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« Éloge de la noirceur »

Claude Zilberberg
Protée, vol. 31, n° 3, 2003, p. 43-55.

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laquelle avait pourtant. qui accorde à l’intensité la prééminence. que nous avons été amené à nous intéresser à certains aspects du traitement sémiotique de la lumière. donnent de la vivacité. De sorte que l’on peut se demander si la «dénarrativisation » en cours de la signification n’appelle pas – sur nouveaux frais – un rapprochement entre la rhétorique et la sémiotique. du même coup. la sémiotique se montrait au mieux indifférente à la rhétorique. […] »1. dirigé et contrôlé le discours pendant plus de deux millénaires. affirmer deux choses: (i) elle a accordé à la narrativité proppienne une importance déterminante au point de lui confier la direction du sens. quand elles sont employées à propos. de sorte que l’on doit. (ii) la sémiotique considère que les catégories qu’elle propose sont pertinentes pour les discours verbaux comme pour les discours non verbaux. mais il s’en faut que cette objection soit péremptoire . ou par nécessité et par extension. LES STRUCTURES CANONIQUES La prise de distance à l’égard de la narrativité – moins d’ailleurs à l’égard de la narrativité qu’à l’égard de l’extension qui lui a été concédée – et le rapprochement 43 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . 2 Sans doute ces notions de « force». Paul Klee À propos du parcours suivi par la sémiotique. En effet. ou à celles de Fontanier: Mais les Tropes ont lieu. de «vivacité» sont-elles loin d’être immédiatement claires. ou par choix et par figure. de «grâce». selon le cas. on peut. de la force ou de la grâce au discours. 1. pour présenter les idées sous des images plus vives et plus frappantes que leurs signes propres. pour suppléer aux mots qui manquent à la langue pour certaines idées. ÉLOGE DE LA NOIRCEUR C LAUDE Z ILBERBERG […] le noir est une énergie. C’est à ce double titre: primat de l’intensité et « bonne volonté» du plan de l’expression. ne peut que souscrire aux vues de du Marsais: «[…] les figures. sans grand risque d’erreur. blâmer ou féliciter Greimas d’avoir procédé à une narrativisation de la signification . aux yeux des Anciens et des Modernes en Europe. le point de vue tensif.

du vecteur 4. Mais ce cadre très général risque de posée. (ii) au titre de l’aspect. pour la décadence. puisque la sémiotique les «bonnes » structures demandent un «vivacité» de ce dernier décide. au trait. ainsi que le locales. À l’appui de l’acception hjelmslevienne du terme – l’ascendance en cette hypothèse. et [b1 & b2]. la fixité des grandeurs concerne le plan de Nous l’avons dit: nous concevons les grandeurs l’expression. bref entre morphologie et syntaxe. la véritable complexité se trouve discursif. et volume 31 numéro 3 • P R O T É E 44 . moins comme des traits que comme des phases. le redoublement concession. c’est-à-dire mesurables: pas de soi: dans la Rhétorique. de l’intérêt ou de la platitude du s’opposer en tant que membres d’un couple. Si. mais celle qui résulte. l’épistémologie de la sémiotique croit devoir toujours distinguer entre le fonction phorie contenu des grandeurs et les opérations affectant ces dérivés de grandeurs. la fonction sémiotique s’imposant aussi au métalangage. et compte tenu du fait qu’elle ne accent. Selon 1er degré décadence versus ascendance une présentation suggestive empruntée à Bachelard. Ou plutôt. amenuisement. n’est pas sans rappeler l’inégalité que présupposant le relèvement . Si nous recevons cette grandeur étant dans la dépendance d’un point de vue. selon l’ascendance ou la catégorisation des discours. cette tension: implication versus relèvement puis redoublement. en fin de compte. d’une «intersection de faisceaux de rapports». d’une part. ce faisant. s’il n’est pas relayé par des structures pluralité. et un pivot: l’enthymème. sans cas. l’accroissement ou le décroissement de la fluence. le plan du contenu. ou d’un comme implicative. son corrélat doit se nous adaptons la distinction reçue [imperfectif versus présenter comme non nécessaire et. d’autre part.2 Les structures locales soit le dispositif hiérarchique suivant: Malgré la référence à Hjelmslev. il s’agit de renoncer au participe passé. [a1 & a2] discours qui lui est tenu. reste à l’apparier. la «constellation» 3. comme diminution de la célérité. nous recevons l’implication comme accroissement de la lenteur . c’est-à-dire un toutefois: l’ascendance et la décadence d’une fluence syllogisme tronqué. leur fluence. recommande Hjelmslev dans le neuvième chapitre des Prolégomènes. nous Hjelmslev relève entre. et de s’opposer entre elles. c’est-à-dire. 1. en dérivés de atténuation versus relèvement versus 2e degré amenuisement redoublement faveur du participe présent. selon le fait pas sens à elle seule. en l’affinité entre le discours et l’événement. sous une précision d’importance sont tenus. la concession est certainement la fonction qui satisfait sous cette précision. soit [a1 vs a2] et de la passation ou de la non-passation du contrat [b1 vs b2]. Nous attendons de cette tension qu’elle éclaire Si un couple suffit dans la perspective binariste. de fait. non pas celle qui constate l’existence d’une demeurer vide.1 Les structures étendues Les grandeurs sémiotiques chiffreraient des fluences L’identification d’un pivot discursif solide ne va directionnelles et aspectuelles. plan du contenu plan de l’expression avec la rhétorique supposent la prise en compte de catégories distinctes de celles qui ont assuré jusqu’à fluence fixité maintenant la narrativisation de la signification. 1. Aristote propose une (i) au titre de la direction. parmi les perfectif] de manière à faire apparaître en clair outils que les grammaires mettent à notre disposition. un ralentissement par exemple vaut. selon les situations où ils décadence. aux yeux de couple de couples permettant aux grandeurs de l’énonciataire. nous convenons d’analyser – en le moins mal à cette double demande. la « détermination » mettons en place le couple atténuation puis et l’« interdépendance». une relation nécessaire et de droit. ou bien : comme chercher malice.

c’est-à-dire de la tonicité lumineuse. Le sur-contraire de tonicité. Par [s3]. reçoit peu de proposé par Sapir: celui de sous-contraire pour [s2] et lumière». redoublement relèvement 45 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . quantum de lumière. aspectuelle par présupposition du /éblouissant/ – le Micro-Robert définit «éblouir » deuxième degré. [s3] et [s4] interviennent comme dérivés de privé (momentanément ou habituellement) de troisième degré. atténuation amenuisement 2. défini comme « Qui a contraires et chaque constituant s’oppose encore à son l’éclat du jour. afin de opérations qu’ils subsument. ce qui se comprend du reste : les définissantes ne sont éblouissant clair sombre obscur pas autre chose que les catégorisantes déclarées par la théorie. Soit maintenant: vision) par un éclat insoutenable» – qui. positionnelle au titre du troisième comme « Troubler (la vue ou une personne dans sa degré. puis. directionnelle par présupposition du changer la superlativité en excessivité.1 La structure élémentaire de la tonicité émettrice Pour mettre en place la structure élémentaire de la redoublement relèvement luminosité picturale. Ce faisant. la récursivité peut opérer 2. [s2]. mais en sens l’œuvre. comme sous-contraire degré reçoit une quadruple définition : tensive au titre tonique. symétriques et inverses les uns des autres. que nous couplons avec celui de sur-contraire engagement du redoublement. Nous recevons /sombre/ dissimiler la contrariété. de même pour l’amenuisement: lumineuse renvoie au traitement de la lumière dans [s3] puis [s4]. Les sur-contraires s’opposent aux sous. lumière». mais localisées. désigner les grandeurs ainsi générées. les sur- sur-contraire sous-contraire sous-contraire sur-contraire contraires et les sous-contraires sont. en français. greffées sur un signifiant sur-contraire sous-contraire sous-contraire sur-contraire verbal ou non verbal commode. étant tenu de de la phorie. s’inscrit. Dans le huitième chapitre des Prolégomènes. est premier degré. Les mêmes données valent. la tonicité aboutissement: [s2] . Hjelmslev s1 s2 s3 s4 recommande de «procéder par définitions à outrance». nous puisque les termes ne tiennent qu’en vertu des retiendrons le terme de contraire. Pour contraire atone et par mise en œuvre du relèvement. défini lui comme: « Qui est peu éclairé. LA TONICITÉ ÉMETTRICE et opposer l’engagement de l’atténuation: [s1] et son Selon la convention adoptée plus haut. pour l’ascendance: J. c’est-à-dire ajout d’un pour [s1] et [s4]. reçoit beaucoup de lumière». c’est-à-dire au ton dans la terminologie de inverse. occupe la position de sur-contraire tonique.comme elles sont divisibles. nous ferons appel à un terme . chacun des dérivés de troisième au voisinage de /sombre/. nous parlons de la s1 s2 s3 s4 valeur de sa tonalité » 5. Nous recevons /obscur/ comme un sur- Ces dérivés constituent une structure. au titre de sous-contraire atone. sous l’autorité de l’intervalle dont ils ne sauraient se séparer. Nous nous proposons tonique tonique atome atone de mettre à l’épreuve les hypothèses avancées à propos atténuation amenuisement du traitement de la lumière. En raison s1 s2 s3 s4 de leur dépendance à l’égard des intervalles qui les obligent et si aucun syncrétisme n’intervient. Itten : «Si nous voulons déterminer le degré de clarté ou d’obscurité d’une couleur. /clair/. nous partirons du terme /obscur/ que le Micro-Robert aborde ainsi: « Qui est [s1]. vis-à-vis.

de propre discours: l’atténuation et de l’amenuisement. quelle que soit son procure un certain malaise. qui mesure la distance trop dommageable. volume 31 numéro 3 • P R O T É E 46 . sous deux (iv) enfin. 6 qualité. la résolution figurale de l’excès et du considérations au moins: (i) à notre couple de sous- manque par rabattement des deux intervalles contraires [clair versus sombre]. lorsque l’intervalle ∆1. signe de la donation. mais. à les ordonner selon l’ascendance ou délivrant – soudainement ou «en prenant son temps» la décadence. Les Occidentaux usent. à nos yeux du moins. alors le Nous y reviendrons. la seconde opération de chaque couple qui brille. il n’aura aucune peine. le Micro. selon le cas. (ii) la quantification de la horreur tout ce qui resplendit de la sorte. nous autres. toujours préféré les reflets profonds. n’ont Occidentaux pour l’/étincelant/ : aucune peine à manier. la première sous le est «insoutenable ». puisque le Micro-Robert définit entre les sous-contraires. si c’en est une. de nickel. comme on sait. est projeté sur ∆2. (iii) la dévolution de l’aspectualité Plusieurs passages du texte de Tanizaki permettent grammaticale aux opérations de relèvement et de d’identifier [s2] comme l’attracteur prévalent dans son redoublement. repose sur plusieurs présupposés: (i) le la table. en le lui demande. la vue d’un objet étincelant nous sens que cette déclinaison. même pour orientation. ceci n’est pas discours lorsque l’intervalle ∆2. – un surcroît de plus. à un éclat superficiel et glacé. puisque le degré de clarté mesure la quantité de lumière reçue. sinon son chiffre propre : pierres naturelles aussi bien que dans les matières artificielles. si l’on un relèvement. alors que. l’autre : (i) si la visée est celle de la décadence. pourrait être adressée également à la narrativité Tanizaki dénonce comme excessive l’attirance des proppienne que les collégiens. Elle est problématique en ce D’une manière générale. ce brillant légèrement altéré qui évoque irrésistiblement les effets atténuation ≈ de s1 à s2 du temps. les peintres et l’usage canoniques l’un sur l’autre: projection du manque en préfèrent le couple [clair versus foncé]. En ce sens. lorsque celle-ci a elle. la seconde sous le signe de la Du point de vue syntaxique. alors le sujet opérateur relève un d’«adjectifs» en désordre. Elle est naïve en ce sens que. (ii) si la visée est celle de propose à un écolier même fort jeune ce groupe l’ascendance. projection de l’excès en discours (couleur)». nous avons prenant le relais de la première. le dilemme est celui-là relèvement ≈ de s4 à s3 même qui n’a cessé de l’obséder : « clarté absolue » ou ascendance puis «clarté relative »? redoublement ≈ de s2 à s1 Le paradigme que nous venons de proposer n’est pas tout à fait celui des peintres. dans le cas de l’ascendance. qui mesure la distance entre les celle des acryliques aujourd’hui. le couple reçu [clair versus foncé] décadence deviennent tour à tour objet l’une pour appartient à la tonicité émettrice. d’ustensiles d’argent. dans le cas de la Non point que nous ayons une prévention a priori contre tout ce décadence. (ii) la question des vernis et des glacis hier. Ainsi dans Éloge de l’ombre. nous avons en la tonicité lumineuse. un peu voilés. de préciser contraste syntaxique l’une avec l’autre : une tonicité que l’éclat de la lumière dans le cas de l’/éblouissant/ émettrice et une tonicité réflectrice. soit. est projeté sur ∆1 et. d’acier. qu’ils polissent jeu combiné de la segmentation et de la circulation de afin de les faire briller. mais cette objection. si on amenuisement ou redouble une atténuation. dans les même atteint son terme. «foncé » comme ce «qui est d’une nuance sombre corrélativement. demande que l’on distingue entre deux tonicités en Robert n’a pas tort. sur-contraires. 7 décadence puis amenuisement ≈ de s3 à s4 Dans les termes de Wölfflin. l’ascendance et la restitution. pour être traitée. Cette mise en place est à la fois naïve et sujet opérateur atténue un redoublement ou amenuise problématique.

par voie de conséquence. opposant l’extrême à à quelque matérialisation des ténèbres environnantes. [clair → foncé] profond foncé clair pâle et [foncé → clair]. Selon Gœthe. est l’un des motifs récurrents du /profond/ «rime » avec /pâle/. la qu’il consacre à ce qu’il faudrait appeler la culture de seconde approche. du point de vue tensif. soit maintenant : occupe. l’assombrissement. 11 processus de «stratification ». nous faisons nôtre cette orientation et nous recevons /profond/ comme le La série et le réseau se présentent comme deux superlatif de /foncé/ . c’est-à-dire de deux espaces pour ainsi dire cloisonnés et tels qu’une 2. (ii) une approche par la concentration et. la question se laisse aisément formuler: s1 s2 s3 s4 l’intervalle de sous-contrariété [clair versus foncé] étant acquis. /clair/ «rime » avec /foncé/. notamment dans les passages second cas la dénomination de réseau. c’est-à-dire qu’il oblige les autres termes à se de la (ou des) valence(s) agitée(s). nous la désignerons phénomène» 9. quelle est celle qui doit être reconnue comme ascendante? Nous demanderons la tonicité croissante atonie croissante réponse à une autorité en la matière. placée sous le notre dilemme: «Mais chacune des deux [couleurs: le signe de la progression ou de la dégression. est la dire. le pourpre était reçu comme un rouge profond ou. convient à l’esthésie visuelle: […] de tout temps la surface des laques avait été noire. coprésence de deux rimes sémantiques. l’éclairement comme propre à la poésie française. le /pâle/. sont justiciables de deux approches distinctes: (i) affirmation demeure indécidable. quand il est terme exsangue de la série décroissante est. si elle est concentrée ou qui admet les glissements affectant soit de degré à assombrie. Pour le cas qui nous déterminer par rapport à lui. sériale. en effet. la suite met fin à une approche transitionnelle. si l’on ose question de décliner un paradigme. clarté et ombre ou. de sorte que /profond/ et /pâle/ reconnaissance de l’ascendance. c’est dans cet esprit qu’autrefois styles syntaxiques possibles pour les grandeurs admises 47 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . pour Tanizaki d’un lorsqu’ils coexistent dans le temps ou dans l’espace. produire elle-même un nouveau limite. qui semble la gardienne de la la laque : stabilité des intervalles. l’intermédiaire à l’intermédiaire. alternative. qui n’est pas sans rappeler l’assombrissement se saisit de l’ascendance et celle de l’inamovible quatrain à rimes embrassées dénonce. dans ce cas. le la sur-contrariété. brune ou L’œil ne peut ni ne veut se maintenir un seul instant dans l’état rouge. Gœthe: «Pour naître. la couleur exige lumière et obscurité. c’est-à-dire qu’elle impose la déperdition et décadence. nous retenons pour ce maître-livre de Tanizaki. /profond/ vise ou saisit le sens comme croissant du point de vue prévaut. notre propre s’inscrivent comme sur-contraires de tonicité . les postulat est le suivant: la juste direction est celle qui bonnes structures étant asymétriques. Le point délicat. Une tendance à je ne sais combien de «couches d’obscurité». Nonobstant l’usage. réunit instantanément les contraires et s’efforce de constituer une L’obscur se révélant pour Gœthe le siège d’un totalité aussi bien quand les phénomènes se succèdent que processus de «concentration». des deux directions possibles. ici plastiques. soit de degré en degré. sinon cette poétique de mitoyen . que nous mettons en générale. si l’on veut user d’une expression plus Les structures. lumière et non-lumière » 8. commutative. qui faisaient penser une sorte d’antagonisme le contraint qui. il nous incombe de préciser les termes de qui revient au même. 10 l’extrême. ce contrariété. tonique. La direction croissante nous est révélée comme modèle de la série. approche jaune et le bleu] peut. autant de couleurs qui constituaient une stratification de uniforme spécifiquement déterminé par l’objet. Si cette place.2 Élection de l’assombrissement entrée dans un espace présuppose une sortie de l’espace Cette positivité. Ce couple [clair versus foncé] fournissant la sous.

elle réalise la un émetteur puissant. L’ombre apparaît quand l’un de ces ingrédients au que. Audiberti parle de “ la noirceur secrète du lait”» 12. si l’on ose dire. pour les «grands astreignants» la tonicité est du grosso modo le négatif de la lumière. les valeurs d’univers sur les valeurs d’absolu . parcours à partir de 1957 est reconnu comme un Inscrite dans le système. l’ombre devient un attracteur-négateur. l’on constate que la direction est celle. du point de vue figural. l’ombre dans le plan du le style implicatif. une grandeur meuble. En premier valeurs valeurs lieu. Guillevic et M. rêveries du repos. de sorte que la blancheur et la noirceur ne attentes. si pour la doxa la tonicité est du côté de la moins fait défaut ou s’avère insuffisant. la singularité est munie de assombrissement. le mélange licite pour ce discours. Pourtant. c’est-à-dire ayant intervenir. un L’appartenance des sub-valences à un réseau et la «trou noir» où se perd la lumière si elle pointe. contre toutes ou. Pour ce qui regarde la vocation à circuler. compte. c’est-à-dire celles qui sont solidaires du style sauraient être dites ensemble d’une même grandeur. l’ombre émane la lumière. ou bien pour telle évolution pas un écart par rapport au système. de même que la catalyse inverse. ne saurait menacer ou nuire au /clair/ source lumineuse. les sur-contraires sont censés contenu. à la pulsion discursive. dont le hors du système. laquelle attend comme embusquée son temporelle. mais bien une propriété du système. une échappée personnelle. implicatif. et il montre que cette série réseau catalyse est de droit pour le style concessif. de l’obscurcissement. nous nous sommes vite rendu observateur digne de foi. synérèse diérèse Cet hommage à la divination de Bachelard était [mélange] [tri] indispensable pour poser et démêler le destin de l’obscur dans la peinture européenne. Pour appuyer ce renversement. n’est pas ferait prévaloir la synérèse sur la diérèse. l’ombre est /clarté/. ce que Wölfflin désigne comme le de la lumière et de la non-lumière s’avère ainsi déplacement – déjà évoqué – de la «clarté absolue» vers singulière. un transfert attesté par un tonicité lumineuse. le noir dans le plan de l’expression s’exclure . dans La Terre et les sur le tri. G. Pour le coexistence des sur-contraires qu’elle intime sont un style concessif. les valeurs d’absolu aux valeurs d’univers: de son attribut. Rothko. définit pour ce discours ce qui vaut comme Le commerce de la lumière et de l’ombre suppose événement. comme un deux traits: du point de vue figuratif. Bachelard blancheur. elle survient et noircissement 14.3 Productivité de la noirceur soit dans le passage de l’art de la Renaissance à l’art La confrontation de la blancheur et de la noirceur. relativement inattendue. en tant que grandeur distincte. qu’il s’agisse d’une évolution stylistique collective d’univers d’absolu ou individuelle. par exemple de M. le noir recèle la Ou plus strictement sans doute: la catalyse de la couleur. Dans un sonnet.Leiris: volume 31 numéro 3 • P R O T É E 48 . lequel a la charge de veiller à ce que l’événement ne vienne jamais à manquer au discours. le tri image qui vit de la contradiction d’une substance et au mélange. ils sont dans l’obédience de l’inflexibilité du deviennent des émetteurs de lumière. l’/obscur/. puis. le est mise en discours par le style implicatif: pas de /foncé/. ou accédant dans le champ de présence : (i) la série la noirceur. Bachelard fait l’éloge d’une «[…] (ii) le réseau préférerait la diérèse à la synérèse. G. une continuité spatiale et concession. Selon loin de combattre la lumière. baroque. son survenir. du point de vue puisqu’il le produit! actantiel. Rappelons d’abord que la singularité n’est la «clarté relative» 13. à partir de cite successivement E. Cette identification côté de l’/obscur/. enfin un récepteur approprié. les choses se passent tout autrement : des chapitres majeurs de l’imaginaire humain. pas de lumière et. Selon ces derniers. que ce 2. à la lecture des commentaires les plus sagaces.

dans une lueur diffuse qui. la technique de Rothko (i) 772 – Aucune couleur ne pouvant être considérée comme consiste. L’articulation des catégories chromatiques dans le Qu’on ne pourra pas abattre comme un homme Traité des couleurs est donc justiciable de l’ascendance: Avec ses poings. et alors. mais rougeur […]» 16. 18 Du noir qui se lève Et qui regarde. se laisse plus puissante et plus magnifique. «loin d’être pourpre celle du vide et du néant. lors des phénomènes physiques. référence à la temporalité n’est pas moins décisive. à partir de superpositions exprimées. on peut très facilement. la une discontinuité. en révèle l’un ou l’autre détail […]. à stabilisée. les associant les sur-contraires propres à chaque série : rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que. dans un espace à deux saisie par le sujet sensible du plus et du moins. c’est-à-dire la pour le plan de l’expression. Ainsi que le souligne […] Car un laque décoré à la poudre d’or n’est pas fait pour être Bachelard: « […] Rouge est plus près de rougir que de embrassé d’un seul coup d’œil dans un endroit illuminé. le chromatisme se déploie. sombre de orange toutes choses». à partir de la serait en quelque sorte une présence insupportable». à partir de la polarité [jaune versus bleu]. pour le plan du contenu. ici d’un ton à un autre. ce à des facettes de grenat. décrit la fragment 790. mais Gœthe estime. puisque. deux termes opposés qui se sont progressivement préparés eux- Et au fond du jaune il y a le noir. 17 reconnaître pour qu’une poïèse miraculeuse. mêmes à se réunir. dans le Baudelaire de « visionnaire passionné». un ici et un là. c’est-à- dire concessive. (ii) Le bleu s’intensifie d’abord en indigo et en Dans La Peau de chagrin.Itten. est bien plutôt la teinte active qui fait tonicité vermillon saillir la substance profonde. 21 49 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . La couleur noire. par conséquent. pour être deviné dans un lieu obscur. dans la dépendance d’un changement de tonicité selon notre propre convention terminologique. puis en violet. Au fond du bleu il y a le jaune. le magenta aujourd’hui. un avant et un après. très raisonnablement. et. de tonicité pour nous. immanent à tout continuum stable. qu’«[…] un violet saturé tout à fait pur photopoïèse. émane dimensions. noirceur du chagrin: (iii) Enfin. Les grains noirs du chagrin pourpre. comme l’oméga étaient si soigneusement polis et si merveilleusement brunis. Le progrès Dans cette perspective. l’émergence de la luminosité. et un comme-ci et un comme-ça. alternativement sous toutes les faces. 19 «déduit» les autres couleurs par « intensification » de leur principe interne: Dans le même ordre d’idées. pareilles 794 – […] Et ainsi. qualifié par mauve. il découvrit bientôt l’ascendance visée et éprouvée par Gœthe reçoit le une cause naturelle à cette lucidité. mais. en raison de la subordination du […] il [Raphaël de Valentin] se pencha pour le regarder caractère au ton dans la terminologie de J. Balzac. La couleur augmente en énergie et apparaît dans l’orange pour Michaux 20. il par instants. 15 jaune extensité tri mélange Le passage d’un état à un autre. et cette «morpho-création » dès lors on ne s’étonne pas de voir Tanizaki lui aussi (Michaux) est rabattue sur les procès qui entrent dans penser le chromatisme comme une émergence : le champ de présence du sujet. Et Gœthe ne pense pas autrement. l’assombrissant. les aspérités de ce cuir oriental simulaient phénomène coloré le plus élevé de tous apparaît par la fusion de autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière. dit aussi Michel Leiris (Aurora). intensifier le jaune et l’élever en direction du Il suffira donc qu’une concentration d’«intensité» rouge. soit aussitôt affirmée en discours. en l’épaississant et en manifester des transparences et des traversées. entre.

il fait écho permet de comprendre pourquoi et comment le noir à la réflexion de Wölfflin. stéréotypes. En premier lieu. les à la lueur d’une flamme»? Elles sont faites d’une matière autre catégories forment une structure indéfectible. c’est tout bientôt […]». montre une comme d’une cendre ténue. pour des motifs variés et inégaux. il découvrit […] Nous continuons à appeler cela du noir. Ainsi. Ce commentaire de Greimas appelle plusieurs Autrement dit. donc chaque parcelle resplendirait de tendance certaine à l’autonomie. et à partir des «[…] c’est dans l’apparition fortuite qu’on cherche remarques convergentes de Wölfflin et de Greimas. toute la beauté du monde. Greimas y invite. il en est même le contraire. (ii) risquer une comparaison. qu’on me pardonne ces subterfuges [L’]absence de couleur qu’est le noir cache donc une présence de langage pour exprimer des idées fort délicates. elles sont la couleur protopathique: rien d’étonnant à ce que l’énergie De même. à un concours de Du point de vue phénoménologique. vu «la couleur des ténèbres jusqu’à l’administration d’un démenti convaincant. la condensée dans chacune des parcelles «resplendi[sse] de toutes les lumière. Il est clair que l’intensification gœthéenne au principe dénonce comme sujet dans une perspective du chromatisme est obtenue dans ce texte par le concessive. l’obscur contient et dérobe à la vue le lumineux. En forçant le trait. est objet dans une perspective implicative. mais la réflexion de nous aimerions introduire le concept de densité tensive. au point que j’ai pu dire que mon De façon inattendue pour la doxa accrochée à ses outil n’était pas le noir mais la lumière. du […] 24 point de vue sémiotique. Pour Tanizaki. à propos du traitement de la couleur par Delacroix. autre chose qui est en action. la couleur n’ont plus désormais pour couleurs de l’arc-en-ciel» et que l’objet apparaisse comme une fonction première de mettre en évidence la forme. une tendance au toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. nous dirons que le « fortuit » est un Le discours. en réalité. Baudelaire note: À l’instar du lait pour Audiberti. Les ténèbres parfaites contiennent même. révélation de l’intimité de l’être. Ce noir ainsi employé. c’est-à-dire que celle des ténèbres de la nuit sur une route. la promotion accordée à l’inattendu par le baroque : Dans le même ordre d’idées. Le texte de Tanizaki suggère une solution relativement simple: si. l’épisode du chagrin dans le roman n’est pas monochrome. elles paraissent faites de corpuscules le devenir des catégories. mais se souvent en deçà de lui-même et ce souci d’économie volume 31 numéro 3 • P R O T É E 50 . 23 elles mènent leur vie propre » 28. dans De l’imperfection. vie: son apparition est due. aperçu une seule fois dans la l’autonomie. de plus.4 La densité tensive du discours une épiphanie providentielle vient rappeler à Notre recherche aboutit à une aporie définie par la l’observateur qu’il est comme en état de cécité: coexistence de deux affirmations contradictoires : (i) Avez-vous jamais. la grandeur [B] est actualisée. mais de temps à autre 2. 26 mythique de Balzac se révèle en concordance tensive avec le fragment d’Éloge de l’ombre analysé par Greimas Nous y reviendrons. indépendamment des objets qu’elle habille. l’expressif» 25. […] 22 chacun pour soi. la grandeur [B] circonstances et non pas à une disposition particulière du sujet. éphémère. est virtualisée. quand ce dernier insiste sur peut pour certains devenir le gardien de la couleur. 27 virtuellement toutes les couleurs. et si je puis qu’elles sont dans une relation d’interdépendance. s’il a lieu. à partir Greimas commente ainsi ce fragment de Tanizaki: d’un couple [A-B]. cette dernière est de l’ordre du paraître. vous qui me lisez. Cette conviction est également celle de grossissement résultant du passage de la vue de loin à P. le paradigme des modes d’existence 29 remarques interrogatives. la grandeur [A] accède à Objet esthétique unique. enregistrée comme une présence dans l’absence. pense par elle- bariolée explosive. selon Greimas: Il semble que cette couleur. pour Wölfflin: «La composition.Soulages: la vue rapprochée : «il se pencha […] et alors. enregistrée comme une absence.

de Et tout. la noirceur elle-même ne fournit pas: elle l’autre. c’est. clair. à Qui brillaient d’un feu personnel! l’intérieur du champ discursif. édifices religieux de notre pays. 30 51 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . L’opposition pertinente donne ceci: est donc. une fois de plus. tout entière dans l’ombre profonde que projettent les auvents. 3. montée de la matité. du ressort de la tonicité aperçu une seule fois dans la vie » selon Greimas. aperçu quatrains du poème intitulé Rêve parisien: une seule fois dans la vie: son apparition est due. vif → temporalité brève]. De soleil.1 Une architecture tensive? L’embarras du Micro-Robert est également celui de La poétique concessive de la noirceur transcende la Tanizaki quand il se propose de distinguer l’une de noirceur. Toutefois l’appartenance des quatre ordres de sub-valences à une structure autorise Nul astre d’ailleurs. réflectrice. par événement plan du tonicité → tonalisant atonisant contenu continuité de convention terminologique. Sa poétique n’est donc pas celle de la À l’opposé [des cathédrales gothiques d’Occident]. du ressort de la tonicité émettrice. Nous retenons /brillant/ comme un sur- état permanent ou récurrent contraire tonique de la tonicité réflectrice et. sous la Baudelaire résume la problématique propre à convention indiquée. L’exécution de la première tâche est à-dire qu’elle fonctionne dans le discours comme une confiée au toit et surtout à l’auvent : valeur d’absolu. nous forcément toutes les sub-valences prévues par envisageons maintenant. nuls vestiges une catalyse des sub-valences non manifestées. comme un temporalité → bref long terme [s1]. spatialité → localisé répandu 3. les noirceur. il brille. c’est-à. Lorsque Greimas annoncé. une densité moyenne. ici de tonicité et de spatialité. opérée tant par l’appel à ou bien le récepteur s’en tient strictement à sa une syllogistique proprement sémiotique que par fonction. à un concours de circonstances et non pas à une Semblait fourbi. comme défectives. disposition particulière du sujet ». l’accent est porté Le liquide enchâssait sa gloire pour ce fragment sur le couple de sub-valences : [tempo Dans le rayon cristallisé. Dans ces deux écrit: « Objet esthétique unique. dire le rapatriement des sub-valences reconnues Pour illuminer ces prodiges. LA TONICITÉ RÉFLECTRICE ce qui signifie que le discours n’exprime pas Après avoir exploré la tonicité émettrice. irisé. récepteur-émetteur. et leur structure disparaît plan de l’expression. éphémère. ou bien il renvoie la lumière et il devient un l’analyse d’autres séquences du texte de Greimas. De deux choses l’une: saturation des sub-valences. les bâtiments de notre pays sont si bien que la noirceur elle-même doit être rendue au écrasés par les énormes tuiles faîtières. même la couleur noire plus. la montée de terme intensif. mais celle – mythique – des valeurs d’absolu. même au bas du ciel. entre le et et le ou: [émetteur vs récepteur] versus [émetteur vs émetteur- plan de l’expression émanation de la absorption de la récepteur]. et la exclusivité: « Objet esthétique unique. Cette distinction est à la merci du tant verbal que lumière par l’ombre lumière par l’ombre non verbal [concession] [implication] syncrétisme que la définition du Micro-Robert inclut dans sa définition : «Briller ou réfléchir une lumière tempo → vif lent vive». à propos du traitement de la lumière par reçoit du fait de sa concentration. de la reconnaissance de son l’obscurité. de son titre de l’architecture traditionnelle japonaise. ainsi que nous l’avons l’hypothèse du schématisme tensif. éphémère. la l’actantialisation de la lumière. La densité tensive propre au fragment de Greimas est. la tonicité réflectrice.conduit à un usage non rhétorique de la synecdoque.

les shôji correspondraient à la partie où l’encre seconde. précaire. un Le traitement ascendant de la matité connaît lui paradigme pertinent n’oppose pas: il gradue. l’analyse. en limiter le moins possible l’intensité» 34. qui se charge de la l’encre de Chine. à une sémiotique du épaisse. il appartient à une autre de la délicatesse et de la subtilité souhaitées pour «planète». a. ces murs sablés. dans nos pièces de séjour. que des degrés de quantité. qui l’obscurité. il s’agit de l’église romane de Conques. La décadence de la lumière dans Éloge de étudiée par M. en recul à l’égard de l’objet. la pénombre. que le Micro-Robert lumière et au toko no ma le redoublement de définit comme une « lumière faible. le «nez dessus». Selon une Ces données sont des «variétés» dans la dépendance métaphore chère à Proust. 35 quantité de lumière extérieure. la perfection de consiste à confier au shôji l’amenuisement de la l’amenuisement. Cette progression est corrélée à une confié à deux sujets opérateurs distincts: les shôji 31 et commutation de l’observateur : le sujet sensible à la les murs. terme de l’analyse. que nous ornons d’une peinture. À propos des premiers. étranger au Japon de Tanizaki. ces termes font signe à une sémiotique de est la plus diluée. 36 volume 31 numéro 3 • P R O T É E 52 . le toko no ma à l’endroit où elle est la plus l’énergie intime et de la fatigue. Dans la mesure où les qualités ne sont. à dessein. Nous disons cette opération canonique dans la l’auvent le shôji la neutralité le sablage de la couleur des murs mesure où elle a été effectuée dans un univers de discours qu’on ne peut même pas dire opposé. Si l’auvent est le sujet opérateur prenant en charge le «coup de reins». dans le d’un arrangement floral. le longtemps que l’homme n’a pas disposé de prothèses programme d’amenuisement de la lumière interne est efficaces. Tanizaki distingue «surface des murs de couleur crépusculaire» se tient à une encore entre ce qui revient au toucher et ce qui certaine distance. nous les conserver à cette «lumière indigente» son cachet peignons de couleurs neutres. car il s’agit plutôt d’ajouter l’atténuation: « Il [le verre] devait laisser une grande à l’ombre une dimension dans le sens de la profondeur. Entre l’émetteur et le récepteur vient s’intercaler un dispositif complexe. et bien rarement même n’émette en retour aucune lumière : luisants. Pour imprègne à fond les murs de la pièce. c’est le toko no P. 32 décadence La fonction confiée aux shôji est une opération décadence de la lumière ascendance de la matité canonique de tri. tant il est lointain. qui assure la première phase du Si l’on comparait une pièce d’habitation japonaise à un dessin à procès. demeurée contraignante aussi programme d’atténuation de la lumière externe. tandis revient à la vue: que le sujet appréciant les «murs presque toujours sablés» […] Et pour que cette lumière épuisée. l’interprétation la plus simple japonaise. et le redoublement. il est indispensable que le récepteur lui- d’habitation sont presque toujours sablés. et telle qu’elle s’offre au l’ombre ajoute au shôji un second terme qui accomplit visiteur après la pose des vitraux voulus par l’amenuisement que celui-là a amorcé. ce renfoncement sémiotique n’est pas la même: si la maison japonaise qu’on appelle le toko no ma. Soulages.: «[…] la transparence a été éliminée et la ma: lumière pouvait encore passer» 33. n’est pas décorative en soi. […] les murs des pièces concessif. Dans le cas de la maison Du point de vue tensif. Renoue. selon l’expression en usage. La direction Nous avons enfin. au devient le programme de base. tamisée ». c’est la perfectivité. mais la fonction essentielle de cette cas de l’église la pose des vitraux ne vise pas peinture. visant à virtualiser atténuation l’amenuisement relèvement redoublement la transparence afin de ne conserver que la translucidité. et c’est aussi la scansion aspectuelle fondée sur la distinction bien ainsi que Tanizaki l’entend: entre le relèvement. atténuée. opte pour la décadence de la lumière solaire.

Tanizaki a une conscience aiguë de l’ambivalence du 3. c’est un excès. respectivement de tonicité et comme émetteur ou bien comme réflecteur. Cette préséance que nous Ainsi. c’est une couleur violente. /mat/ étant pour le Micro-Robert ce « qui le désigne comme l’« outrenoir»: n’est pas brillant ou poli». ce sont la justesse et autorité – presque toujours – décisive. qui importent.3 Le noir hyperbolique de P. nous retenons le /satiné/. identification des valences et des agents qui les Le choix de la couleur noire est pour Soulages le servent. Pour moi. nous sommes en champ mental autre que celui du simple noir […]. le noir. pour la tonicité réflectrice. nous sommes fondé à «Outrenoir» pour dire: au-delà du noir une lumière reflétée. il nous suffit de nous mettre à l’écoute de la beauté de nos demeures» 37. la série qui Et pour notre propos. pas du tout. c’est autant la réflexion optique que la tonicité de la noirceur qui explique son tonicité croissante 53 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . 38 C’est à partir de ces données que nous proposons d’établir. 39 présence d’une aspectualité «négative ». lequel réclame. du caractère inéluctable Si l’ouvrage de Tanizaki explore admirablement les de la concession au plan syntaxique. par contraste entre le noir et le blanc. une passion… Je n’ai rien éliminé. face au Japon ancien. Soulages sens au plan paradigmatique. c’est le contraire: le noir. l’opposition directrice n’opère pas le sous-contraire tonique. Nous recevons /brillant/ et /mat/ comme distinction entre le noir selon qu’il est modalisé des sur-contraires. Soulages suggère une l’informe. devient émetteur de clarté. l’œuvre peinte de P. Outrenoir. La tensivité étant pour nous la littéralité inversement: « Or. selon accordons au témoignage de l’artiste n’est pas le fait Tanizaki. la littéralité étant indigente et diffuse qui est le facteur essentiel de la tensive. un qui reflète peu ou mal la lumière». la croissance de l’ombre et la décroissance de du préjugé. dissimilation du noir. puisque les plus arcanes de la matité. le « simple noir» et l’«outrenoir». transmutée par le noir. la lumière. Outrenoir. mais par bien que le Micro-Robert renvoie le /satiné/au toucher. mais une question de syncrétisme. le peintre d’atonie. et la brillance. des devenirs. noir qui cessant de l’être compte tenu de sa définition : ce «qui manque d’éclat. c’est la couleur d’origine. elle a dominé. parole du peintre. ce qui confère à la parole du peintre une sont des procès.2 La structure élémentaire de la tonicité réflectrice s’est imposée. Soulages vise pour l’un sont changés en moins pour l’autre. de lumière secrète. puisque le /terne/ reflète un peu et le /mat/. elle 3. la stabilisation et la pérennité d’un univers de choix de la tonicité «en personne»: discours deviennent difficilement pensables. accordée à l’observation de l’effet résultant de ses efficients. Pour Encore une fois. recevoir /terne/ comme le sous-contraire atone. par différenciation tensive entre puisqu’il le donne comme «lisse et doux au toucher ». c’est précisément cette lumière même ou. En effet. mais comme ce l’affirmaient. ce qui revient au même. sans cette propres démarches. ce sont la l’ajustement de leurs tempos respectifs ainsi que qualité de son attention et la longueur du temps l’identification des sujets opérateurs compétents. l’Occident demande la décroissance de Comme les témoignages concernant Rothko l’ombre et la croissance de la lumière . comme s’il importait davantage de s’opposer à soi-même que de s’opposer à s1 s2 s3 s4 l’autre: brillant satiné terne mat récepteur mat récepteur brillant sur-contraire sous-contraire sous-contraire sur-contraire « simple noir » « outrenoir » tonique tonique atome atone redoublement relèvement Selon le peintre lui-même.

par sa rigueur et son invention. n’a pour elle [rapprochement versus éloignement]. qui sont respectivement la direction selon cette présentation. acquis : des déplacements. la tonicité Nous continuons à appeler cela du noir. à la manière des substantifs mêmes. si l’espace de l’informateur absorbe. il a fait de la vécues et les satisfactions éprouvées. la lumière qu’il émane dans le plan du terminologique adoptée. il « obéit». ce que sont pour Soulages le temps catégories. Si la démarche de Soulages est assurément exemplaire elle serait subordonnée à un tremblement valenciel. POUR FINIR La réflexion calculée de la lumière par le noir La perspective de Soulages est celle de l’efficience et devient le plan de l’expression d’une semiosis du calcul. le dissocie ce que la peinture traditionnellement noir tient lieu de programme d’usage et la « lumière qui compose. Toutes choses étant égales. l’œuvre de Soulages présente une crée un espace devant la toile et le regardeur se trouve caractéristique exemplaire. à la troisième dimension. 42 4. la tonicité émettrice contenu: opérerait avec les sur-contraires [s1 & s4]. mais la lumière. Les valences ne sont pas des grandeurs transculturelle. quand nous travaillent l’espace dont le sujet s’institue le centre. La autre chose qui est en action. celui du devenus des instruments de la poésie de la toile» 43. eu égard en englobant. au point que j’ai pu dire que mon présence du point de vue paradigmatique aurait pour outil n’était pas le noir. son principe était déjà tributaire. dans la mesure où elle dans cet espace» 40. ce qui donne lieu à la tension qui indistinguent entre l’ouvert et l’ouvrant. enfin. subjectivité et l’objectivité 45. ou tout au moins à se laisser déporter de son milieu dans lequel baignent les formes peintes. le noir s’inscrit dans le plan sensibiliser les valences 44. qui convient à la doxa. le fermé [adhérence versus inhérence]. peut-être transhistorique. choix : «La lumière venant de la toile vers le regardeur Pour l’analyste. il faudrait disposer de termes liés ensemble». lumière avec du noir» (ce qui contrecarrait toutes les théories impressionnistes d’alors). 41 assiette un différentiel propre à la dimension ou à la sous-dimension élues. c’est tout réflectrice avec les sous-contraires [s2 & s3]. l’agent et le le regardeur se trouve dans cet espace». enfin la tension entre la et le fermant. la cohérence. elle naît de la toile » de programme de base . que la commodité et la routine. Le traitement de l’espace «ouverture » et «fermeture ». le plus souvent mais non exclusivement. Dans une perspective narrative. eux-mêmes dirigés par les attentes un jour: «Manet est plus fort que nous tous. Selon la convention de l’expression. retenons pour l’espace la tension [ouvert versus fermé]. Du point de vue syntagmatique. des avancées et des reculs de Matisse me cite un mot de Pissaro sur Manet. à savoir la lumière et la couleur. c’est propension au rapprochement. il une révolution spatiale affectante qui est visée : le substitue l’inhérence à l’adhérence. indissociablement. mais pour rendre sa c’est-à-dire le « degré d’intimité avec lequel deux objets sont spécificité sémiotique. patient. en second lieu. il accuse le pôle de la «avale» celui de l’observateur: «la lumière venant de la subjectivité. Hjelmslev instruit leur plan du qu’elles sont dans la mesure où elles sont ce qu’elles contenu dans les termes suivants: trois dimensions font ou se font. puisque le «regardeur» est toile vers le regardeur crée un espace devant la toile et syncrétiquement. il reproduit en premier lieu la Selon Soulages. mais des «efficiantes»: elles font ou se font ce Catégorie des cas. Dans La posées. Pissaro lui disant l’observateur. au gré des plastique ne semble pas faire appel à d’autres actes ou des états. Lorsque Soulages invite l’observateur à se et l’espace: «L’espace et le temps cessent d’être le déporter. ils sont propre espace vers celui de l’informateur. en réalité. lesquels sont. tableau. c’est-à-dire une tableau est « bon » si l’informateur d’englobé se change intériorité «inessive » à une extériorité . dans une virtualise la couleur et demande à la seule lumière de perspective sémiosique. volume 31 numéro 3 • P R O T É E 54 . en fonction des passages cités.

p. 2. 18. Œuvres complètes. 2000. p. Fontanille. quand la surface de l’enduit semble plus sage. à propos de la gravure de permettons de changer le participe passé car dans le règne de Rembrandt. Fontanille et C. à la différence du binarisme. 43. d’actions parfois et d’une lumineux pour souligner les formes linéaires données à la matière. 268. Fanlac. 104. cit. Paris. Ibid. Catalogue de l’exposition Soulages. Catalogue. mais non le absolument comme des demi-lumières. 27. op. Gœthe. lorsqu’étant mélangées leurs qualités spécifiques se qui soulignons. Paris. G. Michaux : « Une pensée. J. du Rouergue. et on verra nettement 1992. Ibid. p. qu’elle élit la lumière comme constante et constituée par une armature de lattes en quadrillage serré. Brionne. seulement parfois des oppositions moindres et en continu de magique de cette pensée sur celui qui l’a pensée. Selon H. 23. (voir note 26). p. Cf. Le contraste des à-plats et des stries dans les tableaux de Soulages est 19. Paris. l’objet pour acquérir une vie propre » (ibid. 38. 15. cit. Flammarion. 99-100 et p. Et Bachelard d’ajouter : « Quel mérite. cit. 113). 1977. Ibid. p. luminosité » (M. 44. ombreux et d’un noir génératrice d’autres pensées. 54. p. 22. coll. L. A. 10.. Éd. G. J. H. J. op. C’est nous qui soulignons. Les Figures du discours. elle n’envisage pas les 26. Cajarc. op. Renoue d’ordre tensif : « Les stries jouent du contraste. dans sa petite Passion gravée sur bois. Paris. Paris. Paris. p. Ibid. autrement. op. A. Le gris regard. Fink. En premier lieu. Zilberberg. 707 (c’est nous qui soulignons). 52.. op. Bachelard ose le corriger : « Pour sentir cette image. [réciprocité vs non-réciprocité] entre ces termes. p. 149. Intensité. La Peau de chagrin. P. Corti. Ibid. en effet la neige aurait-elle 37. Seuil. 49-57. Cité par C.. poche ». 52. 1998. op. p. Marchand. p.. Munich. Triades. également J.. 1997.. termes. p. Ibid. Gallimard. 225. Dans le glossaire. 1989. J. une pensée-sentiment compte. 33. 102. dans Matisse. 1992. tient à ceci que. I. Wölfflin note : «Que l’on compare l’imagination. p. Selon H. d’être blanche si sa matière n’est point noire ? ». Le Nouveau Commerce. Liège. 1971. op. p. nous nous 28. il n’y a pas action directe. p. Sémiotique des passions. p. « Bibliothèque de la Pléiade ». Tension et Signification. coll. Mais. 17. 89. p. Gœthe. p. p. La minutie des analyses de certains tableaux de Soulages par M. classique a conçu un idéal de clarté absolue que le XVe siècle n’avait 40. Traité des couleurs. p. gris » (ibid. 51. Gallimard. Il y a un certain seuil. J. compte vol. Maeght. Prolégomènes à une théorie du langage. La 30. no 3. Paris. op. Paris. Ibid. Ibid. Ibid.. soupçonné que confusément. 13. 38. 4. Paris. Itten. Art de la couleur. Toulouse. La Terre et les rêveries du repos. Publications orientalistes de 29. Du Marsais. 1954. ou même fonctionne dans ce système comme une preuve péremptoire : « c’est remplacés par des portes vitrées ». Paris. J. Greimas. Paris. caractérisation doit pour l’instant davantage à l’intuition qu’à l’analyse. L. J. Bachelard. p. 91. 8. p. Une description de sept peintures de Pierre Soulages ». 1987. op. Fontanier. Traité des Tropes. 27.W. M.). p. permanente. 34. 128- rayonner… ». du France. p. des demi-ombres » (ibid. une pensée-sentiment est l’opposition entre intensités d’un noir profond.. coll. abandonné » (Principes fondamentaux de l’histoire de l’art. Les Abattoirs. à partir duquel. Éd. Paris. p. 210. 2000. Nous dirons donc : “Le cette pièce à une composition comme celle des Pèlerins d’Emmaüs de bleu est l’obscurité devenant visible” ». de velléités. 27.W. Tanizaki. lumières.. Cité par C. Dürer. Catalogue d’exposition. 2001. massive.196. toute surface proposée manifeste un 16. La Catégorie des cas. cit. J. 54. Conques. Mardaga. Musée d’art moderne. elles produisent une teinte d’ombre. p. Wölfflin. cf. p. Tanizaki. P. 37.). Tanizaki. cit. p. 86-87. Hjelmslev. p. Ibid. jusqu’à quel point l’éclairage s’est développé ici indépendamment de 5. 137-139.. (Tanizaki. confirmation. de 20. De même. Gœthe. cit. Soulages. 14. et que le XVIIe a délibérément 41... .. 1992. J. le shôji est défini comme une « cloison mobile la dépendance de la lumière. 24. Dengreville. Paris. « Le Livre de 1. « Bibliothèque de la Pléiade ».. 1999. Paris. 43. 208. c’est que l’époque 39. Renoue et R. différentiel de tempo. p. Cité par A. Gallimard. 57. 9. 228). op. Tanizaki. […] Aujourd’hui les shôji sont le plus souvent précédés. 48. Éloge de l’ombre. P. 34. cit.G. 55 P R O T É E • volume 31 numéro 3 . 12. Bachelard. de Balzac. p. Soulages. J. 1991. C. 3. Tanizaki. . H. Stoullig.W. mais pas avant. G. p. op. Claudel ayant écrit : «Le bleu est l’obscurité devenue visible ». Rothko. moins intensive avec extrême concentration. 56 p. p. Greimas et J. 129. Périgueux. 42.. cit. cit. 2. éventuellement nul ou mal calculé. Baudelaire. . « “Des stries et du noir” aux rythmes et aux intensité dans l’unité. Wölfflin. Protée. op. sur laquelle la couleur comme variable : « […] il faut considérer les couleurs on colle un papier blanc épais qui laisse passer la lumière. Hjelmslev. Ibid. 271. p. 17). 23. 1968. 42.N OTES 21. 7. voilà qui est indispensable.. Renoue. de 24. 56-60 . p. p. t. même si cette 17. 14. La supériorité de la position hjelmslevienne 25. P. sans une certaine extrême. pour M. ibid. 6. Corti. compte vraiment et prend un pouvoir. 1993. mais les relations alternatives possibles [dépendance vs 1992. cit. 35. Dessain & Tolra. Wölfflin : « Ce qui est remarquable. Les Pèlerins d’Emmaüs.) neutralisent réciproquement. hiver 1999-2000. Elle pourra même 45. il n’y a pas de participe passé. fugitive transformation générale. cit. Monfort. p. P.. Tanizaki. Éd. p. p. cit. 108 – c’est nous pourquoi... Renoue apporte à notre hypothèse d’ensemble une double 15. 103. 36. p. p. Paris. Œuvres complètes. J. H. Minuit. 100. théorie de Gœthe se caractérise par le fait qu’elle place la couleur dans 31. intensité. J. p. un 32. 1962. interdépendance]. De l’imperfection. Rodez. Stoullig. p. W. 11. 377. P. L’Air et les Songes. Éd. 1993.

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