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Préparez-vous à être surpris. .

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GWEN CATALÁ

Préparez-vous à être surpris. .

Extraits

© Gwen Catalá - 2009

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Préface

Tout acte ou décision implique un choix  ; celui-ci restant


indéniablement inscrit dans le cheminement de nos vies.
Qu’en est-il d’une émotion ?
Si celle-ci, base de notre Être profond, ne nous appartenait
pas totalement ?
Lors d’une situation intense ou d’un violent traumatisme
psychique, pourrait-elle exister, persister sur une base non
corporelle  ? N’étant plus soumise à des facteurs de temps,
mais assimilée à une énergie libre, et éternelle...
Imaginez si en ce nouveau millénaire, l’Humanité possédait
enfin le moyen de capter cette énergie.

... Que verrions-nous ?


... Que ressentirions-nous ?
Qu’adviendrait-il de nous ?

Ne nous induisons pas en erreur par quelques espérances ou


ambitions erronées. Il existe des choses que notre esprit se
refusera toujours à nous révéler. Quel qu’en soit le prix,
quels que soient les moyens à employer, il fera tout pour
garder son secret sauf.

Aussi, préparons-nous à être surpris !

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« Omnes vulnerant, ultima necat. »
(Les heures blessent toutes, mais la dernière tue.)

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I.
Dans la nuit, tous les chats sont gris.

Au plus profond de la campagne anglaise et


dans la noirceur de cette nuit de février, tandis que
quelques bancs de brouillards épars roulaient et
enveloppaient les vallons alentour, Yves courait à
en perdre haleine.
Des traces de sang disséminées sur ses
vêtements, ses frêles mains encore adolescentes et
son visage ; le jeune homme tentait de se frayer un
chemin au travers des jeunes hêtres aux
branchages touffus. Le sentier était très accidenté
et caillouteux. Yves eut toutes les difficultés du

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monde à en discerner les contours. Mais sa peur,
toujours plus grande, le poussa à détaler tel un
animal traqué. Semblant vouloir échapper à
quelque chose, ou à quelqu’un, il ne cessait de se
retourner ; visiblement très effrayé.
Tandis que, au-devant, l’épaisse forêt
s’enfonçait vers l’inconnu, Yves fuyait  ; comme
pourchassé. S’agrippant à tout ce qui pouvait
passer entre ses mains et la respiration frénétique,
il courait encore et toujours.
Courant d’une cime à l’autre, le brouillard se fit
plus dense. De cet air froid devenu subitement
plus piquant, l’humidité ambiance se mit à lécher
la frondaison des arbres.
Dans sa course effrénée et cherchant
péniblement son chemin  ; fallait-il encore qu’il y
en ait eu un ; Yves se blessa à la joue et un filet de
sang vint tinter le sol. Le jeune homme ne s’arrêta
pas pour autant. Il continua de fuir de plus belle.
Fuir, tel était son objectif. Fuir au plus vite,
comme si sa vie en dépendait.
Yves était épuisé. Surplombant son visage
d’ange à l’air niais, ses cheveux hirsutes lui
masquaient le regard. Se dégageant le front d’un
geste prompt, un faible rayon de lune laissa

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entr'apercevoir la frayeur présente dans ses yeux.
Au loin, un bruit sembla se rapprocher. Le bois
était calme et les sons étouffés par le brouillard.
Mais lui l’entendit. Faisant fi de cet apparent
silence, il sut que cela se dirigeait en sa direction.
« Ça » le pourchassait.
Manquant d’oxygène, Yves bondit bien à l’abri
derrière une souche d’arbre. Ses mouvements
étaient désordonnés, chaotiques. Le regard fuyant,
il tenta de discerner une quelconque présence
suspecte. Ses yeux avaient plus les traits d’un
enfant que ceux d’un adulte. Cherchant à
identifier les éléments l’entourant, chaque feuille,
brindille ou fourré fut ausculté.
À proximité, pas un quidam hormis quelques
ombres menaçantes et inquiétantes.
— Peut-être est-elle là  ? Bien cachée...,
m’observant et attendant que je baisse ma garde...
Yves ne voulait, ne pouvait être pris.
Cela n’allait pas se passer ainsi. Il ne viendrait
pas à son tour enrichir sa collection de trophées de
chasse. Ne demandant pas son reste et ne voulant
certainement pas attendre ce qu’elle lui avait
réservé, il reprit sa course de plus belle. Sur le qui-
vive, il effectua un bond rapide sur le côté. Tendu,

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il virevolta et se retourna à plusieurs reprises  ;
avant d’effectuer une longue enjambée au-dessus
d’un épais arbuste.
Dans son dos, le bruit, celui qu’il pressentait si
menaçant pour sa vie, se tut. Et de l’obscurité, la
rosée de l’asphalte brillant apparut finalement
sous les reflets de la Lune.
Il y était arrivé. Yves avait réussi à rejoindre
cette petite route dont il se rappelait l’existence.
Éructant de joie, il s’allongea sur le sol. Il ne
rêvait pas, c’était bien elle. Par peur qu’il ne
s’agisse d’un mirage, ses mains rouges-sang
vinrent caresser, tâter le bitume.
Il était si heureux que son corps tout entier se
mît à trembler. Pour autant, il ne cria pas victoire.
Il était encore loin d’être sorti d’affaire. Alors
qu’un léger souffle lui titilla la nuque, Yves se
releva et durant quelques secondes, chercha à
reprendre son souffle. De son cœur s’emballant, il
sut que cette halte avait suffisamment duré.
Inspirant à nouveau le plus possible, il reprit sa
course effrénée.

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Il était tard. Judy Perkins effectuait son trajet
habituel la séparant de son domicile de Stadishall ;
à une cinquantaine de kilomètres de Cambridge.
Éreintée par sa journée de travail, la jeune
trentenaire conduisait prudemment sa Volvo
blanche en essayant de ne pas succomber à la
fatigue.
Certes, son petit bourg se trouvait assez loin du
cabinet dentaire où elle officiait avec son beau-
frère. Mais le calme de la campagne en valait la
peine. Et espérait-elle, cela lui permettrait d’élever
ses enfants en toute quiétude.
Roulant d’une allure modérée le long de Broad
Road, Judy ralentit brièvement à l’approche d’un
embranchement. Malgré l’absence de toute
circulation, sa prudence, que son époux trouvait
excessive, ne faillit pas. Après avoir marqué l’arrêt
et regardé attentivement chaque côté, la vieille
Volvo toussota et Judy tourna sur sa gauche,
empruntant comme à l’accoutumée la petite route
la menant chez elle.
Il faisait nuit depuis près de deux heures à
présent. De la Lune naissante, Judy aperçut le
brouillard. Sa conduite se fit donc plus modérée.
Abordant une longue ligne droite, la jeune femme

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qui était très coquette en profita pour se refaire
une beauté. N’ayant aucun autre véhicule à part
le sien, Judy pensa qu’elle ne risquait rien. En
outre, son mari devait d’ores et déjà être rentré.
Ne manquant pas de l’attendre avec impatience,
celui-ci serait des plus rassurés en apercevant sa
tendre et douce toute pimpante.
Tout en se regardant brièvement au travers du
rétroviseur central, Judy soupira à la vue de son
état de fatigue. Se passant la main sur des cernes
plus que prononcés, elle en déduisit qu’un léger et
subtil ravalement de façade ne serait pas du luxe.
Ouvrant d’une main habile son sac à main sur
le siège passager, elle sortit un coton imbibé de
fond de teint qu’elle étala avec générosité sur le
contour de ses yeux.
La Volvo filait à présent à bonne allure et la
brume, toujours plus présente, enveloppait le
paysage alentour. À l’intérieur du véhicule, une
douce musique de pop anglaise baignait
l’habitacle.
Cette rectification faciale effectuée, Judy prit
son téléphone portable et appela son mari.
— C’est moi, mon chéri. Je devrais être là d’ici
une vingtaine de minutes. Je sais, il est très tard.

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Tu connais ton frère, il ne compte pas les heures
de boulot.
Sous les roues de l’auto, les virages
commencèrent à défiler.

❧❦❧

Longeant cette route plus accueillante, Yves


avait ralenti sa cadence. Il s’était même permis à
espérer, à penser naïvement qu’il lui avait
échappé. Mais cet apaisement plus que relatif ne
dura pas. À quelques mètres, des branchages se
mirent à s’agiter violemment.
Son cœur s’accéléra et de grosses gouttes de
sueurs, mais surtout de peur, perlèrent le long de
son visage tuméfié et sali de terre. Les yeux
révulsés, Yves était en prise à l’effroi. Sans l’ombre
d’un doute, il sut que c’était pour lui «  qu’elle  »
était venue.
S’arrêtant net, Yves se retourna en direction du
bois.
— Je sais que tu es là, que tu m’entends.
Le bruit se rapprocha plus encore. Le brouillard
devint plus épais, plus opaque. Et bien que celui-ci

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étouffât les sons, Yves perçut distinctement des
bruits de pas.
Il en fut certain. « Elle » approchait.
Tout cela n’allait donc jamais finir  ? Tournant
la tête de tous côtés par une suite de mouvements
vifs et frénétiques, Yves perdit pied.
Les pas se rapprochèrent plus encore.
Sur sa gauche, à une centaine de mètres, un
halo blanchâtre vint envelopper cet air si
étouffant. Yves se mit à se moquer. Et des lèvres
s’écartant, de ses pommettes se plissant  ; son rire
devint puissant, irrésistible.
— Tu entends  ? C’est une voiture. Mange ça
dans tes dents !
Son sourire retomba. Dans son dos, des bruits
de pas résonnèrent lourdement dans la nuit. La
peur au ventre, il s’arrêta net tandis que plus loin,
la proximité du véhicule se précisa. Cette
promesse d’une libération imminente lui étreignit
le cœur. Il se retourna en direction des branchages
puis, rapidement, revint sur la lumière toujours
plus proche.
— Jamais ! Jamais tu ne m’auras ! hurla-t-il de
tout son être.

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N’attendant pas son reste, alors qu’une ombre
informe fit son apparition, Yves commença à
courir. Le jeune homme y mit tant d’ardeur qu’il
finit par se déchirer un muscle du mollet. Mais la
douleur lui importait peu. Seule comptait sa
promesse future de libération.
— Jamais  ; espèce de détraquée. Jamais je ne
viendrais rejoindre ta collection... ; murmura-t-il
tout en fondant en direction de cette lueur
salvatrice.

❧❦❧

Toujours au téléphone, la jeune femme regarda


à nouveau dans son rétroviseur, avant d’abaisser
son regard en direction de l’autoradio. Celui-ci
diffusait à présent un rock bien graveleux, ce qui
déplut à cette mère de famille un peu prude.
Coinçant son portable tout contre son épaule,
Judy entreprit de changer de station. Effectuant
c e t t e m a n œ u v re p e u re c o m m a n d é e e n
conduisant, son cellulaire finit par glisser de son
oreille.

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Confiante, Judy ne ralentit pas pour autant.
Tandis que la Volvo se mit à embrasser un large
virage sur sa gauche, à l’extérieur, la brume fit
subitement place à un épais brouillard.
Sentant le combiné se dérober, Judy donna un
léger coup de volant et le rattrapa de justesse. Son
mari, entendant des sons plus qu’étranges,
s’inquiéta.
— Tout va bien, ma chérie ? demanda-t-il à sa
femme.
Ayant repris son portable en main, elle lui
répondit non sans agacement.
— Ce n’est rien mon amour. Je voulais
simplement changer de station et mon téléphone a
glissé ! rétorqua-t-elle d’un ton rassurant.
Alors que le véhicule sortit de sa courbe sans
grande visibilité, le visage de Judy se masqua de
stupeur. Lâchant son téléphone, n’ayant pas même
le temps d’effectuer une manœuvre d’évitement,
elle plaqua ses deux mains tout contre son volant.
Son mari, toujours en ligne, ne put entendre
autre chose qu’un brusque bruit de freinage  ;
avant qu’un lourd choc ne retentisse. Puis, plus
rien ; mis à part le néant.
— Judy ? Ma chérie, tout va bien ?

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Aucune réponse ne vint le rassurer. À présent,
personne ne pouvait lui répondre. Sa douce voix
s’en était allée.
Sa chute amortie par une motte d’herbe, le
combiné avait été projeté hors de l’habitacle lors
de la violente collision frontale que venait de subir
Judy.
À dix mètres de la Volvo froissée dont les
disques de freins fumaient encore, un corps se
trouvait à terre. Étendu à même l’asphalte, au
milieu de centaines d’éclats de verre, Yves venait
d’être percuté par Judy Perkins.
Mère de trois merveilleux enfants, épouse d’un
mari attentionné et dentiste aux mains douces
autant que rassurantes, son front se trouvait à
présent profondément encastré dans le volant de
sa chère Volvo. Celle-là même que Judy rechignait
tant à remplacer par une auto ayant au moins le
minimum de sécurité ; à savoir un airbag.
La tête enfoncée dans son buste et le canal
rachidien totalement explosé, un doigt de sa main
bougeait encore tandis que dans ses yeux
devenant vitreux, le visage de ses enfants chéris se
refléta pour la dernière fois.

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Les mains en partie décharnées et la mâchoire
brisée, Yves tenta comme il le put de tourner la
tête en direction du véhicule immobilisé au milieu
de la route.
Ses yeux étaient couverts de sang et il ne sentait
plus le bas son corps. Le jeune homme essaya de
bouger, mais n’y parvint pas. Seul un profond râle
se fit entendre. Tout en tremblant, il regarda avec
appréhension ses jambes. Un cri de douleur
transperça le calme de la nuit. C’était Yves qui
venait de découvrir une fracture ouverte sur sa
jambe droite. L’os, ainsi mis à nu, lui empêchait
tout mouvement.
Faiblement, une voix s’échappa du téléphone
toujours en communication.
— Judy, réponds-moi s’il te plaît. Est-ce que
tout va bien ?
Le mari de Judy n’obtint qu’un léger râle
comme réponse.
— Oh mon Dieu  ! Je crois que Judy vient
d’avoir un accident, annonça-t-il avec affolement
à son plus jeune frère présent à ses côtés.
Le regard tourné en direction du véhicule, Yves
essaya comme il le put de se rapprocher. D’une

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voix faible, il tenta de demander à l’aide. Derrière,
les branches recommencèrent à s’agiter.
— Je vous en prie, aidez-moi...
Nul son, nulle parole ne vinrent le réconforter.
Seules les lueurs orangées provoquées par les feux
de détresses de la Volvo se firent complices de sa
douleur.
N’arrivant plus à bouger, sentant le froid
l’envahir, la tête de Yves vint choquer le bitume.
Ses yeux commencèrent à se voiler et les ténèbres
l’envahirent. Le téléphone portable, qu’il fixait
péniblement, finit par ne plus être qu’une pâle
lueur dans une obscurité grandissante.

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II.
Marie K. Cunningham.

« Je sens que mon corps se meurt... »


La jeune femme, seule, se tenait endormie dans
sa chambre.
Comme chaque soir, de trop nombreux soirs,
Marie avait longuement révisé ses fiches sur le
comportement des schizophrènes. Vers vingt-trois
heures, tandis qu’elle finissait de relire plusieurs
articles faisant état des niveaux de conscience, elle
ava i t fi n i p a r s u c c o m b e r à l a f at i g u e.
Machinalement, elle s’était rendue dans sa

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chambre afin de profiter d’un sommeil amplement
mérité.
À présent, la jeune femme dor mait.
Profondément, certes. Mais pas sereinement. Et
malgré un faible courant d’air s’engouffrant
subrepticement par la vaste fenêtre à persienne de
la pièce à coucher, de fines perles de sueurs
roulaient délicatement sur son front avant de
disparaître  ; leur course effrénée s’achevant par-
delà le drap en satin recouvrant le lit.
Dans sa torpeur, la jeune femme transpirait.
Instinctivement, la jambe de Marie ôta le drap
la recouvrant. Seulement vêtue d’une chemise de
nuit transparente aux tons mauves, sa poitrine aux
formes généreuses et pommelées esquissa de
rapides va-et-vient.
Haletant et frissonnant, Marie transpirait de
plus en plus. Sa respiration était difficile. Pourtant,
la nuit n’était pas bien chaude, loin de là. Marie
l’admettait volontiers. Le temps avait une fâcheuse
tendance à se montrer capricieux depuis plusieurs
années.
Quelques semaines auparavant, il avait même
neigé sur le comté du Cambridgeshire. Un fait
assez rare pour qu’il lui reste en mémoire. Mais en

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ce mois d’avril, des prémisses annonçant un été
clément, la douceur semblait s’être finalement
installée sur le Royaume-Uni. Aussi, la
température ambiance de la chambre était on ne
peut plus agréable.
Loin de toutes ces considérations
atmosphériques, Marie suait à grosses gouttes. Elle
remuait tant que ses draps rosés, ayant résisté
autant que faire se peut à ses assauts nocturnes, se
trouvaient à présent sur le sol. Le sommeil de la
jeune femme, de plus en plus agité, démontrait
b i e n q u e c e l l e - c i s e m bl a i t e n p ro i e à
d’indéfinissables visions dans ses rêves.
Marie s’était pourtant couchée tôt !
Vivant seule, elle ne passait que très peu de
temps dans cette petite maison d’Emmanuel Road
qui ne manquait pourtant pas de charme. Marie,
qui ne tolérait aucun superflu, passait néanmoins
un temps considérable à la tenir parfaitement
rangée ; chaque objet se devant d’être à une place
bien définie. Mais la quiétude des lieux ne parvint
pas à masquer ce qu’il se tramait dans la chambre
à l’étage. Même le doux parfum des lilas en fleur
de Christ’s Piece Park ne put apaiser Marie, dont

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les yeux roulaient frénétiquement sous ses
paupières.

« Est-ce la fin ? À présent, je crois que oui. J’entends du


bruit. Qui est-ce ? Qu’en est-il pour moi ? Si seulement il
me restait assez de force pour bouger. Si seulement je
parvenais à hurler ; ou ne serait-ce qu’à crier ? J’aimerais
tant comprendre. Pourquoi moi ? »

Brusquement, la respiration de Marie


s’emballa. Telle une complainte, elle laissa
s’échapper du plus profond de sa gorge de petits
bruits étouffés. Semblant sortir du néant, des
p l eu r s s u r v i n ren t. B i en q u e q u a s i m en t
imperceptibles, ceux-ci étaient insoutenables  ;
comme mutilés.
Ce qu’était en train de vivre Marie dans ses
songes l’effrayait et la tétanisait.
Au fur et à mesure que la jeune femme souffrait
dans son sommeil, ces pleurs se perçurent plus
nettement, plus distinctement. Pis encore, ils
furent accentués par la respiration chaotique de
Marie. Malgré leur apparente détresse, leur réelle
provenance n’aurait pu être clairement identifiée.
Venaient-ils de l’extérieur  ; d’une maison
adjacente ? Ou peut-être d’une pièce mitoyenne ?

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Ils étaient ici, et là  ; omniprésents. Comme si la
pièce elle-même souffrait.
— Cette voix. Il me semble... Comment ai-je
pu être aussi stupide ?
Les pleurs se firent plus précis. C’était des
sanglots. Très certainement d’une voix féminine.
Et aux vues du timbre de voix et de l’intonation
fluette, sûrement d’une jeune fille.
Marie, en profonde apnée, semblait nettement
plus vivre cette complainte que simplement
l’entendre.
Alors que les pleurs, geignements mêlés de cris
d’angoisse et de peur, s’atténuèrent, un hurlement
effroyable transperça d’horreur la chambre.
Tandis que ce terrifiant tumulte, tout droit sorti
d’un abîme profond et sans image, continua de
résonner, Marie s’éveilla en sursaut.
Cette fois-ci, la jeune femme l’avait
parfaitement entendu. Avec précipitation, et non
sans peine, elle se redressa. Essoufflée, elle fut
totalement paralysée par ce brame innommable
lui glaçant le sang.
Hagarde, perdue, elle chercha du regard.
Scrutant, détaillant le moindre objet, Marie tenta
de raccrocher son esprit embrumé à un élément

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familier. De ses yeux embués, elle ne reconnaissait
pas l’endroit où elle se trouvait ; ni tout à fait qui
elle était.
Après quelques secondes d’affolement total, sa
vue se clarifia. Peu à peu, Marie reprit ses esprits.
— Je suis dans ma chambre, pensa-t-elle d’un
ton apaisé.
Clignant des yeux, elle essuya la sueur de son
front.
Encore sous le choc de ce réveil plus que brutal,
Marie fut obligée d’aller chercher profondément
sa respiration. Essayant tant bien que mal de se
calmer, elle tendit la main en direction de sa table
de chevet. Tapotant de ses doigts fins, elle chercha
le verre d’eau qui était comme toujours disposé
près d’elle. Avec calme et application, elle l’amena
tout contre ses lèvres et en but d’un trait le
précieux liquide.
— Ça va mieux, se dit-elle afin de se rassurer.
Parfaitement réveillée, Marie en profita pour
reprendre peu à peu son souffle. Allumant la
vieille lampe accrochée au-dessus de son lit, elle
regarda l’heure inscrite sur son vieux réveil à
aiguilles. Trois heures du matin. Elle fronça les
sourcils.

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— Une bien mauvaise heure pour de bien
mauvais songes...
Voulant chasser bien loin de son esprit ces idées
noires, elle ouvrit délicatement le tiroir de son
chevet et en sortit un épais carnet. Celui-ci
semblait déjà avoir fortement servi ; sa couverture
en simili cuir rose étant fortement usée par les
années.
L’apposant tout contre sa poitrine, elle se mit à
expirer de soulagement. Le regardant quelques
instants, la vue du titre gravé en lettres argentées
la réconforta.
— Mon Livre des Secrets.
La simple vue de son précieux fit aller
nettement mieux la jeune femme. Se passant la
main sur le visage, elle sentit que ses traits étaient
moins marqués que lors de son réveil. D’une
sérénité toute retrouvée, Marie se mit plus à l'aise ;
redressant son buste afin de s’appuyer contre la
tête de lit. Non sans une légère hésitation, elle
ouvrit son carnet et le feuilleta.
Absorbée par la lecture de ses derniers écrits,
elle ne transpirait plus. À présent, tout allait bien.
Et Marie le savait mieux que quiconque. La
première des choses à faire, c’était de se calmer et

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de canaliser sa respiration. Ceci, afin de bien
irriguer son corps et son cerveau. Ensuite,
chercher du regard un élément familier.
L’important était d’accrocher son attention à un
objet quelconque. Cet exercice n’était pas exécuté
en vain ! Grâce à cela, elle aidait son esprit à sortir
de la brume ; le ramenant en toute quiétude à la
réalité.
Marie excellait en la matière. Depuis le temps,
elle était plus qu’habituée à tout cela.
Enfin apaisée, la respiration parfaitement
appliquée, elle prit sa plume et se mit à écrire.
Écrire, comme si rien d’autre n’existait...

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Huit heures cinquante-sept.

Au travers de la porte en bois laquée de blanc,


le carillon fit retentir sa douce mélodie.
Après avoir poliment sonné afin de prévenir
Marie de son arrivée, le Professeur Grant ouvrit la
porte. Il savait pertinemment que la jeune femme
était levée depuis l’aube et entra donc sans bruit.
Durant les nombreuses années auxquelles il s’était
employé à prendre soin de Marie, il avait pris
l’habitude de venir la voir ainsi. En outre, il avait
eu les clés de la maisonnée dès l'aménagement de
celle-ci. Et pour cause. C’était lui qui, à l’occasion
du vingtième anniversaire de sa petite protégée,
avait offert ce coquet trois-pièces faisant face à
Christ’s Piece Park.
Quoiqu’elle ait pu en dire, le professeur
effectuait sans relâche sa petite tournée matinale.
D’ailleurs, Marie ne s’en offusquait pas le moins
du monde. C’était ainsi  ; avant de se rendre à
l’Université, il visitait Marie pour s’assurer que
tout allait pour le mieux.
Passant le seuil de la porte, le professeur
marqua un arrêt.

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Ne dérogeant pas à la règle, il dit tout d’abord
bonjour au portrait de son ami ; le père de Marie.
Pour le vieil homme, cette démarche allait au-delà
du simple respect. C’était devenu, à chaque jour
que Dieu, dans sa grande miséricorde, consentait
à lui accorder, un véritable rituel. Tellement
immuable que jamais il ne se serait permis
d’entrer en ces lieux sans marquer sa révérence
devant le portrait jauni par les années.
— Je te l’ai promis, Richard. Je veillerais
toujours sur elle. Elle est si fragile. Pourtant, il
faudra bien qu’un jour elle affronte ses démons.
S’arrêtant sur une photographie de Marie plus
jeune, le professeur soupira longuement.
— N’aie aucune inquiétude, mon ami. Quand
ce jour viendra, elle sera prête. Ne sois pas
inquiet ; tout ira bien. Je sais qu’elle s’en sortira. Je
le sens.
Tandis qu’il caressait affectueusement le verre
poli du cadre photo, le professeur fut sorti de sa
léthargie par la jeune femme qui apparut, tel un
ange, du fond du couloir.
Le trouvant une fois encore sur le perron,
Marie lui sourit. En réponse, le vieil homme ôta
immédiatement son béret afin de marquer son

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bonjour. De son épaisse barbe, Marie put même le
voir esquisser un sourire.
C’était toujours un véritable bonheur pour le
professeur d’entrevoir la jeune femme à l’orée du
jour. Marie, c’était un peu comme la fille qu’il
n’avait jamais eue. Et l’ayant vu grandir, il la
considérait un peu comme telle. Car, quoi qu’elle
puisse en dire ou en penser, c’était un peu son
œuvre.
C’est qu’elle avait bien changé, cette petite fille
apeurée aux longues nattes tressées de couleur
miel qu’il avait recueillie voilà bien longtemps.
Posté à l’entrée, le professeur regarda Marie
avec fierté. En outre, aurait-il pu ressentir autre
chose que de la fierté envers cette tendre enfant ?
Gardant cette distance toute solennelle,
respectant son cercle d’intimité, il se mit à
l’observer avec attention.
Marie était à présent une très belle jeune
femme de vingt-cinq ans à l’éclatante chevelure
blonde, ondulant telle une crinière féline. Pleine
de vie avec ses grands yeux vert clair embrasant
son regard, la jeune femme possédait un réel
tempérament. Elle n’était pourtant pas bien

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grande. Mais son caractère réfléchi et avenant en
faisait d’emblée l’étoffe d’une gagnante.
Le regard plongé dans l’épaisse toison de sa
protégée qui vint à sa rencontre, le professeur
resta songeur. Il était relativement satisfait de son
éducation. Devant le sourire complice et
malicieux de la jeune femme lui déposant un
tendre baiser sur la joue, le professeur se
replongea dans ses souvenirs.
Car quoi qu’il pût en penser, ces dernières
années n’avaient pas été de tout repos.
Le vieil homme se rappela la tendre frimousse
de ce petit être si fragile, quelques heures à peine
après sa naissance. Elle semblait si calme, tant
apaisée. En temps normal, un nouveau-né devrait
pleurer, chouiner ou même hurler de douleur.
Comment pourrait-il en être autrement  ? Et
quoiqu’aient pu penser les médecins ou sages-
femmes ; comme ce monde devait paraître agressif
et violent lorsque l’on venait à peine d’être
expulsée, avec violence, du ventre maternel où ne
régnaient que douceur, chaleur et volupté.
— Elle s’appelle Marie !
Le professeur se remémora la douce voix de
l’heureuse maman, s’adressant à lui avec toute

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l’affection qu’elle portait à son ami ; celui-ci ayant
toujours été présent pour eux.
— Tu as parfaitement bien entendu  ! Avec
Richard, nous avons décidé de l’appeler Marie...
À l’écoute de ces seuls mots, la joie du
professeur s’en était trouvée à son paroxysme.
— Marie...
C’était le prénom de feue son épouse ; celle que
la maladie lui avait arrachée deux ans plus tôt.
Quel plus beau cadeau ses amis auraient-ils bien
pu lui faire  ? En outre, quel n’avait pas été son
bonheur quand de son visage larmoyant, le
professeur avait aperçu, au creux du bras
d’Élisabeth, un second enfant !
Voilà que ses amis de toujours, qui faisaient
partie intégrante de la famille à ses yeux, étaient à
présent les heureux parents de deux merveilleuses
jumelles se prénommant Alexandra... Et Marie !
Le professeur s’en souvint comme si c’était hier.
Et que d’allégresse son vieux cœur usé s’emplit !
Malheureusement, la vie savait aussi reprendre
les merveilleux cadeaux qu’elle était capable
d’offrir dans son infinie bonté. Parfois, cela
pouvait arriver de façon aussi brutale que
tragique.

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Comment ne pas se rappeler cela  ? Le
professeur, lui, n’oublierait jamais.
L’année passée, cela venait tout juste de faire
quinze ans. Quinze années que son cœur souffrait.
Et cette blessure, qui ne guérirait jamais, s’ouvrait
tous les matins lorsque le vieil homme passait le
seuil de cette maison. Toutefois, lorsque la jeune
femme apparaissait enfin à lui, ce même cœur s’en
trouvait immédiatement apaisé par un secret
espoir.
— Elle leur ressemble tellement ! se dit-il en la
regardant.
S’il existait réellement un dieu, comment
aurait-il pu rappeler aussi prématurément et de
façon aussi cruelle les parents et la sœur de
Marie ? Pour le professeur, cette question resterait
à jamais gravée en lui.
Tout ce qu’il savait, c’était que le 31 octobre
1989, on lui avait confié une tâche aussi ardue que
primordiale. Cette nuit-là, alors qu’il comprenait à
peine l’horrible drame dont venaient d’être
victimes ses amis ainsi que l’une de leurs filles, la
garde exclusive de ce bout de chou de neuf ans
totalement désespéré venait de lui être confiée.
Le professeur en avait eu le souffle coupé.

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Veuf et sans enfant, comment pourrait-il
assumer seul l’éducation de cette petite fille ? Une
fois encore, le père de Marie, son ami de toujours,
confrère et confident, lui donnait une mission
essentielle. Assurer ce qu’il n’était plus en mesure
de faire dès cet instant.
De ses questionnements récurrents, le vieil
homme à la barbe blanche parfaitement taillée
regarda affectueusement la jeune femme. Puis, il
soupira à nouveau.
— Comme tu as grandi, Marie. Toutes ces
années se sont écoulées avec une telle rapidité. À
présent, te voilà femme  ! ne put-il s’empêcher de
penser.
Lui caressant le bras, Marie regarda avec
tendresse son vieux professeur à la gabardine trop
grande et dont le kaki clair ne s’accordait
vraiment pas avec son costume de Tweed. Mais en
tout bon Écossais qu’il était, jamais le professeur
ne passerait outre cette tradition ; quitte à ne pas
être à la mode. Et de le voir prostré une fois
encore devant le petit autel dressé à la mémoire de
ses parents, son affection n’en fut que plus grande.
— Bonjour Professeur. Encore devant ce
portrait  ? Vous savez, vous êtes vraiment trop

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attentionné avec moi. Cette maison  ; ce poste de
recherche à l’Université en plus de mes études  ;
mon emploi à l’hôpital ; vos visites quotidiennes...
Je ne suis pas certaine de mériter tout cela.
William lui sourit. Bien qu’il ait, durant de
nombreuses années, imploré Marie de l’appeler
par son prénom, la jeune femme s’y était toujours
refusée  ; prétextant que jamais elle ne se le
permettrait. Mais le professeur savait que l’emploi
de son titre était une grande preuve de politesse et
de reconnaissance de sa part. Aussi, ne l’avait-il
jamais contredit. En outre, il était certain que
Marie aimait ce petit rituel. Lisant en elle avec
beaucoup de clairvoyance, le professeur savait que
cela la rassurait et lui permettait de mieux
extérioriser ses rêves.
— A l o r s , c e t t e n u i t  ? d e m a n d a - t - i l
méthodiquement.
Esquissant un sourire de gêne, Marie baissa la
tête. Quelles que soient ses réponses, le vieil
homme prononçait immanquablement ces
quelques mots.
Attentif, il observa, scruta sa réaction. Car
depuis quelque temps, l’état de Marie n’allait pas
en s'arrangeant. Alors certes, il connaissait bien le

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phénomène vécu par la jeune femme depuis sa
plus tendre enfance. Mais Marie avait grandi. Et
la nature du mal la rongeant avait peu à peu varié,
évoluant au fur et à mesure de sa propre
croissance. Ce qui l’inquiétait le plus, c’était ce
que semblait vivre Marie ces dernières semaines.
Et cela était sans compter sur l’internement de
l’un de ses amis ; une affaire étrange dont elle lui
avait parlé.
Observant plus encore sa tendre protégée, il sut
que tout ceci n’était pas anodin et cela l’inquiéta
plus encore.
— Je ne sais pas, Professeur. Depuis peu, c’est
devenu nettement plus violent. Mais aussi
beaucoup plus clair ! À présent, je suis quasiment
sûre que tout ce que je vois dans mes rêves est lié.
— Es-tu certaine de cela ? lui demanda-t-il. Ce
ne serait pas la première fois que des artefacts
d’anciennes affaires viendraient parasiter ce que
tu vois. N’oublie pas que le fil des événements de
tes rêves est avant tout subjectif. Et non rationnel.
— Je sais, Professeur. D’une manière ou d’une
autre, je suis persuadée que tout ceci a un sens
caché. Je ne sais pas encore comment je dois les

41
interpréter, ni comment y parvenir. Mais cela
viendra ; j’en suis convaincue !
Le vieil homme, préoccupé par l’état de fatigue
croissant de Marie, se rassura. Il était conscient
que celle-ci avait depuis fort longtemps appris à
rationaliser ses propres rêves. En partie, grâce à
son aide.
Déjà, dans son enfance, Marie avait réussi à
percer seule une partie du secret de ses affres. Cela
l’avait même conduit à aider à la résolution de
plusieurs affaires de mœurs. De fait, William avait
toute confiance en sa fille adoptive. Si quelqu’un
en avait les capacités, c’était bien elle !
— Tu prends toujours des notes ?
Marie lui montra l’épais carnet dont elle ne se
séparait jamais.
Apercevant la jeune femme tenir entre ses
mains si douces et avec tant de ferveur ce livret, le
vieil homme retrouva le sourire.
Il se rappela le jour où il avait offert ce « Livre
des Secrets  » à une petite fille terrorisée par la
sauvagerie et l’étrangeté de ses rêves.
— Ma petite Marie. Il y a des choses, en ce bas
monde, qui nous dépassent. Des choses étranges.
Des choses envoûtantes, qui nous poussent à

42
émettre des pensées interdites. Parfois même, des
choses extraordinaires. Si extraordinaires, que l’on
ne peut savoir si elles sont vraies ou simplement
inventées... Il y a également des actes gratuits de
méchanceté, provenant pour la plupart de gens
malades. Et de temps à autre, on ne saurait dire
pourquoi, il arrive à certaines personnes, comme
toi, de pouvoir ressentir cela. Notamment au
travers des rêves. Tu sais, ma petite Marie. Ce sont
des gens très, très spéciaux ! Prends ce carnet. Ce
sera ton Livre des Secrets. Il n’est rien que pour toi.
Aussi, à chacun de tes réveils, quels que soient
l’heure et le lieu où tu te trouves, notes-y
soigneusement tout ce que tu as vu et ressenti.
Mets-y tout ce que tu veux. Il n’appartient qu’à
toi. Tu seras la seule à y avoir accès et même ton
vieux tuteur ne pourra lire ce que tu y écris. Cela
t’aidera, tu verras.
Dès lors, la petite fille s’était lentement
t r a n s f o r m é e e n f e m m e  ; c o n t i n u a n t
scrupuleusement à noter, nuit après nuit, les
horreurs vécues dans son sommeil.
Revenant à lui, le professeur aperçut Marie et
son sourire angélique. C’est que la jeune femme
ne se serait jamais permis de venir déranger son

43
mentor dans ses pensées. Aussi, jugea-t-il avoir
suffisamment abusé du peu de temps matinal dont
elle disposait avant de se rendre en cours et il mit
fin à sa visite.
— Très bien. Si cela te convient, nous en
reparlerons ce soir lors du dîner.
Marie acquiesça poliment.
— Je te dis donc à ce soir, ma belle. Passe une
bonne journée.
Tournant les talons, le professeur remit son
vieux béret et laissa Marie vaquer à ses
occupations.

Fin de l’extrait gratuit.

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Vous avez pu découvrir en avant-première les
deux premiers chapitres de mon premier roman,
« Préparez-vous à être surpris... »

Je vous rappelle qu’il s’agit d’une version avant


édition. C'est-à-dire que ce roman est
actuellement soumis en comité de lecture chez les
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