de coopération entre l'Union européenne (UE) et Cuba..
Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Colombie
L'arrêt du 30 avril 2015 de la Cour suprême de Justice de Colombie condamnant Maria del Pilar Hurtado, ex-chef du Département
administratif de sécurité (DAS) de Colombie, et Bernardo Moreno,
ancien secrétaire général de la Présidence, à des peines respectivement de 14 et 8 ans de prison. La Cour a condamné Maria del Pilar
Hurtado pour falsification de documents publics, conspiration, détournement de fonds, écoutes illégales de communications et abus
de pouvoir. Bernardo Moreno a été condamné pour conspiration,
écoutes illégales de communications et abus de pouvoir.
Équateur
• La libération le 10 février 2015 du défenseur des droits humains
Javier Ramirez, détenu depuis le 10 avril 2014 pour sabotage,

terrorisme et rébellion, chefs d’accusation passibles d’une peine
d’emprisonnement comprise entre un et trois ans. Une mission
internationale d'enquête de la FIDH sur la criminalisation de la
protestation sociale en Équateur avait documenté et rendu public
son cas. Nos organisations avaient fait en sorte que son procès
soit public. La FIDH avait par ailleurs présenté à la Cour un
amicus Curiae pour dénoncer les violations des droits de Javier
Ramirez et demander sa libération.
• L'acquittement en janvier 2016 du défenseur des droits humains
Manuel Trujillo, président de la communauté de San Pablo
Amalí, qui était poursuivi pour des faits de terrorisme pour avoir
contesté les violations des droits humains liées à l'activité d'une
entreprise en charge de la construction d'une centrale hydroélectrique à San José del Tambo. La mission internationale d'enquête
de la FIDH sur la criminalisation de la protestation sociale en
Équateur avait également documenté et rendu public son cas. Et
la FIDH et ses organisations ont observé son procès.
Au niveau régional et international
Chili
• La décision le 2 septembre 2015 de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme condamnant l’État chilien dans
l’affaire Omar Humberto Maldonado Vargas et autres vs Chili.
• La Cour a déclaré l’État chilien responsable de l’impossibilité
pour les anciens militaires légalistes d’avoir accès à un recours
judiciaire effectif aux fins d’annuler les jugements des cours
martiales prononcés à leur encontre, et sur la base de confessions
obtenues sous la torture. En outre, la Cour a jugé l’État
responsable d’avoir retardé pendant 12 ans l’ouverture d’une
enquête sur les tortures subies par certains des pétitionnaires.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
9 missions internationales d'enquête et de plaidoyer : Équateur, République dominicaine, Honduras, Mexique, Colombie
119 communiqués de presse / lettres ouvertes / tribunes ; 65 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des
droits de l'Homme
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires initiées et suivies par la FIDH :
- devant les juridictions haïtiennes : procédures contre les membres du régime Duvalier ;
- devant les juridictions colombiennes et belges : procédures contre le DAS (Colombie) ;
- devant la Commission interaméricaine des droits de l'Homme : communications sur le Honduras dans l'affaire « Zelaya » (coup d’État
de 2009) ; communication sur le Chili dans l'affaire de « media prescripción » (peines très légères accordées aux dignitaires du régime de
Pinochet permettant leur libération dès condamnation) ;
- devant la Cour pénale internationale : contribution aux analyses préliminaires sur le Honduras, la Colombie ; transmission de
communications sur le Mexique ;
- devant le Comité sur les disparitions forcées (ONU) : communication c. Mexique.
Soutien au plaidoyer de 10 défenseurs (Cuba, Colombie, Mexique, Guatemala,
Nicaragua, Équateur) auprès des OIG, des mécanismes pertinents régionaux et
internationaux et de représentants d’États influents.
Partenariat : HRDN, Coalition d'ONG devant le système interaméricain, CIFCA,
Oidhaco

Rapports
Amériques : Criminalización de defensores de derechos
humanos en el contexto de proyectos industriales ; un
fenómeno regional en América Latina
Équateur : Criminalización de la protesta social frente a
proyectos extractivos en Ecuador
Guatemala : « Mas pequeños que David » la lucha delos
defensores y defensoras de derechos humanos.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 67

Asie

graves : restrictions des droits dans la loi, harcèlement judiciaire,
non respect du droit à un procès équitable, exécutions sommaires
et disparitions forcées.

Contexte et défi

En Iran, malgré les promesses faites par le président Rohani de
respecter davantage les libertés, des dirigeants politiques, représentants de la société civile et des membres de minorités ethniques et religieuses ont continué d’être persécutés. La société civile a continué
de se mobiliser pour que la communauté internationale réagisse face
à ces violations, en dépit de l'ouverture des marchés commerciaux
prévue avec la signature de l’accord sur le nucléaire civil.

En 2015, de graves violations des droits humains et du droit
international humanitaire pouvant être qualifiées de crimes internationaux ont été commises dans plusieurs pays du continent.
C'est le cas en Afghanistan où les civils sont toujours pris au
piège du conflit armé qui s'est intensifié fin 2015. Les groupes
hostiles au Gouvernement, y compris les talibans et des éléments
de l’État islamique, ont commis de nombreux actes de violence
contre les civils. Entre août et octobre 2015, les Nations unies
(ONU) ont recensé 3 693 victimes civiles (1 138 morts et 2 555
blessés), 54% d'entre elles étant imputées aux éléments hostiles
au Gouvernement. Les affrontements au sol sont demeurés la
cause première des pertes civiles, suivis par les attentats-suicides
et les explosions d’engins explosifs improvisés.
Les crimes contre l'humanité en Corée du Nord, mis en lumière
par une commission d'enquête de l'ONU dans son rapport publié
en 2014, ont perduré en 2015, à savoir la famine délibérée, le
travail forcé, les exécutions, la torture, le viol et l'infanticide,
commis pour la plupart dans des camps de prisonniers, dans le
cadre de politiques établies au plus haut niveau de l'État.
Dans de nombreux pays, des crimes graves pouvant être qualifiés
de crimes contre l'humanité sont perpétrés en lien avec la problématique de l'accès à la terre. C'est le cas au Cambodge où, lors de
ces 15 dernières années, 830 000 personnes ont été affectées par
la pratique d'accaparement des terres à grande échelle. 145 000
personnes ont été transférées de force hors de la capitale, Phnom
Penh. Celles qui ont été expulsées de leurs terres continuent de
souffrir, dans des conditions effroyables, dans les camps de réinstallation où l’insécurité alimentaire et les maladies sévissent.
La lutte contre l'impunité de ces crimes est restée un défi en 2015
du fait de l'absence de volonté et/ou de capacité des autorités nationales. Une situation qui a mené la société civile à une grande
mobilisation pour pousser la Cour pénale internationale (CPI) à
ouvrir des enquêtes sur les situations en Afghanistan et au Cambodge. L'attention fut aussi portée sur le suivi des recommandations de la commission d'enquête et de l’Assemblée générale de
l’ONU appelant le Conseil de sécurité de l’ONU à saisir la CPI
sur la situation en Corée du Nord.
Dans de nombreux pays de la région, des régimes oppressifs et
non démocratiques toujours au pouvoir ont intensifié leurs efforts
en 2015 pour réduire au silence les voix critiques venant de leurs
adversaires politiques, des journalistes ou des défenseurs des
droits humains. Le prétexte du maintien de la sécurité de l’État,
y compris de la lutte contre le terrorisme, a été utilisé par les
autorités pour saper les libertés et couvrir les exactions les plus

68 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

La junte militaire au pouvoir en Thaïlande depuis le 22 mai 2014
a continué de museler les libertés d'expression et de réunion. Fin
2015, 53 personnes étaient en détention, accusées ou condamnées
du crime de lèse-majesté. Au Laos et au Vietnam, le régime du parti
unique a réprimé toute forme de dissidence et restreint gravement
la possibilité des citoyens d'exercer leurs droits fondamentaux. Au
Cambodge, le premier ministre Hun Sen n'a donné aucun signe
indiquant qu’il était prêt à relâcher son emprise sur le pouvoir qu’il
détient depuis trente ans. Le harcèlement, les arrestations arbitraires
et l’emprisonnement de membres de l’opposition, de militants, de
dirigeants syndicaux et de défenseurs des droits humains ont encore
été la marque de son gouvernement. L’impunité fut la règle pour
les graves violations des droits humains commises dans le pays.
Les libertés ont continué d’être sévèrement réprimées en Chine.
Des défenseurs des droits humains, des artistes, des journalistes,
des dissidents politiques et des avocats ont été placés sous surveillance, assignés à résidence et emprisonnés pour avoir critiqué le Parti communiste ou pour avoir obtenu et partagé des
informations jugées illégales par l’État, comme toute information sur les droits humains, la démocratie et le droit du Tibet à
l’autodétermination.
Au Bangladesh, l’espace imparti à la société civile s'est encore
amoindri ; dans tout le pays, des défenseurs des droits humains,
des journalistes et des dissidents politiques ont été menacés,
placés sous surveillance, emprisonnés ou victimes de disparitions forcées.
En Malaisie, les autorités ont utilisé de manière abusive la loi relative à la sédition – une loi draconienne datant de l’époque coloniale – pour harceler et réduire au silence les voix contestataires
comme celles du dessinateur Zunar, accusé de neuf infractions
et qui risque 43 ans de prison pour avoir critiqué via des tweets
la condamnation pour sodomie de l'opposant Anwar Ibrahim.
En Birmanie, alors que les élections législatives historiques de novembre 2015 se sont soldées par la victoire du parti politique dirigé
par la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, les obstacles à la protection des droits humains et à la lutte contre l'impunité
des auteurs de violations demeurent un défi. La société civile a continué de réclamer la révision des lois répressives pour leur mise en
conformité avec le droit international des droits humains.

À Singapour, l’éclat de la réussite économique de la ville-État est
resté terni par la limitation sévère des droits civils et politiques.
Dans toute la région, la persécution visant des minorités ethniques et religieuses est demeurée l’une des premières sources
d’instabilité et de violations des droits humains. Dans plusieurs
pays, comme la Birmanie, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie, le
Vietnam, le Laos, le Sri Lanka et l’Inde, l’intolérance religieuse,
parfois jointe à la montée des mouvements nationalistes, a alimenté une augmentation de la violence et de la discrimination, de
la part du gouvernement ou, s’agissant d’acteurs non-étatiques,
avec son aval implicite du fait du manque de protection pour les
victimes et de l’impunité dont jouissent les auteurs.

La FIDH et ses ligues en action
Établir les faits, alerter, proposer
Face à la répression toujours croissante de la société civile en
Asie, la FIDH a soutenu ses organisations membres et partenaires
pour la documentation et la diffusion des informations relatives
aux violations des droits humains et a apporté son soutien et sa
protection à celles et ceux qui osent dénoncer ces abus en dépit
des menaces et des tentatives d’intimidation.
À partir des informations fournies par ses organisations membres
et partenaires, la FIDH a publié plus de 207 communiqués de
presse, lettres ouvertes et tribunes, pour attirer l’attention et susciter la réaction des médias et des instances intergouvernementales sur la situation des droits humains dans plus de 20 pays
de la région.
La FIDH et ses organisations membres et partenaires ont également produit des rapports d'enquête et de situation assortis de
recommandations précises pour faire cesser les violations des
droits humains documentées.
Devant l'impossibilité pour les organisations de la société civile
thaïlandaise de publier des informations sur l'utilisation abusive
par la junte au pouvoir de l'article 122 du Code pénal relatif
au crime de lèse-majesté sous peine d'harcèlement judiciaire,
la FIDH a été la seule organisation à présenter dans un rapport
alternatif au Comité des Nations unies sur les droits économiques
sociaux et culturels, une liste de cas d'arrestation, de détention
et de poursuites sur ce fondement.
La FIDH, l'ADHOC et la LICADHO ont produit une note alternative au rapport du Cambodge examiné par le Comité des droits
de l'Homme des Nations unies. La note dénonce l'impunité des
exactions commises par les forces de sécurité, la pratique de la
torture dans les lieux de détention, le manque d'indépendance du
système judiciaire, et les tentatives du pouvoir de museler plus
encore les libertés d'expression et d'association par la présentation de projets de lois liberticides.

FOCUS
La FIDH sonde les partis birmans sur leur politique des
droits humains
Le rapport de la FIDH et de Altsean-Burma, intitulé « À moitié
vide : les partis politiques birmans et leurs engagements en matière de droits humains », est la première enquête réalisée sur
le comportement des partis politiques birmans à l’égard des
questions liées aux droits humains. Il démontre que les partis
politiques en lice pour l’élection législative du 8 novembre 2015
peinent à s'engager sur des problématiques fortes en matière
de droits humains. Parmi les tendances négatives, l’enquête a
révélé que 42% des partis politiques refusent d’expliquer comment ils considéreront les discriminations subies par les musulmans Rohingya. Près des trois quarts des partis ont même
refusé de soutenir l’amendement de la loi sur la citoyenneté de
1982, qui permettrait d’accorder la citoyenneté birmane aux
Rohingya. Peu de partis ont également apporté leur soutien à
l’abrogation d’une loi récente, qui porte le nom trompeur de
« loi de protection de la race et de la religion » et à d’autres lois
qui vont à l’encontre des standards internationaux des droits
humains. Résultat plus encourageant, 58% des partis ont affirmé
qu’ils établiraient une Commission vérité et réconciliation pour
traiter de la responsabilité des crimes passés. Les réponses aux
questions sur la liberté de la presse, l’abolition de la peine de
mort ou encore la ratification des instruments de défense des
droits humains internationaux ont été également positives.
Ce rapport donne une bonne vision de la sensibilité des partis
politiques birmans aux droits humains dans un pays dominé
depuis de longues années par un régime militaire autoritaire.
La FIDH et Altsean-Burma suivront de près les engagements
pris par les partis politiques qui ont, depuis ce rapport, des
représentants élus au Parlement.
La FIDH a également soutenu son organisation membre au
Bangladesh, Odhikar, pour l'editing et la diffusion de son
rapport annuel 2014 sur la situation des droits humains dans
le pays.
Une mission à Singapour au cours de laquelle des contacts ont pu
être noués avec des organisations de la société civile a permis de
prendre le pouls de la situation des droits humains dans ce pays,
notamment sur les nouvelles tendances de restriction des libertés.
FOCUS
La FIDH dénonce les violences contre les minorités
religieuses au Pakistan
Au Pakistan, l'actualité est émaillée d'assassinats ou d'attentats
visant des membres de minorités religieuses. La FIDH et son
organisation membre HRCP ont tenu à s'attaquer à cette question en organisant à Karachi en 2014 un atelier regroupant des
représentants de ces minorités pour faire un état des lieux des
violations perpétrées à leur encontre et envisager des recommandations adressées aux autorités nationales aux fins de lutter
contre celles-ci. Se fondant sur ce travail, la FIDH et HRCP ont
publié en mars 2015 un rapport qui met en lumière les violences

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 69

et les discriminations contre les minorités religieuses expliquées
notamment par l'existence de lois et politiques discriminatoires,
et l'impunité des auteurs de violence. Pour enrayer ce phénomène,
le rapport insiste sur l'importance d'une réforme de la Constitution
et du Code pénal, d'une sensibilisation des politiques, des médias
et du système éducatif pour éliminer toute propagande discriminatoire et d'une justice nationale ou internationale accessible aux
victimes pour lutter contre l'impunité des auteurs de crimes qui
pourraient être, pour certains, qualifiés de crimes internationaux.
La FIDH a également soutenu ses organisations membres en Asie
dans la documentation relative à la question de la peine de mort
(cf. Priorité 4). Outre des notes spécifiques sur cette problématique
produites à l'occasion de l'Examen périodique universel de la Birmanie et de la Thaïlande par le Conseil des droits de l'Homme
de l’ONU, la FIDH a publié un rapport analysant l’application
de la peine de mort aux crimes liés à la drogue en Asie, et faisant
le recensement des lois et politiques pénales relatives à ce fléau.
Le rapport explique également pourquoi les arguments les plus
communément avancés par les gouvernements pour justifier leur
recours à cette mesure inhumaine et illégale sont injustifiés.
Confrontée aux discours des autorités sur le relativisme culturel
pour saper l’universalité des droits humains et justifier leur violation, la FIDH a publié une étude régionale démontrant que les
soi-disant « valeurs asiatiques » sont des instruments de pouvoir et
de domination qui servent à légitimer des tentatives de préserver
le statu quo politique, social et économique, et à délégitimer les
voix dissidentes. Ainsi, à travers une analyse des perspectives nationales, régionales et internationales de protection des droits humains dans les pays d’Asie, de leurs ressemblances et différences,
mais aussi des forces de progrès et d’inertie qui les traversent, le
rapport montre la pertinence des droits humains à la fois comme
outil d’analyse des sociétés asiatiques et de changement social.
Enfin, la FIDH n'a eu de cesse cette année encore de documenter et
d'alerter sur les violences, le harcèlement judiciaire ou les restrictions des libertés subis par celles et ceux qui tentent d'informer
sur les violations des droits humains en Asie. Dans le cadre de
l'Observatoire (programme conjoint FIDH-OMCT), la FIDH a
ainsi diffusé 66 appels urgents sur la situation de défenseurs en
danger, mettant l'accent notamment sur les situations en Chine, en
Birmanie, en Thaïlande, en Corée du Sud et en Iran. Elle a également publié le rapport d'une mission d'enquête sur les violations des
droits des défenseurs aux Philippines et soutenu le lancement du
Forum des défenseurs en Birmanie qui réunit de manière régulière
des défenseurs de toutes les régions du pays pour faire le point
sur les obstacles à l'activité des défenseurs en Birmanie. Enfin, la
FIDH a fourni des assistances matérielles pour la protection de
défenseurs, notamment au Cambodge, au Pakistan et en Birmanie.
Mobiliser les autorités nationales et la communauté
internationale pour des mesures concrètes en faveur de la
protection des droits humains
Dans de nombreux pays de la région, les autorités refusent
ou restreignent le dialogue avec les ONG de défense des
droits humains. Dans ces situations, le rôle de la communauté

70 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

internationale est essentiel pour exercer une pression diplomatique,
politique et/ou économique pour amener les gouvernements à
répondre aux préoccupations de la société civile et respecter
leurs obligations internationales relatives à la protection des
droits humains. L'exercice du plaidoyer auprès des organisations
intergouvernementales et mécanismes internationaux de protection
des droits n'est pour autant pas aisé pour certaines ONG qui
manquent de moyens ou d'expertise sur le fonctionnement de ces
instances. La FIDH a ainsi soutenu ses organisations membres et
partenaires pour informer et mobiliser les institutions internationales
sur la protection des droits humains en Asie. La FIDH a permis à 34
défenseurs des droits humains de la région d'interagir directement
avec des représentants des Nations unies et de l’Union européenne
afin de témoigner de la situation des droits humains dans leur
pays et de leur adresser leurs recommandations pour une action
protectrice des droits humains. Les délégations de la FIDH auprès
de ses instances ont par ailleurs mené un plaidoyer constant auprès
d'elles pour prolonger ces échanges et s'assurer de leur suivi concret.
À titre d’exemple, de nombreuses activités de plaidoyer ont été
menées conjointement par des représentants d’Altsean-Burma
et de la FIDH, avec pour objectif d’alerter la communauté
internationale sur la persistance de graves violations des droits
humains en Birmanie en dépit du changement de régime.
Particulièrement, nos organisations ont informé les États tiers
influents des violations des droits humains liées à l'activité des
entreprises internationales dans le pays et de la répression des
défenseurs des droits humains qui dénoncent cette situation. La
FIDH et Altsean-Burma ont ainsi réitéré leur plaidoyer auprès du
Conseil des droits de l'Homme de l’ONU pour le renouvellement
du mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de
l’Homme en Birmanie.
La FIDH a également concentré son action de plaidoyer sur la
situation en Iran en demandant à l’Union européenne et aux
Nations unies de dénoncer les violations des droits humains dans
ce pays. Lors d'une rencontre avec le Haut-commissaire aux
droits de l'Homme des Nations unies, le président de la FIDH
a spécifiquement demandé le renouvellement du Rapporteur
spécial sur la situation des droits de l'Homme en Iran. Et la FIDH
a invité Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix et présidente d'une
organisation membre de la FIDH, à mener un plaidoyer auprès de
l’Assemblée générale de l’ONU pour l'adoption d'une résolution
ferme dénonçant les violations des droits humains en Iran.
Pour ce qui est de la situation en Thaïlande, la FIDH a entretenu
d’étroites relations avec les agences de l’ONU et les ambassades
étrangères afin de les alerter sur l'utilisation abusive par le
régime putschiste de l'incrimination pour lèse-majesté contre les
opposants politiques, des manifestants pacifiques, des artistes et
des défenseurs des droits humains. Un briefing des experts du
Comité des Nations unies sur les droits économiques, sociaux et
culturels a été spécifiquement organisé à cet effet.
La FIDH a par ailleurs continué d'insister auprès de l'Union
européenne pour qu'elle réalise, conformément à ses obligations,
des études d'impact sur les droits humains de manière préalable à

la conclusion d'accords de commerce et d'investissement avec des
pays tiers. Une façon de contraindre les États contractants à des
améliorations en matière de protection des droits humains. Ainsi,
la FIDH a fait le suivi de sa plainte contre la Commission pour
défaut de réalisation d'une telle étude avant la conclusion de son
accord commercial avec le Vietnam.
La FIDH a également orienté son plaidoyer auprès des instances
internationales et pays tiers influents sur trois problématiques
régionales majeures dans la région, à savoir le phénomène des
disparitions forcées, en mettant notamment en exergue le cas
de Sombath Somphone au Laos, le rétrécissement de l'espace
d'action des défenseurs et la peine de mort. Un plaidoyer qui s'est
accompagné de nombreuses activités de communication pour
faire en sorte que les médias et l'opinion publique contribuent
à la pression sur les autorités concernées pour la protection des
droits humains.
Agir contre l’impunité
La lutte contre l'impunité des auteurs de violations des droits
humains contribuant au droit des victimes à la justice, à la
prévention et à la consolidation de l’État de droit, la FIDH a
continué de soutenir ses organisations membres et partenaires
dans l'établissement des responsabilités. La justice souffrant d'un
manque d'indépendance dans de nombreux pays, cet objectif
fut recherché à travers l'activation de la justice internationale
ou hybride et des mécanismes quasi-judiciaires internationaux.
En juillet 2015, la FIDH a ainsi transmis à la Procureure de la
Cour pénale internationale de nouvelles preuves en complément de la communication transmise par la FIDH en octobre
2014 sur les crimes résultant de l'accaparement des terres pratiqué à grande échelle au Cambodge, qualifiés de crimes contre l'humanité. La FIDH souhaite que ces éléments poussent le
Bureau du Procureur à ouvrir un examen préliminaire sur cette
situation. La FIDH a également plaidé auprès de la CPI en faveur
de l'ouverture d'une enquête sur la situation en Afghanistan.
La FIDH a par ailleurs continué à soutenir 10 victimes cambodgiennes vivant en France et parties civiles dans les procédures en
appel du dossier n°002/01 devant les CETC. Le 7 août 2014, le
tribunal (CETC) avait condamné Khieu Samphan, ancien chef
d’État, et « Frère N°2 » Nuon Chea, ancien idéologue du régime
Khmer rouge, à la prison à vie pour crimes contre l’humanité.
C’est la première fois que des officiels Khmers rouges de haut
rang étaient condamnés par un tribunal indépendant. La FIDH a
par ailleurs soutenu les démarches des victimes cambodgiennes
pour l'établissement en France d'un mémorial du génocide.
Enfin, la FIDH a fait le suivi de ses communications portées
auprès du Comité des droits de l'Homme des Nations unies, du
Comité contre la torture et du Groupe de travail sur les détentions
arbitraires pour dénoncer des cas spécifiques de violations des
droits humains commises par l'Iran et la Thaïlande.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Birmanie
• La libération (19 janvier 2015) du défenseur de droits humains
et dirigeant communautaire, Tun Aung. Il purgeait une peine de
17 ans pour des accusations inventées, liées à ses efforts pour
empêcher les violences entre bouddhistes et musulmans lors des
troubles sectaires de juin 2012. La FIDH s’était mobilisée sur son
cas par le biais de son Observatoire et ses profils des prisonniers
politiques les plus importants de Birmanie.
Chine
• La mobilisation internationale menant à la libération sous caution de 5 défenseures des droits humains arrêtées pour avoir
projeté de mener une campagne anti-harcèlement sexuel lors de
la journée internationale des droits des femmes.
Corée du Sud
• La libération sous caution de Lae-Goon Park, membre éminent
du comité directeur de la Coalition 4.16 sur le naufrage du ferry
Sewol, placé en détention pour participation à des manifestations demandant l'établissement d'une commission d'enquête
indépendante pour faire la lumière sur le drame qui a fait plus
de 300 morts.
Iran
• L’arrêt de la suspension de la licence d’avocate de Nasrin Sotoudeh, suite a des sit-ins quotidiens devant l’Association du barreau
iranien menés par Mme Sotoudeh et une mobilisation internationale soutenue par la FIDH. La licence de Mme Sotoudeh avait
été suspendue en octobre 2014, en lien avec sa condamnation
en 2011 pour des « crimes » politiques liés à ses activités pour
la défense des droits humains.
Au niveau international
Birmanie
• De nombreuses interpellations et recommandations exprimées
par des États lors de l'Examen périodique universel (novembre)
par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies s'agissant
de la peine de mort, de la torture, des discriminations contre les
minorités ethniques et des déplacements forcés.
• Renouvellement du mandat par le Conseil des droits de l’homme
du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des
droits de l’Homme en Birmanie, conformément au plaidoyer
mené notamment par la FIDH.
Cambodge
• Aux observations finales rendues par le Comité des droits de
l'Homme des Nations unies (27 avril 2015) qui reprend les
nombreuses préoccupations et recommandations de la note de
plaidoyer de la FIDH s'agissant notamment des cas de torture
et de mauvais traitement en détention, les cas de détention et

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 71

d'arrestation arbitraire, du manque d'indépendance du système
judiciaire et des entraves à la liberté d'association et d'expression.
• L'adoption par le Parlement européen (novembre 2015)
d'une résolution exprimant de vives préoccupations concernant la détérioration du climat politique pour les membres
de l'opposition et les militants, ainsi que pour les défenseurs
des droits humains et les militants dans le domaine social et
environnemental au Cambodge, et condamnant tous les actes
de violence et toutes les accusations, sentences et condamnations motivés par des raisons politiques contre des membres
de l'opposition, des militants ou des défenseurs des droits
humains au Cambodge.
Iran
• Renouvellement du mandat par le Conseil des droits de l’Homme
de l’ONU du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme en Iran, conformément au plaidoyer
mené notamment par la FIDH.
• La déclaration commune des Rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran et sur les
exécutions extra-judiciaires demandant la non-exécution d'une
sentence de mort contre une personne mineure au moments des
faits qui ont fondé sa condamnation.
Laos
• Maintien de l'attention de la communauté internationale sur le
cas de la disparition forcée du défenseur des droits humains Sombath Somphone. Lors du second Examen périodique universel
du Laos par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies
(janvier 2015), 10 États ont appelé le Laos à enquêter sur la
disparition du défenseur.

Nasrin Sotoudeh crédit DR

72 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

Malaisie
• L'adoption d'une résolution par le Parlement européen
(17 décembre 2015) qui reprend les préoccupations et
recommandations du plaidoyer de la FIDH et de son
organisation membre SUARAM, appelant notamment à
l’abolition de la peine de mort, l’abrogation de la loi sur la
sédition et à l’adaptation de toute la législation aux normes
internationales sur la liberté d’expression, la liberté de réunion
et la protection des droits humains.
Thaïlande
• Aux Observations finales du Comité des Nations unies sur
les droits économiques, sociaux et culturels qui reprennent
les préoccupations et recommandations de la FIDH s'agissant
de l'utilisation abusive du crime de lèse-majesté et appelant à
l'amendement de l'article 112 du Code pénal.
• L'adoption (octobre 2015) par le Parlement européen d'une
résolution demandant à la junte de faire respecter le droit de
manifester et d'abroger les lois relatives à la lèse-majesté, en
particulier l'article 112 du Code pénal et demandant la libération
de tous les prisonniers politiques.
• À la décision du Groupe de travail des Nations unies sur les
détentions arbitraires (décembre 2015) déclarant la détention de
Pornthip Munkong alias Golf arbitraire (accusée de lèse-majesté
pour avoir joué dans une représentation théâtrale, elle est détenue
depuis le 15 août 2014), et appelant à sa libération immédiate.
Vietnam
• Au soutien par la médiatrice européenne de la plainte déposée
par la FIDH accusant la Commission européenne de mauvaise
administration pour son refus de mener une étude d'impact sur
les droits humains avant la signature des accords de commerce
et d’investissement avec le Vietnam.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
8 missions internationales d'enquête, missions judiciaires et d'observation judiciaire et de plaidoyer (Malaisie, Birmanie,
Thaïlande, Singapour)
207 communiqués de presse / lettres ouvertes / tribunes ; 66 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des
défenseurs des droits humains

November 2015 / N°668a

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :
- devant les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens : représentation de 10 victimes vivant en France
et parties civiles dans le dossier n°002/01 ;
- devant les tribunaux français : affaire Ung (Cambodge) ;
- devant la Cour pénale internationale : suivi de la communication portée devant la Cour pénale internationale sur les
déplacements forcés au Cambodge ;
- devant le Comité des droits de l'Homme (ONU) : communication contre le Cambodge ;
- devant le Comité contre la Torture (ONU) : communication contre la Thaïlande ;
- devant le Groupe de travail sur les détentions arbitraires (ONU) : communications contre l'Iran, le Vietnam, le Bangladesh,
la Birmanie, le Cambodge ;
- devant le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires (ONU) : communications contre le Sri Lanka ;
- devant le Groupe de travail sur les entreprises et les droits de l'Homme (ONU) :
communications contre le Bangladesh, le Cambodge ;
- auprès des Rapporteurs spéciaux sur la torture et sur la liberté d’assemblée et Rapports
d'association (ONU) : communications contre l'Iran.
Asie : The death penalty for drug crimes in Asia
Activités de plaidoyer : 34 défenseurs (Iran, Birmanie, Vietnam, Malaisie, Thaïlande, Asie : Démystifier la protection des droits humains
Chine, Pakistan, Cambodge, Laos) auprès des mécanismes pertinents régionaux et en Asie – Rapport de cadrage
internationaux et de représentants d’États influents.
Birmanie : Half empty : Burma's political parties
and their human rights commitments
Partenaires : Coalition internationale pour mettre un terme aux crimes contre Cambodge : Briefing note : a mounting Human
rights crisis
l'humanité en Corée du Nord (ICNK) ; Forum Asia.
Philippines : Human rights defenders at the
forefront despite an ongoing culture of violence
and impunity
Thailande : Dark ages ; violations of cultural rights
under Thaïland's lèse-majesté law

Half Empty:
Burma’s political parties
and their human rights
commitments

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 73

Europe et Asie Centrale
Contexte et défi
En 2015, le conflit en Ukraine a été le révélateur des tensions
politiques dans la région. Notamment, sur fond de crise
économique, l'opposition a gagné en intensité entre les pays de l'exbloc soviétique tentant de préserver leur indépendance vis-à-vis de
la Russie, y compris en se rapprochant de l'Europe de l'Ouest, et
ceux rejoignant l'Union Eurasiatique et sa zone d'influence (cette
dernière ayant été rejointe en 2015 par le Kirghizistan). La guerre
de propagande et des médias opposant ces deux tendances a pris
des proportions inquiétantes contribuant au climat propice au
conflit, à la violence et au harcèlement des voix critiques.
Fin 2015, le bilan du conflit à l'Est de l'Ukraine dressé par le
Haut-Commissariat aux droits de l'Homme des Nations unies
faisait état de plus de 9 000 morts et 20 000 blessés. En dépit
des accords de cessez-le-feu, les parties en conflit ont continué à
agir en violation du droit international humanitaire et des droits
humains. Les 2,9 millions de personnes qui vivent dans la zone de
conflit ont rencontré de graves difficultés dans l’exercice de leurs
droits, y compris économiques et sociaux.
Le 8 septembre 2015, la Cour pénale internationale (CPI) a été
saisie par les autorités ukrainiennes des crimes commis sur son
territoire à partir du 20 février 2014, y compris à l'Est et en Crimée.
Cette saisine s'est ajoutée à celle d'avril 2014 concernant les crimes
commis entre le 21 novembre 2013 et le 22 février 2014 et portant
sur la répression du mouvement de Maïdan. Compte tenu des
obstacles dans la lutte contre l'impunité des auteurs des crimes les
plus graves devant les juridictions ukrainiennes, l'activation de la
compétence de la CPI sur ces situations est un élément déterminant
pour la justice et la paix dans ce pays.
La CPI peut tenir un rôle essentiel pour garantir le droit des victimes
à la justice mais aussi pour la stabilité dans la région, considérant
par ailleurs sa décision début 2016 d'ouvrir une enquête sur les
crimes commis durant la guerre éclair d'août 2008 ayant opposé la
Géorgie et la Russie sur le territoire de la République géorgienne
d'Ossétie du Sud. La justice internationale est de ce fait en position
d'intervenir sur la situation de deux des territoires contestés dans
la région (Haut-Karabakh, Ossétie du Sud, Abkhazie, Transnistrie,
Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Luhansk,
et la Crimée), véritables « zones grises » de 6 millions d'habitants
où le droit international ne s'applique pas. Des territoires instables
qui représentent une vraie menace pour la sécurité internationale.
La justice doit aussi être un moyen d'aborder les interventions
de la Russie dans les conflits. En soutien des groupes armés ou
autorités de facto pro-Russes en Crimée, à l'Est de l'Ukraine,
en Ossétie du Sud, en Abkhasie et en Transnistrie, la Russie est

74 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

également intervenue militairement à partir d'octobre 2015 en
soutien au régime de Bachar al-Assad, pourtant responsable du
plus grand nombre de morts en Syrie. L'accord sur le déploiement
militaire russe en Syrie entre les deux régimes a prévu une
immunité complète aux militaires russes, alors même que des
rapports ont fait état de nombreux morts civils, de destructions
d'hôpitaux et autres infrastructures ou biens civils du fait de leurs
bombardements. Des agissements contraires au droit international
devant la passivité de la communauté internationale.
La politique intérieure du président Poutine a également été au
cœur des préoccupations en 2015 s'agissant du respect des droits
humains en Russie et sa portée dans la région. S'appuyant le plus
souvent sur le motif de la sécurité et l'opposition à ladite ingérence
de l'Occident, le Kremlin a continué d'orchestrer une répression
systématique de toute force critique de sa politique, réformant la
loi à cette fin. Plus de 30 lois ont été révisées ou adoptées dans
cet objectif ces dernières années, incluant des dispositions portant
atteinte aux droits et libertés des opposants politiques, journalistes,
artistes, blogueurs, organisations de défense des droits humains,
personnes LGBT ou des citoyens en général.
Ce musellement de la société civile est devenu un modèle pour
de nombreux pays de l'ex-Union soviétique qui copient cet
arsenal législatif et s'inscrivent à l'identique dans un système
de gouvernance répressif, voire autoritaire. C'est le cas du
Kazakhstan, du Tadjikistan et du Kirghizistan, où les lois en
projet ou adoptées restreignant les libertés ont été multipliées ces
derniers mois et en Ouzbékistan où les prisonniers d'opinion sont
légion. En Azerbaïdjan, pays qui subit la loi du clan Aliev, des
responsables des principales ONG de défense des droits humains
et des journalistes indépendants de renom étaient, fin 2015,
derrière les barreaux où faisaient l'objet de poursuites judiciaires
arbitraires, alors que le fonctionnement des ONG indépendantes
et des médias a été soumis à d'innombrables restrictions.
Au Bélarus, malgré la libération des derniers prisonniers politiques
détenus depuis la vague de répression de 2010, les organisations
de la société civile ont continué de dénoncer le système de
graves violations des droits humains mis en œuvre par le régime
politique au pouvoir depuis 22 ans qui n'a pas changé sa nature :
ONG toujours non enregistrées, défenseurs des droits humains
et journalistes harcelés judiciairement ; absence de liberté de
rassemblement ; maintien de la peine de mort. Une situation qui
n'a pas empêché l'Union européenne d'avancer vers la levée de
l'application des mesures restrictives contre le pays…
La situation des droits humains en Turquie s'est par ailleurs
largement dégradée en 2015 du fait notamment des violences
qui ont éclaté entre l'armée et les membres du PKK dans le
sud du pays, dans un contexte de contestation électoral et de la
politique turque menée sur la Syrie. Ces violences ont engendré
de nombreux morts, notamment de civils, et placé la population
en insécurité à cause des opérations militaires et l'instauration de

couvre-feux dans de nombreuses villes. Parallèlement, les autorités
n'ont cessé de porter atteinte aux libertés en s'enfonçant dans une
répression sévère de toutes voix critiques, qu'elles soient portées
par des journalistes, avocats, universitaires ou défenseurs des
droits humains.
La situation des droits humains a été également préoccupante dans
certains pays membres de l'Union européenne, comme en Hongrie
et en Pologne où les libertés et l'indépendance de la justice ont été
bafouées par l'autoritarisme grandissant du pouvoir. Les réponses
législatives, policières, voire politiques de certains États face aux
attentats terroristes perpétrés sur leur territoire ont également
inquiété pour leur tendance liberticide.
Les organisations de la société civile qui opèrent sous des régimes
qui réduisent leur espace et moyens d'action et violent les droits
humains, ont besoin d'être soutenues pour pouvoir mener leur
travail de documentation et d'alerte sur la situation des droits
humains auprès des organisations internationales et régionales
telles que l'Organisation pour la sécurité collective en Europe
(OSCE), l'Union européenne (UE) et le Conseil de l'Europe.
Une mobilisation en revanche toujours impossible au sein de
l'Organisation de coopération de Shanghai, une organisation sousrégionale qui produit des normes contraires au droit international
des droits humains au prétexte notamment de la lutte contre le
terrorisme.

La FIDH et ses organisations membres et
partenaires en action
Établissement des faits et des responsabilités
La FIDH et ses organisations membres ont fait un travail continu de recueil d'informations et d'alerte sur la situation des
droits humains dans la région. 350 communiqués de presse, lettres ouvertes ou fermées et 50 appels urgents de l'Observatoire
pour la protection des défenseurs des droits humains ont dénoncé en 2015 les violations du droit international humanitaire
dans les situations de conflit, les dérives autoritaires de nombreux régimes marqués par les lois et pratiques restrictives des
libertés, les manquements aux principes démocratiques ainsi
que l'impunité des auteurs des crimes les plus graves.
En 2015, la FIDH a contribué à la documentation des crimes
les plus graves commis en Ukraine dans le cadre de la répression du mouvement de Maïdan, du conflit dans l'est du pays et
en Crimée (cf. Focus). Une documentation conjointe avec le
Centre pour les libertés civiles (Center for Civil Liberties, CCL)
et le Centre régional pour les droits humains, ses organisations
partenaires en Ukraine, qui a pour objectif de contribuer à la
lutte contre l'impunité des auteurs des crimes les plus graves
et à la résolution du conflit.

FOCUS
La FIDH soutient son partenaire CCL pour documenter
les crimes les plus graves commis en Ukraine pour lutter
contre l'impunité
En janvier 2015, une coalition d'ONG ukrainiennes, y
compris CCL, a soumis au Bureau du Procureur de la CPI une
communication soutenue par la FIDH présentant les crimes les
plus graves commis à l'occasion de la répression du mouvement
de Maïdan, pouvant être qualifiés de crimes contre l'humanité.
La communication, dont une version résumée a été rendue
publique, présente de manière détaillée les cas de 115 assassinats
(dont 95 activistes de Maïdan), 700 blessés et 27 disparus. Cette
communication est notamment le résultat de plusieurs activités
menées en Ukraine par la FIDH pour renforcer la capacité de
documentation des ONG ukrainiennes et leur expertise sur
la justice internationale. L'Ukraine ayant fait une déclaration
de compétence de la CPI pour ces événements, les ONG
ukrainiennes et la FIDH ont appelé le Bureau du Procureur à
ouvrir une enquête sur cette situation.
La FIDH a par ailleurs continué d'informer sur la situation dans
l'est du pays dans le cadre du conflit opposant l'armée ukrainienne
aux groupes séparatistes. Elle a ainsi diffusé largement le travail
de son organisation partenaire CCL sur les disparitions forcées en
Crimée et dans le Donbass. Elle a également rédigé une tribune
pour la presse internationale sur les soldats russes combattants en
Ukraine. Surtout, la FIDH a soutenu son organisation partenaire
dans son travail de recueil de témoignages dans les zones libérées
par l'armée et de qualification des données collectées d'un point
de vue du droit international, donnant lieu à un rapport publié
en octobre. Celui-ci fait état de cas d’assassinats, de torture, de
traitements inhumains, d’arrestations arbitraires commises par les
groupes armés pro-russes. La FIDH et CCL ont particulièrement
mis en lumière l'existence de listes noires qui révèlent que
certaines catégories de civils ont été spécifiquement visées par
les groupes armés séparatistes : des citoyens pro-ukrainiens,
des membres d’ONG, des journalistes, des minorités et des
communautés religieuses ou bien encore des fonctionnaires.
Des faits qui peuvent être qualifiés de crimes de guerre. Des cas
de personnes persécutées par les forces armées pro-ukrainiennes
pour leur soutien présumé à l’ennemi ont également été rapportés.
Le rapport a été communiqué à la Cour pénale internationale
conformément à l'article 15 du Statut de Rome de la CPI.
La FIDH et CCL ont en outre publié une note de position en
novembre démontrant le manque de volonté et de capacité des
autorités ukrainiennes dans la lutte contre l'impunité des crimes
les plus graves. Si quelques cas isolés ont fait l'objet de poursuites,
la note démontre qu'il n'existe pas de démarche politique et
judiciaire globale et cohérente tendant à garantir le droit des
victimes des crimes les plus graves à la justice et à la réparation.
Sur ce constat, outre la communication de leurs rapports à la
CPI visant à activer la compétence de la justice internationale
sur la situation en Ukraine, la FIDH et CCL ont organisé à Kiev
un atelier d'échanges d'expériences et de stratégies réunissant
des avocats ukrainiens et des avocats étrangers experts, pour
évaluer les besoins en terme de soutien des victimes de crimes
internationaux devant la justice nationale et internationale, et
envisager des activités futures à cet égard.

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 75

La FIDH a par ailleurs continué de relayer les informations de
ses organisations membres sur les graves violations des droits
humains en Turquie dans le cadre du conflit entre l'armée et les
membres du PKK dans le sud du pays. Parallèlement, la FIDH
et ses organisations membres ont dénoncé les nombreuses
atteintes aux libertés commises par les autorités qui se sont
enfoncées dans une répression accrue de toutes voix critiques.
Comme les années précédentes, la FIDH a également
documenté les dérives autoritaires du régime du président
Poutine qui a complété son arsenal législatif liberticide pour
bâillonner l'opposition et la société civile. Ainsi, en mars 2015,
une coalition d'ONG, dont la FIDH, a invité le public français
à découvrir les portraits d'acteurs méconnus du combat pour
les droits et la démocratie en Russie (cf. Focus) qui mettent en
lumière l'éventail des violations des droits humains perpétrées
par le régime.
Focus
La FIDH et ses partenaires mettent en lumière les voix
russes bâillonnées par le régime de Poutine
Sur Vladimir Poutine, tout a été dit ou presque : la corruption,
l’autoritarisme, la « verticale du pouvoir » qui s’est renforcée
depuis sa réélection à la présidence en 2012. Pourtant, le
quotidien vécu par de nombreux Russes demeure largement
méconnu : associations harcelées, médias bâillonnés, liberté
d’expression limitée, homosexuels marginalisés…
Cette réalité, des citoyens d’horizons divers la refusent : les
désormais célèbres Pussy Riot, mais aussi des personnalités
qui ne font pas les gros titres de la presse mondiale. Journalistes, artistes, enseignants, militants environnementalistes ou
simples manifestants, ils payent souvent cet engagement de
leur liberté ou de leur sécurité.
Émergeant derrière la communication soigneusement maîtrisée du Kremlin, ces hommes et ces femmes dessinent les
autres visages de la Russie. Qui sont-ils ? Quel est leur parcours ? Comment ont-ils été confrontés à l’arbitraire du pouvoir et comment espèrent-ils en sortir ?
Les portraits d’Olga, Natalia, Mikhaïl et les autres, ont été
présentés en avril 2015 dans un ouvrage coordonné, rédigé
et publié par un collectif d’associations qui les soutiennent,
notamment la FIDH. Ils rendent compte de ce combat pour
faire vivre au quotidien la flamme des droits humains.
La FIDH a également mis l'accent sur son travail de documentation
en soutien à ses organisations membres sur les régimes qui, dans
la lignée de la Russie, installent plus ou moins fortement un environnement politique, législatif et judiciaire propice à l'étouffement
des voix critiques du pouvoir, en réduisant notamment l'espace de
liberté des organisations de la société civile et de leurs représentants.
Une mission internationale de solidarité et d'enquête de
l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de
l'Homme (Observatoire - programme conjoint de la FIDH et de

76 — F I D H R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5

l'OMCT) s'est ainsi rendue en janvier en Azerbaïdjan pour suivre
et documenter les cas de harcèlements judiciaires contre des défenseurs des droits humains, La mission a pu analyser les fondements
juridiques et politiques de cette sévère répression, exprimer sa solidarité avec les personnes détenues et leurs familles, et appeler les
autorités à leur libération. Le rapport de cette mission a été publié
en avril. Et un autre rapport spécifique sur le cas du défenseur Razul
Jafarov a été rendu public en juin (cf. Priorité 1). Son procès a été
suivi sur place, comme ceux d'autres défenseurs, à l'occasion de
missions ultérieures de l'Observatoire.
Également, la FIDH, dans le cadre de l'Observatoire, a effectué une
mission d'enquête et de plaidoyer en septembre au Kirghizistan
qui fut l'occasion de faire un point sur les tentatives du pouvoir
d'accentuer la pression sur les défenseurs et les associations, et de
restreindre leur liberté d'action à travers le projet de loi dit sur « les
agents de l'étranger » et celui criminalisant ladite « propagande »
des droits des LGBT. La mission a aussi permis de faire le suivi
de la situation du défenseur des droits humains Azimjan Askarov
condamné à vie sur la base de charges infondées. La FIDH a pu ainsi
faire le suivi de son cas auprès du Comité des droits de l'Homme des
Nations unies saisi par les avocats d'Askarov en 2012.
En outre, préoccupée par les atteintes répétées à l’État de droit, au
principe de séparation des pouvoirs ainsi qu'à la liberté d'action
des organisations de la société civile, la FIDH a mené une mission
d'enquête en Hongrie pour faire le point sur la situation des droits
humains.
Enfin, à l'occasion des 100 ans du génocide arménien, la FIDH et ses
organisations membres en Arménie et en Turquie ont présenté une
note rappelant les besoins de mémoire et de justice. Des représentants des organisations turques arméniennes ont présenté cette note
lors d'une conférence de presse à Erevan et ont participé aux événements de commémoration.
Mobiliser les autorités nationales et la communauté
internationale pour des mesures concrètes en faveur de la
protection des droits humains
Fondée sur ses alertes et rapports d'enquête, la FIDH a mené de
nombreuses activités de plaidoyer et de communication en 2015
pour pousser les gouvernements de la région à prendre des mesures
concrètes en faveur de la protection des droits humains.
La FIDH a notamment soutenu ses organisations membres et partenaires dans un plaidoyer en faveur de la lutte contre l'impunité des
crimes les plus graves. Ainsi la FIDH a interpellé publiquement à de
multiples reprises les autorités ukrainiennes pour les sensibiliser sur
l'importance d'étendre la compétence de la CPI au-delà de la répression du mouvement de Maïdan pour connaître des crimes commis
à l'est du pays et en Crimée. Des interpellations qui faisaient suite à
plusieurs missions de plaidoyer en Ukraine auprès du ministère de
la justice et de la présidence et qui ont contribué à la saisine ad hoc
par l'Ukraine de la CPI sur les crimes commis postérieurement à
février 2014. Une délégation de la FIDH présente à Kiev en octobre
2015 a pu rencontrer des représentants du cabinet de la présidence,
six bureaux du Procureur général, des représentants du Service

national de sécurité, ainsi que le bureau de l'Ombudsperson pour
les sensibiliser sur l'importance de mener des enquêtes nationales
impartiales et efficaces, et de coopérer avec la CPI et appeler les
autorités à ratifier le Statut de Rome.
La FIDH a également réitéré en 2015 son appel au Bureau du Procureur de la CPI pour qu'il ouvre une enquête sur la situation en
Géorgie, s'agissant des crimes les plus graves commis lors du conflit
d’août 2008 ayant opposé la Géorgie et la Russie en Ossétie du Sud.
Par ailleurs, la FIDH n'a cessé tout au long de l'année d’interpeller
l'opinion publique et la communauté internationale sur la situation des droits humains en Russie. La FIDH a ainsi soutenu la
soumission au Comité des droits de l'Homme des Nations unies
d'un rapport alternatif préparé par son organisation membre ADC
« Memorial » dans le cadre de l'examen de la Russie en mars 2015.
Le rapport alternatif fait le point sur les violations des droits des
minorités, y compris les groupes ethniques, les migrants, les personnes LGBT et les Tatars de Crimée annexée par la Russie en mars
2014. Le rapport dénonce également les limitations illégales au
droit d'exprimer une opinion critique. Afin de présenter au Comité
les recommandations proposées par ADC « Memorial » visant à
améliorer la protection des droits humains en Russie, la FIDH a
organisé un briefing des experts du Comité.
En 2015, l'examen de la Russie était également à l'agenda du
Comité de l'ONU sur l'élimination de la discrimination à l'égard
des femmes. À cette occasion, ADC « «Memorial » a soumis un
rapport alternatif appelant l'ONU à réagir sur les différents types de
violations des droits des femmes dans ce pays. Le Comité a repris
la plupart des recommandations appelant la Russie à prendre des
mesures garantissant la protection des droits des femmes migrantes
et des femmes des minorités ethniques, sexuelles et culturelles.
2015 fut une occasion d'alerter les mécanismes et les instances de
l'ONU sur la situation des droits humains en Tadjikistan. Ainsi,
la FIDH a soutenu son organisation membre le Tajik « Bureau on
Human Rights and Rule of Law » pour la finalisation, la traduction
et la soumission de deux rapports alternatifs sur les droits humains
au Tadjikistan à l'occasion de son examen dans le cadre de l'Examen
périodique universel par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies. Les rapports dénoncent notamment la pratique de la
torture dans les lieux de détention, les lois restreignant la liberté
d'association, les entraves à la liberté d'expression et de réunion
ainsi que les manquements de l’indépendance du système judiciaire.
FOCUS
Un plaidoyer libérateur en Azerbaïdjan
Constatant le refus des autorités nationales d'un dialogue avec
les ONG de droits de l'Homme, la FIDH a multiplié en 2015
les interpellations des instances régionales et internationales et
États influents pour qu'ils usent de leur diplomatie et moyens de
pression en faveur de la libération des prisonniers d'opinion en
Azerbaïdjan. Une stratégie de plaidoyer qui a du tenir compte de
la force économique de ce pays et de ses positions commerciales
et politiques importantes avec de nombreux pays d'Europe, et qui

s'est développée à travers de multiples rencontres avec les décideurs politiques clés au sein de l'Union européenne, du Conseil de
l'Europe et son Assemblée parlementaire, et les représentants des
mécanismes de défense des droits humains de ces organisations.
Par exemple, en juin, la FIDH a plaidé pour la suspension du droit
de vote de l'Azerbaïdjan au sein de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe et pour l'amendement d'une résolution sur ce
pays afin qu'elle appelle les autorités azerbaïdjanaises à libérer les
défenseurs des droits humains emprisonnés en citant leurs noms.
Lors de cette session, la FIDH a rencontré Thorbjørn Jagland, le
Secrétaire général du Conseil de l'Europe, qui en décembre 2015
a décidé, procédure rare, de lancer une enquête sur les violations
par l'Azerbaïdjan des dispositions de la Convention européenne
des droits de l'Homme. Quelques mois auparavant, en septembre,
la FIDH avait interpellé le Parlement de l'Union européenne pour
qu'il adopte une résolution ferme condamnant les violations des
droits humains en Azerbaïdjan.
La FIDH s'est également servi de la médiatisation de l'organisation
des premiers jeux européens à Bakou en juin pour communiquer
sur les violations des droits humains dans ce pays. La FIDH a
mis en ligne un jeu interactif « Real Baku Games » permettant de
sensibiliser le public sur l'existence de prisonniers politiques dans
le pays. Ce jeu a été largement diffusé via Twitter et Facebook, et
de nombreux médias ont relayé cette campagne, y compris ceux
spécialisés dans le sport et les nouvelles technologies. Alors que
cette campagne de sensibilisation a touché un public de plus d'un
million d'internautes, le site realbakugam.es a été visité 43 000
fois. De plus, partie prenante de la campagne « Sport for Rights »,
la FIDH a interpellé par voie de lettres ouvertes de nombreuses
instances internationales et régionales ainsi que des entreprises
qui sponsorisaient cet événement sportif pour leur demander de
plaider en faveur de la libération des prisonniers d'opinion.
La FIDH a aussi organisé des rencontres entre la fille de Leyla
Yunus, défenseure en prison, avec des représentants des autorités françaises et le Rapporteur spécial des Nations unies sur les
défenseurs des droits humains. En mai, une conférence de presse
a été organisée à Paris pour présenter la situation des droits humains en Azerbaïdjan. Ce même mois, une manifestation a été
organisée à Bruxelles pour sensibiliser l'UE sur la situation des
droits humains dans le pays.
L'ensemble de ces activités de plaidoyer et de communication ont
contribué à mettre une forte pression sur les autorités azéries pour
la libération des défenseurs des droits humains. Le 9 décembre,
le tribunal pour les crimes graves de Bakou a décidé la libération avec mise à l’épreuve de la défenseure des droits humains
Leyla Yunus pour raisons de santé. Un mois auparavant, le 12
novembre, la peine d’Arif Yunus, son mari, avait été commuée en
libération avec mise à l’épreuve par ce même tribunal. D'autres
libérations suivront début 2016.
La FIDH et son organisation membre au Bélarus, CDH Viasna,
ont essayé de maintenir l'attention de la communauté internationale sur la situation des droits humains dans ce pays, alors que
l'Union européenne était dans une dynamique de levée des sanctions à l'encontre du régime. La FIDH a ainsi organisé plusieurs
rencontres et événements au Conseil des droits de l'Homme des
Nations unies pour plaider en faveur du maintien du Rapporteur

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 77

spécial des Nations unies sur la situation des droits humains au
Bélarus : rencontres avec de nombreux ambassadeurs et diplomates ;
panel sur la liberté d'association dans le pays ; intervention publique
en amont de l'Examen périodique universel du Bélarus ; interview
pour des médias. Le plaidoyer a également été mené auprès des
instances européennes à travers notamment une audience au Parlement européen.
La FIDH a également fait le suivi auprès du Comité des droits de
l'Homme des Nations unies de sa décision sur le cas d'Ales Bialiatski, vice-président de la FIDH et président du CDH Viasna.
En 2014, le Comité avait confirmé la violation par les autorités
biélorusses de la liberté d'association, le caractère arbitraire de la
détention du défenseur et demandé à l’État d'octroyer des réparations et d'enregistrer légalement l'association Viasna. La FIDH a
appelé le Comité à prendre des mesures afin que le Bélarus mette en
œuvre la décision de l'ONU et exhorté le gouvernement biélorusse
à se conformer à ses obligations internationales et à respecter les
décisions de l'ONU.
La FIDH a aussi suivi l'évolution de sa communication auprès du
même Comité sur le cas de torture d'une défenseure des droits humains en Ouzbékistan. En octobre, suite à une plainte déposée par
la FIDH, le Comité a déclaré la responsabilité du gouvernement
ouzbek pour les actes de torture et de mauvais traitements subis
par Mutabar Tadjibaeva, incarcérée pour son travail en faveur de la
défense des droits humains entre 2005 et 2008.
Les élections présidentielles fin mars en Ouzbékistan furent aussi
l'occasion pour la FIDH et ses organisations membres d'alerter
l'opinion publique sur la situation des droits humains dans ce pays
via plusieurs outils de communication : vidéos, tweets et interview
sur les violations des droits des défenseurs des droits humains.
Comme chaque année, la FIDH a invité plusieurs représentants de
ses organisations membres à se rendre à la conférence annuelle de
l'OSCE sur les droits humains pour intervenir lors d'un panel sur
le rétrécissement de l'espace de liberté d'action des organisations
de la société civile dans l'OSCE. Des interventions écrites et orales
en séance plénière ainsi que l'organisation et la participation à de
nombreux autres panels, ont permis de mobiliser cette instance sur
la situation des droits humains au Bélarus, en Azerbaïdjan, au Kirghizistan, en Ouzbékistan, en Russie, en Turquie, en Hongrie mais
aussi en Moldavie.
L'Union Européenne (UE) est par ailleurs demeurée en 2015 une
cible importante du plaidoyer sur la région. Sur la situation des
droits humains au Bélarus (cf. ci-avant), mais aussi par exemple
s'agissant de la Géorgie et de la Moldavie où les menaces se multiplient contre les défenseurs qui travaillent sur les droits humains
en Transnistrie. La FIDH a ainsi soumis des notes de situation en
amont des dialogues sur les droits de l'Homme prévus entre ces
pays et l'UE en mai et juin. La FIDH a par ailleurs obtenu une audience au Parlement européen sur l'accès à la justice et aux droits
dans lesdites « zones de non-droit » (Transnistrie, Ossétie, HautKarabakh, Crimée, Abkhazie et l'Est de l'Ukraine) présentant les
préoccupations et recommandations de son rapport sur cette ques-

78 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

tion, publié en 2014. Des rencontres ont été organisées sur cette
thématique avec les cabinets du président du Parlement européen et
de la Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires
étrangères et la politique de sécurité ainsi que des représentants des
États membres. Ces actions ont conduit le Parlement européen à
reprendre les recommandations de la FIDH dans une étude sur les
droits humains dans les territoires disputés, parue en 2016. Enfin,
la FIDH a informé les instances de l'UE des graves manquements
de la Hongrie aux principes directeurs de l'Union concernant la
protection des droits humains.
Soutenir la capacité d'action des organisations membres et
partenaires
Compte tenu des nombreux obstacles posés à l'action des organisations de la société civile dans de nombreux pays de la
région, la FIDH a pu fournir un soutien matériel à plusieurs de
ses organisations membres et partenaires dans la région.
Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Azerbaïdjan 
• La libération avec mise à l’épreuve de la défenseure des droits
humains Leyla Yunus pour raisons de santé, décidée le 9 décembre 2015 par le tribunal pour les crimes graves de Bakou ; le 12
novembre, la peine d’Arif Yunus, son mari, avait été commuée
en libération avec mise à l’épreuve par ce même tribunal.
Bélarus
• Retrait de la plainte déposée par le ministère principal de justice du
Comité Exécutif Régional de Maihiou contre le « Mahiliou Human
Rights Center » (MHRC), suite à la mobilisation de la FIDH et de
son organisation membre.
• À la fin du harcèlement judiciaire contre deux observateurs des
manifestations pacifiques travaillant dans le cadre d'un projet mené
par l'organisation membre de la FIDH, Viasna.
Kirghizistan
• La décision en juin 2015 de la Cour suprême jugeant illégales les
perquisitions qui se sont déroulées en mars 2015 dans les bureaux
de Bir Duino Kyrgyzstan, organisation membre de la FIDH, et aux
domiciles des avocats de l'organisation.
• Report de la présentation devant le Parlement des projets de
loi portant atteinte à la liberté d'association et aux droits des
personnes LGBT.
Ouzbékistan
• La libération le 12 novembre 2015, du prisonnier politique
Murod Juraev, en détention illégale depuis 21 ans.
Ukraine
• La reconnaissance le 8 septembre 2015 par les autorités ukrainiennes de la compétence de la Cour pénale internationale pour
les crimes commis sur son territoire à partir du 20 février 2014,
y compris dans l'Est et en Crimée.

Aux niveaux régional et international
Azerbaïdjan
• La décision le 16 décembre du Secrétaire général du Conseil
de l’Europe de lancer une enquête aux termes de l'article 52 de
la Convention européenne des droits de l'Homme en raison des
violations continues de ses dispositions par l’Azerbaïdjan.
• L'adoption le 23 juin par l'Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe d'une résolution dénonçant la violente répression dont
sont victimes les défenseurs des droits humains en Azerbaïdjan.
• L'adoption par le Parlement européen (10 septembre) d'une résolution condamnant fortement « la répression sans précèdent
contre la société civile » en Azerbaïdjan.
• La déclaration orale soutenue par 25 États lors de la 29e session
du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies exprimant
de vives inquiétudes face au rétrécissement de l’espace de liberté
pour la société civile en Azerbaïdjan, condamnant les incarcérations des voix indépendantes, notamment des défenseurs des
droits humains, et lançant un appel à la libération immédiate et
inconditionnelle de tous les prisonniers d'opinion.
Bélarus
• Renouvellement par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies du mandat du Rapporteur spécial des Nations unies
sur la situation des droits de l'Homme au Bélarus.
Hongrie
• L'ouverture par la Commission européenne d'une procédure
d’infraction visant les amendements récents apportés à la législation hongroise sur le droit d’asile, estimant que certaines
dispositions de la loi sont incompatibles avec le droit de l’Union
européenne.

Ouzbékistan
• La décision rendue le 6 octobre 2015 par le Comité des droits
de l'Homme des Nations unies jugeant le gouvernement ouzbek
responsable des actes de torture et des mauvais traitements subies par la défenseure des droits humains Mutabar Tadjibaeva.
Le Comité a demandé l'ouverture d'une enquête et de poursuites
pénales à l'encontre des personnes responsables de ces violations
graves des droits humains.
Russie
• Aux observations finales d'avril 2015 du Comité des droits de
l'Homme des Nations unies qui reprennent les nombreuses préoccupations et recommandations de la FIDH s'agissant notamment :
de la présence de forces sous l'influence de la Russie participant
au conflit à l'Est de l'Ukraine ; de l'impunité des crimes les plus
graves commis lors des conflits en Tchétchénie et en Ossétie du
Sud ; de la prolifération des actes racistes et xénophobes ; des
discriminations contre les personnes LGBT ; des mesures antiterroristes prises en violation des droits humains ; des actes de
harcèlement et de violence contre les journalistes et défenseurs
des droits humains ; des lois et pratiques attentatoires à la liberté
d'expression, d'association et de réunion.
Territoires disputés
• Regain d'attention et de déclarations de l'Union européenne,
notamment du Parlement et de la Haute Représentante de l'Union
européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité,
sur la situation des « territoires disputés » en Europe de l'Est.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
10 missions internationales d'enquête et d'observations judiciaires : Azerbaïdjan, Bélarus, Ukraine, Kirghizistan, Kazakhstan,
Tadjikistan, Hongrie.
350 communiqués de presse / lettres ouvertes / tribunes ; 50 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des défenseurs.
Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :
- devant le Comité des droits de l'Homme : Ouzbékistan.
Soutien au plaidoyer de 15 défenseurs (Ouzbékistan, Bélarus, Russie,
Moldavie, Tadjikistan, Azerbaïdjan, Ukraine, Kirghizistan) auprès des OIG, des
mécanismes pertinents régionaux et internationaux et de représentants d'États
influents.
Partenariat : Civil Rights Defenders, Norwegian Helsinki Committee, Human
Rights House Foundation.

Rapports
Azerbaïdjan : La répression des défenseurs s'intensifie
à l'approche des jeux de Bakou
Azerbaidjan : If you can't beat them, jail them : the
case of human rights defender Rasul Jafarov
Russie : Violations of the civil and political rights
of minorities, including ethnic groups, migrants, and
LGBTI activists ; vulnerable women and children ; and
unlawful limitations on the right to express a critical
opinion
Ukraine : Eastern Ukraine : civilians caught in the
crossfire.

F I DH R A P P O R T ANNUEL 2 0 1 5 — 79

Rapport financier 2015
DEPENSES
11,4%

5,5% 1,1%
0,9%

euro

9,1%

7,0%

5,5 % Protéger les défenseurs des droits de l’Homme

380 768

1,1 % Promouvoir le respect des droits des femmes

73 930

0,9 % Promouvoir les droits des personnes migrantes, déplacées et réfugiées 63 130
5,2%

7,2%

9,1 % Promouvoir une justice effective et respectueuse des droits humains 627 547
5,2 % Renforcer le respect des droits de l’Homme dans le cadre

de la mondialisation

356 647

30,4 % Soutenir le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit

22,2%

30,4%

RECETTES 4,6%

en période de conflits, situations d’urgence ou de transition politique 2 093 072

22,2 % Renforcer le réseau FIDH

1 523 271

7,2 % Renforcer la mobilisation externe

498 246

7,0 % Coûts logistiques pour la mise en place des actions

478 890

11,4 % Recherche de fonds et coûts administratifs (y inclus provisions : 1,1 %) 780 928

0,4%
4,0%

Total dépenses* : 6 876 429


56,3%

euro 

4,0 % Cotisations et dons

34,7%

265 411

56,3 % Subventions et dons affectés

3 737 968

34,7 % Subventions et dons non affectés

2 302 983

4,6 % Autres produits
0,4 % Produits financiers et exceptionnels

306 832
26 303
Total recettes* : 6 639 497

* hors fonds dédiés

Rapport financier 2014
dépenses

6,7%

13,4%

En euro

1,3%
0,5%
9,2%

6,7 % Protéger les défenseurs des droits de l’Homme

456 648

1,3 % Promouvoir le respect des droits des femmes

90 538

0,5 % Promouvoir les droits des personnes migrantes, déplacées et réfugiées 37 130

5,7%

9,2 % Promouvoir une justice effective et respectueuse des droits humains 639 471
5,2%
6,0%

5,2 % Renforcer le respect des droits de l’Homme dans le cadre

de la mondialisation

363 044

32,8 % Soutenir le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit

en période de conflits, situations d’urgence ou de transition politique 2 276 895

19,2 % Renforcer le réseau FIDH
19,2%

32,8%

1 331 870

6,0 % Renforcer la mobilisation externe

419 846

5,7 % Coûts logistiques pour la mise en place des actions

398 269

13,4 % Recherche de fonds et coûts administratifs (y inclus provisions : 1,1 %) 928 475

RECETTES

5,5%

0,6% 2,5%

Total dépenses* : 6 942 186 

55,8%

En euro 

2,5 % Cotisations et dons

3 918 774

35,6 % Subventions et dons non affectés

2 500 340

5,5 % Autres produits
35,6%

80 — F I D H R a pport A n n u e l 2 0 1 5

170 032

55,8 % Subventions et dons affectés

0,6 % Produits financiers et exceptionnels

385 730
44 012
Total recettes* : 7 018 888

Ils nous soutiennent
La FIDH remercie les institutions, fondations et entreprises qui soutiennent ses actions, en particulier :

Institutions internationales et
nationales

Fondations, associations et
autres institutions

Commission européenne, Ministère des
Affaires étrangères de Finlande, Agence
suédoise internationale de coopération au
développement (SIDA), Ministère des
Affaires étrangères de Norvège, Ministère
des Affaires étrangères de France,
Ministère des Affaires étrangères des PaysBas, Ministère des Affaires étrangères du
Danemark, Irish Aid, BMZ, GIZ, Mairie
de Paris, Organisation Internationale de
la Francophonie, Agence Française du
développement, Fonds de contributions
volontaires des nations unies pour les
victimes de la torture (UNVFT).

Ford Fondation, Sigrid Rausing Trust,
Open Society Foundations, Bread for the
World, Oak foundation, Un Monde par
tous, Humanity United, John and Catherine
MacArthur Foundation, Barreau de Paris,
Fondation de France.

Entreprises
Archibald et Abraham, Babel, Caisse
des dépôts et consignations, Limite, La
Banque postale, Macif, Saatchi Saatchi
& Duke.

La FIDH remercie également le Comité de soutien et son Président Denis Olivennes ainsi que les particuliers, les organisations nongouvernementales nationales et internationales et les organisations intergouvernementales qui se sont mobilisés à ses côtés.

F I DH R a pport A n n u e l 2 0 1 5 — 81

La FIDH

fédère 178 organisations de

défense des droits humains
réparties sur les
5 continents

FIDH - Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
17, passage de la Main-d’Or - 75011 Paris - France
CCP Paris: 76 76 Z
Tel: (33-1) 43 55 25 18 / Fax: (33-1) 43 55 18 80
www.fidh.org

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