Vous êtes sur la page 1sur 2

Alors ce qui m'intéresse dans les études littéraires, c'est la manière dont les livres recèlent d'une vision du monde, d'une vérité.

C'est la manière dont la littérature, la fiction, peut rivaliser, d'une certaine manière, avec le discours philosophique et même religieux, tout en s'en séparant radicalement.

Dans les faits, il y un jeu complexe d'influences réciproques entre la littérature et les arts d'une part, et les systèmes de pensée de l'autre.

C'est dans mes cours de psychanalyse que j'ai été amené dans un premier temps à reconnaître cette intrication de la littérature et du discours savant.

Bon, chacun-e sait la dette que Freud contracte auprès de la littérature :

d'une part il y a Sophocle, Shakespeare, Jensen pour nommer les plus connus, auxquels Freud emprunte pour étayer sa théorie. d'autre part, nous littéraires -- et on insiste souvent là-dessus au département -- percevons aussi bien l'aspect un peu livresque, de son discours. cette qualité de l'oeuvre freudienne qui fait que, heureusement je dirais, psychanalyse ne peut pas tout à fait se revendiquer du positivisme.

Mais donc, si Freud est à l'aise dans la littérature, c'est parce que celle-ci, a toujours eu l'intuition, au bas mot, de ce qu'il a appelé l'inconscient. Et on retrouve des passages, par exemple dans Hugo ou Dostoïevski, où cette intuition parvient pratiquement à la théorie.

En retraçant les manifestations de l'ICS dans la littérature, j'ai aussi été amené, disons à historiciser la psychanalyse.

On présente parfois la psychanalyse de manière un peu militante -- c'est normal -- comme quelque chose qui serait un peu tombé des nues, grâce au génie de Freud.

Je ne doute pas du génie de Freud, mais comme tout génie, il a agencé un truc nouveau avec ce qui se tenait autour de lui, c'est cet agencement, ce remix comme on dirait aujourd'hui, qui tient lieu de nouveauté.

À partir de la psychanalyse, et en ne reniant pas ses fondements, j'ai commencé, surtout lors d'un échange d'un an à Lyon-2, à m'intéresser à la relation que la littérature pouvait entretenir avec d'autres systèmes d'idées, d'autres discours. La religion par exemple, dont la psychanalyse hérite aussi, de manière un peu souterraine comme Anne-Élaine Cliche le montre.

Et puis j'ai commencé à m'intéresser à l'image, qui a un statut spécial d'une part dans les systèmes religieux et dans la psychanalyse.

et d'autre part dans la littérature, dont le propre est de recourir à l'image.

Donc cette notion me permet vraiment, d'un point de vue méthodologique, de recouper . C'est une notion qui est au carrefour de l'histoire des idées, de l'histoire de la religion, de la psychanalyse et de la littérature (et de l'histoire de l'art)

Pour en venir à mon corpus, eh bien, c'est là que les gens vont peut-être sourciller, mais je m'intéresse beaucoup au moment où on commence à écrire en français -- ce qui est le haut MA. C'est une période un peu boudée, en général, et voire même ici au département. Mais j'ai reçu un

appui officieux, un feu vert de deux prof déjà. Donc le moment où au lieu d'écrire en latin, on écrit en français, qui au fond est une langue qui a partie liée à l'image, c'est une de mes hypothèses.

Et puis comme le MA est un peu délaissé, le champ critique se trouve assez peu encombré

Et puis le contexte du christianisme, qui en s'étendant à l'Europe a été obligé de frayer aver le paganisme et l'idolâtrie, et y'a aucun doute que la littérature, les premiers romans par exemple, gardent la trace de cette rencontre.

Mais j'adopte un point de vue résolument moderne, non seulement parce qu'on vit aujourd'hui

un peu à l'image de Agamben pour qui l'histoire n'est pas quelque chose de linéaire.

Voici en vrac quelques critiques auxquels je m'intéresse :

Anne-Élaine Cliche, tu ne te feras pas d'image Olivier Boulnois, au-delà de l'image Anca Vasiliu, Eikon : l'image dans le discours des trois cappadociens Marie-Josée Mondzain, Image, icône, économie. Agamben Roger Dragonetti (Lacan) Erwin Panofsky, Aby Warburg, Didi-Huberman Lacan