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II - EXPOSÉ DES FAITS

STATEMENT OF THE FACTS

(Voir chapitre II de la note explicative)


(See Part II of the Explanatory Note)

1. Maître Pierre-Georges Atallah, né le 10 avril 1943, à EL LEILAKA, au


Liban, de nationalité libanaise, était avocat inscrit au barreau de Beyrouth
domicilié à l'époque des faits rue Selim Bustros à TABARIS, BEYROUTH.

Il était en son vivant marié à Madame Ariette Atallah, née


Mouzannar, et père de trois enfants mineurs, Paola, l'aînée (17 ans), Géo,
le cadet (16 ans) et Lynn, la benjamine (12 ans).

Le dimanche 24 avril 1983, Maître Pierre-Georges Atallah


circulait à Beyrouth au volant de son véhicule de couleur orange, de
marque Austin « mini 1000 », immatriculée 309 036, retournant de son
bureau à son domicile.

Sur son trajet, Maître Pierre-Georges Atallah a du parcourir la


rue de Damas en direction du stade de Chayla en provenance de la Place
du Musée National.

Il n'était ni armé, ni porteur d'objets dangereux.

Il n'avait aucun engagement de quelque nature que ce soit et


n'était d'ailleurs en aucune manière impliqué dans la guerre sinon pour la
subir en sa qualité de citoyen libanais.

Son épouse Madame Arlette Atallah, née Mouzannar a reçu un


appel téléphonique, vers 19h30, l'informant de ce que Maître Pierre-
Georges Atallah avait eu un "accident".

Aucune autre précision ne lui a été donnée.

Madame Ariette Atallah s'est rendue sur les lieux de l’accident


indiqué par téléphone.

Là, elle a été alors informée que son mari avait été transporté
à l’hôpital militaire de Baabda, dans la banlieue de Beyrouth

Arrivée sur les lieux, on l’informait alors qu’il n’y avait aucun
accidenté de ce nom.(Il a été établi depuis qu'il avait en réalité eté
transporté à l'Hopital des Pins - hôpital français ) .

Elle a du retourner sur les lieux de l’accident avant d'être


avisée de ce que son mari avait été transporté à l’Hôpital de l’Hôtel Dieu à
Beyrouth.
Après de longues heures d'attente et de recherche pour
comprendre où se trouve son mari, elle a finalement été informée de ce
que son mari était mort.

Madame Mouzannar a voulu interroger des militaires français


qui étaient présents a l’hôpital au cours de la nuit et notamment le
commissaire de l’armée mais aucune réponse ne lui a été fournie.

On lui a simplement dit qu’il s’agissait d’un accident sans lui


expliquer que des soldats français lui avaient tiré dessus.

Elle ne devait apprendre que le lendemain que Maître Pierre-


Georges Atallah avait été abattu par deux soldats français de la force
intérimaire des Nations Unies pour le Sud-Liban.

Il lui a été indiqué en outre que ceux-ci avaient été renvoyés


en France au lendemain des faits.

Elle ne devait être admise à voir le corps de son mari que 3


jours après sa mort.

2. Dans le cadre de la force intérimaire des Nations Unies pour


le Sud-Liban un contingent français a été mis en place au Liban en 1982 à
la suite d’un accord passé entre les gouvernements libanais et français
pour restaurer l’ordre public et assurer le maintien de la paix au Liban,

La FINUL a été établie en 1978 par le Conseil de sécurité pour


confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, rétablir la
paix et la sécurité internationales et aider le Gouvernement libanais à
assurer le rétablissement de son autorité effective dans la région.

Selon le rapport établi par l'Armée Française, sous la signature


de la Br iga de Fr a nça ise pr é vôt a le de Be yr out h, qui a recueilli les
déclarations des auteurs du meurtre, le dimanche 24 avril 1983 le
capitaine François Mioulet, militaire français, Commandant accompagné
d'Eclairage et d'appui du 3ème- RIMA, aurait reçu l'ordre de mettre en
place un poste de contrôle à Beyrouth Est, rue de Damas, devant le poste
de commandement de la CEA (Compagnie d'éclairage et d'Appui).

Afin de réguler la circulation et de contrôler les voitures, un


dispositif de barrages aurait été mis en place de la manière suivante:

au-sud, par le binôme composé des soldats Didier Seyer


et Thierry Pingrenon,

au centre, par un chef de poste Eric Chauvin, le


lieutenant Jacques Renaud, deux sentinelles et le
capitaine Mioulet,
au nord, par deux autres sentinelles.

Vers 18 heures 15, le lieutenant Jacques Renaud aurait reçu


par radio l'ordre suivant:
« Arrêt er, Aust in bleue im m at riculée 326 917, arrêt er avec
précaution personnel armé ».

C'est au moment où il passait devant la partie sud du


prétendu dispositif d'intervention, que Maître Atallah a été mortellement
blessé par des projectiles tirés, notamment, par le soldat de 2éme classe
Didier Seyer, militaire français engagé au 3ème RIMA à la CEA, et détaché
au profit de la FMS de Beyrouth, trois mois plus tôt, depuis le mois de
janvier 1983.

Le véhicule se serait arrêté quelques mètres plus loin.

Maître Pierre-Georges Atallah est sorti de son véhicule, a


demandé au soldat Seyer « pourquoi avez- vous t iré ? », puis a réclamé
une ambulance avant de s'effondrer au sol, inanimé, et de mourir sur le
coup.

Il a été alors soutenu par les autorités militaires françaises


que le militaire Seyer auteur des coups du feu aurait agi en état de
légitime défense, ce qui les privait ses ayants droit de tout recours utile.

De 1983 à 1999, la femme et les enfants de Maître Pierre-


Georges Atallah se sont heurtés à des comportements élusifs de la part
des autorités françaises. Ils continuaient à leur promettre une
indemnisation pour l’erreur reconnue par ces derniers, laissant ainsi tout
délais de prescription courir à l’encontre des consorts Atallah.

3. Mademoiselle Lynn Atallah, déterminée à éclaircir les


circonstances de la mort de son père et à en trouver les responsables, a
effectué en 1999 des démarches auprès du Ministère de la Défense
Nationale Libanaise.

Elle a pu prendre connaissance et obtenir la traduction à cette


date des différents rapports de police établis par les autorités libanaises
immédiatement après le meurtre de Maître Pierre-Georges Atallah.

A cette date, tout recours devant la juridiction administrative


était impossible en raison des règles de la prescription quadriennale du
droit français

Constatant qu'il résultait des pièces détenues par les autorités


libanaises que Maître Pierre-Georges Atallah avait été l'objet d'un meurtre
délibéré, Mademoiselle Lynn ATALLAH, Madame Ariette ATALLAH et
Monsieur Géo ATALLAH ont saisi le Tribunal de Grande Instance de Paris
par exploits en date des 15 et 16 mars 2001 pour voir, dire et juger que le
meurtre de Maître Pierre-Georges Atallah est constitutif d'une voie de fait
et en demander réparation.

Par conclusions signifiées les 4 mars 2002 et 23 septembre


2002, le Ministre de la Défense Nationale et l'Agent Judiciaire du Trésor
ont contesté l'existence d'une voie de fait et soulevé l'incompétence du
tribunal de Grande Instance au profit du Tribunal administratif, tout en
rappelant aux intéressés, à titre subsidiaire, qu'ils ne disposaient d'aucun
recours utile puisque la créance des consorts Atallah était soumise à la
prescription quadriennale de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968, et
par conséquent définitivement éteinte au regard du droit administratif.

4. Par jugement rendu le 31 juillet 2003, le Tribunal de


Grande Instance de Paris a cru pouvoir se déclarer incompétent aux motifs
que le meurtre de Monsieur Atallah ne serait pas constitutif d'une voie de
fait en ces termes :

"… il n'y a voie de fait j ust ifiant par except ion au principe de
séparat ion des aut orit és adm inist rat ives j udiciaires, la com pét ence des
j uridict ions de l'ordre j udiciaire, que dans la m esure où l'adm inist rat ion
soit a procédé à l'exécut ion forcée dans des condit ions irrégulières, d'une
décision m êm e régulière, port ant une at t eint e grave au droit de Propriét é
ou à une libert é fondam ent ale, soit a pris une décision ayant l'un ou
l'aut re de ces effet s à condit ion t out efois que cet t e dernière décision soit
elle- m êm e m anifest em ent insuscept ible d'êt re rat t achée à un pouvoir
appartenant à l'autorité administrative.

Les circonst ances de l'accident ret racées dans l'enquêt e de la


Brigade prévôt ale à Beyrout h dém ont rent en l'espèce que le m ilit aire
Monsieur Seyer a bien agi dans le cadre et en conformité avec les ordres
qui lui ont été donnés par sa hiérarchie à savoir "arrêter une Austin bleue,
immatriculée 326917 arrêter avec précaution personnel armé" étant
précisé que Monsieur ATALLAH circulait à bord d'un véhicule AUSTI N
dépourvu de plaques d'im m at riculat ion avant qu'il n'a pas obt em péré aux
signes du m ilit aire français lui dem andant de ralent ir que l'éclairage public
ét ait inexist ant ce qui explique que Monsieur SEYER n'a pas reconnu la
couleur du véhicule m ais que par cont re le disposit if de cont rôle où a eu
lieu l'accident était bien visible.

Compte tenu d'une part d'un cont ext e part iculièrem ent
dangereux au m om ent des fait s et ' not am m ent d'une at t aque à l'explosif
cont re un post e de sécurit é français à Chat ila survenu huit j ours
auparavant et d'aut re part du com port em ent du conduct eur de I 'AUSTI N,
le m ilit aire français Didier SEYER, a légit im em ent fait usage de son arm e
pour préserver sa vie.
I l s'avère en t out ét at de cause qu'il a agi dans le cadre de
l'exécut ion d'un service com m andé ce qui ne saurait êt re const it ut if d'une
voie de fait".

En conséquence de quoi, le Tribunal a :

« Mis hors de cause Monsieur le Ministre de la Défense


Nationale:

donné acte à l'agent judiciaire du Trésor de son


intervention volontaire,

s'est déclaré incompétent pour connaître de l'action


intentée par les consorts Atallah

les a renvoyés à mieux se pourvoir

débouté les parties de toutes leurs demandes plus


amples ou contraires au présent dispositif,

et a condamne les consorts Atallah aux entiers dépens


de l'instance "

5. Les concluants ont relevé appel et sollicité de la Cour que le


Jugement entrepris soit infirmé dans toutes ses dispositions.

La Cour d'Appel de Paris a confirmé les motifs du jugement


par arrêt du 16 décembre 2005 :

" c'est par une j ust e analyse des circonst ances de fait t elles que résult ant
de l'enquêt e de la Brigade prévôt ale de BEYROUTH que les prem iers Juges
ont est im é que le soldat SEYER avait agi dans le cadre de l'exécut ion de
l'ordre reçu de sa hiérarchie, à savoir " arrêt er une Aust in bleue
im m at riculée 326917, arrêt er avec précaut ion, personnel arm é" , et qu'ils
en ont déduit l'absence de voie de fait ; que la Cour fait sienne cet t e
analyse ;
Que les appelant s n'apport ent aucun élém ent nouveau qui perm et t rait de
la rem et t re en cause et d'ét ablir que le fait de t irer sans viser
m anifest erait de la part des soldat s SEYER et PI NGRENON une volont é
personnelle m eurt rière ; qu'en part iculier une concert at ion crim inelle
d'inspiration personnelle ne peut être déduite des blessures constatées sur
le corps de la vict im e ni de l'exist ence d'im pact s de t ailles différent es, au
vu des autres circonstances telles qu'analysées par les premiers Juges ;
Que dès lors, à supposer m êm e une m auvaise exécut ion de l'ordre reçu,
en raison d'une appréciat ion inexact e du com port em ent du conduct eur du
véhicule en cause, et de l'assim ilat ion erronée de ce véhicule à celui
recherché, ces circonst ances seraient à l'évidence encore suscept ibles
d'êt re rat t achées au pouvoir appart enant à l'Adm inist rat ion et donc
exclusives de la voie de fait ; qu'en effet , l'ordre d'int ercept ion donné
incluait , au vu des condit ions générales d'int ervent ion de la FI NUL, la
possibilit é de t irer en cas de m ise en danger de la vie des soldat s chargés
de son exécut ion ; que cet t e condit ion ét ait réalisée dès lors que, selon
l'enquêt e susvisée, le soldat SEYER risquait d'êt re renversé par le véhicule
en cause, qui ét ait dém uni de sa plaque d'im m at riculat ion avant , qui
n'avait nullem ent obt em péré aux signes clairem ent m anifest és d'avoir à
ralentir et s'arrêter, et qui continuait à venir vers lui à même vitesse ;
Qu'il convient donc de confirmer la décision entreprise."

6. Les consorts Atallah ont formé un pourvoi devant la Cour de


Cassation.

Ils ont notamment invoqué le moyen tiré de ce que la décision


de la Cour d'appel était rendue en violation de l'article 2 de la Convention
européenne des droits de l'Homme.

Par un arrêt du 10 mai 2007, la 1ère chambre civile de la Cour


de Cassation a rejeté le pourvoi en ces termes :

"Sur le moyen unique


At t endu, selon l’arrêt at t aqué ( Paris, 16 décem bre 2005) , que
dans le cadre de la force m ult inat ionale de sécurit é à Beyrout h et à la
suit e d’un accord passé ent re les gouvernem ent s libanais et français pour
rest aurer l’ordre public et assurer le m aint ien de la paix au Liban, un
cont ingent français a ét é m is en place au Liban en 1982 ; que M. Atallah,
de nat ionalit é libanaise, a ét é m ort ellem ent blessé lors d’un cont rôle à un
barrage par l’arm ée française le 24 avril 1983 ; que, par act es des 15 et
16 m ars 2001, Mm e Arlet t e Mouzannar, veuve Atallah, et deux de ses
enfants, Lynn et Géo Atallah, ont assigné le ministre de la défense et deux
m ilit aires devant le t ribunal de grande inst ance de Paris aux fins de voir
engagée la responsabilité de l’Etat pour voie de fait ;

At t endu que les consort s Atallah reprochent à l’arrêt at t aqué


de les avoir débout és de leur dem ande t endant à la condam nat ion de
l’Et at à les indem niser des conséquences du décès de leur époux et père
Pierre- Georges Atallah, provoqué par une voie de fait adm inist rat ive
com m ise à son encont re par des m ilit aires français à Beyrout h le 24 avril
1983, alors, selon le moyen :

que les pouvoirs se rat t achant à l’adm inist rat ion dans le cadre
d’une opérat ion spéciale visant à int ercept er un véhicule avec un
signalement précis ne lui permettent pas d’interpeller et d’ouvrir le feu sur
un véhicule ne correspondant visiblem ent pas à ce signalem ent ; que les
m ilit aires français avaient reçu l’ordre d’int ercept er avec précaut ion un
véhicule de couleur bleu t ransport ant des personnes arm ées ; que cet
ordre ne leur perm et t ait pas d’ouvrir le feu sur un véhicule de couleur
dist inct em ent différent e ne com pt ant qu’un seul occupant n’ayant pas t iré
sur eux ; qu’en ret enant néanm oins qu’une t elle act ion se rat t achait aux
pouvoirs dévolus à l’administration et n’était pas constitutive d’une voie de
fait adm inist rat ive, la cour d’appel a violé ensem ble la loi des 16- 24 août
1790 et le décret du 16 fructidor an III ;
que l’usage de la force par les militaires agissant dans le cadre
de la force int érim aire des Nations- Unies au Liban suppose une réponse
absolum ent nécessaire et proport ionnée à une m enace act uelle ou
im m inent e ; qu’à défaut d’avoir recherché, com m e elle y ét ait t enue et
invit ée, si le fait pour plusieurs soldat s de t irer plusieurs rafales sur le
conduct eur du véhicule ét ait absolum ent nécessaire pour évit er à l’un
d’eux d’êt re renversé, la cour d’appel qui n’a pas caract érisé une sit uat ion
de légit im e défense aut orisant l’usage de la force et excluant ainsi la voie
de fait , a privé sa décision de t out e base légale a u r e ga r d de s a r t icle s 2
de la Conve nt ion e ur opé e nne de s dr oit s de l’hom m e , 221- 4 du code
pénal, la résolut ion 426 / 1978 de l’ONU, ensem ble la loi des 16- 24 août
1790 et le décret du 16 fructidor an lll ;
Mais at t endu que l’arrêt ayant relevé que l’ordre d’int ercept ion
donné incluait, au vu des conditions générales d’intervention de la Finul au
Liban, la possibilité de tirer en cas de mise en danger de la vie des soldats
chargés de son exécut ion et que cet t e condit ion ét ait réalisée dès lors que
le soldat Z… risquait d’êt re renversé par le véhicule en cause, dém uni de
plaque d’im m at riculat ion avant , qui n’avait nullem ent obt em péré aux
signes clairem ent m anifest és d’avoir à ralent ir et qui cont inuait à venir
vers lui à la m êm e vit esse, en a déduit à bon droit que le soldat Seyer
avait agi dans le cadre de l’exécut ion de l’ordre reçu et que les
circonst ance de cet t e int ervent ion, à supposer m êm e une m auvaise
exécut ion de cet ordre, seraient à l’évidence encore suscept ibles de se
rat t acher au pouvoir de l’adm inist rat ion et donc exclusives d’une voie de
fait ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS


REJETTE le pourvoi ;

Condamne les consorts X… aux dépens ;

7. Les requérants ne disposent plus d'aucun autre recours utile en droit


français.

Ils soutiennent que l'atteinte délibérée portée sans motif par un membre
des forces armées françaises à la vie de Maître Pierre-Georges Atallah et
l'absence d'enquête sérieuse et effective sur les circonstances de sa mort
coinstituent une double violation du respect du droit à la vie garanti par
l'article 2 de la Convention.

Ils justifient d'avoir également victimes d'une violation l'article 6-1 de la


Convention.
LE DROIT INTERNE PERTINENT :

CODE PENAL (Partie Législative)

Article 221- 1

Le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue


un meurtre. Il est puni de trente ans de réclusion criminelle.

Article 122- 4

N'est pas pénalement responsable la personne qui accomplit


un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou
réglementaires.
N'est pas pénalement responsable la personne qui accomplit
un acte commandé par l'autorité légitime, sauf si cet acte est
manifestement illégal.

Article 122- 5

N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant


une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le
même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense
d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de
défense employés et la gravité de l'atteinte.
N'est pas pénalement responsable la personne qui, pour
interrompre l'exécution d'un crime ou d'un délit contre un bien, accomplit
un acte de défense, autre qu'un homicide volontaire, lorsque cet acte est
strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés
sont proportionnés à la gravité de l'infraction.

Article 122- 6

Est présumé avoir agi en état de légitime défense celui qui


accomplit l'acte :
1° Pour repousser, de nuit, l'entrée par effraction, violence
ou ruse dans un lieu habité ;
2° Pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages
exécutés avec violence

Article 122- 7

N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un


danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien,
accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien,
sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la
menace.
III - EXPOSÉ DE LA OU DES VIOLATION(S) DE LA CONVENTION
ALLÉGUÉE(S) PAR LE REQUÉRANT, AINSI QUE DES ARGUMENTS À
L'APPUI
STATEMENT OF ALLEGED VIOLA TION(S) OF THE CONVENTION AND OF
RELEVANT

ARGUMENTS

(Voir chapitre III de la note explicative)


(See Part III of the Explanatory Note)

Les requérants indiquent que l'atteinte portée à la vie de leur mari et


père, Maître Pierre-Georges Atallah constituent une violation de l'article 2
de la Convention, dont la partie pertinente se lit comme suit :

Article 2

« 1. Le droit de t out e personne à la vie est prot égé par la loi. La m ort ne
peut êt re infligée à quiconque int ent ionnellem ent , sauf en exécut ion d'une
sent ence capit ale prononcée par un t ribunal au cas où le délit est puni de
cette peine par la loi.

2. La m ort n'est pas considérée com m e infligée en violat ion de cet art icle
dans les cas où elle résult erait d'un recours à la force rendu absolum ent
nécessaire :

a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale ;

b) pour effect uer une arrest at ion régulière ou pour em pêcher l’évasion
d’une personne régulièrement détenue ;

c) pour réprim er, conform ém ent à la loi, une ém eut e ou une


insurrection. »

I – Sur la double violation de l'article 2

1/ Sur la viola t ion de l'a r t icle 2 e n r a ison du


m anquement des autorités à leur obligation positive de protéger le
droit à la vie

Il convient de rappeler les principes dégagés par la Cour aux


termes desquels l’article 2, qui garantit le droit à la vie et définit les
circonstances dans lesquelles il peut être justifié d’infliger la mort, se
place parmi les articles primordiaux de la Convention et ne souffre aucune
dérogation (Velikova c. Bulgarie, no 41488/98, § 68, CEDH 2000-VI).

Avec l’article 3, il consacre aussi l’une des valeurs


fondamentales des sociétés démocratiques qui forment le Conseil de
l’Europe. Les circonstances dans lesquelles il peut être légitime d’infliger la
mort doivent dès lors s’interpréter strictement (Salman c. Turquie [GC], no
21986/93, § 97, CEDH 2000-VII). L’objet et le but de la Convention,
instrument de protection des êtres humains, requièrent également que
l’article 2 soit interprété et appliqué d’une manière qui en rende les
exigences concrètes et effectives (McCann et autres c. Royaume- Uni, arrêt
du 27 septembre 1995, série A no 324, pp. 45-46, §§ 146-147 et
Karagiannopoulos c. Grèce, 27850/03, 21 juin 2007, § 52).

La première phrase de l’article 2 § 1 astreint l’Etat non


seulement à s’abstenir de provoquer la mort de manière volontaire et
illégale, mais aussi à prendre, dans le cadre de son ordre juridique
interne, les mesures nécessaires à la protection de la vie des personnes
relevant de sa juridiction (Kiliç c. Turquie, no 22492/93, § 62, CEDH 2000-
III). L’obligation de l’Etat à cet égard implique le devoir primordial
d’assurer le droit à la vie en mettant en place un cadre juridique et
administratif propre à dissuader de commettre des atteintes contre la
personne et s’appuyant sur un mécanisme d’application conçu pour en
prévenir, supprimer et sanctionner les violations. (Makarat zis c. Grèce
[GC], no 50385/99, CEDH 2004-XI, § 57)

La Cour a rappelé que les exceptions définies au paragraphe 2 montrent


que l'article 2 concerne : " …s les cas où la m ort a ét é infligée
int ent ionnellem ent , m ais que ce n'est pas son unique obj et . Le t ext e de
l'art icle 2, pris dans son ensem ble, dém ont re que son paragraphe 2 ne
définit pas avant t out les sit uat ions dans lesquelles il est perm is d'infliger
int ent ionnellem ent la m ort , m ais décrit celles où il est possible d'avoir «
recours à la force », ce qui peut conduire à donner la m ort de façon
involont aire. Le recours à la force doit cependant êt re rendu « absolum ent
nécessaire » pour at t eindre l'un des obj ect ifs m ent ionnés aux alinéas a) ,
b) ou c) " ( McCann et aut res c. Royaum e- Uni, précité, p. 46, § 148 ;
Issaïeva et autres c. Russie, nos 57947/00, 57948/00 et 57949/00, § 169,
24 février 2005 et plus récemment Saoud c. France, no 9375/02, 9
octobre 2007, § 88.)

L'emploi des termes « absolument nécessaire » donne à entendre qu'il


faut appliquer un critère de nécessité plus strict et impérieux que celui
normalement utilisé pour déterminer si l'intervention de l'Etat est «
nécessaire dans une société démocratique » en vertu du paragraphe 2 des
articles 8 à 11 de la Convention. En particulier, le recours à la force doit
être strictement proportionné à la réalisation des buts énumérés aux
alinéas 2 a), b) et c) de l'article 2 (, McCann et aut res, précité, p. 46, §
150 ; Ergi c. Turquie, arrêt du 28 juillet 1998, Recueil des arrêts et
décisions 1998-IV, pp. 1776-1777, § 79 ; Saoud c. France, précité, § 89)

Par conséquent, dans le cas d'espèce, la Cour doit conformément à sa


jurisprudence évaluer si le déroulement de l'opération des forces militaires
" dém ont re que les aut orit és ont déployé la vigilance voulue pour s'assurer
que t out e m ise en danger de sa vie avait ét é réduit e au m inim um et
qu'elles n'ont pas fait preuve de négligence dans le choix des m esures
prises" (Andronicou et Const ant inou c. Chypre, arrêt du 9 octobre 1997,
Recueil 1997-VI, p. 2102, § 181).

Les circonstances du meurtre de Maître Pierre-Georges Atallah


démontrent au contraire que non seulement la vie a été mise en danger
sans vigilance mais supprimée par un acte délibéré que rien n'excuse.

A/ Tant le statut de la F.I.N.U.L. que celui d'un militaire du


contingent français excluaient l'usage de la force à l'égard de Maître
Pierre-Georges Atallah.

Aux termes de sa Charte, l'Organisation des Nations Unies a


pour but de maintenir la paix et la sécurité internationales et de prendre à
cette fin des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter
les menaces à la paix.

Elle a le pouvoir de réprimer tout acte d'agression ou autre


rupture de la paix ainsi que de réaliser par des moyens pacifiques,
conformément aux principes de la justice et du droit international,
l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère
international susceptibles de mener à une rupture de la paix.

Les Chapitres VI et VII de la Charte énoncent les mesures


concrètes que le Conseil de sécurité peut prendre pour atteindre ce but.

Le Chapitre VI, consacré au règlement pacifique des


différends, stipule que tout différend susceptible de menacer le maintien
de la paix et de la sécurité internationales peut être porté à l'attention du
Conseil de sécurité ou de l'Assemblée générale.

Dès lors que le Conseil de sécurité constate l'existence d'une


menace contre la paix, il peut recourir aux pouvoirs de coercition dont il
dispose en vertu du Chapitre VII.

Le Conseil peut alors, en vertu de l'article 42, entreprendre au


moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge
nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix.

A cet effet, tous les Membres des Nations Unies s'engagent à


mettre à la disposition du Conseil de sécurité les forces, l'assistance et les
facilités nécessaires.

Les plans pour l'emploi de la force armée sont établis par le


Conseil de sécurité sur avis et avec l'aide du Comité d'état-major.
En 1978, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté
quatre résolutions dont le but était de maintenir la paix au LIBAN.

C'est ainsi que les résolutions 425, 426, 427 et 434 ont permis
la création de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, la
F.I.N.U.L., qui avait pour mandat de confirmer le retrait des forces
israéliennes du Sud-Liban, de rétablir la paix et la sécurité internationales,
et d'aider le gouvernement libanais à assurer la restauration de son
autorité effective dans la région.

Pour réaliser sa mission la F.I.N.U.L. a été dotée d'un


personnel militaire de 7000 hommes, tous grades confondus, fournis
notamment par la France, et placés sous le commandement du Général de
division. TROND FURUH.OVDE et lui-même placé sous l'autorité directe du
Conseil des Nations Unies.

Tel qu'énoncé dans le rapport du Secrétaire général du 19


mars 1978 et confirmé par la résolution 426/1978, la F.I.N.U.L. devait :
" j ouir de la libert é de m ouvem ent s et de com m unicat ion
et des aut res possibilit és qui sont nécessaires à
l'accomplissement de ses tâches",
"ne faire usage de la force qu'en cas de légit im e
défense".

La résolution 426 (1978) énonçait de plus: " que la légit im e


défense com prendrait la résist ance à t out e init iat ive de l'em pêcher par la
force de s'acquit t er de ses fonct ions, conform ém ent au m andat du Conseil
de sécurité".

B/ En l'occurrence, le recours à la force n'ét ait pas «


absolument nécessaire » et aucun fait justificatif ne peut être invoqué.

Maître Pierre-Georges Atallah n'était ni armé, ni porteur


d'objets dangereux de sorte que les militaires français ont usé de leur
arme de service à l'encontre d'un conducteur qui ne présentait aucune
menace.

L'absence de plaque minéralogique avant, le fait qu'il ait


refusé d'obtempérer à un barrage sont des éléments de fait qui relèvent
exclusivement de l'affirmation des militaires français et n'ont été
corroborés par aucun témoignage ou aucun élément objectif de
"l'enquête".

Ils ne sauraient justifier en aucun cas le droit d'infliger la


mort.
Au contraire, l'inspection du véhicule de Maître Pierre-Georges
Atallah après sa mort n'a révélé la présence d'aucun objet suspect
susceptible d'être utilisé comme arme.

En outre m ê m e si l'on se r é fè r e e x clusive m e nt a u


r a ppor t é t a bli pa r la Brigade prévôtale de Beyrouth, c'e st - à - dir e pa r
l'Armée française elle-même, les militaires prétendent avoir obéi à un
ordre donné par la radio le 24 avril 1983 au poste militaire stationné à
Beyrouth, la FMSB, en détachement auprès de la F.I.N.U.L. qui ne leur
permettait pas de tuer.

En effet, il est allégué que cet ordre était le suivant :


« 1° arrêter une Austin bleue,
2°) immatriculée 326 917,
3°) arrêter avec précaution, personnel armé ».

Or, le meurtre de Maître Pierre-Georges Atallah peut en aucun


cas correspondre à l'exécution de cet ordre puisque :

en premier lieu, les militaires ont tiré sur un véhicule


Austin de couleur orange;

en deuxième lieu, le véhicule appartenant à Maître


Pierre-Georges Atallah était immatriculé 309 036, c'est-
à-dire très différemment du véhicule signalé ;

en troisième lieu, un ou plusieurs militaires a fait usage


de son arme de service contre un conducteur qui ne
présentait aucune menace;

enfin, ni Monsieur SEYER ni les autres militaires n'ont


pris aucune "précaution" pour arrêter le véhicule de
Maître Pierre-Georges Atallah.

Monsieur SEYER aurait donc reçu – selon les éléments de


"l'enquête" - l'ordre de participer au dispositif d'interception d'un véhicule
de couleur bleue immatriculé 326 917, et ce précautionneusement,
puisque ses occupants étaient supposés être armés.

Or, les circonstances de la mort de Maître Atallah démontrent


que l'on a volontairement tiré de manière inconsidérée sur un véhicule ne
correspondant pas au signalement qui lui avait été donné, si bien que son
acte ne peut être rattaché à une nécessité quelconque de recourir à la
force.

C/ En aucun cas, le soldat SEYER (ou un autre militaire) n'a «


fait usage de son arm e pour préserver sa vie, m ise en danger par le
com port em ent de Maît re At allah », conclusion de "l'enquête" reprise à tort
dans la motivation du jugement puis de la Cour d'Appel de Paris.

Mademoiselle Lynn Atallah, déterminée à éclaircir les


circonstances de la mort de son père et d'en trouver les responsables, a
effectué en 1999 des démarches auprès du Ministère de la Défense
Nationale Libanaise.

Elle a pu prendre possession des différents rapports de police


établis par les autorités libanaises immédiatement après le meurtre de
Maître Pierre-Georges Atallah, qui ne figu r a ie n t pa s da ns " l'e nquê t e "
de l'armée française.

Les constatations, effectuées par un médecin légiste


indépendant, - le docteur Sayegh - contredisent totalement la théorie
d'une prétendue courte rafale qui aurait été tirée par Monsieur SEYER seul
et justifiée par la légitime défense.

L'analyse du rapport médico-légal établi par le docteur Sayegh


le 25 avril 1983 fait notamment état de blessures trop nombreuses, et
trop hétérogènes dans leur positionnement sur le corps de la victime, pour
conforter la thèse selon laquelle seules cinq balles auraient été tirées, en
courte rafale, par Monsieur SEYER .

Les conclusions du médecin légiste sont édifiantes puisqu'il


indique

" Ces blessures résult ent d'une rafale de plusieurs cart ouches
de deux armes à feu différentes, ce qui souligne que

1) les grands t rous résult ent des fracas de


l'explosion des balles ou des proj ect iles de grand calibre qui ont ét é t irés
de droite vers la gauche et inversement; (plus de quinze impacts)

2) il y a des blessures susm ent ionnées ayant


ent re 5 et 8 m illim èt res de long dont le nom bre n'est pas m oindre que 5
et qui sont causées par les coups d'une arm e à feu, t irés de l'avant vers
l'arrière probablement ".

Maître Pierre-Georges Atallah a donc été pris sous le feu croisé


et prolongé de deux armes dont une de gros calibres.

Le "rapport" de l'armée française établi après le meurtre


n'explique d'aucune manière l'existence d'impacts de tailles différentes
correspondant à des tirs de différents diamètres et de provenances
distinctes.

Il est simplement établi que plusieurs personnes ont tiré.


L'affirmation d'une réaction du soldat SEYER en situation de
légitime défense est donc manifestement mise à néant

Il s'agit d'un acte délibéré et non de l'exécution d'un ordre.

D / La légitime défense implique une menace et ne peut être


invoquée que si la riposte est proportionnée à la menace.

Tel n'était pas le cas en l'espèce.

La Cour a toujours rappelé dans sa jurisprudence " que la


prem ière phrase de l’art icle 2 im pose aux Et at s cont ract ant s l’obligat ion
non seulem ent de s’abst enir de donner la m ort « int ent ionnellem ent » ou
par le biais d’un « recours à la force » disproport ionné par rapport aux
but s légit im es m ent ionnés aux alinéas a) à c) du second paragraphe de
cet t e disposit ion" ( arrêts L.C.B. c. Royaum e- Uni du 9 juin 1998, Recueil
des arrêt et décisions 1998-III, § 36, et Keenan c. Royaume- Uni du 3 avril
2002, no 27229/95, § 89, CEDH 2001-III ou Pereira Henriques c.
Luxembourg, n o 60255/00, 9 mai 2006, § 54).

L'acte prétendu de défense du soldat SEYER aurait été, en tout


état de cause, disproportionné.

L'enquête menée sur les lieux a permis de constater que


Maître Pierre-Georges Atallah n'avait commis aucun acte d'agression et
qu'il ne transportait aucune arme.

Les déclarations du soldat SEYER qui aurait tenté d'arrêter le


véhicule sont contredites par les propos rapportés dans le "rapport
d'enquête" militaire selon lesquels Maître Pierre-Georges Atallah aurait dit:
"Pourquoi avez- vous tiré ?" (PV n ° 53/03)

De son propre aveu (PV n° 52/03), le soldat SEYER a tiré au


jugé, ce qui exclut un usage mesuré d'une arme à feu.

En premier lieu, le soldat SEYER a eu le temps de tirer sur le


véhicule conduit par Maître Atallah avant de s'écarter, ce qui prouve qu'il
n'avait pas besoin de faire usage de son arme pour ne pas être heurté par
le véhicule.

En second lieu, pour assurer sa mission, le soldat SEYER


aurait pu se contenter de tirer dans les roues du véhicule sans risquer
d'atteindre son conducteur.

Or le véhicule n'a été touché qu'à l'endroit du pare brise ou se


trouvait le conducteur.
Il ya lieu de tenir compte de l'importance de l'armement du
militaire au regard de la mission alléguée.

Il était armé d'un fusil d'assaut FAMAS dont la portée pratique


est de 300 m. et dont les caractéristiques principales sont une vitesse
initiale de projectile de 960 m/s, ce qui le rend dangereux jusqu'à environ
1000 m (en cas de balle perdue par exemple), avec une portée théorique
maximale de 3200 m (angle de tir de ± 45°). Son mécanisme assure deux
modes de tir : coup par coup et rafale. Sa cadence de tir, élevée pour un
fusil d'assaut, est d'environ 1000 coups/minute.

De plus selon l'enquête, l'éclairage du dispositif, dont il est


précisa qu'il avait été assuré par la Compagnie d'Éclairage et d'Appui du
3ème RIMA (dont c'est la spécialité), permettait parfaitement de
distinguer la différence notable qui existe entre un véhicule de couleur
bleue et un véhicule de couleur orange.

Le lieutenant Renaud a déclaré:


«... Dans l'unit é, nous ne som m es pas dot és d'équipem ent
réfléchissant- ; t out efois, j e pe nse que l'endroit du disposit if où a eu lieu
l'accident é t a it bie n visible du fait que la rue perpendiculaire à la rue de
Dam as ( le post e ét ait sit ué au carrefour) ét ait éclairé par des lampadaires
».

Monsieur SEYER ne peut prétendre avoir eu du mal à


distinguer le véhicule.

"L'enquête" a relevé que Monsieur SEYER , armé, aurait


ouvert le feu quand le véhicule se trouvait à 4 ou 5 mètres de lui, sans
viser.

Monsieur SEYER a confirmé dans sa déposition du 24 avril


1983 (pièce 52/03)
" J'ai saisi m on arm e, j 'ai arm é et t iré une rafale de cinq
cartouches au jugé, sans viser.'

Il a tiré " au j ugé, sans viser" sur un véhicule qui se trouvait à


5 mètres de lui, soit à une distance d'où il pouvait parfaitement

- distinguer la couleur du véhicule,


- apprécier le nombre de passagers,
- en dernier recours, viser les pneus afin d'immobiliser le
véhicule.

En outre Monsieur SEYER a déclaré avoir eu le temps d e


s'écarter du véhicule après avoir tiré, ce qui prouve qu'il n'avait pas
besoin de faire usage de son arme pour ne pas être heurté par le véhicule.
En tout état de cause, il ressort de l'enquête de flagrant délit
que

- Monsieur SEYER a lui-même reconnu que l'on n'avait aucun


mal à distinguer le véhicule de Maître Atallah, la rue étant
suffisamment éclairée ;
Il pouvait donc déterminer la couleur du véhicule qui n'était
pas bleue mais orange

- il disposait, servi en cela par la logistique de sa compagnie,


des moyens matériels pour s'assurer que le véhicule de la
victime n'était pas celui qu'il devait intercepter

- il a ouvert le feu en rafale sans viser alors que le véhicule


se trouvait à 4 ou 5 mètres de lui, sans être menacé,
- - s'agissant d'une interception, elle aurait pu se réaliser
après, et le militaire a donc pris sans aucune nécessité, de
son propre aveu, la décision délibérée de tuer.

En outre, il doit être rappelé que ces affirmation sont en


contradiction avec les conclusions du rapport médico-légal libanais établi
par le Docteur Sayegh, le 25 avril 1983 qui indique que les: « blessures
résult ent d'une rafale de plusieurs cart ouches de deux arm es différent es
».

Ces déclarations, effectuées par un médecin légiste


indépendant, contredisent totalement la théorie d'une prétendue courte
rafale tirée exclusivement par le soldat SEYER.

En tout état de cause, et même dans cette hypothèse, la


réaction de Monsieur SEYER serait totalement disproportionnée puisqu'il a
ouvert le feu avec une arme automatique très puissante, sans viser, en
tirant directement dans l'habitacle d'un véhicule qui se trouvait à 5 mètres
de lui.

En outre, pour s'être engagé dans l'infanterie française, pour


avoir sollicité son détachement auprès de la F.I.N.U.L., et subi un
entraînement intensif à cette fin, Monsieur Didier SEYER (ou les autres
soldats français) ne pouvait ignorer les conséquences mortelles que
pouvait avoir l'usage de son arme à feu, le fusil FAMAS.

Il en résulte que Monsieur SEYER était parfaitement aguerri à


ce type d'opération et rien ne justifiait de sa part une attitude d'une telle
hostilité à l'encontre de Maître Pierre-Georges Atallah.

Si pour des militaires dans le cadre de leur mission, le meurtre


est un acte théoriquement envisageable, il n'en reste pas moins qu'en
l'espèce d'autres solutions étaient possibles au titre desquelles figurait
l'arrestation de Maître Pierre-Georges Atallah.

On rappellera qu'en matière de respect du droit à la vie, " la


charge de la preuve pèse sur les aut orit és, qui doivent fournir une
explicat ion sat isfaisant e et convaincant e" (Salm an c. Turquie [GC], no
21986/93, § 100, CEDH 2000-VII, Çakici c. Turquie précité, Ert ak c.
Turquie, no 20764/92, § 32, CEDH 2000-V, Tim urt as c. Turquie, no
23531/94, § 82, CEDH 2000-VI et également McKerr c. Royaum e- Uni, no
28883/95, 4 mai 2001, CEDH 2001-III § 109).

Tel ne saurait être le cas en l'espèce.

Dès lors, il est manifeste qu'il y a eu, en l'espèce,


manquement à l'obligation positive incombant aux autorités de protéger la
vie de Maître Pierre-Georges Atallah.

2. Sur la violation de l'article 2 pour absence d'enquête effective.

La Cour a déjà jugé qu'en astreignant l’Etat à prendre les


mesures nécessaires à la protection de la vie des personnes relevant de sa
juridiction (L.C.B., précité, § 36), l’article 2 § 1, " requiert, par implication,
qu’une enquêt e officielle effect ive soit m enée lorsqu’il y a des raisons de
croire qu’un individu a subi des blessures pot ent iellem ent m ort elles dans
des circonst ances suspect es. L’enquêt e doit perm et t re d’ét ablir la cause
des blessures et d’identifier et sanctionner les responsables."

Il s’agit essentiellement, au travers d’une telle enquête, d’assurer


l’application effective des lois internes qui protègent le droit à la vie et,
dans les affaires où des agents ou organes de l’Etat sont impliqués, de
garantir que ceux-ci aient à rendre des comptes au sujet des décès
survenus sous leur responsabilité. (McKerr c. Royaum e- Uni du 4 mai
2001, no 28883/95, § 111, CEDH 2001-III ; Slim ani c. France, no
57671/00, CEDH 2004-IX § 29 ; Pereira Henriques c. Luxem bourg,
précité, § 55 ).

Elle indique par ailleurs que "L’effectivité de l’enquête exige que les
autorités prennent les mesures raisonnables dont elles disposent pour
assurer l’obt ent ion des preuves relat ives aux fait s en quest ion, y compris,
entre autres, les dépositions des témoins oculaires, des expertises et, le
cas échéant, une autopsie propre à fournir un compte rendu complet et
précis des blessures et une analyse objective des constatations cliniques,
notamment de la cause du décès.

Ainsi, "Tout e déficience de l’enquêt e affaiblissant sa capacit é à ét ablir la


cause du décès ou les responsabilit és risque de faire conclure qu’elle ne
répond pas à cet t e norm e" (McKerr, précité, § 113, et Slimani, précité, §
32; Pereira Henriques c. Luxembourg, précité, § 57).
La nature et le degré de l'examen répondant au critère minimum
d'effectivité de l'enquête s'apprécient sur la base de l'ensemble des faits
pertinents et eu égard aux réalités pratiques du travail d'enquête. (arrêts
Tanrikulu c. Turquie [GC], no 23763/94, §§ 101-110, CEDH 1999-IV, Kaya
c. Turquie du 19 février 1998, Recueil 1998-I, pp. 325-326, §§ 89-91, et
Güleç c. Turquie du 27 juillet 1998, Recueil 1998-IV, pp. 1732-1733,
§§ 79-81).

Une exigence de célérité et de diligence raisonnable est implicite dans ce


contexte (Hugh Jordan c. Royaum e- Uni, no 24746/94, § 127, CEDH 2001-
III, §§ 108, 136-140, et Tahsin Acar c. Turquie [GC], no 26307/95, §§
223-224, CEDH 2004-III).

Il doit aussi y avoir un élément suffisant de contrôle public de l'enquête


ou de ses résultats, associant les proches de la victime à la procédure
dans la mesure nécessaire à la sauvegarde de leurs intérêts légitimes
(McKerr c. Royaume- Uni, précité, § 148).

Tout défaut de l'enquête propre à nuire à sa capacité d'établir la cause du


décès de la victime ou à identifier la ou les personnes responsables peut
faire conclure à son ineffectivité (Hugh Jordan c. Royaum e- Uni, précité, §
127 et Aktas c. Turquie, no 24351/94, § 300, CEDH 2003-V).

De même, pour qu'une enquête sur une allégation d'homicide illégal


commis par des agents de l'Etat soit efficace il faut que les personnes qui
en sont chargées soient indépendantes des personnes impliquées (arrêts
Güleç c. Turquie du 27 juillet 1998, Recueil 1998-IV, p. 1733, §§ 81-82,
et Ogur c. Turquie [GC], no 21594/93, §§ 91-92, CEDH 1999-III). Cela
suppose non seulement l'absence de lien hiérarchique ou institutionnel,
mais aussi une indépendance concrète. (arrêt Ergi c. Turquie, précité, §§
83-84)

1 ° / Su r l'indé pe n da nce de s e nquê t e ur s pa r r a ppor t a ux pe r sonne s


impliquées

Loin d'émaner d'une autorité indépendante, l'enquête aux fins de


déterminer les circonstances dans lesquelles il avait été porté atteinte à la
vie de Pierre-Georges ATALLAH et les responsabilités éventuelles
encourues a été diligentée par la gendarmerie nationale française (brigade
prévôtale), qui dépend de l'armée et circonscrit à cinq militaires membres
de l'armée.

2°) Sur l'e ffe ct ivit é de l'e nquê t e de la Br iga de Pr é vôt a le de


BEYROUTH :

L'enquête de la Brigade Prévôtale de BEYROUTH est constituée par :


- Un procès verbal de synthèse de quatre pages,
- Un procès verbal de transport et de constatations de mesures prises
de deux pages et de divers procès verbaux d'audition (quatre), ainsi
que d'un plan des lieux.

Les personnes entendues ont été exclusivement les militaires impliqués à


des titres divers dans le meurtre :

- le militaire Didier SEYER ,


- l'officier François MIOULET,
- le militaire de carrière Jacques RENAUD,
- le militaire de carrière Eric CHALVIE,
- le militaire de carrière Thierry PINGRENOT.

Outre, les nombreuses anomalies, inexactitudes ou insuffisances déjà


démontrées ( voir supr a 1 / ) il est manifeste que l'enquête a été conduite
de façon a mettre hors de cause les militaires.

Il n'y a eu aucune recherche de témoins, aucune enquête technique à


l'exception d'un plan sommaire

Il n'y pas eu d'autopsie de la victime jointe au rapport.

Les deux militaires ont été rapatriés en France dans les jours qui ont suivi
pour éviter qu'ils ne puissent être interrogés par les autorités libanaises.

L'enquête a donc eu pour objet exclusif d'homologuer une version des


faits (celles des militaires) et non la recherche de la vérité.

Il s'agit d'un document très bref hâtivement établi et clôturé le lendemain


des faits, dont l e procès verbal de synthèse de quatre pages se limite à:

- Une relation des faits émanant du Capitaine MIOULET, Commandant


de la CEA du Troisième Rima,
- L'audition des seuls auteurs du crime et de leurs supérieurs directs :
1. la déposition du Deuxième Classe Didier SEYER , qui se borne
à affirmer en ce qui le concerne qu'il "se serait m is face au
véhicule, aurait levé son bras gauche effect uant un signale
d'arrêt", qu'il aurait ouvert le feu alors que le véhicule se
trouvait à quatre ou cinq mètres de lui sans viser et qu'il
aurait dû faire un écart pour ne pas se faire renverser.
2. La déposition du Lieutenant RENAUD qui toutefois a avoué
quant à lui que l'unité ne disposait pas d'équipements
réfléchissants.
3. celle du Caporal Chef CHAUVIN indiquant qu'il faisait nuit et
qu'il n'y avait pas beaucoup de visibilité sur les véhicules.
En clôture des seules relations des militaires impliqués, l'enquête
mentionne :

- Que le véhicule Austin était démuni de plaque numérologique avant,


- Que le conducteur de ce véhicule n'aurait ni ralenti ni obtempéré
aux gestes d'arrêt du militaire français placé au milieu de la
chaussée,
- Que le militaire aurait " accompli sa mission en appliquant
strictement les consignes reçues de ses supérieurs".

Bien évidemment, "l'enquête" ne donne aucune explication sur


les recherches ou la réalit é de l'exist ence de la fam euse " Aust in bleue" ,
"immatriculée 326 917", qui aurait justifié la fusillade.

Ce sont ces constatations qui seront reprises in extenso malgré la


démonstration de leur caractère inexact par les décisions de justice
intervenues.

Il s'agit donc de la simple homologation de l'enquête des officiers de police


judiciaires des forces armées sur des faits reprochés à un membre des
forces armées.

3°) Sur le s é lé m e nt s fou r nis pa r l'e nquê t e m e né e pa r la police


militaire de la République Libanaise démontre au contraire :

que l'emplacement où l'accident a eu lieu n'avait aucunement fait


l'objet de l'installation d'un barrage permanant puisque que le
procès verbal (pièce n° 5) mentionne " nous n'avons décelé aucun
signal lum ineux, ni t rouvé d'échelle double propre au barrage, ni
aucun signal utilisé pour arrêter les voitures sur les barrages montés
non plus". (Procès-verbal du Ministère de la défense Nationale police
militaire libanaise, du 24/04/1983)
que selon les mêmes enquêteurs libanais la rue de l'accident n'était
pas éclairée, (contrairement au rapport français) ("La rue où
l'accident a eu lieu est de sept mètres de large, droite et
découverte. Seulement, la vision est mauvaise, vu que l'accident a
eu lieu en pleine nuit".
Que le corps a été transporte d’abord a l’hôpital des Pins (hôpital
français en dehors de Beyrouth)et non transporté non a l’hôpital
libanais de Beyrouth le plus proche
Que la police militaire libanaise a reçu instruction de ne pas mener
l'enquête concernant le militaire français "pour cause d'immunité" et
de se borner à désigner un médecin légiste,
Que toutes les conclusions de l'enquête de la Brigade s'effondrent à
la découverte des analyses de l'Expert militaire libanais en balistique
qui a procédé à l'inspection de la voiture et a démontré que seuls le
volant a été touché et le pare-brise brisé et que " les coups de feu
ont ét é t irés du côt é droit avant vis- à- vis du conduct eur et au
niveau horizont al du pare- brise." , ces constatations démontrant
donc bien que le conducteur de la voiture a été visé dans ses parties
vitales à hauteur du thorax et de la tête, à l'exception de toute autre
voiture.
Qu' il ajoute : " Il n'y a pas de traces de coups de feu à l'intérieur de
la voit ure." Le châssis ne porte aucune trace de projectiles tirés
(rapport n° 3499 du 04.05.1983 n° 2196/83). Ainsi, toutes les
balles ont été retrouvées dans le corps de la victime ce ce qui
anéantit la thèse de l'enquête française selon laquelle il s'agissait
d’arrêter le véhicule (ce qui aurait pu se faire en tirant sur les pneus
de la voiture pour immobiliser le véhicule).
Que selon les rapports libanais, il est précisé : " Nous avons vu que
la voit ure at t eint e n'a que son pare- brise brisé, alors que ses côt és
et à m êm e l'asphalt e une grande m arre de sang exist e." , la flaque
de sang et les balles dans le corps et non dans la voiture venant
confirmer le fait que la victime n’a pas été blessé mortellement
lorsqu’il était dans la voiture mais en dehors de sa voiture.

Plus encore la thèse, d'un feu ouvert par le soldat SEYER pour éviter que
le véhicule ne mette en danger sa vie est démentie par le fait que lorsque
le Lieutenant ABOUD et le Sergent NAGIB EL AKOUM de la police militaire
de l'armée libanaise ont examiné le corps de la victime, il était atteint de
plusieurs balles au niveau supérieur de l'épaule droite et au dessus du
sein gauche.

De plus, le doigt majeur de la main droite est amputé.

Enfin, il résulte du rapport d'autopsie du Docteur SAYEGUE qui révélait


que le cadavre était atteint :

" 1° ) D'un t rou horizont al ayant environ t rois cent im èt res de long sur deux
de large, un aut re d'environ cinq cent im èt res de long sur t rois de large au
niveau ant ério- supérieur de l'épaule gauche ent ouré de blessures ayant
entre trois et quatre millimètres de diamètre.

2° ) D'un t rou horizont al de deux cent im èt res et dem i de long sur 0,5
centimètres de large entre la cavité sous axiale et le sein gauche.

3° ) Un t rou causé par un coup de fouet d'environ dix cent im èt res de long
sur quat re de large environ à peu près sous le cent re de l'os claviculaire
gauche.

4° ) Deux blessures résult ant des coups de feu dont le diam èt re de l'une
est d'environ t rois m illim èt res, alors qu'une t roisièm e est d'environ cinq
millimètres au niveau de l'avant bras gauche du côté intérieur.
5°) Une pet it e blessure fine du côt é de l'avant- bras au niveau avant du
coude, une blessure résult ant d'une balle d'environ 3m m et une t roisièm e
ayant le même diamètre du côté intérieur du bras gauche.

6- Une blessure à cause d'une balle ayant_ environ 5 mm du côté


Gauche de la base du coup, une aut re de m êm e diam èt re " au dessus du
bout supérieur du sternum, une troisième réside à mi- distance du sternum
ayant un diam èt re ent re 5 et 6 m m , une quat rièm e ayant un diam èt re de
3 mm environ au centre et à la base de la dixième côte droite.

7- Une blessure ayant ent re sept et huit m m du côt é droit du vent re,
d'environ 6 à 7mm de diamètre est à une distance de dix cm à la droite du
nombril et à six cm de son côté postérieur.

8- Une blessure ayant ent re sept et huit m m sur le côt é ant éropost érieur
et supérieur de la cuisse droite.

9- Des blessures de différent es t ailles, ayant ent re deux et cinq m m


de long du côt é supérieur- droit de la poit rine, et du côt é ant éro-
post érieur de l'avant - bras droit , à quelques cm de l'aisselle, alors qu'une
autre existe au centre de l'avant - bras.

1 0- Des t rous de différent es t ailles, ayant ent re deux m m et 1 cm de


diamètre sur le côté antérieur du bras droit.

11 - Des fract ures au niveau cent ral de la m ain droit e, avec pert e de la 2e
et de la 3e phalange.

12- Des pet it es blessures variées sur le côt é front al ext érieur et
postérieur de la cuisse droite."

Ces constatations mettent à néant à la fois la méthode, les modalités et le


scénario invoqué par "l'enquête" des autorités françaises puisque le
médecin a pu constater les conséquences d'un tir nourri et acharné sur le
corps de la victime puisqu'il a identifié et mesuré u n m in im um de se ize
balles (de fusil mitrailleur ayant occasionné des perforations allant
j usqu'à 1 0 cm de long sur qua t r e ce nt im è t r e s de la r ge ) , et d'une
multitude d'autres trous causés par des projectiles de moindre calibre

Ainsi, les seules conclusions de ce rapport d'autopsie découvert au Liban


en 1999 établissent que le s ble ssur e s r é sult e nt d'une r a fa le de
plusie ur s ca r t ouche s de de ux a r m e s à fe u diffé r entes, ce qui
souligne que :

1° ) Les grands t rous résult ent des fracas de l'explosion des balles ou des
proj ect iles de grand calibre qui ont ét é t irés de droit e vers la gauche et
inversement.
2° ) I l y a des blessures susm ent ionnées ayant ent re cinq et huit
m illim èt res de long dont le nom bre n'est pas m oindre que celles qui sont
causées par les coups d'une arm e à feu t irés de l'avant vers l'arrière
probablement.

3° ) Les proj ect iles ont ét é t irés d'une dist ance excédant cinquant e
centimètres.

4°) Les petites blessures sont dues à deux petits éclats.

5°) le décès a été causé par une forte hémorragie fatale.

Ainsi il convient de constater que le rapport d'enquête diligenté par les


autorités françaises n'a eu pour objet que de tenter contre toutes les
évidences objectives, d'établir une situation de légitime défense, seule cas
ou le mandat des forces de la FINUL autorisait le recours aux armes, pour
exonérer les militaires.

Un tel procédé ne peut correspondre à la notion d'enquête effective.

Enfin, il convient de souligner ce que vient de rappeler la Cour dans un


arrêt récent Dölek c. Turquie du 2 octobre 2007, qui trouve toute sa
portée et sa pertinence dans le présent litige :

" les exigences de l'article 2 s'étendent au-delà du stade de l'enquête


officielle, lorsqu'en l'occurrence celle-ci a entraîné l'ouverture de
poursuites devant les juridictions nationales : c'est l'ensemble de la
procédure, y compris la phase de jugement, qui doit satisfaire aux
impératifs de l'obligation positive de protéger la vie par la loi. […] les
juridictions nationales ne doivent en aucun cas s'avérer disposées à laisser
im punies des at t eint es à la vie. Cela est indispensable pour m aint enir la
confiance du public et assurer son adhésion à l'Etat de droit ainsi que pour
prévenir t out e apparence de t olérance d'act es illégaux, ou de collusion
dans leur perpét rat ion. La t âche de la Cour consist e donc à vérifier si et
dans quelle m esure les j uridict ions, avant de parvenir à t elle ou t elle
conclusion, peuvent passer pour avoir soum is le cas devant elles à
l'examen scrupuleux que demande l'article 2 de la Convention, pour que la
force de dissuasion du syst èm e j udiciaire m is en place et l'im port ance du
rôle que celui- ci se doit de j ouer dans la prévent ion des violat ions du droit
à la vie ne soient pas amoindries (Dölek c. Turquie n o 39541/98 arrêt du 2
Octobre 2007 § 75).

Cette évocation récente de l'impérieuse nécessité de protéger le droit à la


vie trouve toute sa place dans l'analyse du présent litige.
Dès lors, il y a eu, en l'espèce, manquement à l'obligation positive
incombant aux autorités de procéder à une enquête officielle effective sur
les circonstances exactes de la mort de Maître Pierre-Georges Atallah.

3 Sur la violation de l'article 6 § 1 de la Convention

La requérante estime ne pas avoir bénéficié de son droit à un


procès équitable garanti par l'article 6-1 de la Convention européenne
des droits de l'homme dont les dispositions pertinentes se lisent ainsi :

Article 6 :
1. Tout e personne a droit à ce que sa cause soit ent endue équit ablem ent ,
publiquem ent et dans un délai raisonnable, par un t ribunal indépendant et
im part ial, ét abli par la loi, qui décidera, soit des cont est at ions sur ses
droit s et obligat ions de caract ère civil, soit du bien- fondé de t out e
accusation en matière pénale dirigée contre elle. violation de l'article 6 § 1
de la Convention en invoquant une absence de motivation car l'adoption
des motifs des premiers Juges n'est susceptible de constituer une
motivation qu'à la condition expresse que cette première motivation soit
elle-même suffisamment détaillée.

Force est de constater que le Tribunal de Grande Instance de PARIS dans


son jugement du 31 mai 2003, comme la Cour d'Appel dans son arrêt, se
sont fondés exclusivement sur une enquête émanant de la Brigade
Prévôtale de BEYROUTH.

Selon la motivation des décisions de justice, le meurtre de Maître Pierre-


Georges Atallah, qualifié de simple "accident" aurait fait l'objet d'une
enquête effective et complète.

Le Tribunal se borne à indiquer que “ le m ilit aire Monsieur SEYER a bien


agit dans le cadre et en conform it é avec des ordres qui lui ont ét é donnés
par sa hiérarchie à savoir " arrêt er une Aust in bleue im m at riculée 326917,
arrêter avec précaution, personnel armé" ”.

Le Tribunal se borne à homologuer les conclusions de l'enquête de l'armée


selon lesquelles Maître Pierre-Georges Atallah circulait bien à bord d'un
véhicule Austin, omettant de rappeler :

- que la couleur est différente,


- qu'il était dépourvu de plaque d'immatriculation avant,
- qu'il n'aurait pas obtempéré aux signes du militaire français lui
demandant de ralentir,
- que l'éclairage public était inexistant, ce qui explique que Monsieur
SEYER n'aurait pas reconnu la couleur du véhicule, mais par contre
que le dispositif de contrôle où a eu lieu l'accident aurait été quant à
lui "bien visible".
Le Tribunal excipe également d'un " cont ext e part iculièrem ent dangereux
au m om ent des fait s" et " not am m ent d'une at t aque à l'explosif cont re un
poste de sécurité français à CHATILA survenu huit jours auparavant", pour
en conclure que le " m ilit aire aurait fait légit im em ent usage de son arm e
pour préserver sa vie".

L'ensemble de cette motivation démontre que l'enquête sur laquelle se


sont fondées les juridictions pour ne pas réparer l'atteinte du droit à la vie
était insuffisante, partiale ou erronée.

Si l'on se réfère à la jurisprudence de la Cour, les décisions des cours et


des tribunaux doivent indiquer de manière suffisante les motifs sur
lesquels elles se fondent, de manière à montrer que les parties ont été
entendues et à garantir la possibilité d'un contrôle public de
l'administration de la justice (Hirvisaari c. Finlande, no 49684/99, arrêt du
27 septembre 2001 § 30).

Certes le “droit à la motivation” n’est pas absolu mais il convient de


rechercher si les juridictions de droit interne ont ou non procédé à
l’interprétation de tous les éléments constitutifs d’une infraction et s'il a
été fait ou non une analyse des preuves versées par les requérants au
sens du récent arrêt Boldea c. Roumanie no 19997/02 du 15 février 2007.

En la matière, si l'obligation pour les tribunaux de motiver les décisions


doit s'analyser "à la lumière des circonstances de chaque espèce" et si une
juridiction d'appel peut se borner,”en principe”, à faire siens les motifs de
la décision entreprise ( Helle c. Finlande du 19 décem bre 1997, Recueil
1997- VI I I , p. 2930, §§ 59- 60), elle ne saurait être admissible en la
circonstance puisque la juridiction d’appel ne corrige pas le raisonnement
erroné des premiers juges.

Or, si une Cour d’Appel peut déclarer adopter les motifs des premiers
juges c’est à condition que la première décision soit correctement
motivée, ce que la Cour de Strasbourg se réserve donc de vérifier en
remontant la filière des motivations successives.(Hirvisaari c. Finlande,
précité, §§ 32-33).

Il est ainsi manifeste qu'il y a eu violation l'article 6-1 de la Convention.