Vous êtes sur la page 1sur 3

MB7 : Anatomie pathologique

A4 – Tumeurs bénignes/malignes

CRITÈRES MORPHOLOGIQUES DE DISTINCTION ENTRE TUMEURS BÉNIGNES ET MALIGNES

1 . Tumeurs bénignes

1.1. Définition

Masse tumorale résultant d’un excès de cellules dont l’évolution n’a pas les caractères de malignité

des cancers à savoir qu’elle ne donne jamais de métastase.

Hormis de rares exceptions les tumeurs bénignes

n'entraînent pas la mort du patient, contrairement aux tumeurs malignes si on les laisse évoluer. Cette définition n’inclut pas :

- une simple distension kystique

- une accumulation de substances intercellulaires (amylose, fibrose)

- une réaction inflammatoire `

- une hyperplasie ou hypertrophie

- les lésions malformatives

Le terme de TUMÉFACTION ou de PSEUDO- TUMEUR peuvent alors être utilisés. ex.1 : pseudo-tumeur amyloïde par accumulation d’amylose. ex.2 : pseudo-tumeur inflammatoire (à corps étran- ger, par cicatrice chéloïde ) ex.3 : hyperplasie, hypertrophie ou dystrophie en

réponse à des stimuli hormonaux (mastopathie fibro- kystique mammaire, hyperplasie endométriale, goître thyroïdien hyperplasique). ex.4 : dysembryoplasies :

- Choristome (grec choristos : séparé ome :

tumeur) ou hétérotopie : présence d’un tissu dans

un organe où ces cellules en sont absentes norma- lement (nodule pancréatique digestif).

- Hamartome (grec hamartanein : manquer le

but, ome : tumeur) = quantité excessive d’un tissu

dans un autre tissu ou organe (hamartome pulmo-

naevus

naire, hémangiome cutané, hépatique cutané).

,

Ainsi définie, une tumeur bénigne est consti- tuée d’éléments cellulaires qualitativement et quantitativement anormaux, à croissance excessive et désordonnée, biologiquement autonome et se poursuivant après arrêt du “stimulus” lui ayant éventuellement donné naissance.

1.2. Caractères macroscopiques

Aucun des caractères cités n’a de valeur abso- lue, ils ne permettent qu’une première approxima- tion de la lésion.

1.2.1. Mode de croissance : EXPANSIF ET NON

INFILTRANT (cancers), il aboutit à une tumeur bien limitée par rapport au tissu sain avec formation d’une capsule par atrophie du parenchyme et condensa- tion de la charpente conjonctive qui permet son énu- cléation chirurgicale. C’est un bon critère de bénignité, mais qui n’est pas absolu. Il existe des tumeurs malignes encapsulées (ex. adénocarcinome rénal) et inversement des tumeurs bénignes à croissance infiltrante (ex. histiocytofibrome

dermique).

1.2.2. Forme : elle dépend du lieu de développement

de la tumeur :

- soit A LA SURFACE d’un revêtement cutané ou

muqueux : elle est alors végétante sessile ou pédicu- lée, non ulcérée, à base d’implantation souple.

ex. 1 polype - ex. 2 papillome

- soit EN PROFONDEUR : c’est alors un nodule

enchâssé dans le parenchyme déformant souvent

l’organe.

1.2.3. Nombre : ces tumeurs sont :

- soit UNIQUE

- soit MULTIPLES simultanément ou successive-

ment Il peut s’agir de tumeurs de même type ou de type différent correspondant soit à une simple coïncidence, soit à un dérèglement endocrinien (adénomes multiples mammaires et léiomyomes utérins), soit à une maladie héréditaire : polyadénomatose familiale (syndrome de Lloyd : adénomes parathyroidiens, hypophysaire et pancréatiques endocrines), polypose rectocolique fami- liale, neurofibromatose de Von Recklinghausen

1.2.4. Taille : elle est très VARIABLE, allant de quel-

ques millimètres à plusieurs centimètres. Elle n’est pas en relation nécessairement avec la durée d’évolution mais est plutôt fonction du développement progressif et de la négligence du patient.

1.2.5. Aspect : il est généralement ANALOGUE AU

TISSU D’ORIGINE. ex. 1 : un lipome a un aspect de tissu adipeux ex. 2 : un chondrome celui du cartilage et, sur la section, la tumeur ne contient ni hémorragie ni nécrose. Cependant, des modifications telles que fi- brose, calcifications et même ossifications sont couran- tes (ex. fibroléiomyome utérin calcifié et/ou ossifié). De même, les perturbations circulatoires peuvent occasion- ner oedème, hémorragies et même infarcissement (ex. torsion de kyste avec infarctus).

Janvier 2007 V. Rigau 1 Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes
Janvier 2007
V. Rigau
1
Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes

MB7 : Anatomie pathologique

1.3. Caractères microscopiques

1.3.1.La différenciation Elle correspond au degré de ressemblance de la

tumeur

ORTHOPLASIE. En général, une tumeur bénigne est différenciée :

- sur le plan morphologique ex. : l’adénome est formé de tubes glandulaires

- sur le plan sécrétoire ex. 1 : sécrétion de mucus par l’adénome colique ex. 2 : sécrétion de colloïde de l’adénome thyroïdien Il existe cependant des tumeurs malignes orthoplasiques (ex. carcinome hépato-cellulaire) et des tumeurs béni- gnes immatures (ex. chondroblastome)

ou

par

rapport

au

tissu

normal

1.3.2. Aspects fonctionnels

En général, les cellules auront les fonctions des cellules homologues normales, mais il s’agit le plus souvent de fonctions autonomes, non contrôlées. Ainsi les tumeurs bénignes endocrines sécrètent indé- pendamment du feed-back. ex. 1 : phéochromocytome et HTA paroxystique ex. 2 : insulinome et hypoglycémie

1.3.3.

Absence de signes de malignité :

 

-

Cytologiques (anomalies nucléaires, mitoses

)

-

Absence de stroma réaction

-

Absence d’invasion vasculaire, périnerveuse

-

Notion de dysplasie

1.4.

Aspects cliniques et évolutifs

 

1.4.1. Une tumeur bénigne ne menace pas la vie du

sujet. Cependant, la notion de bénignité n’est pas sy-

nonyme d'innocuité. En effet, par son siège et son volume, la tumeur bénigne peut entraîner des phéno- mènes de compression avec conséquences graves (ex. méningiome avec compression du cortex cérébral). Dans les organes creux une tumeur bénigne peut pro- voquer des sténoses (ex. léiomyome du grêle) et les sécrétions hormonales d’une tumeur bénigne peuvent avoir des conséquences dramatiques (ex. coma hypo- glycémique par insulome du pancréas). Enfin des acci- dents hémorragiques peuvent compliquer une tumeur bénigne (ex. hémopéritoine des adénomes hépatiques).

1.4.2. une tumeur bénigne a une croissance relati-

vement lente. Les tumeurs bénignes croissent lente- ment avec une allure réglée. Il y a parfois des périodes de latence puis elles cessent de croître et peuvent voir leur taille diminuer. L’arrêt de croissance peut être lié à des facteurs tels la dépendance hormonale, une com- pression vasculaire ou autre (ex. léiomyome utérin régressant à la post ménopause).

1.4.3. Une tumeur bénigne ne métastase pas. C’est ce

qui distingue le mieux les tumeurs bénignes des tumeurs malignes. Il existe cependant des tumeurs malignes qui ne métastasent pas (ex. épithélioma baso-cellulaire).

1.4.4. Une tumeur bénigne ne récidive pas après exerèse de la tumeur. Ce critère est lié à l’aspect non

A4 – Tumeurs bénignes/malignes

invasif de la tumeur, qui enlevée en totalité ne récidivera pas contrairement aux cancers. La guérison du patient est donc assurée. Cependant, en cas d’exérèse limitée la récidive est possible (ex. méningiome).

1.4.5. Une tumeur bénigne peut détruire l’organe.

Par exemple par compression (ex. adénome hypophy- saire).

1.4.5. Tumeur bénigne et cancérisation

Ce risque est variable d’une tumeur à l’autre :

- Certaines n’évoluent pratiquement jamais vers un

cancer (ex. lipome, fibro-adénome mammaire)

- D’autres ont un risque certain de transformation

maligne. (ex. adénome villeux colo-rectal)

- Pour certaines il existe un continuum entre la tumeur

bénigne et la tumeur maligne ex. adénome colo-rectal et adénocarcinome, tumeur urothéliale et carcinome urothélial.

- Il existe des tumeurs possédant certains caractères de

malignité, et certains caractères de bénignité : les tu- meurs sont classées comme TUMEURS FRONTIERES ou BORDER-LINE.

- Enfin il peut arriver que les critères macroscopiques et microscopiques d’une tumeur ne permettent pas d’en affirmer la nature bénigne ou maligne (ex. tumeurs endocrines). C’est alors l’existence de métastases qui affirme la malignité.

2 . Tumeurs malignes

2.1. Définition

Masse tumorale résultant d’une prolifération cellulaire autonome pouvant donner lieu à des

métastases.

2.2. Caractères macroscopiques

2.2.1. Mode de croissance

CARACTERE INFILTRANT : les tumeurs malignes sont mal limitées, non encapsulées, détruisent ou enva- hissent l'organe d'origine et parfois les organes de voisi- nage. Présence de nodules satellites.

2.2.2. Forme

Elle dépend du lieu de développement de la tumeur :

- soit A LA SURFACE d’un revêtement cutané ou

muqueux : elle est alors ulcéro-bourgeonnante ou végé- tante, souvent ulcérée. Cependant, certaines tumeurs malignes peuvent avoir un aspect macroscopique de polype ou de papillome (papillome vésical, carcinome verruqueux, adénocarci- nome )

- Soit EN PROFONDEUR : c’est alors un nodule

infiltrant le parenchyme et déformant l’organe. Il y a

souvent des remaniements hémorragiques et / ou né- crotiques.

2.2.3. Nombre : ces tumeurs sont :

- soit UNIQUE,

- soit MULTIPLES simultanément ou successivement

Janvier 2007 V. Rigau 2 Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes
Janvier 2007
V. Rigau
2
Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes

MB7 : Anatomie pathologique

2.2.4. Taille : de quelques millimètres à plusieurs cen-

timètres.

2.2.5. Aspect : Il existe souvent des remaniements à

type d'hémorragie et/ou de nécrose. On peut également rencontrer de la fibrose, des calcifi- cations et même des ossifications.

2.3. Caractères microscopiques

2.3.1.La différenciation Le tissu tumoral est plus ou moins bien différencié; il

"caricature" le tissu normal orthologue.

2.3.2. Aspects fonctionnels

Les secrétions sont très variables, parfois inversement proportionnelle à la taille de la tumeurs notamment pour des tumeurs endocrines qui pourront parler clini- quement par leur sécrétion bienque de petite taille, alors que des tumeurs volumineuses non sécrétantes feront parler d'elles par un syndrome de masse.

2.3.3. Présence de signes de malignité :

- Cytologiques (anomalies nucléaires, mitoses

- Stroma réaction fibro-inflammatoire

- Invasion vasculaire, périnerveuse

)

2.4. Aspects cliniques et évolutifs Par opposition aux tumeurs bénignes et générale-

ment :

- une tumeur maligne entraîne la mort du sujet si on la laisse évoluer ;

- une tumeur maligne a une croissance rapide ;

- une tumeur maligne métastase ;

- une tumeur maligne peut récidiver après exérèse de la tumeur.

A4 – Tumeurs bénignes/malignes

2.5. Tumeurs et évènements génétiques Des anomalies génétiques s'accumulent sur plu- sieurs années et dés le stade de tumeur bénigne. Le génome des cellules tumorales acquiert des allèles mu- tants de proto-oncogénes, de génes suppresseurs de tumeurs, et de génes contrôlant la prolifération et la mort cellulaire. L'accumulation de ces anomalies génétiques donne de nouvelles facultés à la prolifération qui peut ainsi acquérir les caractéristiques de tumeur maligne (immor- talisation, caractère infiltrant, angiogénèse, possibilité de métastase).

Tableau récapitulatif tumeur bénigne/tumeur maligne

TUMEUR BÉNIGNE

TUMEUR MALIGNE

• Bien limitée

• Mal limitée

• Encapsulée

• Non en capsulée

Histologiquement semblable au tissu d'origine

• Plus ou moins semblable

au

tissu

d'origine (dédiffé-

 

renciation, différenciation aberrante)

• Cellules régulières

• Cellules irrégulières

• Croissance lente

• Croissance rapide

• Refoulement sans destruc- tion des tissus voisins

Envahissement des tissus voisin

Pas de récidive locale après exérèse complète

• Récidive possible après exérèse supposée totale

Pas de métastase +++

Métastase(s) +++

Janvier 2007 V. Rigau 3 Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes
Janvier 2007
V. Rigau
3
Faculté de Médecine Montpellier - Nîmes