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Annales de démographie

historique

D. Herlihy et Ch. Klapisch-Zuber, Les Toscans et leurs familles, une
étude du castato florentin de 1427, 1978
Henri Dubois

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Dubois Henri. D. Herlihy et Ch. Klapisch-Zuber, Les Toscans et leurs familles, une étude du castato florentin de 1427, 1978. In:
Annales de démographie historique, 1979. Statistiques de peuplement et politique de population. pp. 457-466;

http://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1979_num_1979_1_1435

Document généré le 11/03/2016

R..S. Ce vaste recensement porta sur 59 770 feux et dénombra 264 210 personnes. sociale. En 1427. L'unité de taxation était l'unité de recensement. l'intérêt pour l'histoire économique. La loi du 24 mai 1427 envisageait donc le recensement. injustes et peu productifs. accepté et aidé par le C. Dès avant 1966. par une nouvelle méthode d'établissement de l'assiette fiscale. d'ailleurs. Christiane KLAPISCH-ZUBER. registres de copies de ces déclarations ou cctmpioni (3 registres manquent sur 57). le Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences de Stanford. Tout citoyen ou sujet devait souscrire une déclaration. des étrangers et des corporations. La déclaration devait porter sur toutes les formes de richesse : biens fonciers (selon un système de capitalisation de la rente qui. 703 p. Les Toscans et leurs familles. le « ménage contribuant » de nos auteurs. le Graduate Research Committee de l'Université du Wisconsin. la National Science Foundation.. du contado. les sous-évaluait). le Centre de recherches historiques de la VIe section s'est associé à Herlihy et lui a fourni l'équipe dirigée par C. D. Paris. préface du Professeur Ph. ouvrage publié avec le concours du C. Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques et Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. la commune de Florence décida de faire procéder à une recherche exhaustive des sujets florentins et de leurs biens. biens négatifs (les obligations). excluant les serviteurs adultes. D'un tel ensemble d'archives. Il s'agissait de remplacer le système des emprunts forcés (prestanzé). dans le délai d'un an. Herlihy a conçu le projet de recourir à l'ordinateur pour opérer une analyse d'ensemble du catasto .S. a reçu ensuite l'appui de la VIe section et de diverses institutions américaines. Wolff. des ecclésiastiques. 1978. du district. Mais l'établissement des registres officiels demanda en fait trois ans (30 juin 1430) pendant lesquels des modifications ont pu être apportées aux déclarations. démographique est évident. le projet.David HERLIHY. des habitants de Florence. une étude du catasto florentin de 1427.N. Cette opération a donné naissance à une grande masse documentaire : déclarations individuelles (portaté) presque toutes conservées. par la suite.R. . censée apporter la justice dans l'évaluation des possibilités contributives des citoyens et assurer à l'Etat des ressources plus importantes. biens mobiliers. sommaires (moins bien conservés).N. Klapisch .

qui utilise 20 circonscriptions « principales » et environ 150 subdivisions secondaires. Un examen du mouvement de la population toscane. La matière du reste de l'ouvrage est répartie en quatre parties composées de 17 chapitres : « Le moment du catasto ».) dans lesquelles l'administration de 1427 décrit les contribuables. 17 à 106) où l'on trouvera une étude du système fiscal florentin d'avant 1427. d'autres aspects. 10 à 11 000 clercs en Toscane florentine. relier constamment le document principal à l'ensemble de la réalité florentine et toscane de l'époque.458 COMPTES RENDUS Le programme d'exploitation du catasto établi et exécuté par les historiens de ces équipes a eu en vue plusieurs objectifs : présenter une sorte d'édition simplifiée du document . Les renseignements nécessaires au lecteur pour la bonne compréhension du travail d'exploitation ont été ici rassemblés en une première partie. On entre donc dans l'étude par une description du territoire florentin de 1427 et de ses structures administratives et ecclésiastiques : ville de Florence. ne pas même se borner à exploiter les documents du catasto. furent très peu nombreuses. la Romagne florentine. et le seul énoncé de ces grands titres traduit une des volontés des auteurs : ne pas se borner à une étude technique de démographie historique. dont la majorité a dû échapper au catasto. peut- être. de même que les exemptions d'impôt. cela n'est plus vrai pour les séculiers. de trois chapitres (pp. contado. donner les renseignements statistiques globaux . « Comportements démographiques et milieu social ». circonscriptions de base surtout (pivieri. et que reprend la cartographie automatique de l'ouvrage.. 1300- 1550. une analyse de la loi du catasto et un récit des opérations d'élaboration (1427-1430) du recensement. si une évaluation du nombre des religieux est possible. mais recourir sans cesse à maintes autres sources. c'est-à-dire que sont évaluées exemptions et immunités : où l'on voit qu'une seule région. a dans sa plus grande partie échappé au recensement et que les dispenses individuelles des étrangers. définissant . ils ont sûrement été beaucoup moins nombreux à passer à travers les mailles du filet. ordre de 0. et c'est en fonction de cet objectif qu'ont été sélectionnés les indicateurs. analyser le « groupe domestique ». « Population et Fortunes ».15 % du total des ménages. L'ampleur du recensement est ensuite précisée. qu'on a retenu pour chaque ménage : ses caractéristiques économiques et les caractéristiques démographiques des individus le composant. ou semi-ecclésiastiques car. Pour les marginaux. district. « Les images de la famille ».. En revanche. inscrit le catasto dans la longue durée démographique. comme le cadastre agraire. n'ont pas été retenus. Plus lourde de conséquences est la faible valeur du recensement des ecclésiastiques. podesterie.

dans le district. de l'ordre des 2/3 entre 1338 et 1427. On trouve qu'une relative longévité moyenne avait caractérisé les temps antérieurs à 1348. VII « Cycles de mortalité et Cycles de vie » dans les comportements démographiques d'une population en proie aux mortalités depuis 1348. avec encore — 2. on obtient une érosion de 60 à 69 % à la date de 1427. Le processus du redémarrage démographique après les pestes est expliqué : nuptialité stimulée et nombreuses naissances étaient la réponse à une grande mortalité. août. août les plus meurtriers en année pesteuse. entre 1427 et 1552. Pour étudier les effets des épidémies. Pour le contado florentin. Florence et. Pour Prato. Pour Florence-ville. c'est le cadre de la ville de Florence qui convient le mieux. le maximum du taux moyen annuel de décroissance se situant (à — 3. on aurait des pertes encore plus fortes. ricordi et « livres des morts » conservés. utilisés sous certaines précautions. et c'est important. La définition du cycle de vie implique celle de la durée de vie. avril en année normale). les renseignements qui se peuvent tirer des recensements florentins se font plus homogènes : la campagne florentine a poursuivi son déclin démographique au moins jusqu'en 1459-1460 . On repère les années de forte mortalité. Pour mesurer avec exactitude la durée des rôles sociaux. Il y avait aussi. ou peu s'en faut. avec l'indice 100 en 1427. la croissance a repris vigoureusement après cette date et les campagnes auraient vu doubler leur population. avec l'hypothèse « haute » de 120 000 habitants en 1338. juillet. L'explication de ces mouvements est recherchée au ch. de sorte que les baby booms découlant d'une peste en préparaient une autre. COMPTES RENDUS 459 son « moment » . et « les écrivains ont donné après 1348 des estimations plus basses des âges de la vie et de la durée totale de l'existence » (p. le contado florentin. avec 18 ans de vie moyenne.4 %) entre 1339 et 1351. ville + campagne. grâce aux nécrologes.45 % entre 1394 et 1402. 202) : le minimum semble se situer entre 1375 et 1400. et qu'une époque de vie moyenne beaucoup plus courte s'était ouverte alors. Le groupe particulièrement étoffé né en réponse à la grande épidémie atteignait son maximum de reproduction près de 40 ans après l'épidémie (en raison de l'âge moyen au mariage des hommes). . qu'il faut ici rechercher à travers les livres de souvenirs familiaux. ricordi ou ricordanze. on trouve l'indice 321 en 1288-1290. la distribution mensuelle de cette mortalité (juillet. Après cette date.Le problème de la périodicité des pestes est judicieusement posé : la série composite des décès florentins de 1275 à 1500 révèle un cycle principal d'environ 42 ans avec des intervalles secondaires. San Gimignano et Pistoia. une prédisposition à la peste des populations particulièrement riches en jeunes. Ici sont utilisés les remarquables travaux d'E. juin. Fiumi : série de mises au point très précieuses sur Prato.

et ne permet une évaluation correcte que du reste. en somme toute. de Morelli à Machiavel.à 21. outils. suggère que cette situation résultait de fonctions assumées par Florence et dépassant de beaucoup le cadre régional. au chapitre IX. Dont la seule Florence possédait les deux tiers. A Florence. Mais un autre régulateur intervient : le nombre des ménages forme « une sorte de limite inférieure au déclin démographique » mais aussi — c'est le cas à Florence au milieu du xvie siècle — joue en période de croissance de la population comme un frein de cette croissance. de ce « qui sortait du strict nécessaire et du quotidien » soit. L'étude de la distribution de la richesse.. un habitant d'une ville secondaire étant en moyenne 4 fois. les salaires et la moitié du produit agricole. Il apparaît ainsi que le retard apporté à la première union jouait comme un frein de la croissance démographique. pour les laïcs. Le test graphique de la distribution « log-normale » permet de déceler dans la Toscane florentine de 1427 deux ensembles de localités : en dessous et au-dessus de 700-800 habitants (et il est d'un puissant intérêt que cette distribution s'apparente à celle du Hainaut en 1540). et de 5. A partir du chapitre VIII. 215). en réduisant par mortalité le contingent masculin voué au mariage. un rural en moyenne 20 fois moins riche qu'un Flo- . en retardant la création de nouveaux feux. L'étude de la hiérarchie des villes. l'âge au mariage. de Florence. A Prato et dans sa campagne. le feu toscan s'est donc révélé aussi être une structure stérilisante (p. en tête.ans) entre 1427 et 1480.5 feux par km2. et que la différence d'âge moyen au premier mariage entre les sexes ajoutait un deuxième frein. à une époque d'espérance de vie très basse aussi. doit tenir compte du fait que la fortune n'est pas intégralement recensée au catasto qui exonère totalement les moyens d'existence jugés élémentaires (logement. et pour les deux sexes. Elles permettent de fonder une « géographie de la population » exprimée dans une cartographie statistique automatique. en mettant en évidence l'isolement. l'âge féminin au mariage s'élève notablement (de 18.460 COMPTES RENDUS il importe de connaître le plus exactement possible. Les régulateurs « positifs » (en style malthusien) de la population n'étaient pas inconnus des Florentins de la Renaissance. mobilier. Structure d'accueil. bœufs. âne. même s'il y a eu une certaine désurbanisation depuis le début du xiv* siècle. Le rapport entre population urbaine et population rurale est très élevé : 27 % dans les 10 premières « villes ». il est au plus bas en 1372.). les données du catasto sont mises en œuvre plus directement. beaucoup plus que l'âge masculin. Les densités sont fortement contrastées de part et d'autre de la moyenne de 24 hab.. quelque 15 millions de florins.

La recherche de la répartition de la fortune par groupes familiaux place en tête les Strozzi. Au chapitre XII « Hommes et Femmes ». Le catasto n'ayant pas enregistré systématiquement le métier des déclarants. On peut aussi. dans les autres villes. puis les Bardi et les Medici. 51 % étaient à des Florentins. étant la présence des Allemands). les métiers des métaux à Pise et Arezzo. de 40 % aux 2/3 des chefs de feux ne précisent pas leur occupation . ce sont les métayers. Pour caractériser les migrations. le catasto permet d'établir la répartition de la fortune dans les groupes de la hiérarchie socio-professionnelle traditionnellement reconnue à Florence et de montrer le bien-fondé de ces catégories. l'écrasante supériorité de la capitale pour le négoce et l'industrie. l'insuffisance de l'investissement qu'y faisait le propriétaire. l'insuffisance de son équipement. à Florence. et même la mobilité entre paroisses rurales. des 8 millions de florins placés dans la terre. En ville. ce que l'on repère le mieux à la campagne. Il subsistait donc une certaine régionalisation des activités économiques. mais aussi le maintien à des rangs honorables. Mais à Florence. le chevalier du « Quadrilogue invectif »). Le retour du capital de la ville vers la campagne se faisait au moyen de la mezzadria et du prêt aux paysans. les auteurs n'ont guère pu se fonder sur le catasto et ont eu recours aux registres de Yestimo qui ont noté les migrations dans le premier quart du siècle : ils permettent de voir que les échanges avec l'étranger n'intéressaient qu'une très petite partie de la population (le plus notable. Mais la réalité de la mezzadria laisse apercevoir quelquefois l'insuffisance du podere censé la soutenir. dans une certaine mesure. Cette concentration des capitaux dans les patrimoines de Florentins incite à poser le problème de la circulation desdits capitaux. si bien que le 1 % le plus riche des feux urbains — une centaine de familles — détient plus du quart du total de la fortune de la ville. d'activités comme l'artisanat du cuir (Arezzo). celle d'un contemporain français. on pénètre plus avant dans la démographie. pourtant. apercevoir l'exode rural vers les villes. et que 2 % des Florentins concentrent près de 60 % de toute la dette publique. mais cela ne suffisait pas à empêcher les capitaux de s'accumuler en ville et Rinaldo degli Albizzi pouvait voir dans la guerre un moyen d'obliger les riches à recycler leurs capitaux (opinion qui rejoint d'une certaine façon. avec cette constatation massive : les données brutes du catasto font apparaître un rapport de masculinité écrasant . on note une masse énorme de familles démunies à côté d'une très petite minorité de très riches. COMPTES RENDUS 461 rentin ! Les Florentins détenaient 86 % du capital mobilier total de la Toscane et.

donne une mesure de l'arrondissement qui affectait 53 % des âges. Certes.. Il faut donc critiquer de très près la pyramide d'âges issue du catasto. la proportion des jeunes est presque partout à son minimum en 1427 (sur la période 1371-1470). et un taux de masculinité de 52. une critique serrée décèle de nombreux facteurs de mauvais enregistrement et de distorsion : sous-enregistrement des nourrissons et notamment des petites filles. Le rapport de masculinité tenait donc à des raisons démographiques. ils en représentent beaucoup moins et ce manque. Inversement. L'instabilité d'une telle population est certaine. Ils devraient représenter 40 % des âges . Elle montre tout de même le peu d'ampleur des classes d'âge adolescentes et adultes et le grand nombre des jeunes. en raison: a) du mariage des filles « vers le bas » . Mais l'âge masculin variait beaucoup plus . Les événements démographiques qui fondent et structurent la société : mariage. ainsi que le feu. c) de l'entrée en religion de nombreuses filles. calculé. 3.. à des habitudes sociales et à des facteurs économiques. il a fallu à nouveau recourir à des sources autres que le catasto. sous-enregistrement des filles au couvent pour éducation. Mais il y avait aussi un côté symbolique de l'expression numérique. L'âge moyen au mariage était (selon la source) 18 ou 19 ans pour les filles. etc. 7 et 9 ou se terminant par ces chiffres. Comme d'autres documents médiévaux. et c'est aussi chez les riches que les mâles sont le plus nombreux. Remarquable. et partiellement explicable par un abandon plus fréquent des filles. La prépondérance masculine apparaît particulièrement prononcée dans les classes riches de la ville de Florence.. le catasto traduit la tendance des déclarants à arrondir le chiffre de leur âge : il y a ainsi 11 200 personnes de 40 ans et. peut-être par une mortalité de peste plus élevée chez les femmes. les vieux plus que les jeunes. en vertu de quoi on fuyait les âges impairs 1. Pour les événements.462 COMPTES RENDUS les femmes: 110 hommes pour 100 femmes. 253 de 41 ans ! A l'arrondissement sur les multiples de 5 et de 10 s'ajoutent d'autres causes de distorsion comme ce vieillissement des hommes désireux de passer 30 ans pour être éligibles. Le grand nombre des vieillards est le résultat d'un vieillessement antérieur à 1427. Il apparaît que le mariage toscan vers 1427 n'était pas conforme au modèle de Hajnal. les femmes plus que les hommes. sont étudiés dans la 4e partie de l'ouvrage. naissance. et leur plus fréquente mise en nourrice. b) de celui des garçons « vers le haut » . absolument inutilisable en son état brut. mort. et 25 ans pour les garçons. mais elle n'élimine pas la prépondérance numérique remarquable des mâles. L'âge moyen et l'âge médian baissent au fur et à mesure que la fortune augmente.4 %.

un taux de mortalité enfantin moyen de 41. Le chapitre XVII. recensement ponctuel. est en quelque sorte le sommet du livre. 40 et 30 ailleurs). En ce qui concerne les naissances. Elle met aussi en évidence la double influence de la résidence (ville ou campagne) et du niveau de fortune sur cette même proportion et que le rapport entre fortune et nombre de petits enfants. Ce cadre élémentaire du recensement florentin de 1427 était. Le milieu urbain était défavorable au mariage et la fortune. Toutes ces observations sur les décès ne portent que sur Florence. qui encourageait le paysan à se marier. on obtient un taux annuel de mortalité de l'ordre de 36.9 %o. mais ce n'était pas un groupe figé : il ne cessait de varier. était un frein au mariage des citadins : reflet des rôles différents joués par la famille à la ville et à la campagne. ne les a pas enregistrées systématiquement.4 dans le contado). Les effets démographiques des pestes de 1400.4 à Florence. n'est pas simple et interfère avec d'autres facteurs. en fonction des « cycles de vie » des individus qui le composaient. un ménage — unité de résidence . ni pendant le même laps de temps à Florence et ailleurs. Pour les années entourant 1427. ce qui oblige à travailler sur l'effectif des enfants de moins de 5 ans. et l'âge au premier mariage. le catasto. qui traite du « feu ». 1424 et 1430 sont précisés et il est même possible d'appréhender les autres causes de décès. moyennes qui masquent d'importantes fluctuations annuelles. Un autre caractère frappant est le petit nombre des enfants des citadines de condition médiocre ou pauvre. L'analyse montre des différences régionales dans la proportion des jeunes enfants. et enquêtes de l'office de la Grascia (à partir des années 1376-1378). Le feu toscan de 1427 était un « ménage contribuant ». adulte de 28. la forte proportion des femmes mariées qui écartent cette population du modèle ouest-européen.4 %0. Des constatations peuvent également être faites sur l'âge des nouveaux parents (âge modal 40 et 20 ans à Florence. Le catasto permet de présenter l'état matrimonial de la population toscane vers 1427 : on note le poids considérable des célibataires hommes. une proportion de décès enfantins de 40. s'il est incontestable. jouaient la géographie. groupe de personnes co- . mais surtout la place dans la hiérarchie sociale. Pour les décès. Sur le mariage. COMPTES RExMDUS 463 que le féminin (moyenne 34.5 %0. 23. l'enregistrement au catasto en fut tout à fait défectueux et la mortalité doit être appréciée à partir d'autres sources : livres des Morts des entrepreneurs de pompes funèbres. confirmation de la limitation des naissances dénoncée par Bernardin de Sienne. Il ne permet pas de connaître le nombre des enfants de moins d'un an. des pulsations de l'ensemble de la société et des conditions économiques.6 %. on se le rappelle.

groupe de parents vivant d'un même patrimoine. frérèche..8 % de ménages « à simple famille conjugale ». ne diminue pas leur intérêt.. l'inclusion de parents moins proches. et était d'autant plus nombreux qu'il était riche.464 COMPTES RENDUS responsables devant le fisc. mais que la composition du patrimoine et l'endettement variaient selon l'âge du cycle. Les chefs de feux avaient. dépassé 50 ans et une proportion importante des hommes mariés n'étaient pas à la tête d'un feu. « Maturité et vieillesse » reposent peu sur les données du catasto et se fondent principalement sur les témoignages littéraires.. La filiation patrilinéaire incitait à la résidence des fils avec le père. vers 1427.42 personnes (mode : 2 personnes. Les trois derniers chapitres « Parents et alliés ».6 % de ménages d'isolés et 18. correspondant aux paysans sans terre. de façon générale. » à des formes complexes » : ménage patriarcal.. La structure du feu était d'autant plus nombreux qu'il était riche. La structure du feu était caractérisée par la prédominance des agnats. et les modalités de l'usage du nom de famille. Les caractères statistiques du ménage. en fonction de l'âge de son chef. Beaucoup de feux regroupaient plus de deux générations : il y avait bien 54. puis le menait à la dissolution en unités plus petites. Ainsi les formes changeantes du feu ont-elles leur origine dans la conjoncture démographique et dans la structure par âge de la population. . Le groupe excluait la fille mariée et dotée. « L'enfance et la jeunesse ». ne concerne qu'un petit tiers des ménages toscans de 1427. « résidant ensemble en partageant la consommation quotidienne comme les fonctions de production ». « d'un état simple. On constate aussi une modification de la nature du feu selon les périodes démographiques : la proportion des enfants.7 % de ménages multiples.. Le cycle du développement familial faisait passer le groupe. bref une « forte diversification sociale du cycle de développement ». à Prato. la proportion de ménages multi- nucléaires changent d'une époque à l'autre. « cousinière ». toutefois. d'ailleurs. Le ménage était plus petit en ville qu'à la campagne. mais plus de 50 % des recensés appartenaient à des feux de 6 personnes et plus. Il y avait des types différents de développement. et le lieu de résidence. Ce schéma. A l'époque du catasto. pauvres urbains. Cela. et les très gros feux de plus de 10 personnes regroupaient presque 11 % des recensés). pour la moitié. il y a en pourcentage deux fois plus de ménages multiples que 50 ans plus tôt et. patriciens. artisans ruraux. révélés par le catasto montrent un effectif moyen de 4. le nombre d'enfants par feu ou par noyau. mais aussi 13. On met en valeur l'importance du lignage agnatique. « ciment du groupe domestique ». L'étude du cycle de développement de la famille montre que l'apogée de la fortune pour un Florentin était atteint vers 50 ans. la part des ménages nombreux et multiples est en train de s'accroître rapidement.

On espère avoir. qui manquent. Enfin. Les rôles sociaux des femmes et des hommes sont précisés : rôles d'adultes assumés à des âges très différents selon le sexe. On le voit. Herlihy et S. le merveilleux document n'a pas été réduit à une sèche collection de tableaux statistiques et de graphiques. il aurait été bon de répéter les valeurs attribuées aux quatre « milieux » de résidence et mentionnées à la note 21 de la page 407. la pertinence et la clairvoyance des questions que. exceptionnelles elles aussi. On regrette. Ouvrage généralement mû par le louable souci de mettre la technique démographique et statistique à la portée du lecteur simplement historien ou soucieux d'histoire. donné une idée des prodigieuses richesses contenues dans l'ouvrage de D. Enfin. Mais les qualités de la source seraient restées cachées sans celles. véritable modèle social. il a été conforté. Grâce à eux. Il en est cependant. si dans l'homme âgé les jeunes gens voient volontiers un concurrent à ridiculiser. Pour une lecture plus facile des coefficients de corrélation. notamment la veuve. mariage tardif et fréquentes absences des hommes contribuant à augmenter le rôle de la femme et de la mère. Le procédé de la cartographie automatique méritait certainement quelques mots d'explication. le goût de la société toscane pour les enfants. mais questions d'historiens-sociologues soucieux de rendre compte du fonctionnement d'une société médiévale. D'une façon générale. avec les auteurs. éclairé par l'apport de nombreux 30 . l'auscultation. les cartes sont peu lisibles en raison de leur format excessivement réduit. les auteurs ont posées au document. par qui se transmettent les valeurs familiales et morales. par ce survol. On ne saurait trop louer l'intelligence. que la carte des points de peuplement n'ait pu être donnée en annexe au livre. ces critiques sont purement techniques et tout à fait secondaires. et qui ne présente que peu de difficultés de lecture. Entre leurs mains. et les médiévistes ne sont guère accoutumés à pareille richesse ni — en dépit de toutes les précautions et critiques — à pareille précision. le commentaire du test graphique de la loi « log-normale » de la page 227-228 est peu intelligible. acquiert influence sociale et autorité. le catasto florentin de 1427 ? Assurément. COMPTES RENDUS 465 L'examen de la place accordée aux différents groupes d'âge par la littérature du temps met en évidence la préférence des parents pour les garçons. les voies divergentes de l'éducation selon les sexes. Klapisch. non pas seulement de démographes. Document exceptionnel. la généralité de la mise en nourrice. Spécifique de cette société apparaît « le prestige accordé à l'homme d'affaires et au marchand ». complété. par l'intermédiaire de la machine. la présentation au public. de l'équipe d'historiens qui en a assuré le dépouillement. Questions. la femme âgée.

466 COMPTES RENDUS autres matériaux (littéraires notamment) et. Herlihy et S. Austère et passionnant. ainsi encadré. l'admirable livre de D. est devenu l'extraordinaire révélateur de la mécanique sociale qui nous est présenté. Klapisch va devenir la référence obligée de toute recherche sur les sociétés médiévales. . Henri Dubois.