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Hi stoir e et cu lt ur es de l’As ie ce nt ra le pr éi sl am iq ue

M. Frantz g renet , professeur

e nseIgnement : L e faIt urbaIn dans L ’a sIe centraLe pré - IsL amIque :

approche dIachronIque , approche sy nchronIque

In trod uc ti on génér al e

Cours du 14 nove mbre 2013

Le cours et le séminaire de cette année ouvrent un cycle envisagé pour se poursuivre sur deux ou trois ans et visant à offr ir une pr ise de vue sur l’arch éologie de l’Asie centrale préislamique dans sa continuité, en liaison avec la préparation d’ouvrages collectifs de référence. Deux approches combinées sont prév ues : les recherches sur l’ir ri ga tion, à propos desquelles deux jour nées d’études se tiendront les 4 et 5 juin 2015, et « Le fait urbain en Asie centrale préislamique : approche diachronique, approche synchronique » , sujet du cours et du séminaire. Au début des années 1970, Paul Ber nard avait proposé à Henr i-Paul Francfor t un sujet de thèse sur l’urbanisation de l’Asie centrale. Francfor t s’ aperçut rapidement qu e le sujet n’ét ait pas alors trait able, faute de données for mant des sér ies suff isantes, et il le réor ient a, avec succès, vers la seule étude des systèmes for tif iés. Francfor t et moi sommes d’accord pour dire qu’aujourd’hui le sujet ex iste vraiment, mais qu’en même temps il dépasserait de beaucoup la matière d’une th èse. La document ation s’est déve loppée à la fois en profondeur et en cohérence chronologique : qu’il suff ise de rappeler qu’en 1970 on ne connaissait encore l’âge du bronze centrasiatique qu e sur le piémont du Ko pet-Dagh, et qu e la notion de « civilisation de l’Oxus » , autrement dénommée « BMAC » ( Bactr ia-margiana arch aeological complex ), n’avait pas encore été constr uite. Par ailleurs, pour les pér iodes postér ieures à l’âge du bronze, on dispose maintenant d’une masse cr itique d’infor mations sur plusieurs sites clés (A ï Khanoum, Samarkand, Pe ndjikent) et de connaissances subst antielles sur beaucoup d’autres alors inconnus ou qu asi inconnus (Dzharku ta n, Ulugtepe, Kampy rtepa, Dal’ver zintepe, Dil’berdjin, Erku rgan, Paykand, et c.).

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On se propose d’examiner les fouilles urbaines en procédant par ordre ch ronologique approx imatif, car bien entendu les ex istences de plusieurs villes se sont ch evauchées. On ch oisira les cas, minor it aires, où l’on dispose de suff isamment de données pour percevo ir le fonctionnement global de l’orga nisme urbain au moins à cer ta ines pér iodes. On prêtera une attention par ticulière aux ré cur re nces de schémas inter prét atifs dans l’inter prét ation des ve stiges, et aussi aux rappor ts entre données arch éologiques, sources histor iques, sources épig raphiques locales : de ce point de vue, les situations sont très diverses, depuis l’absence tota le de telles données à l’époque pré-hellénistique jusqu’ à un dialogue très étroit entre les écr its et le ter rain dans la Pe ndjikent des années 700-720. Au cours sont traités les sites à par tir de la pér iode hellénistique a . Les sites antér ieurs l’ont été cette année au séminaire b , par des spécialistes invités 1 .

Séminaires des 14 et 21 novembre 2013

Henr i-Paul Francfor t, directeur de recherches émér ite au CNRS (UMR 7041), présente le phénomène urbain en Asie centrale au cours de la protohistoire. La première séance a por té sur « la problématique, les th éor ies et les mét hodes » et la seconde sur les « nouvelles données, nouvelles approches » . Le phénomène urbain, si impor ta nt de nos jours où il ex plose littéralement sur la Terre, a commencé au Proche-Or ient au IV e millénaire, ou peut-être même plus t ô t, dès le VI e millénaire, si l’on prend le site néolit hique de Chat al H öyük pour une ville, ce qu i est discut able. Traditionnellement, depuis V.G. Childe, les arch éologues considèrent qu e la « révo lution urbaine » (appar ition de la vie en agglomérations) a fait suite à la « révo lution néolit hique » (naissance de l’économie de production). De plus, la th éor ie néo-évo lutionniste place par leur ordre d’appar ition, successivement, des sociétés organisées en bandes (paléolit hique), puis en ch effer ies, et enf in en Ét ats, et mettent ces der niers en cor ré lation directe avec le phénomène urbain. Les problèmes de l’identif ication du bin ô me urbanisation-Ét at par l’arch éologie se posent dès lors immédiatement, d’aut ant plus qu’elle est désor mais fréquemment abordée par le biais de l’émerge nce des sociétés complexe s à la protohistoire. Le séminaire a passé ainsi en revue les différentes manières dont les chercheurs abordent en archéologie ces problèmes d’évolution des sociétés, depuis les dix cr itères de re connaissance proposés jadis par Childe. Mais ceux-ci ne sont pas opératoires car cer tains sont ambigus, d’autres inopérants ou inexist ants en

a. Pour la version audio et vidéo des cours, voir http://www.college-de-france.fr/site/frantz- grenet/course-2013-2014.htm. La leçon inaugurale, Recentrer l’Asie centrale, est également

disponible sur le site inter net du Collège de France, en audio et en vidéo : http://www.college- de-france.fr/site/frantz-g renet/inaugural-lecture-2013-11-07-18h00.htm. On peut aussi la lire, sous une for me impr imée (Fayard/Collège de France, 2014) ou numér ique (Collège de France, 2014) : http://book s.openedition.org/cdf/3590 [NdÉ].

b. Po ur la version audio et vidéo des séminaires, vo ir http://www.college-de-france.fr/site/

frantz-g renet/seminar-2013-2014.htm [NdÉ]. 1. Po ur respecter la cohérence logique du propos, le résumé de ch aque cours est suivi par celui du séminaire qu i ét ait en rappor t avec lui, même s’ il a eu lieu à une autre date. Les ré sumés des inter ventions aux séminaires sont extraits de textes remis par leurs auteurs. Tous les cours et séminaires sont accessibles en vidéo.

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arch éologie et d’autres enf in ta utologiques, si bien que, dans un cas précis de tent ative d’application aux « villes » protohistor iques de l’Asie centrale, seuls trois ont pu être retenus, qui re stent sujets à l’éva luation des données matér ielles (ex. :

qu and peut-on parler des « “g rands” trava ux “collectifs” » ?). Un examen élargi a montré que ces mêmes cr itères flous d’urbanisation produisent to ut aussi bien des classif ications de sociétés pour le Né olit hique. La cause en est qu e les cor rélats arch éologiques (matér iels) re cherch és sont ceux de concepts socio-économiques issus de la sociologie, de l’ethnologie ou de l’histoire, transférés par inférence analogique sur les vestiges. En conséquence, to us les schémas de re connaissance et tous les scénar ios d’émerge nce recensés sont polys émiques. Ainsi, en Asie centrale, les mêmes témoins matér iels (rempar ts, réseaux d’ir ri ga tion, et c.) s’appliquent aussi bien au bronze qu’au fer, en contradiction avec les schémas évolutionnistes a pr ior i et avec le savoir histor ique, qui indiqueraient des sociétés d’un st ade évolutif différent, proto-urbain (proto-Ét at, ch effer ie complexe ?) dans le premier cas et ét atique (achéménide) dans le second. Un e tent ative pour sor tir de ces diff icultés a été présentée : le système « Palamède » . Il s’agit d’éva luer un site protohistor ique de la civilisation urbaine de l’Indus (ou harappéenne) découver t dans le nord-est de l’Afghanist an, Shor tugha ï , mais sachant qu e 1) la civilisation de l’Indus est urbaine mais l’existence ou non d’une str ucture ét atique est en qu estion, et qu e 2) Shor tugha ï n’ est pas une ville, car il est petit (1 ha). Ce site, fouillé par l’inter ve nant et son équipe entre 1976 et 1979, a fait l’objet de mesures très précises des ve stiges et des déchets de production, puis de calculs élaborés. Ces infor mations ont ensuite donné lieu à une modélisation infor matique en intelligence ar tif icielle, sous la for me d’un système ex per t comme il s’ en faisait à l’époque. Il n’ a pas été possible de présenter le dét ail dans le séminaire, mais les conclusions avaient montré une fois encore l’inadéquation des notions sociales gé néralement utilisées. De plus il ét ait appar u non seulement qu e les cr itères de re connaissance ne pouvaient être opératoires qu’ave c des mét a- concepts constr uits et donc mesurables, mais encore qu e les systèmes socio- économiques protohistor iques de l’Asie centrale et de l’Indus ét aient des constr uctions inconnues ailleurs, distinctes des str uctures gé néralement pr ises comme modèles de l’Égypte et de la Mésopot amie. No us étions par conséquent face à un espace multivar ié, à une arborescence, si l’on ve ut, et non sur un segment d’une évolution linéaire. La séance suivante a présenté des approches nouvelles, et plus mat hématisées, du phénomène urbain, cité ou cité-Ét at, tant du c ô té du courant des cross cultural studies qu e de ceux des mesures de démog raphie antique ou des ét ats de complexité, ou encore de diverses for mes de modélisation. Les recherch es actuelles, qu i disposent de données environnement ales et phys ico-chimiques abondantes et bien datées, s’ att achent plus ou moins étroitement aux infor mations arch éologiques, mais toutes affrontent to ujours la qu estion de l’ambigu ï té des cr itères matér iels de reconnaissance des notions sociales. Cela ét ant, pour l’Asie centrale, le phénomène urbain a été abordé d’abord en présent ant deux sites ch alcolit hique (ava nt 2500), Mundigak (Afghanist an) et Sarazm (Tadjikist an), où l’inter ve nant et son équipe fouillent actuellement, qu i présentent une bonne par tie des cr itères attendus, mais qui paraissent inspirés sinon suscités par le Moye n-Or ient (Iran, Mésopot amie) et l’Indus-Balochist an. Cependant ni l’un ni l’autre, même s’ ils sont des manifest ations d’un réseau de « civilisation proto-urbaine » , ne remp lissent to utes les conditions qui en feraient des villes à par t

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entière. Après 2500 se déve loppe la civilisation de l’Oxus de l’Asie centrale qu i conna î t son apogée, br illante, entre 2300 et 1800. Un seul site peut vé rita blement être pr is pour une ville, Gonur Dépé (Turkménist an) qu i ne couvre pour ta nt pas plus de 30 ha, mais dispose de remp ar ts, de palais et de productions ar tisanales impor tantes ainsi qu e de re lations à longue dist ance. Mais des vo ix se sont fait entendre ré cemment, et avec de solides arguments, pour attr ibuer à l’ensemble du Bronze d’Asie centrale une organisation non pas (proto)-ét atique mais tr ibale. La ri gidité théor ique des anciennes équivalences néo-évo lutionnistes vole donc en éclat dans ces cas marginaux de l’Asie centrale, qu’ils fussent inspirés de modèles des domaines irano-mésopot amien ou indo-pakist anais – mais dont ils ne sont pas uniquement des sous-ensembles ou des ve rsions dég radées, simplif iées, projetées au loin.

Séminaires des 9 et 16 janvier 2014

Julio Bendezu-Sar miento (directeur-adjoint de la DAFA ), Olivier Lecomte (directeur de rech erches au CNRS, UMR 7041) et Johanna Lhuillier (post- doctorante, DA I) présentent d’abord l’ œ uvre de Viktor Sar ianidi (1929-2013), incontest ablement le plus grand découvreur de la civilisation de l’Oxus, puis les ré cents résult ats des fouilles d’Ulugtepe (au Turk ménist an, maintenant le pr incipal site de l’âge du fer, qu’on a qu elques bonnes raisons d’associer à l’Empire mède) et de Dzharku ta n (en Ouzbékist an mér idional, site clé pour l’étude de la transition de l’âge du bronze à l’âge du fer, not amment sur le plan des pratiques funéraires dont l’éva nescence à cette pér iode a été qu elque peu surestimée).

Séminaire du 6 février 2013

Ber tille Lyo nnet, directr ice de recherches au CNRS (UMR 7192), présente « L’ Asie centrale et la “désurbanisation” après l’âge du bronze » . Le phénomène de désurbanisation qu i suivit l’âge du bronze en Asie centrale fut de longue durée. Ses causes sont toujours débattues et dépendent large ment de la façon dont on inter prète la « civilisation de l’Oxus » . On montre l’impor ta nce qu e les peuples de la steppe ont to ujours eue dans la va llée du Zeravs hân, laquelle sera, à par tir de l’époque achéménide, le c œ ur de la Sogdiane. Des preuves archéologiques d’occupations successives par ces populations plus ou moins mobiles ont été mises au jour sur de nombreux sites depuis Sarazm (IV e millénaire) jusqu’à Zamanbaba et les tombes du Siab (II e millénaire). Dans tous les cas, l’habit at est modeste, plus ou moins semi-enter ré et la céramique façonnée à la main. De nombreux témoignages attestent aussi l’impor ta nce d’activités mét allurgiques et d’échanges avec le monde des sédent aires au sud, dans ce qu i deviendra la Bactr iane et la Margiane. D’impor ta nts gisements miniers d’ét ain se trouvent dans la cha îne des monts Hissar au sud du Zeravs hân, et des gisements d’argent sont attestés au sud-est de Ta shkent. À l’époque du BMAC, les textes cunéifor mes de Mar i sur l’Euphrate comme les lettres des march ands assyr iens attestent sans ambigu ï té qu e l’ét ain et le lapis-lazuli ar ri va ient ensemble depuis l’est à Assur, Eshnunna ou de Suse. Selon notre hy pot hèse, c’est ce commerce de l’ét ain et du lapis-lazuli avec le Proche-Or ient qu i per met d’expliquer l’extraordinaire épanouissement du BMAC et la multitude

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d’inf luences visibles sur l’arch itecture, les sceaux et les divers objets de luxe qui ét aient to ta lement absents auparava nt. Après la chute de Mar i au xViii e s. av. n. è. et la dispar ition des ka rum d’Anatolie avec l’ar ri vée des Hittites, ce commerce cessa de façon abr upte. De façon concomit ante, on assiste au déclin rapide du BMAC, à la dispar ition de l’arch itecture monument ale, des sceaux et autres objets d’inf luences très va riées, et à une ré gression not able des gr ands ét ablissements proto-urbains. La longue durée de ces inf luences ex tér ieures eut néanmoins un impact cer ta in sur les cultures locales de Margiane et de Bactr iane. D’autres considèrent qu e des changements climatiques (pér iode d’ar idité) plus ou moins associés à l’extension ve rs le sud de groupes Andronovo (qu’ ils associent aux Indo-Ar yens) sont la cause de cette désurbanisation et des phénomènes associés. Ils relient à ces groupes l’appar ition trois siècles plus tard , à par tir du milieu du II e millénaire, de tout un ensemble de cultures à céramique façonnée peinte (appelées selon la ré gion culture de Jaz I, de Burguljuk ou de Chust). Ces cultures présentent des différences ré gionales cer taines : selon la ré gion où elles sont inst allées, elles adoptent les traditions d’arch itecture et de facture de céramique qu i prévalaient auparava nt. En conséquence, en Margiane et en Bactr iane, on trouve des bâtiments en br iques cr ues et une céramique aux décors peints assez sophistiqués, ta ndis qu’en Sogdiane et au-delà, l’habit at est rudiment aire, essentiellement en huttes semi- enter ré es, et la poter ie por te des décors sommaires. Toutes ces cultures, néanmoins, par ta ge nt un même ensemble religieux qui les conduit à ne plus enter re r leurs mor ts, et il n’ y a nulle par t de temple ou de palais avérés. On est en droit de considérer qu e cette religion est celle attestée par les textes de l’Avest a et du Rig Veda. Or ce groupe de cultures ne se trouve pas uniquement au nord de l’Hinduk ush, mais également sur le flanc sud et jusqu’ aux abords du sous-continent indien. Contrairement à l’hypot hèse de leur or igine andronovienne, major it aire chez les cherch eurs d’Asie centrale, nous proposons qu ant à nous de vo ir là une intr usion de groupes tr ibaux issus du monde iranien occident al (entre l’Euphrate et la ré gion d’Urmia probablement), qu e l’on peut effectivement associer aux Indo-Ar ye ns et qui pour rait ex pliquer qu e les dieux du royaume du Mit anni por tent des noms indo- ar yens. No tre argument ation re pose sur des comparaisons céramiques (là aussi façonnée et major it airement peinte, mais aussi associée à un petit pourcent age de céramique gr is-noir à décor en re lief). Un e fois ces groupes assimilés (pér iode Jaz II et III, entre c. 1000 et 330 av. n. è.), on assiste à un reto ur aux traditions antér ieures, la Bactr iane et la Margiane reve nant rapidement à la céramique to ur née, tandis qu e la Sogdiane continue la céramique façonnée. Cette longue pér iode semble prospère, l’ir riga tion s’ y déve loppe, et d’assez nombreux sites for tif iés sont attestés. Elle reste néanmoins encore très obscure, essentiellement en raison de l’absence d’inhumations (et donc du matér iel qu i leur est gé néralement associé), mais aussi de problèmes de chronologie absolue par le C14 inhérents à la pér iode, d’une culture matér ielle peu va riée, de l’absence de textes, de monnaies, d’impor ta tions et de différenciation sociale avérée. Si les villes semblent re faire sur face au cours de cette pér iode, les plus grands centres comme Mer v, Bactres, Afrasiab/Samarkand ou Kunduz furent sans cesse ré occupés par la suite, ne per mett ant pas aux archéologues de déter miner avec cer titude le moment de leur fondation (ava nt ou sous les Achéménides). On peut néanmoins avancer qu e c’est sous la domination achéménide qu e la Sogdiane intég rera pour la première fois le monde des oasis du sud de l’Asie centrale, bien que pour une assez cour te durée.

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Cours du 14 novembre 2013 : suite

512 Ni sa FRANTZ GRENET Cours du 14 novembre 2013 : suite Figure 1 : Nisa

Figure 1 : Nisa

Nisa (en fait un site double, « Vieille Nisa » et « Nouvelle Nisa » , dist antes de 1,5 km) se trouve au Turkménist an, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la capi- ta le Ashgabat. Elle fut la première capit ale des Par thes « impér iaux » depuis environ le milieu du ii e s. av. n. è. (la capit ale pré- impér iale Asaak qu i se trouvait un peu plus à l’ouest, peut-être dans la zone fron- ta lière avec l’Iran actuel, n’ a pas été iden- tif iée). C’est l’époque où les souverains arsacides se proclament « philhellènes » , or ient ation qu e l’architecture et l’ar t de Nisa ex pr iment amplement.

Pourqu oi commencer par Nisa ? Même si cela a été un peu oblitéré par les multiples et éclat antes fouilles urbaines menées depuis, l’ave nture de l’arch éologie urbaine de l’Asie centrale s’ est ouver te ici,

et aussi la redécouver te de l’hellénisme centrasiatique. Les seules entrepr ises arch éologiques comparables jusqu’ aux années 1950 ét aient Taxila, déjà en Inde, et Suse, en pér iphér ie mésopot amienne de l’Iran. On peut dire qu e toutes les grandes qu estions qu i se sont posées et qu i continuent de se poser dans l’arch éologie urbaine de l’Asie centrale antique – dosage de l’appor t hellénistique et du substrat local, contraintes techniques ve rsus ch oix culturels, usage plut ô t re ligieux ou plut ô t profane des bâtiments, etc. – l’ont d’abord été par les équipes successives qui ont trava illé à Nisa.

Le dossier d’infor mation four ni par ce site compor te qu elques atouts uniques et quelques limites. Par mi les atouts uniques : les restitutions architecturales complètes des pr incipaux monuments, publiées en couleurs et bien diffusées dès 1958 (mais qu i suscitèrent rapidement des ré ser ve s chez les spécialistes de l’architecture grecque) ; la cinquant aine de rhytons d’ivoire dont la publication fi t sensation l’année suivante; les ostraca en langue par th e découver ts à par tir de 1948, rapidement déchiffrés par les grands sava nts iranistes de Lening rad, et qu i sont les seuls documents d’arch ives jamais four nis en masse par une ville d’Asie centrale (les arch ives de Ro b et du Mont Mugh, composites, furent l’une et l’autre retrouvées hors de leur contexte de production) ; et aussi qu elques légendes archéologiques, not amment la st atue dite de Ro dogune fi lle de Mit hr idate I er (en fait une Aphrodite sor ta nt du bain, œ uvre hellénistique d’impor tation, comme P. Ber nard le démontra en qu atre pages, ce qu i n’empêche pas ce conte de continuer sa car rière dans les

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publications 2 ). Par mi les limites, une seule source littéraire por teuse d’infor mation :

Isidore de Charax, Stations par thes, 12 : « Par thyène, 25 schoeni [chacun faisant environ 6 km] , et la polis de Par thaunisa [ « Nisa des Par th es » ] après 6 schoeni ; il

y a des tombes royales » ; le fait qu e du point de vue archéologique on ne connaisse

bien qu e « Vieille Nisa » , qui est en fait l’annexe royale for tif iée de « No uvelle Nisa » , la vraie ville ancienne (malg ré les noms trompeurs qu e leur ont donné les premiers arch éologues) ; l’absence de données arch éologiques sur l’environnement

ag ri cole ou commercial ; enf in une durée de fonctionnement assez brève, entre la

fondation de Vieille Nisa par Mit hr idate I er (165-132) qu i lui donna son nom Mihrdādkir t et l’abandon des fonctions off icielles dans la première moitié du i er s. de n. è., abandon qu’on peut mettre en rappor t avec la montée des capit ales occident ales (Hécatompyles, Ecbat ane, Ctésiphon) et avec les fréquentes rébellions des provinces or ient ales.

Cours du 21 nove mbre 2013

On peut distinguer trois ét apes dans l’exploration archéologique de Nisa :

1) le pionnier Alexandr Mar ushchenko (1930-1936), représent ant la première génération for mée à l’université de Moscou et envoyé e por ter la science soviétique dans les républiques d’Asie centrale, où les nouveaux arch éologues deva ient remp lacer les « amateurs de l’archéologie » pré-révolutionnaires. Sa mét hode de fouille par tranchées menées à l’intér ieur des bâtiments, sans relevé de la stratig raphie et donc ir ré médiablement destr uctr ices, fut durement cr itiquée par son successeur Masson qu i réussit à l’évincer complètement du site. Par ailleurs, il publia très peu. À son actif, on peut noter qu’il compr it tout de suite qu’il avait affaire à la capit ale des Par th es arsacides et qu’à sa retraite il donna à publier toutes ses arch ives, un exemple qu i ne fut pas to ujours suivi ;

2) Mikhail Masson et son épouse Galina Pugachenkova (1947-1967). Masson, basé à l’université de Ta ch ke nt, fut le seul chef d’une ex pédition soviétique majeure (la JuTAKÈ, expédition arch éologique du Sud-Turkménist an) à avoir été for mé à l’époque tsar iste (à Samarkand). Pugachenkova ét ait une arch itecte professionnelle et la fouille de Nisa fut conduite comme une fouille d’arch itecture. Contrairement

à son prédécesseur qu i eut qu elques ennuis politiques, Masson ét ait un homme du

pouvoir et il sut utiliser ses réseaux pour faire publier des ouvrages avec une qu alité luxueuse. En qu elques années furent dégagés la « Maison car rée » et la plupar t des monuments de l’ « Ensemble central » . On a déjà mentionné la découver te des rhytons et des ostraca . Cependant, au début des années 1950, la mission ne laissa plus à Nisa qu’une petite équipe et le gros des forces se transpor ta à Mer v. C’est un phénomène qu’on retrouve assez souvent dans l’arch éologie urbaine : une fois passée l’euphor ie des premières découver tes, on a l’impression d’entrer dans les rendements décroissants et on va vo ir ailleurs 3 . Dans le cas de la JuTAKÈ il n’ est

pas cer tain rétrospectivement qu e ce ch oix ait été heureux ;

2. P. Ber nard, « Un nouveau livre sur les Par th es » , Studia Iranica , 8, 1979, p. 119-139 ;

ici p. 129-133.

3. C’est ainsi qu’en 1976 la fouille d’A ï Khanoum passa tout près de la mise en ex tinction,

avant qu e l’intérêt ne rebondisse l’année suivante avec les découver tes de la Trésorer ie.

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3) après une longue pér iode de mise en sommeil, la re pr ise de la fouille en 1979, dans un contexte qu i devint bient ô t celui de la perestroïk a . Trois missions coexistèrent au début, releva nt de trois pr incipes : le pr incipe dynastique avec celle de Lening rad (Vadim Masson, fi ls de Mikha ï l) ; l’ultime réaff ir mation des institutions de Moscou (Gennadi Ko shelenko) ; l’émerge nce des nouveaux centres avec l’université d’Ashgabat (Viktor Pilipko). De 1990 à 2006, la fouille de l’ensemble central fut par ta gé e entre Ashgabat et une mission de l’université de Turi n (Antonio Inve rnizzi). Une nouvelle va gue de découver tes sensationnelles sur vint alors : les sculptures de la Salle car rée, le por trait de Mit hr idate à la Salle ro nde. Cette histoire discontinue a eu des conséquences. Un e par tie des trouvailles s’est perdue, not amment to utes les monnaies non publiées, ce qu i a compromis l’ét ablissement de la ch ro nologie des der nières pér iodes. La mission Masson s’ intéressa aux bâtiments pr is individuellement, beaucoup moins à la façon dont ils se re liaient. Enf in, il fallut attendre 2001 pour vo ir para î tre un ouvrage d’ensemble 4 . La mission it alienne a lancé en 1999 la sér ie Parthica , qu i publie beaucoup d’ar ticles ex pr imant les points de vue souvent diverge nts des fouilleurs it aliens et russes et , en 2008, la sér ie de rappor ts Nisa Parthica (quatre volumes par us). Si l’on considère les opinions qu i se sont ex pr imées dans la durée bient ô t séculaire de l’étude du site, on const ate qu’à presque chaque occasion on s’ est tenu obligé de prendre par ti par rappor t à l’hypot hèse d’un culte funéraire royal qu’on inférait de l’unique source littéraire disponible, à savo ir la notice d’Isidore. L’ ensemble du spectre exégétique, depuis des inter prét ations purement cultuelles (favo risées avec des déclinaisons diverses par les fouilleurs russes) jusqu’ à des inter prét ations purement la ï qu es (c’est Paul Ber nard qu i est allé le plus loin dans cette direction 5 ), en passant par des inter prét ations mixtes, a été parcour u pour presque ch aque catégor ie de document livré par la fouille : bâtiments, st atues monument ales, rhytons, et même pour les noms des domaines viticoles connus par les ostraca . De ce point de vue une approche par ticulière a été proposée par Mar y Boyc e (1920- 2006) dans une contr ibution encore en attente de publication qu’elle avait préparée pour le vo lume IV de son monument al ouvrage A History of Zoroastr ianism, avec un effor t poussé par fois à l’extrême pour juger des fonctions des monuments à l’aune de l’or thopraxie zoroastr ienne.

Cours du 28 novembre 2013

Le site comprend 15 ha à l’intér ieur de ses rempar ts. On distingue deux grands ensembles bâtis : (i) ve rs le nord, la « Maison car rée » (voir le séminaire) ; (ii) occupant large ment la zone centre-ouest, un groupe de qu atre bâtiments ayant ch acun une façade monument ale donnant sur une va ste esplanade : le Bâtiment nord-est, la Salle car ré e, le Bâtiment-tour, l’Édif ice rouge. Accolée au sud se trouve la Salle ro nde. On sait maintenant qu e tous les bâtiments de cet ensemble ont été édif iés à la suite les uns des autres dans un même dessein d’ensemble, sauf l’Édif ice

4. V. Pilipko, Staraja Nisa. Osnovnye itogi arkheologichesk ogo izuchenija v sovetskij per iod , Moscou, 2001. Voir aussi son rich e ar ticle « The central ensemble of the for tress Mihrdatkir t » , Pa rthica , 10, 2008, p. 33-51. 5. P. Ber nard, « Un nouveau livre sur les Par th es » , ar t. cit.

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rouge qu i se dressait d’abord isolément. Il y a des constr uctions antér ieures, mais il n’ y a pas de conf ir mation arch éologique qu’elles datent d’ava nt l’époque de Mit hr idate I er . To ute ré fl exion sur No uvelle Nisa en tant qu’ensemble doit tenir compte de deux faits : il n’y avait aucun autre bâtiment monument al (le reste de l’espace intra-muros ét ait occupé par des bassins, des entrep ô ts et des celliers) et il n’y avait pas non plus de qu ar tier d’habit ation (les seuls locaux destinés à cet usage, très modestes, jouxt aient le Bâtiment nord-est). Le matér iau est la ter re cr ue (br iques et blocs de pisé). L’ usage de la pier re à bâtir est très rare, limité à des bases de colonnes qu’on n’ a cessé ensuite de réutiliser. Cette exclusion est manifestement un choix architectural, non une contrainte technique puisque de bonnes car rières se trouvaient à prox imité. L’ Édif ice ro uge a été fouillé et publié par la mission it alienne. Il s’ agit d’un édif ice d’apparat compor ta nt des or thost ates et un décor gé ométr ique peint d’inspiration à la fois achéménide et grecque, mais avec un par ti pr is de sobr iété qu’on ne retrouve pas dans les édif ices suivants (pas de peintures fi guratives, pas de st atues). Son plan rappelle for tement celui des maisons coloniales d’Aï Khanoum (voir ci-après le séminaire du 19 décembre), mais avec une hy per trophie de la salle de réception, où l’on ét ait manifestement amené face à une présence re spect able (l’entrée est en ch icane). L’inter prét ation comme un premier pavillon d’audiences para î t s’ imposer. Le Bâtiment nord-est n’a jamais non plus vraiment fait l’objet de doutes qu ant à sa fonction : c’est un ensemble palatial, à cette ré ser ve près qu’on n’ y habit ait pas (sauf les locaux ex tér ieurs destinés à un personnel de ser vice) et qu’il ser va it uniquement à des réceptions collectives dans les cours et por tiques. Il compor ta it des celliers. Avec la Salle ronde, on entre dans les discussions sans fi n. C’est le seul des bâtiments de l’ensemble qu i ne donne pas sur l’esplanade. Le diamètre au sol est de 17 m. G. Pugachenkova a restitué une couver ture en char pente for mant un c ô ne surbaissé, traitée à l’intér ieur en fausse coupole à caissons. La mission it alienne a proposé une restitution radicalement différente : une coupole entièrement maçonnée en br iques dont la courbure par ta nt du sol culminait à 17 m., l’intér ieur ét ant entièrement peint en blanc (en bas) et ro uge (en haut). Depuis lors, les arguments pour et contre ont été opposés sans que je sois en ét at de trancher 6 . Quelle que soit la re stitution qu’on adopte, la présence d’une gigantesque coupole au moins factice évoque un schéma cosmique (cf. les coupoles des palais sassanides). Un élément archéologique qu’il faut désor mais prendre en compte est une st atue monument ale en argile cr ue, donc nécessairement exécutée sur place, découver te par la mission it alienne et fi gurant presque sans doute possible Mit hr idate I er , fondateur de Vieille

6. L’ argument aire architectural, avec force modèles mat hématiques et tests de compression,

a été présenté par N. Mastur zo, C. Blasi, E. Co ï sson, D. Fe rretti, dans Nisa Pa rt ica. Ricerche nel complesso monumentale arsacide 1990-2006 , Florence, 2008, p. 43-81, et endossé par une autre arch itecte : N.S. Baimatowa, 5000 Jahre Arch itektur in Mittelasien. Lehmziegelgewölbe vom 4./3. Jt. v. Chr. bis zum Ende des 8. Jhs. n. Chr., Maye nce, 2008, p. 204-214. Pilipko

( « The central ensemble… » , ar t. cit., p. 40-41) conteste l’idée d’une coupole à par tir d’arguments archéologiques (la masse de br iques tombée au sol serait insuff isante pour per mettre une telle restitution, et c.).

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Nisa 7 . D’autres personnages l’accompagnaient. Les inter prét ations proposées pour la fonction du monument va ri ent de l’ hérôon (ou mémor ial) du fondateur à une salle du tr ô ne à l’accès plus réser vé qu e les autres, la présence d’images royales ét ant dans cette éventualité ex pliquée par Mar y Boyc e à par tir de la notion zoroastr ienne des Frava shis, les âmes guer ri ères des ancêtres protégeant les activités de leurs descendants et qu i auraient fait l’objet d’une traduction plastique hellénisante. Les tenants des deux inter prét ations invo qu ent des précédents macédoniens : le Philippéiô n d’Olympie dans le premier cas, la tholos de Vergina dans le second.

Cours du 5 décembre 2013

La Salle car rée pose des problèmes en par tie identiques à ceux de la Salle ronde à cause de la découver te de st atues monumentales d’argile cr ue, ici plus nombreuses. Plusieurs têtes très bien conser vées, œuvres de modeleurs for més aux meilleures traditions grecques, ont été retrouvées dans une pièce annexe où elles avaient été déposées, peut-être après un tremblement de ter re. Hommes et femmes voisinaient, et aussi les costumes grecs et par thes, milit aires et civils. Les types ne se ratt achent pas à tel ou tel dieu grec, et par conséquent pas non plus aux dieux du panthéon iranien qu’on ne savait alors figurer qu’en les traduisant dans le langage iconog raphique du pant héon grec. Le type qui semble avoir inspiré les por traits masculins est plutôt celui du héros, dans ses deux variantes, aux cheveux flott ants et en ar mure. La proposition d’y reconnaître des por traits conventionnels des ancêtres royaux mér ite d’être considérée 8 . En ce qui concer ne la fonction de la salle, il faut tenir compte du fait qu’elle ét ait, au moins dans son premier ét at compor tant trois baies, la plus ouver te de toutes sur l’esplanade, ce qui fait penser à une salle d’audiences à caractère public, ou encore à une basilique (au sens profane du ter me). Le Bâtiment-tour qu i la jouxte au sud a gé néralement été considéré comme un temple, même par P. Ber nard, car il est juché sur une platefor me de br iques cr ues haute de 7,5 m et compor tait une double ceinture de cor ridors pér iphér iques. Cependant l’or ient ation plein nord ne se retrouve dans aucun temple iranien. V. Pilipko et H.-P. Francfor t ont attiré l’attention sur les analogies avec le mausolée d’Halicar nasse : outre la platefor me, l’ét age supér ieur à placage de colonnes et scènes de combats, ici peintes. Il n’est peut-être pas illicite de pousser plus loin. Ces scènes paraissent opposer des Par thes et d’autres arch ers à cheval – des Saces ? Or Phraate II, successeur de Mit hr idate I er , pér it en 128 dans un combat contre les Saces, et l’un des deux āyazan (ét ablissements sacrés) mentionnés par les ostraca est l’ « āyazan de Phraate » . L’ idée d’un hérôon où l’on vé nérait la mémoire de ce souverain (ou, si l’on suit Mar y Boyce, sa Frava shi) est donc une hy pot hèse à envisager. Aucun des édif ices mis au jour à Vieille Nisa ne peut être déf ini comme un tombeau au sens propre du ter me, ce qu i a dérouté plusieurs fouilleurs qu i en cherch aient sur la base du texte d’Isidore. Cependant, celui-ci parle non pas de Mihrdādkir t mais de Par th aunisa, c’est-à-dire No uvelle Nisa, où des constr uctions funéraires ont bel et bien été trouvées du c ô té intér ieur du remp ar t : des caveaux

7. A. Invernizzi, « Arsacid dynastic ar t » , Pa rthica , 3, 2001, p. 133-157.

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voûtés et , leur ayant préexisté, le supposé « Temp le ionique » qui pour rait en fait avoir été un to mbeau royal 9 . Au ter me de cette revue et des séminaires consacrés plus spécif iquement à la Maison car ré e (voir ci-après), Vieille Nisa se laisse appréhender comme un ensemble clos voué à diverses manifest ations d’har monie du cor ps socio-politique centrées autour de la personne du ro i et du souvenir de ses prédécesseurs, avec divers processus de fi ltrage des visiteurs à par tir de l’esplanade centrale. La seule fonction économique saisissable est la consommation collective de vin. Pe rsonne n’ habite sur place, sauf sans doute un personnel de ser vice et une petite ga rnison dont on n’a pas retrouvé les baraques. L’ évolution en site mémor iel qu e V. Pilipko place très t ô t dans son histoire para î t attestée en fait plus ta rd, dans le courant du i er s. de n. è., qu and des simulacres de bulles à empreintes sont déposés dans to us les grands monuments, apparemment pour en marqu er symboliquement le scellement. Ils restent sommairement entret enus, et c’est semble-t-il seulement au V e s. qu’un tremblement de ter re consacre la ruine du site.

Séminaire du 28 nove mbre 2013

La Maison car rée, isolée de l’ensemble central, est le plus grand bâtiment mis au jour à Vieille Nisa (60 × 60 m). Au dépar t, il se présente comme trois enf ilades (plus ta rd cinq) de qu atre pièces allongées, avec une cour centrale à pér istyle, et à

c ô té un ensemble de celliers. D’autres annexes furent aj outées. Deux qu estions font débat. L’ une est la destination première du bâtiment. Elle n’ avait jamais été sér ieusement discutée, ét ant donné son contenu, qu i ét ait celui d’une trésorer ie. A. Invern izzi a to utefois considéré qu’il avait d’abord été prév u pour abr iter des banquets royaux 10 , avec plusieurs arguments sér ieux : la présence de colonnes et de banquettes maçonnées (aménagements peu appropr iés pour le stockage), le vo isinage de celliers, le mobilier de banquet (rhy tons, lits et tables d’ivoire) occupant complètement l’une des pièces. Il y aurait eu place initialement pour environ 300 convives, chiffre qu e, cur ieusement, on retrouve dans l’ensemble de banquet du palais de Vergina en Macédoine, ainsi qu’au banquet qu’un ri che Grec de Babylone offr it aux conquérants par thes (At hénée, XI.466 b-c) – ét ait-ce la nor me pour les commensaux du roi ? En tout ét at de cause le bâtiment dans son ét at fi nal fonctionnait comme une trésorer ie pour des objets de prestige, souvent impor tés. Le fait qu e toutes les por tes aient été retrouvées bouchées et scellées a donné lieu chez les fouilleurs soviétiques à toutes sor tes d’hypot hèses, to ur nant autour de l’idée qu e les objets stocké s dans les différentes pièces auraient été rendus déf initivement inaccessibles après avoir ser vi à des usages sacrés. P. Ber nard a montré qu’en fait toutes les obser va tions alléguées pouvaient s’ inter préter par un fonctionnement nor mal des lieux de stockage qu’on a pu obser ve r aussi à A ï Khanoum 11 : les bouchages de por tes, rarement déf initifs, sont les substituts bon marché de por tes en bois ; l’apposition de scellés est l’accompagnement nor mal d’une telle opération, destiné à dégager la

9. F. Grenet, Les pratiques funéraires dans l’Asie centrale sédentaire de la conquête grecque à l’islamisation , Par is, 1984, p. 66-67 (d’après une hy pot hèse de N.I. Krasheninnikova).

10. « The Square House at Old Nisa » , Parthica , 2, 2000, p. 15-53.

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responsabilité de l’administrateur en cas de vo l (d’où le fait qu e les pièces qu’on avait vidées ét aient elles aussi scellées). Quant aux magnif iques rhytons d’ivoire, malg ré leurs sujets pr incipalement re ligieux, il n’existe aucune raison de leur supposer un usage autre qu e profane 12 .

Séminaire du 5 décembre 2013

Samra Azar nouche, post-doctorante (Labex HASTEC), présente l’usage et le fonctionnement de l’archive des ostraca . L’ une des pr incipales composantes de la document ation sur Nisa consiste en un impor tant dossier épig raphique constitué de près de 2800 tessons de poter ie inscr its à l’encre et datés des ii e et i er siècles avant notre ère 13 . Ces ostraca écr its en par th e, une langue moye n-iranienne, prov iennent pr incipalement des celliers jouxt ant la Maison car rée de Vieille Nisa, désignés comme maδustān « entrep ô t de vin » par des documents concer nant des lots de vin et de vinaig re . Chaque ostracon deva it enregistrer des données telles que l’année de production, la qu antité et la provenance du contenu de la jar re . Jusqu’à présent peu ex ploitée, hor mis dans le domaine de l’onomastique (not amment par les études de Rü diger Schmitt), cette archive s’ est révé lée une source exceptionnelle pour l’étude de l’administration par th e et not amment l’institution du mét ayage, puisque le vin dont il est qu estion cor respond à la ta xe en nature prélevé e sur les bénéf ices annuels des ter re s et directement ve rsée au Trésor royal. En combinant les infor mations de plusieurs types de for mulaires, on peut tenter de reconstr uire le parcours d’une livraison de vin jusqu’ aux magasins de la capit ale : deux catégor ies de trava illeurs, l’ouvr ier ( ra zkār ) et le vigneron ( ra zbān ), produisent du vin sur un vignoble soumis à une ta xe à re mettre en nature ( uzbar i ). Ils trava illent pour un haut fonctionnaire par fois nommé qu i peut être le propr iét aire de ce vignoble ou son administrateur mais qu i, dans les deux cas, doit paye r sur ses bénéf ices une redeva nce annuelle à l’Ét at. Ces propr iét aires ou administrateurs n’ ont jamais la charge d’un domaine entier mais simplement d’un ou de plusieurs vignobles appar tenant à des domaines différents. Cet imp ô t payé sous for me de vin (le vo lume va ri e gé néralement entre 140 et 180 litres) est livré au maδustān de la for teresse Mihrdādkir t (le site de Vieille Nisa), sous la responsabilité d’un livreur professionnel ( maδubar ) ou plus rarement d’un autre membre du cor ps administratif, un scr ibe, un scelleur ou par fois le vigneron lui-même. On re marqu e qu e le livreur est to ujours bien identif ié : il n’est pas un simple por tefaix mais possède un st atut jur idique. Lorsque la livraison est déve rsée dans une jar re du cellier, un premier scr ibe inscr it sur un tesson de poter ie tous les renseignements nécessaires (date, quantité, provenance et éventuellement la qu alité du vin : jeune, vieux, fi ltré, mélangé et c.), et le tesson est posé sur ou sous

12. « Les rhytons de Nisa : à qu oi, à qu i ont-ils ser vi ? » , in P. Ber nard et F. Grenet (éd.),

Histoire et cultes de l’Asie centrale préislamique , Par is, 1991, p. 31-38. La qu estion de leur lieu de fabr ication (à Nisa même, où dans une ville grecque du Proche-Or ient d’où ils auraient été ramenés comme butin ou tr ibut ?) re ste ouver te : pour les deux points de vue vo ir E. Pappalardo, Nisa Pa rthica. I rhyta ellenistici , Florence, 2010, et P. Ber nard, « Les rhytons de Nisa. I. Poétesses grecques » , Jour nal des sa vants , 1985, p. 25-118.

13. I.M. Diakonoff and V.A. Livshits, Pa rthian economic documents from Nisa , 6 vo ls,

Londres (Cor pus Inscr iptionum Iranicar um), 1976-2001.

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le ré cipient. Souvent un second scr ibe aj oute plus ta rd des clauses supplément aires pour signaler qu e le vin a été ouillé, transvasé, ou qu’il s’ est transfor mé en vinaig re. Une for mule qu i se retrouve dans qu elques documents et qu e les éditeurs ont traduite par « vin laissé par les échansons » indiquerait peut-être qu e le vin n’ ét ait pas d’un assez grand cr u pour être consommé dans les banquets roya ux. Les données inscr ites sur un ostracon deva ient être transposées dans un re gistre de comptes tenu par le ch ef des scr ibes ( dibīrbed ), et une fois que la jar re ét ait vide l’ostracon ét ait soit effacé et réutilisé, soit jeté. C’est donc le re but de l’arch ive pr incipale qu i a sur vécu jusqu’ à nous.

Séminaire du 12 décembre 2013

Michael Shenkar, ATER au Collège de France, présente la religion à Nisa d’après les ostraca . Quinze noms divins sont attestés sur les ostraca : Mit hra, Ahura Mazdā, Sraoša, Rašnu, Ā ta r, Māh, Tīr, V ə r əθ raγna, Vohu Manah, Daēnā, Vayu, Haoma, Na na, Baga, Sasan/Sesen. On les trouve d’une par t dans les dates données dans le calendr ier zoroastr ien (où ch aque mois et chaque jour est désigné par le nom d’une divinité), d’autre par t dans les noms de personnes. Selon Mar y Boyc e, un nom théophore est une indication év idente de l’existence d’un culte à la divinité dans la région et la pér iode où son nom est attesté. D’après une obser va tion mét hodologique impor ta nte faite par Rü diger Schmitt, seules les nouvelles créations théophor iques attestées pour la première fois à une cer ta ine époque peuvent ser vir d’indication fi able sur le deg ré de popular ité de ces divinités. La prédominance du nom d’un dieu dans les ant hroponymes peut-elle refléter son st atut réel dans le pant héon ? L’archive des ostraca ne four nit pas un panthéon réel et str ucturé des dieux qui étaient vénérés à Nisa, bien que cer tains, sans doute la plupar t, l’étaient cer tainement. Quoi qu’il en soit, les dieux qu’on trouve dans les théophores niséens ne doivent probablement pas être considérés comme faisant obligatoirement l’objet d’un culte propre et de rites établis. Ils nous fournissent néanmoins une indication précieuse sur l’atmosphère religieuse à Nisa. Sur les quinze dieux, onze sont clairement iraniens et bien connus par la tradition zoroastr ienne. Par mi les quatre autres, Nana et Tīr, bien que d’origine non iranienne, n’étaient cer tainement pas considérés comme des divinités étrangères. Baga est aussi probablement un titre pour désigner un dieu iranien. Plusieurs ostraca mentionnent des livraisons de vin provenant d’un āyazan, mot qu e l’on traduit par « temple » , ou littéralement par « lieu du sacr if ice » . C’est un ter me proche du vieux-perse āyadana attesté dans l’inscr iption de Dar ius I er à Bisutun. On a par fois proposé de l’inter préter non pas comme un lieu de culte mais comme la désignation des ri tes. Ét ant donné qu e, d’après les ostraca , le vin n’est jamais livré ve rs les āyazan mais prov ient toujours des vignobles qui y sont ratt achés, il est clair qu’au moins l’ āyazan par the est un ét ablissement re ligieux possédant des domaines. No us pouvons conclure de ceci qu e le climat religieux de Nisa, tel qu’il ressor t des ostraca , présente une nette prédominence iranienne. Beaucoup de ch oses nous évoquent le matér iel religieux sassanide et les parallèles avec la tradition zoroastr ienne sont également nombreux. Pour ta nt, l’usage de ter mes tels qu’āyazan et aturšbed , inconnus des Sassanides et des textes zoroastr iens, révèlent des différences not ables dans les pratiques cultuelles.

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Aï Kh an oum

Cours du 12 décembre 2013

La ville d’Aï Khanoum, à la frontière de l’Afghanistan et du Tadjikistan, est mieux connue du public occident al ; la document ation en est en tout cas plus accessible 14 . Elle a été fouillée de 1964 à 1978 par la DAFA (Délégation archéologique française en Afghanistan) sous la direction de Paul Ber nard. Après l’inter ruption de la fouille par les événements d’Afghanistan, le site a été soumis à un pillage complet. Cert ains objets qui en ét aient très probablement issus sont appar us sur le marché des antiquités et ont été publiés. À supposer que la fouille puisse reprendre un jour, elle ne pour rait concerner que de petits secteurs.

La chronologie maintenant admise par l’équipe chargé e de la publication situe la fondation ve rs 290-280, sans doute à l’initiative d’Antiochos I er , corégent de son père Séleucos, et la fin de l’occupation grecque au moment de l’assassinat du ro i gréco-bactr ien Eucratide I er (vers 171-144) qu i avait refondé la ville sous le nom d’Eucratidia, sans doute pour en faire sa capit ale pr incipale. Pe ndant cette der nière ét ape, la ville connut des reconstr uctions majeures, en par tie inachevées ; c’est alors not amment qu e se str ucture la zone du palais, dont l’aspect précédent est mal connu. Ces grands aménagements sont donc à peu près contemporains de la grande pér iode de constr uction de Nisa. Pour cette raison, et parce qu e la ré fl exion des fouilleurs s’ est nour ri e de l’expér ience de ceux de la ville par th e, il para î t justif ié d’aborder à sa suite l’étude d’A ï Khanoum. Cer tes, entre Vieille Nisa et A ï Khanoum on change complètement d’échelle (la super ficie intra-muros est neuf fois supér ieure), mais on ve rr a dans les cours suivants que cer tains problèmes se posent de manière analogue, not amment le caractère duel de l’ensemble urbain. La fondation fut pensée par une première gé nération coloniale qu i voya it loin. Plusieurs raisons ex pliquent l’implant ation d’une ville majeure dans cette zone qu i, sur la car te, peut faire fi gure de cul-de-sac à l’extrémité nord-or ient ale de la

gure de cul-de-sac à l’extrémité nord-or ient ale de la Figure 2 : A ï Khanoum

Figure 2 : A ï Khanoum

14. Présent ation générale bien illustrée par P. Ber nard, « La colonie grecque d’A ï Khanoum

et l’hellénisme en Asie centrale » , dans Afghanista n. Les trésors retrouvés , Par is, Musée national des Ar ts asiatiques / Guimet, 2007, p. 55-67. Po ur l’ét at des réfl exions tel qu’il se présent ait à la fin de la fouille, voir la synt hèse de P. Ber nard, « Problèmes d’histoire coloniale grecque à trave rs l’urbanisme d’une cité hellénistique d’Asie centrale » , 150 Jahre Deutsches Arch äologisches Institut 1829-1979 , Mayence, 1981, p. 108-120, pls. 43-48. Po ur une bibliog raphie à jour et un ex posé des points de vue actuels des membres de l’équipe, qu i diverge nt sur cer ta ins points, vo ir le der nier vo lume par u de la publication : G. Lecuyot, avec des contr ibutions de P. Ber nard, H.-P. Francfor t, B. Lyo nnet et L. Mar tinez Sève, Fo uilles d’Aï Khanoum IX. L’ habitat , MDAFA XXXIV, Par is, 2013.

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Bactr iane : l’existence d’une grande plaine déjà bien mise en va leur par l’ir riga tion, la relative prox imité des ressources minérales du Badakhshan (not amment le lapis- lazuli, expor té dans to ut le monde antique et qui ét ait trava illé à A ï Khanoum), la présence au nord d’un possible couloir d’inva sion, enf in un immense ter rain de chasse le long du fleuve, atout majeur pour l’entretien des cava ler ies ta nt macédoniennes qu e locales. Le site lui-même, que les fondateurs trouvèrent quasi inoccupé, présent ait un grand potentiel du point de vue de la for tif ication (une situation d’éperon bar ré dominé par une acropole). On passe en revue les pr incipaux monuments : (i) le re mpar t massif en br ique cr ue, adapté à la guer re de siège ; (ii) le temple intra-muros (voir les séminaires des 20 et 27 févr ier) ; (iii) le palais, occupant 9 ha et dont l’empr ise ét ait prév ue dès le premier plan d’urbanisme. Dans l’ét at ultime qu i nous est par ve nu, il combine des cours et des blocs modulaires dupliqués voués aux fonctions d’audience, d’administration, de trésorer ie et de ré sidence, avec d’inter minables cor ri dors, tout ceci évoquant sur tout l’ambiance des palais achéménides. Mais le décor monument al est grec, en pier re , qu’on n’a pas dédaignée comme à Nisa. La cour, dépour vue de toute adduction d’eau, n’ ét ait pas non plus un jardin à l’iranienne, mais plut ô t un espace destiné à accueillir des rassemblements ostent atoires.

Cours du 19 décembre 2013

Si l’on essaie de comparer le plan du palais d’Aï Khanoum à celui de l’Ensemble central de Nisa, on perçoit, malgré la grande différence d’agencement général, cer taines analogies fonctionnelles : à l’esplanade de Nisa cor respondrait la grande cour du palais, à la Salle carrée l’ensemble for mé par la salle hypostyle ouvrant directement sur cette cour et la salle d’audience qui la prolonge ; à l’Édifice rouge les deux salles d’audience intérieures, et peut-être à la Salle ronde et au Bâtiment-tour (s’ils sont des hérôa) les deux hérôa situés en avant de l’entrée du palais. Le théâtre, en br ique cr ue (cas extrême mais pas unique d’adapt ation aux contraintes locales puisqu’on en connaît trois autres exemplaires dans le monde grec, dont deux en Babylonie), pouvait contenir 5 000 ou 6 000 spect ateurs, chiffre tellement élevé qu’il ne nous est d’aucune utilité pour une estimation démographique de la ville. Le gymnase, l’un des plus grands du monde hellénistique, combinait dans son dernier état une cour entourée de locaux voués à l’enseignement et une autre pour les exercices. Un bassin à proximité, publié comme une piscine, ét ait plus probablement un abreuvoir destiné aux montures des visiteurs tant du gymnase que du palais, où les bêtes n’ét aient pas admises à circuler.

Séminaire du 19 décembre 2013

Guy Lecuyot, ingénieur de rech erch e au CNRS (UMR AOROC), présente d’abord le prog ramme vidéo de restitution en 3 D qu’il a ré alisé avec la ch a îne de télévision japonaise NHK, puis sa publication des grandes résidences ar istocratiques d’Aï Khanoum. Le der nier ét at arch itectural d’A ï Khanoum, vers 144 av. n. è. juste avant son abandon par le pouvoir gréco-bactr ien, est le mieux documenté et a livré des vestiges d’habit at dont ceux de gr andes résidences ar istocratiques au plan si par ticulier illustré par la maison du qu ar tier sud-ouest, la résidence le long de la rue pr incipale et la maison hors les murs. En gé néral, il se compose de deux par ties juxt aposées, au sud une gr ande cour et au nord un cor ps de logis, qu i communiquent

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entre elles par un porche à deux colonnes in antis . Le cor ps de logis s’ ar ticule autour d’une pièce centrale entourée d’un couloir qu i unit to ut en séparant les diverses par ties de la maison. Si ces ré sidences ne compor tent pas de salle visiblement aménagée pour les banquets si caractér istiques de l’ar t de vivre à la grecque, en reva nche elles possèdent des inst allations balnéaires qu i montrent bien l’att achement que les colons appor ta ient au soin du cor ps. Ils comprennent habituellement trois pièces disposées en enf ilade : un ve stiaire, une salle d’ablution et une salle d’aliment ation en eau communiquant avec une cuisine-chauffer ie. La to ilette se faisait par aspersion, mais sans les cuves plates typiques des bains grecs. En règle commune, l’architecture des bâtiments doit plus au monde or ient al qu’à des inf luences méditer ranéennes qui apparaissent souvent comme un décor plaqué sur une str ucture. Les bâtisseurs ont avant tout utilisé les ressources locales, ne réser vant la pier re qu’à cer tains éléments, en par ticulier les colonnes avec leurs bases, fûts et chapiteaux, le plus souvent cor int hiens, mais aussi dor iques et ioniques. Le décor à la grecque s’expr ime donc dans les suppor ts, mais aussi par un ar tif ice constitué de quelques rangées de tuiles avec des antéf ixes bordant les toits plats. On retrouve le plan des grandes résidences, mais à une échelle monument ale, dans celui du palais avec, au nord, sa grande cour à por tique rh odien et , au sud, la zone administrative et la zone résidentielle Cette der nière comprend deux groupes de locaux qu i, eux-mêmes, reprennent le même schéma. Dans les salles d’eau de ces résidences, plusieurs sols sont pavé s de mosa ï ques de ga lets où fi gurent animaux mar ins, palmettes et étoile macédonienne. Les plans de ces habit ations n’ ont rien à vo ir avec ceux des maisons grecques où la cour est au c œ ur de la vie domestique ; ici sa position en fait un espace pr ivé sans doute réser vé à l’usage du seul ma î tre de maison et de sa famille. Si la postér ité de ce type de plans est attestée en Asie centrale à l’époque ko uchane (Dal’ver zintepe, Sakhsanokhur, Dil’berdjin) et même en Iran (Khurha) et en Mésopot amie (Abu Qubur en Irak) à l’époque par the, son or igine re ste discutée. Sensiblement à la même pér iode qu e la constr uction des ré sidences d’Aï Khanoum, à Nisa, un bâtiment, l’Édif ice rouge, reprend un schéma très proche, mais avec un décor d’inspiration plutô t achéménide. Que peut-on en déduire ? Cette utilisation pour ainsi dire simult anée de ce type de bâtiment aux marges du monde iranien ferait pencher pour une or igine commune, issue de l’arch itecture des palais achéménides où l’on trouve de grands bâtiments compor ta nt une pièce centrale entourée de locaux et ouvrant sur une cour ou une esplanade, comme à Persépolis dans le palais de Dar ius I er . Ces modèles avaient sans doute été adoptés par l’ar istocratie achéménide puis par les commandit aires de nos maisons. La disposition gé nérale du cor ps de logis avec ses couloirs et ses espaces nettement séparés souligne la vo lonté de hiérarchiser les activités et les déplacements des personnes vivant et circulant dans l’édif ice. Pour ce qu i est d’A ï Khanoum, il avait été d’abord envisagé qu e le plan des grandes ré sidences ét ait une création des architectes locaux. Avec les nouvelles découver tes à Nisa et à Abu Qubur, cette hy pot hèse est devenue hautement improbable. À la maison du qu ar tier sud-ouest, une par tie du bâtiment de l’ét at antér ieur fut intég rée dans le plan de la nouvelle demeure. Il est diff icile d’imaginer cet exercice de récupération et de composition sans disposer d’un schéma préexist ant, sachant de plus qu e, dans le même temps, ce type de plan ét ait employé pour bâtir la maison hors les murs et pour la re constr uction du palais.

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

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Rappelons enf in qu e cer ta ines const antes se trouvent dans l’architecture or ient ale, de la Mésopot amie à l’Asie centrale : des plans de bâtiments aux compositions or thogonales, symétr iques et massives, au caractère souvent ostent atoire, qu e les colons grecs n’ ont pas manqué de c ô toye r au cours de leurs conquêtes. C’est sans doute dans les grandes capit ales du monde iranien de l’Empire achéménide qu e ce fait ét ait le plus marqu ant et c’est probablement là que les architectes d’alors ont puisé leurs modèles et qu e, pour nous, il faut rech erch er l’or igine des grandes résidences d’A ï Khanoum.

Cours du 9 janvier 2014

Plusieurs qu estions font aujourd’hui l’objet de discussions, tant dans l’équipe qu’en dehors d’elle. 1) Les ét apes du déve loppement de la ville : qu’ét ait la ville dans les qu elque 120 ans de son ex istence qu i ont précédé son re modelage par Eucratide ? Le nom qu’elle por ta it alors n’est pas connu (un toponyme transmis par Ptolémée, Oskobara, « l’enceinte haute » , pour rait n’avoir désigné qu’un for t achéménide préexist ant, sur la cit adelle). La repr ise récente de l’étude de la céramique four nie par les divers chantiers tend à indiquer qu e le grand dessein des fondateurs ta rda à se concrétiser, le qu ar tier résidentiel de la par tie sud ne prenant cor ps qu’à l’extrême fi n du iii e s. 15 . Par ailleurs, même à la fi n, la population de ce qu ar tier colonial comprenant une qu arant aine de demeures ne peut pas avoir excédé qu elques cent aines d’habit ants, domesticité compr ise. Le contraste avec la capacité du théâtre est saisissant. Il apparaît que ces questions ne peuvent trouver de réponse que si l’on sort des rempar ts. La plaine située immédiatement au nord recevait aussi des colons ; le canal supplémentaire creusé à grands frais pendant la période grecque ne per mettait qu’un gain marginal de surfaces cultivées, indice d’une surcharge démog raphique. Les mêmes observations ont été faites dans des plaines plus éloignées qui devaient relever aussi de la chôra de la ville. D’autre par t, une ville ronde for tif iée, d’une taille respect able (environ 30 ha plus une par tie disparue dans le fleuve), occupée avant, pendant et après l’existence d’Aï Khanoum, se dressait à 1,5 km au nord (la même distance qu’entre les deux Nisa). L’espace inter médiaire ét ait lui-même assez densément occupé, la première ceinture au-delà du rempar t d’Aï Khanoum pouvant même être déf inie comme une « zone urbaine » (H.-P. Francfor t) affectée à des bâtiments de haut niveau social : de grandes demeures, un temple, des mausolées. On est conduit à penser que, malg ré son aspect imposant, le rempar t nord d’Aï Khanoum ne matérialisait pas la limite de l’organisme urbain. Les premiers colons auraient-ils vécu en major ité dans la ville qu’ils ont trouvée, la « Ville ronde » ? 2) La seconde question, liée à la précédente, est celle des rapports entre la population coloniale et la population locale bactr ienne. Y a-t-il eu ségrégation, symbiose, métissage ? Après une conférence donnée à l’Er mit age par Paul Bernard peu après la fin des années de fouille, Vladimir Livshits s’ét ait étonné de ce que l’on aperçût si bien les Grecs mais si peu les Bactr iens. L’iraniste qu’il est ne pouvait que constater que, dans les siècles ultérieurs, c’est pratiquement l’inverse, dans l’onomastique, la langue (qui n’a gardé du grec quasiment que l’alphabet), les usages administratifs (qui renouent directement avec les pratiques achéménides), la religion (mis à part les empr unts iconographiques), comme si la greffe hellénique n’avait pas pr is.

15. Il faut cependant tenir compte du fait qu’une seule maison y a été fouillée.

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FRANTZ GRENET

Un e première ré ponse peut être demandée aux impressions, forcément assez subjectives, qu e donne le matér iel archéologique. L’ élément grec domine dans ce qu i se vo it en premier et ex ige des spécialistes de haut niveau (décor, ar ts fi gurés), mais il est beaucoup moins saisissable dans ce qu i demande de la technique lourde et de la main-d’ œ uvre : l’arch itecture proprement dite, la mise en va leur ag ricole. Il est signif icatif qu e, pour l’exé cution des colonnes, on ait jugé plus expédient de re nouer avec la technique arch aïqu e du to ur nage qu e de for mer des ta illeurs de pier re . La seule document ation qu i nous fasse accéder à une situation où les deux populations se c ô toya ient est livrée par les inscr iptions économiques de la Trésorer ie du palais, où l’on vo it des directeurs por ta nt tous des noms grecs commander à des subalter nes por ta nt des noms ta nt ô t grecs, ta nt ô t iraniens. L’ ex istence d’une ch anceller ie parallèle utilisant l’araméen (qui avait été la langue administrative de la Bactr iane achéménide, comme de tout l’empire) est suggérée par un ostracon trouvé au temple, où l’on trouve mentionné un ou deux personnages à nom iranien, une « amende » ( ‘NŠ ), et probablement un « juge » ( dātbarak ). Y aurait-il eu, à c ô té de la justice grecque, une justice destinée à la population indigène et siégeant au temple (cf. Jésus amené deva nt Ca ï phe) ? Il existe en fait, si l’on ve ut tenter de localiser cette population, plusieurs options, non exclusives les unes des autres :

à la « Ville ronde » (dans le prolongement de l’époque précoloniale) ;

dans le modeste habit at interstitiel découver t au vo isinage de plusieurs

monuments ;

dans le tiers nord de la ville basse, zone qu i n’ a pas été fouillée car aucun

alignement n’ y ét ait décelable sur le ter rain ni sur la photo aér ienne, mais qu i a été ensuite pillée aut ant qu e le re ste, ce qu i indique qu’elle n’ ét ait pas vide ; on serait tenté d’y placer les baraquements de l’énor me main-d’œ uvre nécessaire à ce chantier continu qu’ét ait A ï Khanoum à la der nière pér iode de son ex istence ;

enf in, l’acropole, très va ste et où l’on n’a fouillé qu’un podium cultuel à

l’iranienne, qu elques logements monocellulaires et les murs de la cit adelle, aurait pu abr iter la ga rnison, cer ta inement indigène dans sa grande major ité, selon une ré par tition de l’habit at qu i ne serait pas sans évoquer celle entre « for t » et « cantonment » dans l’Inde br it annique ; l’arsenal prend place entre le qu ar tier colonial et le chemin d’accès à la cit adelle. En tout ét at de cause, si symbiose coloniale il y a eu, elle s’ est mal ter minée. La ch ute apparemment br ut ale du pouvoir grec s’ accompagna de destr uctions qu e l’effet d’aubaine ne suff it pas à ex pliquer car elles visaient aussi des cibles symboliques (les murs du palais, la st atue de Zeus au temple). Un char nier de 120 cor ps (chiffre minimum) jetés dans le théâtre pour rait témoigner d’un massacre ou d’un combat. La pér iode qu i suit immédiatement est une brève réappropr iation de l’espace urbain par une population locale contrô lée par une autor ité nomade, et qu i l’utilise pour ses propres besoins villageois (entret ien du canal d’adduction d’eau, « squatter isation » des locaux préexist ants, recyclage des matér iaux).

Séminaires des 20 et 27 février 2014

Henr i-Paul Francfor t présente à la discussion les hy pot hèses qu’il a publiées dans un ar ticle récent 16 où il compare les manifest ations arch éologiques du culte au

16. « Ai Khanoum “ Te mple à niches indentées” (temple wit h idented niches) and Ta kht-i Sangin “Oxus temple” in histor ical cultural perspective » , Parthica , 12, 2012, p. 109-136.

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

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temple de l’Oxus à Takht-i Sangin au Tadjikist an (fouillé jadis par B. Litvinskij et

I. Pichikjan, et où se met en place un nouveau prog ramme de la MAFAC sous la

direction de H.-P. Francfor t et M. Gelin) et au temple monument al à redans d’Aï Khanoum en Afghanist an (fouillé jadis par la DAFA sous la direction de P. Ber nard avec la collaboration per manente de l’inter venant).

L’ hy po th èse pr ése nt ée est ex plo ré e ju squ’ à de s con sé qu ence s et co ro ll ai re s, qu i son t pl us dis cut abl es ou fa cu lt ati fs . Ce tte hy po th èse , pa rt ant de man if est at io ns ri tu el le s, envi sage pou r le tem ple à re dan s d’ A ï Kha nou m la pr ése nce d’u n cu lt e

à une di vin it é gé nér al e de s eau x (cé le st es et ter re str es) et de la vé gé ta ti on , qu i

aur ai t été app el ée Wak hsh u (Ox us ), com me à Ta kh t- i Sa ng in où l’ épi gr ap hie l’ att es te fo rm ell em en t. Il s’ agi t avant to ut de va se s dép os és re nver sé s dan s de s tr ous cr eu sés à pr ox imi té de cou rs d’e au, qu e l’o n trou ve en Asi e ce nt ra le de pu is

l’ âge du bronz e, ri tue l qu i ra pp el le un pa ss age de St rab on su r la div in ité ir ani en ne de s eau x à qu i l’ on sa cr if ie da ns de s both ro i proc he s, mai s non dan s l’e au, et de s pas sa ge s éq uivale nts de l’ Aves ta (Y t. 5, 17, 22, et c.) . Le temple à re da ns d’ A ï Kh an oum po ss èd er ai t ai ns i un ju me au d’u ne aut re for me da ns le te mp le de l’O xus

à Ta kh t- i Sa ng in , à 10 0 km en aval ; de s ob jets tr ès par ti cu li er s se retrouven t dan s

les deu x san ctu air es : pl aq ue s fi gur ant Cy bèl e, pe ti ts so cle s, va sque s, et c. En ou tr e, le si te de To rbu lak , pr ès de Ku lj ab , fo uil lé pa r G. Lin dst r ö m du DA I, avec ses pe tit s soc le s et va sques , pou rr ai t au ssi app ar te ni r à la mêm e sph èr e de cu lte s bac tr ie ns de s ea ux et de la fe rt il ité . Ai ns i les ea ux de s ri vi èr es, le s ea ux cé les tes (voi r le nom de pe rs on ne Wa khs hua brad āt a « do n du nua ge de l’O xus » ), le s eau x des sou rc es (- b ul ak ) et ce lle s de s pui ts (at tes tés à Su rk h- Ko ta l, Rab at ak , et mai nt en ant Ta kh t- i Sa ng in ) ont revêt u un e impo rt an ce ex trê me pou r les Bac tr ie ns de l’ Ant iquit é. Il est encore envisagé qu e cette divinité prolonge d’une cer taine manière un très vieux concept divin féminin dominant qu i remonte à l’âge du bronze en Asie

centrale (III e -II e millénaires) où une telle divinité est figurée sans ambigu ï té dans la glyptique, l’or fèvrer ie et la st atuaire. En outre, les conséquences « optionnelles » de cette hy pot hèse sont les suivantes : 1) cette divinité bactr ienne (centrasiatique même) semble être l’équivalent exact de l’Anāhitā perse ; 2) elle a pu être représentée

à l’époque hellénistique comme semblable à la Cybèle grecque. Enf in, par mi les

points à élucider re stent encore la qu estion du ge nre de la st atue de culte d’Aï

Khanoum, celle de la présence de possibles divinités synnaoi , comme l’a suggéré

P. Ber nard, et celle du destin de cette très impor ta nte divinité de l’Oxus aux époques

suivantes, ko uchane not amment.

Séminaire du 15 mai 2014

Com me pr olo ngem en t à ce sé min ai re , Pau l Ber nard pr ése nt e une re ch erch e en co urs 17 sur le s in st all at io ns de cu lt e de Ta kht -e San gi n te ll es qu e le s révè len t d’u ne ma ni èr e re ma rqu ab lem en t co nco mi ta nte le s de rn ier s ré su lt at s de la fou il le et un texte ch in oi s ayan t re cue ill i des tra dit io ns qu i sub sis ta ien t su r pla ce au dé bu t du Viii e s.

17. « Le sanctuaire du dieu Oxus à Ta kht-i Sangin ou l’espr it de l’escalier » , in V. Schiltz (éd.), De Samarcande à Istanbul : étapes or ientales. Hommages à Pier re Chuvin – II, Par is, 2015, p. 53-70.

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FRANTZ GRENET

Cours du 16 janvier 2014

La pér iode qui suit la pér iode coloniale grecque, tout au moins pour ce qui est du Tokharestân, pays qui englobe désormais la Bactr iane et le sud de l’ancienne Sogdiane, est conventionnellement répar tie entre plusieurs phases : « pér iode des invasions » ou « pré-kouchane » (de c. 145 av. n. è. à c. 50 de n. è.) ; pér iode des Grands Kouchans, du nom de la dynastie d’or igine nomade (Yuezhi) qui reconstitue un empire s’étendant aussi sur l’Inde du Nord (c. 50-230) ; une pér iode de domination sassanide directe (c. 230-280), suivie par la pér iode de la vice-royauté kouchano- sassanide (c. 280-375) ; après quoi sur viennent de nouvelles invasions de la steppe, dites « chionites », suivies d’une reconstitution impér iale sous les Kidar ites et les Hephtalites (c. 420-550). La chronologie avait fait longtemps l’objet de grandes incertitudes, avec, pour la pér iode des Grands Kouchans, un flottement sur deux siècles dans les publications numismatiques, ce qui affect a les conclusions de plusieurs fouilleurs soviétiques qui dat aient les niveaux d’après les monnaies, mais elle est maintenant beaucoup mieux assurée (un colloque s’est tenu à Berlin les 5-7 décembre 2013, qui va déboucher sur un livre sous la direction de Har ry Falk). L’ ex posé délaisse prov isoirement les gr andes villes. Elles continuent leur ex istence (Bactres, Samarkand, Mer v, Bég ram) ou se déve loppent dava nt age (Ter mez), mais les exemples fouillés n’offrent pas aut ant de possibilités qu e Nisa et A ï Khanoum pour saisir le fonctionnement des organismes urbains : ce sont to us des sites à très longue vie, jusqu’à l’époque islamique, et pour cette raison les diverses pér iodes, sauf les der nières, n’y sont connues qu e par tiellement. Plus ri ches d’infor mations cumulées sont alors les villes moyennes, toutes déve loppées à par tir de sites antér ieurs (achéménides ou grecs) et to utes en grande ré gression à par tir des inva sions du iV e s., vo ire antér ieurement.

Ka mpyr te pa

Cours du 16 janvier 2014 (suite)

ieurement. Ka mpyr te pa Cours du 16 janvier 2014 (suite) Figure 3 : Kampy rtepa

Figure 3 : Kampy rtepa

Kampyrtepa, en Ouzbékistan, à 30 km à l’ouest de Termez sur la rive nord de l’Amu-dar ya (Oxus), a été choisi en 1982 par l’expédition du Tokharestân (basée à Tachkent, hér itière de la JuTAKÈ et dir igée par Èduar Rtveladze) pour une étude approfondie des conditions de la vie urbaine en Bactr iane kouchane, en raison de l’absence de niveaux post-kouchans et de sa petite taille, peut-être une vingtaine d’hectares dans sa plus grande extension. La quasi-totalité de la sur face subsistante a été fouillée. Une sér ie spéciale de rapports lui est consacrée 18 .

18. Mater ialy To khar istansk oj Èk speditsii , Ta shkent puis Elets, 8 vo lumes, 2000-2011 (volumes 1 à 3 consacrés entièrement à Kampy rtepa, volumes 5 à 8 par tiellement).

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

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L’information manque encore de synthèses, mais plusieurs ar ticles consacrés à tel ou tel quar tier par viennent à introduire une véritable dimension anthropologique car ils mettent en relation le matér iel mobile et les str uctures architecturales, trop souvent dissociés dans les publications de fouilles. Cette approche est rendue possible par l’abandon br usque du site, déménagé à la fin du règne de Kanishka (127-153) suite à l’effondrement d’une grande par tie dans le fleuve. L’ infor mation histor ique ex tér ieure sur la ville est très limitée. Le premier ét ablissement est de peu postér ieur à la conquête d’Alexandre et on avait initialement voulu l’identif ier à l’Alexandr ie de l’Oxus mentionnée par Ptolémée, mais la modestie du site durant l’époque hellénistique, où il n’ est pas même for tif ié, a conduit l’équipe à abandonner cette proposition. Un e infor mation ré trospective est transmise par l’histor ien timour ide Hâfez-e Abr u, utilisant des sources du x e s., qu i mentionne un site abandonné au nom dér ivé du grec pandocheion, « h ô teller ie » , pr incipal point de passage du fleuve après Alexa ndre, et où les habit ants se disput aient la clientèle des voya geurs et la disput aient à Te rmez. À l’époque hellénistique, c’est un petit ét ablissement de potiers, puis un empor ium non for tif ié. Le premier effor t d’aménagement est de la pér iode pré-kouchane, avec une cit adelle for tif iée de 4 ha, planif iée en six qu ar tiers. Le matér iel céramique por te for tement la marqu e des nouveaux enva hisseurs et l’on doit sans doute attr ibuer l’initiative de la for tif ication à l’un des cinq yabghu , ch efs des clans Yuezhi, plus ta rd unif iés par l’un d’entre eux, le ya bghu ko uchan.

Cours du 6 février 2014

Au début de l’époque des Grands Ko uchans, probablement sous le deuxième d’entre eux, Vima Taktu ( alias S ô ter Mégas) (c. 90-110), la cit adelle s’ entoure d’un petit site urbain for tif ié, lui aussi de plan grossièrement ar rondi. La fouille de l’ét at ko uchan a per mis de réviser cer ta ines conceptions qu i avaient cours jusqu’ alors concer nant les villes ko uchanes :

Le réseau des rues : sur la seule base de la ville de Dal’ver zintepe (voir ci-après,

cours du 20 févr ier), G. Pugachenkova leur avait attr ibué un ré seau labyr int hique destiné à améliorer la défense intér ieure. En fait, Kampy rt epa obéit à un plan intér ieur ré gulier sans être pour aut ant confor me au schéma hippodamien : deux rues pr incipales avec à leur intersection un bazar, et dont l’une re joint l’entrée de la cit adelle puis le débarcadère maintenant dispar u, et un ré seau radial de rues secondaires qu i délimitent des blocs de largeur homogène (19 m) dont ch acune rejoint une tour.

Le re mpar t : l’idée a par fois été émise qu e les rempar ts ko uchans avaient un

caractère sur tout ostent atoire et qu’en par ticulier leurs archères n’ ét aient pas fonctionnelles. Ceci est sans doute vrai dans cer ta ins cas (p. ex . l’enceinte du temple de Surkh kota l) mais ne l’est pas à Kampy rtepa, où to ut ét ait prév u pour une eff icacité maximale de la défense. On re lève dans les re mpar ts ko uchans connus une grande régular ité des paramètres (épaisseur des murs, dimensions des to urs, etc.), preuve de l’inter ve ntion d’un cor ps centralisé d’ingénieurs milit aires. Il est appar u au fur et à mesure des prog rès de la fouille qu e les micro-quar tiers n’ ét aient pas séparés par les ruelles comme on le pensait initialement, mais qu’au contraire celles-ci en for maient les ar tères. Ces micro-quar tiers peuvent être déf inis comme des unités de vo isinage regroupant plusieurs unités résidentielles de deux ou trois pièces ch acune, avec mise en commun d’une cuisine et , selon l’opinion des

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FRANTZ GRENET

fouilleurs, par fois d’un sanctuaire caractér isé par un foyer- autel mural. Cette der nière idée, omnniprésente dans la littérature arch éologique soviétique, mér ite une discussion à par t, qu i sera déve loppée l’année prochaine en prenant aussi en compte les villes sogdiennes ; on peut d’ores et déjà renvoyer au point de vue très cr itique de P. Ber nard 19 . Kampy rtepa ko uchane ne semble avoir aucune base économique hor mis sa fonction de passage fluvial. Il n’y a aucune ceinture ag ricole vé ri ta ble (donc les vivres ét aient amenés par vo ie d’eau), aucune activité ar tisanale (les fours de potiers n’ ex istent qu’à l’époque hellénistique). La cit adelle et cer ta ins locaux de la ville basse sont occupés par des jar res de stockage. Des parch emins écr its en bactr ien, non récupérables pour le déchiffrement, pour raient indiquer une activité administrative, mais aucun local vo ué à celle-ci n’ a été identif ié. Dans cer ta ines pièces d’habit ation, des pièces de cuivre ét aient dissimulées dans les joints des br iques, indice possible d’activités fur tives liées à la fonction milit aire et h ô telière (petits larcins, prostitution ?).

Cours du 13 février 2014

Sergej Bolelov, actuel responsable de la fouille, s’est inter rogé sur les conséquences

à tirer des observations qui précèdent 20 . Il envisage la possibilité que la généralisation

des petites structures résidentielles au sein des micro-quar tiers expr imerait « le st ade ultime de l’éclatement des familles patr iarcales », mais cette idée se heurte d’une part

à l’absence de locaux de réception qui auraient été un élément obligé de résidences

« patr iarcales » au st ade antér ieur, et d’autre par t au fait que la ville n’a vécu que deux

générations. Il en vient donc à supposer une classe homogène et modeste de dépendants militaires vivant en famille. Ceci est cohérent avec l’absence perceptible d’une élite urbaine (aucun local n’est décoré de peintures murales), la médiocr ité ar tistique des objets, l’abondance relative du matér iel milit aire dans les trouvailles. On en vient alors à supposer de la par t du pouvoir kouchan une action planifiée d’urbanisation stratégique, destinée à garder la route du nord (par où finalement ne viendront pas ceux qui porteront le coup fat al à l’empire : les Sassanides). Kampyrtepa ferait donc partie d’une chaîne défensive compor tant, au nord, le verrou for tifié des « Portes de fer » de Derbent, frontière nord de l’empire, et au sud la colonie milit aire de Zadiyan protégeant Bactres (voir ci-dessous). Des hypothèses analogues quant à un caractère volontariste de l’implantation urbaine ont été avancées pour Termez, qui a repr is les fonctions de Kampyrtepa après son abandon 21 . Si les fouilleurs ont vo ulu re conna î tre ta nt de « ch apelles de qu ar tiers » , c’est en par tie parce qu’ils n’ont pas trouvé de temple, mais celui-ci aurait for t bien pu se trouver dans la zone dispar ue, près du fl euve, comme le suggèrent les exemples de Termez et Ta kht-i Sangin. Le matér iel religieux mobile re présenté par les fi gur ines

19. P. Ber nard, « Un e nouvelle contr ibution soviétique à l’histoire des Kushans : la fouille

de Dal’ver zin-tépé (Uzbékist an) » , BEFEO , 69, 1980, p. 313-348.

20. Dans Mater ialy To khar istansk oj Èk speditsii , 6, 2006, p. 15-80 (rappor t sur la fouille

du « qu ar tier 10 » ).

21. S. St ride, « Regions and ter rito ries in Sout her n Central Asia: What the Surkhan Dar ya

prov ince tells us about Bactr ia » , in J. Cr ibb, G. Her rm ann (éd.), Af ter Alexander. Central Asia before Islam , Oxford, 2007, p. 99-117.

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

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de ter re cuite révèle une qu asi-absence du bouddhisme, situation qu i ne se retrouve dans aucun autre ville kouchane et pour rait s’ex pliquer par l’abandon précoce du site : on sait maintenant qu e le bouddhisme n’a vé ritablement pr is racine en Bactr iane qu’à par tir de la fi n du i er s. de n. è. et que son empr ise rest ait encore assez limitée sous Kanishka. Les deux nécropoles hors-les-murs relèvent du même ri tuel « zoroastro-compatible » que dans les autres sites connus (dép ô t des cor ps sans déchar nement préalable, mais to ut de même sans cont act avec la ter re ).

Séminaire du13 février 2014

Étienne de la Vaissière, directeur d’études à l’EHESS, présente sa récente exploration du site de Zadiyan. Zadiyan, à mi-chemin entre Bactres et l’Amu-dar ya, avait fait déjà l’objet de plusieurs reconnaissances archéologiques, celle de Marc Le Ber re en 1948 dans le cadre de la DA FA puis celle de Galina Pugachenkova au début des années 1970 dans le cadre de la mission de Dil’berdjin. Mais seules des photog raphies aér iennes, dont ces chercheurs ne disposaient pas, pouvaient révé ler l’ampleur du site et le fait qu e les éléments arch itecturaux dispersés qu’ils mentionnaient ét aient intég rés dans un seul ensemble : un gigantesque car ré de 4 km de c ô té entouré d’un mur d’enceinte conser vé du c ô té nord et par tiellement du c ô té est, avec une entrée for tif iée conser vée au milieu du c ô té ouest, enser rant un parcellaire régulier de 16 × 16 parcelles préser vé dans le paysage fossile actuel, et centré sur une gr ande cit adelle de 4 ha. Il s’ agit probablement d’un gigantesque camp milit aire doté de lopins ag ricoles et implanté à l’extrême limite de l’oasis au débouché de la route du déser t. Cet emplacement donne à son tour une indication sur la date du site, faute d’analys es C14 toujours en cours : la route qu i passe par le site cesse d’être la route pr incipale après le milieu du ii e s. de n. è. En effet, le point de passage sur le fl euve ét ait tenu sur la ri ve droite par le site for tif ié de Kampy rtepa, abandonné à cette époque. À Zadiyan, la céramique retrouvée grâce à plusieurs reconnaissances sur place dans le cadre de la DA FA est effectivement de type ko uchan. La route se décale ensuite ve rs l’est, ve rs Term ez, et le site de Zadiyan devient milit airement inutile. On ignore encore dans quel ordre se déroule le recouvrement que l’on const ate localement entre le mur du camp de Zadiyan et le mur de l’oasis de Bactres, long de plus de 200 km : mur de l’oasis postér ieur utilisant le mur du camp, ou au contraire camp s’ appuyant sur le mur de l’oasis.

Da l’ver zi ntep e

Cours du 20 février 2014

Dal’ver zintepe, également en Ouzbékist an, sur le piémont du Surkhan-dar ya, l’aff luent de l’Amu-dar ya qu i se jette à Termez et for me la va llée pr incipale du Tokharestân septentr ional, été fouillée sur to ut de 1962 à 1974 par l’équipe issue de la JuTAKÈ 22 . Le schéma évolutif est proche de celui de Kampy rtepa, à ceci près qu e les ét apes ont été parcour ues plus t ô t : une cit adelle de 4 ha dès l’époque gréco-

22. G.A. Pugachenkova, È.V. Rtveladze (éd.), Dal’verzintepe , Tashkent, 1978 ; P. Ber nard, « Un e nouvelle contr ibution soviétique à l’histoire des Ku shans » , ar t. cité ; B.A. Turg unov, « Excavations of a Buddhist temple at Dal’ver zin-tepe » , East &West , 42, 1992, p. 131-153.

530

FRANTZ GRENET

bactr ienne, puis une ville basse qu i aurait re çu sa première for tif ication au i er s. de n. è., donc avant les Grands Ko uchans ou au début de cette pér iode. L’ échelle aussi est différente puisque le site for tif ié fait 31 ha, ce qu i en fait le site majeur du Tokharestân septentr ional après Term ez, et qu’il possède une banlieue et une ceinture ag ri cole ir ri guée de ta ille conséquente. Sa fi n fut plus lente : une déser tion prog ressive aux iii e et iV e s., processus parachevé par les inva sions nomades. Le faciès social appara î t beaucoup plus diversif ié qu’à Kampy rtepa. On n’ a pas vraiment d’indice d’une population milit aire (mais la cit adelle a été peu fouillée), et le ré seau des ru es n’ est pas déter miné par l’accès aux tours. Les activités commerçantes sont représentées par un qu ar tier de potiers et une échoppe à vin. L’ ambiance ar tistique gé nérale est toute autre qu’à Kampy rtepa : plusieurs maisons et même le petit sanctuaire bouddhique des potiers possédaient des peintures murales de grande qu alité 23 . Deux grandes maisons reprennent le plan de base des maisons d’Aï Khanoum, mais avec une amplif ication et un surhaussement de la salle de réception, une bipar tition des autres locaux pour laquelle plusieurs ex plications peuvent se présenter (par tie publique et par tie pr ivée, aile des hommes et aile des femmes ?), mais en même temps une atrophie des salles de bains qui ét aient présentes dans to utes les demeures grecques. Plusieurs indices suggèrent la présence de grandes familles liées au pouvoir kouchan. Dans l’une des demeures avait été enfoui un trésor de 115 objets d’or compor tant des bijoux de tradition steppique, d’autres analogues à ceux por tés par des personnages ar istocratiques dans l’art du Gandhara, et enf in 55 lingots d’or dont les inscr iptions indiennes indiquent qu’ils avaient appartenu à un ou plusieurs monastères bouddhiques dans la seconde moitié du i er s. de n. è. ; il est probable que leur ultime propr iét aire avait par ticipé aux campagnes de conquête et obtenu du butin. Dans le sanctuaire bouddhique domestique situé hors-les-murs, le por trait du propriét aire en donateur voisine avec un personnage qui por te la même tiare que le roi Vāsudeva (c. 192-230) :

c’est peut-être lui. Le propr iétaire d’une autre maison aff ichait des goûts littéraires grecs, ou tout au moins certains souvenirs, car il avait fait peindre un cycle où l’on reconnaît la naissance des Dioscures et le sacrifice d’Iphigénie 24 . Le bouddhisme est beaucoup plus présent qu’à Kampy rtepa, mais les pratiques funéraires révé lées par la fouille sont les mêmes, soit qu e les bouddhistes aient pratiqué la crémation qu i ne laisse pas de traces, soit qu’ils aient conser vé les usages locaux.

Dil ’be rdj in

Cours du 27 février 2014

Dil’berdjin, en Afghanistan, à 40 km au nord-ouest de Bactres, occupe en lisière de l’oasis une position symétrique à celle de Zadiyan (voir le séminaire du 13 févr ier) ; elle gardait la route vers le gué de Kelif de la même manière que Zadiyan gardait celle

23. Le sanctuaire des potiers a été publié comme ét ant vo ué à une déesse zoroastr ienne ou

« locale » , mais Kazim Abdullaev (contr ibution inédite) a depuis ét abli son caractère bouddhique en identif iant le décor peint comme figurant le Grand Dépar t de Kapilavastu.

24. Le sujet a été identif ié par l’auteur de ces lignes, vo ir F. Grenet, « Between wr itten

texts, oral per for mances and mural paintings : illustrated scrolls in pre-Islamic Central Asia » , in J. Ru banovich (éd.), Orality and textuality in the Iranian wo rl d , Leyde, 2015, p. 422-445.

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

531

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE 531 Figure 4 : Dil’berdjin vers Kampyrtepa. Pas

Figure 4 : Dil’berdjin

vers Kampyrtepa. Pas plus que pour les autres villes kouchanes moyennes que nous avons examinées on ne connaît son nom ancien. Dil’berdjin se rapproche mor phologiquement de Kampyrtepa par sa taille (15 ha intra-muros avec au centre une citadelle ronde), mais de Dal’verzin- tepa par la chronologie haute (tous les rempar ts seraient initialement d’époque gréco-bactr ienne, voire achéménide pour la citadelle), la banlieue, une riche demeure (mais hors-les-murs), les temples, les peintures murales. Du point de vue de l’étude arch éologique, Dil’berdjin n’a pas eu un

sor t aussi favo rable qu e les autres villes. Le site a été fouillé de 1970 à 1977 par une mission soviétique dir igée par Ir ina Kr uglikova qu i ét ait une spécialiste de la mer No ire, assez mal préparée à l’Asie centrale. La par ticipation de G. Pugachenkova aux premières campagnes a produit des études arch itecturales de gr ande qu alité, mais les peintures murales, très nombreuses, ont été moins bien ser vies : la publication préliminaire de la fouille en six fascicules 25 n’ a pas été comme pour les autres sites doublée par des albums d’ar t, et l’on doit se contenter de dessins ou de reproductions en couleurs de qu alité médiocre ; les œ uvres ét aient toutes déposées au musée de Kabul où une gr ande par tie a pér i pendant la guer re . La fouille fut inter rompue br usquement et le dossier de la publication semble actuellement en déshérence. Le problème pr incipal est celui de la chronologie. Les fouilleurs ont supposé qu e la vie du site s’ ét ait ar rêtée à la fin du iV e s., en se fondant sur les monnaies qu i ne donnent en fait qu’un te rminus post quem . Cette chronologie a été rejetée par to us les histor iens d’ar t pour lesquels en par ticulier les der nières peintures du gr and temple et de son annexe sont de la fi n du Vi e ou du début du Vii e s. 26 . Ce temple, situé à l’angle nord-est de la ville et doté depuis l’époque gréco-bactr ienne de sa propre enceinte, aurait pu continuer à être fréquenté longtemps après la déser tion du re ste de la ville. La cit adelle, d’une super ficie de 4 ha (chiffre décidément récur re nt), n’ a retenu l’attention qu e pour son re mpar t reconstr uit à de multiples repr ises, ta ndis qu e l’habit at intér ieur n’ a été fouillé qu’au niveau supér ieur ko uchano-sassanide et sommairement publié. On const ate aujourd’hui qu’il ét ait analogue à l’habit at milit aire planif ié de Kampy rtepa, avec de toutes petites unités résidentielles se

25. Dil’berdzhin I-III, Moscou, 1974-1986; Drevnjaja Baktr ija I-III (consacrés en grande

par tie à Dil’berdjin), Moscou, 1976-1984. Présent ations générales : I. Kr uglikova, « Les fouilles de la mission archéologique soviéto-afghane sur le site gréco-k ushan de Dilberdjin en Bactr iane (Afghanist an) » , CRAI , 1977, pp. 407-427 ; I.T. Kr uglikova, « Dil’berdzhin – ku shanskij gorod v Seve rnom Afganist ane » , in V.I. Guljaev (ed.), Arkheologija starogo i novogo sveta , Moscou, 1982, pp. 153-175.

26. Voir en par ticulier C. Silvi Antonini, Da Alessandro Magno all’Islam. La pittura

dell’Asia centrale, Ro me, 2003, p. 70-80.

532

FRANTZ GRENET

par ta ge ant des blocs parcour us par un ré seau radial de rues menant aux to urs. La cit adelle a succombé à deux sièges successifs avec sapes et machines de siège, ce qu i or iente ve rs l’inva sion sassanide. L’ activité ar tisanale est mal documentée. Du point de vue de la vie re ligieuse, le bouddhisme est présent mais il occupe une place secondaire, avec un modeste sanctuaire hors-les-murs. Les deux temples révèlent un pant héon iconog raphiquement hindou, shiva ï te pour le temple pr incipal, tandis qu’une petite chapelle aménagée dans la por te sud contenait des images dér ivées de celle d’Héraclès. Dans tous ces cas, une assimilation à des divinités zoroastr iennes est possible mais pas avérée. La préférence donnée à des divinités guer ri ères par rappor t au Bouddha pour rait en to ut cas re fl éter la composante sur to ut milit aire de la population de la ville.

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92-103.

HISTOIRE ET CULTURES DE L’ ASIE CENTRALE PRÉISLAMIQUE

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a utres actIvItés du tItuL aIre de La chaIre

En se igne me nt

École pratique des hautes études, section des Sciences re ligieuses, direction d’études « Religions du monde iranien ancien » , sujet du cours de cette année : « Le traité pehlevi Ayādgār ī Jāmāspīg : autour d’une nouvelle édition » .

Jur ys de th èses

Silvia Cazzato, « Idéologie royale iranienne au début de l’Islam » , EPHE, section des Sciences histor iques et philologiques, 9 décembre 2013 (président du jur y).

Barakatullo Ashurov, « Tarsākyā: an analysis of Sogdian Chr istianity based on

arch aeological, numismatic, epig raphic and textual sources » , Londres (SOAS), 16 décembre

2013.

Pa rt ic ip at io ns à des co llo qu es in te rn at io na ux

Colloque Cultural transfers in Central Asia: before, dur ing and af ter the Silk Road , Samarkand (IICAS / Labex Transfer ts), 12-14 septembre 2013 ; communication : « Transfers of magic and demons… » (voir liste des publications).

Colloque Looking back: Zoroastr ian identity form ation thro ugh recourse to the past , Londres (SOAS), 11-12 octobre 2013 ; communication : « Extracts from a calendar of Zoroastr ian feasts: a new inter pret ation of th e ‘Soltikov ’ Bactr ian silve r plate at th e Bibliot hèque nationale, Par is » (à paraî tre dans les Actes).

Colloque Pre-Islamic past of Middle Asia and Eastern Iran , Saint-Pétersbourg (musée de l’Er mit age), 23-25 octobre 2013 ; communication : « Un e fête pastorale sur une peinture murale d’Afrasiab (Samarkand) » (en russe ; texte anglais à para î tre dans Jour nal of Inner Asian Ar t and Arch aeology , 6, 2015).

Colloque Interaction in the Himala yas and Central Asia: processes of transfer, translation and transfor mation in ar t, archaeology, re ligion and polity from Antiquity to the present da y , Vienne (SEECHAC / ö ster re ichische Akademie des Wissenschaf ten), 25-27 nove mbre 2013 ; communication : « The Deydier vase and its Tibeta n connections: a preliminar y note » (à para î tre dans les Actes).

Symposium Literar y sources on the history of the Kushans , Berlin (Akademie der Wissenschaf ten und der Literatur, Maye nce), 5-7 décembre 2013.

Works hop Bactr ia and the transition to Islam , Cambr idge (Ancient India and Iran Tr ust), 10-11 mai 2014 ; communication : « Religious coexistence in Bactr ia-Tukhar ist an on th e eve of the Islamic conquest: new mater ial and new perspectives » .

Colloque Jean-Pier re Abel-Rémusat et ses successeurs. Deux cents ans de sinologie française en France et en Chine , Par is (Collège de France), 11-13 juin 2014 ; communication :

« D’Abel-Rémusat à Pe lliot : la contr ibution des sinologues du Collège de France à la redécouver te de l’Asie centrale » (à paraî tre dans les Actes).

Con fére nc e à l’ét ra ng er

Un iversité St anford, Depar tment of Re ligious St udies, 1 er mai 2014.

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FRANTZ GRENET

Mi ssio ns su r le te rr ai n

31 août-24 septembre 2013 : direction de la mission arch éologique franco-ouzbèke de Sogdiane.

a utres actIvItés dans Le cadre de La chaIre

Con fé re nc ie rs invi té s

Pr. Zurab Makharadze (directeur du Centre d’archéologie du musée national de Georgie) : « Les tumuli ri ches de l’âge du Bronze en Georgie 27 » (12 févr ier

2014).

Pr. Shaul Shaked (professeur émér ite à l’université hébra ï qu e de Jér usalem) :

« Un e communauté juive au Khorasan avant la pér iode mongole d’après une nouvelle trouvaille de manuscr its » (9 av ril 2014).

AT ER invi té : Mi ch ae l Sh en ka r (u ni ve rs ité héb ra ïq ue de Jér us alem)

Préparation d’un livre : Intangible Spir its and Graven Images. Iconogra phy of Deities in the pre-Islamic Iranian Worl d , Leyde, Br ill, octobre 2014. Ar ticles par us ou soumis dans l’année : « On th e Iconog raphy of x ˅ ar ə nah and its role in th e ideology of Ancient Iranians » , in : The Last Encyclopedist. The Issue in Honor of the 90th Anniversar y of Bor is Litvinsky , Moscou, 2013, p. 427-452 (en russe) ; « A goddess or a qu een? On th e inter pret ation of th e female figure on th e re lief of Narseh at Na qš-e Ro st am » , Scr ipta antiqua, 2, 2013, p. 612-633 (en russe) ; « A Sasanian char iot drawn by birds and th e iconog raphy of Sraosha » , in S. Tokht asev et P. Lu ria (éd.), Commentationes Iranicae. Vladimiro f. Aaro n Livschits nonagenar io donum natalicium , Saint-Pétersbourg, 2013, p. 211- 223 ; « Yosef bar El‘asa Ar ta ka and th e elusive Jewish diaspora of pre-Islamic Iran and Central Asia » , Jour nal of Je wish Studies , 65/1, 2014, p. 58-77 ; « The Epic of Farāmarz in th e Panjikent Paintings » , Bulletin of the Asia Institute , 24, 2010 [2014], p. 67-84 ; « Images of Daēnā and Mit hra on two seals from Indo-Iranian Borderlands » , Studia Iranica , 44, 2015, à para î tre. Communications à des colloques inter nationaux : « Some th oughts on th e symbolism of th e Sasanian crowns » , Pre-Islamic Past of Middle Asia and Eastern Iran , Conference dedicated to the memor y of B.I. Marshak and V. G. Shk oda , Saint-Pétersbourg (musée de l’Er mit age), 23-25 octobre 2013 (à para î tre dans Jour nal of Inner Asian Ar t and Archaeology , 6, 2014) ; « Royal regalia and th e ‘divine kingship’ in th e pre-Islamic Central Asia » , Kingship in Ancient Iran , University of St Andrews University, St Andrews, 12-13 juin 2014 (à para î tre dans les Actes).

(À l’issue de l’année passée au Collège de France, Michael Shenkar a été élu « Senior lecturer » à l’université hébra ï que de Jér usalem.)

27. Voir résumé de la conférence infra , p. 989-990.

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