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défis cognitifs du changement climatique Travail de session remis aux professeurs Pierre Poirier et Luc

défis cognitifs du changement climatique

défis cognitifs du changement climatique Travail de session remis aux professeurs Pierre Poirier et Luc Faucher

Travail de session remis aux professeurs Pierre Poirier et Luc Faucher – ISC 9000 - DIC

climatique Travail de session remis aux professeurs Pierre Poirier et Luc Faucher – ISC 9000 -

Albert Lejeune

climatique Travail de session remis aux professeurs Pierre Poirier et Luc Faucher – ISC 9000 -

[DÉFIS COGNITIFS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE]

9 juin 2010

People are not accustomed to thinking hard, and are often content to trust a plausible judgment that comes to mind.

Daniel Kahneman, American Economic Review 93 (5) December 2003, p. 1450

Table des matières

INTRODUCTION

3

LA CONSCIENCE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

5

LE CONCEPT DE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE GLOBALE

7

LA SCIENCE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE, UNE QUESTION DE CROYANCES?

9

LA THÉORIE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE LA RÉSISTANCE À LA THÉORIE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE LA RÉVISION DES CROYANCES

10

10

11

SOUCI ENVIRONNEMENTAL ET CALCUL DES RISQUES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

12

SYNTHÈSE ET CONCLUSION

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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12 SYNTHÈSE ET CONCLUSION 17 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 19 Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 2
12 SYNTHÈSE ET CONCLUSION 17 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 19 Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 2

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Introduction

Le Roy-Ladurie (1967) écrivait « Le climat c’est l’histoire du temps qu’il fait ». En raison des fluctuations atmosphériques, au cours du temps qui passe, le climat varie et change naturellement. En plus des saisons, ses variations provoquent des cycles de durée de plus en plus longue. Lorsque l’on parle du changement climatique, il s’agit toutefois, des changements résultant de l’activité humaine. En effet, l’activité humaine modifie le système climatique qui est composé de l’atmosphère, des terres, des océans, des glaces et de la biosphère. Le phénomène du changement climatique pose des défis cognitifs : il s’agit (1) de penser une menace invisible, un phénomène agissant à une échelle de temps sans commune mesure avec notre échelle limitée de la vie humaine; (2) de calculer les probabilités de gains ou de pertes économiques, au niveau des grandes régions climatiques; (3) d’évaluer les risques écologiques pour les générations futures i . Ces défis sont souvent mal surmontés et les symptômes des échecs abondent : absence de définition commune du phénomène du changement climatique, déni et désinformation, négociations sans aboutissement, interprétations idéologiques d’un phénomène qui ne devrait relever que de la science, questionnement des croyances des chercheurs et de la valeur de la science, réactions émotives et difficultés d’évaluation des risques.

émotives et difficultés d’évaluation des risques. Figure 1 - La nuit de Copenhagen Albert Lejeune –

Figure 1 - La nuit de Copenhagen

et difficultés d’évaluation des risques. Figure 1 - La nuit de Copenhagen Albert Lejeune – ISC9000
et difficultés d’évaluation des risques. Figure 1 - La nuit de Copenhagen Albert Lejeune – ISC9000

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La conférence de Copenhagen sur le changement climatique de décembre 2009 en est un exemple. Il apparait que les négociateurs ont échoué dans leur tâche et ont remis « le fardeau de l’élaboration d’un consensus » entre les mains des responsables politiques qui n’ayant disposé alors que de la dernière nuit de la conférence, n’ont pu décider d’un accord commun sur une réduction des émissions de GES - telle que pratiquée depuis l’accord de Kyoto et promu par l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) ou Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ii (GIEC) -. Les leaders politiques ont opté dans les faits pour une limite au réchauffement de la planète de 2° C au plus et pour des mesures ayant pour objectif de réduire les conséquences potentielles par l’octroi de moyens financiers aux pays en développement. Selon The Guardian, le désespoir était palpable. «Je vous en prie», a déclaré Ban Ki-Moon, le secrétaire général des Nations unies, plaidant avec les dirigeants du monde entier pour trouver un moyen de sortir du chaos. «Exercez votre conscience. /…/ Ce sera votre héritage pour tous les temps».

Fait difficilement observable et concept faisant l’objet de controverses, le changement climatique est peu compris par l’opinion publique, comme en font foi les sondages. Les experts et les décideurs, les consommateurs ou les citoyens ne peuvent développer une perception consciente d’une menace le plus souvent étrangère à leur attention. Le concept émergent de justice environnementale globale qui y est étroitement lié offre l’opportunité de réfléchir à la notion de justice, telle qu’analysée par les neurosciences. La justice est-elle un concept naturel pour les psychologues et les philosophes de la cognition? La notion de concept faisant l’objet de débats, nous le remplacerons par les notions de prototype, d’exemplaire et de théorie. Nous examinerons ensuite comment l’étude de la cohérence des croyances ou des énoncés formant une théorie, permet de mieux saisir et de comprendre la résistance à la théorie élémentaire qui explique le changement climatique. Enfin, en suivant les tensions entre les affects et la raison analytique, nous examinerons quelques biais ou heuristiques de jugement par rapport au changement climatique.

Le but de ce papier est d’analyser les défis cognitifs reliés au changement climatique à l’aide des sciences de la cognition de manière à en tirer des enseignements pour les décideurs et les professionnels concernés par le changement climatique tels que les hommes politiques, les urbanistes, les architectes et les gestionnaires de plus en plus contraints à adopter des stratégies ‘vertes’.

Ce papier se divise en quatre paries : La première partie aborde la conscience du changement climatique ou pourquoi le phénomène de changement climatique échappe- t-il largement à notre conscience; la deuxième, la justice environnementale globale

largement à notre conscience; la deuxième, la justice environnementale globale Albert Lejeune – ISC9000 - DIC
largement à notre conscience; la deuxième, la justice environnementale globale Albert Lejeune – ISC9000 - DIC

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comme concept ou pourquoi sommes-nous sensibles à la notion de justice environnementale?; la troisième, la science du changement climatique comme ensemble de croyances ou pourquoi la théorie du changement climatique fait-elle toujours l’objet de résistance?; et la quatrième le souci environnemental et le calcul des risques du changement climatique ou comment la connaissance des biais cognitifs conduit à penser de manière plus rationnelle et à dépasser les émotions en lien avec changement climatique. Il se termine par une synthèse et conclusion.

La conscience du changement climatique

La prise de conscience découle de l’attention. La conscience semble naître dans des sous-systèmes dédiés à la perception à un niveau intermédiaire dans le cerveau, uniquement lorsque l’activité dans ces systèmes est modulée par l’attention (Prinz, 2003). Quand l’attention est présente, la perception devient consciente. La modulation par l’attention des niveaux de représentation intermédiaires est à la fois nécessaire et suffisante pour la conscience. En ce qui concerne l’environnement, l’attention se porte d’une manière générale sur les accidents écologiques tels, la question du trou dans la couche d’ozone voire la pollution de l’air (Norgaard, 2009). Une des questions possibles serait de se demander quelle est l’attention ou comment tout au plus développer l’attention portée au changement climatique? En ce sens il apparait, par exemple, que le résultat du débat qui a eu lieu à Copenhague ne pourrait mobiliser l’attention. Comment un individu peut-il focaliser son attention sur un changement de un ou deux degrés centigrades dans la température de la planète? Les individus n’ont pas une perception qui se voudrait consciente du changement climatique dans la mesure où ils considèrent comme normaux les différents états de l’environnement qui coïncident à leur expérience de vie (Hohenberger, 2009). Aucun référent n’étant réellement possible, il est toutefois difficile pour eux de réaliser des comparaisons avec des états antérieurs, quand bien même que ces référents se modifient et changent au cours d’une génération (Pauly, 1955).

Dans l’analyse de Nisbet et Meyers (2007), l’attention est l’élément clef de la prise de conscience du changement climatique. En 1986, seuls 39% des américains reconnaissent avoir eu des informations sur l’effet de serre. Après la canicule de l’été 1988, ce pourcentage s’accroît de presque de 20 % et passe à 58%. En 2006, 90% des américains possèdent un certain niveau de conscience du phénomène.

90% des américains possèdent un certain niveau de conscience du phénomène. Albert Lejeune – ISC9000 -
90% des américains possèdent un certain niveau de conscience du phénomène. Albert Lejeune – ISC9000 -

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La conscience semble se manifester dans des sous-systèmes perceptuels de niveau intermédiaire uniquement lorsque l’activité dans ces systèmes est modulée par l’attention. Si, par exemple, un individu souffrant d’insuffisance cardiaque identifie une période de canicule comme risque lié au changement climatique, cet individu conscient agira de façon conséquente à l’information qui a été amenée dans sa mémoire de travail. Ses décisions d’agir seront prises à court-terme sous la forme d’une stratégie individuelle qui sera – en comparaison au phénomène lui-même - indéniablement sous- complexe telle éteindre plus souvent les lumières, par exemple (Welzer, 2008). La conscience rend en effet des informations spécifiques disponibles à la mémoire de travail. Sans conscience, il est impossible à un individu de prendre une décision, de poser une action consciente. En fait sans conscience, les réponses ne peuvent être que des réflexes. Même si, en raison de ses impacts limités, une réponse consciente n’est pas nécessairement adaptée aux défis du changement climatique, l’attention et la perception consciente forment l’exigence première de cette réponse.

Une question subsiste cependant, quant à l’intérêt de la prise de conscience par un individu du changement climatique. Si la conscience consiste dans la propriété de certaines représentations internes de devenir disponibles d’une certaine façon à la mémoire de travail, alors l’intérêt de la prise de conscience dépend de ce que sont ces représentations et de ce que leur disponibilité fait pour nous (Prinz, 2003 : 5).

Par exemple, il est utile pour la survie d’un animal de savoir que son prédateur lui tourne le dos ou lui fait face et le menace, la conscience de la posture du prédateur devient une condition de sa survie. Mais qu’apporte la conscience du changement climatique d’un point de vue individuel? Les réponses sont individuellement plus que limitées et il est difficile d’en percevoir les bénéfices. L’action individuelle, même consciente et informée, pourrait ne pas être une réponse suffisante à l’ampleur du phénomène du changement climatique. En conséquence, comment l’attention peut-elle être soutenue et centrée sur le changement climatique de telle sorte qu’il puisse être possible de prendre collectivement les précautions nécessaires?

Un exemple intéressant est donné par les effets et conséquences du film d’Al Gore - An Inconvenient Truth ? Quels sont les termes d’une telle projection auprès d’un public? Combien de temps ce type de film documentaire permet-il la conscience du phénomène du changement climatique? Ou tout au moins permet-il une meilleure compréhension? Il ne semble pas exister de corrélation entre la conscience du phénomène du changement climatique et sa compréhension. Niesbet et Meyers (2007) soulignent qu’un niveau de conscience du changement climatique de 90% de l’opinion publique américaine n’est pas un indice de compréhension du problème. En effet, les sondages

n’est pas un indice de compréhension du problème. En effet, les sondages Albert Lejeune – ISC9000
n’est pas un indice de compréhension du problème. En effet, les sondages Albert Lejeune – ISC9000

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Gallup pris chaque année de 2001 à 2005 révèlent que seuls 11% des répondants pensent en savoir beaucoup sur le changement climatique.

L’absence ou la présence d’attention apportée au changement climatique est telle que les valeurs, les croyances, les attitudes et les paradigmes forment des croyances générales façonnant inconsciemment sans doute les comportements indifférents, hostiles ou engagés vis-à-vis de l’environnement (0’Connor et al. 1999). Hanno et Sandvik (2008) notent – après l’analyse d’un échantillon de données provenant de 46 pays - que la conscience du changement climatique n’est pas fonction uniquement de l’information scientifique mais également de facteurs psychologiques et sociologiques, voire économiques. Au niveau économique, il apparait par exemple que la volonté d’une nation de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre (GES) est inversement proportionnelle à sa part dans ces émissions. Ces conclusions sont généralement communes aux chercheurs exploitant ce sujet. Zahran et al. (2006) comme O’Connor et al. (2002) soulignent que l’enrichissement des citoyens d’un pays diminue leur volonté d’entreprendre des actions correctrices par rapport au changement climatique – une action telle que conduire moins souvent un véhicule privé. Mais, l’explication cognitive du manque de conscience ou de l’absence d’actions correctrices reste difficile : le niveau de vie et les habitudes de consommation restent - face au phénomène nouveau du changement climatique - extrêmement difficiles à modifier. L’attention et la perception consciente du changement climatique semble impossible – et vaine au niveau individuel - Les individus ne seraient-ils pas plutôt sensibles au concept de justice environnementale globale?

Le concept de justice environnementale globale

En 2009, un rapport de la Banque Mondiale introduit le terme de « justice environnementale globale» à la suite des constats suivantes (Norgaard, 2009) : 1. Une contribution disproportionnée des pays de l'hémisphère Nord à la pollution, 2. Des conséquences plus graves du changement climatique pour les pays du Sud, 3. des négociations sur le climat favorisant les pays industrialisés en termes de processus et de résultats et 4. L’altération des conditions climatiques des générations à venir (équité intergénérationnelle). Les pays riches de l’hémisphère Nord émettent la majeure partie des GES dans l’atmosphère exposant ainsi les habitants du Sud, souvent des pays pauvres dépourvus de ressources et d’infrastructures, au risque environnemental.

dépourvus de ressources et d’infrastructures, au risque environnemental. Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 7
dépourvus de ressources et d’infrastructures, au risque environnemental. Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 7

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Du point de vue des sciences cognitives, le concept de justice apparait naturellement. Il existerait dans notre cerveau à la façon de structures de données stockées dans notre mémoire à long-terme et utilisées de façon automatique dans nos processus cognitifs de haut niveau. La justice serait alors un concept ‘naturel’ (Natural Kind ou NK Concept) dans la mesure où les chercheurs observent – même chez les grands singes - des comportements qui semblent répondre à une exigence de justice. Blakemore et al. (2004), étudiant des sujets humains, font remarquer que les jugements moraux activent des régions du cerveau impliquées dans la formation de la pensée comme le cortex frontal médial. D’après l’étude comparée de patients pouvant présenter des lésions, la région du cortex apparaît comme cruciale dans le développement moral.

Tableau 1. Les définitions de prototype, exemplaire et théorie (Machery, 2009)

Prototype

Exemplaire

Théorie

Les prototypes singularisent les propriétés des membres d’une catégorie de façon statistique. Dans la plupart des modèles de prototype, les prototypes sont supposés encoder de l’information à propos des propriétés typiques de la catégorie donnée, c'est-à-dire les propriétés propres à la plupart des membres de la catégorie.

Selon la vue du concept comme exemplaire, nos processus cognitifs supérieurs sont définis sur des représentations de membres spécifiques d’une catégorie qui valent pour l’ensemble de la catégorie. Un concept de classe d’objets consiste alors en un ensemble d’exemplaires, ou de représentations de membres particuliers de cette classe.

Selon la vue des concepts comme théorie, nos représentations mentales sont similaires aux théories scientifiques et les processus cognitifs sont similaires aux formes scientifiques de raisonnement.

Un concept ou une classe d’entités est alors une théorie au sujet de cette classe, c'est-à-dire une structure de données qui encode des généralisations nomologiques, causales, modales et fonctionnelles au sujet de cette classe.

L’approche de Machery (2009) propose de faire fi de la notion de concept et propose de procéder à l’aide de prototypes, exemplaires et théories (voir tableau 1). La notion de justice environnementale globale est mise de l’avant par des auteurs comme Athanasiou et Baer (2002), Baer et al. (2000), Agarwal et Narain (1991), Donohoe (2003), Roberts et Parks (2007) et Pettit (2004). En fait, même si le changement

Roberts et Parks (2007) et Pettit (2004). En fait, même si le changement Albert Lejeune –
Roberts et Parks (2007) et Pettit (2004). En fait, même si le changement Albert Lejeune –

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climatique devrait affecter chacun des habitants de la planète, ses impacts seront très inégaux, ils dépendront des endroits plus ou moins exposés, aux inondations par exemple, et des infrastructures en place. Les pays pauvres devraient être les plus affectées (Norgaard, 2009).

En reprenant la notion de prototype pour la justice environnementale globale, on encode de l’information à propos des propriétés typiques de la catégorie donnée, c'est- à-dire les propriétés propres à la plupart des membres de la catégorie, par exemple les pays pauvres les plus menacés par le réchauffement climatique.

En reprenant la notion d’exemplaire, on pourrait considérer les communautés indigènes de l’Arctique comme étant des exemplaires de l’injustice environnementale globale à cause de leur localisation dans le Nord où les changements climatiques apparaissent rapidement, de leur mode de vie traditionnel et de la faiblesse de leurs moyens économiques (IPCC 2007; Arctic Climate Impact Assessment, 2005). Alors nos processus cognitifs supérieurs à propos de la justice environnementale globale se définissent sur des représentations des communautés indigènes de l’Arctique.

La justice environnementale globale est une théorie quand nos représentations mentales sont similaires aux théories scientifiques et les processus cognitifs sont similaires aux formes scientifiques de raisonnement. Le faible niveau de compréhension du changement climatique ne mobilise pas les individus des pays riches à se construire une théorie de la justice environnementale globale. La littérature ne pointe pas vers le concept de justice environnementale comme théorie, mais bien comme exemplaires, à travers les cas des communautés directement menacées au nord par la fonte des glaciers ou au sud par l’avancée de la désertification. Cependant cette même littérature propose de nouveaux concepts comme celui de vulnérabilité qui a fait l’objet d’un rapport de l’IPCC et celui d’adaptation au changement climatique (Grothmann et Patt, 2005). On peut penser qu’à travers ces deux nouveaux concepts de vulnérabilité et de capacité d’adaptation se construit une meilleure théorie non pas de la justice environnementale globale mais de la réponse humaine au changement climatique.

La science du changement climatique, une question de croyances?

Il arrive aux chercheurs de changer d’opinion comme en témoigne un site web (http://www.edge.org/q2008/q08_index.html) présentant un centaine de témoignages de chercheurs (Thagard et Findlay, 2009). Certains de ces témoignages proviennent de

(Thagard et Findlay, 2009). Certains de ces témoignages proviennent de Albert Lejeune – ISC9000 - DIC
(Thagard et Findlay, 2009). Certains de ces témoignages proviennent de Albert Lejeune – ISC9000 - DIC

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chercheurs qui – après l’avoir combattue – acceptent la théorie du changement climatique.

La théorie du changement climatique

Cette théorie du changement climatique est simple et peut tenir en 4 assertions :

1. La terre se réchauffe

2. Ce réchauffement aura des impacts dévastateurs sur la société humaine

3. Les gaz à effet de serre (GES) sont les principales causes de ce réchauffement et

4. La réduction de ces émissions de GES est la meilleure façon de réduire les impacts négatifs du changement climatique.

Dans leur synthèse de l’histoire des croyances à propos du changement climatique, Thagard et Findlay (2009) présentent le scientifique suédois Svante Arrhenius comme ayant discuté le premier de la quantité de dioxyde de carbone émise dans l’atmosphère en 1896, alors que l’idée d’effet de serre et de réchauffement de la planète reviendrait à Joseph Fourier, en 1824. Dans les années 1960, Charles Keeling découvre que le niveau de dioxyde de carbone croît sans cesse dans l’atmosphère alors que Syukuro Manabe et Richard Wetherland calculent ensemble que le doublement de la quantité de dioxyde de carbone va faire augmenter la température de la terre de plusieurs degrés. En 1977, l’opinion scientifique conçoit le changement climatique comme étant le plus grand risque pour le siècle à venir. Quelques années plus tard, suite à des sècheresses dévastatrices et à des irrégularités climatiques inhabituels, James Hansen, le chef de l’institut Goddard de la NASA va témoigner devant le Congrès américain au sujet des dangers d’inondations, de vagues de chaleur et de fonte des glaces… Ce qui fera écrire Claude Allègre (2010) que le changement climatique n’est qu’une invention de la NASA pour obtenir plus de crédits de la part du gouvernement fédéral.

En 1988, l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) est mis en place et commence à produire sa série impressionnante de rapports sur l’état du climat mondial; le cinquième de ces rapports est annoncé pour 2010.

La résistance à la théorie du changement climatique

Mais la résistance aux conclusions du GIEC (IPCC) est toujours substantielle et elle prend trois formes : 1. Le réchauffement peut être expliqué par des fluctuations énergétiques naturelles du soleil, 2. La quantité de GES émise par l’activité humaine n’est pas suffisante pour provoquer un effet de serre, et 3. Même si les conclusions de l’IPCC sont correctes, il n’y a pas de crise imminente et il n’y a aucune nécessité d’actions coûteuses pour y répondre.

et il n’y a aucune nécessité d’actions coûteuses pour y répondre. Albert Lejeune – ISC9000 -
et il n’y a aucune nécessité d’actions coûteuses pour y répondre. Albert Lejeune – ISC9000 -

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Les grandes compagnies pétrolières et certains groupes de réflexions proches des conservateurs financent et développent cette résistance à la théorie du changement climatique, aidés en cela par l’ex Président Bush et le Premier Ministre Harper, tous deux liés à l’industrie pétrolière (Thagard et Findlay, 2009). Une simple théorie en quatre points devient un enjeu clé pour le contrôle de l’opinion publique; l’information scientifique mise en circulation devient contradictoire et chaque individu procède alors à son propre mélange de croyances. C’est alors que doit intervenir la logique pour rétablir la cohérence dans les croyances.

La révision des croyances

Thagard et Findlay (2009) vont analyser la structure des inférences qui mène à l’assertion que la planète se réchauffe à cause de la production des GES. Ils utilisent pour cela le principe de la cohérence explicative qui tient en 7 principes : 1. Symétrie, 2. Explication, 3. Analogie, 4. Priorité des données, 5. Contradiction, 6. Compétition et 7. Acceptation.

L’enjeu crucial de la révision des croyances scientifiques est de faire face à des situations où de nouvelles hypothèses ou évidences suscitent le besoin de rejeter des croyances qui ont déjà été adoptées. Il faut donc évaluer toutes les hypothèses pertinentes en rapport avec les nouvelles évidences. La base de données scientifique ainsi construite se composera d’un ensemble de propositions décrivant des évidences et d’hypothèses pour les expliquer. Pour Thagard et Findlay (2009), leur approche de recherche de la cohérence dans les croyances rencontre bien les exigences fixées par Gärdenfors (1988, 1992) qui décrit les trois types de changement de croyances : expansion, révision, et contraction. On parle d’expansion quand une nouvelle proposition est introduite dans un système de croyances, de révision quand une nouvelle proposition implique le rejet d’une ou de plusieurs anciennes propositions contradictoires, et de contraction quand certaines propositions ne contribuent plus à maximiser la cohérence.

En conclusion de leur analyse, Thagard et Findlay (2009) soutiennent que la cohérence explicative et émotionnelle permet de comprendre l’adoption rationnelle de l’hypothèse du réchauffement de la planète suite aux activités humaines. De plus, des déviations d’une révision des croyances rationnelles sous la forme de réfutation induite par l’émotion peuvent être comprises en termes d’intrusion de valeurs émotionnelles politiques dans l’évaluation de la meilleure explication. Comme la résistance à la théorie de l’évolution de Darwin de poursuit de nos jours, la résistance à la théorie du changement climatique implique de faire face à des contraintes émotionnelles autant que cognitives.

implique de faire face à des contraintes émotionnelles autant que cognitives. Albert Lejeune – ISC9000 -
implique de faire face à des contraintes émotionnelles autant que cognitives. Albert Lejeune – ISC9000 -

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Cette importance de l’émotion est présente également dans l’évaluation des risques et impacts du changement climatique. La section suivante, et dernière avant la conclusion, revoit l’approche de Kahneman et Tversky où l’émotion peut se substituer à la pensée rationnelle.

Souci environnemental et calcul des risques du changement climatique

Le troisième rapport du GRIEC a été sévèrement critiqué pour n’avoir pas présenté les projections de réchauffement climatique pour le 21 ème siècle à l’aide de probabilités quantitatives. Mais la mise au point de prévisions quantifiées pose des défis fondamentaux, en particulier au sujet de l’incertitude de la réponse du système et de l’erreur du modèle (Allen et al., 2004). Il faut donc distinguer entre les incertitudes suivantes : l’incertitude de scénario (incertitude due à différents scénarios d’émission de GES); la variabilité naturelle (la variabilité climatique chaotique interne et celle provenant de l’extérieur, du soleil, des volcans etc.); et l’incertitude de la réponse (l’incertitude due à notre ignorance - état insuffisant de connaissances scientifique et technologique - de la réponse du système climatique quand il est soumis à certaines forces). En fait, l’incertitude de la réponse contribue pour 50% à l’incertitude des prévisions pour l’année 2100, le reste étant dû principalement à des incertitudes de scénario (idem).

Cette notion d’incertitude de la réponse est liée directement au principe de précaution qui a l’ambition de régler les cas pour lesquels l’incertitude est due principalement à un état insuffisant de connaissances scientifique et technologique (Dupuy et Grinbaum, 2004). Le principe de précaution fondé sur l’incertitude de la réponse, ne tient pas compte de l’importante incertitude de type scénario pour le changement climatique. Cependant, des pays comme la France ont inclus dans leur Constitution un principe de précaution environnementale (article 5 de la Charte de l’environnement en France, Charte qui a été constitutionnalisée en 2005) : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin d’éviter la réalisation du dommage »(Le Monde, 21 avril 2010).

afin d’éviter la réalisation du dommage »(Le Monde, 21 avril 2010). Albert Lejeune – ISC9000 -
afin d’éviter la réalisation du dommage »(Le Monde, 21 avril 2010). Albert Lejeune – ISC9000 -

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[ DÉFIS COGNITIFS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE ] 9 juin 2010 Figure 2. La distinction entre probabilité,

Figure 2. La distinction entre probabilité, conséquence et risque (GIEC, 2003)

Quelques exemples soulèvent certaines questions relatives à l’application du principe de précaution. Après les 5 jours de paralysie du ciel européen provoquée par le volcan islandais Eyjafjöl, ce principe de précaution n’est-il pas dans les faits un principe d’anxiété? Après une réaction disproportionnée à la menace de la grippe H1N1 et la fermeture de l’espace aérien européen, on oublierait de mesurer la réalité effective du danger qui peut être reliée à l’incertitude de scénario. Par manque de volonté et de rigueur, le principe de précaution semble être précédé d’un principe de suspicion et d’anxiété (idem).

L’approche rationnelle de Kahneman et Tversky (KT) fait justement la distinction entre le risque comme une sensation et le risque comme calcul ou computation : ce sont les systèmes 1 et systèmes 2 décrits dans de nombreuses contributions du Prix Nobel Daniel Kahneman, récompense partagée en 2002 avec Vernon Smith. Bref, une réaction émotive guidée par le système 1 de KT se substitue à un effort rationnel d’examen des risques et des options qui devrait mobiliser le système 2. En effet, le risque peut être un

options qui devrait mobiliser le système 2. En effet, le risque peut être un Albert Lejeune
options qui devrait mobiliser le système 2. En effet, le risque peut être un Albert Lejeune

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sentiment ou une sensation traité par le système 1, ou une computation ou un calcul, traité par le système 2.

Quand le risque est une sensation, cette association est dirigée par un affect. Cette association implique alors le système 1, le système cognitif qui génère des réactions rapides, automatiques et viscérales, particulièrement lors d’expériences récentes et personnelles.

Quand le risque est une computation, le système 2 désigne alors un système analytique trouvant ses fondements dans la logique formelle, les statistiques Bayésiennes, le calcul des probabilités, qui fonctionne lentement. Il peut être mobilisé délibérément et consciemment par des humains mais il manque alors de support affectif (Weber, 2006). Dans le cas du changement climatique, le résultat du fonctionnement des systèmes 1 et 2 décrits par KT aboutit au paradoxe suivant : notre système analytique nous suggère de sérieuses menaces dans le futur alors que notre système affectif ne nous alerte pas. Or, l’attention provoquée par le volcan islandais Eyjafjöl et la perception consciente des impacts du nuage jumelée à une sensation d’anxiété permet l’application rapide d’un principe de précaution environnementale. Mais dans le cas du changement climatique, la menace est diffuse, l’attention est absente, les sensations très limitées ce qui ne permet pas aux autorités publiques de déclencher des mesures drastiques en vertu d’un principe de précaution environnementale.

Comme le changement climatique est un changement sans précédent dans son ampleur, les personnes tendent plutôt à l’ignorer ou à en atténuer les effets. Pour Heidbrink (2007), l’incertitude dans la prise de décision s’étend ainsi au domaine de l’éthique de la responsabilité et, par conséquent, au principe de précaution en ce sens que nous devrions nous considérer responsables des conséquences de nos actions même si nous ne pouvons les prédire. Mais l’éthique de la responsabilité semble nous éloigner des exigences de la pensée rationnelle.

Pour KT, les individus ne sont pas habitués à investir les efforts nécessaires à pensée rationnelle : People are not accustomed to thinking hard, and are often content to trust a plausible judgment that comes to mind. Les gens se fient alors à un nombre limité de principes heuristiques qui réduisent les tâches complexes d’attribution des probabilités et de prédiction de valeurs à de simples opérations de jugement. L’attribution subjective de probabilités ressemble à l’évaluation subjective de quantités physiques telles que la distance et la taille.

subjective de quantités physiques telles que la distance et la taille. Albert Lejeune – ISC9000 -
subjective de quantités physiques telles que la distance et la taille. Albert Lejeune – ISC9000 -

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[ DÉFIS COGNITIFS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE ] 9 juin 2010 Figure 3. Représentation des probabilités de

Figure 3. Représentation des probabilités de distribution de la sensibilité du climat de 16 experts du GIEC

Les experts scientifiques en changement climatique font face à ces heuristiques. Pour Morgan (2004), les protocoles d’entrevue qui servent à obtenir des probabilités subjectives doivent tenir compte de biais potentiels comme l’excès de confiance et les heuristiques de jugement. Les jugements sont effectués selon des règles heuristiques. Selon Kahneman et Tversky, il existe trois types d’heuristiques de jugement:

representativeness (représentativité : les personnes jugent la vraisemblance qu’un objet appartienne à une classe particulière en termes de sa ressemblance avec cette classe), availability (disponibilité : un jugement de probabilité dépend de l’aisance avec laquelle une personne peut penser le précédentes occurrences de cet événement ou peut imaginer de telles occurrences) et anchoring (ancrage : un jugement de probabilité est

telles occurrences) et anchoring (ancrage : un jugement de probabilité est Albert Lejeune – ISC9000 -
telles occurrences) et anchoring (ancrage : un jugement de probabilité est Albert Lejeune – ISC9000 -

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souvent dépendant du point de départ de ce jugement qui devient alors un ancrage) ainsi qu’une douzaine de biais systématiques.

La quantification de l’incertitude structurelle - c.à.d. l’incertitude quant à l’existence et la définition de toutes les variables pertinentes et les relations fonctionnelles existant entre ces variables - se fait au moyen de la formulation de différentes alternatives plausibles portant sur des relations non encore parfaitement connues. Les estimations des experts seront ensuite recueillies et présentées sur des graphes du type présenté à la figure 2.

Au cours de leurs discussions portant sur leurs jugements de probabilité, les experts en changement climatique du GIEC ont mis au point un style de communication qui impose de discuter de probabilités non avec des chiffres mais bien à partir de mots. Mais ces mots possèdent une signification intuitive pour beaucoup de personnes. De ce fait, les auteurs du rapport se sont efforcés de définir des étendues de probabilité à l’aide de correspondances avec 7 termes tels que virtuellement certain, probable, plausible, possible, improbable etc.

Que faut-il retenir de cette dimension cognitive rationnelle du changement climatique. Dans leurs écrits de 1974, KT ne proposent pas de définition précise du concept d’heuristique : il s’agit à la fois des principes, des processus, de cues. En 2002, leur définition générique de l’heuristique devient celle-ci: il y a utilisation d’une heuristique quand une personne évalue un attribut cible de l’objet d’un jugement en lui substituant un attribut heuristique qui lui vient plus rapidement, facilement à l’esprit. Le mot a deux sens: 1. un processus cognitif, 2. une substitution qui se produit lors d’un jugement particulier.

L’essence de la substitution d’attribut, c’est d’offrir une réponse raisonnable à une question qui n’a pas été posée. Autrement dit: l’évaluation d’un attribut heuristique vient immédiatement à l’esprit et sa relation associative avec l’attribut cible est suffisante pour échapper au contrôle du système 2. Nous avons vu que notre système analytique – le système 2 - nous suggère de sérieuses menaces dans le futur alors que notre système affectif ne nous alerte pas.

Le changement climatique est donc un défi cognitif pour le système 2. Nous avons passé en revue certaines de ses caractéristiques cognitives : manque d’attention et de conscience chez l’homme alors qu’un concept de justice environnementale globale se développe sous forme d’exemplaires; difficultés de partager une théorie cohérente du

sous forme d’exemplaires; difficultés de partager une théorie cohérente du Albert Lejeune – ISC9000 - DIC
sous forme d’exemplaires; difficultés de partager une théorie cohérente du Albert Lejeune – ISC9000 - DIC

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changement climatique, théorie toujours défiée par des croyances plus idéologiques que scientifiques et finalement absence relative d’émotions telle que l’anxiété quant à son impact.

Évidemment, le fait que le changement climatique soit un défi cognitif pour notre système analytique place la communauté scientifique au cœur de ce défi. Et comme le travail de prédiction est un travail d’analyse de l’incertitude et du risque, les heuristiques de jugement seront toujours présentes et les experts veillent – y compris à l’intérieur du GIEC – à les baliser.

Synthèse et conclusion

Nous avons volontairement restreint la littérature en sciences de la cognition à quatre thèmes : la conscience, le concept, les croyances et l’approche rationnelle. À l’intérieur de ces thèmes, nous avons peu discuté des débats qui opposent certains protagonistes tels que les liens entre perception et représentation (est-ce le but de la perception de fournir des représentations précises?), la réduction ou non de la conscience et des qualia, la nature rationnelle ou irrationnelle de l’être humain, ou les rôles des composantes internes et externes de la cognition (Stainton, 2006).

Nous avons voulu, en examinant quelques défis cognitifs du changement climatique, apprendre ce que les sciences de la cognition pouvaient nous enseigner au sujet du quasi échec de la conférence de Copenhagen (décembre 2009). Nous avons montré que les thèmes des sciences de la cognition retenus expliquaient les symptômes observés autour du changement climatique tels que : absence de définition commune du phénomène du changement climatique, déni et désinformation, négociations sans aboutissement, interprétations idéologiques d’un phénomène qui ne devrait relever que de la science, questionnement des croyances des chercheurs et de la valeur de la science, réactions émotives et difficultés d’évaluation des risques.

Est-ce que le explications proposées à l’aide des théories de la perception consciente, du concept de la justice environnementale globale, de la cohérence des croyances et des biais cognitifs sont susceptibles d’aider les décideurs et les professionnels concernés par le changement climatique tels que les hommes politiques, les urbanistes, les architectes et les gestionnaires à concevoir, évaluer et mettre en œuvre des stratégies ‘vertes’?

à concevoir, évaluer et mettre en œuvre des stratégies ‘vertes’? Albert Lejeune – ISC9000 - DIC
à concevoir, évaluer et mettre en œuvre des stratégies ‘vertes’? Albert Lejeune – ISC9000 - DIC

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En fait, la littérature en gestion propose 5 raisons qui poussent les compagnies à adopter des stratégies ‘vertes’ (Townsend, 2006). Ce sont :

1. Les valeurs et les impacts environnementaux

2. Les règlements gouvernementaux

3. Les opportunités et les pertes économiques

4. Les crises organisationnelles

5. La pression des parties prenantes.

Les valeurs et les impacts environnementaux ne sont pas mutuellement exclusifs. Les valeurs environnementales sont, par exemple, une croyance dans le droit des êtres vivants à bénéficier d’un environnement sain, ce qui peut pousser une compagnie ou un ensemble de compagnies à revoir les GES émis par une chaîne logistique. Les règlements gouvernementaux attirent l’attention des gestionnaires et peuvent les amener à une perception consciente des impacts sur le climat de leurs activités. Les opportunités économiques impliquent la conception de nouveaux produits ou processus ‘verts’ alors que le risque de perte est lié à une non-conformité environnementale. Les développements de KT sont utiles pour réfléchir aux gains et aux pertes dans le futur. Les crises organisationnelles font suite à des crises qui peuvent résulter de manque de transparence, de comportements non éthiques ou de fautes de gestion, telle que la crise de marée noire dans le golfe du Mexique (New York Times, 2010).

Le tableau 2 croise les cinq causes sociétales, écologiques, réglementaires, organisationnelles et économiques de la mise en place de stratégies ‘vertes’ avec les quatre défis abordés dans ce travail. De façon non limitative, il apparaît que les valeurs et impact environnementaux posent – à l’entreprise ou à l’organisation publique - un défi de justice environnementale globale relié à la définition même de la mission de l’organisation. Les règlements gouvernementaux sont nombreux dans les pays développés, ils imposent aux organisations d’orienter leur attention vers les caractéristiques environnementales de leurs produits et processus de fabrication. L’évaluation des opportunités économiques, liées par exemple au lancement de nouveaux produits verts, peut être enrichie par les réflexions de KT sur les heuristiques de jugement. Les crises organisationnelles, parfois générées par des crises écologiques, modifient les motifs d’attention et interrogent l’ensemble des croyances qui confèrent à l’entreprise sa théorie des affaires (Voir Drucker, 1994). Finalement, les pressions des parties prenantes doivent être traitées, qu’elles proviennent de groupes écologiques, de

doivent être traitées, qu’elles proviennent de groupes écologiques, de Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page
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consommateurs, de fournisseurs ou d’actionnaires. La variété de ces pressions multiple la nature des défis cognitifs reliés à la mise en place de stratégies vertes.

Tableau 2. Défis cognitifs et stratégies vertes

 

Attention

Justice

Croyances

Biais

conscience

environnementale

théorie

cognitifs

globale

Les valeurs et les impacts environnementaux

 

+++

   

Les règlements gouvernementaux

+++

     

Les opportunités et les pertes économiques

     

+++

Les crises organisationnelles

+++

 

+++

 

La pression des parties prenantes

+++

+++

+++

+++

En conclusion, l’analyse des défis cognitifs du changement climatique – dans laquelle de nombreux chercheurs en psychologie, sociologie et cognition se sont déjà investis – est une introduction pertinente aux défis cognitifs de la conception, de l’évaluation et de la mise en œuvre de stratégies ‘ vertes’.

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i Le changement climatique devrait produire en effet des changements tels que le retrait des glaciers, la fonte de la banquise, l’élévation du niveau moyen des océans, la modification des régimes de précipitations pouvant entraîner inondations et sécheresses, l’augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements climatiques extrêmes comme les ouragans ou les cyclones, la modification de la circulation de courants marins comme le Gulf Stream. Sans compter les effets sur l’agriculture et les conséquences sur les risques de disparition de la faune et la flore.

ii CONSCIENTS DU PROBLÈME QUE POURRAIT POSER LE CHANGEMENT CLIMATIQUE À LÉCHELLE DU GLOBE, LORGANISATION MÉTÉOROLOGIQUE MONDIALE (OMM) ET LE PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LENVIRONNEMENT (PNUE) ONT CRÉÉ, EN 1988, LE GROUPE DEXPERTS INTERGOUVERNEMENTAL SUR LÉVOLUTION DU CLIMAT (GIEC). LE GIEC EST UN ORGANE INTERGOUVERNEMENTAL QUI EST OUVERT À TOUS LES PAYS MEMBRES DE LONU ET DE LOMM.

LE GIEC A POUR MISSION DÉVALUER, SANS PARTI PRIS ET DE FAÇON MÉTHODIQUE, CLAIRE ET OBJECTIVE, LES INFORMATIONS DORDRE SCIENTIFIQUE, TECHNIQUE ET SOCIO-ÉCONOMIQUE QUI NOUS SONT NÉCESSAIRES POUR MIEUX COMPRENDRE LES FONDEMENTS SCIENTIFIQUES DES RISQUES LIÉS AU CHANGEMENT CLIMATIQUE DORIGINE HUMAINE, CERNER PLUS PRÉCISÉMENT LES CONSÉQUENCES POSSIBLES DE CE CHANGEMENT ET ENVISAGER DÉVENTUELLES STRATÉGIES DADAPTATION ET DATTÉNUATION. IL NA PAS POUR MANDAT DENTREPRENDRE DES TRAVAUX DE RECHERCHE NI DE SUIVRE LÉVOLUTION DES VARIABLES CLIMATOLOGIQUES OU DAUTRES PARAMÈTRES PERTINENTS. SES ÉVALUATIONS SONT PRINCIPALEMENT FONDÉES SUR LES PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES DONT LA VALEUR SCIENTIFIQUE EST LARGEMENT RECONNUE.

LUNE DES PRINCIPALES ACTIVITÉS DU GIEC CONSISTE À PROCÉDER, À INTERVALLES RÉGULIERS, À UNE ÉVALUATION DE LÉTAT DES CONNAISSANCES RELATIVES AU CHANGEMENT CLIMATIQUE. LE GIEC ÉLABORE AUSSI DES RAPPORTS SPÉCIAUX ET DES DOCUMENTS TECHNIQUES SUR DES SUJETS QUI NÉCESSITENT DES INFORMATIONS ET DES AVIS SCIENTIFIQUES INDÉPENDANTS ET CONTRIBUE EN OUTRE À LA MISE EN ŒUVRE DE LA CONVENTION-CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES (CHANGEMENT CLIMATIQUENUCHANGEMENT CLIMATIQUE) PAR SES TRAVAUX SUR LES MÉTHODES À APPLIQUER POUR LES INVENTAIRES NATIONAUX DE GAZ À EFFET DE SERRE.

LE GIEC DÉFINIT ACTUELLEMENT LES GRANDES LIGNES DU CINQUIÈME RAPPORT DEVALUATION (AR5), QUI PARAÎTRA EN 2014. COMME CE FUT LE CAS DANS LE PASSÉ, LES GRANDES LIGNES SONT ÉLABORÉES SELON DES MODALITÉS PRÉCISES AUXQUELLES DOIVENT SE CONFORMER DES SPÉCIALISTES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE DE TOUTES LES DISCIPLINES ET DES UTILISATEURS DES RAPPORTS DU GIEC, EN PARTICULIER LES REPRÉSENTANTS GOUVERNEMENTAUX. LES GRANDES LIGNES SERONT PRÉSENTÉES À LA TRENTE ET UNIÈME ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU GIEC ET AUX SESSIONS DE SES TROIS GROUPES DE TRAVAIL, QUI SE RÉUNIRONT À BALI, INDONÉSIE, DU 26 AU 29 OCTOBRE 2009.

LE GIEC EST AUSSI EN TRAIN DÉLABORER DEUX RAPPORTS SPÉCIAUX. UN RAPPORT SPÉCIAL SUR LES SOURCES DÉNERGIE RENOUVELABLES ET LES MESURES DATTÉNUATION DU CHANGEMENT CLIMATIQUEDEVRAIT ÊTRE PRÊT EN 2010. LE RAPPORT SPÉCIAL GÉRER LES RISQUES DÉVÉNEMENTS EXTRÊMES ET DES CATASTROPHES POUR AMÉLIORER LADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUEEST AUSSI EN PRÉPARATION ET VA SORTIR EN 2011. (SOURCE :

: http://www.ipchangement climatique.ch/home_languages_main_french.htm#1 ) . Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 22
: http://www.ipchangement climatique.ch/home_languages_main_french.htm#1 ) . Albert Lejeune – ISC9000 - DIC Page 22