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Hugo, Victor (1802-1885). Les Contemplations, par Victor Hugo 1856. 1/ Les contenus accessibles sur le

Hugo, Victor (1802-1885). Les Contemplations, par Victor Hugo

1856.

(1802-1885). Les Contemplations, par Victor Hugo 1856. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont

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VICTOR

CONTEMPLATIONS

LES

HUGO

EDITIONHETZEL Spécialepour la France, interdite pourl'Etranger

TOME I

1830—1843

PARIS

MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS

2 BIS, RUE VIVIENNE

MDCCCLVI

LES

CONTEMPLATIONS

CONTEMPLATIONS

VICTOR

LES

PAR

HUGO

TOME I

1830—1843

PARIS

MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 2 BIS, RUE VIVIENNE

MDCCCLVI

Droitsde traductionet de reproduction réservés

Si un auteur pouvait avoir quelque droit d'influer sur la

des lecteurs qui ouvrent

se bornerait

son livre, l'au-

disposition d'esprit

teur des Contemplations

à dire ceci : Ce livre

doit être lu comme on lirait le livre d'un mort.

Vingt-cinq années sont dans ces deux volumes. Grande

mortalis oevi spatium. L'auteur

ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à

travers les événements et les souffrances,

son coeur. Ceux qui s'y pencheront retrouveront leur propre

image dans cette eau profonde amassée là, au fond d'une âme.

a laissé, pour ainsi dire,

l'a déposé

dans

et triste, qui s'est lentement

Qu'est-ce que les Contemplations ? C'est ce qu'on pour-

rait appeler,

si le mot n'avait quelque prétention,

moires d'une âme. I.

les Mé-

1

Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souve-

toutes les réalités,

tous les fantômes vagues,

une conscience,

riants

revenus

nirs,

ou funèbres,

et

que peut contenir

rappelés, la même

de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil ;

rayon à rayon, nuée sombre.

soupir à soupir,

et mêlés dans

C'est l'existence

humaine sortant

c'est un esprit qui marche derrière lui la jeunesse,

désespoir,

de lueur

en lueur

en laissant

le

l'amour,

éperdu

l'illusion,

« au bord

le combat, de l'infini».

et qui s'arrête

Cela commence

par un sourire,

continue par un sanglot,

et finit par un bruit du clairon de l'abîme.

Une destinée est écrite là jour à jour.

Est-ce donc la vie d'un

hommes aussi. Nul de nous

soit à lui. Ma vie est la vôtre,

vivez ce que je vis ; la destinée

miroir, et regardez-vous-y.

écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on.

Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous.

homme? Oui, et la vie des autres

n'a l'honneur d'avoir une vie qui

votre vie est la mienne,

vous

est une.

Prenez

donc ce

On se plaint quelquefois

des

Comment ne le sentez-vous pas? Ah! insensé,

je ne suis pas toi !

qui crois que

Ce livre contient, nous le répétons, autant l'individualité

du lecteur

tumulte, la rumeur,

que celle de l'auteur.

Homo sum. Traverser

le rêve, la lutte, le plaisir, le travail,

le

la

douleur,

contempler Dieu ; commencer

le silence;

se reposer

dans le sacrifice,

et,

là,

à Foule et finir à Solitude,

III

n'est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire

de tous?

On ne s'étonnera donc pas de voir, nuance à nuance, ces

deux volumes s'assombrir pour arriver, cependant, à l'azur

d'une vie meilleure. La joie, cette fleur rapide de la jeunesse,

s'effeuille page à page dans le tome premier, qui est l'espé-

rance, et disparaît dans le tome second, qui est le deuil. Quel

deuil? Le vrai, l'unique : la mort; la perte des êtres chers.

Nous venons de le dire, c'est une âme qui se raconte

clans ces deux volumes. Autrefois, Aujourd'hui. Un abîme les sépare, le tombeau.

V. H.

Guernesey, mars 1836.

Un jour je vis, Passer,

Un rapide navire enveloppé

debout

au bord

des flots mouvants,

gonflant ses voiles,

de vents,

De vagues

et d'étoiles

;

Et j'entendis,

penché sur l'abîme

des deux,

Que l'autre

abîme touche,

Me parler

« Poëte,

Et tu tires

La

mer,

Le vent,

à l'oreille

Ne voyaient

une voix dont mes yeux

pas la bouche

:

tu fais bien!

Tu rêves près

Poëte

au triste

des ondes,

front,

des mers bien des choses qui sont

Sous les vagues profondes

!

c'est le Seigneur, Tout destin montre

que, misère ou bonheur,

et nomme

;

c'est le Seigneur

; l'astre,

Le navire,

c'est l'homme.

c'est le Seigneur »

Juin1830.

;

LIVRE

AURORE

PREMIER

I

MA FILLE

O mon

enfant,

tu vois,

je me soumets.

Fais comme

Heureuse?

moi : vis du monde

non; triomphante?

éloignée

jamais.

Résignée

!

;

Sois bonne

Comme

Toi,

et douce,

dans

et lève

les cieux

le jour

mon enfant,

dans l'azur

Mets ton âme!

un front

met

pieux. sa flamme,

de tes yeux

10

LES CONTEMPLATIONS

Nul n'est heureux

L'heure

L'heure

et nul n'est triomphant.

est pour tous une chose incomplète

est une ombre, En est faite.

et notre

vie, enfant,

;

Oui,

de leur sort tous les hommes

Pour être heureux,

à tous,

destin

Tout a manqué.

Tout, c'est-à-dire, Peu de chose.

sont las.

morose !

hélas!

Ce peu de chose est ce que,

Dans l'univers

Un mot,

sa part,

:

pour

chacun cherche

et désire

un nom,

un peu d'or,

un regard,

Un sourire

!

La gaîté manque

au grand

roi sans amours

La goutte L'homme

d'eau

manque

est un puits

au désert immense.

où le vide toujours

Recommence.

;

Vois ces penseurs Vois ces héros

que nous divinisons,

dont les fronts

nous dominent,

Noms

dont toujours

nos sombres horizons

S'illuminent !

Après avoir,

comme fait un flambeau,

Ébloui

tout de leurs rayons

sans nombre,

LIVRE PREMIER

Ils sont allés chercher

dans le tombeau

Un peu d'ombre.

11

Le ciel, Prend

qui sait nos maux

et nos douleurs, vains et sonores.

en pitié nos jours

Chaque matin,

il baigne Nos aurores.

de ses pleurs

Dieu nous éclaire,

à chacun

ae nos pas,

Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes

Une loi sort des choses

d'ici-bas,

Et des hommes

!

Cette loi sainte,

il faut s'y conformer.

Et la voici, Ne rien haïr,

toute

âme y peut

atteindre

mon enfant ; tout aimer,

Ou tout plaindre

!

:

;

Paris, octobre1842.

II

Le poëte

s'en

va dans

les champs

; il admire,

Il adore;

Et,

Celles

il écoute

en lui-même

les fleurs,

font pâlir même

une lyre ;

le voyant

venir,

toutes

les fleurs,

qui des rubis

qui des paons

les couleurs,

Celles

Les petites

Prennent,

De petits

Et, familièrement,

les queues,

éclipseraient

fleurs d'or,

les petites

fleurs bleues,

pour l'accueillir

agitant leurs bouquets,

airs coquets,

:

airs penchés

ou de grands

car cela sied aux belles

« Tiens!

c'est notre amoureux

qui passe ! » disent-elles.

14

LES CONTEMPLATIONS

de jour

Les grands

Tous ces vieillards,

Les saules

Et,

et d'ombre

et de confuses

pleins

voix,

arbres profonds

les ifs,

qui vivent

les tilleuls,

dans les bois,

les érables,

tout ridés,

les chênes vénérables,

L'orme

au branchage

noir,

de mousse appesanti,

Comme les ulémas

Lui font de grands

le muphti,

quand paraît

saluts et courbent

et leurs barbes

jusqu'à de lierre,

Leurs

têtes de feuillée

terre

Contemplent Et murmurent

de son front la sereine

lueur, tout bas : C'est lui ! c'est

le rêveur

!

Les Roches,juin 1831.

MES

III

DEUX

FILLES

Dans le frais clair-obscur

du soir charmant

qui tombe,

L'une pareille

Belles,

à la colombe,

!

au cygne

et l'autre

et toutes deux joyeuses

la grande

, ô douceur

soeur

soeur et la petite

Voyez,

Sont assises

Un bouquet

Dans une urne de marbre

Se penche,

Et frissonne dans l'ombre,

Un vol de papillons

au seuil du jardin, d'oeillets blancs

et sur elles

aux longues

tiges frêles,

par le vent,

agité

et les regarde

, immobile

et semble,

et vivant, au bord du vase,

arrêté

dans l'extase.

La Terrasse,près Enghien,juin 1842.

IV

Le firmament

Tout est joie, innocence,

Le beau

Le champ

Tout regorge De rameaux

Et de petits

Qu'a

est plein

de la vaste

clarté ;

espoir, bonheur,

qui

bonté.

le mure ;

lac brille

au fond du vallon

la vigne

sera fécond,

sera mûre ;

de sève et de vie et de bruit,

d'eau

verts, d'azur frissonnant, oiseaux qui se cherchent

qu'a

qui luit,

querelle.

donc le papillon? I.

donc la sauterelle?

2*

18

LES CONTEMPLATIONS

La sauterelle

Et tous deux

Un refrain joyeux

Chanson qui doucement

et le papillon qui rit dans

l'air ;

le ciel clair.

entière

;

prière.

a l'herbe,

ont avril,

sort de la nature

monte et devient

Le poussin

court, l'enfant

Saute, Le vieux

Le

et, laissant

tomber

antre, attendri,

vent lit à quelqu'un

joue

goutte

pleure

d'invisible

et danse,

l'agneau

à goutte comme

son eau,

un visage

un passage

Du poëme L'oiseau

inouï

parle

de la création

;

au parfum;

la fleur parle

au rayon

Les pins

Les nids

Onde

sur les étangs

ont chaud

dressent

leur verte ombelle;

la terre

belle,

flottants;

; l'azur

trouve

et sphère,

à la fois tous les climats

Ici l'automne,

O coteaux!

ici l'été; ô sillons!

là le printemps.

souffles, soupirs,

haleines!

L'hosanna

S'élève gravement

Et toutes

des forêts,

des fleuves

et des plaines,

du jour ;

vers Dieu,

sont

père

les blancheurs

des strophes

d'amour

Le cygne

dit : Lumière

! et le lys dit : Clémence

!

Le ciel s'ouvre

Le

Devient

Il savoure,

à ce chant

et le globe

une oreille immense.

comme

soir vient;

à son tour

s'éblouit, la nuit ;

un oeil énorme

et regarde

éperdu, l'immensité

du splendide

sacrée,

empyrée,

La contemplation

Les nuages

Qui, formidable,

de crêpe

et d'argent,

brille et flamboie

le zénith,

et bénit,

Les constellations,

ces hydres

étoilées,

Les effluves

du sombre

et du profond,

mêlées

;

;

;

LIVRE PREMIER

19

A vos effusions,

Et toute l'ombre

L'infini

tout entier

astres

de diamant,

avec tout le rayonnement

d'extase

se soulève.

Et, pendant

ce temps-là,

Satan,

l'envieux,

!

rêve.

La Terrasse, avril 1840.

A ANDRÉ

V

CHÉNIER

Oui,

mon vers

c'est

croit

pouvoir,

sans se mésallier, de son air familier.

Prendre

André,

Voici pourquoi.

Dans

J'habitais

un parc Où des pleurs souriaient

Un jour

à la prose

vrai,

un peu

je ris quelquefois

encor,

sur la lyre.

Tout jeune

tâchant

de lire

le livre effrayant

des forêts

et des eaux,

sombre

jasaient

des oiseaux,

dans l'oeil bleu des pervenches;

seul

le feuilleton

au milieu

des branches, du bois

que je songeais

qui faisait

Un bouvreuil

M'a dit : « Il faut

marcher

à terre quelquefois.

22

LES CONTEMPLATIONS

« La nature

est un peu moqueuse

autour des hommes;

« O poëte,

tes chants,

ou ce qu'ainsi

tu nommes,

« Lui ressembleraient

mieux

« Les

bois ont des soupirs,

si tu les dégonflais.

mais

ils ont des sifflets.

« L'azur

« L'Olympe

luit, quand

la gaîté

parfois

reste grand

en éclatant

le déchire

de rire ;

« Ne crois pas que l'esprit

du poëte descend

;

« Lorsque « Ce n'est

entre deux grands

pas

un pleureur

vers

un mot passe en dansant.

que le vent

en démence

;

«Le flot profond « Et la nature,

n'est

pas un chanteur

de romance;

au fond des siècles

et des nuits,

Accouplant

Rabelais

« Et l'Ugolin sinistre « Près de l'immense

à Dante

plein d'ennuis,

au Grandgousier deuil montre

difforme,

le rire énorme.

»

Les Roches,juillet 1830.

LA

VIE

VI

AUX

CHAMPS

Le soir, Le

Moi,

à la campagne, dans

on sort,

on se promène,

, le riche en son domaine;

en tout lieu

son champ

pauvre

je vais devant

moi ; le poëte

Se sent chez lui, Je vais volontiers

Pourtant,

sentant

seul.

si quelqu'un

qu'il est partout

chez Dieu.

Je médite

ou j'écoute.

veut m'accompagner

en route,

21

LES CONTEMPLATIONS

Chacun

a quelque est un livre

chose en l'esprit; où Dieu lui-même

un de ces livres

la tombe,

J'accepte. Et tout homme

Chaque

Volume

J'y lis.

fois qu'en

mes mains

où vit une âme et que scelle

écrit.

tombe,

Chaque

soir donc,

je m'en

vais,

j'ai congé,

Je sors.

On prend

Le serein mouille

N'importe

Tous

Dès que je suis assis,

C'est qu'ils

Que j'aime Et les bêtes

Ils savent

Un être

Crier,

Que je riais

Et qu'aujourd'hui, Je leur souris

J'entre

chez des amis que j'ai.

en famille.

en passant

un peu

le frais,

au fond du jardin,

les bancs

sous la charmille;

: je m'assieds,

et je ne sais pourquoi

autour

de moi.

les petits

enfants viennent

les voilà

tous qui viennent.

savent

comme

que j'ai leurs

eux l'air,

goûts ; ils se souviennent

les papillons

les sillons.

qui les aime,

et même

voix ;

autrefois,

les fleurs,

dans

voit courir

qu'on que je suis un homme

auprès duquel

du bruit, comme

encor,

on peut jouer, à haute

faire

parler eux et plus

qu'eux

sitôt qu'à

leurs ébats j'assiste,

bien que je sois plus triste ;

Ils disent,

Me fâcher;

doux amis, qu'on s'amuse

que je ne sais jamais

avec

moi;

que je fais

Des choses

Que je raconte,

Oh! des contes

Et qu'enfin

des dessins

en carton,

à la plume;

à l'heure

charmants

où la lampe

s'allume,

qui vous font peur

je suis doux , pas fier et fort instruit.

la nuit;

LIVRE PREMIER

25

dès qu'on

m'a vu : « Le voilà ! » tous accourent.

et balles; ils m'entourent

sanspeur,

Aussi,

Us quittent

Avec leurs beaux grands

jeux, cerceaux

yeux d'enfants,

sans fiel,

Qui semblent

toujours bleus,

tant on y voit le ciel !

Les petits quand

on est petit,

on est très-brave

; les grands

ont un air grave;

ont pris, de Paris ;

Grimpent

Ils m'apportent Des albums,

On me consulte,

sur mes genoux

des nids de merles

qu'ils des crayons qui viennent

on a cent choses

à me dire,

On parle,

Non le rire ironique Mais le doux rire

on rit surtout;

aux sarcasmes

on cause,

j'aime

moqueurs, ouvrant bouches

honnête

le rire,

et coeurs,

Qui montre

en même temps

des âmes

et des perles.

J'admire

les crayons,

l'album,

les nids de merles;

Et quelquefois « Il est du même

Puis,

Ils font soudain,

on dit quand

bien admiré

le curé.

j'ai

:

»

avis que monsieur

ont jasé tous ensemble

les grands s'appuyant

à leur aise,

à ma chaise,

lorsqu'ils

Et les petits toujours

groupés

sur mes genoux,

Un silence,

et cela veut dire : « Parle-nous.

»

Je leur parle

de tout.

Mes discours

en eux sèment

Ou l'idée

Tout

Le ciel,

ou le fait.

Comme

ils m'aiment,

ils aiment

ce que je leur dis. Je leur montre

Dieu

qui s'y cache,

et l'astre

du doigt

y voit.

qu'on

25

LES CONTEMPLATIONS

Tout, jusqu'à

leur regard,

m'écoute.

Je dis comme

Il faut penser,

Non pour avoir trouvé,

Je dis : Donnez

Recevez doucement

Donner et recevoir,

Je leur conte

Il faut

Et que,

Il faut que la bonté

Qu'être bon,

Peut tout chasser

Et qu'ainsi

Ont tort d'accuser

Dieu bénit l'homme,

avoir cherché.

humble et penché;

rêver,

chercher.

mais pour

au pauvre

l'aumône

la leçon

ou le blâme.

c'est faire vivre

et que,

l'âme!

la vie,

dans nos douleurs,

que la bonté

soit au fond de nos pleurs,

et que,

dans

dans nos bonheurs,

c'est

nos délires,

;

soit au fond

de nos rires

bien vivre, d'une âme,

et que l'adversité

la bonté;

excepté

les méchants,

dans

leur haine

profonde,

Dieu. Grand

Dieu! nul homme

au monde

N'a droit,

De dire que c'est

Car le méchant,

en choisissant

sa route,

toi qui l'as rendu

Seigneur,

ne t'est

en y marchant,

méchant;

pas nécessaire!

Je leur raconte

Du peuple

juif,

aussi l'histoire

maudit

qu'il

; la misère

faut enfin bénir ;

La Grèce,

Rome; l'antique Et tout ce qu'on

Lieux effrayants Tous ces démons

Olympe monstrueux

dans l'avenir

rayonnant

jusque

;

Egypte

et ses plaines

sans ombre,

y voit de sinistre

! tout meurt

taillés

et de sombre.

; le bruit

humain finit.

dans des blocs de granit,

des époques obscures,

Les Sphinxs,

les Anubis,

les Ammons,

les Mercures,

Sont assis au désert

depuis quatre

mille ans ;

LIVRE PREMIER

27

Autour d'eux

Montent comme

le vent souffle,

une mer

a gardé

et les sables

brûlants

d'où sort

quelque

et rappelle

leur tête énorme;

forme

d'abord

mutilée

La pierre De statue

ou de spectre,

Les plis que fait un drap sur la face d'un

mort;

On y distingue

Les yeux,

Qui regarde

le front,

le nez,

encor

je ne sais quoi

d'horrible

masque vague

et qui vit,

la bouche, et de farouche

et hideux.

Le voyageur

de nuit, et croit

S'épouvante, Des géants enchaînés

à côté

qui passe

voir,

aux lueurs

d'eux,

des étoiles,

et muets

sous des voiles.

La Terrasse, août 1840.

A UN

ACTE

VII

RÉPONSE

D'ACCUSATION

Donc,

Dans

c'est moi

ce chaos

qui suis l'ogre

et le bouc émissaire.

du siècle

où votre

coeur se serre,

J'ai foulé le bon

Sous mes pieds,

Et l'ombre

Langue,

goût et

et, hideux,

l'ancien vers françois j'ai dit à l'ombre

conservatoire,

fut. — Voilà votre réquisitoire.

art, dogmes,

tragédie,

: « Sois ! »

30

LES CONTEMPLATIONS

Toute

cette clarté

s'est éteinte,

et je suis

Le responsable, De la chute

C'est

C'est

Vous

et j'ai

vidé l'urne

des nuits.

inepte

soit,

a choisi

de tout je suis la pioche

de vue.

prose

Eh bien,

en colère

; moi,

;

je l'accepte

;

votre point moi que votre

me criez

: Racca

dis : Merci !

je vous

Cette marche

Que pour

Ces grandes

du temps,

qui ne sort

d'une

église

entrer

dans l'autre, d'art

et qui se civilise

et de liberté,

questions

;

Voyons-les,

j'y consens,

par le moindre

côté,

Et par

le petit

bout

de la lorgnette.

En somme,

J'en conviens,

Et, quoique, D'autres

Avoir un peu touché

Avoir sondé

oui,

je suis

cet abominable

homme

en vérité,

avoir commis

je pense que vous

crimes encor

avez omis,

obscures,

les questions

les maux, ânerie

avoir cherché

les vieux

les cures,

De la vieille

insulté

bâts,

Secoué

Et saccagé

Je

Je suis le démagogue

Et le dévastateur

Causons.

le passé

du haut

tout

jusques

autant

en bas, que la forme

le fond

,

me borne

à ceci

: je suis

ce monstre

énorme,

horrible

et débordé,

du vieil ABCD;

;

Quand

je sortis

du collége,

du thème,

Des vers

Et grave,

latins,

farouche,

au front penchant,

espèce d'enfant

aux membres

Quand,

tâchant

de comprendre

et de juger,

blême

appauvris;

j'ouvris

;

LIVRE PREMIER

31

Les yeux

sur la nature

et sur l'art,

Peuple et noblesse,

était l'image

l'idiome,

du royaume

La poésie

était la monarchie

; un mot

Était

un duc et pair,

ou n'était

qu'un grimaud

;

;

Les syllabes, Ne se mêlaient

Piétons et cavaliers

pas plus que Paris ; ainsi marchent

traversant

et que

Londre,

sans se confondre

le pont

Neuf;

La langue

Les mots,

était l'État avant quatre-vingt-neuf;

bien ou mal nés, vivaient

parqués

en castes;

Les uns, Les

Méropes, Et montant

Les autres, Habitant

Dans l'argot;

Déchirés

hantant les Phèdres,

le décorum

les Jocastes,

loi,

nobles,

ayant à Versaille

pour aux carrosses

du roi;

tas de gueux,

drôles patibulaires,

les patois ; quelques-uns

dévoués

en haillons

aux galères

bas,

à tous les genres

les halles;

dans

sans bas,

Sans perruque;

créés pour

la prose

et la farce;

du style

au fond de l'ombre

Populace

Vilains,

Dans

éparse leur chef

d'une

;

F;

rustres , croquants,

Lexique

que Vaugelas

le bagne

avait marqués

que la vie abjecte

N'exprimant

Vils, dégradés,

Racine regardait

Si Corneille en trouvait

et familière,

bons pour Molière.

;

flétris, bourgeois,

ces marauds

un blotti

de travers

dans

son vers,

Il le gardait, Et Voltaire

trop grand criait : Corneille

Corneille,

Le bonhomme

pour

dire : Qu'il

s'encanaille

!

humble,

se tenait

s'en

coi.

aille;

Alors, brigand

, je vins;

je m'écriai

: Pourquoi

32

LES CONTEMPLATIONS

Ceux - ci toujours

devant,

ceux - là toujours

Et sur l'Académie,

Cachant

Et sur les bataillons

Je fis souffler

Je mis un bonnet

aïeule et douairière,

les tropes

sous ses jupons

effarés,

carrés,

d'alexandrins

un vent révolutionnaire.

rouge au vieux dictionnaire.

derrière

Plus de mot sénateur!

Je

Et je mêlai,

Au peuple

plus de mot roturier

de l'encrier,

débordées,

blanc

!

fis une tempête

au fond

les ombres

parmi noir des mots l'essaim

des idées ;

Et je dis : Pas

de mot

où l'idée

au vol pur

Ne puisse Discours

Frémirent

les mots

Tous les envahisseurs

Tous

ces tigres, N'étaient

Je bondis

Et déclarai

tout humide

d'azur

hypallage,

!

se poser, affreux

! Syllepse,

litote,

; je montai

sur la borne

libres,

Aristote,

majeurs.

égaux, et tous

les ravageurs,

les Huns, toutous

les Scythes de mes

et les Daces,

audaces

des

auprès et brisai

que

hors

du cercle

le compas.

Je nommai

le cochon

par son nom;

pourquoi

Guichardin

a nommé

! Fauve,

le Rorgia

implacable,

! Tacite

Le Vitellius

J'ôtai

explicite, son collier

du cou du

; dans

chien

stupéfait à l'ombre

du hallier,

D'épithètes

Je fis fraterniser

L'une étant Margoton

l'herbe,

la vache

et la génisse,

et l'autre

Rérénice.

pas?

Alors,

l'ode,

Sur le sommet

embrassant

du Pinde

Rabelais, on dansait

s'enivra

;

Ça ira ;

?

;

LIVRE PREMIER

33

Les neuf muses,

seins nus, chantaient

la Carmagnole;

L'emphase

Jean, l'ânier, On entendit

frissonna

dans

sa fraise

espagnole

épousa

la bergère

un roi dire : «Quelle

Myrtil. heure est-il?»

;

Je massacrai

Je retirai

Et j'osai Je violai

J'y fis entrer

Du

Jours d'effroi

Force

mots,

Et de Louis-Quatorze Portaient

l'albâtre,

et la neige,

et l'ivoire

,

tout simplement.

;

le jais de la prunelle

dire

au bras

du vers

de Cyzique

noire,

: Sois blanc,

le cadavre

le chiffre ; ô terreur

fumant

! Mithridate

la date.

des catins.

eût pu citer

peignés

ayant

siége

! les Laïs devinrent

par Restaut

tous les matins,

gardé l'allure,

; à cette

encor perruque

chevelure

La Révolution,

du haut

de son beffroi,

Cria : « Transforme-toi

! c'est

l'heure.

Remplis-toi

« De l'âme

de ces mots

que tu tiens

prisonnière

Et la perruque

alors rugit,

et fut crinière.

! »

Liberté!

Avec des épagneuls

Et que,

Toutes sortes

c'est

ainsi qu'en

nos rébellions,

nous fîmes

maudit

des lions,

sous l'ouragan

que nous soufflâmes,

de flammes.

de mots

se couvrirent

J'affichai

On y lisait

« Au panier

« A la pensée humaine

« Aux armes,

sur Lhomond

des proclamations.

: « Il faut que nous

les Rouhours,

prose

en finissions

!

les Ratteux,

les Brossettes!

ils ont mis les poucettes.

et vers ! formez

vos bataillons

« Voyez

I.

où l'on en est : la strophe

a des bâillons

3

!

!

34

LES CONTEMPLATIONS

«L'ode

« Sur le Racine

Boileau grinça

a les fers

le drame

aux pieds,

est en cellule.

mort le Campistron

des dents;

pullule ! »

je lui dis : Ci-devant,

Silence

Guerre

Et tout

! et je criai

à la rhétorique

quatre-vingt-treize

dans

la foudre

et le vent :

et paix

à la syntaxe

!

éclata.

Sur

leur axe,

On vit trembler

l'athos,

l'ithos

et le pathos.

Les matassins,

Poursuivant Dumarsais

Des ondes

La syllabe, Le substantif

Accoururent.

lâchant Pourceaugnac

dans

et Cathos,

leur hideux

bastringue,

du Permesse

enjambant

manant,

leur seringue.

emplirent

la loi