Vous êtes sur la page 1sur 214

Théories des relations internationales

Jean-Jacques Roche

4 e édition

Montchrestien

POLITIQUE

Clefs / Politique
Clefs / Politique

Clefs / Politique

ThÈories des relations internationales J EAN -J ACQUES R OCHE Professeur ‡ líUniversitÈ PanthÈon-Assas (Paris
ThÈories des relations internationales J EAN -J ACQUES R OCHE Professeur ‡ líUniversitÈ PanthÈon-Assas (Paris

ThÈories des relations internationales

JEAN-JACQUES ROCHE

Professeur ‡ líUniversitÈ PanthÈon-Assas (Paris II)

4 e Èdition

…dition entiËrement refondue

Montchrestien

4 Sommaire Introduction . . . . . . . . . . . .
4 Sommaire Introduction . . . . . . . . . . . .

4

Sommaire

Introduction

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

7

Líhegemon rÈaliste

20

Le rÈalisme classique

.

.

.

.

.

.

.

.

25

La matrice disciplinaire

.

.

.

.

.

.

.

.

22

Le paradigme de líÈtat de nature

.

.

Le paradigme de líintÈrÍt

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

23

27

Les consÈquences axiomatiques

.

.

.

.

.

.

.

.

30

Le thÈorËme de la centralitÈ de líEtat

 

30

Le thÈorËme de líimpossibilitÈ

.

.

.

.

.

.

.

.

.

35

PraxÈologie

. La balance of power

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

38

chez H.J. Morgenthau Les Èquivoques de la souverainetÈ

 

39

chez R. Aron

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

44

Le nÈo-rÈalisme

. Kenneth Waltz et le nÈo-rÈalisme

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

47

48

Le rÈalisme structurel

55

Le rÈalisme libÈral

.

. La thÈories des rÈgimes

. La SociÈtÈ anarchique de Hedley Bull

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

Le rÈalisme nÈo-classique

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

59

63

68

73

. La sÈcuritÈ comme rÈfÈrent

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

74

RÈalisme dÈfensif versus rÈalisme

.

offensif

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

81

Le rÈalisme dÈfensif

.

.

.

.

.

.

.

.

82

Le rÈalisme offensif

.

.

.

.

.

.

.

.

85

Le rÈalisme hÈgÈmonique 90 The Political Economy of International Relations de Robert Gilpin 92 La
Le rÈalisme hÈgÈmonique 90 The Political Economy of International Relations de Robert Gilpin 92 La

Le rÈalisme hÈgÈmonique

90

The Political Economy of International Relations de Robert Gilpin

92

La ´ soft power ª de Joseph Nye

95

Les approches stato-centrÈes

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

99

Les thÈories behavioristes Le systËme comme mÈthode

.

.

.

.

.

.

. L'apport des sciences exactes :

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

101

. 102

entropie et nÈguentropie Les prÈcurseurs

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

 

104

106

L'application aux relations internationales

110

L'institutionnalisme nÈo-libÈral

L'Ècole libÈrale

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

 

112

L'Ècole de l'interdÈpendance complexe

113

Le nÈo-institutionnalisme

.

.

.

.

.

116

119

. La tradition kantienne

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

119

La pax democratica

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

121

Les thÈories de la coopÈration

.

et de l'intÈgration

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

. 127

. La tradition contractualiste

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

. 130

Le fonctionnalisme

131

Le nÈo-fonctionnalisme Le fÈdÈralisme participatif

.

.

.

.

.

.

.

133

136

L'intergouvernementalisme

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

. 138

Les thÈories de l'Etat faible

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

. 140

La tradition stato-centrÈe europÈenne

 

145

Les approches non stato-centrÈes

149

Du mondialisme au transnationalisme

 

150

Le mondialisme

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

151

5

6 La sociÈtÈ-monde de J.W. Burton   152 La SociÈtÈ des Individus de N. Elias
6 La sociÈtÈ-monde de J.W. Burton   152 La SociÈtÈ des Individus de N. Elias

6

La sociÈtÈ-monde de J.W. Burton

 

152

La SociÈtÈ des Individus de N. Elias

 

154

Le transnationalisme

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

155

Les ´ turbulences ª de James Rosenau

 

157

Le retour des rÈseaux

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

162

L'Èconomie-monde

. L'Ècole de l'impÈrialisme

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

165

166

L'obsolescence de la thÈorie classique de l'impÈrialisme La thÈorie de la dependencia :

 

166

les relations internationales

 

vues du Tiers-Monde

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

169

L'Èconomie politique internationale

 

174

L'Èconomie globalisÈe

 

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

176

La puissance structurelle

 

180

Le retrait de l'Etat

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

183

La globalisation comme programme

 

de recherche

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

185

Les thÈories critiques

. Des ´ forces profondes ª ‡ la perception

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

. 189

190

HÈgÈmonie et approche nÈo-gramscienne

 

193

RÈflectivisme et constructivisme

196

Conclusion

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

199

Bibliographie

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

203

Index

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

210

INTRODUCTION

I NTRODUCTION I NTRODUCTION A -t-on besoin díune thÈorie des relations internatio- nales ? ´ Rideau
I NTRODUCTION I NTRODUCTION A -t-on besoin díune thÈorie des relations internatio- nales ? ´ Rideau

INTRODUCTION

A-t-on besoin díune thÈorie des relations internatio- nales ? ´ Rideau de fumÈe ª ‡ líattention de ´ sous- Lyssenko ª ou autres ´ naÔfs et gogos ª, selon le jugement fort peu cordial díun historien tel Jean-Baptiste Duroselle 1 , tout effort de conceptualisation serait condamnÈ par avance du fait de la nature du domaine ÈtudiÈ. La vie internationale, au mÍme titre que la politique interne ou le social, ne saurait se rÈduire ‡ quelques para- digmes niant la complexitÈ du rÈel. LíÈvÈnement prime. Le singulier líemporte sur la rÈgularitÈ sociologique et ce faisant, la science politique dans son ensemble serait condamnÈe ‡ líinexistence, ou pire, ‡ la vacuitÈ.

Il est vrai que líaction politique se dÈsintÈresse des Èventuels enseignements de la thÈorie. Domaine rÈservÈ par líexÈcutif au nom de líefficacitÈ, mais au mÈpris des exigences de la dÈmocratie, líinternational comme les autres champs de líaction rÈgalienne de líEtat est le mono- pole du politique appuyÈ par son administration. Laquelle ignore avec superbe líUniversitÈ qui, pour bien le lui rendre, ne síen est pas moins marginalisÈe. RÈductrice par nature, la thÈorie serait en outre conservatrice, voire, totalitaire. Ce qui, on le comprendra aisÈment, suffit ‡ la discrÈditer.

RÈductrice, la thÈorie líest par essence. Atteindre la globalitÈ suppose de dÈpasser la singularitÈ de chacun des faits observÈs et impose de nÈcessaires rÈductions. La

7

INTRODUCTION

I NTRODUCTION connaissance scientifique níest pas exempte díarbitraire et la recherche de líobjectivitÈ passe
I NTRODUCTION connaissance scientifique níest pas exempte díarbitraire et la recherche de líobjectivitÈ passe

connaissance scientifique níest pas exempte díarbitraire et la recherche de líobjectivitÈ passe obligatoirement par la subjectivitÈ du commentateur. Le politique a alors beau jeu de rÈcuser la partialitÈ de líanalyse, comme le caractËre partiel du cadre díinterprÈtation thÈorique. Bel exemple de cette dÈfiance, Richelieu Ècrivait dans son testament : ´ Il níy a rien de plus dangereux pour líEtat que ceux qui veu- lent gouverner les royaumes par les maximes quíils tirent de leurs livres ª 2 . Bien plus, la prise de dÈcision impose un arbitrage entre des facteurs dont líincidence est trop variable pour Ítre systÈmatisÈe dans un modËle unique. Pour toute rÈponse, la thÈorie se dÈmultiplie, concepts et paradigmes foisonnent pour mieux se contredire. Pour reprendre la critique de Jean-Baptiste Duroselle, ´ de líab- straction, on fait une chose ª, on ´ rÈifie ª les concepts 3 . Faute díassise ÈpistÈmologique suffisamment solide, la

8 thÈorie devient plurielle. Des chapelles se constituent, commentaires et contradictions prolifËrent. La doctrine devient une fin en soi et la recherche renonce ‡ líÈpreuve des faits au profit de la plaidoirie pro domo. Difficile dans ces conditions de trancher et le nÈophyte sommÈ de pren- dre position sur les seuls critËres de la dialectique. OubliÈ le souci de fournir une aide ‡ líaction ñ taxÈ de positivisme dÈpassÈ ñ ignorÈs les besoins de líutilisateur. La thÈorie se suffit ‡ elle-mÍme. Et se nourrit díelle-mÍme. DeuxiËme accusation : la thÈorie vÈhicule une reprÈsen- tation conservatrice du monde. La thÈorie a, en effet, vite fait de se transformer en ´ science normale ª ‡ vocation

2 CitÈ par Jacques FrÈmond dans la postface de la seconde Èdition de Tout empire pÈrira de J.-B. Duroselle, p. 312. 3 J.-B. Duroselle, La Nature des Relations Internationales, op. cit., p. 111.

INTRODUCTION

I NTRODUCTION hÈgÈmonique fondÈe sur le primat de la rationalitÈ. Tout phÈnomËne qui ne síinscrit pas
I NTRODUCTION hÈgÈmonique fondÈe sur le primat de la rationalitÈ. Tout phÈnomËne qui ne síinscrit pas

hÈgÈmonique fondÈe sur le primat de la rationalitÈ. Tout phÈnomËne qui ne síinscrit pas naturellement dans son cadre explicatif est alors taxÈ díirrationalitÈ et considÈrÈ comme une perturbation secondaire devant Ítre rÈsorbÈe. Le monde se fige. Le changement est rÈcusÈ. La normalitÈ est ÈrigÈe en finalitÈ et la turbulence níest acceptÈe que dans la mesure o˘ elle se rÈsorbe dans le statu quo ex ante. MÍme les thÈories ‡ vocation Èvolutionniste ou rÈvolu- tionnaire níÈchappËrent pas ‡ cette fatalitÈ rÈdhibitoire, tant leurs exÈgËtes síÈvertuËrent ‡ faire violence ‡ la rÈalitÈ pour líintÈgrer de force dans leurs dogmes. DËs lors, la thÈorie dans sa quÍte de la globalitÈ se trans- forme en substitut aux idÈologies tant par son contenu que par ses mÈthodes díinvestigation. Par son contenu, quand elle tend ‡ líuniversel et dÈforme le regard de líobservateur prisonnier de ses prÈsupposÈs. Par ses mÈ- thodes, quand les critËres popperiens de falsification ou de rÈfutation sont abandonnÈs. Des paradigmes trop vagues sur lesquels personne ne síaccorde (la puissance, líintÈrÍt,

des facteurs explicatifs parcel-

la sÈcuritÈ, la solidaritÈ

laires juxtaposÈs les uns aux autres sans rÈel souci de cohÈ- rence. La thÈorie devenue thÈogonie ne produit plus que des apostats et ne gÈnËre plus que des anathËmes incom- prÈhensibles pour líutilisateur en quÍte díexplications. A ce premier faisceau de critiques extÈrieures au monde acadÈmique, síajoutent celles formulÈes par les spÈcialistes des relations internationales qui, tentÈs par la formalisation de telles thÈories, ont vu leurs espoirs dÈÁus et ont renoncÈ en chemin. Hans Morgenthau ñ tout comme Pascal ñ avait ainsi líhabitude de se rÈfÈrer au nez de ClÈop‚tre pour rÈcuser la possibilitÈ díÈlaborer une thÈorie gÈnÈrale Èrigeant de simples observations en assertions gÈnÈrales du devenir du monde. Son approche fut ainsi qualifiÈe de

),

9

INTRODUCTION

I NTRODUCTION ´ praxis hermÈneutique ª , par laquelle il se proposait díin- terprÈter les faits
I NTRODUCTION ´ praxis hermÈneutique ª , par laquelle il se proposait díin- terprÈter les faits

´ praxis hermÈneutique ª, par laquelle il se proposait díin- terprÈter les faits ‡ partir des ´ lois objectives ª liÈes ‡ la nature 4 . Quoique plus ambitieuse sur le plan de la forma- lisation des instruments mÈthodologiques, líapproche de Raymond Aron se heurta aux mÍmes obstacles.

Dans un article cÈlËbre publiÈ en octobre 1967 dans la Revue franÁaise de science politique, Raymond Aron admit alors son incapacitÈ ‡ parachever le projet díune vaste thÈorie gÈnÈrale quíil avait entrepris avec son monu- mental Paix et Guerre entre les nations 5 . Sa rÈfÈrence Ètait líÈconomie politique, discipline qui avec la linguis- tique, Ètait sans doute celle qui, dans le domaine des sciences humaines, avait poussÈ le plus avant líÈlaboration thÈorique. Walras et Pareto, nous rappelait Raymond Aron, avaient trËs tÙt soulignÈ le caractËre rÈducteur de cette Èconomie politique reprÈsentant le rÈel díune faÁon sim- 10 plifiÈe. Mais il ne síagissait alors que de modËles idÈal- type visant ‡ une reconstruction rationalisÈe et simplifiÈe du rÈel qui ne portait nullement atteinte ‡ la validitÈ díune ThÈorie gÈnÈrale comparable ‡ celle de Keynes. Cette derniËre Ètait possible dans la mesure o˘ Keynes avait dÈterminÈ six variables considÈrÈes les unes comme indÈpendantes, les autres comme dÈpendantes. Líambition aronienne dans Paix et Guerre entre les nations níÈtait pas autre. Son objectif Ètait bien de dÈlimiter le champ propre aux relations internationales en síattachant ‡ un caractËre spÈcifique quíil avait cru trouver ´ dans la

4 J.-F. Rioux et alii, Le NÈorÈalisme ou la Reformulation du Paradigme RÈaliste, in Etudes Internationales, vol. XIX, 1988 p. 65.

5 Raymond Aron, Quíest-ce quíune ThÈorie des Relations Internatio- nales ?, in Revue FranÁaise de Science Politique, vol. XXVII, n 5, octobre 1967, pp. 837-861.

INTRODUCTION

I NTRODUCTION lÈgitimitÈ et la lÈgalitÈ du recours ‡ la force armÈe de la part des
I NTRODUCTION lÈgitimitÈ et la lÈgalitÈ du recours ‡ la force armÈe de la part des

lÈgitimitÈ et la lÈgalitÈ du recours ‡ la force armÈe de la part des acteurs ª. Sur cette base, il síÈtait efforcÈ de construire une thÈorie qui, selon le jugement de son dis- ciple Stanley Hoffmann, distinguait des catÈgories et des types diffÈrents et montrait ‡ la fois les rÈgularitÈs au sein de chaque catÈgorie et les traits spÈcifiques qui les oppo- saient 6 . Or, Raymond Aron arriva ‡ la conclusion quíil níÈtait pas possible de construire une telle thÈorie puisquíil síavÈrait impossible de trouver dans le champ des relations internationales des variables dÈpendantes et indÈpendantes comparables ‡ celles de líÈconomie politique. Cíest-‡- dire quíil níÈtait pas envisageable de trouver des facteurs sur lesquels agir pour atteindre un objectif dÈterminÈ. Pour rÈsumer, Aron opposait líÈconomie aux relations interna- tionales dans la mesure o˘ celles-ci ne pouvaient sur- monter les six difficultÈs suivantes 7 :

1. multiplicitÈ des facteurs interdisant de distinguer le

domaine intÈrieur du domaine international ;

2. líEtat, comme acteur principal, ne poursuit pas un but

unique dÈfini en termes díintÈrÍt ou mÍme de sÈcuritÈ ;

3. absence de distinction entre les variables dÈpendantes

et les variables indÈpendantes, ce qui aurait suggÈrÈ une possibilitÈ díinfluencer le cours des ÈvÈnements ;

4. absence de paramËtres comptables comparables aux

principes de base de líÈconomie ;

5. absence de mÈcanisme automatique de restauration

de líÈquilibre ;

11

6. absence de possibilitÈ de prÈdiction et díaction.

6 Stanley Hoffmann, ThÈorie et Relations Internationales, in Revue franÁaise de science politique, mars 1961, p. 427. 7 Classification ÈlaborÈe par Kenneth N. Waltz, Realist Thought and Neorealist Theory, in Journal of International Affairs, vol. 44, n 1, printemps 1990.

INTRODUCTION

I NTRODUCTION Ainsi, Raymond Aron considÈrait-il quíil níÈtait pos- sible díÈtudier les relations internationales
I NTRODUCTION Ainsi, Raymond Aron considÈrait-il quíil níÈtait pos- sible díÈtudier les relations internationales

Ainsi, Raymond Aron considÈrait-il quíil níÈtait pos- sible díÈtudier les relations internationales quí‡ líaide díune sociologie dÈfinie comme ´ líintermÈdiaire indis- pensable entre la thÈorie et líÈvÈnement ª 8 . Alors que les schÈmas de líÈconomie politique ne ´ prÍtent pas ‡ rÈfu- tation en tant que schÈmas ª 9 , les relations internationales níauto-riseraient pas la construction díune thÈorie puisque, la nature mÍme de son objet ne serait pas rÈductible ‡ une approche unique. Aron envisage alors une simple socio- logie destinÈe ´ ‡ analyser le sens de la conduite diplo- matique, ‡ dÈgager les notions fondamentales, ‡ prÈciser les variables quíil faut passer en revue pour comprendre une constellation ª. Cette conception de líÈtude des rela- tions internationales est toujours celle de la quasi-totalitÈ des politologues franÁais 10 . Par des voies complËtement diffÈrentes, les approches rÈflectivistes ou constructivistes 12 aboutissent aujourdíhui aux mÍmes conclusions en refu- sant líidÈe que la thÈorie puisse prÈtendre ‡ la neutralitÈ et ‡ líobjectivitÈ. Pour les promoteurs de ces approches, la recherche en matiËre de sciences humaines avance plus en essayant de comprendre ´ comment ª se construit la perception díune situation donnÈe, plutÙt quíen cherchant ‡ apporter une solution au problËme analysÈ.

La position de Raymond Aron posait nÈanmoins un pro- blËme majeur. Il Ètait en effet assez difficile de comprendre

8 R. Aron, Paix et Guerre entre les Nations, Paris, Calmann-LÈvy, 1968, 8 e Èd., p. 26. 9 Ibid. 10 Marcel Merle, Le Dernier Message de Raymond Aron : SystËme InterÈtatique ou SociÈtÈ Internationale, in Revue FranÁaise de Science Politique, vol. XXXIV, n 6, dÈcembre 1984, pp. 1181-1197.

INTRODUCTION

I NTRODUCTION le choix aronien en faveur díune sociologie ´ intermÈdiaire entre la thÈorie et líÈvÈnement
I NTRODUCTION le choix aronien en faveur díune sociologie ´ intermÈdiaire entre la thÈorie et líÈvÈnement

le choix aronien en faveur díune sociologie ´ intermÈdiaire entre la thÈorie et líÈvÈnement ª. Comment concevoir en effet, cette sociologie sans une thÈorie prÈexistante dont elle serait supposÈe vÈrifier la validitÈ ‡ líÈpreuve des faits ? La recherche en vue díÈlaborer une thÈorie se pour- suivit donc, principalement aux Etats-Unis. Depuis la fin des annÈes 50 et tout au long des annÈes 60, les travaux sur la perception, líÈtude des processus dÈcisionnels, le behaviorisme (qui se proposait díanalyser le comporte- ment des acteurs indiffÈremment de leur identitÈ) et líapplication de la systÈmique ‡ la comprÈhension des structures gouvernant la vie internationale Ètaient demeurÈs des axes majeurs des Ètudes internationales. MÍme si la diversitÈ de ces approches portait du mÍme coup atteinte ‡ la viabilitÈ díune thÈorie unique, cette crÈativitÈ tÈmoignait de la persistance díun besoin. Logiquement, ce fut donc un AmÈricain, Kenneth Waltz, qui, ‡ la fin des annÈes 70, prit le contre-pied de Raymond Aron, en esquissant ñ non sans dogmatisme, ni outre- cuidance díailleurs ñ líÈbauche díune thÈorie gÈnÈrale.

En opposition radicale avec Raymond Aron, Kenneth Waltz, justifia sa dÈmarche en postulant que ´ la thÈorie est un artifice ª. Dans un article retentissant publiÈ dans The Journal of International Affairs, le chef de file des nÈo-rÈalistes, exposa líargumentaire qui avait ÈtÈ ‡ líori- gine de son ouvrage majeur, Theory of International Politics 11 pour justifier non seulement la faisabilitÈ díune thÈorie mais Ègalement sa raison díÍtre. Reprenant comme Aron líexemple de líÈconomie politique, il expliquait que

13

INTRODUCTION

I NTRODUCTION le premier pas pour toute discipline consiste ‡ síinventer en tant que concept distinct
I NTRODUCTION le premier pas pour toute discipline consiste ‡ síinventer en tant que concept distinct

le premier pas pour toute discipline consiste ‡ síinventer

en tant que concept distinct de líobjet quíelle síest assignÈe díÈtudier en sÈlectionnant des faits et en les inter- prÈtant. Une thÈorie se fonde donc sur le choix de certains facteurs jugÈs plus explicatifs que díautres et sur la description des relations que ces facteurs entretiennent entre eux. Une thÈorie est alors fondÈe sur une hypothËse qui ne prÈtend pas Ítre vraie mais seulement utile.

Sur la base de ce postulat, Waltz entreprit de contester point par point chacun des six arguments prÈcitÈs de Aron. Waltz juge ainsi possible de dÈfinir les bornes de la dis- cipline en líisolant du domaine interne, puisque líinter- national demeure un ´ milieu anarchique ª o˘ les acteurs ne peuvent compter que sur eux-mÍmes. Concernant la complexitÈ de ce domaine qui interdirait díÈtudier la

14 stratÈgie des acteurs en fonction díun but unique, Waltz

argumente non sans pertinence que le but de la thÈorie est justement de rendre intelligible la complexitÈ. Líauteur de Theory of International Politics pousse sa dÈmonstra- tion jusquí‡ Ècrire que, plus la complexitÈ est grande plus

le besoin díÍtre simple (´ simple-minded ª) est impÈrieux.

A propos de líargument relatif ‡ líabsence díidentitÈs

comptables permettant de mesurer les effets díune thÈorie, Waltz cite líexemple díAdam Smith qui ne se servait pra- tiquement pas díinstruments chiffrÈs et il en conclut que líidentification de lois ne dÈpend nullement de leurs mesures. Enfin, líabsence de mÈcanisme automatique de retour ‡ líÈquilibre ñ supposÈ exister en Èconomie ñ est pour Waltz une pure vue de líesprit qui níest pas partagÈe par les Èconomistes classiques eux-mÍmes. Il ajoute en outre que cette absence de mÈcanisme de retour ‡ líÈqui-

INTRODUCTION

I NTRODUCTION libre est plus le propre de la politique et ne porte nullement atteinte ‡
I NTRODUCTION libre est plus le propre de la politique et ne porte nullement atteinte ‡

libre est plus le propre de la politique et ne porte nullement atteinte ‡ la justification de la thÈorie (amenability) et ‡ son statut comme science. Enfin, le dernier argument de Aron, líimpossibilitÈ de prÈdire, est contestÈ Ègalement en rÈfÈrence ‡ la thÈorie Èconomique, dont la lÈgitimitÈ níest pas remise en cause alors que les prÈdictions des Ècono- mistes sont rarement vÈrifiÈes. Selon Waltz, líobjet de la thÈorie níest donc pas de fournir une prÈdiction mais díÈtablir des lois suffisamment gÈnÈrales pour permettre de rendre possible dans un second temps de telles prÈdic- tions. Ainsi, pour rÈsumer, Waltz considËre que les trois premiers arguments de Aron níont pas de raison díÍtre et quíils peuvent Ítre rÈsolus. Quant aux trois derniers argu- ments, il rÈcuse le fait quíils puissent constituer une entrave ‡ la construction díune thÈorie dans la mesure o˘ ce sont avant tout les ÈlÈments permettant de tester et díappliquer cette thÈorie.

Kenneth Waltz fut ainsi conduit ‡ considÈrer quíune thÈorie Ètait envisageable pourvu díisoler un domaine ñ les relations internationales ñ, lequel constituait un systËme autonome et indÈpendant dont il Ètait possible díisoler les principes de fonctionnement. Le cúur de la thÈorie rÈside dans líanalyse de líinfluence dÈterministe quíexercent les structures du systËme international sur le comportement des acteurs. Pour Waltz, líanalyse du ´ systËme ª et líana- lyse du comportement des unitÈs participant ‡ ce systËme constituent en effet deux niveaux diffÈrents díanalyse. Le but de la thÈorie consiste donc ‡ montrer ´ comment les deux niveaux díanalyse opËrent et interagissent, ce qui requiert de les distinguer. Les dÈfinitions de la structure doivent donc omettre les attributs et les relations des

15

INTRODUCTION

I NTRODUCTION unitÈs ª 12 La politique ÈtrangËre des Etats mais aussi la prise en compte
I NTRODUCTION unitÈs ª 12 La politique ÈtrangËre des Etats mais aussi la prise en compte

unitÈs ª 12 La politique ÈtrangËre des Etats mais aussi la prise en compte de la nature des rÈgimes politiques internes concernent donc líÈtude du comportement indi- viduel des unitÈs. La thÈorie des relations internationale síintÈresse, dans cette perspective ´ waltzienne ª, exclu- sivement ‡ la structure o˘ se meuvent les unitÈs.

Au-del‡ de sa vÈhÈmence fort peu acadÈmique, líap- proche de Kenneth Waltz bÈnÈficia du support des derniers dÈveloppements de líÈpistÈmologie. La position de Aron síappuyait en effet sur líargument classique de Spinoza, pour lequel la politique constitue un domaine o˘ ´ la thÈorie passe pour diffÈrer le plus de la pratique ª 13 Les dÈveloppements de líÈpistÈmologie contemporaine sou- tiennent au contraire la position de Waltz. Popper avait dÈj‡ Ètabli líimpossibilitÈ díatteindre une quelconque

16 vÈritÈ par induction. Il est certes envisageable de síen approcher par ´ vÈri-similitudes ª, mais la dÈmontrer síavËre impossible. Jusquíalors la mÈthode inductive permettait, sur la base díinformations fondÈes sur des observations particuliËres, díaboutir ‡ des affirmations gÈnÈrales. Or, affirme Popper, de telles gÈnÈralisations peuvent toujours Ítre infirmÈes. Ce níest pas parce que la majoritÈ des cygnes sont blancs que tous les cygnes sont de cette couleur, avait-il líhabitude de prendre pour exemple. Cíest ´ líillusion inductive ª de LÈvi-Strauss. La vÈritÈ se dÈrobe toujours et líintÈrÍt de la connaissance objective ne consiste plus tant ‡ atteindre cet absolu inaccessible quí‡ fournir une aide ‡ la gestion de líaccu- mulation des connaissances. A la suite de Popper, Thomas

INTRODUCTION

I NTRODUCTION S. Kuhn 14 , et avec lui I. Lakatos puis P.-K. Feyerabend, devaient síattaquer
I NTRODUCTION S. Kuhn 14 , et avec lui I. Lakatos puis P.-K. Feyerabend, devaient síattaquer

S. Kuhn 14 , et avec lui I. Lakatos puis P.-K. Feyerabend, devaient síattaquer au faux, prÈservÈ jusquíici. Ainsi apprit-on que GalilÈe avait tronquÈ ses calculs pour rÈcuser le modËle de PtolÈmÈe. Kuhn en dÈduisait que le faux níÈtait pas pourvu díune existence intrinsËque diffÈrente de celle du vrai. Líanarchisme ÈpistÈmolo- gique Ètait nÈ et avec lui líidÈe de ´ programmes de recherches ª. FondÈs sur le processus díaccumulation- rÈfutation, ceux-ci ne prÈtendaient plus ni au vrai ni au faux, mais simplement ‡ líorganisation des connaissances dans un ensemble cohÈrent. MÍme leur rÈfutation níim- posait plus de les abandonner síils demeuraient capables díouvrir des perspectives inÈdites. Ces programmes de re-cherches progressifs conservaient donc leur utilitÈ aussi longtemps quíils restaient en mesure díapporter des enseignements nouveaux. La ´ science normale ª de Kuhn níÈtait plus intangible. Elle traduisait seulement un rapport de forces temporaire au sein de la communautÈ scien- tifique. Cíest dans cette optique que Waltz justifie sa thÈorie qui ne prÈtend pas Ítre líapproche ´ vraie ª des relations internationales, mais seulement líinstrument auquel se rallient les internationalistes qui la juge perti- nente pour aborder certaines problÈmatiques.

La thÈorie rÈhabilitÈe par líanarchisme ÈpistÈmologique ne suppose donc pas une connaissance objective de la rÈalitÈ ÈtudiÈe. Tout champ díÈtudes comprend trop de variables et par suite, il convient de sÈlectionner subjec- tivement les donnÈes apportant dans les circonstances prÈsentes la meilleure opÈrabilitÈ pour la comprÈhension

17

INTRODUCTION

I NTRODUCTION du tout. Aussi, la thÈorie, du moins dans líesprit de K. Waltz, permet de
I NTRODUCTION du tout. Aussi, la thÈorie, du moins dans líesprit de K. Waltz, permet de

du tout. Aussi, la thÈorie, du moins dans líesprit de K. Waltz, permet de concilier dÈmarche scientifique et contraintes de líaction, en tenant compte de la spÈcificitÈ de cette derniËre qui sÈlectionne subjectivement un certain nombre de paramËtres dans la dÈfinition díune stratÈgie optimale. DÈpassant líÈvÈnement, elle líinscrit dans un ensemble qui hiÈrarchise les prioritÈs. SÈlectionner un certain nombre de facteurs plus explicatifs que díautres, les organiser, les soumettre ‡ líÈpreuve du temps, tels sont dÈsormais les objectifs de cette thÈorie du politique qui trouvera sa justification dans sa gÈnÈralitÈ. Loin de prÈ- tendre ‡ une impossible neutralitÈ, elle revendique au con- traire le droit ‡ subjectivitÈ 15 . Ayant vocation ‡ fournir des prescriptions pour líaction ñ la ´ praxÈologie ª laquelle Aron succombe díailleurs dans la derniËre partie de son Paix et Guerre entre les nations ñ, la thÈorie a pour

18 objet díapporter une grille de lecture parmi díautres de la rÈalitÈ, avec pour condition de validitÈ, un minimum de permanence dans líinterprÈtation, et pour limite acceptÈe, sa possible rÈfutation dËs lors que le changement de cir- constances porte atteinte ‡ la cohÈrence de líexplication. En rÈsumÈ, il existe donc deux approches possibles pour conceptualiser les relations internationales. Pour certains, le domaine ne permet de recourir quí‡ une simple socio- logie. Pour díautres, une thÈorie peut malgrÈ tout Ítre envisagÈe, pourvu de respecter líimpÈratif de parcimonie,

15 A ce propos, Maurice Duverger pouvait Ècrire dans líintroduction de sa Sociologie de la Politique (Paris, PUF, 1973) : ´ plutÙt que de chercher ‡ atteindre une objectivitÈ et une neutralitÈ qui sont inac- cessibles au stade actuel du dÈveloppement des sciences sociales, le sociologue doit Ítre conscient de líimpossibilitÈ de se passer des idÈo- logies, afin de limiter la dÈformation qui en rÈsulte ª (p. 26).

INTRODUCTION

I NTRODUCTION condition indispensable pour permettre ‡ cette thÈorie díexister indÈpendamment de son objet. Cet
I NTRODUCTION condition indispensable pour permettre ‡ cette thÈorie díexister indÈpendamment de son objet. Cet

condition indispensable pour permettre ‡ cette thÈorie díexister indÈpendamment de son objet. Cet ouvrage ne prÈtend pas trancher le dÈbat. Il síagira seulement de dresser líinventaire des recherches poursuivies depuis que les relations internationales se sont constituÈes en disci- pline plus ou moins autonome, de dÈgager les lignes de force sÈparant les diffÈrents courants, díÈtudier les Èvo- lutions ‡ líintÈrieur díune mÍme Ècole de pensÈe pour, peut-Ítre, parvenir ‡ suggÈrer díÈventuelles passerelles entre des travaux plus complÈmentaires que vÈritablement concurrents.

19

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE Lí HEGEMON R…ALISTE L e besoin díÈtudier les relations internationales avec des
Lí HEGEMON R…ALISTE Lí HEGEMON R…ALISTE L e besoin díÈtudier les relations internationales avec des

HEGEMON R…ALISTE

Le besoin díÈtudier les relations internationales avec des instruments spÈcifiques, distincts de líhistoire et du droit, est apparu au lendemain de la PremiËre Guerre mondiale. La premiËre chaire spÈcialisÈe fut ainsi crÈÈe en 1919 ‡ líUniversitÈ du Pays de Galles, avant díÍtre copiÈe par les universitÈs amÈricaines. Les relations internatio- nales se constituËrent donc en un domaine autonome de recherche sous líeffet de trois facteurs :

La PremiËre Guerre mondiale et ses treize millions de morts avaient dÈtruit le mythe de ´ la mission civili- satrice ª de líOccident. La rÈflexion sur les causes de la guerre et les conditions díÈtablissement díune paix durable

20 polarisËrent donc la discipline naissante sur les mÈca- nismes de contrÙle politique díune violence toujours prÍte ‡ resurgir ; Les transformations des mÈcanismes díÈquilibre de líEurope du XIX e siËcle imposaient de renoncer ‡ líana- lyse des seules causes historiques de la guerre. La disci- pline des relations internationales síassigna pour objectif de remplacer líanalyse ÈvÈnementielle de líhistoire diplo- matique par une vision plus sociologique ; il síagissait donc díÈtudier líinfluence des ´ forces profondes ª sur le comportement des acteurs ; Enfin, le refus des Etats-Unis de tenir le rÙle qui leur in- combait ‡ la suite de leur intervention dÈterminante de 1917 fut ‡ líorigine díune rÈflexion plus gÈnÈrale sur le rÙle de la puissance et sur les finalitÈs de líaction diplomatique. Ces trois raisons contribuËrent donc ‡ faÁonner líob- jet des relations internationales comme un domaine

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE autonome, distinct de la politique intÈrieure des Etats et obÈissant ‡ des rËgles
Lí HEGEMON R…ALISTE autonome, distinct de la politique intÈrieure des Etats et obÈissant ‡ des rËgles

autonome, distinct de la politique intÈrieure des Etats et obÈissant ‡ des rËgles propres. La nouvelle discipline fut donc dissociÈe de la politique interne : ‡ líordre rÈgnant

‡ líintÈrieur des Etats fut opposÈ le dÈsordre ´ naturel ª

observable dans la ´ jungle ª internationale. Il en rÈsulta

que les relations internationales se focalisËrent priori-

tairement sur le comportement des Etats, sur leurs intÈrÍts

‡ agir et sur la guerre ñ leur moyen díaction spÈcifique ñ

dans un environnement fondamentalement anarchique. Cette approche qualifiÈe de ´ rÈaliste ª, par opposition ‡ líidÈalisme des promoteurs de la SociÈtÈ des Nations, fut longtemps considÈrÈe comme líunique maniËre díaborder les questions internationales. En quatre-vingt annÈes díexistence, le rÈalisme focalisa ainsi toutes les critiques, qui síattaquËrent aussi bien ‡ son caractËre rÈducteur (du fait de la distinction arbitraire Ètablie entre líinterne et líinternational) ou ‡ son pessimisme congÈnital (puisque les relations internationales ´ se dÈroulaient toujours ‡ líombre de la guerre ª, selon líexpression cÈlËbre de Raymond Aron). Les Èvolutions internationales comme le bien-fondÈ de certaines de ces critiques imposËrent donc au rÈalisme díÈvoluer. Cependant, mÍme si le rÈalisme se transforma souvent radicalement, il conserva intacte sa matrice dis- ciplinaire. Cette fidÈlitÈ ‡ ses origines lui permit ainsi de demeurer líhegemon de la discipline face ‡ toutes les thÈories alternatives qui, aujourdíhui encore, se dÈfinissent par rapport ‡ lui pour se justifier 16 .

21

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE Le rÈalisme classique A ses origines, la thÈorie des relations internationales ne síinterrogea
Lí HEGEMON R…ALISTE Le rÈalisme classique A ses origines, la thÈorie des relations internationales ne síinterrogea

Le rÈalisme classique

A ses origines, la thÈorie des relations internationales ne síinterrogea pas vÈritablement sur les instruments ÈpistÈ- mologiques dont elle se servit. La thÈorie naissante se fixa seulement pour objectif de dÈcouvrir et díÈtudier les impli- cations des ´ lois objectives ª rÈgissant le comportement des nations les unes avec les autres. ´ La politique comme la sociÈtÈ en gÈnÈral est gouvernÈe par les lois objectives qui ont leurs racines dans la nature humaine ª pouvait ainsi Ècrire Hans J. Morgenthau 17 . Les paradigmes du rÈalisme, quíil conviendrait sans doute mieux díappeler

´ matrice disciplinaire ª, furent alors posÈs comme des

constatations díÈvidence síimposant ‡ líobservateur. Fort

logiquement, líÈcole nÈorÈaliste ñ qui se prÈsentera ultÈ-

22 rieurement comme un retour ‡ ces valeurs premiËres ñ conservera cette matrice disciplinaire et se contentera díamender les consÈquences axiomatiques qui en dÈri- vaient. Cependant, rÈalisme et nÈo-rÈalisme divergËrent profondÈment quant ‡ líutilitÈ de la thÈorie, les rÈa- listes líenvisageant prioritairement comme une simple

´ praxÈologie ª, destinÈe ‡ guider les choix raisonnables et rationnels des acteurs internationaux.

La matrice disciplinaire

La communautÈ scientifique naissante síentendit trËs rapi- dement sur un certain nombre de postulats qui dÈcoulaient

a priori de líhistoire diplomatique traditionnelle. Domaine

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE dans lequel aucun pacte social níavait pu Ítre conclu (rÈac- tion ‡ la
Lí HEGEMON R…ALISTE dans lequel aucun pacte social níavait pu Ítre conclu (rÈac- tion ‡ la

dans lequel aucun pacte social níavait pu Ítre conclu (rÈac- tion ‡ la SDN), les relations internationales restaient mar- quÈes par líÈtat de nature. Le recours ‡ la violence Ètait considÈrÈ comme líexpression normale de líantagonisme des souverainetÈs. Le rÈalisme se prÈsenta donc comme une rÈfutation de la vague pacifiste qui suivit la fin de la PremiËre Guerre mondiale qui envisageait la possibilitÈ de dÈpasser líÈtat de nature (rejet de líidÈalisme wilsonnien) et Èrigea líintÈrÍt ÈgoÔste des nations comme le mobile ‡ agir dans líordre ñ ou le dÈsordre ñ international (refus de líisolationnisme rÈpublicain).

ï Le paradigme de líÈtat de nature

La thÈorie de líÈtat de nature revenait ‡ se situer dans la lignÈe de Hobbes. Selon líauteur du LÈviathan, líÈtat de nature caractÈrisait la situation antÈrieure ‡ la signature du Pacte social, ‡ líÈpoque mythique o˘ les hommes vivaient libres et disposaient du droit de recourir ‡ la force pour se faire justice. LassÈs des exactions des plus forts, soucieux de se rassembler en une communautÈ organisÈe, ces primi- tifs ressentirent le besoin díabandonner une part de leur libertÈ originelle au profit díune entitÈ supÈrieure, dÈposi- taire exclusive du droit de recours ‡ la force. LíEtat Ètait nÈ et avec lui, la sociÈtÈ. Les hommes dÈposËrent les armes et attribuËrent ‡ cette autoritÈ suprÍme le ´ monopole de la violence physique lÈgitime ª selon líexpression de Max Weber. LíEtat, ´ rÈducteur de risques ª selon la formule de Hobbes, se voyait donc investi des pouvoirs de justice et de police. Tout líobjet de la philosophie hobbesienne sera de dÈfinir les conditions de survie de cet Etat et partant, les conditions díexistence de la sociÈtÈ civile ainsi crÈÈe.

23

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ConsidÈrant que par nature líhomme est ÈgoÔste et cal- culateur, Hobbes envisage quíil
Lí HEGEMON R…ALISTE ConsidÈrant que par nature líhomme est ÈgoÔste et cal- culateur, Hobbes envisage quíil

ConsidÈrant que par nature líhomme est ÈgoÔste et cal- culateur, Hobbes envisage quíil ne síassocie ‡ ses sem- blables que par peur. Cíest donc par intÈrÍt que líhomme renonce ‡ sa libertÈ et cíest toujours au nom de cet intÈrÍt quíil respecte le Pacte social. La naissance de la sociÈtÈ est tributaire de la crÈation en prÈalable díun Etat dÈtenteur des droits originels de líhomme. La survie de la sociÈtÈ passe donc par la survie de líEtat qui doit, pour ce faire, veiller ‡ Èliminer toute rÈsistance ‡ son autoritÈ. DÈpositaire díune souverainetÈ absolue, líEtat ne dispose cependant pas díun pouvoir sans limites. MÍme chez les plus rigoristes thÈoriciens de líabsolutisme, líautoritÈ royale est conditionnÈe par le respect de líobligation díassurer la sÈcuritÈ qui incombe ‡ líEtat. Dans les chapitre XIV et XXI du LÈviathan, Hobbes dÈveloppa le concept de droits inaliÈnables, la mission premiËre du

24 souverain ñ et la justification de son pouvoir ñ Ètant díassurer la protection des citoyens. LíEtat tire donc sa lÈgitimitÈ du pacte qui le fonde et quíil doit respecter. Avant Hobbes, Bodin, qui tout en considÈrant que líEtat Ètait au-dessus des lois civiles, soumettait la puissance de la loi au respect du droit ‡ la s˚retÈ, premier des droits naturels. Les doctrines de droit divin assujettissaient donc la toute-puissance royale aux lois de Dieu, aux rËgles de la justice naturelle et aux lois fondamentales de líEtat 18 .

En matiËre de relations díEtat ‡ Etat, la tradition rÈaliste opposa nÈanmoins par facilitÈ líordre interne au dÈsordre international. Le champ des relations entre les nations fut ainsi considÈrÈ comme le domaine o˘ líÈtat de nature et

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE la loi de la jungle continuaient ‡ prÈvaloir. Bien plus, líautoritÈ dont líEtat
Lí HEGEMON R…ALISTE la loi de la jungle continuaient ‡ prÈvaloir. Bien plus, líautoritÈ dont líEtat

la loi de la jungle continuaient ‡ prÈvaloir. Bien plus, líautoritÈ dont líEtat Ètait investi lui faisait obligation de dÈfendre les intÈrÍts de ses mandants ‡ líextÈrieur. Le droit de guerre (´ jus ad bellum ª) faisait donc dËs líori- gine partie intÈgrante des fonctions rÈgaliennes du LÈviathan. Comme le constata Armelle Le Bras-Chopard, ce droit de guerre (´ jus ad bellum ª) fut pour líessentiel envisagÈ ‡ travers le droit de la guerre (´ jus in bello ª) qui, seul, pouvait Ítre rÈglementÈ : ´ le jus ad bellum, le droit de dÈclencher une guerre, qui pose le problËme de la lÈgitimitÈ díune guerre prÈcise, mÍme síil níest jamais nÈgligÈ, síefface au profit du jus in bello qui renvoie lui

( ‡ la seule) lÈgalitÈ dans la guerre ª 19 . LíEtat ne pouvait

donc Ítre soumis ‡ aucune rËgle instituÈe en dehors de lui. La possibilitÈ de crÈer un quelconque droit interna- tional níÈtait pas abandonnÈe pour autant, puisque líintÈrÍt de líEtat pouvait justifier líÈmergence díune telle norme et que sa souverainetÈ est, ‡ líextÈrieur, un ´ pouvoir de consentement ª. Mais dans le mÍme temps, cette norme fondÈe sur líintÈrÍt pouvait Ègalement Ítre transgressÈe, aucune autoritÈ extÈrieure ‡ líEtat ne pouvant líobliger ‡ respecter sa parole.

Ainsi Max Weber en arrivera-t-il ‡ considÈrer que si ´ la violence níest pas líunique moyen normal de líEtat ª, elle constitue nÈanmoins ´ son moyen spÈcifique ª 20 Dans ses rapports avec la sociÈtÈ interne, líEtat est ainsi consi- dÈrÈ comme ´ líunique source du droit ‡ la violence ª, les individus ou les groupes níayant le droit díy recourir que

25

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE dans la mesure o˘ líEtat le tolËre. Dans les relations entre Etats, le
Lí HEGEMON R…ALISTE dans la mesure o˘ líEtat le tolËre. Dans les relations entre Etats, le

dans la mesure o˘ líEtat le tolËre. Dans les relations entre Etats, le droit de guerre est donc ‡ la fois la cause de líÈtat de nature et sa consÈquence. Sans aller jusquí‡ justifier avec Hegel la guerre comme ´ une nÈcessitÈ spirituelle des peuples ª pour les empÍcher díÍtre esclaves, les rÈalistes considÈreront avec Raymond Aron que la spÈcificitÈ des relations internationales devait Ítre trouvÈe ´ dans la lÈgitimitÈ et la lÈgalitÈ du recours ‡ la force armÈe de la part des acteurs ª puisque, ´ dans les civilisations supÈrieures, ces relations sont les seules parmi toutes les relations sociales qui admettent la violence comme nor- male ª 21 . Et Aron de poursuivre en spÈcifiant que ´ la vie en commun díEtats souverains peut Ítre plus ou moins belliqueuse. Elle níest jamais essentiellement ou dÈfini- tivement pacifique. Exclure líÈventualitÈ de la guerre, cíest enlever aux Etats le droit de demeurer juges en

26 dernier recours de ce quíexige la dÈfense de leurs intÈrÍts ou de leur honneur ª. Dans la mesure o˘ les Etats se dotent de forces armÈes pour assurer leur sÈcuritÈ, et alors que ces mÍmes Etats se reconnaissent mutuellement le droit de recourir ‡ la force, la guerre est donc lÈgitimÈe et le recours ‡ la violence lÈgalisÈ. LíidÈal kantien díun monde pacifiÈ par líinstitutionnalisation de la paix síavÈrait sans objet pour les rÈalistes qui considÈraient, au contraire, que seule la lÈgitimation de la violence permettait de dÈlÈ- galiser les manifestations de la force. La simple possibilitÈ díun bannissement de la guerre devenait mÍme, dans la logique de líÈtat de nature, antinomique avec le but souhaitÈ.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ï Le paradigme de líintÈrÍt Machiavel fut la seconde rÈfÈrence des rÈalistes. En
Lí HEGEMON R…ALISTE ï Le paradigme de líintÈrÍt Machiavel fut la seconde rÈfÈrence des rÈalistes. En

ï Le paradigme de líintÈrÍt

Machiavel fut la seconde rÈfÈrence des rÈalistes. En ce sens, ceux-ci prirent la suite des utilitaristes du XVIII e siËcle qui rÈcusaient toute rÈfÈrence ‡ un droit naturel síimpo- sant aux Etats. LíidÈe de valeurs supÈrieures ‡ líintÈrÍt des Etats est ÈtrangËre au rÈalisme. Síil existe des lois naturelles, cíest, nous explique David Hume dans son essai De líÈquilibre publiÈ en 1741, parce quíelles reprÈsentent des conventions utiles pour la stabilitÈ des concessions et des avantages acquis : ´ les hommes, res- pectent leurs engagements parce que tel est leur intÈrÍt et parce quíils en ont líhabitude. ª Comme líintÈrÍt avait dÈj‡ servi de ferment chez Hobbes ‡ la conclusion du Pacte social, il devait en outre servir de ligne de conduite dans les rapports mutuels des Etats. Aucune nation ne pouvant Ítre crue au-del‡ de son intÈrÍt, selon líaver- tissement lÈguÈ par Washington dans son testament, les premiers rÈalistes amÈricains furent trËs logiquement amenÈs, avec Nietzsche, ‡ considÈrer líEtat comme ´ le premier parmi les monstres froids ª.

La rÈfÈrence ‡ Machiavel níÈtait cependant pas conÁue dans líesprit des rÈalistes comme un blanc-seing accordÈ aux Etats pour poursuivre níimporte quelle politique. Comme le recours ‡ la violence avait ÈtÈ lÈgitimÈ par les impÈratifs de la survie entre des acteurs concurrents dis- posant de moyens identiques, le recours ‡ líintÈrÍt Ètait lui aussi conditionnÈ : une nation ÈgoÔste devait prendre en considÈration les intÈrÍts concurrents des autres nations. La rÈciprocitÈ, cíest-‡-dire, líacceptation díun sacrifice ‡ court terme en vue de prÈserver líintÈrÍt ‡ long terme des Etats, fut ainsi ÈrigÈe en principe fondamental de la vie

27

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE internationale. A ce titre Robert Jervis put dÈfinir cette rÈciprocitÈ comme un mÈcanisme
Lí HEGEMON R…ALISTE internationale. A ce titre Robert Jervis put dÈfinir cette rÈciprocitÈ comme un mÈcanisme

internationale. A ce titre Robert Jervis put dÈfinir cette rÈciprocitÈ comme un mÈcanisme permettant aux Etats díaccepter des concessions dans des circonstances parti- culiËres pourtant peu favorables ‡ la collaboration 22 . La reconnaissance de líintÈrÍt participait Ègalement au besoin de mettre en úuvre une politique aussi ´ raisonnable et rationnelle ª que possible. Une fois de plus, la reconnais- sance mutuelle entre les Etats des mÍmes impÈratifs devait leur permettre díassurer entre eux une cohabitation plus ou moins stable. Le droit de recours ‡ la force ne pouvait donc se comprendre que par la nÈcessitÈ faite aux Etats díassurer leur survie. Le but lÈgitime servait donc, dans le mÍme temps, de justification aux moyens. Le Prince avait tout loisir díÍtre ´ renard ou lion ª comme líy invitait Machiavel, mais la force ou la ruse ne le libÈrait pas de toute morale. MÍme si dans la pensÈe de Machiavel, cette 28 morale nía pas de rÙle du fait de la nature ´ obligatoire- ment mÈchante des hommes ª, la libertÈ accordÈe au Prince devait Ítre placÈe au service díune finalitÈ prÈcise, servant les intÈrÍts de líEtat. Dans la Florence de la Renaissance, il síagissait de líunitÈ italienne. Dans la pen- sÈe des rÈalistes, il síagissait de garantir la survie de líEtat. Ainsi Ètaient donc rÈconciliÈes líÈthique de la conviction et líÈthique de la responsabilitÈ de Max Weber. Líhomme díEtat ne peut certes agir, au mÍme titre que les pacifistes, avec la simple conviction quíune finalitÈ supÈrieure le libËre des contingences du moment. Aussi, le gouver- nant doit se comporter en fonction díune Èthique de la

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE responsabilitÈ, laquelle nía cependant de raison díÍtre que síil est convaincu de la
Lí HEGEMON R…ALISTE responsabilitÈ, laquelle nía cependant de raison díÍtre que síil est convaincu de la

responsabilitÈ, laquelle nía cependant de raison díÍtre que síil est convaincu de la lÈgitimitÈ de son action et síil conserve, malgrÈ les alÈas du quotidien, un idÈal fondÈ sur les intÈrÍts de líEtat dont il a la charge. LíintÈrÍt fut donc ÈrigÈ comme unique justificatif ‡ líaction internationale. Il síagissait ici díune consÈquence logique de líÈtat de nature et ce primat de líintÈrÍt dÈcoulait donc de la nÈgation de líutopie lÈgaliste de Wilson díune SociÈtÈ des Nations comme instrument de dÈpassement de líÈgoÔsme des nations. Mais la dÈnon ciation de cette conception utopiste de la diplomatie amÈricaine Ètait Ègalement dirigÈe contre le fort courant isolationniste des RÈpublicains (´ America first ª), dont la vision Ètroite de líintÈrÍt rÈcusait les obligations dÈcoulant de la nouvelle rÈpartition de la puissance ‡ líÈchelle mon- diale. Comme les autres nations, les Etats-Unis avaient eux aussi des intÈrÍts ‡ dÈfendre et les premiers rÈalistes (le Britannique Edward H. Carr et le pasteur Reinhold Niebuhr) soulignËrent ‡ loisir le paradoxe díune diplo- matie amÈricaine dissimulant des intÈrÍts inavouÈs derriËre le paravent de la vertu dÈmocratique. La sphËre extÈrieure, affirmaient-ils, restait le domaine privilÈgiÈ díaffrontements entre des ambitions antagonistes, tournÈes vers la recherche de la puissance, laquelle est destinÈe ‡ assurer la sÈcuritÈ des Etats. Nier cette Èvidence, f˚t-ce au nom de líidÈal díun monde pacifiÈ, dÈboucherait obli- gatoirement sur un rÈsultat contraire au but souhaitÈ dans la mesure o˘ cet Ètat díesprit interdirait de recourir aux principes de líÈquilibre ñ la ´ balance of power ª ñ, líunique instrument susceptible díapporter un minimum de stabilitÈ par la conciliation des intÈrÍts reconnus comme lÈgitimes par les Etats entre eux.

29

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE Les consÈquences axiomatiques Les consÈquences axiomatiques dÈcoulent des paradigmes initiaux
Lí HEGEMON R…ALISTE Les consÈquences axiomatiques Les consÈquences axiomatiques dÈcoulent des paradigmes initiaux

Les consÈquences axiomatiques

Les consÈquences axiomatiques dÈcoulent des paradigmes initiaux mais, contrairement ‡ eux, ne sont pas frappÈes du sceau de líinterdit et peuvent donner lieu ‡ interprÈtation. Ces consÈquences axiomatiques ne sont donc pas immu- ables et varient en fonction des auteurs. Cíest donc le corpus doctrinal donnant lieu ‡ exÈgËse et ‡ dÈpassement que líon peut rassembler autour de deux thÈorËmes : le thÈorËme de la centralitÈ de líEtat et le thÈorËme de líimpossibilitÈ.

ï Le thÈorËme de la centralitÈ de líEtat

Pour les rÈalistes, tout est politique et líintervention de

30 líEtat permet díobjectiver les multiples demandes du corps social. LíEtat reprÈsente ainsi cet ordre parfait dÈfini par Aristote, mÍme si la vision du monde pessimiste des rÈa- listes ne leur permet pas de considÈrer avec le philosophe grec que líhomme est un animal politique aspirant au bon- heur. Au contraire, líhomme Ètant un loup pour líhomme, le rÙle de líEtat níest pas de veiller au bonheur mais de lutter contre líanarchie. Ainsi le Pacte social qui transmet au prince la souveraine libertÈ de ses mandants devient líinstrument unique de rÈsorption des dÈsordres. Líexer- cice des prÈrogatives absolues de la souverainetÈ est donc considÈrÈ comme le moyen exclusif de contrÙle de líanarchie naturelle tant sur le plan interne que dans le champ des relations extÈrieures. Facteur díinstabilitÈ, la souverainetÈ devient par la mÍme occasion líunique instrument susceptible de contrÙ- ler les dÈbordements de la violence en la soumettant ‡ la

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE logique unitaire de líEtat, arbitre des intÈrÍts particuliers. Ainsi faut-il comprendre le
Lí HEGEMON R…ALISTE logique unitaire de líEtat, arbitre des intÈrÍts particuliers. Ainsi faut-il comprendre le

logique unitaire de líEtat, arbitre des intÈrÍts particuliers. Ainsi faut-il comprendre le succËs des thËses de Clausewitz auprËs des rÈalistes, et plus particuliËrement chez Raymond Aron. Souvent citÈ, encore plus souvent mal compris, Clausewitz passa longtemps pour ce quíil níÈtait pas. Sa cÈlËbre formule, ´ la guerre níest pas seulement un acte politique, mais un vÈritable instrument politique, une poursuite des relations politiques, une rÈalisation de celles-ci par díautres moyens ª 23 , ne peut en aucun cas Ítre considÈrÈe comme une apologie de la violence. RÈalisation de la politique par díautres moyens, la guerre Ètait au contraire un des instruments du politique et devait de ce fait Ítre contrÙlÈe par la rationalitÈ du politique. Elle nía díutilitÈ quíau regard de líenjeu fixÈ raisonnable- ment par la politique, cíest-‡-dire dans líintÈrÍt de la sociÈtÈ toute entiËre. Toute líambition de Clausewitz fut dËs lors de subordonner le guerrier au politique de faÁon ‡ Èviter les dÈbordements díune violence gratuite. Certes, la guerre est bien ´ une manifestation de violence absolue ª et ´ il níy a pas de limite ‡ la manifestation de cette violence ª. Clausewitz fut mÍme le premier ‡ parler díascension inÈluctable aux extrÍmes puisque ´ chacun des adversaires fait la loi de líautre, dío˘ une action rÈciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrÍmes ª. Cependant, la finalitÈ de ce recours ‡ la vio- lence ne pouvait se justifier que par et pour le politique. Les buts de la guerre ne sont en aucun cas la destruction de líennemi mais au contraire ´ la soumission de líadver- saire ª ‡ sa volontÈ politique. Et Clausewitz díen conclure

31

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE que si la guerre ´ rÈsulte díun dessein politique, il est naturel que
Lí HEGEMON R…ALISTE que si la guerre ´ rÈsulte díun dessein politique, il est naturel que

que si la guerre ´ rÈsulte díun dessein politique, il est naturel que ce motif initial dont elle est issue demeure la considÈration premiËre et suprÍme qui dictera sa conduite ª. Si la guerre níest plus que la continuation de la politique par díautres moyens, cíest que cette derniËre soumet ‡ son autoritÈ les attributs de la puissance militaire et síen sert pour parvenir ‡ ses fins. Comme líexpliquera Raymond Aron, la paix et non la victoire est ainsi le but ultime de la guerre, puisque la paix est líidÈe directrice du politique quand la victoire níest quíun des moyens pour líatteindre.

Soulignant ‡ líenvi líimpÈratif de compatibilitÈ des moyens de la guerre aux buts de la politique, Clausewitz influenÁa trËs largement les thÈoriciens rÈalistes qui trou- vËrent en lui un double argumentaire. La soumission de la 32 sphËre militaire ‡ la sphËre politique leur permit díabord de poser la nÈcessitÈ de contrÙler les dÈbordements de la violence en la soumettant ‡ la logique unitaire díun Etat supposÈ raisonnable. Dans le mÍme temps, Clausewitz devait leur permettre de justifier ce droit ‡ líexcËs, reconnu au politique du fait de líÈtat de nature toujours prÈsent dans les relations internationales, en misant sur la raison supÈrieure de líEtat et sur sa sagesse.

Líirruption du nuclÈaire porta, il est vrai, singuliËre- ment atteinte aux thËses clausewitziennes. La monstruo- sitÈ des pouvoirs de destruction de líatome semblait briser la nÈcessaire compatibilitÈ des moyens du militaire au but du politique. La montÈe aux extrÍmes dÈj‡ jugÈe inÈvitable par Clausewitz, jointe aux capacitÈs díannihilation totale du nuclÈaire, rompait le principe de soumission des moyens du militaire aux buts du politique. LíaprËs Seconde Guerre mondiale, encore qualifiÈe par certains díËre

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE stratÈgique ñ en opposition ‡ líËre post-stratÈgique de líaprËs-guerre froide ñ
Lí HEGEMON R…ALISTE stratÈgique ñ en opposition ‡ líËre post-stratÈgique de líaprËs-guerre froide ñ

stratÈgique ñ en opposition ‡ líËre post-stratÈgique de líaprËs-guerre froide ñ modifia nombre díanalyses plus classiques et les relations internationales furent souvent envisagÈes sous líangle ´ diplomatico-stratÈgique ª. Cepen- dant, la dissuasion nuclÈaire, et la paix ‡ peu prËs stable qui en rÈsulta (la pax atomica) permirent ‡ la doctrine de revenir au cadre classique mis en place par Clausewitz. A ce titre, Raymond Aron qui síÈtait fait líardent dÈfenseur de Clausewitz et qui lui consacra un monumental ouvrage 24 , en arriva ‡ considÈrer quí‡ líËre de líatome, ´ cíest la guerre quíil faut sauver, autrement dit la possi- bilitÈ díÈpreuves de forces armÈes entre les Etats et non la paix Èternelle quíil faut instaurer par la menace constante de líholocauste nuclÈaire ª 25 .

Puisque la force est le ´ moyen spÈcifique de líEtat ª, il est alors impossible de fonder sur le droit une Èventuelle sociÈtÈ internationale. ´ Monstre froid ª, líEtat ne saurait supporter une quelconque atteinte ‡ son libre arbitre qui, en líÈtat des relations internationales ne pourrait dÈboucher que sur un dÈferlement incohÈrent de la violence. Unique rempart contre líanarchie aveugle, líEtat contrÙle donc la violence par le libre usage de sa force qui soumet les dÈs- ordres de líÈtat de nature ‡ líordre de sa puissance. En díautres termes, comme le rÈsume magistralement John Keegan, il síagit donc de dÈlÈgaliser les manifestations de la force par la lÈgitimation de la violence 26 . Ce qui níest ´ ni

33

24 Raymond Aron, Penser la guerre : Clausewitz, Paris, Gallimard, 1976, 2 tomes.

25 Raymond Aron, Paix et Guerre

26 John Keegan, Histoire de la Guerre du NÈolithique ‡ nos Jours, Dagorno, 1996.

, op.cit., p. 626.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE la premiËre ni la pire des ruses de la Raison ª , conclut
Lí HEGEMON R…ALISTE la premiËre ni la pire des ruses de la Raison ª , conclut

la premiËre ni la pire des ruses de la Raison ª, conclut Aron. Il convient ici de remarquer que líapproche rÈaliste ignora autant les enseignements du droit international, quíelle se situa ‡ líÈcart des grands dÈbats thÈoriques qui se dÈroulaient dans le champ des autres sciences sociales. En considÈrant la souverainetÈ comme un absolu, le rÈalisme se rÈfÈrait ‡ une conception de ce concept abandonnÈe de longue date par les juristes. En outre, ´ la lÈgalitÈ et la lÈgitimitÈ du recours ‡ la force ª, considÈrÈes par Raymond Aron comme la principale caractÈristique de la vie internationale, ne tenait absolument pas compte de toutes les avancÈes du droit international qui visaient ‡ encadrer líactivitÈ guerriËre des Etats. ParallËlement, le primat du politique amena les rÈalistes ‡ rÈcuser les instru-

34 ments thÈoriques sur lesquels se fondaient les sciences sociales de leur Èpoque. En rÈaction au structuralisme, le thÈorËme stato-centrique revendiqua ainsi líautonomie pleine et entiËre du politique. LíEtat fut ainsi considÈrÈ

líacteur principal de la vie internationale et líunique source de lÈgitimitÈ, soumettant les intÈrÍts particuliers ‡ líintÈrÍt gÈnÈral quíil reprÈsentait. Enfin, cet Etat ne fut jamais dÈfini par les rÈalistes qui nÈgligËrent sa nature (Etat-

) et ses

structures internes pour ne síattacher quí‡ ses capacitÈs díaction. La mÈthode du rÈalisme fut donc essentielle- ment empi-rique et positiviste, ce qui pouvait se justifier par le fait quíil constitua une premiËre Ètape dans la conceptualisation de líactivitÈ internationale.

nation ou Etat-citÈ, Etat fÈdÈral ou confÈdÈration

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ï Le thÈorËme de líimpossibilitÈ Cette expression empruntÈe ‡ Richard Ashley 27
Lí HEGEMON R…ALISTE ï Le thÈorËme de líimpossibilitÈ Cette expression empruntÈe ‡ Richard Ashley 27

ï Le thÈorËme de líimpossibilitÈ

Cette expression empruntÈe ‡ Richard Ashley 27 reprÈsente les conceptions pessimistes et conservatrices du rÈalisme pour lequel la violence des relations internationales trouvait ses origines dans líimpossibilitÈ o˘ est placÈe líhumanitÈ de satisfaire ses besoins. Cíest parce que les biens sont rares, fondement de la science Èconomique, quíil convient díoptimiser líemploi des ressources pour atteindre les objectifs fixÈs par líaction politique.

LíÈtat de nature trouverait, en effet, ses origines dans cette impossibilitÈ pour le genre humain díassouvir la totalitÈ de ses besoins. Incapable de subvenir aux attentes de tous les hommes, la nature imposerait cette lutte sans fin de líhomme pour sa survie et ce conflit permanent entre des intÈrÍts obligatoirement antagonistes. Líhomme serait donc condamnÈ au calcul permanent qui lui permet ainsi de dÈfinir ´ líophÈlimitÈ ª de sa dÈmarche. Toute action sera poursuivie aussi longtemps que les bÈnÈfices attendus sont supÈrieurs aux co˚ts de líentreprise. Inversement, líinvestissement de moyens limitÈs sera interrompu quand le co˚t líemportera sur le bÈnÈfice attendu. Le thÈorËme de líimpossibilitÈ permettrait donc de fixer les conditions díun calcul raisonnable et rationnel ñ líobsession des rÈalistes ñ visant ‡ soumettre la passion dÈsordonnÈe au cadre normatif de líintÈrÍt.

Les rÈalistes apparaissent donc imprÈgnÈs par un pes- simisme congÈnital. Reinhold Niebuhr, líun des fonda- teurs de líÈcole, pasteur de son Ètat et marquÈ par líÈthique

35

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE protestante, ira jusquí‡ expliquer dans Moral Man and Immoral Society 28 que le
Lí HEGEMON R…ALISTE protestante, ira jusquí‡ expliquer dans Moral Man and Immoral Society 28 que le

protestante, ira jusquí‡ expliquer dans Moral Man and Immoral Society 28 que le pÈchÈ liÈ ‡ la nature de líhomme est amplifiÈ par la vie en sociÈtÈ. Cependant si líhomme est par nature ÈgoÔste et calculateur, il peut parfois Ítre atteint par la gr‚ce divine. Son libre arbitre lui permet mÍme díÍtre accessible ‡ la raison, ce qui níest mal- heureusement jamais le cas des groupes humains pris dans leur ensemble. LíEtat est donc par dÈfinition amoral. UltÈrieurement dans un autre ouvrage, publiÈ en 1952, The Irony of American History 29 , il dÈnoncera avec vigueur líinadÈquation de la diplomatie amÈricaine qui síÈtait organisÈe autour de conceptions morales alors que le devenir du monde ne laissait place quí‡ une lutte perma- nente pour la puissance. Tout aussi vÈhÈmente fut líap- proche du Britannique Edward Carr qui, dans The Twenty Years Crisis 30 , Ètudia la montÈe en puissance des Etats-

36 Unis et leur accession au statut de grande puissance. Son approche consista dans un premier temps ‡ dÈnoncer les grandes conceptions humanistes susceptibles de dÈpasser líÈtat de nature. Il síen prit ainsi aux illusions du libÈra- lisme classique qui, au nom de líharmonie gÈnÈrale des intÈrÍts, voyait dans le commerce international le meilleur moyen de parvenir ‡ la paix, ´ le paradis du laisser- faire ª. Les libÈraux qui rÍvaient díune vaste ´ RÈpublique universelle des Èchanges ª envisageaient que seul líen- richissement mutuel puisse Ítre source de solidaritÈ. A

28 Reinhold Niebuhr, Moral Man and Immoral Society. A Study in Ethics and Politics, New York, Scribenerís, 1947, 284 p. 29 Reinhold Niebuhr, The Irony of American History, Londres, Nisbet, 1952, 152 p. 30 Edward H. Carr, The Twenty Years Crisis, 1919-1939. An Introduction to the Study of International Relations, New York, Harper and Row, 1964, 3 e Èd., 239 p.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE líopposÈ du mercantilisme, le commerce Ètait perÁu comme un substitut possible ‡ la
Lí HEGEMON R…ALISTE líopposÈ du mercantilisme, le commerce Ètait perÁu comme un substitut possible ‡ la

líopposÈ du mercantilisme, le commerce Ètait perÁu comme un substitut possible ‡ la violence en vue de per- mettre la rÈsorption des dÈsordres. En fait, pour Carr, et au vu des perturbations Èconomiques de líentre-deux-guerres, ´ líharmonie gÈnÈrale et fondamentale des intÈrÍts ª demeurait une utopie. De mÍme, critiqua-t-il le ´ cosmo- politisme ª de la diplomatie de Wilson qui, sous couvert díidÈal, ne faisait que poursuivre les intÈrÍts spÈcifiques des Etats-Unis. ´ Les supposÈs principes absolus et uni- versels ne sont en fait absolument pas des principes mais la reprÈsentation inconsciente díune politique nationale fondÈe sur une reprÈsentation particuliËre de líintÈrÍt national ‡ un moment donnÈ. Peut-Ítre y-a-t-il un intÈrÍt commun ‡ maintenir líordre que ce soit ‡ líinternational ou ‡ líintÈrieur des nations. Mais sitÙt que líon essaie díappliquer ces supposÈs principes abstraits ‡ une situation concrËte, ils se rÈvËlent comme le dÈguisement transparent díintÈrÍts ÈgoÔstes ª 31 . Aussi en arrivait-il logiquement ‡ considÈrer ´ quíen un sens, la politique est toujours politique de puissance ª. Ces ouvrages, qui marquËrent profondÈment les origines de la thÈorie, correspondaient ‡ líadaptation du thËme cher aux AmÈricains des annÈes 20 qui, dans líobligation de quitter líEden du Nouveau Monde, Ètaient condamnÈs ‡ accepter la corruption ambiante ou ‡ la rÈcuser en vivant en marge. La seconde solution fut choisie. CíÈtait donc un avertissement que les rÈalistes adressaient ‡ leurs conci- toyens en leur enjoignant de renoncer ‡ leur conception ´ thÈologique, morale et folklorique ª 32 du monde selon

37

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE líexpression díun autre rÈaliste, Henry Kissinger. AccÈdant ‡ la puissance, les Etats-Unis
Lí HEGEMON R…ALISTE líexpression díun autre rÈaliste, Henry Kissinger. AccÈdant ‡ la puissance, les Etats-Unis

líexpression díun autre rÈaliste, Henry Kissinger. AccÈdant ‡ la puissance, les Etats-Unis Ètaient sommÈs de renon- cer ‡ líidÈalisme des PËres fondateurs afin de prendre conscience de la primautÈ de líintÈrÍt comme unique mobile ‡ agir dans líordre international. Cette conception imposait donc de renoncer aux grands sentiments pour dÈcouvrir líintÈrÍt spÈcifique sous-entendant chaque engagement diplomatique. Le thÈorËme de líimpossibilitÈ dÈvoile en outre le sys- tËme de valeurs des rÈalistes. LibÈraux díun point de vue politique, ils dÈnoncent le libÈralisme Èconomique, tout en Ètant de fait dÈfenseurs de la libre entreprise. Le monde quíils imaginent est un univers violent o˘ la force est utilisÈe pour la satisfaction díintÈrÍts ÈgoÔstes. Cependant, dans la lignÈe de la vision utilitariste empruntÈe ‡ David 38 Hume, ils sont amenÈs ‡ considÈrer la puissance selon une conception agrÈgative par laquelle síeffectue une hiÈrarchisation des Etats en fonction de leurs capacitÈs ‡ agir dans la vie internationale. Líanarchie des rapports internationaux níest donc pas totale. Comme la centralitÈ de líEtat avait dÈj‡ servi ‡ rationaliser les demandes, cette hiÈrarchie des Etats permet alors díenvisager la crÈation díun ordre des nations par lequel les plus puissantes parviennent ‡ transformer leur force en droit.

PraxÈologie

Ainsi Raymond Aron intitule-t-il la quatriËme et derniËre partie de Paix et Guerre entre les Nations. Cette praxÈo- logie tire les consÈquences des principes quíil a ÈtudiÈs en

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE tentant de trouver la maniËre de les mettre en pratique. Il síagit alors
Lí HEGEMON R…ALISTE tentant de trouver la maniËre de les mettre en pratique. Il síagit alors

tentant de trouver la maniËre de les mettre en pratique. Il síagit alors díaborder les implications normatives conte- nues dans toute thÈorie en dÈfinissant un certain nombre de prÈceptes fondÈs sur les rÈgularitÈs observÈes. Morgen- thau Èrigera la ´ balance of power ª en instrument de rÈgulation des dÈsordres internationaux. Contestant la conception restrictive de cette ´ balance of power ª de son prÈdÈcesseur, Raymond Aron pour sa part, síattachera aux ´ Èquivoques de la souverainetÈ ª pour tenter de dÈterminer dans quelle mesure líanarchie naturelle des relations internationales peut trouver un dÈbut de rÈgula- tion dans une sociÈtÈ díEtats vivant sous la menace permanente de la guerre.

ï La ´ balance of power ª chez Hans J. Morgenthau

39

La notion ´ díÈquilibre ª ne traduit quíimparfaitement le concept de balance of power, par lequel le plus cÈlËbre des rÈalistes amÈricains dÈfinissait le mÈcanisme rÈgulateur des dÈsordres internationaux. Politics among Nations, son plus cÈlËbre ouvrage, publiÈ en 1948, se prÈsenta ‡ ce titre comme une tentative de dÈfinition des rËgles de conduite objectives díun bon diplomate, dont la mission consiste ‡ Èquilibrer les besoins de la puissance avec les aspirations en faveur de la paix. Líanalyse rÈaliste níest pas, rappe- lons-le, belliciste. Si elle se rÈfËre ‡ Hobbes et Clausewitz, ce níest pas pour justifier le recours perpÈtuel ‡ la vio- lence. Son objectif est tout au contraire de prÈserver une paix fragilisÈe par les aspirations concurrentes de la puis- sance. Le rÈalisme politique repose ainsi chez Morgenthau sur cinq principes :

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE 1. la politique est gouvernÈe par les lois objectives qui trouvent leurs origines
Lí HEGEMON R…ALISTE 1. la politique est gouvernÈe par les lois objectives qui trouvent leurs origines

1. la politique est gouvernÈe par les lois objectives qui

trouvent leurs origines dans líimperfection du monde et dans la nature de líhomme ;

2. líintÈrÍt est le principal rÈfÈrent de líaction interna-

tionale ;

3. toute thÈorie des relations internationales doit Èviter

de prendre en considÈration les motivations idÈologiques et les Èmotions des acteurs, deux donnÈes trop instables ;

4. une politique ÈtrangËre est considÈrÈe comme bonne

quand elle minimise les risques et maximise les profits ;

5. la tension entre les exigences de succËs de líaction

politique et les lois morales non Ècrites qui gouvernent le monde est inÈvitable. Si la politique internationale est avant tout une lutte pour la puissance, la paix peut nÈanmoins Ítre prÈservÈe par les

40 mÈcanismes de líÈquilibre. La dÈfinition de líÈquilibre, qui díaprËs la physique ne peut Ítre obtenu que par líaction de forces qui ne síannulent quíen síopposant, suppose dÈtermination et souplesse. David Hume, qui avait ÈtÈ sous-secrÈtaire díEtat au Foreign Office, avait dÈj‡ con- sacrÈ en 1741 líun de ses Essais Moraux et Politiques ‡ cette dÈfinition. Le concert europÈen hÈritÈ des traitÈs de Westphalie lui inspira une premiËre dÈfinition, selon laquelle líÈquilibre Ètait la prudence nÈcessaire aux Etats pour prÈserver leur indÈpendance et ne pas Ítre ‡ la merci díun Etat disposant de moyens supÈrieurs. Fondamentale- ment, la ´ balance of power ª est donc un principe dÈfen- sif au titre duquel un Etat doit intervenir dans une guerre entre deux autres Etats ´ non seulement sur la base díune identification ou bien par sens de la justice, mais seulement pour dÈfendre le cÙtÈ le plus faible, celui qui autrement

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE perdrait la guerre et risquerait díÍtre absorbÈ de consÈquence, le concept díÈquilibre tend
Lí HEGEMON R…ALISTE perdrait la guerre et risquerait díÍtre absorbÈ de consÈquence, le concept díÈquilibre tend

perdrait la guerre et risquerait díÍtre absorbÈ

de consÈquence, le concept díÈquilibre tend ‡ maintenir la paix puisquíil rend illusoire líespoir quíun camp puisse tirer parti díune victoire totale dans níimporte quelle guerre ª. Un ÈgoÔsme intelligent permettrait donc de dÈpasser líÈtat de nature par de subtiles associations tem- poraires díintÈrÍts par lesquelles les Etats devraient veiller ‡ ne jamais permettre quíune nation dispose de moyens tels quíil lui serait possible de dominer les nations voisines 33 . Ce souci de prÈservation, ´ líobjectif ultime de chaque Etat ª, fut ensuite dÈveloppÈ par Nicolas Spykman dans un livre intitulÈ International Politics publiÈ en 1933, ouvrage qui servit de passerelle avec líúuvre de Morgenthau en vue de la dÈfinition de ce mÈcanisme rÈgu- lateur de líanarchie par la rÈpression de toute aspiration au pouvoir mondial.

Par voie

41

La dÈmarche de Morgenthau níÈtait donc guËre origi- nale. En fait, il synthÈtisa les apports antÈrieurs en pro- posant une sorte de dÈcalogue pratique pour la conduite des affaires extÈrieures. LíintÈrÍt dÈfini en termes de pou- voir constitua la pierre angulaire de son raisonnement. ´ Le principal critËre du rÈalisme en politique interna- tionale est le concept díintÈrÍt dÈfini en termes de puis- sance ª 34 . Les critËres de la puissance firent líobjet de longs dÈveloppements. Morgenthau ne se contenta díailleurs pas de la dÈfinir par des ÈlÈments matÈriels (les ressources, líespace, le dispositif militaire, les hommes Il envisagea Ègalement des critËres immatÈriels tels le

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE caractËre national, la qualitÈ du gouvernement ou de la diplomatie. Aussi níÈtait-il jamais
Lí HEGEMON R…ALISTE caractËre national, la qualitÈ du gouvernement ou de la diplomatie. Aussi níÈtait-il jamais

caractËre national, la qualitÈ du gouvernement ou de la diplomatie. Aussi níÈtait-il jamais trËs ÈloignÈ de la dÈfi- nition que donna Fernand Braudel de la puissance ‡ savoir la capacitÈ díune nation pour crÈer une conjoncture qui lui est favorable. Cependant, Morgenthau entra peu dans un dÈbat purement thÈorique. La puissance níÈtait pour lui quíun dÈterminant díune politique menÈe de maniËre opti- male puisque, ´ quels que soient les buts ultimes de la politique internationale, la puissance est toujours son objectif premier ª 35 DËs lors, ce concept permettait de concevoir une diplomatie efficace ‡ travers la dÈfinition de critËres rationnels qui optimisaient les profits en mini- misant les risques, compte tenu des capacitÈs de chaque Etat par rapport ‡ ses voisins. La puissance Ètait donc pour Morgenthau ‡ la fois une finalitÈ et un moyen. La poli- tique internationale devait alors Ítre envisagÈe comme un

42 mÈcanisme permanent et empirique díajustement entre les moyens et les objectifs de tous les Etats, la finalitÈ ultime Ètant, comme chez Spykman, la survie et la prÈservation. Pour y parvenir, Morgenthau recensa quatre mÈca- nismes díÈquilibre. Le premier Ètait le principe classique des Empires consistant ‡ diviser pour rÈgner. Le second Ètait propre ‡ tous les Etats qui font reposer leur survie sur leurs capacitÈs ‡ se dÈfendre par des mÈcanismes de dissuasion. Le troisiËme Ètait le principe de compensa- tion, dont le ´ concert europÈen ª constitua le meilleur exemple. Enfin, les alliances constituaient le quatriËme et dernier instrument de cet Èquilibre. Comme ses prÈdÈcesseurs, Morgenthau se dÈfiait donc de líidÈal ou de la morale qui ne servent jamais quí‡

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE occulter les intÈrÍts des Etats. La diplomatie ne peut Ítre conduite ‡ la
Lí HEGEMON R…ALISTE occulter les intÈrÍts des Etats. La diplomatie ne peut Ítre conduite ‡ la

occulter les intÈrÍts des Etats. La diplomatie ne peut Ítre conduite ‡ la maniËre díune croisade mais doit, pour Ítre efficace, Ítre mise au service de la prÈservation de la paix. Cette finalitÈ de líaction diplomatique est envisageable par líajustement des intÈrÍts. LíÈtat de nature níest donc pas une fatalitÈ inexorable et la violence síavËre contrÙ- lable pourvu que chaque Etat ´ objectivise ª ses buts en fonction de sa puissance disponible ou potentielle avec les buts et les moyens des autres Etats. La compÈtition des intÈrÍts níest pas obligatoirement conflictuelle et le consensus Ètabli entre ces aspirations concurrentes par líintermÈdiaire de líÈquilibre permet de modÈrer les demandes et de dÈfinir des compromis. Líacceptation de ´ líÈgoÔsme sacrÈ ª, dÈfini en terme de puissance, dÈ- bouche donc sur la dÈfinition díune politique interna- tionale fondÈe sur les critËres rationnels de líintÈrÍt, ‡ savoir : la sÈcuritÈ, líintÈgritÈ du territoire, la pÈrennitÈ des institutions, la dÈfense de líidentitÈ culturelle, etc. Tous les Etats partageant les mÍmes objectifs, il est dans ces conditions possible de contrÙler le libre usage díune souve-rainetÈ absolue par une diplomatie fondÈe sur la recherche de líÈquilibre en vue de líajustement díintÈrÍts antagonistes mais identiques. Le diplomate se voit dËs lors attribuer trois t‚ches principales. Il doit tout díabord dÈterminer ses objectifs en fonction de la puissance rÈel- lement ou potentiellement disponible. Il doit ensuite Èvaluer les objectifs des autres nations et leurs moyens. Il doit enfin dÈterminer jusquí‡ quel niveau ces objectifs concurrents sont compatibles entre eux.

43

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ï Les Èquivoques de la souverainetÈ chez R. Aron A la suite de
Lí HEGEMON R…ALISTE ï Les Èquivoques de la souverainetÈ chez R. Aron A la suite de

ï Les Èquivoques de la souverainetÈ chez R. Aron

A la suite de Morgenthau, Aron dÈveloppera ce concept díintÈrÍt, marquÈ par une confusion certaine du fait du primat accordÈ ‡ la notion de puissance. Or, affirmait

Aron, la puissance (´ power ª) est un critËre vague qui recouvre aussi bien les ressources que les forces. Nombre díEtats se sont cependant lancÈs dans des aventures qui, de toute Èvidence, ne rÈpondaient pas ‡ cet impÈratif de rationalitÈ. La quÍte de la gloire est Ègalement une com- posante de la politique internationale, ce qui impose de distinguer les intÈrÍts concrets (‚mes, territoires,

).

Aron eut beau jeu de reprocher ‡ Morgenthau líimprÈ- cision de son concept de puissance, conÁu ‡ la fois comme

44 une finalitÈ et comme un moyen. LíintÈrÍt qui en rÈsultait Ètait donc, pour líauteur de Paix et Guerre entre les nations, un concept vide de sens qui ne permettait pas de dÈfinir une ´ conduite diplomatico-stratÈgique ration- nelle ª. La paix ne peut donc Ítre prÈservÈe par le simple ajustement díintÈrÍts qui, parce quíils peuvent Ítre immatÈriels, ne sauraient faire líobjet díune estimation comptable. ´ Le co˚t et le profit díune guerre, Ècrit-il ainsi, ne sont pas susceptibles díune Èvaluation rigou- reuse ª. Aussi, ´ líirrationalitÈ de la guerre par la confrontation des investissements et du rendement rÈsulte, ou bien díun sentiment juste mais vague, ou bien de la sub- stitution díun calcul Èconomique au calcul politique ª 36 .

On ne peut donc pas dÈfinir une diplomatie idÈale qui objectiviserait la conduite diplomatico-stratÈgique car

richesses

)

des intÈrÍts abstraits (valeurs, idÈes, gloire

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ´ les objectifs historiques des unitÈs politiques ne sont pas dÈductibles du rapport
Lí HEGEMON R…ALISTE ´ les objectifs historiques des unitÈs politiques ne sont pas dÈductibles du rapport

´ les objectifs historiques des unitÈs politiques ne sont pas dÈductibles du rapport de forces ª 37 . Cíest díailleurs la raison pour laquelle Raymond Aron ne croit pas ‡ la possibilitÈ de b‚tir une thÈorie, car en chaque circonstance, il importe en prioritÈ de se rÈfÈrer aux ambitions spÈci- fiques des acteurs plutÙt que de leur prÍter un cadre de pensÈe identique fondÈ sur la maximisation des ressources.

Pour Aron, le cadre díanalyse est encore plus simple :

seul le risque de guerre permet aux Etats de dÈfinir leur comportement les uns vis-‡-vis des autres, en fonction du droit de recourir ‡ la violence quíils se reconnaissent mutuellement. Deux notions sont essentielles dans son raisonnement. La premiËre concerne líhÈtÈrogÈnÈitÈ du systËme international qui interdit díenvisager une paix durable. La seconde rÈside dans ´ la lÈgalitÈ et la lÈgitimitÈ du recours ‡ la force ª qui, pour Aron, est le trait distinctif de la vie internationale.

Un systËme international homogËne correspond selon lui ‡ un groupe díEtats qui ´ appartiennent au mÍme type (et) obÈissent ‡ la mÍme conception de la politique ª. Inversement, un systËme hÈtÈrogËne rassemblent des Etats ´ organisÈs selon des principes autres et se (rÈclamant) de valeurs contradictoires ª 38 . Des systËmes homogËnes sont donc envisageables quand les rÈgimes politiques sont identiques. Le destin de ces Etats parents et voisins est alors díÍtre ´ le thÈ‚tre de grandes guerres ª, avant díÍtre promis ‡ une unification impÈriale. Inversement, quand les rapports internationaux síÈtablissent ‡ líÈchelle de la planËte, le systËme international est obligatoirement

45

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE hÈtÈrogËne. Les Etats ne disposant pas des mÍmes valeurs, les vaincus ne peuvent
Lí HEGEMON R…ALISTE hÈtÈrogËne. Les Etats ne disposant pas des mÍmes valeurs, les vaincus ne peuvent

hÈtÈrogËne. Les Etats ne disposant pas des mÍmes valeurs, les vaincus ne peuvent traiter avec les vainqueurs sans Ítre accusÈs de trahison, ´ líennemi apparaissant aussi comme un adversaire ª avec lequel il est impossible de dialoguer et de faire la paix. Prenant líexemple du dÈveloppement de líOrganisation des Nations Unies, Aron estime quíen dÈpit de la trËs forte diffÈrenciation des rÈgimes liÈs ‡ la bipolarisation, un dÈbut díhomogÈnÈi- sation peut Ítre observable sur la scËne internationale par líÈmergence díune sociÈtÈ internationale rÈunissant les Etats entre eux. Ce níest cependant pas cette sociÈtÈ des Etats qui est en mesure díassurer la paix. Le droit inter- national, nous dit Aron, demeure par trop embryonnaire et ce sont avant tout ses lacunes qui sont intÈressantes pour la comprÈhension de la vie internationale. Inversement, líhomogÈnÈisation du systËme international peut Ítre

46 envisagÈe ‡ travers la menace permanente de la guerre, qui pËse sur tous les Etats et qui leur fait partager les mÍmes objectifs. Un dÈbut de solidaritÈ peut mÍme Ítre obser- vable ‡ travers la formule ´ survivre, cíest vaincre ª. Dío˘ líintÈrÍt que Aron porta ‡ Clausewitz. A partir du moment o˘ un objectif ultime Ètait partagÈ par toutes les nations, Aron pouvait rechercher (comme Morgenthau) le dÈter- minant díune politique rationnelle car raisonnable. Empruntant ‡ Pareto la notion de ´ maximum díintÈrÍts pour une collectivitÈ ª, il tentera ‡ son tour díobjectiver ce quíil appelait ´ la conduite diplomatico-stratÈgique ª. Mais chez lui, líexplication de la conduite des acteurs du jeu international níÈtait plus la simple recherche de la puissance maximale ni mÍme la quÍte de la sÈcuritÈ absolue, mais au contraire le risque permanent díune guerre lÈgitimÈ par les prÈrogatives partagÈes de la sou- verainetÈ et amplifiÈ par le pÈril nuclÈaire.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE Contrairement ‡ Morgenthau qui síen remet finalement au cynisme de Machiavel, Aron prÈfËre
Lí HEGEMON R…ALISTE Contrairement ‡ Morgenthau qui síen remet finalement au cynisme de Machiavel, Aron prÈfËre

Contrairement ‡ Morgenthau qui síen remet finalement au cynisme de Machiavel, Aron prÈfËre alors conseiller ‡ son lecteur apprenti-diplomate de mettre en úuvre une morale de la sagesse qui ´ síefforce non seulement de considÈrer chaque cas en ses particularitÈs concrËtes mais aussi de ne pas mÈconnaÓtre aucun des engagements de principes et díopportunitÈs et de níoublier ni les rapports de forces ni les volontÈs des peuples ª.

Le nÈo-rÈalisme

Les motifs de la remise en cause du rÈalisme dans les annÈes 60 furent nombreux. Les guerres díAlgÈrie et du Vietnam portËrent durablement atteinte au principe díuti- litÈ du recours lÈgitime, car souverain, ‡ la violence. Dans un autre registre de líaction internationale, les Trente Glorieuses et líeuphorie Èconomique de líÈpoque rÈcusaient le thÈorËme de líimpossibilitÈ, en permettant díenvisager le dÈpassement de líÈgoÔsme des nations par le partage díune richesse commune devenue ´ Patrimoine commun de líHumanitÈ ª. Enfin, líuniversalisme des Nations Unies permettait de dÈgager les principes du droit naturel des

contingences de líutilitarisme. Autant de raisons qui contri- buËrent ‡ la critique ontologique du rÈalisme et ‡ son dÈpassement par les doctrines transnationalistes. La multiplication des attaques contre le rÈalisme (cf. infra : Ècole du mondialisme, Ècole de líinterdÈpendance

síexpliqua donc en grande mesure par des

raisons conjoncturelles, liÈes ‡ la dÈtente amÈricano-soviÈ- tique. Dans la mesure o˘ deux adversaires qui prÈtendaient ‡ líEmpire du Monde síaccordaient pour nÈgocier les arme- ments quíils pointaient líun sur líautre, la force et la violence

complexe

)

47

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE ne pouvaient plus Ítre envisagÈes comme les dÈterminants uniques de la vie internationale.
Lí HEGEMON R…ALISTE ne pouvaient plus Ítre envisagÈes comme les dÈterminants uniques de la vie internationale.

ne pouvaient plus Ítre envisagÈes comme les dÈterminants uniques de la vie internationale. Líenvironnement idÈolo- gique de líÈpoque ñ et ses retombÈes dans les milieux acadÈmiques ñ nourrirent ces approches plus idÈalistes. Cependant, la fin de la dÈtente dans la deuxiËme moitiÈ des annÈes 70 rÈhabilita les concepts de base du rÈalisme qui se rÈgÈnÈra en ´ nÈo-rÈalisme ª, puis en ´ rÈalisme structurel ª.

Kenneth Waltz et le nÈo-rÈalisme

Une fois de plus, ce fut líÈvolution de la situation inter- nationale des Etats-Unis qui influenÁa directement líÈlaboration du nouveau cadre doctrinal. Les annÈes soixante-dix síÈtaient en effet traduites par une profonde

48 crise de conscience, dont la mise en úuvre de la procÈdure díimpeachment contre Richard Nixon fut la manifesta- tion la plus exemplaire. LíarrivÈe au pouvoir de Jimmy Carter incarna un retour aux principes moraux des ori- gines, alors que la politique de puissance avait fait la dÈmonstration de son inefficacitÈ lors du conflit viet- namien. Mais tandis que líUnion soviÈtique profitait des acquis de la dÈtente pour síengager dans un processus díexpansion extÈrieure, la rÈponse prÈconisÈe par líad- ministration dÈmocrate devait vite síavÈrer inopÈrante. La rÈvolution khomeiniste en Iran et la crise des otages qui marqua la campagne Èlectorale de 1980 se traduisirent par un abandon progressif des idÈaux vÈhiculÈs par líadministration dÈmocrate, qui síÈtait plus ou moins fait líÈcho du courant transnationaliste (en dÈpit de la prÈsence de Z. Brzezinski, un rÈaliste classique, ‡ la tÍte du National Security Council). La victoire de Ronald Reagan reflÈta ce

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE revirement de líopinion publique amÈricaine et entraÓna un retour ‡ la politique de
Lí HEGEMON R…ALISTE revirement de líopinion publique amÈricaine et entraÓna un retour ‡ la politique de

revirement de líopinion publique amÈricaine et entraÓna un retour ‡ la politique de puissance qui rÈhabilitait le rÈa- lisme, rebaptisÈ pour la circonstance ´ nÈo-rÈalisme ª. Theory of International Politics constitue la seconde Èdition díun essai publiÈ en 1975. Cet ouvrage fut trËs vite ÈrigÈ en manifeste du nÈorÈalisme. Court mais incisif, il peut apparaÓtre ‡ bien des Ègards comme une sorte de provocation, tant Waltz simplifie ‡ líextrÍme, tout en dÈnonÁant avec vÈhÈmence líúuvre de ses prÈdÈcesseurs. Cependant, un rÈel talent de polÈmiste joint ‡ une rigueur pÈdagogique non dÈnuÈe díÈlÈgance, permirent ‡ son auteur díincarner les attentes díune partie de la commu- nautÈ des internationalistes, dÈÁus par la dÈmultiplication de la thÈorie dans les annÈes 70. A líinverse des tentatives antÈrieures, qui avaient multipliÈ ‡ líinfini les variables, la mÈthode de Waltz visait ‡ líunitÈ et privilÈgiait le rÙle des structures. Il síagissait donc díaccorder la primautÈ au systËme sur ces composantes en mettant ‡ jour les contraintes pesant sur les acteurs et conditionnant leur comportement. La structure permettait alors díenvisager le systËme comme une entitÈ abstraite síimposant aux acteurs.

Waltz commenÁe ainsi par rÈaffirmer líomnipotence du

politique mise ‡ mal par le transnationalisme. ´ La thÈorie isole un domaine de faÁon ‡ pouvoir le traiter intel-

Isoler un domaine est donc la condition

lectuellement [

premiËre pour dÈvelopper une thÈorie ª 39 . Cíest pourquoi le nÈorÈalisme postule líautonomie du politique, ce qui conditionne la possibilitÈ de construire une thÈorie. ´ Les Etats sont les unitÈs dont les interactions forment la

].

49

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE structure des systËmes internationaux ª 40 . Il est ainsi conduit ‡ considÈrer
Lí HEGEMON R…ALISTE structure des systËmes internationaux ª 40 . Il est ainsi conduit ‡ considÈrer

structure des systËmes internationaux ª 40 . Il est ainsi

conduit ‡ considÈrer que : ´ de la mÍme maniËre que les Èconomistes dÈfinissent le marchÈ en termes díentreprises, je dÈfinis les structures des relations internationales en

Aussi longtemps que les Etats princi-

paux sont les acteurs majeurs, la structure de la politique internationale se dÈfinit par rapport ‡ ceux-ci. Car une thÈorie qui ignore le rÙle central de líEtat ne pourrait síavÈrer possible quí‡ compter du moment o˘ des acteurs non Ètatiques se rÈvÈleraient en mesure de concurrencer les grandes puissances et non pas seulement quelques puissances de second rang ª 41 . LíEtat est donc au centre de líanalyse de Waltz puisque ´ mÍme síil choisit de peu interfÈrer dans les affaires des acteurs non Ètatiques [ ]

Quand le

50 moment critique survient, ce sont encore les Etats qui redÈfinissent les rËgles ‡ partir desquelles opËrent les autres acteurs ª 42 . La taille de líEtat ou ses capacitÈs níaffectent donc pas sa nature dans la mesure o˘ la sou- verainetÈ est un facteur commun díidentitÈ qui le dis- tingue des autres acteurs de la vie internationale : ´ Les Etats sont identiques quant aux t‚ches qui sont les leurs, mÍme si leurs capacitÈs pour remplir ces missions dif- fËrent. Les diffÈrences sont liÈes ‡ leurs capacitÈs, non ‡ leurs fonctions. Les Etats accomplissent ou tentent díac- complir des t‚ches qui leur sont communes ‡ tous ; les finalitÈs auxquelles ils aspirent sont identiques ª 43 . Le

termes díEtats [

].

cíest toujours lui qui fixe les rËgles du jeu

40 Ibid., p. 95.

41 Ibid., p. 94.

42 Ibid., pp. 94-95.

43 Ibid., p. 96.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE nÈorÈalisme de Waltz se situe ainsi dans le prolongement direct du rÈalisme puisquíil
Lí HEGEMON R…ALISTE nÈorÈalisme de Waltz se situe ainsi dans le prolongement direct du rÈalisme puisquíil

nÈorÈalisme de Waltz se situe ainsi dans le prolongement direct du rÈalisme puisquíil postule la primautÈ du facteur politique, avec pour consÈquence un retour au paramËtre stato-centrique.

Waltz se dÈmarque cependant de la tradition rÈaliste en rÈcusant les instruments de la ´ balance of power ª qui sont fondÈs sur des prÈsupposÈs philosophiques relatifs ‡ la nature de líHomme. Selon lui, la diffÈrence entre líordre interne et líinternational ne rÈside pas dans líusage de la force ´ mais dans les diffÈrents modes díorganisation de cet usage de la force ª 44 . ConsidÈrant que líEtat nía pas

´ le monopole de la violence organisÈe ª mais seulement

´ le monopole díune violence lÈgitime ª, il explique que

le paradigme de la vie internationale níest pas la recherche de líÈquilibre via la puissance mais seulement la recherche de la sÈcuritÈ.

´ Par essence, le fait de ne compter que sur soi (´ self- help ª) est le principe díaction dans un ordre anarchique ª Ècrit-il ainsi en introduction ‡ un dÈveloppement inti- tulÈ Les vertus de líanarchie 45 . Waltz postule en effet que líanarchie des rapports internationaux ne signifie pas pour autant violence aveugle. La hiÈrarchisation entre les Etats est en effet, selon lui, le meilleur moyen pour permettre la

´ maturation ª de líanarchie internationale qui ne saurait

donc Ítre absolue. ´ La possibilitÈ constante díun recours ‡ la force, peut-il ainsi Ècrire, limite les manipulations, modËre les demandes et constitue une trËs sÈrieuse inci- tation au rËglement des diffÈrends ª 46 . Líanarchie, que

51

44 Ibid., p. 103.

45 Ibid., p. 111.

46 Ibid., pp. 113-114.

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE Waltz compare en permanence ‡ la libre entreprise, níest donc pas obligatoirement violente
Lí HEGEMON R…ALISTE Waltz compare en permanence ‡ la libre entreprise, níest donc pas obligatoirement violente

Waltz compare en permanence ‡ la libre entreprise, níest donc pas obligatoirement violente et devient au contraire le principal instrument de rÈgulation du systËme interna- tional, tout acteur mettant en balance les bÈnÈfices et les co˚ts de recourir ‡ son droit souverain díutilisation de la force. Les structures de la politique internationale ne conduisent donc pas systÈmatiquement ‡ la guerre ; elles tempËrent au contraire les ambitions des Etats qui níont pas díintÈrÍts intrinsËques ‡ se lancer dans des guerres de conquÍte ou ‡ mener des politiques díexpansion, puisque les co˚ts sont obligatoirement supÈrieurs aux bÈnÈfices. A cet Ègard, Waltz se situe dans le courant du rÈalisme dÈfensif (cf. infra).

Le systËme international de Waltz est une unitÈ contrai- gnante, dÈterminant le comportement des acteurs qui y sont placÈs. Pour Waltz, un systËme se compose en effet 52 díune structure qui conditionne les marges de manúuvre des acteurs qui Èvoluent en son sein. Or, ajoute-t-il ´ dÈfinir une structure nÈcessite díignorer la maniËre dont les unitÈs se comportent les unes envers les autres et impose de se concentrer sur la maniËre dont ces unitÈs se situent les unes par rapport aux autres ª 47 . Líapproche est donc structuraliste et distingue deux niveaux díÈtude : líana- lyse du systËme international (qui seule intÈresse Waltz) et líanalyse du comportement des acteurs (qui constitue un domaine díanalyse distinct). Son systËme, volontairement simplifiÈ puisquíil ne prend pas en compte les particula- ritÈs de chaque acteur participant ‡ líensemble, est donc ‡ la fois anarchique et ordonnÈ, ce quíil explique ‡ líaide de trois principes. Le ´ principe ordonnateur ª tout

HEGEMON R…ALISTE

Lí HEGEMON R…ALISTE díabord, qui correspond ‡ líÈtat gÈnÈral du dit systËme qui peut Ítre plus
Lí HEGEMON R…ALISTE díabord, qui correspond ‡ líÈtat gÈnÈral du dit systËme qui peut Ítre plus

díabord, qui correspond ‡ líÈtat gÈnÈral du dit systËme qui peut Ítre plus ou moins anarchique, plus ou moins hiÈrarchisÈ ou institutionnalisÈ. Comme de nombreux autres auteurs rÈalistes, Kenneth Waltz se sert du marchÈ comme rÈfÈrence, mais contrairement aux conclusions quíen tirait Raymond Aron par exemple, il estime que le systËme international est formÈ par la coexistence díuni- tÈs ÈgoÔstes et síautorÈgule de maniËre spontanÈe. Le ´ principe de diffÈrenciation ª prend en compte les muta- tions permanentes affectant la structure díun systËme. InspirÈ du concept durkheimien de ´ diffÈrenciation struc- turelle ª, ce principe permet díapprÈhender les transitions infra-systÈmiques, cíest-‡-dire les Èvolutions díune confi- guration ‡ une autre dans un systËme donnÈ, et les muta- tions systÈmiques, cíest-‡-dire les passages díun systËme donnÈ (le systËme westphalien) ‡ un autre. Enfin, derniËre caractÈristique, le ´ principe de distribution ª analyse les moyens ‡ la disposition de chacun des acteurs, cíest-‡- dire la puissance disponible qui permet ‡ un Etat díorienter ou non le cours des ÈvÈnements internationaux.

Líensemble de ces trois principes permet ‡ Waltz de dÈfinir le systËme international contemporain. Dans la mesure o˘ celui-ci reste dominÈ par líanarchie, ´ le prin- cipe ordonnateur ª nía pas ‡ Ítre pris en considÈration. Il en va de mÍme pour ´ le principe de diffÈrenciation ª, puisque Waltz considËre que le systËme international reste toujours fondÈ sur les critËres du monde westphalien (il níy a pas eu diffÈrenciation, cíest-‡-dire passage de lían- cien monde westpahlien ‡ un nouveau monde ´ post-west- phalien ª qui serait fondÈ sur des critËres radicalement neufs). Le ´ principe de distribution ª est donc le dÈterminant central du systËme international de Waltz qui, une fois de

53