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3/7/2015

HAÏTITRANCHESD’HISTOIRE:Bonjouretadieuàlatransition,deJean­ClaudeDuvalieràProsperAvril|ParoleEnArchipel

Pourlepartagedubeauetduvrai…

1èrePlateformeweb‑participativehaïtienneouverteaumonde

HAÏTITRANCHESD’HISTOIRE:Bonjouretadieuàla

transition,deJean­ClaudeDuvalieràProsperAvril

Publiéle26octobre2014

Publiéle 26octobre2014 par ParoleEnArchipel 4commentaires

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HAÏTITRANCHESD’HISTOIRE:Bonjouretadieuàlatransition,deJean­ClaudeDuvalieràProsperAvril|ParoleEnArchipel

àcellesetàceuxquin’yétaientpas

àcellesetàceuxquin’yétaientpas

ouquin’avaientpasl’âgedecomprendre

«Touscesprétendushommespolitiquessontlespions,lescavaliers,

lestoursoulesfousd’unepartied’échecsquisejoueratant

qu’unhasardnerenverserapasledamier.»

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HAÏTITRANCHESD’HISTOIRE:Bonjouretadieuàlatransition,deJean­ClaudeDuvalieràProsperAvril|ParoleEnArchipel

ParEdgardGousse

HonorédeBALZAC,

écrivainfrançais(1799‑1850)

AudépartdeJean‑ClaudeDuvalierenfévrier1986,lavoieétaittoutepavéepourunetransition

post‑dictatoriale en Haïti. Les couches exploitées restaient encore en mouvement. Tout le monde avait repris confiance et manifestait vertement sa foi en la culture du pays. Les Haïtiens eux‑ mêmes en venaient brusquement à se rappeler qu’ils avaient été capables d’alimenter une révolution puis de construire « quelque chose » dans les interstices mêmes de la colonisation, et cela, comme s’il s’agissait d’hier. L’impérialisme américain qui avait soutenu le régime des Duvalier jusqu’à n’en plus pouvoir resta éberlué. L’impression qui s’en dégageait au premier abord était que la sortie de la dictature coïnciderait automatiquement avec la sortie de crise. Autant dire qu’une aspiration de changement radical des situations sociale, économique et politiquefaisaitpalpiterlecœurdescouchespopulairesetdelajeunessedupays.

Or,28ansaprèscedépart,lepayspataugeencoreaujourd’hui,avance,reculeetnevanullepart.

Ladéceptionest donc énorme,alors quelecadrepolitiquedevient deplus enplus contraignant.

Lasituationesttelle,àcemomentprécisdel’histoire,queletableaudeborddesindicateurs[1]de

développement signale clairement qu’Haïti se retrouve nettement en dessous de la barre dans l’apprentissagedelacroissanceéconomique.Qu’est‑ceàdire?

Au lendemain de février 1986, il est vrai, de nombreuses manifestations se sont inscrites dans le cadre des changements à opérer dans les structures sociétales et les institutions politiques. Nombreux par ailleurs étaient ceux ayant enfreint des droits et qui jouissent aujourd’hui encore del’impunité.L’applicationdelajustice,l’épineuxproblèmedudésarmement,lesviolationsdes droitsattribuéesàdesmembresdel’arméeconstituaientletoutpremierlotdeslacunesàcombler. Force était de constater toutefois que la détérioration s’aggravait continuellement, en raison principalement des différents gouvernements militaires qui se sont succédé et des nombreux coups d’État qui ont été l’apanage d’une bonne tranche de cette étape post‑dictatoriale. De plus, l’embargoéconomiquequ’accompagnaitetqueprolongeaitl’instabilitépolitiqueinstauréedepuis lorsdébouchaitsurunesituationsocioéconomiquedésastreuse.Etlatransitionnefinissaitpas!

Nous sommes donc amenés à proposer une analyse un peu plus en profondeur des problèmes conjoncturels actuels, pour mieux comprendre et mieux interpréter les dissensions et les errements du peuple d’Haïti, reflet ou écho des errements inhérents aux classes politiques traditionnellesetauxélitesintellectuelleséreintéesquin’ontpassuassumerleursresponsabilités. Les remous de la société, en regard des contradictions qui ont suivi le départ de Baby Doc Duvalier,neconstituaientpas,àproprementparler,leréveilattendu.Loindelà!Leréveildela consciencenationaleparaissaitautrechosequecela.

Revenons un peu en arrière et abordons le problème sous un angle différent. Nous sommes à la fin d’un régime totalitaire. Jean‑Claude Duvalier fait ses valises et une junte civilo‑militaire dirigéeparlegénéralHenriNamphyprendlesrênesdupouvoir.Enl’espacedequelquesheures, tout un lien social semble se tisser entre les différentes classes. C’est l’euphorie générale. Des

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moments d’extase physique ou affective, mêlée d’une certaine frustration et d’un défoulement collectif. Quoi d’inimaginable ?… La population descend dans les rues… On boit, on se soûle et onfaitlafête.Onnerêvedoncpas!

CepremierConseilnationaldeGouvernement(CNG)quiduradu6févrierau20mars1986était

composé de deux civils et de quatre militaires : le général HenriNamphy qui faisait office de président,lecolonelWilliamsRégala, le colonel MaxVallès, le colonel ProsperAvril[2], Maître

GérardGourgue[3]etl’ingénieurAlixCinéas[4].

La démission soudaine de Gérard Gourgue, le 20 mars, en raison de sérieuses divergences

politiques[5]aveclenouveau«maîtredupays»,occasionnaunrapideremue‑ménageauseindu

CNG. Namphy procéda dès le lendemain à la reconstitution du Conseil national de Gouvernement,toutenprésentantunmessageàl’attentiondupeuple:

«Le7février1986,aprèsavoirtantsouffert,pendantles29dernièresannées,d’unpouvoirabsoluquia

conduit le pays au bord de l’abîme, la nation haïtienne enfin s’était réveillée à une ère nouvelle. Toutefois,l’attendaientencoredesmomentsdifficilesaucoursdesquelslapaixetl’ordre,éléments indispensablesàl’organisationd’unÉtatstablemarchantversunesainedémocratie,étaientmenacés.

L’incompréhensiondecertains,jointeàl’aveugleambitiond’autres,n’apasmanquéderalentirle

rythmeauquelleConseilnationaldeGouvernements’étaitmisàlatâche,avecpourseulobjectifde

satisfairetouslesdesideratad’unpeupleassoiffédelibertéetdejustice.

Desindividusmalintentionnés,adroitsdissimulateurs,cherchantàdéroberaupeuplelesfruitsdesa

victoire,ontentretenuàtraverslepaysunclimatdeviolence,d’agitation,dedésordre,susceptible

d’entraînerlanationdansunevoiedontl’issuedésastreusen’estquetropprévisible.

Faceàdetellesdifficultésetenprésencedesdangersqu’ellesfontpesersurledevenirdelapatrie

commune,lesForcesArméesd’HaïtiontdécidédereconstituerleConseilnationaldeGouvernement,

aprèsladémissiondecertainsdesesmembres.

LeConseilnationaldeGouvernementestdésormaiscomposécommesuit : lieutenant‑généralHenri Namphy,FAD’H,président;colonelWilliamsRégala,FAD’H,membre;MeJacquesFrançois, membre.

EntantqueGouvernementprovisoire,ilréitèresafoidansledestindelaNationetcontinueraà garantirl’ordre,lapaixetlasécuritédesfamillesetdesbiens,conditionindispensableàlaréalisation,

danslemeilleurdélai,d’électionslibresetdémocratiques.»[6]

Évidemment, le peuple croyait voir en Namphy, qui profitait passablement bien d’une circonstance historique, un messie, un envoyé de la Providence. Namphy prit conséquemment deux mesures — il les avait jugées suffisamment symboliques pour détourner le peuple et les

militantsdelaréalité—enproclamantd’unepart,le15février1986,ladissolutionducorpsdes

Volontaires de la Sécurité nationale (VSN) ou corps des Tontons macoutes, et en réhabilitant

d’autrepart,le17février,ledrapeaubleuetrouge[7].Etl’hommefutvitedevenule«Chouchou»

rêvé,tantetsibienqu’ilfinitparaccepterlesurnomproposé.Allonsvoir!

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Le contexte politique dans lequel le peuple haïtien s’est libéré de la dictature des Duvalier obligeaitnaturellementlegénéralHenri«Chouchou»Namphy à organiser « au plus vite » des élections(municipales,législativesetprésidentielle),defaçonàdonnerunetrajectoireméritéeàla transition. Mais laquelle ?… quand on sait que les prétoriens du régime duvaliérien, largement représentésparlajunteaupouvoir,étaientencoreenplaceaupaysetn’attendaientquel’occasion poursemanifesterouvertement.Voyonsvoir!

♦♦♦♦♦

Noussommesen1987,etlelieutenant‑généralNamphyaccepta,àlasatisfactiondeshuitmillions

de citoyens du pays, de se faire remplacer à la tête du Pouvoir exécutif. Le Conseil électoral provisoire (CÉP) se mit en branle dès le 8 octobre, et les premières élections à se tenir sous l’empire de la Constitution de 1987 furent fixées sans tarder au 29 novembre de la même année.

Certainsduvaliéristesnotoiresjointsàdestortionnairesdel’ancienrégime(ClaudeRaymond[8],

ÉdouardFrancisque[9], ClovisDésinor[10], HervéBoyer[11], Jean‑BaptisteHilaire[12], Lesage Chéry, Arthur Bonhomme, Clémard Joseph Charles, Jean L. Théagène, Félix Auguste Robinson, JeanJulmé et AlphonseLahens) virent leur candidature rejetée[13] par le Conseil électoralprovisoiredontlesmembresvantaientdéjàouvertementleurindépendance.Dessignes avant‑coureurs venant de divers groupes paramilitaires néo‑duvaliéristes laissaient clairement anticiper un absolu déraillement le jour des élections, parce qu’il était devenu évident que le contrôle du processus électoral avait complètement échappé à l’Armée d’Haïti.[14] Comment le croire ? Comment évaluer et prévenir les conséquences de ce « mal‑être » ? Pour n’avoir pas su prendreencomptecesimpleaspectduproblèmeetn’avoirpasjointoumultipliéunpeuplustôt ses efforts pour faire avancer le processus dans la bonne direction, la classe politique venait justement d’occasionner une fissure. Des membres liés aux deux précédents secteurs, également hostiles à ces joutes, en ont profité pour terroriser la population et la dissuader de se rendre aux différents bureaux de vote. MarcBazin, du Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti (MIDH), LouisDéjoieII, du Parti agricole industriel haïtien (PAIN), SylvioClaude, du Partidémocrate‑chrétienhaïtien(PDCH)etGérardGourguereprésentaientlesquatreprincipaux candidats à la présidentielle.[15] Ce dernier briguait la présidence sous la bannière du Front national de Concertation (FNC), une plateforme d’organisations issues du secteur démocratique. La popularité du candidat Gourgue était telle qu’on semblait à l’avance lui attribuer la victoire. Les alliés macoutes du lieutenant‑général se mirent alors à s’inquiéter, et ce dernier ne fit pas mieuxquedecommanditerlecrimecontrelesélecteurspotentielsdeGérardGourgue,jugéstrop enthousiastes. Cet homme de droit incapable de rester indifférent aux violations des droits de la personne était de toute évidence mal venu. Il fallait donc éviter son avènement. Et cela, à n’importequelprix!

Dans la matinée du 29 novembre 1987, en effet, une cinquantaine de macoutes armés et de militaires en civil intervinrent subitement, et de façon violente, au bureau de vote de la rue Vaillant,sisàl’ÉcoleArgentineBellegarde.Enpremierlieu,ilstirèrentsurlafiledesélecteursse trouvant à l’extérieur du bureau et y assassinèrent une vingtaine d’entre eux qui continuèrent, malgré les balles logées dans leur corps, de tenir fermement leur bulletin dans la main. Les assaillantspénétrèrentdansunsecondtempsàl’intérieurdel’établissementpourparacheverleur boulotàl’armeblanche(machettesetpoignardsbienaiguisés).Lenombredevictimesatteindrait un total de deux cents, de l’avis de certains observateurs. WilliamsRégala, promu général de

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brigade, était ministre de la Défense au moment des faits. Pourtant, quarante‑huit heures seulementavantlesélections,lenumérodeuxduCNGetdel’arméehaïtiennefaisaitsavoiràdes journalistesdel’agenceFrance‑Presse(AFP)quel’arméeendossaitpleinement«laresponsabilité degarantirl’ordreaucoursdesopérationsélectorales».Àlavérité,lehautétat‑majordel’armée appuyaitdéjàtacitementcette«poignéed’individuss’entendantpourempêcherlapopulationde choisirsesdirigeantsdémocratiquement».

Le chef du CNG, le général HenriNamphy, qui venait de s’autoproclamer commandant en chef des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), décréta aussitôt l’annulation des élections et révoqua les membresduConseilélectoralprovisoire.Defait,legénéralargumentaque

«depuissaformation,leConseilélectoralprovisoire,auméprisdesloisl’instituant,s’érigeenpouvoir suprême, se proclamant même au‑dessus de toutes les institutions nationales, y compris le

GouvernementdelaRépublique…»[16]

Namphy accusait de plus le CÉP d’avoir mis en péril l’unité de la nation, d’avoir violé de façon flagrantelaloiélectoraleetd’avoirsurtout«provoquédevéhémentesprotestationsdelapartde nombreuxpartispolitiquesetcandidatsauxfonctionsélectives…»Cetteinsinuationévidenteau rejet par le CÉP des candidatures liées à l’ancienne dictature constituait non seulement une aberration,maisencoreunehonte.Ilyavaitpeut‑êtrelàlapreuvequeleprocessusdémocratique en Haïti attendrait encore longtemps, alors que les Haïtiens devraient continuer à se battre pour reconquérirunenouvelleportiondeleursdroitscivilsetpolitiques,deleursdroitséconomiques, sociauxetculturels.

LenouveauConseilélectoralprovisoireétaitcomposédespersonnalitéssuivantes:ErnstMirville

(président),PierreC.Labissière(vice‑président),EmmanuelAmbroise,Charles‑PoissetRomain,

PhilippeJules,NapoléonEugène,ErnstVerdieu,CarloDupitonetSemMarseille(membres).

LeprofesseurLeslieManigat,alorscandidatauxditesélections,s’enestprisàsontourauCÉP,en affirmant avec beaucoup de légèreté que l’institution avait une large part de responsabilité dans les événements survenus, tandis que l’armée, selon lui « incontournable », était à juste titre capabled’organiserdesélectionslibresethonnêtes.

♦♦♦♦♦

Manigat qui, de toute évidence, se porta candidat aux prochaines élections fixées au 17 janvier 1988 — alors que le scrutin ne réunissait que 5 % des électeurs — obtint 50,3 % des votes. Les candidatsHubertdeRonceray,delaMobilisationpourleDéveloppementnational(MDN),avec 19,8 % des votes, GérardPhilippeAuguste, du Mouvement Organisation du Pays (MOP), avec 14,5 % et GrégoireEugène du Parti social‑chrétien d’Haïti (PSCH), avec 9,2 %, participèrent également à cette joute électorale boudée par tous les autres partis. Le nouveau Conseil électoral provisoire regroupait cette fois des personnalités proches de l’armée et désignées par cette

dernière.[17]

Le président Manigat fit, personnellement, le choix des membres de son cabinet ministériel. Il accueillit à son tour le général de brigade WilliamsRégala, encore en exercice, en qualité de ministredelaDéfensenationale,desForcesArméesetduServicemilitaire.Ilappelaparcontrede

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nombreux cadres et intellectuels du pays pour former son cabinet et soutenir la politique de son Premier ministre Martial Célestin.[18] Parmi eux, et à la tête de la diplomatie haïtienne, l’économiste Gérard R. Latortue (ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Cultes), l’écrivain Franck Étienne (ministre des Affaires culturelles) et l’historien AlainTurnier (ministre des Finances, des Affaires économiques et de la Fonction publique).

Jacques‑ÉdouardAlexisfutàsontoursollicitépouroccuperleportefeuilledel’Agriculture,mais déclinatrèspolimentl’offreenfaisantsavoirauprésidentqu’ilnesesentaitpasprêtpourfaireun tel saut dans le courant de sa vie professionnelle. En réalité, il était suffisamment préoccupé, absorbé par sa tâche de doyen de la Faculté d’Agronomie et de Médecine vétérinaire, de l’Université d’État d’Haïti. Manigat insista tout de même pour lui dire que ce n’était que partie remise et fit appel à l’agronome Gérard Philippe Auguste pour être le nouveau ministre de l’Agriculture,desRessourcesnaturellesetdel’Environnement.

Filsd’enseignants,LeslieFrançoisManigat,néàPort‑au‑Princele16août1930,suivitdesétudes

universitairesàlaSorbonneetfutministredesAffairesétrangèressousFrançoisDuvalierdontil supporta la candidature et l’idéologie, en 1957. Il fonda, en 1958 et à la demande de ce dernier, l’École des Hautes Études internationales dont il fut le premier directeur. Au début des années soixante,toutefois,ilmanifestasonsoutienàlagrèvedesétudiantsetfutgardéenprisondurant deux mois. Il s’exila par la suite, enseigna dans de nombreuses universités étrangères et milita

dansl’oppositionàpartirdel’extérieur.SamilitanceleconduisitàfonderauVénézuéla,en1979,

leRassemblementdesDémocratesnationauxprogressistes(RDNP)dontilassumalafonctionde

secrétairegénéral.

ManigatavaitgagnérapidementlasympathiedugénéralNamphy,grâceàsonappuiouvertàla

junteaupouvoiraumomentdel’annulationdesélectionsdenovembre1987.Etilétaitdevenu,à

la faveur des circonstances, le premier président élu de l’ère post‑duvaliérienne, ayant prêté

sermentle7février1988.Safemme,MirlandeHyppoliteManigat,profitadel’opportunitéense

faisant élire sénatrice de la République, à titre de représentante du département de l’Ouest. Une fois de plus, dans son message à la nation, LeslieManigat avait énergiquement pris position en faveurdel’armée:

«L’Arméeauradoncmenéàtermesamissiond’assurerunetransitionsansbaindesang,sansguerre civile,sansanarchie,sanschaosniinterventionmilitaireétrangère.Ilyaeudesbavures,certes,maisle résultatestlà,onestpassédelaréalitédeladictaturedeJean‑ClaudeDuvalieràlaperspectiveouverte pourladémocratie.(…)Commentnepasdire,auvudecerésultat,quelesmilitairesontfinalement bienméritédelapatrieetquemaintenantleurmissionpolitiquetemporaireaccomplieilsvont,à l’intérieuretàpartirdeleurscasernesretrouvées,s’adonnerauxtâchesdedéfensenationaleetde

sécurité…»[19]

Laclassepolitiqued’alorsréprouvapleinementl’accessiondeManigataupouvoir,tandisquele

mondeinternationalsefaisaitdifficilementreprésenteràcettecérémonieofficielle.

Par ailleurs, nous savons tous que LeslieFrançoisManigat est un intellectuel qui se targue, en toutpremierlieu,d’êtreunhommedeprincipeetd’avoir,dansunsecondtemps,uneavancesur ce que l’on appelle la suprématie des valeurs de l’esprit. En ce sens donc, on ne devrait pas

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s’attendre à le voir accepter un compromis quelconque qui ne serait pas conforme avec son « métier ». Or, ce serait sans doute là, à l’entendre parler, son premier handicap, son seul et véritableproblèmepolitique.

LanaturedupacteliantManigatàNamphyn’auraété,eneffet,dévoiléeniparl’unniparl’autre des protagonistes. Il y a eu, certes, des signes caractéristiques, un ensemble de désordres psychologiques à se manifester chez le général, qui permettaient sans l’ombre d’un doute d’entrevoiroud’interpréterquelecommandantenchefdel’armée,HenriNamphy,nes’étaitpas encore totalement acquitté de sa mission. La réalité est que la fonction fondamentale de l’armée dansunesociétédemeuresouventvoilée.Cettespécificitépropreauxmilitairesd’unpeupartout defomenterdescoupsd’État,d’alimenterlesguerrescivilespourenprofiterparlasuite,laissait croirequelegénéralsecherchaitetcherchaitlonguementunalibiacceptable.EtcommeManigat ne savait plus comment se défaire de l’emprise d’un Namphy devenu à ses yeux arrogant et autoritaire, au premier moment jugé opportun, il fit mettre le général « aux arrêts », pour insubordination. Lecture décevante de la situation, de la part d’un intellectuel que l’on croirait à tortfortbienaguerri.Gesterelevantdelafolleaudace,delatéméritéetdel’inquiétudemanifeste du chef de l’État, frisant presque l’ironie et interprété dès l’instant par plus d’un comme le commencement de la fin ! Pourtant, la fameuse semaine avant le coup d’État, le gouvernement avaitétéportéàréfléchirsurunedécisionbienempressée,celledelamiseàlaretraitedugénéral Namphy.Manigat qui s’était montré un peu « naïf » ou avait feint de mal comprendre les multiples facettes du jeu de la politique, entreprenait parallèlement des consultations auprès de l’ambassadeduChili,afindedésignerlegénéralcommereprésentantdiplomatiqueàSantiagodu Chili, ce qui aurait permis à ce dernier de partir en exil selon les traditions historiques d’Haïti. Manigat voulait par là faire d’une pierre plusieurs coups, en évitant d’indiquer du doigt au

générallechemindel’exil,selonlevœumêmedelaConstitutionhaïtiennede1987.

En réalité, ce que Manigat n’appréciait pas surtout, c’était le fait de voir le général Namphy prendreàluiseuldesdécisionsaussiimportantesquecelledetransférerdesofficiersetdeshaut gradés de l’Armée d’Haïti sans l’accord préalable de l’Exécutif, contrairement aux normes constitutionnelles.Namphy,désormaisplacéenrésidencesurveillée,seraitlibérétroisjoursplus tardparsessupporteurs.Etlegénéral,enréponseàcegestemaladroit,réagiténergiquementen chassantdupouvoirLeslieFrançoisManigatpourl’envoyertoutbonnementenexil.Ainsi,dans la nuit du 20 juin 1988, le président Manigat est renversé par un coup d’État perpétré par des soldatsetdeshautgradésdel’Arméed’HaïtiquiportèrentunenouvellefoislegénéralNamphyà latêteduPouvoirexécutif.Unpremiermaillondelatransitionvenaitalorsdeserompre…Mais comment?

LeprésidentManigatsetrouvaitensarésidenceprésidentielleàlaVillad’Accueil,espacelogeant

aujourd’huilaprimature[20],quandlesmilitairesontfaitmainbassesurlefameux«fauteuil»du

palaisnational.Puisd’autresgroupesdemilitairesontprisd’assautsarésidencedechefd’Étatet

l’ontconduitàl’aéroportpourunnouvelexilàParispuisàGenève.Aussisimplement!

En fait, ce qu’il faut d’abord comprendre, au moment de l’avènement de Manigat au pouvoir, c’est que la situation qui prévalait était particulièrement délicate. LeslieFrançoisManigat a un tempéramentquel’onpourraitqualifierdedominateur.Orlecommandantenchefdel’armée,le lieutenant‑généralHenriNamphy,venaitjustementdefairel’expériencedupouvoircommechef

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d’État. Il était donc difficile à ce dernier de s’accommoder d’une situation de subalterne, alors qu’il venait d’avoir le pouvoir suprême. Namphy voulait dans les faits marcher sur les pieds de Manigat. Et il s’en est fallu d’un rien ! Il se savait d’abord et avant tout le chef incontesté de l’Arméed’Haïtietn’acceptaitpoint,enraisondetoutlepouvoirdontilétaitdoté,dejouerlerôle de second violon. La preuve, c’est qu’il critiquait délibérément le gouvernement, y compris au coursdesesconversationspersonnellesavecleprésidentLeslieManigat.EtManigatsedevaità son tour de prendre position pour dire haut et fort que son gouvernement existait d’un côté, mêmes’ilyavaitl’arméedel’autre.

Qualifiéd’opiniâtre,d’autoritaire,d’ambitieux,d’imprévisibleetmêmedemachiavélique,Leslie

FrançoisManigatmimeDiderot[21]pourjustifiersoncas,parceque,«enpolitique,ditManigat,

on dénigre les hommes en position. Dès qu’un homme arrive à une éminence, immédiatement il estl’objetdedénigrement.»Deplus—etc’estDiderotqu’ilparodiemaintenant—,«cequel’on ne pardonne pas à quelqu’un, c’est d’avoir du mérite. » Ce mot terrible de Diderot ne devrait aucunement être oublié par qui voulait véritablement comprendre les aléas et pénétrer les soubassementsdecettetransitionpolitiquequiaduréettroplongtempsduréenHaïti.

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Toutcomptefait,sil’armée,apparemment,réalisetouteseuledescoupsd’État,enréalité,cesont souvent ou, du moins, parfois des civils, certains civils, qui poussent les militaires à faire de tels coups.Ceux,principalement,quiveulentqueleursintérêtssoientreprésentésetdéfenduspardes militaires proches ; ceux, particulièrement, qui n’aiment pas l’orientation de certains gouvernements et souhaitent y mettre fin. C’est donc cela, un coup d’État, cette entrave à la transitionversladémocratiedansunpays!

Namphy savait bien ce qu’il concoctait, parce que rien dans le pays, pas même la Constitution, n’était à l’abri des forces de destruction. Son geste qui n’allait pourtant mener nulle part, pas même au retour à la sécurité des vies et à la protection des biens, fut toutefois bien accueilli par nombredecitoyennesetcitoyensdetendancespolitiquesdiversesquisemblaientironiquementle résumerencetteformulairelapidaire:«Pouvoirdenomination,pouvoirderévocation!»

MarcBazin, un leader politique, eut pour sa part à déclarer publiquement, au moment du coup

d’ÉtatcontreManigatMwenpakonnsaNamphytapfè,salitaptannpoufèkoudetasaa!»[22]Il

y avait donc en jeu des intérêts politiques, des intérêts économiques, des intérêts de clan, des intérêtsdeclasse,desintérêtsdesecteur,peut‑êtremêmedesintérêtsderégion.

Onsesouvient,eneffet,legénéralNamphyavaitbrandisamitrailletteetl’avaitprésentéeàlatélé pourdireaupeuple:«C’estavecçaquenousallonsgouvernercepays!»Laquestionmaintenant est de savoir, suite à cette rupture, dans quelle mesure l’homme de principe, l’intellectuel que représentait le professeur Leslie Manigat, avec le regard continuellement tourné vers la

Constitutiondupays,croyait‑ilquelesélectionsdejanvier1988étaientlibresethonnêtes?

Manigat qui ne se considérait pas comme un homme politique traditionnel, c’est‑à‑dire, un politicienquipouvait«fairen’importequoipourgagnerlepouvoirets’ymaintenir»,mettaitau défi,àl’entendreparler,l’organisationd’électionslibresethonnêtesdansl’histoirecontemporaine d’Haïti.

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«Vousn’allezpastrouverunseul,jedisbien,unseulcandidatàlaprésidencequiaitétéélupardes électionslibresethonnêtes.Jemedoutefort(…)Pourquoi ?…Parcequelesconditionsnesontpas réuniespouravoirenHaïti,jusqu’àl’heureactuelle,desélectionslibresethonnêtes.Cequ’ilfautdire:

est‑cequeparmilescandidatsàlaprésidence,ilyavaitquelqu’unquiétaitenmesured’êtreprésidentet qu’onaécartédupouvoir?Etlà,maréponseestclaire…Biensûr,ilyavaitparmilescompétiteurs,des hommes,jenedispasquiétaientpluspopulaires,carc’estunmotentreguillemets,maisdeshommes quiétaientenmesured’êtreavantageusementplacéspourêtreprésidentsdelaRépublique,parrapportà moi.Maislescirconstancesconcrètesontfaitqueceshommesétaientdansl’oppositiondeprincipeet, donc,sesontabstenus.C’estlefameuxboycott!S’iln’yavaitpaseuceboycott,jevousledisentoute franchise,j’auraisétéendifficultéd’êtreéluprésidentdelaRépublique,c’estcertain.Maisleboycotta faitquelescompétiteursquiétaientenpositionavantageusesesontabstenus,cequiexpliquepourquoi

j’aipuêtreéluavecautantdefacilité…»[23]

Manigats’exila et ne revint au pays qu’à la veille des élections de 1990. Il avait vainement tenté un premier retour, contrarié, durant la présidence d’Ertha Pascal‑Trouillot qui agissait sur l’orientation et la direction de l’ambassadeur américain AlvinPhilipAdamsJr, surnommé au

pays«Bourriquechargée»[24],tantcedernierycommanditaitetprécipitaitlesévénements.

Tout compte fait, HenriNamphy avait à peine repris le pouvoir le 20 juin 1988 qu’un autre général se mettait à l’affût et attendait son tour. Le 17 septembre 1988, Namphy est chassé effectivementpardessoldatsdel’Arméed’Haïti.

Desscènesdemassacres,émanantd’ancienstortionnairesduvaliéristesévoluantdanslegirondu général, avaient fini par exacerber la colère de la grande majorité des soldats de la Garde présidentielle, ceux‑là mêmes qui avaient renversé le président Manigat et donné le pouvoir au

général Namphy. Mais mal lui en prit, le général ne se souciait pas plus d’eux que des autres citoyens du pays. Le pire, des macoutes et des « attachés » — ces derniers, des civils armés à la solde des militaires — commettaient des crimes que la population attribuait à tort aux petits

soldats.L’undesderniersendatefutlemassacreperpétréle10septembre1988contredesfidèles

réunis à l’Église de Saint‑Jean Bosco, avec un bilan de douze morts et pas moins de soixante‑dix blessés,enplusdel’incendiededeuxautreséglises.Cespetitssoldatsquisedisaientdes«filsdu peuple » réclamaient du général Namphy, et de façon interminable, le jugement des criminels responsablesdumassacredeSaint‑JeanBosco,particulièrementceluidumairedePort‑au‑Prince, FranckRomain.Dansl’intervalle,alorsqu’uncomplotcontrelegénéralsetramaitdéjà,unsoldat

de la 35 Compagnie en fit part à son chef, le capitaine JeanHarris. Et une série d’enquêtes et d’interrogatoires ont aussitôt débuté au palais national. Pas moins de soixante‑quinze soldats de la Garde présidentielle avaient ainsi leur nom sur une liste noire. Les petitssoldats organisèrent alorsunerencontresecrète,etladécisionderenverserNamphydevenaitinévitable.

e

♦♦♦♦♦

Aucoursd’uninterrogatoire,dansl’enceintedupalais,présidéparlegénéralNamphylui‑même, assistéducommandantdelaGardeprésidentielle,lecolonelJoassiusMondé,unpetitgroupede soldats positionnés dans les environs entamèrent soudainement une mutinerie en braquant leur

«Galil»[25]etenouvrantlefeusurlepalaisnational.Lesofficiersdupalaisserangèrentaussitôt

du côté du général et une faible riposte s’ensuivit. Les soldats se replièrent alors dans la section

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des blindés, sortirent deux chars d’assaut et lancèrent un ultimatum au général. Namphy qui se résolut à se rendre quelques minutes plus tard, est immédiatement embarqué avec sa famille en direction de l’aéroport militaire, d’où l’on planifia son départ pour l’étranger. Les petitssoldats désignentalors leurcamaradedemutinerie,lesergentJosephHeubreux, pour être président de laRépublique.Maiscedernierfutprisdepaniqueetsemitàpleurertoutensedisantincapable defaireuntelboulot.Alors,lespetitssoldatsjetèrentleurdévolusurlegénéralProsperAvriletils reconnurent aussitôt le grade de lieutenant‑général à cet « homme plus ou moins crédible dans l’armée et qui a, d’après nous [les petitssoldats], les capacités de faire le travail en faveur du peuple…»

LesergentHeubreux,cepetitsoldatpleind’audace,maisanimétoutefoisparlapeurdediriger,fut vite nommé par le président Avril« sergent‑major général en chef » des Forces Armées d’Haïti. Les autres petitssoldats de l’armée firent alors la fête et chacun, comme Heubreux, semblait attendresontour,sanspourautantalimentercettefoisledépartimminentdulieutenant‑général‑ présidentProsperAvril.

Néle12décembre1937àThomazeau,Avrilapassélaplusgrandepartiedesacarrièremilitaire

aupalaisnational,àtitrederesponsabledel’approvisionnementenéquipementsetarmements,et comme conseiller de Jean‑ClaudeDuvalier. Naïvement, donc, avec l’avènement au pouvoir de ProsperAvril qui s’est prononcé pour des élections « dans un délai de deux ans à deux ans et demi », les Haïtiens se préparaient déjà à donner au monde l’image d’un peuple déterminé à reprendreenmainsespropresdestinées.Enréalité,legouvernementd’Avrilseraitsoldépardes vagues successives de manifestations, alors que l’armée, en général, et les soldats de la garde présidentielle,enparticulier,necessaientdetirersurunepopulationdésarmée.Cedurcissement del’arméeàl’endroitdesfoulesetlesrépliquesquis’ensuivirentparfoisducôtédecesdernières qui lynchèrent à leur tour soldats et autres « personnes fautives » malvenues, précipitèrent une situation de crise de plus en plus aiguë. Du jour au lendemain, le gouvernement d’Avril se retrouvaitainsienfermédansunisolementimpossibleàrompre.L’ensembledespartispolitiques dupays,descommunistesàladroitemodérée,semirentalorsàréclamerledépartdulieutenant‑ général‑président. Le patronat, les syndicats et l’église emboîtèrent à leur tour le pas, en se joignantauxpartispourdemanderledépartd’Avril.Lesmanifestationspopulaires,lesbarricades enflammées, la vive tension régnant à Port‑au‑Prince et dans les autres villes du pays disaient clairementquelesjoursd’Avrilétaientbeletbiencomptés.

ProsperAvrilavait,defait,acquislaréputationd’ungrandtortionnaireetétablidanslepaysune dictature qui avait ravi la vie à nombre de jeunes militants politiques. Tel que prévu donc, le 10 mars 1990, sous la pression d’une coalition de onze partis politiques appuyés par les

gouvernementsfrançaisetaméricain,Avrildémissionnaiteffectivementetpartaitpourl’exil[26],

endirectiondelaFloride,alorsquelaGardeprésidentiellefutaussitôtdissoute.

Dans une entrevue accordée auparavant à des médias haïtiens, ProsperAvril se disait pourtant prêt à abandonner le pouvoir, si « la souveraineté populaire le décidait ainsi et si les autres secteursresponsablesdelanationgarantissaientunepassationdepouvoirsansheurt».

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En résumé, la nation tout entière accueillit le départ du lieutenant‑général‑président Avril dans une sorte de transe douloureuse et éphémère, à l’ombre d’une conjoncture affreusement difficile surlesplanspolitique,socialetéconomique.Etlepouvoirfutconfié,letempsd’une«trèsbrève

transitiondel’ordrede48heures»,auchefd’état‑majorparintérimdesForcesArméesd’Haïti,le

général désormais retraité, Hérard Abraham, avec pour principal mobile le respect de la continuité de l’État. Car on en avait marre des persécutions et des violations flagrantes émanant des militaires. La question restait par contre ouverte, à savoir si l’on était tenu de respecter à la

lettrel’article149delaConstitution[27]haïtienneetd’offrir,enpareilcas,laprésidenceprovisoire

d’Haïti au juge GilbertAustin, président en exercice de la Cour de Cassation, mais considéré comme un proche de l’ex‑dictateur ProsperAvril. Le problème fut vite résolu, car les différents partis politiques, définitivement décidés à prendre leurs distances tant avec les militaires ayant assumé provisoirement le pouvoir pendant plus de quatre ans qu’avec les proches de ces militaires, en sont venus à la conclusion que le juge Austin ne saurait en aucune manière être

l’hommedelasituation.L’initiativecitoyennedu«Groupedes12»paraissaitdéterminanteàce

pointdevue.Defait,leComité«OnèRespè»s’étaitassociéauxonzepartispolitiques,«dansle soucimajeurdeprésenteràlaNationuneseuleetuniquealternative»pourunesortiedelacrise.

Les«12»,eneffet,ontprisl’initiativecommunederédigerun«documentpourl’Histoire»,dans

lequelilsavaientfermementcondamnélegouvernementdulieutenant‑général‑présidentProsper Avril qu’ils jugeaient incapable de garantir la transition démocratique et des élections valables dans le pays. Les « 12 » proposèrent en conséquence qu’ « un membre de la Cour de Cassation susceptible d’être accepté par le peuple haïtien » fût désigné comme président provisoire. Le RévérendPèreAntoineAdrien,ledocteurLouisEugèneRoy,leRévérendPèreWilliamSmarth, l’hommed’affairesAntoineIzméry se trouvaient au nombre des mandataires[28] à se rendre au domiciledeMadameErthaPascal‑Trouillot,simplejugeàlaCourdeCassation,maisclasséeen sixième rang par ordre d’ancienneté, pour lui demander d’assumer la présidence provisoire du pays. Madame ErthaPascal‑Trouillot accepta alors que son nom fût proposé par l’Assemblée

nationaledeConcertation[29]pourrésoudrelacrise.Etlegroupeserendit,dèsle11mars,auprès

du major‑général HérardAbraham, pour lui remettre les lettres de choix et d’acceptation de Madame Ertha Pascal‑Trouillot comme présidente provisoire d’Haïti. Trois jours plus tard, effectivement, le général HérardAbraham transféra le pouvoir à ErthaPascal‑Trouillot qui prit trèsausérieuxcettetâchedélicatequiluiavaitétéconfiée,cellederéaliserdesélectionsgénérales, libres et honnêtes, dans un État qu’il restait encore à construire, malgré les 186 années

d’indépendanceendatedu13mars1990.

EdgardGousse

Montréal,le23octobre2014

Notes

[1]Laconstructiondesindicateursdécouled’unchoixdeconventions.LeProduitintérieurbrut(PIB)etle

Produitnationalbrut(PNB)constituentlesindicateurslespluscourants.D’autresindicateursservent

égalementàmesurerlebien‑êtredeshabitantsd’unpays,parexemple,lesindicateursdesanté,d’espérance

devieetdetauxd’alphabétisation.Àceux‑là,onatendancedenosjoursàtenircomptedenouvelles

dimensionstellesquelasécuritéetla«soutenabilitéécologique»del’activitééconomique.

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[2]Hommedepailledeladiplomatieaméricaine.

[3]Avantd’abordersaviedeprofessionneldudroitetsasituationdemilitantdesdroitsdel’homme,

GérardGourguesconnutàsontour,danslesannéescinquante,unebrèvecarrièredemilitaire.Maisildut

abandonnerl’arméeaugradedelieutenant.

[4]IlfutministredesTravauxpublics,TransportetCommunicationsdurantlerégimedeJean‑Claude

Duvalier.

[5]DansuneentrevueaccordéelejourmêmeàlaTélévisionnationaled’Haïti,GérardGourgueprécise:

«Madémissionestlerésultatd’unelongueréflexionàpartirdemonparcoursauseinduConseilnational

deGouvernement.(…)Jesuisentréaugouvernementavecunpassévierge.Onattendbeaucoupdemoi

quantauxrevendications,pourlaplupartnonsatisfaitesetfaceauxquellesjen’aieudegrandespossibilités

d’action.(…)»Ildonnaenexempleunesériedefaitsquineluiontpasplu,telledépartplanifiéetautorisé

del’ex‑colonelAlbertPierre(ditTi‑Boulé)etceluidetantd’autrescriminelsnotoiresdurégimedes

Duvaliercontrelesquelsl’actionpubliqueavaitétépourtantmiseenmouvement.

[6]Messageàlanation,lusurlesondes.

[7]Crééen1803,adoptéen1820etofficialiséen1843,ledrapeauhaïtienestformédedeuxbandesd’étoffe

d’égalesdimensions,placéeshorizontalement:l’une,bleue,enhaut,etl’autrerouge,enbas.Ilavaitété

remplacéparundrapeaurougeetnoirsousladictaturedesDuvalier,de1964à1986.Dixjoursaprèsla

chuteetledépartdeJean‑ClaudeDuvalier,ledrapeaubleuetrougeaétéréhabilitéofficiellementetconfirmé

parlaConstitutionde1987.

[8]AnciengénéraletcommandantdesForcesArméesd’Haïti,ainsiqueministredel’Intérieuretdela

DéfensenationalesousJean‑ClaudeDuvalier.

[9]AncienministredesAffairesétrangèressousJean‑ClaudeDuvalier.

[10]AncienministredesFinancesdurégimedesDuvalieretl’undesesconseillers.

[11]UndesreprésentantsdepremierplanetancienministresousJean‑ClaudeDuvalier.

[12]Anciengénéraletchefd’état‑majordel’arméesousl’ancienrégime.

[13]Aucoursdelajournéedu2novembre1987,leCÉPdutprocéderaurejetde12candidaturesàla

présidencesuruntotalde35,enapplicationdel’article291delaConstitutionhaïtiennede1987,stipulé

commesuit:«Nepourrabrigueraucunefonctionpubliquedurantlesdix(10)annéesquisuivrontla

publicationdelaprésenteConstitutionetcelasanspréjudicedesactionspénalesouenréparationcivile:a) Toutepersonnenotoirementconnuepouravoirétéparsesexcèsdezèleundesartisansdeladictatureetde

sonmaintiendurantlesvingt‑neuf(29)dernièresannées;b)Toutcomptabledesdenierspublicsdurantles

annéesdeladictaturesurquiplaneuneprésomptiond’enrichissementillicite;c)Toutepersonnedénoncée

parlaclameurpubliquepouravoirpratiquélatorturesurlesprisonnierspolitiques,àl’occasiondes

arrestationsetdesenquêtesouavoircommisdesassassinatspolitiques.»Lescandidatsconcernésmenacent

alorsdesaboterlesélections.

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[14]Danslanuitdu2au3novembre,unincendieéclataaulocalduCÉP.Aucoursdelajournéedu3

novembre,lefeuestmisàla«ContinentalTrading»dontlepropriétaire,EmmanuelAmbroise,estundes

membresinfluentsduCÉP.Lelendemain,4novembre,l’ImprimerieLeNatal,chargéedel’impressiondes

bulletins électoraux, est incendiée. La veille même du scrutin, le 28 novembre 1987, un camion qui transportaitdesbulletinsàrépartirdansquatredépartementssituésducôténorddupays(Artibonite, Nord,Nord‑OuestetNord‑Est)estàsontourincendiéàl’entréedelavilledeSaint‑Marc,dansunbarrage routier.LeConseilnationaldeGouvernementprésidéparlegénéralNamphyrefusadesoncôtéd’autoriser levoldeshélicoptèresquiavaientpourmissiondetransporterlematérielélectoraldanscesrégions.

[15]Parmilesautrescandidatsenliste:GérardPhilippeAuguste,ThomasDésulmé,GrégoireEugène,

LeslieManigat,HubertdeRonceray,FrançoisLatortueetRenéThéodore.

[16]VoirledécretduCNGrelatifauCÉP,dansLeMoniteur.

[17]LedocteurJeanGilbert,juristedeformation,estdésignéàlatêtedel’institution,tandisquedes

candidatstelsqueLouisDéjoieII,SylvioClaude,GérardGourgueetMarcL.Bazin,regroupésauseindu

Comitéd’Ententedémocratique(CED),sesontabstenusdeparticiperauxditesélections.

[18]ForméàParis,professeuràlaFacultédeDroitdel’Universitéd’Étatd’Haïti,ilconservaégalementle

postedeministredelaJustice.

[19]Extraitdesonmessagelivréaumomentdesaprestationdeserment,LeNouvelliste,lundi8février

1988.

[20]BureauduPremierministre.LepostedePremierministreestcrééen1985,parunamendementàla

Constitutionde1983.Endépitd’unremaniementministérieleffectifen1985,aucunenominationence

sensn’aétéfaite.MartialCélestin,nomméparleprésidentLeslieManigat,devientainsiletoutpremierdes

Premiersministresquelepaysaconnus.

[21]Écrivain,philosopheetencyclopédistefrançaisdu18 siècle.Ilposalesbasesdudramebourgeoisau

théâtreetinventalacritiqueàtraverssesSalons.

e

[22]«JemedemandaisencorecequeNamphyattendaitpourréaliseruntelcoupd’État.»[CitéparLeslie

Manigataucoursdenotrepropreentretienavecl’ex‑président,ledimanche20août2008.]

[23]ExtraitdenotreentretienavecLeslieFrançoisManigat(dimanche20août2008).

[24]Àpartirduproverbecréole«Bourikchajepakanpe»,c’est‑à‑dire:«L’ânechargén’apasdetempsà

perdre,ilprendlarouteets’enva.»

[25]Fusilautomatiquedefabricationisraélienne.

[26]AvrilretournaenHaïtien1993.Ilydemeuradiscrètementjusqu’àsonarrestationen2001,quelque

tempsseulementaprèsl’électiondeJean‑BertrandAristideàlaprésidence,pourconspirationcontrel’État. IlrestaenprisonpendanttroisansetfutlibéréaprèslerenversementduprésidentAristideetsondépart

pourl’exille29février2004.

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[27]Article149:EncasdevacancedelaprésidencedelaRépubliquepourquelquecausequecesoit,le

présidentdelaCourdeCassationdelaRépubliqueou,àsondéfaut,levice‑présidentdecetteCourouà défautdecelui‑ci,lejugeleplusancienetainsidesuiteparordred’ancienneté,estinvestiprovisoirement delafonctiondeprésidentdelaRépubliqueparl’AssembléenationaledûmentconvoquéeparlePremier ministre.Lescrutinpourl’électiondunouveauprésidentpourunnouveaumandatdecinqansalieu quarante‑cinq jours au moins et quatre‑vingt‑dix jours au plus après l’ouverture de la vacance, conformémentàlaConstitutionetàlaLoiélectorale.

[28]RentréenHaïtien1986,après27ansd’exil,ledocteurLouisEugèneRoyfutunmembreimportantde

l’AssembléeConstituante,présidentdel’association«DéfensedelaConstitution»etmembreduComité

«OnèRespè»(Honneur‑Respect).AntoineIzméry,àl’instardesonfrèreGeorgesIzméryassassinéle26

mai1993,seraàsontourvulgairementassassinéle11septembre1993.LepèreAntoineAdrien,décédéle

12mars2003,futunfarouchedéfenseurdelaConstitutionde1987.Ils’estsurtoutfaitremarqueràtravers

leComité«OnèRespè»pourlaConstitutionetjoualerôleprépondérantdanslechoixdeJean‑Bertrand

Aristidecommecandidatàlaprésidentiellede1990.VoicimaintenantlalisteduGroupedes12dontles

représentants ont signé la déclaration en question : KONAKOM (Victor Benoît), MDN (Dominique

Leroy),MNP‑28(DéjeanBélizaire),MIDH(MarcBazin),MOP(EmmanuelV.Beauvais),PANPRA

(ArnoldAntonin),PDCH(pasteurSylvioClaude),PNDPH(SeymourRomain),PPSC(ÉdouardTardieu),

PUCH(RenéThéodore),UCH(Jean‑ClaudeRoy),«OnèRespè»(pèreAntoineAdrien).

[29]Endehorsdelacoalitiondel’AlliancenationalepourlaDémocratieetleProgrès,cetteassemblée

regroupelesprincipalesformationsdel’opposition,telsquelePartidémocratechrétienhaïtien(Sylvio Claude), Mobilisation pour le Développement national (Hubert de Ronceray) et le Parti unifié des Communisteshaïtiens(RenéThéodore).

tag gedwith DossierDuvalier NouvellesdʹHaïti 4commentaires jeanherold

4commentaires

27octobre201414h16min

SiteginlwapoupresidentNanetasunijugeselesayotawekikotekiginkriminal

Jʹaime

27octobre201414h19min

Siteginlwapoupresidentetasunijugeselesanoutawekipeyikigincriminal

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AlcesteBenjamin 1novembre20143h14min Untémoinhistoriqueestàl’affut. Lapeurdesbêtes J’aiprisletempsnécessairedelirevotrearticle.Ilesttrèsédifiant.Permettez‑moidefaire quelquescommentairesetremarques. «Forceétaitdeconstatertoutefoisqueladétériorations’aggravaitcontinuellement,enraison principalementdesdifférentsgouvernementsmilitairesquisesontsuccédéetdenombreux coupsd’Etatquiontétél’apanaged’unetranchedecetteétapepost‑dictatoriale».Parlantde coupsd’Etat,ilyapasmalécrivainsethistorienshaïtiensquifontpasserlesélections frauduleusesdeRenéGarciaPréval,commedescoupsd’Etatparlesurnes.Acesujet,le professeuretdocteurSauveurPierreEtienneetl’écrivainMichelSoukarpeuventnousendire

plus.Le28Novembre2010,legrandpatronallaitempêcherauprésidentPrévaldereproduire

lescoupsdu21Maietdu26Novembre2000.Prévals’étaittrèsviteravalépournepas

emprunterlavoiedumaléluJeanBertrandAristide. «Lesremousdelasociété,enregarddescontradictionsquiontsuiviledépartdeBabyDoc Duvalier,neconstituaientpas,àproprementparler,leréveilattendu.Loindelà!Leréveilde laconsciencenationaleparaissaitautrechosequecela».Lapopulationétaitprête.Les«élites»

n’étaientplutôtpasàlahauteur.N’oubliezpasl’élanqu’avaitprovoquéle7Févier1986etle

16Décembre1990,auseindelapopulation.Avantle7février1991,unpeupartoutàtraversle

pays,lesgenss’adonnaientauxopérationsdenettoyagedesrues,deladécorationdeleurs quartiersetdeleursmaisons.Ilssentaientqu’unventnouveauallaitsoufflerdanslepays.Nad

marinad!C’estlaraisonpourlaquelleen2010,unepartiedesvotantsallaitconfierladestinée

dupaysauChouchoudela«bonne»sociétéhaïtienne,lecitoyenMichelJosephMartelly.

Commeen2006,legrandPatronallaitfairelereste.AuxsoiréesdansantesdeSweetMicky,ce

n’étaitpaslesfilsdupeuplequisebousculaientauportillon.Aubesoin,lesresponsablesdes NightClubsetlesamisdeMicky,YouriLatortueetStevensBenoitpourraientbienen témoigner.D’ailleurs,cen’estpassansraison,cederniergardeunprofiltrèsbasdanslacrise actuelle.Ilnetirepasàbouletsrougessursonami‑présidentMartellyetilnes’arrangepasdu cotédestenantsdel’ancienEtatprédateur(lessixsénateurs,lamouvancelavalasetalliés). «Parailleurs,noussavonstousqueLeslieFrançoisManigatestunintellectuelquisetargue,en toutpremierlieu,d’êtreunhommedeprincipeetd’avoir,dansunsecondtemps,uneavance surcequel’onappellelasuprématiedesvaleursdel’esprit.Encesensdonc,onnedevraitpas s’attendreàlevoiraccepteruncompromisquelconquequineseraitpasconformeavecson« métier».Or,ceseraitsansdoutelà,àl’entendreparler,sonpremierhandicap,sonseulet véritableproblèmepolitique».Danstrespeudetemps,l’histoireamontréquel’académicien LeslieFrançoisManigatn’étaitpasleseulàprendrelepouvoirdansdesconditionsnon

démocratiques.Le26Novembre2000,AristideavaitforcésonmarasaPrévalaveclecouteau

souslagorgeàfairelamêmechoseensafaveur,enlieuetplacedesFADH.Enbon«

démocrate»etpoltron,Prévals’exécutaitàlaperfection.Mais,lesjumeauxAristide‑Préval,

n’avaientjamaispenséqueparmilafouledesanonymes(CEP)sitoutefoisilyauraitun

patriotedunomdeLéonManus.Commevoussavez,MeManusrefusaitdevalider,designer

desprocèsverbauxtronquésetdesemétamorphoserenRogerLafontant.Etfaceauxmenaces

demortpesantsursatete,MeManusn’avaitd’autreschoixquedes’exilervolontairementaux

EtatsUnis,pournepasconnaitrelesortdujournalisteJeanDominique,deMeMireille

DurocherBertin,elatriye.

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«Jacques‑ÉdouardAlexisfutàsontoursollicitépouroccuperleportefeuilledel’Agriculture, maisdéclinatrèspolimentl’offreenfaisantsavoirauprésidentqu’ilnesesentaitpasprêtpour faireuntelsautdanslecourantdesavieprofessionnelle».Parlasuite,JacquesEdouard

Alexisn’hésitaitpasàêtreunPremierMinistredefacto(26March1999–2March2001)de

Préval.

Attention,en1988,ensedébarrassantdugénéralHenriNamphy,leprésidentManigatallait

reposersonpouvoirsurleColonelJean‑ClaudePaul.Lecalculn’étaitpassimauvais,parce queleprésidentManigatavaitprisfaitsetcausespourleColonelPauldanslecadred’une affairede«drogue»(vraioufaux?)quil’opposaitaugrandPatron.L’ingénieurHenry‑Claude Innocenttémoigne,«EtleprésidentManigatcohérent,prestigieux,patrioteperdlepouvoiren pleinmaraisenjouantfranc‑jeuavecsamonture‘caïmanesque‘(référenceàl’armée).Ilrefuse delivrerlecolonelJean‑ClaudePaulàlajusticeaméricaineaccusésoi‑disantdetraficde

stupéfiants.Alavérité,lecolonelavaitsimplementsubtilisé1600fusilsGhalild’unlotde5000

venantdesEtats‑UnisettransitantparHaïtipourl’oppositionnicaraguayenne»[1].

Succinctement,quedireduprêtreJeanBertrandAristidequiavaitfaitsacapitalepolitiquesur ledosduFMI(poulimenmFonMalfektèIpokrit),duChicagoboyLeslieDelatouret

«Kapitalismsepechemotel».Aprèslecoupd’Etatdu30Septembre1991,enmontantsatente

AuxEtatUnis,Aristideavaitdéjàdémontréqu’ils’attachaitbeaucoupplusaupouvoirpourle pouvoirqu’auxprincipes.LegrandPatronnetardaitpasàluifairegobertoutkozekredilyo

akpawolvanyo.En1994‑1998,leSieurDelatourachevaitsontravaildesapedelaproduction

etdel’industrienationalequ’ilcommençaitsouslaprésidencedugénéral‑présidentHenri

Namphy(1986‑1988).Parrapportàtoutcebeaumondeetleursassociés,leprofManigatn’a

pasàcraindrelejugementdel’histoire.Mais,pasdeceuxd’icietd’ailleurs,quitentaient d’effacerl’EmpereurJean‑JacquesDessalinesdanslesannalesl’histoire,etdeprésenter ToussaintLouverturecommeétantunhommepuretsanstache.

Depuissonretourd’exille17Mars2011,Aristidetankouyonmounkinankalabouseten

sursis.Acotédeceuxquifontdubruitpourarrangerles‘analfabetpabet’,l’avocatIra Kurzbanestobligéderestersurlequi‑vive.

En1991,quelquessemainesaprèssoninvestiture,leprésidentAristideparlaitdéjàd’un

mariageArmée‑Peuple[2].Etl’arméeavaittirédéjàbiendesleçonsduCoupd’Etatavortédu

docteurRogerLafontantdanslenuitdu6et7Janvier1991.Cen’estpasraisonlorsduCoup

d’Etatdu30Septembre1991,leshommesdeRaoulCédrasetdeMichelFrançois

s’empressaientd’occuperlebétonavantlegrospeuple(sansaucuneconnotation…). «MarcBazin,unleaderpolitique,eutpoursapartàdéclarerpubliquement,aumomentdu coupd’ÉtatcontreManigat:«MwenpakonnsaNamphytapfè,salitaptannpoufèkoudeta

saa!».Commetouslespoliticiensdel’après1986,saufdetrèsraresexceptions(yomouriou

byenyokiteAyititankouMaxBourjolly),MarcLouisBazinétaitavidedepouvoir,etilallait sefaireavilirparlesmilitaires.Etparlasuite,toutehontebue,iln’hésitaitpasàsefrotterà lavalas.Etviceversa. J’apprécielesgensconséquentsquimarchentderrièreleurCREDO,mêmesitoutefoisjene partagepasleursidéologies.Aécouterl’avocatOsnerFevry(Emission“MomentVérité”,

SignalFM,leSamedi25Octobre2014),ilnefaitpasdedoutecethommenerenierajamaisson

PapaDoc.Iln’oublierajamaisqueledocteurFrançoisDuvalieravaitredonnédel’importance àtouteuneclassed’hommes.Commelaquasitotalitédesduvaliéristes,lemagistratFranck

Romainestunhommetrèsconséquent.Ledimanche11Septembre1988,aprèslemassacrede

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quelquesfidelesàl’égliseSaint‑JeanBosco,laclameurpubliquenetardaitpasàaffirmerque deshommesarmésàlasoldedeM.Romain,ontperpétrécettetuerie.Unjournalistedela radioMétropoles’empressaitd’entrerencontactavecM.Romainetdeluidemanderqu’est‑ce qu’ilpourraitdireàproposdecetterumeurauxauditeurs,sansaucunehésitationildéclarait, «Quis’aimeleventrécoltelatempête».

Contrairementauxduvaliéristes,aucoursdedeuxdécenniesdepouvoir(1991‑2011),les

grands«démocrates»etlesantisduvaliéristesdepacotillenes’assumaientpas.Le3Avril

2000,àlasuitedel’assassinatdujournalisteJeanLéopoldDominique,leprésidentPréval

n’avaitquedeslarmesdecrocodileàversersurlecadavredesonamietconseillerpolitiques

[3].Danslamêmeoptique,jeprenaisnotelorsquesafemmenetardaitàs’abattresurl’ancien

dictateurJean‑ClaudeDuvalieràsonretourdanslepays,le16Janvier2011.Pourtant,elle

gardeencoreunprofiltrèsbassurlesauteursintellectuelsdel’assassinatdesonmari.Comme quoi,«SeRatkaykitapmanjepayKay».Dominiqueétaittrompéd’amisetdecompagnonsde lutte. Quantaugénéral‑présidentProsperAvril,iln’étaitpasaussiintelligentqueça.Illaissaitau chefdelapoliced’alors,deprésenterlesdétenusEvansPaul,MarineauEtienneetFrantz PatrickBeauchardàlaTélévisionNationaled’Haïti,avecleursvisagestuméfiésetleurscorps rouésdecoups.C’estcettedernièreactioncriminellequiprécipiteraislachutedugénéral‑ présidentAvril.Sonactionavaiteul’effetcontraire.Commel’aditlepoèteetécrivainPablo Neruda,«Bénieladictaturequiunitleshommesdanslarévolte,bénielarépressionquiunit leshommesdanslacontestation». Acausedel’échecdusecteurditdémocratique,l’ancienmagistratEvansPaulavaitpardonné sesanciensbourreauxProsperAvriletJean‑ClaudeDuvalier.Alasuited’unprocès,M.Avril

aétécondamné,etiletaitquestiondeverserauxvictimes40millionsdedollars,comme

dédommagements.Symboliquement,M.Paulavaitprisun(1)Dollarentrelesmainsde

l’anciengénéral‑présidentAvril.Ironiedusort,le17Décembre2001,leshordes(chimères)

lavalassiennesallaientmislefeudansleslocauxdespartispolitiques.Lesmaisonsdesleaders

avaientconnueslememesort.Hein!C’estainsi,leDollardeM.PauletlaBibliothèquede

l’historienGérardPierre‑Charlesconsumaientparlefeu.Cequifaisaitdireàl’économisteet

écrivainLesliePéan,«Dansmavie,jen’aijamaisvuautantdelivresbrulés».J’aidesparentset

desamisquiontétéassassinésetemprisonnéssousladictaturedesDuvalieretsouslerègne

desjumeauxAristide‑Préval.Entempsetlieu,jeferailedecomptesilesite.

L’histoirenonofficiellecommenceparêtreraconterpardevaillantspatriotes.Desgensquine jouentpasaveclesduvaliéristes,etsurtoutaveclesopportunistesetlesantisduvaliéristesde pacotillequis’étaienttrompesd’époque.Encesens,l’écrivainMichelSoukarestbeletbiendu nombre.AlasuitedudecesdeJean‑Claude,aumicrodujournalisteleslyJacques,Soukar avaitjugénécessairedefaireunsurvolsurladictaturedesDuvalier.Mais,ilavaitprislesoin d’étendresonjugementsurlapériodePost‑Duvalier,pourlesauditeurs.Sansentrerdansune étudeducasparcas,aucoursdecettelonguetransition,Soukarmettaitl’accentsurcette

décennie(1994‑2004).Selonlui,aucoursdecettepériode,lepouvoirlavalasareproduitle

duvaliérisme.Etilavaitsoulignéquecen’estpaspourlapremièrefoisqu’ilfaisaitcesgenres

dedéclarationsurlesondesdelaradioHaïtiAmériqueInternationale»[4].

Maintenant,citonsdanslalanguecréolecequel’historienSoukaravaitlaisséentendreen

parlantdeBabyDoc,«SiyonmounapchècheyonbonpititFrancoisDuvaliermwenpa

menmkwèseJean‑Claudepounpran.Anpilmounapdiwsepouyopranlavalas.Yo

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HAÏTITRANCHESD’HISTOIRE:Bonjouretadieuàlatransition,deJean­ClaudeDuvalieràProsperAvril|ParoleEnArchipel

repwodwimenmkiripsyonyo,yorepwodwimenmaktivitekriminelyo»[5].En1990,les

jeunesHéroldJean‑FrançoisetSauveurPierreEtiennes’étaientlaisséprendredanslefaux semblantducandidatAristideetparleurlignedelamoindrerésistance.Depuisquelques années,ilsontgrandietilsontpureconnaitreleursgraveserreurs.LedocteurSauveurPierre Etiennedivorceavecl’anarcho‑populismearistidien.Dansunhommageàl’historienGérard Pierre‑Charles,lepolitologueEtiennenemanquaitpasderappelerlesparolesdesonmentor,«

Lecoupd’Étatdu30septembre1991,lesactesderépressiondesmilitairesputschistesetla

métamorphosedeLavalasenunmacoutismedégénéré,luiavaientpermisdecomprendreque laluttecontrel’arbitrairenefaisaitquecommencer.L’incendieetlepillagedeslocauxdes partispolitiquesdel’oppositiondémocratique,descentresderecherchevitaux,des bibliothèquesprécieusesetdesrésidencesdedirigeantsdepartisparlessbiresduprésidentde

factoJean‑BertrandAristide,le17décembre2001,mettaientenévidencelabarbariedela

quotidiennetépolitiquehaïtienne.CesévénementsrappelaientàGérardlespiresmomentsde ladictaturedePapaDocetluilaissaientl’impressionqu’onn’étaitpassurlepointd’assisterà lafindumythedeSisyphehaïtien.Gérardenressentaituncertaindésenchantement,carselon lui,lepeuplehaïtienetlesdémocratesdupaysn’avaientpastravailléaurenversementdu

régimedesDuvalierpourenarriverlà»[6].LejournalisteetécrivainJean‑Françoisnecessede

dresserleprofildeshommesdesannéesperdues(1986‑2014),dansseséditoriauxsurlesondes

delaradioIbo.Danssondernieréditorialquis’intitule,«22octobre1957‑22octobre2014,57

ansdumodèleduvaliérien»,M.Jean‑Françoisaaffirmé,«Prèsdevingt‑neufansaprès,les survivancesduduvaliérismesonttellesqu’ilestdifficiledeparlerd’unesociétéhaïtienne

totalementguérieduduvaliérisme.D’ailleurs,leretourenHaïtideJean‑ClaudeDuvalierle16

janvier2011aété,vingt‑cinqansaprèssondépart,unsignedel’échecdelatransitionpost‑

Duvalier.Lasociété,sielleaemmagasinédesgainsdémocratiques,nesedépartitpastoutà

faitdesréflexeshéritésdelalonguedictaturedeprèsdetrenteans…»[7].Etaprèsseslongues

observations,ilarriveàcetteconclusion,«Ilyafortàfaireparlesdémocratesetlasociété démocratiquehaïtiennepourl’adoptiondenouveauxmodesd’expressionenpolitique,pour rompredéfinitivementaveclemodèleduvaliérien.Pourcela,ilfautaupréalablequede nouveauxgroupesdefemmesetd’hommessoientcapablesdeseprojeteraupouvoiret montrerparleurattitudedifférentequ’ilyad’autresmanièresdefaire.Acemoment,lemoule pétrietaffinéparDuvalieretquisertencoreàl’occasion,s’entrouveracassépourdebon. C’estlaseulemanièredecoupercourtàlaconsécrationd’unecertainefaçonduduvaliérismeà

vie,danslesfaits»[8].

Jeledoisd’avoirmesopinions.Etjen’empêchepasàd’autrescompatriotesd’avoirleurs jugementsd’uneépoquedonnée,étriquéeoupas. Jecomprendsladémarchedetousceuxquinecessentpasdedemanderquetoutelalumière soitfaitesurtouslescrimesdesangetéconomiquesdesDuvalier.Jesuissolidaired’eux,etje partageleurspeinesetleursdouleurs.Mais,jeprendsmadistanceauxfamillesdesvictimes

quiétaientpartieprenantedansladébandadedesannées1991‑2011.Car,lesjumeauxAristide‑

Prevalontfaitbeaucoupdetortsàmonpaysetmafamille. AlcesteBenjamin

[1].Innocent,Henry‑Claude,«LeprésidentLeslieManigat,unrendez‑vousmanquéavecle

peuplehaitien”,LeNouvelliste,le24Juillet2014.

[2].Soukar,Michel,«Haiti:Histoire,Politique,Societe.”ImprimerieFleur‑yo/Tabarre,Fevrier

2009.AffaireJeanDominique:RenéPrévalaétéentenduaucabinetd’instruction

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[3].RadioKiskeya,«AffaireJeanDominique:RenéPrévalaétéentenduaucabinet

d’instruction»,le7Mars2013.

[4].Benjamin,Alceste,«Al’écoutedel’historienMichelSoukaretenlisantlejournalisteet

écrivainHéroldJean‑François”,Archives,le25Octobre2014

[5].Ibid.

[6].Etienne,SauveurPierre,«Lesmultiplesfacettesdumilitant,del’intellectueletdel’homme

politiquequefutGérardPierre‑Charles”,LeNouvelliste,le21Octobre2014.

[7].Jean‑François,Hérold,«22octobre1957‑22octobre2014,57ansdumodèleduvaliérien»,

LeNouvelliste,le22Octobre2014.

[8].Ibid.

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