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12/5/2016

LesymboliquechezLévi­StraussetchezLacan|RevueduMausspermanente

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ANTHROPOLOGIE PSYCHANALYSE ARTETLITTÉRATURE Lesymboliquechez Lévi­Straussetchez Lacan LucienScubla

Lesymboliquechez

Lévi­Straussetchez

Lacan

Publiéin La Revue du MAUSS Semestrielle, n°37, « Psychanalyse,

philosophieetsciencesociale»,premiersemestre2011,p.223­239,cetextemontrequeLacan,touten

cherchant,commeLévi­Strauss,àremplacerlereligieuxparlesymbolique,estpluslucidequelui.Il subodorequecettesubstitutionconstitueprobablementuneopérationblanche.Peut­êtreparcequele psychanalyste,malgrésonathéisme,n’ajamaisreniésaculturechrétienne,alorsquel’anthropologuen’a jamaissurmontésonallergieàlaculturereligieusejuive. Pourunprolongement,àtraversd’autresthèmesetquestions,desréflexionsdeLucienScubla,voirla «Lecturedumois»duJournalduMAUSS,sondernierouvrage,Donnerlavie,donnerlamort. Psychanalyse,anthropologie,philosophie,BibliothèqueduMAUSS,LeBorddel’eau.

Noteliminaire

Cetexteesttiréd’unarticleintitulé«Lesymboliqueetlereligieux:analysecomparéedelaformule

canoniquedeLévi­StraussetduschémaLdeLacan»,quiaparudansDiacritica[Scubla,2009].Nous

remercionsCristinaAlvarezdenousautoriseràenreprendreiciuneversionlégèrementretouchée.

Laversionoriginaleavaitundoubleobjectif.Celuidecompléterl’ouvragequenousavonsconsacré,en 1998, à la « formulecanoniquedumythe» pourtenircompte, d’unepart, d’un nouveaumodèle mathématiquedecetteformule,proposédepuisparJackMorava,etd’autrepart,deséchangesintellectuels réguliersqueLévi­StraussavaitentretenusavecLacan,àl’époqueoùilélaboraitsaformule,etdontnous n’avionspasprisauparavanttoutelamesure.Celuid’apporterainsidenouveauxargumentsenfaveurde l’idéequelaformulecanoniquereprésente,dansl’œuvredeLévi­Strauss,unereconnaissanceinvolontaire etimplicitedelathèsemaîtressedel’écoledesociologiefrançaise,celledelaprimautédureligieux–thèse quel’anthropologiestructuraleatoujoursécartée,maisdontlaformuleconstitueraitleretourdurefoulé.

Lesstructuresélémentairesdelaparentésont,eneffet,unemachinedeguerredirigéecontreLesformes

élémentairesdelaviereligieuse.Ensoutenantqueletaboudel’incesteestseulementl’enversd’unerègle

positived’échangeetqueleprincipederéciprocité,sous­jacentauxéchanges,suffitàconstituerdessociétés

stables,Lévi­Straussveutmontrerquelereligieux,queDurkheimplaçaitaufondementdusocial,esten

réalitésuperflu.Iln’apasplusderéalitéquelephlogistiquedelavieillephysique.Ilfautdoncéliminerle

sacrécheràDurkheimcommeilfautéliminerlehau,sonavatarmaori,auquelMaussaluiaussi

inutilementrecours,parcequ’ilmorcellel’échange,principeopérantlasynthèseimmédiatedemoiet

d’autrui,entroisobligationsquiapparaissentalorsfaussementcommeindépendantes.Endétachantle

mythedurite,enprésentantlesopérationsrituellesetsacrificiellescommeunetentativedésespéréepour

détricoterlesclassificationsetlesdistinctionssoigneusesdelapenséetotémiqueetmythique,quirendent

lessociétéscohérentesetlemondeintelligible,LapenséesauvageetlesMythologiquespoursuiventle

mêmebut.Loind’êtreunprincipegénérateurdel’ordresocialetsymbolique,lereligieuxconstitueuntravail

régressifsecondaire,heureusementvouéàl’échec.

C’estsurcettetoiledefondquelaformulecanoniquerévèlesonintérêt:lareconnaissancevoiléemaisbien

réellequelestructuralismeéchoue,auboutducompte,àdénierl’irréductibilitéetlatranscendancedu

religieux.Eneffet,c’estparadoxalementàdesritesdechasseauxtêtesetderoyautésacrée,etnonàdes

mythes,que,danssescoursauCollègedeFrance,Lévi­Strausslui­mêmeappliquepourlapremièrefoissa

formulecanonique.Parailleurs,lastructuremêmedelaformulemontrelanécessitéderecouriràune

instancequi,loindesedissoudredanslesstructuresd’échangeetderéciprocité,lessurplombeetles

englobe.

//Articlepubliéle6octobre2014Pourcitercet

article:LucienScubla,«Lesymboliquechez Lévi­StraussetchezLacan»,RevueduMAUSS

permanente,6octobre2014[enligne].

http://www.journaldumauss.net/./?Le­symbolique­

chez­Levi­Strauss­et

chez­Levi­Strauss­et > PSYCHANALYSE Lacanetl’EcoledeFrancfort

NOTES

[1] Lévi­Strauss a rencontré Lacan, par l’intermédiaire d’Alexandre Koyré, peu après sonretourdesÉtats­Unis[Lévi­Strauss/Éribon,

1988,p.80;voiraussip.107­108].Ilsont

entretenu,pendantdenombreusesannées,des relationsintellectuellesprivéesetparfoismême publiques :fin 1954, Lacan a consacréune séanceentièredesonséminaireàcommenter, avecsonauditoire, l’exposéqueLévi­Strauss

leuravaitfaitlaveille[Lacan1978,p.39­53].

C’estlamortdeLucienSebag,jeuneetbrillant discipledeLévi­Strauss,enanalyseavecLacan,

audébutde1965,quisembleavoirmisunterme

àleursrelations.

[2]Lévi­Strauss,1949[reprisdansLévi­Strauss,

1958,ch.X].Danscetarticle[p.220­225],

Lévi­Straussopposele«mytheindividuel», construitparlepatientdupsychanalyste,au «mythesocial»,utiliséparlechamanepour guérirsespropresmalades.Enoutre,ilassimile l’inconscientàla«fonctionsymbolique»qui, dit­il,«cheztousleshommes,s’exerceselonles mêmes lois » et « se ramène, en fait, à l’ensemble de ces lois ». Purement formel, l’inconscientest,encesens,«toujoursvide». «Organed’unefonctionspécifique,ilseborneà imposerdesloisstructurales,quiépuisentsa réalité, à des éléments inarticulés qui proviennent d’ailleurs : pulsions, émotions,

représentations,souvenirs»[ibidem,p.224]

Lévi­Strauss ne donne cependant aucun exemple de lois structurales. Il évoque seulementlesloisdelaphonologie[ibid.,p.

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Letexteci­dessousestunpetitélémentdudossier.

225],etailleurscellesdela«communication»

[Lévi­Strauss,1950,passim].

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Lévi­Strauss[…]craintquesouslaformedel’autonomieduregistresymbolique,nereparaisse,masquée, unetranscendancepourlaquelle,danssesaffinités,danssasensibilitépersonnelle,iln’éprouvequecrainte etaversion.[…]Ilneveutpasquelesymbole,mêmesouslaformeextraordinairementépuréesouslaquelle

lui­mêmenousleprésente,nesoitqu’uneréapparitiondeDieusousunmasque.[Lacan,1978,p.48]

Pendantdeuxdécenniesenviron,Lévi­StraussetLacansemblentavoireudesrelationsamicaleset

intellectuellestrèssuivie[1].Mais,leurséchangesparaissentavoirétéàsensunique,lepsychanalyste

ayant,detouteévidence,beaucoupempruntéàl’anthropologue,sansexercerenretouruneinfluencenotable

surlui.

LacandoiteneffetàLévi­Straussplusieursconceptsouthèsesdésormaisassociésàsonnom.Lanotionde «mytheindividueldunévrosé»etl’idéequel’inconscientserait«structurécommeunlangage»viennent

endroiteligned’unarticlede1949sur«l’efficacitésymbolique»[2],l’antérioritédeprincipedusignifiant

surlesignifié,del’introductionàl’œuvredeMauss[3].Songoûtpourlaformalisationapuêtrestimulé,

voireéveillé,parlesStructuresélémentairesdelaparenté,etlastructurequadripartitedesonschémaL,

quientendréformerletriangleœdipien[4],apuêtreinspiréparlesformesquaternairesquiabondentchez

Lévi­Strauss.Sadetteestindéniableetd’ailleursexpressémentreconnueparlui.Maisiln’estjamaisun imitateurservile.Puisantàdemultiplessources,ilsenourritdelapenséedesautresenselaréappropriant

defaçonoriginale[5].Ilsepourraitdoncquecetespritinventifait,àsontour,contribuéaudéveloppement

delapenséedeLévi­Straussou,entoutcas,quesespropresspéculationspuissentéclairercellesdeLévi­

Strauss,lesunesetlesautresétant,pourunebonnepart,issuesd’unterreaucommun.

Sicetteconjectureestplausible,ellen’acependantpaslesceaudel’évidence.Car,autantLacansemontre accueillantàl’égarddel’anthropologie,autantLévi­Straussparaîtréservéàl’égarddelapsychanalyse. Mêmesi,dansunepagecélèbredesTristestropiques,illaprésentecommeunedeses«troismaîtresses»

[Lévi­Strauss,1955a,p.49],leseulfaitdel’associeràlagéologieetaumarxismemontrelecaractèretout

académiquedelareconnaissancequ’illuitémoigne.Sonintellectualismefonciers’opposeradicalementà unepenséequitendàsubordonnerl’intellectauxaffects.Aussiest­iltrèssignificatifque,dudébutàlafinde sacarrière,qu’iltraitedelaparenté,dutotémismeoudumythe,Lévi­Strausss’enprenneàtroisreprises,et

sansménagement,àl’auteurdeTotemettabou[1967,p.562­564;1962a,p.100­101;1985,p.243­259].

Lapsychanalysen’estpaspourluiuneformedesavoir,maisplutôtdemythologie.Ellepeut,toutauplus, êtreelle­mêmeunobjetdescience.L’anthropologiedoittenircomptedes«commentairesdeFreudsurle mythed’Œdipe»,maisceux­cifont«partieintégrante»dumythe,dontilsconstituentseulementune

nouvellevariantetransformationnelle,soumiseauxmêmesloisstructuralesquelesautres[1958,p.242].Il

estfructueuxdecomparerlacureanalytiqueàlacurechamanique.Mais,danscecasencore,larelationest inégale.Lechamanismeaideàmieuxcomprendrelapsychanalyse,maislapsychanalysen’éclairepas

vraimentlechamanisme[idem,p.201­202et217­226].QuantàLacanlui­même,Lévi­Straussnelecite

qu’uneseulefois[1950,p.xx],audébutdeleurrelation,et«surtoutparamitié»,précisera­t­il,prèsde

quaranteansplustard[Lévi­Strauss/Éribon,1988,p.108].

Danscesconditions,onestquelquepeusurprisdevoirlemêmeLévi­Strausss’appuyerendernierressort

surunaspecttechniquedelathéoriefreudienne–lathéoriedudoubletraumatisme[6]–pouraccréditersa

«formulecanoniquedumythe»,c’est­à­direpournousfaireaccéderausaintdessaintsdelathéorie structuraledelamythologie.Rappelonslecontexte.L’anthropologuechercheuneformulepouvantdonner, pourtoutmythe,laloiquidéterminel’ensembledesesvariantes.Paruncheminementdontlesdernières étapessontdifficiles(voireimpossibles)àsuivreouàreconstituer,ilenarriveàuneexpressionlittéralequi,

pourtoutlecteurattentif,donnel’impressiondetomberducieloudesurgirduchapeaud’unmagicien[7].

Or,pasplusqu’iln’adaignéenexpliquerlagenèse,iln’enmontrel’utilisation.Ilnedonneaucunexemple. Notantquelaformuleétablitunerelationd’équivalenceentredeuxsituations,ilajouteseulementle commentairesuivant:«Laformuleci­dessusprendratoutsonsenssil’onsesouvientque,pourFreud,deux traumatismes(etnonunseulcommeonasisouventtendanceàlecroire)sontrequispourquenaissece

mytheindividuelenquoiconsisteunenévrose.»[1958,p.253]Comprennequipeut[8].

Indépendammentdesontonoraculaire,cequifrappe,danscepassage,cen’estpasseulementlaréférence savanteàuntraitméconnudelapenséefreudienne.C’estsoncouplageavecuneallusionprobableàla conférencedeLacansurlemytheindividueldunévrosé,quiébaucheunmodèlequadripartitedestroubles psychiqueset,plusgénéralement,dusujethumain,d’oùsortiralefuturschémaL.L’hypothèsed’une référencediscrèteàLacan,dontlaconférenceétaitdéjàcélèbredanslescerclesintellectuelsparisiens,

pourraitd’ailleursexpliquer,aumoinsenpartie,lecaractèreelliptiqueduproposlévi­straussien[9].

L’anthropologueaffirmantsanscillerqu’undétourparlapsychanalyse«parviendraitsansdouteàdonner, dela loigénétiquedumythe, uneexpressionpluspréciseetplusrigoureuse» [1958, p. 253], on comprendraitaussique,ayantpuiséàlamêmesource,leschémaLetlaformulecanoniquesoientapparus

[3]«[L]essymbolessontplusréelsquecequ’ils

symbolisent,lesignifiantprécèdeetdétermine

lesignifié»[1950,p.xxxii].

[4]Surlanécessitédesubstituerun«système

quaternaire»au«schèmedel’Œdipe»,voir

Lacan[2007,p.43­48].Cetexteestlaversion

écrite,établieen1978parJ.­A.Miller,d’une

conférence prononcée en 1952 (ou, selon

d’autressources,enmars1953).Uneversion

noncorrigéeparLacanacirculédès1953.Ni

l’unenil’autrenecontientencoreexplicitement le schéma L, mais celui­ci s’y trouve manifestementengerme.

[5] Cette façon qu’avait Lacan d’utiliser librementlestravauxdesautres,commesimples matériauxpourunebâtiruneœuvreoriginale,a suscitédes malentendus. On l’a accusé, par exemple, de n’avoir pas compris ou d’avoir déforméla penséedeSaussure[cf. Mounin,

1968,p.13].

[6] La théorie du double traumatisme est présentéeavecunexempletrèséclairantpar FreuddansLaNaissancedelapsychanalyse

[1956,p.364­365].

[7]Laformulecanoniques’écritcommesuit:

Fx(a) : Fy(b) :: Fx(b) : Fa­1(y). Pour se familiariser avec elle eten saisir la portée, remarquonstoutd’abordqu’ellealaformed’une analogieclassique,detypeA:B::C:D,ou,ce quirevientaumême,d’uneproportion,detype A/B=C/D.Elleétablitdoncuneéquivalence entre deux relations, une égalité entre deux rapports. Observons ensuite qu’elle est constituéededeuxfonctionsdebase,FxetFy, etdedeuxargumentspossiblespourchacune d’elles, a et b. On a donc quatre valeurs possibles pources fonctions : Fx(a), Fx(b), Fy(a)etFy(b). Celaposé, ilestpossiblede reconstruire la formule en deux temps. Sa structure de base est la suivante :

Fx(a) : Fy(b) :: Fx(b) : Fy(a), ou encore Fx(a)/Fy(b)=Fx(b)/Fy(a),etelleneprésente aucunmystère.Enpassantducôtégaucheau côtédroitdelaformule,lesdeuxfonctionsde baseontéchangéleursarguments,etlaformule exprime le fait que cet échange laisse leur relationelle­mêmeinchangée.C’estcequise passe, par exemple, lorsque deux moitiés exogamiques(xety)échangentdesfemmes(a et b). Nous reconnaissons ici, « l’échange restreint»deLévi­Strauss,formeparexcellence duprincipederéciprocité.Maisuneseconde opération est nécessaire pour aboutir à la formulecanoniqueelle­même.C’estla«double torsion»,quiconsisteàremplacerFy(a)par Fa­1(y), d’une part, en permutant valeur d’argument(a)etvaleurdefonction(y),d’autre

part,ensubstituantàasoninversea­1.Onvoit

quecetteopérationnousfaitsortirdelapure

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presquesimultanémenten1955[10].Lesdeuxmodèlesreprésenteraientleversantpsychiqueetleversant

cultureld’unemêmestructure,lafaceindividuelleetlafacecollectived’unemêmeréalité.Leurpublication

simultanéeneseraitpasunepurecoïncidence,maislerésultatdetravauxmenésenparallèle,etpeut­être

aussid’unerivalitésourdeentrelesdeuxmodèles.

Ilseraittoutefoisimpossibled’enavoirlecœurnetauseulvudesécritsdeLévi­StraussetdeLacan.Fort

heureusement,lecompte­rendudelaséancedu26mai1956delaSociétéfrançaisedephilosophiepermet

d’accréditersérieusementnotrehypothèse,voired’écarterlesderniersdoutes.Lévi­Straussfaitcejour­làun exposé«surlesrapportsentrelamythologieetlerituel»devantuntrèsbeauparterredephilosopheset d’anthropologues,auquels’estjointledocteurLacan.Ilprésentel’essentieldesidéesqu’ilpublieralui­ même, peudetemps après, dans unhommageà Jakobson, etreprendra deux ans plus tarddans Anthropologie structurale [1958, p. 257­266]. Au cours de la discussion, Lacan fait une longue

intervention[11].IltrouveLévi­Strauss«enretrait»parrapportàsonarticlede1955,ets’étonnequ’iln’ait

pasemployé«lesformulesdetransformation»trèsélaboréesquis’ytrouvent,etquelui­même,soutient­il, avait«presquetoutdesuite»appliquées,«avecunpleinsuccès,aucasdel’hommeauxrats»,danssa

conférencesurlemytheindividueldunévrosé[12].Mêmesiladescriptiondelaformulequ’ilditavoir

utiliséenecorrespondpastoutàfaitàlaformulestandard,ilnefaitaucundoutequ’elleenpossèdelestraits essentiels.«J’aiété,dit­il,jusqu’àpouvoirstrictementformaliserlecasselonuneformuledonnéepar ClaudeLévi­Strauss,parquoiunad’abordassociéàunb,pendantqu’uncestassociéàund,setrouveàla secondegénération,changeravecluisonpartenaire,maisnonsansqu’ilsubsisteunrésiduirréductible souslaformedelanégativationd’undesquatretermes,quis’imposecommecorrélativeàlatransformation

dugroupe»[13].Àladifférencedenotationsprès,onretrouvebienicil’échangedevariablesetla«double

torsion»quicaractérisentlaformulecanonique.

CettedéclarationestsurprenantecarellelaisseentendrequeLacanauraitétélepremieràfaireusagedela formulecanoniqueoudesapremièreébauche.Elleestparadoxalepuisquesaconférencedatant,selonles

sources,de1953oumêmede1952,estdedeuxoutroisansantérieureàlaparutionofficielledelaformule

elle­même.PourtantLévi­Straussnelacontestepas.Pasplusqu’ilnecontestelapossibilitéd’untraitement formelexplicitedesmatériauxethnographiquesqu’ilvientdeprésenter.Ilditseulementavoirdûyrenoncer,

fautedepouvoirlefaireenbonneetdueformedansletempsquiluiavaitétéimparti[14].Dansces

conditions,toutdonneàpenserque,dèsledébutdesoncourssurlamythologieàl’Écolepratiquedes

hautesétudes,quiacommencéen1951­1952,Lévi­Straussavaittracélespremierslinéamentsdesaformule

canonique,etqueLacansuivaitsestravaux.Lachoseestd’autantplusvraisemblableque,selonune historiennedelapsychanalyse,nosdeuxstructuralistes,ainsiqu’ÉmileBenveniste,avaientprisl’habitude

deseréunirrégulièrement,àpartirdelamêmeannée1951,aveclemathématicienGeorgesGuilbaud,

fondateurduCentredemathématiquesocialedel’Écolepratiquedeshautesétudes,pourunecollaboration

surdesproblèmesdeformalisation[Roudinesco,1993,p.469].BienqueLévi­StraussetLacansoientrestés,

l’unetl’autre,trèsdiscretssurleurcollaborationavecGuilbaud,elleapourtantduré,pourlepremierau

moinsjusqu’aumilieudesannées1960,et,pourlesecondjusque,semble­t­il,lafindesavie.Dèslors,le

douten’estplusdemise.LaformulecanoniqueetleschémaLsontbienissusd’unmêmefondsintellectuel

etd’unréseaud’interactionsetd’influencesmutuelles,qu’ilseraitbiendifficile,etpeut­êtreoiseux,de

démêler.Maisàcôtédeleurscaractèrescommuns,chacundesdeuxmodèlesadestraitsoriginauxinvitant

àunecomparaisonàlafoisfacileetfructueuse.

L’enjeudecetteaffaireestlestatutdecequeLévi­StraussnommelesymbolismeetLacanlesymbolique,

termeque,poursapart,l’anthropologueévited’employersubstantivement[15].Nousvoudrionsmontrerque

cettelégèredifférencedevocabulairecorrespondenfaitàuneénormedifférencedesens,qu’ilimportede

bienrepérerpourévitertoutmalentendu.

Lévi­Strausscommenceparuncoupdeforceintellectuel.Onappellegénéralement«fonctionsymbolique» lepouvoird’utiliserdessymbolesoudessignes,c’est­à­diredeschosespermettantdedésignerd’autres chosesenl’absencemêmedeceschoses.Cettedéfinition,quiconvientnotammentaulangage,estdéjà beaucoupplusrichequ’iln’yparaît,maisLévi­Straussnes’encontentepas.Aumotifquelelangagen’est jamaisunmediumneutremaiscontribueàforgerl’imagedeschosesqu’ilpermetdedécrire,l’anthropologue définitlafonctionsymboliquecommelepouvoirqu’auraitl’esprithumaind’imposerdesloisstructurales,le plussouventinconscientes,àunmatériauinforme,etenparticulierauxcontenusaffectifsetpulsionnelsde laviepsychique.Lelangageétantcommunauxhommes,ils’ensuitaussitôtunenouvelledéfinitionde

l’inconscient,«termemédiateurentremoietautrui»[1950,p.xxxi],querecueilleraLacan.Toutcelaest

bienconnu,mais,–laplupartdescommentateursfeignentdel’ignorer–extrêmementvague.CarLévi­ Strauss,toujoursavared’exemplesdanssesgrandstextesthéoriques,neprésenteaucune«loistructurale»

danssonarticlede1949sur«l’efficacitésymbolique».Toutauplusyévoque­t­ildesloisquiseraient

analoguesàcellesdelaphonologie.Ilfaudraattendrelemilieudesannées1960pouravoirleseulexemple

précisquenousconnaissions,celuidu«triangleculinaire»,construitparanalogieavecletriangle

vocalique[1965].

réciprocitéoudumoinsintègrecelle­cidansune

structurepluscomplexe.

[8]Interrogésurcettephrasesibyllineparun

élève de l’École polytechnique qui travaillait

sousnotredirectionaudébutdesannées1990,

Lévi­Straussavaitécartéd’unreversdemainsa demandedeclarification,commesielleétait sansintérêt.Nousenavionsconcluqu’ilétait vaindepoursuivre.C’estgrâceàJuanPablo Lucchelli,quitentaitderelirelaconférencede Lacanàlalumièredelaformulecanonique[cf.

Scubla,2001],quenousavonsreprisl’enquête.

[9]LefaitqueLévi­StraussnecitepasLacan,et

quesontexteestdestinéàunerevueaméricaine, nesauraitinfirmercettehypothèse. Dans le mêmearticle, il définitlemythecommeun

«objetabsolu»[Lévi­Strauss,1958,p.231],

sans dire qu’il emprunte cette notion à un

ouvragedePierreAugerdatantde1952[voirsur

cepointScubla,1996,p.475et490,note416]et

sans,nonplus,ladéfinir.Enrevanche,son refus de commenter son allusion à la psychanalyse, aucours del’entretien évoqué danslanoteprécédente,iraitplutôtdanslesens denotreconjecture, attestantseulementson soucideminimiser,commedanssesentretiens avecDidierÉribon,uneanciennecollaboration, jadis bien réelle avec Lacan, mais depuis longtempsrévolue.

[10]LeschémaLapparaîtpourlapremièrefois

danslaséancedu25mai1955duséminairede

Lacan [Lacan, 1978, p. 284] ; la formule canonique, dans la livraison, du dernier

trimestrede1955,d’unerevueaméricaine[Lévi­

Strauss,1955b].

[11]Compte­rendudelaséancedu26mai1955,

p.113­118[Lacan2007,p.101­111].

[12]Danssonséminairedu1 er décembre1954, LacandéploraitdéjàqueLévi­Strauss,«parun mouvement fréquent chez des gens qui introduisentdesidéesnouvelles»,aitmanifesté «uneespèced’hésitationàenmaintenirtoutle tranchant » au cours de l’exposé sur les systèmes deparentéqu’il avaitfaitla veille

devantsonauditoire[Lacan,1978,p.43].

[13]Compte­rendudelaséancedu26mai1955,

p.115[Lacan2007,p.105].

[14]Cetteréponsedebonsensesthabileet

plausible,maispourtantsuspecte.Danscequi semble bien être la version écrite de sa conférence, Lévi­Strauss, comme s’il voulait honorersaréponseàLacan,ajoutel’esquisse d’uneapplicationdesaformulecanoniqueau principalmythedontilavaitparlé, celuidu garçon enceint [Lévi­Strauss 1958, p. 265], maisdefaçontrèsmaladroiteetobscure[Scubla

1998,p.44­45].Letexteestpubliéenhommage

àJakobson,maisnesoufflemotdeLacan.

Cen’estpastout.Lorsque,danslapériodedebouillonnementintellectuelquinousintéresse,Lévi­Strauss

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tentedeprécisersaconceptiondusymbolisme,etenparticulierdanssonintroductionauxœuvresde Mauss, il commenceparrabattrela fonction symboliquesurlelangage, puis réduitcelui­ci à la

communication[16],etramènefinalementcettedernièreàl’échangeetlaréciprocité,commesileslois

structurales se ramenaient toutes à celles des systèmes de parenté et d’alliance. Bref, « fonction symbolique»et«principederéciprocité»seraient,auboutducompte,deuxnomspouruneseuleetmême chose.Certes,lorsqu’ilanalyselesorganisationsdualistes,ilsembled’abordreconnaîtrel’existenced’un axevertical,denaturereligieuse,biendistinctdel’axehorizontaldeséchanges,etbienattestépar l’ethnographie.Maistousseseffortstendentensuiteàinterprétercelui­làcommeunesorted’émanation

secondairedecelui­ci[1958,chapitreVIII].

ChezLacan,malgrésonstylegongorique,leschosessontbeaucoupplusclaires[17].Commelemontrele

schémaL,dontnousreproduisonsci­dessouslaformedéveloppéeetlavariantesimplifiée,enformedeZ,le

symbolique,loindeseconfondreaveclaréciprocité,s’opposeàlui.Onretrouve,eneffet,dansceschéma,

lesdeuxaxesorthogonauxquenousdistinguionsàl’instant.L’axea­a’estceluidelarelationqueLacan

nomme«imaginaire»parcequechacundesestermesestl’imageenmiroirdel’autre.Cetterelationestune

relationdedoublessymétriques:celledelacommunication,del’échangeetdelaréciprocité.L’axeA­Sest

celuidusymbolique.Iltraverseleprécédent,legouverneetl’encadre.SurlafiguredétailléeduschémaL,

cettetranscendancedusymboliqueestmarquéeparlefaitqueA,représentantle«grandAutre»,estleseul

termeduquatuord’oùpartentdeuxflèchesetoù,parsuite,aucunen’arrive.Surlegraphesimplifié,parle

faitquel’axea­a’estsituésurlabarreobliqueduZ,l’imaginaireestd’embléeenglobéparlesymbolique.Par

ailleurs,ilestintéressantdenoterque,surcemêmegraphe,lessymbolesaeta’ontcommuté,commepour

mieuxmontrerquelestermesdésignéspareuxsontinterchangeables.

Formenormale(àgauche)etformesimplifiée(àdroite)duschémaLdeLacan

Autotal,chezLacan,leprincipederéciprocité,loind’êtrel’alphaetl’omégadesrelationshumaines,se

trouvesubordonnéàquelquechosedepluspuissant[18].SonschémaLrévèleetassumelanécessitéde

réintroduirel’axeverticaldelatranscendancequi,chezLévi­Strauss,estparfoisimplicite,maisjamais

reconnue,quandellen’estpasdéniée.Toutsepassecommesilepsychanalyste,toutenprenantappuisur

l’anthropologiestructurale,endécelaitlesinsuffisances,etamorçait,sanssortirdesonterrainpropre,une

sorted’insertionouderéinsertiondes«structuresélémentairesdelaparenté»dansles«formes

élémentairesdelaviereligieuse»,deréhabilitationd’unethèsecardinaledeDurkheimetdeMaussdont

Lévi­Straussavaitcrupouvoirsedéfaire.Eneffet,Lacanabordeleschosesàpartirdel’individumaisson

analysestructuraledelapsychéindividuelleébaucheunedescriptiondusocialplusriche,etsansdoute

aussipluscomplèteetplusjuste,quecelledeLévi­Strauss.

Ilestvraique,danssesdétails,leschémalacanienprésentebiendesobscurités,souventaggravées,plutôt qu’éclaircies,parlescommentairesdesonauteuretdesesdisciples.Fauted’exempleprobant,nousl’avons longtempspris,commelaformulecanoniqueelle­même,pourunesortedemonumentbaroque,detémoin caractéristiqued’uneformedepréciositéfortàlamode,aumilieudusiècledernier,danscertainsmilieux intellectuels parisiens. C’estseulementen étudiantRousseauquenous avons découvertla première illustrationconvaincanteduschémaL,montrantqu’ilnes’agissaitpasd’uneconstructiongratuitemaisde lareprésentationplausibled’unestructureréellementàl’œuvredanslaviedeshommes.LecasdeRousseau estd’autantplusintéressantpournotreproposqu’ilfutlui­mêmethéoriciendusocialetpenseurpolitique autantqu’analystedesressortslesplusintimesdelaviehumaine.Ilpeutdonccontribueràrendreplus vivanteslesconsidérationsabstraitesquiprécèdent,etàlescorroborer,sinonàlesvalider.

Onsaitque,aprèsavoirdûrenonceràpoursuivrelalecturepubliquedesesConfessions,Rousseaua entreprislarédactiond’unautreouvragedestinéàledisculperdesaccusationsréellesousupposéesdontil étaitousecroyaitl’objet.Abandonnantlerécitàlapremièrepersonne,ladescriptiondeJean­Jacquespar lui­même, il compose alors trois dialogues, Rousseau juge de Jean­Jacques, dans lesquels deux personnages,RousseauetLeFrançais,confrontentleursimagesrespectivesdeJean­Jacques.Œuvrefolle ouécriteparunfou?Assurémentpas.Mêmes’illeurarrivedemêlerleréeletl’imaginairedanslerécitdes persécutionsimputéesauxennemisdeJean­Jacques,lesDialogues,loind’êtreunouvragedélirant,sont essentielspourcomprendrelesprincipesfondamentauxdelapenséepolitiquedeRousseauaussibienquela

naturemêmeduliensocial[Scubla,1992,p.117et124].

Bornons­nousiciàl’architecturegénéraledel’œuvre.L’autobiographien’estjamaisunrapportsimplede

soiàsoi,puisqu’ellesupposelamédiationdel’écritureetdupublicàquielles’adresse.MaislesDialogues

[15] C’est seulement dans des textes

relativementtardifs,c’est­à­direpostérieursàsa

ruptureavecLacan,qu’ilarriveàLévi­Strauss

d’utiliser

«symbolique»,notammentdansunpassagedu troisième volume des Mythologiques où, étrangement,ilassocieluiaussicetermeàceux de«réel»etd’«imaginaire».Lesmythesqu’il vientd’étudier,soutient­il,seréduisentàunseul message, mais différemment transformé par projectionsurdeuxaxes,l’unstylistique,l’autre lexicologique.«Lesunss’exprimentaupropre, les autres aufiguré. Etlevocabulairequ’ils utilisentrenvoieàtroisordresséparés:leréel, lesymboliqueetl’imaginaire».Lesexemples qui suivent montrent toutefois que ces trois derniers termes, qui font immanquablement songeràlatriadeRSIduDocteur,sonticien quelquesorte«laïcisés»etrendusàleurusage ordinaire:«Carc’estunfaitd’expériencequ’ily adesfemmescollantesetdeshommescoureurs, tandisquelesinvolucresàcrochetsetlespénis serpentinssontdessymboles,etquelemariage d’unhommeavecunegrenouilleouunverde terrerelèvedelaseuleimagination.»[Lévi­

Strauss,1968,p.68].

mot

substantivement le

[16]«Leproblèmeethnologiqueestdonc,en

dernière analyse,

communication»[Lévi­Strauss,1950,p.xxxii].

Avec beaucoup de ses contemporains, Lévi­ Strausspartagel’espoirnaïfdevoirseconstituer «unevastesciencedelacommunication», englobant la linguistique et l’ethnologie, à partirnotammentdesthéorèmesdeShannon [Idem,p.xxxvi­xxxvii]dont,commelaplupart despraticiensdessciencessocialessansculture mathématique(etcertainscommentateursqui, même aujourd’hui, lui emboîtent le pas), il méconnaîtetsurestimelaportée.Ilavaitmême

écrit,en1952,unarticleintitulé«Towarda

GeneralTheoryofCommunication»,L’Arc,n

°26,1965,p.82.

de

un

problème

[17]LeschémaLestcensédécrirelastructure

du sujet telle qu’elle se manifeste dans la relationanalytique,quin’estpasunerelation duelle mais une relation quaternaire

comparableàunepartiedebridge[Lacan,1966,

p.589].Voicicommentl’auteurprésentelui­

mêmelaversionsimplifiéedesonschémaLque nousreproduisonsci­après.«[L]aconditiondu sujetS(névroseoupsychose)dépenddecequi sedérouleenl’AutreA.Cequis’ydérouleest articulécommeundiscours(l’inconscientestle discoursdel’Autre)[…]Àcediscourscomment lesujetserait­ilintéressés’iln’étaitpaspartie prenante?Ill’est,eneffet,entantquetiréaux quatre coins du schéma : à savoir S, son ineffableetstupideexistence,a,sesobjets,a’, sonmoi,àsavoircequisereflètedesaforme danssesobjets,etAlelieud’oùpeutseposerà

luilaquestiondesonexistence.»[Lacan,1966,

p.549]

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LesymboliquechezLévi­StraussetchezLacan|RevueduMausspermanente

reposentsuruneformedemédiationpluscomplexequecelledesConfessions.RousseaujugedeJean­

Jacques,cen’estévidemmentpasJean­JacquesjugedeJean­Jacques,niRousseaujugedeRousseau,ce

pasnonplusl’écrivainjugedel’homme,puisqueRousseaun’apparaîtpasicicommel’auteurmaiscomme

undespersonnagesdulivre.Dansletexte,c’estJean­Jacquesquiest«l’Auteurdeslivres»,opposéà

«l’Auteurdescrimes»quesesdétracteurscroientvoirenlui.LesDialoguessedistinguentdesConfessions

surunautrepointencore.Celles­cisesituaientenquelquesorteendeçàdelapublication,Rousseauayant

crupréférabled’enfairelui­mêmelalecturedansl’espoirdetoucherainsi,danstouslessensduterme,plus

directementsonpublic.Ceux­là,tirantlaleçondel’échecdecettetentativemalheureuse,sesituent,pour

ainsidire,au­delàdelapublication,encesensqu’elless’adressentnonplusauxhommesmaisàDieu.On

connaîtl’anecdote,racontéeparl’intéressélui­même.Désespérantdepouvoirjamaisprésenteràses

semblableslevéritableportraitdeJean­Jacques,Rousseauenappelleaujugementdivin.Ildécided’aller

déposerlemanuscritdesontextesurlemaître­auteldeNotreDamedeParis,dansl’espoir,aumoins,que

celui­cipuisseparvenirjusquesouslesyeuxdesonlieutenantterrestre,leRoi.Malheureusement,lejour

prévupourcedépôtsolennel,ils’aperçoitqu’unegrille,qu’iln’avaitjamaisremarquéeauparavant,lui

interditl’accèsauchœur,commesiDieului­mêmeluisignifiaitainsisonrefusdel’entendreouson

invincibletranscendance.

Or,nousavonslà,autotal,quatretermesdontlesrelationscorrespondentparfaitementàlaconfiguration duschémaLdeLacan.Ilesttrèsfacile,eneffet,dedisposer,surlegrapheenformedeZ,lastructurede basedesDialogues.RousseauetLeFrançais,dontlesproposformentlecontenudulivre,communiquentle longdel’axeimaginairea­a’,dontilsoccupentlespôlesopposés.Jean­Jacques,lesujetdulivre,estenS,et Dieu,sondestinataire,enA.Onvoitencoremieuxlecaractèrereligieuxdel’axesymboliqueS­Asurle schémaproposéparMichelFoucaultdanssonexcellenteintroductionàRousseaujugedeJean­Jacques.

L’armaturedesonschémapeuts’obtenirparunerotationverslagauchedeceluideLacan[19],quimetla

relationimaginaireenpositionhorizontale,etparsuitelarelationsymboliqueenpositionverticale.Cette

dispositionfaitalorsapparaîtreunedoublesymétrie.Celledesdeuxtermesdelarelationimaginaireque

sontlesinterlocuteursdesDialogues,etcelledesdeuxtermesstructurantdelarelationsymboliquequesont

Dieu,situéau­delàdelagrille,etJean­Jacques,telqu’enlui­mêmeenfinlamortl’aurachangé.Onne

sauraitmieuxsoulignerlecaractèrereligieuxdelarelationsymbolique.

[18]Jacques­AlainMillercommenteainsile

schéma L : « La symétrie ou réciprocité appartientauregistreimaginaire,etlaposition duTiersimpliquecelleduquatrième,quireçoit, selonlesniveauxdel’analyse,lenomdesujet barré,ouceluidemort.»(Tablecommentéedes

représentationsgraphiques,inLacan[1966,p.

904])Cebrefrésumédelastructurequaternaire

nesebornepasàréintroduireexplicitementle

sacré,souslesespècesduTierstranscendantet

dumort.Ilrassembleaussitousleséléments

impliquésparlathéoriegirardiennedusacré:

lesrivauxmimétiquesaeta’,générateursdela crisesacrificielle,lesfigurescomplémentaires du mort (S) et du dieu (A), issues de sa résolutionviolente.Seulmanquelemécanisme victimairepourlierletoutd’unpointdevue dynamique.

[19]NousnesavonspassiFoucault,dontle

textedatede1962, s’estounon inspirédu schéma lacanien, ou si, comme il est vraisemblable, ila spontanémentretrouvéla mêmeconfigurationdansl’œuvredeRousseau.

mêmeconfigurationdansl’œuvredeRousseau. center> Les Dialogues

center>

LesDialoguesdeRousseauselonleschémaLdeLacan(àgauche)etselonl’analysedeFoucault(àdroite)

Bienentendu,ilnefaudraitpasexagérerlaportéedecesexercicesformelscomparatifs.S’ilsaidentàmieux

saisirlapenséedesdeuxparangonsdustructuralisme,leurspropriétésnedéterminentévidemmentpasla

naturedeschoses.Iln’esttoutefoispasanodindevoirlestructuralismeseheurteràdesdifficultésdetaille

pourremplacerlereligieuxparlesymbolique.Sideuxespritsaussipuissantsn’ontpasréussipareille

entreprise,c’estpeut­êtrequecelle­ciestsansespoir.

Unechoseestsûre.Lacans’estrenducomptequele«symbolisme»deLévi­Straussétaitincapablede remplacerlereligieux.Cequ’ilnomme,quantàlui,le«symbolique»,n’estpasunevariantedusymbolisme lévi­straussien,illuiest,àproprementparler,orthogonal.Parlàmême,ilestsansdouteplusapteàremplir la fonction recherchée par Lévi­Strauss. Mais cette supériorité indéniable du psychanalyste sur l’anthropologuenerèglepaslaquestion.Caronpeutsedemandersilesymbolique,plutôtqu’uneinstance quirendraitlereligieuxtoutaussiobsolètedanslessciencessocialesquelephlogistiquedanslessciences delanature,neseraitpasseulementunnouvelavatardusacré;s’ilneseréduiraitpasàunemanière scientifiquementcorrectederéintroduirelesacréencatimini,sanssedonnerlapeined’enretravaillerle concept.Aussi,onnesauraitmieuxconclurequeparuneinvitationàméditerlaconclusiond’unancien articledeVincentDescombes:

Ilesttrèsvraidedirequelesymboleestl’originedel’homme.Maisquelleestl’originedusymbolique?En

échangeantlesacré,notionassurémentinquiétante,contrelesymbolique,conceptapparemmentpurifiéde

toutmystère,lasociologiefrançaiseacruprogresserdansl’intelligencedesonobjet.Maiselledemandeà

cesymboliquedesservicesqu’ilestincapabledeluirendre.Ilfaudraitqu’ilsoitàlafoisducôtédel’algèbre,

c’est­à­diredelamanipulationdessymboles,etducôtédel’«efficacitésymbolique»,commeditLévi­

Strauss,c’est­à­direducôtédessacrements.Lessacrificesetlessacrementsontpoureffetlaproductiondu

corpssocial,d’oùsurgissentlesalgébristes:onseprendàrêverd’uneautoproduction,d’unealgèbrequi

permettraitdemanipulerlecorpssocial.Aussilathéoriedusymboliqueest­elletoujoursassiseentredeux

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chaises,mi­algèbrealgébriqueetmi­algèbrereligieuse.

Ilestdoncindispensablederenonceràceprestigieux“symbolique”pourpouvoirenvisagerànouveau,par­

delàlestructuralisme,laréalitéénigmatiquedusacré.»[Descombes,1980,p.94]

Cetappelàreprendrelaquestiondusacréaurabientôttrenteans.Iln’aguère,semble­t­il,étéentendu.

Commenousl’avonsmontrédansnotrelivresurlaformulecanonique,eticimême,plusdiscrètement,ilest

pourtantpossibled’yrépondreetdefairedanscettevoiequelquespasprometteurs.

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