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a ; =i Images de soi dans le discoufs uc sous la direction de Ruth Amossy J.-M, Adam ye. R. Amossy M. Dascal E. Eggs G. Hadad D, Maingueneau . M. Sternberg 4 A. Viala _ fog (1949 ‘) Ausonne w Array, R, Fmagu A Fe dirs @ thx a a Nite lp «-=%] Images ae.s monde que ce az Chapitre 4 Images de soi et schématisation de (‘orateur : Pétain et de Gaulle en juin 1940 Jean-Michel Adam Logos, ethos et pathos dans (‘argumentation 8 travers son énonciation, qui ne seu! st persuader que si alle permet une incorporation, 100 Images de soi dans fe discours Les trois composantes de [a persuasion dont parle Perelman peuvent tre présentées dans un schéma (schéma 1) qui ouligne le fait quil s'agit de wois péles plus complemen aires que concurrents de tout mouvement argumentatif ‘Schema 2: AOGOS ‘ETHOS PATHOS Le question que je poserai aux textes que ji choisi Sétudie’ rourera autour des relations entre ces trois composantes pol Gée & tel ov tel pole, dens un ciscours ou dans idiun discou's, 2 des effets tent sur se composition son style, sur sation discursive doit étre cOnsidérée comme une ss des mouvements ergumentatifs. Le priorité accor dynamique sour! serait facile de montrer que ce quion doit 4 des attractions tendancielles ois poles fer la manipulation, et qvil fevt ion, se re arqumentatif fondé sur tive que garantit, en quelque sore, le péle du loges i 102 Vegi Pétain et de Goulle Senéma 2: Ld personne, le fonction et sorlimage que son eiscours donne de Jean-Blaise Grize, dans le cadre du C semioiogiques de l'Université de Neuc! important pour analyse de discours. Le concept de schématisation discursive Le concest elé de lz logigue nature! matisation, donc de representation d ctivement Der Ie Gaulle. Le comparaison de Permettra dillustrer, dans une perspe guant 3 moi, la question de fsthos orstoire, objet du orésent La schématisation discursive ‘pération at résultat Toute activité discursive » (Gr 990 : 35) donne nai ferme renvayant tant 3 un processus qu’a un résultar (Grize 1990 : 35 & 1996 59). Oéfinir Yobjet de Vanalyse de discours moins comme un Yroned, un texte ou un discours que comme une schématisa- ion discursive, Cast tr8s velontairement réunir, en un mame seme, €nonciation comme pracessus et résultat. La nominalisation du verbe sch double sens d'un obj que les termes d'énoned et ah n séparent et que les concept de texte'et de discour Pe comportent, quant } eux, gas du tout, Aneliquons 18s simptement cette distinction au corpus que si choisi de trav ‘en raison de sa trés problématique sta- bilsation. Lappel du général Oe Gaulle, daté du 18 juin 1940 et communément appelé « appel du 18 juin», est avant tout a consicérer comme une schém: isation-proces 845 Gui aboutit & plusiaurs schématisations-résultats (textas 24 gnoneés), UApel du 18 juin est d'abord une schématisation-oroces. sus dans fa mesure oli il pend 8 l'allocution peononcée la ar le Marchal Pétain et que l'ensemble de I francaise a écouté sur les ondes de la radio nationale loo Pétain 2t de Cauite Allocution du Marchal Pétain, fe 27 ju (a) Francais, ‘ppel de M, le arésident de ia République, assume & por. i aujourd hut to direction du gouvernement de ia France, (3) jan Ye notre admirable armée, qui lutte avec un 2 digne de ses longues traditions 5 contre un que par sa ampli nos devoirs vis-é-vis de ros (3°) sur de Pappui des anciens combattants que jai ou la ot de commander, sir de la confience du pevale tout entier 2 fais fa France 'e don de ma ersane pour attSnuer son mal (4) En ces reures douloureuses, je pense aux malheureux ratic gi 2ui, dans un dénuement extrdme, silonnent ros routes (5) Je leur exarime ma comaassion at ma solitude. (6) Cast 12 s2rr8 que je vous dis cujourd hui quit faut cesser ‘2 com. 940 (7) J2 me suis adresse cette aut der si) ast prit & rechercher oy Nadversaire 20 entre soldats, gare tre un terme aux Hos (8) Que tous ies Frangais se graupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fosaent tate leur ‘angoisse pour n’obsir gua leur foi dans fe destin de la patra, Considérer #appel du 13 juin 1940 dans sa relation § cere 190. Cest souligner_méthodelogiquement ie fait dela ua dlssours nest iamais iolable tans risques : pris aans une chaine discursive, cout_discours_est_dvnamiquement ‘alg, comme réponse, § dautes et en appelle d'autres, 3 son tour, en réponse. Cette thése est défendue aus Bien par toute lceuvre de Mikhail M_ akhtine que gar le Michel Foucault de t srchéologie du savoir (1969). Comme les écrits du Cercle de Bakhtine Vont largement sou- fnteediscusive. Au coeur du principe dialogique oh | wouve cette idée capitale : tos Images de soi dans le discours impossibie de comprendre comment se constrit ‘que, eitilfapparence de Fautonomie et tun énoncé quel Se Tachevement. sion ne Tenvisage pas comme Un tomers, comme une simple goutte dans le fieuve de [2 Communication verbele dont Fincessant mouvement est Cceluita meme de la vie sociale et de MHistoire (elochinev 1930, trad. Todorov 198 288) est le forme la plus natu unique ~ par exemple: Ie monologigues par leur seule forme extérieure srrocture sémantique et stystique, is sont en fat essenviel Jement dialogiques. {Volochinov 1930, 2d, Todorav 1981 : 292) Lappel du 78 juin peut di UN texte ‘plusieurs schématisations au sens de résultat. Ce di , deux débuts différents qui illustrent parfaitement le comport plusieurs régimes de me trouvé, le 18 juin, dans Vobligation de mor Goit absolument consiciére lune prononcée et l'autre publige par le iment la ver 106 Pétoin et de Govile Discours du Général de Gaule piscours du 28 juin aso Discours prononcé 3 lz Version officielle radio de Londres 119 Le gouvernement J, nous sommes, submergés parle force [3] Ceres, nous avons fe et aérienne, de Fenner ve, ce sont les chars, es 2vion, 12 jor recules IS) Ce, sont tes ch mane: qui ont surpris nos de zo) dan2 '2 siscoure i, Cena de Gauls, sccuslerment 4 ares, invita la ingéniaurt at les guvners specialists des incustres aarmement qui se ows * fe 04 oui vi raient ot 2 en rapport avec mai 125] tance Hrangaisa ne as Sindee (263 Demi comme aujaurd hui, ja pares bla dio de Londres Ces deux schématisations en constituent, 20 fait, au moins ‘ois : une oral rite publiée dans la presse du main, une publige par De Caulle lus tard. La sion orale que la B8C “13 pas enragistrée semele perdue - seul le Service des Ecoutes de Seme dispose d'une ersion daclographiée. Une versio te de !opel 2 até in, dans Le Pert 2rovangal at éditae oa pour la version « affectivement orononcée », en attendant une vérificat version put 7 de la ranscrioticn. Eatin, dans le recuall des grands discours du Général est le t roujours mais jamais reproduit dans les documents soneras de la radio 2t wien lars d'émissions isto riques ou commémoratives Aces trois versions, jen ajouterai une quatriéme qui est sour vent confendue avec "Appeal du 13 juin : falfiche tricclore imprimée dans la seconde guinzaine de juillet 1940, mainces, ‘ois raimprimée at atfchée jusqu’an juin 1944 & Londres, 108 A TOUS LES FRANCAIS Lo France a perdu une bataille! Mais la France n’a pas perdu fa guerre Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cadant & la panique, oubliant thonneur, livrant le pays a la servitude, Cependant, rien n'est perdu! Rien ast perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale, Oans univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour, ces forcas écraseront lennemi, I faut que fa France, ce jour-la, soit présente a la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but! voi se trouvent. a5! convie tous les Frangais, 08 quis pourquoi ir & moi dans Vaction, dans le sacrifice et dans fespérance. Notre oatrie ast en péril de mort Luttons tous pour la sauver ! VIVE LA FRANCE ! GENERAL DE GAULLE Quaarien. cénéeat. “CARLTON GARDENS, LONDON, 5. Si toute schématisation discursive est un processus, Cast sent ie # dynamique complesé qui prépare et améne la suite. Ainsi, en fin di ciscours estsil préparé par ce qui précéde. La dynamique est, done autant inteme quiexteme, ‘niin parce que chacune des propositions qui consti texte rast quiune phase dans un mouvement argument locution, 'agpel proprement dit comme acte de 109 eee Imoges de so! ders le discours Représentations discursives schématiques . Schématiser, c'est construire un schéma, cest-d-dire une représentation discursive par définition partielle et sélective d'une réalité. De la sorte, tout discours construit une sorte de micro-univers ‘onner les traits pertinents de son rélérent. (Grize 1996 : SC) Ces schématisations passent par des prédications qui pren- Rent appui non sur des concepts « vrais », mais sur des notions (Grize 1996 : 51), dod un certain flou qui fait chaque destinataire doit toujours interpréter ce qui Propesé et ave, « de schématisation en schématisation, les Notions se transforment et elles évoluent » (Grize 1996 : 5 i que la Cynemique de lapel du 18 jx ment séparable du discours prononcé par le '€ de lappel proprement dit présentent trois échos-allu- sions au discours de Pétain, Schema 3 : PLAN DE TEXTE DE APPEL DU 18 JUIN Pétoin et de Coulie “Tos signes linguistiques subissent d'un discours & Vautre des ‘anstormations intéressantes, trois signes analysables, en termes bakhtiniens, comme des lieux oi = s'affrontent des indices de valeur contradictoires » (Bakhtine & Volochinov 1977 : 44). Les reprises S intertextuelles des signes + destin » et « résistance » ponctuent ~ signale le schéma 3 -, au-dela de la composition 6 texte, la dynamique réfurative et polémique de l'appel du 18 juin. Le signe « Gouvernemer » se retrouve dans la formule du iscours effectivement prononcé, « Le gouvernement fren- ais », formulation imposée & De Gaulle par le Foreign Office ‘et qui reprensit de fecon trés diplomatique louverture (P2) ~ du gouvernement de la France » et la fermeture (PE : « du gouvernement que je préside ») du discours de Pétain. Certe ‘gouvernement fégitime, En revanche, dat cour Probablement per De Gaulle et devenue le formule P? : « un gouvernem ouverte et en attente dune déter és « Ce gouverneme! port avec lennemi [ Dynamique — $ Reprise/aléeason 1 “Gouvernement” INTERTEXTE-INTERDISCOURS 0 La dénencia = devient tellement ransparente dans [at fiche quon a sou eenlenaue avec Vappel luuméme t 1940 at présente 3 Londres jusqu’en 1943, Gans fas services de la France Libra, fiche ticolore imarimée en iss restaurants frarcais st un grand nomors de lieux pul londoniens). Nous na citonsici catte affche que pour la for nue’: des gain rants de*rencontre + qui reformule Soréciativement le gouvernement de Pstain, Lécart pro- reconnaissanee diplomatique et la iranche gressif ance ¢ assez Sgectaculaire pour gu’ sinsister + Alors que les demiers mots-du discaurs de Pétain (3) de De Gaui sicie sortir des limites hexagonales, avec « le (P23), en position de chute intermédiaire du noyau ire que la question dea guerre et de Ja place! de la nation francaise dans te contlit est totalement argumantatil, on p= visée, (a vision de De Gaulle ast aussi ouverte et primoni de Pétain apparait relermée et Laffiche fait cartes ee. lusion, alle aussi, a la « patie » (4 en 2 gui prouve que Je signe fait par ocabulaire gaullien (a ede de «fa France » qui généralement), Mais ia formule « LE DESTIN DU... » est elle, un cho direct avec recadrage décisif du discours de lady s2ire quil s'agit de réfuter sans jamais le nommer, + Enfin, le signe « Résistance » ast, au début (P}! de Pétain, une forme qui trouve son accamplissement entre |e passé et le présent d'une lutte « héroique » d'une armee dpidictiquement glorifige (a nowe admirabl ~ magnifique résistance »). La notion est eprise et dé ensembl2 42 Vaggel pour farmer ie syatagme nominal «ia suis tents ia Résistance, La mitaphore fi ‘Ssistance francaise » que de fordation & 2 data lamme (ui) ne doit pas s'Steindre at ne s'étaing: pas > le 12 sepeembre 1944, par ia sera reprise 4 la fin du conf Formule céléiore qui vérifiat alors la peédiction : « la flamme de la Résistance ne devsit pas s'éteindre, alle ne sét2ignit Ceci nous amene au troisiémé intérat majeur de schématisation : sa dimension fondamentalement La schématisation comme co-constuction perinents = 1995: 50) du schématisaur : se pose ici le prooleme de ta source du discours. Si on peut voir, sous les mats 4e Pétain, a main 42 ceux sui ont chi i de porter au seuvcir un rd dont la lucidité ast émoussée, sous les mets de la schématisation pranoncée de l’Appel du 18 juin, il faut vcie 1a censure du Foreign Office , c'est-dadice autant de fnalités aiffsrentes qui se combinent dans une schématisa cursive fort complexe. . Les attentes que le schématiseur préte 3 son auditoirs Lune schematiation 2 pour role de fare voie quelque chose S quelguiun, plus peécisément, cast une represancation ‘cursive orientée vers un destinataire de ce que son aureur congait ou imagine dune certaine télé. (Caze 1995 $0) ee ae décrit, par exemple Francis Jacquas, On reconnai dans L Espace fogique de Vinterloéution ire quaique chose avec quelguun, 2t non pas seulement Sequelgulun (ce qui est eva). Le langage y contracte une 13 Images de s0i dons le discours valeur référentielle en méme temps quiune poriée transac. tionnelle. (acques 1985 : 41) De cela découle le principe diatogique Lesence méme d'une schématisation est cre reconstrui te par son destinataire et donc interprétée. (Crize 1990: 88) Une schematisation apparait [..] non tellement comme expression discursive dun sens que comme une tion & construire un sens. (Grize 1996 178) Par définition, une schématisation ne « dit » pas tout : LUne schématisation est oujourssituée et lame en conse quence gue Tenelyste digpose de connaissances qui Ie Sénordent. Un ciscours de oéométrie sur les Tangles Contient tout ce qui est nécesssire & son interprétetion. Un ricie de journe! sur le triangle des Bermuces récieme de Savoir quantité oe chases qui ny figurent pes. (Grize 1986 1a) Cest dire que notre travail analytique de reconstnuction doit porter sur trois points : les paremetres de la situation socio: discursive de Finteraction consigérée, les paramatres des ions de production et des conditions de récepticn. + Le situation dlinteraction socio-discursive est une situat res différente entre Ie légitimité juridique oe c pas dans Ia construction progressive dune auire iéartimité un coup de force instit | BBC. Lorsque je dis + Pétain » ou « De Gaul par une simplification qui.prend la voix pour indice. Lun ¢t jonnel qui passe par le media de !o >, c'est donc autre sont pris dans des fits institutionnels dent ils (ne) 1 sont (que) les porte-voix. = Cerner les conditions de production et les conditions de interprétation, c'est @'abord tenir compie des de Pee) reception Iités respectives des uns et ces autres. Les fi ne Piette Pétain et de Gaulle ‘et De Gaulle sont d'abord des finalités génériques, cel discours & dominante délibérative destinés @ amener toire 8 prendre une décision radicalement inverse. Pétain et De Gaulle CONSEILLENT respectivement au méme auditoire de cesser le combat au de le continuer sous Ia forme de Is constitution d'une Résistance frenceise & feccupant. La version prononcée par De Gaulle présente une feinte rhé- torioue intéressante. De Gaulle prend Pétzin aux mots de son énoncé (7) : « Gans Vhonneur ». Par une utilisation sub ie des propes du Maréchal, ce demier ne semble plus eppe- ler & cesser fe combat, mais & le continuer Si les concitions ce lennemi devaient étre contaires 8 Thonneur. Cette reconstruction de la citation ou ciscours de l'autre remy une fonction erqumentetive majeure Je niai pas le place nécesseire pour examiner lz facon dont jes deux schématisetion donnent une image de leur auc \ toire, Disons seulement que le ciscours de Pétain | \ cen (2), & « tous les francais +, ce que reprend I's gros titre, tancis que TAppet Gu: 16 juin est constrvit ser un | nous » plus vague et privilégie, 2 la fin, « les officers et soldats francais », dune part, « les ingénieurs et les ouvriers spe stes des industries d ermement », € autre per Retour sur es notion é'« image » et é'ethos at des sujets a pour fonction de recon ¢ bien voir quiune bonne partie de lectivité syme ituer en permanence le wage Beuxmemes. juec Vaide du_schéme 4, revenons 5 ion ce Fe les questions quelle pose en distinguemt, é le ns Rogie ze Be ga2> ae ae a | eee | ea 2 Be 3 a soos 3 ap eee 5 = 2, oo 2 a g3- Fs 3g i gat 3 2 a. | | Bele 8 | To: eee gis 6 y ews in at de Gaulle suite de j-B. Grize, le sujet dans le monde et limage scnd- cmatisée de c= sujet, dans le discours, ce qui nous nomme- correspond & ethos de lorateur. Par « sujet dans le monde », entendons la personne de Vorateur avec sa fonc- tion (place) et le (ou les) cdle(s) qui is propres, 52s préconstruits cultu n, de Fobjat du discours, de ees représentations psychosociales de is et des raprésenta- ns de la situation d'énonci son auditoire (8) soi. Représentations quil faut bien distinguer des images 2e cos différentes composantes que propose la schématisation ‘ntergré at, de plus, que reconstrult nt (auditeur ou tec- un. én effet, 8 25¢ un sujet dans le monde pourvu d'une représentation de A antérieure ~ présente (ou absente) de sa fe — au discours. C'est précisément de 'a confrontation de cette représentation psychoscciale de A avec Vethos schématisé de l'orateur que surgit une figure aui ast celle de fautre, un autre toujours imaginaire (8°). Ce quiimporte, cast le fonctionnement ce cert compiexité en discours. Passons done & un rapide examen de quelques ifférences majeures entre las schématisations cranosées car ies deux orateurs Analyse des contrastes linguistiques de surface les plus frappants Lorsque, dans la débicle des arméas frangaises,s'lévent sur les ondes de la radiode 'époque, le 17 juin dabord, fa célebre déclaration du Maréchal Pétain, puis, le lender calle du Général de Gaulle, Le contraste des deux ons est frappant, examinerai successivementla présence ou non de marques de connexion (connecteurs argumentatis), la Images de s0i dans le discours question des actes de discours et du fonctionnement de 8 erformativité, enfin les traces personnelies de Vorateur. Les connecteurs argumentatits Le discours de Pétain ne comporte pas de connecteurs "94° mentatifs. Cette absence contraste trés netterent aussi Bien avec Appel Gu 18 juin qu’avec V'stfiche. pel du 18 juin comporte peu de connecteurs, ceva-ci eccupent des positions statéaiques. Ils dessinent méme Ia ‘Tame du plan de texte et permertent c'aborder le fonction- nement argumentatit du logos dans le discours de De Gaulle. La structure argumentative de Appel est articulge autour es connecteurs : CERTES Le pre sence de CERTES induit une concession qui prenc pour objet la proposition d'ermistice feite par le gouvernement oe le in. Dans un premi fable 8 Pétzin ‘Bune conclusion qui ne peut ‘on les transforme en assertions. En effet ve du MAIS qui débute (6), alliée 2 | | ceée un effet de polyphonie. En s'0P par le connecteur MAIS et en remetiznt €7 par une tournure argumentative, de Gaulle laisse entendre que ce dire ( Le. der Lespérance doit dispargitre. La 6 pris en charge par un autre, Pétain en occu tion (8) qui suit est une preuve supplément 1 est dit, alors ne fer mot eller Petain et de Goulie combat. La négation exprimée en (9), renforcée par marque une réfutetion nette de la conclusion = pet Cette rélutetion va prendre appui sur un raisonnement 2u mouvement régressif marqué par CAR : de Gaulle va donner depuis énoncé (12) jusqu’s (21) tovte une série d'argu- ‘ments qui viseront 2 eboutir 8 la conclusion donnée en (11). et reprise en (22) : « les memes moyens qui nous ent vain- ressant de consta- ter que la concl >» présuppese que le combet ne doit pas encore cesser et s‘oppose de ‘cus peuvent dont 2 la conctusion C’ he comporte quantitativement et proportionneliement plus de connecteurs encore, chapeau est constiué par une irés belie et eélébre période binaire cisposée sur deux ligne: ta France 2 perdu une batal la Fronce wvepas perdu ls guerre! que le logique pétainiste considére le premiére prope: lon comme un argument pour une conclusion de type gui jaue sur te dis Tout"est perdu, @ seconde prope: ple bi 1 4 une conclusion ion / guerre, abo isée. Cette conchsion ne devient explicite quien fin de raphe : « Cepender mniéze, les proposit ce DANT aboutissent & ie conclusion de le images 42 s0/ dant le discours lagique défaitsce de Pétain et de son gouvernement est perdu» Ju texte vient Stayer explicativement les 03 ation des conclusions défaitistes, La structure as deux paragraphes suivants ast plus explicative que strict. snchainement PARCE ment argumensative. QUE >> Vaila POURQUG! qui méne 4 une autre version a Appel, dont nous allons parler & présent le repose sur Las actes de discours (performatis en particulier) Si son allocution ait dépoursue de connacteurs, 29 ‘ravanche Pétain accomplit un trés grand nombre dactes ce Giscours a valeur performative la France le don de ma oer vient au terme de la seule grande eériede oratoire de $8. —pour attinuer son maineve rance Je don de ma personne La derniére proposition, aboutissement d'un mouvement Spidictique d'sioge dla nation, est prise dans le pathéticue. + Le paragraphe suivant méne & deux autres actes : (5) « j2 icitude =, acte leur exprime ma compassion et ma st EXPRESSIF tout antier pris dans l2 pathos at qui permet d= construire ethos d'un orateur compatissant et attentif. Ceci ménage surtout la venue de (6) : « Je vous dis quil faut DIRECTIF. 12 discours politique cesse d'atre délieérasit 2our devenir commandemant du chef 4 la Nation. + Clast c2 que confirme le demier acte ; (8) « Que tous las Frangais se groupent autour Gu gouvernement...» Plus qulun souhait, tl s'agit aussi d'un ORDRE, dun acte OIRECTI inal, Sut de la prise de parole. En cevanche, Oe Ga ‘appel la crayance ¢ Jaquet e vais revenic2¢ le commissit (26), promesse qu is de fa 38C ~ 930 qu'en fin de texte seulement le gerformatf gui Appel »:« {INVITE » (28). Cet le oute fe plus a un coup de force vi Gaulle et de Pétain. Alors que ce dernier est légitimé gar sa ia République, te général de nomination oar le Président di ie est dépourva ce toute ld Gay jger 2, comme le « conviee » de Uatficne, sont des actas -ectifs particuliers que Daniel Vanderveken eésume en ces, | Cast prer quelauun de se rendre quelque 227 ou er 7 plas, en in |] 3u2 2 3 quai Tan com 4 auelque chos se enon paia vanderveken 1938 133 Cet acte est caractéristique d'un mouvement dilibéra siférent de 9 de Ba tation générale de Vallocu Cast » quiihyevient de décider 5 de venir. Vorateur se contente de lul proposer de choisir <2 jet pour la Nation. Tout le genre dis .cte directif choisi, Cette arsénuation de Hsction entreprise sur le destinataire vaccompagne d'un acte iccepte ou non quil croit bon pot cursif tiene dans Imoges de soi dans le discours , Emanant d'un militaire, ce choix apparait comme particuligrement fort Laffiche est orientée vers le meme performatif, au §3 = Voila pourquoi JE CONVIE », mais elle comporte aussi un acte de discours prédictit important au §2 (les verbes au futur), plus fort que le « nous pourrons vainere » de (22) Enii ordre qu'un appel et Gonc une forme délibérative pératif de clausule : « Luttons taus » est moins un IN est Evident que la différence de légitimité (forte pour Petzin, faible pour De Gaulle) explique ces choix. Les condi tions ins jonnelles de procuction ne sont pas sans effets sures formes ciscursives, comme le confirme ¢ailleurs exs- men rapide des incices personnels. Les indices personneis Lusege du pronom, jent Ge le République » que Ui se présente donc comme nommé 122 Pétwin et de Gaulle ls confiance cu peuple tout Latfection et la confiance garantissent une Iéeitimité de tonalité plus famniliale que militaire ou gouvernementale. Avec le recours a « appui des anciens combattants », Pétain réatfirme son ethos de Maréchal, s2 valeur mi porté au devant du pouvoir le savaient bien ¢! moins fa personne politique de Pétain que le couvernement de Vichy mettra en avant que lethes du vieux Maréchal qu'une propagande soigneusement oxchestrée assurera tout te temps de occupation, Le suite du discours poursuit sur ce ton. Le JE vient avec la > et pose lacte com- ug lus haut d'expression de lz « compassion » et de tude n, Cette demiére correspond & une « attention soutenve a le fois soucieuse et atfectueuse ». ordre donne, en (6), est une mise en avant des coeur serré que je vous dis...» Uethos du pére/a rmé ainsi de bout en bout, ce Reste le point 4 ethos de Ihonneur m aerés la utce En comparaison, Appel du 13 juin est dominé par le pro: nam NOUS qui incoraore lorateur au collectif de la nation. Le IE et le MOL ne surviennent que prograssivement. A ce rp0s, un nouvel écho de texte A texte Mnérte dite soul gr. Au « JE VOUS O15 aujourcihui QU at » de Pétain (6) spend un « Croye faut casser le com 9 connaissance de cause et VOUS DIS QUE rien 0 De du 4 ethos fondé sur le gathos de Pétain et appuys {gitimita doublement stabiie par la premiére guerre mon faut savoir quil prend appui sur allecution pronencée par lui & la Radio, te 21 mai 1940 ( p2u mains d'un mois plus (80), 3a demande des services de ier Ga @ oroeagande du Grand Qu jon cuirassée quill padait mandane de la quatriéme OF aloes, recaurant aux mémes arguments de la guer nelogique quill ulise fe 18 juin constituée, le Génér st done une ide ment quelquun qui 2 3 appelé au gouvernement ie 23 crars 1940, par Paut Reynaud (nouveau Président du De Gaulle y remplisait alors des a lulsméme rédigé la déclaration de Paul Reynaud au Parlement. (On se trouve donc en face d'un ethos fondé sur la compé- tence, ethos 4 partic duquel De Gaulle en appelle & la ‘ministre en second et 124" royance 22 30n auditoire : « Croyezamoi... ». Ne disposant acquise, De Gaulle sappuie plus sur ar ) que sur le pathos. Ce demiar re sur pas d'une !égitimi gumentatien (log) vient guére qu travers le laconique et résolu « Non ! » (9) ui répond aux trés chétoriques trois questions (6), (7) et 43). La mame répétition temaire, exclamative cette fois, de La France ast pas seule |» est, une montée an want du pathos appuyée sur le choix stlistique des -ép8t ons ternairss Sans avoir “2 temps d'effectuer une analyse da igrons seulement que, comme dans I'Apeel is personne de Vorateur ne surgissent qu’au terme argumentatif, en fin de deuxime oara st mon but, mon seul but ! + Soit la consti graphe : « Te tution d'une image de Forateur-signataire appuyée sur une eu devair, de la aécessté : « ik FAUT que la suit présente 8 la victoire». Le « but » suriequel De ageuie son ethos est fixd par les besoins pobtiques ia place de la France aux yeux des alls, futurs ai futurs queurs. Suit alors le perforratit, 8s explicitement aopuyé pourquoi |E convie Staye : «Voi sur ee qui crécia slunit 8 MOI ». Ce qui débouche surle NOUS de « Notre pattie... Luttons tous... » Le recours au pathos final de la patrie « en péril de mort » ne survient qu’au terme lune argumentation, lei aussi, cast le logos qui méne le mouvement de argumentation. Pour conclure : les dominantes argumentatives des deux orateurs ethos des deux orateurs diverge an raison de ce que jappe! lerai les dominantes de argumentation, clest-i-dire le poids des deux autres pales du triangle. Le discours délibératt et le 125 Amoces de soi dans le discours Jogos femportent sur lépidictique (bléme-des choix de Pétain) et-sur le pathos dans le texte de De Gaulle. En revanche, Vépidictique, le pathos et ethos dominent entié- Tement le discours de Pét Schema 5: LOGOS ~ DEGAULLE ETHOS PATHOS PETAIN Ceci mincite & considérer que le discours de Pétain est plus un discours de menipul jon, par un afiaiblissement du logos sur lequel, per contre s'appuie largement le discours de De Gaulle” + Cente étude doit beascoup sun taveun ments sec Thiiry Hermen 6 cere oe Cen Discourse FUsve de hetherenes en Unguisique Textele 186 Ge Lavisnne. Une ve'sion pin ceveotote ve ff geres oe dscours (uathar, cols FAL TEE, eh 126 Chapitre § Lethos au carrefour des disciplines : rhétorique, pragmatique, sociologie des champs’ Ruth Amossy Vefficacité du discours et Vautorité du tocuteur Lidée selon laquelle Hetficacité de le parole est i de Vorateur’ vaverse les disciplines : on le retroy aujourd'hui au carrefour de le rhétor (de le sociologie des champs. susciter de vives polémiques. On se souvient du, proces intenté 8 J. L. Austin par Pierre Bourdieu dens Ce gue parler veut dire (1962). 4 le notion d'une force illocutoire dérivent es performatifs ou plus généralement des actes de langase, ue, de ie precmatique nest pas néanmoins sens 3 dere eT ote a cs De