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Vendredi 05 mai 15h00 [GMT + 1]

NO 321

Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien au mondePHILIPPE SOLLERS Nous gagnerons parce que nous n’avons pas d’autre choix — AGNES AFLALO

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3 ème plan autisme

Lettres ouvertes à Madame Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées, à propos du troisième plan autisme.

Après la publication du 3 e Plan autisme, ma lettre ouverte à Madame la ministre Carlotti, le communiqué de Jacques Borie, Président du Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette, ont rencontré le mur des médias. Je regrette que, par leurs réponses standards, ils se fassent complices de la sauvagerie, sans se rendre compte que madame Carlotti pense plus à sa campagne électorale à Marseille qu’aux autistes, à leurs parents et à ceux qui les accueillent et les traitent au un par un. Mais les réactions ne manquent pas de se manifester, de la part de collègues professionnels et d’associations de parents [lire la lettre ouverte de la présidente de La main à l’oreille].Cela laisse à penser que ce plan sinistre et scandaleux ne passera pas comme ça. Dr J.-R. Rabanel.

Lettre ouverte du Docteur Jean-Robert Rabanel, Responsable thérapeutique du Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette Président du RI 3 (Réseau international des institutions infantiles) à Madame Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées, à propos du troisième plan autisme.

Madame la Ministre,

Le Troisième plan Autisme s’appuie sur des arguments qui ne correspondent pas à la réalité de ce qui se pratique dans les institutions médicosociales et de pédopsychiatrie. Ce plan ne contribue pas à pacifier la situation en favorisant une partie aux dépens de l’autre. Il sème la discorde et entretient les divisions. Il favorise abusivement une partie plutôt qu’une autre. Il est à l’envers de la politique que l’on pouvait attendre d’un gouvernement socialiste. Il est en particulier erroné de dire que depuis quarante ans la prise en charge de l’autisme, en France, a été dans les mains de la pédopsychiatrie et tout spécialement de la psychanalyse et, qu’au regard des résultats, il n’est que justice de donner sa chance à des méthodes éducatives. Prendre appui sur cette fable diffusée par certaines associations de parents extrémistes est grave. La réalité est que depuis trente ans, la psychanalyse n'est plus la référence des psychiatres qu’elle a pu être dans les années 1960-70. Dans quel but désigner les psychanalystes comme bouc émissaires ? Quel a été le coût des cliniciens formés à la psychanalyse dans les prises en charge des enfants autistes et de leurs familles depuis 40 ans ? La volonté politique de ce plan prend-elle, sérieusement, en compte les conséquences économiques pour les collectivités et pour les familles que cette substitution entraînera ? Ne craignez-vous pas de défaire ce que le mouvement des solidarités, après-guerre, avait construit en créant ces institutions ? C’est une douloureuse surprise de voir un gouvernement socialiste aller plus avant que les réalisations du gouvernement précédent à contre-courant de la solidarité. Que devient la possibilité des parents d’exercer leur libre choix de ce qu’ils considèrent être le mieux pour leur enfant ? Quel sens peut bien avoir ce passage autoritaire d’un soi-disant tout psychiatrique à maintenant un tout éducatif ?

Tout le monde comprendrait que, dans ce changement de cap, le plan se réfère à la HAS, mais ce n’est le cas. La HAS avait refusé les 3i, mais elle n'avait pas interdit la psychanalyse. Ce plan va plus loin que la HAS, au profit de MM. Fasquelle et Rouillard pour servir des thèses extrémistes. Cela est inquiétant.

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Le 2 juin 2012, l’ACF-Massif-Central organisait à Tulle, avec l’Institut Psychanalytique de l’Enfant, un forum pour l’abord clinique de l’autisme. Ce Forum s’est tenu, grâce à la bienveillance de Monsieur François Hollande, salle Corrèze à l’Hôtel du Département « Marbot ». Il réunissait de nombreux praticiens d’institutions corréziennes du médico-social et de pédopsychiatrie. Ils ont dit leur inquiétude devant un projet de loi qui visait à l’époque à interdire la psychanalyse et les pratiques voisines dans l’accompagnement des enfants autistes et de leurs familles. La Haute Autorité de Santé elle-même, après avoir invalidé ces pratiques, hésitait, faisant le constat que cette question excédait ses strictes compétences scientifiques et objectives car elle met en jeu la dimension humaine et subjective. Ces professionnels ont témoigné de la variété de pratiques attachées à la dimension du cas par cas. Ils ont dit l’intérêt qu’ils voyaient à offrir aux sujets qui leurs sont confiés un choix de méthodes différentes. Les méthodes éducatives n’ont jamais été exclues des prises en charge. Nous ne demandions pas le choix d’une méthode aux dépens d’une autre, mais un juste équilibre dans la répartition des pratiques cliniques et des pratiques éducatives, certains enfants prenant appui plutôt sur les unes que sur les autres. Il n’y a pas une réponse aux difficultés des enfants et des adultes autistes, car l’autisme n’est pas un. L’autisme est divers, chaque cas est singulier. Nous considérons qu’il est du devoir du service public d’offrir aux enfants, aux adultes et à leurs parents l’accompagnement qui convient le mieux à leur cas particulier.

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Je regrette que, dans le plan, il ne soit fait état du travail fait dans des institutions qui se réfèrent au discours analytique autrement que pour indiquer qu’elles ne seront peut-être plus subventionnées.

Permettez que je dise un mot de l’institution de Nonette dont je suis,

depuis 1973, le responsable thérapeutique et dont le Directeur est Jean-Pierre Rouillon. Le Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette accueille des enfants, des adolescents et des adultes psychotiques et autistes qui vivent de façon civilisée grâce à l'apport du discours analytique. Le Centre est constitué de trois établissements :

- un I.M.E qui accueille 24 enfants et adolescents.

- un Foyer occupationnel qui accueille 10 adultes.

- un Foyer d’accueil médicalisé qui accueille 10 adultes.

La moitié des personnes accueillies sont autistes ou présentent des troubles autistiques. Depuis les années 1970, le Centre accueille des personnes présentant d’importants troubles de la personnalité qui, suite à une prise en charge en pédopsychiatrie, doivent bénéficier d’une prise en charge institutionnelle au long cours. C’est dans ce cadre que nous accueillons, depuis les années 1990, des sujets autistes. Nous avons accueilli ces enfants sur demande des organismes de tutelle. Plusieurs des enfants qui nous ont été adressés par les CDES, puis la MDPH, ont bénéficié de traitements éducatifs et scientifiques, n’ayant pas donné les résultats escomptés. Nous les accueillons ainsi parce que les traitements éducatifs ont été des échecs. L’accompagnement des sujets se fonde avant tout sur la rencontre et sur la relation avec l’autre. C’est en maintenant la prise en compte de la particularité de chaque sujet que nous construisons un accompagnement qui respecte la dimension subjective de chacun, aussi bien celle des résidents que celle de leurs parents. La référence à la psychanalyse permet d’élaborer et de mettre en œuvre l’accompagnement des sujets en maintenant sans cesse au travail la question de l’éthique. C’est aussi à partir de cette dimension que nous dialoguons avec les tutelles dans le but de faire reconnaître et respecter la créativité de chacun des sujets que nous accueillons. Le Centre est géré par une Association que préside un collègue de Lyon, Jacques Borie. Nous ne possédons pas de moyens considérables et la référence au discours analytique permet aux éducateurs de s’orienter dans la vie quotidienne en respectant les choix du sujet ainsi que ceux de ses parents. Cela n’est possible qu’en prenant le temps d’élaborer patiemment le parcours propre de chaque sujet. C’est à partir de ce travail qu’un tempérament peut être apporté aux

diverses manifestations de l’agressivité, qu’il s’agisse des automutilations ou bien des passages à l’acte. Au fil des ans, nous avons été surpris par les capacités d’invention et de création de ces sujets qui ont pu trouver un style de vie les mettant à distance de ce qui les envahit et les ravage. L’accompagnement au quotidien des autistes constitue un des points essentiels de la pratique clinique au CTR de Nonette. La logique de l’autiste est d’éviter l’autre. La rencontre avec ce dernier est source de violence, difficile et délicate à arrêter. Dès le surgissement de l’objet, l’agressivité se déchaine. Les réponses habituelles en terme de maîtrise, d’interdit, ne conviennent pas. Il faut trouver d’autres types de réponses, écarter le sujet autiste de la pulsion de mort à l’œuvre. Introduire des écarts, aménager des abris à chacun des sujets qui en donnera une indication, permet d’obtenir un un certain résultat. Vouloir pour l’autre doit laisser place à la recherche et à la découverte de la logique du cas, pour la dégager, et la privilégier pour s’en servir comme point d’appui de l’accompagnement. Pour trouver un contact avec le sujet, il est préférable de se positionner en deça de lui plutôt qu’au-dessus de lui et de valoriser son invention. C’est s'accorder à lalangue du sujet. Faire moins bien que lui. Valoriser ce que le sujet fait non pas par générosité d'âme, mais parce que ça pourrait être pire. C’est l’enseignement de Lacan qui invite à considérer dans le symptôme une part d’invention. Cette clinique abat les recettes, les conformités, les tous pareils. Elle fait la place au singulier déroutant, insolite, imprévu, aux mots esquissés, bredouillés, aux sons étouffés, triturés, torturés, aux ratures, au vivant. Des bricolages à partir des bouts de lalangue du sujet, la position analytique lui permet d’accuser réception de la souffrance, de soutenir et, peut être plus que tout, de reconnaître le dire du sujet autiste. Ces conditions permettent d’apprendre leur langue singuliére pour leur offrir une vie digne avec leur symptôme. Pour obtenir des résultats, il faut du temps, du savoir-faire des éducateurs et du travail analytique. L’expérience clinique auprès de ces sujets, l’élaboration des questions cliniques rencontrées permettent de dessiner des voies nouvelles pour prendre soin de ces sujets et les accompagner dignement. Les résultats d’un traitement par la psychanalyse d’orientation lacanienne sont civilisateurs pour les sujets autistes et psychotiques.

Aujourd’hui, ce qui permet de mesurer la réalité de ce parcours, c’est le témoignage que nous apportent les personnes qui viennent visiter Nonette. Ce qui les marque tous, au un par un, c’est la façon dont chaque résident leur réserve un accueil authentique. Je vous propose, Madame la Ministre, de venir voir comment on vit dans ce lieu. Avec le Directeur, nous serons heureux de vous accueillir. Soyez assurée, Madame le ministre, de ma considération.

Nonette, le 7 mai 2013. Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette - A.G.C.T.R.N - 63340 NONETTE Institut Médico-Educatif - Foyer Occupationnel - Foyer d’Accueil Médicalisé

- A.G.C.T.R.N - 63340 NONETTE Institut Médico-Educatif - Foyer Occupationnel - Foyer d’Accueil Médicalisé ***

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Communiqué de Jacques Borie Président du Centre Thérapeutique et de Recherches de Nonette

La publication récente du troisième Plan autisme ne peut laisser notre Association sans réaction. Depuis très longtemps nous gérons le Centre thérapeutique et de Recherches de Nonette qui reçoit des sujets, enfants comme adultes, autistes ou gravement psychotiques. Nous assumons avec responsabilité les fonctions qui sont les nôtres de gestion de l'argent public, d'accueil des personnes qui nous sont confiées, d'employeur des salariés qui y travaillent, de propriétaires des locaux où ils sont accueillis, etc. Tout cela dans un dialogue constructif avec les autorités de tutelles qui nous font confiance. Mais la particularité de notre Association est de soutenir l'orientation du travail qui y est mené en référence à la psychanalyse, sous la responsabilité du Docteur Jean-Robert Rabanel depuis 1973 ! Nous soutenons cette orientation car nous en voyons les effets bénéfiques sur nos patients, même et peut-être surtout les plus gravement perturbés. Nous voyons des personnes pour qui toute autre mode de prise en charge a été un échec devenir plus en paix, moins violentes, moins agressives, s'ouvrir un peu plus aux autres, bref, se civiliser sans qu'aucune pratique injonctive ne soit mise en œuvre. Il s'agit pour nous de vivre ensemble et d'accompagner ces personnes au quotidien en vue de pacifier les symptômes. Tous ceux qui viennent à Nonette peuvent apprécier ce travail et ses résultats. Nous les accueillons avec plaisir. Notre Association incarne de plus, dans sa composition même, cet esprit d'ouverture, puisque son Conseil d'administration est composé, outre de psychanalystes, de représentants des parents, des médecins responsables des secteurs psychiatriques, des partenaires du secteur médico-social, des élus locaux, etc. La fable selon laquelle les psychanalystes culpabiliseraient les parents est ainsi déconstruite concrètement. De même la référence à la psychanalyse

dans le traitement des autistes n'exclut nullement les autres modes de traitement et de prise en charge. Nous recourons aux bénéfices de la médecine (médicaments, etc.), de la pédagogie (nous avons une classe de l'éducation nationale in situ) et des pratiques éducatives diverses. Pour nous, il n'y a nulle opposition entre un point de vue thérapeutique et un point de vue éducatif. La psychanalyse, selon notre expérience, permet une éducation non coercitive et respectueuse des particularités de chacun. Nous savons bien que d'autres pratiques de prise en charge des sujets autistes existent et ne prétendons nullement incarner un savoir exclusif sur ces douloureuses questions, mais nous pensons que notre expérience de tant d'années a fait les preuves de sa pertinence et qu'on ne peut entraver sa poursuite sans atteinte grave aux droits des sujets et au minimum de démocratie que la France incarne dans le monde. Dans cet esprit, nous sommes disponibles au débat tout en affirmant vouloir poursuivre le travail de notre communauté qui permet une vie plus humanisée à tant de sujets qui souffrent d'insupportable.

Communiqué du Président de l'Association du Centre Thérapeutique et de Recherches de Nonette suite à son conseil d’administration du 7 mai 2013.

du Centre Thérapeutique et de Recherches de Nonette suite à son conseil d’administration du 7 mai

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Lettre ouverte de Mireille Battut, présidente de l’association La main à l’or eille à Marie

Lettre ouverte de Mireille Battut, présidente de l’association La main à l’oreille à Marie Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées

Madame la ministre,

Je viens de recevoir votre appel à soutenir votre candidature à la mairie de Marseille, sur la boite mail de l’association que j’ai créée, La main à l’oreille.

La main à l’oreille est née en 2012, année consacrée à l’autisme Grande cause nationale, pour porter une parole autre : nous refusons de réduire l’autisme à la seule dimension déficitaire et sa prise en charge à la seule approche rééducative, nous voulons promouvoir la place des personnes autistes dans la Cité, sans nous référer à une norme sociale ou comportementale.

C’est en 2012 que vous avez découvert l’autisme. Vous repartez maintenant vers d’autres aventures, mais vous nous laissez un 3ème Plan Autisme rapidement ficelé, accompagné de déclarations martiales : « En ouvrant ce dossier, j’ai trouvé une situation conflictuelle, un climat tendu, je n’en veux plus. » Vous avez, en effet, vécu des moments très chahutés. J’en ai été témoin lors d’un colloque au Sénat dédié à l’autisme, où un groupe de parents bien déterminés vous empêchait de parler. Le député Gwendal Rouillard, votre collègue, qui a choisi de soutenir les plus virulents, était à la tribune, les yeux mi-clos et le sourire aux lèvres. Comme vous étiez toujours coincée sur le premier paragraphe de votre discours, il a levé un bras et a demandé silence aux parents en les mettant en garde « ne prenez pas la ministre pour cible, n’oubliez pas que votre véritable ennemi, c’est la psychanalyse ». La salle s’est calmée et vous avez pu poursuivre votre propos, après avoir jeté un regard de remerciement à celui qui vous sauvait ostensiblement la mise. Vous avez retenu la leçon : vous ne voulez plus de parents chahuteurs dans vos meetings. Aussi, en partant, vous donnez des gages : « En France, depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout, et aujourd’hui elle concentre tous les moyens».

Vous savez pourtant, en tant que Ministre, que depuis trente ans la psychanalyse n’est plus dominante en psychiatrie, que les établissements médico-sociaux ainsi que les hôpitaux de jour ont intégré des méthodes comportementales ou développementales dans leurs pratiques et que le problème majeur, c’est le manque de place et de moyens. Est-ce à cause de la psychanalyse que les enfants autistes restent à la porte de l’Ecole républicaine ? C’est donc en toute connaissance de cause que vous vous faites le relai d’une fable grossière, dictée à la puissance publique par quelques associations extrémistes.

Dès votre arrivée, vous avez annoncé que vous seriez très à l’écoute des parents. Il eut été plus conforme à la démocratie d’être à l’écoute des différents mouvements de pensée. « Les » parents, ce n’est ni une catégorie, ni une classe sociale. Il y a abus de généralisation dans la prétention du « collectif autisme » à s’arroger la parole de tous « les » parents. Vous ne pouvez pas ignorer qu’il y a d’autres associations représentant d’autres courants de pensée puisque nous avons été reçus par votre cabinet où nos propositions ouvertes et constructives ont été appréciées, et où l’on nous a assurés que le ministère n’avait pas vocation à prendre parti quant aux choix des méthodes. C’était le moins que nous demandions. Nous ne cherchons à interdire ou à bannir quiconque, et surtout pas qui pense différemment. Nous sommes trop attachés à la singularité, qui est l’agalma de ce que nous enseignent nos enfants.

« Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple :

ce sont celles qui marchent,… ». Permettez-moi de m’étonner que vous n’ayez pas attendu pour affirmer cela que les 27 projets expérimentaux, tous attribués unilatéralement à des tenants de l’ABA par le précédent gouvernement, et jugés

sévèrement par vos services comme trop chers, aient été évalués. La diversité et la complexité du spectre autistique peuvent justifier différentes approches, en tout cas, vous n’avez rien de concret permettant d’étayer le slogan de

l’efficacité-à-moindres-couts-d’une-méthode-scientifique-reconnue-dans-le-

monde-entier- sauf-en-France. En Amérique, le conditionnement comportementaliste est fortement critiqué, notamment par des personnes se revendiquant autistes, aussi bien pour son manque d’éthique, que pour ses résultats en fin de compte peu probants, conduisant parfois à de graves impasses thérapeutiques. …et qui sont recommandées par la Haute Autorité de Santé. ». Si, en privé, vos services reconnaissent que le ministère a choisi de s’appuyer sur ces recommandations, en l’absence d’autres bases, encore faut-il ne pas en faire une lecture outrageusement simpliste se résumant à « une méthode ». La HAS

s’efforçait tout de même de maintenir l’intégration des différentes dimensions de l’être humain, sous la forme d’un triptyque « Thérapeutique/pédagogique/éducatif ». Dans le 3ème plan autisme que vous

venez de présenter, seul l’éducatif est maintenu. Le mot « thérapeutique » est employé une seule fois, de façon surprenante pour qualifier « la » classe de maternelle spécialisée pour les autistes, une par académie !

« Que les choses soient claires, n’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler ». L’écrasante majorité des établissements a déjà prudemment annoncé être en conformité avec les recommandations de la HAS. Il faut donc entendre que vous souhaitez aller au-delà ? Votre volonté est clairement d’intimider tous ceux qui s’efforcent de mener une démarche au un-par-un et qui ne calent pas leur pratique exclusivement sur des protocoles dépersonnalisés. En faisant cela, vous transformez les intervenants en exécutants serviles, vous réduisez à néant l’apport pacificateur de la dimension thérapeutique face à la violence potentielle de la sur-stimulation, du dressage et de la volonté de toute-puissance. En procédant ainsi vous menacez directement tout le secteur médico-social au profit d’un système de services à la personne et de privatisation du soin, avec formation minimale des intervenants. D’autant que vous n’annoncez pas la création de nouvelles structures avant 2016.

La fédération ABA France revendique sans ambages « une approche scientifique qui a pour objectif la modification du comportement par la manipulation » destinée à tous les domaines, bien au-delà de l’autisme, de la psychiatrie à l’éducation en passant par la communication. On trouve dans leur programme les ingrédients du traitement qui vous a été réservé : définition externe d’un objectif cible, mise sous situation de contrainte du sujet, au cours de laquelle il sera exposé à la demande de l’autre de façon intensive et répétitive, la seule échappatoire étant de consentir à ce qui est exigé de lui. On comprend que vous soyez soulagée d’en finir. Si je tiens personnellement à éviter que mon enfant subisse ce type de traitement, j’attends aussi d’un ministre de la République qu’il sache y résister.

Madame la Ministre, si vous voulez mettre vos actes en accord avec les annonces de votre candidature à la mairie de Marseille « pouvoir rassembler les forces de progrès … et tourner la page du clientélisme… », il est encore temps pour vous de le faire, j’y serai attentive.

Cachan, le 13 mai 2013

La guerre, comment la dire ? Par Nathalie Georges-Lambrichs Avec A des années lumière de

La guerre, comment la dire ?

Par Nathalie Georges-Lambrichs

Avec A des années lumière de Marcel Cohen (Fario, 2013) et Le Désir foudroyé de Sonia Chiriaco (Navarin / Le Champ freudien, 2012), pas sans le Cien.

Sur le thème « destruction/construction » quelques « lab’s » du Cien 1 se sont retrouvés le 15 mai 2013 à l’Abbaye-aux-dames, à Saintes. « Construction », c’était l’ouverture en direction des artistes, avec Freud, et ce que Lacan a apporté concernant la langue dans laquelle a lieu l’analyse qui prend sa source dans ce texte de 1937 où Freud s’est attaqué pour le détruire à un préjugé répandu selon lequel le oui et le non sont les véhicules de ce que pense, veut, désire ou redoute un sujet. Il s’y est attaqué avec rigueur : pas d’analyse possible sans de telles constructions ; avec modestie, elles peuvent être fausses, et leur confirmation, toujours indirecte, n’a d’autre conséquence que celle de pousser à des constructions nouvelles pour la suite de l’analyse ; avec l’humour ou l’ironie, enfin, que fait résonner le célèbre domestique de la pièce de Nestroy qui n’a qu’une réponse à toutes les questions et objections : « Au cours des événements tout deviendra clair » 2 . Dans la troisième et dernière sous-partie de ce texte, la plus intéressante, Freud rassemble des faits qui l’ont frappé, à savoir que les constructions qu’il faisait et communiquait à ses patients avaient pu avoir pour effet de faire surgir des « souvenirs très vivaces, […] “excessivement nets” », et rien de plus. Freud leur trouve une parenté avec les hallucinations et, ouvrant le champ d’investigation des hallucinations au psychanalyste, il revient sur les débuts de la vie, où l’enfant a pu être frappé,

voyant ou entendant quelque chose alors qu’il sait à peine parler. Rêve, folie, psychose sont alors par lui réunis, comme formant un champ d’investigation qui recèle « un morceau de vérité historique » 3 . Ce texte apporte ainsi un changement radical de perspective : il ne s’agit plus, dit Freud, de guérir, mais d’authentifier cette vérité historique déformée par le délire. Lire dans les temps dits de paix, les délires au long desquels cheminent les convois des temps de guerre m’a permis de participer cette année au Séminaire ouvert par Marie-Hélène Brousse depuis 2011 sur « La guerre, face obscure de la civilisation ».

De la grande hache à la petite tache

« Qu’est-ce que la vérité historique ?, interrogeait Jacques-Alain Miller dans ses Marginalia de “Constructions dans l’analyse”. Ce n’est pas l’exactitude de ce qui a eu lieu, c’est le remaniement de ce qui a eu lieu par la perspective de ce qui sera. Cela empêche de réduire l’inconscient à une simple mémoire où tout est déjà là, et rend sa valeur à la parole, à l’acte de parole » 4 . Mais qu’est-ce donc qui a eu lieu sinon des faits, tels ceux que Marcel Cohen a nommés tels, consignés, recueillis et voulu inscrire dans « la littérature » ou ceux dont Sonia Chiriaco a fait série dans son livre Le désir foudroyé pour la psychanalyse ? Dans « la perspective de ce qui sera », je laisse de côté la faveur qu’a connue la déconstruction, considérant qu’elle a eu lieu en effet, pour me concentrer enfin sur mon sujet : la guerre, comment la dire. J’entendais le responsable de l’émission « Répliques » qui avait invité Marcel Cohen le 4 mai dernier pour son avant-dernier livre, Sur la scène intérieure 5 , évoquer non sans gêne la saturation de l’opinion aujourd’hui formulée à l’endroit d’un certain discours qui se voue au « devoir de mémoire » ; il visait le point, moebien, réel, où la tendance se renverse, où c’est précisément l’ombre du dire qui, prenant le pas sur le dit, dévoile une intention et sa part inqualifiable ou inavouable. Il voulait dire à Marcel Cohen que son livre faisait, là, exception. Il voulait le penser et donc le disait. Quant à Marcel Cohen, il s’en tenait, lui, à la nécessité qui avait présidé pour lui à l’écriture de ce livre, à ce risque même, et déjà au-delà de ce point ayant, dans son tout dernier livre, A des années-lumière, formulé son

intenable « situation de ne pouvoir ni parler ni se taire, tout en continuant à croire passionnément aux pouvoirs de l’écrit » (p. 27). Tourner le dos à la fascination, n’est-ce pas se donner chance de construire une réponse plus digne, sur le fil de la précarité, sachant ce dos « face obscure » ? Cent ans après le début du siècle dernier marqué par « La grande guerre », ses « faits » que Marcel Cohen ne manque jamais de citer au nombre de ceux qu’il établit de la suivante, et son soldat inconnu auquel Lacan a préféré le guerrier appliqué de Jean Paulhan, cet impossible à dire hante la littérature et la psychanalyse, les vraies qui résistent à l’absorption des destins singuliers dans les catastrophes universelles. Sonia Chiriaco ne s’y affronte pas moins lorsque, parlant de l’enfant Lu, elle indique quelle place elle s’autorise à occuper, entre le récit, par la mère de celui-ci, du drame historique qui l’a marquée elle, ainsi que son fils, et le symptôme de l’enfant Lu qu’elle reçoit dans l’espace-temps d’un genre nouveau depuis Freud. Elle considère, en effet, le récit maternel comme une interprétation, première et vouée au refoulement, et parie sur le retour du refoulé et son traitement, dans la cure. Son écrit ajusté forme la matrice et la trace historisée du parcours singulier qui a eu lieu. Il en révèle sa part à elle, tache dans le tableau clinique (ce tableau retourné au dos duquel s’inscrit le commentaire), témoignant de ce dont elle répond « dans la perspective de ce qui sera », sachant Lu armé pour assumer non seulement sa part de vivant, mais sa responsabilité de parlêtre.

Séries et/ou accumulation

« Très longtemps, il n’y eut pas en France d’écho à mes livres, et c’était pour moi une douleur, car mes parents aimaient la France », dit Aharon Appelfeld à Laure Adler, dans la présentation qu’il fit, invité en juin 2011 par le MAHJ quand parut en français Le garçon qui voulait dormir. « Jusqu’à une lettre d’un ange, poursuit-il, nommé Olivier Cohen qui les a lus en anglais et voulu les faire traduire, par un autre ange, Valérie Zanussi…, ma voix en français, pour Histoire d’une vie puis Soudain l’amour. Et là les portes se sont ouvertes […] Chaque livre est une création en devenir, pas un qui ressemble à un autre. Quarante de mes livres ont été publiés, … mais chacun est création à part entière », dit-il encore et il ajoute cette phrase décisive, qui me semble propice à réunir les Faits de Marcel Cohen et ceux

qu’établit Sonia Chiriaco, non pour les confondre, mais pour faire se concerter leurs lecteurs : « Tout ce sur quoi j’ai écrit m’est arrivé, et ne m’est jamais arrivé. Ce paradoxe est propre à tout artiste. Il n’y a pas d’imitation de la réalité. » « Dans la perspective de ce qui sera », je poursuis ma tâche de lecture avec l’œuvre de W. G. Sebald, découverte grâce à la revue Europe qui vient de lui consacrer son dernier numéro.

(à suivre)

1 Centre Interdisciplinaire sur l’ENfant

2 Freud S., Résultats, Idées, Problèmes 2, p. 277.

3 Freud S., op. cit., p. 279.

4 Miller J.-A., 1994, Cahiers de l’ACF-VLB. 5 Cf. Lacan Quotidien n°305, du 27 mars 2013

cit ., p. 279. 4 Miller J.-A., 1994, Cahiers de l’ACF -VLB. 5 Cf . Lacan
cit ., p. 279. 4 Miller J.-A., 1994, Cahiers de l’ACF -VLB. 5 Cf . Lacan

Lacan Quotidien

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