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<a href=Annales. Économies, Sociétés, Civilisations Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus Joël H. Grisward Citer ce document / Cite this document : Grisward Joël H. Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus . In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28 ᵉ année, N. 1, 1973. pp. 142-145 ; http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1973_num_28_1_293335_t1_0142_0000_2 Document généré le 12/03/2016 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

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Grisward Joël H. Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28année, N. 1, 1973. pp. 142-145;

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<a href=Annales. Économies, Sociétés, Civilisations Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus Joël H. Grisward Citer ce document / Cite this document : Grisward Joël H. Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus . In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28 ᵉ année, N. 1, 1973. pp. 142-145 ; http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1973_num_28_1_293335_t1_0142_0000_2 Document généré le 12/03/2016 " id="pdf-obj-0-26" src="pdf-obj-0-26.jpg">

MYTHES, SIGNES, GESTES, IMAGES ET SONS

Du mythe au roman

Du mythe au roman г fait partie de cette mise au point que, depuis quelque temps, Georges Dumézil a entreprise « dans le souci de préparer pour l'inévitable autopsie un cadavre aussi propre que possible, de livrer à la critique du proche avenir, sous une forme organisée et améliorée, les résultats de trente ans d'efforts inégalement réussis 2 ». L'ouvrage rassemble la totalité des études que, jadis et naguère, l'auteur a consacrées aux Saxonis Gesta Danorum, à l'exception toutefois des analyses relatives à Starcatherus

...

contenues, elles,

dans Mythe et épopée II 3.

Outre La saga de Hadingus, publiée une première fois en 1953 dans la Bibliothèque de l'École des Hautes Études, section des Sciences religieuses, vol. LXVI, nous trouvons réunis ici cinq essais parus dans diverses revues ou Mélanges ainsi qu'un sixième inédit 4. L'intérêt de G. Dumézil pour l'œuvre de Saxo Grammaticus s'est, au fil des années, déplacé, et la promotion au rang de titre de ce qui n'était que le sous-titre du livre de 1953, Du mythe au roman, est un symptôme suffisamment lisible de cette évolution : plus encore que le témoignage sur la mythologie Scandinave, ce qui fascine chez ce clerc danois des xiie-xnie siècles c'est le moyen qu'il offre de cerner le passage du mythologique au romanesque, la possibilité de

1 . Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus (Saxo Grammaticus ,

I,

v-viii)

et

autres

essais,

Paris, P.U.F.

(Coll. Hier), 1970, 208 p.

Georges Dumézil, Heur et malheur du guerrier. Aspects mythiques de la fonction

2.

guerrière chez les Indo-Européens , Paris, P.U.F. (Coll. Hier), 1969, p. 5.

3.

Georges Dumézil, Mythe et épopée II.

épiques indo-européens : un héros,

Types

un sorcier, un roi, Paris, Gallimard N.R.F.,

Biblioth.

des sciences

humaines,

1971,

pp. 13-132.

4.

Appendice II, Gram, pp. 147-157.

142

saisir une méthode de transposition, de dégager les procédés mis en œuvre par un historien médiéval pour métamorphoser des mythes en « histoire », c'est- à-dire en roman. C'est dire que le présent ouvrage intéresse, tout autant que les mythologues, les professionnels des « chemins de l'écriture ».

Les cent premières pages visent à démontrer que la biographie héroïque de Hadingus — l'un des rois fabuleux du Danemark [Gesta Danorum, I, v-viii) —

a été fabriquée par Saxo à l'aide

d'éléments puisés essentiellement

dans

la

mythologie du

que

dieu Nj ôrdr, « en sorte

le roman s'interprète comme une

structure littéraire dérivée de la

structure religieuse du mythe (p.

120) ».

Le premier chapitre fait justice de la thèse « historiciste » : Hadingus n'est pas

le viking Hasting (pp. 21-28). La fragilité des rapprochements proposés par A. 01- rik, G. Neckel et P. Hermann n'autorise

pas plus à conclure à l'identité des deux personnages que l'illusoire similitude de leurs noms. Il faut donc renoncer à

l'histoire

et

chercher dans

la

mythologie

Scandinave, et plus précisément dans les

mythes

du

dieu Njôrdr,

l'origine des

événements rapportés par Saxo. De fait

il

existe

« trois

épisodes pour lesquels

saga est

l'analogie

du mythe et de la

unanimement reconnue (p. 30) » : le duo

des

époux mal

assortis

(Hadingus

et

Regnilda —

Saxo, I, viii, 18-19 // Njôrdr

et Skadi — Gylfaginning, 12, pp. 30-31) ; le choix du mari d'après ses pieds (ses

jambes)

nus

(Hadingus et Regnilda

— Saxo, I, viii, 13 // Njôrdr et Skadi —

Bragaroedur, 2 ou Skalds kap armai, 3 fin,

pp.

80-81) ; la navigation merveilleuse

(Hadingus — Saxo, I, viii, 15 // Njôrdr —

Gylfaginning, 11 fin, p. 30). Loin d'être de simples motifs folkloriques, arbitrairement et fortuitement groupés autour de Njôrdr et de Hadingus, ces trois

péripéties répondent très

exactement à

la

définition fonctionnelle du dieu (dieu

MYTHES, SIGNES, GESTES, IMAGES ET SONS

vane, dieu de troisième fonction) ; et la

solidarité qui unit au sein du mythe et, à un degré moindre, dans la saga duo et

mariage

à

un

oblige par ailleurs

à

conclure

emprunt,

maladroit et déformé

certes, mais indubitable,

du roman

au

mythe. Au demeurant, à ces trois points

de rencontre, dont G. Dumézil reprend

tout d'abord l'analyse

(pp.

29-35),

convient d'en ajouter un quatrième

signalé dès

1843

par

W.

Millier

:

«

il

si

Njôrdr a Freyr pour fils et successeur

dans YYnglingasaga, Hadingus a pour fils et successeur le premier de ces ' Fro-

thones

' auxquels

Saxo a

incorporé

en

doses variables des éléments de ' Fródi ',

le contemporain et le doublet danois de

Freyr

( p. 30)

».

Mais l'homologie de

Njôrdr

et

de

Hadingus ne se réduit pas, tant s'en faut,

à ce bilan partiel, à ces quatre aspects

déjà répertoriés.

A l'idée d'emprunts

isolés et fragmentaires, G. Dumézil substitue la notion de structure : « La carrière

de Hadingus suit

celle de Njôrdr dans

son mouvement général, dans sa division caractéristique en deux périodes opposées, l'une typiquement ' vane ', l'autre

contrôlée par Ódinn » (p. 46). Si dans la

seconde période de sa vie — la

période

odinique — le héros présente, à l'instar

du

dieu,

les

deux

seuls

traits

« que

mythologie attribue à Njôrdr dans

la

la

deuxième période, odinique, de sa

carrière,

et qui sont, quant

à Njôrdr,

solidaires : le mariage mal assorti avec une

femme montagnarde qui n'aime pas la

mer ; la puissance sur la marche des vents et sur la navigation (p. 56) », en revanche

la

période initiale

«

est

tout

entière

construite sur les deux traits qui,

dans

la mythologie, caractérisaient différen- tiellement et péjorativement les Vanes :

la morale de la volupté et de la liberté sexuelle, comportant la pratique de

l'inceste ;

une forme réputée

honteuse et

blâmable de magie

(p. 56) ». L'étrange

liaison entre

Hadingus

et sa

« mère

»

nourricière, la géante Harthgrepa, tout comme l'insolite invitation à l'inceste et l'apologie du plaisir que Saxo met dans la bouche de celle-ci, se trouvent suffisamment expliqués et justifiés par l'analogie avec les ménages vanes et l'intention de l'auteur de transposer en termes

ď « histoire » lés récits relatifs à Njôrdr et à l'inceste initial des Vanes. Dans la même perspective, l'évocation du mort,

fatale à Harthgrepa, constitue, opposée à la « magie noble » ď Ódinn, une

adaptation du seidr,

de

la

«

magie

basse

»

caractéristique des dieux Vanes.

Saxo Grammaticus, composant la

« historique » du second

biographie

des

Skjôldungar,

a

donc

pris pour

modèle

l'histoire mythique de Njôrdr, calquant en particulier l'opposition structurale entre la « partie Vane » et la « partie Ase » de la carrière du dieu. Toutefois lorsque l'on examine le jeu des correspondances entre le niveau mythique et le niveau romanesque, une question se pose :

pourquoi, dans le système d'oppositions qui sous-tend et réalise l'antithèse

fondamentale vaniquej odinique, l'auteur a-t-il, en face du « vieillard borgne » (limpide avatar d'Odinn), mis en scène comme protectrice et mentor de Hadingus durant la moitié vanique de sa. vie, toute chargée des « valeurs vanes », une géante, et non pas l'héritière de quelque figure féminine vane ?

Pour G. Dumézil, la réponse est fournie par l'énigmatique excursus mythologique qui sert en quelque manière de préface

à la saga (Saxo, I, v, 2-6). Dans la mesure

elle

énonce

une

«

parenté,

[une]

filiation entre les géants et les dieux qui

tiennent la place

affirme que

« les

des Vanes

»,

elle

êtres

qui tiennent la

place des Vanes, et eux seuls, sont à la fois dieux et géants (p. 85) », cette mystérieuse Gôttertheorie éclaire le glissement

opéré par

Saxo du type Vane au

type

géant (« une géante, Harthgrepa, fait la démonstration des caractères typiques de la race Vane (p. 86) »), glissement parfaitement compréhensible dès lors que l'on considère les notions pour le moins confuses de Saxo sur le panthéon Scandinave et que l'on se souvient des traits

(richesse, lubricité) que

les traditions

nordiques prêtent indifféremment aux Vanes et aux géants. Au reste l'exposé de

mythologie générale ne limite pas son

intérêt à la justification du rôle « fonctionnel » d'Harthgrepa, il définit en outre différentiellement les trois

catégories

de

personnages qui se partagent

l'intrigue : « La saga de Hadingus roule

143

COMPTES RENDUS

autour d'un héros de type Vane,

démarqué

du

grand

Vane

Njôrcîr ;

confié

d'abord à un être de la première espèce,

à un géant, le héros vit,

dans une partie

de sa carrière, avec la fille de ce géant,

laquelle présente en réalité les caractères

des êtres de la troisième espèce

[= Vanes] ;

puis, dans l'autre partie de sa carrière,

il

passe sous la conduite d'Odinn,

qui

représente au

mieux

les

êtres

de

la

seconde espèce

[=

Ases]

(p.

90)

».

Le premier excursus mythologique

ainsi intégré à l'ensemble du dessein de

Saxo Grammaticus, restait à éliminer le

résidu,

à

savoir la

seconde digression

mythologique, l'histoire de Mithothyn

(Saxo, I, vii,

1-3). Or cet épisode

qu' « une n'est,

parasitaire

forme selon

écrasée

toute de vraisemblance,

l'ensemble du

récit mythique sur la guerre des Ases et

des Vanes » (p. 104). La démonstration,

dans le détail de laquelle il ne nous est

pas

possible

d'entrer,

est

des

plus

convaincantes,

et

il

est

assez

remarquable que le chanoine de Lund a inséré

ce

récit « à peu

près exactement

à la

place où il comble la lacune laissée par la

transposition romanesque » (p.

105), ce

qui constitue un argument

supplémentaire en faveur de la thèse dumézilienne :

l'homologie de Njôrdr et de Hadingus,

du dieu et du héros, ne se limite pas aux

quatre analogies signalées au xixe siècle;

l'ensemble de la structure romanesque

s'explique par le projet conscient de l'auteur

de calquer l'ensemble du récit mythique,

projet qui rend compte à la fois de « la

division et

[de] la double signification

des deux carrières » et des « deux excursus

mythologiques » : « Ce qui n'a pu

s'humaniser et passer dans la saga comme telle,

dans la biographie romanesque de

Hadingus, l'auteur Га inséré comme une

parenthèse encore mythologique

...

(p.

105). »

Reste le problème, complexe a priori,

du nom du héros : Hadingus. « Son nom,

malgré un -d- non géminé, est identique

à

celui d'un couple

de

frères

dont les

poèmes eddiques et les sagas font

plusieurs fois mention

...

les Haddingjar, les

deux plus jeunes des douze fils d'Arn-

grimr

(p.

110).

»

La

comparaison de

certains aspects de la vie aventureuse

de Hadingus — aspects pour lesquels la

mythologie de Njôrcîr n'offre aucun

144

lèle — avec les traditions Scandinaves

concernant le héros Helgi invite à former

l'hypothèse que la carrière de Hadingus

« prolonge la carrière d'un

héros » Had-

dingjaskati « [Champion des HaddingjarJ

ou même, directement, d'un Haddingr :

son nom est donc fondamental (p. 114) ».

Mais quelle affinité y avait-il entre le nom

et la personnalité des Haddingjar d'un

côté et de l'autre le dieu Njôrcîr ? G.

Dumézil aborde ici une nouvelle fois le

problème des « couples de dieux de troisième

fonction ». Au terme d'une analyse

thématique et philologique dont la minutie

et la rigueur emportent la conviction, le

savant comparatiste conclut que « les

mentions des Haddingjar doivent être

des démarquages épiques d'anciens

mythes dioscuriques », qu'en conséquence

« il y avait sans doute affinité, sinon

équivalence, entre ce qui est devenu en

Scandinavie les ' deux Haddingjar ' d'une

part,

(p.

Njôrcîr

et

Freyr

d'autre

part

120) ». Dès lors on ne s'étonne plus

que « Saxo ou sa source ait inséré, parmi

les tout premiers ancêtres des Skjôldun-

gar danois, aux places homologues

celles qu'ont

Njôrcîr

et

Freyr

dans

de

la

généalogie des Ynglingar suédois,

un

Hadingus et un Frotho (Frotho I) — un

Frotho qui correspond partiellement à

Frocîi, Fricîfrocîi, en définitive à Freyr, et

un Hadingus dont la carrière est

démarquée de celle de Njôrcîr (p.

119) ».

Ainsi la boucle se referme-t-elle, non

sans que l'auteur n'ait tracé comme en

perspective les conditions

«

physiologiques » de la transposition : substitution

de l'aventure individuelle au destin

collectif, élimination de toute référence

d'ordre communautaire ou social au

profit de motivations purement

psychologiques. Cependant l'intérêt plus

proprement « littéraire » des Gesta Danorum

constitue davantage l'objet de la seconde

partie de Du mythe au roman, les

Appendices, dans laquelle sont dégagés de

manière plus systématique la méthode et les

procédés de transposition du clerc danois.

L'Appendice

I,

Le

noyé

et

le pendu

(pp. 127-146), prolonge à propos de la

mort du héros l'analyse structurale mise

en œuvre précédemment. L'opposition

vaniquejodinique qui structure tout le

roman se retrouve, signifiante, dans les

MYTHES, SIGNES, GESTES, IMAGES ET SONS

deux types de mort, solidaires, sur

lesquels s'achève la saga : Hun dingus meurt

par noyade (mort vanique) et Hadingus,

corrélativement, se pend (mort odinique

par excellence). Dans l'essai suivant,

Gram (pp. 147-157), G. Dumézil montre

que, par une opération semblable à celle

pratiquée sur le personnage du fils, Saxo

a puisé dans les divers mythes du dieu

Thorr pour composer au père de

Hadingus, Gram, une existence héroïque. Au

reste, la liste canonique des dieux

Scandinaves Ódinn, Thorr, Njôrdr et Freyr a

manifestement servi de « modèle » — au

sens où les structuralistes emploient ce

terme — à

la constitution des premiers

termes de la Skjôldungasaga : Scioldus 1,

Gram, Hadingus, Frotho I.

Les Appendices III et IV, Balderus et

Hetherus (pp. 159-172) et Horwendillus

(pp. 173-177), étudient d'autres

adaptations similaires, mais l'accent y est mis

tout particulièrement sur les habitudes

littéraires de l'écrivain médiéval :

transformer en Vikings, en «.piratae », tous les

personnages — les pacifistes comme les

belliqueux — - qu'il emprunte (Hadingus,

Horwendillus) ; réduire l'indice le plus

caractéristique du personnage qu'il utilise

à une notation épisodique, souvent

atténuée ou déformée : la maîtrise des vents

et de la navigation qui distingue le dieu

Njôrcîr se ramène chez Hadingus à une

fuite en bateau merveilleusement rapide ;

l'orteil ď Aurvandill devient le pied entier

de Collerus. Surtout ces Appendices III

et IV présentent deux exemples

singulièrement éclairants de l'un des procédés

de transposition les plus typiques de

Saxo, l'inversion : ce dernier transporte

volontiers sur l'adversaire ce qui, dans le

mythe, appartient en propre au

héros.

Le livre III des Gesta transfère ainsi sur

Hotherus (avatar de Hôrîr), devenu le

héros principal et sympathique, des traits

qui constituent la substance du mythique

Baldr, cependant que Collerus, l'ennemi

ď Horwendillus, est, lui, victime de la

mutilation qui frappe l'Aurvandill des

Skáldskaparmál.

1. Le

cas de Scioldus est

un peu

particulier en ce

modèle

non

sens que

Saxo

la figure d'Odinn,

 

image de la royauté plus proche de lui : le

souverain danois Valdemar II.

Les deux derniers essais adoptent une

orientation un peu différente et abordent

le problème des rapports du folklore et

du mythe.

Dans La « gestatio » de

Frotho III et le folklore du Frodebjerg (pp. 179-

184), G. Dumézil signale une tradition

populaire du « tertre de Frôdi », recueillie

dans la première moitié du xixe siècle, et

qui conserve « sous une forme chrétienne

et populaire

»

une trace

de l'ancien

rituel de Frôdi, rituel dont la gestatio de

Frotho III

(Saxo, V,

xvi, 3)

livre par

ailleurs un autre vestige. Quant à l'étude

sur Njôrdr, Nerthus et le folklore

Scandinave des génies

de la

mer

(pp. 185-196),

après s'être attachée à montrer que ledit

folklore continue en partie la mythologie

de Njôrcîr, elle s'appuie sur l'ambiguïté

sexuelle des génies marins, sur « la

possibilité de se réaliser en forme tantôt

masculine et tantôt féminine (

de

ce

type

d'êtres

»

...

) constitutive

expliquer

pour

l'existence, en face du Njôrdr mâle des

Scandinaves, de la Nerthus féminine de

Tacite 1.

L'entreprise est gageure qui prétend

rendre compte en quelques pages d'un

livre de cette qualité. Notre propos s'est

borné

à

une description

«

morphologique » de l'ensemble, mais le

fonctionnement de l'organisme mériterait tout

autant que l'on s'y attardât. Les ouvrages

de G. Dumézil possèdent cet attrait

supplémentaire qu'ils représentent une leçon

de méthode. Plus encore que l'abondance

des notes, la multiplicité des références,

la variété des domaines abordés,

l'ingéniosité des vues ou la richesse de

l'érudition, ce qui éblouit en l'occurrence c'est

la clarté de la démonstration, la limpidité

d'une démarche soucieuse d'être saisie

dans chacune de ses articulations. En un

temps où l'obscurité passe pour le signe

du talent, Du mythe au roman propose

l'image paradoxale d'une pensée éprise de

lumière

et

intelligent ...

qui

s'inquiète d'être suivie

dans le moindre de ses détours. Le

lecteur, à emboîter le pas à ce guide

hérétique, finit par se trouver lui aussi

Joël H. Grisward.

  • i. L' Appendice VII (pp. 197-208)

reproduit le texte latin de

la saga de Hadingus

(Saxonis Gesta Danorum, I, v-viii) .

145