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[Traité des trois imposteurs (français-latin). 1867]Le traité des trois imposteurs. 1867. 1/ Les contenus accessibles
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[Traité des trois imposteurs (français-latin). 1867]Le traité des trois imposteurs. 1867.

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TROIS

TRAITÉ

DES

IMPOSTEURS

Tiréà 257 exemplaires, numérotésde 1 à 257:

2 papier de Chine. 25;i papier de Ilnltumlc;

Brii\t.>llf!». — Iinp. ilr .1.ROPP, rue rie l'Ei-initii};»1,S.

TROIS

LE

TRAITE

IMPOSTEURS

(DE TRIBUS IMPOSTORIBUS;M.D.1IC.)

TRADUITPOURLAPREMIÈREFOISEN FRANÇAIS; TEXTELATINENREGARD, COLLATIONNÉSURL'EXEMPLAIREDUDUCDELAVALLIERE, AUJOURD'HUIA LABIBLIOTHÈQUEIMPÉRIALEDEPARIS, AUGMENTÉDE VARIANTESDE PLUSIEURSMANUSCRITS,ETC., PRÉCÉDÉD'UNE

NOTICEPHILOLOGIQUE ETBIBLIOGRAPHIQUE

l'iinmiM^si

i; ji<iMOH

PARIS A I.AT,IBHAHUE1>KL'ACADÉMIEDESBIBLIOPHILES 10» I1UK1)F.LAHOURSK,10

BRUXELLES

I,IllîZ k. 1!I.UF F LIBRAIRE

,

49, RIElui Mini,49

1867

/••fi"

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

DE TRIBUS

SURLETRAITE

IMPOSTORIBUS

i

Vers le commencement du

dix-septième siècle, la

se réveilla à

eurent lieu entre les catho-

liberté de

penser, si longtemps comprimée,

qui

la suite des controverses

liques

et les réformés des esprits audacieux s'élancèrent

;

Il

avait

ces querelles.

y

sous un voile assez

avait été

jusqu'alors

au delà du cercle circonscrit de

Rabelais

déjà longtemps que

transparent,

l'objet de la plus profonde vénération (1), lorsque Gior-

avait,

qui

livré au ridicule ce

(1) La hardiessede Hobolaisest bienconnue, maisun fait très-

temps, c'est

(éditions

se

plupartqu'un

ou deux

exemplairesqui

l'audaceavaitété

encore maître plus François grande; lui-

exemple; le texte primilil'

curieux,clqui n'a éténusen lumière quedepuispeu dé

que dansleséditions originales de son immortellesatire

dont il ne reste pour la

payent au poids de l'or),

quelques adoucissements parurentutiles, soitù

même,soità ses éditeurs.En voiciun

JI

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

dano Bruno et Vanini

d'une obscurité calculée des assertions téméraires qu'ils

payèrent de leur vie ('!).

dans des écrits

développèrent

du 25e'chapitre du secondlivre

nouvelle que son

s'exprimait ainsi: « Pantagruelouyt

des

réimpressions suivantesmirent

rempla-

percGargantuaauoyt este translateau pays

scrupules, et les

en

Phees par Morgue, commefeut îadyz Enochet Elic.» Cetteassimila-

tionaux contesde féesde deuxtraits rapportés dansl'AncienTes-

tamentéveillades

deuxhérosdes

cementdu patriarche antédiluvienet du prophète. La nouvelleleçon

épopéeschevaleresques,Ogior et Artus,

ne

entreautresl'éditionditeVariorum,en9 choquaitpersonne; elle a toujours été vol.in-8«,tome111,p.;>22.) reproduitedepuis.(Voir

Ce fut, nous le

croyons, en 1844,qu'un bibliophilebordelais,

M.Gustave Brunet,signalapour la première fois l'ancienneet re-

marquablevariante,dans

lî)58 qu'aux

la varianteest

une Noticesur une éditioninconnuedu

Libraire,

dans ses

Pantagruel. Le

Recherchessur les

pas manqué de faire observer,page59,que

de

preux

la leçon adouciedans la très-bonneéditionde

MM. Burgaud des Marelset

p. 5iïi};

que M.Jannclvoulaitcomprendredanssa

et dont il n'a malheureusement paru que le

(en18U8).

savant auteur du Manueldu

deux

éditions originales deRabelais (Paris,18î>2), n'a

c'està

partir

personnagesbibliques ont été

Ralhery,Paris,

signalée dans le

F.

(1) Ce n'est pas ici qu'il serait à

de 1''édition

substituésdes

de la Table-Ronde.Noussommes surpris de ne trouver que

Rabelais publiéepar Didot, 1837 (tom.1,

Rabelais(tom.1,

p. 28fl)

Bibliothèqueclzèviricnnv.,

premier

volume

de ces deux

propos de parler

du

penseurs si remarquables.Consulter, ù l'égard

vant travailde M. Iîarlholmcss, JordanoBruno (Paris, 1846, 2 vol.

in-8°), et nu sujet de Vanini, un travailde M.Cousininsérédans la

premier, le sa-

RevuedesDeux-Mondes,1erdécembre 1845,et

Fragments de philosophiecartésienne,1845.Un articlese trouve

aussidans Vlïnci/clopcdie nouvelle (restéeinachevée)de MM.P. Le-

roux et J.

impor-

de lirunoet de Vaninise rencontre {pages5ub-52I) dans un

reproduit en tètedes

Reynaud. Disonsencore qu'uneappréciation lumineuse

tant

ouvrage de M.Moriz Carrière,qui, n'ayanlpas été traduit, est

resté presque inconnuenFrance:Die

der Rcformalionszcit,Stuttgart,1847,in-8».

philosophischeWcltanschaunng

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

III

Viaud et ses amis se montrèrent à

Théophile à découvert

peu près

ce que le père Garasse, dans sa Doctrine

s'appelle la Confrérie des

dans le monde savant

qui

»

que se répandirent

l'égard

et dont le but,

d'un livre dont on ne s'entrete-

disait-on, était d'éta-

curieuse, appelle «apprentifs de l'athéisme, enroolez en

cette maudite confrérie

Bouteilles

Ce fut alors des rumeurs à

(1).

nait qu'avec effroi,

blir

le genre humain avait été successivement

De là vint le titre De tri-

cet ouvrage,

pas vu,

vrai chef-

l'égard

mais à

imposteurs. donné à

n'avait

que

par trois

trompé

bus

d'oeuvre

duquel quelques témoignages isolés et vagues avaient

déjà

Impostoribus

d'impiété, qu'on

été émis.

Un des

écrivains qui en aient fait une men-

espagnol

de l'ordre des Car-

publié

premiers

tion expresse,

mes, Geronymo

à

ciones del misérable estado de los Atheistas,

est un moine

de la Madré de Dios. Dans un livre

en 1011, sous le titre de : Diez lamenta-

Bruxelles,

père

le révé-

(de

rend

los Atheistas

DE LOSTRÈSENGAKADOHESDEL MUNDO,Moysen, Christoy

s'exprime en ces termes : « Uno desta Secta

libertinos) compuso

de 1610. »

un

un libro intitulado :

Mahoma, que no se lo dexaron imprimir en Alemanna,

el anno

pasado

Dans le cours du dix-septième siècle et au commence-

grand

nombre d'auteurs con-

ment du

dix-huitième,

parler

tinuèrent de

aucun d'eux n'affirma

du livre De tribus

qu'il

Impostoribus ;

plupart

l'avait vu, mais la

répétaient ce qu'on en disait, en y ajoutant parfois

des

(1) Nous renvoyons à la noticesur Tbéopbilc,qui occupe 13G pa-

dansle premier volumedes OEuvrcsde cet

écrivain,publiées

yes

par M. Alleaume,dans laBt'ô/tot/iêrjitechàvirienne,1850,2vol.itl-18.

IV

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

circonstances peu vraisemblables. Plus tard, des critiques

plus judicieux livre

dont le nom

est resté cher aux amis de

noye, auteur des

arguments consi-

que nous reproduisons. (Elle

gnés se trouve dans ses

Monnoye;

émirent l'idée

d'un

qu'il ne s'agissait que

ingénieux,

Un littérateur

imaginaire.

Bernard de la Mon-

l'étude,

célèbres Noei bourguignons, donna, à

opinion,

des

éd. de

1770, t. III, p.

859-

lui-

de cette dernière

l'appui

dans une dissertation

pendant que

OEuvres,

597.) Des réponses

mais

furent faites à l'écrit de la

les

érudits discutaient, l'ouvrage

même restait invisible. On l'avait cependant cherché avec une vive ardeur; on

prétendit qu'un diplomate suédois, Salvius, se l'était

la reine Christine n'avait pas

voulu le lui demander

pendant qu'il vivait, parce qu'elle

procuré;

on

ajoutait que

savait

la mort

delot,

sa curiosité : il fut

que ce serait inutile,

son

mais aussitôt

qu'elle apprit

envoya

Bour-

de son ancien plénipotentiaire,

premier médecin, prier

répondu que

elle

la veuve de satisfaire

mort,

dont on connaît

le malade, saisi de re-

avait fait brû-

mords de conscience la veille de sa

lerie livre Avant la

l'amour pour les

gné pour placer

formait

devant lui (Menagiana, t. IV).

Monnoye,

Gabriel

Naudé,

livres, et qui

celui-ci dans la riche

imprimé,

et tiens

certes n'aurait rien épar-

bibliothèque qu'il

le cardinal Mazarin, avait écrit : «Je n'ai

pour

vu le livre

jamais

De tribus Impostoribus, et je crois

pour mensonge ad Comment,

qu'il n'a jamais

tout ce qu'on de

été

en a dit. » — Grotius

133)

à idées hardies

que

le

(App.

formule une opinion semblable.»

et

fut

pour l'époque,

eût été

qui les catho- rédigé par

dans ses Lettres choi-

Antichristo,p.

théologien

Un

le premier (nous le croyons du moins), parmi

liques,

à douter

Pentateuque

Simon,

Moïse, l'oratorien Richard

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

V

aies (Rotterdam, 1702, t. I, pp.

que les faux bruits

malignité qui s'attachait à décrier

voulait

106 et 202). émet l'avis

tribus Impostoribus n'a jamais existé; viennent de la

le liber de

perdre.

répandus

sur sou

compte un personnage qu'on

dans une note

Bayle se rangeait à cette opinion ;

de l'article

partie

qu'il

consacre

historique), il dit : a II y,

qui

fait

à l'Arétin (Diction-

a

dit

qu'un avait re-

des

personnage ; à ceux-là. Un

Italie, et dont les

naire

que

grande apparence

a mon-

tré par de très-fortes raisons que c'est une pure chimère.

ce livre n'a

jamais existé; M. de la Monnoye

(in Genesim,

page 1850) a

question, y

Le père Mersenne

de ses

amis, qui

style

connu le

avait lu le livre en

de l'Arétin. Chansons que tout cela. »

parler

de

quelques-uns

Nous aurons l'occasion de

écrivains qui ont fait mention du Liber de tribus Im-

et

l'ont attribué à tel ou tel

joindre

alla s'établir en

postoribus,

qui

d'autres testimonia peuvent se

philosophe français qui

écrits, empreints

d'un

scepticisme peu déguisé,excitèrent

part

des

Claude de

théologiens,

ainsi dans son Cir-

230

(Patavii, 1661), au sujet

magie

a attribués à la

des

de vives colères de la

Beauregard (Reringaldus), s'exprime

(1), p. miracles de Moïse

culus Pisanus

: « Tôt

viri sancti et Christus ipse Mosem secuti satis eum vindi-

qu'on

(1) Notonsen passantque le

catalogue dressé pour la vente, à

Londres, d'une portion de la bibliotbéquc de H. Libri (1860,n°9G8),

signaleBeauregard comme ayant,

les

dansson

célèbres expériences de Pascal),

Circulus Pisanus,

dès

1643

(et par conséquent avant

mentionnél'inventiondu baromètreet son

de la hauteurdes

que le passagequi

ainsi:

du Circulus de 1643.

la mesure

vérification faite, il s'esttrouvé

application à

qui

montagnes;mais,

avait justement fixél'attentionet

commence

Compcrtum eniviest Aquam

était dans la secondeédition

publiée en 1661, mais qu'il manquait dans celle

VI

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

cant ab hac calumnia

effectus contra liber im-

quidquid

piusZ>e tribus Impostoribus

omnia refundensin Doemo-

alii aliis videntur

un savoir des

plus

nem potentiorem cujus ope magi

lantiores

quo tribus annulis. » Un jésuite, qui

étendus, par

pendance d'esprit

prses-

etiam refertur illud lictum a Boccacio de

se fit

remarquer par

une fécondité

inépuisable et par une indé-

Compagnie, Théophile

rare dans sa

disait de son

de tribus

Haynaud (1),

: «

côté (in liopoplot, sect. II,

p. 259)

Cbristo, Mahomete, exitiale fuisse Wechelio

alias typographo, sed ejus libri pestifero

everso, referunt, quod legerunt

cestare oculos tam

scelus videtur

Opus

magnis impostoribus, Hose,

, insigni

allactu funditus

fide

digni testes, mihi in-

lectione ad ingens

imprimé

ait eu en vue un

infandoe scriptionis

»

pertinere.

Rien n'est venu confirmer que Wechel ait rien

et il est

possible que Raynaud

d'Antonius

de pareil,

ouvrage

rencontrent

infanlium in limbo clausorum

Cornélius, jadis recherché, et où se

idées

peu

orthodoxes : Exactissima

querela

adversus divi-

David Clément

302), à Schoelhorn

quelques

Wechel mit son nom sur ce volume,

nous renverrons à

(Bibliothèque

(Amoenilates

num judicium.

imprimé en 1551, et à l'égard duquel

Bayle (article Wechel),

à

curieuse, t. VII, p.

litlerarioe,

Florimond de cheomme) parlait

t.

V, p. 287).

Raymond (c'est-à-dire le jésuite Ri- de son côté, dans son traité De Ori-

gine hairesium, lib. II, cap. 10, avec indignation, du

(lj

Lesoeuvresde

Raynaud,publiées ù Lyon

y

en 1065et années

tripliciciiyu-

suivantes,remplissent 20 volumesin-folioet renfermentunecen-

taine de traitésdifférents.Il en a de curieux: De

cliismo;Desanclismerctricibus; Desobriualleriussexi frequenta-

lionc fer sacraset

reliqiosos homincs.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

VII

livre

et dont il ne mettait

en doute

qui nous occupe,

pas

l'existence : o Nefandus ille Iibellus in Germania excusus

horribili titulo inscriptus, ex ipsis infernis faucibus libel-

lum hune

solum, sed tilulus

eructatum, non argumenlum

ajoutait que,

de foi.

ostendit. » Il

dans son enfance, il l'avait vu

dans les mains de Pierre Ramus (Voir la dissertation de

la Monnoye) ; mais ces

comme

allégations sont regardées

très-peu dignes

En 1581, un docteur, partisan fougueux de la Ligue,

il est

comme ayant élé mis en circulation.

Génébrard, parlait

avec un réformé

ayant

en termes assez

vagues,

il

(Lambert Daneau),

catholiques

:

s'expri-

en vue les

« Non Rlan-

Gilbert

vrai, du Iibellus,

Disputant mait ainsi en

dratum,

impulerunt; non Valleum ad Alheismi

non Alciatum, non Ochinum ad Mahomelismum

(1);

professionem

non alium qucmdam ad

impostoribus,

alii Moïseset

spargendum

quorum secundus esset

Mahometes,pellexe-

induxerunt

libellum De tribus

ChristusDominus, duo runt. »

II

HYPOTHÈSESAUSUJETDE L'AUTEUH.

Il était fort difficile de se

sur l'existence

titre accompagné de

prononcer

le

avait

que

y

d'un livre dont on ne connaissait

de

quelques vagues

rumeurs il

;

impossibilité

déterminer l'auteur d'un écrit contre lequel se serait

(1) Il s'agitde GeoffroyVallée,dontnousdisons plus

du

loin

quel-

ques mots. Quantà GeorgeBlandrataet

Italiensembrassèrentles doctrinesde

extrémitésdo soientfaitsmusulmans. l'Allemagne; maisil n'est pas

à Jean-PaulAlciali,ces

Socin,et se réfugièrent aux

tout prouvéqu'ils se

VIII

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

élevé le

leur train, cupèrent

noms, On s'attacha aux

du moyen âge,

irréligieux,

le

et les

plus terrible des orages. Les conjectures allèrent

s'oc-

les

bibliographes,

littérateurs, qui

du livre dont nous parlons, mirent en avant des

leurs

justifier

allégations.

dès le commencement

sans chercher d'ailleurs à

personnages qui,

s'étaient fait

remarquer par des principes

époque.

Rome,

ses moeurs

philoso-

mort en 1198,

les sentiments hostiles

qu'il

fort rares à cette

avec la cour de

L'empereur Frédéric Barberousse, mort en 1190, est

premier qui se présente dans l'ordre chronologique :

peu régu-

ses querelles

lières,

phe

donna lieu aux soupçons par

jetèrent des doutes sur son orthodoxie. Le

Averroè's,

à

ou

Ibn-Roschd,

arabe

l'égard de l'islamisme, aussi bien que

avait, disait-on,

pour

les doctrines de Moïse et pour la foi des chrétiens.

sur l'Averroïsme un

(1), qui

a

la

publié

philosophie d'Averroës, in-

d'Aristote, et inter-

très-libre delà doctrine

façon plus

du

à son tour d'une

Négation

libre encore, se rédui-

divine; explication

par l'imposture.

de l'intervention

croyances

morales

pas sans doute à leur

leur

dans

quelques lignes

avec sa lucidité habi-

de cette notice : « Ce n'est

Selon M. Renan

travail fort remarquable ,

terprétation

surnaturel, des miracles, des

des

dispo-

Renan, nous pensons rendre service en transcrivant ici

lesquelles cet habile critique parle

tuelle du sans

l'objet

pas

du mot des Trois

impossibilités,

qu'on rapprocha à cette époque les cultes divers. Cette

prétée

sit à ceci :

anges, des démons,

et des

religions Tous nos lecteurs

n'ayant sition le savant travail de M.

est

sujet qui raison

quelque

imposteurs.

et non

par

que l'opinion chargea Averroës

C'est

par

leurs

prétendues

origine céleste,

leur commune

(1) Averroèset l'Averroïsme,1855, in 8".

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

IX

pensée, qui poursuit

siècle,

sans

Adopté par

comme un rêve

le treizième

pénible

était bien le fruit des études arabes et le résultat

de l'esprit de la cour des nohenslaufen. Elle éclôt ano-

nyme

tentation, comme le

siècle.

par les autres comme une calomnie, le mot des Trois im-

recueilli

elle est comme la

que personne ose l'avouer;

les uns comme un

Satan caché au fond du coeur de ce

blasphème,

fut, entre les mains des moines mendiants, une

toujours

en

réserve pour perdre

quelqu'un,

leurs enne-

l'opi-

en faire dans

avait eu trois

qu'il y

posteurs

arme terrible

mis. Voulait-on diffamer

nion un nouveau Judas, il avait dit

et le mot restait comme un stigmate

imposteurs

Pour

devint un livre.

le mot

frapper davantage l'imagination populaire,

Lorsque

les travaux de Pierre le Vénéra-

ble et de Robert de

livres de

Rétines sur le Coran, la croisade, les

les dominicains eurent l'islamisme, Mahomet

polémique composés par

exacte de

donné une idée

apparut

monothéiste, et l'on arriva à ce

monde trois

gues

qui

plus alors comme un

religions,

prophète, fondateur d'un culte

résultat, qu'il y

principes

a au

analo-

fondées sur des

L'Italie

et toutes trois mêlées de fables. C'est cette

participait

pensée

populaire par le blasphème

comme la

se traduisit dans l'opinion

Imposteurs ce grand

des Trois

France à

ébranlement des consciences. La

avait laissé un levain

tout ce

que

était la vérité, et que

préférence

aux

provoquer des troubles sanglants.

proximité de l'antiquité païenne y

dangereux

mencement du onzième siècle, on avait vu un certain

Vilgard,

de révolte contre le christianisme. Au com-

maître d'école à Ravenne, déclarer

anciens

poètes fallait croire de

pour y

disaient les

qu'il

que c'était là ce

mystères

chrétiens. Dès l'an 1115, on trouve à Florence une fac-

tion assez forte

Arnaud de Bresse traduisait

déjà en mouvement politique b

X

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

la révolte philosophique et religieuse.

neuve passait pour l'adepte

répandue

saint Paul aux

secrète qui avait juré la destruction complète du christia-

nisme. » On a mis en avant le nom de

Arnauld de Ville-

pythagoricienne de la Descente de

d'une secte

dans toute l'Italie. Le

enfers parle

poê'me avec terreur d'une société

l'empereur

Frédéric II,

pape

que

d'avoir avancé

mort en 1250, et ceci est basé sur une assertion du

Grégoire IX, qui

trois

dulité du

reur n'avait pas lui-même écrit

reprochait,

celier

Pierre des Vignes (2). Après

accuse ce

monarque

imposteurs

genre

maïs

avaient successivement abusé de la cré-

humain (1). On

qu'il

l'avait fait

prétendit que l'empe- lui

l'ouvrage qu'on son chan-

composer par

avoir subsisté comme

Transcrivonsici un

passage de

Voltaire (Essai sur lesmoeurs

sujet

et (1) sur

la

guerre entre l'empire et le sacerdoce, et par conséquent d'excom-

munications. L'empereurs'empara, en 1238, de presque toutePile;

alors

Nousavonsla

let

trois

l'esprit des nations),quoiqu'il soit sans doutebien connude

de

plupart de

nos lecteurs: « La Sardaigne étaitencoreun

Grégoire IX

accusa publiquement FrédéricII d'incrédulité.

danssa lettre-circulairedu

l'universa été

i«-T juil-

trompépar

preuve,dit-il,

dit

1239,qu'il

publiquementque

imposteurs,Moïse,Jésus-Christet Mahomet;mais il place

qu'un

hommede la lie du

peuple

être né d'une

pape Grégoire IX

temps-làqu'il avaitun livre intituléDe tribus

y

Ajoutonsque

la leltre de

Grégoire IX se trouve

Jésus-Christfort au-dessousdes autres, car il dit : Ils ont vécu

pleins de gloire, et l'autren'a été

qui prêchait a ses semblables, L'empereur,ojoute-t-il, soutient

qu'un Dieu unique et créateurne peut

femme, et

surtoutd'une vierge. C'estsur celte lettre du

qu'on crut désce

Impostoribus : on a cherchéce livre de siècleen siècle, et on ne l'a

jamais trouvé.»

dans la

Collectio concUiorum,éditée par le P. Labbe,tome XIII,

Voir l'importantouvrage de M.de Chômer: IIis~

des empereurs de la maisondeSouabe,

des papes et

que

cet hommed'Etal était peu scrupuleux. Il fut

col.H87et suiv. toirede la lutte

2e édition, tomeII, page 396.

On sait

(2)

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

XI

rumeur, cette assertion a été, an commence-

énoncée

et appuyée de

siècle,

dans une dissertation

anonyme que ici. Elle est toutefois regardée comme

Frédéric

que était bien

consulter à cet

(lib. I, ch. xxxi),

le

une

ment du dix-huitième

quelques arguments

nous

dénuée de

vague

reproduisons

fondement, et nous ajouterons que

contre lui, et dont

au treizième siècle. On

l'accusation

la gravité

peut

repoussa avec beaucoup d'énergie

pape dirigeait

effrayante

égard

plusieurs fois réimprimées (Haganooe, 1559; Rasilese, 1566; Ambergoe, 1609; Basileoe, 1740, 2 vol. in-8°).

Remarquons

les Epistolas Pétri de Vineis

lequel

aussi

se formula

que l'empereur ne fut pas le seul

l'inculpation qu'articulaitle pon-

de Cantim-

(Thomas

France, t. XIX, p. 477,

dans

l'ouvrage allégo-

proprietati-

contre

tife. Un auteur du treizième siècle

l'Histoire littéraire de la

pré;

lui

rique et mystique qu'il

bus

a consacré une notice) avance,

apum, qu'il

à

a intitulé Liber de

ensei-

ses élèves que Moïse, Jésus et Mahomet avaient

existait à Paris un

professeur qui

gnait été trois eût porté

ments, jusqu'à châtiment eût

accuséd'avoirvoulu empoisonnerl'empereur; celui-cilui fil crever

les yeux, et le chancelier, dans un accèsde

imposteurs.

Nous doutons fort

qu'un professeur

senti-

pareils

écoliers; le

alors l'audace, s'il avait eu de

les laisser percer devant ses

été exemplaire.

desespoir, se brisala

rcligioncm recte

tètecontreun mur de sa

près sans exemple. Voicid'ailleursen quels

prime au sujet do l'accusation portée contrelui : « lnseruitfalsus

prison. Le suicideétaitalorschosea peu

termesFrédérics'ex-

Chrislivicariusfabulissuis nos chrisliancefidei

noncolèreac dixissetribus scducloribusmundumesse deceptum,

quod absitde nostrisIabiis processisse cum manifesteconlîtcamur

unicumDeifiiiumesse » Malgré ses protestations, Frédéric parait

avoirété tort incrédule; des écrivainsde l'époque attestent qu'il ne

parut nisme. à

Jérusalem que pours'y moquer ouvertementdu christia-

XII

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Un moine

napolitain, penseur audacieux, Th. Campa-

d'avoir écrit le Traité

des trois ce

Il voulut se

justifier en avançant que

(1)

avant sa naissance

nella, fut soupçonné

imposteurs.

livre avait été imprimé trente ans

mais cette assertion est-elle bien

de foi? Rien n'est venu la confirmer. Guillaume

(c'est-à-dire en 1538);

digne

Postel faisait mention, en 1543, d'un traité De tribus

attribuait à Servet; il a lui-même été

; il en avait du

ProphetiSj qu'il

soupçonné d'avoir composé

moins

cet

ouvrage

idées dans un des écrits

reproduit quelques

qu'il

a

fait

génie inquiet, mais puissant, qui a été analysée avec soin

: De orbis concordia (2), oeuvre d'un

imprimer

(1) « Deindeaccusaruntme quod

composucrim lîbrum De tribus

trïginta ante

Campa-

M. Libii,

impostoribusqui

tameninvenitur typis excususannos

orlummeumex utero malris.» On trouvedes détails sur

nella dans Brucker, Hist. crit.

Vffistoirede la

770); dans le Dictionnairedessciences philosophiques, t. I, p. 421-

424; dansl'IIist.

philosophioe, t. V, p. 106-144; dans

749-

philosophie de Buhle (trad. française, t. Il, p.

dessciences mathémati<pies en Italie, par

t. IV, p. quable

M.Doresle, présentée en 1843a la facultéde Paris : ThomasMorus

et

madameLouise Collet,

149.M.Pierre Lerouxlui a consacréun article remar-

dans l'Encyclopédie nouvelle.Voir enfin une thèse de

série, II, p. 124-184, et repro-

visionnaire,maisles extravagancesqn'il débite,

de recon-

érudition extraordinaire, un esprit

Campanclla; et une notice écrite par

Paris, 4e

t.

1844, in-18.

inséréedans la Revuede

duite en tête de la traduction fninçaise des OEuvreschoisiesde

Campanclla,Paris,

(2)

PostelTutun

les

naître chezlui une

chercheurcl hardi, Dansun autre siècleil eût été un

Nodiera

plus

chimères après lesquelles il court, n'empêchentpas

pu dire que Leibnilzn'avait pas été

éminemment

homme.

grand

ni Bacon

plus savant,

universel.II avait deviné le mesmérisme, et l'on a vu do nos

avec les variantes

jours quelques-unes de ses idées reproduites

plus vives.

qu'amène nécessairementle cours des

femme,prêché depuis par les Saînt-Simoniens, fut

préoccupations les

siècles. L'apostolat de la

une de ses

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

XIII

dans le Dictionnaire des sciences

(1851, t. VI, p.

philosophiques

185). On a mis en avant les noms de

brûlé

Machiavel, de Rabelais, d'Erasme, d'Etienne Dolët,

à

Paris en 1546 ; de Giordano Bruno, brûlé à Rome en

1601 ; de Jules César Vanini, brûlé à Toulouse en 1616

mais ces

rence de preuves.

la

Quelques autres écrivains,

composition

compte

;

allégations vagues manquent de toute appa-

reculant de

plusieurs

siècles

de ce traité célèbre, l'ont mis sur le

de Boccace, auteur dont l'orthodoxie n'est pas

irréprochable (1).

le véritable auteur était

que

le

Campanella pensait que

Ie"Pogge,'qui,

peut-

le

être

propos, recueil'des Facetioe imprimé sous son

bien que secrétaire

ainsi

du pape, était peu

prouve mais Cam-

opi-

dévot et très-libre en ses

paraît pas car H.

ne

Ernst,

que

nom; tenu à cette

avoir beaucoup

dans ses Observationes varia?,

panella

nion,

avance

comme l'auteur du livre en

corde nullement avec l'impression du livre trente ans

le moine calabrais lui indiqua, à Rome, Muret

question

: or ceci ne s'ac-

(1J L'auteur anonyme(niais

on sait

c'estM.

Algernon Her-

que

bert) d'un ouvrageanglais, savantet paradoxal,Nimrod, a

certain passagesof Histortj

enseignent des

and Fable

on

in-8°),

ron

racontéel'histoire des trois anneaux, a

répandue

au

discoursc

(London,1828-50, 4 vol.

fait observer que les trois premières nouvellesdu Decame-

sentiments peu orthodoxes.La troisième, où est

elle était

paru suspecte;

la retrouve dans les

Sage,

un des

d'ailleurs i'ort

Gesta Romanorum,cap.81),dans le Novellinoantico,p. 72; Lcssing

moyen âge;'on

s'est servide cettedonnéedans sa pièce de Nathanle

dans la

autre

détails

sources gnostiques.

chels-d'oeuvresde la scèneallemande.L'idée première de ce conle

paraitd'originejuive (Voir un curieuxarticlede M.MichelNicolas

Correspondancelittéraire, H juillet 1S57.)Ajoutonsqu'un

de

semblent provenir de

ouvrage de Boccace, la Genealogiadeoriim, est rempli

qu'on ne trouve pas ailleurs et qui

XIV

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

avant la naissance de

n'avait que douze ans en 1558. D'un autre côté, on a

prononcé

Campanella; Muret, né en 1526,

le nom du

le ca-

capucin Ochin, qui, quittant

déserteur,

tholicisme, embrassa les principes

tout en poursuivant de ses arguments

l'Eglise

les

de la réforme ; mais, et de ses sarcasmes

repoussa jamais

dont il était

Ochin ne

fondamentaux du christianisme. Cette asser-

nous ne trouvons que dans un écrivain du dix-

donc privée de tout fon-

dogmes

tion, que septième

dement. Nous en disons autant de celle

l'Arétin. Le

trop Sonetti lussuriosi

inconnu jusqu'alors;

vue

vivre

siècle (1), nous

paraît

qui

concerne

célèbre auteur des

poussa

et à

Ragionamenti et des

jusqu'à un degré

il

employa

la licence

de

mais il était incapable d'aucune

philosophique profonde, et, tenant par-dessus tout à

la

tranquille

à

l'argent,

gagner

plume qui

Pippa

avait tracé les aventures de la Nanna et de la

écrire des livres de dévotion (2).

(1) C'est un Anglais, Thomas Iîrowne,qui, dans sa

sect.

la

Londres,1755,avec une

Iïeligio me-

en

dici,

19, parlé d'Ochin. Imprimépour première fois

a

1642,cet ouvrage a eu des éditionsnombreuses; la meilleureest

cellede

Johnson. Il existede ce livre des traductionslatineset une versionfran-

çaise(par N. Lefebvre),1GG8,qui n'est qu'un

délayés dans un style

VEdinburghreview, octobre 1856; la Revuedes Deux-Mondes, avril

viede l'auteurécrite par le docteur

tissude contre-sens

peut

consultersur lîrovmc

196.

illisible. On

1838; YAnaleclabiblionde M.Du

(2)

Gicsii,Il Gcnesic l'humanitàdi

p.

Rourc, t. II, p.

Si l'Arétinn'avaitécritd'autres ouvragesque la Passionedi

Christo,etc.,

sonnomseraitoublié

depuislongtemps. M.E. de la Gournerica

Revue européenne, t. III, 297,

donné, dans l'ancienne

ceslivres pieux,qui

qui

com-

un articlesur

ont été traduitsen français. Unede cesversions porte un litre

paraitaujourd'hui bizarre: La Passionde Jèsus-Ckristvivement

descrite par le divin engin de

prendqu'engin se prend ici dans le sens de

plus

PierreArctin (Lyon,lb'59).On

génie,lalent,ingénia;

prouve une

tard on donnaà ce motun autre sens, ainsi que le

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

XV

Le philosophe

mort en 1524,

les auteurs auxquels on a attribué, sans

italien

Pomponnace,

nous

figure parmi

aucune preuve, l'ouvrage qui

ce

penseur et hostile à

mais l'auteur dut à tection de

On sait

occupe.

que

hardi se montrait favorable au matérialisme

l'Eglise. Ses ouvrages

l'indulgence

cardinaux

furent brûlés à

Venise; de Léon X et à la

pro-

de mourir tran-

l'avantage

de ses écrits qui ont

qu'un seul,

passages

quelques quille. Parmi divers

provoqué

des colères, nous n'en transcrirons

: «Ad

emprunté à son Tractatus de immortalité animoe

(1554, in-12, p. 121)

quod leges ponant,

quod

existimant, quum ut dixit Plato in de

totus

illud

quartum, in quo dicebatur

deceptum, cum omnes

quod dicilur, veluti multi

homo, qui non decipiatur,

non est

peccatum,

quod

maior pars, supposito,

Christi, Moysis et

fere totum universum esse

si totum nihil

decipitur,

siut tantum

nullus sit

animamimmortalem esse. Ad

sit, quam SUEO partes,

Republica,

concedere, immo necesse est, concedere aut

mundus

aut saltem

quod

Mahometis. Aut

très leges,

scilicet

omnes sunt falsEe, et sic totus

igitur

mundus est deceptus,

aut saltem duse earum, et sic maior

est

decepta.

«

pars

On a parlé

aussi d'un ami de l'Arétin, Fausto da Lon-

s'était proposé d'écrire, sous le titre du Temple

giano, qui

très-curieuseHIa:arinade;

Imprécation contre l'engin de Mazarin,

1649.Lorsmême qu'il écrivait pour des couvents, l'Arétinse sou-

venaitun

Danssonlivresur la Genèse, il tracedescharmesd'Eveun

peu des

d'autres lieux.

portrait

ouvragesqu'il composaitpour

qui n'est point

dansle textehébreu.«

Sescheveulx respiroient le

le nectaret l'ambroisie.Aveclestresses pendantes sur ses

comme joyaulx de la bellenature.» (Voir la

«

» clic ne se soucioitdesmamellesmisesen l'ivoirede sonestomach

«

«

la Lyon,1942). conduitede Lothet Lamorale de ses indulgente filles. de l'auteur le porte

épaules,

traduction française,

à excuser

XVI

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

de la vérité, un livre très-hardi, très-hétérodoxe, ainsi

qu'il

au

pondance.

dissertation de la

comprend que de très-puissantes

publication

cet

à nous procurer quelques renseignements

l'annonce lui-même dans une lettre

et

qui

est

imprimée

adressait

qu'il dans sa corres-

célèbre satirique,

Un

du

ouvrage

passage de

cette lettre se trouve dans la

On

nous

réimprimons.

raisons ont

empêché la

Monnoye que

délia verita, en admettant

Tempio

que

ait été écrit. Nous avons inutilement cherché

sur ce Fausto.

ville des ci-devant Etats

Longiano est une très-petite de Forli.

romains, près Le nom de Cardan a été

aussi érudit

prononcé ; ce personnage,

les écrits

présentent un

au

les uns aux autres, sans

igitur

que bizarre, et dont

de scepticisme et de crédulité assez

pas

craint de

les avoir

opposés

mélange

seizième siècle, n'a

paganisme, le judaïme,

fréquent ensemble le

comparer le mahométisme et le christia-

nisme, et, après

auquel

quelle

dire

arbitrio victoriae relictis; » laissant ainsi au hasard à

Plus tard, il déjà attiré,

décider à

est vrai, il adoucit ce

de la théisme

il a foi, il termine en s'écriant : « nis

religion restera la victoire.

passage

; mais il s'était

part de Scaliger

(1).

notamment , l'accusation, d'a-

L'éditiondes

(1)

OpéraCardani,Lyon,1663, 10 vol. in-folio,

philoso-

Naigeon lui a

l'Encyclopédieméthodique(Diction-

875-940); M.Francken a fait

l'objet

poli-

contient222 ouvrages différents.Tousles historiensde la

ont apprécié cet hommede

articledans

long

philosophie, t. II, p.

phie

consacréun

génie, un peu

fou.

En

nairede

d'unmémoirelu en 1844à l'Académiedes sciencesmoraleset

tiques.

articledu

London QaarlerlyRevicw, octobre 1854; sa

Angleterre on s'en est préoccupé. Nous signalerons un

RétrospectiveRevicw, t.

I, p.

94-112; un autre dans le

vie a été écrite

par

publié une en italien,Milan,

1821.in-S°.

M. Crosley(1836, 2 vol. in-8"), et par M. Morlay(1854,2 vol. in-8°).

J. Mantovanien avait

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

XVII

Il a été

de Pierre de la Ramée ou Ramus,

contre Aristote, et

qui fut accusé

il

laquelle dans les

question

fameux par ses attaques

d'irréligion, par

attaquait

écoles(1).

suite de la hardiesse avec

la

vieille philosophie qui dominait

sur les

un écrit De

avance dans le troisième

volume de

guenot, Nicolas Barnaud, fut excommunié, en 1612, pour

avoir

s'agit

un

Un

capucin, le père Joly,

ses Conférences

composé

mystères, qu'un hu-

Il

on a attribué

tribus Impostoribus.

auquel

de Nicolas Barnaud de Crest,

ouvrage curieux, le Cabinet du roy de France,

il y a trois

lequel

aussi

livre

qui

des

dans

qui passe

pierres précieuses, 1581, et

François,

l'auteur du Miroir des

pour réclame des

réformes dont l'accomplisse-

(2), et qui n'ont point

Belgique

et du

1582,

ment se fit attendre deux siècles

toutes passé dans le domaine des faits : cet écrit demande

le

Milanaisà

M.de Humboldla

citées. (Cosmos, trad.

la réunion de la

mariage

prêtres, la France;

jugé

il eût tombé plus juste, en se pro-

quelques idées de Cardan dignes d'être

franc., t. II, p. 565.)

(1) Voirl'articleRaméedansle l. V du Dictionnairedessciences

349-556, et le livre de M.Ch.

opinions(Paris,

1855). Waddington, M. Renana Ra-

ses écritset ses

philosophiques,p.

mus, sa vie,

rendu compte de ce travaildansle Journaldes Débats, 2 juin 1855.

Rrucker, dans

très-complet. M.Rarlholmcss annonçait, il a

lettreinséréeauJournaldel'Instruction publique, 21

i intentionde donnerune éditiondesoeuvres complèles de

sa mort prématurée a

nonsen disant que M. Feugére a consacréà Ramusune notice qui

se trouve p. 579-595du livrede cet écrivain: lesFemmes poêles au seizièmesiècle.

critica philosophioe, t. V, p. 548, est

longtemps(dans une

son ïlistoria

y

janvier18.6),

Ramus;

projet. Termi-

empêché la réalisationde son

(2) Voirle

Cojiservateur, août1757. p.

220-257.Delislcde Salesa

donnéde longs détailssur cet écritdansson livreintitulé:Males- herbes,1805,p. 202-247.Consulteraussi l.ebcr, Etat de la presse, page G!.

XVIII

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

la sécularisation des biens du clergé,

garde

nationale, et pour

. Alchimiste et

dont la vie est fort

nonçant pour

l'établissement d'une

pour

l'annexion

infati-

du Comtat d'Avignon

gable, Barnaud,

hardi dans

voyageur peu connue, était

mais il y a lieu de douter de ce

égard.

ses pensées,

capucin

plus

avancé le

à son

qu'a L'écrivain le

cuper, c'est Hilton,

moderne dont on ait cru devoir s'oc-

peut son- perdu

long-

mort en 1674; mais on ne

que

sérieusement à établir

l'auteur du Paradis

ger

ait

temps avant qu'il

composé un ouvrage dont il était question

fût

né, et qui

bien

eût été en désaccord

un puritanisme

et

où dominait

complet avec ses principes,

républicain Parmi les écrivains connus comme libres

basé sur la lecture de la Bible.

penseurs on aurait pu encore attribuer le Liber de tri-

on sait que cet écrivain

1345, après

Cymbalum mundi,

comme contenant de

prison

« et détenu en

» et

l'édition

originale fut supprimée

que

soin, qu'on n'en connaît plus qu'un

auxquels

bus

venture des

suicida dans l'hiver de 1542 à

primer en 1557 le

poursuivi par le Parlement,

Impostoribus, nous n'avons pas

Périers;

rencontré Bona-

se

avoir fait im- livre aussitôt

spirituel

grands

que

grande

abus et hérésies. Nous n'avons pas besoin de redire

l'imprimeur Morin fut mis en

pauvreté, tant de

avec

ou deux

exemplaires. Récemment le

a eu deux éditions nou-

(Paris,

Gosse-

Cymbalum

velles, revues, l'une par

lin, 1841),

des oeuvres de B. Des

neau retrouva la clef des noms des interlocuteurs cachés

M. Paul Lacroix

l'autre par

M. Louis Lacour (dans le tome Ier

Eloi Johan-

Périers, Jannet, 1856).

sous le voile de

l'anagramme.

« Dans le second

dialogue surtout, dit M. Lacour,

toutes les croyances reconnues

l'auteur tourne en ridicule

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

XIX

de son

pon,

de la Réforme, n'est pas représenté d'une façon moins

satirique

proclamé tel; Luther, chef

temps; le Christ, déjà par

lui transformé en fri-

va se voir maintenant

: catholiques

et protestants tombent dans le

des uns et des

joue également

l'allégorie, et il avait

qu'il pouvait

dirais

que

même sac ; DesPériers se

autres. » La Monnoye avait deviné

exprimé sa pensée

permettre : « qu'on prétend

cendant des cieux, la vérité éternelle

avec toute la netteté

qui

se

Si j'osais débiter ici mes soupçons, je dirais

apporta, des-

la

suite du discours de Trigabus est une raillerie impie et

outrée de ce que cette vérité a

ici ridiculiser celui

nous

; je

opéré.

»

Nous n'avons

pas besoin d'insister; il est évident que

à réellement été

si le Liber de tribus

imprimé

rait avec quelque vraisemblance le mettre sur le

de Des Périers, qui y

teté la thèse qu'il voilait à dessein dans le

Impostoribus

en 1558, commel'affirme

dirigée

aurait

contre le

Campanella, on pour-

compte

avec plus de net-

Cymbalum,

développé

lequel pouvait, aux yeux des myopes, passer pour une

raillerie

paganisme. Mercure, Cupidon

dans ces

également dans le

qui s'explique

à

Jupiter,

à

et autres divinités

récits, circonstance

mythologiques figuraient

qui

se retrouve

fameux

ouvrage sans la moindre

de Giordano Bruno, et

peine. Les coups portés

Saturne, allaient au delà.

111

01UMOSSDE QUELQUESCRITIQUES MODEKMiSAUSUJETDU UHVIlHETIIIEUHÎMI'OUTORIDUS.

Un des écrivains qui ont manié avec le plus de bonheur

langue française, un bibliophile fer-

les ressourcesde la

XX

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

vent, Ch. Nodier, a, dans ses Questions de littérature

légale (1828, p. 126), résumé judicieusement

ne sait pas à

l'objet

sait, ou plutôt

introuvable trailé

ce

qu'on

qui

fait

l'égard

«

ce

qu'on

du fameux et

de nos recherches :

Le titre seul avait existé durant des siècles; un mot

fournir l'idée, mais

aucune plume ne dut en hasarder l'exéculion à une

par trop dangereuse. dans une classe de

prêta une réalité impossible; on

époque

d'un prince

célèbre en avait

pu

liberté aurait été

pareille

qui

Sur le bruit

qui

s'en

élait répandu

à

gens de lettres,

alla jusqu'à nommer les imprimeurs qui l'avaient publié

lieu cette accusation comme

on lui

et

incrédules et comme

autres; mais ce fut

donnèrent

quelque

gens habiles, les Wechel entre

exemplaires

suivant

cette opinion d'aucune

de

ce traité qui sont actuellement counus et dont la date se

sans étayer

penser

autorité suffisante. Que

rapporte toutes les

se

alors des

assezbien à l'époque où il a dû

hypothèses?

paraître,

Cetle découverte ne détruit-elle

plus spécieux

, et reste-t-il

une solution double. Oui, il dont les exem-

Impostoribus,

occupé les bibliologues du dix-

a

dans son enfance un

descrip-

dans les ventes :

pour

le frontis-

un

pas les raisonnements les

quelque

chose à dire contre l'existence d'un livre qui

de suite?

reproduit dans plusieurs catalogues

» Ce

problème exige

Nodier

a

ajoute qu'il

existe un traité De tribus

plaires sont extrêmement rares ; non, le traité De tribus

Impostoribus, qui

septièmesiècle, n'existe pas. »

possédé

de ce livre entièrement conformeà la

exemplaire