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Ambroise Vollard.

En
écoutant Cézanne, Degas,
Renoir

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Vollard, Ambroise (1868-1939). Ambroise Vollard. En écoutant
Cézanne, Degas, Renoir. 1938.
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DEGAS. RENOIR .EN ÉCOUTANT CÉZANNE.

LES RÉINCARNATIONS DU PÈRE UBU (Le Divan).DU MÊME AUTEUR SOUVENIRS D'UN MARCHAND DE TABLEAUX (Albin Michel). : . SAINTE MONIQUE (Émile-Paul frères). EN PRÉPARATION LE POT DE FLEURS DE LA MÈRE UBU. LE PÈRE UBU AU PAYS DES SOVIETS.

AMBROISE VOLLARD # écoutant CÉZANNE En DEGAS. RENOIR BERNARD GRASSET PARIS ' .

IL A ÉTÉ TIRÉ EN OUTRE : QUARANTE ET UN EXEMPLAIRES SUR VÉLIN PUR FIL LAFUMA. NUMÉROTÉS VÉLIN PUR FIL 1 à 35 ET I à VI. . de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. y compris la Russie. 1938.CET OUVRAGE A ÉTÉ TIRÉ SUR ALFAX NAVARRE DANS LE FORMAT lN-8° ÉCU. Tous droits de traduction. Copyright by Editions Bernard Grasset.

PAUL CÉZANNE (1839-1906) .

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Louis-Auguste Cézanne. originaires de Cesena. celui qui devait être le père du peintre. à force de travail et d'économie. une famille de pauvres frontière qu'ils venaient de traverser. l'on peut aisément s'expliquer son amour mêlé de respect pour l'argent durement gagné. et sa profonde aversion pour les métiers hasardeux. devenu patron. le 19 janvier 1839. Louis-Auguste Cézanne devait conserver. dans l'agreste cité alpine de Briançon. C'est ainsi que. toute sa vie. De sa pénible enfance. — car ils avaient pris le nom de leur ville natale. Son père n'était pas encore près de devenir manieur d'argent. mais le sort ne cessant de leur être contraire. qui font . vers la fin du dix-huitième siècle. à son tour. naissait dans un petit village du Var. quitta l'Italie pour chercher fortune en France. les Cézanne. Ses parents étaient d'humbles artisans. profondément attachés à leurs croyances religieuses et très respectueux des anciennes traditions. — s'établirent non loin de la JADIS. quelques-uns d'entre eux allèrent tenter la chance dans une autre région. Ils eurent de nombreux enfants. Paul Cézanne vint au monde à Aix-en-Provence.1 LES PREMIÈRES IMPRESSIONS (1839-1861) gens. le souvenir et tirer la leçon : si bien que. lorsqu'un jour. on comprend qu'il rêvât de voir son fils embrasser une de ces professions lucratives. le petit apprenti chapelier fut. — « un métier noble » — l'ambition de toute sa vie. sa chapellerie marchant très bien. dont le père de notre Cézanne resta l'unique survivant.En arrivant dans leur nouvelle patrie. — au premier rang desquels il devait mettre le métier de peintre. mais. M.

chaque jour. un autre Aixois. fort à propos. A dix ans. Paul Cézanne entra au pensionnat Saint-Joseph. un penchant irrésistible pour la peinture. Le père et la mère étaient heureux de voir leur Paul prendre tant de goût à ses crayons et à ses couleurs. où étaient réunis. Cézanne. leurs promenades préférées étaient les collines de Saint-Marc. et les barrages du Tholonet. Malheureusement. C'est là qu'il rencontra Zola. qui devait faire le désespoir des siens. de deux ans plus jeune que lui. Les bruyantes baignades étaient encore une de leurs distractions favorites. Celui-ci l'avait trouvée dans un lot de vieilles caisses achetées. qu'il s'agît des humanités. chez Paul Cézanne. tempérer les bruyants éclats d'un caractère étrangement passionné et mobile. Cézanne était loin d'être un enfant prodige. à bon compte. par un curieux hasard. Cézanne étendait le cercle de ses affaires à tout ce qui pouvait se revendre avec un honnête bénéfice. en qualité d'externe. Pendant les vacances. amusement tranquille qui venait. dont il s'amusait à répéter les expériences sous le toit paternel.Baptistin Baille. de très bonne heure. . qu'il affectionnait particulièrement. bassins artificiels construits par le père de Zola dans un site dont la sauvage grandeur n'avait pas de plus enthousiastes admirateurs que les trois jeunes amis. au grand émoi de toute la maison. Zola et Baille ne se quittaient pas. ou des sciences. Une seule personne faisait de l'enfant ce qu'elle voulait : sa sœur Marie. en dépit de sa nature violente et sensible à l'excès. Aux heures de récréation. mais. de la Sainte-Baume. mêlé d'impressionnabilité presque féminine et de sauvagerie.honneur à une famille. d'un moine espagnol. car M. sur les mêmes bancs. Ils se lièrent aussitôt. à l'exception de la chimie. et. Trois ans plus tard. il apportait la même conscience dans toutes ses études. les cours du Collège Bourbon. sa première boîte de couleurs lui fut donnée par son père. le frère tenant la sœur par la main. à ces divertissements s'ajoutèrent des plaisirs d'un genre nouveau. à des marchands forains. Plus tard. avec laquelle il allait. s'éveilla. garçons et filles. ils couraient ensemble les champs et les bois. il apprenait même moins facilement que la plupart des élèves de son âge. auxquelles son esprit se montrait décidément rebelle. le jeune écolier suivait. aujourd'hui le Lycée d'Aix. pieuse institution. où il reçut les premiers éléments de dessin. à une école enfantine. partagea leur intimité.

Le poète préféré de Zola était Musset. darde complaisamment Quelques rayons dorés sur cette belle viande. Et le soleil qui luit. avec un esprit primesautier mais en même temps d'une humeur inquiète. griffonnés par le peintre. Baille et Zola s'y enrôlèrent aussitôt. se développer les « tendances artistiques » de son enfant. qu'il avait obtenu la faveur de jouer derrière le dais. n'était point sans l'encourager. Élisabeth Aubert. Aussi. Un camarade.Zola lisait à haute voix et commentait Musset. les jours de procession. Son rêve d'art commençait à prendre corps. Ce dernier avait même acquis une telle virtuosité. En dehors des heures de classe. ombrageuse. la fanfare défilait triomphalement à travers la ville. Hugo. en dépit d'un argument que Mme Cé- . le soutenait-elle contre le père. à qui il confiait ses projets et ses espérances. et l'on pouvait voir Cézanne s'époumonnant dans un cornet à piston. Rubens. Lamartine. c'était lui que le jeune collégien prenait comme modèle de ses balbutiements poétiques. splendide épanouissement! La couleuvre n'a pas de souplesse plus grande. plein des noms des grands coloristes. Cézanne se mettait aussi à versifier. il étonnait ses camarades par l'audace imprévue de ses interprétations. emportée. et. eut un jour l'idée de créer une fanfare. la mère de Cézanne. non sans inquiétude. formulait des théories d'art. Cézanne. Véronèse. Cézanne. au dos de son esquisse de l'Apothéose de Delacroix : Voici la jeune femme aux fesses rebondies! Comme elle étale bien au milieu des prairies Son corps souple. et sa mère. Baille dissertait et philosophait. Ses poésies ont malheureusement disparu. Rembrandt. née à Aix d'une famille qui avait de lointaines origines créoles. C'est d'elle que « Paul » tenait son imagination et sa vision de la vie. du nom de Marguery. cependant que Zola faisait sa partie de clarinette. Cézanne suivait les cours de dessin et de peinture qui se donnaient au Musée Municipal. était vive et romanesque. Gagné par la contagion. Au retour de la promenade scolaire. heureuse de se retrouver dans son fils. Cézanne n'était pas seulement poète : il put aussi se croire doué pour la musique. beaucoup plus tard. qui voyait. mais tout porte à croire qu'elles ne différaient guère des vers suivants. déjà.

ne cessera plus de lui répéter : « Enfant. un deuxième prix de dessin. tout en étudiant avec ardeur l'algèbre. Zola expose ses plans. Cézanne. Tous les passaégalement ges de lettres de Zola à Cézanne cités au cours de ce livre seront empruntés à ce recueil. malgré sa nature violente. alors veuve et fixée à Paris. malgré sa grande passion pour la peinture. remporté par le jeune Paul à l'Ecole des Beaux-Arts d'Aix. I. lit ses premiers 1. comme A l'âge de dix-neuf ans. de son côté. obligé de se cacher de son père dès qu'il s'agit de peinture.zanne avait puisé dans son cœur de mère. Il ne laissa donc pas échapper l'occasion d'aller passer ses vacances à Aix. continuait à discuter passionnément poésie et peinture.) De plus. est heureux de montrer ses ébauches à son ami. (Celui qui avait remporté le premier prix et qui allait devenir. la situation n'était pas désespérée. Cézanne père rappelées à Paul Cézanne par Zola dans une lettre qui figure dans ses Lettres de jeunesse (Fasquelle. augmenta encore les appréhensions du père qui. peiné et en même temps étonné de voir que le fils d'un financier (car M. et l'on mange avec de l'argent » Pourtant. Alors se renouvellent les bonnes promenades du Tholonet et de Roquefavour. — s'il n'avait conservé à Aix son ami Baptistin Baille. Il ne souffrait que plus de cette hostilité qu'il sentait autour de lui. et avait réussi à se faire recevoir bachelier ès-lettres. . qui. — Zola ayant été rappelé auprès de sa mère. Zola. plus tard. de par son premier prix. et il se serait laissé aller au découragement. Cézanne avait réalisé depuis quelques années son rêve de devenir banquier) pût prendre plaisir à de telles billevesées. un estimable peintre local. pendant l'été de 1858. à lui-même. ne devait jamais pardonner à Cézanne d'avoir pris dans le monde la place qu'il jugeait lui revenir de droit. était très malheureux à Paris. ses condisciples du lycée Saint-Louis le dédaignant à cause de son manque de fortune et de ses façons provinciales. songe à l'avenir! On crève de faim avec du génie. et qu'elle jugeait sans réplique : Véronèse et Rubens! » « Eh! quoi! Il s'appelle Paul. la même année qu'il obtenait son second prix de dessin. Paul Cézanne était tout le contraire du révolté. Paroles de M. Paul Cézanne avait poursuivi le cours de ses études classiques. 1907). montrant même une grande timidité devant l'auteur de ses jours.

Aussi bien. Les vacances terminées. soit par la poésie. pour trouver un peu d'intérêt à cette besogne. il craignait. de dix francs. soit quatre-vingts francs par mois. d'après ses prévisions. Enfin l'on se grise tellement de littérature. Baille lui donne la réplique. est. Son père se refusait à croire à une vocation sérieuse. et Zola regagne Paris. les mille petits besoins qui . mais son professeur de peinture. n'aurait pas dépassés la générosité paternelle : dix« Une chambre de vingt francs par mois. les confidences vont leur train. il en avait gardé le souvenir d'une ville où les faiseurs et les aigrefins abondent et «occupent une place trop avantageuse». Cézanne retourne à ses livres de droit. ne parlera de rien de moins que de lâcher l'algèbre pour se consacrer à la rime. Il prit ses inscriptions à la « Paul » dut céder cette Faculté de Droit d'Aix (1858-1859).Zola ne fut pas le moins déçu. avec moins d'empressement que jamais. pour un séjour de quatre mois. un sieur Gilbert. un déjeuner de huit sous et un dîner de vingt-deux sous. ne voyait pas sans regrets son élève lui « échapper ». Cézanne trouva là une aide inattendue pour retenir son enfant. durant l'été de 1859.essais. fois encore. il n'admettait pas non plus que le métier de peintre pût nourrir son homme. ce qui fait deux francs par jour ou soixante francs par mois. craignant d'être repoussé par ses camarades s'ils le voient incapable de se révéler au dehors. qu'au terme des vacances l'ami Baille. l'éventualité d'un départ pour la capitale l'inquiétait à plus d'un titre. celui de Suisse. Il te restera donc vingt-cinq francs pour ton blanchissage. M. Cézanne avait de plus graves sujets de préoccupations. Pour y avoir vécu quelques années de sa jeunesse. de plus. cela fait cent francs. Tu as ensuite ton atelier à payer. je mets dix francs de toile. Pourtant son dégoût pour les études juridiques était tel que. la lumière. soit par la peinture. Cependant Cézanne projetait de l'y rejoindre. les projets d'avenir se précisent. je crois. en ajoutant les vingt francs de la chambre. il s'était mis en tête de mettre les codes en vers fran çais. l'influence de Zola sur son fils et les mille dangers de Paris. à la fois. Zola revient à Aix. les promenades recommençent. pinceaux. couleurs. et passa même sans difficulté le premier examen. Il avait établi d'avance le budget de son ami sur le pied des cent vingt-cinq francs mensuels que. un des moins chers.

grande et de rare beauté de formes ». et c'est là le gouffre.. mais « l'amitié seule dicte ses paroles ». « ou de sa figure mutine ou de ses bras magnifiques ». n'admire pas et n'imite pas un peintre de commerce! » Zola craint si fort pour son ami un tel entraînement qu'il revient sans cesse sur son sujet favori. dans ses lettres. Zola lui indique un autre écueil. car. dans lequel est tombé un de leurs anciens camarades. Mais il y a les ressources accessoires que l'on peut se créer par soi-même! Les études faites dans les ateliers. en un mot. un Ary Scheffer ». mais les mots sculpture et peinture ne s'y montrent que rarement. pour devenir un Jean Goujon. surtout les copies prises au Louvre. » Zola avait déjà entretenu Cézanne de Greuze. se vendent très bien. sachant « . Mais. les menus plaisirs. il osait aborder les plus hauts problèmes de l'art. et profitera de l'occasion pour apprendre à Cézanne que « la poésie est une grande chose et que hors la poésie il n'y a pas de salut ». et dont il ne savait trop ce qu'il devait le plus admirer. et pour conclusion... après avoir mis Cézanne en garde contre le réalisme. des plus redoutables. On peut se demander ce que Cézanne a dû penser de l'accouplement de ces deux noms. quand il fut à même de faire la comparaison. presque un crime. la « peinture de commerce ». sans compter que son ignorance du métier de peintre lui donne une réelle supériorité sur Cézanne. aériens. il ne se contentait plus.se présentent. — « Greuze a toujours été mon favori ». C'est un grave oubli. presque diaphanes ». pour ne pas dire jamais. » Cézanne reprit tristement ses études de droit. il parlera d'Ary Scheffer.. ce qui n'est qu'une question de recherches. — Il avait confié à son ami le trouble dans lequel le jetait une gravure de Greuze représentant « une jeune paysanne. « ce peintre de types purs. Le tout est de trouver un marchand. Nous parlons souvent poésie dans nos lettres. en s'excusant de heurter peut-être des idées arrêtées chez Cézanne. Quant à Zola. « Surtout. ton tabac. n'admire pas un tableau parce qu'il a été vite fait. Aujourd'hui. Zola terminait sa lettre en recommandant à Cézanne « de travailler le dessin fort et ferme — unguibus et rostro — pour ne pas être un réaliste. de lui prodiguer des encouragements.

cette toile grossière ». il ne sera. sans la forme. débarquait dans la capitale. Cézanne père était bien forcé de se convaincre de l'incapacité de son fils pour tout ce qui touchait aux opérations d'ordre « temporel ». escorté de son père et de sa sœur Marie. pas tenté de s'occuper du « métier ». ». M. devant les instances du jeune homme et les prières mêlées de gémissements de Mme Cézanne. apprécié. Zola concède qu'on descende à s'intéresser à « ces couleurs puantes. le père et la fille rentrent à Aix. Donc. Cézanne avait élevé au rang d'associé. Cézanne. « Loin de moi la pensée de mépriser la forme! Ce serait sottise. se tournait vers le fidèle Cabassol: «Tu entends ce que demande Monsieur. Telle était la sûreté de son information. Ce dernier était un caissier que M. consacrait à l'étude du crédit de ses concitoyens tout son temps libre. C'est par elle que le peintre est compris. et à « chercher constamment par quel procédé mécanique l'effet a été obtenu. M. car. pour se renseigner sur sa solvabilité. tandis qu'il est à craindre que Cézanne. » Cependant. lieu de rendezvous des gens d'affaires aixois. As-tu de l'argent en caisse? » . que lorsqu'un emprunteur se présentait au guichet de la banque. placées sur une toile ».. « distinguer le blanc du noir ». en un mot il veut bien qu'on fasse du « métier ». qui sait « combien il est difficile de placer des couleurs selon sa fantaisie ». à la condition que l'on place l'idée avant tout. malgré lui. et « Paul » se trouve enfin livré à lui-même. on peut être un grand peintre pour soi.tout au plus. ne soit sollicité. mais non pour les autres.. pouvu d'un petit crédit sur la maison du banquier Lehideux. en raison de son sens pratique de la vie. qu'il passait au café Procope. au lieu de suivre les filles. Après quelques visites à de vieilles connaissances. Aussi. à ne voir dans un tableau que des « couleurs broyées. correspondant parisien de la banque Cézanne et Cabassol. dans un tableau. en 1861. Voilà un grand danger! Mais.Tous trois allaient se loger dans un hôtel de la rue Coquillière. C'est ainsi que Cabassol. Cézanne. dans la secrète espérance que la peinture ne lui « réussirait » pas et qu'il reviendrait à la banque. il finit par donner son consentement au départ de « Paul » pour Paris.

et le jeune peintre. le futur auteur de « J'ai vu Paul!!! l'Assommoir. je 'ai ce matin. déjà prompt au découragement. Tous les soirs. Zola se rendait aux Docks. comprends-tu toute la mélodie de ces trois mots? » Les deux amis furieusement ». à son arrivée à Paris. la pipe aux dents et le verre à la main ».II A PARIS (1861-1866) CÉZANNE. où l'on s'entretient d'art et de littérature. Pour se rapprocher de lui. je l anéanti. dans les environs du Panthéon. » Cependant. tandis que Cézanne fréquentait l'académie Suisse. où il avait un petit emploi. toi. comprends-tu cela. J'ai vu Paul... Zola habitait alors la rue Saint« s'embrassèrent Victor. Zola posa même pour un portrait mais cette étude ne « venait » point. ne doit pas paraître à Cézanne la chose merveilleuse » qu'imaginait Zola. ne tarda pas à détruire sa toile : viens de le crever. quai des Orfèvres. s'était précipité chez Zola : écrivait. celui-ci ne dira-t-il pas à Cézanne : « Paris n'a . j'ai voulu le retoucher « Ton portrait. à l'ami Baille. Cézanne loua une chambre dans un hôtel meublé de la rue des Feuillantines. Il est probable que leurs idées sur la peinture sont devenues trop différentes. comme autrefois. il ne semble pas que cette vie en commun leur réussit aussi parfaitement qu'ils l'avaient espéré. et comme il devenait de plus en plus mauvais. Dans une lettre « tellement datée de 1862. et que « babiller tous les deux. comme naguère à Aix. les deux amis se retrouvent dans la chambre de Zola.Le jour.

par farce d'écolier. fréquente de nouveau l'atelier Suisse. il a signés : Ingres 2. ne veut plus entendre parler de Paris. se Très belle propriété que son père possédait aux environs d'Aix. Cézanne s'efforce de s'intéresser à la comptabilité. Guillaumin et Oller. où il peignait sur les murs du salon de vastes compositions.. comme d'habitude. en face l'École des Mines.rien valu pour notre amitié. il se loge boulevard Saint-Michel. il couvre de dessins et de vers les marges du Grand-Livre. lui permet de reprendre le chemin de Paris. N'importe. impatient de donner la mesure de son talent. Et enfin arrive un jour où son père. Cézanne peignait ses sujets les uns sur les autres. C'est ainsi qu'il y inscrit ce distique : Cézanne. tels. mais non sans tiraillements. qui croit moins que jamais à la peinture. le banquier. il a éprouvé le besoin de reprendre contact avec la terre natale. Une surprise l'y attend. » C'est à Aix que Cézanne recevra cette lettre. ne voit pas sans frémir Derrière son comptoir naître un peintre à venir. et le reprend dans sa banque. il s'échappait des bureaux et courait au Jas de Bouffan 1 (le gîte du vent). est tout heureux de retrouver son cher Zola. Comme la place était mesurée. . Pour rompre la monotonie des travaux auxquels il est condamné. D'autres fois. Il existe dans cette même pièce d'autres compositions également peintes sur les murs.. incapable de résister à son inspiration. à cause de cette « maudite » peinture. je te crois toujours mon ami. Fatigué de Paris. Cézanne. « Hé! mon bon Paul. les quatre grands panneaux que. Son père. 1. et où lui-même se plut à peindre jusqu'au terme de sa vie. par lequel il fait la connaissance de Guillemet. à la volonté paternelle. et se lie avec Pissarro. ne pouvant plus sans tyrannie contrarier une vocation aussi marquée. Aussi Cézanne. Les rapports avec sa famille sont toujours très affectueux. 2. à qui la séparation avait fait oublier les malentendus ou froissements de naguère. à quoi cela t'avance-t-il de peindre? Comment peux-tu espérer faire mieux que ce que la nature a fait divinement bien? Il faut que tu sois bien bêtasse! » Cédant.

Marion. son ami Guillemet l'accompagne. de le dépenser avant d'aller se coucher. Un des examinateurs. si je mourais cette nuit. avec une admiration un peu ironique : « Ce Roux.de s'étendre sur les bancs disposés dans les terrains alors vagues. au cours de ses promenades. Cézanne et Baille. avec thé et petits gâteaux. » Après cet échec. Cézanne prend un atelier rue Beautreillis. plusieurs importantes natures mortes. quand il avait de l'argent en poche. Outre ses visiteurs assidus. » C'était l'habitude de Cézanne. qui a connu Cézanne à cette époque. Ses amis ne racontaient-ils pas qu'il lui arrivait. Mottez. ce n'est pas lui qu'on verrait jamais avec la marque du genou au pantalon! » Il est facile de se représenter quel était. dont l'ambition était d'être peintre. « Pardieu. devait donner la raison de son insuccès : « Cézanne a un tempérament de coloriste. il était terriblement bohème. me disait de lui : « Oui. de s'en servir comme d'oreiller? Toutes ces histoires faisaient le désespoir de Zola.présente-t-il à l'examen d'admission de l'École des Beaux-Arts. — lequel poursuivait maintenant à Paris le cours de ses études scientifiques. De retour à Paris. jamais plus il ne tentera de détourner son fils de la voie où il s'est engagé avec une si belle obstination. M. notamment.il y venait aussi Antony Valabrègue. Il y peint. mais qui devait finir dans la peau d'un professeur de sciences. autre compatriote. il peint avec excès. entre autres Un Pain et des œufs. disait-il à Zola qui le trouvait prodigue. un très élégant jeune homme. l'état . autour du jardin du Luxembourg. pour plaider sa cause auprès de son père. qui était pour le confort bourgeois et avait un jour de réception. si tiré à quatre épingles que Zola disait de lui. par malheur. Il ne réussit pas. un jeune poète aixois. Mais celui-ci en a pris son parti. par crainte que les rôdeurs ne lui dérobassent ses souliers pendant son sommeil. et avait toujours dans la poche de quoi payer à dîner à un camarade. le candidat malheureux ne voyant pas sans appréhension s'approcher l'heure de son retour à Aix pour les vacances. Un vieux peintre. près de la Bastille. voudrais-tu que mes parents héritent? » En même temps que prodigue. sous l'inspiration de Rubens (le tableau des Baigneuses de Claude Lantier dans l'Œuvre de Zola). ainsi qu'une grande esquisse de Femmes au bain. je me le rappelle bien! Il portait un gilet rouge..et. Guillemet et Marius Roux. à cette époque. après quelques mois passés à Aix. si propre.

à présent. Émile Zola. L'opinion courante de la critique officielle sur les travaux de Cézanne était qu'il faisait sa peinture en visant une toile blanche avec un pistolet chargé jusqu'à la gueule de couleurs variées : aussi appelait-on communément sa manière la « peinture au pistolet ». sa femme figurait dans le tableau. Ce tableau a disparu. se mettait à brosser des pochades drolatiques et pseudo-réalistes. qui avait mis son ami en garde contre le réalisme. mais. coiffé d'un beau bonnet de coton. qui avait inspiré confiance au vidangeur. comme ce n'était pas la peine de faire des manières entre « amis ». « l'épatait ». le spectacle qui s'offrait à ses yeux lui apparaissait comme une « bouillie » lumineuse et colorée. il composait de grandes scènes d'un coloris fougueux. ni même à les pourvoir 1. ferai au lit! » Le bonhomme s'était d'abord mis « Eh bien. Zola. Rubens. qu'il va trop loin dans l'exaltation romantique. A la vérité. de Baille et de Cézanne. . p. le jour tu ne fais rien! » Le vidangeur allégua que. je te sous les draps. le jour. trouve. pour faire honneur au peintre. 1882. Le modèle qui avait posé pour cette académie était un brave homme de vidangeur dont la femme tenait une petite crémerie. le jeune peintre ressentait une impression très confuse. puis rejeta les draps. avec un bol de vin chaud qu'elle offrait à son mari. et finalement posa tout nu. Sous son influence.d'esprit de Zola.de même qu'un autre du même temps représentant un homme nu. Cézanne. où elle servait un bouillon de bœuf très apprécié de sa clientèle de jeunes rapins. couché sur un lit de sangle. sa science ne s'étendait pas jusqu'à les expliquer. Suivant ses propres expressions. le second rêvait de se faire une bonne Cézanne était « le plus frissonnant et le plus tour« position ». comme la Femme à la Puce. il enleva d'abord le bonnet. Charpentier. une vision « abasourdissante » de lumière et de couleur. par Paul Alexis. nul plus que Cézanne n'avait le souci de montrer au public qu'il y avait dans ses œuvres autre chose que l'effet du hasard : mais s'il savait faire des tableaux. menté des trois 1 ». Le premier se montrait clairvoyant et pondéré. lui demanda un jour de poser. Sur quoi Cézanne. Notes d'un ami. surtout. De ses premières promenades à travers le musée du Louvre. L'autre parla de son « turbin». il se reposait. — « Mais c'est la nuit que tu travailles. par manière de détente. 59.

le Portrait du Nègre Scipion. un portrait du peintre par lui-même (1864). De cette seconde catégorie était notamment Corot. dont Guillemet lui parlait sans cesse. d'autres toiles du plus grand intérêt : le Jugement de Pâris (1860). » C'était d'ailleurs bien simple. le Portrait de Valabrègue (1865). . mais il manque d'harmonie. si l'on ne peut parler que par ouï-dire de la Femme à la Puce. « Il crache le ton! » s'exclamait-il. Cézanne avait divisé la peinture en deux genres : la peinture « bien couillarde ». en même temps que Zola. Les autres études de Cézanne sur le même thème sont très postérieures à ce tableau. ou le Grog au vin. à qui il fut présenté. le Portrait de Marion (1865). Cézanne connut aussi. Pour l'étude du Vidangeur. Cézanne fit la connaissance de Renoir. exécuté à l'atelier Suisse (1865). par Guillemet. le point lumineux sur le nez. il existe. et aussi de tempérament. celle des « ottres ». c'est le vermillon pur! » Mais. celle qu'il rêvait de « réaliser ». seulement. Manet. le Pain et les œufs dont il a déjà été parlé (1865). et la peinture qui n'était pas « couillarde ». à quoi Cézanne répondit un jour : « Ton Corot. avec deux inconnus qu'il présenta à Renoir : « Je vous amène deux fameuses recrues. » C'étaient Cézanne et Pissarro.de titres appropriés. Il fut tout de suite pris par la force de réalisation de Manet. son ami Guillemet vint à son secours en trouvant ce titre: Un Après-midi à Naples. tu ne trouves pas qu'il manque un peu de temmpérammennte? » Il ajouta : « Je suis en train de peindre le portrait de Valabrègue. vers la même époque. etc.. à la réflexion. Cette même année. Celui-ci vit un jour entrer dans son atelier un de ses amis. il ajoutait : « Oui. Bazille. etc. de sa jeunesse. qui date de 1863. de l'Après-midi à Naples et des Baigneuses.

pouvaient être compris de tous les « bourgeois » du jury.III CÉZANNE ASPIRE AU SALON DE BOUGUEREAU (1866-1895) Cézanne résolut d'affronter le Salon officiel. je crois devoir insister sur les motifs qui m'ont fait m'adresser à vous. Cette protestation étant restée sans réponse. il chargea les toiles sur une petite voiture et. je n'ai plus besoin de répéter ici les arguments que j'ai pensé devoir vous soumettre. J 'ai eu dernièrement l'honneur de vous écrire au sujet de deux toiles que le Jury vient de me refuser. Il porta EN 1866. le surintendant des Beaux-Arts. fut porté en triomphe. . aidé d'amis complaisants qui poussaient. à son avis. le jeune peintre était hors d état de payer les services d'un commissionnaire. Sans le sou ce jour-là. son sur Y qui. il s'achemina vers le Palais de l'Industrie. comme vous avez certainement reçu ma lettre. le peintre revint à la charge par la lettre suivante : il 1 19 avril 1866. Monsieur. Je me contente de vous dire de nouveau que je ne puis accepter le jugement illégitime de confrères auxquels je n'ai pas donné moi-même mission de m'apprécier. Sur quoi Cézanne d adresser une protestation à M. Archives du Louvre. X 11. Son arrivée au Salon fit sensation : entouré par les jeunes exposants. Est-il besoin de dire que le jury ne partagea pas cet enthousiasme? Les deux tableaux furent refusés. Puisque vous ne m'avez pas encore répondu.choix Après-midi à Naples et la Femme à la Puce. de Nieuwerkerke. Prenant bravement son parti. 1866. D'ailleurs. x.

Zola. dans l'Événement.. Fantin. Dubufe. rue Beautreillis. du Salon de 1866. Guillemet. Cabanel. Je compte.. Ce qu'il demande est impossible. s'attira cette réponse : « Un pot de m.. s'est manifestée contre Cézanne cette hostilité des « officiels » que rien ne parviendra à désarmer. des articles dont le succès de scandale fut si grand que l'on dut arrêter la publication du Salon dans l'Evénement. Robert-Fleury. ce qu'il préparait pour le Salon. Dussé-je m'y trouver seul.de. l'assurance de mes sentiments les plus distingués. » . On voit que. comme il les arrange bien. Que le salon des refusés soit donc rétabli.. ils vous répondraient tous qu'ils renient le Jury et qu'ils veulent participer d'une façon ou d'une autre à une exposition qui doit être forcément ouverte à tout travailleur sérieux.Je vous écris donc pour appuyer sur ma demande. On a reconnu tout ce que l'exposition des refusés avait de peu convenable pour la dignité de l'art.Burty. Cézanne ne se tenait pas de joie : « N. « Tous ces gens-là sont des salauds! disait-il à Guillemet. Manet lui demandant. PAUL CÉZANNE. Zola avait été chargé de rendre compte. Olivier-Merson. Il me semble que toute lettre convenable mérite une réponse. pour ne citer que ceux-là. Duranty. peu après.. Mais il devait. que vous voudrez bien ne pas garder le silence. et elle ne sera pas rétablie. dès le début. où se rencontraient Manet. Renoir. tous ces merdeux! » De cette année 1866 datent aussi les réunions du café Guerbois. Monsieur.. et si vous interrogiez tous les peintres qui se trouvent dans ma position. Cézanne. Avec les notes détaillées que lui remettait Guillemet. Ils sont aussi bien mis que des notaires! » En manière de protestation.. il posait au cynique. il écrivit sur Meissonier. Mon vœu ne me paraît avoir rien d'exorbitant. avoir sa revanche. et bien d'autres. Ce fut Guillemet qui conduisit Cézanne au Guerbois.. je souhaite ardemment que la foule sache au moins que je ne tiens pas plus à être confondu avec ces messieurs du Jury qu'ils ne paraissent désirer être confondus avec moi. Cette fois on répondit : la note suivante fut écrite en marge de la lettre du peintre. Signol. Stevens. 22. un jour. mais décidément Cézanne ne pouvait s'y plaire. ne cessait-il de dire. Cladel. Je désire en appeler au public et être exposé quand même. je vous prie. de D. Veuillez agréer.

il n'en fut pas de même pour mon ami Zola. les obus sifflant audessus de sa tête. que pas une . au J as de Bouffan. L'idée de cette dernière composition lui avait été suggérée par la célèbre toile de Courbet.. après la Commune. on peut citer le Festin. à ses yeux. vers la fin. que Zola s'était décidé à regagner Paris. Il m'avait promis de m'écrire dès son arrivée à Paris. Cézanne s'était écrié : « Moi. pendant la guerre. quelques jours après.. qui eut toutes sortes d'avatars. j'ai beaucoup travaillé sur le motif à l'Estaque. Je demandais un jour à Cézanne quelle existence ils avaient menée. Zola et lui. toutes ces choses terribles auxquelles il avait été mêlé n'eurent plus. menacé d'être arrêté comme otage. était allé passer quelques jours sur les bords de la Seine à Bennecourt. Enfin. Il me répondit : « Écoutez un peu. Après quatre longs mois seulement. l'insurrection éclatait. Zola est très fortl Quand il se retrouva tranquillement aux Batignolles. Lepovre y était arrivé vers le milieu de mars 1871. le portrait de son père assis dans un fauteuil et lisant 'Acht«lle Empeportrait d le date époque la même journal. je ferai une Femme au Cygnel » Une autre femme nue. influencé directement de Rubens. En voyant ce tableau.Dans les derniers mois de l'année 1866. qu'il composa d'après une gravure. fit un voyage à Aix et exécuta. après le Salon. et la Léda au Cygne. De son raire. il put tenir sa promesse! gouvernement de Bordeaux d'utiliser « C'est devant le refus du ses services. n'a pavillon m'écrivait-il. et était allé se terrer à Bonnières. Pendant deux mois. Je partageais mon temps entre le paysage et l'atelier. bougé. il n'en avait pas mené large : nuit et jour le canon. fut peinte. événement extraordinaire à vous « Je n'ai d'ailleurs aucun raconter sur les années 70-71. plus de dix ans après. dans son jardin. en vue d'une illustration de Nana. la Femme au Perroquet. en 1868. je Lorsque pas que mon « plante n'a souf« que mon jardin est resté le même. il avait pris la fuite. Mais s'il ne m'arriva pas d'aventures pendant ces époques troublées. et. et enfin. notamment à son retour définitif de Bordeaux à Paris. l'Enlèvement vient un peu après. à l'aide d'un passeport prussien. mais sans l oiseau et d'une forme moins archaïque. au mois de mai. monsieur Vollard! Pendant la guerre. Cézanne qui. dans la même position. vois. que l'importance d'un songe. chez Zola.

il confessa à Cézanne qu'il avait essayé. en ce moment. » « Peu après son retour à Paris (1872). où lui-même exerçait. un fervent de la peinture nouvelle. monsieur Vollard. c'est notre règne qui arrive! Je trouvais que Zola exagérait un peu. La lettre de Zola a été retrouvée. Les tendances révolutionnaires que l'excellent homme crut flairer dans l'art de Cézanne le ravirent. moi aussi. Cézanne rencontra le docteur Gachet. j'avais. tout de même. croiriez-vous que mon vieil ami n'a pas eu l'air content? plaisanter un « Dites. un paysage qui ne venait pas bien. histoire de rire. lui le premier. je puis croire que les deux sièges sont des histoires de cro« quemitaine. Aussi restai-je à Aix quelque temps encore.fert. cela me disait de retourner à Paris. Il y avait trop longtemps que je n'avais pas vu le Louvre! Seulement. arrive! » Notre règne qui « m'expliquait-il.Enchanté de découvrir tant d'amabilité chez quelqu'un « de la partie ». monsieur Vollard. En vain ses parents allaient-ils multiplier les efforts pour l. . Frantz Jourdain. monsieur Vollard... lui aussi. et il engagea vivement le peintre à venir travailler à Auvers. en tête-à-tête avec ta bourgeoise! » Eh bien. Elle est publiée à titre de document en appendice (III). si l'on ne peut pas peu quand on a usé ensemble ses fonds de culotte sur les mêmes bancs d'école! » Cézanne reprit : « Zola terminait sa lettre en me pressant de rentrer. tu serais forcé de manger « tes restes de daube chez toi. de n'avoir pas conservé cette lettre J e vous aurais montré un passage où Zola se désolait de ce que tous les imbéciles ne fussent pas morts! « Mon pauvre Zola! Il aurait été bien en peine.de peindre. Mis en confiance. « Tout de même. » « Je regrette. si tous les imbéciles étaient morts. « si tous les imbéciles avaient disparu. à étudier sur le motif. Mais. comprenez. un des derniers soirs que je l'ai vu! Il me disait qu'il venait de dîner chez un gros personnage auquel il avait été présenté par M. pour ce qui me concernait du moins. Figurez-vous que je lui ai justement rappelé cette phrase de sa lettre. ne pus-je m'empêcher de lui dire. Cézanne suivit son « confrère » à Auvers où il devait rester deux années.du jour où illui avait été donné de voir la «peinture claire». « Un nouveau Paris est en train de naître.

J e désirerais vivement « que ma liberté d'action ne soit pas entravée. et je n'en aurais « que plus de joie à hâter mon retour parmi vous. Le jeune peintre restait sourd à leurs appels. donnait l'impression d'un maître autour duquel se pressaient des disciples. — pour une foule de motifs dont quelques-uns sont exprimés dans ce fragment d'une de ses lettres : « C'est que. La Chaumière dans les arbres. dans ce tableau. avait réuni quelques-uns des habitués du café Guerbois autour de Manet assis à son chevalet. Manet. c'est une lutte à soutenir. je ne suis pas libre. 1872. « Une belle tache.. Les anciens habitués de l'endroit se réunissaient à la Nouvelle Athènes. 1869. même quand Je n'ai pas parlé des toiles exécutées de 1869 à 1873. . car j'aurais « grand plaisir à travailler dans le Midi. le café Guerbois avait été délaissé. même quand il copiait les Espagnols. La Moderne OlymPia. lui. et La Tentation de Saint Antoine. Rouges. dans un tableau célèbre. On peut citer : La Tentation de Saint Antoine. quand je suis à Aix. La Promenade.. Cézanne me parlait un jour de Forain. quand il disait à Guillemet : « Comment peux-tu aimer la peinture sale? » J'ai demandé à des peintres survivants de cette époque de m'expliquer comment Manet avait pu être regardé comme un chef d'école. que lorsque « je désire retourner à Paris. je suis très affecté de « la résistance que j'éprouve de votre part. un Forain tout jeune. Cézanne continuait à montrer de la méfiance devant l'extraordinaire facilité de l'auteur de l'Olympia. il a voulu opposer une nouvelle Olympia. Seul. et j'y pourrais faire les études que je désire « 1. n'y allait pas par quatre chemins à l'égard de l'auteur de Y Après-midi à Naples. poursuivre » Après la guerre. En 1870. — « Le bougre. 1872. comme au Guerbois. 1873. la personnalité dominante était Manet. en parlant de cette toile à laquelle. Fantin-Latour. 1870. comme l'on sait. et. il savait déjà indiquer le pli d'un vêtement! » A la Nouvelle Athènes. pourtant! » disait-il. 1873. La Maison du Pendu. 1871. où le peintre se représente dans l'homme étendu par terre. 1870. qu'il y avait aperçu. dont les aspects offrent « tant de ressources. L'Homme au chapeau de paille.le faire revenir auprès d'eux. Les Toits 1. Scène de plein air. quoique « votre opposition ne soit pas très absolue. 1873. d'un esprit plus « moderne ». Manet.

il abandonnait ses magnifiques noirs pour faire de l'impressionnisme à la suite de Monet. « C'est que, — me fut-il répondu,—
le procédé compte peu en art. Ce qui fait de Manet un véritable
précurseur, c'est qu'il apportait une formule simple à une époque
où l'art officiel n'était que boursouflure et convention. Vous
savez le mot de Daumier : « Je n'aime pas absolument la pein« ture de Manet, mais j'y trouve cette qualité énorme : ça nous
« ramène aux figures des jeux de cartes. »
Ce que Cézanne disait de Manet avait l'air de boutades. Un
jour, cependant, que le hasard me fit rencontrer le Maître
d'Aix au musée du Luxembourg, devant l'Olympia, je crus
bien qu'il allait s'exprimer pleinement sur son « confrère ».
Cézanne était accompagné de Guillemet : « Mon ami Guillemet,
— me dit-il, — a voulu me faire revoir l'Olympia... »
J'appris à Cézanne qu'on parlait de mettre cette toile au
Louvre. A ce mot de Louvre : « Écoutez un peu, monsieur Vol-

lard!... »

Mais son attention fut subitement attirée par le geste d'un
visiteur qui sortait de la salle en faisant de la main un signe
amical aux Raboteurs de Parquet, de Caillebotte. Cézanne éclata
de rire et s'adressant à Guillemet : « Tu as vu Carolus-Duran!...
Il doit trouver qu'il s'est foutu dedans avec Vélasquez!...
« Celui qui veut faire de l'art doit suivre Bacon. Il a défini
l'artiste : Homo additus naturae... Bacon est très fort!... Mais
dites, monsieur Vollard, en parlant de la nature, ce philosophe
ne prévoyait pas notre école du plein air, ni cette autre calamité
qui est venue s'y ajouter : le plein air d'appartement!... »
Deux personnes s'étaient arrêtées devant les paysages de
Cézanne accrochés un peu plus loin. Je le fis remarquer au maître.
Il s'approcha à son tour et jeta un coup d'œil : « Comprenez,
monsieur Vollard, j'ai appris beaucoup avec le portrait que je
fais de vous... 1. Tout de même on met maintenant des cadres
à mes toiles!... »
Revenant à Carolus-Duran dont l'adhésion à l'impressionnisme
lui était un sujet inépuisable de sarcasmes et de commentaires : « Le bougre, il a f... le pied au c... des Beaux-Arts 1...
i. Voir chap. VIII.

Dites, monsieur Vollard, peut-être ne trouvait-il plus acheteur,
le povre! »
Guillemet prenant la parole : « Quand on pense que les
anciens succès de Carolus-Duran avaient rendu jaloux jusqu'à

Manet! Un jour, Astruc l'attrapait : « Pourquoi, Manet, es-tu
si je gagnais
Eh!
cher,
confrères?
si
tes
mon
«
»
avec
rosse
«

mille francs par an comme Carolus, je trou« seulement cent
génie à tout le monde, y compris toi et même
« verais du
« Baudry! »
Vous connaissez, ajoutai-je, ce mot de Manet à Aurélien
Scholl, qui lui vantait son influence au Figaro : — « Eh bien,
faites-moi citer dans les enterrements! »
Mais, Cézanne : « Écoutez un peu, monsieur Vo'lard, l'esprit
parisien m'emm.... Excusezl Je suis seulement peintre...
de
bord
des
faire
sourirait
Ça
de
nus
au
poser
assez,
me
«
l'Arc1... Seulement, comprenez, les femmes sont des veaux,
des calculatrices, et elles me mettraient le grappin dessus!»
Guillemet, nous désignant lOlympia : « Mais Victoire, celle
qui posa ce tableau, quelle bonne fille c'était! Et si drôle!
Manet : — Écoute, Manet, je con« Un jour, elle arrive chez
charmante : la fille d'un colonel. Tu
« nais une jeune personne
enfant
la
elle,
d'après
quelque
chose
faire
devrais
pauvre
car
«
vois-tu, elle a été élevée au cou« est dans la purée. Seulement,
la traites comme
« vent, elle ne sait rien de la vie, il faudra que tu
dises pas de cochonneries devant
« une de la haute, et que tu ne
qu'il y avait de plus con« elle! » Manet promit d'être tout ce
venable. Le lendemain, Victoire arrive avec la fille de l'officier
supérieur, et dit à celle-ci tout de go : « Allons, ma belle, montre
monsieur! »
« ton casimir au
Cézanne ne parut pas goûter le moins du monde cette plaisante
histoire. Il nous quitta, l'air préoccupé. Sans doute était-il
poursuivi par cette idée que les femmes sont « des veaux et
des calculatrices »!
I. Rivière d'Aix-en-Provence.

IV

LES EXPOSITIONS DES IMPRESSIONNISTES
1874, Cézanne participait avec Pissarro, Guillaumin,
ENRenoir,
Monet, Berthe Morisot, Degas, Bracquemond, de

Nittis, Brandon,Boudin, Cals, G. Colin, la Touche, Lépine,
Rouart et quelques autres peintres plus ou moins « novateurs »,
en tout une trentaine, à l'exposition de la Société anonyme des
Artistes peintres, sculpteurs et graveurs, chez Nadar, 35, boulevard des Capucines. Cette exposition remporta le même genre
de succès que le Salon des Refusés. A un autre point de vue
encore, le public devait y trouver matière à protestation. Alors
qu'on visitait pour rien le Salon des Refusés, annexe du Salon
Officiel, il fallait mettre la main à la poche pour voir les Impressionnistes. Car tel fut le nom donné spontanément à ces peintres
par le public, à la vue, dans l'exposition, d'un tableau de Monet
intitulé : Impression.
Cézanne eut la surprise de trouver un amateur pour une des
toiles qu'il avait envoyées à cette exposition. La Maison du
Pendu, — aujourd'hui au Louvre, — fut acquise par le comte
Doria, qui avait déjà témoigné de la « liberté » de ses goûts en
découvrant Cals et Gustave Colin : mais je dois ajouter que
l'acquisition « extravagante » du tableau de Cézanne acheva
de discréditer cet amateur auprès des « connaisseurs » de son
entourage.
Trois ans plus tard, en 1877, Cézanne expose de nouveau, avec
quelques membres du même groupe, au n°6 de la rue Le Peletier,
dans un appartement à louer. Cette fois, sur l'avis de Renoir,
les manifestants prennent sans hésitation le nom d' « impressionnistes ». Ce n'était pas prétendre à une peinture nouvelle;

on se bornait à dire honnêtement au public : « Voilà cette peinture que vous n'aimez pas! Si vous entrez, tant pis pour vous;
on ne rend pas l'argent. » Mais telle est la puissance des mots
qu'on finit par croire que le mot nouveau signifiait une école
nouvelle. Le malentendu subsiste aujourd'hui encore. « Ne
continue-t-on pas, — me disait à ce propos Renoir, — à ne voir
que des faiseurs de théories dans des artistes dont l'unique
objectif a été de peindre, à l'exemple des anciens, avec des couleurs joyeuses et claires! »
Quant à Cézanne, ai-je besoin d'ajouter que ses envois à cette
exposition avaient soulevé, derechef, une réprobation unanime?
Huysmans, lui-même, tout en célébrant la probité d'art du peintre, parlait de « désarçonnants déséquilibres; de maisons penchées d'un côté, comme pochardes; de fruits de guingois dans
des poteries saoules... ».

Encore bien qu'à ce moment, comme durant toute sa vie, la
peinture ait été la passion dominante de Cézanne, les chefsd'œuvre de la littérature étaient loin de le laisser insensible. Sa
prédilection allait à Molière, Racine, La Fontaine; parmi les
auteurs contemporains, il mettait très haut Baudelaire, Théophile Gautier, Victor Hugo, en un mot, tous ceux qui s'expriment en images colorées. A l'occasion d'un poème que Gautier
avait écrit en l'honneur de Delacroix, il alla jusqu'à composer
un vers en hommage au poète :
Gautier, le grand Gautier, le critique influent.

Cézanne était même un des habitués de la maison de Nina de
Villars, si accueillante aux poètes du temps. Tout s'y passait
sans le moindre faste; on faisait réchauffer les plats pour celui
qui n'avait pas dîné, on se serrait pour lui faire une place à table;
enfin il y avait toujours de quoi fumer. Ce fut là que Cézanne
rencontra Cabaner, un de ses admirateurs de la première heure.
Cabaner était un très brave homme, un peu poète, un peu
musicien, un peu philosophe. Il n'est que trop vrai que la Fortune ne l'avait pas favorisé: mais il n'était jaloux de personne,
si forte était sa croyance en son génie de musicien. Son sentiment intime n'en était pas moins que la Destinée, dans son
injustice, ferait de lui un méconnu. C'était de bonne grâce

qu'il en avait pris son parti. « Moi, — aimait-il à répéter, — je
resterai surtout comme philosophe. » Beaucoup de ses mots
sont demeurés légendaires : « Mon père, disait-il, était un type
dans le genre de Napoléon, mais moins bête... » Une autre fois :
savais pas si connu. J'ai été salué hier par tout
« Je ne me
Paris. » Cabaner n'ajoutait pas qu'il suivait un enterrement.
Pendant le siège de Paris, à la vue d'un obus qui était tombé
non loin, Cabaner questionnait curieusement Coppée : « Mais
d'où viennent tous ces boulets? » Coppée ahuri : « Ce sont apparemment les assiégeants qui nous les envoient. » Cabaner, après
un silence : « Est-ce toujours les Prussiens? » Coppée, hors de
lui : « Qui voulez-vous donc que ce soit ? » Cabaner : « J e ne sais
pas... d'autres peuplades... »
L'originalité n'était pas moindre dans les reparties de Cabaner sur le terrain musical, le sien. Des applaudissements ayant
salué un morceau de Gounod, qu'il avait joué après une composition de son crû : « Oui, dit Cabaner, ce sont deux belles choses! »
Et à cette question : « Pourriez-vous rendre le silence en musique? », Cabaner n'hésitait pas : « Il me faudrait pour cela le
concours d'au moins trois orchestres militaires »
Cézanne lui accordait du talent, comme en témoigne la lettre
par laquelle il recommande le musicien à son ami Roux 1. Cézanne tenait d'ailleurs la musique pour un art inférieur, à l'exception de l'orgue de Barbarie dont la mélancolie charmait son
âme sentimentale. Il en goûtait aussi la précision. « Ceux-là réalisent! » disait-il.
1

Mon cher compatriote,
I.
Quoique nos relations amicales n'aient pas été très suivies, en ce sens que
je n'ai pas souvent frappé à ton huis hospitalier, je n'hésite pas cependant
aujourd'hui à m'adresser à toi. — J'espère que tu voudras bien disjoindre
ma petite personnalité de peintre impressionniste de l'homme et que tu voudras ne te ressouvenir que du camarade. Donc, ce n'est point l'auteur de
l'Ombre et la Proie que j'invoque, mais l'Aquasixtain sous le même soleil
duquel j'ai vu le jour, et je prends la liberté de t'adresser mon éminent ami
et musicien Cabaner. Je te prierai de lui être favorable en sa requête et en
même temps je me recommanderai à toi au cas échéant où le jour du salon
viendrait à se lever pour moi.
Veuille accepter, dans l'espérance que ma demande sera bien accueillie,
l'expression de mes remerciements et de sympathique confraternité.
Je te serre la main.
P. CÉZANNE.

Cabaner n'était pas le seul à prodiguer ses encouragements
à Cézanne. Celui-ci avait trouvé un grand « appui moral » en un
modeste employé de ministère, collectionneur à ses heures,
M. Chocquet, qu'il avait connu par Renoir. Très épris de l'art
de Delacroix, M. Chocquet retrouvait chez Renoir quelque chose
qui lui rappelait son maître favori. Des relations s établirent
ainsi. Renoir s'empressa de parler à M. Chocquet de Cézanne
dont il lui fit même acheter une étude de Baigneuses. Mais le
plus difficile restait à faire pour M. Chocquet : introduire chez
lui cette petite toile, car le collectionneur redoutait, par-dessus
tout, le mécontentement de sa femme. Il convint donc avec
Renoir que celui-ci apporterait le tableau, sous prétexte de le
faire voir, et « oublierait », en s'en allant, de le reprendre, pour
laisser à Mme Chocquet le temps de s'y habituer. Ainsi fut fait.
Renoir arriva avec la petite toile. « Ohl que c'est curieux! »
s'écrie M. Chocquet, en élevant un peu la voix pour attirer l'attention de sa femme. Puis, appelant celle-ci : « Marie, regarde
donc cette peinture que Renoir me faisait voir! » Mme Chocquet
fit un compliment de circonstance, et Renoir, en s'en allant,
« oublia » le tableau.
Quand Mme Chocquet, par amour pour son mari, en fut venue
à tolérer les Baigneuses, M. Chocquet demanda à Renoir de lui
amener Cézanne. Celui-ci, qui n'apportait pas grand soin à sa
toilette, arriva coiffé d'une vieille casquette empruntée à Guillaumin : l'accueil n'en fut pas moins chaleureux. Les premiers
mots de Cézanne à M. Chocquet furent : « Renoir m'a dit que
vous aimiez Delacroix? » — « J'adore Delacroix, nous regarderons
ensemble ce que je possède de lui. » On commença par admirer
les tableaux accrochés au mur; les tiroirs où les aquarelles étaient
gardées à l'abri de la lumière, furent ensuite vidés. Les meubles
ayant été vite encombrés, le reste fut déposé à terre, et M. Chocquet et Cézanne, à genoux, se passaient les Delacroix.
L'admiration de M. Chocquet pour les tableaux de Cézanne
ne fit que grandir en même temps que son estime pour l'homme
qui devint, tout de suite, le familier de la maison. M. Chocquet
ne perdait pas une occasion de faire l'éloge de Cézanne. On ne
pouvait parler de peinture devant lui, sans l'entendre jeter ces
deux mots : « Et Cézanne? » Il ne réussit jamais, d'ailleurs, à
lui faire acheter la moindre toile; trop heureux s'il pouvait se
faire écouter lorsqu'il se mettait à parler de « son peintre ».

C'est ainsi qu'un jour il arriva tout joyeux chez Renoir. Il avait
obtenu qu'un de leurs amis communs, M. B..., un des premiers
acheteurs de l'impressionnisme, acceptât une petite étude de
Cézanne. « Je ne vous demande pas de l'accrocher chez vous »,
avait dit M. Chocquet en offrant timidement son cadeau... —
« Oh! non, protesta M. B..., quel exemple à donner à ma fille, qui
apprend le dessin! » — « Mais, avait repris M. Chocquet, vous
me feriez tant plaisir en me promettant de regarder ces Pommes
de temps en temps; vous n'avez qu'à mettre ce bout de toile, là,
dans ce tiroir! » Comme cela ne lui causait aucune dépense, M. B...
avait souscrit à tout ce qu'on voulait. Quand, plus tard, les
Cézanne montèrent de prix, M. B..., retrouvant au fond du tiroir
le petit tableau qu'il avait fini par oublier, le porta chez un marchand, incontinent. « Si ce fou de Chocquet était encore de ce
monde, disait-il en se frottant les mains, combien il serait heureux de voir que ça se vend aujourd'hui! »
Cézanne peignit plusieurs portraits de M. Chocquet, dont l'un,
daté de 1877, et représentant son modèle assis dans son fauteuil,
a dû longtemps une notoriété exceptionnelle au fait d'être pris
pour un portrait d'Henri Rochefort. C'est de cette même époque
que datent les Baigneurs au repos1. L'ami Cabaner ayant trouvé
que dans ce tableau il y avait des parties « bien réussies », Cézanne
lui fit aussitôt présent de la toile.
A

partir de 1877, Cézanne n'exposa plus avec le groupe impres-

sionniste. Aussi bien, seul comptait pour lui le Salon des Artistes
Français. Quand un de ses amis y était reçu, il lui arrivait bien
de lui dire ironiquement : « Il paraît que tu as du talent maintenant? » Mais ce n'en fut pas moins le rêve de toute sa vie, de forcer ces portes qui restaient obstinément fermées. A son point de
vue, exposer au Salon de Bouguereau, c'était /... le pied au c...
de l'Institut. On avouera qu'un tel langage n'était point fait
pour lui concilier la bienveillance de la « bande à Bouguereau »,
et d'autant moins que certains de ses propres amis le tenaient
ouvertement pour un « raté ». Il n'était pas jusqu'à Baille qui,
poétiques
crises
après
désormais
redescendu
terre,
ces
sur

où il clamait désespérément : « J'ai perdu mon idéal! » — n'eût
Le célèbre tableau du legs Caillebotte que devait refuser le Luxembourg.
Il est aujourd'hui à la a Fondation Barnes ».
1.

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.. : boîte à peindre.. comme il vit que je regardais curieusement une série de grands pots de pharmacie étalés par terre. ils ne font que des drogues ! Voyez-vous.. Je remarquai alors que la couleur. vers le Salon deux toiles.. disait-il.. à qui il reprochait de n'avoir pas le sens des réalités.... Il tourna la cuiller en rond. Charpentier. ce qui ne devait d'ailleurs pas l'empêcher. que je restais pétrifié. que « la peinture. Voici en quels termes un autre de ses anciens amis. Je fais voir aux ottres « C'est ma qu'avec des drogues j'arrive à la vraie peinture.. « Ah ! ah ! dit Maillobert avec un accent nasillard. — Aqu. Duranty. Sans se décourager. et. 2.. ce n'était pas la même chose que la sculpture ». ... parle d'une visite qu'il fit à l'atelier de Cézanne. tandis qu'eusse. Maillobert croyait qu'un kilogramme de vert était plus vert qu'un gramme de la même couleur 2. désigné sous le nom de Maillobert : Mes yeux furent assaillis par tant d'énormes toiles suspendues partout et si terriblement colorées. Still. chaque année. à la rigueur.fini par rompre toute relation avec son vieux camarade de collège.. en 1882. toujours refusées. Le Pays des Arts.. la peinture ne se fait qu'avec du tempérament (il prononça : temmpérammennte). s'étant aperçu. Monsieur est amateur de peinture (peinnnturrre) ? Voilà mes petites rognures de palette! » ajouta-t-il en me désignant ses plus gigantesques toiles. Cup. Cézanne cessa de peindre « épais » pour se mettre à peindre mince. Après 1880. et portant les inscriptions latines abrégées : Jusqui. dit le peintre. 316 à 320.. traînant et hyper-marseillais.. me dit Maillobert. — Suif.. avec leurs belles couleurs. — Rhub. Evidemment. sur ses toiles. vers la fin de sa vie. Au même instant. venait I... — Ferrug.... de n'être pas « une force sociale »! Hâtons-nous de dire que Cézanne n'en voulut aucunement à « l'ami Baptistin » de cette défection. de se remettre à peindre « épais ». avait une épaisseur de près d'un centimètre. un portrait.. qu'il appliqua sur une toile où quelques lignes indiquaient un paysage.... on put voir un pré dans ce qu'il venait de barbouiller.. et formait des vallons et des collines comme sur un plan en relief 1.... Duranty.. . I( )J Il trempa la cuiller dans un des pots de pharmacie et en retira une vraie truellée de vert. on entend la voix d'un perroquet s'écrier : « Maillobert est un grand peintre. Puis. Cézanne dirigeait. lorsque soudain. il eut la joie d'apprendre qu'un de ses envois.. avec un sourire trou— C'est mon critique d'art ! » me blant. pp. me dit Maillobert..

« le petit avait de « Malgré tous mes efforts. Portrait de M. 1 . en 1897. ce qui enleva à Cézanne sa seule chance d'être reçu une seconde fois au Salon de Bouguereau. Cézanne. puisque quoi ». sans aucun examen. IJ est vrai que. dans un sentiment d'égalité. je n'ai pu avoir fait un crétin! » Quant à la mère du peintre. cette fois encore. Il ne refusa pas-. si elle désirait ardemment voir les efforts de son fils récompensés. page : 46 : Cézanne Paul. qui ne devait mourir que huit ans plus tard. il était accepté par favoritisme. son possesseur et son auteur pouvaient le reconnaître. en principe. Chocquet pour avoir un meuble précieux. à se voir accroché une fois de plus! Mais cette joie. élève de M. on imagine la joie de Cézanne. hélas! n'était pas sans mélange.L. cela n'avait pas d'importance à ses yeux. La condition fut acceptée. de le prêter. qui faisait partie du jury. ni surtout ce qu'était au juste ce tableau lui-même. Ne disait-il pas : « Moi.» *. avait eu la douleur de perdre son père quatre ans auparavant. plus exactement. l'avait pris « pour sa charité » tout membre du jury ayant alors le privilège de faire entrer au Salon la toile d'un de ses élèves.d'être reçu! Mais il faut ajouter qu'il entrait au Salon par la petite porte. Plus tard. il m'a été absolument impossible de découvrir ni le nom complet du modèle de ce tableau. en effet. Son ami Guillemet. en mettant toutefois cette condition qu'on exposerait aussi une œuvre de Cézanne. c'était parce qu'elle sentait combien son Paul souffrait d'être méconnu : autrement. On avait insisté auprès de M. Cette foi exemplaire était entretenue chez M. mais il lui restait la consolation de pouvoir penser que ce père si regretté avait conservé jusqu'au bout une confiance inébranlable dans le triomphe final de son enfant. ou. on ôta au jury ce droit régalien. 1. Le livret du Salon de 1882 porte donc cette mention. par marchandage. qu'il vendît ou ne vendît pas. N'importe. le père de l'artiste n'était plus là pour la partager. Cézanne.Cézanne par son orgueil paternel.A. Guillemet. Mais le peintre devait avoir le bonheur d'être admis dans un milieu non moins officiel : l'Exposition Universelle de 1889. mais le tableau fut placé tellement haut que. et avait vainement tenté de le repêcher au second tour. que l'on tenait à voir figurer à cette exposition. seuls.

devant telle étude ». au fond de soi-même. Il existe aussi une réplique du même sujet. en présence de ces envois. une Chaumière à Auvers-sur-Oise de la collection Chocquet. la Fédération artistique belge du 26 janvier 1890. qui s'était fait le bienfaiteur des artistes méconnus. les Joueurs de cartes. aujourd'hui au musée de Berlin. après avoir fait quelques études partielles pour les divers personnages qui allaient y figurer. Et d'ailleurs. Cette dernière toile allait être criblée par le peintre de coups de couteau à palette. le brave Tanguy. se croyait devenu une sorte de révolté. pour en citer quelques-uns. Celui qui avait l'audace de demander un tube de noir était donc mal vu dans la maison. « ces messieurs de l'École » : Guillaumin. et finalement abandonnée. Cézanne exécuta l'une de ses œuvres les plus importantes. avant tout. mais des éléments certains de réussite. en 1892. Le père Tanguy. des tableaux de Cézanne. Gauguin. Aussi.Cézanne exposa trois toiles aux « Vingt» de Bruxelles : un Paysage appartenant alors à M. mais. pour la première fois. Ce fut cette même année 1892 que je vis. Cézanne. puis reprise. I. C'était chez Tanguy. « Être de l'Ecole » équivalait pour lui à cette autre qualité : « Être moderne et pour arriver à un tel résultat il fallait. et enfin une composition de Baigneuses 1. semblable en ceci à ces bourgeois qu'il honnissait. « Tout cela est-il de nature à nous donner une idée quelconque de l'art jeune? » se demandera. mais avec une prédilection très marquée pour ceux qu'il appelait. Robert de Bonnières. pour avoir failli être fusillé sous la Commune par le parti de l'ordre ». d'un format plus petit. c'était un très brave homme faisant crédit aux peintres et s'intéressant passionnément à leurs travaux.En r890. le père Tanguy rendait. était persuadé que le travail et la bonne conduite ne sont pas seulement des conditions nécessaires. un petit marchand de couleurs de la rue Clauzel. d'après le père Tanguy. Deux ans après. en fin de compte. dans son indulgente bonté. bannir de sa palette le « jus de chique » et « peindre épais ». regarde le jeu. « Art brouillé avec la sincérité. et où ne figure pas la petite fille qui. Pissarro. avec emphase et respect. Vignon. debout près de la table. En réalité. son estime au malheureux peintre qui cherchait à gagner sa vie honnêtement avec le noir d'ivoire. Van Gogh. » .

peinte avec le pire « jus de chique ». des ciseaux à la main. Il s'en remettait à Tanguy du soin de les séparer. Il y avait aussi les toiles sur lesquelles Cézanne avait peint des petites études de suj ets difféi ents. hauteur 60 cm. et où l'on pouvait choisir. les choses avaient un peu changé.. largeur 73. largeur 73. Si cependant un amateur se présentait pour les Cézanne. lui arrivait-il de dire candidement de son auteur : « Il n'est pas de l'École. 175 fr.. ni même d'ailleurs bon marché. dont il avait la clef. on ne prenait guère le chemin de la rue Clauzel. qu'Émile Bernard avait fini par persuader de la supériorité de certaines œuvres sur d'autres. Non pas que les amateurs fussent devenus plus clairvoyants. hauteur 46 cm. mais Cézanne avait repris la clef de son atelier. largeur 55.. hauteur 60 cm. . lui tendant un « motifs ». Il n'allait pas toutefois jusqu'à user de l'argument de la « collection privée ». Tanguy le conduisait dans l'atelier du peintre. Cézanne. celle-ci n'ayant pas rendu compte des ventes au-dessous de 100 francs. largeur 54. mais il finira tout de même par arriver. ni même 40 francs. — Le Pont. se préparait à emporter trois Pommes de Cézanne. il avait fini par enfermer dans sa malle « ses Cézanne ». » Comme la mode n'était pas encore venue de payer « les horreurs » très cher. le « coup » qui lui permît d'assurer son terme et d'ouvrir des crédits même aux peintres qui « n'étaient pas de l'École ». il ne savait pas non plus prétexter les goûts personnels de Mme Tanguy pour hausser le prix d'une toile.) 1. — Coin de village. tenait les quelques Cézanne qui lui restaient pour un trésor sans prix. et le père Tanguy. plus tard. car il ne joue pas aux courses et ne va jamais au café. — ( Gazette de l'Hôtel Drouot. 215 fr. mais.) Un Cézanne ne fut pas mentionné par la Gazette de l'Hôtel Drouot. rêvant de faire. Ferme. 145 fr. au prix fixe de 40 francs pour les petits et de 100 francs pour les grands. Village. 19 juin 1894. parmi les différentes piles de tableaux. hauteur 45 cm. Lorsque je connus Tanguy. moyen dont il ignorait le pouvoir de fascination sur l'acheteur. débiter de petits quelque Mécène pauvre. C'est ainsi qu'on pouvait voir Tanguy. 170 fr. ne furent guère disputés à l'Hôtel Drouot 1. tandis que louis. après sa mort.. (Note de l'auteur. Ces bouts d'études étaient destinés aux amateurs qui ne pouvaient mettre ni 100 francs. qui.

devait être acceptée ou refusée dans sa totalité. et deux autres Cézanne : vingt-cinq total champêtre. aux termes du testament. Ceux-ci. et que Caillebotte. résolution sur laquelle les Beaux-Arts comptaient secrètement pour se trouver délivrés du cauchemar de l'ensemble entier de la collection Caillebotte. sauf en haut lieu. et l'intérêt bien compris des peintres eux-mêmes. eut beaucoup de succès. il y avait"queTques Cézanne. Mais Caillebotte ne regardait jamais au prix quand un tableau lui plaisait. l'antichambre du Louvre. un Manet. De telle manière que l'Administration des Beaux-Arts se vit contrainte de laisser voir plus ouvertement son jeu. avait eu ce cri du coeur : « Maintenant j'emm. donnés jadis à Cabaner. trois Sisley. notamment les Baigneurs. car celle-ci. Parmi les tableaux de ce legs. On se vengea en décrétant que les Baigneurs n'entreraient pas au Luxembourg.de Bouguereau! » Le mot. elle repoussa huit Monet. où on le jugea d'une suprême inconvenance. dans leur respect de l' « esprit » des intentions du donateur. Cézanne..V L'EXPOSITION DE LA RUE LAFFITTE (I895) 1895. en apprenant que ses Baigneurs iraient au Luxembourg. Alléguant le manque de place. du legs Caillebotte. l'État eut à se prononcer sur l'acceptation. acceptèrent la condition imposée sans s'attacher à la « lettre » du testament. prix énorme pour le temps. pour le ENMusée du Luxembourg. Mais on n'avait pas prévu le désintéressement des héritiers de Caillebotte. onze Pissarro. avait acquis pour la somme de trois cents francs. à la mort de celui-ci. répété. Scène fleurs de et Bouquet au une un .

un atelier. Je me résolus donc à aller. Enfin. le long de la rue des Lions-Saint-Paul. mais le propriétaire de l'atelier m'apprit que son locataire était rentré à Paris. à Avon. de porte en porte. Je sus de lui que Cézanne avait. Cézanne? c'est ici! » Mais je ne devais pas encore rencontrer le peintre. . j'eus l'heureuse surprise de m'entendre répondre : « M. dès le no 2. le nom du saint. la liste des rues de Paris.toiles. A ma question : « Cézanne fréquentait-il des gens du pays? » il me fut simplement répondu que le peintre avait reçu. Un de mes amis demeurait rue des Jardins. et qu'il ne se rappelait plus son adresse. selon toute vraisemblance. Je ne manquai donc pas d'explorer la région. Cézanne a bien habité ici. Hélas! le difficile était de joindre cet auteur! J'arrivai à apprendre qu'on l'avait vu peignant dans la forêt de Fontainebleau. La collection Caillebotte se trouvait ainsi réduite de près de moitié. Du moins. en raison de la proximité de l'église du même nom. Je dépouillai. les amis de la « bonne peinture» n'en restaient pas moins intransigeants : des professeurs de l'École des Beaux-Arts n'avaient-ils point parlé de démissionner? L'ardeur et le bruit de cette manifestation avaient encore sensiblement accru chez moi le désir. son fils me promit-il de lui écrire le jour même. Ce n'était donc plus l'entrée triomphale des Impressionnistes au Luxembourg. d'organiser à Paris une exposition générale de l'œuvre de Cézanne. je me rappelai que cette rue était connue sous le nom de rue des Jardins-Saint-Paul. Je courus alors les marchands de papier de cette ville. c'est que la rue présentement habitée par Cézanne portait un nom de saint joint à un nom d'animal. mais voici à peu près trois mois qu'il en est parti! » Où? On l'ignorait. on me dit : « M. sous la seule réserve du consentement de l'auteur. Je trouvai enfin par hasard une rue qui évoquait à la fois l'idée d'un saint et celle d'une bête. Le nom de bête y était et. Je croyais toucher au but. il était retourné à Aix. effectivement à Fontainebleau. à ce nom s'ajoutait. patron de l'église voisine. dans l'appellation populaire. sans résultat. et finis par découvrir le papetier en question. Je commençai à espérer. qui possédait quelques-unes des plus belles toiles du maître. Pissarro. s'offrit aussitôt à me les prêter. La seule chose dont il eût gardé le souvenir. Non loin de là aboutissait la rue des Lions. et voici que. un petit paquet d'une papeterie de Fontainebleau. une fois. déjà ancien.

Je pus enfin annoncer. 18go. On y put voir notamment : La Léda au Cygne. 1888. s'aggravait d'un outrage à la pudeur. 1880. Jeune fille à la Poupée. il vint m'apporter le consentement de Cézanne. Renoir se trouvait là. La Maison abandonnée. la Léda au Cygne. Le Grand Pin. Ma bonne. Portrait de Madame Cézanne dans la serre. J'avais mis en montre les fameux Baigneurs de la collection Caillebotte. 1885. outrage qui. d'un Lansquenet de Roybet. ou de ces monstruosités. Elles me furent remises roulées. 1880. et un autre tableau de nus. produisit la plus vive émotion parmi tous les amateurs éclairés et éclectiques qui. par contre. d'un Cavalier de Detaille. comme on voudra. Baigneuse devant la tente. vaguaient chaque jour le long des vitrines de la rue Laffitte. en quête d'une Fabiola d'Henner. au dernier moment. qu'un apprenti menuisier m'accommoda à très bon compte. Portrait de l'artiste par lui-même. Il ne manqua pas de dire à M. Je dois ajouter que Pissarro. Gardanne. Cela était jugé un outrage à l'art. Portrait de Madame Cézanne. par la voix de quelques journaux amis. Il avait toujours déploré l'obscurité dans laquelle Cézanne était encore tenu. 1868. elle-même. les châssis tenaient trop de place. Le Festin. 1877. Le Déjeuner sur l'herbe. 1888. 1886. Le Jas de Bouffan. Cézanne fils combien cette exposition lui semblait opportune.. 1894. Restait à organiser mon exposition. La Corbeille de pommes. dans les déménagements. 1880. ou d'une Gerbe de fleurs de Madeleine Lemaire. d'une Venise de Ziem. Étude de Baigneuses. 1878. 1887. Madame Cézanne au chapeau vert. pour certains. Les Bords de la Marne. 1887. ne put se résoudre à se séparer de ses tableaux. 1868. jugeant que. 1878. qu'une exposition d'œuvres de Cézanne s'ouvrirait au 39 de la rue Lafitte (décembre 1895). C'est ainsi que le peintre les conservait. Portrait de M. L'exhibition de ces chefs-d'œuvre. Portrait de l'artiste par lui-même. 1894. G. 1891.Quelque temps après. n'avait pu s'empêcher de me dire. La Forêt de Chantilly. 1888. Auvers. L'Estaque. 1885. 1885. 1883. Je fus assez heureux pour découvrir de la petite baguette blanche à deux sous le mètre. en voyant tous ces gens qui se moquaient : « Je crains bien que Monsieur ne se fasse beaucoup de . La Lutte. 1887. j'obtins près de cent cinquante œuvres de l'atelier de Cézanne. SOISBois.

les peintres n'ont plus besoin de se la fouler. par surcroît.«puisque c'était écrit : Entrée libre. le télégraphistedit à son camarade : sais. tandis que les artistes. mais. facile. c'était aussi l'opinion d'un petit télégraphiste et d'un apprenti pâtissier qui entraient ensemble dans mon magasin. dépassant aujourd'hui la mesure des fumisteries légalement autorisées1». Après un examen approfondi. et comme je tendais machinalement la main au premier et que. sans se croire volés au sens propre du mot. avec ce tableau de messieurs tout nus. 1258. ils disaient.( : 1.tort auprès de Messieurs les amateurs. apparemment. » Le Journal des Artistes donnait le ton général de la critique en 1895. contraignait sa femme à regarder des Cézanne par manière de représailles. moi qui ai eu autrefois un prix de dessin! » Et la voix de l'homme « Ça t'apprendra dorénavant à être plus gentille avec moi! » Le mari. qui était maintenue par une poigne solide devant un tableau de Baigneurs. dans la vitrine! » Par contre. Il n'y avait rien à dire à cela. à ce compte-là. jusqu'au jour où on les recherchera pour cette laideur. aussi. un vieil habitué de la rue Laffitte faisait des pronostics moins sombres : « On n'achète pas encore les impressionnistes parce que c'est laid. tu puisque c'est ça qui se vend! » — Oui. en même temps. Encore la grande majorité des badauds se contentaient-ils de crier au scandale.. xer décembre 1895. en dépit de l'arome que dégageait sa corbeille. que lui-même et . j'entends des cris à la porte. « Eh bien. je disais à l'autre qu'il faisait erreur. on doit arriver très vite à se gâter la main! » Une autre fois. Peinture atroce et. .pourquoi est-ce que l'on ne m'achète pas? » Ainsi le célèbre peintre Quost.— Un comble. S'imaginant que tout cela se vendait au poids de l'or. Une jeune femme se débattait. sur la porte ». quand il se demandait avec anxiété si ses charmantes lectrices n'auront pas le haut-le-cœur devant « la cauchemardante vision de ces atrocités à l'huile. Journal des Artistes. ils me répondirent. se trouvaient lésés dans leurs intérêts.qu'ils venaient voir l'exposition. atteints dans leur dignité. eux. Je saisis ce bout de dialogue : « Me déranger pour voir ça. mais vous verrez qu'on en arrivera à acheter des tableaux quoique laids. avec l'arrière-pensée que cette laideur même constitue une garantie de gros prix futurs. et. avec un courroux qu'ils jugeaient des plus légitimes : «Et moi. p. répondit le jeune pâtissier.

ce dialogue ne fut pas entendu d'un client sérieux. monsieur. n'est-ce pas? » Je dus avouer que Cézanne. après avoir effectivement essayé des fleurs en papier. avec un air qui visait à être agressif. je ne pouvais donner làdessus aucun avis autorisé. » Par bonheur. qui arrivait d'un pas incertain. pistils. dans la vitrine. avec un sourire : « Ce sont des fleurs en papier qui ont servi de modèle à votre peintre. guidé par un jeune homme. monsieur! » Et. se précipita un jour chez moi en me demandant. monsieur. je ne vous laisserai pas un nom diminué. il avait le goût inné des choses d'art. ce disant. que « Corolles. « ce que signifiait cette machine-là ». de la vieille école. Pour suppléer à son manque d'yeux. le premier depuis l'ouverture del'exposition. fils et petit-fils d'artiste. ni même collectionneur. par tradition familiale et aussi par goût personnel. stigmates. parce qu'elles se fanent moins vite que les fleurs naturelles. Un autre peintre s'était arrêté avec sa femme devant ma vitrine. tu mon mon « — me fisse honte à moi-même. tiges. avait finalement copié ce bouquet d'après une gravure. « l'école où l'on dessine » (et. s'exclama le vieux maître : mais votre peintre a-t-il seulement jamais regardé une fleur? Moi qui vous parle. et de naissance. non. pollens. cependant que s'éloignait le vaincu de la vie.certains de ses collègues ont surnommé « le Corot de la Fleur ». que d'années ai-je vécu dans l'intimité de la fleur! Vous savez comment mes pairs m'ont surnommé? le Corot de la Fleur. levant les yeux au plafond : étamines. il avait engagé ce jeune homme qui avait fait autrefois un peu de peinture. quoique ce . mais. s'il se laissait aller à acheter un Cézanne. ce qui lui permettait de donner à son maître des explications où il entrait des termes de métier. n'étant ni peintre. comme je l'appris de lui-même. mais que le catalogue portait la désignation : Fleurs. Celui-ci me confia qu'il était. ni critique d'art. C'était un collectionneur aveugle. pour plus de sécurité dans la pose. pendant que ta femme et tes enfants crèvent de faim! » qu'à âge. « Des fleurs. « Regarde ce qui se vend aujourd'hui! clamait l'épouse irritée. Il faut que tu n'aies pas de cœur pour persister dans ton grand art. que j'apprisse à rougir devant mes enfants? Non. je voudrais femme! Et Et honneur. il faisait avec son pouce le geste de dessiner). et que. calices. de fois vous ai-je dessinés et peints! Plus de trois mille études de détail. à la grande joie de l'aveugle. avant d'avoir osé attaquer la plus petite fleur des champs! Et je ne vends pas! » Puis. Je lui répondis naturellement que.

me confiant qu'il n'achetait pas un Cézanne par amour. Le mari eut le triomphe modeste. oh! Dieu. les parties qu'il touchait. se faisant guider par son assistant. chère amie. peint à C'est fait notre tout que comme ça « — sans préambule. il était heureux d'avoir trouvé une toile en largeur. d'une époque où Cézanne. me posa cette question « Pourquoi ce qu'on appelle les bons tableaux.. Quand ils virent qu'il s'en allait avec un tableau sous le bras. Même que son professeur. M. « ne pensant pas à la vente. est-ce si horrible à voir? » Mais. J'entendis ces mots. l'aveugle promenait ses doigts sur la toile. « L'eau semble ainsi mieux s'étaler. » Les visiteurs les plus extraordinaires ne cessaient de défiler chez moi. dans tous leurs détails. mon client me rassura. ça se vend! » fils! me dit-elle. s'il continuait à peindre sans dessiner. c'était par façon d'hommage à Zola qui honorait Cézanne de son amitié. de quoi seulement payer ses pinceaux et ses couleurs. Il y en eut un qui. qui lui précisait. Il me demanda deluimontrer les tableaux un peu anciens. ne gagnait pas. un monsieur et une dame attendaient devant la vitrine. voulant un effet d'eau. Cormon. devait accorder plus de soin à ses œuvres ».. et cela après 35 ans d'un labeur acharné. pour la vision sincère. Je ne pus m'empêcher de le féliciter de sa clairvoyance et le poussai à se lancer dans une plus grande opération : mais il ne voulait pas : . et notamment l'une d'elles pour cette raison qu'il n'y avait pas « assez de ciel ». Après avoir rejeté un certain nombre de toiles. puisque Cézanne se vend ?» Je fus obligé de répondre que Cézanne. « Bien que passionné de dessin. je ne déteste pas de voir l'artiste s'abandonner à ses propres impressions. » Pendant que l'aveugle faisait son choix. Car je suis. chuchotés par la dame : « Oh! que je suis heureuse. à 55 ans passés. monsieur. N'est-ce pas. non! mais pour faire le gros coup plus tard. il finit par se décider pour une peinture faite au couteau. après avoir acheté pour quatre cents francs l'une des plus belles toiles de l'exposition. comme je cherchais à détourner le cours de cette conversation. qu'il est dans le bon chemin pour vendre cher.peintre et lui n'eussent pas la même compréhension de l'art. Il se borna à dire avec douceur : « Tu vois bien. que je jugeais dangereuse. ils se précipitèrent dans le magasin. monsieur. que sans le dessin. La bonne mère était atterrée. Une fois les tableaux en main. » Il me confia aussi que. l'a menacé de le renvoyer. avec sa peinture.

Alors. avec calme : — « Patience. Un autre des souvenirs que m'a laissés cette exposition est celui de ma brouille avec le peintre Z. de par le monde. Je me souviens encore de la visite que je fis à un peintre.ils se regardèrent: :—«Ledessin ne compte donc plus ?» fit l'un d'un air menaçant. le temps n'épargne pas ce que l'on fait sans lui. D. je doute qu'en vendant tout son atelier il puisse s'offrir. Tel M. je pensai lui être agréable en lui offrant l'échange d'une petite étude de Baigneuses contre l'un quelconque de ses propres produits. répondis-je.Félicien Champsaur va au Jas de Bouffan. M. Voyez-vous. A ma demande de me les montrer : « Vous êtes amateur ou acheteur? — Acheteur au besoin.. je ne supporte pas qu'on se moque de mes amis. d'aller « porter le bonjour » à Cézanne... tableaux. c'est un ami.. j'ai peint dessus. j e vais vous faire voir mes propres trouvez-vous cette paire de natures mortes? Cézanne? choses! les Mais belles de Ce sont — — Cézanne.. qui. l'équivalent de ce petit tableau si dédaigné. N. Un refus plus typique encore faillit être fait à Cézanne luimême. il exulta : la dispersion.. Pissarro avait prié un de ses amis qui passait à Aix. M. Après avoir regardé les « toiles. mais dont les tendances « anarchistes » lui allaient droit au cœur! A mon offre d'acheter ses Cézanne. La conversation tomba. » C'étaient Gérome et Gabriel Ferrier. aujourd'hui. dont la manière de peindre lui était intolérable. L'autre. Pour se . avec l'entrée de deux passants. Comme il parlait avec éloge des dons de couleur de Cézanne. Il me regarda avec stupéfaction : « Vous ignorez donc que j'ai été proposé au Salon pour la troisième médaille! » Au prix où sont restés les tableaux du peintre à la médaille. à qui Cézanne avait donné quelques-unes de ses toiles. » J'ai hâte de dire que d'autres amis de Cézanne respectaient les toiles qui leur étaient données. où il reçoit le plus aimable accueil.. Comment — Alors.mettre tous ses œufs dans le même panier ». ne dédaignait pas les œuvres de Cézanne. pour qu'on ne blague pas ses tableaux devant moi et comme il eût été dommage de perdre de la si bonne toile. de ces toiles « outrancières » flattait son vieil idéal révolutionnaire. professant en politique des idées très avancées.

il rapporta l'objet. me dit-il. il n'est peut-être pas très convenable. malgré l'ennui de trimballer avec lui des tableaux en voyage. en retournant les tableaux dans le magasin. et qui était intitulée : Mort aux Vaches! En fait de « vaches ».le ruminant. si j'ose m'exprimer ainsi. Il m'avait pris. sur le moment. et aussi à des sergents de ville. le roi Milan connaissait. en me faisant remarquer que le public n'était pas encore à point et qu'un tel spectacle était fait pour décourager les meilleures bonnes volontés. Un autre acheteur fut l'ex-roi Milan. Cézanne. commençait à flirter avec l'impressionnisme. Plusieurs de ceux qui s'intéressaient le plus à l'exposition m'avaient engagé à enlever les nus de ma vitrine. C'est ainsi que le premier tableau de nu. de Camondo. et qui était présent. J'achète ce tableau! » Quelque temps après. qui s'était ressaisie. jusqu'à ce jour. il va jusqu'à vanter deux bouquets de fleurs. « J'aime toujours mon Mort aux Vaches. quoique dans l'avenir il soit bien improbable qu'on se livre à un carnage de rois. Le roi Milan. quelque temps auparavant. dont un fort lot de rois. Sa Majesté. M. » M. vendu pendant l'exposition. représentant une Tuerie des puissants de la Terre. qui. mais c'était la première fois qu'il le voyait employé pour désigner un roi. quelques aquarelles de Cézanne. éblouir par la réputation de fin connaisseur dont jouissait alors M. à cette époque. consentit à prendre les Cézanne. me dit : « Pourquoi ne conseillez-vous pas à votre Cézanne de peindre plutôt de jolies petites femmes? » . me dit-il. par égard pour mes anciens confrères. de Serbie. fut acquis par M. J'avais cédé enfin. Champsaur était un homme de bonne éducation. un peu à contre-cœur. « C'est très curieux. mais un visiteur. au moment de sortir. le prie de les accepter. lui conseilla de prendre. découvrit la Léda au Cygne et l'acheta aussitôt. il fait au peintre quelques compliments banals. et prit les toiles. une grande composition par de Groux. que je garde ce tableau chez moi.montrer poli à son tour. mais. se laissant. à la place du de Groux. ravi de trouver un admirateur de son art. il savait encore la signification de l'expression : « manger de la vache enragée ». Auguste Pellerin. enfin il n'ignorait pas que le mot s'appliquait à des filles qui avaient cessé de plaire. il ne voulut pas blesser le camarade de Pissarro. mais. de Camondo.

dans lequel je crus bien flairer encore un acheteur. Mais voici que le personnage. se décidant soudain à sortir de son silence. après avoir révélé aux Parisiens la peinture du maître. in nihilum nil posse reverti! » L'acheteur espéré n'était évidemment qu'un de ces « professeurs » de qui Cézanne aimait à dire « qu'ils n'ont rien dans le venntrrre ». qu'entre professeurs! » Je devais avoir l'occasion. un visiteur se présenta. peu de temps après. à en juger par l'air de connaisseur avec lequel il examinait chaque tableau.Le dernier jour de l'exposition. . finit par laisser tomber ces mots : « Le malheureux ignore donc que le grand Lucrèce a dit : Ex nihilo nihil. de voir un certain nombre d'autres compatriotes de Cézanne. j'allais m'offrir la révélation de sa propre personne. car le moment approchait où. il me répondit : Mais nous ne « Homo sum : humani nihil a me alienum puto! fréquentons. à Aix. Lui ayant demandé. à tout hasard. s'il connaissait Cézanne.

voyant à son fils la mine un peu fatiguée. Je reconnaissais un passant qui. j'ai vu un jeune homme qui copiait un Chardin. Cézanne s'emportait pour les raisons les plus futiles. deux ans auparavant. Quand je fus en présence du peintre. car il s'applique à dessiner dans la forme! C'était votre Forain! » Cézanne était venu à moi les mains tendues. Lorsque. et passait sa colère sur ses toiles. et même sans raison. était entré voir chez moi une exposition d'œuvres de Forain. Excusez un peu. monsieur Vollard. après avoir regardé son ouvrage. il s'imaginait que le jeune garçon « découchait ». Paul va vous faire voir l'atelier. fut une grande figure de Paysan percée de coups de couteau à palette. Après avoir tout examiné avec la plus grande attention. dès le seuil de la porte. par exemple. Je reviens du « motif ». je vais me reposer jusqu'au dîner. « Mon fils m'a parlé souvent de vous. la main déjà sur le bec-de-cane de la porte. malheur à la toile qui se trouvait sous sa main! J'ajouterai qu'on peut reprocher aussi à« Paul» enfant la destruction de quelques « Cézanne ». il m'avait dit : Vers « 1875. étant un jour au Louvre. Il y faisait des : . et. je me suis approché. » Le premier objet qui frappa mes yeux. Pour moi ce trajet fut un enchantement : il me semblait que les rails du chemin de fer se déroulaient à travers des toiles de Cézanne. j'eus peine à retenir un cri de surprise.VI MA VISITE A CÉZANNE (1896) STENDHAL trouve abominablement laide la route s'étendant de Marseille à Aix. j'ai pensé Il arrivera.

que c'est une maison!» Dans son entourage. On parlait de Gustave Moreau. il voit bien. qui marchait à quelques pas en avant. toutes mes précautions ne m'empêchèrent-elles pas de commettre la « forte gaffe ». quelques pommes achevaient de pourrir.» Au moment où je hasardai cette opinion. je n'en surveillais pas moins mes paroles. sur une assiette. des Forain. l'Enterrement d'Ornans. de Couture. ni meubles précieux. appréhendant de provoquer la colère de Cézanne. la Psyché. Je me promenais dans le jardin avec Cézanne et son fils. la tête un peu inclinée. et l'on se garda d'y toucher. toujours prête à éclater. Aussi peut-on citer comme un cas unique le sauvetage d'une Nature morte que Cézanne avait jetée par la fenêtre et qui resta longtemps accrochée à la branche d'un cerisier. Je dis : « Il paraît que c'est un professeur excellent. J'assistai au décrochage de la toile. armé d'une gaule. les Bergers d'Arcadie. et s'adressant à son enfant : « Fils. mais il les voulait dans les musées. Au dîner. de Prud'hon. plutôt mal. Parterre.trous. Cézanne se montra très gai. de Rubens. à la grande joie de son père : — Le fils a ouvert les fenêtres et les cheminées. un Amour. près de la fenêtre pendait un rideau. Ce qui me frappa surtout. une toile lacérée. des Delacroix. enfin. aux murs. le peintre. se retourna tout à coup. qui depuis toujours servait de fond pour les tableaux de figures ou de natures mortes. dans mise au son atelier. le Vivant portant le Mort. des gravures ou des photographies représentaient. sans cesser de poser. et même l'Orgie romaine. on veillait à ce qu'elle fût feu. on avait un tel respect pour le peintre. ce fut son extrême politesse et toutes ses manières pour demander à ses voisins les moindres services. J'essaierai de pousser cette étude! » Cézanne aimait passionnément les choses d'art. il faudrait décrocher lesPommes. tant bien que mal. que lorsqu'il laissait dans le jardin. ou jetait sur le poussier. rien enfin de ce bric-à-brac dont les artistes arrivés sont si friands. de Puget. où j'avais été invité. de Poussin. Encore. de Luca Signorelli. Cézanne portait son <( . Comme on avait vu Cézanne rôder autour de l'arbre. le petit bougre. leur place naturelle. l'Assomption. on pensa qu'il avait l'intention de « reprendre» son tableau. gisait un gros carton bourré d'aquarelles. Aussi ne voyait-on dans son atelier ni tableaux rares. de Courbet. Son mot favori était : « Excusez un peu! » Malgré tant de bonhomie et de courtoisie.

Alors. ce soir-là. Devant le dégât dont il était l'auteur. on continua. me dit le j eune homme. mais. et. Je ne cherchai pas à approfondir sur l'instant. » Un instant après. ils n'ont rien dans le venntrrre! » J'étais atterré. des j. Il reçut en plein ce mot de « professeur ». qui venait d'être reçu bachelier ès-sciences à Paris. il s'arrêta sans le reposer.. Je lui parlai de Verlaine. « Mon père.verre à ses lèvres. Sur un lit semé de cailloux. des châtrés. f. et seule juste. de plus belle. « mis à part qu'il est un peu lourd comme expression ». il reprit. plus encore. ce sont tous des salauds. étant un peu dur d'oreille.. c'est que ses rêves d'art sont suggérés non par l'émotion de la nature. c'est de sortir de l'École et de toutes les écoles! Pissarro ne se trompait donc pas. Je voudrais avoir ce brave homme sous ma coupe pour lui inculquer l'idée si saine. lorsqu'il disait qu'il fallait brûler les nécropoles de l'Art. a horreur des savants : il trouve qu'un savant ne vaut pas mieux qu'un professeur. Ce beau matin d'été si doux : Au détour d'un sentier une charogne infâme. et tout heureux aussi d'avoir trouvé à dire quelque chose dont l'extrême banalité échappât à toute critique. mon âme. de savants ni de professeurs. revenant à Gustave Moreau : « Si cet esthète si distingué ne fait que des vieilleries. j'émis cette idée qu'Aix devait être fière d'avoir donné le jour à un futur savant. par un esprit philosophique qui lui vient de la connaissance trop grande qu'il a des maîtres qu'il admire. » On n'en vit point. au lieu de me répondre. comprenez. de sorte que tout alla pour le mieux. pendant le reste du repas.. pour honorer la ville d'Aix. en reposant si violemment son verre qu'il le brisa. monsieur Vollard. ayant éclaté d'un rire nerveux. s'exclama-t-il. tandis que de l'autre main il faisait un cornet pour mieux écouter. M. se levant. Puis. heureusement. mais par ce qu'il a pu voir dans les musées. Cézanne cria son enthousiasme pour Courbet. il récita ces vers : Rappelez-vous l'objet que nous vîmes. j'eus l'explication de ce geste. à parler peinture et littérature. et allait seulement un peu loin. Cézanne resta tout d'abord interdit. . on cita le nom d'un jeune Aixois. si réconfortante. qui lui fit l'effet d'une décharge électrique : « Les professeurs. Cézanne fils me fit un signe.d'un enrichissement de l'art au contact de la nature. en sortant de table. Le grand point.

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il fallait m'en aller. verrai-je un tableau de moi dans un musée? » Justement le directeur de la Galerie nationale de Berlin. Et puis le grandiose. si j'avais seulement besoin de me moucher.. de Tschudi. Quand il s'arrêta.Les jambes en l'air. 16 décembre 1908. Émile Bernard raconte que. trois tableaux de lui. « C'est un compatriote? » s'enquit Cézanne. et il ne se trompe pas sur les artistes qu'il apprécie. c'est Baudelaire. cherchant disait-il.. . un « à m'apitoyer sur son propre sort : j'ai une petite sensation. un simple coteau vous suffit très bien. » Puis soudain : « Ah! quand donc. je lui appris qu'un amateur venait d'acquérir.. derait d'avoir dans ma chambre à coucher le Radeau de la Méduse. ne ». Cézanne m'interrompit : « Un qui est fort. 607. Cézanne répondit : fou 11 » de peinture faites Sincèrement. finit par fatiguer. J'en fis part à i. Il y a aussi des montagnes. on crie : N. ni Gauguin. de D. quand on est devant. M. comme une femme lubrique.. désirait acquérir un Jas de Bouffan. à mon magasin. Mercure de France. mais déjà Cézanne ne pensait plus au peintre de Tahiti. je ne le dis pas en mauvaise part. un Hollandais. avec un air d'extase. une vous « Et quant à Gauguin. cela m'emm. je suis comme qui posséderait une pièce d'or sans pouvoir s'en servir! » Pour changer les idées du maître. mais pour tous les jours. Cézanne m'interrompant : « Je ne connais rien de plus crevant que tous ces gens que je voyais se presser dans la salle de la Ronde de nuit... Mais en attendant. si Rembrandt se mettait à baisser de prix. je vantai la Ronde de nuit. ce pas. per sa à Cézanne combien Gauguin avait pour lui d'admiration et de respect. monsieur en me Comprenez peu. monsieur Vollard. d'un coup. Dites. » —« Ils ont de beaux musées! » Désireux de montrer mes connaissances en art. — « C'est un étranger. Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons. p.. Brûlante et suant les poisons. Van Gogh ayant fait voir de ses toiles à Cézanne en lui demandant ce qu'il en pensait. » Cézanne ne pouvait souffrir ni Van!Gogh. Son Art romantique est épatant. Vollard.. ils vomiraient dessus. mais je n'arrive pas à m'exprimer. il l'accusait d'avoir essayé de lui « chidire de à manquai Je sensation petite propos. je ramenai dans la conversation le nom de Verlaine.

et Chacun de faire l'éloge du Pauvre Pécheur. Renoir m'avait raconté qu'un jour. dit . qui ressemble si étrangement à un Greco. dont on rapporte que Guillaume aime à dire . et je déplorai à ce propos les préventions de l'empereur d'Allemagne contre l'école « impressionniste ». Comme je prononçais le nom de ce Kaulbach. un Delàrochel». s'écria Cézanne : on se fout dedans avec les impressionnistes. surtout sur les peintres. l'aurait fouetté! » Même note chez Fantin-Latour. le poing tendu vers un Zola imaginaire : « Bougre de crétin! » Puis. Tout est là. « Je n'admets pas la peinture de châ* tré! » On parla de Corot. c'est bien imitél » Je dois ajouter qu'à mon exposition de Cézanne. qui le lui rendaient bien. « Il est dans le vrai. dans l'atelier d'un de leurs amis. « Excusez un peu. que l'on croyait endormi sur le canapé. ni Fantin-Latour. » Et. sa fureur subitement tombée. se penchant vers moi d'un air de confidence. « Oui. s'en était allé en haussant les épaules. il éclata : « Ne jouez pas chez moi avec le Louvre! » . mais avec un reste d'émotion dans la voix . se soulevant à moitié. après avoir regardé attentivement les toiles. Whistler dit sérieusement . ce qu'il faut. « Si un enfant de dix ans avait dessiné cela sur son ardoise. » Et. Cézanne. au lieu de nymphes. et n'exprimait jamais que des vérités atténuées. nous aussi. Cézanne fulmina . Cézanne. on parlait de Puvis. Fantin-Latour était la bienveillance même. c'est refaire le Poussin sur nature. chez ce peintre. « Nous avons. Ayant eu l'occasion de voir chez moi le Portrait de la Sœur de Cézanne.Cézanne. mais sur le ton élevé habituel aux gens durs d'oreille : « Guillaume est très fort! » J'eus pourtant bientôt l'occasion de voir que l'accord n'était pas complet entre l'empereur d'Allemagne et Cézanne. à la seule vision d'une toile de Cézanne promenée à travers les salles du Louvre. Je m'étais rencontré. mais. sa mère. à fin de confrontation avec les tableaux de Chardin et de Rembrandt. j'aime tant Zola! » Quant à Puvis de Chavannes. d'une voix étranglée par le rire : Emile disait qu'il se laisserait aller à goûter pleinement Corot « si. Cézanne ne goûtait pas davantage Whistler. avec un conservateur du Louvre. se levant. Puvis de Châvannes. je n'avais pas besoin de lui demander ce qu'il en pensait. à qui je demandai l'autorisation d'apporter au musée un ou deux Cézanne. il avait peuplé ses bois de paysannes. si c'est une bonne mère.

toutefois leur dédain pour leur compatriote ne fut plus aussi absolu du jour où la peinture de Cézanne trouva acheteur. tient lieu généralement de « débarras ». dont chaque maison. quelques magnifiques Cézanne voisinaient avec les objets les plus disparates : cage d'oiseau. et qu'on fait des coups là-dessus. à Aix. chaque rue lui rappelait son enfance. me dit-il sans préambule. me dit-il. il me montra un Cézanne. et mieux affirmer cuisse. Mon attente fut trompée : les Aixois n'étaient pas gens à se laisser séduire par de pareilles « croûtes ».VII AIX ET LES AIXOIS CÉZANNE aimait passionnément sa ville natale. dans les rochers de l'Estaque. Ceux-ci le jugeaient avec une égale sévérité. « Pas moins de cent cinquante francs! cria-t-il en s'appliquant une forte claque aussi prétentions. à Aix. mais il s'est foutu dedans « Cézanne se quand il m'a fait cadeau de çal » Après avoir donné libre cours à sa joie. défaisant le paquet. seringue hors d'usage (on sait que les gens du Midi se font » . « J'en ai un. Je m'imaginais n'avoir qu'à me baisser. vieux souliers. en se promenant. la ses pour sur pour se donner du courage. il continua : « Venez! » Je le suivis dans une maison où sur le palier qui. « vrit. Quand je lui eus compté l'argent : croit malin. il tenait les Aixois pour des « barbares ». ou même les abandonnait sur découRenoir Baigneuses l'aquarelle des motif que le comme ». et puisque les Parisiens en veulent. Mais voilà qu'un individu arrive à mon hôtel avec un objet enveloppé d'une toile. je veux en être! » Et. pot de chambre fêlé. pour « ramasser » des Cézanne : on racontait que le peintre avait longtemps offert des toiles à tout venant. En revanche.

la femme lui recommanda de rapporter de l'or. sous ce titre alléchant mais trompeur : Ceci est un sonnet.. A peine avais-je quitté la maison que je m'entendis héler. m'avait-on dit. je fais de la poésie. « C'est de la bonne corde. on me demanda mille francs pour les Cézanne du palier. retenue par une chaîne de fer. nanti du précieux métal. la joie fut si grande qu'on me donna. nous ne la donnerions pas à tout le monde. même quand ça n'est pas beau! » En quittant « l'homme au sonnet ». Ce fut l'homme qui se chargea de l'opération. après avoir pratiqué pendant quarante ans. questionnai-je. interminable. de la fenêtre : « Eh! l'artiste. car.. il m'a donné des images qu'il faisait lui-même. « que c'était plus sûr. rapport aux incendies ». en fait d'étude. » Je n'étais pas au bout de mes surprises. Un couple était accouru. » Et l'ancien huissier. A mes premiers mots : — « Cézanne. J'essayai d'un autre moyen pour me faire comprendre : « Cézanne ne vous a jamais rien donné? » — « Ah! le povre. sortant un papier de sa poche. finalement. finit-on par me dire. je n'en ai eu jamais qu'une seule. Moi.. Nouveau conciliabule entre les trois Aixois. se mit à me lire plusieurs centaines de vers. quelques Cézanne dont elle ne . le seuil franchi. un bout de corde pour lier les Cézanne. Je m'empressai de donner un billet de banque. qu'après vérification du billet au Crédit Lyonnais. je surprenais encore cette question à mon cicerone : « Connais-tu bien cet étranger qui t'accompagne? » Un colloque suivit. » Nous aurions pu converser longtemps sans nous entendre. je me fis conduire dans une autre maison d'Aix. que j'ai vendue pour me faire un viager. si le billet était déclaré bon. car l'étude dont il parlait était une étude d'huissier. je le connais bien. Comme il reprenait péniblement baleine : images » de Cézanne. me fit remarquer la femme. n'avez-vous jamais songé à les vendre?» «( ne vends jamais les choses qu'on me donne. Mon guide frappa à la porte qui s'entre-bâilla. je l'ai vu naître. Mais la confiance ne venait décidément pas. nombreuses.Je .scrupule de jeter ou détruire quoi que ce soit leur ayant appartenu). vous en avez oublié un! » Et un paysage de Cézanne s'abattait à mes pieds! On m'avait parlé d'un autre Aixois qui possédait quelques études de Cézanne. sans perdre de « Et vos « temps. chez une certaine comtesse de R. Des questions furent posées. Mais. par-dessus le marché. qui possédait. l'affaire ne sera conclue. Quand le mari revint.

Je croyais tenir les toiles. » C'est ainsi que Cézanne réussissait à faire admettre. — Eh bien! que « mes » rats rongent mes Cézanne... mais je ne suis pas une marchande! » Ce fut ma dernière tentative.faisait aucun cas. être sollicité par les gens du pays qui faisaient de la peinture. Je parlai à Cézanne de son élève. — Mais ça vaut de l'argent. « Écoutez un peu. On ne consentit même pas à me laisser voir les Cézanne.. brillait.. « sonnalité. de développer sa per« sur travailleuse. de mon mieux. avant tout. Je devais. ce « raté ».. une pharmacienne qui se vantait de recevoir des conseils et des encouragements de Cézanne et qui. et si les rats. Je décourageai. » Moi. mes propositions d'achat furent repoussées avec hauteur. « Je vois ce que c'est. un excellent sous-ordre à la Rosa Bonheur. par tant de gens intéressés à le croire sur parole. change à Paris. Mes visiteurs ne se tinrent point pour battus. qu'il n'était qu'un à peindre.. ceux qui m'apportaient des échantillons de leurs travaux. dans le Nord. au premier rang. à mon tour. Parmi tous ces manieurs de palette. mais qu'il faudrait alors « travailler sur commande..... je crois.il y a longtemps que j'aurais été reçu au Salon. si elle continue. et puisqu'on vous répète que ce n'est pas de l'art. LA COMTESSE (vivement). si la mode. où l'on aime l'ouvrage bien faite? » Un autre Aixois crut avoir découvert la raison du succès de Cézanne auprès des « Parisiens ». parce que. — « Ils sont au grenier.""quand il encourageait MME S. ou qui aspiraient à en faire. me dit-il.. Si j'étais aussi habile que MmeS. Je lui ai dit : « Prenez exemple moi.. que Paris ne s'intéresse à la province que pour s'en moquer. en leur expliquant que c'était « trop bien fait » pour pouvoir trouver amateur à Paris. Contre mon attente.. » C'est une bonne elle fera. et même aussi. m'a demandé de lui donner des leçons. . « puisque ça se vendait à Paris ». peignait avec amour des petits moutons mangeant de la paille dans des étables « art nouveau ». on doit s'efforcer. elle. que feront-ils de leurs tableaux à Aix. dans ses moments de loisir. Mais. où la préférence ne va pas à la « bonne peinture ». dans quelque vingt ans. monsieur Vollard! Mme S. et. ils m'objectèrent que ça leur serait bien facile de peindre « tout de travers ». on achète ça à Paris pour se moquer de ceux d'Aix! » C'est d'ailleurs une idée assez répandue dans le Midi.

Écoutez un peu.. « Je voudrais être Bouguereau! » Et il s'expliquait aussitôt : « Celui-là a développé sa personnalité! » Cézanne avait voulu me faire voir une étude de lui. Il trouvait à l'art de Bouguereau plus d'honnêteté.. et rarement promenade me fut aussi profitable. pas le moindre souffle d'air. Partout des écriteaux avec des prières donnant droit à des indulgences. j'allai avec Cézanne le long de l'Arc. ni chez Dubufe. . offre un sujet d'études si variées.. tantôt plus à gauche. chez sa sœur Mlle Marie. — Les exceptions. Cette sincérité. le même site. monsieur Vollard.. Je crois que je deviens plus lucide 1. Je suis très énervé des prétentions des intellectuels de mon pays.. me disait Cézanne. Faute de pouvoir admirer le tableau. à propos de sa difficulté à « réaliser ». mais nous ne trouvâmes personne à la maison. « assez bien réussie ». vu sous un angle différent. les unes de quelques jours. ne se font pas connaître. je demandai à Cézanne de faire le tour du jardin. — Mais il y a certainement des exceptions? CÉZANNE. car il avait beaucoup d'estime pour quiconque travaillait sincèrement à développer sa per- sonnalité.. J'aime Jo.. 1» Cézanne examina un certain endroit de la rivière. il ne la découvrait pas chez Signal.n'était pas pour s'en moquer.. les motifs se multiplient. la peinture est décidé« ment ce qui me vaut le mieux. seulement en m'inclinant tantôt plus à droite. de crétins et de drôles! Moi. dont il voyait au musée d'Aix un Prisonnier de Chillon « affreusement bien fait ». industrie qui semble prendre des proportions respectables dans Aix. voire d'années entières. la main faisant visière à ses yeux : « Comme ce serait beau de peindre ici un nu! Au bord de l'eau. car c'était l'heure des vêpres. n'allait-il pas jusqu'à s'écrier . « Cette température. il peut s'en trouver. Après la visite chez « Mlle Marie ». Iç poète Joachim Gasquet. Quelquefois. Nous fuyions la chaleur. ne doit être favorable qu'à la dilatation des métaux et à l'augmentation des débits de boissons.. dans ses accès de fureur contre lui-même. que je crois que je pourrais m'occuper pendant des mois sans changer de place. d'autres de plusieurs mois. tas d'enc. La modestie s'ignore toujours soi-même.

En arrivant sur le « Coursse ». lui. de lancer cette boutade à l'adresse du peintre des Heures : « Monet. par la même occasion. par cette désignation. en mourant. je constatai. Regardez ce nuage. quand nous étions gamins. ils entendent. » Claude Monet était celui des peintres contemporains que Cézanne mettait le plus haut. chez moi. dont celle du milieu donne de l'eau chaude. Il me conseilla d'aller entendre la musique sur le « Coursse ». Cézanne rentra chez lui. avec ses platanes dorés et ses trois fontaines. bon Dieu. » En sortant de Saint-Sauveur. dit-il. » Mol. dans sa haine de l'impressionnisme. que la statue du roi René était barbouillée de noir. l'ai suivie souvent. Il lui arrivait bien quelquefois. qui furent exécutées vers l'an 1500. pour le punir d'avoir laissé. je monsieur Dites. « En tout cas. la réalisation de mes sensations est toujours très pénible. que les bonnes gens d'Aix attribuent au roi René. non sans surprise. J'ai lu. un des plus jolis endroits d'Aix. c'est rudement bien imité. qu'en manière de protestation contre l'incorporation dela Provence à la France. quel œil! » Nous étions rentrés en ville. Malheureusement. un tableau. Monet le peut. Je mis ce méfait au compte des républicains de la ville. toute personne née au-dessus d'Avignon! - . que c'était le bon roi René qui avait institué à Aix la procession de la Fête-Dieu. Cézanne me conduisit devant l'église Saint-Sauveur. ses États sans protection contre les convoitises du roi de France. dans l'intérieur de l'édifice. le Buisson ardent. la vieille noblesse d'Aix se gardait soigneusement de tout commerce avec les « étrangers ». dont il tenait à me faire admirer les portes en noyer massif. Il me fit voir aussi. cette proVollard. Je sus. car c'était l'heure de sa sieste.ce n'est qu'un œil. Je ne puis arriver à cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature. avec mon ami Zola. — cession. dans les Mémoires d'un Touriste de Stendhal. je voudrais pouvoir rendre cela.» Et il se reprenait aussitôt : « Mais. mais je ne tardai pas à apprendre que c'était un enragé régionaliste qui avait versé un encrier sur le chef de l'ancien souverain de la Provence. Il a des muscles. ornées de sculptures d'un travail très fini.devant la nature.

une pomme? » Dès ce jour. Cézanne devina mon appréhension. si seulement vous conservez votre équilibre. Cézanne se précipita sur moi : « Malheureux! vous dérangez la pose! Je vous le dis. à la fin. il faut vous tenir comme une pomme. » . quand on pose. en vérité. je le revis à chacun de ses voyages à Paris. je vis au milieu de l'atelier une chaise disposée sur une caisse. ce n'est pas pour bouger! Une fois assis. En arrivant. cependant. mais cette immobilité même finit par amener un sommeil contre lequel je luttai victorieusement un bon moment. du coup.VIII CÉZANNE FAIT MON PORTRAIT (r896-r899) MES relations avec Cézanne ne se bornèrent pas à la visite que je lui fis à Aix. monsieur Vollard. je restais immobile. j'avalais une tasse de café noir. pour le lendemain. Est-ce que cela remue. lui demander de faire mon portrait. dans son atelier de la rue Hégésippe-Moreau. la caisse. ma tête s'inclina sur mon épaule.—et avec quelles précautions! — je me gardai bien de faire un seul de ces mouvements que l'on nomme faux. et il montrait à mon égard une telle bienveillance que j'osai. avant d'aller prendre la pose. le tout fut par terre. qui elle-même se trouvait surélevée au moyen de quatre maigres supports. en même temps que je perdais la notion du monde extérieur. bien plus. D'ailleurs. et moi-même. Il voulut bien y consentir et me donna rendez-vous. et la chaise. l'équilibre n'exista plus. « C'est moi-même qui ai préparé la chaise pour la pose! Oh! vous ne courez pas le moindre danger de tomber. Je considérais cette estrade non sans inquiétude. un jour.

d'après les maîtres. vers les cinq heures. et. le pinceau levé. apaisé. découpées dans les journaux. ne bouge pas. ses Luca Signorelli. — je veux dire comme une pomme qui. Il me répondit : « Braun vend aux musées. il semblait inquiet. » Chaque après-midi. » On était à l'époque de la guerre des Anglais et des Boers. donnant un coup « Ce Dominique 1 est bougrement de pinceau et se reculant pour juger de l'effet : « Mais il est bien emm. puis. me disait-il : ils s'appuient sur Rome. il avait une façon de me regarder telle que je reprenais immédiatement la pose comme un ange. » Il regardait comme un luxe de nabab d'acheter quelque chose à un fournisseur de musées. signe avant-coureur du sommeil. me regardait. à Cézanne qu'il pourrait avoir des reproductions très belles'chez Braun. Cézanne fermait le Pèlerin ou la Croix. le voilà qui ouvrit son poêle. un jour qu'il ne pouvait venir à bout d'une nature morte. Je n'ai pas à me féliciter d'avoir demandé à Cézanne de mettre au mur quelques-unes de ses œuvres. c'est-à-dire les images à un sou pièce dont j'ai déjà parlé. un jour. s'il croyait voir en moi quelque marque de fatigue. Quelques reproductions de Forain. après avoir bien pesté et envoyé au diable et luimême et la Divinité. . reprit sa palette. il ajoutait généralement : « Est-ce que vous pensez que les Boers seront vainqueurs? » L'atelier de la rue Hégésippe-Moreau était encore plus simplement orné que celui d'Aix. mais. était resté à Aix.. Je dis. les jeta au feu! Je vis jaillir une flamme : le peintre. ses Delacroix. un peu durs. Cézanne me surveillait. les yeux fixes. et comme Cézanne était pour ce qui lui apparaissait le bon droit. qui étaient sa lecture favorite. Il lui arrivait. et. je l'entendais qui mâchait rageusement entre ses dents : fort ». faisaient le fond de la collection parisienne du maître. « Ces gens-là sont très forts. Parfois.de plus. arrachant du mur les aquarelles. Ce que Cézanne appelait ses Véronèse. Lorsqu'il commençait sa séance. Les séances avaient lieu le matin à huit heures et duraient jusqu'à onze heures et demie. elle. Cézanne allait dessiner au Louvre ou au Trocadéro. i. Dominique Ingres. ses Rubens. Cézanne. Il y plaça une dizaine d'aquarelles. Lorsque j'arrivais.dant.

pour que la séance eût chance d'être bonne. il vint à moi tout joyeux : « Ce Lépine 1 est un brave homme! Il a donné l'ordre d'arrêter tous les chiens. » Nous gagnâmes à cela quelques bonnes séances : le ciel se maintenait gris clair. il s'est échappé! » Bien peu de personnes ont pu voir Cézanne en train de trai. feraient faillite un jour. le chien. comme j'arrivais. il lui arrivait de s'éveiller au milieu de la nuit. la journée terminée : quel temps aurait-on le lendemain? Comme il se couchait de très bonne heure. notamment que le silence régnât dans la « fabrique de marteauxpilons ». ainsi que la fabrique de marteaux-pilons. Le Préfet de police d'alors. découragé : « Le bougre. Une fois rassuré. j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre : je suis assez satisfait de mon étude de ce tantôt. il ouvrait la fenêtre. Je me gardais de lui apprendre que. est gris clair. Hanté par son idée fixe. mais un jour. une ouïe d'une extrême finesse. . se taisait. demain. Mais. étaient fréquents. je le laissais à son espérance que ces gens-là. les arrêts. me disant. mais Cézanne retrouvait. si le temps. en s'écriant. Un autre bruit insupportable à Cézanne était l'aboiement des chiens. c'est dans la Croix. c'est que l'ascenseur était arrêté pour cause de réparations. ouah. et il croyait bonnement que les marteaux s'arrêtaient quand la vente ne marchait pas. par un hasard heureux. C'était à un ascenseur du voisinage que Cézanne avait donné cette dénomination. Un matin. je crois que la séance sera bonne! » C'était sa principale préoccupation. il est vrai. ouah! Du coup il laissa tomber sa palette. Et pour la dédommager de ce dérangement. une bougie à la main. il ne suffisait pas que Cézanne fût satisfait de son étude au Louvre. il allait. il réveillait sa femme pour lui faire partager sa satisfaction. Si l'impression était bonne. revoir l'étude qui était en train. avant de regagner son lit. comme Cézanne me répétait une fois de plus : « Ce Lépine est un brave homme! » on entendit un ouah. qui donnait quelquefois de la voix. il l'invitait à faire une partie de dames. Il y en avait un dans le voisinage. et. en effet. ni que le temps fût gris clair : d'autres conditions étaient nécessaires. pas très fort. pour les sons qui lui étaient désagréables. lorsque le bruit cessait.de s'arrêter un instant chez moi. le visage radieux : « Monsieur Vollard.

m'e::pliquait-il. même habillée. ne pus-je m'empêcher de m'écrier. qu'il voulait faire poser une femme nue! « Comment. Cézanne m'avoua qu'il trouvait avec ce « chameau » beaucoup moins de satisfaction qu'avec moi. mais cette fois vêtu. après s'en être servi pour une étude de nu. d'après le même modèle. une femme nue? » —« Oh! monsieur Vollard. monsieur Vollard. sur la main.vailler. pour ses compositions de nus. Cézanne travaillait à un grand tableau de Nus. a Cela devient. mais c'était irréalisable pour beaucoup de raisons. pour le reste. dont la plus importante était que la femme. et dont il disait avec admiration à Zola : « Regarde. son travail était lent et pénible. très difficile de travailler avec le modèle femme! r. il fit. est-ce beau? On dirait un homme! » Aussi. Je le fis remarquer à Cézanne : « Si ma séance de ce tantôt au Louvre est bonne. monsieur Cézanne. si je mettais là quelque chose au hasard. et sur lequel il devait peiner presque jusqu'au terme de sa vie. peutêtre demain trouverai-je le ton juste pour boucher ces blancs. l'intimidait. Pour qui ne l'a pas vu peindre. il y a. il faut citer aussi une ancienne sœur tourière qui avait eu des malheurs. certains jours. . il est difficile d'imaginer à quel point. vieille créature au visage taillé à coups de serpe. Parmi les femmes qui posèrent devant Cézanne. Comprenez un peu. je prendrai une très vieille carne! » Il la trouva d'ailleurs à souhait. je serais forcé de reprendre tout mon tableau en partant de cet endroit! » Si l'on songe que j'avais posé cent quinze séances. il faisait appel à ses souvenirs de musées. la perspective que mon tableau fût repris n'était pas sans me faire frémir! En même temps qu'à mon portrait. Le peintre se servait. de dessins sur nature faits autrefois à l'atelier Suisse. Dans mon portrait. Il ne faisait d'exception que pour une servante qu'il avait eue autrefois au Jas de Bouffan. me répondit-il. deux petits points où la toile n'est pas couverte. et d'après laquelle il fit la Femme au chapelet. et. Son rêve eût été de faire poser ses modèles nus en plein air. quelle ne fut pas ma surprise quand il m'annonça. deux portraits qui font penser à ces parentes pauvres que l'on rencontre dans les récits de Balzac 1. 1896. un jour. commencé dès 1895. pour la pose. il ne supportait pas d'être regardé pendant qu'il était à son chevalet.

et agacé probablement aussi de la réflexion du quidam. Renoir. Un jour qu'il travaillait dans la campagne avec un jeune peintre. mais mettant les unes sur les autres des couches de couleur aussi minces que des touches d'aquarelle. rappelant la martre et le putois. malgré tous les efforts de Renoir pour le retenir. qui produit les craquelures quand on peint sur une couche qui n'est pas tout à fait sèche. la solidité de sa peinture.Et pourtant je paie cher la séance ça va dans les quatre francs. qu'il jugeait à part lui le seul abri digne de son art. furieux qu'on l'eût regardé peindre. Quel que fût le nombre de ses pinceaux. Ce voisinage seul mettait Cézanne dans une exaspération folle. qui. et lui-même se salissait à ce point qu'il arriva à des gendarmes d'Aix de lui demander ses papiers. .eux affirmaient ne point le connaître. On peut penser quelle était sa colère s'il était surpris le pinceau à la main. Une vieille femme avait l'habitude de s'installer avec son tricot à quelques pas de là. avec un tel accent que les gendarmes ne doutèrent plus. accompagnait Cézanne « au motif ». me raconta jusqu'où allaient les susceptibilités du peintre. un jour qu'il revenait « du motif ». — et. un passant qui s'était approché à pas de loup dit à haute voix : « J'aime mieux ce que fait le jeunel» Cézanne abandonna aussitôt la place. pour peindre. avec ses yeux vifs et perçants. qu'il avait installé devant lui pour que son compagnon ne le vît pas peindre. dit alors le peintre. Ah! si je pouvais réaliser votre portrait! » Son espoir était toujours le même : le Salon de Bouguereau. en attendant le Louvre. durant un séjour au Jas de Bouffan. il pliait rageusement son bagage et filait. il les utilisait tous pendant la séance. M. Il les lavait après chaque touche dans un pincelier rempli d'essence de térébenthine. la couleur séchait instantanément : il n'y avait pas à craindre ce travail intérieur. Celui-là était vraiment d'Aix! On s'explique. Ne peignant pas en pleine pâte. Le Bail. dans la pâte.Cézanne protestait qu'il était du pays. A ce propos. « Eh! je le regrette ». par la façon de travailler de Cézanne. Cézanne se servait. Aussitôt qu'il l'apercevait. J'ai déjà dit que Cézanne n'aimait pas qu'on le regardât peindre. il la découvrait de très loin. de pinceaux très souples. — il s'écriait : « La vieille vache qui vient! » et. : vingt sous de plus qu'avant 1870.

je le trouvairiant aux éclats. je puis en voir clairement le caractère et la portée. me dit-il. C'est ainsi qu'après s'être peint et avoir peint de nombreuses fois sa femme et quelques amis complaisants (à l'époque où Zola croyait en Cézanne. la vie! » Puis. « Voyez-vous. « Ces genslà feront faillite. qui s'appuie sur Rome. c'est la figure. il ajoutait : « Moi qui ne suis pas pratique dans la vie. elles.— et il se ressaisissait toujours. disait-il. — il sortait bec et ongles. ne pourrissaient pas. et. Ne disait-il pas de lui-même : seulement après qu'un événement s'est produit. un jésuite (ces gens-là sont très forts). monsieur Vollard. il parlait volontiers durant que je m'apprêtais à poser. et. Dès qu'il avait donné le premier coup de pinceau.Si. pendant la séance. comme j'arrivais. » Si bien qu'en voyant ce grand peintre accepter toutes choses sans aucun examen. mais quand Cézanne s'était ressaisi. Cézanne ne me permettait pas de dire un seul mot. car il les prenait . et pendant les trop courts instants de repos qu'il me per- mettait. débarrassé de l'intrigant. le public n'est pas assez bête pour acheter quelque chose qui porte un nom comme celui-là! » Quelque temps après. et jusqu'à la fin de la séance. avec l'indifférence et cette sorte de plaisir que l'on éprouve à voir les « otres » bien attrapés quand on est soi-même à l'abri. plus volontiers encore. Il aimait beaucoup peindre le portrait. il voulait me mettre le grappin dessus! » Et ce n'était pas pur esprit de mystification quand Cézanne avait l'air de se laisser faire. le futur romancier consentit à poser pour le nu). je trouvai Cézanne rêveur : les actions avaient monté. Un matin. il usait du modèle comme d'une simple nature morte. il fut amené à peindre de préférence des pommes. des observateurs superficiels se sentaient volontiers la tentation d'user à leur profit d'une telle « naïveté ». C'est effrayant. » On m'avait dit que Cézanne faisait du modèle son esclave : je ne l'ai que trop éprouvé. il pouvait placer triomphalement sa phrase favorite : « Le bougre. Il avait découvert dans le Pèlerin que l'on offrait au public des actions de la Sosnowice. qui s'appuie sur son directeur. qu'il prononçait Sauce novice. « L'aboutissement de l'art. ils ont trouvé des gens faibles. des fleurs qui. je m'appuie sur ma sœur. la raison en est dans la difficulté de se procurer des modèles aussi maniables que moi. » S'il n'en peignit pas davantage. « Longtemps ou qu'une idée a été exprimée devant moi.

aussi. » A propos de son sens si peu pratique de la vie. avec quel soin surveillais-je mes moindres paroles! Bien entendu. « ces sacrées bougresses. pensant me combler de joie : « assez bien à savoir poser. le modèle idéal. Pendant que je posais. Il n'avait plus ensuite qu'à « espérer » le temps gris clair. C'était Cézanne. et à redouter l'aboiement des chiens. il arrivait à Cézanne de se rabattre sur les images du Magasin Pittoresque. il faut ménager le modèle l Toi.en papier. sans m'écouter. me dit-il. qui n'avait en tête que son art. et mon portrait risquait fort d'être détruit. Pourvu que ça ne prenne pas ici! » Et il regardait avec inquiétude les glaçons. après une séance « Vous commencez où sa mauvaise humeur s'était manifestée à plusieurs reprises. Cézanne m'avait dit : « Il faut aller voir les Delacroix de la . croire à une velléité de contradiction. je me gardais même de rien dire. ne se pressait-il pas de finir mon portrait. comme je l'avais quitté en prenant rendez-vous pour le lendemain. pouvait. je craignais par-dessus tout. « L'eau est gelée à l'atelier. Seulement. le terrible couteau à palette. qui se touchaient les uns les autres. Je jugeais donc plus prudent d'attendre qu'il m'adressât la parole. dont Cézanne s'enorgueillissait secrètement. ni littérature . par un hiver des plus rigoureux. car Cézanne. dans certains moments d'exaspération contre la malice des choses. Le temps de manger un morceau. Aussi. demain il ne pourra peut-être pas poser? — Tu as raison. — ce qui n'était pas. du moins je me plais à le croire. cours chez Vollard. j'aperçus quelqu'un qui lavait des pinceaux sur le bord du fleuve. tu as le sens pratique de la vie. la fabrique de marteaux-pilons et quelques autres incommodités de ce genre. pour mon portrait. dont il possédait quelques tomes chez lui. puisque le temps est gris clair? — Mais si tu le fatigues trop aujourd'hui. fils. Cézanne avait trouvé en moi. elles changent de ton à la longue! » Alors. et ramène-le moi! — Mais tu ne crains pas de fatiguer Vollard? — Qu'est-ce que cela fait. et il ajoutait. tout en feignant de s'en attrister. d'étude. je ne parlais ni peinture. m'étant arrêté pour admirer la Seine charriant des glaçons. sans risques. ou même sur les journaux de mode de sa sœur. non plus. » me disait-il en reprenant des parties « Cela me sert réalisées ». Cézanne dit tout d'un coup à son fils : « Le ciel devient gris clair. Un jour. je me souviens que. comme on va le voir.

dans ses dernières volontés. Voici le motif de sa fureur : dans un coin de l'atelier. au point qu'il lui serait impossible de continuer mon portrait. J'ai vu qu'en effet il parlait d'une grande aquarelle représentant des Fleurs « comme posées au hasard sur un fond gris. bonne étude de la veille au Louvre. jurant qu'il ne toucherait plus. en venant poser. qui n'avait même plus couleur de tapis. dont il était l'exécuteur testamentaire. la bonne l'avait enlevé. avec des yeux effrayants. ce jour-là. tout faisait présager une excellente séance : ciel gris clair. » Il me signala. enfin. qui fut instantanément mise en pièces. mais le fait est que. de sa vie. qui vont être vendus. silence de la machine à fabriquer les marteaux-pilons. à l'exception de cette aquarelle. Pendant que je me réjouissais de ces heureux présages. Je restai immobile. et je vis Cézanne. qui devait figurer à sa vente après décès. le couteau à palette levé sur mon portrait. tandis qu'intérieurement je me promettais de redoubler encore de prudence à l'avenir. du côté opposé à celui où je posais. j'entendis tout à coup un retentissant juron.collection Chocquet. dans le louable dessein de le battre. notamment. « J e ne suis pas mécontent du devant . le lendemain. « J'aime Delacroixl » me dit-il par manière d'excuse. depuis toujours. vous osez dire que Delacroix peignait au hasard ! » J e lui expliquai l'erreur . je recherchai le testament de Delacroix. Il ne tint pas parole. Cézanne tourna sa fureur contre une autre de ses toiles. il lui fut impossible de travailler. à un pinceau. un vieux tapis jeté par terre. pas d'aboiements de chiens. Cézanne abandonna mon portrait pour s'en retourner à Aix. Ce jour-là. Après cent quinze séances. Cézanne m'expliqua que ne plus avoir dans l'œil la tache que faisait ce tapis lui était intolérable. dans l'anxiété de ce qui allait se passer. il se calma. les poings menaçants. la Croix du jour avait annoncé un succès des Boers. avait laissé à ses héritiers le droit de choisir une œuvre de lui. » — « Malheureux! s'écria Cézanne en faisant deux pas sur moi. Voulant montrer à Cézanne l'intérêt que j'avais pris à son récit. Celui-ci en avait fait l'acquisition à la vente de l'atelier de Delacroix. une très importante aquarelle représentant des Fleurs et achetée par M. Cézanne m'apprit que Delacroix. et. Une autre fois. il y avait eu. Chocquet à la vente Piron. après quelques secondes qui me parurent bien longues. je dis : « J'ai lu le testament de Delacroix. enfin.

d'ici là. le contour me fuit ! » Mais.de la chemise ». ce qui n'était d'ailleurs pas pour l'embarrasser. dans l'aperception exaspérée de sa vue. en effet. découvrit les prodromes d 'uii nouvel art. ce n'était pas copier l'objectif mais réaliser ses sensations ». dans son jugement sur le peintre. Certains. quand il écrivait : « Un artiste aux rétines malades qui. J. On s'explique ainsi ces paysages déjà « classés ». puisque. « peindre d'après nature.1 » On a beaucoup plaisanté Cézanne pour son obstination à être admis dans les Salons officiels. c'était presque toujours dans l'espoir d'un perfectionnement à y apporter. Il fallait alors i. . Quand Cézanne abandonnait une étude. Cézanne trouva dans cette hypothèse un nouveau prétexte pour affirmer sa difficulté à « réaliser ». quelques progrès. Et Huysmans lui-même ne faisait-il pas. état de la légende d'une malformation de la vue. Huysmans. il avait compté sans ces « garces » de mites. » Comment s'étonner.-K. pour lui. à son retour à Paris. On doit ajouter que nulle trace de cet orgueil ne subsistait plus chez lui dès qu'il se retrouvait devant sa toile. qui dévorèrent mon vêtement. monsieur Vollard. voulant. me dit-il en s'en allant. Cézanne lui-même ne contribuait-il pas à accréditer cette opinion quand il disait : « Ce qui me manque. Comprenez un peu. voyez-vous. les écailles tomberaient des yeux du public qui reconnaîtrait en lui le grand peintre qu'il se sentait capable de devenir. en parlant de « reprendre » cette toile. mais il ne faut pas oublier que le dans glisser jamais pouvait s'il était persuasion se que. le public de profanes au jugement de qui il en appelait en arrivât à trouver. Et l'on comprend aussi que. dès lors. de cette conscience inouïe. c'est de pouvoir réaliser. dans ses œuvres un manque d'équilibre? Un critique ayant émis l'idée que ce « manque d'équilibre » tenait à une altération du champ visuel chez le peintre. retravaillés l'année suivante. de ces perpétuels recommencements ait pu naître la légende d'un peintre impuissant à rendre ses visions. quelquefois deux ou trois ans de suite. retravailler certaines parties. qu'à force d'entendre le peintre déplorer de ne pouvoir se satisfaire. Il me fit laisser à l'atelier le vêtement avec lequel j'avais posé. « J'aurai fait. sa Salon de Bouguereau avec une « toile bien réalisée ».

et.le voir. montrant la joie de l'écolier qui a reçu un bon point. j'ai besoin qu'on mef. s'il était content de la séance.la paix! » . un jour qu'on l'avait dérangé ... toutes ses facultés tendues vers « l'exactitude de la forme ». monsieur Vollard. mais. me disait-il devant un de ses tableaux qu'il avait crevé. ce qui était bien rare. quand je travaille. 'Mais on comprend aussi quelle devait être son irritation lorsqu'arraché à ses rêves il était ramené brusquement sur terre : « Excusez un peu. cherchant « la ligne » avec la même conscience que les anciens compagnons mettaient à l'exécution du chef-d'œuvre qui devait leur valoir la Maîtrise.

ni indiscrets. plus dangereux encore que les « dénigreurs ». qu'un écrivain d'art. à ses yeux. ceux enfin envers lesquels il ne pouvait nourrir aucun sentiment de défiance. ni trop respectueux. il me raconta. l'avait représenté embrassant un arbre en s'écriant. qu'un ami d'enfance le retrouvant à Aix et lui demandant son adresse. avec sa terreur perpétuelle du fameux « grappin ». pour lui faire honneur. ni trop admirateurs. A ce propos. on se méfie.monsieur Vollard. celui-là. les larmes aux yeux : « Comme je voudrais. c'est effrayant. ses compatriotes. à Aix. Mais. qui n'était pas Aixois à demi. les « complimenteurs » étaient même. le transporter sur ma toile!» — « Dites. se défiait des éloges. commençaient à lui montrer quelque estime. Cézanne de répondre : « Je demeure loin. Un jour qu'un cocher le ramenait « du motif ». Ils allaient même jusqu'à rechercher sa société. avec l'espoir.IX LE RETOUR DÉFINITIF A AIX (1899) COMME le bruit qui se faisait à Paris autour de Cézanne était arrivé jusqu'à Aix. et Cézanne. de lui soutirer quelques toiles. si grande était la distraction naturelle de Cézanne. il voulait me mettre le grappin dessus! » Restaient ceux qui n'étaient ni familiers. le cheval gravissant au pas une côte un peu rude. il descen- . puisque « ça se vendait maintenant à Paris ». il s'écria : « Le bougre. dans leur admiration pour le « malin » qui avait réussi à « mettre dedans les Parisiens ». » L'ami une fois parti. dans une rue. la vie! » Telle était sa méfiance. Mais avec ceux-là encore les rapports devenaient très difficiles. naturellement. notamment.

Denys Cochin. lui connaissez-vous une seule qualité? » table. que c'étaient des gens de la société. une bouteille de cognac : on pense si la conversation monta de ton. papa. Il m'entretint un jour de M. d'une extrême amabilité. Un des rares bons souvenirs que Cézanne eût gardés de ses rapports avec ses semblables fut sa rencontre avec M. Geffroy : « Il faut lire Le Cœur et l'Esprit.dit de voiture. » l' . Après un grand nombre de séances chez son modèle. Denys Cochin. Pendant ce temps. accompagné de son fils. sans s'en rendre compte. qui ne pouvait supporter d'être dérangé quand il était « sur le motif ». ce bonhomme qui peint là-bas dans ce champ? » demanda M. à cheval. d'un Aixois qui avait mangé la dot de sa femme. regarde Cézanne! » — « Mais comment sais-tu que c'est Cézanne. On peut juger de la stupéfaction de l'automédon. qui se trouva dans l'impossibilité d'expliquer ce qui s'était passé. » Mais. s'informa un des parents de la victime. me disait-il. je trouve qu'il sait acheter les olives pour la C'est à cette peur maladive du « grappin » que Cézanne doit aussi de n'avoir pas poussé jusqu'au bout le portrait de M. « Je ne sais pas aller dans le monde! » protestait-il en me racontant la chose. Cézanne fut le seul à ne pas s'indigner. » — « Oui. M. au milieu d'une discussion avec son compatriote. qui avait de moins bons yeux que son fils. en voyant sa voiture vide. devant lui. Mais le plus surpris fut encore Cézanne. de très belles choses. Celui-ci se promenait. «J'ai vu tout de suite. et Cézanne. Une autre fois. dans les environs de Paris. Gustave Geffroy. il ne put jamais se décider à faire cette visite. par exception. Ajoutons que sa misanthropie n'empêchait pas Cézanne d'être indulgent aux autres. entre autres la nouvelle intitulée : Le Sentiment de Impossible. brusquement. ils absorbèrent. le peintre continuait machinalement sa route. le sculpteur Solari. et fila à Aix. qui s'écria tout à coup : « Papa. malgré l'invitation que lui fit M. le cocher prit le grand trot. puisqu'il peint un Cézanne! » On s'approcha. Il y a. Denys Cochin de venir chez lui voir ses Delacroix et ses Cézanne. « C'est la première fois que je perds un client! » jurait ce brave homme. Arrivé en chemin plat. Augustin Cochin. fut cette fois. Comme on parlait un jour. il fit reprendre son chevalet. — « Mais. dans ce volume. sans se douter de rien. lorsqu'il n'avait pas à redouter qu'on lui jetât « le grappin dessus ». sa boîte à couleurs. « Mais enfin.

Il me répondit : « Comprenez : Geffroy est un brave homme. presque au lendemain de l'exécution de mon portrait. monsieur Vollard! Il a du « temmpérammennte ». en effet. Enhardi par ce succès apparent. et où Cézanne servait de témoin avec Guillemet. qui n'ignorait pas le danger de mettre Cézanne en face de peintres qu'il méprisait. mais Cézanne de répondre invariablement à ces sages conseils : « Je les emm. » Cézanne ne souffrait d'ailleurs aucunement de ce que la nature lui eût refusé le don de sociabilité mondaine. Mais cette susceptibilité ne s'est jamais manifestée aussi vivement qu'au cours des pourparlers d'un duel que faillit avoir Zola dans sa jeunesse. d'imiter les « personnes rangées » de cette ville. les attaques dirigées. sa sœur Marie lui suffisaient. mais. Geffroy. ou de quelque autre artiste du même lui un changement d'attitude. n'avait pas manqué de le chapitrer et de lui recommander la plus grande modération vis-à-vis d'OlivierMerson et d'un autre maître de la même école. sa femme. de Tony Robert-Fleury. Il « tonneau ». ou le simple éloge de Dubufe. — s'efforçant toujours.— «Écoutez un peu. lorsqu'il décida de s'installer définitivement à Aix. avait été acceptée. alors. contre les peintres qu'il aimait. il prit la résolution. où Zola se moquait de son adversaire le plus agréablement du monde. je me suis sauvé à Aix! » — « Clemenceau n'est donc pas votre homme?» demandai-je. en sa présence. son fils. — quand il y pensait du moins. il aspirait à finir ses jours et où. de Clemenceau. et qui a beaucoup de talent. qui étaient les témoins de la partie adverse. il allait jusqu'à s'inquiéter de la correction de sa tenue.Je me permis de lui demander pourquoi il ne voyait plus M. montré intraitable à cet égard. Une lettre d'excuses. désormais. il allait se retirer définitivement. à la fin de 1899. de tout temps. vis-à-vis des Aixois et des « otres ». Olivier-Merson se mit à parler des opinions d'art que Zola . il vaut mieux m'appuyer sur Rome. ne possédait-il pas un trésor plus précieux que l'humanité tout entière : les terres rouges. tout alla d'abord pour le mieux. Et puis. Ce dernier.de tous! » Pourtant. provoquaient chez s'était. de plus en plus.. tout le temps. J'ajouterai que. Seules. et si quelque circonstance l'obligeait à se mêler au monde. tout en fuyant le commerce de ses semblables. les pins verdoyants et les collines bleues de cette Provence où. mais il parlait. les yeux fermés. d'une politesse imperturbable. de faire montre. pour moi qui suis faible dans la vie.

un « appui moral ». des coups? » Comme il était timide et faible dans la vie. en plaisantant. dimanche. Cabanel. qui tenait les orgues à Saint-Sauveur et qui jouait faux. si Cézanne évitait de son mieux la fréquentation cru prêtre. Un jour. sa manière de jouer de l'orgue me fait absolument mal! » Cependant. que c'est un « élément de respectabilité ». lui apparaissait comme un don du Ciel. je ne peux plus entendre la messe. Cézanne manifesta l'intention d'envoyer son adhésion. Comme c'est « Nous allons déjeuner un peu tard. furieux : « Et moi. où le sculpteur déplorait qu'il n'y eût à peu près exclusivement que des dreyfusards parmi les souscripteurs de son Balzac. Fromentin. et prêt à marcher sans barguigner contre les ennemis du dehors. C'est ainsi qu'après une lettre publique de Rodin.. d'ordinaire si soumis. non sans s'élever contre son audace à juger des peintres tels que Bonnat. s'était hardiment élevé contre l'auteur de ses jours : « On voit bien. mon père. se dressant. disait-il. Guillemet avait eu à peine le temps de lui faire observer que cela ne le regardait pas. il faut l'encourager. Un jeune artiste avait fait le voyage d'Aix pour tâcher de le voir. le fils. il trouvait que la religion avait du bon. à Cabanel! » Une fois dehors. que vous lisez le Siècle. C'était un dimanche. avec sa politique de marchands de vins! » Mais s'il arrivait que. » Cézanne ne pouvait plus sentir les curés depuis le jour où il avait connu un « crétin d'abbé ».. qui jusque-là n'avait pas pris part à la conversation. A la messe même. Cézanne ne cessait pas de rêver à sa peinture. le dimanche. bien tenu en main. Toi qui es fort.. On comprend que l'amour de sa chère armée l'ait rendu antidreyfusard.. il prit à partie Guillemet : « Nous avons été trop mous. Cézanne éprouvait de la méfiance à l'égard du militaire lâché en liberté. pourquoi ne lui as-tu pas f. Aussi fréquentait-il les églises et allait-il à la messe le dimanche. ces dames sont allées manger le bon Dieu. Comme le temps était mauvais. un « sale ensoutané ». le curé avait à se passer de lui.. son père avait dit. — « Ce Rodenn pense bien.exprimait dans les journaux.. il avait montré des sentiments religieux. à un ami : aujourd'hui. et aussi du dedans. je dis m. mais ce même militaire. occupé à se gratter le mollet. d'ailleurs. le ciel fût gris clair. . » Sur quoi. C'est un brave homme. — « A cause de ce poisseux. Dès sa jeunesse. lorsque Cézanne. etc.

au sortir de la grand'messe. qui guidait le jeune homme.. « Excusez les sons gutturaux qui sortent de ma gorge! » lui dit Cézanne. De se voir ainsi abordé. se retournant. et. sur laquelle il pût passer sa colère. la main tendue.. souriant.. Tout de même. à moins que ne se trouvât à sa portée une victime. mais Cézanne restait sur ses gardes!. lui donna une bonne poignée de main. Et le saisissant par un bouton de la jaquette : « Écoutez un peu : tout. Lambert. dans la nature. il a le temps rêvé pour se livrer à ses orgies de couleurs! » Cézanne se plaisait à ces amusements de rapin. est sphérique et cylindrique! » Tout à coup : « Regardez! » dit Cézanne.. mais s'amusant déjà de ce qu'il allait dire : « Celui-là est heureux. Cézanne ne se gênait pas pour envoyer le bon Dieu à tous les diables. qui ne comprenait rien à ces excuses. et pensant qu'il aurait une lutte à soutenir. il en laissa tomber son livre de messe. heureux d'avoir rencontré quelqu'un de connaissance. de saisissement. il cria : « Ohé Lambert! » en mettant. Je me souviens qu'un jour où le brouillard l'avait chassé de l'atelier pendant qu'il faisait mon portrait. Quand il lui eut désigné Cézanne. contrefaisant l'homme furieux. . ramassa une pierre. de venir naturellement vers lui. Il montrait un rayon de soleil se reflétant dans un petit ruisseau qui coulait sur la place : « Comment voulez-vous rendre cela? Il faut se méfier des impressionnistes!. tout saisi. le sympathique peintre de chats du même nom. le poing tendu vers les fenêtres du confrère. ou plutôt en croyant mettre une sourdine à sa voix. aux environs de Paris. l'avait conduit tout naturellement à Saint-Sauveur. et alors. il se rappela qu'il avait pour voisin Carrière. L'autre. Ainsi. devenu très aimable. ils voient juste! » J'ajouterai qu'en dépit des sentiments religieux dont il faisait montre volontiers. Voulant « faire une petite blague ». On se promena ensemble. Lambert s^avançait. à la moindre contrariété. Cézanne montra l'effroi du dormeur réveillé brusquement.un ami. s'apprêtant à défendre chèrement sa vie. Mais quand l'autre lui eut dit qu'il était peintre : « Ah! vous êtes de la partie? » s'écria Cézanne. qu'il connaissait un peu. Alors Cézanne. un jour de promenade. à l'époque lointaine où la mode était au cri : « Ohé Lambert! » il aperçut. au moment de profaner le saint nom de Dieu. le jeune peintre se précipita vers lui.

A mon arrivée chez Zola. Le maître ne tarda pas à paraître portant. où la maintiennent l'hypocrisie de Basile et la rude poigne de la force brutale. Le jour entrait par deux verrières dont l'une représentait des scènes de légendes. Il régnait en ce lieu une paix délicieuse. J'admirai tant d'éclectisme. et je compris alors*|toute la valeur du sacrifice de Zola. que j'étais à la recherche de beaux caractères typographiques pour une prochaine édition du Jardin des Supplices. et comme titre : La Vérité dressant son miroir s'efforce de sortir CÉZANNE du puits. M. et que je serais très heureux de voir une adresse de sympathie. devant qui j'exprimais ce désir. le . voulut bien me remettre pour Zola une lettre d'introduction. comme devise : Nec mergitur. » M. un petit chien des plus hargneux et des plus laids. que je n'ose pas lui demander de vous les montrer. où il se gardait toutefois de lui parler de ses Cézanne. Mirbeau expliquait seulement. quand il quittait ce home exquis pour aller défendre l'Innocence. dans la lettre. représentant la Vérité sortant du Puits. avec. et l'autre montrait Coupeau taillant dans une miche. au milieu de l'atmosphère empestée des réunions publiques. on me fit traverser un vestibule où s'étalait une immense composition de Debat-Ponsan. et j'avais la plus grande envie de les voir. « Zola en est tellement jaloux. Mirbeau. qu'il avait données à Zola.X CÉZANNE ET ZOLA qu'il m'avait parlé de certaines toiles de sa jeunesse. Puis je pénétrai dans un salon rempli d'objets de piété. récemment envoyée à Zola par un groupe de Belges partisans de Dreyfus et imprimée avec les célèbres caractères Plantin. serré contre sa poitrine.

je me gardais de mettre la conversation sur les « Cézanne ». maître.. et tenant dans la main restée libre un exemplaire de la Débâcle. comme je lui exprimais mon admiration pour son œuvre. Je me bornais à témoigner mon admiration pour tout ce qui garnissait le salon. interrompit Zola. dit-il. n'ai. il me dit. les larmes aux yeux : « J'ai voulu rendre seulement l'âme nue de l'abomiBasile. à être des hommes! Ils ne feront jamais de chefs-d'œuvre. sans m'apercevoir que je peignais.. chez nos grands fondeurs d'aujourd'hui. » Ah! celui-là. Debat-Ponsan?. qu'on peint. » Dans ma crainte d'éveiller les susceptibilités de Zola. le cri de conscience d'un honnête homme. . d'ailleurs. c'est un grand caractère. Il n'est pas possible que.cher adoré Pin-pin. et même mieux. qu'il peut s'en égarer quelques-unes. de tous les coins du monde. après avoir pris con« Ah. que la Vérité. mais je reçois tant d'adresses. qu'on sculpte le chef-d'œuvre. à trouver aussi bien. Je tâcherai de remettre la main sur cette adresse de mes admirateurs belges. ZOLA. car c'est avec son sang qu'on écrit. mais qui. et c'est parce qu'il est un grand caractère. du même « nable le tableau le mieux réussi de ma carrière d'artiste. donnait l'illusion de planer par ses propres moyens. Ce qui fait si « Et mon émouvante cette Vérité sortant du Puits. aucun mérite à cela : ce n'est pas ma main. Quelle leçon pour les artistes qui ne cherchent pas. ont un peu passé de ton. qu'il est devenu un grand peintre. en tout cas. timidement. Vous n'aurez pas de peine. son visage se fit bienveillant. Quand le peintre me fut présenté. devant cette toile. l'art de l'imprimerie soit resté rebelle au progrès. Il surprit mon coup d'œil à Coupeau. ma tactique était d'amener le maître à m'en parler de lui-même.. naissance de ma lettre d'introduction.. — Les plus grands maîtres noircissent à la longue : devons-nous cesser pour cela de les admirer? » Je m'étais approché d'un ange en ivoire suspendu au plafond par une ficelle. depuis Plantin. avant tout. et peut-être aussi le Basile. c'est qu'on semble entendre. qui s'accomplissait dans tous les autres arts. Je « coup. — Il me paraît. c'est plus encore qu'un grand peintre. Moi. « qui guidait mon pinceau. avec ses ailes éployées. oui! les caractères Plantin. con« c'est mon cœur clut Zola.

et à très bon compte.Le bel ange! m'écriai-je. mais j'ai tellement « Une question me brûle les lèvres. grâce au ciel. pour nous apprendre à sentir et à penser. Cézanne. maîtresse une — sionné de l'idéal qui n'a produit que des chefs-d'œuvre : le Corneille de la peinture. parce que je ne voulais pas lui donner des remords éternels si. il s'était rendu compte subitement de la responsabilité qu'il encourait devant la postérité. ZOLA. — Je n'ai pas eu besoin d'aller très loin. avait su garder précieusement les moindres Moi. Moi. Cézanne et qui nous seraient tellement nécessaires. — Comme vous. faisant si bien pendant à notre Greuze. C'est avec ces mille riens si évocateurs que j'ai fait le « Rêve. Moi (découvrant. — On se croirait ici dans un musée. — Et vous avez découvert tous ces trésors à Paris? ZOLA. qui en est le Racine. Des connaisseurs l'attribuent même à Greuze. abusé déjà de votre longanimité. un tableau représentant un groupe de femmes nues suspendues à la voûte céleste par des chaînes d'argent). ni des styles. Mais. » Une telle bonhomie se lisait sur le visage de Zola que je me risquai à parler de Cézanne. ces lettres existent-elles toujours? Je n'ai pas osé en parler à M. où je donnais le meilleur de moi-même. Un artiste demande à un objet d'art de lui donner de la joie. je fais provision de docud'écrire Avant ZOLA.. —L'influence de Greuze? ZOLA (vivement). maître. -- ZOLA Les lettres (indulgent). un — ments. n'ayant pas conservé ces précieux papiers. Moi. livre. j'ai eu peur pour ces lettres. Cézanne. Ce ne sont pas les occasions qui manquent : mais si peu de gens savent voir! Moi (apercevant dans un joli cadre du temps le portrait d'une fillette réchauffant un petit oiseau entre ses seins). à nous aussi.. Parlez! que vous écrivîtes à M. ZOLA. — . —Ary Scheffer? de là C'est pièce cet amant pasZOLA. malgré son insouciance. sans plus. mais je vous avoue que je ne me préoccupe ni des époques. dans le voisinage de la fillette à l'oiseau. Toute cette moisson a été faite dans mon quartier. — On le dit du treizième siècle.

Mais avait Mon cher Cézanne grand — eut le génie d'un grand peintre. l'étincelle. qui voulait les voir. et moi je ne cessais de leur crier : « Paul a le génie d'un grand « peintre! » Ah! pourquoi n'ai-je pas été bon prophète en la circonstance? Moi. C'est à son intention que j'ai produit l'Œuvre. Cézanne? ZOLA. je les ai fait rapporter ici. il avait une imagination de poète! s'il ZOLA. on devient ouvrier. Cézanne était un travailleur enragé. il n'eut pas la volonté de le devenir. car. il s'était mis en nourrice chez les Illusions! Moi. et les lettres que je lui ai écrites m'ont ému à un tel point que j'en conserve jusqu'aux moindres mots dans mon souvenir. Mais je ne les mettrai jamais au mur.. Je ne veux pas abandonner au jugement de ses pairs le plus cher compagnon de ma jeunesse. Vous savez combien ils sont justes. Rien ne pourra plus le sortir de ses rêveries. Cézanne! ZOLA. s'il avait voulu diriger son imagination et aussi travailler sa forme. — Nos camarades le tenaient volontiers pour un raté. Suivant ses propres paroles. quand je pense à ce que mon ami aurait pu être. Ah! pourquoi mon ami ne m'a-t-il pas donné. de plus en plus. des rêves qui n'ont pas reçu leur accomplissement.billets que je lui écrivais. dans cette armoire. Ne me demandez pas de les sortir. Il se laissait trop aller à ses rêves. tout fait pour galvaniser mon cher Cézanne. aussi. est la maison des artistes. le grand peintre sur lequel je comptais tant? Moi. où pas une lettre ne manquait. cela me fait trop de peine. Sur les instances de Mirbeau. mais Cézanne lui resta fermé. — Je les avais cachés à la campagne. Les tableaux de Cézanne sont enfermés. » -J'ai . — Vos conseils expérimentés n'ont pas manqué pourtant à M. Moi. Cézanne. de plus. et. Le public se passionna pour ce livre. il s'éloignera du monde réel. — Mais M. Ma maison. Quand je lui redemandai ma correspondance. il me rendit le paquet. maître? ZOLA. avec tout son cœur. vous ne l'ignorez pas. — Vous avez des tableaux de M. pensant que la publication pourrait en être utile aux jeunes artistes qui ne manqueraient pas de faire leur profit des conseils qu'un ami donnait à un ami. à l'abri des regards malveillants. — Quelle confiance vous aviez mise en M. mais sévères entre eux. là.. si on naît poète.

disait-il des choses intéressantes sur la peinture? ZOLA (baisant tendrement son petit chien). MOI. la tête fleurie.. le « ment. à cause de leur forme un peu lâchée. moi qui aurais tant aimé être aimé de tous! Moi. . je n'aurais voulu pour rien au monde qu'elles fussent lues par d'autres.. toi! » Puis il murmura : « Ils ont des yeux.. J'en suis bien malheureux. égarés.. Pour trougrâce à ses yeux.. une haine réfléchie. —Tout ce qu'écrivait Cézanne était imprévu et original : mais je n'ai pas conservé ses lettres..Ces derniers mots. ZOLA. une haine réfléchie. mais de pauvres trop grande lumière aveugle! Le hibou. ZOLA. Je me rappelle cependant. — Mais ces gros tirages de Pot-Bouille. — Oui. et ne voient pas. Moi.. ne voit pas en plein midi. et n'entendent pas... M. de Nana. non plus. » Mais je ne pus m'empêcher Public. Moi (interrompant). une bande d'enfants passaient sous les fenêtres de l'hôtel de Zola en criant : A bas Dreyfus! Conspuez Zola! « Les misérables! » fis-je poliment. il faut bien « ver « dire. mais de la haine. se satisfait plus difficile« Notre souverain maître. les pieds « comme de jeunes bohémiennes au regard d'ajouter : « boueux. qu'une « Non. » Et replongeant le nez dans la fourrure de Pinpin. ZOLA. il ne suffit pas de dire. —Là encore votre amitié. vous avez pour vous l'élite des penseurs. — Ce n'est pas seulement de l'aveuglement que l'on observe chez vos ennemis. Il fait fi des princesses pauvrement vêtues. il lui disait : « Tu n'es pas méchant.. pas des misérables.. de l'Assommoir. — « Mais s'il n'a pu réaliser son œuvre. — Maître. dans ses lettres. avoir dit à mon ami : « J'aime ces pensées étranges bizarre. Mais le visage de Zola était empreint de cette sérénité des martyrs marchant au supplice. Cézanne. des oreilles.. Moi. furent suivis d'un silence. prononcés d'une voix tremblante. » Au même instant.. —Tout cela est tellement lointain!... après une de ces missives qui fleurait si bon la Provence. du moins. maître. pendant que le petit chien jappait avec fureur.. — Hélas! la foule m'échappe.

fit une charge à fond de train contre l'impressionnisme. Il était dans son atelier. je rapportai au maître ce que l'on m'avait dit de la vente à l'étranger de sa Débâcle. Rochefort. puis.. mal renseigné. » Et Zola. est-ce celui qui vous plaît le plus? ZOLA. La conclusion de son article était : « Quand on voit la nature comme l'interprétaient Zola et ses peintres ordinaires. Notons qu'un admirateur de Zola poussa jusqu'à 350 francs la Vérité sortant du Puits. faisant signe au modèle de s'en aller. lorsque Paulin.. entra en coup de vent : « Monsieur Paul. » 1. furent envoyés à l'Hôtel Drouot. Moi. 9 mars 1903. En effet. murmurait : « Le Petit Journal. — Ne sont pas les tirages de Jules Mary dans le Petit journal. Les tableaux de Cézanne que l'on trouva chez Zola. en même temps que tout le lot d'antiquités qui garnissait son salon. Zola est mort! » Cézanne aussitôt éclata en sanglots. à Aix. monsieur Paul. sans oser frapper. et s'imaginant que Zola goûtait l'art de Cézanne. — Un artiste préfère toujours l'œuvre qui est en gestation je dois avouer cependant que j'ai une certaine prédilection pour la Débâcle. les yeux rêveurs. en même temps qu'il criblait de ses traits les plus acérés toute la « bondieuserie » du défunt 1. nous en sommes à deux cent mille exemZOLA. entendit toute la journée son maître se plaindre et gémir. c'est celui de mes ouvrages qui a été le plus apprécié du public. en train de préparer sa palette. un million d'exemplaires! » Pour faire diversion à ces tristes pensées. L'Intransigeant. qui.ZOLA. un ancien lutteur. — Et vous. Paulin. en vidant les placards et le grenier. maître. La mort de Zola (1902) affecta beaucoup Cézanne. il est tout naturel que le patriotisme et l'honneur vous apparaissent sous la forme d'un officier livrant à l'ennemi les plans de la défense du pays. il s'enferma. La vente eut lieu en mars 1903. qui lui servait à la fois de domestique et de modèle. . » C'est sur ces mots que je pris congé de l'illustre ami de Cézanne. — « : plaires. venait de temps en temps coller l'oreille à la porte.

Moi.. « Inutile de me l'envoyer. : « Nous avons calculé. en relevant le gant. je ne le dis pas en mauvaise part!) un sale bourgeois. en effet. mon qu'avec les éditions illustrées et la Petite Biblio« mari et moi. — Mais il n'y avait pas là que des gens ayant de gros tirages et des femmes vaniteuses! Ainsi Edmond de Goncourt. Il était devenu (excusez un peu. assurés par traité.... bien entendu. les Daudet. d'un détail amusant.. nous « plaires. Moi.. CÉZANNE. » Un jour que Cézanne me montrait une petite étude qu'il avait faite de Zola pendant sa jeunesse vers 1860. en entendant tous ces chiffres! Moi. Mme X. Chaque jour j'en trouve sous ma porte. avec les tapis par terre.ce qu'on y entendait dire... je lui demandai à partir de quel moment Zola et lui s'étaient brouillés. monsieur Vollard. mais il en faisait une sacrée gueule.. disait avec fierté et en défiant du regard Mme Z. Je n'étais plus à mon aise chez lui.. — on avait tiré son dernier livre. Flaubert. — Vous aimez les Goncourt? . d'un tirage « sommes exemplaires. à ce propos. à son intention.Il venait beaucoup de monde. Cézanne fils avait écrit à son père qu'il avait mis l'article de Rochefort de côté. sans compter les numéros de l'Intransigeant qu'on m'adresse par la poste. les domestiques. » Moi. — Il me semble que cela devait être d'un intérêt passionnant. Je voulus un jour parler de Baudelaire : ce nom n'intéressa personne.—Celui-là n'avait pas de bourgeoise. Guy de Maupassant. sans compter l'édition de grand « à cinquante mille « luxe. avait été tiré à trente-cinq mille exem« thèque. et tant d'autres. me dit-il : c est moi qui ai cessé le premier d'aller voir Zola. » — « Et nous. en mentant un peu. et bois bureau maintenant travaillait qui en l'autre un sur » « sculpté. c'est vrai. CÉZANNE.. les rencontres que l'on faisait chez Zola : Edmond de Goncourt. le dernier roman disait Mme Z. — Mais de quoi s'entretenait-on? d'exemplaires auquel parlait du nombre Chacun CÉZANNE. « Il n'y a jamais eu positivement de fâcherie entre nous. mais c'était bien emm. répondit Cézanne. pour notre prochain livre. Cela avait fini par me donner l'impression que je rendais visite à un ministre.Je me souviens. M. Il fallait surtout entendre les dames.

Cézanne allait et venait dans l'atelier.. » La destruction de son tableau avait calmé Cézanne. la jour. comme de juste. domestique quand. Moi. N..mais je nepouvais me faire à l'idée qu'il n'avait plus d'amitié pour moi. Me trouvant plus tard à Aix. Quand je me suis logé rue Ballu. Cet autre était Barbey d'Aurevilly. et dans des termes si affectueux. de D. mais je n'ai plus rien lu de cette marque-là à partir du moment où la « veuve ». la cassa sur son genou et la jeta dans la cheminée. saisissant un portrait d'après lui-même. comme dit l'autre 1. et qu'il viendrait à moi. mais une grande « tristesse.. dit un me que son maître n'y était — pour personne. j'espérais que le hasard nous ferait nous rencontrer. comme une bête en cage. mais. Écoutez un peu.. mon cher Zola était à Aix! J'oubliai tout. » Cézanne resta un moment sans parler. au feu. si émus. et on en recommence un autre! » Pendant qu'il parlait. Je ne crois pas que la consigne me concernât spécialement. i.. s'est mise à écrire seule! Cézanne reprit : « Je n'allais donc plus que rarement chez Zola. ressaisi par le passé. l'Œuvre et bien d'autres choses aussi. Il CÉZANNE. il faut que je vous dise! « J'avais cessé d'aller chezZola. il y avait bien longtemps que nous ne nous étions vus.. mais. demeurant si près de lui. — « Mais comment Zola. — car cela me faisait bien peine de le voir devenu si gnolle. Tout à coup. — comment peut-il oser dire qu'un peintre se tue parce qu'il a fait un mauvais tableau? Quand un tableau n'est pas réalisé.. mais j'espaçai encore davantage mes visites.. j'appris que Zola y était arrivé récemment. Il me regardait avec des yeux où il n'y avait plus de colère. il fit un rouleau de la toile. continua : On ne peut pas exiger d'un homme qui ne sait pas. comme ses doigts tremblaient et qu'il n'avait pas sous la main son couteau à palette. Je m'imaginai. Et ensuite. monsieur Vollard. mais. à côté de son hôtel.. on le f. Comprenez un peu.— J'ai beaucoup aimé autrefois Manette Salomon.. qu'il n'osait pas venir me voir. monsieur Vollard. qui m'a parlé de vous si longuement. il essaya de le déchirer. . qu'il dise des choses raisonnables sur l'art de peindre. — et Cézanne se mit à taper comme un sourd sur sa table.. Zola fit paraître l'Œuvre.

puis.regardait de travers qui de bonne sacrée cette me garce comme pendant que je m'essuyais les pieds sur le paillasson avant d'entrer dans le salon de Zola. un « homme. il y eut brouille entre Zola et Edmond de Goncourt. monsieur pas Voyez-vous. sur le motif. il faut avoir du temmpérammennte »!. mais il vivait sous l'influence des événements! » Je demandai à Cézanne : « Quelles raisons avaient pu pousser Zola à vouloir être de l'Académie française? CÉZANNE. mais seulement en apparence. qui étaient les auteurs de l'Œu- - vre de François Boucher. J'étais. et n'aurait pas eu besoin. » Cézanne se mit à rire de bon cœur. en ce moment. pour lui faire la pige. de représenter des animaux au premier plan de leurs tableaux. devant lui. où il n'était pas de force! Seulement.. d'entrer dans cette affaire Dreyfus. Zola voulut alors faire partie de l'autre Académie.. — C'était à cause du titre que Zola avait donné à Goncourt prétendait que ce titre. — La véritable cause remonte bien loin. quand on est un peu mince d'étoffe. Les yeux de Cézanne étaient pleins de larmes. Voyezvous. monsieur Vollard. qu'elle aidait de ses libéralités. prendre ombrage? CÉZANNE. mais je m'en f. son tenait à lui et à son frère défunt. bien de le temps de prendre même Aix! Sans à était Zola étude : mon plier mon bagage. pour ne pas lui faire concurrence. je cours à l'hôtel où il était descendu. n'est-ce pas. à Zola : « Irez-vous manger la soupe chez Cézanne? » et que Zola avait répondu : « A quoi bon revoir ce raté? » Alors je retournai au motif. on cherche toujours à péter plus haut que le nez.. Et si l'on avait voulu de lui.. et Goncourt le raya de son Académie. il aurait trouvé là son contentement. Zola fut pardonné. . puis : méchant Zola n'était Vollard. leur apparlivre. Il se moucha pour cacher son émotion. j'avais une étude qui ne venait pas mal. pour réussir dans la vie. entre pein- tres. mais un camarade que je croisai en route me rapporta que l'on avait dit la veille. A l'apparition de l'Œuvre. « Mais qu'y a-t-il dans l'Œuvre dont Goncourt ait pu Moi. qui avait fait défense à des parents pauvres. pour épater le pauvre monde. les yeux pleins de malice : « On n'est tout de même pas si bête que cela. l'Œuvre. monsieur Vollard? » je citai toutefois à Cézanne le cas de Rosa Bonheur.

Cézanne était devenu attentif. à ses yeux. Je lui dis qu'on s'accordait généralement à trouver le Labourage Nivernais très fort. Mais une interdiction de ce genre. n'était pas pour empêcher de faire de la peinture : il suffisait d'avoir du « temmpérammennte ». » . « Oui. Il me demanda ce que les amateurs pensaient de Rosa Bonheur. repartit Cézanne.En entendant parler d'entraves à l'exercice du métier de peintre. c'est horriblement ressemblant.

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.

vois dans l'obligation de remettre l'expédition de la toile de vos à une époque ultérieure. en vued'un succès au Salon de Bouguereau. je ne renonce pas Roses . le surintendant fit le geste d'ouvrir. Je ne suis pas satisfait du résultat obtenu. Mais dès qu'il entendit le nom de Cézanne. Aux premiers mots'de Mirbeau demandant la croix pour un peintre. sans réussir à s'expliquer une telle ambition. s'en fut trouver M. Je me Aix. Roujon 'sursauta : « Monet. Roujon. D'autre part. Il m'écrivait à ce sujet : Cher Monsieur Vollard. alors directeur des Beaux-Arts. M. Il se consolait de cet échec en travaillant avec plus d'acharnement que jamais. le tiroir où se trouvaient les rubans confiés à sa garde. Mirbeau. malgré la joie qu'il aurait éprouvée à « en boucher un coin » à « ceux de l'Institut » et aussi à « ceux d'Aix ». il est mort! Voulez-vous Pissarro? » Se méprenanti'sur le silence de Mirbeau : aussi? Alors choisissez vous-même n'importe qui. En 1902. mais sans pouvoir se résoudre à faire la moindre démarche. 2 avril 1902. Quoique j'eusse beaucoup souhaité envoyer au Salon 1902. si vous voulez! Monet n'en veut pas? Prenons alors Sisley! Quoi. supposant à son visiteur assez de jugeotte pour ne pas lui demander l'impossible. je retarde cette année encore l'exécution de ce projet. Il mort est « — si vous prenez l'engagement de ne plus me parler de ce Cézanne! » Celui-ci perdait ainsi sa seule chance d'être décoré par les BeauxArts.XI LES DERNIÈRES ANNÉES (1899-1906) CÉZANNE aurait désiré être décoré.

ne seront pas stériles. sitôt qu'un peu de satisfaction m'aura été donné par l'étude. Je inénarrables. Nouvel obstacle : les membres du jury qui étaient « de la partie » — et c'était la grande majorité — se rappelaient avec amertume qu'à cette même Exposition Universelle 1-2. c'est le clan des intellectuels. J'y travaille. Roger Marx. Pourquoi si tard et si péniblement? L'Art serait-il. tenta de le faire décorer par le Ministère du Commerce et de l'Industrie. qui avait figuré à la Centennale lors de l'Exposition Universelle de 1900. mais se rendant bien compte qu'il n'y avait rien à espérer du côté du Ministère des Beaux-Arts. n'ignorant pas le désir de Cézanne d'avoir la croix. un inspecteur des Beaux-Arts. Serais-je comme le grand chef des Hébreux ou bien pourrai-je y pénétrer ? Si je suis prêt fin février. PAUL CÉZANNE. j'y suis mieux qu'en ville. J'ai dû lâcher vos fleurs dont je ne suis pas bien content. je recevais cette autre lettre Cher Monsieur Vollard. les 2 vis seul. désireux d'écarter tout prétexte au refus du tableau qui serait proposé. J'ai réalisé quelques progrès. M. Veuillez me croire bien cordialement à vous. Je travaille opiniâtrément. pour m'étayer moralement quelque peu. à l'occasion de l'Exposition Universelle de Saint-Louis. 1 .à continuer mon étude. . me recommanda de chercher dans son œuvre la toile la plus « raisonnable ». Nous n'avons pas cru devoir laisser ces deux noms. J e proposai M on Jardin. : Aix. en effet. Je poursuis donc mes recherches et vous ferai part du résultat acquis. qui m'aura obligé à des efforts qui. Peu après. en 1904. avant d'aller à Saint-Louis. qui demande des purs qui lui appartiennent tout entiers ? Je regrette la distance qui nous sépare. Quelques mois plus tard. g janvier Ig03. je vous enverrai ma toile pour l'encadrer et la diriger vers quelque port hospitalier. Merci pour votre bon souvenir. Le protecteur de Cézanne. ! PAUL CÉZANNE. un sacerdoce. j'entrevois la Terre promise. les 1 sont de quel tonneau. car plus d'une fois j'aurais recours à vous. J'ai un grand atelier à la campagne. Mais. bon Dieu Si je vis encore. nous reparlerons de tout ça. j'aime à le croire. il fallait passer par le jury. J'ai fait construire un atelier sur un petit terrain que j'ai acquis à cette intention.

OUVRÉ.. dans le catalogue. tandis que des artistes aussi indiscutables que Cabanel ou Bouguereau n'avaient eu chacun qu'un seul tableau.— je vous fous mon billet que je ne mettrais jamais six mille balles à l'achat de trois pommes « en laine » sur une assiette sale. me disait un ami. C'est de la peinture de vidangeur saoul. Puvis de Chavannes avait aussi la sienne. un journal déplora que les exposants fussent désignés. M. le Salon d'Automne consacra à Cézanne une salle. SCHUFFENECKER.de 1900. On voit que la presse était restée aussi hostile qu'aux premiers jours : mais Cézanne n'en était pas moins recherché des amateurs et désormais « arrivé ». dans son Enquête sur les tendances actuelles des arts plastiques. avait fait recevoir trois toiles de Cézanne. — Devant le nu. — Quant à Cézanne. Cette même année 1904. Aussi. je n'en dis mot et n'en pense pas plus.— Cézanne? un beau fruit saumâtre. il voit bossu. mais on ne voit chez lui aucun développement conscient. le même Roger Marx. — Rien à dire des tableaux de Cézanne. de telle sorte que le nom de Cézanne se trouvât précéder celui de Puvis de Chavannes. TONY MINARTZ. — Cézanne possède un beau tempérament. M. HENRI CARO-DELVAILLE. E. — La sincérité évidente de Cézanne me séduit. livré à son instinct pur. un panneau de boîte à pouce de Seurat. L. ne va pas au delà de l'enfant prodige. M. par ordre alphabétique. DE LA QUINTINIE. un Bouquet de roses. IGNACIO ZULOAGA. J'aime Cézanne dans ses bonnes toiles. Morice. ni une œuvre. ADOLPHE WILLETTE. Cézanne? Pourquoi Cézanne? M. n'étant pas chargé de vendre ses œuvres. — Cézanne est un grand artiste auquel l'éducation manque. MAXIME DETHOMAS. HENRI HAMM. cela va sans dire. — Cézanne n'a fait ni un tableau. publiée par le Mercure de France (1905). VICTOR BINET. M. — Une nature morte de Cézanne. sa gaucherie m'étonne. à l'opinion de Puvis de Chavannes : l'Artiste. — J'estime Cézanne un agréable coloriste. ALBERT BESNARD. 18go. GABRIEL ROBY. FERNAND PIET. A ce propos. M. Cézanne envoya de nouveau quelques toiles au Salon d'Automne. M.. Ch. - - . l'organisateur de la Centennale. M. posait aux artistes cette quest tion : Quel état faites-vous de Cézanne? Voici quelques-unes des réponses qui furent faites : M. M. c'est d'aussi belle peinture que la Joconde. L'année suivante. d'après une gravure (ces deux I. je me range M. M. PAUL SIGNAC. M. l'envoi de Cézanne fut refusé par acclamation. M. M. Ig05 1. Pour ce qui est de Cézanne. dont : le Portrait de Geffroy. dans le sens que l'on donne généralement à ce mot. les Baigneurs.

j'allai à Aix. Je l'ai rencontré. rue des Moines. c'est le vol. ne portait aucune trace d'appréhensions de ce genre : : Mon cher Paul. En dépit d'une maladie qui l'accablait depuis longtemps et qui lui avait enlevé beaucoup de ses forces. je crois. pour la première fois.tableaux faisant partie du legs Caillebotte). c'est ici la basse province. etc. Je ne devais plus le revoir. Aix. ce n'est guère dangereux. me répondit-il. la nature est très belle! » Ce fut ma dernière conversation avec le peintre. Regardez. on trouve à Paris que ce que je fais est bien? Ah! si Zola était là. un crâne! s'exclama-t-il. Je laisserai d'ailleurs le malheureux que tu sais me pasticher tout à son aise. donne le bonjour à M. il disait à M. « Comprenez un peu. A la fin de l'année. C'est l'important.. dont la connaissance pour moi remonte assez loin. chez Nina de Villars. Je continue de travailler avec difficulté. je dois rester seul la roublardise des gens est telle. N. vers le même moment. que jamais je ne pourrais m'en sortir. Cézanne travaillait avec une ardeur qui ne se démentait pas. monsieur Vollard! » Il fondait sur son œuvre les plus grandes espérances. en 1877. je crois être impénétrable. mais enfin il y a quelque chose. Il fait même pas chaud du tout. du bon souvenir qu'a bien voulu me garder Léon Dierx. Hélas! que de souvenirs qui sont allés s'engouffrer dans l'abîme des ans! Maintenant. et Mme Legoupil. qui veulent bien . Tu as bien raison de le dire. Il a plu samedi et dimanche avec orage. Sur le chevalet on voyait une nature morte commencée plusieurs années auparavant et représentant des crânes sur un tapis d'Orient. Les sensations faisant le fond de mon affaire. le viol. et pourtant. la mainmise sur votre production. Le temps est très rafraîchi. « Je suis très touché. un de ses amis : « Je crois bien que j'ai dans mon bagage une embolie! » Il est vrai qu'une lettre écrite par lui à son fils. Quelque temps avant sa mort. « Que c'est beau à peindre. les Moissonneurs. la suffisance. A l'occasion. Je trouvai Cézanne qui lisait Athalie. maintenant que je crache le chef- d'œuvre! » Je dis à Cézanne que Léon Dierx m'avait chargé de le rappeler à son souvenir. je touche à la réalisation! » Après un silence : « Alors. 15 octobre 1906.. l'infatuation..

il eut la fièvre. Je me soigne. En voyant son maître étendu. la moindre protestation. crois les jeunes peintres beaucoup plus intelligents que les autres. il tenta de rentrer chez lui. Il faut dire que Cézanne ne pouvait supporter d'être seulement frôlé. en reprenant ses sens. ne pouvait réprimer un frémissement. en chemin. ne vais pas trop mal. pour te donner des nouvelles aussi satisfaisantes que ce que tu le désires. Même son fils. Je t'embrasse. Une voiture de blanchisseur qui passait le recueillit et le ramena à son domicile. Après avoir tenu bon. . mais le donner. et parvint à le ranimer sans qu'il fît entendre. pendant deux heures. prise de frayeur. la bonne. Toute la nuit. Je te le répète. Je viens te prier de me commander deux douzaines de pinceaux en émeloncile.famille. voulant « pousser » une étude de paysan qui « venait bien ». le modèle appela à l'aide. tu permets. Cézanne fut surpris par un orage. tueux dont il gratifiait son enfant. presque sans vie. il faudrait avoir vingt ans de moins. — n'osait pas prendre le bras de son père sans lui dire : papa! » Et Cézanne. Tous mes compatriotes sont des culs à côté de moi. Ton père. le premier mouvement de sa vieille domestique avait été de se précipiter pour lui donner tous ses soins. toi et maman. malgré le regard affec« Pardon. se mit en devoir de frictionner son vieux maître. comme ceux que nous avions commandés l'an passé. Le lendemain. Au milieu de la séance. Bien à toi. il descendit au jardin. sur le point d'enlever ses vêtements. — ce qui était un bien mauvais signe. je mange bien. J'ai dû te dire que j'ai reçu le cacao. Il ne se releva plus. Deux jours après cette lettre. Je PAUL CÉZANNE. il tomba évanoui. ferait beaucoup pour ça il n'y a que le travail qui puisse me pour moi. PAUL CÉZANNE. sous l'averse. qu'il chérissait par-dessus tout. Mais. elle s'était arrêtée. et mourut quelques jours après (22 octobre 1906). avait-il coutume de dire. N'oublie pas non plus Louis et sa Je Guillaume. craignant de le voir « passer » s'il restait sans secours. on le mit au lit. les vieux ne peuvent voir en moi qu'un rival désastreux. — « Paul est mon orient ». je mange bien et un peu de satisfaction morale. et mon père se souvenir de moi. pendant qu'il était « sur le motif ». Ton vieux père. Enfin. appelant à elle tout son courage. Mon cher Paul. Tout passe avec une rapidité effrayante. il eut une syncope. mais.

sont d'un rendu brutal et d'un effet terne. Cézanne. Ses natures mortes.. tenir compagnie à Chardin. Cézanne. au petit bonheur. 1899. Cézanne. Comme Cézanne n'a d'autre guide que sa sensibilité. L'ART INTERNATIONAL.. qu'on a beaucoup LE JOURNAL.-K. sans doute qu'il pourrait faire autre chose. la couleur. Son maigre savoir le trahit. HUYSMANS. I. Ainsi peint-il des paysages ? Il en saisit le caractère.. Cet heureux temps n'est pas prochain.. LE GAULOIS. Ce qui dis. — 23 novembre 1895 guin. . des portraits.. n° 6 (GEORGES LECOMTE) :. Cela fait des paysages. Il en traduit l'intimité et la grandeur. — 14 octobre 1904 (FOURCAUD) M. il tâtonne.. Un artiste aux rétines malades. il hésite. c'est la gaucherie du dessin et la lourdeur des coloris.. il a de fervents admirateurs... M. On a prédit qu'un jour elles iraient au Louvre. L'ART FRANÇAIS. : De la fière lignée des Gau... des natures mortes.. — 14 octobre 1904 (VALENSOL) : ..APPENDICE 1 CÉZANNE ET LA CRITIQUE J.. qui dans l'aperception exaspérée de sa vue découvrit les prodromes d'un nouvel art. la peinture de M.. LE PETIT PARISIEN.... tingue.. Salon d'Automne de 1904. au hasard. — 25 novembre 1895 : milieu entre Puvis de Chavannes et Van Gogh. Il préfère répandre des couleurs sur une toile et les y étaler ensuite avec un peigne ou une brosse à dents. ••• Cézanne tenant le REVUE D'ART. — 1re année. — . la lumière. Il a les maladresses et les imperfections d'un vrai primitif. Cet artiste est sincère.. — 14 octobre 1904 (MARCEL FOUQUIER) : vantées. à première vue. des marines. : L'art sommaire de . mais il échoue dans l'art d'espacer les plans. et le procédé rappelle un peu ces dessins que les écoliers exécutent en écrasant des têtes de mouche dans le pli d'une feuille de papier. Certains. de donner l'illusion de l'étendue.

. — 14 octobre 1904 (DE BETTEX) : . à de si chaudes badu héroïques aux temps tailles. Ce qui est merveilleux. LE MONDE ILLUSTRÉ. Cézanne donne l'im(LE SENNE) : — 18 octobre 1904 doué . cela n'est pas de l'éclectisme. dans une exposition. mais de vision trouble. 1904 (BOISARD) : . dont le nom.... d'exécupression d'un ouvrier puissamment tion non pas gauche. c'est du manque de tact. — 15 octobre 1904 : J'ai peine à comprendre la salle consa.. c'est dans une ou deux esquisses de composition antique le volume géométral des bras. Pour moi.. crée aux peintures du peintre Cézanne à côté d'une salle consacrée à des oeuvres du maître vénéré Puvis de Chavannes.... Peut-être avait-il des idées. m'affirmait l'adepte. L'ÉCLAIR. — 22 octobre 1904 (PÉLADAN) : . Il SC produit un curieux phénomène. Le peintre oublie les maîtres et.Enfin. un volume plein d'imagination. laisserai les admirateurs de Cézanne prononcer l'éloge de cette méthode. Je LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. LA LANTERNE. — Q2 octobre LA REVUE HEBDOMADAIRE. Il semble avoir ignoré même les premiers éléments de son métier... en tout cas.. L'ÉVÉNEMENT. Expression d'art telle qu'elle pourrait émaner de quelque artiste malgache... des jambes. On affirme qu'il reconstitue Chardin. — 14 octobre 1904 Cezanne inventé a une .. M. Cézanne par là continue Phidias. en démontrant de façon péremptoire que Cézanne n'était qu'un lamentable raté. — 15 octobre 1904 (A. comme attractions. NEW YORK HERALD. — 15 octobre 1904 (PONSONAILHE) : . je veux bien. de prétexte servit réalisme. M. Paul Cézanne et n'ajoutons rien. .J'étais en train d'admirer innocemment des pommes aux tons vigoureux lorsqu'un de mes amis très initié me voulut bien montrer que j'avais l'optique d'un clerc de notaire. Mettre sur le même pied. nature morte : des pommes vernies dans des compotiers mal équilibrés. selon .. pour en finir avec LE PETIT JOURNAL.. mais je manque d'éducation de l'œil. Il fallait être Goya pour peindre avec de la boue. les salles particulières. disons qu'il en est une consacrée à M. mais il était bien incapable de les exprimer. deux personnalités si différentes l'une de l'autre (je suis poli).) : ! LA REVUE ILLUSTRÉE. il aura imposé à la : jeunesse l'emblématique petite poire pas mûre... Cézanne. — 14 octobre 1904 : . Un portrait d'homme quelconque (que je croyais être celui d'un gazier endimanché) le rattache au Poussin. Hélas je crains bien que cette exposition ne mette fin à la querelle.. mais gauchie par quelque infirmité manuelle. qui se résume à esquisser par plans des têtes faites pour charmer les jeunes spectateurs du théâtre de Guignol...

.... L'impression est vraiment pénible de tous ces portraits maladroitement ébauchés. LES DÉBATS. Cézanne qui y sont rassemblées sont ce qu'on peut rêver de plus abracadabrant... impulsif. — 4 novembre 1904 (SARRADIN) : . Il y a plus de trente ans qu'on le connaît : il ne fallut pas trente ans aux méconnus devenus célèbres.... en dépit de la maladresse d'exécution. Mais. apprécier des dons naïfs d'observateur et de coloriste. d'instruction. à Millet. qui fut.. — 14 novembre 1904 (LE SAY) : Les œuvres de Paul . Cézanne.. a du moins signé quelques natures mortes et paysages où l'on peut. c'est un incomplet.. — 5 novembre 1904 (BOUYER) : Ah! Cézanne! . c'est fou.. LA REVUE BLEUE.. une autre salle.. 25 octobre 1904 (BENEDICT) : . Heureux les pauvres d'esprit. car il est fort dangereux d'émettre une telle opinion en public. corrompus que nous sommes. M. d'érudition. le malheureux en sait quelque chose. aphone et dément comme un sauvage? LE CLAIRON.son expression.. car le ciel de l'art est à eux ! . regarde la vie. L'UNIVERS.. incompris . en vérité. Je ne saurais prendre aujourd'hui la défense de Cézanne. certant. pour s'imposer et pour vaincre. s'entoure de chefs-d'œuvre. Je le dis bien bas.. c'est brutal.. s'il n'est point certainement un « chef d'école » comme certains le voudraient. — 20 novembre 1904 (ALCANTER DE BRAHM) : Dans ... par de fâcheuses incohérences de dessin et d'indéniables qualités : de peinture. dessiner et peindre? Pourquoi chercher à savoir quand il est si voluptueux de sentir? Pourquoi parler d'éducation.... et a chez lui une Pinacothèque formée d'épreuves de Braun. à LA PETITE GIRONDE. puisque l'art est immédiat. — M. — Octobre 1904 : Daubigny. me disait un des exposants en manière de conclusion à une dispute sur M. « Vous fréquentez trop rue Louis-le-Grand ». à Théodore Rousseau. avec sa peinture heurtée et son dessin problématique. Cézanne. ce disciple des Pissarro et des Monet. — 13 novembre 1904 (NORVAL) Paul Cézanne. et qui sont comme le témoignage d'une fatale impuissance. lors de la visite présidentielle.. passé à tabac pour n'avoir pas montré un suffisant enthousiasme devant ce musée des hor- reurs! LA CRITIQUE. ..... reste un peintre que nous ne saurons jamais comprendre et les enthousiasmes qu'il a suscités dans la nouvelle école demeureront toujours pour nous une énigme. c'est faux. Cézanne n'est pas un . Cette exhibition fait un tort considérable à un homme qui. Le critique. décon. triomphe Cézanne. pourquoi composer.. au contraire....... Qu'est-ce qu'un art qui souffre tant de l'étude des chefs-d'œuvre et de la connaissance des maîtres ? ENCYCLOPÉDIE CONTEMPORAINE.

LA REVUE LIBRE. — Novembre 1904 (HORUS) : ... Une regrettable erreur du catalogue place le peintre Cézanne avant Puvis, sous un dérisoire

prétexte alphabétique.

II.

— Salon d'Automne 1905.

LES DÉBATS. — 5 octobre 1905 (SARRADlN)

tous les Cézanne... Oui... oui...

:

Des Cézanne comme
...

Ce n'est pas
LE JOURNAL. — 17 octobre 1905 (GUSTAVE GEIIROY) :
...
la nature.
Cézanne qu'il faut imiter, c'est le scrupule de Cézanne devant
ÉCHO DE PARIS.
des
— 17 octobre 1905 (BABIN) : M. Cézanne, avec
œuvres très représentatives de ses qualités qui sont indéniables, et de ses

défauts trop visibles.

Pour aimer et
NEW YORK HERALD. — 17 octobre 1905 (VEBER) :
... acquis le dégoût
comprendre M. Cézanne, il faut être peintre; il faut avoir

du métier, de la tradition, des enseignements et des théories. Alors, il y a,
paraît-il, dans l'ignorance volontaire de M. Cézanne, dans ses pénibles
recherches, une supérieure affirmation d'art. Nous le croirions volontiers,
si cet ignorant sublime n'avait autant regardé les peintres du XVIIIe siècle ;
le pontife de la maladresse réfléchie n'a pas un tel mépris de l'imitation.
LaisLA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. — 17 octobre 1905 (DE BETTEX) :
...
sons d'autres admirer les magots à la Cézanne, peints avec de la boue,

pour ne pas dire pire.

LE MATIN. — 17 octobre 1905 :
Le portrait de femme et les paysages
...
de M. Paul Cézanne, les peintures d'un si beau caractère de M. Abel

Faivre, méritent d'être signalés au premier rang.
L'ÉCLAIR.

— 17 octobre 1905 (R.-M. FERRY) : ... Il restera pour le moins
que M. Cézanne est un peintre qui a reçu des dons singuliers, et qu'à part
ces dons il ignore à peu près tout de l'art de peindre.
LE FIGARO. — 17 octobre 1905 (ARSÈNE ALEXANDRE)

:

bien défendu, à présent, qu'on n'a qu'à laisser faire.

...

Cézanne si

M. Cézanne, dont les œu...
vres passionnent certains amateurs. Nous n'insisterons pas, n'étant point
du nombre.
LE PETIT JOURNAL. — 17 octobre 1905

:

LA LIBERTÉ. — 17 octobre 1905 (ÉTIENNE CHARLES)

Ses Baigneurs
...
sort-ils sincères? s'ils le sont, plaignons cet artiste, mystificateur sans le
:

vouloir.

LE XIXE SIÈCLE. — 18 octobre 1905

Parmi les maîtres de l'école
...
d'hier, il faudrait citer Cézanne qui peint des natures mortes avec facilité.
:

L'INTRANSIGEANT.

18 octobre 1905 (D'ANNER) :
De M. Cézanne,

...
je ne dirai rien; son art, — puisqu'il parait que c'est de l'art, étant d'un

niveau qui ne saurait atteindre mon humble compréhension.

LA PETITE GIRONDE. — 18 octobre 1905 :
M. Cézanne déconcerte
...
les esprits non prévenus. J'ai beau considérer cette année ses Moissonneurs,
ses Baigneurs crasseux, ses paysages enfantins, je n'en puis pénétrer le mys-

térieux génie. C'est en vain que je crie

: «

Cézanne, ouvre-toi

!

»

Que nous veut-on encore avec
Paul Cézanne? Est-ce que
sa cause n'est pas entendue?
Est-ce que tous ceux qui ont vu ses œuvres ne le considèrent pas comme
un irrémédiable raté? Tant pis pour les marchands qui ont cru, sur la foi
de Zola, qu'il y aurait un beau coup à faire avec ses œuvres. Que M. Vollard en prenne son parti!...
LA LANTERNE.
19 octobre 1905

M.

:

...
vraiment

LA REVUE BLEUE.
— 21 octobre 1905 (CAMILLE MAUCLAIR)

M. Cé...
zanne expose quelques œuvres aussi ternes, gauches, laides, mais aussi
:

naïves et sincères que d'habitude, notamment une vue de l'Estaque qui
travestit cet adorable site d'or et de saphir en un morose marécage d'un
bleu de plomb où jamais la lumière n'a pu sourire, et encore des fruits
sur un linge terreux, une scène avec des nus invraisemblables...

LE PETIT DAUPHINOIS.
25 octobre 1905 (BERNARD) : ... Dussé-jc

passer pour un fossile, je me permets cependant d'affirmer qu'à mes yeux
les Baigneurs de Cézanne, où il n'y a ni idée, ni dessin, ni couleur, ne constituent pas le dernier mot de la peinture.
LE CHRONIQUEUR MONDAIN.
26 octobre 1905 (HENRY ASSELIN)

Cézanne,

:

...
encore un incompréhensible qui demeurera évidemment un
« grand incompris », est le plus déconcertant des fantaisistes de génie.

LA DÉPÊCHE. — 28 octobre 1905 :
Ses Baigneurs mal posés, mal mode...
lés, ses paysages par trop sommaires ne peuvent être appréciés que par
des initiés et je ne suis pas du nombre.

M. Cé...
zanne envoie son portrait! Quel brave homme! C'est un ouvrier rêveur.
Pourquoi a-t-il fait autre chose que des natures mortes, puisqu'il ne sait
pas le reste?
LA REVUE HEBDOMADAIRE. — 28 octobre 1905 (PÉLADAN)

:

L'œil, au Salon
d'Automne, devient forcément très éclectique puisqu'il ...
peut admirer l'art
ingénu d'un Cézanne.
LE TINTAMARRE. — 5 novembre 1905 (LESTRANGE)

:

Paysages et PÉRI
...
sonnages, toute une nature qui paraît en bois grossièrement découpé et
peinturluré de ces couleurs pauvres et criardes qu'ont certains humbles
jouets de bazar.
JOURNAL DE ROUEN. — 6 novembre 1905 (NICOLLE)

:

LE JOURNAL DES ARTS. — II novembre 1905 (DE SAINT-HILAIRE) : ...
Les paysages de M. Paul Cézanne, dont le style revêt un caractère puéril

et enfantin.

MERCURE DE FRANCE. —

XER

décembre 1905 (CH. MORICE)

Les

...
artistes;
les
réjouissent
tout
public
le
effarent
et
tableaux de Paul Cézanne
le public, pas tous les artistes. Je ne pense pas qu'entre lui et un poète
l'entretien se passionne. Un peintre. Pleinement un peintre? s'il l'était
pleinement, entre lui et le poète l'entretien se passionnerait.
ART ET DÉCORATION. Décembre 1905 (FRANÇOIS MONOD) : ... M. Céau petit pied, ou, toutes
zanne, un primitif attardé, non pas un Millet
choses égales d'ailleurs, un Verlaine de la peinture, mais une sorte de
Crainquebille coloriste qui, à force d'isolement et de gaucherie tenace,
aurait fait des trouvailles.
:

-

LA REVUE. — 15 décembre 1905 (CAMILLE MAUCLAIR) : ... Quant à
attaché la plus mémorable plaisanterie

à
M. Cézanne, son nom restera
d'art de ces quinze dernières années. Il a fallu « l'impudence de cockneys »
dont parlait Ruskin pour inventer le « génie » de cet honnête vieillard
qui peint en province pour son plaisir et produit des œuvres lourdes, mal
bâties, et consciencieusement quelconques, des natures mortes d'une assez
belle matière et d'un coloris assez cru, des paysages de plomb, des figures
qu'un journaliste qualifiait récemment de « michelangesques » et qui sont
le
tout bonnement les essais informes d'un homme qui n'a pu remplacer
savoir par le bon vouloir. Et ces éloges ne sont pas tous dus à des « cockqui ont su
neys » ou à des naïfs. On les trouve sous la plume d'hommes
imposer Carrière et Besnard... Une telle attitude en présence d'un peintre
contre celui-ci,
comme M. Cézanne contraint à protester violemment
dont on ne demanderait qu'à ne rien dire, parce qu'il n'a jamais pu produire ce qu'on appelle une œuvre.

III. —

Salon d'Automne 1906. Mort de Cézanne (22 octobre 1906).

NEW YORK HERALD. — 5 octobre 1906 (PIERRE VEBER)

:

M. Cézanne

... à fait d'acn'est
Mais
sublime
ignorant
fut surnommé « un
pas tout
on
».
cord dans la définition, les uns veulent supprimer « ignorant », les autres

veulent supprimer « sublime

».

LE GIL BI.AS. — 5 octobre 1906 (VAUXCELLES): ... Nier que Cézanne
soit un des plus conscients, un des plus graves, un des plus volontaires des

maîtres d'aujourd'hui, c'est nier l'évidence. Le traiter de « maçon ingénu »,
d'imagier baroque et farouche, qui « voit bossu » devant la nature, n'est
plus soutenable. Vraiment la plaisanterie a trop duré. Aussi bien, qui
diable songe à nier ses défauts : inégal, heurté, maladroit, des formes qui
gauchissent, des fonds qui avancent, des plans qui chavirent, des bonshommes de guingois. Nous le savons. Mais Rubens a-t-il du goût, et Renoir
des idées ?

LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. — 5 octobre 1906 (DE BETTEX)
portraits de Cézanne, on le sait, feraient la joie de Guignol.
LA LIBERTÉ. — 7 octobre 1906 (ÉTIENNE CHARLES)
lui, dédaigne les grâces de la couleur et des formes...

:

...

:

...

Les

M. Cézanne,

LE FIGARO. — 25 octobre 1906 (ARSÈNE ALEXANDRE) :
Ce qui frappe
...
tout esprit impartial en examinant un tableau de Cézanne, c'est, à côté
d'une incontestable noblesse dans la plantation, dans le point de départ,

une impuissance absolue d'arriver au bout de la route. Or, n'arrivent au
bout du chemin que ceux qui peuvent exprimer et rendre durable l'émotion qu'ils ont ressentie. L'art ne peut, sinon se réjouir, du moins s'enrichir avec de simples intentions.
LE TEMPS. — 25 octobre 1906 (THIÉBAULT-SISSON) :
Il ne fit guère,
...
à vrai dire, que des esquisses, moins par négligence ou parti-pris, que

parce que la conformation de son œil ne lui permettait point de pousser
l'esquisse la mieux venue jusqu'au définitif.
Paul Cézanne, le peintre révolu.
...
tionnaire du plein air, vient de disparaître.
LE GAULOIS. — 25 octobre 1906

................................
:

Son éducation artistique, on aurait peine à le croire, se fit tout entière
au Louvre, où il passa de longues années à copier les maîtres du XVllIe siècle, dont son tempérament d'artiste lui révélait les beautés.
L'ÉCLAIR.

FERRY) :
Talent incom— 25 octobre 1906 (RENÉ-MARCd'ailleurs
...
dans l'inachevé et
plet, qu'une infirmité de la vue maintenait
comme à l'état d'ébauche; il faisait figure, grâce au paradoxe de quelques
écrivains et à l'artifice de certains marchands, de grand homme et de

chef d'école.

Cézanne était un fort brave homme,
LE SOLEIL. — 25 octobre 1906 :
...
fort estimé de tous ceux qui le connaissaient,
mais un artiste très incom-

plet. On a voulu pourtant en faire un maître, mais cet effort a avorté et
le public n'a pas ratifié un engouement que rien ne justifie. Ce que l'on
peut admirer dans la vie du « Père Cézanne », c'est sa persévérance à
faire de la mauvaise peinture.
JOURNAL DE MONACO.
— 30 octobre 1906

Cézanne s'efforçait de

rendre les gens, la nature et les choses tels qu'il...les voyait et sans se sou:

cier de leur communiquer un peu de beauté. Figures, arbres, maisons,
fleurs, fruits ou meubles étaient maçonnés avec la même brutalité.

Cé— 3 novembre 1906 :généra...
jeune
maître
partie
de
la
fut
accepté
comme un
par une
zanne
tion qui voulut voir en lui un chef d'école. Quant au public, il se montra
toujours déconcerté par les faiblesses de dessin de cet artiste sincère, mais
incomplet.
BULLETIN DE L'ART ANCIEN ET MODERNE.

II novembre 1906
dire qu'il eut du génie comme une brute...
LA REVUE DES BEAUX-ARTS. —

(FAGUS)

:

...

J'oserais

L'ART ET LES ARTISTES. — Novembre 1906 (GUILLEMOT) : ... Homme
de génie, d'aucuns vont jusqu'à le prétendre, et des soucis mercantiles
autorisent seuls une telle exagération.
ART ET DÉCORATION. — Novembre 1906 (MAUCLAIR) :... A M. Cézanne
dites. Sur la tombe à peine close

vivant, certaines choses pouvaient être
de M. Cézanne il ne me conviendra de témoigner que du regret de n'avoir
son influence, en y joignant l'attestation de la
pu démêler les raisons de
modeste bonne volonté de ce persévérant et malchanceux producteur.

MERCURE DE FRANCE. — 15 février 1907 : CHARLES MORICE oppose
volontaire de Cézanne à Aix

:
l'exil de Gauguin à Tahiti à la réclusion
le geste par lequel un homme se sépare
n'était
Gauguin
de
L'exil
pas
«
de ses semblables... En s'écartant d'un « faux semblant de civilisation »
il appelait la vie, loin de se détourner d'elle...
enfermé dans les strictes bornes de la technique de son art,
« Cézanne,
vivant uniquement par les yeux et le cerveau, nous apparaît comme le
type de l'artiste exclusif, égoïstement incurieux de tout ce qui n'est pas
tons et rapports de tons, un magnifique monstre. »
LE FEU. — Mai 1912 (JOACHIM GASQUET) : ... Il avait le mysticisme
rendre la vie plus
exact de la réalité, et son tourment, en tout, était debuvait
un doigtde
vivante encore. Il s'asseyait dans un coin d'auberge,
vin épais, et lentement l'âme de Shakespeare qui l'habitait peuplait d'un
drame bleu les mots rugueux qu'échangeaient les paysans. Une fillette
toujours ouverte qui marcomme un feu follet courait au bord de la fosse
chait le long de ses pas trébuchants et où, dès qu'il entrait en extase,
s'anéantissait le reste brumeux de ses soucis. Un motif s'incarnait.

APPENDICE II
LETTRE DE ZOLA A CÉZANNE
Paris, le 4 juillet 1871.

Mon cher Paul,

Ta lettre m'a fait grand plaisir, car je commençais à être inquiet sur
ton compte. Voilà quatre mois que nous n'avions eu de nouvelles l'un de
l'autre. Vers le milieu du mois dernier, je t'ai écrit à l'Estaque. Puis j'ai
appris que tu en étais parti et que ma lettre allait s'égarer. Je me trouvais
fort en peine pour te retrouver, quand tu m'as tiré d'embarras.
Tu me demandes de mes nouvelles. Voici mon histoire en quelques
mots. Je t'ai écrit, je crois, peu de temps avant mon départ de Bordeaux,
en te promettant une lettre nouvelle dès mon retour à Paris. Je suis arrivé
à Paris le 14 mars. Quatre jours après, le 18 mars, l'insurrection éclatait,
les services postaux étaient suspendus, je ne songeais plus à te donner
signe de vie. Pendant deux mois j'ai vécu dans la fournaise, nuit et jour,
le canon, et vers la fin, les obus sifflant au-dessus de ma tête, dans mon
jardin. Enfin, le 10 mai, comme j'étais menacé d'être arrêté à titre d'otage,
j'ai pris la fuite, à l'aide d'un passeport prussien, et je suis allé à Bonnières
passer les plus mauvais jours. Aujourd'hui je me retrouve tranquillement
aux Batignolles, comme au sortir d'un mauvais rêve. Mon pavillon est
le même, mon jardin n'a pas bougé; pas un meuble, pas une plante n'a
souffert et je puis croire que les deux sièges sont de vilaines farces inventées pour effrayer les enfants.
Ce qui rend plus fuyants pour moi ces mauvais souvenirs, c'est que je
n'ai pas un instant cessé de travailler. Depuis que j'ai quitté Marseille, j'ai
toujours gagné largement ma vie. A mes deux retours à Paris, je suis rentré avec plus d'argent que je n'en avais emporté. La Cloche et le Sémaphore, dont je suis correspondant, m'ont tour à tour nourri, et bien nourri.
Je te dis cela pour que tu ne t'apitoies pas sur mon sort. Jamais je n'ai eu
plus d'espérance ni plus d'envie de travailler. Paris renaît. C'est, comme
je te l'ai souvent répété, notre règne qui arrive.
On imprime mon roman : La Fortune des Rougon. Tu ne saurais croire
le plaisir que je ressens à en corriger les épreuves. C'est comme mon premier livre qui va paraître. Après toutes ces secousses, j'éprouve cette sensation de jeunesse qui me faisait attendre avec fièvre les feuilles des Contes

à Ninon. J'ai bien un peu de chagrin en voyant que tous les imbéciles ne
sont pas morts, mais je me console en pensant que pas un de nous n'a
disparu. Nous pouvons reprendre la bataille.
Je suis un peu pressé, je t'écris à la hâte uniquement pour te rassurer
sur mon sort. Un autre jour je t'en raconterai plus long. Mais toi qui as
toutes les longues journées devant toi, n'attends pas des mois entiers pour
me répondre. Maintenant que tu sais que je suis aux Batignolles et que
tes lettres ne s'égareront pas, écris-moi sans crainte. Donne-moi des détails.
Je suis presque aussi seul que toi et tes lettres m'aident beaucoup à vivre.
Mes compliments à ta famille. Nous te serrons cordialement la main.

Ton bien dévoué,

Signé : ÉMILE ZOLA.

.

.

.

DEGAS .

.

.. DEGAS. DEGAS.. et voici un premier choix que j'ai fait. L. petit j'y donne faut Il coup. s'il n'y avait pas les remerciements!.. » Et devant mon air étonné : « Nous ne nous étions plus vus.... A ce moment.. voyez comme elle se relève en tirant l'anneau! J'étais venu chez Degas pour l'inviter à diner. mais tu es protestante et les protestants et les juifs marchent la main dans la main pour Dreyfus! Voici un autre trait de Degas. Mais comme ce serait agréable de donner. C'est la trompe qui m'a excité.. Degas et moi. — Je ne veux plus de toi! LE MODÈLE. vous m'avez toujours dit que je posais bien!..depuis 1'« Affaire»... quand j'ai reçu hier un mot de lui me disant de passer à l'atelier. israélite notoire qui.. écoutez-moi bien. — Après-demain les enfants de mon ami J.. — Oui. L. — . ne devait pas savoir comment vous remercier. Certainement. J'ai été en « sondeur » à la Place Blanche.. » Je trouvai Degas remettant dans un carton un portrait de femme qui me parut très poussé. Allant chez lui... Ce soldat est magnifique.. DEGAS. — M.DEGAS (1834-1917) DEGAS. Et cette poupée! L'éléphant est pour moi. — Oui. je croise sous la porte cochère M. Il avait appris la mort de ma femme et voulait me dire qu'il me donnerait un portrait d'elle qu'il avait fait autrefois. On m'aaffirmé que c'était de la vraie peau. un garçon de magasin entra avec une corbeille de jouets. Vollard.. Il y seulement. viendront me souhaiter la bonne année.. un encore que — Moi. m'abordant : « Vous allez chez Degas? Il est là.... — Monsieur Degas.

je lui avais apporté un tableau.. dans son atelier. Quand il y a des choses qui sentent si bon. Et toutes ces manies... On trouva chez lui des cahiers de modèles d'écriture et jusqu'à des prospectus. Seulement. voire de tyran.. — Oui. Mes yeux. après avoir demandé son nom à un familier de trente ans « Ah! mes yeux! » d'oublier qu'il ne « voyait » pas et de tirer sa montre. il disait toujours qu'on parlait mal et on perdait le bénéfice de toute une soirée pendant laquelle on s'était observé à articuler chaque mot si. pour mon excuse. mais si vous croyez qu'on vous lâche : comme ça.. fortifiaient une réputation d'original.. pour échapper aux « raseurs » : — « Degas. Mais si Degas ne voulait pas « voir ». Un jour. vous viendrez à cette soirée chez Mme X. dites que cela vous donne le vertige.. » — ne pouvait pas raisonnablement employer le « truc » de ne pas répondait : « Cela me donne le vertige. et à sept heures et demie précises.aura pour moi un plat cuit sans beurre?. très peu de lumières. on disait un peu vivement « au revoir ». » « voir ». Pas de fleurs sur la table.. de. et personne n'amènera de chiens? Et s'il y a des femmes.. Ah!. toutes ces reparties de Degas. qui se plaignait d'être la proie d'un tas de gens : — Faites comme Degas. il J e disais un jour à Renoir.. mes pauvres yeux! Degas s'était « mis » à ne pas « voir » pour éviter l'obligation de reconnaître les gens. Un tout petit morceau de papier s'étant détaché du paquet que je dépliais. en partant. par contre il voulait entendre. qu'il y avait de tout dans l'atelier de Degas. lui.. abaissant les yeux sur ses pieds qui lui refusaient depuis longtemps tout service : — Degas. il lui arrivait.. nonobstant une certaine dureté d'oreille. Quelles horreurs que toutes ces odeurs!. Et même une fine odeur de m. qui chante si bien?. je sais. le pain grillé.. il a des jambes. Il retrouva le « confetti » dans la rainure du plancher et le jetant dans son poêle : « Je n'aime pas le désordre.... Degas de s'élancer pour le saisir.. » Dois-je dire. aux yeux de gens qui trouvent tout naturel d'imposer à . elles n'arriveront pas avec des parfums?. Vous enfermez votre chat. Quand Degas. fit Renoir. il ne voulait pas que l'on touchât à quoi que ce fût. qui ne trompaient personne... Et..

la porte au fond de la salle s'ouvrit et on vit entrer deux petits « rats » du Théâtre de l'Opéra dont Lambert était un abonné. ajouta-t-il. Degas me disait un jour : « Je me souviens d'un dîner chez un monsieur Lambert. d'absorber des plats avec des sauces à la farine et enfin de manger sur une table qui semble un éventaire de fleuriste. » Moi. parce que cela se fait ainsi dans le « grand monde ».. vous accepteriez de lui donner quelJe crois bien. mais. A huit heures. dit le peintre.. suivant son habitude. DEGAS. fit Corot. un marchand de soieries.un vieillard l'obligation de « tramer » dans des expositions de peinture. parce que chaque dame croyait qu'elle manquerait son entrée si elle n'arrivait pas la dernière. Elles exécutèrent quelques pas et. j'allai chez l'imprimeur Cadart et je mis mon croquis sur cuivre. Trente louis. Il avait dit à Guillemet qui était un ami de la maison : « Voilà trente louis. lui mirent sur la tête une couronne de roses. étant venues vers Corot. si on allait chez le moins cher des « jeunes maîtres » avec trente louis en poche. » Guillemet. J'avais été invité aussi. Et je hasardai quelques considérations sur les femmes et sur la mode. — Guillemet emporta deux Corot. C'est bien agréable d'avoir sa soirée libre après dîner. » Et moi quand je dis sept heures et demie. Lambert. Corot accepta. J'expliquai à Degas que l'on en était venu à dîner de plus en plus tard. Corot se retira pour aller se coucher. j'ai fait un croquis. tâche de me faire faire une bonne affaire. « on sait mon heure : six heures. Moi. ensuite. les trouva très beaux et demanda à Guillemet s'il ne pourrait pas amener Corot à dîner chez lui pour fêter les cadres en or qu'il mettrait aux tableaux. lui ayant parlé de la commission dont l'avait chargé Lambert : — « Il est généreux votre ami. toi qui vas dans les ateliers. » — « Quoi. Degas mit la main -« . qui était l'élève de Corot.. — Aujourd'hui. Enfin puisque aujourd'hui on ne peut pas dîner avant des sept heures et demie. Et après qu'on eut mangé une glace aux framboises. Pendant qu'elles dansaient. on nous avait prévenus qu'il y aurait une surprise au dessert. Corot les prit sur ses genoux et les embrassa. confiant.. c'est que chose? » une somme..... de dîner à des neuf heures du soir.

le chien se jeta sur lui et l'étrangla. lui tendait la main et surtout avec un « Bonjour. profitant d'un moment d'inattention de son maître.. Degas resta coi. et.. Il va me — mordre. Maître » Et on s'étonnait quand il sortait ses griffes! Une seule fois. — dans un endroit qu'il ne connaît pas. sans y être invité.. J'ai lu une nouvelle là-dessus : Un homme allait à cheval dans la pampa tenant en laisse un dingo. comme vous — voulez?.. besoin qui semble ridicule aujourd'hui. redevient sauvage.. Vous êtes-vous jamais demandé ce qui arriverait s'il n'y avait pas la mode? A quoi les femmes passeraient-elles leur temps? De quoi parleraient-elles? Ce que la vie deviendrait impossible pour les hommes! C'est-à-dire que si les femmes voulaient s'évader des règles de la mode — heureusement qu'il n'y a pas de danger — il faudrait que le gouvernement y mît bon ordre. Vollard. monsieur Degas.... s'étant échappé.sur mon bras : « Je vous en prie. Je m'attendais à un échange de traits d'esprit entre Mirbeau et Degas. une époque où chacun se tenait à sa place. le fameux Dingo. Tout à coup Dingo. le cavalier étant tombé.... celui-ci candidement : Eh bien. mais l'auteur du Jardin des Supplices était comme gêné par cette espèce de domination que Degas exerçait autour de lui. Et le mouton d'Irène dévoré tout vivant. Il tenait en laisse son chien. ça va-t-il. » . Et devant mon air étonné : Un dingo. C'est ainsi qu'il se jugeait légitimement offensé si quelqu'un. la vente. S'étant rencontré avec le peintre-douanier Rousseau. Et ce poulailler en cœur de chêne que mon chien a brisé comme un fétu de paille. ne dites pas de mal de la mode. ! Degas était une après-midi à mon magasin lorsque Mirbeau entra. Comment faire pour le rattraper? s'écria Mirbeau.. tira sur sa laisse. » C'est que personne plus que Degas ne croyait à la nécessité d'une espèce de discipline dans tous les actes de la vie. Mais Degas se flattait d'être d'une autre époque. une époque où il y avait de l'ordre dans le monde.. monta l'escalier de l'entresol. sitôt qu'il ne se sent plus tenu par son maître..

dans votre Dingo. connu — ne le reconnaîtrais pas. de me revoir.. celle du temps de Drumont. il y a bien longtemps. disaitil à une petite.. au comble de l'orgueil. Un silence se fit. Degas était déjà parti.. sa vieille bonne Zoé lui lisait la Libre Parole. allait partout montrer : ses fesses. — Vous avez vous-même. Il arrivait à Degas de blaguer ses modèles « Tu es un cas très rare.. il fredonnait quelque chose.. qu'il beau. Pendant qu'il déjeunait. N'est-ce est mon pas — Degas eut un petit rire qui voulait être aimable. je prononçai le nom de Mirbeau. Je la voyais déjà se débattant sous le dingo.. comme la J oconde ». MIRBEAU (avec un geste agacé). c'était l'atelier du matin au soir.Je me rappelai soudain que la bonne était à l'entresol. Mirbeau se leva tout effrayé : Les notaires font ça?. tenant le chien : seule. dénoncé les crimes des notaires. . La vie de Degas était réglée comme un papier de musique. qu'il collectionnait pour les dessins de Forain.. effrayée de était trouver bête tout Cette se — Dingo? fit Mirbeau à Degas.. on entendait sur le palier des bouts de chansons : Sans chien et sans houlette J'aimerais mieux garder cent moutons dans un pré Qu'une fillette Dont le cœur a parlé. Moi. Il écrit. n'est-ce pas?. il fallait. » Lorsque je revis Degas.. En plus de la Libre Parole.. Degas reprochait seulement à Zoé de lire sans accent. Mais ce n'était pas à dire que Degas fût insensible à toute littérature. qui. quand elle parut. — Si quand on écrit. Degas.. je l'ai je Mirbeau? fit Degas... généralement un air ancien. Degas prenait le Figaro du lundi. Et moi qui ai des fonds dans une étude!. Mirbeau en me quittant : « Il avait l'air content.. Quand ça venait bien. tu as les fesses en forme de poire. J e me mis à raconter à Mirbeau un tour qu'un notaire venait de jouer à son client.

— Passez-moi donc l'huile. — Non. — Mais vous êtes bon? DEGAS. La figure de Degas s'était faite sévère. Degas. avec sa réputation de méchant homme. Et quand Zoé eut passé dans la cuisine : Moi. monsieur. Et Zoé. DEGAS. — Je veux qu'on me croie méchant! Moi. — Vous savez. et quand la bonne fut sortie : — Pauvre Zoé! - ! .. l'huilier était vide. avec une voix un peu rude : Zoé. — J'y vais. Cette fois. le marchand est à côté. Zoé revint un quart d'heure après. je ne veux pas être dérangée!. le dosage de l'huile était un rite. l'une d'elles (un modèle auquel Degas tenait beaucoup) ayant protesté pendant qu'elle posait : « Ça mon nez. ne passait pas à ses modèles la plus légère incartade. ce soir. monsieur Degas. — Et cette huile? fait Degas. C'est le vinaigre que j'avais pris. bon. Degas ne broncha pas. monsieur Degas? Je n'ai jamais eu le nez fait comme ça! » le modèle fut mis dehors incontinent. Degas invitait un ami à dîner. je ne veux pas de vous. De temps à autre.. Ce fut sur le palier qu'elle se rhabilla.Mais s'il se laissait aller à l'atelier à un langage familier. — Vous mangerez de la confiture d'oranges de Zoé. monsieur. se borna à faire Degas. je me disais : « Il va battre Zoé! » Celle-ci continuait sans s'émouvoir : — Aujourd'hui je fais mes confitures. Un jour. vous irez au restaurant avec votre ami. Alors Zoé : — J'y retourne. par contre. monsieur. qui n'ignorait pas combien ses confitures étaient prisées. ses vêtements jetés derrière elle. Degas faisait lui-même la salade. La première fois que j'allai chez Degas — c'était à l'heure du déjeuner qu'on pouvait le plus facilement le voir — voilà que le peintre. — Bon. ce soir j'aurai quelqu'un à dîner. abusait de la situation. qu'on vous croit méchant ? DEGAS. — J e ne veux pas être bon Zoé avait apporté le saladier.

il faudra avoir des choses à boire. que c'est très vilain. . — Avant Zoé. au départ. Les gens de.Comme.. des fautes d'orthographe? — Comment. qui n'ignorait pas quel personnage important était Degas. au contraire. n'est-ce pas. en plus de la camomille traditionnelle de son maître.. Évidemment. Une maman grondait sa petite fille qui avait fait des fautes d'orthographe dans sa page d'écriture. Elle aussi savait très bien faire la confiture d'oranges. Elle dort depuis huit heures.j'ai été acheter de la boisson au marchand de coco et je l'ai fait chauffer avec du sucre. c'est ce côté « janséniste » de sa nature qui explique cette sorte de cruauté qu'il mettait à représenter la femme occupée aux soins de sa toilette intime. ce soir-là. Personne. Et comme l'enfant disait : — Qu'est-ce que cela peut faire. les soirées de Degas ne ressemblaient pas à celle qu'organisa un jour en son honneur la comtesse deCl. — Qu'est-ce que vous nous donnez-là. C'est à Sabine que Degas avait dit un jour : « J'aurai des amis qui viendront passer la soirée. la « haine » de Degas pour la femme. » — Mais. C'est presque un lieu commun. Degas! — Les gens de M.. » Donc Sabine. On n'a pas voulu voir le côté « sensible » de sa nature. Sabine? finit par s'informer un des invités. Alors Sabine : — N'est-ce pas que c'est bon? Monsieur m'avait dit qu'il fallait faire quelque chose de bien. une petite fille qui fait des fautes d'orthographe? — Très vilain! approuva Degas. Un autre lieu commun quand on parle de Degas. un valet appelait : « Les gens du prince de G.T.! Les gens de l'ambassade d'Angleterre!... fit le peintre.— Et avant Zoé? demandai-je.. dit une dame. mais une espèce de pudeur où il y avait comme de la peur l'éloignait des femmes. DEGAS. la « rosserie » de ses mots.. avait préparé une autre boisson. n'a autant aimé la femme.. on oublie les gens de M. Degas. qu'est-ce que cela peut faire? Cela fait beaucoup. j'avais Sabine. monsieur Degas. c'est Zoé.

. comme la mère s'éloignait.. ou bien faire des fautes d'orthographe et avoir de la crème? LA PETITE ÉCOLIÈRE (sans hésitation). ses mots les plus méchants n'allaient pas au-delà de cette repartie à Bonnat qui lui faisait voir un tableau d'un de ses élèves représentant un guerrier qui tirait de l'arc Degas? il vise bien. qui m'a raconté cette histoire. comme un enfant tapait sa fourchette sur son assiette. » : . » — « Non. le bleu sort du tube et non de l'encrier. monsieur Degas? — Non. S. soit la peinture. il vise une médaille. que l'enfant. n'est-ce Comme pas. le vrai Degas. Rouart. repartit Degas. M. fait Degas. émerveillé : « Étiez-vous là. le fils du peintre. c'est pour arrêter les gens qui vont déposer des statues sur les pelouses. Combien ce Degas-là. il la conservait en toute circonstance. des chats et des fleurs. un jour que tous les deux nous accompagnions Degas au Salon : « Voyons. il se prend les pieds dans les fils de fer qui entourent les pelouses et un passant s'étant indigné : « Ces fils de fer qu'on met là tout exprès pour faire tomber les promeneurs. Un soir. à dîner chez des amis. mais ma nourrice. s'écriant avec une telle brusquerie : « Qu'est-ce que c'est que ça? ». » Les cas exceptés où l'on attaquait devant Degas soit l'ordre des choses établies. le visage devenu tout blanc. Cette bonhomie qui était le fond de la nature de Degas. et.. m'a assuré qu'elle y était.Puis.. Et comme l'enfant. savoir mettre l'orthographe et ne pas avoir de crème. Degas avait raconté une histoire des temps passés à Jean-Loup Forain. Ou encore ce mot à un critique d'art. en traversant le parc Monceau pour aller dîner chez M.. — J'aime mieux faire des fautes d'orthographe et avoir de la crème! — Eh bien! dit Degas. est différent du terrible homme que la légende représente détestant les enfants à l'égal des chiens. vomissait son déjeuner à travers la table. — — Oui. Une fois. mon ami. Degas à l'enfant : — Qu'est-ce que tu aimerais mieux. moi aussi.

. Nous entrons. Avant pas ne on — vous verrez qu'on en arrivera à pleurer d'attendrissement devant un magasin avec des parapluies en montre. — de première nécessité.. J'ai passé toute ma vie à « essayer ». et l'on présente à Degas deux cannes de même bois et de même monture. justement. — Si je le savais. cette boutique de parapluies.Nous étions arrivés au Salon. Degas ne manquait pas une occasion de proclamer que Carrière était un grand peintre. mais je parierais qu'il n'a jamais vu de fleurs au corsage d'une femme. cela. enfin.. a quelque chose de bien français. n'est-ce pas un objet de luxe? c'est objets des La riposta Degas. je vais entrer là acheter une canne. mais. en passant la revue des toiles exposées. le la DEGAS (au marchand). Partout des devantures crevant de camelote dorée. S. nos tapis.. un peu riches. la peinture. M.. C'était la moins chère.. Elle est de meilleur goût que l'autre. l'une avait en plus le manche orné d'un soutaché de cuir. Au bout d'un instant : — Et dire que pas un de tous ces peintres ne s'est jamais demandé ce qu'il fallait faire en peinture! LE CRITIQUE D'ART. il y a longtemps que je l'aurais fait. Cette fois-là. DEGAS. Tenez. conduisit Degas devant un portrait de Femme avec des fleurs à son corsage. Pourquoi où avez vous canne — cuir en moins est-elle la plus chère?. Tout à coup : : — Monsieur Degas! C'était Vibert. exposition d'aquarelles! — Il faut que vous veniez voir notre Ici Vibert loucha sur le vieux macfarlane de Degas. — Qu'est-ce qu'il faut faire? DEGAS. nôtre. Fantin-Latour. Et Degas : — Il a beaucoup de talent.. . et devant les Carrière que lui faisait admirer le critique d'art — Je ne vois pas assez clair aujourd'hui. le peintre bien connu des Cardinaux. La vôtre. monsieur. — Vous trouverez peut-être nos cadres. Degas s'arrêtait devant chaque tableau.. J e me rappelle une promenade avec Degas sur les grands boulevards. connaissait l'affaire Dreyfus.

en passant devant un grand magasin : « Je vous quitte. le bon goût se paie. — Qu'est-ce qui nous tirera de là? Nous sommes dans la maison à l'envers. que c'est dans neuf jours le premier de l'an. mais comme ça arriverait après le premier de l'an. C'est comme l'autre jour. des catholiques qui vont vous vendre de la marchandise honnête et à meilleur marché?... Dès qu'il m'aperçut : — Sans moi. mais ce n'est pas moi qui ai établi les délais de livraisons du Chemin de fer. je vais acheter un jouet. comme il rentrait à la maison un des jours d'émeute. dis-je à Degas. On me dit aussi qu'il faut faire venir la locomotive de chez le fabricant. Degas sortit tout rêveur. Mettre de pareils outils dans les mains d'un enfant! Un jour que j'étais avec Degas rue de la Chaussée d'Antin. » Quelque temps après. — C'est une spécialité. je vois la petite fille d'un de mes amis armée d'une boîte à couleurs.LE MARCHAND. — Monsieur. Vollard se faisait voler chez des juifs! On parlait devant Degas de la révolution de 1848.. nous nous arrangerons pour faire venir par grande vitesse. Et sous l'œil de Degas. je me dirigeai chez les catholiques. nous devons la faire venir de chez le fabricant. Je ne donne pas la commande et je passe à tout hasard au magasin des juifs. » Avec sa méfiance des juifs toujours en éveil : — Comment. continua l'employé. « D'ordinaire nous demandons quinze jours. dans un magasin de juifs? Alors que vous avez à deux pas un autre grand magasin. je retrouve Degas dans un salon. monsieur Degas. je demande une locomotive à vapeur. Alors Degas : — Je me rappelle surtout un fait que nous a rapporté mon père. dit quelqu'un. ça fera quinze jours. Et devant un geste que j'esquissais : — Je sais bien. — Vous étiez bien jeune alors. l'autre jour.. Des .

Alors Degas : M. ce n'est pas dans mes opinions. un homme qui achète des Watteau! DEGAS. » Étant un jour avec Degas. vous vous en servez si bien... l'une d'elles : puissiez Si présentait danger de et mort vous ne que un se — sauver que l'une de nous deux?. Degas. j'ai toiles de avions fait échange et Croiriez-vous. avait reçu de lui un pastel en cadeau. Moi. Se trouvant plus tard nezsi nez avec Degas.. un peintre que Degas connaissait de longue date. Michel . « Dites.... » Et l'autre : « Non. vise un soldat qui tombe et comme il rendait l'arme à son propriétaire. qui de nous deux sauveriez-vous? » Et Benjamin Constant à Mme de Staël : « Vous. Le lendemain. Degas détourna la tête. — Qu'est-ce qu'il a bien pu dire pour expliquer cette vente? Ce n'est pas le besoin.gens tiraient sur la troupe. Comme on discutait de l'embarras dans lequel avait été mis un galant homme qui. fit Mme de Staël. j'ai eu beaucoup de dépenses. vous savez nager.. celui-ci eut un geste comme pour lui dire : « Continuez. Un passant s'approche d'un homme qui n'arrivait pas à toucher son but.. » si nous faisions naufrage. le peintre D. se trouvant avec deux dames. l'autre se lance dans des explications : Vous savez. » Degas se plaisait à ces récits du passé. il lui prend le fusil des mains. Un jour.. pour ce fait. je lui ai rapporté la sienne. nous un — retrouvé la mienne chez un marchand. Alors Degas : Léle lac Un jour. Un autre des amis de Degas.. — Je n'ai pas cherché à le voir. qui. quand un des rameurs : « Ce nuage à l'horizon nous annonce un gros temps. Benjamin. j'ai posé la toile à sa porte près de la boîte à lait. nous croisons L. il le vend. j'ai marié — ma fille. ne voulait plus le voir. Staël était barque Mme dans de sur une — man avec Mme Récamier et Benjamin Constant.

moi! On a souvent fait grief à Degas de sa « dureté » envers les autres. ne — histoires de famillet Je ne vous connais pas........ T. pendant qu'il me semblait que mes calculs d'art étaient si justes.... ou d'avoir semblé être dur avec vous. à prendre les toiles en main.. J'étais ou je semblais dur avec tout le monde..... reçus chez un peintre....... M. T... entr'ouvrant la porte « Êtes-vous pour Dreyfus? » Dois-je dire que. Je vous demande bien pardon si. .. sous le prétexte de ce damné art.. Et l'on vient parler de l'insociabilité de Degas! Mais que dire du « toupet » du public dans ses rapports avec les artistes? Ces gens qui..monsieur..... T.. Je boudais contre tout le monde et contre moi. s'informa : de sa femme... fut admis à entrer. peut-être même votre cœur.. j'ai blessé votre très noble et très intelligent esprit. Je me sentais si mal fait. puisque vous avez été amené à me le reprocher et à vous étonner de ce que j avais si peu de confiance en moi. Ici je vais vous demander pardon d'une chose qui revient souvent dans votre conversation et plus encore dans votre pensée. vous devez bien vous le rappeler... Je l'étais singulièrement pour moi-même.... Degas lui demanda des nouvelles de sa santé.. ne le laissez pas entrer quana il reviendra..... Il faut que je — l'interroge avant. Dans la lettre qui suit. il explique son état d'âme : . Zoé le fit attendre dehors... et Degas.... Il va sans dire que Zoé ne laissait pénétrer personne dans des pièces où étaient pêle-mêle tableaux et cartons bourrés de dessins. de sa fille. se mettent à ouvrir les cartons. il est venu... par une sorte d'entraînement à la brutalité qui me venait de mon doute et de ma mauvaise humeur. c'est d'avoir été........ Monsieur. si mou. DEGAS.. Je sais pourquoi vous me racontez vos pas.. fut revenu. pendant que vous n'étiez pas là. au cours de nos longs rapports d'art. sitôt affirmée sa foi nationaliste.. — Zoé. ........ il est trop laid pour que je ne m'en méfie pas. dit un jour Zoé. Quand T. si mal outillé....

voilà qu'on entend sonner. l'un des visiteurs amena sa femme. il me dit seulement en allant ouvrir : à vous j'aurai séance. mais à une heure et demie de l'après-midi. ou quand il fait nuit! Une fois l'autre parti : aussi.Et les visiteurs. mais je détournai de nous sa mauvaise humeur en disant que nous avions vu. Si vous — Un amateur m'avait dit depuis longtemps combien il serait heureux de voir l'atelier de Degas. mais l'homme si courtois qu'était Degas ne voulut pas laisser attendre à sa porte.t . avant que je ne commence à travailler. J e dois à la vérité de dire que le premier contact de Degas avec ses « hôtes » fut plutôt froid. un autre deux amis. en passant. Degas venait de se lever de table. Je vais vous — L'autre ne se tenait pas de joie : vais « apporter » un ami avec moi. répond Degas. des me pas — drait les. je pourrai vous amener des Moi — personnes à ces heures-là? Vollard.. Devant mon air gêné : — Je connais très bien Degas. il ouvrait déjà la bouche pour m'« attraper ». il faus'écria impressionnistes. n'osaient-ils pas monter à l'atelier! Un jour que j'y étais allé prendre un tableau. Quand je lui eus annoncé les visites. lorsque arriva encore quelqu'un. si bien que nous étions sept en arrivant chez le peintre. Ne parlez Degas. une exposition de « plein air » chez Durand-Ruel.. Pas à cette heure. Fort de l'autorisation du pein- - tre : conduire chez Degas. Vous — Je n'osai pas dire non. monsieur Degas. je permettez. c'était quelqu'un qui venait présenter ses souhaits de bonne année et demandait s'il ne pourrait pas faire monter un ami resté en bas dans la voiture. voulez. ne pouvant forcer la consignede l'appartement. les autres restèrent sur le palier. passerai à magasin après Je votre ma — - parler. j'entrai le premier.. Cela faisait déjà quatre. Mis au courant de la visite projetée : J'irais volontiers avec vous.

Mais relevant tout de suite vers le plafond son fusil de bois qui se trouvait viser le portrait de M. — J'y ai même rencontré Monet.. à cette exposition chez Durand-Ruel. j'allais fusiller Ingres!. monsieur Degas. UN DES VISITEURS. où as-tu vu cela? Il roule une cigarette. c'est la même que l'atmosphère du dehors? Lorsque nous quittâmes Degas.. un tableau est fait pour être accroché dans un appartement : estce que l'atmosphère du dedans. car ce tableau avait été peint sous ses yeux et il n'avait pas ménagé ses conseils pour la « mise en page ». Je me buis remis avec lui pour la circonstance. Voyons. Degas lui dit : — Mais ce carabin qui prend des notes quand le professeur parle.. — Cependant. mandé à Mlle Cassatt de faire un échange delà toile qu'elle avait exposée contre le plus beau de ses « nus ». depuis 1'« Affaire ».. un peu plus je relevais le col de mon veston... Je mis en montre dans mon magasin La petite fille au canapé bleu de MaryCassatt dont Degas aimait tant avait dele talent. Degas affectionnait particulièrement La petite fille au canapé bleu. cette visite qu'il m'avait annoncée ne me disait rien qui vaille. Et ce fut le succès du tableau. prenant une canne des mains de l'une des personnes présentes. UN AUTRE DES VISITEURS. — Monsieur Degas. » Et il me semblait que c'était plein de courants d'air. Leblanc : — Un peu plus. De même. cette Plage chez M. je lui ai dit : « Je m'en vais. j'ai étendu mon gilet de flanelle par terre dans l'atelier..Et. Rouan? DEGAS. dit au peintre : — Il faut qu'on comprenne que «ta))femme n'est pas un mo- il . quand vous peignez une composition en plein air. Moi. il mit en joue. quand Gervex fit son Rolla.. Gervex me racontait que pendant qu'il peignait sa Leçon d'anatomie. A la première exposition d'impressionnistes. je n'étais pas très rassuré. Degas était le plus précieux des conseilleurs. tous ces reflets d'eau me font mal aux yeux. — On avait dit que vous étiez mal avec Monet? — Oui. — C'est bien simple. aussi cherchai-je à le gagner. étant venu voir le tableau. fit Degas. il y a aussi des tableaux de Monet? DEGAS. Degas. j'ai assis mon modèle dessus.

. tout Pauvre penser son — temps à la rue Laffitte. le là-bas. Ce que j'étais pris par la gravure! Tous ces essais que j'ai faits. Et puis.. en arrivant à mon magasin. Je lui avais conseillé d'aller à la NouvelleOrléans.. Homme de couleur libre.) Je pense à un nègre qui était sur la propriété de ma famille. DEGAS.. Moi... mais il trouvait que c'était trop civilisé. — Vous connaissez la Nouvelle-Orléans? DEGAS..Avec le cuivre on obtient des choses extraordinaires! Mais personne ne veut vous aider! Moi... Moi. bien entendu. — C'était autrefois que cela m'intéressait. doit il Gauguin! Sur île. Revue d'art moderne disparue aussitôt née. « Fontenelle » prit sa course vers la ville où il se fit imprimer des cartes de visite portant le nouveau nom qu'il avait pris : 1 CHARLES BRUTUS. — J'y ai fait un voyage. Où est la robe qu'elle a quittée? Mets donc un corset par terre! La toile fut refusée au Salon pour inconvenance. un nègre qui s'appelait Fontenelle. Croyez-vous qu'on lui avait collé un beau nom à cet animal-là? Et il n'était pas encore content! Lorsqu'on entendit le coup de canon qui annonçait la suppression de l'esclavage. Comme je m'y atten« menacé » dais.dèle. il s'arrêta devant le Cassatt : talent!.. à Gervex. 1. dit Degas Tu — femme qui se déshabille. — Monsieur Degas. la moindre eau-forte de vous. .. Il lui faut des gens avec des fleurs sur la tête et un anneau dans le nez. le nouvel homme libre se hâta de retour- ner chez son maître pour ne pas manquer l'heure de la soupe. quand les gens n'en voulaient pas. Je me souviens quand nous — Elle a tellement de avons fondé ensemble le Jour et la Nuit. Les yeux de Degas s'étaient portés sur une toile de Gauguin. quand j'ai seulement quitté mon atelier depuis deux jours.. Degas ne manqua pas de me faire la visite dont il m'avait quelques instants auparavant. on a compris que c'est une vois. (Degas se mit à rire. J'ai des parents là-bas.

Mais il devait trouver qu'en province on n'était tout de même pas assez « au courant ». s'étant engagé sur le pont de la rivière. les épaules couvertes d'un châle. mais elle « bougeait ».. Il arrivait généralement dans le courant de la journée et repartait le lendemain. Un jour qu'il faisait un temps épouvantable : « Vite. dit-on à Degas.Degas avait posé la main sur le bec-de-cane de la porte. à Abbeville. emmitouflé dans son cache-nez. La famille Braquaval passait la belle saison à Saint-Valery-surSomme. Degas. Au moment de sortir. » Je me gardai bien de lui faire souvenir que ce « quelque chose)). il s'appuyait à la balustrade qui fléchissait. Degas aimait venir surprendre les Braquaval à Saint-Valery. » Comme la pluie redoublait : — Ce ne serait pas prudent à moi de rester. . la terrible Loulou ». regardant l'eau couler. Ce qui plaisait surtout à Degas à Saint-Valery. la fille d'un de ses amis...c'était d'avoir amené tous ces gens à son atelier. Je me rappelle que Degas avait entrepris de photographier la lune. C'était M. un jour. S'approchant : — Vous êtes le peintre des'« intimités de plein air ». à SaintValery. en attendant qu'on chauffe votre chambre. Une autre fois (Degas avait près de quatre-vingts ans). « Loulou. Mlle Louise Braquaval. c'était d'être moins exposé qu'à Paris à s'entendre appeler « maître ». il fait trop mauvais. Braquaval. tout frileux. près du feu. Ils m'invitèrent un jour chez eux avec Degas. j'avais quelque chose à vous dire.. mon médecin m'a recommandé de me méfier des grippes de province. pendant l'hiver. Une personne faisait de Degas tout ce qu'elle voulait. il se retourna : « C'est curieux. Et devant l'émoi qu'on montra : — Oh! je sais nager. avait aperçu un peintre devant sa toile au milieu d'un marché. comme il disait.

on enfermait les animaux. puis feignait de les gronder. et mon bouquet? . au moins autant que les chiens et les chats : les fleurs sur la table dans la salle à manger Un soir qu'il devait dîner chez les Forain. Degas étant allé voir les Ingres à Montauban et ayant emmené le sculpteur Bartholomé avec lui.. vois Je vous ce que — Un journaliste de province ne devait pas faire une méprise moins forte. on entendait tout à coup. un journal du lieu n'annonça-t-il pas : « Nous avons dans nos murs le plus grand sculpteur de Paris. ne s'arrête qu'au gros mur de la maison. le marchand aimablement : faites qui Cyrano. Degas va dans la salle à manger avant le dîner. et Degas n'en pouvait souffrir aucune. voit le bouquet. l'enlève de la table et. Degas avait aperçu dans la vitrine une magnifique casquette à trois ponts. il est accompagné d'un de ses amis. dans l'antichambre. — Ah! mon Dieu. des coups de parapluie. au milieu du repas. les chiens surtout le mettaient hors de lui. Si on oubliait de le faire.En passant devant un chapelier. On a vu qu'une chose déplaisait à Degas. Degas. toutes les bêtes. une petite cousine de la maîtresse de la maison avait cru « avantager » la table avec un bouquet de roses. M. suivis de cris de chiens. c'est c'est. mais la réprimande n'avait jamais de suite et Degas était bien forcé d'admirer le chat persan et d'accepter les caresses des chiens. allant droit devant lui à travers les pièces. » J'ai eu le grand plaisir de dîner quelquefois à Paris avec Degas chez les Braquaval. paie Il faut je cette me que — Il entre. « Loulou » était tellement tourmentée de ses bêtes qu'elle faisait signe à la bonne de les lâcher. dans leur si agréable demeure du quai de la Toumelle.. un peintre montmartrois. tout le monde s'écriait alors : « Voilà Degas! » Mais. Il dépose par terre le bouquet. S'arrêtant : casquette-là. et comme on attendait une troupe qui devait donner Cyrano de Bergerac. Avant l'arrivée de Degas. monsieur. Mlle Louise Braquaval adorait les bêtes.

Elle cherche partout. finit par retrouver le bouquet et le remet à sa place. — Il faut vous forcer à sortir. je ne fus pas peu surpris quand il m'annonça qu'il allait passer une quinzaine de jours à la Queue-en-Brie.. ne pus-je m'empêcher de dire. entrant dans la salle à manger. et ce qu'il appelait prendre l'air. mon ami.. c'était monter dans l'intérieur de l'omnibus le plus proche. Degas. si cela m'ennuie. étant connue l'antipathie de Degas pour les fleurs. Degas faisait ces jours-là sa « promenade hygiénique » au milieu de touffes de lilas et de roses. — Mais. Degas décida de prendre l'air quelquefois. — Monsieur Degas. de me distraire? N'importe. arrivé au point terminus. Avec la difficulté que Degas avait à quitter son atelier. acheter une voiture! Vous voulez qu'un artiste aille en équipage!.. On peut penser. la Faculté avait parlé. sauter dans un autre omnibus et puis dans un troisième.. et il ne fallut rien moins qu'une amitié de toujours avec les Forain pour que le « vieux serpent » (Degas acceptait d'être ainsi appelé par Mme Forain) consentît à revenir. le médecin s'avisa de trouver que l'air de l'atelier ne valait rien pour lui. le bon air qu'on respire.. chez son ami. Il me disait un jour le bien-être qu'il avait éprouvé d'une promenade en voiture découverte à la campagne. On court après lui. pourquoi n'avez-vous pas votre voiture? Il me regarda avec une stupéfaction où l'on pouvait voir un peu de colère : — Moi. la maîtresse de la maison à son bras.. Henri Rouart. Quand Degas eut dépassé soixante-dix ans. on le rattrape. M. avec cette « rage » des Parisiens de rapporter des bouquets de la campagne. à quel point ces sorties en omnibus lui étaient désagréables les dimanches en été. .C'était la cousine qui revenait. retrouve « ses » fleurs et plante là tout le monde. et. moi. et puis cela vous distraira.

j'ai vu dans l'air. — J'ai assez été dehors. » J e n'en restai pas moins un peu étonné de cette façon de faire du paysage en chambre. Rouart. l'autre jour.— Cela va me faire faire quelques paysages. c'est-à-dire que si j'étais le gouvernement. la peinture. Degas avait pris sur une tablette un petit cheval de bois : — Lorsque je reviens du champ de courses. Personne n'aurait pu se douter que c'était là le « terrible » Degas. sur les indications du jardinier de M. je ne fais que du paysage. — Monsieur Degas. j'arrivai à un pavillon et sur le pas de la porte je vis un vieil homme avec un pantalon de toile. au bout d'un crochet. avec une soupe aux herbes et trois vieux pinceaux piqués dedans. sans même sortir de chez soi. un cheval qu'une corde tirait dans un atelier de peintre.. Alors Degas : — De temps en temps. voilà mes modèles. il reste un moment avant le déjeuner. Vous viendrez me voir? Je ne manquai pas de me rendre à cette invitation. Je le suivis dans un petit atelier qu'il s'était arrangé. il vous en bouche un coin même avec les paysages. avec un geste brusque : — Vous savez ce que je pense des peintres qui travaillent sur les grands chemins. Lorsque je fus à la Queue. en voyage. je vais travailler un peu. Et. me dit-il. : . monsieur Degas? Degas. une aquarelle au bord d'un précipice! Voyons. Comme j'esquissais un mouvement de retraite : — Oh! vous pouvez venir. je mets le nez à la portière du wagon. un chapeau de paille et d'épaisses lunettes. est-ce qu'on n'aurait pas de quoi faire tous les paysages du monde? C'est comme mon ami Zakarian avec une noix. il en a pour travailler pendant vingt ans en changeant seulement son couteau deplace. comment pourrait-on faire tourner comme on veut dans la lumière des chevaux vrais? Moi. en passant boulevard de Clichy. — Si les impressionnistes vous entendaient. ce n'est pas du sport! Moi.. Et Rouart qui faisait. il commença un de ces extraordinaires « effets de nature» dont Pissarro disait : « Ce sacré Degas. un grain de raisin et un couteau. et le dos tourné à la fenêtre.

et comme si elle annonçait une nouvelle à laquelle Degas dût être sensible : — Mon fils fait de la peinture et tellement « sincère » devant la nature. Et quand la dame s'en fut allée dans l'état de stupéfaction que l'on devine : Moi. — Ingres ne travaillait jamais dehors. pour apprendre son métier de peintre?.... — . — Maître!. et puis lâcher son magnifique « jus de pruneaux » pour faire le Linge!. on ne se voit plus! Au même instant. j'accepterais bieh encore qu'on mit du petit plomb pour commen- cer. C'était une dame qui venait de Paris.. Moi. il est perdu. ce n'est pas la même chose. — Mais Renoir ne peint-il pas en plein air? DEGAS. et tout ce qu'il a fait jusqu'en 1875. Je vous montrerai un Renoir que j'ai à l'atelier à Paris... monsieur Degas. DEGAS. Zoé annonçait une visite.j'aurais une brigade de gendarmerie pour surveiller les gens qui font du paysage sur nature.... avec cette brusquerie feinte des gens timides. — Renoir.. — Si jeune et déjà sincère devant la nature! éclata Degas. Oh! je ne veux la mort de personne.. Il faut copier et recopier les maîtres.. il peut faire tout ce qu'il veut. Degas devint subitement rêveur : — Renoir.. et ce n'est qu'après avoir donné toutes les preuves d'un bon copiste qu'il pourra raisonnablement vous être permis de faire un radis d'après nature... madame? — Bientôt quinze ans. Elle arrivait avec une recommandation d'un des vieux amis du peintre. — Ne prononcez plus ce mot de « plein air » devant moi.. M. Vous avez déjà vu un chat qui joue avec des pelotes de laine multicolore... La dame. pensant qu'il était plus facile « d'avoir » Degas à la campagne. Pauvre Manet! Avoir peint le Maximilien. sans se démonter. de V. Eh bien! madame. — Pourquoi maître? dit Degas. — Mais.. mais Manet ne se mit-il pas à faire du plein air? DEGAS (agacé). — Et quel âge a votre fils.. il y a là une acidité de tons. Moi. le Christ aux Anges. Est-ce que Ingres.

On connaît le mot de Degas à Manet : — J'arriverai à l'Institut avant vous. du temps où vous vendiez un chef-d'œuvre cent francs. Ah! le cochon! Degas n'a jamais attaché aucun prix à l'argent. Courbet disait que. disait quelqu'un. je ne le savais pas. DEGAS. était conduit jusqu'à la grandeur nature pour être. combien cela m'embête de vendre. du moins. abandonné.Moi. cela vous serait si facile d'avoir tout l'argent que vous voudriez! Vous n'auriez qu'à entr'ouvrir vos cartons. On connaît ce mot de lui : « De mon temps on n'arrivait pas. Ainsi. je sais. — Pourquoi chef-d'œuvre?. — Monsieur Degas. pas plus grand que la main. » En réalité. il ne pouvait savoir s'ils avaient un derrière et. le au peintre de moyen pour se corriger. de corrections en corrections. Mais je me f. qu'étant donné leur taille.. n'ayant jamais vu d'anges. — Oui.. de tout ça. Et si mes « articles » se mettent à se vendre des prix pareils. monsieur Degas. Degas les faisait en recommençant son nouveau dessin en dehors du premier trait. Si vous saviez comme je regrette ce temps-là! J'étais peut-être déjà le cheval de course sur lequel on misait. ce qui amenait le public à dire : papier calque servait seulement « Degas se répète. » Et dans la voix perçait comme un regret que ce temps fût passé. qu'est-ce que ça va être pour les Delacroix et les Ingres? Je ne vais plus pouvoir m'en payer! Moi. et que j'espère toujours arriver à faire mieux. ces corrections. il arrivait qu'un nu... — Comment se fait-il que même le Christ aux Anges n'ait pas trouvé grâce devant Courbet? DEGAS. il y a dans ce Christ aux Anges un dessin! Et cette transparence de pâte. au surplus. C'est cette perpétuelle recherche qui explique tous les calques que Degas faisait de ses dessins. mais... en fin de compte. — Vous savez . ce n'étaient pas les ailes que leur avait mises Manet qui pouvaient les porter. Manet. DEGAS (brusquement). Au sortir d'une vente où une enchère sensationnelle avait été portée sur une de ses toiles : — Cela vous change.

. même aux fleurs sur la table.. On avait oublié de faire au grand-père sa panade. DEGAS. grand-père. il faut se marier. On avait reconstitué la décoration d'un dîner avec fleurs décrit par Paul Bourget. pourriez-vous lui demander où il achète ses pastels? Il a sûrement un truc pour obtenir ce ton à la fois mat et éclatant. je suis là à les laver... Degas m'avait dit à plusieurs reprises : « Vollard. Et que dire de l'extraordinaire ton des pastels de Degas? Le peintre La Touche m'avait dit un jour : — Vous qui connaissez Degas. mais je crois qu'on pourrait encore davantage s'habituer aux chiens. — Neuf heures passées!. ce que tu as fait là. — Sur toute la nappe des œillets piqués debout. de sorte que le vieillard mourait de faim devant un homard à l'américaine et du foie gras. DEGAS.. Et il y avait des fleurs sur la table.. Eh bien! on se mit à table à neuf heures passées. quand j'aurais fait un tableau. qu'à la solitude. risquai-je. Vous ne savez pas ce que c'est que la solitude quand on vieillit. — Oui. d'entendre ma femme me dire : « C'est bien joli.. je le trouvai des crayons de pastel à la main : — Quel sacré travail pour enlever la couleur des pastels.. Et une des petites filles — Comme c'est le jour de ta fête. ces danseuses qui sont aussi brillantes que des fleurs?.. parbleu!. Toujours penser à la mort!. tenez.. » : . pourquoi ne vous êtes-vous pas marié? — Oh! moi! ça n'est pas la même chose. — Comment j'obtiens ça? Avec le ton « mort »... fit Degas. et. — Mais alors. à les mettre au soleil. à les relaver. » Je racontai un jour à Degas une petite réjouissance à laquelle j'avais été invité en l'honneur de la fête d'un grand-père. Moi (désignant un pastel sur un chevalet).. monsieur Degas. — Mais vous-même alors. Étant allé à quelque temps de là chez Degas... J'avais trop peur.Et comme Manet riait : — Oui. monsieur! Par le dessin. j'en mettrais ma main au feu! Moi.. je vais te donner à tenir mes deux petits chiens.

— Un cadre de cinq cents francs! Qu'est-ce qu'il lui faut à Degas? : : . Degas avait décroché le tableau. C'était alors la brouille. Degas rendait l'argent et remportait le tableau. se servant des mêmes couleurs que l'on emploie pour peindre les chaises de jardin. Une fois. » Il affectionnait pour le passe-partout de ses dessins l'ancien papier d'emballage des pains de sucre d'un si beau bleu et faisait isoler le dessin du passe-partout par un blanc d'un demi-centimètre de largeur. comme il disait. maison.. Il disait toujours : « Pas de biseau creux qui coupe le sujet. ou.. — Fiez-vous donc aux amis! disait Degas.J'ai déjà parlé de la répugnance que Degas avait à laisser sortir la moindre chose de son atelier. c'était tout encadré. croyant augmenter la valeur de l'œuvre. Et « l'ami » qui s'imaginait que le peintre ne trouvait pas le cadre assez riche donc. invité à dîner chez un de ses vieux amis. avec l'espérance toujours d'arriver à faire mieux. » Quant à ses cadres. je passerai choisir l'encadrement. Whistler plaisantait Degas : « Vos cadres de jardin. Avec une pièce de deux sous. l'un de ses modèles favoris était le cadre « crête de coq » aux découpures imitant. C'était lui aussi qui cherchait le ton de ses cadres. entre autres. » On peut juger de la colère de Degas si « l'amateur ». il ne manquait pas de recommander « Allez chez Lézin (l'encadreur à qui Degas faisait confiance). Lorsqu'il se laissait aller à se séparer de l'un de ses « articles ». une bordure en or. s'il se fiait à ce point à l'acheteur qu'il lui remît l'objet sans cadre. il ne dépassa pas l'antichambre. un de ses tableaux dans un cadre d'or. la crête d'un coq et dont il avait dessiné le profil. substituait à un encadrement cherché avec tant d'amour. comme son nom l'indique. — Où donc est Degas? s'informa la maîtresse de C'est bien lui qui est entré tout à l'heure? On ne le revit plus jamais. Une autre de ses préoccupations était que l'on changeât ses œuvres de cadre. ayant aperçu. dès l'entrée. il souleva les pointes qui retenaient au cadre la toile et l'emporta sous son bras.

il dut se rendre compte que c'était à lui-même qu'il devait s'en prendre pour avoir peint sur une préparation à la céruse. cette fois. Degas avait horreur de la science. que ses pastels étant « repris » longuement.— Avec M. il leur reprochait de laisser un luisant et aussi de « manger » la couleur. et devant être fixés avant chaque reprise. il importait d'obtenir une parfaite adhérence entre toutes les couches de couleurs. sur un solide bristol. Et M. Rouart... comme la couleur a craqué. « Une fois collés par Lézin.. trop fraîche. tout le mal que la chimie a fait à la peinture. il y a là ce pied. — Dites donc. — Mais il n'y a pas seulement que la question du cadre! Avant que je laisse sortir quelque chose de l'atelier. Rouart. Il était d'autant plus nécessaire pour Degas d'avoir un bon fixatif. par sa méthode même de travail (les calques sur calques). Le fixatif dont il se servait était composé spécialement pour lui par son ami Chialiva. Rouart au moins.. DEGAS. un peintre de moutons. Italien de naissance... ses pastels se trouvaient le plus souvent faits sur papier à calquer. même les plus travaillées. — On ne saura jamais. aimait-il à répéter. Mais l'autre n'avait nulle inquiétude. à qui la postérité devra une juste reconnaissance du fait d'avoir aidé à la conservation des Degas. avait jugé prudent d'attacher ses fameuses Danseuses par une chaîne au mur. Voyez cette toile. qu'est-ce qu'ils ont bien pu encore avoir fourré làdedans? Mais.. Un autre de ses soucis était la composition du papier sur lequel il faisait ses pastels. . sauf que. sûr de la solidité de la chaîne. » Et la question des fixatifs! Il ne voulait d'aucun des fixatifs que l'on trouve dans le commerce. Ajoutons que Chialiva mourut sans avoir livré son secret.. disais-je à Degas. qui n'ignorait pas cette conscience du peintre à vouloir toujours « reprendre » un détail dans ses œuvres. vous êtes sûr que vos tableaux ne changeront pas de cadre. Avec une toute petite retouche.

avec cette sacrée peinture à l'huile! Quelle couches?. on ne voyait que cela dans la pièce.Un jour on parlait... si je pouvais être certain que ma peinture ne monterait pas! Enfin!.. attiré par tant de difficultés. on ne la fît transporter sur toile.. La préparation au minium des anciens le préoccupait également.. de fait. est la toile idéale? Forte. fine? Et la préparation? De la céruse ou de la colle? Une couche. et en route chez le marchand. ce que je m'embêteraisl . Degas se serait méfié qu'une fois la peinture exécutée... demi-forte. devant Degas. Et quand il s'était bien battu avec sa toile. il revenait à la peinture à l'huile. un fusain.. deux couches. Ç'a été le rêve de toute ma vie de peindre des murs... » Et. Et même si l'amateur avait son hôtel à lui. s'est peintre Le — ma manière! » DEGAS. j'ai trouvé Y. - J'arrivais un jour comme Degas rangeait une toile en train : On n'en sort pas. Degas disait aussi que s'il s'était laissé aller à son goût propre. maisles gens sont trop à la merci d'un bail. Il m'est resté dans l'œil un Nu de Degas. Comme je lui disais : écrié devant moi : « Enfin. je n'ai pas trouvé ma manière. trois . Ah. de la peinture à fresque. quand on voit combien pleinement il pouvait se réaliser avec un simple bout de charbon! A Renoir qui revenait de peindre un portrait à Munich.. je demandais ce qui l'avait le plus frappé chez son amateur. retournant à ses pastels : jamais plus à des pinceaux! toucherai Je ne — Puis. il ne serait pas sorti du noir et du blanc : « Mais quand on a tout le monde sur le dos pour vous demander de la couleur!. c'était comme un morceau du Parthénon. — Heureusement que moi.

. monsieur Chapuis. mais Chapuis secouait la tête : — La toile est bien trop finè. Le seul rentoilage qui lui allât était le rentoilage « à l'italienne ».. Je le rencontrais quelquefois chez Chapuis avec son dernier achat d'Ingres ou de Delacroix. un buste de femme nue : « Je reçois chez moi des dames du monde. faisait Degas. elle « tricotera » et vous aurez des cloques. Degas m'arrêta.. monsieur Degas? puis. des cloques partout. Degas était tout ce qu'il y avait de plus hostile au coup de fer que. disait Degas. qui lui apportant. c'était le rentoileur de tableaux.Quelqu'un que Degas craignait. une toile à rentoiler. un jour que j'étais là. voudrais que l'on mît un gendarme devant sa porte. c'est un rentoilage à l'italienne. pour le moins. on donne à la toile pour la rendre bien unie. — Voyons. il souffrait visiblement. autant que le marchand de couleurs. voyons.. ce sacré coup de fer!. — Parce que la toile est trop fine. Je racontai à Degas de quelle manière avait opéré devant moi un rentoileur que j'avais connu avant Chapuis. dit-il. mais je — Il travaille joliment bien.. Un seul trouvait grâce devant lui : Chapuis. Il arrivait à Chapuis d'acquiescer. faut! puisqu'il le Enfin. — Et il commençait toute une série de recommandations. parce qu'il n'y a pas de coup de fer. — Et pourquoi? demandait Degas. et j'ai supprimé le . en feignant la colère. dans l'opération du rentoilage.. monsieur Degas. demandait Cha— Avez-vous confiance. Tout de même. le Chapuis de la rue Crétet. Et Degas était bien forcé de reconnaître qu'il avait confiance. Chapuis.. Croyezvous. cet animal d'Henri H.. Et sa voix cherchait à se faire convaincante. Degas débutait. et si je ne la « ramène » pas avec le fer. et je puis dire qu'il n'en menait pas large pendant que le « médecin des tableaux » examinait la toile. et l'autre les crevant avec un rasoir. mais d'autres fois : — Il n'y a pas moyen de l'italienne pour cette toile. Une toile fine ayant « tricoté ». péremptoire : — Bien entendu.

à côté..1. Ce n'est pas de Boldini que parlait Degas. de toucher à l'œuvre des autres! Et ce n'étaient pas là des paroles en l'air. on peut imaginer dans quel état on mettait Degas si on touchait à l'une de ses œuvres. B. — Qui a coupé ce tableau? DEGAS. DEGAS. Rentré chez moi. lui avait fait cadeau d'un plâtre. grandeur nature. — Là-dessus. Il fit plus. Ce qu'elle était jolie cette petite toile! Je voulais. Enfin. Et Degas de commander aussitôt une vitrine. Mais comme il la montrait à Forain je n'aime pas la pornographie sérieuse. je vais essayer de « rétablir » Mme Manet.. Je suis parti sans lui dire au revoir. si vous croyez que Bartholomé beau Vous avez — vous pardonne de ne pas aimer ce qu'il fait! Et Degas. mais à force « rétablir » Mme Manet pour de remettre au lendemain. une femme qui avait été coupée en deux dans le sens de la hauteur. une Femme nue. Moi. Degas. » Moi. mais on n'a pas le droit. le peintre Bartholomé qui s'était mis à faire de la sculpture. Le coup que cela m'a fait quand j'ai revu mon étude chez Manet.Degas s'était tourné vers Mlle Mary Cassatt. lui rendre son portrait. une toile de ce peintre italien.ventre qui n'était pas convenable. — Comment voulez-vous que l'on puisse rester mal avec Manet? Seulement il avait déjà vendu les Prunes. : : I. valait-il la tableau Le — DEGAS. « Monsieur.. Degas. .. — Mais vous vous êtes remis après avec Manet. comme pour lui demander secours faire. Un jour.. en emportant mon tableau.. vous entendez. — Non. comme je vous le disais.. Non. je décrochai une petite nature morte qu'il m'avait donnée. Un ami de Degas. je vous renvoie vos Prunes.. chez lui. ingénument : dit! ai — Mais je ne le lui pas Avec une telle déférence pour le travail des autres..vous savez. il voulut faire apprécier l'œuvre à des connaisseurs. pas ça.. » A-t-on idée d 'un pareil misérable! Dire qu'il n'a pas été arrêté! peine d'être conservé? hasardai-je. lui écrivis-je. — Dire que c'est Manet qui a fait cela! Il trouvait que Mme Manet faisait mal. c'est resté comme ça. je remarquais au mur une de ses toiles représentant un homme assis sur un canapé et.

. un Delacroix ou un Ingres. il y avait le Degas collectionneur. de . qu'on lâche le dîner pour courir rue La Fayette où ce Noisy avait sa boutique qui restait ouverte le soir pour les vieux clients. Et Degas de s'emballer si bien. je crois que je ne l'auDEGAS. A la vente de l'atelier Degas. un « dénicheur » de premier ordre. celui-ci parlait de dessins d'Ingres qu'il venait d'acquérir chez le père Noisy.. Degas est à ce point impatient de voir les dessins. Un soir. cette Exécution Maximilien a été acquise par la National Gallery de Londres et les morceaux rapportés furent de nouveau séparés. comme un père dirait : « mes enfants ». i. ils ont osé couper ce tableau! C'est la famille qui a fait ça! Ne vous mariez jamais. Alexis Rouart. chez M. y compris la « bonne affaire » dans ces cartons où un Delacroix voisinait avec un Rops. il voyait là un manque de confiance. à dîner. un collectionneur passionné. que Rouart se lève de table pour chercher le carton. je rencontrai Degas suivi d'un commissionnaire qui portait sur son crochet une toile de Manet représentant un des personnages d'une Exécution de Maximilien. Noisy disait : « mes amateurs ». La pire ingratitude pour le père Noisy. c'était de marchander. le sergent qui prépare son fusil pour le coup de grâce. A quelque temps de là. Ingres? — Manet aurait tout aussi bien coupé un Delacroix ou un — Oui. on passait par derrière dans la cour. il entendait que ceux-ci ne s'en montrassent pas indignes. Le rideau baissé. et les fit recoller avec le sergent sur une toile en laissant les espaces nécessaires pour recevoir les parties encore introuvables du Maximilien 1. il en aurait été bien capable. croyez-vous. 1 rais plus revu.J'ai retrouvé ce fragment. Et cet intérêt qu'il portait à ses clients. On trouvait de tout. Alors Degas : — Quel malheur. C'est qu'à côté du Degas peintre. mais où sont les autres morceaux? Degas put remettre la main sur quelques-uns de ceux-ci.MOI. l'animal Mais s'il avait fait cela.

Vous DEGAS (la désignant à son voisin). Et de avant atelier nettoierait celui-ci son hisautre ceci est Mais une plumeau. marché à bon fait un avait trop qui femme après crier sa C'est comme le prix que ma femme a fait l'autre jour pour cette épreuve unique de Rops.. elle se retira.. -. - - . comme lot pris avait un Noisy le père partir. il y a des gens reconnaissants. — Regardez donc. Lami les y cloue. artistes les appelait ses Noisy père Le lain. sans attendre. Tu vois. N'est-ce pas. j'observais sur le trottoir une femme vêtue de noir. oui. fit Noisy. comme vous Et Degas : Renoir. monsieur Degas.le nom de pouA cette époque. qu'un racontait On prétendre.) M. on ne connaissait pas encore Mais ceux-ci enfants. monsieur Vollard. Il s'interrompit pour client. repassait devant passait et qui main à la et panier petit tenant un la boutique. des regardait Degas boutique. à son mari). peut condition mis que avait d'études. la dans Lami dans d'Eugène aquarelles feuilletait des qui » « un amateur un carton. tout en ayant une oreille tendue à tout ce qui se disait autour de lui. en sortit une.. que c est tout à fait des ailes Renoir? toiles de des jour l'autre disiez de papillons. Le père Noisy. Elle tendit son petit panier : « Ces fruits de mon jardin ». le balai et le de prendre Degas ayant Noisy. La femme avait murmuré au père Noisy un : « Bonne fête ».. qu'est-ce que c ' est? Qu'est-ce que — Tu ne Mme NOISY (prenant en Pitié la vieille. (S'adressant aux clients. auquel respect le égard un père à toujours montraient son pas ne à qui le père Noisy peintre. Noisy n'aime pas qu'on lui rappelle le bien qu'il a fait. Oui... elle entre. Satan ensemençant le monde. pose les papillons sur sa toile. A la fin.. ne cessait de pérorer... et. connaissez la lithographie de Forain Veuve d'artiste? La nouvelle venue se dirige vers Noisy qui déjà fronce les sour: cils : c'est. Pour moi. vous savez. comme prenant une grande résolution. père aperçu le chez entré j'étais jour Un A côté de lui Daumier. reconnais pas cette bonne madame N. lui.. dit Mme Noisy à son mari.

Je n'ai pas marchandé. — Ça faisait quatre mille neuf cent cinquante-cinq francs.. des Rousseau.. — Vous êtes bon.. fit quelqu'un. — Eh bien! Je prendrai le train. La vieille pleurait. j'étais ébloui. LE PÈRE NOISY (faisant l'homme gêné). le prix que son mari les avait payées dans le temps. J'aborde la bonne femme : — Madame. Elle m'en demande trois cents francs et c'était écrit sur sa figure qu'elle aurait bien baissé de moitié. Mme Noisy (aux clients). J'ai payé rubis sur l'ongle. Il y avait.— Allons. Et le père Noisy. une fois arrivés à la maison. Je me dis : il doit y avoir là-dedans un tas de bonnes choses. je marchais dans la rue.. quand je vis devant moi une vieille qui portait sous le bras un carton à dessin. père Noisy. enfin toute l'école de 1830. je l'amène dans la remise où je mets les débarras. il train. dit-elle. racontez-nous votre bonne action. elle avait saisi mes deux mains : — Vous êtes mon père et ma mère! . Pour la mettre à son aise. elle ouvre son carton. Qu'est-ce que je trouve chez cette brave femme. comme ça. j'ai allongé cinq billets.. des souvenirs de famille. aujourd'hui j'irai voir même. il a donné plus qu'on ne lui demandait. comme les cartons de chez Latouche. des choses que mon mari m'a laissées et je n'osais pas entrer dans tous ces beaux magasins. un marchand de couleurs d'autrefois qui vendait des Corot. après avoir lancé à sa femme un regard où il semblait mettre un reproche pour son indiscrétion. Eh je ça que — faut prendre le — Mais c'est dans les environs de Paris. — Il ne vous dit pas tout. elle éviterait une saisie de ses meubles... vous n'auriez pas dans ce carton des choses que vous voulez vendre? — Mais oui. HISTOIRE DE LA VIEILLE. mon bon Monsieur.. lui bien! réponds. il y avait là une de ces petites collections de gravures. Elle me dit qu'elle avait d'autres choses et que si elle pouvait les vendre pour le lendemain. au dos de chaque pièce. commença : Un jour.

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et on a vu comment Degas interprétait l'ordonnance de la Faculté. comme tout à l'heure. conclut le père Noisy. Entré dans la boutique. et au milieu était écrit en belle ronde.Et vous voyez. si je n'aimais pas tant l'art. Eh bien! tout ça est combiné entre le mari et la femme. la veille. D'un côté de la vitrine. et en invectivant contre sa femme. » Après sa séance de l'après-midi. au moment où vous êtes entré. elle n'oublie pas que. j'entends des cris au fond. passait chez les Bernheim J eune et finissait par chez moi. J e le vois encore en « arrêt » devant la « montre » des Bernheim. Je compris le jeu du ménage. Mme Noisy avait ouvert le petit panier. Je gardai mes lithos « mettre dedans » la « et désormais je n'achetai plus qu'au seul Noisy. sans moi. la scène que Noisy faisait à sa femme parce qu'elle n'avait pas vendu assez cher à un client. La Cathédrale de Chartres et les Maisons de la ville de Volterre. des lithographies de Delacroix trop bon marché. je lui rapporte ses gravures. de l'autre côté. tout était vendu chez elle. c'est comme si l'on me dévissait la tête! Enfin. un Christ au Tombeau de Delacroix. de Corot. à l'encre bleue : « A mon cher bienfaiteur. Sur les fruits un rond de papier au bord dentelé qui représentait des oiseaux se becquetant... » Comme je sortais avec Degas : « Vous avez vu. Un jour. commençait sa tournée par Durand-Ruel. il allume le client qui profite de ses sorties pour faible » Mme Noisy. je pouvais me retirer. et dans quelles mains serait tombé tout ça? Des gens incapables de les apprécier à leur valeur! A chaque fois que j'y pense. parce qu'elle m'avait vendu. après cette affaire-là. c'était Mme Noisy qui battait son mari parce qu'il n'avait pas vendu à quelqu'un assez cher. il « attrapait » sa femme. à l'époque où le médecin ne lui avait pas encore prescrit d'aller prendre l'air. la fois suivante. il descendait rue Laffitte. . Cela m'embête. Le père Noisy est un timide sous ses allures d'avale-tout-cru. me dit-il.

. dit Degas. pendant le déjeuner. D... josse-Bernheim. Ils vont chez Moreau-Nélaton. une fois bien regardée sous toutes ses faces.. ce n'est pas pour mon fichu nez! J'avais bien envie de proposer un échange de choses de moi au Prince Indien 1. Pensez donc. — Celui-là. Et Degas finit par l'avoir. — mais.. Degas revint un instant après : — Croyez-vous. on annonce la visite de M. la serviette au cou. c'est le Delacroix qui monte! Et Degas. eh bien! moi. Tant mieux. des Corot et des Delacroix pareils. Vollard? J'avouai mon ignorance. voyons. venait précisément pour demander à Degas de laisser photographier cette même litho qu'il savait être en sa possession. . penché devant un carton entr'ouvert pour en masquer le contenu. lorsque Zoé arriva essoufflée : — Monsieur. La jouissance que Degas éprouvait à « retourner » ses trésors. je vais lui en boucher un coin avec une de ces lithos de Delacroix. Le hasard fit que M. Un jour. je vais tenter le coup. J'étais chez lui. n'est-ce pas? — Comment. le dos rond. il n'aurait pas voulu? Et Degas : — Eh bien! j'en aurai le cœur net.— Qu'est-ce qu'ils peuvent bien demander de ces toiles. mais il n'aurait pas voulu.. J'ai déjà posé un jalon. j'yretourne de ce pas. ces deux Corot sont vendus de ce matin et pour rien. se précipita pour recevoir le Delacroix. i. Et l'autre : — Mais pour la reproduire. monsieur Degas? J'étais bien allé dans l'intention de tâter un peu le terrain. Mais toujours la nouvelle acquisition.. L. connaît les belles choses. je conquerrai le Delacroix. au moment de parler de prix. — Mais vous êtes entré tout à l'heure chez les Bernheim. L. Je le vois encore. je n'ai pas osé. il ne voulait la partager avec personne. était tournée contre le mur. — Pourquoi faire? interroge Degas. D. Surnom que Degas avait donné à M..

. s'il ne portait pas le ruban rouge? Degas secoua la tête : Mallarmé.. On sait que les musées ont une tendance de plus en plus grande à devenir ambulants. — Ce que je m'en moque.. après qu'elle eut manqué de me crever un œil.. quand il est venu chez moi. Alors Degas : — Ah! l'autre épreuve est introuvable! Moi.. monsieur Degas. tentant sa dernière chance : — Mais. — Tenez. L. Et lorsque M. envoyé par Roujon pour me demander si je ne voudrais pas être décoré!... j'ai mis vingt ans. riposta Degas. portaient des chapeaux ornés d'épingles longues comme des épées.. fut parti sans même avoir vu le Delacroix : — Ma parole. — Ce qu'il a « pris ». vous verrez qu'on en arrivera à promener les Raphaël et les Rembrandt sur les grands chemins parce que tout le monde a droit à la beauté 1 ! Un jour je rencontrai Degas qui descendait d'un tramway : A chaque fois que j'entre là-dedans... S'il n'y avait pas eu la table entre nous deux. . Je viens encore de voyager entre deux gredines qui. D.. lui dis-je.. monsieur. D. L. étiez Si vous — certainement plus polies. - 1. pour trouver ce Delacroix.Et. Que les autres en fassent autant! Et M. de ce droit que vous donnez à tout le monde! Mon Delacroix ne sortira pas de ce carton. pensant « avoir » Degas : introuépreuves seconde connaît la On n'en deux est et que — vable.... tout le monde a droit à l'art. elles auraient été monsieur Degas. Et la façon dont l'une d'elles m'a attrapé. Vollard.. en plus d'énormes bottes de fleurs. décoré.. en lui indiquant un monsieur en train de pisser contre la fontaine de la place Pigalle : pensez-vous que ce particulier-là ferait ce qu'il fait avec un agent dans le dos. Degas me regardait avec une réelle stupéfaction.

plus tard. étant rentré à mon magasin. Un ami arrive sur ces entrefaites. C'est que Renoir ne savait pas dire non. . Degas éclata de rire. DEGAS. on ne racontait pas que votre plus grand chagrin était de ne pas être décoré. Je rentre un instant après. Mais l'auteur de l'Illusionniste avait plus d'un tour dans son sac. moi. quand vous ne serez plus. C'est toujours là où l'on croit voir le plus de mystère.. — Monsieur Degas. je vais mettre à la poste un pneumatique.Au bout d'un moment. — Vous. on entend un « Ne dérangez pas ». A peine y étions-nous que la porte s'ouvre. — Monsieur Degas. je suis sûr que ça se passera très bien. j'entendis un monsieur penché vers son voisin : — Ce pauvre Degas.. je retourne à la poste. nous allons mettre le pneu ensemble. Tirard. qu'est-ce qu'il y a encore derrière ça? Moi. Sacha Guitry ne parvint pas à s'expliquer comment Degas lui refusait ce qu'il avait obtenu sans aucune difficulté de Renoir. Moi. Tirard 1 m'a toujours dit que son plus grand chagrin était de ne pas être décoré! Avec cette répugnance que Degas avait à « poser » devant le public.. M. Sacha Guitry venant lui demander de le « prendre » pour le cinéma. » Vous voyez.. c'était mon pneumatique qui revenait portépar un petit télégraphiste : « Voilà la troisième fois que je rapporte ici ce pneumatique qui ne peut pas être distribué parce qu'il est à destination de Meudon. on peut imaginer l'accueil qu'il fit à M. il l'atteni.— Mais.. je lui raconte la chose. DEGAS. et tout de suite nous revenons au magasin. je retrouve encore le pneu. monsieur Degas. ce serait bien étonnant si. Un jour. c'est moi... devant les faits en apparence les plus troublants. je vois le pneumatique sur ma table! Tout saisi. — Ah! la mort! je pense tout le temps à la mort. A cette idée qu'on imaginerait jamais qu'il eût pu demander une décoration. c'est vous. ancien Président du Conseil des Ministres.. Il avait trouvé le peintre qui se disposait à sortir. continuai-je. Dois-je dire qu'à l'exposition de ses œuvres qui suivit la mort du peintre. avec la façon dont on répète les choses.

A un modèle qui venait se présenter. il s'approchait de la caissière : billard?. Degas avait délaissé l'omnibus.. mais qui tout de suite sursauta en poussant un cri. Eh vos — Un jour que je l'avais accompagné au café et que les joueurs de billard étaient à leur poste : comprend pas danseuses. Quand ceux-ci tardaient à venir.dit sur le trottoir qui est à tout le monde. Il arrivait à Degas de faire une halte à un café qui était au bas de sa demeure et où. Tout à coup. il s'en montrait de plus en plus préoccupé. devant un lait chaud. je lui proposai de l'accompagner. rencontrant boulevard des Italiens Degas qui allait se coucher. Dans un salon. Quelques instants après. tout machinalement : pissez-vous? Moi je pisse très mal et mon ami Z. Sacha Guitry qui « tournait » Degas. Un soir. Avec ce besoin d'être toujours sur ses jambes. Ribby habille mieux. C'était là le signe caractéristique d'une maladie de vessie. avec l'agilité d'un jeune homme. devant les pancartes collées sur les devantures. Degas demeurait près de la place Clichy.. les jambes croisées. il me fit faire le tour par la Bastille. Alors on lui lisait : Chaussures de Limoges... puis vous regardait d'un air questionneur. il passait de longs moments à observer les joueurs de billard.... Vers la fin de sa vie. il se précipita comme s'il allait se jeter aux genoux de la dame déjà souriante. Degas s'arrêtait devant les enseignes des magasins. Poule au gibier. les gestes où Degas ne trouvait pas son affaire de peintre. assise en face de lui. le Déshabillez-vous son ». C'était M. on pouvait voir un attroupement derrière un appareil de ciné. Degas semblait mal à l'aise. ne se lassant pas de marcher. il faisait de longues promenades à pied. peintre des m'appelle le On ne on — que la danseuse a été pour moi un prétexte à peindre de jolies étoftes et à rendre des mouvements.. . agitait son pied sans s'arrêter. une dame.. de joueurs bien. au lieu du traditionnel bol de à main avait la qui peintre. Comment — aussi. Le long du trottoir.. « tisane de queues de cerises. Par contre.

de son vivant. Vollard. comme celui-ci voulait prendre la sonnette. je trouve la danseuse revenue à l'état de boule de cire. de tout temps. étant à dîner chez un ami. je ne sonne pas Zoé. Encore une ou deux petites séances. On lui a même prêté ce mot : « Il faut que j'apprenne un métier d'aveugle. — Moi. il lâcha la peinture pour la sculpture. Devant mon étonnement : — Vous pensez surtout. il avait aimé modeler. Sa peinture n'était pas davantage à l'abri de la destruction. — Pourquoi sonner? Au bout d'un moment : — La bonne ne vient donc pas? — Elle attend que je la sonne. il lui arrêta le bras : Son « — Que voulez-vous faire? — Mais. et Hébrard (c'était le nom du fondeur) pourra venir. » On oubliait que. et c'est à peine si.adorateur » avait emprisonné dans sa main le pied qui remuait : — Laissez ça tranquille. cette matière qui est pour l'éternité! Degas mit sur le chantier un grand nombre de statuettes. vous me faites tourner le cœur! Une autre fois. Mais toutes ses sculptures restaient à l'état de cires et de terres : — C'est trop de responsabilité de laisser derrière soi quelque chose en bronze. une ou deux furent moulées. Un jour. Le lendemain. et en plâtre seulement. sonner la bonne. je la tiens. à ce que ça valait. Je me rappelle notamment un Atelier de modistes dont Mlle Cas- satt m'avait dit : . mais m'auriez-vous donné un chapeau plein de diamants que je n'aurais pas eu un bonheur égal à celui que j'ai pris à démolir ça pour le plaisir de recommencer. que notamment à l'Exposition Universelle de 1878 avait été exposée sa fameuse Danseuse à la robe de tulle. Quand Degas ne vit plus assez pour peindre. il m'avait dit d'une Danseuse qui en était à sa vingtième transformation : — Cette fois.

n'est-ce pas. Un jour. le théâtre de prédilection de Degas était le théâtre Montmartre où il allait avec Renoiriet Zandomeneghi. . Un coup terrible pour Degas. ce fut son départ forcé de la rue Victor-Massé. quand je n'ai plus froid. vers 1912. Cette conversation avait lieu dans sa « salle à manger d'hiver ». la maison qu'il occupait depuis plus de vingt-cinq ans faisant partie d'un pâté d'immeubles livrés aux démolisseurs. prenant un pinceau. pour la voir jouer. Il dut chercher longtemps avant de trouver un nouveau logis et finit par prendre un appartement inconfortable dans un immeuble du boulevard de Clichy.Ce qu'on est bien ici. de descendre jusqu'aux théâtres des Boulevards. je tombe sur cette même toile. autrefois. Degas cessa complètement de travailler. je pourrais avec cet argent me payer un Delacroix que je guigne depuis longtemps. je m'en éloigne. On sait qu'Ellen André. mais il y a décidément dans cette toile quelque chose qui ne me va pas. dans les dernières années de sa vie. Il ne voulait pas d'une maison avec calorifère. Il y avait là l'actrice Ellen André 1 dont Degas appréciait le talent au point qu'il lui arrivait. chez Degas. je vais près de la cheminée. ces pièces où il fait une chaleur égale partout! Moi. Il entendait de plus en plus difficilement et 1.— Si jamais vous pouvez retrouver ce tableau. tout contre la cuisine. — Comprenez-vous. Et. quand j'ai envie de me chauffer. Donc Degas. il barbouilla un des personnages. une petite pièce au plafond bas. Alors Degas : — C'est bien tentant.. qui ne s'était pas aperçu que la cheminée renvoyait la fumée : . Ellen? Peu après avoir déménagé. je connais un Américain qui le paierait n'importe quel prix. posa pour Degas. le mot seul de « confort moderne » le mettait hors de lui. et dont la cheminée ne tirait pas. Je lui répète ce que m'avait dit Mlle Cassatt.

. Ou bien encore quand il était malade et qu'on venait près de son lit : — N'approchez pas. il était retourné au type napolitain. Mais quelle impression de noblesse émanait de cet extérieur de vieux pauvre! On aurait dit un de ces hommes de jadis descendu de son cadre de musée. vieillard au collier de barbe inculte. Quand on se servait à table : — Prenez garde. vous allez remuer mon lit! Toujours comme perdu dans un songe. Il ne pouvait plus proprement voir que pour certaines choses. mon brave. Les journées de Degas se passaient maintenant à errer dans Paris. sans but. il était entré dans un débit de tabac. un portrait de l'École Italienne : Degas avait des ascendants italiens et. toujours ses pas le ramenaient devant sa maison en démolition. avec l'âge. à travers les fentes de la palissade. on pouvait voir un vieillard regardant. vous allez faire une tache sur la nappe.. il s'informait : « Eh bien! cette guerre? » du même ton qu'il disait à Zoé : « Eh bien! cette camomille? » Son indifférence à tout s'étendait à sa propre personne. des planches dressées en bordure le long du trottoir.ses yeux lui refusaient presque tout service. Les derniers plâtras enlevés.. un terrain nu. Un jour qu'avec un feutre hors d'usage et une pèlerine luisante. la buraliste lui tendant un petit paquet : — Prenez ça. je le vois encore traversant la rue au bras d'un sergent de ville.

AUGUSTE RENOIR (1841-1919) .

.

j'allais oublier une rose à la boutonnière. C'était la première fois que je le voyais : un homme maigre. à Montmartre. 1 . où je pus admirer les plus belles toiles de Renoir que j'eusse encore vues. toute la rondeur et la bonhomie de certains pastels de Perroneau. donnant l'impression de ne pas tenir en place. me laissant dans la salle à manger. m'indiquant le couloir de la maison. « J. au regard perçant. On m'avait dit : « Renoir doit savoir qui c'est. d'un pantalon blanc. avec des escarpins vernis. habillé d'une jaquette mauve. une vieille bâtisse appelée le Château des Brouillards. une bonne. surprise des reproches de sa maîtresse : a « Mais c'est plein de boue dehorsl Et puisque la Boulangère oublié de remettre le paillasson devant la porte! » Mme Renoir alla prévenir son mari. » Je m'en fus trouver le peintre qui habitait. qu'arrivait une jeune dame. Surnom d'une autre bonne de Renoir. coiffé d'un chapeau gris. Comment? on ne vous a pas fait entrer! Gabrielle! » Alors la bonne. C'était portrait d'un homme campé au milieu le d'une allée du Bois de Boulogne. Le peintre arriva bientôt. l'air d'une bohémienne. ne m'avait pas plus tôt dit d'attendre.1 COMMENT JE FIS LA CONNAISSANCE DE RENOIR (1894) savoir qui avait posé pour un tableau de Manet que Jejedésirais possédais. Dans le jardin. dans ses bourgeoises du temps de Louis XV : c'était Mme Renoir. d'un gilet jaune.

elle a des bras. c'est M. il y a. une revue de « Jeunes ». assis devant le chevalet. ce qui faisait dire à Stendhal que les femmes de Raphaël sont communes et lourdes! » Ma visite se trouva terminée par la venue du modèle. Je ne sais pas comment font les autres pour arriver à peindre des chairs faisandées! Ils appellent ça des femmes du monde!.. des toiles. pinceaux. où je me rappelais avoir lu maint éloge de l'art impressionniste. Je dis à Renoir quel avait été mon ravissement devant deux nus de sa salle à manger. dis-je. de Raphaël. mais des mains qui se livrent aux travaux du ménage! A Rome. avait ouvert sa boîte à couleurs. J'en ai eu quelquesunes d'admirablement faites. « Ce sont des études d'après mes bonnes. oui! c'est mon ami Natanson qui me l'envoie. une Vénus. « Voilà. J'observai.. De tous côtés. Votre homme. » Et comme j'étendais la main.Je lui dis ce qui m'amenait. c'est disposé pour appuyer le pied de mon modèle. un ami de Manet. — Ma foi. des femmes du monde avec des mains qu'on aurait plaisir à peindre? C'est si joli à peindre. très appréciée du public. Mais il faut ajouter que je ne suis pas difficile... » Renoir. c'est délicieux! On sent une bonne grosse commère qui va retourner à sa cuisine.. une publication bien intéressante! RENOIR. Je fus émerveillé de l'ordre et de la propreté que j'y voyais. là-haut! Voulez-vous monter à l'atelier? » Renoir me fit entrer dans une pièce des plus banales. Palette. avant de faire poser ses modèles. tournées les unes contre les autres. un fouillis d'étoffes. Avant « .. Renoir vivement : « Ne dérangez rien. avec encore leurs bandes. donnaient une impression de netteté quasiment féminine. Je m'accommode fort bien du premier cul crotté venu. Brun. En avez-vous jamais vu. Mais nous serons mieux. des mains de femme. pour causer.. à la Farnésine. tubes aplatis et roulés au fur et à mesure qu'ils se vidaient. qui vient supplier Jupiter. pourvu que je tombe sur une peau qui ne repousse pas la lumière. une pile de numéros de la Revue Blanche. deux ou trois meubles disparates. quelques chapeaux que le peintre aimait à chiffonner entre ses doigts. près de la chaise du modèle. mais j'avoue ne l'avoir jamais ouverte. et qui posaient comme des anges.

cette fois.. après une partie de dames. Un instant après. ou de dominos. Il allait à l'atelier avec la même ponctualité que le commis à son bureau. Toute sa vie. à Cagnes... Vivre encore un peu pour faire le chef-d'œuvre!. je suis été L'opération a — très pressée. n'est-ce pas que lant qu'une bataille de Delacroix?. je tiens le secret de la peinture!. » « Je ne veux plus Renoir avait fermé les yeux avec un tel air d'abattement que. en 1916 (Renoir avait dépassé 75 ans). quand j'ai fini ma journée. au cours d'un séjour que je faisais chez lui. à la tombée préférence Mais de voudrez! Tant venez vous que « de la nuit. j'étais descendu dans le jardin.de prendre congé.. il aurait craint. je m'entendis appeler par la « grande Louise 1 ». Il s'escrimait sur des dahlias.. Excusez-moi. » Renoir travailla à ces fleurs toute la journée.. il y travaillait encore le lendemain.. La vieille bonne de Renoir... de compromettre sa séance du lendemain... en veillant.. » C'est que l'existence de Renoir était réglée comme celle d'un employé. c'est presque aussi bril« Regardez.. J'ajouterai qu'il se couchait de bonne heure.. peindre. Ah! quel malheur que chaque progrès qu'on croit faire. Je ne suis plus bon à rien. vers 1911. deMme Renoir sortant précipitamment d'une maison de santé où Renoir devait être opéré le jour même. craignant d'être importun.. . va-t-il? « Comment remise à demain. Je me souviens de la rencontre que je fis. lorsqu'on vint le chercher pour le porter sur la table d'opération. je demandai au peintre si je pouvais revenir le voir. Vollard. Une autre fois.. c'est un pas qu'on fait vers la tombe!. un Renoir rayonnant. Je lui parlai de la toile qui était en train. demande à l'atelier! » « Monsieur vous Je trouvai Renoir à son chevalet.... avec Mme Renoir. Je crois bien que. » 1.. peindre aura été son unique plaisir.. son seul délassement. je fus frappé de son air subitement découragé. mon mari m'envoie chercher sa boîte à couleurs. Il veut peindre des fleurs qu'on lui a apportées ce matin!.

Lettres à Françoise. m'est horripilant. s'adressant à moi : bénit la pro« Quel chef-d'œuvre!. me faire avaler un tas de choses. La Charogne. C'est comme ces autres machines dont Gabrielle vient de lire les titres. — On dit que les vers d'Hugo sont très beaux. qu'il y a « Voyons. de revenir le voir. mais. qui écoutait. comme dans un geste de répulsion. regardez un peu ce dans la bibliothèque? » Gabrielle.. — Il faudrait être fou pour dire qu'Hugo n'a pas de génie. je me suis couché plus tôt que d'habitude.. » Et.. La Légende des Siècles.. Gabrielle. dans le salon de Mme Ch. Renoir. dit Renoir. ouvrant un placard où gisaient pêle-mêle une vingtaine de volumes.. Renoir. à la première visite que je lui fis. C'était un soir. qui en bavaient. la haine que j'ai contre cet homme tient à ce que c'est lui qui a déshabitué les Français de parler simplement. interrompant : « Un des livres que je déteste le plus! Je ne sais pas qui m'a encore apporté ça!. énuméra : Cruelle Énigme. Je vous invite à la petite fête. La Confession d'un Amant. Les Fleurs du Mal.. Deuxième Amour.. « Gabrielle va me lire La Dame de Monsoreau.. et surtout. on se rebiffe. Si vous aviez entendu comme moi.. indifférent. Mes amis ont voulu. mais son art.. Gabrielle. Dès la semaine suivante.. étendit la main à l'énoncé de ce dernier titre. .. RENOIR.. Étant seul ce soir.. n'étaitce pas Mounet-Sully? réciter. Il venait de se mettre au lit.. Le chapitre où Chicot cession. Peints par EuxMêmes. autour.. » Mais La Dame de Monsoreau était introuvable. de tout temps.On devine mon empressement à profiter de la permission que m'avait donnée Renoir. tel qu'il est. et toutes ces dindes. n'est-ce pas? » Gabrielle continua : Mon Frère Yves. après dîner. Moi.. à la fin. vous irez sans faute demain m'acheter La Dame de Monsoreau.. je retournai chez lui. La Chanson des Gueux..

à coup Gabrielle, j'ai trouvé un livre
s'écria
Monsieur,
tout

d'Alexandre Dumas! »
Le visage de Renoir s'éclaira.
ça? »
« Ah! voyons
Et Gabrielle, d'annoncer triomphalement : La Dame aux Camélias!
vie! protesta Renoir. Je déteste tout ce qu'a
« Jamais de la
fait le fils, et ce livre-là plus que tous les autres. J'ai toujours
eu horreur de la pouffiasse sentimentale! »

J'avais aperçu, sur l'étagère du buffet de la salle à manger,
un petit service à café et deux bougeoirs en porcelaine décorés

à la main, comme en peignent les jeunes filles bien appliquées.
J e pensais à un cadeau de fête.
qui me reste de mon ancien métier
« C'est à peu près tout ce
de peintre sur porcelaine », me dit Renoir.
Et il me raconta quelques détails de sa jeunesse. Profondément intéressé par ce que j'entendais, je pris l'habitude, chaque
fois que je voyais Renoir, de lui demander de me dire des choses
de sa vie. C'est cette histoire de l'existence d'un grand peintre
que je vais rapporter ici, avec la seule préoccupation de répéter
fidèlement des paroles notées au jour le jour avec un soin pieux.

II
LES DÉBUTS

RENOIR. — Je suis né à Limoges en l'année 1841. Vous dirai-

je qu'on se transmet, dans ma famille, une légende sur
notre nom? Du moins, ma mère m'a-t-elle souvent raconté
comment mon grand-père, de naissance noble et dont la famille
avait péri sous la Terreur, fut recueilli, tout enfant, et adopté
par un sabotier qui s'appelait Renoir. Quoi qu'il en soit, lorsque
je vins au monde, mon père était un modeste artisan qui, ayant
grand'peine à vivre dans son pays natal, devait bientôt aller chercher fortune à Paris. Ne me demandez pas de vous parler de Limoges : j'avais à peine quatre ans lorsque j'en suis parti pour
n'y plus revenir.
« A Paris, nous habitions une maison située dans le morceau
de la rue d'Argenteuil qui, par son prolongement à travers le
Carrousel, se trouvait comme enclavé dans l'enceinte du Louvre;
de telle sorte que mes premières impressions d'enfance me font
revoir le décor où Balzac a placé les amours du baron Hulot et
de Mme Marneffe.
« A l'école communale, où l'on m'avait mis, mes maîtres me
reprochaient de passer mon temps à dessiner des bonshommes
sur mes cahiers; mais, bien loin de le déplorer, mes parents en
étaient tout heureux, me voyant déjà décorateur sur porcelaine.
Comme mon père était d'une ville célèbre par ses céramiques, il
était naturel que la profession de peintre sur porcelaine lui apparût tout ce qu'il y avait de plus beau au monde, plus beau même
que la musique, où conseillait de me pousser le professeur de
solfège à l'école communale, lequel n'était autre que Gounod,
âgé d'environ trente ans, et maître de chapelle à Saint-Eustache.

Lorsqu'il fut bien décidé que j'étais destiné à devenir « artiste »,
qui
avait
industriel
Paris
chez
à
apprentissage
mit
un
en
me
on
devais
je
treize
A
l'âge
de
vernissées.
de
fabrique
ans,
terres
une
gagner ma vie. Ma besogne consistait à semer sur fond blanc des
petits bouquets qui m'étaient payés à raison de cinq sous la
douzaine. Quand il s'agissait de grandes pièces à orner, les bouquets étaient plus gros. De là, une augmentation de prix, minime,
il est vrai, car le patron trouvait que, dans l'intérêt bien entendu
de ses « artistes », il fallait se garder de les trop couvrir d'or.
Toute cette vaisselle était destinée aux pays d'Orient; j'ajouterai
que le patron prenait soin d'y mettre la marque de la Manufacture de Sèvres.
petits
lâchai
les
moi,
je
de
plus
sûr
fus
je
Lorsque
peu
un
«
bouquets pour me lancer dans la figure, toujours aux mêmes
prix de famine; je me souviens que le profil de Marie-Antoinette
me rapportait huit sous. La fabrique où je travaillais était située
rue du Temple. Je devais y être arrivé le matin à huit heures.
A l'heure du déjeuner, en guise de récréation, je courais au Louvre dessiner d'après l'antique. Pour mes repas, je me contentais
de manger un morceau, n'importe où, au hasard de mes courses.
C'est ainsi qu'un jour où je me trouvais dans le quartier des
Halles, m'étant mis à la recherche d'un de ces marchands de
vins qui vendent des frites et du bœuf, je m'arrêtai, tout saisi,
devant la Fontaine des Innocents, de Jean Goujon. Du coup, je
renonçai au « bistro »; j'achetai un peu de saucisson chez un
charcutier à côté, et je passai mon heure de liberté à tourner
autour de la Fontaine des Innocents. C'est peut-être en souvenir de cette très vieille rencontre que j'ai gardé une affection
toute particulière pour Jean Goujon. Quelle pureté, quelle naïveté, quelle élégance, et, en même temps, quelle solidité dans la
matière! Les marbres d'aujourd'hui ont l'air d'être taillés dans
du savon; chez les sculpteurs anciens, on dirait que c'est enlevé
par copeaux, à gros coups de marteau, et, avec ça, ils vous donnent le grain de la chair!
((Germain Pilon a voulu refaire Jean Goujon, mais sans y
réussir. Ses draperies sont trop compliquées. C'est terrible, la
draperie, à faire! Chez Jean Goujon, comme la draperie épouse
bien la forme! combien elle vous aide à voir la place du muscle!
qu'après
cette
dire
voulais
Ah!
je
étais-je?...
Mais

vous
en
«
récréation du déjeuner, au sortir du Louvre, je retournais à l'ate-

lier où, jusqu'au soir, je peignais mes tasses et mes assiettes. Et
ce n'était pas tout. Après le dîner, j'allais chez un vieux brave
homme de sculpteur qui exécutait, pour mon patron, des modèles
de coupes et de vases. Il m'avait pris en amitié et me témoignait
son intérêt en me faisant copier ses modèles.
« Au bout de quatre années, mon apprentissage terminé, je
voyais, à dix-sept ans, s'ouvrir devant moi la magnifique carrière
de peintre sur porcelaine, à six francs par jour, lorsque survint
une catastrophe qui ruinait mon rêve d'avenir.
« On venait de faire les premiers essais d'impression sur
faïences et porcelaines; l'engouement du public pour ce procédé
nouveau avait été très vif, comme toutes les fois qu'on remplace
le travail à la main par la mécanique. L'atelier ayant dû fermer,
j'essayai de faire concurrence à la machine, en travaillant aux
mêmes prix. Mais il me fallut bien vite y renoncer. Les marchands
à qui je présentais mes tasses et mes soucoupes semblaient s'être
donné le mot pour me répondre : « Ah! c'est fait à la main! Notre
« clientèle préfère le travail à la machine, qui est plus régulier. »
Alors, je me suis mis à peindre des éventails. Ce que j'ai copié de
fois l'Embarquement pour Cythère! C'est ainsi que les premiers
peintres avec lesquels je me familiarisai furent Watteau, Lancret
et Boucher.
« Je dirai, avec plus de précision, que la Diane au Bain de
Boucher est le premier tableau qui m'ait empoigné, et j'ai continué toute ma vie à l'aimer, comme on aime ses premières
amours, encore que l'on ne se soit pas fait faute de me dire que
ce n'était pas cela qu'il fallait aimer, que Boucher « ce n'était
qu'un décorateur ». Un décorateur, comme si c'était une tare! Et
Boucher est encore l'un des peintres qui ont le mieux compris le
corps de la femme. Il a fait des fesses jeunes, de petites fossettes
juste ce qu'il faut. C'est drôle, de ne vouloir jamais donner à un
homme ce qu'il a! On vous dit : « J'aime mieux un Titien qu'un
Boucher! » Parbleu, moi aussi! Mais, enfin, Boucher a fait des
petites femmes bien jolies! Un peintre, voyez-vous, qui a le
sentiment des tétons et des fesses, est un homme sauvé.
« Ah! une bien bonne. Un jour qu'au Louvre je m'extasiais
devant un Fragonard, une Bergère avec un amour de jupon qui,
à lui seul, faisait tout le tableau, est-ce que je n'entends pas quelqu'un faire observer que les bergères de ce temps-là devaient
être aussi sales que celles d'aujourd'hui? D'abord, je m'en f...

et puis, si cela était, quelle ne devrait pas être notre admiration
pour un peintre qui, avec des modèles crasseux, nous donne un
joyau!
Moi. — Et Chardin?
RENOIR. — Chardin, c'est un emm..deur...1 Il a fait de jolies
natures mortes...
parler de mes éventails. Ce n'était pas heu« Je viens de vous
reusement ma seule source de revenus.
aîné, qui était graveur en médailles, me procurait
« Mon frère
quelquefois des armoiries à reproduire. Je me souviens d'avoir
fait un Saint Georges tenant un bouclier, iur lequel je devais
mettre un autre Saint Georges dans la même position, et ainsi de
suite, jusqu'à ce que le dernier bouclier et le dernier Saint Georges
ne pussent plus être vus que par le moyen d'un verre grossissant.
les autres, les éventails et les Saint Georges
« Mais, les uns dans
rendaient peu, et je ne savais plus que faire, lorsqu'un jour, rue
Dauphine, j'aperçois, au fond d'une cour, un grand café vitré
et des peintres en train d'en décorer les murs. M'étant avancé,
j'assiste à une dispute : le patron jurait et pestait contre ces
d'ouvriers : jamais les peintures de son café ne
« feignants »
seraient terminées à tempsf Je lui offre aussitôt de faire sa décoration.
moins trois ouvriers qu'il me faudrait... et
« — Mais c'est au
de vrais ouvriers », accentua le patron, car j'étais petit et fluet.
Sans vouloir en entendre davantage, je m'empare d'un pinceau, et je montre à cet entêté que je pouvais rivaliser avec n'importe qui pour la rapidité à peindre. Je vous laisse à penser sa
joie, et, de mon côté, j'étais joliment content!
Les fresques du café terminées, c'est sans enthousiasme que
je etournai à mes éventails, me promettant d'en sortir à la première occasion. Cette occasion se présenta bientôt. Passant
devant un atelier, je vois, collée sur la porte, une petite affiche :
On demande un ouvrier pour stores. J'entre à tout hasard. « Où
avez vous travaillé? » s'informe le patron. Pris de court, je réponds : « A Bordeaux. » Je choisissais un endroit très lointain,
m'imaginant qu'on aurait l'idée d'aller sur place s'enquérir de
mes talents. Mais il avait bien autre chose en tête, le patron. Il
I. Renoir émit cette boutade en sortant d'une exposition de Fragonard,
où quelqu'un lui disait tout le temps : « Chardin est plus fort. »

disait : « Où avez-vous travaillé? » parce que c'est la formule
habituelle, quand un ouvrier demande de l'ouvrage. Il ajouta
aussitôt : « Vous m'apporterez un échantillon de votre savoir
« faire; et au revoir, jeune homme! »
« Avant de m'en aller, j'avais eu le temps de lier conversation
avec un des ouvriers, qui m'avait paru bon garçon, et à qui
j'avais demandé quelques renseignements sur la peinture de
stores. — « Venez me voir chez moi dimanche prochain, m'avait-il
« répondu, je vous montrerai comment on procède; nous cause« rons. » Je ne manquai pas d'aller au rendez-vous. Ma première
question fut pour m'informer si le patron était commode :
— « Oh! c'est un bien brave homme; je suis son neveu. » Après
bien des hésitations, je me risquai à avouer que je n'avais jamais
peint de stores. « Mais ce n'est pas si malin que ça! fit l'autre.
« Avez-vous déjà fait de la figure? » Je commençais à respirer.
Je fus rassuré tout à fait quand je vis que la peinture sur stores
ressemblait beaucoup aux autres façons de peindre, à cela près
qu'il fallait additionner la couleur d'une certaine quantité d'essence.
«

J'ajouterai que ce fabricant de stores travaillait pour des

missionnaires qui emportaient avec eux, en rouleaux, des bandes
de calicot sur lesquelles étaient peintes, en imitation de vitraux,
des scènes religieuses. Arrivées à destination, ces toiles, tendues
sur des châssis, donnaient aux nègres l'illusion d'une véritable
église.
«

Je ne fus pas long à

«

abattre » une superbe Vierge avec

Mages et Chérubins. Mon professeur ne cachait pas son admiration. « Oseriez-vous attaquer un Saint Vincent de Paul? » finit-il
par me demander. Il faut dire que, dans les Vierges, le fond du
tableau était constitué par des nuages, que l'on faisait facilement
en frottant la toile avec un chiffon, sauf que la couleur vous coulait dans les manches, quand on n'avait pas le tour de main; tandis que les Saint Vincent de Paul exigeaient plus de science. Ce
personnage était généralement représenté faisant l'aumône à la
porte des églises, ce qui entraînait à exécuter un motif d'architecture. Étant sorti non moins victorieusement de cette seconde
épreuve, je fus engagé sur l'heure. Je prenais la place d'un vieil
ouvrier, la gloire de l'atelier, qui, tombé malade, n'avait pas l'air
de vouloir se relever. « Vous marchez sur ses traces! me disait
« le patron; vous arriverez sûrement à l'égaler un jour. » Un seul

point tracassait mon homme. Il était ravi de mon travail et
allait même jusqu'à avouer n'avoir jamais trouvé une main aussi
habile; mais, comme il savait le prix de l'argent, il était désolé
de me voir m'enrichir si facilement. Mon prédécesseur, qui était
toujours cité en exemple aux nouveaux venus, ne peignait jamais
rien sans une longue préparation et une mise au carreau soignée.
Quand le patron me voyait camper mon personnage du premier
coup, il en restait suffoqué : « Quel malheur de vouloir gagner
finirez par perdre la main! »
« tant d'argent! Vous verrez que vous
Lorsqu'il dut constater enfin qu'il fallait renoncer à sa chère
mise au carreau, il aurait bien voulu diminuer les prix, mais
j'étais conseillé par le neveu : « Tenez bon, me disait-il; on ne
peut pas se passer de vous! »
fut
petite
amassé
j'eus
quand
ce
Cependant,
somme,
une
«
moi qui dis adieu à mon fabricant de stores. J e vous laisse à penser sa désolation. Dans son regret de me voir partir, il alla jusqu'à
me promettre, si je lui continuais ma collaboration, de me céder
un jour sa maison. Malgré des offres aussi tentantes, je ne me
laissai pas éblouir et, ayant de quoi vivre quelque temps (à condition, bien entendu, de ne me livrer à aucun excès), j'allai apprendre la « grande peinture » chez Gleyre, où l'on étudiait sur le
modèle vivant. »

mourut. du moins il avait le mérite de leur laisser toute liberté. cependant. devenue si noire avec le temps. si Lapone ne m'avait pas tant pressé de venir le rejoindre. mais combien je suis reconnaissant à Laporte de m'avoir décidé à prendre une résolution à laquelle j'ai dû de devenir un peintre. Les premiers acheteurs de l'« impressionnisme » ne prenaient guère sa peinture au sérieux. c'était Diaz. après avoir donné tant de belles promesses. 1. — Monet arrivait du Havre. . Sisley était surtout sous l'influence de Corot. mon grand homme. Moi. Il faut dire que cette peinture de Diaz. — Quels étaient les peintres vers lesquels vous vous sentiez portés. mais il ne « Ce Gleyre était un fort estimable pouvait être d'aucun secours à ses élèves. quant à moi. et dont l'un. Sisley et Bazille! peintre suisse 1. vos amis et vous? RENOIR. à la première bataille de 1870. au musée du Louvre. où il avait connu Jongkind. tant nos penchants étaient différents. Il arriva. sans doute parce que Bazille était riche. L'auteur des Illusions perdues. c'est que je devais y retrouver mon ami Laporte avec qui je m'étais lié tout enfant. Et peut-être serais-je resté encore chez mon fabricant de stores. tout jeune. Bazille. que notre belle camaraderie ne dura pas. Je ne tardai pas à me lier avec les trois camarades que je viens de nommer. — Si je fis choix de l'atelier de Gleyre. C'est à peine si l'on commence à lui rendre justice. et aussi de connaître Monet. qu'il admirait beaucoup. était alors aussi étincelante que des pierreries.III L'ATELIER DE GLEYRE RENOIR.

Passant devant la Mater dolorosa. Re« noir ne joigne pas le dessin de Bouguereau! » RENOIR. — Il y a. Moi.. de huit heures à dix heures. au musée du Luxembourg. encore un nom dont je ne me souviens plus. que le mot venait de moi. qui corrigeait. qu'à sa couleur prestigieuse. — Quels professeurs avez-vous eus à l'École des BeauxArts? RENOIR.. bien plus. du progrès de ce côté. On commence à supporter. passa près de moi : « Vous ne sentez donc pas. sa voisine. lança. mais est-ce un « tableau de genre ou un tableau d'histoire? » Le plus fort. il « y a des qualités énormes là-dedans.. . je fus mis à la porte sur-le-champ. pour lequel l'École de Médecine. Arts. par surcroît. Son hostilité à mon égard s'était manifestée du jour où il avait vu une étude peinte que j'avais apportée à son cours.. et s'imaginant. à cause d'un pauvre rouge que j'avais mis sur ma toile.Moi.. à aimer votre couleur. J'ai fait la rencontre. ce marchand de cravates qui achetait des Gustave Moreau. dans sa villa des environs de Paris. s'ex« clama-t-il. il me montre. — Je me souviens surtout de Signol. — Je ne connais rien de plus drôle que les amateurs. prêtait obligeamment un cadavre. J'allais quelquefois à ces deux cours. « — Prenez garde de devenir un autre Delacroix! » s'était-il écrié.. au même moment. deux petites RENOIR. d'un « connaisseur » débordant d'enthousiasme : « Renoir est le Dieu de la couleur! » Mais je ne dois pas vous cacher qu'il n'a pas paru goûter autant votre dessin. qui était mécontent de son dessin.. en train de dessiner une figure d'après l'antique. Moi. — Vous ne m'avez pas parlé de l'École des Beaux- L'École des Beaux-Arts était loin d'être ce qu'elle — est aujourd'hui. vous savez bien. Il n'y avait que deux cours : l'un de dessin. disait l'un. tout de même. d'anatomie.. un mot que Signol crut prononcé à son intention. Signol... que le pouce du pied de Germanicus doit montrer « plus de majesté que le pouce du charbonnier du coin? » Et il répétait solennellement : « Le pouce du pied de Germanicus!. Ces deux que je voyais discuter devant une toile : « Sans doute. votre amateur s'arrêta net : « Quel malheur.. J'étais. le soir.. mais c'était chez Gleyre que j'apprenais le métier de peintre. et un autre. hors de lui. » « Un de mes voisins. Bref. un jour. s'écria-t-il.

même quand j'allais peindre dehors. Et comme je laissais percer un doute : « Bah! fait-il. du moins. en reconnaissant un de mes anciens produits. un jour que je peignais dans la forêt de Fontainebleau. à l'époque où déjà les gens me traitaient de révolutionnaire! Je puis dire. j'étais maintenu dans cette voie par un marchand de tableaux. ayant soulevé un voile qui cachait un grand cadre. Au cours d'un voyage en Angleterre. l'été. M'ayant emmené chez lui. pour travailler. je n'employais plus le bitume. Je m'étais rebiffé. pour la campagne!. » « Dire qu'aujourd'hui je pourrais peindre avec du sirop d'orgeat qu'on n'en vanterait pas moins le brillant de ma peinture. il me dit : « Je suis peintre.. depuis longtemps. se lança dans un tel éloge de sa toile que je ne pus m'empêcher de dire que j'en étais l'auteur.. je mettais encore. réussit à mettre en fuite mes agresseurs. et cela commençait à tourner mal. grâce à une canne qu'il maniait avec une grande dextérité.. le premier qui m'ait donné des commandes. Bien plus tard. A cette époque. par respect pour l'œuvre du maître. Comme je le remerciais. Cette fois. d'aller faire du paysage avec Sisley. Cette rencontre eut lieu dans des circonstances bien curieuses. Ce qui suivit me vexa un peu. de malédictions. la blouse que portaient à l'atelier les décorateurs sur porcelaine. il en est une particulièrement. A ce moment survint quelqu'un qui. que c'était sans enthousiasme que je nageais dans le bitume..... « Parmi les raisons qui me firent « lâcher » la peinture noire. la rencontre que je fis de Diaz. Mon hôte. devant moi. il me fit entrer dans une pièce en marchant sur la pointe des pieds. moi .. je devais avoir l'explication d'une telle passion pour la peinture noire. en guise d'un Rousseau.. j'avais fait la connaissance d'un amateur qui disait avoir un Rousseau. mais il fallait voir la sale couleur que j'avais sur ma palette. où j'avais l'habitude. Et moi qui m'imaginais que mon nom commençait à être connu! car cette scène se passait à une époque où. Le brave Anglais changea subitement d'avis sur la beauté de son acquisition. il me dit en baissant la voix : « Regardez!. réprimant un sourire devant mon manque de goût. lui avait collé un Renoir. j'eus maille à partir avec des passants qui me plaisantaient à cause de ma blouse.croûtes en pendant signées Corot.. malgré une jambe de bois. et. l'effronté voleur qui.. Il ne se gêna pas pour accabler. » « — N'est-ce pas un peu noir? » risquai-je..

Après le Salon. — En 1863. un Salon des Refusés. (C'est peut-être la seule fois que j'entendais louer mon dessin.) « Mais si noir? » Sur l'heure. je lui montrai la toile que j'étais en train de peindre. encore beaucoup plus connus que nous. il faut le dire. et un peu aussi. timidement. Et je peux dire que cette Esmeralda fut vraiment la dernière chose que j'aie peinte au bitume. on était très libéral. ne sachant que faire d'un objet aussi encombrant. Il faut ajouter aussi qu'il y avait alors moins de peintres que maintenant. cette année-là. je commen« pourquoi diable peignez-vous çai un paysage en cherchant à donner aux arbres et aux ombres. effort qu'il faut « s'empressa-t-il d'ajouter. sous l'Empire. et. Ses premières paroles furent. pour dire qu'il la détestait. en voyant ma toile : « et des terrains lilas? » Moi. — En quelle année avez-vous exposé pour la première fois au Salon? RENOIR. Leur aventure avait même donné lieu. dans la presse. J'avais envoyé une grande machine. la lumière que je leur voyais.aussi. Voyez ma chance : le même jour. à de telles protestations. « Ce n'est pas mal dessiné ». « Mais. je fus défendu par Cabanel. tout de même. Je me rappelle encore les reflets de la flamme en grandes ombres portées sur la cathédrale. sur le terrain. je m'appelle Diaz. dont ma palette ne s'était pas complètement débarrassée. au contraire. à commencer par Manet. Il va sans dire qu'on donna aux exposants les plus mauvaises salles du Musée. « Tu es fou! s'exclama quelle idée de faire des arbres bleus « Sisley. on ne voit pas aujourd'hui un ministre des Beaux-Arts autorisant une telle exposition au Louvre et un Bonnat acceptant de l'organiser! C'est que. D'autres peintres. » Je lui exprimai mon admiration pour sa peinture. je détruisis mon œuvre. me dit Diaz. L'organisation en fut seulement confiée à un académicien. il y a là-dedans un Esmeralda « reconnaître malgré tout! » Ma toile représentait une dansant avec sa chèvre autour d'un feu qui éclairait tout un peuple de truands. par haine du bitume. mais ils avaient été moins heureux. « Mes camarades de l'atelier Gleyre avaient affronté le Salon en même temps que moi. Chose curieuse. Ce n'est pas que celui-ci aimât le moins du monde ma peinture. que l'empereur Napoléon III voulut bien permettre que l'on fît. je recevais la visite d'un Anglais qui voulait justement ce tableau. encore qu'on « . dans un local du Louvre. avaient été également refusés. Mais.

Celui-ci arriva. « Mon bon Renoir. n'ayant pas pour vivre. « réaliser »! Voyez-vous Cézanne. accompagné de deux jeunes gens : « Je t'amène deux fameuses recrues! » C'étaient Cézanne et Pissarro. un petit atelier que je partageais avec Bazille. intimement tous deux. qui était jugé peu décent. d'une figure de Raphaël. on trouve un cas semblable à celui de Cézanne. obligé. sous son bras. si même on a eu la chance de la de rentes. que l'on trouvait mauvaise. il est chez « bien heureux! Mon tableau a eu le « quelqu'un qui l'aime! » amateur! » Cet ama« Je me dis : « Quelle veine! il a trouvé un . Cette toile venait d'être refusée au Salon.commençât à les trouver bien encombrants. dans la suite. demeurer aussi isolé que si l'on était dans une île déserte! Et aussi. autant pour la peinture. dit-il. que pour le sujet. aux Batignolles. — « Il n'y a plus d'argent à la maison! je étude assez « réalisée ». mais c'est de Cézanne que j'ai gardé le souvenir le plus vif. « Ce fut aussi cette année-là (1863) que je connus J'avais alors. Je ne crois pas que. depuis le premier jour où l'on a tenu un pinceau. fut un gros succès de rire. Avoir vécu soixante-six ans et. une telle indifférence pour son œuvre une fois faite. comme il aimait à dire lui-même! tableau qui « Un jour. rue de La Condamine. je rencontre encore Cézanne. Cela se passait sous Louis-Philippe. un traînait jusqu'à terre. Les membres du Jury ignoraient apparemment que Manet n'avait pas seulement peint là un des sujets de la grande École Vénitienne : il s'était inspiré encore. je suis plus vif succès. dans sa femme nue. un jour. si peu « pratique dans la vie ». La repartie de Balzac à l'offre qu'on lui faisait d'écrire un Salon est typique. « — Vous ne savez donc pas qu'il me faudrait regarder près « de quatre cents toiles! » « L'Exposition des Refusés. s'attendrissant. dans toute l'histoire des peintres. un diamant!) Quelques jours après. les « Je devais les connaître. Manet avait envoyé son Repas sur l'herbe. je le rencontre avec. cela va sans dire. « vais essayer de vendre cette toile! Une la collection « n'est-ce pas? » (C'étaient les fameux Baigneurs de Caillebotte. d'attendre le client! L'imaginez-vous se contraignant à sourire complaisamment à l'« amateur ))qui se serait permis de dédaigner Delacroix? Avec cela. Cézanne. à côté de cet amour passionné de son art.

cette si jolie construction du XVIIIe siècle. il me semble que c'est d'hier : « On prend une branche de fenouil. ce grand salon. Et. car il voulait acheter la biche seule. un jour. une fois de plus.. comme l'autre s'était extasié devant la toile. avec un tableau qui représentait un Jeune homme se promenant dans la forêt de Fontainebleau. bâtir des maisons habitables. » Cette conversation avait lieu au cours d'une promenade dans les bois de Louveciennes. mais. une Chasseresse. voir Paul Cézanne. aux environs d'Aix. J'ajoutai une peau de bête. une « petite cuillerée d'huile d'olive. . à cette époque. et. « Je me rappellerai toujours les bons moments que j'ai passés. mais l'affaire ne se conclut pas. qui aurait dû être glacial avec son plafond si élevé. Ce devait être la dernière exposition de ce genre. N'ayant pas trouvé grâce devant le Jury. je ne fus pas aussi heureux l'année suivante. Je me souviens cependant d'avoir peint. à ses pieds. Le tableau est peint au couteau. également au couteau. tout bonnement. un amateur.teur. Sur Cabaner. par exception. je dus exposer aux Refusés. grandeur nature. J'avais voulu faire. le succès des Refusés fut moins grand. On savait. » La brave femme que c'était! Renoir reprit : « Je vous ai parlé du Salon de 1863.. j'eus la bonne fortune d'être admis au Salon de Cabanel. et moi. la même année. et mon étude de nu devint une Nymphe chasseresse. je ne voulais pas « détailler » ma toile. pour cacher la nudité des chairs. un pauvre diable de musicien qui gagnait à grand'peine de quatre à cinq francs par jour. le Jas de Bouffan. le peintre lui en avait fait cadeau. le peintre Lecœur. un paravent derrière soi. car c'est un procédé qui ne me va pas. une biche. dans la maison du père de Cézanne. avec des cheminées où l'on pouvait se chauffer. Quant à moi. Je n'arrivai pas pour cela à m'en défaire. je mis un arc dans les mains du modèle et. l'agréable chaleur qu'il faisait! Et ces bonnes soupes au fenouil que nous préparait la mère de Cézanne! Je l'entends encore donnant sa recette. me I. Mais comme on avait trouvé mon tableau peu convenable. Il se présenta bien. eh bien! quand on était assis à la cheminée. en 1865. s'arrêtant. suivi de ses chiens : ce jeune homme était un de mes amis. cette fois. Cézanne l'avait croisé dans la rue. une étude de nu. de fait. Tout à coup Renoir. c'était Cabaner 1.

» . l'impressionniste? demanda le vieux monsieur. le peintre délicat des liserons et des roses. Mme Ellen André. « C'est Renoir. à Ville-d'Avray. Si vous le rencontrez.'j'ai un peu négligé les amis. qui a fourni jadis à Renoir l'occasion de quelques-unes de ses plus belles études. il n'aurait sans doute pas.désigne le coteau voisin : « Ces arbres. aimait-elle à dire. dans ce délicieux jardin où tout pousse comme il veut. Je ne connais que trois peintres qui ont pu rendre ça : Claude Lorrain. il se souviendra sûrement de moi. un des invités.. — Oui. songé à faire de la peinture. j'étais forcé de gagner mon pain à faire des vitraux d'église. et. je ne les regardais pas seulement comme motifs à peindre! Aussi. On mettra la table dehors sous les rosiers et nous parlerons de Renoir. lui. jadis. Henri Dumont. de quelque temps. « Mon Paradou ». avec quel plaisir! En arrivant chez Ellen André. les femmes nous ont séparés! Moi. et moi. ce ciel. sans lui. déjà. j'ai une Rose qu'il m'a donnée. parlez-lui de son ami Laporte. cape romantique. si l'on songe que. m'avait dit : « Venez donc déjeuner. LAPORTE. Il était accompagné d'une jeune nièce. je lui ai fait présent d'un Mouton peint au bitume. peignait des stores. Il faut vous dire que j'ai perdu de vue Renoir d'assez bonne heure.. on me présente à un vieillard bien conservé. LAPORTE (vivement). — Vous avez des Renoir? M. avec toutes les allures traditionnelles de l'artiste : chapeau mou à larges bords. » J'avais accepté. allez! En ce temps-là. cet ami de jeunesse dont Renoir m'avait dit que. un jour. Je l'ai beaucoup connu dans ma jeunesse : nous étions intimes. vanta les tableaux de Renoir. — Mais moi. une étude d'après nature dont j'étais assez satisfait. Corot et Cézanne. A table. j'étais libre penseur convaincu! Moi. » Le hasard m'a fait me rencontrer avec le peintre Laporte. La vie. — un pain bien amer. — Je croyais que Renoir ne voyait dans la femme qu'un prétexte à tableaux? M. chez moi. en échange. lorsque j'ai commencé à aimer.

deux autres peintres. Renoir qui vient ici. je sais trop bien de quoi il retourne! Et savez-vous ce qu'on vient encore de m'apprendre? Eh bien! il paraît que pour mieux tenir les artistes en main. je le suis toujours. fois. choses que Renoir disait? des Mais souvenez-vous vous — . moi qui suis du bâtiment. En voilà un qui ne plaisante pas avec la ligne ! Si Renoir m'avait écouté et avait su joindre le dessin à la couleur. une maison qui depuis. si l'Hôtel des Ventes! Mais. » J'allai à l'adresse indiquée. très féru de David.. les marchands les obligent à faire des dettes! Oui. Renoir. comme mon éminent ami Lecomte du Nouy! Mais quand je disais à Renoir : « Il faut se forrépondait? qu'il dessiner! à me ce savez-vous » cer fais comme un petit bouchon jeté dans l eau et emporté « Je cela peindre à aller laisse me courant! Je comme le me « par vient! » « Moi... l'on prend pour argent comptant tous ces prix de « Oui. qui sait s 'il ne serait pas devenu un autre David. monSi sieur! » Je devais trouver un autre témoin de la jeunesse de Renoir Ma femme de ménage m'avait dit : « M. Lui aussi est arrivé à une belle situation : il est concierge sur les grands boulevards. Eh bien! il y a un Monsieur.Et reprenant : point faible. l'autre Renoir! j'ai un son vu « je l'ai reconnu tout de suite. j'étais commis chez un tapissier décorateur. où je donne quelquefois un coup de main.. Il y a cinquante ans de cela. A cette époque.. Il m'a emmené deux ou trois fois au Louvre avec lui. le dessin est ainsi. Renoir parlait tout le temps de la peinture. Nous étions plusieurs à la même table. je prenais mes repas dans une crémerie où il mangeait aussi. qui a connu M. dessine Renoir son car « n'est-ce pas? eh bien! ce n'est pas faute que je l 'aie exhorté a se surveiller! J'étais alors. dans portrait. — En tout cas.. Renoir me semble avoir assez bien réussi! » Mon interlocuteur crut que je parlais des prix qu'atteignent les Renoir. A mes premiers mots : journal. j'ai vu dans un journal que ses tableaux se vendent cher.

— Comme si . il y avait un roulement d'établi pour l'os à moelle. monsieur! Ainsi.c'était d'hier. eh bien! Renoir disait tout le temps que c'était son tour! » Mon interlocuteur se tut. ses souvenirs sur le peintre s'arrêtaient là. à notre table.

Certaines de ces décorations me plaisaient beaucoup et je croyais les avoir mises à l'abri de la destruction en disant à la mère Anthony que. je les avais empruntés à des sujets peints à même le mur. qui étaient l'œuvre sans prétention. Quant aux motifs qui constituent le fond de mon tableau. mais elle me rappelle tellement l'excellente mère Anthony et son auberge de Marlotte. dont Sisley et Lecœur. La vieille femme coiffée d'une marmotte. que je reproduisis dans ma toile. ce Renoir! Avoir fait racler des RENOIR. qui avait une patte de bois. c'est la mère Anthony en personne. la superbe fille qui sert à boire était la servante Nana. c'est Toto. elle pourrait tirer un bon prix de ses fresques. où je peignais la Lise (1866). Un jour que je travaillais « sur le motif ».IV LE CABARET DE LA MÈRE ANTHONY (1865) — Le Cabaret de la mère Anthony est un de mes tableaux dont j'ai gardé le souvenir le plus agréable. des habitués de l'endroit. en haut à gauche. Je fis poser autour de la table quelquesuns de mes amis. la vraie auberge de village! J'ai pris comme sujet de mon étude la salle commune. Moi-même j'y avais dessiné la silhouette de Mürger. village des envi« L'été suivant. Ce n'est pas que je trouve cette toile particulièrement excitante. mais souvent très réussie. qui servait également de salle à manger. comme aurait dit Cézanne. si la maison devait être un jour démolie. je m'étais installé dans un rons de Marlotte. voilà que j'entends prononcer mon nom dans un groupe de jeunes gens à côté : peintures « — Quel toupet. Le caniche blanc. . à Chailly.

d'un détail de son exposition de 1867. où habitait ma famille. — Vous avez connu Courbet? RENOIR. Moi. Et lui-même. « Mais l'Exposition Universelle n'est pas le seul événement sensationnel de l'année 1867. il était en train de s'habiller. en m'en allant. Il s'était offusqué de ce qu'il voyait sur les murs : un des rapins ne s'était-il pas avisé de transformer le derrière nu d'une vieille dame en une figure moustachue de grognard! « — Effacez-moi bien vite ces horreurs! s'était écrié Regnault. Henri Regnault. Cette même année. Voici ce qui s'était passé. Il resta. Il avait fait construire une espèce de soupente où il se tenait pour surveiller son exposition. Lorsque les premiers visiteurs arrivèrent. pour mettre à la place sa grande tartine! » Je cours à l'auberge. confiante. déjà célèbre. — J'ai beaucoup connu Courbet. — Au Salon de 1867. dans un coin. il descendit en gilet de flanelle. en contemplation devant ses tableaux : « Comme c'est beau! Comme c'est c'en est stupide! » « magnifique!. on ne pourra plus à sa seule « Et cette admiration était. avait fait venir un badigeonneur. on pensa alors à ma toile que j'avais abandonnée. Ce tableau si peu audacieux fut jugé d'une hardiesse inacceptable. Moi. et qui avait été mise au grenier. » « La mère Anthony.. à tenir sa promesse. C'est aussi cette année-là qu'eurent lieu les expositions particulières de Courbet et de Manet. l'année de l'Exposition Universelle. pendant de longues années.. notamment. bien entendu. Pour ne rien perdre de l'enthousiasme du public. réservée . sans avoir songé. à une placé près d'une porte : passer! » « — C'est bête.si amusantes. s'était arrêté chez la mère Anthony. C'est tellement beau que stupide! » « Et il répétait tout le temps : « C'en est exposition où on l'avait « C'est encore lui qui disait. comme de juste. et Regnault était parti. Je me souviens. — La Lise dont vous venez de parler n'a-t-elle pas été reçue au Salon? RENOIR. sans prendre le temps d'enfiler sa chemise qu'il avait gardée à la main. l'un des types les plus étonnants qu'on ait jamais vus. à Louveciennes. que je terminai seulement en 1868. Je vous peindrai à la place quelque chose d'artistique. Pour cacher la nudité du mur. je fis une Vue en Plein air de l'Exposition Universelle.

. comme s'il recevait de la pluie sur le dos.. — L'impression qu'on en garde. — C'était pas mal.. — Vous aimez la peinture de Courbet? RENOIR.. — Manet se sentait porté vers Courbet. tenez.. « — C'est bien mauvais. toi. dit par Courbet. voyez-vous. je ne dis pas. — Des choses qu'il a faites dans les commencements. RENOIR. C'est comme. — C'était encore une des toquades de Courbet.... pour savoir s'ils ont un cul? » Moi. — Quels étaient les rapports de Manet et de Courbet? RENOIR. lorsque Courbet disait à un jeune peintre qui lui faisait voir une tête de Christ : « Vous connaissez « le Christ. — J'ai entendu des admirateurs de Courbet dire que si ce tableau était inférieur aux autres. mais avait habillé des modèles en prêtres... envoies au Salon! lui disait-il. avec lequel il était très lié. lorsque Manet eut peint son Christ aux Anges. Courbet!. Et ce pauvre petit M.. Bruyas qui est là. c'est que le peintre aura passé des mois devant une glace à « finir » sa pointe de barbe. — Et le tableau si vanté : Bonjour. incliné. par . qui a peint le portrait de Proudhon et encore. Moi. — Il y a un mot qui revient toujours... que des kilomètres d'une peinture archi-forte.peinture. Parlez-moi des Demoiselles de la Seine! Voilà un magnifique tableau! Et c'est le même homme qui a fait cela. Monsieur Courbet?. c'est que Courbet n'avait pas fait poser de vrais curés... faire un compliment à Claude Monet.. enfin qu'il y manquait le côté nature indispensable.. ces curés sur des ânes. tenez.. la nature! Ah! cet atelier qu'il avait fait arranger pour « faire la nature »! ce veau attaché sur la table à modèle!. mais moi. quand on parle de Courbet : « Comme c'est fort! » RENOIR.. avec trois jolis tons dessus.. RENOIR. — Mais pourtant. mais à partir du moment où il est devenu M. Moi. et embêtante! MOI... Et que l'autre lui disait : « Tu as vu des « anges. mais dit par un autre. — C'est exactement ce que Degas ne cessait de dire devant les Legros. Il voulut. j'aime mieux une assiette d'un sou.. vous? Pourquoi ne peignez-vous pas plutôt le por« trait de votre père? » RENOIR. cela devenait moins bien. Quelle peinture ! Ce côté de pâte si joli. Moi. lequel.. ce que tu Mais comme ça va les embêter! » Moi. un jour.

Daumier. les immenses bienfaits. etc. on doit nécessairement partir du simple pour arriver au compliqué.. Ou plutôt. Delacroix. ne considérait guère la peinture de Manet. Courbet lui-même. avec Manet et notre école. qu'ils ne comprenaient plus. inconsciemment. Ingres. » Et la même raison qui attirait Daumier. Géricault. quand on est livré à ses propres forces.. Il était bien naturel qu'il en fût ainsi : Courbet. mais on conçoit aussi combien les héritiers des traditions d'autrefois. — depuis des hommes chez qui ceâ traditions. il va sans dire que je n'ai pas la naïveté de prétendre qu'il y ait. fallait-il avant tout apprendre le métier de peintre. comme dans les autres arts. — aient pu se trouver désorientés devant ce qui leur semblait des images d'Épinal.. c'était l'avènement d'une génération de peintres à un moment où l'œuvre destructrice commencée en 1789 se trouvait achevée. pour nous.. pourtant. jusqu'à des peintres comme Courbet. Tandis que. par degrés insensibles. eut ce mot en visitant une exposition de Manet : « — Je n'aime pas absolument la peinture de Manet. au fond.. Dans l'art. . Daumier. etc. des courants absolument nouveaux. comme dans la nature. Ï4 Figure du jeu de cartes. comme les Abel de Pujol. la grande recherche a été de peindre le plus simplement possible. comme. dans les arts. pour cela. Delacroix. et les maîtres en apparence les plus révolutionnaires de la première moitié du XIXe siècle. mais j'y trouve cette qualité énorme : ça nous ramène à Lancelot 1. ne s'est opérée que lentement. quelques-uns de ces nouveaux venus auraient bien voulu renouer la chaîne d'une tradition dont ils sentaient. les Cabanel.. Manet. c'était une ère nouvelle de la peinture..contre. avait éloigné Cour« bet de Manet. étaient encore imprégnés des traditions anciennes. et. pour lire un livre. mais. Ingres. il faut commencer par apprendre les lettres de l'alphabet. les Gérome.. Mais tout cela n'empêche pas que la Révolution de 1789n'ait eu pour effet de commencer à détruire toutes les traditions. qu'une continuation plus ou moins modifiée. La disparition des traditions en peinture. finissaient de se perdre dans le lieu commun et la vulgarité. ce que nous sommes tentés de prendre pour des nouveautés n'est. c'était encore la tradition. Certes. On conçoit donc que. avec son dessin lourdaud.

si méchant. — Robert-Fleury dont on disait à Manet : « Voyons... — L'accord ne devait pas régner longtemps entre Couture et Manet.. Mais. qui aimait Courbet. Moi. ça n'est pas des cartes à jouer! » « Moi... l'Institut. Ils se séparèrent sur ces mots du maître à l'élève : « — Adieu. — Comment Manet. — Il n'est pas tout à fait exact de dire qu'il s'en accommodât.mais la peinCourbet. il a l'autre pied dans la terre RENOIR. Il était allé chez Couture comme on va dans un endroit où il y a des modèles. jeune Daumier! » . Même chez un Robert-Fleury. « pied dans la tombe... pouvait-il s'accommoder de l'enseignement de Couture? RENOIR. » « en attendant..... ne soyez pas répliquait : « Oui. Un homme qui a déjà un « Manet. disait suis de Je pas ne — ture. » A quoi Manet de Sienne brûlée..

à la Grenouillère.V LA GRENOUILLÈRE (1868) RENOIR. on n'était pas réduit. une poupée sous le bras et un cerceau à la main! « On savait encore rire à cette époque! La mécanique ne tenait pas tout dans la vie. on avait le temps de vivre... et quel mélange de monde!. de temps en temps. comme aujourd'hui. On voyait bien. le restaurant Fournaise. Moimême. j'ai peint beaucoup à la Grenouillère. « J'étais tout le temps chez Fournaise. Maupassant exagère un peu. ces animaux crevés qui s'en allaient au fil de l'eau. ce qu'elles avaient l'air sain! Il n'y avait pas encore ces sexagénaires qui s'habillent en fillettes de douze ans. j'ai vu la rivière se nettoyer peu à peu. Il y avait là un restaurant si amusant. deux femmes s'embrasser sur la bouche. et on ne s'en faisait pas faute. mais. Avez-vous lu La Femme de Paul. J'y trouvais autant de superbes filles à peindre que je voulais. de Maupassant? Moi.. à suivre un petit modèle pendant une heure pour se faire traiter finalement de vieux dégoûtant. . C'était une fête perpétuelle. jusqu'au moment où l'on ne rencontrait plus que de loin en loin un chien mort qu'à mon grand étonnement des bateliers se disputaient à coups de rames : j'appris alors qu'il s'était monté à côté une petite fabrique de rillettes. — Cette histoire d'un jeune homme qui se jette à l'eau parce que sa maîtresse lui fait des infidélités avec une femme? RENOIR. « Le seul désagrément alors de cette Seine aujourd'hui si nette. — Là.. — En 1868.

tout cela ne demandé ce que je lui prendrais pour le portrait de sa « petite amie». venu. Et ces mêmes gens qui parlent aujourd'hui avec le plus de conviction de la manière raffinée du portrait du Père Fournaise ne se seraient pas fendus de cinq louis pour un portrait.J'avais amené beaucoup de clients à Fournaise.. « Et du portrait de la femme d'un cordonnier. les yeux faisaient bien. qui passait pour le comble de la vulgarité. Cette toile. A chaque fois que je croyais le tableau fini.. je trouvais à faire un portrait payé.. notamment. il semblait que.. mademoiselle est la fille d'un officier supérieur et elle possède ses brevets! » blague. que vous me feriez un portrait de femme pour cinquante francs? Ecoutez. que de difficultés pour en toucher le prix! Je me souviens. .. et que je lorgnais mes bottes. mais. de bien bonnes « filles! si. la gracieuse Mme Papillon. me « — Quel portrait? Renoir. je fis enlever à la bache« Je dus m'exécuter. quand vous avez con« — Vous savez bien. tandis que. déposer son petit chien.. vaut-il pas mon ami B. avant 1870. J'avais fait le père Fournaise avec sa veste blanche de limonadier et en train de prendre son absinthe. je voyais arriver une tante. « — Ne trouvez-vous pas que ma n'a pas le nez si long?. par hasard. maintenant. est subitement devenue d'une facture distinguée. voyons. il s'amène chez moi avec une femme qui n'était pas drôle pour un sou : dit-il! « — C'est pour le portrait. il me commanda son portrait ainsi que celui de sa fille. à une époque où cinq louis m'auraient été si utiles! Tout ce que je pouvais alors obtenir de mes amis. C'était alors une autre histoire : tout à l'heure. » faisais à la « bour« Pour entrer en possession de mes bottes. son manchon. Je lui réponds : «Cinquante francs. je geoise » le nez de Mme de Pompadour. par reconnaissance. notre dame. par lière son chapeau à fleurs.. que j'exécutai pour une paire de bottes. lequel m'avait « Encore.. C'était le bon temps. lorsque j'ai commencé à faire de gros prix à l'Hôtel Drouot. ma mère. une fille. » Trente-cinq ans après. ou même la vieille bonne : nièce.Et toute la famille se pressait autour du portrait pour chercher des défauts encore inaperçus. pourtant!.. c'était de faire poser leurs maîtresses.

. il y avait la Tonnelle.. même si l'on supporte le froid. longtemps après. — Le Harem est exactement de 1869. pour la somme de cinq cents francs.. « — Ah! grand merci! Je reviendrai le prendre. C'est un pur hasard que cette toile existe encore. votre tableau!. J'ai toujours détesté m'encombrer de grandes machines.mille francsl » (Note de J'aut81W). je laissai donc mon tableau en quittant l'atelier.. — Nous en étions restés à vos premières toiles de la Grenouillère. Je n'y pensais plus quand. aussi... Je n'ai jamais supporté le froid. dans la même rue. » « Je me rendis compte. en traversant un quartier éloigné.. — Le Harem n'est-il pas de ce temps? RENOIR. N'est-ce pas aussi de la même époque. M'ayant aperçu : « Croyez vous! un portrait tellement ingrat! Cette pauvre Anna ne peut pas en trouver plus de cinq . — Oui. J'ai plus tard vendu le Harem. je me hâtai de répondre oui. la Femme qui a le doigt sur la bouche et le portrait de mon acheteur lui-même. pourtant.. Je me rappelle aussi deux ou trois petites études. c'est-à-dire des toiles peintes en 1868-1869. s'écrie-t-elle. cette lèpre de la nature? Moi. J'avais déménagé peu de temps après l'avoir peinte. pour me débarrasser de cette obsession. . un grand paysage avec figures par un temps de neige? RENOIR. je me trouve encore nez à nez avec cette brave femme : « — Vous savez. sortant de chez un marchand de tableaux avec sa petite amie et le portrait. et que. Le temps s'écoule : un jour.. Dans le tas. dans un lot de toiles.enfin je dépouillai mon modèle de tous les accessoires qui.. alors. onze exactement. J'ai vu moi-même B.. Un nom que je connais bien. Comme la concierge me demandait si j'avais bien débarrassé tout. pourquoi peindre la neige.. pour l'amateur. que ce sacré tableau me poursuivrait toute ma vie. font le principal mérite d'une toile1. une femme court après moi : suis votre ancienne « — Vous ne me reconnaissez pas? Je concierge. et de prendre la porte. Moi. » « Et je me promis bien de ne jamais repasser par là. le tout. il fallait que j'y allasse de mes quarante sous pour un nacre!. en fait de paysages d'hiver... Et d'ailleurs. J'ai gardé soigneusement le tableau que vous avez oublié. Vous ne voyez pas qui je veux dire? 1. le Bois de Boulogne avec des patineurs et des promeneurs. le Portrait de Sisley. il n'y a que cette toile.

je le trouve qui mettait les volets à sa boutique. trois cents francs pour mon autre portrait. Mme Y. mon modèle était la femme d'un marchand de tapis. je m'informai de l'Orientale auprès de tous les marchands de tapis d'Orient. Il avait été peint par un nommé Renoir. me fait penser à une autre toile que j'ai peinte la même année et qui représente une Orientale. » . Enfin. voilà votre affaire : tâchez de retrouver ce tableau. Dans notre sacré métier. un autre portrait de moi.. vous autres. « C'est décidé. Vollard.Un pâtissier qui est devenu peintre. me dit : « Nous avons eu la chance de trouver. me dit-elle. lui acheter un gâteau. voir le Benjamin Constant. mais d'un peintre moins connu. me dit-il.... il faut le mettre au rabais. » Pendant des années.. Ce tableau a été fait dans un atelier à Paris.. après plusieurs invitations. Je vais.. je lâche la pâtisserie pour faire de la « peinture. « malins. Dites. un jour. presque à la porte de chez moi. du temps où je faisais le commerce de tapis d'Orient.. avec la manie des amateurs de toujours demander mon ancienne manière.. m'invite à venir admirer son portrait par Benjamin Constant. les artistes. Je m'en déferais volontiers! » Je n'eus pas la curiosité de m'informer du nom de cet autre peintre « moins connu ». à la longue! » « Ce Harem dont je viens de vous parler. Mais. si un pâté est vieux seuleVous êtes des « ment de huit jours.. étant allé.. « J'ai aussi. qui avait son magasin sur les grands boulevards. avec une marchandise qui se « garde indéfiniment et même se bonifie. une marchande d'antiquités. il y a un instant. un jour. Mme Y.

l'autre jour. Et comme. j'avais une préférence marquée pour la rive gauche.. Gounod. J'ai même retrouvé. Je vous ai déjà raconté que.. A la première bataille. J e dus aussitôt abandonner mon atelier de la rue Visconti. le 10e chasseurs à cheval. dans ma jeunesse. Je fus joliment bien inspiré. je m'installai dans une chambre au coin de la rue du Dragon. — je savais clouer une caisse comme pas un. Je préférai rester tout simplement à mon rang. Si j'avais fait tous les métiers qu'on a voulu me faire entreprendre!. le général Douay fut fait prisonnier et emmené en Allemagne.VI PENDANT LA GUERRE DE 1870 ET SOUS LA COMMUNE RENOIR. L'offre était tentante. devant ma bonne humeur et. tandis que je passai tout l'hiver à Bordeaux où avait été envoyé mon régiment. qui était devenu un séjour bien malsain. mais je n'ai jamais cherché à diriger ma vie. je tombai à Paris en pleine « En revenant de Bordeaux Commune. je me suis toujours laissé conduire par les événements. — Quand la guerre fut déclarée. capitaine. — trouvait que j'avais l'esprit militaire et aurait voulu me voir continuer la carrière des armes. alors. avait insisté auprès de mes parents pour me faire étudier le chant. . Avec ma santé fragile. « Mon mon esprit d'ingéniosité. alors professeur de solfège à l'école communale où j'étais. j'y aurais laissé mes os. le général Douay. avec tous les obus qui pleuvaient dans le quartier. me proposa de servir sous ses ordres. j'ose dire. un ami de ma famille qui me rappelait le temps où j'exécutais des soli à l'église Saint-Eustache! (1871). qui me connaissait.

un officier de Fédérés m'aborde : revoie plus ici. lorsque devant chacun de mes tableaux il répétait : « Non. et que vous relevez la carte du pays pour nous livrer aux Versaillais. aux Tuileries. Pour vous donner une idée de la stupidité de ces gens-là.. si elle est terminée ou non! » « Et comme Berard me regardait étonné : j'ai envie de « — Voyons.. dont le moindre était d'être appréhendé par des bandes d'énergumènes qui vous enrégimentaient de force dans les rangs des Fédérés. lequel était pourtant loin d'aimer ce que je faisais. sans le sou. et qu'on ne vous car mes hommes sont persuadés que votre peinture c'est de la frime. Avec la guerre. n'y entendent rien.Au moment de la guerre. sous la Commune. j'aurais « Bazille ». j'errais. pour en revenir à la Commune. de Berard. lorsque j'eus la bonne fortune de rencontrer une brave dame de Versailles qui me commanda pour trois cents francs le portrait d'elle-même et de sa fille. C'était la première fois que je ne m'entendais pas dire par un amateur : « Si vous poussiez qui. crois être le seul « — Ah çà. mais. dire « — S'il y avait dessus deux ou trois séances de plus. cela peint quelque chose de pas trop mal. quand j'ai peint une fesse. quand j'ai fait une chose. un jour que je faisais une étude sur la terrasse des Feuillants. que je lui réponds. par exemple. quand il s'agissait de gens manifestement. je commençais à être un peu connu . « . et maintenant. jusqu'à mon ami Berard! Je lui montre un jour une étude dont j'étais assez content. au moins une fois. tout de même. mais. je à savoir. ni sur mon dessin. J'ajouterai qu'elle ne me fit aucune observation. mes affaires se gâtèrent. « — Un bon conseil : filez. j'avais fait même un portrait de Bazille qui avait eu la chance d'être remarqué par Manet. c'est qu'elle est finie! » va-et-vient que je « Mais.. et que taper dessus. ce faisais entre Paris et Versailles n'allait pas sans quelques inconvénients. avec la charmante perspective de se faire casser la figure à la rentrée dans Paris des Amis de l'Ordre. m'empressai de fois. ni sur ma peinture. et de Versailles à Paris. le fis Je dire je deux me ne pas « trop heureux de m'en tirer à si bon compte. un Nu de femme. » déguerpir. ce n'est plus le Portrait de laissait supposer que. de Paris à Versailles. « un peu plus la figure! » Encore.

Rigault. » « - . « Comme je racontais la chose à mon ami Maître : Voilà ton affaire. mon inconnu s'approcha : « — Je vais me confier à vous. un soir. quelqu'un intervint : tf Qu'est-ce « que signifie ce Monsieur? Nous ne connaissons que le citoyen « Rigault!. « J'avais connu Rigault dans des circonstances assez curieuses. c'est que je montrais une prudencel J'en étais venu à ne sortir que la nuit. les vêtements couverts de poussière. » à l'au« Ainsi fut fait. le journal a été fermé. persuadé qu'en entendant ce nom. on allait s'empresser auprès de moi. je ne pouvais m'empêcher de trouver qu'ils étaient aussi bêtes que les autres.. « Et s'il ne m'advint rien de vraiment fâcheux pendant tout ce temps-là.. et je ne l'avais plus revu.Cependant. lui dis-je. » « Le lendemain même. l'air préoccupé. Il partit un beau jour. si tu es bien avec la police. qui s'était assis non loin de moi. le préfet de police d'alors. il m'arriva de courir les pires risques. mais lorsque je voyais les Versaillais de près. comme je me disposais à m'en aller. je suis traqué par la police. Jugez de ma stupéfaction lorsqu'on me répliqua qu'on ne savait pas ce que je voulais dire. Il n'y a ici que des peintres. comme ce jour où les Communards arrêtèrent un omnibus dans lequel je me trouvais et s'emparèrent des voyageurs. J'étais rédacteur à La Marseillaise. Je demande M. quand. moi-même. je ne pouvais raisonnablement espérer avoir toujours la même veine. un cri m'échappa : « Mais je connais cette tête-là! » « C'était Raoul Rigault. je vous présenterai comme un copain. « tu auras tous les laissez-passer que tu voudras. on a arrêté quelques-uns d'entre nous. « — Vous pouvez être tranquille. Devant mon insistance. me dit-il. Ma séance terminée. J'étais sur l'impériale et je réussis à me sauver en me laissant couler entre les chevaux. Raoul Rigault demeura quelque temps berge de la mère Anthony. Vous devez penser combien je détestais toute cette clique. Un jour que je travaillais dans la forêt de Fontainebleau — ceci se passait dans les dernières années de l'Empire — j'avais remarqué un homme. je me rends à la Préfecture de police. comme je regardais dans une vitrine du quartier de l'Odéon une gravure représentant les principaux personnages de la Commune.

sans compter que ce laissez-passer fut aussi très utile à ceux de mes camarades que leurs affaires appelaient hors de Paris. que je lui fais un jour. les deux mains tendues. dans les premiers temps de la Commune.. Je fus ainsi tranquille pendant tout le temps que dura la Commune. les usages administratifs étaient restés les mêmes... vous n'y êtes pas du tout.. le « citoyen » Rigault arrivait vers « Quelques moi. il y avait beaucoup de musique. Chaque fois que nous nous voyions. faire des vœux pour que la Commune soit vaincue? Vous ne voyez donc pas que si la Commune est victorieuse. et. il commandait : « — Qu'on joue la Marseillaise en l'honneur du citoyen Renoir. » (Il faut dire que. tous ces Versaillais. il se dépensait sans compter. vos Communards repus deviendront aussitôt des bourgeois pires que tout.. la brioche au lieu de pain.. avant toute explication. si le mot de « Monsieur » avait été remplacé par celui de « citoyen ». les surenchères qu'ils mettront pour se maintenir au pouvoir! Le pain gratuit. mon ami. Il va sans dire que je m'en retournai muni d'un laissez-passer bien en règle.. J'écrivis sur un bout de papier ces simples mots : « Vous souvenez-vous « de Marlotte? » instants après. il y était spécifié que les autorités « devaient aide et assistance au citoyen Renoir ». » .) terminer « J'expliquai alors au préfet de police que je désirais mon étude de la Terrasse des Feuillants. Rigault ne s'en tint pas là. Mais que si la Commune est vaincue. au contraire.. « nul ne pouvait être reçu sans une demande d'audience. « — Mais. pour me convertir aux beautés du système communard.Mais. et aussi circuler à mon aise dans Paris et dans la banlieue. le Peuple Roi. Ne devriez-vous pas. je pouvais aller voir mes parents qui demeuraient à Louveciennes.

« — Je vous l'avais bien dit! s'écria triomphalement le capitaine Darras. qui l'avait littéralement affolé. qui avait posé avec sa femme pour ce tableau. Revenu à Paris. C'est à cette époque que je quittai mon atelier de la rue Notre-Dame- . avec les premiers froids. cela ne s'est jamais vu! » « Je dois ajouter que. et un Trompette de Guides à cheval. en toute circonstance. « En 1873. ne cessait-il de dire pendant les séances de pose : des chevaux bleus. « — Vous pouvez m'en croire. C'est là que je fis la Famille Henriot (1871). que j'avais obtenu. je pris un ate- lier rue Notre-Dame-des-Champs.VII LES EXPOSITIONS DES IMPRESSIONNISTES RENOIR. la Source. on la refusa. — Quand l'ordre fut rétabli à Paris. C'était grâce à lui. malgré la pauvre idée qu'il avait de ma peinture. qui a disparu. il ne s'en montrait pas moins.lepremier marchand de tableaux — le seul pendant de longues années — qui ait cru en moi. Ah! si vous m'aviez écoutél » « Il faisait allusion à la couleur de ma peinture. je trouvai à faire quelques décorations pour l'hôtel du prince Bibesco. Je l'envoyai au Salon cette même année. Je me rappelle. ce qui me permit d'aller passer l'été à la CelleSaint-Cloud. Vers le même temps. extrêmement serviable. Elle devait être terminée seulement dans les premiers mois de 1872. se place un événement dans mon existence : je fais la connaissancede Durand-Ruel. la Salle des Fêtes de l'École Militaire. je commençai ma toile des Cavaliers. en sa qualité d'aide de camp du général du Barrail. pour exécuter mon tableau. datant de la même époque.

si bien définie par Degas lorsqu'il disait de Fantin-Latour : qu'il fait est très bien. Nulle idée de spéculation dans les achats qu'il nous faisait. Je puis « arrivé ». si l'on ne voulait pas voir la peinture sombrer définitivement. — A ce compte-là. les Courbet. Moi. les Ingres. mais c'est moi-même qui ne consentis pas à ce que l'on prît un titre avec une signification précise. il ne cherchait qu'à rendre service à des amis. en 1847. à Argenteuil. Moi. cela voulait dire. les Corot qui avaient poussé miraculeusement après la Révolution. réapprendre un métier que personne ne savait plus. qui. les critiques ne parlassent aussitôt de « nouvelle école ». je connus aussi le peintre Caillebotte. — et rentrer dans le rang. Sculpteurs et Graveurs? RENOIR. même Les Trente-Neuf. alors que nous ne cherchions. Mais quel dom« — Oui. sans doute. que j'ai depuis constamment habitée. je fis pas mal d'études. m'attachaient à la rive gauche : mais. je louai un dire que je m'y suis vraiment plu. qu'à montrer aux peintres qu'il fallait rentrer dans le rang. d'instinct. C'était d'ailleurs bien simple : il ne prenait que les choses réputées invendables. A part les Delacroix. la peinture était tombée dans la pire banalité : tous se copiaient les uns les autres en se fichant de la nature comme d'une pomme. — Et l'exposition organisée en 1874. Tous ceux qui se flattaient d'« aller de l'avant » se réclamaient de Couture. notamment un Monet peignant des dahlias. bien entendu. ou Certains. A Argenteuil. La même année.des-Champs pour aller sur la rive droite. Bien des souvenirs. à la vérité. ce mage que ce soit un peu rive gauche! » qu'avec la sensation d'être décidément « C'est donc en 1873 atelier dans la rue Saint-Georges. — Un tel titre ne peut donner aucune indication sur les tendances des exposants. je percevais le danger de laisser s'imprégner ma peinture de cette atmosphère un peu spéciale. le premier « protecteur » des impressionnistes. Couture devait passer pour un novateur? RENOIR. si l'on s'était appelé seulement QuelquesUns. sous la dénomination : Société Anonyme des Artistes Peintres. — Dites : presque un révolutionnaire. était arrivé comme un coup de tonnerre avec Les Romains . où je me trouvais avec Monet. dans la faible mesure de nos moyens. Je craignais que.

— Ce nom d'Impressionnistes était venu spontanément à l'esprit des visiteurs. comme il l'a fait plus tard.de la Décadence. Peindre noir et blanc.—il était fatal que. qui excitait particulièrement l'hilarité. intitulé Impression. par réaction.. toutes ces histoires dé « peinture nouvelle »!. « Comme. lorsqu'en 1877. Moi. le public ne pensait pas à des recherches nouvelles en art. mais ne sachant encore rien. pour le plus grand bien des peintres. sous l'influence de Claude Monet.. Vous voyez que. il faut commencer par l'A B C de ce métier. sans la littérature. On trouvait dans Couture la conjonction d'Ingres et de Delacroix. ce fut moi qui insistai pour qu'on gardât ce nom d'Impressionnistes qui avait fait fortune. ou peindre clair sur clair. devant une des toiles exposées.. C'était dire aux passants. — on croyait être audacieux en prenant des modèles de David. ces belles spéculations de l'esprit mises à part. par cette appellation d'Impressionnistes. — et personne ne s'y trompa : — « Vous trouverez « ici le genre de peinture que vous n'aimez pas. c'est chose certaine qu'avec le noir et blanc. tout ce qu'on peignait n'était que conventions et oripeaux. que les critiques avaient vainement attendue de Chassériau.. comme faisait Manet sous l'influence des Espagnols. et en les habillant de vêtements modernes. . auraient peut-être passé inaperçus. Ainsi. « Aussi. ce « sera tant pis pour vous. Manet était bien plus maître de son affaire qu'avec des clairs. on ne vous remboursera pas vos dix sous « d'entrée! » « Et tous ces tâtonnements de jeunes gens pleins de bonne volonté. — sauf cependant qu'avec des manières différentes de peindre on obtient des résultats plus ou moins heureux. et à nous-mêmes peintres. Pouvait-il en être autrement? On ne saurait trop le dire : pour faire un métier. j'exposai de nouveau avec une partie du même groupe.. ou la colère : un paysage matinal de Claude Monet. Dire qu'on a réussi à faire avaler au public. mais désignait simplement un groupe de peintres se contentant de rendre des « impressions ». les jeunes allassent à la chose simple. Si vous venez. eh bien! quoi?. Sculpteurs et Graveurs devint-elle l'Exposition des Impressionnistes? RENOIR. cette ennemie-née de la peinture.. — Mais comment l'exposition de la Société Anonyme des Artistes Peintres. suivant le tempérament de l'artiste.

(Note de l'auteur. — Dupré faisait allusion aux préparations au minium. un journal dernièrement (1920) jetait un cri d'alarme : L' Angélus « commence » à craquer.. c'est que c'est lui qui rendait le mieux. en principe. Mais pour apprendre notre métier de peintres. On ne prépare même « pas les toiles... choquait les gens. cette formule simple que nous cherchions tous à acquérir en attendant mieux. qu'est-ce J'arrive un jour chez Lewis-Brown (vers 1888). dans ses tableaux. avec ses premières toiles si directement inspirées des musées. J e me souviens de l'indignation de Jules Dupré à l'une de nos expositions : « Aujourd'hui. continuant une conversation. Est-ce que les grands et les forts. disait-il. même en copiant Vélasquez ou Goya. l'Angélus de Millet.. et vous ne me voyez pas représentant Nabuchodonosor au café-concert ou La Mère des Gracques à la Grenouillère. avec tout leur minium. cependant. — J'allais précisément vous dire que si Manet. car ce qui.Moi. encore devions-nous mettre nos modèles dans une atmosphère qui nous fût familière.. craquaient de partout.. mais les « grands » et les « forts » de ce temps-là ne réussissaient. ce qui était certainement vrai. alors fort en honneur. RENOIR. » MOI. RENOIR... — Ce fut bien pis. — Comment donc les « grands » et les « forts » préparaient-ils leurs toiles? RENOIR. qu'à produire des œuvres qui manquaient de sonorité et qui..) 1. c'est qu'on ne retrouvait dans nos oeuvres rien qui rappelât les choses qu'on avait l'habitude de voir dans les musées. je l'ai connu tout fendillé. le porte-drapeau de notre groupe. . La première exposition avait été jugée une plaisanterie de rapin. — Sans doute. On croyait qu'une telle préparation de la toile donnait de la « sonorité » à une peinture. mais de là à avoir pu regarder Manet comme un précurseur.. Je viens de le revoir tout neuf! » Or.. si nous avions été plus malins.. par-dessus tout. on peint comme on voit. — Les Impressionnistes ne furent pas plus heureux en 1877 qu'à leur première exposition de 1874. par surcroît. Des toiles comme l'Angélus 1. aurionsnous pu nous concilier quelques « connaisseurs » en peignant des sujets empruntés à l'histoire. Moi. je le trouve très animéi « Oui.. « Rien ne déconcerte tant que la chose simple. cette fois on cria : Holàl « Peut-être.. n'en était pas moins un précurseur. il n'est personne qui ne préférera la manière noire de Manet à sa manière claire.

oui. somme toute. sans physionomie propre. — Je me souviens d'avoir vu. passaient leur temps à se tenir la tête dans les mains devant une toile jamais couverte! Vous voyez le mépris que ces gens-là devaient avoir pour nous qui mettions des couleurs sur des toiles et qui. Moi. comme Daubigny et. Une autre fois. deux « amateurs ».. Millet. comme Dupré. ne doit pas s'approprier ce qui n'est pas de sa race. vous ne m'avez rien dit des toiles que vous avez exécutées de 1874 à 1877? RENOIR. cherchions à peindre. un jour. le Moulin de la Galette. « Quelle époque extraordinaire! Ces gens qui passaient les trois quarts de leur temps à rêvasser! Il était nécessaire que le sujet cristallisât dans la cervelle avant qu'il fût mis sur la toile. je dois être de mon pays! » Moi. qui « réussissaient ». c'est-à-dire à condition de rester au J apon : car un peuple. un critique qui avait écrit que j'étais bien de l'école française. « voilà trois jours qu'il rêve en forêt! » « Et si. des œuvres d'où était soigneusement bannie toute « littérature »! Moi.. encore. J'ai tellement pondu d'affaires dans ma vie.. voyons. par exemple. — Les impressionnistes ne se laissèrent-ils pas aller à des influences étrangères? l'art japonais.que cela donnera un jour? Déjà les Dupré coulent dans le cadre. la Femme à la tasse de chocolat. — Malheureusement. sans doute aussi. avec des tons joyeux.. dans les commencements. « Et si je suis heureux. cette dernière faite sûrement en 1874. à part quelques-uns. prenant au sérieux la légende de l'artiste « rêveur » et « penseur ».. un jour. on arrive vite à une sorte d'art universel. toute cette « littérature » arrivait à nourrir son homme! Mais. que dire du tas de pauvres diables qui. — Je me rappelle la Danseuse. que tout ça se brouille un peu dans ma cervelle.. à une exposition de vos tableaux.. en tant qu'estampes japonaises. chez Durand-Ruel. ce n'est pas que je veuille proclamer la « supériorité de cette école sur les autres. lui disais-je. L'un expliquait à l'autre les qualités et. Je remerciais. mais c'est parce qu'étant « Français. sous peine de faire des bêtises. On entendait des choses comme celle-ci : « Le maître se surmène. je vous en trouverai bien d'autres. les défauts de . et puis. — Vous venez de me parler de votre exposition de 1877.. RENOIR. Les estampes japonaises sont des plus intéressantes. d'être « de l'école française. Autrement. à l'exemple des anciens. à coup sûr. la Loge.

— et trop heureux!. je l'avais promenée partout sans pouvoir en trouver cinq cents francs. du coup. abusé de la situation. après avoir laissé les artistes crever de faim pendant qu'ils peignaient ces mêmes toiles. cette fois. » « — Le bougre. en vue des achats de vieille ferraille et autres l'on pouvait faire en route. Je n'ai jamais rencontré caractère plus gai. il se vit obligé d'en passer par où je voulais. c'est un petit mille! » s'en alla suffoqué. quand on parlait de J ongkind : plein hiver!.. ces protecteurs des arts qui ont le plus grand respect pour des toiles. Je vous prie de croire qu'il me reprocha plus d'une fois d'avoir. et.chaque toile. il en oublia « Le père Martin chez Jongkind son fameux sac qui ne le quittait pas dans ses pérégrinations. chez des bourgeois de . — Je les connais. ce n'est plus maintenant un petit « — Hé! mon bon cent.. quatre cent vingt-cinq francs. ce jour-là. Jongkind. — C'est un des souvenirs les plus agréables de ma jeunesse. lorsque je tombai chez le père Martin. Comme le marchand connaissait un acheteur pour mon tableau. Mais. pour ma toile. un vieux marchand qui s'était mis sur le tard à l' Intpressionnisme. Longtemps après cette aventure. ce jour-là. Mais devant la Loge. comme mû par un ressort. on avait « Une autre fois. il mange des asperges en Moi. et. le peintre : Martin.. il dit : « On n'a plus qu'à tirer son chapeau.) province. en lui faisant débourser tant d'argent pour une seule toile.. lequel lui vendait jusque-là des toiles au prix uniforme de cent francs pièce. Tenez. Jongkind se dresse. Et quelle n'avait « occasions » que pas été encore son indignation à la vue du « petit » menu que s'était offert. la Loge. » RENOIR. et de qui je pus obtenir. qu'il avait trouvé à table. Martin ne devait pas tarder à avoir une déception « Le père encore plus forte. nous étions à la terrasse d'un café. — Avez-vous connu personnellement Jongkind? RENOIR. Un jour. le père Martin. précisément. se plantant devant un passant ahuri : le grand « — Vous ne me connaissez pas? C'est moi qui suis Jongkind! » (Il était d'une taille très élevée. et je n'avais aucune ressource en vue. Le père Martin trouvait cela hors de prix — mais je ne pouvais rabattre d'un centime : c'était juste la somme qu'il me fallait pour mon loyer. Il était allé chez son « protégé » Jongkind.

dans son extraordinaire jargon hollando-français : — « Madame X. en même temps. encore en 1895. prix qui fit scandale à l'époque. qu'il paya trois mille francs. celui-là. sans compter les Corot. un pastel de Madame Cordey. enfin. n'est pas « mon fâme ». et d'une voix pâteuse : « — je vais vous faire un aveu. à la vente Rouart. c'était quand on payait un Manet de premier ordre deux mille francs. au fait.invité à déjeuner Jongkind et. Manet s'adressant à Claude Monet : « — Vous qui êtes l'ami de Renoir. les Daumier. J'arrivai précisément chez Claude Monet au moment où Manet s'apprêtait à faire ce même sujet et pensez si j'aurais laissé échapper une si belle occasion d'avoir des modèles tout prêts! Quand je fus parti. Portier avait un entresol rue Lepic. c'était misérable. A la fin du repas. La Femme et les Enfants de Monet. et c'est ce même tableau que « Les Amis du Louvre ».. mais c'est un angel » « En plus du père Martin. Jongkind se lève. à Montmartre. du poète Félix Bouchot. de faire valoir sa marchandise : « — N'achetez pas ce tableau! C'est beaucoup trop cher! » « L'amateur. Vollard. mais quels magnifiques tableaux on voyait chez eux! Toute l'École « impressionniste ». pour en revenir à la rue Saint-Georges. une dame avec laquelle il vivait. les Delacroix. il y avait. le portrait. grandeur nature. et. dans le jardin de Monet. généralement. continua Renoir. le verre en main. à Argenteuil. Mais. parmi les tableaux que j'exécutai dans cet atelier. de Corot. vous devriez lui conseiller de renoncer à la peinture! Vous voyez vous-même comme c'est peu son affaire! » . je me rappelle aussi un Cirque où des fillettes jouaient avec des oranges. dont la fameuse Femme en bleu. Il faut dire que ce qu'on appelait cher. que sais-je? C'est chez le père Martin que Rouart acheta la plus grande partie de sa collection. le père Martin un rez-de-chausséedans le bas de la rue des Martyrs. un autre marchand qui vendait de bien beaux tableaux. vous avez connu Portier? Quelle drôle de façon il avait.. » Et. devaient pousser si haut. achetait. « Mais.

. me répétait.. moi. sans plus d'explications.VIII LES ACHETEURS SÉRIEUX RENOIR. et.. car mon Caillebotte m'a chargé d'en offrir à S.... et. y tienne énormément. et ma toile fut accrochée dans la meilleure lumière du salon. qu'il avait dû me payer dans les deux cent cinquante francs... des amis comme S. Mais un jour que Mme S. C'est ainsi que la toile que vous connaissez bien. le maître d'hôtel. un peu vulgaire. et comme je ne crois pas que votre mari. n'était pas de ces personnes qui se irrésistiblement séduire par la perspective d'un bénéfice. lui non plus... de la peinture elle-même. laissent « C'est que Mme S. pour la vingtième fois : « Ce tableau!. des clous. — C'est parmi mes amis que je trouvai mes premiers acheteurs « sérieux ». n'aimais pas ce tableau! « — Mais je r'ai jamais dit que. montrant le modèle dans une pose qui manquait de « comme il faut ». par-dessus le marché... il se souciait peu. se fait apporter un marteau. » j'eus la joie de pouvoir lui répondre : ami « — Vous allez en être débarrassée. » petites choses « J'aurais bien voulu savoir quelles étaient ces « appelle « de rien du tout ». c'était uniquement pour m'être agréable... le triple du prix qu'il a coûté. Celui-là était le type du véritable ami. que vous avez bien connu. je protesta Mme S... car s'il me prenait des tableaux. A part certaines petites choses de rien du tout.. la Femme mordant son petit doigt. fut longtemps reléguée dans un corridor par Mme S. il pouvait craindre d'encourir les reproches de sa « bourgeoise » en dépensant trois ou quatre cents francs pour une chose inutile et « laide à voir ». de plus.. qui trouvait cette toile un peu chère. Elle ... madame. mais Mme S....

à moins que je ne découvre un peintre encore plus haut coté.. après trente ans de fidélité! » « Trente ans de fidélité. trente ans de fidélité : « — Et ce n'est pas tout. je pensais qu'elle devait exagérer un peu. Quelques années après. avec le banquier Pillet-Will qui. Comme je lui disais. Et quand son mari revint. il courait au Café Riche. Berard. pour cinq louis. Toutes les fois que l'un de nous avait un besoin urgent de deux cents francs. ma situation m'oblige à avoir chez moi des tableaux de gens qui vendent cher. sans même le regarder.. était suffoquée à la pensée que tant d'argent restait improductif.. si bien qu'il finit par louer un local « . la drôlesse ne cesse pas de recevoir ses cinq cents francs.. que je connus quelques-uns de mes autres « amateurs ». on était certain d'y trouver M. que c'était magnifique. lequel achetait. à l'heure du déjeuner. à rien faire! » « Ce fut par S. de Bellio.. comme son amie. de Bellio.. « Heureusement qu'il se trouvait d'autres amateurs.. je me rappelle qu'un jour je la trouve en larmes. qui m'avait commandé. Vous pouvez ajouter un zéro! » « Mme N.. quelqu'un lui dit : — Mais vous avez là un Renoir! « — Oui. Mme N.. qui acceptaient d'avoir chez eux de la peinture « bon marché ». que mon mari me trompe. tout de même. C'est pour cela que je dois m'adresser à Bouguereau.. « — Vous comprenez bien.. une petite Tête d'enfant. je ne m'y connais pas. c'est-à-dire qu'il y a là cinq louis qui dorment! « — Cinq louis! se récrie l'autre. A ce compte-là. monsieur Renoir.n'était pas. moi.. Celui-ci vint un jour à l'atelier. mais je ne pouvais pas faire l'affaire. Mais ces amateurs-là constituaient une telle exception que c'étaient toujours les mêmes qu'on allait « taper ».. me dit-il... Ephrussi. cherchait un portraitiste. tenez.. le tableau qu'on lui apportait. dit Mme N. lui mettant sous le bras la toile déjà décrochée : « — Cours vite porter cela chez Durand-Ruel! » « Cette bonne Mme N. et même si je m'y connaissais.. il ne tarda pas à avoir son appartement plein. pendant nos villégiatures. Deudon. tel M. précisément. « — Croiriez-vous. Est-ce que je ne viens pas d'avoir la preuve que.

.. c'est encore la robe princesse. il recommandait au peintre de lui réserver les laissés pour compte. il voulait rester convenable. la Femme à la tasse de chocolat. la robe que je préfère. Cette toile est aussi de l'époque de la rue SaintGeorges (1875). des « J'avais eu . — A d'art.quand je dois la peindre habillée. M'a-t-on assez reproché. qui donne aux femmes cette ligne sinueuse. « C'était J'eus la veine d'obtenir une commande qui m'était royalement payée : le portrait d'une dame et de ses deux fillettes.. si jolie. il y avait un peu de la contrefaçon belge. la Balançoire. absolument exécuter ce tableau! » me dit-il. un jardin. un jour. M. mais je préférais encore Marguerite. dire vrai. une maison entourée d'un grand jardin..où il empilait ses toiles. m'aperçois que je ne vous ai pas parlé du Moulin de la « Je Galette. J'avais. la Sortie du Conservatoire. c'est la femme nue. — Quelles sont les robes que vous aimez le mieux pein- dre?. de souvenir. un autre modèle. ce fut là que je peignis le Moulin de la Galette. pour douze cents francs. ce que j'aime le mieux. la chance de trouver. en mourant.. dans ce dernier tableau. le Torse d'Anna. Moi. les ombres violettes sur le corps! Votre modèle a eu la petite vérole! » me disait un critique « RENOIR. à Montmartre. découvert dans mon atelier.. « — Il faut bien compliqué : les modèles à trouver. « Et on sentait qu'en disant la « petite ». aujourd'hui au Musée de Francfort. De même que Caillebotte. à raison de cent francs par mois. Franc-Lamy avait. Je louai alors. toiles quelques de la revient de autres souvenir Mais le me « rue Saint-Georges : le Déjeuner. du moins. et d'une docilité charmante : Nini. dans Nini. Quelle charmante fille! Et quelle peau! Positivement. Et si. Je trouvais que. elle éclairait autour d'elle. un type de femme que j'aimais beaucoup peindre : Marguerite. en retournant les châssis. du Moulin de la Galette. une belle fille aussi. de Bellio laissa une fortune en tableaux qui ne lui avaient presque rien coûté. mais. on peut garantir qu'il ne le fit pas exprès. aussi dans ce jardin que je fis les différents portraits de « C'est Mademoiselle Samary. à ce moment-là. une esquisse que j'avais faite. au Moulin de la Galette.

le commissaire. tout à fait mon type.. Mais eux aussi étaient de bien bons bougres : je pus même en faire poser quelques-uns. pour les rendez-vous à l'atelier. à une exposition. Je me rappelle une petite. Il ne faut pas croire toutefois que ces filles se donnaient à qui voulait... comme les deux qui sont au premier plan de mon tableau.. J'appris un jour qu'elle avait une petite garçonnière que lui avait meublée un abonné de l'Opéra. Comment! lorsque Monsieur le baron!. — Ce tableau n'est pas très ancien (vers 1900-1905). Quant à vos princesses ». « J'avais craint tout d'abord que les amants. » Moi. — J'ai vu dernièrement.. devant une vitrine de bijoux de la rue de la Paix. votre tableau des Brodeuses. parmi ces enfants lâchées dans la rue. se mit à pousser de tels cris qu'un agent arriva. De l'époque du Moulin de la Galette.. Il a été peint aussi à Montmartre en plein air. je me souviens encore d'une toile représentant une Fillette en tablier bleu. sauf que sa mère y avait mis cette condition qu'elle ne lâcherait pas son métier. des vertus farouches. alors. Celui-ci nous dit : « — Je vais combler les vœux de cette enfant! » « Il s'approche : « Mademoiselle. qui conduisit tout le monde au poste. C'est . n'empêchassent leurs « femmes » de venir à l'atelier. voulez-vous cette bague? » « L'autre. Moi. J'étais avec Deudon et un de ses amis. les yeux en extase. qui s'était arrêtée. Et c'était la même que je rencontrais portant des pots de lait dans Montmartre. En nous en allant. plus ou moins de cœur. — Et les panneaux de la danse qui sont chez DurandRuel? RENOIR. après avoir fait toutes sortes d'excuses de la maladresse de son agent. ce sont tout simplement mes bonnes. de ces modèles que je dénichais au Moulin de la Galette. nous entendions des bouts de phrases : « — Espèce de petite dinde. — Ils ont été faits après le Moulin de la Galette. donna à notre ingénue un savon de premier ordre.fillettes qui ne demandaient pas mieux que de poser. Il y avait. le baron de Rothschild. L'une d'elles. Ce n'est pas au Moulin de la Galette que vous avez pu trouver de telles princesses? Et de quand? RENOIR. m'écrivait sur du papier doré sur tranches. Lorsqu'elle eut expliqué son cas.

C'est qu'il ne m'arrive pas souvent de refuser les commandes de portraits. devait avoir pour moi un heureux « Tout de même. il est bon. nous restions devoir de l'argent au commissaire-priseur. Hazard avait eu pourtant le courage de pousser une de mes toiles. de sorte qu'après la vente les frais n'étant même pas couverts. il n'était pas nécessaire. — La vente que vous avez organisée. — Lorsque j'eus obtenu cette commande de douze cents francs qui me permit de louer le jardin de la rue Cortot. à l'Hôtel Drouot. pour collectionner. d'être riche. Un M. Chocquet. j'acceptai son offre aussitôt.me faisant toutes sortes de compliments de ma peinture et me demandant si je consentirais à faire le portrait de Mme Chocquet. jusqu'à trois cents francs1. avec des ressources très modestes. les enchères produisirent deux mille cent cinquante francs. un Pont-Neuf. Chocquet l'exposition de nos tableaux. il suffisait d'avoir un peu de goût. l'autre danseuse était un modèle. pour un peintre. Mais cet exemple ne fut pas suivi. en 1919. Suzanne Valadon. avec Claude Monet. Moi. si « disposés connaissait! Frappons un grand coup avec « seulement on nous l'Hôtel Drouot! » « une vente à d'enthousiasme. était entré par hasard à l'Hôtel Drouot pendant « M. du moins nous les croyions telles. cette idée. C'est mon ami Lauth qui posa pour les deux danseurs. par la suite. n'est-elle pas de ce temps? RENOIR. son dieu. qui devait. se mettre à peindre. (Note de l'auteur. C'était un employé de ministère qui. avait réussi à se faire une collection des plus remarquables. A . et même beaucoup plus tard. Or. ce même Pont-Neuf devait faire près de cent mille francs. Lorsque le modèle est par trop « toc ». Il figure aussi dans les Canotiers avec Lestringuès et Ephrussi. Nous « Mes amis partagèrent. Sisley et Berthe Morisot. Il est vrai de dire qu'en ce temps.) 1. il m'écrivait. réunîmes vingt toiles de choix. cette vente résultat : je fis la connaissance de M. la vente Hazard.Le soir même de cette vente. je le prends en manière de pénitence. je me dis : « Il se trouverait peut-être encore des braves gens à nous payer nos toiles des douze cents francs. Il avait bien voulu trouver à mes toiles quelque ressemblance avec les œuvres de Delacroix.ma femme qui figure une des danseuses.

Pour le portrait de Mme L. vous « devez faire erreur! » « A propos de mes autres amateurs. rendez-moi un ser« — Que va dire Marie? vice. de Bellio. Renoir. se fit très vite à la peinture de : 1 Cézanne. je pensai à lui faire acheter un Cézanne! Je le conduisis chez le père Tanguy. dont je vous parlais tout à l'heure? Il « . peut-être avez-vous remarqué. et pendant que nous rentrions chez lui « — Comme cela fera bien entre un Delacroix et un Courbet » « Mais. sa cité natale. vous et Delacroix. Vollard. Vollard. il « renseignait » ses concitoyens. Chocquet. dans le haut de la toile. où il prit une petite Étude de nus. Si vous avez vu ce portrait. bien sûr.. il s'arrêta : Écoutez. dont tout « Cézanne. « Carolûsse Dûran? Ma foi non. « Si vous aviez entendu M. son admiration pour Cézanne. avez-vous vu la collection de M. Renoir. » « Vous dirai-je qu'aussitôt que je connus M. » Choc« Cette petite ruse fut couronnée d'un plein succès et Mme quet. Vous direz à ma femme que le Cézanne vous appartient. que je ne tardai pas à lui amener en personne. Carolus-Duran! — « Carolûsse Dûran? » de demander M. vous oublierez de le reprendre.. devint si grande qu'on n'allait plus pouvoir parler devant lui d'un peintre sans qu'il s'écriât : « — Et Cézanne? » quelle façon. à ceux qui lui parlaient de l'auteur de la Dame au gant.. Chocquet. et.. Il était ravi de son acquisition. Chocquet. la copie d'un Delacroix? Ce Delacroix faisait partie de la collection de M. en vous en allant. de temps en temps. je n'ai jamais entendu ce Êtes-vous bien sûrs de ne pas vous tromper? « nom-là à Paris. j'ai répondu que je ne savais pas peindre les bêtes féroces!Tel n'était pas lecaspour MmeChocquet. Quant à M. Chocquet. par exemple.de faire. voilà des noms de peintres « le monde parle à Paris! Mais votre Carolûsse. au moment de sonner. pour faire plaisir à son mari. une besogne embêtante. C'est lui-même qui m'avait demandé de mettre le Delacroix dans mon tableau : « — Je veux vous avoir ensemble. Marie aura le temps de s'habituer à cette toile avant que je lui avoue que c'est à moi. si fiers de la jeune gloire parisienne d'un autre lillois. Monet. Chocquet raconter de pendant ses séjours à Lille.

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» Comme tout cela est loin!. et lui en avait donné cette somme énorme. J'étais allé passer un mois chez Daudet à Champrosay. M. — C'est exactement en 1876.. un de Bellio. car. des exceptions. le portrait du Jeune Daudet dans le jardin. Je viens de m'apercevoir que Joseph est avare. tout de même. dans la boîte à ordures. J'étais confus que ce ne fût pas meilleur. « Franc-Lamy me montrait. un Caillebotte.. N'est-il pas de l'époque du Moulin de la Galette? RENOIR.. Je l'avais y a là un petit portrait que jetée. à l'époque. un Berard. de Bellio s'était emballé sur ce bout de toile. chez S. j'en ai rencontré combien d'autres. Chocquet me demanda de la lui laisser prendre. un jour. me dit S. me dit-il. Voilà comment étaient les amateurs de ce temps-là! « Sauf que c'étaient là... une lettre où je lui écrivais : « Je t'envoie une rose cueillie sur le tombeau de Delacroix « à Champrosay. » . Et la' férocité du « bourgeois »! « J'arrive. — J'allais oublier de vous parler du portrait de Madame Daudet. Je le trouve en larmes. « — C'est Joseph » (son fils). M. il faut bien l'avouer.j'ai fait d'après moi. Tout le monde vante aujourd'hui cette esquisse sans importance. en même temps.. et un Bord de Seine à l'endroit où la rivière longe Champrosay. Quelques jours après.C'est de bonheur que je pleure.. il m'apporta mille francs.. « Je pensais qu'il y avait là-dessous une histoire de femme : mais quand on a vingt ans et un père de cinq cent mille francs de rentes! « — Vous n'y êtes pas. » Moi... Je fis. un jour. pour un Chocquet.

le chasseur de lions. ou de laisser au temps le soin de l'émailler. les peintres impressionnistes et les hommes de lettres qui s'étaient constitués les protecteurs de la « peinture claire » se rencontraient au Café Guerbois. Albert Wolff et d'autres gloires parisiennes. — Avant 1870. certains des habitués du Guerbois : Zola. comme faisait Vollon. je crois. On ne comprenait pas que Manet avait voulu se moquer du chasseur de lions avec cette peau naturalisée et le fusil à tuer les moineaux. — J'entends Cézanne au milieu de telles discussions : . Scholderer. de cinq à sept.. Moi. et moi-même. comme faisait Blaise Desgoffe. LE CAFÉ TORTONI RENOIR. Je me rappelle. jusque vers 1878.IX LE CAFÉ GUERBOIS.. tel Pertuiset.. — Vous avez connu Albert Wolff? RENOIR. Tortoni. Bazille.. Maître.. Aurélien Scholl. c'était le boulevard.. un peintre étranger ami de Fantin. Moi. le Café Guerbois fut délaissé. Ils se demandaient ce qui valait le mieux : d'émailler tout de suite sa peinture. Claude Monet. un jour. C'était. à la Taverne de la Nouvelle Athènes. — Un peu. Astruc. situé à l'entrée de l'avenue de Clichy. a réuni. Là trônaient.. On alla de préférence. Robert-Fleury. « Après 1870. quasiment la célébrité. Vous connaissez bien le Pertuiset de Manet?. dans Un atelier aux Batignolles. Fantin-Latour. LA NOUVELLE ATHÈNES. J'ai entendu reprocher au peintre ce lion qui a l'air d'une descente de lit et le fusil Lefaucheux dont il a armé son modèle. une grande discussion au Tortoni entre Wolff et un autre. autour de Manet à son chevalet. Celle-ci avait une concurrence : le Café Tortoni..

. Moi. qu'un membre de l'Institut. Au sortir d'une dispute. un de ces bouts de croquis que Manet prenait dans la rue : le côté unique de ça!.-dansl'atelier de Guillemet. Degas retrouvait l'homme de bonne éducation et le « bourgeois à principes » qu'il était luimême. Vous qui avez approché le grand Couture?. Mme Manet au piano. à côté. avait froidement supprimé Mme Manet. « Je viens de vous dire que Degas retrouvait dans Manet le bourgeois parisien qu'il était lui-même.. Moi.. Degas écrivait à Manet : « Monsieur. qui le poussait à toujours vouloir mystifier son monde. jugeant qu'il ferait mieux tout seul... Personne n'ignore combien Manet était influençable : « un pasticheur de génie».— Tas de châtrés! » RENOIR. si seulement on remplace par un cadre doré les « cadres de jardin ». — Vous ne m'avez pas dit quels étaient les rapports entre Manet et Degas? RENOIR. une étude sur les maîtres modernes. A peine l'ai-je rencontré trois ou quatre fois au Guerbois ou à la Nouvelle Athènes. je vous renvoie vos Prunes. retournait à Degas le portrait que ce dernier venait de faire de Manet et Madame Manet... Et encore fallait-il qu'il y fût entraîné par son ami Cabaner. Je voyais à une devanture. Manet. de son côté. lorsqu'il se laissait aller à son sentiment propre. rencontrant Manet : « — Je prépare. Mais. Ils s'admiraient comme artistes et se plaisaient beaucoup comme camarades. C'est même à ce propos qu'arriva leur plus sérieuse querelle. Mais. comme disait Whistler. — Ils étaient très liés.. comme toutes les grandes amitiés. — Cézanne ne descendait guère jusqu'au boulevard. « Cependant le tableau de Degas devait suggérer à Manet un de ses chefs-d'œuvre : Madame Manet au Piano. qu'il mettait à ses toiles. et tout le tapage qu'il fait.. Mais il y avait aussi chez Manet un autre élément et qui n'était pas le moins curieux : un fond de gaminerie. Sous les manières « un peu boulevardières de Manet. a-t-on dit. deux Jambes de femme. » et Manet.Vous savez si Degas aime qu'on touche à ses œuvres. sauf un bout de jupe.. Ce tableau représentait Manet à moitié étendu sur un sofa et. » . — Dujardin-Beaumetz racontait. lui dit-il. rue Laffitte. la leur n'allait pas sans de perpétuelles brouilles. suivies de raccommodements.

c'est toutes les femmes de b. un passant qui devait être un peintre. je m'y suis laissé prendre. ils ont fait tous les deux des femmes de b. Lautrec a fait une femme de b. Il y avait là un flageolet que les élèves avaient coutume de s'introduire dans le derrière. qui rend son œuvre tellement haute.. c'est l'esprit de la femme de b.. autour de tel ou tel artiste. un jour. je cherche intéressante. Ce côté quasi religieux et si chaste. Et. Et puis. on ne manquait point de lui déclarer que les traditions exigeaient que tous ceux qui étaient admis chez Couture soufflassent dans ce flageolet! » RENOIR.del.. chez Degas. qui traversait la rue. et.. j'étais sur « Moi-même. celles de Degas. à créer. Vous connaissez La Fête de la Patronne? Et tant d'autres scènes du même genre. car avec son pouce il traçait dans l'air un dessin imaginaire. grandit encore quand il touche à la fille. » Moi. à une vitrine de l'avenue de l'Opéra une Femme au tub de Degas. Moi. — Quelle plaisanterie! Lautrec a dessiné de bien jolies affiches. Tenez.. mais de là. Degas. c'est un certain usage très en honneur dans l'atelier du maître. — Je voyais.del réunies en une seule. Et lorsqu'un visiteur de marque venait à l'atelier.. Il n'y a que Degas pour donner à un tel sujet un air de réjouissance en même temps que l'allure d'un bas-relief égyptien. c'est souvent mais toujours d'une tristesse désespérante. planté devant...del.. comme un écolier. très consciencieusement. me répond Degas. — J'ai entendu opposer Lautrec à Degas?. une réputation naturellement destinée à périr la semaine suivante.Alors Manet : « — Ce qui m'a surtout frappé. pornographique. Je l'ai vu s'amuser.. quel dommage que ce soit un peu creux!. Je finis par dire à Degas : « — Votre Lepic?. me crie. » la chose « J'y cours.. « Quand on peint un b. J'entendis ces mots : « Un ventre de femme « . Un jour que l'impériale d'un omnibus. Mais « — N'est-ce pas? beaucoup de talent.. celles de Lautrec sont vicieuses. jamais.del.del. — Degas avait de commun avec Manet l'esprit de mystification. les mains en porte-voix : « — Allez voir l'exposition du comte Lepic. mais il y a un monde qui les sépare. RENOIR..

Moi. L'art. dans un cadre d'or.. Je n'ose dire eaux-fortes. — En même temps. tous ces outils qui font ressembler l'atelier du graveur moderne à un cabinet de den« tiste. Les spécialistes sont toujours là à vous répéter que c'est fait à la diable. Degas prenait une plaque et « sortait » ses admirables impressions. — Et le Degas peintre? RENOIR. il a pu retrouver le ton des fresques! Lorsqu'il a fait son extraordinaire exposition. qu'on ne trouve pas. » « cette RENOIR. Un peintre ne s'exprime pas comme ça. et par un ignorant des règles primordiales de l'aqua-forte. lui aussi.! je ne voudrais pas coucher avec gonzesse-là. Quand on pense qu'avec une matière si désagréable à manier. à tuer tout. — Avez-vous eu occasion de voir Degas faire ses eauxfortes? RENOIR. Pouvez-vous dire que Rembrandt ne savait pas son métier? Bien au contraire. mais comme c'est beau! Moi. Mais ce que ça se tenait! Je n'ai jamais imaginé un plus beau dessin de peintre! Moi. passait un maçon.comme ça. en 85. Moi. un simple trait au fusain. — Je vous avais toujours entendu dire qu'il fallait posséder son métier à fond. — Je veux dire. s'interposant entre la pensée de l'artiste et l'exécution. — Le maçon avait raison. chez Durand-Ruel.. — Je viens de voir à une vitrine un dessin de Degas. Moi. RENOIR. c'est parce qu'il le possédait à fond et qu'il savait tout le prix du travail de la main. généralement après le diner. — J'allais quelquefois avec lui chez Cadart. ce n'est pas de la « rigolade ». » RENOIR. — Lorsqu'on voit ses pastels!. il y en a qui ont l'air d'être faites avec un bout de bois ou la pointe d'un clou. quand Degas emploie la couleur? RENOIR. Il s'arrête. mais je ne vous parle pas du métier d'en. j'étais en plein dans mes recherches à .. c'est aussi important que le Sermon sur la Mon« tagne. — Votre homme devait être un littérateur. pour ne pas me faire « engueuler ».leur de mouches des graveurs modernes. de D. Parmi les plus belles eaux-fortes de Rembrandt. — Oui. devant le nu : « N.

Il y avait là une bouche. RENOIR. Et le Victor Hugo et la Porte de l'Enfer. — Je croyais qu'ils n'étaient pas bien ensemble. Enfin. Que l'on entoure cette sculpture de soins et de vénération.. ce n'est pas un cancan.. aujourd'hui. Degas froissa mortellement l'autre..... une simple indication. » Mais Renoir : « Regardez donc. en cire. Me désignant la Danse de Carpeaux : « Mais c'est en parfait état! Qui donc m'avait dit que ce groupe tombait en ruines? Remarquez que je ne veux aucun mal à Carpeaux. Et on a la chance de vivre à une époque où il existe un sculpteur capable de rivaliser avec les anciens! Mais pas de danger. c'est quelque chose de noble... La danse que l'on enseigne à l'Opéra a une tradition. c'était beau comme l'antique. rue Tourlaque? 1 ..rendre la matière de la fresque par la peinture à l'huile.. Moi. c'est Degas! J'ai vu de lui un basrelief qu'il laissait tomber en poussière. — Qui donc vous parle de Rodin? Je vous dis le premier sculpteur. mais j'aime bien que chaque chose soit à sa place. Et il ajoutait : « On ne parle pas comme cela à un Vénitien. Je ne peux décidément trouver aucun nom. MOI.. Moi.. mais quel dessin Malheureusement. » Zandomeneghi. d'être tellement embêté pour cette bouche. vous qui n'avez rien à faire. — C'est justement du Degas peintre à l'huile. — Rodin vient d'avoir la commande d'un « Penseur ». Cet ami de Degas qui fait des femmes nues qui ont l'air d'être moulées sur nature et qui doivent l'être sûrement. Vollard! » Nous étions arrivés place de l'Opéra. il l'a faite : c'était plus ça! Avez-vous vu l'extraordinaire buste de Zandomeneghi? Degas prétendait toujours qu'il n'était pas terminé. trouvait qu'il avait à faire... Voyons. Degas et Zandomeneghi.. Et cette danseuse.. — Vous étiez voisin de Zandomeneghi. mais à condition qu'on transporte ailleurs ces femmes ivres. RENOIR.... d'abord.. — Ils ont été intimes. Degas disait : « Zandomeneghi. comme tout le monde le réclame.. Vous pensez si j'étais « épaté » de ce que je voyais là.. je n'y vois aucun mal. à force de s'entendre dire : « Mais vous avez oublié de faire la « bouche! » « C'était ce serin de. Seulement. » MOI. un jour qu'il lui demandait de venir poser. pour avoir un prétexte à le cacher.

vêtu d'un « et si vous ne pouvez pas monté sur un palefroi! » « costume de doge et RENOIR. — . J'avais beau lui dire : « Voyons. Zandomeneghi.Un bien brave homme! Mais toujours à bouder. ce n'est pourFrance la conquis n'a l'Italie si faute tant encore pas pas ma « faire votre entrée dans Paris.

cessant de dire bonjour à Zola.X LE SALON DE MADAME CHARPENTIER — Le salon de Mme Charpentier était le rendezvous de tout ce que Paris comptait de célébrités dans le monde de la politique. Et ce titre L'Œuvre que vous « avez pris pour votre livre. et devant les fauxfuyants de Goncourt : « — Mais... « — Eh bien! quoi? » « Alors Zola : « — Je lui ai demandé ce que je lui avais fait! « Vous me de« mandez ce que vous m'avez fait. Les familiers de la maison s'appelaient : Alphonse Daudet. Zola navré. de la littérature et des arts. Edmond de Goncourt. Spuller. Charpentier. prétentieux. les deux Coquelin. Goncourt. Goncourt.vous qui nous avez dépouillés. « mon frère et moi.vous . après que nous avions écrit L'Œuvre « de François Boucher! » RENOIR.. très distant.... Moi. grand dîner de réconciliation. de notre bien!. — Guillemet me racontait la brouille de Goncourt avec Zola.. enfin. Flaubert. Guillemet le voit sortir l'air tellement ahuri. Zola veut.. à tout prix. et même le faisant attaquer en sous-main. aigri. si bien qu'à la fin du repas. Zola. s'entremettant. vous ne la lui refuseriez pas? » « Bref. avoir une explication et entraîne l'autre dans un petit salon. Le portrait de ce dernier par Bracquemond est frappant. si Zola venait à vous la main tendue.. Très froid. et impossible de savoir ce qu'il avait bien pu faire au « patron ». très embêté de ne plus pouvoir réunir en même temps chez lui ses deux auteurs.. tout le temps. tout d'un coup.

RENOIR. » « C'était la Petite Infante de Vélasquez. quelle bonne blague!. un jour. deD. entre nous. il se faisait remarquer également par la véhémence avec laquelle il affirmait que les musées étaient nécessaires à l'éducation du peuple.. « — Vous êtes aimable de dire du mais. Ils s'arrêtent juste à l'endroit que je venais de quitter. je les observe machinalement. Il y avait notamment quelqu'un qui. bien de mon vieux camarade.. comme M. Malgré tous les déguisements dont il s'affublait... je ne manquais pas de dire. c'est un raté? » « Et comme je protestai : « — Après tout. pour s'imposer à l'attention. Du moins. quand on parlait peinture dans la maison. avec quel plaisir! Maupassant était alors au plus fort de sa célébrité et la marche toujours ascendante de sa production ne laissait pas de remplir d'effroi Goncourt. il était venu avec Zola. quelle sacrée allure! Je me rap- . — J'allais vous dire que j'ai rencontré une fois Cézanne chez les Charpentier..! pigez-moi c'te binette-là!. au Louvre. en passant devant moi : « — Oh! c'te gueule!. conclut Zola. — Cet homme à la ceinture rouge. Moi. Chocquet : « Et Cézanne! » croire que c'était pour lui faire « Si bien que Zola finit par plaisir que je trouvais du talent à son « pays ». sur un banc... Mais le lieu était trop mondain pour qu'il s'y plût. J'étais assis. — Je l'ai aperçu une ou deux fois. « Le peuple dans les musées. La conversation entre eux commençait toujours ainsi : lui dira le « — Ah! Maupassant! Quel talent! Mais qui donc danger de trop produire? " « Je me rappelle avoir vu Tourguenev chez les Charpentier. je croise d'autres visiteurs. j'entends des gens dire. que vous avez vu chez les Charpentier. ça n'est pas mon affaire! » « C'est chez Mme Charpentier que je connus Juliette Adam. vous savez bien que la peinture. L'un d'eux s'écrie : « — N.. Maupassant et aussi cette charmante Mme Clapisson dont je fis deux portraits. » aujourd'hui? » En m'en « Je me dis : « Qu'est-ce que j'ai donc allant. RENOIR. et même Zola. me fait penser à Barbey d'Aurevilly. portait une ceinture rouge sous son habit noir. et encore bien d'autres dont les noms ne me reviennent pas.

donc? Mais quel beau livre il aurait pu faire. mon jeune frère Edmond en obtint la direction.. ce me semble. Il fallait s'aider d'un grattoir pour rendre les blancs : je n'ai jamais pu m'y faire. Moi. pour nos dessins. Quand. Moi. me fait « rigoler ».. — J'ai toujours détesté ce qu'il écrivait. Mais le journal était à bout de souffle. Quand on veut peindre un milieu.. il s'était seulement donné la peine de raconter tout bonnement ce qu'il avait vu et entendu dans nos réunions et à l'atelier : car. lui. disait l'autre à Guillemet. — Vous m'avez parlé. et alors. Toi qui « connais les champs. et il s'imagine avoir peint le peuple en disant qu'il sent mauvais.. — dans son Œuvre. Zola. ». ma foi. C'est elle qui donna l'idée à son mari de créer... de représenter ses amis tels qu'ils étaient... avec « son semeur qui lance son grain d'un « geste large. il se trouvait avoir vécu vraiment de la vie de ses modèles! Mais. elle ne se contentait pas d'inviter les artistes à ses soirées.. tout à l'heure. avec nous. Que pensezvous de ses livres? RENOIR. plus tard. au fond. — Je voyais un jour Demont-Breton chez Guillemet. Mais. il faut commencer. c'est-à-dire à leur avantage. se contente d'ouvrir une petite fenêtre. Le rédacteur en chef de La Vie Moderne était Bergerat. La Vie Moderne.. Zola s'en fichait bien. mais aussi comme « document humain » puisque c'est sous ce nom qu'il vendait sa marchandise — si. « Pour en revenir à Mme Charpentier. pour défendre la cause de l'art impressionniste. On devait être payé sur les bénéfices à venir : c'est dire que nous ne touchâmes pas un sou. Et le bourgeois. tu as pu remarquer de quel geste mesuré « et court. cela m'a enlevé le courage de lire le texte.pelle même qu'en le voyant j'ai eu l'idée de lire un de ses livres. Charpentier lâcha son journal. de Zola. le plus terrible de tout. il ne tarda pas à s'éteindre. ce « qu'il a pris pour du grain. vous savez bien qui je veux dire : Rops. par se mettre dans la peau de ses personnages. on nous imposait. non seulement comme reconstitution historique d'un mouvement d'art très original. « Ton » Zola.. de jeter un coup d'œil dehors. Zola aura vu un paysan qui fumait son champ. c'était de la poudrette! » .. un papier. mais je suis tombé tout de suite sur des illustrations faites par ce Cabanel belge. à laquelle nous collaborions.

L'homme était très digne. mais il avait le tort.. et qui ont l'air d'avoir été faites du coup! Moi. Ah! le histoire racontait ce s'il pour une comme reproche. on a ces soi-même : « Mais je me fous de tous ces gens-là! » Moi. — .Et ces toiles sur lesquelles Cézanne est revenu des deux cents fois.. — Guillemet me parlait de l'étonnement joyeux de certains des amis de Flaubert quand. que de fois ne me l'a-t-on pas fait à moi-même! C'est à croire que pour plaire. Moi. quand à dire de s'empêcher peut se trois cents lu ne on pages. on entendait le célèbre auteur de Salammbô flétrir le cléricalisme. Ah! ce Gustave Moreau. — Vous ne m'avez pas encore parlé de Huysmans. — Un livre que je trouvais très beau. de célébrer l'œuvre d'un peintre non pour l'œuvre elle-même. — Et ses ouvrages? RENOIR. Salammbô. Quand je vous disais que la France est devenue protestante! Je crois aussi que le public craint toujours de ne pas en avoir pour peiné assuré être Il sur une chose veut avons nous que argent. — Le personnage d'Homais? RENOIR. mais d'écrirelibrement et joyeusement.. prenant à son compte tout le bagage philosophique et politique de son pharmacien. Rops et Gustave Moreau. Moi. — C'est à peine si j'ai aperçu Huysmans quelquefois à la Nouvelle Athènes.. vous que Monsieur un « chez les Charpentier : Flaubert? RENOIR. avis à Momie. il avait l'air d'un capitaine en retraite qui serait devenu placier en vins. C'est ainsi qu'il a pu confondre dans une même admiration Degas.deviez voir célèbre écrivain Renoir. — Je m'en souviens très bien. — J'ai parcouru Madame Bovary. même plaisir. N'allait-il pas chez Mme Charpentier? RENOIR. dans les dernières années de sa vie... mais pour le sujet. un peintre qui n'a jamais su seulement dessiner un pied! Le mépris . dire qu'on a pris ça au sérieux. s'indigner de l'influence des Jésuites. il faut nécessairement être ennuyeux. à mon avis. — Je sais bien que les « connaisseurs » reprochent à Gautier de ne pas nous laisser sentir l'effort. C'est l'histoire d'un crétin dont la femme veut devenir quelque chose et. RENOIR. de la Le Roman pourtant mon si beau que — pas la chose la plus parfaite qui ait été écrite dar s ce genre. son avant qu'il daigne la regarder.

un jour qu'il m'avait particu- . et qu'on a tant vanté. me prenant les mains avec cet attendrissement facile aux Alsaciens : « — C'est drès fit en. Quelle simplicité. mon ami Burty m'avait mené devant des estampes japonaises. faisant pendant. Ses meilleures amies en crevaient de jalousie. chez Mme Charpentier. c'est drès pien. — N'avez-vous pas fait une décoration pour le salon de Mme Charpentier? RENOIR.du monde qu'il avait. un jour. — Faire des décorations a toujours été pour moi un plaisir sans pareil. Et c'est peut-être d'avoir vu tant de japonaiseries que m'est venue cette horreur pour l'art japonais. Il y avait là des choses très belles. Mais c'était un homme rudement malin. Malheureusement. d'avoir imaginé. Aussi n'y avait-il pas de soirée costumée où elle ne parût en Marie-Antoinette. « Pendant l'Exposition de 1889. moi. j'appelle cela de la paresse. en sortant de la salle. la place était mesurée. et. tout de même.. — Le meilleur des souvenirs. quel souvenir en avez-vous gardé? RENOIR. Jusqu'à Ephrussi. mais. j'ai vu un fauteuil Louis XIV recouvert d'une petite tapisserie tout ce qu'il y a de plus simple. l'une d'elles eut ce mot : « — C'est une Marie-Antoinette raccourcie par en bas! » Moi. et quelle courtoisie! Je m'enhardis. Lorsque mon œuvre fut terminée. que je croyais. mais il y a une vaute! L'homme toit doujours aidre blus prun gue la vamme! » « Un petit détail : Mme Charpentier avait une certaine ressemblance avec Marie-Antoinette. Mme Charpentier m'avait abandonné la surface de deux étroits panneaux en hauteur dans la cage de l'escalier. et celui-ci. — Vous avez connu Gambetta chez Mme Charpentier? On ne parle de lui que pour le porter aux nues ou pour le débiner. de peindre avec des couleurs d'or. à même le mur. allez. Je m'en tirai avec deux personnages. pour prendre les Juifs. selon la mode d'alors. un homme et une femme.. le peintre Henner. j'aurais embrassé ce fauteuil! « A défaut de murs à décorer. on voulut avoir l'appréciation d'un vieil ami de la maison. comme elle était plutôt petite. les salles de réception étaient entièrement décorées avec des japonaiseries. un peu sensé! J'arrive. à commencer par celles qu'au temps de ma jeunesse je peignais dans les cafés. chez lui : je tombe sur un Gustave Moreau! Moi. je n'en disconviens pas.

C'est lui qui avait la Sortie du Conservatoire. à lui demander sa protection pour être nommé conservateur d'un musée quelconque de province. Quant à Gambetta. Nous avons été longtemps intimes. ces soirs-là. qui. Je lui parus d'une ambition démesurée. un soir. donc? finit-il par dire. Quelle ne fut pas ma surprise. Il se met à rire : « — Ah! elle est bien bonne! Challemel-Lacour qui ne veut pas qu'on soit des révolutionnaires! » « Et Gambetta nous fit faire l'article. ce fut l'étrangeté de ma demande. de trouver Gambetta tout seul au fumoir! Plus un téton!. affirmaient n'aimer rien tant que l'odeur des cigares et des pipes. je croise Gambetta. j'étais allé à La République Française pour tâcher d'avoir un petit bout d'article. Et . J'appris alo^s que. ce ne fut point de me voir si gourmand. le Président du Conseil. — Et pourtant. ce qui le frappa. et se réfugiait au fumoir aussitôt envahi par les femmes les plus délicates. à deux cents francs par mois. que les prévenances mettaient mal à l'aise. Je lui raconte mon affaire. Je tombe sur Challemel-Lacour. il fallait voir ce remue-ménage! Mais le ministre. mon ami le musicien Chabrier. vous êtes des révolutionnaires! » « Dans l'escalier. enfin quelque chose qui ne concerne pas votre métier. coupait dès le seuil la foule des empressés.. je vous appuierai : quant à nommer un peintre conservateur d'un musée. Mon cher Re« — D'où sortez-vous noir. qui me demande ce que j'étais venu faire au journal. Moi. que j'ai peinte dans le jardin de la rue Cortot. C'était le plus simple de toute la bande.. — Quand il arrivait dans un salon. Spuller était présent. comme la tête aurait pu lui tourner! RENOIR. avait subi un de ces échecs dont on ne se relève pas. qui me dit aussitôt : « — Nous ne pouvons rien faire pour vous. avec « Mais lorsque quelle bonne grâce il le faisait! Pendant une de nos expositions. pour avoir « engueulé » la Chambre. après plusieurs années de séparation. faites une demande de professeur de chinois ou d'inspecteur de monuments. chez Charpentier.lièrement témoigné sa bienveillance. « C'est aussi chez les Charpentier que j'ai retrouvé. ce même jour. on rirait trop de nous! » Gambetta pouvait rendre un service.

—Que vous a été payé le portrait de Madame Charpentier? RENOIR. les mains marchaient en même temps. C'est un vrai miracle que cette toile ait été conservée. qui avait acheté un fonds d'objets de Jérusalem. je dus repeindre tout mon tableau. je me rappelle avoir vu. tout en continuant à « bricoler » dans les tableaux? Eh bien. votre Samary a l'air de couler » « Je me précipite. un ancien employé de Durand-Ruel. je l'ai à peine vue sur la scène. Chabrier revenait d'Espagne et en rapportait les thèmes caractéristiques de son Espafia. — Il est de 1878. Le Page. les pieds. ollé! Moi. Je n'aime pas comme on joue au Théâtre-Français. c'est très drôle. En une après-midi. grandeur nature. — Le portrait de Madame Charpentier. un ami vient me dire : « — Je sors du Salon. je voyais Ellen André dans une pantomime. et. Un jour. avec le prix. et comme il lui restait un fond de vernis. aux FoliesBergère. La veille du vernissage. contre son magasin. — Je crois bien que ce fut dans les mille francs. un petit 1 ! . Quel pianiste incomparable! Il jouait avec tout son corps. Avez-vous connu le nommé Poupin. cette œuvre « révolutionnaire ». toute la soirée. Mon tableau n'était plus reconnaissable. marqué à la craie : Quatre-vingts francs Moi. — N'avez-vous jamais peint Mlle Samary dans un de ses rôles? RENOIR. à même le trottoir.de quelle époque est-il? RENOIR. Le porteur crut que c'était par économie. j'avais envoyé le portrait en pied de Mademoiselle Samary. et les ollé. une figure de femme. à Montmartre. l'ordre de vernir un autre tableau qu'il avait apporté en même temps que le mien. — Non. il voulut m'en faire profiter. J'avais pris la précaution de ne pas vernir ma toile. au Salon de 1879. Voici ce qui était arrivé : le garçon chargé de transporter ma toile avait reçu. il a cherché Espafia. chez moi. et ce fut même à cause de la personnalité du modèle qu'on consentit à admettre. — Mille francs! Une grande toile avec trois figures? RENOIR. de l'encadreur. Vous pensez si j'ai eu chaud! Moi. Après le dîner. — Ce qui était un prix exceptionnel pour l'époque. « En même temps que Madame Charpentier et ses enfants. il se mit au piano. Moi.quel musicien! Je me rappelle un soir. une de mes toiles. qui était toute fraîche.

et comme il détestait la pièce.. Une qui l'avait par-dessus tout. etc.. » mille roses rece« Quelques jours après. Moi. c'est le charme féminin1. un bouquet de ces roses grossies à force. dans les laboratoires des fleuristes. ce que vous pensez des pièces d'Hervieu? » Renoir fit un geste vague. et si rare!. — Vous le connaissez? FRANC-LAMY..... mais comme c'était joué! J'ai bien étonné Berard le lendemain en lui disant que c'était les Folies-Bergère que l'État devrait subventionner. s'extasiant sur le vécu de « Ces dames entouraient le maître. ces milliers de rosiers en fleurs. « Et l'autre : « Comment je fais? Je vais vous la roseraie du châ« Je m'appuie sur la nature. Enveloppé de papier doré. Moi (à Renoir). Moi. l'artiste lui avait déplu pour toujours. connaître si à fond le « — Comment faites-vous. aimé peindre! » « En voilà une que j'aurais Renoir avait vu Sarah Bernhardt dans la Dame aux Camélias. qui Franc-Lamy Hervieu. » On était dans teau : si tu avais vu ça. — Je dois aller voir une comédie d'Hervieu dont on dit grand bien La Course du Flambeau. disait la duchesse à Hervieu. les roses. pour cœur humain? » dire mon secret. dit cher parlez de Vous ce » « — entrait dans l'atelier sur ces derniers mots. — Je ne vous ai jamais entendu parler de Sarah Bernhardt ? RENOIR.. la duchesse aux cent vait un envoi de l'amant de la nature. « qui aimez tant la nature. — Je ne vous demanderai pas. Maître. la sincérité d'art.bout de rôle. : Moi.. Celui qui ne l'a pas vue dans Barbe-Bleue. Renoir. ses personnages. et vous « C'est ma passion.. au château de la duchesse de X... 1. — Moi. .. — Je l'ai rencontré à un thé tango.. Jeanne Granier. ce que j'aime dans la femme.. alors. et montées sur des tiges de fer.

Pendant que j'avais la femme et les enfants dans le dos. les Arabes à Anes. de là. un voyage en Algérie. tant j'avais de gens autour de moi. Fontainebleau. je fis. en général. un tableau de Broussailles..XI LES PREMIERS VOYAGES RENOIR. le père.. se mit à crier devant un carré d'artichauts. L'été suivant. et du Parisien en particulier. me regardaient peindre. peignant dans un champ voisin de Beaulieu. où.. une Vue du Jardin d'Essai. me donnant des conseils. qui était allé un peu plus loin satisfaire un besoin. — Après le Salon de 1879. je viens de découvrir un champ d'artichauts sauvages! » pein« Et quant à la curiosité des passants pour le travail du tre. je fus envahi par une famille. tout juste descendue du train de Paris. « Cette fois.. jusqu'aux animaux. le cou tendu. L'ignorance des gens des villes pour les choses de la campagne!.. C'est l'Arabe à dos de Chameau qui m'a donné le plus de mal. A mon retour d'Algérie je pris un atelier rue de Norvins (1880). je passai rue Houdon. où je restai six semaines et d'où je rapportai les Bananiers. avec mon ami Les- tringuès. tenez.ce n'est rien encore à côté du bourgeois français. j'allai à Guer« . un Arabe à dos de Chameau. Mais l'Arabe. « Un jour que je travaillais dans la forêt de j'entends souffler derrière moi : c'étaient des chevreuils qui.. cette plante potagère par excellence : « — Hé! vous autres. arrivez par ici...

et tout ce monde. à Venise. « Mais si son tableau des Deux Courtisanes. Ainsi. toute la famille du pasteur à poil. à l'époque où j'y étais.. dont les portes étaient toujours grandes ouvertes. une Gondole. un peintre aux couleurs fraîches et gaies. est la reproduction fidèle des mœurs de son époque. devant lui. elles . fut la découverte de Carpaccio. Lauth. une esquisse du Grand Canal. y compris la bonne. au tournant de l'escalier. Je me rendis d'abord à Venise. quelles mœurs patriarcales! Du moins. ami « J'occupais. Aucune de ces petites « miss » si gentilles ne s'offusquait de se baigner à côté d'un garçon tout nu. Il m'arrivait. un de ces dragons qu'on s'attend à voir donner la patte. de voir. Il donne une claque en criant : « — Eh! Mary! » « C'était le pasteur lui-même.. Et ça ne les gênait pab non plus de circuler tout nus dans l'escalier. le rez-de-chaussée. un paysage qui m'a énormément intéressé. Quel agréable pays. il court. j'entrepris un voyage en Italie. rangée à la file indienne.. C'est ainsi que je pus faire mon étude de Jeunes gens nus au bain. le deuxième étage d'une maison dont le premier et le troisième avaient été loués à un pasteur protestant de Londres. pour passer du premier au troisième. Carpaccio a dû prendre ses modèles à la foire! J'allais oublier. une fort belle chose.. de ce peintre. J e me souviens notamment d'un de ses tableaux où il y a un dragon qui semble être au bout d'une ficelle. la Place Saint-Marc. Tous ces protestants anglais ne se croyaient pas obligés. en passant devant le premier. et mon Lauth. où je peignis quelques Nus. en villégiature. Et ce Saint Georges qui baptise les Gentils. qui était myope comme une taupe. le furet. comme une tarasque de carnaval. le Palais des Doges. une paire de fesses. « Ma grosse surprise.. pour les bains. qui sortait du bain.. car c'était tout à fait une vue de Provence. d'étaler la pudibonderie de rigueur dans leur pays. où je fis quelques tableaux de Plages. C'est un des premiers qui ait osé faire des gens se promenant dans la rue. avec ma femme. Ce que nous avons ri! « Quelque temps après être rentré à Paris. une nommée Mary. le caleçon était inconnu. au milieu de gens qui jouent de la grosse caisse et du trombone!.nesey. se tapait sur les fesses pour se réchauffer en chantant : Il court. voit « Un jour.

lorsqu'on n'est pas entré dans Saint-Marc. . Je trouvais cette ville d'un triste.. Renoir devait conserver de Florence le souvenir d'une ville comme un damier. n'est-ce pas Gervex? qui. celui-ci de s'écrier : « — Allons.. je me dirigeai vers Florence. J'ai beaucoup aimé. je parle à Huysmans de la Vierge à la Chaise.. ce grand Christ byzantin avec un cerné gris! Impossible de soupçonner. que voir les musées. l'Héliodore chassé du Temple. le froid me chassant de Venise. quoi!. notamment. et comme ça suffit bien! Vous avouerai-je qu'à Florence et à Rome.. j'avais l'impression d'être devant un damier Il Je ne fis donc. les colonnes sans moulures!. la plus merveilleusement simple et vivante qu'il soit possible d'imaginer. au milieu de la prodigieuse variété des chefs-d'œuvre que j'ai pu voir. les piliers lourds. Avec tous ces édifices blanc et noir. qui ne brûlent rien du tout. « Enfin. et dès l'entrée. qui l'ai vu doré par plusieurs siècles de soleil! « Et la basilique de Saint-Marc! Voilà qui m'a changé des froides églises italiennes de la Renaissance. cet air doux et tamisé et ces magnifiques mosaïques. Il y a là des petites flammes innocentes. de Raphaël.. au Vatican. à l'origine : mais quel enchantement pour moi. la plus solide. Il y a à Florence une cathédrale tn marbre blanc et noir. Quelle merveille que ce Palais des Doges! Ce marbre blanc et rose devait être un peu froid. à Florence. vous dire l'émotion que j'éprouvai en présence de la Vierge à la Chaise! J'étais allé à ce tableau pour « rigoler » : et voilà que je me trouve devant la peinture la plus libre. combien c'est beau.. bon! encore un qui est pris par le bromure de Raphaël! » à propos de « Et cet autre.. et surtout de cette cathédrale de Milan dont les Italiens sont si fiers. c'est encore la peinture de Raphaël.. avec son toit en dentelle de marbre. et de même à Rome.ne devaient pas rigoler tous les jours. revenu à Paris. A Florence. Je connais peu d'endroits où je me sois autant embêté. les courtisanes de cel ! temps-là! « Je me suis vraiment plu à Venise. D'être passé devant. toujours i. des bras. des jambes avec de la chair vraie et quelle touchante expression de tendresse maternelle! Et lorsque. A Saint-Marc. des bêtises. on sent qu'on est dans un vrai temple.

Vous savez comme la peinture à fresque m'a toujours préoccupé. quand j'arrivai dans cette ville toute pleine de l'art de Pompéi et des Égyptiens. avec cette simplicité de travail de Pompéi et des Égyptiens. malgré tout son génie. dont Lascoux. on croirait tout à fait des nymphes de Corot. a des figures un peu trop toujours pareilles. duTitien. que c'était là un premier essai de fresque à l'huile. un Torse de femme. Vous n'avez pas idée du repos que ce fut pour moi. quelque part. Je me décidai à aller à Palerme. à force de craindre d'oublier le moindre muscle. Moi. Je commençais à être un peu fatigué de cette peinture italienne. que je vendis à Vever. « Pendant mon séjour à Naples. il avait trop étudié l'anatomie.mon admiration pour Raphaël : « Quoil vous allez maintenant donner dans l'art pompier? » « Les fresques de la Farnésine. rien n'est plus délicieux que ces fresques-là. — Comment avez-vous été amené à faire le portrait de W agner ? RENOIR.. je n'ai pas besoin de vous dire que. c'est qu'il vous donne tout avec un bout d'arbre. enfin. Ils me pressaient de faire tous mes efforts pour rapporter au moins un croquis d'après Wagner. qui m'a beaucoup frappé à Naples : le Portrait du Pape Jules III. Ce que j'aime tant chez Corot. — J'étais à Naples. il en existe une copie que je fis à Paris pour Gallimard. Ses muscles aussi sont trop toujours les mêmes. où il se trouvait alors.. me passionnaient. je pris le chemin de Naples. toujours les mêmes draperies et les mêmes Vierges. il en met qui doivent quelquefois bien gêner ses personnages. aussi. et. lorsque je reçus des lettres de wagnériens de Paris. « Ces prêtresses dans leur tunique gris argent. — J'aime mieux Donatello. et. un de mes meilleurs amis. je peignis une grande toile représentant une Femme assise avec un enfant sur les genoux. c'était Corot lui-même que je retrouvais tout entier au Musée de Naples. et j'avais lu. m'étant rendu à . cette barbe blanche.cette bouche terrible!. — Avez-vous reçu le coup de foudre devant MichelAnge? RENOIR. quelques Vues du pays. En réalité. dont un Quai de la ville avec le Vésuve au fond. « En quittant Rome. justement. Moi. Une toile. lequel. le juge d'instruction. peintes n'importe comment. Il faut voir la tête du pape. Et. Ses personnages sont plus variés que ceux de Michel-Ange.

j'ai. lui brossait les maquettes pour ses décors. pour leur plaire. mais je le pris au mot. fallait-il faire une musique de juif allemand! (Meyerbeer). » « Après vingt-cinq minutes de pose. par là. sauf que j'avais emporté ma boîte à couleurs. précisément. pour tâcher de faire son portrait. pour le quart d'heure. à me présenter les mains vides. J'obtins.Il en parut très flatté : « — Je voudrais beaucoup plaire aux Français. — Oui. Quand je reçus le mot si attendu de Jonkofsky me disant qu'il allait me présenter à Wagner. Ce Jonkofsky m'apprit que. Maître. tout de même. très occupé à terminer l'orchestration de son Parsifal. » vendis « J'avais eu le temps de terminer mon étude. et ne cachait pas son sentiment là-dessus. Celui-ci suivait Wagner dans tous ses déplacements. Pendant que je travaillais. mais je pensais jusqu'à présent que. et. en lui parlant de Paris. Moi. un certain Jonkofsky. je faisais tous mes efforts pour l'intéresser.. Les premières paroles de Wagner furent : « — Je n'ai qu'une demi-heure à vous donner! » « Il croyait. se débarrasser de moi. racontait à Wyzewa qu'en 1876. Chabrier et Maître. dans une brasserie. Je me risquai. Il en voulait beaucoup aux Français. de mon confrère. je m'aperçus que j'avais égaré les lettres de recommandation que mes amis m'avaient fait envoyer de Paris. dont je vous ai parlé. que je par la suite à Robert de Bonnières. mais si je n'ai guère connu personnellement Wagner. avec Saint- . — Et Saint-Saëns? RENOIR. comme Lascoux. Moi. été très lié avec quelques-uns des premiers « pèlerins » de Bayreuth. du moins. qu'il me préviendrait lorsque Wagner aurait terminé son travail. J'en ai fait une copie qui a figuré à la vente Chéramy.. — Je ne l'ai pas connu. en attendant. du moins. Wagner se levant brusquement : « — C'est assez! Je suis fatigué. Moi.son hôtel. Le portrait de Palerme date de 1881. se trouvant à Bayreuth. Il paraît qu'à un moment donné il n'y avait pas wagnérien plus fervent. — M. — Et vous n'avez rencontré Wagner que cette fois? RENOIR. l'année qui a précédé la mort du musicien. Je lui dis qu'il avait avec lui l'aristocratie des esprits. Wagner ne voyait personne. j'eus la chance d'y rencontrer un jeune peintre des plus aimables.

. n'importe quoi. cette fois.. où la frénésie du culte de Saint-Saëns Un avoir entrées. Wagner. Ecorcheville... également passait scène La se « dans la maison de Wagner. musicale. lu un m'a On ancien fortement patron. Et. un un sa dois-je dire que je me suis royalement rasé? Les cris des walkyries. Mme Wagner ayant demandé à l'élève français de jouer quelque chose sur le piano du grand salon de Wahnfried. — En tout cas. musique. « si vous étiez très emballé sur Wagner ? RENOIR. — J'ai beaucoup aimé Wagner.. Au de Bayreuth.. dans l'excès de mon énervement. valu d avait lui allemand ses musicien le pour soir. — ou peut-être innocemment. pour le quart d'heure.. ai pas demandé Renoir. moins c'est musique italienne. J'ai rencontré chez Wyzewa le directeur d'une revue Moi. la quitta table la et brisa anodine. c'est très bien pour commencer. — de s'écrier : parisienne! valse Ah! » une « — il l'assistance. Sur quoi Wagner. en quelques être salle. encore.Saëns. mais. et je me souviendrai toujours du scandale que je causai quand. Je m'étais laissé prendre à cette espèce de fluide passionné que je trouvais dans à Bayreuth. . Saintd'Henri l'honneur écrite funèbre Marche en Saëns attaqua sa Regnault. si je ne me trompe. musique la a pion que » « ne vaut un côté « professeur » qui m'horripile. un M. et j'éprouvais le besoin de m'offrir Si en dédommagement quelque chose d'un peu « chouette ». Voilà qui est bien « dessiné »! trois jours. bout à feu long fis donc Je pas ne « j'en avais par-dessus la tête. je fis craquer une allumette avant d'être sorti de la salle. vous ne Mais. lequel tenait d'un ami de Saint-Saëns le récit de la brouille survenue entre celui-ci et à Bayreuth. longueurs. par malice amicale. je monsieur vous-même. il s'était permis d'insinuer que la Tétralogie avait peutcricette entendant Saint-Saëns. débiner son l'air de » « a article de lui dans un journal de Nice. rien un petit air de Couperin ou de Grétry. si cela doit durer six heures de suite. de dames des taille la prenant Et une par « s'était mis à tourner autour du piano!.. la décidément préfère Je « parfois lui-même Beethoven allemande. et conduit m'a ami jour. de la vieille musique française. c'est à devenir fou.. mais. mais. verre sur si tique son Saint-Saëns RENOIR.

de vos voyages. C'est ainsi que. L'Estaque n'existe plus! On a mis des parapets! Je ne peux pas « — Oh! voir ça... « C'est de ce voyage à l'Estaque que j'ai rapporté une magnifique aquarelle de Cézanne. je désirais voir le grand tableau de Vermeer de Delft.. à part l'église catholique et le Musée. avec mon ami Lauth. Il me dit : « — Tu ne vois pas des branches d'arbres..bien qu'un beau matin. mais ça ne vous rajeunit pas. Je n'y ai mis les pieds que deux ou trois fois dans ma vie. J'aurais tant aimé voir ça!. autres que des pins? « et | . ils ont aussi au Musée un Watteau avec un paysage épatant. qui en revenait. qui se détache sur un corsage jaune citron. au mur!. quand il lui prend une terrible colique. Moi. RENOIR. une main pleine de jeunesse et de couleur.. ce jour-là. car les fameux « parapets ». deux édifices d'un rococo tout à fait charmant. mais j'eus la joie de retrouver mon ancienne Estaque. pour en revenir à Dresde. un peu attristé à la pensée de tout ce dégât. c'est une femme qui a l'air de la plus honnête des créatures. Quant aux monuments. C'était pas mal. Moi. J'y » allai cependant. de venir peindre avec moi à l'Estaque. Mais.. c'étaient quelques pierres posées les unes sur les autres. que j'y trouvai. vous ne devez pas être un fervent de l'Opéra? RENOIR. et toujours entraîné par des amis. les Baigneuses que vous voyez là. je pris le train pour Dresde où. d'une puissance. on m'a emmené voir les ballets russes. Elle est entourée de jeunes gens dont l'un lui met la main sur la poitrine. tout récemment. vous en étiez resté. à ce séjour en Italie où vous avez fait le portrait de Wagner. je ne me serais aperçu de rien. si je n'avais pas été prévenu par Cézanne. — En revenant d'Italie. Je proposai à Cézanne.. — Avec votre peu de patience pour les longs morceaux de musique.on retrouve dans la salle toutes les femmes d'il y a trente ans. à Vienne. n'y allez pas! se récria Cézanne.. — Monsieur Renoir. Dresde est plutôt pauvre. La Courtisane... — Le fait est que l'on aurait de la peine à me regarder comme un habitué de cette maison. « Il existe un autre Vermeer qui a une renommée énorme : Le Peintre dans son atelier. C'est comme Athènes : toute ma vie. Malgré son titre. J'étais. depuis longtemps. j'allai en Provence. même.. pour qu'on voie bien que c'est une courtisane.. j'ai rêvé d'y aller.

Et comme le médecin disait qu'avec des exercices chaque jour. » Ah! si j'avais rencontré le docteur Gautiez avant d'être complètement pris. autres entre d'autres visité j'ai tard. ce qui me décida à faire un second voyage en Algérie.. Lorsque je livrai cette dernière toile à Durand-Ruel. guérit mais il Oui. je ne pouvais plus que me faire porter dans les musées. que comme « Midi. des Femmes d'Alger. dans un décor de maison arabe. papier! je Chouette! du que » « — des aquarelles que Cézanne avait abandonnée dans les rochers après avoir bûché dessus vingt séances! le climat du traître plus n'est rien Cependant.. . Et Renoir se rassit dans son fauteuil qu'il ne devait plus quitter.. quelques années après. je suis allé à Munich : mais. Tout dernièrement encore. Il y avait déjà plusieurs années que Renoir n'avait pas quitté son fauteuil... le sujet sortit de la toile tel que je l'avais conçu. d'une jeune fille.. elle avait l'air d'un tas de plâtras. habillée en Algérienne. l'Espagne. sans « — risme! » 1 amené un jour l'avaient Jeune Bernheim Gautiez. et tenant un oiseau. cette fois. « la Hollande et l'Allemagne.. des Mosquées et une Fantasia. » « Mais.. Et quand je disais à un très grand médecin : « Ce docteur Gautiez. Plus pays. Mademoiselle Fleury. Durand-Ruel de la coume fit confiance et. faits à un moment où j'ai principaux Voilà les que voyages « j'avais encore mes jambes bien au complet et où le voyage signifiait pour moi la possibilité de loger dans des auberges vraiment la cambalader à dans journées des de me indigènes passer ». Les Henri docteur Le I..la plus belle C'était m'écrie. et ma peinture?. Vous avez vu cette dame qui ne pouvait pas faire en un pas sans se tordre la cheville et qu'il a guérie simplement lui montrant comment il faut poser son pied par terre. Je fis là un portrait. Le docteur Gautiez arriva à lui faire faire quelques pas sans aide. à l'atelier. interrompit le peintre.. et en concentrant toute sa volonté. « pagne. le travail leur s'étant fait. je pinçai à l'Estaque une fluxion de poitrine. grandeur nature. » Ce n'est que de l'empiopérer.. un petit Porteur arabe de Biskra..

qui alourdissent la transparence »!. pour être moderne. ont les peintres modernes. une non-couleur? Où avez-vous encore pris cela? « Le Le noir.. un jour que j'étais chez Renoir : « Quelle chance. cette non-couleur? » Renoir eut un sursaut : noir. qui ne savaient se servir que des ocres et des bruns! Ah! il est joli le progrès! Moi. RENOIR. il m'aurait répondu sans plus : « Vous m'embêtez! » je m'avisai de lire ce que les critiques d'art moderne avaient écrit sur ce sujet. prenant à mon compte celles de leurs affirmations qui m'avaient le plus vivement frappé. il fallait peindre « épais »! Je fus d'abord tenté de répondre que j'avais lu cela dans un ouvrage de critique d'avant-garde. la seule nouveauté de technique serait la suppression du noir.. mais c'est la reine des couleurs! Tenez. — Où avez-vous vu que les tons à plat alourdissent la transparence? Ce sont là encore des idées du père Tanguy. — Heureux anciens. et continuant ma ruse innocente : l'impressionnisme en fait de « Ainsi donc. lui disais-je. et. toutes ces couleurs que les anciens ne soupçonnaient pas! RENOIR. — Du moins. ne pourrez-vous pas nier qu'il y a eu progrès véritable dans la manière dont l'impressionnisme a abandonné l'usage des « tons à plat.. mais je jugeai plus prudent de laisser tomber le sujet. Cherchez Tintoret. voyez donc là cette Vie des Peintres.XII LES THÉORIES « IMPRESSIONNISTES » désirais savoir ce que Renoir pensait des théories impresJEsionnistes mais j'étais certain si je lui avais « que comme posé la question sous cette forme. qui croyait que.. Passez-moi le livre! » ». .

» Je n'avais décidément pas de chance avec mes citations. » Comment. vous prônez le noir. par exemple. — Pissarro est un homme qui a essayé de tout. Qui vous a dit cela? J'ai toujours eu en horreur le RENOIR.. embûche de transportai la naïve mes je que insensiblement l'entretien sur Monet. les influences des artistes les uns sur les autres.. Je songeai que mes informateurs.. bleu de Prusse. couleurs du adopté les aurait Monet. il répondit : La Plus belle des couleurs. revenir. leur garantissaient une haute compétence sur d'autres points. RENOIR. qui.. « prisme »? RENOIR... qu'il a d'ailleurs lâché comme le reste. vous qui avez « remMoi. n'avait pas déjà pressenti la manière de Monet « avec sa division des tonalités par des couches de couleurs juxtaposées. n'étant pas peintres. mais j'employais alors le bleu de cobalt. —Turner?.Un jour qu'on demandait à Tintoret quelle était la plus belle des couleurs. de mon accent le plus convaincu. Vous appelez cela « lumineux ». J'ai bien essayé de remplacer le noir par un mélange de rouge et de bleu. allez! que lorsqu'il peignait avec son chocolat! MOI (continuant à déballer mes réminiscences). c'est uniquement Turner.. avant lumineuse « ». et pour ce qui est de Monet. C'est leurs leurs et nougats colorer pour chose.. vous? Ces couleurs toutes pareilles à celles dont les confiseurs se servent la même bien acidulés!. Vous n'avez donc jamais regardé l'Embarquementpour Cythère? On peut prendre une loupe. Qui donc m'a rapporté l'avoir entendu dire au retour d'un de ses voyages de Londres : « Ce Turner Et Renoir lut - - : « .. dans sa période Moi.. mais que leurs qualités professionnelles de critiques.. Ce fut sur ce terrain J amenai citations. noir fin de compte. pouvaient être ignorants des questions de technique. — Mais Claude Monet et Pissarro ne se firent-ils pas les « prosélytes » de Turner? RENOIR. du moins. assez! Je me souviens d'avoir déjà entendu quelque chose d'approchant. reconstituant à distance sur I 'œil du spectateur la coloration véritable des choses peintes ». même du petit point. et. bleu en le pour ou d'ivoire. c'est le noir!. au d'outremer.. — Je vous en prie. comme. il n'y a là que des tons mélangés! Ainsi donc. dans son Embarquement pour Cythère.. placé le noir d'ivoire par le bleu de Prusse »?. je demandai à Renoir si Watteau..

Aussi bien. au reste. voyez si ses femmes sont des « penseuses »? Mais si vous allez dire à tout ce monde-là que la chose la plus importante pour le peintre est de savoir quelles sont les couleurs qui durent... je m'aperçois que Rubens. avait obtenu davantage que moi avec toutes mes épaisseurs.. voyons! que qui lui a servi de point Monet de départ. Jongkind.. le socialisme en art. Il faudrait. j'ai profité de la leçon. ces braves gens. pour leur faire plaisir. — Hasard de la sensation.. ceux-là aussi qui nous félicitaient d'avoir su donner à nos modèles des poses expressives.à m'embêter»? La seule influence. que nous eussions tous la même palette. Un jour.. Ils ignoraient..d'après les Maîtres de la critique. avec un simple frottis. Dans les commencements. Il va de soi que. » . comme pour le maçon de savoir quel est le meilleur mortier. Corot. les deux fois. je découvre qu'avec du noir Rubens donnait de l'argent. — Toujours la rage de vouloir vous imposer un ensemble immuable de formules et de procédés. » Je m'étais mis à feuilleter L es Règles de l'impressionnisme et je lisais à haute voix : « Manet mourut avant d'avoir pu mettre à « profit tout le pouvoir lumineux de la division du ton. mais cela veut-il dire que j'ai subi l'influence de Rubens? » Je commençais à me demander si toutes ces choses qui m'avaient tant émerveillé n'étaient pas simplement de la « littérature ». «commence ait ressentie. croyant avoir par là plus de « valeurs ». et le plus grand des peintres modernes.. puissance de l'instinct. comme les bêtes.. je vais vous citer un trait personnel. qui mieux que les impressionnistes. RENOIR. quoi! La peinture en vingt-cinq leçons!. Je tentai une dernière épreuve : « En tout cas. quoi! Tenez. pour ce qui est de peindre « au hasard de la sensation éprouvée et avec la puissante clairvoyance de l'instinct ». je mettais des épaisseurs de vert et de jaune. mon souci a été toujours de peindre des êtres tels de beaux fruits. que Cézanne appelait ses compositions des « souvenirs de musées ». » Je voyais sur la table un petit livre qui n'était pas encore coupé : Les Règles de l'impressionnisme. Une autre fois. pour ce qui est des influences en peinture. pour moi. au Louvre. Et ces premiers « ouvriers » de l'impressionnisme travaillaient sans jamais songer à la vente! C'est la seule chose que ceux qui nous suivent oublient de copier sur nous.. RENOIR (m'interrompant).

« glorieuses œuvres. comme tout ça a noirci! Vous vous rappelez le grand tableau de Seurat.RENOIR... Tenez! j'ai voulu doser. si petit soit-il.. Est-ce que les néo-impressionnistes qui ont appliqué de telles données scientifiques. une fois pour toutes. « La vérité est que.. Mais. d'être mort à Moi (continuant). Et celui-là qui disait à côté de moi : c'est devenu. — temps! En voilà un veinard. Je dois. RENOIR. » RENOIR (me faisant taire de la main). eussent exceptionnellement artistes nistes). même s'ils s'en étaient tenus aux « laissé de - méthodes traditionnelles. — Ah! oui. RENOIR. ces tableaux avec des tons purs juxtaposés. le plus fort! on vous prévenait dès l'entrée que pour comprendre ce que représentait la toile. encore fallait-il se mettre à une distance de deux mètres cinquante. — Vous savez bien. Mais c'est précisément lorsque j'ai pu me débarrasser de l'impressionnisme et revenir à l'enseignement des Musées. la peinture au petit point. pourvu que nous en ayons « — Qu'importe ce que joui au moment où la toile a été peinte! » la Cène de Véronèse exécutée au petit « Non. l'huile que je mets dans ma couleur : eh bien! je n'ai pas pu y arriver.. sans « tons purs » et qui se sont si bien conservés! dans la peinture comme dans les autres arts. qui s'accommode d'être mis en formule. quoi! Le ton lamentable de ça!... une toile peinte au petit point. mettre mon huile au jugé! On croit en « .. ce qui est bien autrement grave. à chaque fois. Moi.. des Modèles dans un atelier. ce Manet. que nous avons vu ensemble. mais vous ne pourrez pas nier le profit que certains peintres ont tiré des travaux de Chevreul sur le spectre solaire. Et moi qui aime tourner autour d'un tableau. — « La plupart d'entre eux (les impressioncertainement doués... comme tout le « Et quand Seurat se monde! Tous ces bouts de toile peints sans prétention. Moi. le dernier mot de la science. c'est la littérature « mettant le grappin » sur la peinture. — Les quoi?. il n'y a pas un seul procédé. Mirbeau m'a emmené un jour à une exposition de ça. le plus clair des « théories impressionnistes ». le prendre en main! Et puis. mais voyez-vous point ? servait de la couleur.. — Ainsi...

. Vous arrivez devant la nature avec des théories. Heureusement qu'aucune sottise au monde ne dégoûtera un peintre de peindre.. — Et la vulgarisation de l'art!. quand vous savez cela. risquant. Il y a dans la peinture quelque chose de plus. : « Vous voyez un homme qui n'a pas perdu sa journée. mais... » Je ne manquai pas de féliciter M. » On avait sonné à la porte : « Monsieur Renoir est-il chez lui? » Je m'étais levé.. qui ne s'explique pas.. à chaque coup. que ce sont les oppositions de jaune et de bleu qui provoquent les ombres violettes.... vous ignorez tout encore.. . « Vous savez que c'est le seul aux Beaux-Arts qui aime ce que nous faisons. Z.. je reconnais la voix de Z. des « scientifiques ».. Z. Je viens encore. la nature flanque tout par terre. RENOIR. eut quitté l'atelier : Moi.savoir long quand on a appris. d'obtenir du « Commerce » la promesse formelle de la « rosette » pour Ernest Laurent. du courage avec lequel il « bataillait» pour l'art moderne. Ce serait à vous faire lâcher tout. RENOIR. sa situa- tion administrative. qui est l'essentiel. à part.. passant par-dessus la tête de mon ministre. Alors Z.. — Le plein air d'appartement. Roger Marx. bien entendu. Quand M.. un de nos meilleurs vulgarisateurs de l'art impressionniste avec son « plein air d'appartement ». — Vous pouvez rester..

.. Moi. précisément. Tout ce que je posais sur ma toile. un jour. vers 1883. et j'arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre. — Mais tous ces effets de lumière que vous avez si bien rendus?. était magnifique. jusqu'au moment où je m'aperçus que cela faisait une peinture compliquée avec laquelle il fallait tricher tout RENOIR. dehors. dehors.XIII LA MANIÈRE « AIGRE » DE RENOIR fois. c'était tout noir. tout ce que je mettais était trop clair. mais. peignais en Bretagne. le reflet d'un mur blanc sur ma toile: j'avais beau monter de ton. J'étais allé jusqu'au bout de !'<( impressionnisme ». sous un dôme « Cette fois. quand Z. et puis. qui exposait toute une série de Rues de village : peint des rues désertes? « — Mais pourquoi donc avez-vous . encore. Je disais un jour à un de mes amis. 1e me rappelle. vous n'avez pas le temps de vous occuper de la composition. j'étais dans une impasse. on ne voit pas ce qu'on fait. à l'automne. que. où je de châtaigniers. rentré dans l'atelier.. en peignant directe« De plus. ni dessiner. mais. comme je viens de vous ment devant la nature. le temps. toujours la même. Mais c'était la transparence dorée des arbres qui faisait ma toile. vous êtes pris par la lumière. et il tombe vite dans la monotonie. est dire l'autre voulais Je vous — arrivé. cela devenait un pur navet! dire. la lugrande lumière plus variété de Dehors. il s'était fait comme une cassure dans mon œuvre. — Oui.. En un mot. une fois dans mon atelier. le peintre en arrive à ne plus chercher que l'effet. avec un éclairage normal. que une on a « mière de l'atelier. noir ou bleu. RENOIR. à ne plus composer.

il y a une lumière autrement chouette que dans aucun tableau moderne. » Et cela n'a pas empêché Corot de rendre la nature avec une réalité qu'aucun « impressionniste » n'a jamais su atteindre! Ces tons de pierre de la cathédrale de Chartres. toute sa vie. Ribera. — « Entrevu » est un chef-d'œuvre! Allez donc voir les Titien du Musée de Madrid! Et même. J'eus le bonheur de me trouver.. — Corot. ce que j'ai peiné à essayer de rendre ça comme il le rendait.. — Ces mêmes effets de la lumière n'avaient-ils pas déjà préoccupé les anciens? J'ai lu. on ne peut jamais être sûr de ce que l'on fait.répondit-il. dehors. plutôt. je crois. chez d'autres. métallisé. Il faut toujours repasser par l'atelier. lui! Moi. — Ses études. « du dessin des choses. me — où je travaillais! » Moi. il était encore de l'ancien temps il corrigeait la nature. « : . Ils étaient tous là à répéter que Corot avait tort de retaper ses études à l'atelier. un non-savoir qui produit un assombris« sement de la nature. ou. ceux-là même qui ont le plus la science de l'établissement « chez « des terrains. En Italie. —Oui. — Si vous voulez me permettre un dernier mot. « lorsqu'on observe les tableaux des musées. Votre auteur choisit mal ses exemples. je lui parle de la difficulté que j'avais à travailler dehors : « C'est que. des fuites de perspectives. « le feuillage persillé. n'est-il pas couleur d'encre? le « soleil n'est-il pas éteint? » RENOIR. le soleil n'est pas éteint . cet enfant rose. au Louvre. des jeux de la lumière. n'a-t-il pas peint en plein air? RENOIR. mais. chez Hobbema. en prenant l'un des peintres réputés les plus « noirs ». les avaient entrevus? RENOIR. dans Duranty. oui. on observe une « convention. il ne passait personne aux heures C'est que. sans aller jusqu'au Titien. que les Vénitiens.en présence de Corot. j'ai lu quelque part que. ces briques rouges des maisons de La Rochelle.. mais ses compositions étaient faites à l'atelier. dans les Nits du Titien. des rencontres de nuages. un jour. qui est un pays chaud. eh bien! rappelez-vous son Enfant Jésus. et cela. Et puis Corot pouvait faire tout ce qu'il voulait. notamment. notamment. me répondit-il. et le jaune de cette paille : connaissez-vous rien de plus lumineux? Moi. bien avant Ruysdaël. la nature ne sent pas le renfermé. le feuillage n'est pas couleur d'encre.. Dans les Noces de Cana.Chez Ruysdaël.

Moi. oui.. Et en faisant la nature plus simple. mais. chez les anciens. — Regardez donc la Villa d'Este de Vélasquez. ou le Concert champêtre de Giorgione.. — Ne faites pas dire à Delacroix ce à quoi il n'a j amais songé! S'il parle de complémentaires. si cet effet était éternel. et. moi.. — Sans me comparer à Delacroix. on pourra raisonnablement parler de couleurs devant se mélanger sur l'œil du spectateur. comme le fort observer des critiques : en y ajoutant des complémentaires? RENOIR. RENOIR... c'est que tous les grands artistes ont renoncé aux effets. C'est ainsi que les sculpteurs anciens ont mis dans leurs œuvres le moins possible de mouvements. on a la sensation qu'elles pourraient en faire. de vous demander s'il a été peint dehors ou dans l'atelier? « Pour en finir avec ce qu'on a appelé les « découvertes » des impressionnistes. là où il n'y a pas d'effet. Alors. mais à la seule idée de passer pour un novateur!. c'est évidemment quand il fait des recherches pour un plafond qui doit forcément être vu de loin. ils l'ont rendue plus grande.. qui met son sabre au fourreau. tandis que. Quand on voit le David de Mercié. devant un Rembrandt. le sabre est au fourreau. En tout cas. c'est qu'il parle tout le temps du brun rouge. s'ils ont laissé ça de côté. vous retournez dans la triste Hollande. Tenez. si. — Mais quand il s'agit de paysages en plein air? RENOIR. quittant les pays du soleil. on est « épaté » par le spectacle du soleil couchant. mais on sent qu'il peut en sortir.. pendant qu'il peignait . noir d'ivoire « A vous entendre.. ce mot qu'on rapporte de lui : « Donnez-moi de la boue. les anciens ne pouvaient pas les ignorer. mais comment faire croire que c'est avec de la « boue » que vous avez peint de pareilles chairs!. j'ai gardé du journal de Delacroix. Et même. on a envie de l'aider à le mettre : tandis que. il n'y a que le qui compte. monsieur Renoir. cela ne fatigue pas. éprouverez-vous le besoin. Je regardais un Nu commencé. le seul souvenir que. il fatiguerait. Devant la nature. sur le chevalet.. pour ne parler que de ces deux tableaux. Delacroix. Mais si leurs statues ne font pas de mouvements.. j'en ferai de la chair de femme! » Moi. — Mais ne sous-entendait-il pas.

. que pensez-vous de Delacroix? » « Et Corot : « — Delacroix... demandait Guillemet. un employé de la bibliothèque voulant lui faire un compliment : « — Maître.. vous êtes le Victor Hugo de la peinture. mes meilleurs amis me plaignaient-ils à qui mieux mieux : « Après ces jolies plombées!. la musique. — Saviez-vous que cette méfiance de Delacroix pour les « nouveautés » en art allait jusqu'à la musique? Guillemet me racontait qu'un jour en causant avec Corot : « — Papa Corot.. Je ne savais pas encore. je le regrette beaucoup pour lui. tout entier à mes recherches de fresques. » Moi. d'un ton sec : « — Vous n'entendez rien à la peinture. vers 1883.. Il n'aimait pas la musique de Berlioz. parce que. voilà un énorme artiste! C'est le plus fort! Mais il y a une chose sur laquelle nous n'avons jamais pu nous entendre. La couleur devenait alors trop sèche. qui donne de si précieuses indications sur la façon de procéder des peintres du xve siècle. cette vérité élémentaire que la peinture à l'huile doit être faite avec de l'huile. « Il arrive toujours qu'on passe pour un fou. que seul vaut pour un peintre l'enseignement des musées. dans une boîte. si on lâche une manière à laquelle le public est habitué. sur les quais. à ce moment-là. » RENOIR. date aussi le portrait de Mademoiselle Manet avec son chat dans les bras. » « Sur quoi Delacroix. Et. et ça. aucun de ceux qui avaient établi les règles de la peinture « nouvelle » n'avait songé . que certaines de mes peintures de ce temps ne sont pas très solides. la musique des révolutionnaires comme il disait. on disait devant cette toile : « — Quel gâchis de couleurs! » « Je dois avouer. » « couleurs. De cette époque. le livre de Cennino Cennini. par contre. aussi. et les couches successives de peinture adhéraient mal. mon ami! Je suis un pur classique. ces couleurs lequel « J'avais entrepris un grand tableau de Baigneuses. bien entendu. sur je restai à patauger pendant trois ans. — Je vous ai parlé de ma grande découverte. J'avais fait cette découverte en lisant un petit livre trouvé par Franc-Lamy. j'avais imaginé d'enlever l'huile de la couleur.le plafond de la Chambre des Députés.

Je cette époque. à cette occasion. « Lorsque les Baigneuses. c Mais.. avant la séance. je les envoyai à une exposition chez Georges Petit (1886).. Et les mains Mme de Bonnières les mettait dans l'eau. était d'accord pour décider que j'étais un homme à la mer. il faut savoir manier l'huile. qui passait son temps à me remonter. à ! . tant je cherchais à être précis. Robert de Bonnières devait. Ce jour-là. j'avais ainsi l'occasion de voir ce qu'on apportait à manger à mon modèle : une toute petite affaire dans le fond d'une assiette. tout le diable et « fis aussi. toujours par haine de l'impressionnisme. la toile. Quelles « engueulades » je reçus! Cette fois. la mode. seulement. des choses d'une extraordinaire sécheresse. à ce moment-là. j'aurais jeté par la fenêtre les tubes. Sans Wyzewa. se coller un bon beefsteak! » Mais va te faire fiche! J e travaillais le matin jusqu'au déjeuner. la connaissance de Wyzewa. je ne me souviens pas d'avoir jamais fait de toile qui m'ait plus embêté! Vous savez si j'aime peindre une peau qui ne prend pas la lumière! Par surcroît. par son intermédiaire. Par exemple. une fois.à nous donner ce tuyau précieux. Vous pensez si c'était fait pour donner du rouge à la peau. des peintures sur ciment. d'une pâleur de cire. quelques-uns même me traitaient de paresseux. rendait compte des livres dans la Revue Indépendante. Et Dieu sait combien je trimais!. me commander le portrait de sa femme. Et Mme de Bonnières était. était d'être pâles. il délaissa les livres pour parler peinture et écrivit sur mon exposition des choses qui me furent d'un grand réconfort. Je me disais toujours : « Si elle pouvait seulement. mais je devais découvrir plus tard que c'est précisément l'huile qui empêche la couleur de noircir. c'est que j'étais également préoccupé de trouver un moyen d'empêcher la couleur de noircir. furent terminées. les pinceaux.. et. bien entendu. pour les femmes. tout le monde. pour en accentuer la blancheur. que je considérais comme mon œuvre maîtresse. Ce qui me poussait encore à ôter l'huile de ma couleur. ma boîte à couleurs. plus tard. après trois années de tâtonnements et de recommencements. mais sans pouvoir davantage dérober aux anciens le secret de leurs inimitables fresques. Je fis. à propos de l'exposition de 1886 chez Petit.. J e me rappelle encore certaines toiles où les moindres détails ont été préalablement dessinés à la plume avant d'être peints. Huysmans en tête. alors. il faut que je vous signale un article de Wyzewa qui.

pendant que je suis là à rien faire. Ce n'était pas une de ces figures qui ne pensent à rien. eh bien..! qu'est-ce qu'il y a derrière ce front? « — Hé! Monsieur. plus impatienté que d'ordinaire. Un jour.. je finis. pourtant. — Oui. comme on pouvait s'attendre à rencontrer chez une aubergiste.. il y a peut-être le navarin qui est en train de brûler! » . — Vous aviez chance. par m'écrier : « — Mais. vous êtes bon. de D. N. Celle-là avait l'air de porter dans sa tête un monde de pensées. comme vous aimez tant les peindre? RENOIR. Moi. mais il y avait autre chose que je ne trouvais pas. sans doute. vous! Je pense que. Voyez! Je tombe sur une des femmes les plus charmantes qui soient. j'oubliais celui que je fis de Mme C. une belle fille dont le mari tenait une auberge dans les environs de Paris. elle ne veut pas avoir des couleurs aux joues! Mais quand je disais que je ne connais pas de portrait qui m'ait fait plus enrager.son train. de trouver là un modèle avec des mains qui sentent le travail.

un voyage en Espagne. tout le monde. a droit au permis de chasse. — J'ai reçu. — Et les Greco? RENOIR. avec mon ami Gallimard. » Moi.. ce régime avec lequel il ne restera plus bientôt en France un arbre dans les champs. je n'ai pas vu une seule jolie femme. Pour lui faire honneur. et aussi pour avoir le plaisir de parler d'un peintre que j'aime par-dessus tout. et cette absence totale de végétation! Les Espagnols n'ont pourtant pas la République chez eux!. — Et les fameuses danses espagnoles? RENOIR. Ah! les Vélasquez! Moi. et quels monstres de femmes! Et les cigarières. . s'il n'y avait pas eu le musée de Madrid. de vraies horreurs! J'aurais quitté l'Espagne le jour même de ma venue. un poisson dans la rivière. — J'en ai bien vu à Séville. me répondit-il. Il y avait trop longtemps que je voulais voir le musée de Madrid! Mais quel pays que l'Espagne! Pendant tout un mois que j'ai passé là. un jour. Mon visiteur riposta aussitôt et sur un ton presque agressif : « — Et le Greco? » IRENOIR. un oiseau dans l'air.. un autre l'aurait eue une heure après. Je disais à un de mes cousins qui venait de tuer une jeune biche : « Pourquoi ne l'avez-vous pas laissée grandir encore un peu? » — « Mais. il m'a fallu aller dans les plus sales quartiers de la banlieue. je fis. mais. aujourd'hui. LE VOYAGE EN ESPAGNE — Après avoir terminé le portrait de Mme de Bonnièrcs. Si je n'avais pas tué la bête.XIV . tant vantées par les hommes de lettres. la visite d'un peintre espagnol qui a dit comme vous. j'avais prononcé le nom de Vélasquez. comme ce n'était plus la mode.

A cause de cela. la chair près des yeux. 1845. Cormon (Fernand). — lequel. quelle recherche dans cette peinture si aisée en apparence! Et puis. qui avait pris ses premières leçons d'Émile Bernard. un jeune peintre. comme il savait se servir du noir. Le petit ruban rose de l'Infante Marguerite. s'arrêtant derrière le nouveau venu : « — Qu'est-ce encore. plus j'aime le noir. celui-là! Plus je vais. quelles jolies choses! Pas l'ombre de sentiment. et aussi par nature... Il possède une remar- . il y a trente ans de cela. — A propos du noir d'ivoire. cette aristocratie qu'on retrouve toujours. des draperies faites de chic. dernièrement. de sensiblerie! « Je n'ignore pas que les critiques d'art font à Vélasquez le reproche de peindre trop aisément. « Mais vous en étiez à vos souvenirs du musée de monsieur Renoir. cette saleté que vous avez là sur votre palette? D'où sortez-vous donc. Quels sont les Vélasquez que vous avez le plus aimés? « i... je préfère Vélasquez. des mains toujours les mêmes. dans le moindre détail. au milieu de son inspection.. (Dict. Celui-ci. Quelle meilleure preuve. » « Mais ne voilà-t-il pas que. au contraire. Vous voulez faire votre noir avec « votre bleu et votre rouge? Je ne puis vous garder chez moi. peintre français né en quable puissance de coloris. et qu'il est prouvé aujourd'hui qu'on doit faire son noir avec du rouge et du bleu?. tout l'art de la peinture est là-dedans! Et les yeux. — alla suivre le cours du même Cormon. Larousse).. que Vélasquez était un peintre qui possédait à fond son métier! Ceux-là seuls qui connaissent leur métier peuvent donner l'impression que c'est fait du coup. vous mettez une petite pointe de noir d'ivoire : ah! que c'est beau! Moi. Mais. Émile Bernard suivait les cours de Cormon 1 à l'École des BeauxArts : « Comment. Vous vous échauffez à chercher. » Madrid. avait appris de Cézanne le bienfait du noir d'ivoire.. car « vous seriez un dissolvant pour vos camarades.C'est chose banale de dire que le Greco est un très grand peintre. dans ce peintre. dans un simple ruban. pour parler raisonnablement. à part peut-être l'éclairage d'atelier. Ce que j'aime tant.. pour ignorer que le noir d'ivoire est une non-couleur. vous n'avez pas de noir d'ivoire sur votre « palette! s'exclama le maître. dans l'intervalle.

il paraîtrait vide. c'est de l'or et des diamants! Blanc qui disait que Vélasquez était « N'est-ce pas Charles trop terre-à-terre? Toujours ce besoin de chercher de la pensée dans la peinture! Moi. et cela. Quel peintre! j'entends dire. ravit : cette pein« Encore une chose.... autrement. de la finesse. Son tableau des Lances! Sans parler de la qualité de la peinture.. Et les Fileuses! Je ne connais rien de plus beau. du charme. qu'il faut.. Dans le Saint Michel de Raphaël. « C'est qu'il ne suffit pas à un peintre d'être un habile il faut qu'on voie qu'il aime « peloter » sa toile. s'il est si plein. un certain quelque chose. je serais bien en peine de faire un choix parmi tant de merveilles! L'exécution de ces peintures..RENOIR. De même.. Et voyez donc les Noces de Cana. — Ma foi.. on le porte en soi. dont aucun professeur n'enseigne le secret. l'anatomiste par excellence! L'autre jour. lui. Il y a là un fond. dans Vélasquez. Mais sa toile n'est pas caressée amoureusement du pinceau.. comme le geste de ce vain- . il y a une cuisse d'un kilomètre de long! Cela serait peut-être moins bon. c'est que les personnages du fond sont aussi grands que ceux du premier plan.. je me contente de jouir. Tous ces gens qui vous « rasent » sur l'art. Si ce tableau était en perspective vraie. devant un chef-d'œuvre. d'Espagne! « Regardez Vélasquez. en plus. Et Michel-Ange lui-même. Ce sont les professeurs qui ont découvert dans les maîtres des défauts. Vélasquez trouve moyen de nous donner des broderies épaisses et lourdes. et voilà que je tombe sur une photographie de l'Aurore du Tombeau de Julien de Médicis.. J'ai pu me rendre compte que Michel-Ange. quand il peint la cour Tous ces personnages étaient probablement d'un commun! Mais quelle suprême dignité il leur 3.. ne s'était pas gêné pour mettre encore plus d'écart entre les deux seins. je craignais que les tétons de ma Vénus ne fussent trop écartés... qui me ture qui respire la joie que l'artiste a eue à peindre! ouvrier. donnée! C'est sa dignité à lui que Vélasquez a mise en eux. Cela a manqué à Van Gogh. Mais ces défauts même peuvent être nécessaires.. Et puis il y a ce côté un peu exotique. le parquet ne fuit pas selon les règles : c'est peut-être pour cela qu'il fait si bien!. allez donc leur apprendre que ce n'est pas seulement une question de métier... avec les personnages du fond tout petits.. c'est divin! Avec un frottis de noir et de blanc.

Et. Rubens.. c'est tout Vélasquez réuni. on a envie de caresser ça! Comme on sent devant ce tableau toute la joie du Titien à peindre. pour ne parler que du portrait de François 7er au Louvre.. tandis que les beaux Titien.. à Madrid. il me fait jouir de sa propre jouissance. on a envie de se regarder dedans. D'abord le mystère. des crevés en satin!. — Le Titien! Il a tout pour lui. un plafond représentant des gens regardant en bas.. malgré tout. — Vous ne m'avez pas parlé des Titien du musée de Madrid? RENOIR. en même temps. Quand je vois. chez un peintre. dans une petite église.. si l'on a soi-même un tempérament de peintre.. Devant cette toile. quelle simplicité. ce n'est pas du trompe-l'œil. vaut le voyage de Madrid. la passion qu'il a ressentie à peindre. je revenais toujours aux Vélasquez. en Espagne. c'est un Poussin qui est resté frais comme un Boucher.. à me rapprocher. « Une chose encore qui m'a extrêmement frappé au musée de Madrid.. à côté.. quelle richesse. et puis. il était sorti de l'église en haussant les épaules! Moi. c'est à embrasser! « Et même en peignant ses personnages tels qu'ils sont. quelle distinction En voilà un qui a vraiment l'air d'un roi! Et il y a là des manches.. quand on est devant ça. Ces chevaux. on peut donner à une peinture un agrément indéfinissable. lorsque le guide dit qu'un « grand peintre de Paris » (Jules Chéret) avait passé là et qu'après avoir levé les yeux au plafond.queur est admirable! Un autre aurait fait un vainqueur prétentieux. et.... alors qu'au Louvre et ailleurs. il y en a ailleurs.. et que la reine semble échappée de chez un mastroquet. J'étais « épaté» devant ça. Loin de moi de vouloir mettre Vélasquez au-dessus du Titien.. mais. « Cette cuirasse de Philippe II. La Famille Royale de Goya. est extérieur. c'est de la surface. les Poussin sont si crasseux!. Vénus et l'Organiste. avec cette jouissance que me donne la vue d'un chef-d'œuvre! « Vous voyez à quel point j'aime le Titien : mais. ! .. je passais mon temps à m'éloigner. J'ai vécu vraiment une seconde vie. une profondeur. il y a ces chairs. qui. à elle seule. pour ne pas dire plus! Les diamants dont elle est couverte! Personne n'a rendu les diamants comme Goya! Et les petits souliers de satin qu'il vous faisait! « Il y a de lui. la limpidité de cette viande. est-ce qu'on remarque seulement que le roi a l'air d'un marchand de cochons.

je ne veux pas dire le monsieur qui ne fait que se promener dans les salles.. Roujon (Henry). parce que Gervex y figurait. non qu'il manque d'esprit.. Mais quand il arriva devant les Cézanne! Ces Paysages qui s'équilibrent comme des Poussin. celui-là n'est pas dangereux. ni qu'il ne soit pas d'un commerce agréable. L'Espagne. Il était. pas tous cependant. mais.Moi. il en rejeta un ou deux. les tableaux rancissent. si bon conserve se y a un vre. c'est qu'en Espagne ils n'ont pas de conservateurs de musées!. pour m'entendre avec lui. où il qu'au Loutandis bien. » J'étais très étonné. il ne fallait pas que fût prononcé par moi un seul nom des peintres que j'aimais. aussi. Roujon acceptait bien les Degas. qui est près de la Seine. Moi. Mais. ces tableaux de Baigneurs dont les couleurs RENOIR. et les tableaux. Roujon 1. . était pour lui un sujet d'inquiétude. qu'il ne cherchait pas à dissimuler. d'autre part.. restaient tranquilles. par ce mot de conservateur. — Je m'étais dit que c'est peut-être parce que Madrid est situé sur une hauteur où l'air est pur : à Munich aussi. ne devait pas pouvoir s'en payer. — A quoi attribuez-vous un tel état de conservation? RENOIR. et aussi les Manet. vous avez dû avoir plus d'une querelle avec Roujon quand il s'est agi de faire entrer au Luxembourg les « impres- sionnistes »? vrai dire. comme une sorte de garantie morale. je ne me suis jamais entendu avec Roujon sur rien. prit ma remarque dans le même sens que vous et s'en froissa. — En votre qualité d'exécuteur testamentaire de Caillebotte. peinture la air. qui est un pays pauvre. Alors Renoir : conservateur » dans le sens habituel « C'est que vous prenez « du mot. Ma peinture. était le Moulin « La seule toile de moi de la Galette. Sisley et Pissarro. qu'il admît de confiance. le Directeur des Beaux-Arts. qui commençaient à être acceptés par les « amateurs ». sans trop d'exagération pourtant. — A I. par contre.. dans le sens de restaurateur de toiles. imaginer quelles furent nos discussions devant « Vous pouvez la collection Caillebotte. parmi mes modèles. Moret. Il regardait la présence d'un membre de l'Institut. Je prends conservateur dans son vrai sens. assez disposé à goûter. Mais je crois que la vraie raison. une fois accrochés.

. je m'arrêtai devant des Roses ébauchées. enfin tout cet art suprêmement sage. J'entends encore Roujon : « — Celui-là.. s'il sait jamais ce que c'est que la peinture! » En quittant l'atelier. » . me dit Renoir. par exemple. des recherches de tons de chair que je fais pour un Nu.semblent avoir été ravies aux anciens faïenciers. « Ce sont.

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dans toute son œuvre. ce n'est pas bâti. pour deux liards de sincérité. et dont on ne parle pas beaucoup. la plupart du temps. LA HOLLANDE. Mais quand je me suis trouvé devant cette peinture. Claude Lorrain peignait d'instinct « J'ai lu quelque part que comme l'oiseau chante. tantôt du Claude Lorrain. la pre« Chose mière fois... Quelle différence entre Turner et Claude Lorrain qu'il a tant cherché à copier! Turner. C'est une ça copie de tout : tantôt ils font du Rembrandt. j'avais vu la reproduction d'un Portrait de Turner jeune. RENOIR. ces gondoles sous un ciel de Londres! On ne découvrirait pas. — L'École anglaise. c'était tout à fait moi. par les Claude Lorrain que j'ai pu admirer à Londres.XV LONDRES. à Londres. Un jour. Bonnington. curieuse.. c'est par les Turner que j'ai été attiré. MUNICH ]'École anglaise? dit rien m'avez de Vous encore ne Moi. Il n'y en a qu'un d'intéressant. quelquefois. Ce qu'on appelle ses audaces. ses personnages ne semblent pas être très dans le tableau.. Comme j'aime mieux un primitif qui copie tout bêtement une draperie! Voyez-vous. l'imagination ne va pas loin quand elle ne s'appuie pas sur la nature! Heureusement j'étais dédommagé des Turner. n'existe pas. ça y est joliment! Et ses bateaux! Mais aussi. des Lawrence et même des Constable. il vivait à une époque où il y avait des bateaux à faire autrement amu— . le veinard. Tout est d'ailleurs étrange dans ce qu'on lit sur Claude Lorrain. n'a-t-on pas été jusqu'à prétendre qu'il faisait faire ses figures par d'autres! Mais s'il est vrai que. par exemple. Ce serait bien extraordinaire chez un homme qui montre une telle puissance de métier.

tout de même. On vient vous dire : Rembrandt est autrement fort que Watteau. Et Corot. Rousseau n'a été qu'un suiveur. mais. fait Joyant. Les navires de guerre qu'on avait alors. ça l'excite plus encore que s'il la caressait!.. comme l'air circule bien entre les colonnades! « Et les peintres de ce temps. quand il peint une femme. c'est l'Embarquement de Sainte Ursule. Et quand je me trouve devant la Finette. et il n'y avait pas l'ombre de lavoir. de même que Turner. mais je le trouve un peu meuble ». l'air pur de ses paysages.. d'un lointain!. connaissait Lorrain à fond.. « Un tableau de Lorrain que je vous recommande si vous allez un jour à Londres... En voilà un qui a créé un arbre à lui. les Rembrandt vous ont-ils donné le même « coup » que les Vélasquez à Madrid? RENOIR. celui-là. à la National Gallery.. dans les tableaux de Lorrain... cc Parbleu. chez Claude Lorrain.. Il i. encore que Rousseau ait fait quelquefois de beaux dessins. Vous connaissez au Cabinet des Estampes son Bouvier. et ces ciels..sants qu'aujourd'hui... Mais il reste. Moi. ce qu'ils étaient simplement peintres! Ils ne se préoccupaient même pas de trouver pour leurs tableaux un titre approprié! Voyez le tableau de Lorrain au Louvre. parbleu! Mais le plaisir que vous « Un mot de Joyant qui m'a fait joliment plaisir. — Lorsque vous êtes arivé en Hollande. je vais de préférence à la peinture qui donne de la joie1 à un mur. Prenez n'importe quoi de lui. là encore. qui soient quelquefois un peu ennuyeuses. — Vous savez à quel point j'aime Rembrandt. donc! Mais je ne vous cacherai pas que j'aime encore mieux Corot que Lorrain. le Siège de La Rochelle! Il n'y a là que des soldats qui causent entre eux sous de beaux arbres! Cela me rappelle une toile que j'avais intitulée Lavoir. Constable. Renoir me disait un jour - : « . Moi. et que je voulais me rappeler l'endroit.. quelle chose merveilleuse à peindre! « Il n'y a que les architectures. Je le sais bien. Quelle chose épatante! « Mais ceux qui disent que Lorrain n'avait pas appris son métier auraient pu au moins signaler que tout le monde a puisé dans son œuvre à pleines mains.. pas même trace d'eau! J'avais d'abord mis ce titre — que j'ai oublié d'enlever ensuite — parce que j'avais peint la toile ayant derrière moi un lavoir.. Quelqu'un regardait ma toile de la Source : «— Ce Renoir! Jamais de la peinture sérieuse. Toujours en fête. tandis que les arbres de Claude Lorrain sentent un peu le convenu..

Et quelle peau! Vous n'imaginez pas le téton de cette fille. et je bazarderais le reste. RENOIR. » Moi. » Rembrandt! que je finis par m'emm. quels Hollandais! « raseurs » que tous ces si n'était Flamands. Gallimard. j'oublie tous les autres peintres. Louis XIV.. le tableau qui m'a le plus emballé : la Fiancée Juive!. en lui promettant que je veillerais à ce que les hommes ne touchassent pas à sa fille. si elle ne « tra« — Mais qu'est-ce vaille » pas? » me demanda la mère stupéfaite. — La Ronde de nuit?. laissez-moi me pâmer devant lesVélasquez. ça ne se mesure pas. travail » faisait ma vierge et j'en « Je compris quel genre de « restai là de mes projets. je me pâmerai devant « Rembrandt.. cette Femme du Menuisier. à cause de son travail. RENOIR. Et le joli pli au-dessous avec une ombre dorée. Ce n'est pas comme la Sainte Famille! ou encore. Elle n'avait malheureusement guère le temps de poser. quand il disait magots! » « — Enlevez tous ces Hollande que j'ai trouvé un modèle vraiment épa« C'est en tant qui a posé pour une tête de Vierge.. — Vous ne m'avez pas parlé de votre voyage à Munich? : : .. que je voulais l'emmener à Paris. mais j'étais si content de sa docilité et de cette peau qui prenait si bien la lumière. Un avec qui on ne peut pas admirer tranquillement. lorsque je serai en Hollande. je l'avais toujours dans mon dos.donne un tableau. moi. qu'elle ne voulait pas lâcher.. à dire : « J'aime mieux Rem- brandt. — Dans un voyage que j'ai fait en Hollande. et je me disais déjà « Pourvu seulement qu'on ne dépucelle pas tout de suite.. voilà un Rembrandt comme je les aime! Mais à part trois ou quatre grands peintres. A Madrid.dez Vous avec — m'écrier. — Si j'avais ce tableau. Et puis. je découperais la Femme au Poulet. tenez.. quand je suis devant un tableau. Quand je suis en Espagne. — La Fiancée Juive.. au Louvre..... lourd et ferme.. Moi.. Moi. qui donne à téter! Il y a là un rayon de soleil qui passe à travers les barreaux des fenêtres et qui vient dorer le sein !. qu'elle fera donc à Paris. Il Petits les Téniers et C'est pas comme « bête. et qu'elle conserve quelque « me la de à demandai mère donc pêche! Je teint de me temps sa ce » « la confier..

. au Louvre.. est maintenant pleine de m. quel peintre généreux! Comme on sent que cela ne le gêne pas de mettre cent figures dans une toile! En voilà un qui n'est pas à une fesse près!. malgré la réputation énorme de ce tableau.... une Descente de Croix : mais. d'être accrochés droit comme de la fresque! » Renoir recommande pour ses propres toiles d'or brillant. j'avoue que je le trouve un peu crayeux...... — C'est le dernier voyage que j'ai fait. n'avons-nous rien à envier à personne. par contre.. J'y ai peint quelques portraits. on peut mettre tout ce qu'on veut. un Rembrandt très célèbre. non pas lisse comme d'habitude. avec tous leurs sales vernis. Je suis allé à Munich vers 1910. en fait de Rubens. là-bas. Et les Rubens ont tellement gagné de n'être plus présentés penchés. » Eh bien. Ah! Rubens. j'ai vu à la Pinacothèque une chose qui m'a énormément intéressé : une Tête de femme de Rubens.. quelle surprise j'ai eue quand on a ouvert.RENOIR. Mais. Ils ont. un Rubens peint épais. il n'y a pas à dire. Et. avec Hélène Fourment et ses enfants au Louvre. avec toutes ces « dorures1» ça fait mieux qu'autrefois. Il y a là une robe blanche qui. : « Surtout une bordure .. la nouvelle salle des Rubens! On m'avait dit : « Ils ont mis de l'or trop neuf autour des toi« les. i 1. Ça reste tout de même magnifique! Voilà de la peinture! Sur de splendides couleurs. Je n'aime pas non plus l'effet de noir dans le bas de la toile. à ce propos.. Encore..

aussi. n'importe! C'était un de ces petits bourgeois habillés comme au temps de Louis-Philippe. Je vous ai déjà dit que l'air des plages ne m'a jamais réussi. chez Gloannec. avait gagné sa vie à faire du Meissonier. mais il devait cesser de se vendre du jour où. lui aussi. faute de dispositions naturelles.XVI RENOIR A PONT-AVEN RENOIR.. C'est ainsi qu'il entraîna dans la voie de la « peinture de l'avenir » un malheureux bossu. un certain. devait-il se contenter de mettre son nom sur les toiles mal venues qu'on lui abandonnait. A force d'entendre parler peinture. et. pouvoir pren« Je croyais dre quelques jours de repos sans entendre parler peinture : eh bien! en arrivant à Pont-Aven je tombe en pleine Exposition internationale de peinture! Et le fait est que jamais exposition ne mérita mieux son titre. qui. en plus. Il y avait aussi là Gauguin. j'allai avec Gallimard à Pont-Aven. — Vers 1892. On m'en avait parlé comme un des plus jolis coins de Bretagne.. n'est-ce pas? si loin de Paris. des peintres venus de tous les coins du monde. il remplaça son bitume par du vermillon. à cette Exposition . il avait voulu. lequel s'était mis en tête de « débrouiller » les peintres qui faisaient noir. un nommé de Haan. car on pouvait voir chez Julia et chez Gloannec. Mais l'être le plus étonnant que je vis à Pont-Aven. cédant aux conseils impérieux de Gauguin. c'est même pendant un séjour à la mer que j'ai commencé à être pris sérieusement de rhumatismes. mais. en faire. un jeune homme qui tra« J'avais vaillait à des tapisseries bien curieuses. remarqué. Bien entendu. Pont-Aven est assez loin de la mer. jusque là. les deux aubergistes du pays. Émile Bernard.

. Je ne pouvais lui être d'aucun secours. Mon « élève » se précipita à mon secours. avait ajouté un bateau au sommet d'un arbre. n'arrivait pas à s'expliquer comment un bateau avait pu venir s'échouer là. Je n'ai jamais pu voir couler le sang. je m'étais blessé avec mon couteau à palette. Il me sembla que j'allais me trouver mal. et avec de l'indignation dans la voix : Venise que je ne vous con« — Comment. et le bonhomme. par farce. comme ses yeux se portaient sur ma palette. « Je retrouvai chez Julia. où j'étais descendu. elle laissa tomber la bande de toile. au moment de m'envelopper le doigt.internationale figurait une de « ses » oeuvres : un paysage où quelqu'un. je ne fis guère que du paysage. c'était moi qu'elle rendait responsable du peu de progrès qu'elle faisait « dans le sens » de ma peinture! Je la prenais toujours à « fouiller » dans ma boîte à couleurs : « — Je suis sûre que vous me cachez quelque chose!. « Pendant le temps que je restai à Pont-Aven. l'unique modèle du pays ayant abandonné son métier pour celui de femme publique. une Américaine qui faisait un peu de peinture et qui m'avait déjà demandé des conseils à Paris. mais. je vois là le rouge de naissais pas! » . car elle se sentait davantage portée vers Puvis de Chavannes. bien entendu.. et. » « Un jour. qui était bien certain d'avoir livré aux organisateurs de l'exposition un paysage sans bateau. surtout le mien.

car si je n'ai jamais compris grand'chose à ce qu'il écrivait. — Avez-vous beaucoup connu Mme Morisot? RENOIR. Il l'avait prise en grande amitié. un peintre si imprégné de la grâce et de la finesse du XVIIIe siècle. c'est en plein de ma « manière aigre ». « Vous savez que le premier professeur de Mme Morisot a été Corot. Moi. le dernier artiste élégant et « féminin » que l'on ait eu depuis Fragonard. si bien qu'un jour où elle « . quel régal de l'entendre parler! « Et quant à Mme Morisot elle-même. de voir apparaître. que j'avais tant plaisir à voir. Vollard. la curieuse chose que la destinée! Un peintre d'un tempérament aussi prononcé qui va naître dans le milieu le plus austèrement « bourgeois » qui ait jamais été et à une époque où un enfant qui voulait faire de la peinture n'était pas loin d'être regardé comme le déshonneur de la famille! Et quelle autre anomalie. et je dois même dire que Mme Morisot a été une des amitiés les plus solides que j'aie rencontrées. — Oui.XVII LE PORTRAIT DE MADAME MORISOT m'étais mis à regarder dans le casier où Renoir rangeait ses JEtoiles : Le pastel que vous avez en main. sans compter ce quelque chose de « virginal » que Mme Morisot avait à un si haut degré dans toute sa peinture. dans notre âge de réalisme. On m'a demandé plus d'une fois à l'acheter. en un mot. Je me rappelle aussi les bonnes soirées que j'ai passées chez elle avec Mallarmé. depuis que les amateurs se moquent bien comment une chose est faite et ne considèrent plus que la signature. mais je ne peux vraiment pas vendre cela : c'est le portrait de Mme Morisot et de sa fille.

CHÉRAMY.. mais votre peinture me rend malade! » « Ils n'ont d'ailleurs que plus de mérite. Un jour que son élève lui apportait une copie qu'elle avait faite d'après lui : « — Vous allez me recommencer cela. vint leur annoncer cette « faveur » que lui faisait son professeur.. ne trouvez-vous pas? à vouloir m'admettre parmi leurs « protégés ».. Vollard.. ne me disait-il pas : « — Je ne sais pas pourquoi. je leur ferais bien cadeau de ce Portrait de Madame Morisot. Moi.... enfin un collectionneur très connu. Chéramy. « Un trait qui vous montrera à quel point le père Corot respectait la nature. Chéramy avec le Renoir. —Beaucoup de talent! Il voudrait sans doute que je le recommande aux amateurs de notre Société? Assurez-le de ma bienveillance.. je connais ses beaux dessins de l'Illitstration. mettons cent francs. A peine avais-je pro- noncé le nom du peintre : M. je serai plus à mon « aise! » Je vais chez M.. L'un d'eux. Il a des Corot. Et donc. ce sera mille francs! » « Vous voyez d'ici la tête des parents lorsque la jeune fille. voulez-vous bien porter à ce M. — Beaucoup de talent aussi. un M. Je me souviens même d'avoir vu chez lui les Terrasses de Gênes.. — Mais c'est du Renoir peintre qu'il s'agit! M. un Corot qui vaudrait aujourd'hui des deux cent mille francs : « — Pour vous. Il est vrai que la plupart de ces gens-là n'aiment guère ce que je fais. CHÉRAMY.lui demandait le prix d'une de ses toiles. un diamant : cela est peint comme un Titien. Chéramy mon pastel et lui dire que je le vendrais aux Amis du Luxembourg pour. en tant que coloriste! Assurez-le de ma bienveillance! Je connais le Moulin de la î . voulez-vous me rendre un service? On m'a fait savoir que la Société des Amis d1t Luxembourg voudrait m'acheter quelque chose. mais j'aurais trop l'air de vouloir forcer la porte d'un musée. Bref. Comme cela. lui avait-il répondu. toute joyeuse... l'escalier a une marche de moins que dans votre étude! » Dites. Vous connaissez le président de la Société des Amis du Luxembourg. lui dit-il : dans mon tableau. reprit Renoir.

Seulement. Ah! Wagner. — Évidemment. un achat de notre Société.. Galette et celui-là! » J'exposai le but de ma visite. Lorsque j'eus énoncé le chiffre de cent francs : M. au pied levé! Que M.. cent francs ce n'est pas le diable. » Comme je prenais congé. Chéramy aida lui-même à placer sur un chevalet.j'ai même déjà encouragé votre Renoir par un achat personnel. j'aperçus une Scène de Nus de La Touche.. . Renoir fasse une demande! Ne connaît-il personne de l'entourage de Bonnat? C'est lui qui juge en dernier ressort de nos achats. on apporta un cadre soigneusement enveloppé que M. de deux mains précautionneuses. quel talent encore.. CHÉRAMY. cela ne se décide pas comme ça.. Et il est très sévère pour le dessin. S'adressant à moi : « Vous allez voir l'œuvre d'un maître qui sait joindre le dessin à la couleur! » Et. le président de la Société des Amis du Luxembourg ayant découvert le tableau.. un Portrait de Wagner.

. à la place de « modèles » à qui le lait de la mère avait donné de si belles joues. les études faites avec ses enfants. le frère du collectionneur. mais il y avait Mme Renoir. comme ces petits riches qu'il a peints à l'époque où il était obligé d'accepter les commandes! i.. on lui demande seulement « d'avoir une peau qui prend bien la lumière.. ou de biberon. quand le peintre disait. Tout cela serait-il sorti de son pinceau si. » Oui. que Renoir aimait tant regarder aux étalages. j'ai une vraie cuisinière.. mais que l'obligation seule d'aller les chercher. Aussi avait-elle toujours à la maison des fleurs dans ces pots à quatorze sous. . « C'est extraordinaire. je n'ai jamais pu avoir chez moi de la bouillabaisse comme celle que nous mangeons chez les Renoir.. des fleurs mises n'importe comment! Je vais peindre ça! » Une autre partie non moins importante de l'œuvre de Renoir. » Et Mme Renoir « s'arrangeait ».. Et quelle n'était pas sa joie. il n'avait eu que des enfants de « nourrice ». d'un si joli vert.. La cuisinière de Renoir. Les deux bonnes de la maison.... Pourtant. Et sait-on pareillement que c'est grâce à sa femme que Renoir a peint tous ces beaux bouquets de fleurs? Mme Renoir savait le plaisir qu'il avait à peindre des fleurs. me disait un jour Caillebotte. devant un de ces bouquets arrangés avec un si grand soin : « Comme c'est joli.XVIII LA FAMILLE « n'as pas besoin de Gabrielle et de la Boulangère mu I demandait Renoir à femme. Je voudrais faire JL sa une étude de Baigneuses.

il n'était distrait par rien et ne pensait plus qu'à sa peinture). sur les genoux. ce fut pour Renoir la célébrité 1. devant rester sans bouger.... » Car. Eh bien. 2. un : Renoir? Je vais à la messe. Mais. de leur voyage en ! « Italie. le clouer sur son fauteuil. qui n'était pas très sage. Berard : « Si vous saviez l'état dans lequel je viens de trouver Renoir. Renoir avait fini par prendre son parti de ses mains qui se fermaient. venant voir Renoir d'habitude le dimanchematin. disait-elle. peut-être même à cause de ses infirmités..100 francs. la fortune même.. » Je m'arrêtai. je regrette ce temps!. J ean. au bout de si peu d'années... je suis un veinard! » x. avec. il vit tout de suite que cela ne lui servirait de rien de faire le méchant. « Combien.. — car.C'est épatant. le grande aisance. pinceaux que « Renoir trouve que je sais mieux nettoyer ses Gabrielle. Je me rappellerai toujours l'étonnement de M. comprenant le sens du regret : Renoir. il commençait à être pris des rhumatismes qui devaient. Mme Renoir parlait. Mme Renoir s'était levée brusquement : « Ah! mon Dieu! les pinceaux qui ne sont pas nettoyés! » Et lâchant les petits pois et Jean. un jour que je la trouvais en train d'écosser des petits pois. un jour. se portait bien! Enfin. Renoir l'avait vendue 150 francs moins de vingt ans auparavant. comme il disait lui-même (car. devant moi. « Et quand je pense que vous trouvez encore le temps pour aller à la messe. que sa mère ne l'entendrait pas. vers les onze heures. j'entendais toujours. est-ce que dans la conversation il ne m'a pas dit : « — En somme. qui se tut soudain. Renoir lui-même. en même temps. de ses jambes qui se raidissaient « 2 la vente Doria en 1899. — Mme Renoir s'était précipitée dans la pièce voisine. à ce moment-là. avec la prescience des enfants. — et. qui se développait malgré ses infirmités. n'était-ce le paradoxe. tout entier à son art.. La Pensée faisait 22. car il faisait ses dents. comme vous vous tirez toujours de tout disaisje à Mme Renoir. Elle revint avec un paquet de pinceaux... » Et puis. A . » « Tu n'as besoin de rien. » J'allais répondre : Mais Renoir ne se vendait pas?.

J'étais allé prendre de leurs nouvelles. Encore un qui voulait. que je commence à avoir peur. — Regardez donc sur une carte la distance à parcourir... Moi. Z.. Et le combat des Horaces et desCuriaces? Vous n'avez donc jamais été au ThéâtreFrançais?.. 1 i.. » Quand les gens furent partis : « C'est maintenant. C'est vrai que ce doit être si mal dit.. dit Renoir. il vient d'y avoir conseil des ministres. prendre un fusil et courir à Berlin..... un député. Mme Renoir pouvait se dire presque heureuse lorsque la guerre éclata. On devient fou..... disait Z.. que survenait un deuxième porteur de nouvelles. Il s'agissait d'octobre 1914. « C'est comme mon ami N. Les deux fils aînés.. encore un peu essoufflé d'avoir monté quatre à quatre les escaliers. On était encore sous le coup de l'heureux événement.. mais il était si tourmenté de ses enfants qu'il ne pouvait venir à bout d'une petite nature morte : Une tasse et deux citrons.. M. Et les souffrances si vives des premiers temps ayant presque disparu.. si nous allions faire une ballade à Asnières. le gouvernement estime que le rouleau compresseur russe passera sur Berlin dans les premiers jours d'octobre au plus tard. Pierre et Jean. que je lui dis.. ce n'est pas de la « blague »! Tous les journaux en parlent depuis les premiers jours de la guerre. Moi. Renoir avait des visites. l'acteur Dorival. — Mais le rouleau compresseur russe. — C'est justement pour cela. « Je quitte le ministère de la guerre.. RENOIR (haussant les épaules). la santé générale de Renoir s'étant même raffermie. tout le temps... Un jour je le rencontre près de l'Opéra : « — Il fait si bon se promener.. Tout le monde était à l'optimisme.. venait d'apporter une « édition spéciale » qui annonçait une avance « foudroyante » en Lorraine.... RENOIR.chaque jour un peu plus. partirent aussitôt. Un ami de la m-aison.. « — Comment! vous voulez aller à Asnières à pied? » Renoir avait pris ses pinceaux. — Il est exact cependant qu'ils se sauvent. ..

mais qui n'était pas la tranquillité des parents. l'avant-bras fracassé. Pierre. c'est qu'on voudra me cacher quelque chose!. quelque temps une « Le médecin. de son côté. un jour. maman. étouffant un soupir. sans dire un mot. qui tricotait un cache-nez de soldat. ».. blessé!» disait Mme Renoir en lisant « Du moins. et. » Mais voilà que. se remit à sa toile.. le béret dont étaient si « Pense donc. reçois une dépêche avec beau« Vous verrez.. me promet pour petite raideur de la jambe. — c'était la première fois que le je voyais peindre sans passion... tout à coup.. Et puis. Renoir. il n'est pas trop la lettre à son mari. Mme Renoir. qui. Cependant. et les lettres de circonstance qu'ils écrivaient à leurs parents. et. dit Renoir : si je coup de détails. Si bien que Renoir et sa femme commençaient à se remettre un peu. J ean prenait à la « rigolade » sa cuisse traversée d'une balle. Mme Renoir partait pour Gérardmer. regarda son mari. qui aurait pu arriver. disait Mme Renoir en revenant de Carcassonne. » . — pour se donner le change. confirmaient ce que les journaux disaient de la vie joyeuse des « poilus ». Quelle veine! J'aurai le « chic » officier! » Ce même jour. était dans un hôpital à Carcassonne. voulait cacher ses appréhensions. écrivait-il. releva ses « lunettes. il se mit à fredonner un de ses airs de prédilection : un air de la Belle Hélène.. et si Jean de son côté. les nouvelles des « enfants » arrivaient régulièrement.. Jean passait dans les chasseurs alpins! j'ai le béret. je dois encore m'estimer avoir « Avec ce de la chance. on reçut la nouvelle que Jean était à l'hopital de Gérardmer. ne pouvant se faire à l'inaction à laquelle était condamnée la cavalerie. tout en travaillant machinalement. fiers les « diables bleus ». Mais l'accent n'y était pas.Je ne ferai plus de peinture! » dit-il tout à coup. en laissant retomber le bras. lorsque. on apprit que l'aîné des fils. baissa la tête sur son ouvrage.

il se faisait porter à l'atelier : il reprenait des forces en travaillant. le plus compter! » Renoir exagérait... assez éloigné des Collettes. en achetant « les Collettes ». Il y a les maîtres d'hôtel et les chefs cuisiniers qu'on a toujours mis à leur place... Je me rappelais que Renoir m'avait dit. je crois. le calme était revenu aux « Collettes ». il n'arrivait pas à trouver le sommeil et. ses infirmités le faisaient particulièrement souffrir. faisait savoir la teneur d'une dépêche qui venait d'arriver pour Renoir.. après une nuit passée à gémir.Une très brève dépêche rassurante arriva. à l'état de veille. qu'avec seulement le produit de la « fleur » on pourrait très bien vivre. me répondit-elle. en travaillant le jardin à nous deux. C'était le bureau de postes de Cagnes qui. A la moindre préoccupation. On était au moment de la récolte des fleurs d'oranger. Jean gardait sa jambe.. x. » Ma chambre à coucher était voisine de celle de Renoir.. Mme Renoir avait repris du goût à soigner ses poules et ses lapins. Si j'écrivais à Clémentel. mais Renoir n'était pas le moins du monde tranquillisé. Je demandai à Mme Renoir où elle en était avec le « rapport » de la propriété. Après toutes les émotions qu'avaient données Pierre et Jean. que si Renoir était plus j eune. On appelait au téléphone. « Il est évident. Vous riez parce que je veux demander l'appui du Ministre du Commerce pour empêcher qu'on coupe une jambe? Vous savez bien que dans cette guerre personne n'est à sa place1: : ce directeur de théâtre qui est médecin-chef d'un hôpital. .. Et le docteur Abel Desjardins qui a reçu un blâme du Sous-Secrétaire d'État du Service de Santé parce qu'à nombre égal de lits il n'avait pas à son tableau autant de bras et de jambes coupés que dans le secteur à côté. « Je suis sûr qu'ils vont lui couper la jambe. A 78 ans.. « Mais c'est encore sur la peinture de mon mari qu'il faudrait tout de même. mais sans abattre son énergie. je l'entendis se plaindre toute la nuit..

occasion! avait dit celle-ci à son mari. avec sa vieille haine du « bourgeois ». car. le matin. il se laissa séduire à cette annonce d'une « maison de paysan » . plus péniblement encore. et. C'est un lieu unique pour un peintre. étant allé y voir Renoir. du chez-soi. il . » Cet endroit. qu'il fallait le faire descendre. du sable. Quoi qu'il en soit. du vrai sable. Mais il ne faut pas le dire. un étang avec. Il n'avait décidément pas l'instinct du confort.XIX ESSOYES.. Une « Une véritable bonne maison de paysan. presque pas de monde à l'hôtel. un hôtel très bien! Je serai là étonnamment pour faire des chefs-d'œuvre. pourtant.l'avait pour lui. Renoir me parlait d'un merveilleux UNendroit à deux pas de Paris. encore fallut-il la refaire presque en entier. une fois devenu propriétaire à Essoyes. » Renoir s'est toujours méfié des « occasions ». suivant ce principe que la sauce coûte plus cher que le poisson. Cette fois. le rendez-vous des Parisiens. le dimanche. mais il devait apprendre à ses dépens ce que cachait la «. et les nénuphars sur l'eau! Avec cela. à force de bras. le hisser chaque soir. vers 1912. et c'est ainsi que. Mais son entourage. vous entendez. tout autour. qui déjà n'avait plus l'usage de ses jambes. CAGNES jour. il était devenu propriétaire d'une maison dans un village champenois.. construite en moellons!. dès 1898.. heureusement. véritable occasion ».. Et. n'était autre que Chaville. pour rendre logeable cette habitation. je le trouvai dans une auberge avec un escalier tel. qu'il s'imaginait si bien caché. le pays natal de Mme Renoir.

le métayer du château. Renoir croyait bien pouvoir se rendre utile. regardé par les gens du pays comme un des leurs.. ce maire. du moins. Marcel Sembat qui. le représentant du peuple. Et. avec sa facilité à s'adapter partout. Renoir me demanda d'aller trouver. ce qui est bien la plus grande marque d'estime que l'homme des champs puisse donner au citadin. Le Président du Conseil. J'allais oublier de parler d'une qualité de la terre d'Essoyes : elle produit un vin qui rivalise avec les meilleurs crus de Champagne. qui ne doutaient pas qu'un homme parlant si bien ne pût. déjà.. Rentré à Paris. de sa part. pour la chose d'être de bon conseil.fut amené à aller y passer un ou deux mois chaque année. pour trouver que Renoir ne savait pas « tirer le portrait » aussi bien que le photographe de la ville voisine. se frottant les mains : « Ce que je le ferai « sacquer». faire rendre à leur vin son véritable nom. la joie des habitants fut grande. tout naturellement : « Rien à faire pour votre institutrice! Le maire appartient au Parti!. à leur gré. on peut perser si Renoir dut avoir à se défendre contre les sollicitations de ses nouveaux concitoyens. en très peu de temps. des personnes d'un village voisin ne vinrentelles pas se plaindre au peintre que leur institutrice allait être déplacée. lorsqu'il fut question de « délimitation vinicole ». par mon ami Briand Quelques jours après. le parlementaire vint chez Renoir. car il connaissait un membre du Parlement. mais. comme les représentants du pays n'arrivaient pas assez vite. il fut. Aussi. à faire déclarer que du vin récolté en Champagne serait appelé « vin de Champagne ». et. à Essoyes. une autre fois. il passait tous ses étés à Essoyes. mais lorsi. M. les « Essoyens » n'étaient pas moins d'accord pour proclamer que « l'artiste » en savait aussi long que Firmin. » Jusqu'au jour où les médecins ordonnèrent à Renoir d'aller l'hiver dans le Midi. et. Et si l'on était unanime. et celui-ci... . en disant un mot à Paris. lui avait fait des offres de services.parce qu'elle refusait de « coucher » avec le maire! Cette fois.

si. il partagea ses étés entre Essoyes et Paris. les deux petits arcs d'un pont romain à Saint-Chamas. se servir de ses jambes. Mais cet air si pur.qu'il fut forcé. on n'avait mis en vente un vaste terrain planté d'oliviers. une fois installé quelque part. n'allais pas me retremper un peu à Paris. s'arrêtant là où ça lui disait. cette si agréable demeure dont Mme Renoir devait être l'habile architecte. comme on disait dans . c'est l'air qu'on respire dans le haut Cagnes et Renoir n'alla-t-il pas s'échouer dans la plaine marécageuse du bas Cagnes! Et comme. se plaignant du froid de la montagne. par la vitre d'un train. Lorsque Renoir se trouva forcé de résider presque complètement dans le Midi. presse-papiers. il n'eut pas de cesse qu'il ne fût venu peindre là. et ces grives de vignes que Mme Renoir faisait rôtir à la broche. « les Collettes ». affirmaient les gens du pays — allaient être. ce fut à Magagnosc qu'il se fixa tout d'abord.. » Quand il regagnait le Midi. un jour. puis. Renoir pouvait encore. à mi-côte. alla demeurer au Cannet. Mais lorsque la propriété fut achetée. Ne disait-on pas que ces oliviers — des arbres qui avaient au moins mille ans. vous ne mangez plus. pendant qu'on construisait la maison.. c'est encore là qu'il passerait ses hivers. RENOIR. une broche qui tournait devant un feu de sarments! Au bout de deux ou trois ans de Magagnosc.. avant peu. par ordonnance de la Faculté.. » disait-il. « Si je Moi. à Cagnes. d'habiter d'octobre à mai les pays du soleil. Étant allé voir Renoir à Cagnes. — Mais une fois à Paris. c'est tout de même l'air de Paris. et étrangement accrochée au flanc de la montagne. à ce moment. et Renoir acquit « les Collettes » pour sauver les oliviers. — le « Château des Collettes ». le peintre aimait à « flâner » en route. définitivement. — Tout ce que vous voudrez. il ne peut pas se décider à « démarrer ». Magagnosc est une bourgade provençale avec des vestiges qui font penser à une ville espagnole. vous ne pouvez pas travailler avec la chaleur. Quelles bonnes promenades nous avons faites ensemble dans la montagne. convertis en cuillers. et autres « souvenirs de Jérusalem»? Une telle idée fut insupportable à un artiste. Renoir. C'est ainsi qu'ayant aperçu. dont on lui avait vanté le bon air. ronds de serviettes. on songea à bâtir une maison.

son fauteuil roulé près de la fenêtre et. Renoir. de telle sorte que les Collettes ne lui firent pas regretter la maison du bas Cagnes.. lorsque je suis arrivée hier. des choses sur lesquelles Renoir avait travaillé une heure! Quand j'eus piqué ça au mur.... on s'y plaisait! » Mme Renoir se tut.le pays. la salle à manger avait changé d'aspect. Pourquoi alors quand on écrit sur lui.. avec quelles difficultés! Vous voyez tout le mal que se donne mon mari! me disait Mme Renoir. à travers la vitre. ces marchands qui sont là tout le temps à vouloir lui acheter ses toiles. Et malgré son horreur de la « mécanique ». un jour que le peintre revenait du « paysage » dans une poussette que le caoutchouc des roues ne protégeait pas contre les secousses au moindre heurt des cailloux. peu à peu. trouva qu'il était bon d'avoir ses aises. qu'il avait dû même partager avec le bureau de poste. ne pouvant détacher ses yeux du paysage. « Vous voudriez faire un tableau d'ici? lui demandai-je... On vient encore de me montrer un journal. une Tête de Gabrielle.. Le public l'apprécie. Il voyait là surtout un moyen commode pour aller au paysage.. des Roses. — ce qu'il avait continué de faire. là-haut! » Lorsque le « château » fut construit. je ne l'avais jamais entendue en dire aussi long sur la peinture. qui déjà n'avait plus l'usage de ses jambes. — je trouvai le peintre... quand on ne s'y connaît pas. Et même.. Tenez. depuis la perte de ses jambes. « . J'avais rapporté de Paris trois ou quatre bouts de toiles. — Ce n'est pas ça : on m'a fait espérer qu'aujourd'hui je verrais pointer ma maison derrière ces arbres. le châtelain improvisé se résigna à avoir son automobile. je me disais : comme la salle à manger est triste!.

. cette fille?. en rentrant. Monsieur. je ne mange « à la messe. Appellation familière qui désignait le père Machin. — Elles sont extraordinaires. les « patronnes »! et même les moins mauvaises. Elle est encore partie! Et ma palette qui n'est pas faite! Moi.. j'entendais la mère Machin qui disait à Gabrielle : « Oui. ma petite. le Machin a quitté son travail pour montrer aux autres le « père devoir. ma femme de ménage. Il a un patron qui oblige les ouvriers à aller « chemin du Papa 1 » a dit aux copains : « Moi. — Elle est donc toujours sortie. — La première fois que je suis venu chez vous. » Eh bien! essayez donc de faire comprendre à un ange qu'une bonne a les mêmes besoins qu'une bourgeoise.... tout à l'heure. — Voulez-vous me permettre?. lorsque je lui demanderai pourquoi elle est restée si longtemps dehors? « Mais... je ne travaillerai pas ce matin. et son mari.. Cette Mme J.. « i.. le père Machin. RENOIR. elle tombera de son haut. » Vous connaissez bien la mère Machin. avec sa ceinture rouge et son cha« peau tyrolien. elle n'essayait pas de me mettre dedans! Voulez-vous parier que... RENOIR (affès le départ de la dame).. — Gabrielle! Gabrielle!.. « Il faut encore. tout le monde vous dira : a C'est un ange. UNE VIEILLE DAME EN VISITE. je ne suis pas sortie! J'ai été seulequi Machin revient de la mère nouvelles de des prendre ment « « l'hôpital.XX LES MODÈLES ET LES BONNES RENOIR. bien dire que Gabrielle en prend à son aise! Et si.. ... — Zut. Moi.

. je suis descendue seulement cinq minutes prendre des nouvelles de la mère Machin qui revient de l'hôpital. — Mais. Mais voilà qu'arrivait la mère Machin elle-même.« « pas de ce pain-là. faire les confitures. ma petite. depuis que les ouvriers couvreurs ont déclaré la grève? demanda Gabrielle à la mère Machin. Monsieur. qu'il a une admiratrice en Gabrielle. pour sa recherche du pli d'un vêtement. je ne suis pas sortie. RENOIR.. RENOIR. demain. lui a répondu du tac au tac : « Ce sera pour une autre fois. et je n'ai pas la prétention de vous tenir ici prisonnière. car vous allez f. ce ne sera « pas pour une autre fois. le camp de chez moi! » Et voilà comment on parle à une jeune fille bien convenable. GABRIEL*LE. Mais au moins. » On entend un bruit de pas dans l'escalier. » Alors. l'autre jour. votre fille doit être contente de la place que je lui ai fait avoir chez mon ami? LA MÈRE MACHIN. lui dit Renoir.. — Je ne manquerai pas de dire à Abel Faivre. quand ça vous prend de sortir. — Cinq minutes! Elle en a du toupet! Gabrielle.. Monsieur! — Cela doit beaucoup ennuyer votre mari de rester à rien faire. — Reste à savoir si Abel Faivre sera très flatté qu'on l'admire pour le « rigolo » de ses légendes plutôt que pour sa réussite d'un mouvement. Vous êtes des feignants de rester à travail- 1er. vu que monsieur votre ami ne s'est pas conduit en galant homme! Il a dit. quand je le verrai.. je ne pensais pas que c'est aujourd'hui que le Rire arrive à Cagnes.. que je me fâche! GABRIELLE (voyant que le « Patron » se force à prendre un air sévère). — Non. oui.. même que « Papa » se . Pendant qu'à quatre pattes. qui n'avait pas été prévenue de ce caprice... — Non. Et Gabrielle le collectionne pour « l'Abel Faivre ». — C'est tellement « rigolo ». ce qu'il y a d'écrit sous les dessins! MOI. à brûle-pourpoint : « Il faudra. cette fois. » Ma fille. elle rangeait les soldats de plomb de Claude : « Eh bien. ma petite. RENOIR. à ma fille. Vollard. je vous ai dit cent fois : vous n'êtes pas faite autrement que les autres. LA MÈRE MACHIN.. — C'est Gabrielle! Il faut. dans l'atelier. monsieur votre ami lui a dit : « Non. attendu « que demain je suis invitée à aller déjeuner à la campagne. Monsieur. Même que je ne l'ai pas rencontrée. Au fait.

. » On entend soudain : Ga. Il a les mêmes penchants que les gens de la « haute »... — Allez vite voir.. écrit à Z. et aussitôt la voix de Gabrielle criant à la cuisinière : petit avec une drôle de tête « La grande Louise. malgré qu'il avait coupé sa barbe et mis son costume des dimanches.. me dit-elle. RENOIR (resté seul avec moi. ce qui n'est pas une petite affaire ivec tous les assassinats que les « flics » commettent sur les ouvriers sans défense... force voir monsieur.. la jolie collection de « gourdes » qu'elle me fourrerait dans les jambes! Et savez-vous le beau coup qu'elle m'a encore fait. C'était le petit monsieur qui parlait du nez. Il tenait d'une main un lys. Comme je disais que ça manquait un peu de « résonance »... de prendre en main les inté-êts des veuves et des orphelins.:atigue beaucoup. » On sonne à la porte. il lui faut tous les dimanches son petit gigot bien frotté d'ail.... vu que le père ( cognes » Machin n'a pas l'air d'un ouvrier. qui venait d'être « Et cette fois encore qu'elle décoré... « rapport » que les camarades lui )nt confié le soin. Tenez. l'autre jour! quelqu'un qui voulait à toute « — Il est venu. foutez-le à la porte! Il demande tout le temps après Monsieur! Ç'a l'air d'un peintre! RENOIR. dans un ( penseuse ». de vie. les le saluent bien respectueusement. un jour. Si je la laissais faire. restez! c'est « la Boulangère ». Vollard! Non. en ce moment. Mais j'aime cent fois mieux toutes ces imbécillités que d'avoir affaire à une celle-là que je rencontre. qu'on avait appris à la maison. Mais. mais. de se précipiter sur le piano!. et de l'autre un face-à-main. Ga. si c'est un et qui parle du nez.. S'adressant à Renoir : . Oui.. » Une visite arrivait au même instant. la mère Machin ayant suivi Gabrielle).. quand le père Machin paraît. qu'il avait été fait chevalier de la Légion étrangère.. elle.... hôtel de ville d'eaux. je l'ai bien reconnu : c'était le garde champêtre! Je ne l'ai pas laissé entrer! » monsieur de J. ma petite. Cette Gabrielle est extraordinaire avec sa rage de vouloir « fiche dehors » les gens qui ressemblent à des peintres. C'était le petit Claude qui appelait Gabrielle. — Vous avez entendu la mère Machin. avec grand plaisir. pendant la grève..le « Et ce garde champêtre n'était autre que préfet.

et qui a une femme si charmante! Il peint avec beaucoup de rouge comme Renoir. une fois. La lettre était adressée à un archiviste. après trente ans de fonctionnarisme. je vous demande pardon de me mêler de ce qui : i. à l'homme au lys : « Allez donc chez Besnard. ne donnait pas tant dans le rouge!. » Et comme l'autre. Dierx admettait pleinement la première manière du peintre. Ma femme de ménage. » Et quelqu'un faisant observer que cette nouvelle manière de Renoir était très appréciée du public : « J'ai un ami. ce n'est pas bon à grand'chose. Dierx entra dans l'atelier. un de ces «Maître» qui horripilaient tant Renoir. I ça m'est égal. un poète. on me demande. » Je m'étais levé. maintenant. s'arrête. il va venir quelqu'un que vous aurez plaisir à voir. pourvu que je garde mon caractère. « Quel beau tableau que la Loge. Nous recevons tout de suite une protestation indignée. déjà. d'écrire une lettre. j'avais mis : « Monsieur l'anarchiste. La ressemblance. Les portraits que je fais. Et comme quelqu'un s'en indignait. que je ne connaissais pas encore. » Puis.. » 1. le « Prince des Poètes ». voilà qu'arriva cet ami que Renoir attendait.... prenait congé avec. ne plaisent pas. dans le service.. avec un sourire : — Croyez-moi. Renoir m'avait dit un jour : « Ce qui est tout Dierx c'est qu'il n'a jamais rien désiré pour lui-même.. un peu gêné de cet atelier qui n'avait rien du musée. l'air radieux : « Renoir. Vollard. un peintre aussi. brusquement. du coup. mon compatriote de l'île Bourbon. s ] .. si vous saviez la belle chose que je viens d'entendre! Un jeune poète me récitait des vers où il était question d'un adolescent vierge. C'était de Mme de Sévigné qu'il parlait! Dans l'œuvre de Renoir. moi.« Je voudrais me faire peindre par vous. ah! si Renoir. fit le poète.. Tenez. Dierx. était toujours expéditionnaire. mais Renoir : « Ne vous en allez pas. comme en extase « — Monsieur. le poète Léon Dierx. ce sera donc bientôt son tour de se vendre. disait-il un jour.. ni envié rien à personne! Une seule fois je l'ai entendu débiner quelqu'un : « — Je ne connais pas de « raseuse » plus terrible ».. dans la bouche.

et. d'avoir le pucelage d'un jeune homme? » « Alors. étant allée à la cuisine. nous retrouverons mieux le chemin du fort! » ! . Un soir que j'étais allé dîner chez Renoir à Louveciennes : « Regardez Gabrielle et ses soldats! » me dit Mme Renoir. à travers les barreaux. elle : « — Eh bien Monsieur. lui ai-je demandé. c'est pas pour dire. A trois. mais on est éblouie! » Gabrielle ne me paraissait pas tout à fait disposée à partager le sentiment de la femme de ménage du poète. repartit un des soldats. Gabrielle leur passant des tartines de confiture. notamment. trouve Gabrielle qui faisait manger aux militaires de la soupe. Et je vois deux soldats qui s'étaient hissés sur l'entablement de la fenêtre de la cuisine. » Et. de la soupe après les confitures! » Déjà.ne me regarde pas. le régiment est désigné pour aller à Lyon. mais elle n'en était pas moins pitoyable au sexe fort. expliqua Gabrielle. maintenant qu'ils ont bu? » Gabrielle s'était enveloppé la tête d'un fichu : « — Où allez-vous? s'informe Renoir. Renoir avait demandé du marc après le café : le carafon était vide. qu'ils puissent retrouver leur fort au milieu de la forêt. « Justement. vous êtes folle. « Mais. excepté que c'était il y a plus de quarante ans. elle tenait apparemment les hommes pour des trompeurs. sans craindre pour leur santé. — Eh! je vais rejoindre les soldats. une coutume lyonnaise. que c'était. j'ai eu. dit Mme Renoir. « J'ai donné une goutte aux soldats. Je la rassurai en lui disant qu'il y avait des gens qui mangeaient la soupe au dessert. et ça me rappelle le plus beau souvenir de ma vie! Telle que vous me voyez. mais j'entends parler d'un jeune homme qui a encore son pucelage. Gabrielle. — Mais comment voulez-vous. désormais. le pucelage d'un jeune homme! « — Et quel effet cela fait-il. moi aussi. Un instant après. Gabrielle s'inquiétait. Gabrielle tendit aux militaires la cuillerée de soupe restée en suspens derrière le grillage. Mme Renoir.

Je vais voir avec « Grande Sœur ». — Monsieur. méfiante.. Ainsi « arrangé ». ouvrant son porte-monnaie. « On dit toujours ça.. raide comme un pieu. vous savez bien. accompagné de Gabrielle. laquelle n'était pas non plus sans être un peu voyante. puisque c'est M. elle en retirait une rosette d'officier de la légion d'honneur. protestait Gabrielle. car elle changea incontinent son maintien de jeune empalée en une pose pleine de naturel. apparemment. Renoir lui avait demandé un foulard.. je viens pour un bon motif! — Quel bon motif? me demanda la petite. l'employé refusa de payer. Ce mot. me dit Renoir. Il craignait qu'une trop grande précipitation ne mît en fuite la jeune personne. J'arrivais au même moment. je suis sage.. Quant à moi. s'étant piqué le doigt. cria : m. Un jour.. Renoir! Même qu'il est décoré! » Et. Lorsque Renoir présenta le chèque qu'il était venu toucher.Gabrielle aimait beaucoup les couleurs vives. elle a avalé une barre de fer.. quand elle avait encore son teint de pêche! Je voudrais tant peindre cette peau-là. » Mais voilà qu'un modèle.. C'est tout à fait le type de Marie.. mais Renoir la retint. « Je ne ferai jamais rien de ça.. . J'étais à l'atelier lorsqu'elle arriva.. qui arrangeait un chapeau. Vollard. mais il était surtout intéressé par une petite ouvrière qui attendait à un guichet voisin. « Regardez donc. Renoir alla au Crédit Lyonnais. Renoir tenait toujours le chèque à la main. mit en confiance la nouvelle venue. » Je l'assurai que sa vertu ne courait aucun danger.. là-bas monsieur Ce voudrait tirer votre porque voyez vous — trait en couleurs. assez embarrassé sur la façon d'engager les pourparlers. Vous ne pourriez pas voir un peu si elle consentirait à venir poser? » Gabrielle s'élançait déjà.. et Gabrielle de lui attacher au cou un grand mouchoir rouge à pois blancs. je trouvai seulement à dire : « Mademoiselle.. « Mais. pour commencer.

comme ça étincelle! » Et. on ne sait même plus monter une pierre aujourd'hui! » Et s'adressant à Gabrielle : « C'est encore E. qui. Renoir regardait la bague avec attention. ayant peint un Pâturage avec un mouton de plus que le nombre convenu et ne pouvant pas arriver à se le faire payer en sus.. vous placerez cet argent à la Caisse d'épargne. « Regardez. qui vous a donné cette bague? Voilà! j'ai ajouté en supplément son petit garçon dans le tableau qu'il m'avait commandé et c'est vous qui avez eu la bague!... ou bien vous achèterez une vigne dans votre pays. Gabrielle se remit à frotter les meu- bles. « Voyez donc. que si je la rapportais au marchand.. C'est écrit dans la boîte! — En effet. Chose enfin.. répliqua Gabrielle.. C'est que la prévoyance n'était pas la qualité maîtresse de Ga- . ce qui n'était pas sans m'étonner. que je suis en train de faire comme ce peintre hollandais. » Et se mettant à rire : « Vous ne trouvez pas. l'avait effacé avant de livrer son tableau! » Mme Renoir était la seule qui se préoccupât du « devenir » de la bague. — On m'a même dit en me la donnant. je n'ai jamais eu une aussi belle bague ».. madame. dit Mme Renoir. et ça vaut de l'argent. un jour. Vollard. comme ça brille! Ça vient de la rue de la Paix. il me la reprendrait pour mille francs! — Ah! j'en suis bien aise pour vous. « Que voulez-vous en faire.. Vollard. Gabrielle! Il faut courir rue de la Paix. Je me méfie aussi de la vigne : il y a trop de maladies sur cette plante-là! Et puis c'est si joli à regarder un diamant. contemplant à son doigt un dia- mant. la bague au doigt. Gabrielle? Vous allez la perdre. laquelle ne se souciait pas de posséder des bijoux. le Van der. » Mais Gabrielle : « Je n'ai pas confiance dans le Gouvernement.Je voyais Gabrielle.

Après. elle fait entrer deux chemineaux dans la cuisine et leur coupe de larges tranches de pâté. c'est qu'il ne déteste rien tant que le modèle « professionnel ». Ici. « Je vais peindre un nu épatant! » Il exécute son tableau. Un jour. « Mais vous n'y pensez pas. Mais. Et quand un modèle lui est bien « entré dans le pinceau ». prit place à côté du « patron ». je serai mieux! On ne peut pas dire que j e suis tape-à-l'œil. dit Mme Renoir. Un jour. Un soir. qui fermait avec un simple loquet.. quelqu'un en veston gris. mais la pose n'était décidément pas ça. Mme Edwards était venue chercher Renoir pour lui faire voir les ballets russes. Mais on imagine la surprise dans la salle en voyant. » Et Gabrielle. Gabrielle. Si Renoir prend ses modèles parmi ses bonnes. la porte de la loge s'ouvrit : c'était Gabrielle. « Là-haut. je vois mal. Il va sans dire qu'on ne demanda pas au peintre de se mettre en habit : il n'aurait pas été.. mais cela n'allait pas davantage. Renoir était déjà pris par les rhumatismes et pouvait à peine marcher. jusqu'à s'affubler d'un costume qu'il trouvait ridicule et gênant. . il repeint un deuxième nu sur le premier. » En quoi Mme Renoir se trompait. L'âge même lui est indifférent. dans une loge. ils n'auront pas de plaisir à manger leur pain et leur fromage et ils ne trouveront plus de pâté. c'est une gêne pour lui d'en changer. A un moment donné. comme c'étaient de bons bougres. au premier rang. où l'on m'a mise. Les vagabonds revinrent au milieu de la nuit dans la cuisine. il s'était emballé sur une belle fille qu'il voyait pour la première fois. ils ne mirent pas le feu à la maison en s'en allant. avec une casquette de cycliste. Prenant une autre très jolie fille.brielle.. et mangèrent le reste du pâté. n'est-ce pas ?. même pour voir des ballets russes. aux Collettes. en robe noire montante..

les cheveux lui tombant dans le dos. Des femmes que l'on croit bien faites et qui ne donnent rien. retrouve la ligne de ventre sous l'empâtement des chairs et fait son plus beau nu. avec un petit ruban bleu au cou.De guerre lasse.. mais le turbin ne va pas. Mais quand Renoir avait une chose en tête. devant un de ses Nus. quelques dessins et deux ou trois toiles représentant Pâris offrant la pomme à Vénus. Quand je pense. pourquoi il ne ferait pas de la sculpture. je n'avais jamais pu trouver de modèle. — Eh bien. on sonnait à la porte de l'atelier. je voulais faire un Pâris.. je vois Gabrielle dans l'atelier. comme elle ressemble à un garçon! Depuis toujours.. « je fais » les Halles. Un jour. deviennent des déesses. Il y a trente ans de ça! Quelle ligne de ventre!. A ce moment. Étant avec Renoir à l'atelier. « Je suis bien trop vieux ». un bonnet phrygien. avec Gabrielle. plus tard. la première fois que je l'ai rencontrée sur le boulevard de Clichy. Un modèle venait se présenter : un vrai paquet! Elle se tenait devant Renoir. avec. Ce qui m'embête. Un jour. rapport aux « Mœurs » et à la concurrence des femmes mariées! Alors.. — Regardez. RENOIR. me répondit-il. qui. je vais retourner chercher Louison.. c'est qu'elle n'a plus de fesses. Vollard. et dans des toiles de Baigneuses. « Gabrielle posa un très grand nombre de fois. sur la tête... plus de tétons. il a fait. C'est ainsi que ces recherches l'ont conduit à faire son bas-relief du Jugement de Pâris et une grande statue : Vénus victorieuse. Claude.. Quel Pâris j'aurai là! » Et. soit seule. en effet. » Et Renoir reprend Louison.. me dit-il. il me parlait des surprises que l'on peut avoir au déshabillage du modèle.. . fit le peintre pour s'en débarrasser.. je lui avais demandé. et ce ventre qui tombe.. les mains dans les poches de son tablier : « Monsieur.. à côté d'autres très « toc ». on verra ça. Elle figure également dans le grand tableau de La Famille.. soit tenant dans ses bras J ean et. comme on m'a dit que le métier de modèle était un bon métier. une fois nues.

. monsieur! revue? demandai-je. lui dis-je en compliment. » Depuis quelques années. la mère Machin. il y a des limites.. — Non... le locatairedu troisième a lâché sa femme. je trouve le peintre à son chevalet. mais. Moi. de même.. quand elle eut disparu : « Je ne suis pas difficile. monsieur. ma foi. — Eh bien. Gabrielle avait quitté le « patron ». l'avez-vous Gabrielle... monsieur... la femme qui est venue hier. au fond de l'atelier. une — très bien.La petite dame du sixième fait cocu son mari.... et. en même temps que la tête du futur modèle se montrait. un homme très bien. je rencontre cette dernière qui prenait le frais devant la porte de sa maison. monsieur! » . La maison manque de comme-il-faut. — Cette horreur!. Le lendemain. Oui.. Oui..... qui était devenue concierge. Gabrielle habite Non. tout de même.. étant retourné à l'atelier. » Mais voilà qu'on entend une toux discrète derrière un paravent. je me suis déshabillée. Et on dit dans le quartier que Gabrielle a une bonne et un manteau de velours.Et Renoir.. Un jour que je passais à Montmartre. C'est Vénus elle-même!. monsieur. manière de « Votre immeuble a l'air convenable. le vieux du premier est un satyre. » Je laissai Renoir. Et — ville petite Athènes. vous m'avez dit qu'on verrait ça.. « J'attends le modèle : vous savez bien. « Qu'est-ce que vous faites là? s'écrie Renoir. — Une horreur?... RENOIR.

le pinceau des détachât lui qu'il Claude petit pour au n'as pas signé le tableau?. ledit amateur. Renoir : autre fois.. monsieur portrait avoir toilettes femme économise son pour ses sur ma » plus Renoir RIEN n'« embêtequ'il tienne 1 . » j'ai Renoir.. — A voir les mouvements de votre main. Il le fait mettre sur le chevalet et fait apporter sa boîte à couleurs. — Et lorsque Renoir se décide à donner le dernier coup à ses toiles et que les marchands croient enfin les tenir. je pensais que vous aviez signé deux fois plutôt qu'une? ajouté une petite rose. signer. outre mesure à la garder : mais Ce n'est pas il faut revoir les toiles.. tu Alors.. lui pouvais... voilà qu'entre en scène l'Amateur. Renoir Depuis tantôt trois ans. papa. Du fond de la pièce.XXI RENOIR ET LES AMATEURS que de vendre sa peinture. — beaucoup plus rarement de son petit garçon. « Si vous saviez. » « Mais. Lorsque l'opérateur eut cessé de tourner. Renoir tendit la main doigts. boucher les blancs. je le voyais agiter le pinceau sur la toile... « Ce sera pour une Moi. pour avoir un pied dans la place. commencera à solliciter le portrait de sa dame ou de sa demoiselle... car les enfants mâles en peinture sont d'une vente moins avantageuse. Lorsque Sacha Guitry vint lui demander de se laisser prendre avec un appareil cinématographique (j'aurai à parler de son incapacité à rien refuser) : main! à la le pinceau avoir dit Sacha. fait Non.. Comme Renoir a la réputation de ne pas vouloir vendre « directement ». Si je » vous « Renoir avait justement un tableau à signer..

. les « amateurs » entrent comme dans un moulin. Certes. c'est toujours la même phrase : « Monsieur Renoir. quand les lots sont faits et signés. car la première condition pour un marchand d' « attraper » quelque chose à Renoir. Mais un simple pastel nous rendrait si heureux! » Et en demandant un pastel...dans votre « nouvelle manière ». pour n'avoir pas à se déranger... et donnez-m'en plus! — Vous n'aimez pas. lorsque le coup a réussi. et qu'après avoir « traité » pour un dessin.. que je vende aux amateurs? — Puisque nous vous offrons de payer plus cher qu'eux. hein. qui ne s'est jamais laissé impressionner par l'argent : « Attendez donc un peu. s'en remettant à la cuisinière du soin d'opérer le « filtrage » des arrivants. un tableau n'étant pas autre chose pour lui qu'un titre en portefeuille. de soi-même. Enfin. la dame ne manquera pas d'arriver en grand décolleté : plus on montre de peau. » Et. Que Renoir se « refroi- . avec un peu l'air de donner sa malédiction : « Allons! emportez ça. et ils ne peuvent même pas se rappeler à lui. Dois-je ajouter que. au train où ils vont. comptez-moi plus cher.. il prend une toile et des pinceaux.... et une nouvelle « campagne » s'engage pour obtenir que l'enfant soit peinte avec la « mère ». » Alors Renoir.... nous n'oserions pas rêver un portrait à l'huile!. ils seront vite gavés. Pendant qu 'on fait ainsi le siège du peintre.. on peut penser si les marchands sont loin de son esprit. » Mais l'amateur n'est jamais gavé. Renoir. c'est qu'on ne l'embête pas. Elle vient de briser sa tirelire et y a trouvé trois mille francs!. pour ce prix. laissent la clef sur la porte.. Et comme les bonnes.. si la « Grande Louise » est occupée à surveiller le fricot. on sait bien qu'avec ses doigts paralysés Renoir ne peut plus manier des crayons de pastel. sans même avoir besoin de regarder les toiles qu'on vient de « décrocher ». une autre fois. Sans compter qu'il y a des chances qu'elle vienne accompagnée de « sa fillette » (il n'est pas sans exemple que celle-ci ait été empruntée à une amie). plus la toile vaudra cher. quand les marchands ont eu la chance pour eux.

je me suis écrié : Un Renoir! Et je mettrais ma main au feu qu'il a été peint &n telle année. un jour. en exagérant même au besoin : tel qui. que de remerciements avec la petite pointe d'émotion : « Ainsi donc j'ai pu parvenir jusqu'à Renoir!. —. » tc Et . Depuis qu'elle a vu une exposition de vous chez Durand-Ruel. en outre de ce bagage d'opinions « renoiresques ». Watteau sont les dieux de Renoir.. arrivé à la porte. au lieu de dire el Renoir ». et notre homme n'ignore pas que le Titien. » Et Renoir ayant confirmé le dire de l' « amateur ».. Vélasquez. Watteau!... en littérature. Au moment de sonner.. comme aussi il n'est pas sans savoir que si.) Depuis que j'avais trouvé ce tableau. je suis monté jusque sur votre palier. Il apportait une toile dont il avait pris soin d'effacer la date et la signature : l'ai « Monsieur Renoir.. elle n'en dort pasl « Si je pouvais avoir mon portrait par Renoir!. l' « amateur » parle. en mettant la Dame de Monsoreau au-dessus de l'Iliade! Et celui-là qui. mais. Dès que je l'ai vu.. je suis redescendu. et c'est le coup du portrait : « Vous me permettez d'amener ma femme avec moi. voilà un tableau de vous non signé! Je trouvé au « marché aux puces ». j'ai pris mon courage à quatre mains. en religion.. » J'ai beau lui répéter : « Mais tu dégoûteras peut-être M. Vélasquez.iisse » à son égard.. tout en me disant : « Je connais quelqu'un qui va se faire joliment mettre à la porte!. » Comment mettre à la porte un si brave homme?. Une fois. je ne faisais qu'aller et venir de chez moi à chez vous. a cru répondre à la passion du peintre pour Dumas.. du bonheur de sa femme s'il pouvait revenir un jour chez lui avec un autre Renoir. Vous m'autorisez à dire Renoir? L'habitude qu'on a de dire le Titien. Renoir quand il te verra!. (Un bon « démarcheur » doit connaître les goûts de sa victime.. vite il lancera à l'assaut du peintre d'autres amateurs » qu'il engage à son compte. jugeait qu'il pouvait opérer avec encore plus de profit en montrant une connaissance approfondie de la « manière » du « Maître ». avec des larmes dans la voix.. le courage m'abandonnait. Aujourd'hui. On arrive chez Renoir avec les mêmes idées que lui en poliique. il se serait fait marquer un mauvais point.. il avait donné du « Maître ».. ayant resigné et redaté la toile.

d'une toile sensiblement plus petite. » C'était cinq cents livres sterling que proposait le « compère ».. Renoir finit par accepter la présentation. très gêné à la pensés que cette « pauvre femme puisse » s'imaginer qu'elle le « dégoûterait ». Vollard. Mais on ne pense pas à tout. Est-il besoin de dire que ce là vaines de sont craintes? On lui amène tout ce qu'il y a de mieux comme « blond ». .. le portrait qu'il s'était laissé extorquer par le « second » M.. je n'en suis pas à cela près. Renoir lisait à haute voix.. retrouver. Et Renoir lui donna pour ce prix une toile dont il avait refusé le double. Quelle sympathique figure. et avant de tourner la page : « Vous verrez. que le modèle ne soit pas trop vieux et ait une peau qui ne « repousse » pas la lumière. ce « blond » que Renoir aime tant à peindre! Mais ces habiletés n'égalent pas l'astuce d'un Chinois qui écrivit à Renoir quel serait son bonheur « céleste s'il pouvait » obtenir un simple trait du « Maître » (Renoir supporte plus facilement « Maître » par écrit qu'en paroles). Chocquet. enfin.... Quelques jours après. Mais pour avoir une toile en Chine. — Je vous rapporte le cadre que vous m'aviez prêté l'autre jour. en voilà un qui est passionné pour la peinture! Un second Chocquet. un jour. — N'est-ce pas? Il est venu me montrer ce magnifique cadre pour le portrait que je dois faire de sa femme. j'étais chez un antiquaire. disais-je un jour à Renoir. Renoir devait. il est vrai.. J'avais convenu.. dans le catalogue d'une vente.Et.. 1' « amateur » ne courait pas le risque de voir le peintre venir juger de l'effet de sa toile dans le cadre. mais.. Arrivé là.. qu'on m'offrira trois cents francs. pour la modeste somme de. cet homme que je viens de croiser à votre porte. Comme Renoir était désormais cloué dans son fauteuil par ses rhumatismes. Je vis le même amateur avec le même cadre. Et puis. en souhaitant seulement que la pénitence soit ne pas trop dure.

.

.

mais c'était un dessin de Degas qui me valait sa visite. il existe une indifférence. d'un air ennuyé. « Et ce Nu de Renoir? » En même temps. comme d'autres ont des écuries de courses.. Je m'imaginais que le célèbre collectionneur avait été « raccroché » par un Nu de Renoir exposé à la vitrine de mon magasin. non pas tant parce qu'il a possédé quelques Renoir. lequel. Vers 1910. Mais ce « grand amateur » est mort avant que la peinture de Renoir eût atteint des prix assez élevés pour être admise à figurer dans « ses galeries ». qui aiment les tableaux qu'ils achètent. et sans parler de certains « types » comme les Chocquet. et m'en demanda le prix. Par contre. — qu'il avait fini par acheter : hasardai-je.. de telle sorte que je me trouve empêché de parler de M. A cette classe de « grands amateurs » appartenait. entre deux bâillements. le comte Isaac de Camondo a sa place ici. Chauchard. M. leur qui. M.. je retournai le chevalet qui supportait la toile. de Camondo avait reculé de deux pas : . Il examina le Degas. ont des collections. Pendant que j'enveloppais le dessin. je vis entrer chez moi le comte Isaac de Camondo. nonobstant collectionneurs de espèce » « voire leur dégoût pour les arts.XXII UNE FIGURE DE A « GRAND AMATEUR » côté des « amateurs » toujours à courir après la bonne affaire. avait pensé demander qu'on portât devant son corbillard celui de ses tableaux qui avait coûté le plus cher. notamment. achetés d'ailleurs à contre-cœur. les Caillebotte (pour ne citer que les morts). soucieux d'affirmer jusqu'au bout ses millions. qu'à cause de ses efforts pour arriver à goûter cette peinture. Chauchard.. les de Bellio.

de Camondo cherchait à simuler l'indifférence. encore que je n'arrivasse pas à m'expliquer pour quelle raison il me parlait de ses Degas quand je lui présentais un dessin de l'illustrateur Renouard... Pour parler d'autre chose. il indiquait des parties de la toile.) Et savez-vous ce qui manque encore à Renoir?. l'autre « homonyme jour. certes! De vieilles traditions de famille avaient fait de moi. de Camondo en regardant avec attention le Renouard. et en se remettant à bâiller.. Malgré la signature. de Camondo s'il avait toujours goûté l'impressionnisme. que je montrai à mon client. il avait pris le Renouard pour un Degas. que j'ai rencontré. (Et. précisément. je demandai à M. je ne puis me défaire de mon admiration pour les œuvres que nous ont laissées nos pères telles nos grandes cathédrales. une cuisse comme ceci. par ses bâillements. ou encore lorsque mon ami Frantz Jourdain m'emmenait voir sa Samaritainel Frantz Jourdain avait beau me pousser amicalement « Si « ». Et tendant la main vers un casier : — Je n'ai pas que ce dessin-là du Renouard « qui sait dessiner »! Le bâillement s'arrêta net. dès ma jeunesse. Encore que je sois maintenant dans le moderne jusqu'au cou. en contemplation devant un Holbein. du bout de sa canne..votre » Renoir était plus jeune. qu'il en arrivait à oublier son origine turque. avant des dessins de Degas qu'il avait désiré voir. — Non. en allant au Louvre. Cette fois.. Et puis. peut-être pourrait-il se guérir de cet excès de couleur. à soixante ans passés. comme Saint-Germain-l'Auxerrois! Combien de fois me suis-je arrêté devant. et regardez-moi la couleur de ces joues!. lorsqu'un peintre. M... il n'était pas difficile de deviner que. comme aussi malgré le sujet du dessin. au musée. La tradition! On sent que cet homme ne doit pas aimer le Louvre! Ce n'est pas comme son le dessinateur Renouard. notamment un Camérier du pape. » Je me trouvais. de Camondo avait un tel goût pour la culture française. avoir des choses de ce Renouard-là. et le visage de M. i. M. Je n'en voyais pas moins tous mes Renouard vendus.. « J'ai des Degas beaucoup plus importants». fit M. et même les moins célèbres de nos églises. dessine un bras comme ça.. un classique à tous crins.. . de Camondo revêtit une expression de mécontentement.

dans l'impressionnisme. encore moderne l'ancien du parenté de et Et cette « pleinerévéler devait-elle moi. mes j ambes prenaient racine devant le vieux monument. du même coup d'œil je surplombai Saint-Germainl'Auxerrois et la Samaritaine. de Camondo oubliait que. avec quelle vérité! ma vision de l'étang. que Frantz Jourdain voulut lui-même tenir entre les montants de la fenêtre. s'il reconnaissait que certains noms étaient nécessaires à une grande collection. il y a quelques années. mais encore faut-il que l'impressionnisme reste de la peinture. MOI. à revenir Pour en « révélation. faire le sacrifice de ses goûts personnels. Sur ses indications. et. à mon cercle. il n'y a pas de peinture sans dessin! » En jurant qu'il ne pourrait jamais avoir des Renoir chez lui. - . promis. J 'avais précisément emmené depuis longtemps. Il ne s'agissait plus de déterminer si Renoir savait ou ne savait pas dessiner. un effet de soleil couchant sur un étang. Un « grand moderne » ! ainsi que l'a écrit je ne sais plus quel critique. Et... des fenêtres d'un château Henri II. en contemplant. Frantz Jourdain m'entraînant sur les toits du Louvre. DE CAMONDO —. des toiles de La Touche. La Touche?. M. M. je ne boirai pas de ton eau. « On ne parvient pas à la dit le proverbe turc. or. avais lui Jourdain. suivant un proverbe — qui n'est pas d'origine turque — on ne doit pas dire : « Fontaine. qui me rappelèrent. » Il arriva un moment où l'art de Renoir commença à l'inquiéter. le premier valet de pied de mon aimable hôtesse apporta un cadre Louis XVI du plus pur style. de Camondo : il savait... mystérieuse se longtemps pour que ment. au besoin.. la portion de l'étang découpée par le cadre me fit l'effet d'un tableau impressionniste! A peu près vers le même temps. chez une princesse de mes amies.. je n'ai plus éprouvé le besoin d'en bouger. la fois où. en prenant le recul nécessaire. Il faut rendre cette justice à M. mais si une collection d'impressionnistes pouvait être complète sans des Renoir.par le bras. si réelle. comme j'ai commencé par aimer Saint-Saëns avant de comprendre Wagner. une fois entré « Mecque en un jour ». je moi Frantz avec de le présenter à une authentique princesse. j'eus l'occasion de voir. ai eu la première j'en l'impressionnisme. Et c'est par La Touche que je suis arrivé à Monet.

«

Je finirai par acheter quelques échantillons de ce que ce Renoir

a fait de plus fou! » déclarait-il, un jour, à un de ses familiers, qui
en resta coi.
M. de Camondo expliqua son plan :
« Quand j'aurai réussi à regarder ce vitriol en face, je pourrai
avaler n'importe quoi! » Les Renoir « fous » furent achetés 1.
Cependant M. de Camondo continuait à leur reprocher leur
« excès de couleur, joint à une telle absence de dessin... »
« Si vous essayiez, lui insinuai-je, d'une autre tranche de
l'oeuvre de Renoir?
— Mais pas des 1900, ni même des 1896l » protesta M. de
Camondo.
Je lui suggérai un magnifique « 89 », le Portrait de Madame de
Bonnières.
« Je ne veux pas non plus des 89, car c'est en plein l'époque
aigre, cette époque dont un célèbre critique d'avant-garde a dit :
« Ces Renoir-là sont des fruits qui n'arriveront jamais à matu« rité. » Mais j'ai décidé d'avoir des Renoir; trouvez-moi donc
de bons 70, même des 65, — des Renoir « femmes», bien entendu!
Prenez garde aux mains Pas de ces mains de cuisinière, comme
il aime tant à faire. Et attention aussi au genre de robe, et soignez bien, dans votre choix, le côté morbidesse! Il va de soi, n'estce pas, que ce ne devra pas être des Renoir trop Renoir!
Ayez toujours présent à l'esprit que ce sera pour être donné au
Louvre plus tard!... Je ne vous empêche pas de descendre jusqu'aux 1860! Ce que je veux avant tout, c'est un peu de dessin.
Moi.
connais un 1858 d'un fini extraordinaire, le premier tableau que Renoir a peint!
M. DE CAMONDO. — Un Renoir lemme?
Moi. — Non, un Renoir nature morte.
M. DE CAMONDO.—Pas de nature morte! Je viens encore de
refuser un Poisson de Manet... Il n'y a plus de place dans ma
salle à manger... Vous ne pourriez pas savoir habilement de
Renoir s'il n'existe pas, de son ancienne manière, un Nu de
grande dame? Je sais bien que ces dames du Faubourg ne sont
pas...
— Toujours très appétissantes, allais-je continuer, lorsque
M. de Camondo ajouta :
1

-Je

1. Les Renoir de la Collection Camondo au Louvre.

facile!...
J'ai
dire
Renoir
D'un
abord
pourtant
ouï
que

était reçu chez un parent de Rothschild!... Vous avez quelque

chose à me dire? »
J'allais, en effet, parler...
« Ne pourrais-je pas vous soumettre des œuvres de jeunes?
M. DE CAMONDO (avec un sourire). — Je vous vois venir! Et
vous n'êtes pas le seul! Tout le monde semble s'être donné le
mot pour me dire : « Puisque vous allez, de préférence, aux
« œuvres de jeunesse des grands peintres, pourquoi n'achetez« vous pas des œuvres de peintres jeunes actuellement? » On
devrait pourtant savoir que je ne puis pas admettre dans mes
galeries des choses encore discutées. Je sais bien ce que vous
allez m'objecter : « Et la Maison du Pendu de Cézanne? » Eh
bien, oui, là, j'ai acheté un tableau qui n'est pas encore accepté
par tout le monde! Mais je suis couvert : j'ai une lettre autographe
de Claude Monet, qui me donne sa parole d'honneur que cette
toile est destinée à devenir célèbre. Si, un jour, vous venez chez
moi, je vous ferai voir cette lettre. Je la conserve dans une
petite pochette clouée derrière la toile, à la disposition des
malintentionnés qui voudraient me chercher des poux dans la
tête avec ma Maison du Pendu. »
Ajoutons que, plus tard, le comte de Camondo, désormais
certain de ne pas se tromper sur les Cézanne, avec les prix qu'ils
faisaient, en acquit quelques autres. Il en aurait acheté bien
davantage, mais, chez Cézanne, c'était surtout le « naturiste
mortier » qui avait la grosse cote, et l'on a déjà vu que M. de
Camondo estimait qu'un tableau de nature morte était fait
pour décorer une salle à manger. Et sa salle à manger était
pleine de natures mortes.
M. de Camondo s'apprêtait à sortir; il se retourna :
«Je veux tout de même faire quelque chose pour vos« jeunes».
Comme ils adorent Renoir, je vous autorise à dire que je vous ai
demandé de me montrer des Renoir!
Moi. — J'ai déjà dit que vous aviez pris un Degas.
M. DE CAMONDO. — Ah! il ne faut jamais révéler mes achats
sans ma permission! Vous ne voyez donc pas que tout le monde
a les yeux fixés sur moi, et que chaque fois que j'achète une peinture, ça fait monter le peintre, et me gêne pour mes acquisitions
ultérieures... car ces marchands d'aujourd'hui sont d'un « sémitisme »!

Mais si vous me promettez de ne pas dire les acquisitions
que je fais, et aussi de ne pas me traiter en Arabe, je vous amènerai des amis. Tenez, pour commencer, je vais faire signe à ces
deux-là qui passent sur le trottoir en face. Ils n'achètent jamais;
mais c'est toujours quelque chose qu'on voie dans votre boutique un baron et un marquis... »
Quand les deux personnages furent entrés :
M. DE CAMONDO. — Cela ne va pas, marquis? Vous avez un air...
LE MARQUIS. — Il me tombe une de ces tuiles... Mon fils
Jacques a hérité l'an dernier d'un million cinquante mille francs
de sa mère. Croyez-vous que mon agent de change vient de
m'informer qu'il ne reste plus à son crédit que trois francs quatrevingt-cinq centimes!... Un enfant avec qui j'étais si tranquille!
Je lui avais donné, le jour de ses dix-huit ans, un petit fairevaloir pour le mettre en contact avec les réalités de la vie; eh
bien il obligeait ses trois vaches à se serrer le ventre quand le
foin était cher!
M. DE CAMONDO. — Si, au lieu de faire la noce, il avait acheté
de l'impressionnisme, en quelques années il triplait son million.
LE MARQUIS. — Vous savez combien je porte d'intérêt à la
peinture claire; vous ne m'avez jamais vu manquer une exposition de chez Durand-Ruel; mais, là, franchement, j'aime mieux
encore que tout cet argent soit allé à des cocottes qu'à des Renoir,
des Manet, des Pissarro, des Monet, des Guillaumin, des Sisley...
Vous avez observé tous ces gens qui achètent l'impressionnisme?
Notre ami F..., qui est devenu à ce point neurasthénique depuis
qu'on craint une baisse sur les Sisley, que, par ordre des médecins, il va faire une vente de sa galerie 1. Et l'autre, D..., cet air
«

!

i. Différemment, l'amateur de la « mauvaise » peinture n'achète pas un
tableau pour gagner dessus, il achète par amour et d'un amour qui se doublera de tellement de respect pour l'objet possédé qu'on a vu un patron de
maison publique vendre son fonds pour ne pas avoir à rougir devant ses
Bouguereau
A l'étranger, on observe un phénomène inverse. Le fait d'acheter de la
« mauvaise » peinture ne donnera pas l'élévation des sentiments, mais tel
qui n'aura pas cessé d'être un vilain monsieur en collectionnant Bouguereau
devient un gentleman accompli s'il touche à l'impressionnisme.
J'ai connu un Munichois, grand collectionneur de Picot, de Delaroche, de
Meissonier, de Bouguereau, et, avec cela, tous les vices... Je retrouve, au
bout de quelque temps, un père de famille accompli, un mari modèle... Et
comme je restais stupéfait :
« Oh, fait son épouse, Fritz, maintenant, achète Cézanne...
!

JI

inquiet, même quand il parle de la hausse inespérée de ses Manet.
Mon Jacques a mangé un million, il a manqué d'en gagner trois...
Mais, du moins, il est resté gai... Quand il me saute au cou et me
dit : « Mon vieux papa, je t'aime bien! » c'est toujours ses bons
yeux, son front pur... »
Quelqu'un était entré, le vicomte de J..., que je reconnus pour
avoir vu sa silhouette dans un album de Sem. Il serra la main
au baron.
Philippe, pour votre Pâté en croûte
« Tous mes compliments,
à l'exposition de l'Épatant. Quel vécu!
LE BARON. — Avant de prendre mes pinceaux, j'étais allé
étudier la manière de Bonnat dans son Portrait de Coignet. Avoir
trouvé cette harmonie rouge et noir, un vermillon aussi ensorcelant, et quels bitumes profonds! Et la sacrée armature qu'on
sent sous tout ça!...
LE VICOMTE DE J. — Moi aussi, je suis très féru du dessin et
de la couleur de Bonnat, encore que je reproche au maître, dans
ses dernières œuvres, de sacrifier un peu trop à l'impressionnisme 1. »
Le langage du vicomte de J... n'était pas sans m'étonner :
n'avait-il pas acheté un Cézanne à la vente Théodore Duret, dix
ans avant?
A mes premiers mots là-dessus :
moi, c'est la vicomtesse.
« Ce n'est pas
Moi. — Mais vous, monsieur le vicomte, comment trouvezvous cette toile de Cézanne?
LE VICOMTE DE J. — Je ne l'ai pas vue, la vicomtesse l'a
dans sa chambre à coucher. »

C'était déjà la crainte de Coignet de voir Bonnat « mal tourner ». Une
vieille demoiselle, la chevalière de Z..., évoquait un jour devant moi le sou.
venir d'un diner où elle se trouvait avec Coignet :
de porter un mort en terre, et comme ses hôtes le
« Le maître avait l'air
pressaient affectueusement :
chers amis... Je regardais mon élève favori,
« J'ai fait un rêve affreux,
Léon Bonnat, faire un dessin sur un mur... «Petit, lui disais-je, ton tuyau
droit, observe la nature... » Et lui de me répondre :
« de cheminée n'est pas
de cheminée, c'est une Tête de jeune Italienne... »
« Ce n'est pas un tuyau
Et Coignet, à un des convives qui tournait vers lui des regards anxieux :
Abel de Pujol, que le modernisme nous guette.
« Je vous dis, mon cher
Si vous aviez vu Léon », pas plus loin que ce tantôt, mettre sur sa toile
un vermillon pur! »
1.

(c

M. de Camondo me voulait décidément du bien. Un jour, il
arriva à mon magasin avec M. B..., un client « sérieux ». Les
deux collectionneurs se rencontrèrent avec des « confrères » :

le roi Milan de Serbie, un « éclectique » (il allait de Bouguereau
à Van Gogh), et M. Sarlin, un amateur « spécialisé » dans les
1830 (les 1830 « de grande classe »). On lui avait dit, par erreur,
avoir vu chez moi un Daubigny « avec canards ».
M. DE CAMONDO (à M. Sarlin). — On parlait au cercle de
votre dernière acquisition : un Corot... Avec eau, cela va sans
dire?
M. SARLIN (un peu gêné). — Non, un Corot sans eau...
M. DE CAMONDO et M. B... (ensemble). — Un Corot sans eau?...
M. SARLIN. — Sans eau, il est vrai, mais d'un ton...
Moi. — La couleur fait passer sur bien des choses...
M. DE CAMONDO. — Il faut prendre garde à la couleur...
Quand on a une fois mis le pied dedans... »
Le roi Milan regardait avec intérêt une lorgnette en bandoulière, que portait M. B...
« Vous allez aux courses? s'informa Sa Majesté... Vous avez
des tuyaux?
— Cette lorgnette, répondit M. B..., me sert à examiner les
tableaux qu'on me soumet! »
Devant une explication aussi imprévue, le roi Milan resta coi.
« Voilà! continua M. B... En regardant la toile par le gros
bout de la lorgnette, je juge mieux du dessin, par le rapetissement de l'objet... Je ne suis pas de ceux qui achètent avec les
oreilles, moi... Il faut toujours penser à sa vente.
— Vous songeriez à réaliser? s'enquit M. de Camondo.
— Cela va dépendre du mariage que ma fille fera un jour! Ce
n'est point que nous n'ayons pas de quoi la doter, si elle épousait
un duc, un prince, voire un fils de roi... » (Ici une légère grimace
se dessina sur la placide figure du roi Milan.) Mais, dans ce dernier cas, mes Renoir, mes Meissonier, mes Cézanne, mes Besnard,
mes Rembrandt ne me serviraient plus de rien... Vous ne me
voyez pas, avec un gendre roi, obligé d'avoir une galerie de tableaux pour attirer du monde chez moi! »

Avec une curiosité qui ne laissa pas de me surprendre après
la grimace que je venais d'observer, le roi Milan s'enquit discrètement de l'âge de la fille.
« Oh! fit M. B..., la petite n'a pas encore fait ses dents! Vous
voyez que je n'ai pas fini de collectionner! »

XXIII
RENOIR FAIT MON PORTRAIT
(1915)

J'AVAIS déjà posé plusieurs fois devant Renoir. Il avait fait

d'après moi une lithographie et trois études peintes, dont
une très poussée, où il me représentait accoudé à une table
et tenant à la main une statuette de Maillol (1908).
Avec cela je croyais avoir mon compte. Mais Renoir n'avait
pas encore exécuté le portrait de Bernstein (1910), cette toile
dans une si extraordinaire harmonie bleue.
Depuis ce moment, mon plus vif désir fut d'avoir un portrait
de moi dans une pareille harmonie bleue.
Renoir avait accepté, mais en y mettant une condition :
dise :
« Lorsque vous aurez un costume d'un ton bleu qui me
vous savez bien, Vollard, ce bleu métallique avec des reflets
d'argent. »
Je me vouai donc au bleu; mais, à chaque nouveau vêtement
que je me commandais : « Ce n'est pas encore ça! » me disait
Renoir.
En 1915, j'étais allé passer quelques jours aux Collettes. Je ne
pensais plus au portrait. Comme je traversais le champ d'orangers qui va de la route jusqu'à la maison :
« Hé, Vollard! » m'entendis-je appeler.
C'était Renoir qui revenait du paysage, porté dans un fauteuil
à bras par la « Grande Louise », et Baptistin, le jardinier. Le
modèle marchait devant, avec la toile en train.
Les deux porteurs s'étaient arrêtés.
cria Renoir au modèle; je
« N'allez pas si vite, Madeleine,

. mais quand ça aura brillant que « repassé » par l'atelier. » Le modèle avait posé le tableau par terre. ce chat qui dort devant la cheminée. et m'ingéniai à m'assurer les bonnes grâces de la bête.. avec une petite séance. nous apercevons tout à coup un personnage fabuleux monté sur un âne. et. Vous êtes cans un éclairage vraiment bizarre. » (S'adressant à moi:) « Voilà quinze jours que je n'avais pas pu sortir.. Asseyez-vous là sur cette chaise. ou.. mais la « médecine » retrouva le « pouce » dans la poche de son tablier. tout le je lui redonnerai! » Quand nous fûmes arrivés à l'atelier : « Vollard... mais. Bande de toile roulée où l'on devait introduire le pouce du peintre. Renoir disait les couleurs. mais un peintre doit s'acdommoder de tous les éclairages!. . si vous aimez mieux.. Je voyais déjà mon portrait compromis. petit « Ce n'est pas mal. avec un clignement d'œil. Il s'approche : c'était un simple mendigot. n'est-ce pas? me dit Renoir. dans la lumière de l'appartement. c'est que. Une fois la palette prête. ma toile va être toute noire. La « médecine » préparait la palette. appelez donc ma « médecine »! Et devant mon air étonné : d'infirmière!. elle pressait les tubes... Vous ne savez que faire de vos mains. de ce « barbouillage » quelques coups de pinceau 1. mais on avait oublié d'installer mon parasol. au soleil. Ce sont des taches. vous avez là le tigre en carton de Claude. tenez. Il me restait seulement quelques coups de pinceau à donner à ma toile.. contre un arbre.regarde mon tableau. je comptais commencer quelque chose avec Madeleine. et comme l'infirmière allait lui glisser le pinceau entre les doigts : « Et mon « pouce 1 » que vous oubliez! » s'écria Renoir. « Je ne peux absolument pas m'habituer à ce mot Votre chapeau est épatant! Il faut que je fasse quelque chose d'après vous. dans la campagne d'Alger.. encore des taches. avec mon ami Lauth.. Renoir « attaque » toujours sa toile sans la moindre recherche apparente de mise en place. j'avais joliment besoin de me décrasser l'œil. Quel magicien que le soleil! Un jour. subitement. » J'optai pour le chat. ses haillons étaient des pierres précieuses. Le malheur.

malgré les protestations enragées de ce dernier. tout de suite. qu'à un certain congrès. à quelqu'un : « Mais dites-moi donc franchement ce « qui vous déplaît tant dans ma peinture? » « Il me répondit: :« C'est qu'il y a là dedans une « liberté»!. comme jadis. Vollard.font « sortir » le sujet. des voix chantèrent sur la route : Liberté. on trouve des majoritaires et des minoritaires. qui exigeait de ses modèles l'immobilité et le silence. le parti socialiste unifié avait rejeté « de son sein » un de ses « membres ». je voyais dans un journal. 118). de faire une tête en une séance 1. on s'était mis à causer. « Je pensais. Soudain. un jour.. Il lui arrive de renvoyer des modèles parce qu'il les trouve trop immobiles à son gré. . C'est dire que. — Les entendez-vous?. Je ne pouvais détacher mes yeux de la main qui peignait. mais voilà que j'apprends que c'était un socialiste riche et qui aidait le parti de sa poche! Voyez un peu! On lui rendait sa liberté. Renoir permet aux siens de parler et de remuer. On ne peut savoir exactement ce que signifie « unifié Il. et le pauvre homme ne pouvait se faire à l'idée de n'être plus le domestique de personne! été libre! « Il n'y a que sous les « tyrans » qu'on ait jamais Ce pape qui a trouvé tout naturel de laisser Raphaël peindre « « i.. qu'il s'agissait d'un pauvre diable à qui on retirait le pain de la bouche. Le portrait de Wagner a été peint en vingt-cinq minutes (voir p. Sous une étiquette qui implique unité de doctrine. qu'on n'a pas besoin de main pour peindre! La main. 2. » « Une autre fois. Combats avec tes défenseurs! RENOIR. c'est de la « couillonnade »! A la différence de Cézanne. qu'ils gravent sur les monuments et inscrivent dans les livres. à voir cette résistance de l' « unifié » 2. Renoir s'en aperçut : « Vous voyez bien. Liberté chérie.. il lui arrive.. si vous saviez quelle horreur ils en ont au fond d'eux-mêmes! Je demandais. Et cette même liberté » qu'ils acclament. Même avec ses doigts morts.

. guise. et immédiatement au-dessous : L'instruction laïque est obligatoire. interroge Renoir. un « avarié ».. Avec un regard de supériorité au peintre : curés! » « Moi. au lieu de : Si Dieu lui prête vie. la façon dont il traitait François 1er! « Ce satyre..... elle s'en retournait à sa place.. qui me déclare que. à peindre droit de le nous chacun. après avoir revendiqué.. ces républicains qui ne veulent pas que les rois couchent avec des femmes! » Il parut au docteur que les paroles de Renoir atteignaient le « régime ». ce bellâtre ».. C'est vraiment agaçant! Je vois partout écrit : Liberté.. voyez nous-mêmes! Lorsque nous avons établi le règlement de nos premières expositions. qu'il était interdit d'exposer au salon offi- ciel!.. allez donc aujourd'hui. dans une commande de l'État. il ne veut plus être piqué au 606. et l'écrire. et l'on savait parler français. — Je me rappelle un livre de mon ami Geffroy sur le Louvre. François Ier ne serait pas mort! RENOIR. Dans l'ancien temps. butant dans les petits bancs.. mettre l'histoire de la Vierge! Tenez. vous. à tous ces remèdes modernes? c'est-à-dire que. je ne suis pas pour les RENOIR... pour vous pour la « liberté ». les protestants. si le 606 avait été trouvé crois? Si j'y — de son temps. pendant tout le temps de la guerre. on avait mis : Si l'on lui prête vie. montrer quel dégoût tout le monde éprouve « Et. » Renoir se mit à rire. » Un coup à la porte : c'était un médecin de Paris.l'histoire de Psyché.. J'ai compris le pouvoir des curés pour vous mettre dans des états pareils. enfin.. ne s'appartenant plus. toute la bande. de passage dans le Midi. je voyais une femme qui venait de recevoir le Bon Dieu. j'ouvre les Fables de La Fontaine que Claude avait rapportées du collège : eh bien! dans Le petit poisson deviendra grand. Un « il vient de de mes malades. voudraient bien choper les femmes - . qui venait dire bonjour à Renoir : m'en arriver une bien bonne! nous dit-il. où il n'y avait pas de Liberté. il n 'y avait pas d'instruction obligatoire. Voyez-vous. — A la première communion de Pierre. Vous croyez. sa pour tout de suite après. Les francs-maçons. décrétâmes.. l'autre jour. le chapeau de travers.. attendu que c'est une invention allemande!.

moi. Renoir.. voyez. — Quarante kilos. Cette demaude de la Triennale à laquelle Renoir avait accédé devait se renouveler l'année suivante. Sur une balance à côté on pesait des bronzes : « Vingt-cinq kilos. Il télégraphie qu'il arrivera vers midi et qu'il n'a que très peu de temps à rester. Il déjeunera avec nous ce matin. Amérique d'une seule — Cent soixante-quinze kilos pour le transport en statue! se récrie un des examinateurs. Ces pauvres gens m'ont nommé leur président d'honneur. je vais aller à Nice prendre un poulet. j . mais ils ne sont pas de force : de là leur rage. j'aime ce qui est net : les curés ont un costume. — Trente-cinq kilos. — Combien pèse le Renoir? demandent les trois juges ensemble. le Président du Jury : Nous irons pour — Eh bien. mais c'est cinq ou six camarades qui seraient sacrifiés avec la limite de poids que nous avons imposée. J'ai dit que l'on prépare l'auto. il est à Cannes. — Refusé. — Accepté. du foie gras. on les voit venir. Mme RENOIR.aux curés.. un papier bleu à la main : « Renoir. on peut ficher le camp. me dit un gardien. J'entrai dans une salle où derrière un bureau étaient assises trois personnes. avec leur veston comme tout le monde. Et puis. » j - i. C'est sans doute pour que tu envoies à leur exposition 1. l'auto a du boni » Le médecin s'était levé : « Je vais précisément à Nice. — A reviser. ils me demandent quelque chose. je prends sur moi de faire une injustice. Tu sais que tu as à faire un portrait de lui pour le livre des Bernheim. et. la Triennale organise une Exposition pour l'Amérique. une dépêche de Rodin. ils vous rasent à fond! » La porte de l'atelier s'était ouverte.. Mme Renoir entra. 1 Comme je m'en allais. Voulez-vous vous charger de leur faire porter ma statue de Vénus victorieuse? » Lorsque j'arrivai au Grand Palais : « Ces Messieurs sont en train de juger la sculpture ». » Et se tournant vers moi : « Renoir aura beau dire. Dans une heure je serai de retour. Tous vos sacrés socialistes. Mais ce n'est pas pour cela qu'il vient. Renoir me dit : « Vollard. une langouste. que j'allais oublier de te remettre. — Je crois dans les cent soixante-quinze kilos. je profiterai de l'auto. quand ils vous tiennent.. Une lettre de la Triennale. on ne se méfie pas.

. ni le télégraphe. en a pour quarante minutes « Avec le tramway.. Mais songez que si l'on ne connaissait ni les autos. Eh bien! voyez avec quelles couleurs brillantes il s'habille! » religion simple ».. ni auto! L. la bécasse! « Une religion simple! Elle avait lui fais. Et aussi. mais. de venir très souvent « m'a fait jurer. une religion « terne »? Le sauvage. Bruneau.. il vient me voir.) : « Mon mari j'ai quitté Paris. je ne serais pas. a.. madame. rasé par un tas de gens qui resteraient bien tranquillement chez eux.. : « La monsieur Renoir. Ce n'est pas ma faute.. si je n'aime pas la musique de littérateur. Vous me connaissez....? me dit Gallimard. » Chérie.. un jour. moi. si nous vivions à une époque normale. tout le temps. que je doute. à un opéra de Bruneau. le poulet aurait été engraissé dans la basse-cour.. j'étais en train de peindre un Nu. le pâté fait ici. m'emmena lendemain. celui-là.. à une époque sans chemin de fer.. que vous pensez comme ma « Je suis sûr. Le « Gallimard. me femme. Renoir jusqu'à soixante-quinze kilos. simple!. ne « Et après m'avoir bien agacé avec sa « voilà-t-il pas qu'elle se met à parler musique! La musique de son ami Bruneau. Et elle ne s'en fait pas faute. ni tramway.. on ne peut pas dire qu'il n'est pas simple. « — Et la musique de M. » « lité d'être une religion trouvé ça. de trouver de l'acide borique dans l'intérieur d'une volaille. pensez s'il serait meilleur que le carton peint que ma femme rapportera tout à l'heure de Nice! Il ne m'arriverait pas non plus. sans « — Mais. nous venons encore de recaler un « soixante-dix kilos » d'un membre de l'Institut! » . je deviens d'un catholicisme enragé! Si vous aviez entendu Mme L. quand va! Et voyez-vous son toupet! Cette « vous voir!. » Et levant l'index : « Surtout n'allez pas le répéter. ni les chemins de fer.. Mme à venir de Nice chez moi. au moins.Quand nous fûmes seuls : dit Renoir. comme l'autre jour. Rodin serait venu par la diligence.. vous voulez dire. j'aurais été prévenu un mois à l'avance. à me trouver en face d'un protestant. Vollard.. je ne suis pas un sectaire.. la « bougresse))! (Imitant le parler du nez de Mme L. bonne protestante qui blague la somptuosité des cérémonies catholiques!. cette qua« religion protestante..

on la retrouve dans tous les primitifs. C'est l'esprit moderne et les professeurs qui ont inventé la régularité au compas. parce que les colonnes sont faites au tour. que j'étais dans le vrai. c'est qu'on va. qu'on voit dans les journaux! Et le malheur. un jour.. avec un motif de feuilles au-dessus de l'un d'eux : quelle étonnante fantaisie il y a là dedans! Et. de chaque côté de l'autre prophète.. Il y a. pour les colonnes : aucune n'est jamais tout à fait en face de l'autre. en lui-même. c'est à ne pas y croire! Cette « La richesse « . plus tard. à commencer par Viollet-le-Duc. même en Chine et au Japon. Ils ont mieux aimé décider que ceux-là ne savaient pas. mais. ni exactement pareille. quelle grâce délicieuse! de ces portails. on s'aperçoit qu'il n'y a pas deux colonnes pareilles. que je que de peindre une fesse! » « Cette pauvre cathédrale de Reims! reprit Renoir. Pas un architecte moderne. « Prenez une colonnade gothique dont le motif est une feuille de chou. on est transporté de leur régularité. ce bon Pelletan est persuadé qu'elle sera plus belle que l'autre! « Je me rappelle. une cathédrale de Reims toute neuve à côté de l'ancienne? Et. reconstruire tout ça!. à Rome. De même. faire recons« Avez-vous lu l'article de Pelletan qui propose de truire. pouffer de rire un tas d'architectes en leur disant que le Parthénon était l'irrégularité même. ça ne m'amuse pas autant — Eh bien. ces anges décapités. deux prophètes. J'ai fait. c'est l'irrégularité.lui réponds.. si l'on s'approche. Quelle misère. par les prisonniers allemands. deux petites têtes. et non dans l'exécution. Cette irrégularité. Mais jamais un architecte ne voudra admettre que la régularité doit être dans l'œil. Il suffit de voir la façade de l'église de Vézelay. après la guerre. sur l'un des portails de la cathédrale de Reims. une église neuve Saint-Paul qui est ignoble.... n'a compris que l'esprit du gothique. eh bien! je vous défie de trouver une seule des feuilles qui soit juste en face de l'autre et tournée pareillement. J'avais dit ça au hasard. comme ils l'ont arrangée!. Quand on voit des colonnes semblables au Parthénon. mais je sentais bien qu'il ne pouvait en être autrement. J'ai vu.

— Ce Nu commencé que vous voyez là.. — Si vous voulez. par-dessus tout. j'aurais accepté volontiers qu'elle fût « moralement » très mal.. mais qu'elle eût des tétons un peu plus fermes! Ce qui m'intéresse dans cette toile et qui fait que je l'ai gardée. qui tirent chacun de son côté. — Tout de même plus fort.. ces chevaux sur le Grand Palais. que cette jeune fille est « peux vous bien. . mais cette étude de Tête de lemme : une étrangère dont j'ai fait plus tard un grand portrait... » « — Et le milieu de tant de chefs-d'œuvre de la cathédrale « Il y a. rendue si légère qu'on dirait de la dentelle ! Avoir pu donner à une masse pesante tant de richesse unie à tant de légèreté. RENOIR. trois figures... — La même chose que Nattier? RENOIR. » J e regardais une toile posée sur une chaise : il y avait plusieurs petits sujets peints côte à côte : des Figues. une Tête au profil d'oiseau et un petit Nu inachevé. m'écrivait-elle. Mais c'est bien « rigolo » un peintre qui n'aimait pas faire des mains!. qu'on voudrait voir tomber une bombe. Moi. — Ce n'est donc pas un grand peintre. des chevaux fous! C'est là-dessus. la Religion chrétienne. la Reine de Saba et le Sourire de Reims. » « moralement très « Seulement quand elle se fut déshabillée. Et si vous dites à tous les Pelletan de la terre qu'avec des milliards et encore des milliards on ne peut rien faire qui approche cela de loin. C'est d'une beauté qui vous affole! C'est quand on voit des choses pareilles qu'on sent pleinement la tristesse et. il vous répondront en choeur : progrès?..matière lourde.. La Tour? RENOIR. ni le Nu. au de Reims.. j'ai essayé ça avec un petit modèle que m'avait envoyé Mme Frey. ce n'est pas les Figues. « Je garantir. la sottise de la sculpture moderne! Tenez. mais pas de danger que nous ayons cette veine! « Et ces La Tour qu'on reproduit tout le temps à côté des choses de Reims! Il suffit qu'un tableau ait souffert des Allemands pour qu'on en fasse tout de suite un chef-d'œuvre! Moi.

il faut . en recommençait un autre. par exemple. le Napoléon assis sur son trône : quelle majesté! Mais le chef-d'œuvre d'Ingres. Le mari de la dame ne faisait que dire : « — Je voudrais que vous fassiez ma femme tout à fait indime! » « Alors. le faïencier. il y a là une oreille. « — Encore plus indime. Je remarquai. » me dit le mari. la petite bouteille dans le coin de ma boîte. — Avez-vous connu Ingres? RENOIR. les genoux avaient l'air de toucher les pieds. le maire de Cagnes « qui venait d'arriver : — Un détail amusant. debout. mais quand il venait de faire ses tableaux. rageur. je ne connais rien d'assommant comme son OEdipe et le Sphinx. En cherchant une place pour m'asseoir. c'est Madame de Senones: la couleur de ça. » « Ah! je n'ai plus d'huile. et enfin. — J'avais douze ou treize ans lorsque mon patron. Une chose rudement belle. pour bien le connaître. pas maigre comme peignait Ingresl Le temps a travaillé pour lui. m'envoya un jour à la Bibliothèque Nationale prendre un décalque d'un portrait de Shakespeare pour être reproduit sur un fond d'assiette. mais. « J'ai beau y fourrer de l'huile. dans le groupe. un homme court. « — Mais. j'ai toujours peur que ce que je peins ne reste trop mince! Quelle éternelle difficulté de faire éclatant et gras.. Il avait à la main un bloc de papier. Seulement. c'est tellement ça! Je n'ai pas pu le rendre aussi bien dans le tableau fini. faisait un croquis. Vollard. je ne mets que deux doigts de nu au-dessous du cou. il devait paraître grand. et j'ajoute une collerette. c'est peint comme un Titien. « Je supprime le peu de peau.. « Pour en revenir aux tableaux d'Ingres. par surcroît. drès indime : qu'on lui voie. je vous dis indime. Tenez..Cet air doux et cruel. entre autres l'architecte de la maison. le jetait.. monsieur Renoir. au moins.. et. quelle impression désagréable on avait! Ça vous entrait dans les yeux comme des lames d'acier! Moi. il fit un dessin aussi parfait que s'il y eût travaillé huit jours! « Quand Ingres était assis. j'arrivai dans un coin où se tenaient plusieurs messieurs. moi. une mamelle!. d'un seul coup. en train de faire le portrait de l'architecte : c'était Ingres. Et Renoir se tournant vers un de ses amis..

et ce ventre. après cela. dans Roger et Angélique. c'est lorsqu'il se laisse trop emporter « Ingres. par sa passion qu'il peut sembler friser l'imbécillité.. A côté de Madame de Senones. qu'il lui a démesurément allongé le cou. pour faire croire qu'il entendait quelque chose à la peinture. car le contour fuit sous l'œil.mais je donnerais dix Bertin pour une Madame de Senones. s'était mis à opposer Delacroix à Ingres! MOI. l'autre jour. — Vous avez entendu cet imbécile. et c'est le contraire qui est vrai.. de Bien sûr. qu'il lui a dérangé les muscles du cou! Et l'on vient. —Bien sûr. et cette tête qui ne pense à rient Moi. il rend bien. C'est devant des œuvres comme Thétis implorant Jupiter (quel étrange tableau!). beaucoup une « déplorable. pendant - .. il a voulu mettre tellement de passion dans l'attitude du jeune homme. c'est au point que les gens vous diront : « Mais cette femme a un goitre! » C'est qu'Ingres lui a tellement replié la tête en arrière pour faire voir la douleur. dans Francesca di Rimini.. Ainsi. il croyait que la vie réside dans le contour.. — Guillemet me racontait aussi que Delacroix. ce n'est pas comme d'autres tableaux d'Ingres le absolument faut celui-là. le cou de la femme.. « Je vous Mais il y a aussi La Source : quelle chose délicieuse! Voilà des petits seins qui sont jeunes. Symphorien : il Saint Martyre de moins le J'aime beaucoup « y a là dedans des choses très belles. photographie la que voir. « Alors Corot : voie était mais il dans talent. mais il y en a aussi de très celle-là. « Moi. et ces pieds. — Et le Bertin? RENOIR.. qui. Et Dieu sait s'il savait dessiner un cou!. vous dire qu'il peignait sans passion! disais que Madame de Senones était son chef-d'œuvre. » RENOIR. Bertin c'est du chocolatl toile. Le cou de Madame Rivière au Louvre! Eh bien. que pensez-vous d'Ingres? » « — Papa Corot. — Guillemet me racontait que se trouvant chez Corot : lui demandait-il. ou comme la « toc ». qu'on a pu trouver Ingres absurde : mais il ne suffit pas de dire d'un peintre qu'il est tantôt absurde..aller à Nantes. bêcher cette Henner j'entendais lorsque Seulement. c'est magnifique. tantôt génial : il faut encore chercher pourquoi ! chose curieuse.

monsieur Renoir. nous irons bien un peu au purgatoire pour ces défauts-là. Mais est-ce une raison pour que je ne m'épate pas devant Ingres? » Renoir avait décidément renoncé à me peindre plus avant ce jour-là. parlez-moi du jeu de bouchon! Il vous force à vous baisser tout le temps.. ça presse le foie et fait sortir les poisons. je m'imagine être à Alger.. Comme ces femmes sont vraiment des Orientales. Il y a évidemment des défauts.. et s'il y en avait qui pratiquaient le jeu de paume. un jour. Les Femmes d'Alger.. dans la salle d'Ingres : « — C'est bien. qui demande à son père soixante-quinze francs pour une raquette de tennis!. Ah! je me figure que. Je cher- . L'autre jour. c'est comme moi. je suis porté vers Delacroix. des jeunes gens qui se lançaient des balles : quel air niais et prétentieux! De mon temps. le fils de mon ami C. mais le rejetant tout de suite avec colère : « Allons! bon. mais c'est plein de défauts. mais je voyais.. c'est très bien. c'est le tennis. morts tous les deux.. eh bien! je parierais que c'est encore moi qui sortirais le premier. ils ne s'imaginaient pas faire quelque chose d'extraordinaire et se trouvaient bien d'une raquette de trois francs. « Comprenez-moi bien.... se promenant un jour avec Chassériau. ce n'est pas que j'en veuille particulièrement au tennis. et à moi la sienne.. disait Delacroix. au jeu de grâces. le portrait d'une enfant de dix ans.qu'il faisait ses décorations de l'Hôtel de Ville.. c'est bien.. » « Mais vous.. on jouait au volant. quand je suis devant ça. mais si on donnait pour tâche à Ingres de faire ma peinture... mon Dieu. Celle qui a une petite rose dans les cheveux. Et la négresse! C'est tellement un mouvement de négresse! Ce tableau sent la pastille du sérail. Le plus épatant de tout. — Par nature. Et encore si on n'avait pas dévoyé aussi les filles! Je faisais. il n'y a pas de plus beau tableau au monde. Mais si l'on s'avisait aujourd'hui de proposer de jouer au bouchon.. l'autre jour.. Il avait entr'ouvert un journal qui se trouvait devant lui.. votre homme. évidemment. c'est surtout Delacroix? RENOIR. voilà qu'ils recommencent avec leurs sports! Aujourd'hui.

me «— Alors. Lorsque Renoir sut que je faisais un livre sur lui « Tout ce que vous voudrez. Renoir avait rejeté le journal. « — C'est pas vrai. Et puis allez donc leur dire que l'art.. » réalité venait frapper directement nos 2. Je pus saisir à temps la feuille qui.. A quoi ça sert?.. je marchais depuis RENOIR.. avec un grand A. Notre regard saisirait au passage. pas un mot sur ma peinture : je serais moi-même bien en peine de l'expliquer. chez M. Il ne m'avait pas nommé l'auteur de l'article et sans doute ne s'était-il pas soucié de le regarder.. : « Je n'y comprends rien. il y en avait un consacré à l'Art... des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antinos âmes. l'Art poétique de Boileau. Tout cela est autour de nous. car notre nuellement à l'unisson de la nature. » C'est comme moi. c'est une chose indéfinissable et que si ça pouvait s'analyser. je vous en prie..chais à l'intéresser avec l'histoire d'un petit bossu qui se métamorphosait en prince charmant et épousait la fille du roi. aidés de notre mémoire. « Quel est l'objet de l'Art? Si la entrer en communication immésens et notre conscience.. mais.. plus souvent plaintive.. » Mais à peine Renoir avait-il jeté les yeux dessus : écrire faire manie de sacrée leur fort! C'est sur la trop avec « peinture par les mêmes qui sont chargés de la chronique des chiens écrasés. si nous pouvions crois bien que l 'Art serait inutile. commençait à brûler. la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. je rencontrais dernièrement V. Nous entendrions chanter au fond de quelquefois gaie. Vollard. combien de manières j'ai eues!. j'ai essayé un fond bleu. Monsieur Renoir. tout cela 1. remontrez-moi donc ce journal. Nos yeux. ce matin. tombée dans la cheminée. une toile terminée. Nous ne sommes tous que ça. voilà qu'il « change le fond. il venait de Moi. il m'a « Au fait. me dit-il... comme une musique que. découperaient dans l'espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables.. ma toile de Baigneuses. des monsieur Mais. semblé qu'avant l'article sur le tennis.. Moi. Mais ce nom n'apprit rien à Renoir. sculptés dans le marbre vivant du corps humain. qu'est-ce que tu lis? instruisent qui choses Renoir. Et quand on vient me demander RENOIR. — On disait de Degas qu'il était l'éternel essayiste.. : les « Oraisons funèbres de Bossuet. ce ne serait plus de - l'art! 1 » De nouveau. . et je vis que l'article 2 était signé : Henri Bergson. quinze jours avec un fond rouge. dit-elle. diate avec les choses et avec nous-même. Vollard.. je âme vibrerait alors contiou plutôt que nous serions tous artistes. toujours originale.

. avec le fauteuil à bras : « Il faudra. et pourtant rien de tout cela n'est perçu par nous distinctement. Elle rangea les pinceaux et ferma la boîte à couleurs. Mais Rodin a une tête assez particulière. un visage dans lequel il y a.. je déteste ça. et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu'elles ont à nos besoins. du Jupiter et du chef de bureau! » RENOIR (à la bonne). — Lorsque Falguière fit le buste de Rodin : « — C'est si difficile à rendre. Rosny.Moi. à la fois.. la « médecine » vint prévenir qu'il était midi passé. Au même moment. — Un jour. Rosny! » Un ronflement d'auto.. disait-il. me dit Renoir pendant qu'on le soulevait. Moi. Quelle fée a tissé ce voile? Futce par malice ou par amitié? Il fallait vivre. est en nous.. tenant quelque chose au bout d'une ficelle..) . voile léger. Moi. faites-moi penser.. en voyage. vous savez bien celui qui doit venir tantôt. Derrière la « médecine » étaient entrés Baptistin et la grande Louise. C'était Mme Renoir qui revenait de Nice. presque transparent pour l'artiste et le poète. je vois celui qui avait parlé revenir du buffet. — « Oh! monsieur Renoir. il est si bon! » « La bonté. un voile s'interpose. — Non... que je me pénètre bien de Rodin.. et voilà que j'entends appeler : « Par ici. Encore un qui ne pourrait pas vivre sans avoir des toiles de moi! Et quand je dis à l'autre.. que dis-je? entre nous et notre propre conscience. —Louise. J. Il n'a pas la petite fleur bleue.-H. — Un que j'aime bien.. éditeur.. Alcan. Il (Extrait du Rire. je me dis : « C'est sûrement un littérateur ». j'ai déjà fait des choses d'après lui. voile épais pour le commun des hommes.. A la façon dont il portait son petit paquet. j'entends dire à côté de moi : « Est-ce que le train s'arrête? J'ai envie de manger un petit gâteau. » A l'arrêt. Entre la Nature et nous. — Voilà qui vous plaira sans doute : je vois dans ce journal l'annonce d'un roman d'Anatole France.... par Bergson. RENOIR.. d'abord. RENOIR. là. moi. qui me l'amène tout le temps : « Mais faites-lui donc comprendre « que ça m'embête de vendre. Vivre consiste à agir.

. — Le cœur et l'esprit réunis.. « — Jules. quand on touche à quelque chose qui est propriété nationale. les devoirs mondains?. Pour vous citer son dernier trait : j'étais. — Une femme des plus remarquables. — Nous pouvons nous . nous disions combien il fallait aller prudemment dans les restaurations de cathédrales et.. et puis je suis bien content de l'avoir quand il me faut seulement aller à Nice. n'est-ce pas? RODIN. lorsqu'un ministre de mes amis vint m'annoncer que l'État allait accepter ma « donation ». madame! Avec quoi les avez-vous nourris? Mme RENOIR. — C'est l'auto d'une de mes admiratrices. RENOIR. je me faisais couper les cheveux. avec la comtesse à l'atelier. C'est comme moi. je suis tout le temps à crier après. on quittait l'atelier. une auto lança une note de musique. — Vous non plus vous n'avez pas pu « couper » à l'auto. un Rodin tout souriant. — Comme vous avez de beaux enfants.XXIV LE DÉJEUNER AVEC RODIN COMME.. RENOIR. — Quand on nourrit soi-même. —Mais avec mon lait! monsieur Rodin. s'adressant au barbier. Mme RENOIR (se retenant de rire).. le Maître va devenir propriété nationale! » Mme Renoir faisait voir à Rodin les portraits de Jean et de Claude tout petits. Amie. la comtesse de X. RODIN. RODIN. ces temps-ci. C'était Rodin qui arrivait. en général. s'écria alors Bonne faites bien attention à ce que vous coupez. RODIN..

Mais mon modèle avait pris la pose qu'il trouvait la plus avantageuse : impossible de rien voir de cette sacrée oreille! J'ai bien essayé de me déplacer... monsieur Rodin.... tout simplement! « Où est-il le temps où l'artiste avait des droits!. quoi vivaient les Grecs! Avec un morceau de pain « Voilà de noir. Le secret des Grecs. ce jour-là.mettre à table. j'avais l'esprit ailleurs. mais.. Non.. — Vous avez vu les ballets russes? RODIN. à mesure que je tournais. — Et le pape? Est-ce que vous avez été content de lui? A-t-il bien posé? » Rodin.. Soudain. Nous sommes loin de François Ier ramassant les pinceaux du Titien!. avait lâché sur son modèle une meute affamée. » Rodin regardait un Nu accroché en face de lui. je tombai dans le sommeil. mais est-ce que c'est avec la tête qu'on marche? RENOIR. Renoir. pourquoi vous avez fait le bras droit de cette femme plus gros que le bras gauche : le bras droit... Tout à coup : « Je comprends. sur une colonne. Mais. Vous allez manger. Je voulais faire un génie prenant son vol.. ma boule de glaise entre les mains... des olives des Collettes. RENOIR. Benoît XV.. Ce sculpteur de l'antiquité qui.. je rêvais aux Grecs... les bras en avant.. mais voyez-vous tout ce tapage si j'avais fait seulement. voulant faire un Actéon déchiré par les chiens. un fromage de chèvre. qu'ils étaient heureux dans leur pauvreté.. « La nature! Et c'est en l'observant à genoux que j'ai toujours sculpté mes plus beaux morceaux!. lui aussi tournait. une jambe repliée.. jemeréveille :mon modèle avait quitté la pose. ... peu à peu. On m'a souvent reproché de n'avoir pas donné de tête à mon Homme qui marche.. secouant la tête : ne comprend rien à l'art. J'avais voulu attra« Ce pape-là per un petit bout d'oreille. et l'eau du ruisseau voisin! Les Grecs. Et.. » Rodin tenait une olive entre le pouce et l'index. —Quels danseurs que ces Russes! J'en ai fait poser un. «Je crois bien que j'ai découvert enfin de quoi sont faits tous ces chefs-d'œuvre. c'est le bras de l'actionl 1 i. c'est dans leur amour de la nature. et quelles merveilles ils nous ont laissées! Ce Parthénon!.

. Un enfant lui était né en route.. que je vous fais attendre ». prenant un bonnet phrygien... ventre.Moi.. comment dire autrement que femmes nues? RODIN.. me serait-il permis un jour de visiter votre ermitage de Meudon. Mais voilà qu'un monsieur arrivait. Le sculpteur avait pris un marteau et un ciseau : il fit tomber les bras.. verra. et. une femme entrait. c'est quand l'artiste a donné l'autorisation. si vous appeliez simplement une tête. » Il ramassa un morceau de ventre : « Comme c'est beau!.. — Ainsi. On vient me - J. un pied. pied.. connaissant un peu le métier.. un ventre. mais c'est trop à la portée de tout le monde d'appeler les choses par leur nom. dans les bras. Elle avait quitté la Sibérie à pied pour apporter au Maître le salut d'un groupe de déportés intellectuels. Quel nom donner à ça? — Maître. avec un camion chargé d'un groupe en bronze : c'était un Enlacement qu'on venait demander au Maître d'authen1. un petit enfant.. une jeune femme sans chapeau allait et venait comme chez elle. en versant des larmes.. — Maître. en y réfléchissant. aux genoux de Rodin. « Voilà au moins deux ans. fit Rodin. main. il l'en coiffa : « J'aurai à dessiner un jour un attribut pour ma République. c est quand l'artiste n'a pas autorisé. Elle se précipita. » Au milieu de l'atelier se dressait une statue entourée de linges. Et l'amateur qui veut avoir du vrai. Évocation. Il doit m'apporter l'objet.. la tête. que c'est sur un plâtre qu'on a moulé le creux qui a servi pour la fonte. le faux. Rodin défit les bandelettes et je vis apparaître une femme nue intacte. Une seule fois. tout de suite. — Oui 1. « L'admirable bronze! s'exclama Rodin. Or. » Et Rodin imposa à l'enfant une de ses mains. baronne. pour ces femmes nues. Maître. On n'ignore donc aucun des détails de ma vie d'artiste? Moi qui fuis tellement la réclame! On pense si.. Elle le tendit à Rodin : « Bénissez-le. les jambes. MOI. — Sans doute. ^ - . je profitai de la permission qui m'avait été si gracieusement octroyée. et votre cellule de l'Hôtel Biron? RODIN.. osai-je dire. Dans l'atelier. tête. Le Maître contemplait les débris qui jonchaient le sol : « Et maintenant... et le plâtre a l'inconvénient de mollir après qu'on a moulé dessus un certain nombre de fois. tifier. comment doit-il manœuvrer dans tout ça? RODIN. le vrai. je me suis trompé. L'Enlacement devait être exécuté en série pour l'Amérique.. là où il était vraiment impossible qu'on ne se trompât point. dès mon retour à Paris.... à la finesse du grain. c'est un bronze que j avais remis comme modèle. une main. il peut donc arriver qu'un faux soit plus beau qu'un vrai. Et.. avec. M. N'importe qui. il faudra trouver des titres pour tout ça! Heureusement que je pense facilement.. c'est un faux!. LE MONSIEUR. » A ce moment. — J'avais vu tout de suite que c'était un vrai. Voilà un groupe de femmes nues. La Musique. Je trouvai d'abord. Je rencontrai chez Rodin Mme de Thèbes.. RODIN (vivement Non. Camille Flammarion et la Loïe Fuller.

. pour un sculpteur.. sans se soucier d'un : « Veux-tu te taire. se levant brusquement de table : « Zut! j'vas encore rater les fourmis! » Et. aux enterrements.. m'expliqua comment tout ce « dépeçage » était. — Que l'Institut a beau vous faire risette. Oui. quelque chose de vous. à qui je rapportais le propos. — Ah ça! pourquoi ne veulent-ils donc pas que j'entre à l'Institut? Moi. — On dit que. le maître. bien au contraire. partout.. ils sont là toute une bande. je ne trouve rien. Un intime de Rodin. et voilà qu'on retrouve mon reçu. encore que n'ayant rien perdu en elles-mêmes de leur perfection de lignes et de formes. RODIN (violemment). Je vais examiner la statue par acquit de conscience. malgré tout votre génie. mais j'avais mis comme titre : L'Envolée!. » Je consulte ma Table des titres. vous aiment d'une amitié si jalouse. RODIN (bonhomme). Avec un cerveau toujours prêt à enfanter. dans les ministères. il arrive que les différentes parties d'une statuette ne sont plus d'ensemble après l'agrandissement. si j'étais de l'Institut? » Mais voilà que le petit Claude Renoir. — Eh bien! qu'ils m'aiment un peu moins...Moi. Claude? » de dire : « On a vu. vous ne dédaignez pas de manier en personne le marteau et le ciseau. Or. — Voyons ça.. pour perdre le moins possible de ses conceptions.. quand on a votre génie!. » j .. Maître. dans un magasin. je dépose une plainte. Le Chaos... » Un jour.. que d'attaquer luimême la pierre et le marbre! Moi. qu'est-ce qu'on dit encore? Moi.. à l'instar des anciens tailleurs de pierre! » Rodin passait sa main dans sa barbe : « Quel plus beau rêve. » c Mon génie! Quand on pense que. est contraint de lâcher les grandes machines pour s'exprimer en petites choses. mais qu'ils ne m'empêchent pas d'être consacré! C'est vrai cela.. — On dit aussi. RODIN. — Vos amis. en faux et en dommages-intérêts. j'entendais un sculpteur faisant allusion à toutes ces statues vendues par morceaux appeler son « confrère » : le « marchand d'abats ».. la preuve de la plus haute conscience artistique : « La main ne peut aller aussi vite que la pensée.. les mêmes qui voulaient accaparer mon Balza c : « Maître.. un Saint-Marceaux a le pas sur moi! Vous verrez un jour Bartholomé lui-même.. qu'on agrandit ensuite. Bref... Et est-ce que Clemenceau m'aurait fait recommencer quatorze fois son buste.

monsieur Rodin? RODIN. » RODIN. dans la chambre mortuaire de la princesse de Y. et c'est également à cet âge que j'ai fait mon premier modelage.. là. beaucoup! Mirbeau m'a parlé d'un chrysanthème d'un mordoré unique. — Aimez-vous les fleurs.. Mallarmé. Quelle chose difficile que la sculpture!. Mme Morisot. Michel-Ange s'était déjà révélé. — C'est comme Mallarmé! Un artiste dont le verbe était si précieux et que j'ai vu en admiration devant un bouquet de fleurs des champs! RENOIR.. Quand il disparaîtra. C'est un — sans attendre la réponse de Rodin. — A propos de Mallarmé. Mais Clot a un genre d'esprit que je n'aime pas. — A treize ans. je le laissai seul avec ma boîte à décorations. quoi d'étonnant que la sculpture fût quasi défunte quand je suis arrivé? RENOIR (à Rodin). les deux mains dans les poches : Rodin. un jour que celui-ci lui lisait un de ses poèmes : Écoutez.. Il y a des choses avec lesquelles on ne doit pas jouer. un œillet rarissime : il était noir comme l'encre et sentait très mauvais. Mme Renoir. qui. il passe encore son temps à suivre les fourmis!....... et se plantant devant Rodin. combien l'homme était exquis. pendant que Claude. — Oui. Si. il quitte sa place. fit Mallarmé. Mme RENOIR. gagnait la porte.. avait remplacé le buis. — J'ai fait ça avec Clot. continua Renoir. n'étaient pas de ma compréhension. chez la vicomtesse de Z. Mme RENOIR.. je n'écrirais pas autrement pour ma « cuisinière! » « Si certains poèmes de Mallarmé. il n'y a pas de fleurs rares. — Vollard m'a montré d'extraordinaires reproductions de vos aquarelles. RODIN. celui-là. A treize ans. il y a eu de grands peintres.. à côté du mimosa!. vous ne venez pas voir travailler les fourmis? « Monsieur dit petit fou. si vous écriviez une fois comme pour « — votre cuisinière? » « Mais. RODIN. Je dois vous dire d'ailleurs que mon mari a une préférence pour les fleurs communes. L'autre jour. mais le jardin est bien joli tout de même. et Mme . Quand je revins. dernièrement.. il se les accrochait sur la poitrine. — Ici. et j'ai admiré. on pourra dire que c'est fini de la lithographie... de tout temps. Les marguerites que vous voyez par la fenêtre.Renoir.

Qu'on me porte à l'atelier! Vollard va me préparer une feuille de papier sur une planche. quant à Rodin. Voilà qui va faire plaisir à Mme Renoir. le portrait était terminé. Renoir? » Tirant de son gousset une belle montre en or : « Il est deux heures moins cinq. » Je m'attardai un peu dans l'atelier. « Monsieur dit le valet de pied. « — Je l'envoie chaque fois au tableau écrire des mots à la craie. alors. au même moment. de voir le jardin. ce matin. qu'on aille prendre le café dans le jardin sous les rosiers. Je n'eus pas. —Un quart d'heure. — Oui. — Vite. je voulais voir comment Rodin prenait la pose.» Alors Rodin se tournant vers Mme Renoir. il devint aussi immobile que le Rodin du musée Grévin. A trois heures moins dix. « J'aurai le temps. Le chauffeur tournait sa manivelle sans pouvoir arriver à mettre le moteur en marche. Renoir posa sa sanguine et demanda une cigarette. et vous ne pouvez pas imaginer la volupté que j'éprouve à voir un noir s'exprimer en blanc. et mon secrétaire m'a prévenu. on frappait à la porte de l'atelier. une fois assis. à m'en aller. finalement. le maître devra attendre un petit quart d'heure. dit Mme Renoir. dit Renoir. J'aime tant la nature! » J'accompagnai Rodin jusqu'à l'auto. et un valet de pied parut sur le seuil : « La voiture de madamela comtesse attend monsieur le maître. qui entrait : « Si jamais je reviens dans le Midi. Je dispose encore de dix minutes! » Mais. mais mon portrait. RODIN. » — Je propose.d'une originalité! Je me rappelle la simplicité délicieuse avec laquelle il parlait d'un certain élève nègre au collège où il était professeur d'anglais. Renoir n'étant pas gêné de travailler devant quelqu'un. » j . je vous demanderai de faire le tour de votre jardin. dit Rodin. j'aurai le temps de voir le jardin. la voiture de la comtesse doit venir me chercher à trois heures précises. que je ne peux plus disposer d'une seule minute pendant tout le reste de mon séjour dans le Midi. dit Rodin.

J'ai. Moi. RODIN. » Moi.. organisez-vous votre travail. — On dit qu'en regardant fixement un objet brillant on obtient le sommeil. me dit : « Il faut faire comme les animaux. j'ai près de mon lit une boîte à musique que m'a donnée une de mes admiratrices new-yorkaises. c'est. — Je « pense » tout le temps avec la même facilité. ou déshabillé? RODIN. dans ma chambre à coucher. Moi.. et à part une petite sieste. Quand le sommeil ne vient pas. RODIN.. Moi. — Avez-vous le sommeil facile? RODIN. C'est mon médecin lui-même qui. — Très facile. il n'y a l'on voit tout le long du chemin de fer. Si je quittais seulement mon faux-col..Mais regardant ses souliers vernis. ce serait une invitation au farniente : or. RODIN. voyant ma chatte s'endormir après avoir bu son bol de lait. — Quand vous faites votre sieste. — Je ne me souviens pas d'avoir jamais lu de description de votre chambre à coucher? Voilà pourtant de quoi tenter la plume de nos plus grands reporters. Maître? commençai« Comment je par demander. — Je me laisse aller à l'inspiration! Moi... Sauf si je suis en gestation de pensées. en l'espèce. les mêmes fleurs que « Et puis.. un de mes Bourgeois de Calais.. est-ce habillé. RODIN. un artiste n'a pas de temps de reste. Votre lit? Ancien. — Après le déjeuner. et je ne tarde pas à m'endormir d'un sommeil d'enfant. — A quel moment votre cerveau est-il le plus créateur? A jeun? Est-ce que pendant la digestion?. art nouveau? -Mon lit est quelconque. Moi. un objet d'art. — Toujours complètement habillé.. car j'éprouve le besoin impérieux d'avoir un peu de beauté où reposer les yeux. je presse un bouton sur le couvercle.. il hocha la tête : rien de très curieux. — A quel moment de la journée? RODIN. . » Je profitai de la bonne fortune de ce tête-à-tête pour tâcher d'avoir quelques nouveaux « tuyaux » sur Rodin intime. Je craindrais une espèce d'acoquinement si je couchais dans un meuble ancien ou simplement de style. Moi. —Les Orientaux regardent leur nombril.

» Le chauffeur était enfin venu à bout de son moteur : dit le « Monsieur le maître peut monter quand il voudra ». Vous bien. Vacquerie. m'appelaient le Victor Hugo de la sculpture. Victor Hugo! Celui-là était entouré de vrais amis qui avaient le souci de la gloire du maître! « Les tours de Notre-Dame étaient l'H de son nom V « Il n'est aucun de tous ces gens. toujours à courir après moi. criant : « Hon« neurs. — Je ne vous ai pas demandé... Moi.. — Vous aimez la musique? RODIN. valet de pied de la comtesse. de quel nom vous aimeriez que la postérité vous appelât ? RODIN (avec la modestie si fréquente chez les grands hommes). eh bienl je défendis Wagner devant Saint-Saëns. D'où vient la haine féroce qu'il porte à son père nourricier? RODIN. moi? Moi.. mes œuvres. — Ah! Wagner 1.. qui aurait jamais trouvé quelque chose comme ça pour moi!. Moi... — Encore un i. . — Je rencontrai Dierx dans les derniers temps de sa vie : « Je suis bien content. M'avez-vous jamais entendu médire des Grecs. — Je ne connais pas la musique de Saint-Saëns. le dernier habitant de la planète. Léon Dierx me parlait.Moi. Il faut avoir le courage de ses opinions : l'autre jour. — Ce n'est pas à moi à donner là-dessus une directive. vole à travers l'espace. après trente ans. tous les journaux. — La gloire. un jour. pas connu voyez — la gloire. « se vendent assez pour me faire rentrer dans les frais d'impres« sion! » n'ont Ceux-là seuls qui RODIN.. — Seul. — Je parie que « votre» Dierx ne se vend pas? Moi. un perroquet. Dignités. Maitre. là-bas.. La gloire d'avoir son nom accolé pour l'éternité à Notre-Damel.. la Gloire! » RODIN (sévère). Dirai-je cependant qu'à ma dernière exposition à Buenos Aires. on parlait musique. d'un projet de poème : au refroidissement de la terre.. mais j'ai ouï dire qu'il doit beaucoup à Wagner. Vollard. un esprit vraiment original ne se retourne pas contre le maître dont il a tiré sa subsistance.. Moi (pendant que Rodin s'installait dans l'auto).

.. — J'ai toujours été un homme simple. » La voiture démarrait. avez-vous pris vos dispositions pour l'endroit où vous reposerez? RODIN. et surtout (ici la main à plat du maître fit le geste de décapiter quelque chose). Le visage du grand artiste s'encadra dans la portière : « Je n'ai pas peur du Diable. Ce ne serait pas la peine d'être les héritiers de la Révolution. pas de prêtres... Maître..mot. Un trou dans mon jardin. A défaut d'épitaphe. comme dit mon ami Frantz Jourdain. » . moi!.... les fils du xxe siècle.

J'aime les vieilles fresques si joyeuses. mais le tout est qu'une œuvre supporte cette patine. Il y a là toutes sortes de motifs de style ancien. C'est que la patine du temps n'est pas un vain mot. avec lesquels j'aimais rester et auxquels je découvrais toujours des qualités nouvelles. — Comme vous aimez les choses du temps passé! RENOIR. non. Aussi longtemps que j'ai eu des jambes. un album sur les genoux. j'aime le vieux. dans les . Moi. j'ai envie de fuir. et aucun. dans la peinture? RENOIR. — Le progrès en peinture. que j'ai acheté chez un marchand de la rue Bonaparte à Paris. RENOIR. moi. rien ne m'était plus agréable qu'une promenade à travers les salles du Louvre. L'art neuf me fatigue et. Ne peuvent la supporter que les œuvres remarquables. — Vous regardez la cheminée de mon atelier? N'est-ce pas que ce n'est pas trop « toc ». non plus. comme si j'appréhendais de recevoir des coups de pied et des coups de poing...... — Il est vrai que vous n'admettez pas qu'il y ait eu le moindre progrès. je ne connaissais pas de plaisir plus reposant. je retrouvai Renoir à l'atelier. quoique moderne? J'ai découvert ce modèle de cheminée dans cet album. certes. depuis les ornements les plus compliqués jusqu'à la moulure la plus ordinaire. les anciennes faïences. de vieux amis. les tapisseries patinées par le temps. — Il y a des gens qui aiment le neuf. Moi. Je retrouvais là. sur tous les murs.XXV LES ARTISTES DE JADIS APRÈS le départ de Rodin.. lorsque je vois au Luxembourg des statues trop blanches et trop mouvementées. je ne l'admets pas! Aucun progrès dans les idées.

si le tout. mais combien ce mélange est loin de donner la finesse du noir d'ivoire. non pas seulement par l'effet de leur vie simple et tranquille. Moi. c'est entendu. qui. mais comme facilement on aurait pu s'en passer! Ainsi. dans leurs succès comme dans leurs revers. Ils avaient conscience de leur faiblesse. en passant par Poussin. ils l'avaient en eux. ils associaient la divinité à leurs actes. et que nous ignorons tout de notre métier. je veux dire qu'elle ne s'est pas enrichie. Mais l'homme. — Quel doit être l'objet suprême de son effort? Cet objet doit être d'affirmer sans cesse et de perfectionner son métier. raisonnablement. C'est ainsi que leurs œuvres acquéraient cet aspect de douce sérénité qui leur donne ce charme profond et les rend immortelles.procédés. Corot et Cézanne. et l'homme ne compte pas. la palette des peintres d'aujourd'hui est restée la même que celle des peintres de Pompéi. métier est la base et la solidité de l'art. Au total. et. un jour. qui rend leurs productions si belles : c'est cette sérénité qui fait qu'on ne se lasse pas de les voir. Les anciens employaient les terres. et qui nous donne l'idée de l'œuvre éternelle. le noir d'ivoire. Dieu est toujours là. RENOIR. j'ai voulu. c'était Apollon ou Minerve. On a bien essayé d'ajouter quelques autres tons. que les anciens ont pu avoir cette matière merveilleuse et ces couleurs limpides. — Mais si le peintre ne peut. rêver une palette nouvelle. Chez les Grecs. eh bien! j'ai pataugé pendant dix ans. C'est parce qu'ils possédaient leur métier. ce qu'ils faisaient était plus solide.. mais ce qui est sûr. et. les ocres. en outre. dans l'art des anciens.dont nous cherchons vainement le secret. les peintres anciens pouvaient faire aussi bien qu'aujourd'hui (il faut être poli pour ses contemporains). il n'est pas « Mais. Cette sérénité.. c'est que nous ne savons plus dessiner une main. avec lesquels on peut tout faire. les peintres de l'époque de Giotto prenaient aussi un protecteur céleste. Il y a autre chose. Tenez. dans . nous avons tous du génie. je vous ai parlé de la grande trouvaille qu'on a cru faire en substituant le bleu et le rouge au noir. changer le jaune de ma palette. Aujourd'hui. mais encore grâce à leur foi religieuse. n'oblige pas le malheureux peintre à chercher midi à quatorze heures! Avec une palette restreinte. à coup sûr. J'ai bien peur que ce ne soient pas les théories nouvelles qui nous révèlent ce secret. mais ce n'est que par la tradition qu'on peut y arriver.

. Tout a été beau chez nous jusqu'à la fin du xvme siècle. qui le diminuait à ses yeux. — D'où vient cet arrêt brusque? Un ouvrier menuisier me l'a expliqué. mais. à la richesse de la France. l'autre jour : « Mon fils a attrapé la manière du « Salon d'Automne. une lutte à qui aurait le plus de goût et de fantaisie : les châteaux sortent du sol. d'abord. ces pâtes merveilleuses. cette toile de Rousseau! Vous rappelez-vous. quand ils trouvent dans une peinture des qualités de peintre... — heureusement pour eux. il a chassé le bonheur.. Ces œuvres qu'on aime toucher du doigt comme de beaux marbres. je fais les pieds de chaise. un jour. un autre fait les dos. un nu de femme?. sans le vouloir. par le marbre. par la terre. en voyant leurs — œuvres qui ont conservé tant de fraîcheur à travers les siècles. » . pour se faire une idée de la force de ces artistes. ce travail divin. et en chassant Dieu. ceux-là! « Le mal que les Salons peuvent faire. Il a chassé Dieu. et. c'est pas croyable! Vous avez entendu cette dame. Il y a eu. « « mais aucun de nous n'est capable de faire une chaise entière. pendant plusieurs siècles. les bronzes. jusque dans un verrou. « Monsieur. « Les peintres de ces époques si enviables avaient bien quelques défauts. de la fermeté du dessin dans les plus petits détails. Un qui doit les horripiler par-dessus tout. chacun veut coopérer.. depuis le château jusqu'à la plus humble chaumière. au beau milieu. jusque dans un bouton de porte! Ils ne travaillaient pas pour exposer au Salon. les tapisseries donnent l'idée d'un travail de fées. faisant face au chasseur. Il faut voir les albums du Musée du Trocadéro. le douanier Rousseau! Cette Scène des temps préhistoriques. les faïences. justement. — Comment l'artisan de jadis a-t-il pu disparaitre tout d'un coup? RENOIR. Mais. un chasseur vêtu d'un complet de la Belle Jardinière et portant un fusil. » Ce n'est pas vous. par la laine.. d'autres assemblent. Vollard. qui m'avez raconté qu'au Salon d'Automne. on avait refusé Matisse? C'est curieux comme ça repousse les gens. par le fer.. par le bois. me remplissent de joie. est-ce qu'on ne peut pas jouir d'une toile avec seulement des couleurs qui s'accordent? Est-il besoin qu'on comprenne le sujet? Et quel joli ton. devait refuser cette collaboration. en France. J e suis sûr qu'Ingres lui-même n'aurait pas détesté ça! Moi.. on ne leur trouve que des qualités. que vous dirai-je.son orgueil moderne.

mais qui germent quand même. sans idéal. il savait travailler le bois. Il cherchait sa forme.. le retour à la tradition? Il faut l'espé« Verrons-nous. qui sont comme des graines jetées dans un champ abandonné. le marbre. par surcroît. lui. Maillol. il est resté quelques peintres. mais le travail qui fait le bonheur. ses meubles. ni architectes. et cependant le bonheur ne peut revenir qu'avec le travail.Voilà tout le secret! Ne pouvant jouir de son œuvre. où vous n'entendez plus rire. Je me croyais transporté en Grèce. Enfin. la pierre.. sans aucune mise au point. Il est devenu l'homme de peine qui besogne uniquement pour « croûter ». n'est-ce pas que cela appelle un Maillol! C'est Jeanne Baudot qui me dit un jour : « Je vais vous faire connaître quelqu'un que vous aimerez. auprès de la fontaine ce massif de roses. » . rer. rien ne peut l'arrêter. ni menuisiers. Il était celui qui frappait le fer. ni fondeurs. un jour. je cherchais autour de moi des oliviers. c'était la première fois que je voyais ça. ni chanter. sans rien emprunter aux anciens.. qui faisait son vase. mais sans y croire beaucoup. nous n'avons plus ni céramistes. » Nous allons à Marly. l'ouvrier est tué par le progrès et la science! capable d'endiguer ce torrent qui nous « Où est la puissance submerge? Cette folie est la folie de tous. l'ouvrier a perdu le goût au travail.. Depuis qu'a passé ce vent de la Révolution qui a tout desséché. par-dessus tout. et nous trouvons Maillol travaillant dans son jardin à une statue. d'une masse d'idées étrangères à sa tâche et avec. Les autres s'imaginent se rapprocher de l'antique en le copiant. l'horreur de l'atelier. le travail lent de la main. ni sculpteurs. que le soleil entre dans l'atelier. « «Ouvrez donc la fenêtre. Par chance. la cervelle bourrée. est tellement leur enfant qu'à voir « venir » sa pierre. Vous voyez. Vollard...

où les chemins ne sont pas encombrés par les autos. il va dans une poussette. Pendant qu'il faisait le portrait de Mme de Galéa qui lui demanda une cinquantaine de séances. le Terrain Fayard avec ses néfliers du Japon. 1917). C'est que Renoir est encore plus « pris » à Cagnes qu'à Paris. le plaisir que j'ai avec cette toile. un jour qu'il travaillait à l'atelier par un temps exceptionnellement chaud « : Je paie cher. se plaît à dire Renoir. il se fait porter dans un fauteuil à bras. à la campagne. car il va sans dire que le modèle suit toujours avec la boîte à couleurs. disait-il. de flâner un peu. et qui le passionna à tel point qu'il le mena sans discontinuer jusqu'au bout. ses cerisiers. les oliviers tout en argent. lorsque le temps est beau. » C'est de ces flâneries que sont sorties tant d'extraordinaires notations de paysages. mon portrait était presque entièrement terminé « Encore une petite séance. je posai dans un costume de toréador (Essoyes. les carrés de mandariniers et d'orangers. sur la route ou au bord de la rivière. car. il aime sortir un peu. dominant les Collettes. A Essoyes. Cette fois.XXVI LES DERNIÈRES ANNÉES PEU de jours après la visite de Rodin. et. et j'aurai fini! » Mais il ne put m'accorder cette séance tout de suite. à Cagnes que sillonnent sans cesse les voitures. i. la vigne. . m'avait dit Renoir. « J'ai bien le droit maintenant. à travers sa propriété aux aspects si plaisants dans leur diversité : le champ de rosiers. Renoir fit encore un portrait de moi après celui-là.

. les collines environnantes avec leur atmosphère de si pénétrante douceur lui donnent une sensation de quiétude toujours renouvelée. je respire dit médecin le Renoir. C'était le médecin lui-même qui recommandait à Renoir d'être dehors le plus de temps possible. un jour qu j on avait projeté d'aller manger une bouillabaisse à Nice : dehors...Et puis maintenant que j'ai dépassé soixantequinze ans. tout de suite.. route suite de de pour son descendre et monter dans faisait Renoir côte. prêts soient pour « ne dès qu'il fut installé aux Collettes. les Parisiens des ils raidillon de n'est qu'il qu point s'ennuient pas deux sexes au C est dire que le temps tuer grimper à ».. Renoir retrouva sa fidèle clientèle de« raseurs » de Paris. qu'il fait le tour de la corniche. Et. et la de se bas au son disait-il. Et quand le médecin ordonne une chose qui lui plaît. oubliant la nécessité où ses rhumatismes aménagée spécialement maison dans vivre de mettaient une le chaque arrêter de chauffeur l'ordre s il donne au en « couveuse ». ». fait Bah! a « mieux que dedans. que.mais c'est si délicieux de se laisser aller à la volupté de peindre! » plus Et puis. » Mais une fois arrivés dans ce Midi si désiré. deux ici. fauteuil. il ne fit pas faire tout voiture prenait la Renoir Mme auto.. peindre. raseurs et. quand le temps se met au froid. mais ceux qui incommode. fois qu'on verrait : Villa à louer. Lorsirrésistible. m'installe pour je faut Il que « s'écria-t-il un jour qu'il était particulièrement grisé par le charme du paysage. .. je ne veux plus qu'on m'embête! Qu'on me porte dans la voiture! » Lorsque Renoir acheta les Collettes. peut-être C'est peu un « m'aiment pour moi-même feront bien un petit effort pour venir raidillon excellent en cet quant voir. les bronches que de respirer a nettoyer vaut Rien pour ne « l'air ». » mois. aux « me arrêtera quelques-uns. et qu'il ne peut automopromenades les Renoir à en il reste aller au paysage. C'est ainsi que la pluie tombant à verse. renforcée de maint élément nouveau. Renoir suit à la lettre la prescription.. disait-il à son malade. attrait lui surtout un Antibes sur exerce bile.

Je sais ce que c'est. lança à son tour une autre des voyageuses s'efforçant à plaire.. à son oreille. dans le jardin. Une des trois dames de Nice dit qu'elle avait à Paris un salon littéraire et artistique : « Si le maître voulait venir à un de mes jours... » Et comme Renoir hochait la tête : « Ce que vous devez vous embêter. une longue baguette à la main. — Mais. Renoir commençait à fermer les yeux (car une visite le fatigue plus qu'une séance de modèle). nous pouvons attendre un peu! » Et. .. il était accompagné d'une jeune femme. je vais pouvoir travailler dehors tout l'après-midi! — Pourvu que vous ne soyez pas dérangé! hasardai-je.. » Alors M. Z.. — Je cherche! » Et il finit par trouver.. j'organiserais une petite « causerie » sur la peinture en avant. dans le dos de Renoir. « Je tiens enfin ma statue! Avec cet admirable temps.. s'adressant à Renoir : « Maître.. à Oh! quant ça. vous ne manqueriez pas de quoi préparer vos couleurs avec toute cette eau qui nous est tombée du ciel pendant huit jours. Z. — Mais pourquoi tu restes sans rien dire. si vous faisiez de l'aquarelle au lieu de peindre à l'huile. lorsque le facteur apporta une lettre. : « La peinture. j'en fais! » : Quand tout le monde fut parti.. » Il n'avait pas terminé sa phrase qu'une automobile amenait trois dames inconnues. si le maître est occupé. dictant au praticien les volumes de sa Vénus victorieuse. Z. expliqua l'une d'elles.. Cette fois Renoir dut lâcher sa statue. nous a dit qu'à Cagnes il y avait à voir l'atelier de Renoir. — J'ai ma peinture. un gros marchand de grains.Je me rappelle ce jour où je voyais Renoir. Renoir tenait bon.. je voudrais bien voir que quelqu'un eût — le toupet.. assez haut pour que j'entendisse. toi? fit la compagne de M.. les trois voyageuses se communiquaient leurs impressions sur la Vénus. dans ce trou! RENOIR. car. quand arriva une autre visite M.. sous le gros tilleul. « Le portier du Palace de Nice.

.. un peu indifférent.. Ses filles sont en train de me tricoter une couverture.. » Soudain le visage de Renoir s'assombrit : « Ce n'est pas moi qu'on aime. » Et avec une grande tristesse dans la voix : « Je suis « arrivé » comme aucun peintre de son vivant.. puis tout à coup : « Voilà un ami. tant de gens à qui ma situation doit paraître enviable. M.. il va jusqu'à s'inquiéter si l'on a retrouvé le chien de Jean!. Y.. les honneurs me tombent de partout.Renoir la lisait.. les artistes me font des compliments sur ce que je fais. c'est ma peinture. me rappelle des tableaux qu'il désire.... Et je ne puis pas me payer un ami! » ..

mais on n'a pas trouvé de crayon. il s'est senti assez mal. Nous ne pouvions supposer une telle issue. Son délire a augmenté. mais sans conviction. s'est éteint bien doucement. Il disait bien de temps en temps : « Je suis foutu ». Mon père s'est agité jusqu'à minuit mais n'a pas souffert un instant. Le médecin constata une congestionpulmonaire. il s'est couché à sept heures après avoir fumé tranquillement une cigarette. Il ne s'est sûrement pas douté qu'il allait mourir. mais ne s'est pas alité constamment. Les derniers jours du mois dernier. nous extrayons ces quelques lignes : Mon père venait d'avoir une broncho-pneumonie qui avait duré quinze jours. Nous en avons été très étonnés et sommes passés d'une confiance relative à la plus grande appréhension. il s'est tranquillisé et. à deux heures. Les deux derniers jours. subitement. Le mardi. A minuit. A huit heures. Les soins constants l'irritaient un peu et il ne cessait de s'en moquer. il s'est mis subitement à délirer légèrement. Durand-Ruel. il semblait remis et avait repris son travail quand. Il voulait dessiner un modèle de vase. et il l'avait dit bien plus souvent il y a trois ans. Le médecin est venu.APPENDICE RENOIR mourut à Cagnes le 17 décembre 1919. D'une lettre adressée par un de ses fils à M. . il a gardé la chambre. plutôt moins grave que celle de l'année dernière. le Ier décembre.

quelque ragot d'office ou déformant. les gens qui n'ont qu'un esprit de colporteur prennent le détail n'importe où et n'importe quand. de ce que doit être le véritable artiste. et de façon à ne plus l'oublier. à la fois timide et obstiné. qu'à désapprendre toutes les théories d'écoles. — Juillet-septembre 1917 (MARGUILLIER) : Son livre (le Cézanne de Vollard). entre deux marchandages ou deux surenchères. Vollard) recueillant. un jugement ou une boutade d'artiste. la dignité et la culture mêmes (ce peintre qui lisait Virgile et Apulée dans le texte.QUELQUES OPINIONS DE LA CRITIQUE SUR LE CÉZANNE ET LE RENOIR D'AMBROISE VOLLARD A LEUR APPARITION' 1 SUR LE CÉZANNE 31 mai 1919 (LÉON WERTH) : Un marchand — de tableaux (M. Ils lui passent une épingle à travers le ventre et le fixent brutalement. Quand ils veulent être précis. sous ce rapport.. — 9 mars 1919 : Cézanne qui était la politesse. Aux ÉCOUTES. chef-d'œuvre de narration vivante. parce qu'il n'en saisit ni l'esprit ni le sentiment. et. que les plus abstraites définitions. . . d'une humilité si touchante en face de la nature. JOURNAL DU PEUPLE. les coupures de presse n'ayant pas été recueillies. Ils ne lui donnent pas sa nuance et sa vie. par-dessus tout. I. ne songeant vis-à-vis d'elle. Note de l'auteur. — L'essai sur Degas qui fait partie du présent ouvrage ne comporte pas de Revue de la Critique. Nous sommes gênés. assaisonnée d'anecdotes contées avec l'humour le plus savoureux. Ils sont aussi morts que les plus vagues formules. la figure sympathique du vieux peintre.. GAZETTE DES BEAUX-ARTS. Nous ne saisissons pas leur lien au personnage... nous ne savons pas si nous lisons l'enquête d'un reporter ou le ragot d'un larbin. campe sous nos yeux dans toute sa vérité. le type idéal. d'une sensibilité si prompte à s'effaroucher. respectueux et tremblant. Le plus souvent les détails ainsi fixés semblent avoir été volés.

J'y ai trouvé un portrait de Zola qui m'a expliqué bien des choses et que cet homme d'un talent indiscutable était. comme un maniaque atrabilaire et mal embouché. VOLLARD. cela vaudra mieux. Ce qui me peine. — IER août 1915 (GUSTAVE KAHN) : LA GERBE DE NANTES. Des anecdotes plus ou moins drôles ou maladroites et c'est tout. Si un roquet lève la patte sur Notre-Dame. Monsieur. — Septembre 1919 (BENVENUTO) : Lisez le Coq et l'Arlequin.. LETTRE A M. des propos supérieurs). les réalistes ne sont-ils pas tous des primaires ? LETTRE A ".tenait sur son art. ni dans l'un. est très vivant et aussi Emile Zola dans le chapitre que vous lui consacrez. J. avec un vif intérêt.. Il (M. Vollard présente l'auteur de Mes Haines (Zola) comme un doux gâteux débitant toutes les âneries possibles sur la peinture. rien sur l'art de Cézanne. au cours de ces souvenirs.. — (M.. non. — 27 mai 1915 (PÉLADAN) : Je vous remercie. — 1921 (5e n°) (GEORGE BESSON) : . Il a considéré son modèle avec des yeux très clairs. M. Vollard) écrivit un livre pour faire conclure que le peintre d'Aix était un gâteux. ROSNY aîné. — 31 mai 1914 (M. Que M. c'est de voir le Bonnet Rouge accepter de pareilles bourdes et les présenter à ses lecteurs. au fond. si j'ose dire. Notre-Dame n'en est pas salie. cela n'a aucune importance. Vous seriez un peu volé. LETTRE AU BONNET ROUGE. délicieux d'ingénuité. Les luttes sont fidèlement retracées.. agissant. un imbécile. LES CAHIERS D'AUJOURD'HUI.. J'AI VU. cent fois mieux. que d'acheter le petit Cézanne (et même le grand) de M.L'exclusivisme intellectuel de Cézanne apparaît dans ces pages où M. Vollard s'élève très souvent de Werdet à Eckermann. vous chercheriez en vain le poisson.. Je l'ai lu.-H. un humour délicieux et bien personnel (le chapitre « Cézanne et Zola » atteint presque au chef-d'œuvre). On emporte de la lecture du livre l'impression assez pénible d'un primaire grossier qui aurait eu à peu près la mentalité du douanier Rousseau. Au reste. — 22 juin 1915 (PIERRE MILLE) : L'homme (Cézanne) apparaît. LE TEMPS. MERCURE DE FRANCE.15 mars 1919 (JEAN PELLERIN): Le Maître d'Aix est là vivant. FRANTZ JOURDAIN) : (A propos du même chapitre « Cézanne et Zola » contenu dans le livre sur Cézanne).. avec ses rares familiers. de l'envoi de votre ouvrage.. VOLLARD. ni dans l'autre. Quand vous auriez mangé la sauce. votre héros (Cézanne). est représenté par son ami et obligé marchand. ce qui est intéressant vis-à-vis d'un homme entouré de légende. de l'Académie Goncourt) : Vous avez reçu le don de l'observation et de la finesse. . Une observation narquoise et tendre. Vollard.

.. Cézanne est un miracle. (à propos de ce que M. L'ART DÉCORATIF. il ressemble à Courbet pour la rusticité. elles échappent à tout jugement.... Il faut avoir du métier pour s'en servir. elles sont cliniques. j'étais à Munich pour entendre une dernière fois Wagner. — IER novembre 1919 : lissant.Bruxelles.. pour finir une bonne fin. Vollard avait rapporté du choix de certains sujets de tableaux de Cézanne). mais le Franc-Comtois était un maître ouvrier et votre héros ne savait pas son métier..Je ne cache pas mon antipathie franche au livre de M... Vous avez dessiné cet homme vénérable dans sa candeur et dans la magnifique science qu'il s'est peu à peu tirée de la moelle et du sang.... et avec des compliments pour votre façon aiguë.. SuARÈs) LETTRE A M. mais quelle tristesse se dégage de ces pages! Comme Cézanne est apitoyant! Don Quichotte de la peinture. et non pour y être asservi. à la manière de légendes adorables qu'il faut lire avec une tendresse pieuse et recueillie!... cher Monsieur Vollard : l'individu aura toujours le dernier mot. Monsieur. de peindre.. même si on les enferme... et même n'est pas incomplet qui feint de l'être...Votre texte fort curieux sera une contribution (style boche) à la psychiatrie esthétique.. . Bienheureuse maladresse de Cézanne! Heureux péché qui a sauvé la peinture! On l'a traité de fou et de malade..La grossièreté du plat Cézanne... et parmi les Sécessionnistesj'ai vu une centaine d'élèves de votre Cézanne qui copiaient son Impuissance : et les amateurs munichois se figuraient que c'était là l'art français de demain.. En mai 1913.... L'individu seul a du prix. Encore merci. — 3 avril 1919 (CHARLES OULMONT) :. Je le trouve quant à moi aviL'ART LIBRE. comme tout ce qui compte dans la poésie et dans l'art.. Il y a des gens qui font les fous et qui ne perdront jamais la tête.. Par instants.... Sa figure (vous l'avez rendue dans tout son éclat d'honnêteté et d'infortune) n'a aucun rapport avec l'amateur farceur que fut Manet. Quant aux images. lui (Vollard) qui écrit sa vie (de Cézanne) avec la piété simple et farouche de ces his- toriens du moyen âge... .. LE RHÔNE..... Il faut aller à l'école pour en sortir. Soyez tranquille. contant l'existence des héros ainsi que celle des saints. Cézanne a horreur de l'école et du métier appris. âme d'artiste admirable trahie par une main ignare..... — (ANDRÉ : On voit vivre Cézanne dans votre livre.. Janvier 1914 (CAMILLE MAUCLAIR cité par FER— NAND ROCHES) : . N'est pas fou qui veut. VOLLARD. avec un tel amour pour ce métier. Vollard. Et vous l'aurez avec Cézanne : on ne vous séparera plus de lui. Voilà comment on finit par être soimême : il faut d'ailleurs commencer par là.. Quel bel éloge! .. Lyon..

— 8 janvier 1921 (RENÉ-JEAN) : . là. on dirait qu'il varie avec son interlocuteur. devant le motif. Cézanne tourne résolument le dos aux décadences. En un mot.M. de toute cette violence. . Cézanne discourt avec élégance. GUILLAUME ApOLLINAIRE) : LA VACHE ENRAGÉE.. lyrisme.. son panache et son mépris. On ne l'a pas compris parce qu'il ne faisait aucune démarche pour se faire comprendre. facilité. Que l'on ne se méprenne donc pas sur le livre que M. à notre époque servile.. — 5 juin 1917 : On placera cet ouvrage dans les bibliothèques à côté des Conversations de Gœthe avec Eckermann. — 30 juin 1914 (M. il ne vit.. soient-elles mondaines.M.. Le mot de Cambronne était le sien vis-à-vis de l'Ennemi. il est l'Artiste. Elle est en rapports directs avec celui qui la recueille. dans la campagne..LE MERCURE DE FRANCE. Que l'on compare cet entretien avec ceux qu'a publiés M. haine de tout le convenu des sociétés amoindries où dominent l'opinion et l'honneur des postes. Haine des calculs auxquels force la vie. COMŒDIA. Et c'est la juste récompense de son livre.Le trait dominant du caractère de Cézanne. Joachim Gasquet narre un entretien qu'il eut avec l'artiste. Bruxelles. Etre tout entier à l'art. il ne pense... soient-elles picturales. LA GAZETTE DE LAUSANNE.. — jer juin 1915 (M. Le peintre n'est plus le même. Il montre le stoïque Cézanne. Les peintres à venir écouteront avec attention la voix du maître d'Aix transmise par Vollard dont l'intelligence et la pénétration sont au-dessus de tout éloge. Sa pensée rayonne ici. l'argent et le vernis bourgeois. qu'il se plaisait même à être incompris.. nous a prouvé qu'il n'a ni vu ni compris le maître. PARIS-JOURNAL. presque tout le genre humain. de l'essence de son art. C'est le type définitif de l'indépendant et du chercheur d'absolu. il ne soupire que par elle et pour elle. d'après son récent biographe (M. Paul Cézanne incarne tout cela. c'est l'inconscience et la puérilité. tel fut le prodigieux exemple qu'il nous donna. haine des préjugés. en déroulant la vie de Cézanne ou plutôt les intimes détails qu'il en connut. ÉMILE BERNARD) De toute cette grossièreté rabelaisienne. crachant sur son siècle et condamnant d'un mot comme d'une œuvre la lâcheté décadente de ceux qui ont perdu dans la mollesse le sens simple et fort des choses... avec son franc-parler.Un Cézanne véridique plus émouvant que les Cézanne décrits sur le mode lyrique ou forcené. — Août 1921 : . son absolutisme. et l'Ennemi c'était. L'ART LIBRE. péniblement se fait jour. haine des places. Ambroise Vollard. le méprisant moine de la peinture... Vollard). Vollard vient de publier.. — jer novembre 1919 : . renoncer à tout le reste. il est un moine enfermé dans le cloître de la peinture . haine du sens pratique. de tout cet absolu sort surtout une leçon singulièrement impressionnante : celle d'un stoïcisme unique et voulu.. : . Vollard.

Ce n'est pas seulement sa vie d'enfant c'est toute sa vie d'homme et de grand artiste que nous raconte le peintre Renoir dans le volume que vient de publier M.. Vous avez su reproduire fidèlement dans votre étude sur mon père intime quelques-uns des contrastes de bonhomie et d'ironie qui caractérisent le mieux la nature subtile et enthousiaste de votre modèle.. Renoir n'est ni un théoricien ni un pédant. vive.. Nous y avons un Renoir peint par lui-même. Il y a des mots qui ont été dans la bouche de Renoir.. il est plein de bon sens et de clairvoyance sur lui-même et sur autrui. Sorte d'autobiographie parlée.. II SUR LE RENOIR L'ART LIBRE... parler Renoir.. je vous en prie.. Il n'y manque rien que le sens et l'exacte relation de ces mots à d'autres mots. vous faites un livre sur moi.. — Mais Renoir lui-même ne disait-il pas : mais. Le voici au « naturel » dans le livre si amusant et si vivant de M...... très curieuse et très vivante...... — 2 jUillet 1921 : .. Bruxelles.... — Vollard. la parole de Renoir telle que l'a transcrite M. La simplicité un peu égale du style que vous avez employé me semble préférable à celui dont use un lyrisme vagabond... a-t-il prémédité ce divorce qu'il opère entre le créateur et l'ami.. Vollard...... et. Vollard s'estil dit que l'œuvre de Renoir parlait suffisamment à tous ceux qui savent regarder et sentir pour le dispenser d'orienter son livre vers elle? Peutêtre. en couleurs vives et claires. IER avril 1919... LE JOURNAL DU PEUPLE.. ... Mais... Si bien que Renoir apparaît dans son livre comme un vieillard quinteux qui rassemblerait en une esthétique générale les opinions d'un Pécuchet sans idéal........ reconnaît bien dans le texte de M.. Ambroise Vollard telles paroles qu'a pu prononcer Renoir.. afin d'introduire le lecteur dans l'intimité de Renoir... — 30 août 1921 (LÉON WERTH) : . Tout ce que vous voudrez. Mon cher Vollard.... ne fût-ce qu'une fois.. Note de l'Auteur. M.. Vollard est simple...... . LE FIGARO.. franche. a-t-il voulu lui faire suivre le chemin qu'il avait suivi lui-même?. — 10 octobre 1921 (HENRI DE RÉGNIER) : I. .. pas un mot sur ma peinture...LETTRE DE PAUL CÉZANNE FILS à l'auteur.Quiconque a entendu. ...Peut-être. Je serais moi-même bien en peine de l'expliquer..... Ambroise Vollard.. nette. si je devais préciser d'un mot le sentiment qu'on ressent devant une telle idée et un tel résultat...... je dirais qu'ils font subir une déception1.

j'incrimine sa façon de concevoir un ouvrage sur Renoir. D. A quoi bon nous instruire de ce que pensait le peintre d'une femme.M. L'ÈRE NOUVELLE.. lecteur. Remercions-en aussi son encadreur. même sur un art où il peut y avoir matière à enseignement précieux. — 2 juillet 1921 : . Quel homme! Quelle tête bien en place! Que de jugements finesse dans sa bonhomie. que « proche de sa mort. Vollard de n'avoir paS1 écrit. — 24 août 1921 (J. et je crois même que beaucoup de nos contemporains se soucieront peu de connaître ces détails de vie intime. de son côté. bien sympathique. ma foi. ses opinions.. Mais ce n est pas le Renoir que la postérité honorera. sculpture. a transformé en jugements catégoriques des boutades ou des blagues de Renoir. ne mérite-t-il pas d'être lu.. Il continue :) Mais dites.. 2 juillet 1921 : . rouvert? L ART LIBRE. dans un sens aussi lointain que possible de la critique d'art scientifique. Ambroise Vollard..— I5 jUillet 1921 (ORION) (EUGÈNE MARSAN):Les . médité. féli- cite M. restera dans la mémoire des hommes comme Xénophon pour Socrate. .Cette monographie est en réalité l'histoire d'une époque. Ambroise Vollard. doivent-ils être livrés au décousu de boutades. influencées par la disposition du moment. 23 août 1921 (JEAN BOUCHOT) : — . — 8 octobre 1921 : H. L'ÈRE NOUVELLE. Bruxelles. M. plus expert aux ruses des transactions qu'aux nuances de la sensibilité..L'auteur — (M. (Ici Orion cite certainspassages du livre.) : ..Il (le livre de Vollard) — « campe » un Renoir inattendu et.Je n'en veux livre pas au de M...Un pareil ouvrage est indispensable à tous ceux qui s'intéressent à la peinture. comme Mirbeau écrivait à propos de Cézanne... de saillies d'atelier. d un événement. — 23 juin 1921 (J. d'un livre? Les jugements.. On comprendra mieux la peinture de Renoir quand on connaîtra sa façon de travailler. biographe averti de notre époque. L'ART LIBRE. caressé. . PAUL-BoNCOUR) Les Nécroptfes.. que « Renoir a peint comme s'il portait sur ses épaules tout le poids de la terre ». comme Eckermann pour Goethe. le livre dont on peut extraire presque au petit bonheur ce qui précède. quand on sera au courant de ses durs débuts. 30 août 1921 (LÉON WERTH) : . de Renoir..comme il aimait peindre.. Vollard. tout ce qui est art au sens le plus vaste du verbe : belles-lettres. peinture.. MARTINI.. L'ACTION FRANÇAISE. Bruxelles. et c'est le Renoir d'Ambroise Vollard. LA VACHE ENRAGÉE.. LE JOURNAL DU PEUPLE. il semble peindre comme dieu penserait un ». Vollard) plus accoutumé à discuter du tarif des œuvres qu'à méditer sur leurs qualités. l'heure du jour et l'état de la digestion? LE JOURNAL DE PÉKIN (Chine).

Jean Gigoux.. Il ne semble pas non plus qu'il ait voulu suivre ses intérêts ou ses rancunes d'office..Le Renoir d'Ambroise Vollard est un livre en la compagnie duquel on ne s'ennuie pas un seul instant. — 2 juillet 1921 : M. mais d'une franchise qui réconforte nos âmes si lasses d'écouter incessamment grincer le bluff des morbidesses. Ils montrent comment le grand homme apparut à son valet de chambre. est étudié et le tout peut assez bien rappeler ce livre que publiait. il le prouve dans son livre sur Renoir. Nous y entendons sa parole si peu théoricienne. et surtout raconter. se présente sous l'aspect du confident habituel et de l'ami d'élection. Et c'est bien cela qui frappe beaucoup de lecteurs du Cézanne et de ce nouveau livre : on n'y sent pas l'admiration d'un homme pour un artiste. réellement subjugué. Ces réflexions banales me furent suggérées par la lecture du livre que M. J'ai parcouru ce livre. Biographie. Mais si le valet de chambre transforme les rôles.. qui peut être considéré comme un chef-d'œuvre de biographie. Le narrateur s'efface devant le modèle. L'auteur ne s'y montre pas traitant avec son maître les plus hauts problèmes de l'esthétique universelle. une parole cordiale. L'ART LIBRE.. la vie est enclose. pendant tout ce temps. un peu vive parfois. selon l'image classique d'un beau fleuve charriant mollement des détails qu'il faut savoir retenir. Vollard a très bien connu Renoir et pendant de longues années. lui-même peintre délicat : Histoire des artistes de mon temps. — 30 août 1921 (LÉON WERTH) : Le valet de chambre de Guy de Maupassant publia ses mémoires. ..musique. Ambroise Vollard sait voir les hommes et les choses . non. — 15 juillet 1921 (PIERRE MAC ORLAN) : M.. et des impuis- sances contemporaines. Marcel Schwob écrivit des pages merveilleusement intelligentes sur l'art du biographe. Dans les pages de ce volume. M. LA PETITE GIRONDE. LA FRANCE ACTIVE. Ambroise Vollard. des inconsciences. — (L'IMAGIER) : . Ambroise Vollard a consacré à Renoir. Vollard eût inspiré au maître des lignes élogieuses. LE JOURNAL DU PEUPLE. De tels livres peuvent ne pas manquer d'un certain intérêt. cette transposition nous donne un réel malaise. Aussi bien ce n'est pas le moins du monde un ouvrage biographique et quiconque voudra se renseigner sur le curriculum vitae de l'illustre impressionniste devra chercher ailleurs que dans ces trois cents pages d'anecdotes. pour un des plus grands peintres de tous les temps. mais étonnante pièce de marionnettes. Ce livre. voici trente ou quarante ans. Je ne suis pas très certain que le génie de son ami l'ait une seule fois.. malicieux et sensible. L'ŒuvRE.. lucide.. sa personnalité n'intervient que pour maintenir l'atmosphère familière des heures écoulées. critique.. A. Bruxelles. gravure. — Décembre 1921 : Le grand Renoir se reflète bien nettement dans le volume de M. coule dans la vie elle-même.

il s'étonnerait plutôt. le Renoii que j'ai connu... — 26 juin 1921 (HENRIETTE CHARASSON) : .Le seul tort de M. Car avec une modestie rare l'auteur s'est effacé devant le modèle. font de ces pages de Vollard un régal. ouvert pour la rêverie courante. L'ÈRE NOUVELLE. LETTRE DU FILS AÎNÉ DE L'ARTISTE A M.. de dépouiller son intimité comme d'autres les cadavres!. Bruxelles.. PAUL-BONCOUR) : Les Nécrophages..Et le charme opère. je pense... — — Hélas ! Quelle rage ont donc les gens. la malice discrète... . tout entier. LE RAPPEL. AMBROISE VOLLARD au sujet du livre sur son père : . LE JOURNAL DU PEUPLE. Renoir n'était pas seulement un grand peintre. consulté tantôt comme une Bible. 24 août 1921 (J.. que je ne le lui reproche pas. — 30 août 1921 (LÉON WERTH) : .juillet 1921 (PAUL LOMBARD) : .Savoir écouter de cette façon. agir.Ce livre (le Renoir de Vollard) est un événement. avait réfléchi sur la vie.. — 2 juillet 1921 : . Remercions son « témoin » d'avoir si bien su l'observer et l'entendre. savoir ainsi retracer et rendre est d'un art très rare... — 21 L'ART LIBRE. pour l'ensemble.... c'était un homme plein de bon sens et d'une forte et saine intelligence et qui. Il mérite d'être fréquenté longtemps.... — 16 juin 1921 (SÉVERINE) : A propos du livre de Vollard sur Renoir : . réfléchissant sur son art. il n'eut pas la vertu de lui livrer la nuance et la signification de ses propos..Vous connaissiez mon impression d'après les nombreux chapitres que vous m'aviez montrés et cette impression s'est conservée. Ambroise Vollard est de n'avoir pas compris que si son carnet de chèques lui permit d'emporter quelques travaux hors la maison d'un Renoir. L'HOMME LIBRE.Monsieur Vollard ne s'offusquera pas si je lui reproche d'être un bavard. pour ses phrases bien frappées et dont la courbe enveloppe un monde de sensations... LE JOURNAL DU PEUPLE. tantôt comme un Code pour ses appréciations sans prix. (Signé : PIERRE RENOIR). La bonhomie. assidûment. tons de roseraie en mai. Je retrouve là. C'est affaire de ses héritiers et non la mienne. toute la floraison de Renoir couleur d'aurore. le laisse parler. sitôt mort un grand homme. excellente. le choix adroit et fin des anecdotes.

11. 82. 159. par PUGET. 24. 49. 66. Lycée d'Aix. ACTÉON. par RENOIR. 252. 91. 27. par CÉZANNE. 13. périodique. 300. ANDRÉ (ELLEN). Avignon. 38. ANNER (D'). 55. par BAUDELAIRE. 68. éditeur. Art Décoratif (L' périodique. 20. 27. APOLLON. par CÉZANNE. 69. 277. 38. Atelier de modistes. Arabes à ânes. par FANTIN-LATOUR. ALEXIS (PAUL). 10. 175. 86. 299. 53. « « Amis du Louvre » (Les). Art Français (L '). 200. 84. Français » (Société des). 16. 57. 46. 135. 280. Arc. 178. 56. Arabe à dos de chameau. mère de CÉzanne. rivière. 186. 92. « 134- Athalie. ALCANTER DE BRAHM. 51. Salon. par RACINE. 11. 25. ALEXANDRE (ARSÈNE). 15. par RUBENS. 23. 23. 26. 301. Art Libre (L'). 48. par CÉZANNE. 155. Art et les Artistes (V). 19. 13. 52. périodique. 298. Alger. 173. 55. Antibes. 28. Aurore (L'). 90. Amis du Luxembourg » (Société des). 78. . Auvers. 47. Art poétique (L'). 278. 299. 10. voir CÉZANNE (Mme). Argenteuil. 45. Cours (Le). 9. 88. 90. Achille Emperaire. périodique. 24. 302. 47. ANTHONY (La mère). 67. Angélus (L'). 55. 15. 55. 84. ADAM (JULIETTE). 289. 206. Avon. 236. 60. 293. par DEGAS. 54. 12. 300. 232. 300. 81. 267. 233. 304. 75. Procope (Café). 93. 160. 69. Art et Décoration. 63. 10. 10. Collège Bourbon. Auvers. 303. Art romantique (V). Amour. APULÉE. 156. Apothéose de Delacroix (L'). 16. 173. 39. II. sculpteurs et graveurs » (Société anonyme des). ALCAN. par RENOIR. 186. 89. par MICHEL-ANGE. 86. périodique. Atelier aux Batignolles (Un). Faculté de Droit. 54. 276. AUBERT (ÉLISABETH). 70. 174. voir « Artistes ). 302. APOLLINAIRE (GUILLAUME). Saint-Joseph (Pensionnat). 93. ASSELIN (HENRY). 17. Action Française (L'). 21. Assomption. 198. 200. 18. 76. Après-midi à Naples (Un). 178. ASTRUC.221. 193. 297. 93. par BOILEAU. périodique. périodique. Aix-en-Provence.INDEX ALPHABÉTIQUE Abbeville. par MILLET. Athènes. Musée municipal. Artistes peintres. 170. Art International (L'). 27. par ZOLA. 114. 25. Saint-Sauveur (Église). Asnières. Assommoir (L'). par CÉZANNE. 43.

aquarelle par CÉZANNE. 39. BENOIT XV. BERNHEIM (JOSSE). par CÉZANNE. BINET (VICTOR). 146. 10. 147. 39. BERNHARDT (SARAH). 31. BONNIÈRES (Mme DE). BASILE. 87. 89. 35. BOSSUET. Galerie nationale. 185. BOLDINI. Beaulieu. 125. 32. Bouquet de roses. Belle Hélène (La). 32. BOUGUEREAU. 83. 282. 35. 222. 23. BAILLE (BAPTISTIN). 60. 194. 193. 129. 120. (La). BARTHOLOMÉ. Baigneuses. par PousSIN. périodique. 200. BARNES (Fondation). 59. BELLIO (DE). 181. 180. par RENOIR. 282. BALZAC. 277. Bergers d'Arcadie (Les). 90. par RENOIR. 23. BARRAIL (Général DU). 275. BERARD. 69. Bennecourt.13. 23. 168. 225. 217. par RENOIR. 153. 20. 49. BOISARD. 184. BESNARD (ALBERT). 26. 32. Baigneurs. . Balançoire (La). par par CÉZANNE. Bois de Boulogne avec des patineurs et des promeneurs. BLANC (CHARLES). BOULANGÈRE Bouquet de fleurs. 245. 237. 205. 181. 20. BERNARD. 278. 40. Baigneuses. 53. BACON. BONNAT. 154. 29. BOUCHER. 216. 260. BONNIÈRES (ROBERT DE). Baigneuses. Baigneuse devant la tente. 83. 217.11. 172. 125. 280. 49. 88. BARBEY D'AUREVILLY. 37. 89. portrait par INGRES. 199. 18. 94.246. 43. 16. 1 66. 130. 266. 207. 115. 36. BOURGET (PAUL). 130. 229. 262. jardinier de RENOIR. 223. 78. 87. BAZILLE. 33. 169. 298. 90. BETTEX (DE). Berlin. 235. BOUDIN. 83. par CÉZANNE. 54. par RENOIR. 220. BERGERAT. 169. 264. 277. 69. Bourbon (Ile). Baigneurs au repos. 51. 200. Bonnières. 298. 263. BOUCHOT (JEAN). Baigneuses. 161. 251. 106. 34. 83. 221. 277. 49. 79. par FRAGONARD. 217. 64. 185. 81. 180. 298. 32. BONNINGTON. 291. BERGSON (HENRI). 266. 185. 37. 246. 150. Bonjour. BAUDOT (JEANNE). Bourgeois de Calais (Les). BAUDELAIRE. 302. Musée.BABIN. Barbe-Bleue. Bertin. 264. BERNSTEIN. 37. 257. 72. critique. 219. par CÉZANNE. BERLIOZ. 234. 204. 300. 206. 204. 278. 139. par RODIN. surnom d'une bonne de Renoir. CÉZANNE. 233. Bananiers. 154. 146. 180. par CÉZANNE. BERNHEIM JEUNE. 12. 154. BONHEUR (ROSA). 21. 216. 47. 186. 19. 277. 144. Bergère. 151. 83. 27.. BAUDRY. 205. 39. 89. étude par CÉZANNE. par CÉZANNE. 28. 94. par COURBET. 236. BENEDICT. Bord de Seine. BERNARD (ÉMILE). par Ro- DIN. Bords de la Marne (Les). BEETHOVEN. Monsieur Courbet. 234. 199. BAPTISTIN. BENVENUTO. 92. 285. 199. BESSON (GEORGE). Balzac. BOILEAU. 35. Bonnet Rouge (Le). BIBESCO (Prince). Bayreuth. 91. par RENOIR. Bordeaux. 172.

70. 86. 15. 69. 46. 46. 84. 140. 198. 58.mère du peintre. 3°3. 9. 299. 55. 264. 297. 129. 14. 289. BRACQUEMOND. 88. 186. Cavaliers. père du peintre. 155. 52. 274. 88. imprimeur. Cavalier. BRUN. 71. 114. 268. 91. 28. (La). 83. Canotiers. 270. 70. 262. 92. 67. musicien. par RENOIR. 220. 27. 48. 23. 197. 294. 42. Buisson ardent (Le). voir FONTE- Bruxelles. 9. 55. 299. Cène (La). CARO-DELVAILLE (HENRI). Cahiers d'Aujourd'hui (Les). 223. 44. 94. 65. Cagnes. 300. 26. CENNINI (CENNINO). 107. 204. CAROLUS-DURAN. BRANDON. 257. 64. 262. Carcassonne. BOUYER. par DETAILLE. 81. 10. 29. CABANEL. 161. 296. 261. 25. par COROT. 30. 19. CABASSOL. 238. 187. 33. 271. 114. par RENOUARD. I59> 184. par RENOIR. 57. 47. 39. 26. périodique. CARPACCIO. 190. 17. 115. 77. 13. 257. 200. 38. 241. 3003 302. Brodeuses. Broussailles. 264. 90. Cannes. 15. CABANER. 237. 196. 39> 40. Celle Saint-Cloud (La). 88. 155. 12. 244. 10. 12. 187. 197. BRUNEAU. 83. 50. 172. 63. 84. 141. 297. 101. 18. CHALLEMEL-LACOUR. 43. 64. 28. 31. Chailly. BRAUN. 24. 181. 22. Camérier du pape. 113. 60. 37. 172. 50. 300. Cathédrale de Chartres (La). 93. BRAQUAVAL (Mlle LOUISE). 182. 234. 56. 201. 260. 292. 35. 28. Certains. CARRIÈRE (EUGÈNE). 68. 258. CÉZANNE (MARIE). 66. 87. 54. 53. 286. Champrosay. 210. 20. Bulletin de l'Art ancien et moderne. Cézanne (Paul). 156. 37> 38. 107. CAMONDO (ISAAC DE). 216. par NICOLAS FROMENT. pé- riodique. 300. 69. 22. CAMBRONNE. 34. 32. Cardinaux. 211. 44. par CLAUDE LORRAIN. 9. 303. 207. 84. 57. 39. 39. 54. 154) 173. CÉZANNE (PAUL). 21. 30. 44. 142. 183. CAILLEBOTTE. CÉZANNE (LOUIS-AUGUSTE). 240. CADART. BRUTUS (CHARLES). 45. 155. Cesena. 22. 29. Buenos Aires. 75. 86. CHAMPSAUR (FÉLICIEN). CASSATT (MARY). 32. 184. 159. 92. 193. Cannet (Le). 77. 185. 82. 31. 73. CALS. 242. par VIBERT. 74. banquier. 37. BURTY. 301. 206. 185. 134. 79. par RENOIR. 112. 62. 10. 153. 59. 179. 11. 298. 34> 35> 36. 89. 41. BRIAND (ARISTIDE). 48. 155. 85. par VÉRONÈSE. 9. 302. Briançon. 76. 27. I54> I55. CARPEAUX. 298. BRUYAS. 301. 299. Chanson des Gueux RICHEPIN. 61. 80. 135.Bouvier. 159.162. soeur du peintre. CÉZANNE Cl\'Ime). BRAQUAVAL. par AMBROISE VOLLARD. par HUYSMANS. 91. 194. 125. par RENOIR. 78. 226. Cabaret de la mère Anthony (Le). 15. CHABRIER. 115. ami de MANET. 258. 259. CÉZANNE (PAUL) fils. 43. par JEAN . 72. 49. NELLE. 304. 15. 155. 51. 15. 263. 83. par RENOIR. 261. 16. 241. 223. 85. 68. 28. 189. 32. 298. 192.

par HERVIEU. par CÉZANNE. 33. propriété de RENOIR. périodique. CHASSÉRIAU. Corbeille de Pommes (La). . par VERMEER. Collettes (Les). Chartres (Cathédrale de). 48. par ÉMILE ZOLA. 184. CLADEL. 183. CHICOT. Clairon (Le). 192. COROT. COPPÉE (FRANÇOIS). 1 42. 162. personnage de ZOLA. 282. 214. 195. 204. CHÉRET (JULES). 292. 142. 215. COLIN (GUSTAVE). Chroniqueur Mondain (Le). 130. 185. Cirque. CHAUCHARD. 242. 89. 1 78. par MANET. CURIACES (LES). 178. 20. CLAPISSON (Mme). 210. CORNEILLE. Christ aux Anges. 238. CHÉRAMY. 147. 192. Course du Flambeau (La). 63. ckaumière à Auvers-sur-Oise. CORMON (FERNAND). 71. par CÉZANNE. Dame aux Camélias (La). Coq et l'Arlequin (Le). 205. par ALEXANDRE DUMAS fils. 225. FRANCE. 230. 115. 226. périodique. 196. par RENOIR. Chaville. périodique. 220. CLEMENCEAU. 101.163. voir QUOST. 19. 118. CHARASSON (HENRIETTE). 193. par RODIN. Croix (La).86. Cyrano de Bergerac. 193. 150. par RENOIR. 250. 129. 90. 241. 257. 152. 216. Concert champêtre. COUTURE. 122. 232. 50. par GUSTAVE GEFFROY. 63. 124. 160. 68. 198. 143. 194. CLÉMENTEL. périodique. 222. am de DEGAS. CHARPENTIER. CHARPENTIER (MME). 231. 275. 89. 86. 280. 195. 167. COROT de la Fleur. 161. COUPERIN. 266. Comœdia. 211. Contes à Ninon. 88. Dame de Monsoreau (La). 293. par GIORGIONE. 299. COUPEAU. 50. 206. 184. 119. Cloche (La). 193. 142. 298. 50. par BOURGET. CHAVANNES (PUVIS DE). 264. par CAROLUS-DURAN. d'A. 156. CHARDIN. 214. CHARLES (ÉTIENNE). CHEVREUL. Charogne (La). 28. 142. par CONSTABLE. périodique. lithographe. 36. 192. Cœur et l'Esprit (Le). 67. 183. 58. COCHIN (DENYS). 83. 67.47. 283. 203. 39. COIGNET. 173. 255. 174. 300. par CÉZANNE. 31. 129. 184. 161. 23. 30. 155. 256. 236. 32. par DELACROIX.187. 238. 128. Dame au gant. 257. COURBET (GUSTAVE). 193. 47. 46. Chaumière dans les arbres (La). 67. 161. 72. CHAPUIS.Chaos (Le). 119. CHRIST (LE). CHOCQUET. 34. 35. CLOT. 194. 35. 226. personnage. 109. 263. par CÉZANNE. 142. 184. MARCEL PRÉVOST. 232. 197. 94. par ALEXANDRE DUMAS. 57. par EDMOND ROSTAND.174. 91. 233. 289. COQUELIN. Confession d'un Amant (La). 31. 88. Courtisane (La). 173. Cruelle Énigme. 92. 282. Christ au Tombeau. 73. périodique. Critique (La). CHOCQUET (Mme). 87. COCHIN (AUGUSTIN). Coin de village. par BAUDELAIRE.188. personnage D'ALEXANDRE DUMAS.173. CONSTANT (BENJAMIN). CRAINQUEBILLE. 304. I99. 197. 199. 94. 239. 163. 87. 25. Chasseresse. CHIALIVA. 276. 42. rentoileur. 22.

périodique. 71. DUMONT (HENRI). Déjeuner. périodique. 99. 168. 100. Envolée (L'). périodique. par PAUL BOURGET. DURET (THÉODORE). 188. 173. 214. 126. 182. 113. 161. 28. DORIA (Comte). 110. 99. ÉCORCHEVILLE. 125. DUPRÉ (JULES). 29. 300. 185. DELACROIX. par PAUL ALEXIS. David. 215. 84. 117. DEMONT-BRETON. 143. Enlacement. 83. Écho de Paris (L'). par RODIN. 186. 54. par WATTEAU. 102. 297. Enfant Jésus. 122. 216. 157. DAVID (LOUIS). par REMBRANDT. 77. 174. 131» Ï32» i33> !34> 135. par Embarquement pour Cythère. 50. Éclair (L'). 107. 87. 72. 255. 162. 88. par RENOIR. 176. 123. 190. 83. 162. DELAROCHE. 72. 31. périodique. DESGOFFE (BLAISE). Débâcle (La). par RODIN. par DEGAS. EPHRUSSI. 118. 124. DUMAS (ALEXANDRE) fils. III. Danseuse à la robe de tulle. ECKERMANN. Diane par CARPEAUX. 88. 195. par CH. 189. 282. 180. 298. DUBUFE. DOUAY (Général). 63. 19. 187. 105. DETHOMAS (MAXIME). 276. 143. par RIBERA. 178. 89. 198. Degas. 146. Encyclopédie Contemporaine. 176. 106. 281. DAUDET (LES). 296. 119. DARRAS. 107. Écoutes (Aux). M. par MERCIÉ. 112. 297. directeur d'une Revue musicale. périodique. par RENOIR. 205. 203. 255. 124. Danse par DIAZ. 246. 23. siècle (Le). au (La). 33. 22. Enlèvement (L'). 161. 194. 104. 207. 190. 89. par COURBET. 236. 262. 130. 119. Émile Zola. 178. 39. DURANTY. 192. MORICE. 26. 183. 250. EDWARDS (MME). 90. par CÉZANNE. 71. Épinal. 76. 89.par COURBET. Enterrementd'Ornans (L') . par ZOLA. 142. 257. 275. 226. par DE. périodique. 62. DREYFUS. Déjeuner sur l'herbe (Le). DURAND-RUEL. par DEGAS. 127. 163. 102. 131» Ï35» H1» 151» *54> I62. 88. 110. Danseuses. capitaine. DUJARDIN-BEAUMETZ. 47. 196. 286. 47. 209. 67. 57. DEBAT-PONSAN. 122. 1 34. 180. Deuxième Amour. 101. 238. par CÉZANNE. Descente de Croix. DAUMIER. 22. 185. Enquête sur les tendances actuelles des arts plastiques. DORIVAL. 28. pério- dique. 39. 89. 129. 277. 172. Débats (Les). chien de MIRBEAU. 173» 174. 109. 223. 176. 262. 263. XIXe GAS. 68. DEUDON. DIERX (LÉON). 183. Dresde. 103. 215. 189. 92. 172. Danseuse. 130. 235. 146. DETAILLE. 116. 261. 258. Demoiselles de la Seine (Les). 153. 184. . 182. 129. 228. DRUMONT. acteur. Deux Courtisanes (Les). 176. 108. DAUBIGNY. 302. 121. 156. Dépêche (La). 150. 126.103. CLAUDE LORRAIN. 175.DINGO. 115. 201. Danseuse. par AMBROISE VOLLARD. 103. 136. 206. 129. 79. DESJARDINS (ABEL). Embarquement de Sainte Ursule. 120. par CARPACCIO. DUMAS (ALEXANDRE). Notes d'un ami. 114. 134.BOUCHER. 112. DAUDET (ALPHONSE). bain. 187. 181. DEGAS (EDGAR). DONATELLO. 180. 152. 214. 75. 127.

227. par CÉZANNE. par RENOIR. FANTIN-LATOUR. FORAIN (JEAN-Loup). 93. par MAUPASSANT. Fontaine des Innocents. par CÉZANNE.-M. par RENOIR. 116. Essoyes. 240. 82. 23. 227. 145. 92. FORAIN (MME). 23. 113. par RENOIR. Exposition Universelle de 1867. 92. 89. Femme assise avec un enfant sur les geLAIRE. 207. par VÉLASQUEZ. 82. 226. par RENOIR. Estaque (L'). 195. Femme qui a le doigt sur la bouche. Exécution de Maximilien. 184. 202. 89. 38. Feu (Le). 50. 142. Figaro (Le). 304. par HENNER. de 1900. Femmes d'Alger. 93. périodique. 227. 115. Espana. nègre. FERRY (R. 22. 181. FORAIN. par JEAN GOUJON. 292. 302. par DELACROIX. 244. 89. 12. FAGUS. de 1878. FAIVRE (ABEL). 172. 77. 188. 179. 192. Fête de la Patronne (La). par 276. de 1889. Fabiola. 196. FANTIN-LATOUR. par RENOIR. 107. 240. Figues. fils du peinFemme avec des fleurs à son corsage. 106. par LA FONTAINE. 206. 1 78. Félix Bouchor. Femme au Perroquet (La). Fontainebleau. Femmes au bain. Femme au tub. 27. 39. par tre. par REM- BRANDT. BET. par DEGAS. Femme en bleu. Femme mordant son petit doigt. 22. par RENOIR. 118. Femme à la tasse de chocolat. 188. par REFleurs du Mal (Les). Femme au Poulet. par CÉZANNE. par RENOIR. 166. par RENOIR. 127. par CÉZANNE. par RENOIR. 241. Femmes d'Alger. Fileuses (Les). par CÉZANNE. 18.par CÉZANNE. Femme au Cygne. Exposition Universelle de SaintLouis. 36. 126. 153. par CÉZANNE. par CÉZANNE. 251. par BAUDENOIR. 170. 41. 20.). 22I. Festin (Le). 278. noux. 269.39. FIRMIN. 203. Finette (La). Estaque (L'). 207. 25. 152. Fiancée Juive (La). Ferme. Fantasia. par BARTHOLOMÉ. périodique. Esmeralda. 173. 200. 178. 87. 30I. Étude de nus. 90. 35. 107. 43. Femme nue. 94. 176. 207. par CÉZANNE. 23. Femme à la Puce (La). par REMBRANDT. Florence. Fleurs. FALGUIÈRE. Femme du Menuisier GUY DE (La). Fédération artistique belge. par COROT. 103.34. 182. 273. FASQUELLE. 222. Étude de Baigneuses. 47. périodique. 160. Fleurs. Femme de Paul (La). 125. par WATTEAU. 57. FLAUBERT. 239. 125. périodique. Famille Henriot (La). 281. 186. 46. Famille (La). par CHABRIER. FLAMMARION (CAMILLE). 103. par MANET. Famille Royale (La). 59. par CÉZANNE. Événement (L'). par RENOIR. Femme et les Enfants de Monet (La). 21. FERRIER (GABRIEL). RENOIR. . Fables. périodique. 25. 51. 164. aquarelle par DELACROIX. 39. métayer. 63. 23. 83.Ère Nouvelle (L'). par GOYA. 39. par COURFONTENELLE. par DEGAS. 1 78. par RENOIR. 134. 19. 116. Femme au chapelet. 198. Fillette en tablier bleu. par REMBRANDT.

FRANÇOIS IER. 133. 28. empereur d'Allemagne. 201. par RAPHAËL. 168. 35. 223. 220. 93. 93. 86. périodique. par RUBENS. 275. GIGOUX (JEAN). 101. 166. 20. 17. 67. 275. 244. 86. 77. 36. GLEYRE. GASQUET (JOACHIM). 83. 228. Harem (Le). 149. par RENOIR. périodique. 165. 162. GAUTIER (THÉOPHILE). 69. GOYA. 205. 195. GUILLEMET. 144. 165. par EMILE ZOLA. François Iei. 194. 54. 162. 207. 112. 215. par CÉZANNE. 73. par RENOIR. professeur de peinture CÉZANNE. Gaulois (Le). FOURNAISE. Gazette des Beaux-Arts. 302. 164. 297. FRANCE (ANATOLE). restaurateur. 166. Francfort (Musée de). périodique. HAZARD. GŒTHE. 298. GROUX (HENRY DE). 93. 196. 113. GOUJON (JEAN). fondeur. 300. 195. GRÉTRY. GONCOURT (EDMOND DE). 44. 234. 229. 43. 20. GABRIELLE. 250. 197. 167. FROMENTIN. FULLER (LOIE). 132. GÉRICAULT. 222. Havre (Le). 280. 139. 300. GUILLEMOT. 34» 68. périodique. 27. 222. 231. 219. GOUNOD. 298. 187. Gerbe de fleurs. par INGRES. 29. périodique. 151. 281. 247. 147. Gerbe de Nantes (La). 39. FOUQUIER (MARCEL). 91. 79. Francesca di Rimini. 68. 89. 278. HAAN (DE). 146. 219. par MADELEINE LEMAIRE. 275. 192. 13. 150. 196. 303. 151. GILBERT. 242. 39. 14. GALLIMARD. GÉROME. 229. GUILLAUME. 14. 79. 183. 92. FRAGONARD. 243. 262. GLOANNEC. 145. 229. 134. 22.Forêt de Chantilly (La). par CÉZANNE. par RENOIR. GREUZE. de Gil Blas (Le). 39. 83. 143. 216. 216. 271. 35. 269. HÉBRARD. 202. 185. périodique. 245. 300. GUITRY (SACHA). bonne et modèle de RENOIR. Grand Pin (Le). 199. 229. GONCOURT (Académie). Gazette de Lausanne (La). par CÉZANNE. 193. portrait. GAUGUIN. Grenouillère (La). par CÉZANNE. 237. FOURCAUD. 142. 86. 199. périodique. 201. 30. Guernesey. HENNER. Gondole. FREY (MME). 25. GAMBETTA. 153. 87. 50. Fournaise (Le père). par RENOIR. GUILLAUMIN. GIORGIONE. 50. 113. GALEA (MME DE). GERMANICUS. 235. 94. 150. 273. 192. 227. 181. 200. 39. 164. GAUTIEZ (Dr HENRI). FRANC-LAMY. Héliodore chassé du Temple. 253. Hélène Fourment et ses enfants. 17. HAMM (HENRI). 175. France Active (La). 303. 49. Gazette de l'Hôtel Drouot. GRECO (LE). Grand Canal (Le). 175. GERVEX. 26. GEFFROY (GUSTAVE). . 202. 24. 251. 181. GACHET (Dr). 39. Fortune des Rougon (La). 31. 248. aubergiste à Pont- Aven. 18. 203. 69. 292. 269. Gérardmer. Grog au vin (Le). GRANIER (JEANNE). 249. Gardanne.

40. 155. 174. 211. HORUS. 89. Oc- Labourage Nivernais. . par RENOIR. Infante Marguerite (L'). 236. Jugement de Pâris. 117. 142. « 215. 29. 38. 258.). 217. 64. 275. périodique. 297. JONGKIND. 258. JUPITER. barbier de RODIN. 229. 83. 50. 49. 177. JONKOFSKY. 298. 144. propriété de CÉZANNE. 274. HOBBEMA. HERVIEU. 119. 259. HUGO (VICTOR). périodique. HULOT (Baron). Journal de Pékin (Le). 86. 303. périodique. Joueurs de cartes (Les). 278. 71. Journal de AJonaco (Le). personnage de FLAUBERT. 112. 39Jeune homme se promenant dans la forét de Fontainebleau. 77. 208. par RENOIR. 26. 230. 258. suivi de ses chiens. par RODIN. 301. 178. 86. 70. 155. 124. 259. 90. 140. périodique. 50. 59. HORACES (LES). 195Homme au chapeau de paille (U). 204. des Supplices (Le). 17. 40. 304. par CÉZANNE. 24. 174. 287. 132. Journal du Peuple (Le). Jérusalem. par HOMÈRE. JOURDAIN (FRANTZ). 60. périodique. 201.-K. JOYANT. 187. Jugement de Pâris. 113. HOMAIS. Impression. 259. 150. JULES. Iliade (U). 286. 199. HUYSMANS (J. Jas de Bouffan (Le). ». Homme Libre (L'). par RENOIR. 298. par JEAN GIGOUX. par VÉLASQUEZ. 150. Joconde (La). 173. « Impressionnisme Impressionnistes ». 162. 262. 213. périodique. 303. Journal des Artistes (Le). 102. par SACHA GUITRY. périodique. 57. 17. 39. 173. 280. 76. 217. 210. Histoire des artistes de mon temps. J'ai vu. périodique. Illustration (L'). 126.212.HENRI II. JULIA. 118. 290. 23. périodique. 80. 156. 304. Jambes Jardin de femme. par CÉZANNE. 150. 195. aubergiste. 186. 223. par RENOIR. INGRES (DOMINIQUE). 43. MANET. 178. 35. par Jas de Bouffan. par TAVE MIRBEAU. 214. 29. de Rouen (Le). Jeunefille à la Poupée. 202. 25. 89. Intransigeant (L'). 90. 279. 194. 226. 28. par CLAUDE MONET. III. 32. Jeune Daudet dans le jardin (Le). 255. revue d'art moderne. 115. 175. 177. périodique. 216. par GLEYRE. KAULBACH. 112. 91. par LÉONARD DE VINCI. par CÉZANNE. Jour et la Nuit (Le). 232. II. personnage de BALZAC. Illusionniste (L'). Homme qui marche (L'J. 44. 92. Journal (Le). 276. 20. 214. KAHN (GUSTAVE). Journal 302. 251. par CÉZANNE. périodique. par ROSA BONHEUR. 174. 185. 176. 302. 220. par CÉZANNE. Jeunes gens nus au bain. 263. 298. 28. 103. Illusions perdues (Les). 241. 210. HOLBEIN. Journal des Arts (Le).

112. 187. Lettres de jeunesse. marchand de couleurs. Madame Rivière. par ÉMILE ZOLA. 225. 212. 221. 159. 162. LEMAIRE (MADELEINE). LESTRINGUÈS. 226. 45. 171. LEPIC (Comte). encadreur. Lutte (La). 92. marchand de soieries. par RENOIR. LE SAY. 109. 225. MACHIN (Le père). 101. LESTRANGE. 200. Lettres à Françoise. 157. 183. Louis XV. LEGROS. 122. LAUTREC. 204. 112. Madame Charpentier et ses enfants. 226. par INGRES. Lansquenet. 227. 246. 144. 244. 28. 12. 103. 84. 175. Madame de Senones. 18. et MME). LASCOUX. 184. Madame Cordey. 155. Lyon. 86. 120. 185. 87. LAUTH. LA TOUR. Madame Daudet. Limoges. 229. périodique. LANCELOT. 251. Leçon d'anatomie. LECŒUR. par CÉZANNE. pastel par RENOIR. 273. 304. 28. 233. 176. 243. 188. 89. 245. par RENOIR. par MANET. 88. LAPORTE. LÉZIN. 156. 269. LOUISON. 160. 70. 15. 247. par GERVEX. par VÉLASQUEZ. 23. 178. 259. 225. 243. préfet de police. 126. MAC ORLAN (PIERRE). 254. par INGRES. 183. portrait par INGRES. par MANET. 44Légende des Siècles (La). 188. Lille.LA FONTAINE. LAMARTINE. 1 98. 267. LATOUCHE. Leblanc. 90. 206. par RENOIR. par RENOIR. 245. Léda au Cygne (La). 275. LOMBARD (PAUL). Liberté (La). Londres. LEHIDEUX. 274. 128. MACHIN 252. banquier. 196. par CÉZANNE. 278. LOUIS-PHILIPPE. 146. 220. par VICTOR HuGo. Louis XIV. 155. par ROYBET. 275Madame Manet au piano. (La mère). par MARCEL PRÉVOST. bonne de RENOIR. par GUSTAVE FLAUBERT. 142. LANCRET. ami de RENOIR. 154. 201. LAWRENCE. 142. LORRAIN (CLAUDE). Lise. 39. LAMBERT. 60. peintre. National Gallery. 156. 267. 39. par CÉZANNE. 90. 299. 201. Madame Cézanne au chapeau vert. Madame Bovary. LEWIS-BROWN. LANTIER (CLAUDE). 226. 226. LAMBERT. personnage de l' Œuvre par ÉMLE ZOLA. périodique. 177. modèle de RENOIR. 126. Lavoir. 259. LÉPINE. II. 39. périodique. Loge (La). figure du jeu de cartes. LAMI (EUGÈNE). LECOMTE DU NOUY. 150. 245. 203. LE BAIL. 161. Lanterne (La). 141. 139. 118. par RENOIR. LEGOUPIL (M. 127. juge d'instruction. 58. 195. 29. 160. Lances (Les). 247. LECOMTE (GEORGES). 39. Linge (Le). 87. LE SENNE. 303. LÉPINE. Libre Parole (La). Louis XVI. ami de Renoir. 266. 121. 209. MADELEINE. modèle de Renoir. LA TOUCHE. Louveciennes. LOUISE (La Grande). peintre. . 39. Léman (Lac). LAROUSSE. 266. LUCRÈCE. 159. LAURENT (ERNEST).

Y» dans les Mademoiselle Samary. 140. 181. 223. 226. MANET (EDOUARD). Mecque (La). 170. 20. voir CÉZANNE (MARIE). 89. 94. MARY. MARION. 25. 211. 90. 49. voir CHOCQUET (Mme). Magasin Pittoresque. 207.303. 25. 145. 118. par INGRES. 196. MARTINI (H. Mercure de France. 159. MAILLOL (ARISTIDE). MARGUILLIER. 178. 177. MATISSE (HENRI). Mes Haines. MAUPASSANT (GUY DE). personnage BALZAC. 129. 120. Olympia (La). 169. Magagnosc. 211. 188. 229. MAILLOBERT. 11. 300. 77. 187. MARTIN (Le père). 178. 181. i6o. 20. 263. 44. 290. par STENDHAL. 'Mademoiselle Manet avec son chat bras. 81. périodique. 203. par CÉZANNE. 37. 297. MARIE. par CÉZANNE. 298. 84. 299. 259. 231. par COROT. 21 0. 171. Maison abandonnée (La). ex-roi de Serbie._DICIS (JULIEN DE). 223. Marlotte. 139. 46. Maximilien. 119. 261. 170. MIRBEAU (OCTAVE). 220. MALLARMÉ (STÉPHANE). périodique. 175. 289. 302. 83. 83. MARSAN (EUGÈNE). Marseillaise (La). 227. 27. 299MANET (MME). MILLE (PIERRE). 176. Mère des Gracques (La). 264. 216. 186. 39. 241. M. 187. MICHEL-ANGE. 215. périodique. . 62. 222. par BOUGUEREAU. 76. 205. 175. Manet et Mme Manet. I53. Mémoires d'un Touriste. 212. 82. 33. Marseille. par GONCOURT. 175. inspecteur des Beaux-Arts. 302. 93. par ZOLA. par DEGAS. 298. par SAINTSAENS. modèle de RENOIR. MARIE. MERCIÉ. 262. hymne. Milan. 283. Martyre de Saint Symphorien (Le). 186. Maisons de la ville de Volterre. I54. MARNEFFE (MME). MEYERBEER. MINARTZ (ToNY). camarade de CÉZANNE. 291. 25. 260. MAITRE. Marly. MARGUERY. 161. 131. 221. MEISSONIER. Modèles dans un atelier. par RENOIR. 125. par RENOIR. 26. 151- Matin (Le). 125. MILLET. Madrid. 91. Mater dolorosa. 93. MARGUERITE. modèle de RENOIR.Mademoiselle Fleury. 71. par SEURAT. MARY (JULES). 283. 55. 78. Manette Salomon. 88. 132. 221. 144. 302. par CÉZANNE. Marche funèbre écrite en l'honneur d'Henri Regnault. MAUCLAIR (CAMILLE). 174. 266. 18. 171. 264. par MANET. périodique. 204. 201. 102. tableau supposé. MARX (ROGER). MILAN. par RENOIR.). 22. 74. 28. 162. 219. 83. 214. Maison du Pendu (La). 163. 198. 291. 193. 281. 265. MARIE. Meudon. 204. de Marseillaise (La). Moissonneurs (Les). Moderne . 283. 91. 22. 103. 91. voir Exécution de Maxitnilien. 202. 164. 187. 275. personnage de DuRANTY. MARIE-ANTOINETTE. 248. bonne anglaise. 211. MINERVE. 298. 90. par CÉZANNE.

servante. 192. 183. 150. 204. 278. 169. 18. . 294. Palerme. 153. par BOSSUET. Roux. 271. 79. New York Herald. Oraisons funèbres. 129. 201. 151. 181. Monde Illustré (Le). 185. MOREAU-NÉLATON. tableau 175. 207. 184. par PAUL VÉRONÈSE. Montauban. 283. Mon Jardin. OUVRÉ. 79. 55. 274. MURGER. par INGRES. Nice. MUSSET (ALFRED DE). par DE GROUX. 127. 74. 68. par RENOIR. Noces de Cana (Les).NATTIER. Mouton. NINI. (Mme). 81. par ZOLA. 260. 174. 23. 195. 127. MONET (CLAUDE). par MANET. par CÉZANNE. 262. 277. 299. voir art. 198. 223. Montmartre. 178. 275. fusain par DEGAS. MORICE (CHARLES). NICOLLE. 167. par LE TITIEN. Paris. 183. par RENOIR. périodique. par INGRES. 228. Nabuchodonosor. 302. 26. Pain et les œufs (Le). 91. par PIERRE LOTI. 299. Mort aux Vaches. 232. 17. Monet peignant des dahlias. par LES GONCOURT. NAPOLÉON III. 173. 159. 186. Nus. 205. Nu. 78. Napoléon assis sur son trône. MOREAU (GUSTAVE). par RENOIR. NATANSON. 192. 203. 142. MONOD (FRANÇOIS). 155. 196. par RENOIR. périodique. par RENOIR. 214. MOUNET-SULLY. 203. 261. par LAPORTE. Page (Le). NORVAL. supposé Nantes. 37. 201. 257. Palais des Doges (Le). Nu. 83. 259. 156. II. OULMONT (CHARLES). 142. par RENOIR. 159. 47. 227. 165. 223. 209. 228. 88. 113. 270. 28. 123. 28. 224. 82. Orientale. 48. 210. 27. 28. 44. modèle de RENOIR. 91. 128. . 126. NOISY (Le père). Nana. surintendant des Beaux-Arts. 303. 130. 273. par M. NADAR. 194Œuvre de François Boucher (L'). 176.MOLIÈRE. par CÉZANNE. 83. NAPOLÉON. Nus. OLLER. 280. par RENOIR. 87. par CÉZANNE. Nymphe chasseresse. 251. ORION. 215. 161. par CÉZANNE. MOTTEZ. 129. Ombre et la Proie (L'). 29. Nature morte. 274. 25. 30. 26. 22. NITTIS (DE). 173. MORISOT (BERTHE). NIEUWERKERKE (DE). Œuvre (L'). 30. 140. 47. 214. Nouvelle-Orléans (La). 181. 89. 115. 20. Nana. 271. par COUTURE. 223. par RENOIR. Munich. 59. NANA. PAPILLON (MME). 123. 232. Olympia. 88. 273. Œuvre (L'). Mon Frère Ives. 128. 46. 221. 207. 87. périodique. 90. OLIVIER-MERSON (Luc). par RENOIR. 75. 28. NOISY OEdipe et le Sphinx. Mosquées. par ÉMILE ZOLA. 18. 182. par CÉZANNE. 293. 21. Orgie romaine (L'). Moulin de la Galette (Le). 93. 18. 231. 91. Pinacothèque. Naples. Nus.

périodique. 230. 298. par CÉZANNE. 81. 236. 35. Petit Dauphinois (Le). 304. 57. Trocadéro. 290. 240. 203. habitation de RENOIR. 190. Hôtel de Ville. 25. 223. 136. 92. périodique. 281. Pèlerin (Le). 182. 198. 115. périodique. Paysages. 76. 241. 139. 184. 258. 286. 293. 15. 302. 258. 187. 17. 180. 28. 50. 258. 32. 86. 123. 186. 38. 300. 259. Petite Infante (La). 67. Saint-Paul (Église). Grévin (Musée). 153. 228. Peints par eux-mêmes. Guerbois (Café). 154. 271. Tuileries. École des Mines. 272. 199. 273. 25. Pertuiset.145. 222.118. 81. 182. 66. 169. 23. 90. 23. Paysage. 12. par PUVIS DE CHAVANNES. 114. 288. 157. par VÉLASQUEZ Ig3. 26. 223. Pauvre Pêcheur (Le). 187. 106.144. par VERMEER. Peintre dans son atelier (Le). 30. 288. 112. 202. 239. par CÉZANNE. PELLETAN. 60.Paris. 280. 198. 90. 26. 269. Nouvelle Athènes (Taverne de la). 57. Parsifal. Cabinet des Estampes. Petite Gironde (La). Chambre des Députés. 226. 204. 139. Petit Journal (Le). 90. 214. 63. Pâté en croûte. 223. . 186. 227. 144. 223. 259. Château des Brouillards. 56. Belle Jardinière. 59. 235. 87. École Militaire. 37. I93> 210. par WAGNER. périodique. 14. 16g. Académie française. 171. Paris-Journal. 252. 139. *57. 236. Carrousel. 24. 226. 16 . 167. portrait par MANET. Folies Bergère. 64. 186. Bois de Boulogne. 201. 70. 12. Montmartre. par DURANTY. 119. 16 . 165. 87. 229. 33. 38.86. périodique. par RENOIR. Beaux-Arts (École des). 145. Monceau (Parc). domestique et modèle de CÉZANNE. PAULIN. 251. 206. 186. 18. 263. 13. 301. Batignolles (Les). 38> 48> 53. 222. 220. 270. 172. par CÉZANNE. 163. 151. 37. 25. 200. Riche (Café). PETIT (GEORGES). 192. 182. 16. 183. 58.). Moulin de la Galette. 88. 281. I42. SaintLouis (Lycée). 151. 79. par RENOIR. 36. 263. cercle. 260. 217. 303. 61. 227. Samaritaine (Magasins de la). 32. 38. 94. 82. 84. 223. 284. Hôtel Drouot. tableau supposé. voir ce mot. 191. PAUL-BONCOUR (J. 21 . 144. PÉLADAN (JOSÉPHIN). 298. Grand Palais. 271.259 . Luxembourg (Jardin du). 181. 290. par MARY CASSATT. 77. 274. Saint-Eustache (Église). Tortoni (Café). Hôtel Biron. 57. 76. 168. Montmartre (Théâtre). Pensée (La). Palais de l'In- dustrie. 24. 186. 172. PERTUISET. 292.150. Louvre (Musée du). 26. périodique. Panthéon. PHIDIAS. 139. Paysan. Épatant (L'). 206. 298. 242. PELLERIN (JEAN). 178. 46. 17. 273. 19. Parthénon (Le). École de Médecine. 195. 153. 22. Pâris offrant la pomme à Vénus. 37. Notre-Dame. 204. Petite fille au canapé bleu (La). 151. 46. 294. 212. 282. 151. 198.146. Luxembourg (Musée du). 89. 50. 101. BeauxArts. 18. 144. Salon. 269. 76. 128. Opéra. 187. Pays des Arts (Le). PELLERIN (AUGUSTE). 48. 218. PERRONEAU. 135. 272. 44. 275. PÉCUCHET. 18. personnage de FLAUBERT. 87. 95. 181. 94. 73. par PAUL HERVIEU. Bibliothèque Nationale. Théâtre-Français. 276. 288. Saint-Germain-l'Auxerrois. 168. Petit Parisien (Le). Institut. Petite Bibliothèque Charpentier.

201. PLANTIN. 263. A. 50. G. Portrait du Pape Jules III. périodique. 161. Plage. Quai de la ville de Naples avec le Vésuve aM fond. par TITIEN. Portrait de Coignet. PUGET. 112. par CÉZANNE. 210. Portrait de Turnerjeune. par LE EMILE ZOLA. par RENOIR. 162. 180. 37> 38> 39. 183. 225. 41. 260. 26. par BONNAT. 230. 221. Portrait du Nègre Scipion. chrétienne (La). 207. 260. 39. 28. 140. ancien employé de DuRAND-RUEL. 225. par RENOIR. par RODIN. Portrait de Wagner. POUPIN. par RE. L. (Les). 40. 228. par CÉZANNE. PiLLET-WiLL. par CÉZANNE. 289. 75. 87. 47. 227. 229. 198. par RENOIR. PICOT. 154. par GÉCÉZANNE. 29. par CÉZANNE. Règles de F impressionnisme RENOIR. 215. 178. RÉGNIER (HENRI DE). PIET (FERNAND). 1 89. 262. 299. I I .PHILIPPE II. PSYCHÉ. par MANET. 17. 50. 49. par CÉZANNE. RICAULT. 273. 117. 49. célèbre imprimeur. 73. 226. 203. 72. CÉZANNE. Porte de l'Enfer. Portrait de Geffroy. 272. par DEGAS. QUINTINIE (DE LA). 75. NOIR. par Raboteurs de Parquets (Les). 209. 203. Queue-en-Brie (La). ZANNE. 20. Portrait de Valabrègue. Portrait de Bazille. 187. par RACINE. 83. par CÉZANNE. Psyché. 109. 5°. 47.à Portrait de M. sculpture Reims. 160. 262. Promenade (La). PIRON. Portrait de Mme Cézanne dans la Rappel (Le). . 165. portrait par COURBET. PINPIN. 39. 263. Portrait de Mme Cézanne. 72. Reims (Cathédrale de). Reine de Saba (La). 47. par CÉRAPHAËL. Prunes. par CÉZANNE. 301. Pot-Bouille. 223. PILON (GERMAIN). 222. 43> 44> 48> 8l> 88> 1 *7* 154. Portrait de l'artiste par lui-même. 39. PUJOL (ABEL DE). 222. Poisson. 20. 145. 36. 83. par CÉZANNE.. Portrait de la Sœur de Cézanne. 47. Porteur arabe de Biskra. 304. 268. POMPADOUR (MME DE). 203. 269. 166. Reims. 232. 201. par CÉZANNE. 63. par CAILLEBOTTE. 20.. 264. 83. 273. QUICHOTTE (DON). 203. 36. 131. Pont-Neuf. par RENOIR. 289. PORTIER. PISSARRO (CAMILLE). 223. 87. 20.REGNAULT (HENRI). surnommé le « Corot de la Fleur ». 35. par RENOIR. par MANET. 202. Radeau de la Méduse (Le). PONSONAILHE. chien de ZOLA. Portrait de Mme de Bonnières. 25. REMBRANDT. Place Saint-Marc. Portrait de Sisley. sculpture a Religion 34. 233. Portrait de M. Portrait de Marion. 32. 39. 47. Portrait de Mme Morisot. Plages. QUOST. 125. 71. 273. 116. marchand de tableaux. Pont (Le). par RENOIR. 131. par RENOIR. Pompéi. POUSSIN (NICOLAS). Proudhon. par TURNER. par RENOIR. Pommes. par PRUD'HON. 190. PRUD'HON. par CÉZANNE. 169. serre. par RÉCAMIER (MME). Pont-Aven.

302.213. 28. 238. 237. 197. 196. 281. 178. ioo. 91. 299. 68. 239. 189. 298. RENOIR (Mme). 283. 270. 31. 112. 220. 194. 241. 140. 210. 197. périodique. 235. 251. 234. 264. 280. 272. 139. 151. 236. 141. Revue des Beaux-Arts (La). 281. 238. 127. 255. 254. République Française (La). 205. Revue Libre (La). 278. RIGAULT (RAOUL). 164. 168. 18. . 222. 237. ROBY (GABRIEL). 236. 181. 266. 261. 252. 106. 269. 185. 203. 176. 279. 250. 224. 283. 203. 295. 88. Romains de la Décadence (Les). ROUSSEAU (THÉODORE). 226. 289. 89. 186. 18. Revue (La). 61. 267. 92. ROUSSEAU (HENRI). RUBENS (PAUL). 229. 298. 142. 292. 238. 287. 300. 89. Revue Bleue (La). 248. 87. 191. 258. 303. préfet de po- lice. 91. 249. 28. 190. RENOIR (CLAUDE). périodique. 290. 122. 178. 166. 69. Ronde de nuit (La). 177. par GERVEX. 277. 180. 253. 202. 19. 195. 279. 259. 241. Rêve (Le). ROSNY (J. 275. périodique. 278. 304Renoir. 139. 262. Revue Indépendante (La). 301. 200. 235. ROUART (HENRI). 237. 272. tableaux. 22. Roger et Angélique. 161. RENOIR (PIERRE).-H. 235. 247. ROBERT-FLEURY (ToNY). 57. Revue Illustrée (La). 260. 152. 102. 88. 152. 245. 143. 244. RENOIR. 250. RODIN. 278. 278. 240. 288. 259. 30. 222. 213. 270. 150. 182. par ÉMILE ZOLA. 156. 285. II.RENÉ (Le roi). 294. 163. 87. 208. 140. 296. 238. 279. 50. 228. 155. 81. 132. 194. 55. RIBERA. par RODIN. 49. 23. 219. Revue Blanche (La). 290. 165. 128. 51. 2o6. 170. 280. 91. 257. 304. 302. 207. 175. RENOIR (EDMOND). 173. 227. par RENOIR. 256. Revue Hebdomadaire (La). 112. 223. 271. 301. 202. 236. 253. 190. Rops. 198. Roquefavour. 182. 126. 226. RENÉ-JEAN. 237. 293. 141. 131. 22.). Roses. 187. 227. 293. 47. 215. Rolla. 204. 244. Rome. 154. 140. 193. 81. 12. 231. i57. 239. 246. 295. 211.91. 279. 267. 292. 251. 268. 216. 284. 304. 183. 188. 117. 275. 144. 251. 269. 184. directeur des Beaux-Arts. Rire (Le). 282. 153. 278. 186. 272. 279. 179. 194. 135. 232. 245. 68. RENOUARD. 199. 244. 223. 172. Roses. 158. 210. 217. 214. par CÉZANNE. Rochelle (La). ROCHES (FERNAND). par THÉOPHILE GAUTIER. 243. ROUJON. 288. i6o. Farnésine (La). 32. Repas sur l'herbe. 249. par COUTURE. 93. 225. 126. ROCHEFORT (HENRI). 283. 39. Saint-Paul (Eglise). 171. i59. Rues de village. RENOIR (JEAN). 39. 76. 234. Roman de la Momie (Le). 284. 195. 212 . 203. 118. 209. 286. 247. dessinateur. 83. 270. 20. 147. 87. 284. 174. 73. par AMBROISE VOLLARD. 57. ROYBET. 123. ROTHSCHILD (Baron DE). par INGRES. par REMBRANDT. 156. Rose. 283. 60. 214. 29. 86. 271. 273. 221. 192. 218. 90. 173. 167. par RENOIR. 242. 32. 282. 228. ROUART (ALEXIS). 236. 116. i95. Roux (MARIus). 17I. 214. Revue d'Art. 163. 274. par MANET. go. République. 276. 224. 242. 154. 299. 233. 140. 12. Rhône (Le). 242. 269. dit le Douanier. 303. 224. 77.

200. SIGNOL. SUARÈS (ANDRÉ). Sainte Famille (La). Saint-Marc (Collines de). SÉVIGNÉ (Mme DE). par le Douanier ROUSSEAU. sculpture à Reims. 186. 155. 303. par RENOIR. 83. 241. Saint Georges tenant un bouclier. par CARPACCIO. 219. Tentation de Saint Antoine (La). périodique.). 34. sculpteur. 106. 91. 299. Sainte-Baume (Colline de la). 186. 20. STAËL (MmeDE). 37. 160. SAINT-HILAIRE (DE). 57. SOLARI. 236. 153. STEVENS. Temps (Le). RUYSDAËL. 49. Scène de Nus. 274. Soleil (Le). par CÉZANNE. Tasse et deux citrons (Une). 39. 290. SCHWOB (MARCEL). i54. 21. Satan ensemençant le monde. 46. SPULLER. par GUSTAVE FLAUBERT. 81 . 184. 16. Source (La). SAMARY (Mlle). TANGUY (Le père). 282. 105. 94. 275. par. 152. 181. 36. 59. 62. 151. Scène de plein air. périodique. ancienne bonne de DEGAS. 81. par Rops. Scène des temps préhistoriques. par CÉZANNE. Salammbô. 86. 114. 211. 88. 298. par RENOIR. 37. 54. Terrasse des Feuillants (La). Salon de 1902. 153. 221. 33. par INGRES. 90. Salon d'Automne. 227. 73. par CLAUDE LORRAIN. 47. SHAKESPEARE. 286. par CÉZANNE. SOCRATE. Terrasses de Gênes (Les). 154. SEURAT. fleuve. Sentiment de l'Impossible (Le). Salon de 1866. 67. 192. SEMBAT (MARCEL). 223. par CÉZANNE. I^1 . Saint-Valery-sur-Somme. 302. 25. Saint Vincent de Paul. Sortie du Conservatoire (La). Saint Georges qui baptise les Gentils. 205. 208. sujet de tableau. SUISSE (Académie). SCHEFFER (ARY). 197. SARRADIN. 22. SIGNAC (PAUL). SCHOLDERER. 166. Sèvres (Manufacture de). 92. 204. 264. 145. 17. SÉVERINE. 67. 14. par RENOIR. 28. 148. 89. 60. par GUSTAVE GEFFROY. 22. 233. 159. Saint-Chamas. SAINT-SAËNS. SISLEY. 290. 10. Sémaphore (Le). TANGUY (Mme). 195Salon. 153. 259. Scène champêtre. Sourire de Reims (Le). 113. par REMBRANDT. 89. Source (La). 35. 22. 172. 183. 232. 262. 155. 53. 43. Salon de 1867. gi. 93. 198. 304. Tahiti. 140. STENDHAL. 36. SABINE. 81. 69. par RAPHAËL. Salon des Refusés. 64.RUSKIN. TENIERS. 227. Siège de La Rochelle. Sous-Bois. 240. périodique. 198. Salon de 1863. RENOIR. SEM. 10. SAINT-MARCEAUX. 147. Salon de 1879. 181. 226. 109. 214. 91. Siècle (Le). 27. par LA TOUCHE. 28. Séville. par COROT. 226. Seine (La). 16o. 223. SARLIN. périodique. 83. 25. 201. 171. 93. SCHOLL (AURÉLIEN). . 273. 150. SCHUFFENECKER (E. 263. 127. 55. SIGNORELLI (LUCA). 83. 107. 164. 246. 23. 32. par RENOIR. 92. Saint Michel.

Vache enragée (La). Ville-d'Avray. modèle de MANET. par RENOIR. 300. 183. Vézelay (Église de). TINTORET (LE). 39. 54. 267. Vierge à la Chaise. Veuve d'artiste. VERLAINE. 141. 219. 203. par CÉZANNE. 255. 62. 215. 205. 48. 231 232. 270. TIRARD. 49. Vierge. caniche. Tuerie des puissants de la Terre. 49. 281. 102. par RENOIR. I 60. 206. Vérité sortant du Puits (La). 242. par FORAIN. 56. par CÉZANNE. 266. Tonnelle (La). 246. Vivant portant le Mort (Le). Versailles. 88. 222. 92. Vues. 25. par RAPHAËL. 200. par RENOIR. 214. VIRGILE. Var (Département du). Tétralogie (La). 225. 27. 202. 203. 89. Vénus victorieuse. 169. 81. 26. 202. 299. 46. 27. 48. 24. 252. 84. Bruxelles. Villa d'Este. 302. par RENOIR. TITIEN (LE). 91. poète aixois. 90. 59. 190. 209. 82. 146. 209. 194. 304VOLLON. 249. 23. VALABRÈGUE (ANTONY). par RENOIR. 12. 284. 58. 190. 84. 55. 274. VAUXCELLES. 202. 49. Tête d'infant. Toits Rouges (Les). 244. 20. TURNER. 297. 180. 228. 78. par RENOIR. 222. par RENOIR. 66. THÈBES (Mme DE). par WAGNER. 294. 222. Thétis implorant Jupiter. 270. 72. 107. Vienne. 127. 193. 134. 303. 220. par RENOIR. par LE TITIEN. 181. périodique. 68. 301. 178. 86. 86. VALENSOL. 221. III. 166. 20. 203. 120. TSCHUDI (DE). 211. 77. Torse d'Anna (Le). Village. 61. Saint-Marc (Basilique). 184. VIBERT. 221. 127. 202. VILLARS (NINA DE). 206. par RENOIR. 248. 131. 76. périodique. Victor Hugo. 273Tête de femme. VAN GOGH. 108. par INGRES. 226. 175. Vue du Jardin d'Essai. 271. 35. Vue en plein air. 172. 10. « Trompette de Guides à cheval. 49. 208. 91. 47. 140. 18. par RAPHAËL. THIÉBAULT-SISSON. 202. 44. 274. 57. 251. Vidangeur. 71. 208. VERMEER. 90. 290. 9. VÉNUS. par RENOIR.Tête. 283. statue par RENOIR. Triennale » (La). Palais des Doges. VEBER (PIERRE). 35. 298. VOLLARD (AMBROISE). périodique. 291. TOURGUENEV. 167. 35. par RENOIR. VEVER. 53. 12. 255. VALADON (SUZANNE). par ZIEM. 29. VIGNON. 297. de VIOLLET-LE-Duc. Tintamarre (Le). Vénus et l' Organiste. 280. 159. 36. 270. 286. 227. . Vie des Peintres. 272. par LUCA SIGNORELLI. 256. Vie Moderne (La). par DE GROUX. 79. 277. 300. 251. 64. 130. 132. 11. Vénus et Jupiter. Venise. par DEBAT-PONSAN. par VÉLASQUEZ. Venise. Tholonet (Le). par CÉZANNE. Tête au profil d'oiseau. 156. « Vingt » (Les). 275. 268. 26. VÉRONÈSE (PAUL). 201. 230. par RODIN. 186. 245. Vatican. 232. 65. périodique. VICTOIRE. 302. 148. Univers (L'). VÉLASQUEZ. 99. QI. 226. 193. 264. TOTO. 272. par RUBENS. Torse de femme.

ZOLA (EMILE). 217. 233. 10. 15. . 22. 55. 204. 20. 39. 206.WAGNER. 42. 205. 78. ZAKARIAN.302. 59. 268. 117. 209. WATTEAU. 11. 74. 226. WAGNER Mme) 205. 68. 79. 146.303. WERDET. WHISTLER. 205. ZULOAGA (IGNACIO). 118. bonne 105. ZIEM. 136. 77. 193. ZOÉ. 286. 13. II o. WILLETTE (ADOLPHE). 259. 187. 304. 72. 297. 18. 90. 186. 17. 191. 94. 121. 194. 255. 103. ZANDOMENEGHI. WYZEWA (TEODOR DE). 298. 135. 14. 104. 84. 203. 50. 192. 83. 204. 134. 95. 71. 76. 190. 109. 16. 302. 301. 298. 50. 205. de DEGAS. 61. 73. WERTH (LÉON). 83. XÉNOPHON. 75. 12. 186. WOLFF (ALBERT). 130. 19. 24. Wahnfried. 23. 299.

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. — La Grenouillère (1868) VI. 186 X. le café Tortoni... — Le retour définitif à Aix (1899) X.. — Le salon de Madame Charpentier 192 XI. — Cézanne aspire au Salon de Bouguereau (1866-1895) IV. — Les dernières années (1899-1906) APPENDICE I. — L'atelier de Gleyre 15° IV.. — L'exposition de la rue Laffitte (1895) VI. — Les expositions des Impressionnistes 172 VIII.. — Aix et les Aixois VIII.. 168 VII.. . — Les expositions des Impressionnistes V. — Le cabaret de la mère Anthony 159 164 V.. — Pendant la guerre de 1870 et sous la Commune..... — Ma visite à Cézanne (1896) 9 .. — Les premières impressions (1839-1861) II.TABLE DES MATIÈRES PAUL CÉZANNE (1839-1906) Pages I.. — Lettre de Zola à Cézanne 71 81 86 94 DEGAS (1834-1917) Degas (1834-1917) 99 AUGUSTE RENOIR (1841-1919) . VII. — Cézanne fait mon portrait (1896-1899) 16 21 28 37 46 51 56 66 IX.. — Cézanne et la Critique APPENDICE II... la Nouvelle Athènes. — Comment je fis la connaissance de Renoir (1894) 139 II... — Cézanne et Zola XI.... — Les débuts 144 III... — Les premiers voyages 200 . . — Les acheteurs sérieux 179 IX.. I.. — Le café Guerbois. — A Paris (1861-1866) III.

— Les artistes de jadis XXVI.XII. — Essoyes. — Les modèles et les bonnes XXI. la Hollande. — Les dernières années APPENDICE 208 213 219 225 229 231 234 239 243 253 257 266 279 288 292 296 . — Une figure de « grand amateur » XXIII. — La manière « aigre » de Renoir XIV. — Le déjeuner avec Rodin XXV. — Le portrait de Madame Morisot XVIII. — Renoir à Pont-Aven XVII. — Les théories « impressionnistes » XIII. Munich XVI. — Renoir fait mon portrait (1915) XXIV. — Londres. — Le voyage en Espagne XV. — Renoir et les amateurs XXII. Cagnes XX. — La famille XIX.

par A. app. au Musée de la ville de Paris au Petit Palais couverture .TABLE DES ILLUSTRATIONS Portrait d'Ambroise Vollard. RENOIR.

ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 27 MAI 1938 PAR L'IMPRIMERIE FLOCH A MAYENNE (FRANCE) .

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i vol.-t Florence et les Médicis... 100 photos dans le texte 50 » vol.. Paris (Prance..s....... t Rodin.. par JUDITH . 18.. in-8 écu illustré 40 La légende et la vie d 'Utrillo. in-16 jésus illustré La vie terrible d'Henry de Groux.. i vol. . .. )'. P.. " . réunies et présentées par JULIEN TIERSOT. 25 20 25 » 5o » MUSIQUE Lettres françaises de Richard Wagner. par ANDRÉ LEVINSON.. 1 .PARIS-Vie Durand. par EMILE BA UMANN.. 3o » . et d'un dessin de Picasso 60 » Emile Ollivier .... sur Hollande orné de 68 h.. — L'Art. sa vie glorieuse et inconnue... et sa Mme DANSE Les Visages de la Danse.. Profondeurs de l'Espagne. vol. in-Bo écu illustré Auguste Rodin. 61. Correspondance de Liszt de fille tomes 1 et II... Serge Lifar (Destin d'un Danseur). in-8° écu Correspondance de Paul Cézanne » '» » 40 60 » 40 » » TRuc. in-8° écu GONZAGUE 1 vol.. LIBRAIRIE BERNARD GRASSET PEINTURE ET SCULPTURE Lettres de Van Gogh à son frère Théo.. in-Bo colombier.. rue Séauier.. .. par JUDITH CLADEL (48 h. illustré de 4 h.. illustré Aristide Maillol. i . par i ANDRÉ LEVINSON.. chaque » 1) 40 » 3o » vol.-t. 35 Correspondance de Liszt et de Mme d'Agoult volume.. par ANDRÉ NÉGIS 18 Lettres de Degas... par RENÉ SCHWOB. i vol. préface de DANIEL HALÉVY.. par CLADEL.. par FRANCIS CARCO 15 Adolphe Monticelli. RUE DES SAINTS-PÈRES .... propos recueillis par PAUL GSELL.