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Hors-série www.industrie-technologies.

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NOTRE SITE:
TOUTE
L’ACTUALITÉ
TECHNO

HORS-SÉRIEccJUIN 2010 - 11


ÉNERGIE
MOTEUR D’INNOVATIONS
www.industrie-technologies.com
EDITO

L’efficacité
choisie
Et si vous réduisiez la consommation d’énergie de vos
produits ? Montée des préoccupations environnementa-
les, durcissement de la réglementation… la course à l’ef-
ficacité énergétique fait aujourd’hui figure de contrainte
évidente. Mais vous gagnerez à la transformer en une
opportunité d’innovation. Une efficacité choisie, en quel-
que sorte. L’exemple des technologies de l’information
donne la mesure des enjeux. Depuis longtemps, les indus-
triels de ce secteur font de la réduction de la consomma-
tion de leurs produits un axe naturel d’innovation. Mais
avec l’explosion d’Internet, l’invasion des mobiles et le
passage de la télévision aux écrans plats, ils sont contraints
de passer à la vitesse supérieure.
ccRIDHA LOUKIL
RÉDACTEUR EN CHEF La consommation d’électricité liée à Internet s’envole.
rloukil@industrie-technologies.com Selon l’université d’Harvard, si rien n’est fait pour limiter
la voracité énergétique des datacenters, elle atteindrait,
dans 25 ans, la consommation d’électricité de
La course l’humanité tout entière en 2008… Inacceptable !
à l’efficacité Mêmes perspectives, mêmes craintes dans la
énergétique : télévision. Selon Sharp, sans amélioration de
une opprtunité l’efficacité énergétique, le remplacement du
tube cathodique par des écrans plats bien plus
d’innovation. grands rendrait au final le parc de téléviseurs
quatre fois plus énergivore. Heureusement, la
consommation des écrans plats fond comme
neige au soleil. En trois ans, Panasonic a ainsi
rendu ses dalles plasma quatre fois plus sobres.
Du point de vue de la consommation, l’industrie est un
bon élève. Selon l’Observatoire de l’énergie, sa part dans
la consommation finale d’énergie en France a baissé de
16,5 % entre 1980 et 2006. Depuis 1990, elle s’est stabili-
sée autour de 15 %. Mais les marges de progrès sont loin
d’être épuisées. Selon l’Ademe, l’industrie recèle encore
un gisement d’économie de 30 %. À vous de transformer
ce potentiel en gain de productivité. cm
J.C. BERTINI POUR IT

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 3
Immeuble Antony Parc II
10, place du général de Gaulle www.industrie-technologies.com
BP 20156
92186 Antony Cedex
Tél. : 01-77-92-92-92
SOMMAIRE
Fax Rédaction : 01-77-92-98-51
Fax Publicité : 01-77-92-98-50
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Pour joindre vos correspondants,
composez 01-77-92, suivi des quatre chiffres
entre parenthèses indiqués après chaque nom.

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Directeur des rédactions Laurent Guez (9423)
Rédacteur en chef Ridha Loukil (9480) PRODUCTION
Conseil éditorial Fabrice Frossard (9452)
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Rédactrice en chef Editing Anne Debray (9251)
Assistante de la rédaction
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Rédacteur en chef adjoint
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biotechnologies) Thomas Blosseville (9481) (Éner-
gie, environnement) Charles Foucault (9443) (Techno-
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produits)
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Grande-Bretagne François Krébel ([01-483]72-02-14
et 72-03-26) du futur
Etats-Unis Lawler Communications, Larry Lawler cc PAGE 14
([001]914-698-66-55) Dans le labo, il y a des cactus
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I & T se pique de le savoir. ENTRETIEN
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CONFÉRENCES-EVÉNEMENTS Directrice Anne-Carole des nanomatériaux»
Barbarin (9290)
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ADMINISTRATION-GESTION Directeur administratif
et financier Stéphane Deplus (9402) Responsable
juridique Mireille Monnier (9744) Directeur des affaires INNOVATIONS
sociales Frédéric Sibille (9444) Directeur fabrication et
achats Benoit Carlier (9314) La sélection d’Industrie
TECHNIQUE-PRODUCTION Informatique Philippe Bobo
(01-46-99-24-37) Services généraux Jean-Pierre David CE NUMÉRO COMPORTE :
et Technologies
(responsable) (9416) UN ENCART ABONNEMENT cc PAGE 22
BROCHÉ DE 4 PAGES
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Hartog (9406) Directrice des abonnements Patricia Rosso
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TARIFS ABONNEMENTS
France (TVA 2,10 %) 1 an, 11 numéros + accès Web : 105 euros TTC
Etudiants/Demandeurs d’emploi 55 euros TTC (sur justificatif) Le nouvel empire de l’éolien
Etranger nous consulter
Règlement à l’ordre d’Industrie et Technologies
Pour l’UE, préciser le numéro de TVA intracommunautaire
La Chine est devenue
Librairie (vente des numéros déjà parus et des annuaires) 4288
Annuaires (TVA 5,5 % incluse) « L’Atlas des usines » : 95 euros TTC
le premier marché mondial
de l’éolien. cc PAGE 6
Numéro de commission paritaire : 0612T81775. Numéro ISSN :
1633-7107. Dépôt légal : à parution. Impression : Mordacq 62120
Aire-sur-LaLys. Industrie et Technologies est édité par Groupe
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tions), SA au capital de 1 057 080 euros. RCS Nanterre
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425). Copyright Groupe Industrie Services Info. Tous droits réservés
Directeur de la publication Christophe Czajka

4 HORS-SÉRIEccJUIN 2010
SOMMAIRE INDEX

Les entreprises
et les établissements cités
CONSOMMATION ÉMISSIONS
3MW . . . . . . . . . . . . . . . . . .38 ccK-L
Kepler. . . . . . . . . . . . . . . . .42
ccA L’Oréal . . . . . . . . . . . . . . . .28
Académie des sciences .42 Laiterie Collet . . . . . . . . . .28
Actel . . . . . . . . . . . . . . . . . .38 Leanergie. . . . . . . . . . . . . .38
Ademe . . . . . . . . . . . . . . .28 Levant Power . . . . . . . . . .10
Agir pour l’environnement42 Lyonnaise des eaux . . . .23
Alcore Brigantine . . . . . . .37 ccM
Alstom Power . . . . . . . . . .32 Menippos . . . . . . . . . . . . . .24
AMD . . . . . . . . . . . . . . . . . .37 Mercks . . . . . . . . . . . . . . . .28
Arkema . . . . . . . . . . . . . . .22 Microchip Technology . . .36
Arpa-E . . . . . . . . . . . . . . . .49 Microsoft . . . . . . . . . . . . . .32
Atlas Copco . . . . . . . . . . . .28 Minatec . . . . . . . . . . . . . . .18
ccB MIT . . . . . . . . . . . . . . . . . . .36
Barrault Recherche . . . . .28 Mobalpa. . . . . . . . . . . . . . .28
Bosch . . . . . . . . . . . . . . . . .28 ccN
Chaque watt Le CO2 Bouygues Construction .32 Nasa . . . . . . . . . . . . . . . . . .46

vaut de l’or est l’ennemi BPR Technologie. . . . . . . .23


ccC
Naskeo Environnement .28
Netcraft . . . . . . . . . . . . . . .10
cc Page 26 cc page 40 Carrier . . . . . . . . . . . . . . . .42 Novaled . . . . . . . . . . . . . . .39
CEA . . . . . . . . . . . . 14, 18, 23 NP Pharm . . . . . . . . . . . . .28
Celeste . . . . . . . . . . . . . . . .36 NREL . . . . . . . . . . . . . . . . . .18
ENQUÊTE ENQUÊTE Cemagref. . . . . . . . . . . . . .50 ccO-P
Chassez les gaspis Le CO2 doit-il orienter Centre belge d’études Opteor . . . . . . . . . . . . . . . .28
dans vos usines l’innovation ? nucléaires . . . . . . . . . . . . .14 Opus Light. . . . . . . . . . . . .28
cc PAGE 28 cc PAGE 42 Cnist . . . . . . . . . . . . . . . . . .42 Panasonic . . . . . . . . . . . . .36
CCNRS. . . . . . . . . . 10, 14, 42 Plastic Omnium . . . . . . . .28
ENTRETIEN ENTRETIEN Cofely . . . . . . . . . . . . . . . . .28 Polytech Nantes. . . . . . . . . 6
Conserval Engineering . .38
Laurent Schmitt Jean Jouzel ccQ-R
Converteam . . . . . . . . . . .22
Vice-président Climatologue, ccD-E
Quantum Glass . . . . . . . .39
d’Alstom Power Energy prix Nobel de la paix Dalkia . . . . . . . . . . . . . . . . .28
Renault . . . . . . . . . . . . . . .42
Management en 2007 avec le Giec DSM Food Specialities . .28
Rhodia . . . . . . . . . . . . . . . .42
«Le réseau électrique intelligent, «Le changement climatique Rolls-Royce . . . . . . . . . . . . . 6
EcoAct . . . . . . . . . . . . . . . .42 ccS
c’est un véritable écosystème» est une rupture technologique»
EdF . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28 Saint-Gobain. . . . . . . . . . .39
cc PAGE 32 cc PAGE 46
Enfinity. . . . . . . . . . . . . . . .28 Schneider Electric25, 28, 39
ENIA Architectes . . . . . . .36 Senova . . . . . . . . . . . . . . . .38
INNOVATIONS INNOVATIONS
Exprimm . . . . . . . . . . . . . .28 Sharp . . . . . . . . . . . . . . . . .28
La sélection d’Industrie La sélection d’Industrie ccF-G Siemens . . . . . . . . . . . . . . .22
et Technologies et Technologies Ford. . . . . . . . . . . . . . . . . . .49 SKF . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28
cc PAGE 36 cc PAGE 49 Front Edge Technology . .38 Solarwall . . . . . . . . . . . . . .28
General Atomics . . . . . . . . 6 Splitted-Desktop Systems 37
Giec. . . . . . . . . . . . . . . 42, 46 STMicroelectronics. . . . . .38
Google . . . . . . . . . . . . 10, 36 Sustainable Dance Floor 10
CRÉDITS PHOTOS
COUVERTURE ET SOMMAIRE : ccH ccT
SNECMA ; LOOKATSCIENCES ; RÉA ;
IMAGINE CHINA ; RENAULT ; D.R.. Harvard University. . . . . .10 Thales. . . . . . . . . . . . . . . . .46
Heat2Power . . . . . . . . . . .25 Thalgo Cosmetics . . . . . .28
Honda . . . . . . . . . . . . . . . .23 Thermacore . . . . . . . . . . .37
Hydra Tidal . . . . . . . . . . . .10 Toshiba. . . . . . . . . . . . . . . .22
ccI ccU
Iddri . . . . . . . . . . . . . . . . . .42 United Technologies
MISE À NU
IHI. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49 Corporation . . . . . . . . . . . .49
LA VOITURE ÉLECTRIQUE Imperial College. . . . . . . .49 Université de Colombia .49
SE DÉVOILE Industelec . . . . . . . . . . . . .28 Université de Liverpool. .49
Ines. . . . . . . . . . . . . . . . . . .18 Université de technologie
cc PAGE 51
Inra. . . . . . . . . . . . . . . . . . .22 de Chemnitz . . . . . . . . . . .24
Institut français du pétrole 50 Université de Würzburg .39
Institut Fraunhofer18, 24, 50 ccV-W
Institut Georgia Tech . . .24 Veolia . . . . . . . . . . . . . . . . .46
IRSN . . . . . . . . . . . . . . . . . .14 Weidmüller . . . . . . . . . . . .37

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 5
www.industrie-technologies.com

PHOTO-TECH

6 HORS-SéRIEccJUIN 2010
PHOTO-TECH

Le nouvel empire de l’éolien


Eole a trouvé
son nouveau
royaume.
Avec le tiers
de la puissance
installée en 2009,
la Chine
est désormais
le premier
marché mondial
de l’éolien.
En un an,
l’ex-empire
du Milieu a doublé
sa puissance
installée
à 25,8 GW.
Pour y parvenir,
il s’est bâti
une filière
industrielle
complète…
en seulement
cinq ans.
À l’image
de cette usine
de Shandong
Changxing,
les 80 fabricants
chinois rêvent
à présent
d’essaimer leurs
technologies
sur la planète
entière.

imagine china

JUIN 2010ccHORS-SéRIE 
www.industrie-technologies.com Pénétrez en vidéo dans les coulisses
d’une course à l’efficacité énergétique
PHOTO-TECH Shell Eco Marathon

Une technologie atomique


Non,
vous n’êtes pas
dans un vaisseau
spatial
de la Guerre
des étoiles.
Mais dans
un tokamak.
Son nom
de code : DIII-D.
À l’image
du français Iter,
cette installation
expérimentale
internationale
doit permettre
de comprendre
les processus
à l’œuvre
dans une fusion
nucléaire.
Situé en Californie,
DIII-D est porté
par l’américain
General Atomics.
D.R.

Diète énergétique
Ce prototype
allemand à l’allure
improbable a été
conçu avec une
obsession : la sobriété.
Il a participé
à la course
Shell Eco-Marathon
Europe, qui départage
les candidats selon
leur efficacité
énergétique. Avec
ses cellules solaires,
il a parcouru pas
moins
de 275,8 km/kWh
consommé. Mais,
dans sa catégorie,
ce résultat le classe…
quatrième et bon
dernier. Loin derrière
les 652 km/kWh
de la voiture française
du Lycée Louis
Pasquet d’Arles.
Cocorico!

8 HORS-SéRIEccJUIN 2010
PHOTO-TECH

Extrême mécanique
Cette chambre
à vide est l’un
des derniers
appareils
de torture
de Rolls-Royce.
Le motoriste
britannique
a ouvert en mai
à Dahlewitz
(Allemagne)
un centre
d’essais de
7 000 m2.
Fatigue,
vibrations,
résistance…
ses moteurs
à gaz y subiront,
à travers
une quarantaine
de tests,
des conditions
mécaniques
extrêmes. Deux
des soixante-dix
experts
du centre
inspectent
ici les pales
d’un moteur.

abaca

abaca

JUIN 2010ccHORS-SéRIE 
www.industrie-technologies.com Dansez sur moi et éclairez
la piste grâce au système
de Sustainable Dance Floor.

LE BLOC-NOTES DE LA RÉDACTION
LUMINEUX. Un porche éclairé par CARBONÉ. L’automobile
le piétinement des passants ! Tel est le sys- vient au secours du climat.
tème expérimenté au centre de Toulouse. Selon Des chercheurs de l’université anglaise de Bath
la municipalité de la ville rose, il préfigure l’éclai- veulent convertir en carburant le CO2
rage urbain de demain. Un de l’atmosphère. Pour y parvenir, leur projet
éclairage écologique, sans consiste à trouver des matériaux poreux capables
émission de gaz à effet de d’absorber le dioxyde de carbone. Et utiliser
serre, puisqu’il n’utilise que des micro-organismes pour produire de l’électricité
l’énergie du piétinement. ou de l’hydrogène.
En traversant le passage, En avalant les kilomètres, les voitures
les piétons provoquent des offriraient ainsi une solution au changement
vibrations converties en climatique. Sauf que le procédé miracle
électricité par une généra- reste entièrement à inventer. cm
trice électrique. Il produit
ainsi jusqu’à 50 W pour ali-
menter, sans aucune autre SECOUSSES. Ne craignez pas
source d’énergie, un réver- les reliefs du macadam pour votre voiture.
bère et une rampe d’éclai- Ils ont du bon. Avec la technologie développée
rage à Led. Ce passage a par la société américaine
été mis au point en parte- Levant Power, les amortisseurs
nariat avec la société néer- ne font pas que les absorber.
landaise Sustainable Dance Ils les transforment
Floor, dont la technologie aussi en courant.
équipe déjà une discothè- De quoi réduire
Ô Toulouse ! Ton trottoir n’est
plus éventré sur les tuyaux que à Rotterdam pour l’ali- de 1,5 à 6 %
du gaz mais produit du courant. mentation de l’éclairage de la consommation
la piste de dance. Le mètre de carburant.
carré produit jusqu’à 120 W et revient à 3 500 euros. Et pas besoin
Ce plancher récupérateur d’énergie pourrait trou- de changer d’amortisseurs
ver application dans les infrastructures urbaines pour en profiter.
(trottoirs, gares, aéroports, centres commerciaux…). Ce système de récupération
Avec le potentiel de réduire de moitié la consom- d’énergie par génératrice électrique s’installe sur les amortisseurs
mation d’électricité de l’éclairage public à l’horizon actuels chez un garagiste. Il va être testé cet été sur des camions,
2020, selon la municipalité toulousaine. cm bus et autres types de véhicules. cm

TRAIN-TRAIN. Et si le routinier
métro-boulot-dodo permettait
LE RÉSEAU ÉLECTRIQUE EN PANNE
FRANQUIN ; LOOKATSCIENCES ; GETTY ; D.R.

de produire de l’énergie ?
L’état du réseau d’électricité en France C’est une piste envisagée par la ville de Madrid.
CARTON ne cesse de se dégrader. Telle est la conclusion Systèmes de freinage, éclairage… Chaque jour,
ROUGE du rapport d’étape de la Commission les rames et usagers du métro dissipent des calories,
de régulation de l’énergie. en partie captées par le sous-sol.
Le temps de panne aurait ainsi augmenté de moitié en 10 ans. Grâce à une pompe géothermique, l’idée
Les zones rurales sont particulièrement touchées. Responsable? est de les récupérer pour chauffer et climatiser
La stratégie d’investissement d’EdF qui privilégie l’expansion les quais, bureaux et espaces commerciaux
à l’international sur l’entretien du réseau en France. des stations madrilènes. Astucieux, non ? cm

10 HORS-SÉRIEccJUIN 2010
LA PENSÉE DU MOIS
J’ai inventé une lampe de poche
qui fonctionne à l’énergie solaire,
elle n’a qu’un dernier défaut,
elle ne marche qu’en plein soleil.
Extrait de la bande dessinée Gaston Lagaffe d’André Franquin

REVUE
WEB
FLOTTEURS. Composée de bois, Limiter
je flotte à la surface
de l’eau. Qui suis-je ? la voracité
Une barque ? Non,
une hydrolienne. Exit l’acier
cc FABRICE
FROSSARD du Web
et les composites : Avec l’eau, l’énergie est le principal enjeu des années
le norvégien Hydra Tidal à venir. Si tout le monde en est conscient, pour autant
développe une turbine notre consommation s’accroît quasiment chaque jour.
flottante, à axe horizontal, Surtout si vous utilisez Internet extensivement. À titre
dont les pales sont en bois d’exemple, une requête Google émet 14 g de CO2 selon
de pin. Pour l’instant, les calculs d’un jeune physicien de Harvard University,
Il était un p’tit cette technologie Alex Wissner-Gross. Soit autant qu’une bouilloire à thé
prototype qui n’est pas aboutie. Hydra Tidal vient juste d’obtenir ou une ampoule électrique en une heure. Il a fondé
n’avait ja, ja, jamais
des fonds pour confronter sa machine aux éléments http://www.co2stats.com/, un service qui se propose
navigué ohé ! ohé !
naturels. Et vérifier que ses pales en bois résistent de vous aider à réduire l’empreinte carbone de votre
aux courants marins. cm site Web. Selon ses calculs, l’affichage d’une page
classique émet environ 0,2 g de carbone. Sachant qu’en
avril 2010 il y avait sur la toile 205368103 serveurs Web
recensés par Netcraft (http://news.netcraft.com/),
PIQUANT. l’impact sur la planète est considérable. Pour finir, en
Où recharger juillet 2008, Google indexait 1 000 milliards de pages.
son téléphone portable
en plein désert ? Pour alimenter en énergie tous ces sites et serveurs,
Des chercheurs du CNRS les ressources mobilisées sont énormes. Et, si rien
ont une réponse : ils ont produit n’est fait, dans 25 ans, Internet devrait consommer
de l’électricité à partir autant d’énergie que l’humanité tout entière en 2008.
d’un cactus. Une biopile, Pour les ingénieurs des fabricants de serveurs et de
insérée dans la plante, centres de données, l’enjeu est désormais de réduire
a converti en courant électrique le PUE (power usage effectiveness) : en moyenne, un
l’énergie chimique issue datacenter normal affiche un PUE de 2, soit pour un
de la photosynthèse. watt consommé par le serveur, deux watts sont
Comme les molécules mises consommés car il faut alimenter aussi les systèmes
en œuvre, l’oxygène et le glucose, de refroidissement et autres équipements techniques.
sont aussi naturellement Un datacenter moyen consomme en moyenne 4 MWh
présentes dans le corps humain, par an, autant que 3 000 foyers… Pour réduire la
l’idée est à terme d’insérer consommation d’Internet, les constructeurs ont créé
ce type de biopile sous la peau. le consortium green grid, et sa déclinaison, la green
Par exemple pour des capteurs grid academy pour aider à bâtir un datacenter plus
autonomes sous-cutanés sobre, via un panel d’outils idoines : http://www.
mesurant la glycémie thegreengrid.org/academy.aspx. D’autres sites
chez les diabétiques. cm fournissent de l’information sur la question comme le
site GreenIT.fr ou searchdatacenter.com. Une chose
à garder à l’esprit : en multipliant les requêtes de
recherche sur Google, vous contribuez au
Dans le labo, il y a des cactus réchauffement de l’atmosphère.
Aïe aïe aïe, ouille, aïe aïe aïe
I & T se pique de le savoir.
ffrossard@industrie-technologies.com

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 11
enquête
Les défis du réacteur
nucléaire du futur
ccPAGE 14

entretien
Jean Therme
Directeur délégué
aux énergies
renouvelables du CEa
«La révolution viendra
des nanomatériaux»
ccPAGE 18

innovations
La sélection
d’Industrie
et Technologies
ccPAGE 22
réa
www.industrie-technologies.com

PRODUCTION

Un monde plein
de ressources
DIVERSIFICATIONLe pétrole n’a pas encore livré sa dernière
La part du renouvelable
goutte. Le soleil semble inépuisable et la bio-
dans la production
masse sous-exploitée. Charbon, mer, éolien…
électrique devrait
atteindre 22,6 %
L’étendue des sources d’énergie disponibles
en 2030 selon l’AIE.
sur Terre reste insoupçonnée, tout comme les
perspectives d’innovations dans un secteur – l’énergie – en pleine
métamorphose. À l’heure de la diversification du mix énergétique,
sources émergentes et traditionnelles gardent un point commun :
une recherche et développement toujours plus active. Tandis que le
nucléaire développe le réacteur du futur, le photovoltaïque prend
des formes toujours plus variées. Dans ce florilège d’inventions, In-
dustrie et Technologies a pioché des projets astucieux, prometteurs
ou ambitieux. Cette sélection esquisse le panorama énergétique de
Le pétrole n’a pas demain. À explorer sans modération. cm
dit son dernier mot.
La Libye compte,
par exemple, porter
sa production
à 2,5 millions
de barils par jour
à l’horizon 2015.
Pour les pays
industrialisés,
l’heure
est toutefois
à la diversification
des sources
d’énergie.

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 13
Le fonctionnement, en vidéo,
www.industrie-technologies.com d’un incinérateur expérimental
de déchets nucléaires
PRODUCTION

ENQUÊTE
Les défis du réacteur
nucléaire du futur
La filière nucléaire développe la prochaine génération
PROTOTYPE
Le CEA prévoit pour
de réacteurs qui succédera à l’ePr. L’enjeu est de taille :
2020 le démarrage d’un
réacteur expérimental
optimiser les ressources en uranium et recycler les com-
de nouvelle génération.
bustibles usés. il faudra d’abord réaliser des innovations
de rupture. Mise au point sur les obstacles à lever et les voies techno-
logiques explorées en recherche.

ous sommes en 2050 et les l’atome : le stockage des matières radioac- longueur d’avance. C’est la seule techno-

N réacteurs nucléaires recy-


clent en boucle leurs déchets
pour s’autoalimenter en
combustible. Utopique ? Ce
tives et la pénurie annoncée de combus-
tible. Industrie et Technologies a poussé la
porte des laboratoires qui développent le
nucléaire du futur. Notre constat : un saut
logie suffisamment mature pour que le
CEA dispose de son prototype en 2020,
échéance fixée par une loi de 2006.
Ses propriétés d’échange thermique
projet est pourtant réel. Le CEA prévoit le technologique sera indispensable. Tour sont meilleures que l’hélium gazeux ou
démarrage en 2020 d’un réacteur de qua- d’horizon des chantiers pour bâtir le réac- le plomb, sa densité voisine de l’eau, l’ac-
trième génération, la technologie appe- teur de demain. tuel caloporteur. Mais l’avance du sodium

1
lée à remplacer vers 2040 les EPR (réac- tient surtout à des raisons historiques. Il
teur pressurisé européen) aujourd’hui en Des neutrons rapides bénéficie des retours d’expérience des réac-
construction. En recyclant ses déchets, ce à dompter teurs expérimentaux, désormais à l’arrêt,
réacteur du futur est censé résoudre les Le constat est sans appel. De la mine Phenix et Superphenix.

2
deux sempiternels casse-tête du monde de d’uranium à la centrale nucléaire, « le
rendement massique des réacteurs actuels La sûreté du réacteur
n’est que de 0,5 % », calcule Christophe à garantir
Béhar, directeur de l’énergie nucléaire au Malgré sa relative maturité, la voie
CEA. La faute au fluide caloporteur du sodium n’est pas exempte de verrous
réacteur, l’eau. En ralentissant les neu- technologiques. D’abord parce que le
trons de la réaction nucléaire, elle limite sodium est très réactif avec l’eau. Or,
drastiquement l’étendue des éléments fis- l’énergie produite par la réaction
sibles, essentiellement à l’uranium 235. nucléaire est généralement transmise, via
Pour étendre l’utilisation des ressources, des échangeurs de chaleur, du calopor-
notamment à l’uranium 238, qui compose teur (ici le sodium) jusqu’à un circuit
Baptisé Astrid, plus de 95 % du combustible, le réacteur d’eau alimentant une turbine à vapeur.
le prototype du futur devra maîtriser les neutrons rapi- « Pour éviter toute réaction incontrôlable
français des. Comprenez des neutrons un million entre le sodium et l’eau, il faudra renfor-
de réacteur
de quatrième de fois plus énergétiques qu’aujourd’hui. cer la tuyauterie ou remplacer l’eau par
génération Pour y parvenir, il faudra trouver un nou- un gaz, comme l’hélium ou l’azote », pré-
à neutrons veau caloporteur, capable de refroidir le voit François Gauché, chef du programme
rapides réacteur sans freiner les neutrons. Qua- Réacteurs de quatrième génération au
au sodium
devrait voir
tre candidats sont en lice : le sodium, le CEA. Le choix final sera un compromis
le jour en 2020. plomb, l’hélium gazeux et les sels fondus. entre sûreté et rendement énergétique.
D.r.

En France, le sodium possède une nette Le sodium réagit aussi violemment

14 HORS-SéRIEccJUIN 2010
Chargement
du cœur
du réacteur
à la centrale
Phenix
de Marcoule
dans le Gard.

ccGiovanni Bruna
adjoint à la direction de la sûreté
des réacteurs de l’irsn

« une exigence
de sûreté accrue »
Quatre objectifs ont été donnés avec l’air. « Contrairement aux réacteurs être réduit, car elles créent des échos. Un
aux réacteurs du futur : des économies actuels, le combustible devra être chargé « détail » parmi d’autres sur la longue
sur les combustibles ; la possibilité sous confinement et non à l’air libre », pré- route du réacteur de demain.
de produire de la chaleur industrielle vient Giovanni Bruna, adjoint à la direc- « Une réaction nucléaire délivre une
et de l’hydrogène ; des coûts tion de la sûreté des réacteurs à l’Institut énergie considérable, deux cent millions
compétitifs ; une exigence de sûreté de radioprotection et de sûreté nucléaire de fois supérieure à une réaction chimi-
accrue par rapport aux réacteurs (IRSN). Problème : quand il est chaud, le que ordinaire », rappelle Alex Mueller
actuels et aux futurs ePr. aucune sodium est opaque. « Les manipulations directeur scientifique adjoint de l’Institut
technologie ne répondra aux quatre auront donc lieu à l’aveugle. Il faudra s’as- de physique nucléaire et des particules
points avec la même rigueur. surer que le combustible est placé au bon du CNRS. Dans ces conditions, le choix
Les réacteurs à neutrons rapides seront endroit », ajoute-t-il. Et développer les des matériaux est crucial pour la sûreté.
les plus économes en combustibles... automatismes adéquats. D’autant qu’avec les neutrons rapides, ils
à condition de garantir leur sûreté. Dans le cœur du réacteur, chaque détail subiront un bombardement plus intense
en 1995, le réacteur japonais de Monjou compte. Le combustible sera enfermé qu’aujourd’hui. Notamment les gaines,
a subi une fuite de sodium, entraînant dans une enceinte, le sodium rentrant ces tubes qui contiennent les pastilles de
une réaction exothermique avec l’air. par le pied et sortant par le sommet. « En combustible. L’alliage de zirconium qui,
après quinze ans d’arrêt, ce réacteur cas d’obstruction par un corps migrant, pour l’instant, les compose résistera-t-il
à neutrons rapides vient tout juste l’alimentation en réfrigérant risque aux nouvelles sollicitations neutroniques?
de redémarrer. sur le prototype français d’être interrompue. Le combustible pour- Le risque serait que les gaz émis lors de la
superphenix, un corps migrant rait alors fondre en quelques secondes fission augmentent la pression jusqu’à bri-
avait obstrué l’alimentation en sodium, et le cœur du réacteur en moins d’une ser les gaines.
au démarrage donc sans gravité. minute », poursuit Giovanni Bruna. Une Plus généralement, « nous ajusterons la
Mais, en fonctionnement réel, solution serait par exemple de détecter la composition des assemblages combusti-
un tel incident pourrait conduire, surchauffe en repérant, par acoustique, la bles pour éviter, en cas de fuite ou d’ébul-
en une minute, à la fusion du réacteur. formation des bulles de sodium… À condi- lition du sodium, des sauts de réactivité,
tion d’isoler leur bruit dans une centrale qui pourraient mener à la fusion du réac-
nucléaire en fonctionnement. Pour son- teur », assure François Gauché, du CEA.
cea ; irsn

der les pièces par ultrasons, dès la concep- Pour comprendre le compor-
tion du réacteur, le nombre de parois devra tement exact des matériaux et

JUIN 2010ccHORS-SéRIE 15
www.industrie-technologies.com Comment le CEA prépare les matériaux
et combustibles nucléaires du futur
PRODUCTION

Le stockage
des combustibles, le CEA devrait dispo- des déchets
ser en 2014 du nouveau réacteur expéri-
mental Jules Horowitz. Situé sur son site reste incontournable
de Cadarache (Bouches-du-Rhône), il pren- c Gare au mirage écologique.
dra le relais du réacteur Osiris du CEA-
L’éventuel recyclage, aujourd’hui
Saclay (Essonne) datant des années 1960.
presque inexistant, des combustibles
Le réacteur RJH reconstituera les condi-
usés, ne résoudra pas l’épineuse
tions extrêmes des réacteurs actuels (à eau
question du stockage des matières
pressurisée) mais aussi futurs, quels que
radioactives.
soient leurs fluide caloporteurs.
Les combustibles usés ne représentent

3 Le recyclage à mettre
au point
C’est « le » point noir de la filière nucléaire
qu’une infime partie, en volume,
des déchets nucléaires.
s’ils concentrent l’essentiel
de la radioactivité, leur dangerosité
et un axe de recherche majeur. Pour
ne pourra, après traitement,
réduire la radioactivité des combustibles
qu’être diminuée. Pas supprimée.
usés, l’idée est de les recycler. Pour l’ins-
Pour les plus radiotoxiques,
tant, le plutonium l’est en partie… mais
la durée de confinement serait réduite
une seule fois. Pour le réutiliser en boucle
du million d’années à quelques siècles.
et exploiter d’autres déchets, comme les
Le stockage s’en trouverait certes
actinides mineurs (neptunium, curium,
facilité, mais resterait indispensable.
américium…), la technologie à neutrons
il faudra trouver comment
rapides est indispensable. Elle permettrait,
confiner ces déchets, en attendant
par réaction nucléaire, de transformer ces Les déchets nucléaires sont
que leur radioactivité baisse,
éléments hautement radiotoxiques en placés dans des fûts
métalliques et entreposés et concevoir la métrologie
d’autres moins dangereux, comme le rubi-
mécaniquement dans des pour les surveiller.
dium ou le césium. L’objectif est de réduire centres de stockage.
la durée de dangerosité de ces déchets du
million d’années à seulement… trois siè-
cles. Selon les spécialistes, une telle réac-
tion est maîtrisée en laboratoire. Mais,
pour passer à l’échelle industrielle, de mul- matiser le procédé de recyclage ? Quel complément de neutrons nécessaire.
tiples questions restent en suspens. Les serait son impact sur le prix du kilowat- Le projet européen Eurotrans prévoit
appareillages existent-ils ? Jusqu’où auto- theure électrique ? pour 2020 un prototype de cette techno-
À l’échelle industrielle, le recyclage, en logie. Un modèle réduit vient d’ailleurs
particulier des actinides mineurs, pose d’être inauguré par le CEA, le CNRS et
ccEMPLOI surtout un risque de le Centre belge d’étu-
fusion du réacteur. « Cet POUR LE RÉUTILISER des nucléaires. Il per-
Pénuries d’ingénieurs EN BOUCLE
accident surviendrait si la D’AUTRES DÉCHETS, mettra de tester le cou-
réaction produit beaucoup LA TECHNOLOGIE À plage entre un réacteur
Globalement, la filière nucléaire manque
d’ingénieurs pour compenser les départs plus d’énergie qu’elle n’en NEUTRONS RAPIDES et un accélérateur de
en retraite. Dans les technologies du futur, consomme. Pour l’éviter, EST INDISPENSABLE. particules. Pour passer
le risque de pénurie est particulièrement la proportion d’actinides à l’échelle industrielle,
criant. Le cea s’est ainsi fixé 2020 mineurs réintroduits dans le combustible il faudra toutefois assurer la stabilité de
comme date butoir. au-delà, il pourrait
ne plus disposer d’experts dans les nouvelles
ne devra pas dépasser 2 à 3 % », préconise l’accélérateur. Son système de régulation
générations de réacteurs. Alex Mueller, du CNRS. devra éviter toute interruption du fais-
« Pour les neutrons rapides, nous disposons Pour atteindre une proportion de 50 %, ceau de neutrons. Dans la communauté
de 80 à 100 spécialistes. Mais seule les scientifiques envisagent, en parallèle, scientifique, le débat sur la pertinence
une quinzaine maîtrise vraiment l’ensemble un autre procédé de recyclage. Un réac- d’une telle technologie n’est pas encore
de la technologie », évalue christophe Béhar,
directeur de l’énergie nucléaire du cea. teur à neutrons rapides dédié au traite- tranché. Le compte à rebours est pourtant
De quoi susciter des vocations ? ment des déchets, pas à la production enclenché : les réacteurs actuels accumu-
d’électricité. Son dimensionnement l’em- lent déjà des déchets à recycler. cm
pêcherait d’entretenir, à lui seul, la réac-
tion nucléaire. Il serait assisté d’un accé- ccTHOMAS BLOSSEVILLE
aFP

lérateur de particules, qui lui fournirait le tblosseville@industrie-technologies.com

16 HORS-SéRIEccJUIN 2010
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cc SES
5 DATES
1990 Entre au CEA
1999 Prend la direction
du CEA-Leti
2000 Devient directeur
du centre CEA
de Grenoble et lance
le projet Minatec
2003 Devient,
en plus, directeur
de la recherche
technologique du CEA
2010 Est nommé
directeur délégué aux
énergies renouvelables

ccCEA
Commissariat
à l’énergie atomique
et aux énergies
alternatives
Avec 16 000 salariés
et 10 centres
de recherche,
le CEA intervient
dans les énergies
décarbonées,
la défense,
les technologies
pour l’information
et pour la santé.
En 2009, son budget
a atteint 4 milliards
d’euros, dont 2,4 pour
les programmes civils.
www.industrie-technologies.com Les ambitions du CEA
dans les énergies renouvelables par
son administrateur général, Bernard Bigot
PRODUCTION

cc JEAN THERME
DIRECTEUR DÉLÉGUÉ AUX ÉNERGIES RENOUVELABLES DU CEA

La révolution viendra
des nanomatériaux
Depuis janvier, Jean Therme est le « monsieur énergies renouvela-
bles » du CEA, un poste créé pour porter les nouvelles ambitions de
l’organisme public de recherche. L’objectif ? Contribuer au dévelop-
pement, en France, des nouvelles technologies de l’énergie. Alors
que l’Asie monte en puissance, Jean Therme fixe la feuille de route
Le CEA, père du nucléaire français,
pour combler le retard tricolore dans le renouvelable. Il décrypte se détourne-t-il de l’atome ?
les innovations de rupture incontournables. J. T. : Non, le CEA reste focalisé sur l’élec-
tricité sans émission de gaz à effet de
serre. Mais cette année, sur décision de
l’État, il a changé de nom. Il a été rebap-
La France possède une industrie solaire, fondé à Chambéry en 2005, en tisé Commissariat à l’énergie atomique…
nucléaire de pointe. compte déjà 200 et bientôt le double. La et aux énergies alternatives. Aux côtés du
Dans le renouvelable, est-elle vouée France devra créer des centres équivalents nucléaire, les nouvelles technologies de
aux seconds rôles ? pour les autres technologies. Le grand l’énergie deviennent donc une mission
Jean Therme : La France est clairement en emprunt national prévoit cinq à dix ins- officielle du CEA. Elles faisaient déjà l’ob-
position de rattrapage. Dans les années tituts d’excellence sur les énergies décar- jet de travaux de recherche. Mais cette
1980, elle était leader mondial dans le bonées. Le CEA sera candidat pour le métamorphose nous ouvre des perspec-
photovoltaïque avec les États-Unis. Mais, solaire, la biomasse, le stockage de l’élec- tives de collaborations avec les indus-
contrairement au Japon et à l’Allemagne, tricité, les véhicules électriques et hybri- triels. Côté production d’électricité, le
elle n’a pas cru au renouvelable. Elle peut des. CEA explore deux voies, l’une centralisée
encore combler son retard. Pas dans l’éo- avec le nucléaire et l’autre répartie avec
lien, déjà trop mature. Plutôt dans le D’où viendront les sauts le solaire. Nous n’irons pas dans l’éolien.
solaire, la biomasse ou la pile à combus- technologiques ? Par contre, nous développerons des solu-
tible. Il faudra aller vite. Désormais, l’Asie J. T. : Pour s’imposer, la France devra tions pour adapter la production électri-
impose son rythme et sa production en industrialiser les composants cœurs, que à la demande. Les industriels, quel
grande série à bas coût. Chine, Corée du comme les batteries et les piles à combus- qu’ils soient, ont aussi souvent besoin
Sud, Taïwan… Même si des doutes subsis- tibles. Mais, pour améliorer leurs perfor- d’améliorer l’efficacité énergétique de
tent sur leurs standards de qualité, ces mances, la révolution viendra des nano- leurs produits ou de les alimenter en
pays vont rapidement monter en gamme. matériaux : nanopoudres dans les énergie décarbonée. Le CEA travaille, par
Tout se jouera dans les deux prochaines batteries, nanofils dans les cellules solai- exemple, sur l’utilisation de batteries
années. res, nanocatalyseurs dans les piles à com- lithium-ion dans les appareils nomades
T. GOGNY POUR INDUSTRIE ET TECHNIQUES

bustible, pour réduire la quantité de pla- ou sur des volets automatiques commu-
Dans cette course mondiale, tine. Des innovations de rupture seront nicants et autonomes en énergie.
la France a-t-elle les moyens d’innover ? également incontournables au niveau
J. T. : La France manque de centres de système, en particulier dans l’habitat et Les initiatives se multiplient
recherche de dimension mondiale. Pour les transports. C’est pourquoi le CEA aura aussi pour bâtir une industrie
rivaliser avec les Fraunhofer allemands des contributions depuis l’amont, les photovoltaïque française.
ou le laboratoire américain NREL, il faut matériaux, jusqu’aux démonstrateurs, Quelle technologie privilégier ?
atteindre une taille critique de 400 cher- indispensables pour passer du prototype J. T. : Face au standard en silicium cris-
cheurs. L’Institut national de l’énergie à l’usage grand public. tallin, les couches minces émergent.

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 19
www.industrie-technologies.com

PRODUCTION

dre de la semaine, il faudra développer


d’autres technologies. Le CEA privilégie
par exemple la production d’hydrogène à
l’air comprimé. Nous considérons aussi la
biomasse comme une solution de stoc-
kage. Qu’elle provienne d’une source
renouvelable ou non, l’électricité pourra
en effet être utilisée pour gazéifier la bio-
masse et produire du biocarburant. Mais
le stockage passera en grande partie par
une gestion efficace du réseau. En optimi-
sant le parcours des électrons en temps
réel, le smart grid, ou réseau électrique
intelligent, sera une forme de stockage ins-
tantané. Lui ne verra pas le jour avant dix
En Haute-Marne, cette future unité pilote devrait fournir 23000 tonnes de biocarburants à vingt ans. À elle seule, la première phase
de deuxième génération. Son exploitation est prévue à partir de 2015. – le changement des compteurs électri-
ques – demandera au moins sept ans.

L’avènement de la voiture
Biocarburants : cap sur la deuxième génération électrique est annoncé.
c À Bure-Saudron, dans la Haute- la construction de l’installation Après un siècle d’essais avortés,
Marne, le CEA lance cette année débutera l’an prochain pour pourquoi percerait-elle enfin ?
un projet pilote pour produire une exploitation à partir de 2015. J. T. : La batterie lithium-ion est une vraie
23000 tonnes par an de biocarburants Comme matière première, rupture technologique. Elle offre enfin de
de deuxième génération. L’objectif le démonstrateur utilisera l’autonomie à la voiture électrique. Les
sera de prouver la faisabilité technique les ressources forestières et agricoles constructeurs automobiles promettent la
et économique d’une chaîne complète: locales. Pour améliorer le rendement sortie de vingt à trente modèles dans les
collecte puis conditionnement du procédé, il expérimentera deux ans. Historiquement, les premières
de la biomasse, gazéification, l’introduction d’hydrogène lors voitures auraient déjà pu être électriques.
traitement des gaz et conversion de la synthèse de carburant. Outre Mais pendant 100 ans, on est resté aux bat-
en carburant. le CEA, plusieurs industriels participent teries au plomb. Le renouveau est venu de
Après une phase d’étude en 2010, au projet, dont le maître d’œuvre Cnim. l’électronique portable, même si l’échelle
y est totalement différente : 70 g de batte-
ries, contre 250 kg pour une voiture. Coût,
sécurité, fiabilité... La vraie batterie pour
automobile reste certes à inventer. Sa den-
sité énergétique est encore cent fois infé-
Mais le silicium a encore un grand avenir. dements – entre 17 et 22 % – rentabilise- rieure à celle de l’essence. Mais nous n’en
Il ne manquera pas de matière première ront des coûts d’installations plus élevés. sommes qu’à la première génération de
et bénéficiera des retours d’expérience de Dans tous les cas, le principal défi sera de voiture électrique. Ensuite, viendront de
l’électronique. De leur côté, les couches grappiller des pourcentages de rende- nouveaux concepts. L’automobile basse
minces ont tout à prouver. Le tellure de ment. En 30 ans, on a gagné seulement consommation sera deux fois moins
cadmium soulève des craintes pour son 5 %. Un sacré défi pour l’innovation ! lourde. Plus compacte, elle sera truffée de
impact environnemental. Le cuivre- capteurs pour anticiper et éviter les acci-
indium-sélénium pour son approvision- Les solutions de stockage de l’électricité dents, plutôt que de leur résister. L’hydro-
nement. Ces différentes technologies seront-elles prêtes à temps pour déployer gène est aussi promis à un grand avenir.
n’auront de toute façon pas les mêmes des énergies intermittentes ? Reste à savoir à quelle échéance… cm
débouchés. Les grandes toitures et les cen- J. T. : Les batteries lithium-ion seront com-
trales au sol privilégieront les couches pétitives dans les trois ans. Elles seront cc PROPOS RECUEILLIS PAR
minces. Quant au silicium cristallin, il ira utilisées pour stocker l’électricité durant THOMAS BLOSSEVILLE
CNIM

tblosseville@industrie-technologies.com
sur les habitations, où ses meilleurs ren- 24 heures. Au-delà, pour des durées de l’or-

20 HORS-SÉRIEccJUIN 2010
Les priorités de Converteam
www.industrie-technologies.com pour alléger les éoliennes
off-shore
production

INNOVATIONS
cc EN BREF
Dans la biomasse, tout est bon !
Nomade À l’instar des raffineries de
La micropile pétrole, les biocarburants
à combustible auront leurs bioraffineries.
Toshiba a lancé une micropile L’objectif est le même : valoriser
à combustible au méthanol direct toutes les fractions de la matière
sous la forme d’un chargeur première pour fabriquer non
de poche : le Dynario. seulement des biocarburants
De la taille d’un paquet mais également des produits de
de cigarettes (150 x 21 x 74,5 mm) valeur. Ce concept constitue
et d’un poids de 280 g, il ravitaille l’objet du projet européen
téléphones mobiles, baladeurs Biocore (Biocommodity
numériques et autres terminaux Refinery). Lancé dans le cadre
portables via un câble USB. Avec du 7 e programme-cadre de
son réservoir de méthanol recherche et développement, il
de 14 ml, il génère assez de bénéficie d’un budget de
Le projet Biocore
puissance - près de 2 000 mAh - 20,3 millions d’euros, dont un financement de 13,9 millions d’euros de la s’appuie
pour charger deux appareils. Commission européenne. Il rassemble dix entreprises, dont le chimiste sur l’expertise
L’électricité est produite par Arkema, une ONG et treize organismes publics de recherche. Particularité : industrielle
réaction chimique entre il se concentre sur la deuxième génération de biocarburants et sur les du site européen
d’Arkema
l’hydrogène du méthanol coproduits qui peuvent être associés à leur synthèse. Il s’appuie sur une à Bazancourt
et l’oxygène de l’air. cm expertise industrielle bien réelle, puisque c’est sur le site européen pionnier (Marne).
d’Arkema à Bazancourt (près de Reims), l’une des bioraffineries de première
génération les plus avancées. « Le site de Bazancourt est pour l’instant
Éolien centré sur le raffinage de l’amidon pour produire de l’éthanol. Biocore vise
La plus grande ferme à passer à la génération suivante, en privilégiant la recherche de nouveaux
off-shore itinéraires de transformation de la biomasse », précise, Michael O’Donohue,
directeur de recherche à l’Inra et coordinateur du projet. Clé de cette
nouvelle approche : le procédé Organosolv, qui permet de séparer
efficacement les différentes familles physico-chimiques contenues dans
les produits végétaux (lignine, cellulose et hémicelluloses). Il ouvre la voie
à l’utilisation non seulement des graines comme dans les biocarburants
de première génération mais également de la plante entière. cm

Situées en mer du Nord,


Une station gazière
les 91 éoliennes de Siemens génèrent
une puissance de 210 MW. au fin fond des océans
Une ferme d’éoliennes off-shore Est-ce la fin des plates-formes gazières cun intégrera son propre moteur à haute
a été mise en service fin 2009 off-shore ? C’est, en tout cas, ce que laisse vitesse (12 000 tours/min), avec couplage
au large du Danemark, penser un projet de station au large de la direct pour limiter les risques de casse méca-
en mer du Nord. Composée Norvège, car elle sera… sous-marine. Elle nique. Davantage que la tenue à la pression,
de 91 éoliennes de Siemens, extraira le gaz directement au fond de le principal défi porte en effet sur la fiabi-
elle génère une puissance l’eau, à mille mètres de profondeur. Puis lité. L’installation devra fonctionner pen-
de 210 MW, suffisante l’acheminera par 120 kilomètres de tuyaux dant cinq ans sans maintenance. L’électro-
pour alimenter en électricité jusqu’à la terre ferme. Pour réaliser cette nique de puissance sera mise à l’abri dans
200 000 foyers. prouesse, le français Converteam fabri- un caisson en acier, qui contiendra un cir-
Chaque turbine pèse 300 tonnes quera quattre compresseurs de 17 MW cuit d’eau désionisée pour la refroidir. Un
et s’élève à 100 m au-dessus résistant à une pression ambiante de premier exemplaire de la technologie est à
D.R.

du niveau de la mer. cm 100 bar et une température de 4 °C. Cha- l’essai, pour l’instant en piscine. cm

22 HORS-SéRIEccJUIN 2010
Encart Master_45x262:safety 28/

production

De la chaleur cc EN BREF

à puiser Automobile
dans les égouts Une pompe solaire
à hydrogène
Récupérer de la chaleur dans des zones inex-
ploitées comme les égouts. C’est un objectif
atteint pour la société d’ingénierie BPR Tech-
nologie qui a développé une solution “degré
bleu” à partir d’un brevet déposé par un certain
Urs Studer. Les eaux usées sont naturellement
chaudes. Entre 10 et 20 °C. Il suffit de placer
dans les canalisations souterraines un échan-
geur thermique constitué d’un plancher et
d’un circuit d’eau fermé. Ce circuit se réchauffe alimentée par l’énergie solaire,
cette station produit de l’hydrogène destiné
au contact des eaux usées. Il transporte les calo- au ravitaillement des voitures électriques.
ries captées à une pompe à chaleur qui peut
alimenter les bâtiments en chaleur. « Avec Honda expérimente
200 mètres de canalisation, on peut chauffer à Los Angeles une station
l’équivalent de 400 logements » estime Bernard pour la production
Saunier, le président de BPR Technologie. Une d’hydrogène. Elle est
vingtaine de systèmes sont déjà installés en destinée au ravitaillement
Suisse et en Allemagne. Selon la Lyonnaise des à domicile des véhicules
eaux chargée de commercialiser en France électriques à pile
cette technologie, la mise de départ reste élevée à combustible. Capable
mais les coûts d’exploitation sont plus faibles de produire 0,5 kg
qu’avec un chauffage thermique classique. cm d’hydrogène en huit heures,
elle est alimentée
par l’énergie solaire grâce
à ses panneaux
photovoltaïques
d’une puissance de 6 kW. cm

Réacteur
Le combustible
nucléaire du futur
Quel combustible alimentera
les futurs réacteurs
nucléaires ? Pour remplacer
l’oxyde d’uranium, le CEA
teste le carbure et le nitrure
d’uranium. Meilleurs
conducteurs de chaleur,
ils pourraient supporter
des puissances plus élevées.
Pour l’instant, le CEA
les soumet à des sollicitations
thermiques, mécaniques
et neutroniques extrêmes.
Puis les examine au micron
près pour comprendre
leur comportement
Un circuit d’eau sous irradiations. cm
fermé placé
dans les égouts
capte les calories
D.R.

des eaux usées.

JUIN 2010ccHORS-SéRIE 23
www.industrie-technologies.com
I&T vous dévoile comment
un virus du MIT décompose l’eau
pour produire de l’hydrogène.

Des piles imprimables


sur substrats souples

Cette pile souple


(1 mm d’épaisseur et un poids de 1 g) fournit une tension de 1,5 V.

Imaginer une pile aussi mince qu’une feuille de papier,


imprimable sur supports souples comme un motif sur un
tissu ou un logo sur un T-shirt. En développement à l’insti-
tut Fraunhofer, en Allemagne, en coopération avec l’univer-
sité de technologie de Chemnitz et la société Menippos, elle
ouvre de nouvelles applications. Imprimée sur une carte
bancaire, par exemple, elle permettrait de disposer d’un petit
écran pour afficher le solde à chaque transaction. Basée sur
une anode en zinc et une cathode en manganèse, la pile four-
nit une tension de 1,5 V. Elle mesure moins de 1 mm d’épais-
seur et pèse moins de 1 g. Grâce à sa fabrication par impres-
sion, elle pourrait coûter moins de 10 centimes d’euro. Autre
avantage : elle ne comporte pas de substances chimiques
dangereuses comme le mercure. Les chercheurs affirment
que la technologie est au point au niveau laboratoire et que
les premiers modèles commerciaux seront prêts pour le bêta
test à la fin de l’année. cm

cc EN BREF

Solaire
Le photovoltaïque
passe au 3D
L’institut Georgia Tech
a conçu une cellule
photovoltaïque
captant la lumière
dans toutes les
directions. Elle peut
même la transporter
Cette cellule
avec une fibre optique. photovoltaïque
D’où qu’elle vienne, la lumière flexible
entre en contact avec est composée
l’un des fils nanométriques de nanofils
et d’une fibre
d’oxyde de zinc, revêtus
optique.
d’un film photosensible,
qui recouvrent la fibre optique.
Pour l’instant, le rendement
de conversion électrique est
limité à 3,3 %. Les chercheurs
D.R.

espèrent atteindre 7 %. cm
Découvrez en vidéo
www.industrie-technologies.com comment Nanosolar imprime
ses cellules photovoltaïques.
production

Le retour Un interrupteur
de la machine qui génère
à vapeur sa propre énergie
En profitant de la chaleur Créer un interrupteur électrique sans fil et sans
générée par les gaz pile ! C’est fait ! Schneider Electric a réalisé un
d’échappement, le fran- prototype qui communique sans fil grâce au pro-
çais Heat2Power propose une autre tocole radio ZigBee mais ne nécessite aucune pile
source d’énergie pour le bon vieux pour son alimentation électrique. Il génère lui-
moteur à explosion. Il veut relier méca- Le moteur utilise même le courant nécessaire à son fonctionne-
les différences
niquement un moteur à air chaud au traditionnel moteur thermi- de pression
ment par un procédé électromagnétique. Le fait
que. Le principe de fonctionnement consiste à exploiter les diffé- entre l’air chaud d’appuyer sur le bouton, pour commander un
rences de pression entre l’air chaud (porté à 600 °C au contact de (échappement) système d’éclairage et autres appareils électri-
l’échappement) et l’air froid afin d’actionner un piston. La montée et l’air froid. ques, déplace un aimant. Ce mouvement induit,
en température permet de porter la pression de l’air chaud à 40 bar, dans une bobine, un courant électrique utilisé
niveau suffisant pour qu’un monocylindre de 500 cm3 installé sous opportunément par le module de communica-
le capot d’une berline 1,8 l essence produise une puissance de tion ZigBee pour transmettre l’ordre de com-
7 kW à 4 000 tours/min. Selon ses concepteurs, le coût de produc- mande. Il ne s’agit pas du premier produit auto-
tion d’un tel dispositif pourrait tourner autour de 300 à 400 euros. alimenté en énergie. Mais c’est le premier à
Avec cette source d’énergie, ils assurent pouvoir réduire de 12 % combiner à la fois l’autogénération d’énergie et
D.R.

la consommation d’une voiture essence. cm la communication sans fil ZigBee. cm

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enquête
Chassez les gaspis
dans vos usines
ccPAGE 28

entretien
Laurent Schmitt
Vice-président
d’alstom Power Energy
Management
«Le réseau électrique
intelligent, c’est un
véritable écosystème»
ccPAGE 32

innovations
La sélection
d’Industrie
et Technologies
ccPAGE 36
réa
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CONSOMMATION

Chaque watt
vaut de l’or
Plus que jamais, l’heure est à la maîtrise de la
POTENTIEL
Selon l’Ademe,
consommation d’énergie. Depuis longtemps,
l’industrie recèle un
gisement d’économie les industriels réinventent leurs produits et
d’énergie de 30%
leurs process pour les rendre toujours moins
par rapport à sa
consommation actuelle. énergivores. Des puces électroniques aux
gigantesques datacenters, en passant par les
téléviseurs, l’éclairage, l’électroménager, les voitures ou les mo-
teurs électriques, cette course à l’efficacité constitue d’ailleurs un
axe majeur d’innovation. Le moment est venu de passer à la vites-
se supérieure en mettant de l’intelligence dans le réseau électrique
pour mieux réguler les consommations à tous les niveaux, depuis
les centrales de production jusqu’aux postes de consommation.
Mais la réalisation de ce smart grid pose de nombreux défis. Dans
les usines, la chasse aux watts inutiles s’inscrit dans la stratégie
Port autonome
du Havre.
globale de compétitivité. avec à la clé, de bonnes économies finan-
Éclairage, cières. cm
alimentation
des appareils
de levage pour
la mise en place
des conteneurs :
à tous les niveaux
il est essentiel
de bien gérer
l’efficacité
énergétique
du site.

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 27
Suivez les conseils de Claude Conrard
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énergétique de vos usines.
CONSOMMATION

ENQUÊTE
Chassez les gaspis
de vos usines
Depuis le début des années 2000, la réduction de la
REPÈRE
L’industrie absorbe 15 %
de l’énergie consommée consommation d’énergie est à l’ordre du jour dans l’indus-
en France.
trie. Plus qu’une prise de conscience écologique, ce sont
la réglementation et la volatilité des prix, combinées à des incitations
financières, qui ont persuadé les industriels de prendre le sujet au sé-
rieux. Suivez notre démarche pour rendre votre usine plus sobre.

e premier choc pétrolier de comme les certificats d’économie d’éner- culer les consommations ». L’Ademe cite

L 1973 a lancé le programme


électronucléaire français et
les forages en eau profonde,
mais il n’a pas mobilisé
gie (CEE). Finalement, la « chasse au ø »
est devenue un vrai paramètre de réduc-
tion des coûts et la maîtrise énergétique,
une réalité économique. Industrie et Tech-
en exemple le dispositif mis en place en
2003 dans l’usine SKF de Fontenay-le-
Comte (Vendée) dans laquelle un réseau
de 150 capteurs collectant 300 informa-
les industriels en faveur des économies nologies décline pour vous les principales tions traitées par le logiciel BarExpert a
d’énergie. Il a fallu attendre la création de pistes d’action. permis d’analyser les flux. « Une opéra-

1
l’Agence de l’environnement et de la maî- tion très rentable, avec des économies
trise de l’énergie (Ademe), en 1990, pour Établir un bilan des supérieures à nos prévisions », déclarait
que s’affirme l’implication des acteurs éco- consommations d’énergie à l’époque Jean-Paul Nieres, alors respon-
nomiques. À son tour la loi de program- Pour s’engager dans la réduction de la sable méthodes chez SKF.

2
mation des orientations de la politique consommation énergétique, il est sou-
énergétique (POPE) de 2005, a créé les pre- haitable de se rapprocher de l’Ademe Optimiser la gestion
miers outils d’incitation et de contrainte, ou de ses relais (Association technique énergétique
énergie environnement, centres techni- L’écoresponsabilité peut se gérer au sein
ques industriels, etc.) car il est important même de l’entreprise. Orchestré par Bar-
de suivre un cheminement balisé. Les rault Recherche, le programme excel-
Consommation d’énergie experts préconisent d’établir un diagnos- lence énergétique de l’usine Bosch de
par kilogramme de produit tic global puis d’évaluer chaque installa- Rodez (Aveyron) a été lancé en 2005, sur
Énergie nécessaire tion produisant ou consommant de l’éner- un objectif de réduction du CO2 de 15 %
Matériaux gie. « Nos missions se déroulent dans la à l’horizon 2009 et une programmation
à la fabrication
Brique 0,834 kWh durée, selon une certaine progressivité par étapes, pilotée en interne. Le chan-
Parpaing 0,255 kWh qui exclut de travailler en situation de tier éclairage, mené avec le cabinet Opus
Béton cellulaire 0,689 kW/h crise, précise Olivier Barrault, président de Light, a vu l’installation de tubes fluores-
acier de construction 11,954 kWh Barrault Recherche ». Ces interventions cents T5 à ballast électronique (+30 %
Bois agglo plaqué 11,676 kWh ont un coût qui peut se chiffrer en dizai- de durée, + 40 % d’efficacité, – 65 % de
Bois lamellé-collé 14,734 kWh nes de jours/ingénieur. « Les audits peu- consommation, amortis en moins de
Laine de verre 7,350 kWh
vent être cofinancés à hauteur de 50 à deux ans) pour économiser 2000 MWh/an.
70 %, selon la taille de l’entreprise, com- « Le diagnostic instrumenté (financé à
Polystyrène 29,19 kWh
mente Roland Gérard, chef adjoint du 50 % par l’Ademe) a ciblé les autres pos-
Placoplatre 0,341 kWh
service entreprise et écotechnologies de tes énergivores », explique Vincent Lamic,
Verre laminé 41,080 kWh
l’Ademe. Nous pouvons également aider responsable du programme. La tempéra-
Ciment 15,210 kWh
à l’acquisition d’équipements pour cal- ture des eaux de refroidissement pour les

28 Hors-sérIeccJUIN 2010
Un projet
de chaufferie
biomasse
est en cours
de finalisation
sur ce site SKF.
Il permettra
de réduire
les émissions
de CO2
de 3000 t/an.

SKF, bille en tête


dans les économies d’énergie
c Le site SKF de Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) est en
partenariat de gestion énergétique depuis 1987 avec Industelec
(EdF) aujourd’hui intégrée dans Dalkia. Le prestataire assure toujours,
sous contrat d’objectif, la production ou la distribution centralisée d’air
comprimé, de gaz et d’électricité aux différentes unités de production Saône (Saône-et-Loire) fixe des objectifs
du site. Les services généraux gardent cependant la main de réduction de consommation de 27 %
sur les programmes majeurs comme l’installation de variateurs d’air comprimé, 70 % d’électricité et 12 %
sur les pompes électriques fournissant à la demande les fluides de gaz, la rémunération du prestataire
aux lignes de production (économie de 1,5 GWh/an) ou la modernisation intégrant 50 % du montant des écono-
de l’éclairage des ateliers (ballasts électroniques et variateurs mies supplémentaires réalisées. EdF Opti-
automatiques). Un projet de chaudière biomasse de 2,9 MW est lancé mal Solutions, intervient depuis 2005 sur
pour produire 70 % des besoins de chauffage, en complément le site de DSM Food Specialities à Seclin
de la récupération de chaleur des compresseurs et frigorifiques. (Nord) sous un contrat d’objectif de
De quoi tenir les objectifs d’éco-énergie (–5 % par au minimum) – 20 % d’énergie à l’horizon 2020. « Dans
de cette usine certifiée Iso 14001 depuis 1998. Les unités de production ce cadre, nous avons modifié deux com-
de roulements à billes SKF de ce site fonctionnent avec des process presseurs pour abaisser la température de
qui ne nécessitent plus d’apport de chaleur. 140 à 60 °C, récupérer l’air chaud, et
En revanche, les machines raccordées à la centrale des fluides de coupe réduire la consommation de gaz de
doivent refroidir les outillages avec de l’eau glacée. 2,8 GWh/an. Notre investissement de
400 000 euros induit une économie de
77 500 euros par an », détaille Alain Riga-
zio, directeur d’agence EdF OS.

machines a été relevée de 6 à 8 °C sans perte


d’efficacité. Puis, la recherche des fuites et
facility management (FM) prôné par Dal-
kia, Opteor, Cofely, Exprimm, ou d’autres,
3 Équiper le bâtiment
de panneaux solaires
L’éco-énergie des bâtiments repose notam-
l’installation d’un compresseur à vitesse propose la prise en charge globale des ment sur le solaire photovoltaïque, dont
variable ont réduit et régulé la production énergies, incluant audit et financement le prix d’achat par EdF, a baissé il y a peu,
d’air comprimé (économie: 2700 MWh/an). d’installation. « Nous privilégions ce type semble déjà modérer l’ardeur des inves-
« Nous avons terminé 2009 sur un gain d’engagement car il est plus clair à exé- tisseurs. Rien n’interdit en effet de profi-
annuel de 6 900 MWh et nous progres- cuter puisque nous accédons, site par site, ter d’une rénovation de toiture, comme
sons encore sur la consommation élec- à toutes les données du problème », com- l’a fait la société 8’33 (8 minutes 33) sur
trique, l’isolation thermique des ateliers, mente Christophe Fievez, directeur des l’usine varoise de Thalgo Cosmetics, pour
le recyclage des eaux chaudes et un pro- marchés industriels chez Cofely. installer 1 500 m2 de modules Centroso-
jet de chaudière biomasse pour produire la Ainsi, le contrat de performance éner- lar produisant 60 MWh par an, réinjectés
vapeur », détaille encore Vincent Lamic. gétique (CPE) qui lie Dalkia à Alcan Pac- sur le réseau. Mais, a contrario, le belge
réa

Alternative à la gestion en interne, le kaging pour son usine de Chalon-sur- Enfinity finance des installations dont

JUIN 2010ccHors-sérIe 29
www.industrie-technologies.com

CONSOMMATION

les entreprises « porteuses » consomment résidus pour produire vapeur ou air chaud.
tout ou partie de la production, comme le Ainsi l’usine Mobalpa de Thônes (Haute- ccOLIVIER BARRAULT
chimiste brugeois Mercks qui utilise les Savoie) exploite depuis 2003, trois puissan- INGÉNIEUR ET PDG DE BARRAULT
150 000 kW/an générés par ses 1030 pan- tes chaudières Compte-R (10 MW au total) RECHERCHE
neaux Sharp. dans lesquelles sont brûlées 4 000 tonnes
Autre technologie pour grandes surfaces de chutes de bois. « Notre dispositif sert Il faut impliquer
murales orientées au sud, le Solarwall est essentiellement à chauffer nos 14 hectares tout le monde
un bardage métallique microperforé, for- de bâtiments, commente Christian Farat,
mant un caisson collecteur d’air chaud rac- directeur qualité environnement de Four-
en entreprise
cordé au système de ventilation/chauffage nier-Mobalpa. » « L’approche globale
de l’usine. « Notre solution est d’un coût La méthanisation des sous-produits est des consommations d’énergie
modique (130 euros le m2) et produit une autre voie, empruntée par NP Pharm que nous préconisons doit s’inscrire
l’équivalent de 500 à 600 W/m2, soit de à Bazainville (Yvelines), producteur de impérativement dans la durée
12 à 50 % d’une facture de chauffage, pour microgranules de sucre, support de médi- et hors de tout « stress » conjoncturel.
un amortissement sur deux à sept ans », cation. L’usine transforme en biogaz ses Une fois les bilans par filières établis,
détaille Anouck Colson, directrice délé- rejets liquides – eau gluco-amidonnée – il faut non seulement hiérarchiser
guée de Solarwall France. grâce au procédé Provéo de Naskeo Envi- les priorités dans un plan d’action

4
ronnement. « Réalisé en 2007, l’investis- mais aussi créer des indicateurs
Utiliser les effluents sement – 160 000 euros – permet de et un instrument de mesure.
et sous-produits répondre aux exigences réglementaires Tous les points à traiter trouveront
L’utilisation des déchets de production mais surtout de maintenir en tempéra- nécessairement une solution
est une pratique répandue dans l’indus- ture les cuves de préparation et les ate- si l’investissement est mobilisé,
trie agroalimentaire, la chimie ou le bois. liers, commente Marc Bouzet, directeur mais le programme d’économie ne sera
On ne compte plus les menuiseries ou les général de Naskeo. Cette filière est aussi fructueux à la longue que si toute
fabriques de meubles qui brûlent leurs suivie par de nombreux fromagers l’entreprise s’implique, communique
comme la Laiterie Collet de Renaison autour des résultats et surtout se forme
(Loire) qui transforme son lactosérum en aux nouvelles habitudes. »
méthane pour chauffer ses bâtiments.
cc DES TECHNOLOGIES
PLUS EFFICACES Autre source « gratuite », la récupéra-
tion de chaleur. L’usine CAP L’Oréal à
CHAUFFAGE/REFROIDISSEMENT Vichy (Allier) a reconfiguré en 2009 son
c Des groupes de refroidissement,
de chauffage ou mixtes conçus,
unité d’air comprimé en installant des
non pas pour les périodes de pointe compresseurs à vitesse variable Atlas
(3 % du temps sur l’année), mais pour Copco Carbon Zero. « Ces machines
les conditions les plus courantes incorporent un circuit d’eau parcourant
(60 à 90 % d’une année). tous les corps chauds et qui produit une d’énergie allant jusqu’à 30 % », affirme
Économie : 20 % et plus.
eau à 70/90 °C, explique Patrice Paillet, en Jean-Pierre Ghérardi, porte-parole de
ÉCLAIRAGE charge de l’environnement sur le site. Schneider Electric. Chez Plastic Omnium
c Dernière génération de tubes Nous l’utilisons pour le lavage des machi- (PO), l’énergie représente également une
fluorescents à ballast électroniques
et de lampes à décharge, associée nes, soit un tiers des 100 m3/jour néces- part significative du coût d’un pare-chocs
à une gestion intelligente de l’éclairage. saires, le complément étant fourni par le ou d’une calandre. Le groupe, en contrat
Économie : jusqu’à 40 %. recyclage des calories des effluents et de d’objectif avec EdF, affiche déjà de belles
RECYCLAGE la cheminée des chaudières vapeur. L’éco- performances (17 % d’électricité et 14 % de
c récupération des calories d’effluents nomie en gaz réalisée est de l’ordre de gaz économisés sur la période 2007/2008)
issus de la production ou méthanisation 2 000 MWh/an, bilan que nous améliore- mais poursuit son effort. « Nous avons
des sous-produits. rons bientôt avec de la méthanisation ». installé en 2008 une nouvelle régula-
Économie : jusqu’à 100 %

5
des besoins de chauffage. tion Schneider Electric sur une trentaine
Réformer les process de presses à injecter, pour obtenir entre
MOTEURS ÉLECTRIQUES de production 15 à 30 % d’économie d’énergie avec un
c Introduction de la régulation
électronique, des variateurs de vitesse L’évolution des process de production amortissement inférieur à deux ans »,
et des moteurs de dernière génération. bénéficie des progrès réalisés dans la commente François Tardif, vice président
Économie : jusqu’à 30 %. conception des moteurs et des automa- R&D chez PO. cm
tismes. « L’introduction du variateur
dans la motorisation d’une chaîne ciné- ccPHILIPPE PÉLAPRAT
D.r.

matique peut générer une économie rédaction@industrie-technologies.com

30 Hors-sérIeccJUIN 2010
cc ses 4 DAtes
1996 Jeune diplômé
de Supelec, il entre
chez Alstom pour
s’occuper,
en Amérique du Nord,
des applications de
contrôle pour turbines
hydrauliques et à gaz.
1998 Il rejoint
la division transmission
et distribution Alstom
T&D, qui, racheté
par Areva,
deviendra Areva T&D.
2007 Il prend
la responsabilité de la
stratégie d’Areva T&D.
2008 Il est de retour
chez Alstom Power, où
il occupe aujourd’hui le
poste de vice-président
stratégie et innovation
pour l’activité gestion
de l’énergie.

cc Alstom
Power energy
mAnAgement
Cette division d’Alstom
est spécialisée dans
l’efficacité énergétique.
Elle offre des solutions
de pilotage
de centrales, thermique
ou renouvelable,
et de gestion
d’un portefeuille
de centrales.
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du futur compteur électrique
communicant français Linky.
CONSOMMATION

cc LAURENT SCHMITT
VICE-PRÉSIDENT D’ALSTOM POWER ENERGY MANAGEMENT

Le réseau électrique intelligent,


c’est un véritable écosystème
Il est spécialiste de la gestion de l’énergie chez Alstom. Face à
l’émergence du réseau « intelligent », Laurent Schmitt rappelle
quelques vérités technologiques. La sobriété commencera par l’op-
timisation des centrales thermiques existantes. Et, dans la course
la seule solution pour identifier les
à l’efficacité énergétique, les innovations de rupture ne s’impose-
technologies les plus efficaces et définir
ront que si elles sont économiquement viables. Il esquisse sa vision des standards.
du déploiement d’un réseau électrique sobre.
Quels enjeux technologiques
se cachent derrière cette notion
d’écoquartier ?
Communicant, le futur réseau mettront d’affiner les factures d’électricité. L. S. : Les centrales électriques de demain
électrique est annoncé Cette incitation financière est indispen- seront plus petites, disséminées et inté-
plus « intelligent ». Est-ce une garantie sable pour modifier les comportements grées au quartier. On s’oriente naturelle-
de sobriété énergétique ? des consommateurs. Mais pour déployer ment vers l’énergie solaire. Mais il faudra
Laurent Schmitt : Demain, le réseau de le smart grid, l’habitat domestique n’est aussi expérimenter le micro-éolien et la
distribution sera certes équipé d’organes pas la bonne échelle. A priori, les éco- géothermie. Où qu’elle soit produite,
d’information et de communication pour nomies réalisées chez un particulier, l’énergie renouvelable est pour l’instant
traquer les consommations superflues. grâce à des appareils communicants, ne injectée dans le réseau. Cette solution,
Mais concrètement, le smart grid, ou suffiront pas à rentabiliser les investisse- simple à mettre en œuvre, est la moins
réseau intelligent, devra s’insérer dans le ments de départ. coûteuse. Mais elle atteindra vite sa
mix énergétique existant. On ne pourra limite. À terme, elle risque de créer des
pas, subitement, mettre de côté les cen- Quelle forme de smart grid congestions aux nœuds du réseau électri-
trales hydrauliques, nucléaires ou à char- préconisez-vous ? que, au niveau des transformateurs de
bon. Pour rendre le réseau sobre, il faudra L. S. : Plutôt qu’un déploiement national basse tension en moyenne tension. Pro-
d’abord optimiser le parc de production chez les particuliers, le smart grid doit duite localement, l’énergie renouvelable
actuel. Puis, progressivement, déployer être réfléchi au niveau des villes. La taille devra donc être consommée sur place.
l’intelligence dans toutes les composan- critique, économiquement viable, est une Cette solution réduira les allers-retours
tes de l’écosystème électrique. Éventuel- consommation d’un mégawatt, soit plu- des électrons, les pertes en ligne associées
lement jusqu’à rendre l’électroménager sieurs bâtiments mis en réseau. Elle nous et les investissements dans le réseau de
des particuliers communicant… si cette situe plutôt à l’échelle d’un quartier. Cette distribution. Elle suppose de totalement
opération est économiquement viable. approche urbaine permettra d’expéri- revoir le pilotage énergétique du réseau.
T. GOGNY POUR INDUSTRIE ET TECHNOLOGIES

Mais ce sera une étape ultérieure. menter des innovations de rupture. L’ef- L’écosystème électrique doit être maîtrisé
ficacité énergétique passe par le dévelop- en temps réel.
Pourtant la France déploie déjà pement de véritables écoquartiers, qui
chez les particuliers des compteurs restent à inventer. Ils serviront de labora- Pour y parvenir, les outils de contrôle
électriques communicants… toires en grandeur réelle pour concevoir existent-ils ?
L. S. : En France, ERdF a lancé le déploie- les technologies du smart grid. Pour l’ins- L. S. : Dans les centrales thermiques et
ment de ses compteurs communicants tant, les écoquartiers se cantonnent à des hydrauliques actuelles, les solutions de
Linky pour une phase pilote, avant leur opérations de communication de leurs pilotage sont matures. Des algorithmes
généralisation au niveau national. Avec concepteurs. Demain, il faudra chiffrer gèrent à la seconde près, voire moins, les
leur relevé quotidien, ces appareils per- leurs performances et les comparer. C’est quantités de gaz, d’eau et d’énergie. Ces

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 33
www.industrie-technologies.com

CONSOMMATION

mal pour installer « l’intelligence » : dans


le véhicule, dans la borne de recharge ou
en amont ?

Qui assurera la maîtrise énergétique


de cet impressionnant
écosystème électrique ?
L. S. : Les producteurs d’électricité devront
pouvoir garder la main sur leur porte-
feuille de centrales. Mais des non-spécia-
listes interviendront aussi localement. La
seule échelle pour gérer la multiplication
des sources d’énergie est urbaine. Car le
vrai smart grid ne se limitera pas à l’élec-
La réhabilitation du siège social de Bouygues sera achevée fin 2014.
Elle sera une véritable référence en matière de développement durable. tricité. L’approche pertinente est une ges-
tion globale des flux en intégrant les
réseaux de chaleur, les transports, l’inci-
nération des déchets… Les municipalités
Une vitrine technologique devront donc s’engager vis-à-vis de leurs
de la convergence habitat-énergie habitants. Pour gérer tous ces flux, l’infor-
matique va se multiplier. Avec l’explo-
cA l’horizon 2014, Alstom Power photovoltaïques, 75 sondes verticales
sion des échanges de données, pourquoi
prévoit de rénover le siège pour la géothermie, 440 places
ne pas installer de mini datacenters dans
de Bouygues Construction de parking adaptées aux voitures
les bâtiments ? Nous travaillons avec
à Guyancourt (Yvelines). Avec cette électriques… Ce projet est le fer
Microsoft sur la connectivité de l’infor-
vitrine technologique, elle entend de lance de la stratégie d’Alstom
mation et les interfaces utilisateurs pour
montrer, en grandeur réelle, Power. Historiquement, l’entreprise
les novices.
sa nouvelle vision de la convergence était spécialiste de l’efficacité
habitat/énergie. L’objectif est des centrales thermiques.
Informatique, automobile, énergie…
de diviser par dix la consommation Elle se prépare à la nouvelle donne
La révolution smart grid suppose
énergétique du site. énergétique : émergence des sources
des collaborations sans précédent…
Le projet prévoit aussi l’intégration renouvelables, des voitures
L. S. : Les profils des acteurs seront en effet
de 25 000 m² de panneaux électriques, du smart grid…
très variés. Pour gagner en efficacité éner-
gétique avec l’essor du renouvelable, il
faudra même inclure les météorologues !
Aujourd’hui, les prévisions ont d’abord
lieu à la semaine. Puis à la journée pour
outils doivent être étendus pour gérer un peu réactives mais qui assurent gérer les consommations imprévues. On
portefeuille de moyens de production aujourd’hui l’essentiel de la production. affine enfin au fur et à mesure que les
décentralisé, incluant le renouvelable. Pour cela, il faudrait en revoir l’informa- minutes s’écoulent. Tout cela restera un
Alstom préconise des plates-formes vir- tique et les procédés d’échanges thermi- défi considérable. Pour l’éolien, les prévi-
tuelles rassemblant les données en pro- ques. Mais le vrai défi technologique sions ne sont précises que dans l’heure
venance de chaque centrale et optimisant portera sur le stockage de l’électricité. qui suit. Au-delà d’une journée, les erreurs
l’ensemble. Avec 80 % de rendement, le pompage de prévision atteignent même très vite
hydraulique ne souffre encore d’aucune 50 %. Quant au photovoltaïque, il est
Ces solutions sont-elles prêtes concurrence. Alstom se penche sur des encore trop peu déployé pour bénéficier
à intégrer le renouvelable à grande solutions par air comprimé encore bal- de vrais retours d’expériences. Seule cer-
échelle ? butiantes. Une autre voie de stockage titude, le passage d’un nuage suffit à créer
L. S. : Pour ajuster à tout moment l’offre émergente consiste à faire communiquer de l’intermittence. cm
électrique à la demande, il faut compen- la voiture électrique avec le réseau. Selon
ser l’intermittence des sources renouve- les constructeurs, un tel scénario passera cc ProPos reCUeIllIs PAr
tHomAs BlosseVIlle
GERPHO

lables. Leur essor obligera à assouplir les par le déploiement de flottes de véhicu-
tblosseville@industrie-technologies.com
centrales nucléaires et celles à charbon, les. Reste à trouver l’emplacement opti-

34 HORS-SÉRIEccJUIN 2010
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Les écrans plasma Le moteur de recherche essaie d’être partout. Alors pourquoi pas dans les services
deux fois plus efficaces d’efficacité énergétique ? Avec le service Web, qu’il se prépare à lancer, chacun pourra
Après avoir doublé l’efficacité optimiser sa consommation énergétique domestique. Ce ser-
des ses écrans plasma en 2008, vice sera accessible via une page personnalisée de
Panasonic vient d’obtenir iGoogle. Pour le concrétiser, Google travaille avec le spécia-
un autre doublement en portant liste de microcontrôleurs Microchip Technology, des distri-
le rendement lumineux à près buteurs d’électricité, des fabricants de compteurs et des four-
de 10 lm/W. De quoi abaisser nisseurs de modules communicants. Il met gratuitement à
la consommation électrique la disposition des partenaires le logiciel d’interface nécessaire
des téléviseurs plasma pour faire remonter les informations des équipements
de 42 pouces à 95 W Suivi de consommation électrique vers ses serveurs. Le service devrait également être gratuit
proposé par Google aux particuliers.
en pleine haute définition! pour les utilisateurs. L’ensemble des données de consomma-
Soit au niveau des téléviseurs LCD tion énergétique, transmises par les compteurs, seront stockées dans le réseau
actuels les plus sobres. cm selon le principe du cloud computing. cm

énergie
Vers une batterie
Celeste réduit la voracité électrique
trois fois plus des datacenters
performante
Le fournisseur d’accès Internet aux entreprises Celeste s’associe au cabinet Enia
Architectes pour rendre les datacenters moins énergivores et plus écolos. Ensem-
ble, ils ont créé un concept qui promet une réduction de la consommation de 35 %. Ce
concept, protégé par un brevet commun, devrait se concrétiser par un premier prototype
de 1 800 m2 exploité par Celeste à Marne-La-Vallée (Seine-et-Marne) en juin 2011.
L’innovation réside dans la construction verticale du bâtiment. Le refroidissent se fonde
totalement sur le principe du «free-cooling» qui consiste à utiliser l’air extérieur pour
Les batteries Li-air offrent un gain rafraîchir les serveurs. Les salles informatiques sont aménagées sur cinq niveaux, au
de poids important pour une capacité
lieu de deux au maximum dans les datacenters actuels. Cette construction en hauteur
énergétique égale aux batteries Li-ion.
permet de profiter d’un effet de tirage naturel et d’une
Les chercheurs du MIT optimisation des rendements aérauliques. L’économie
montrent qu’en utilisant de l’or d’énergie est estimée à 6 GWh par an ar rapport à un
ou du platine comme catalyseur data-center traditionnel. cm
sur les électrodes, il est possible
de doper le rendement
de la batterie lithium-air.
De quoi tripler la densité d’énergie
par rapport aux batteries les plus
performantes disponibles
aujourd’hui. Ils poursuivent
leurs recherches afin de trouver
CELESta / Enia arCHitECtE ; D.r.

d’autres alliages moins onéreux


mais offrant des performances
proches. Autre problème à
l’étude : la sécurité, car le lithium
des batteries lithium-air est plus
réactif à l’eau que celui L’architecture consiste à positionner les serveurs au milieu d’une tour de refroidissement
des batteries lithium-ion. cm basée sur le « free-cooling », elle optimise l’organisation du datacenter.

36 HORS-SéRIEccJUIN 2010
consommation

Des ordinateurs cc EN BREF

sans ventilateur électronique


Des microcontrôleurs
Bruyants et consommateurs d’énergie, les ventila- hypersobres
teurs d’ordinateurs ont mauvaise presse. La solu- STMicroelectronics démarre
tion ? Les supprimer ! C’est la piste explorée par le la production en volume
jeune constructeur Splitted-Desktop Systems (SDS). des microcontrôleurs 8 bits
Créé fin 2006, il a présenté en septembre 2009, à Bos- à ultrabasse consommation.
ton, un PC complet sans ventilation forcée, basé sur Grâce à sa plate-forme
un processeur AMD à 2,6 GHz. Développé en partena- technologique à 130 nm,
riat avec le concepteur de solutions thermiques Ther- il ne brûle que 150 A/MHz.
macore et le fabricant de composites en nids-d’abeilles Déclinée en 26 références
métalliques Alcore Brigantine, ce système mise sur et 3 gammes, cette famille
une structure innovante améliorant l’échange ther- de puces devrait aider
mique entre le radiateur et l’air extérieur. « Le radia- Le processeurs x86  les ingénieurs à améliorer
teur est constitué d’un matériau composite avec de fines lamelles de mis au point dispose les performances
quelques dizaines de microns de cuivre assemblées en nids-d’abeilles », d’un système des appareils portables
précise le président de SDS, Jean-Marie Verdun. Les trois sociétés, qui de refroidissement et à se conformer
L. Granguillot

à base de matériaux
envisagent de démarrer la production en 2010, cherchent désormais aux initiatives en faveur
composites.
à abaisser la taille des lamelles de cuivre à 10 micromètres pour allé- des économies d’énergie. cm
ger le radiateur et améliorer son efficacité. cm
Découvrez notre diaporama
www.industrie-technologies.com des vitrages
de haute technologie.
consommation

cc EN BREF
Dessaler l’eau
énergie Photovoltaïque à domicile
Des batteries Weidmüller surveille
ultraminces le vieillissement Le français 3MW développe une station de produc-
STMicroelectronics se lance des panneaux solaires tion d’eau potable à partir d’eau de mer ou d’eau
dans les microbatteries Le système Transclinic saumâtre. Elle est destinée aux particuliers, hôtels,
à couches minces. de Weidmüller permet dispensaires... pour des besoins de 1 à 1 000 m3/j. Cette
Exploitant sous licence de surveiller le vieillissement technologie divise, selon le
la technologie du californien des panneaux photovoltaïques fabricant, par vingt la consom-
Front Edge Technology, pour repérer les vols, pannes mation d’énergie nécessaire au
l’industriel entend mettre et baisses de rendement. dessalement. Le procédé se
ce dispositif à la disposition Il est disponible en deux déroule à 80 °C à pression
des étiquettes RFID, versions. L’une mesure ambiante, et non sous vide.
des cartes à puce la tension des panneaux L’eau salée, préchauffée par
ou des dispositifs médicaux et le courant des strings échange thermique, s’écoule à
miniatures. Basées (chaînes de panneaux l’extérieur de plaques hydro-
sur un électrolyte solide en série). L’autre ne donne pas philes verticales. Le flux d’air
en lithium, phosphore et d’information sur un panneau montant se charge de vapeur,
oxyde d’azote, ces batteries en particulier, mais par string puis redescend sur la face
sont présentées comme (jusqu’à 14). cm interne en y déposant son
10 à 20 fois plus puissantes humidité sous forme de buée.
que les piles bouton utilisées Solaire Cette technologie pourrait être Cette station
aujourd’hui. cm Le mur chauffe l’air étendue jusqu’à 100 000 m3/j de dessalement produit
dans le bâtiment pour l’alimentation des villes jusqu’à 1 000 m3 d’eau
et des usines. cm potable par jour.
La surface
Calcul thermique métallique est
Senova ausculte exposée au soleil.
l’énergie
des bâtiments
L’air des cavités
ainsi chauffé Le lean au secours
Créée en juillet 2009
est distribué par
des ventilateurs. de l’efficacité énergétique
par deux centraliens,
la société propose On connaît le lean comme un puissant outil de l’efficacité
un diagnostic énergétique Le système SolarWall, industrielle. Il se pourrait qu’il devienne aussi un outil d’efficacité
aux particuliers dans le cadre développé par le canadien énergétique dans l’industrie. C’est du moins l’objectif de la société
de projets de rénovation. Conserval Engineering, Leanergie en cours de création à l’initiative d’Actel, un fournisseur
Particularité ? utilise l’énergie solaire pour de circuits logiques programmables à basse consommation. Le
Son service va plus loin réchauffer l’air des bâtiments projet associe plusieurs partenaires, dont des spécialistes de
que les diagnostics actuels industriels, tertiaires l’audit énergétique et des industriels à la recherche d’économie
en utilisant un logiciel ou agricoles. Il se compose d’énergie. L’objectif ultime est d’aboutir à des designs de référence
spécialement développé d’un absorbeur solaire de contrôle électronique basés sur SmartFusion, la toute nouvelle
à cet effet par les deux (surface métallique puce d’Actel.
ingénieurs. Cet outil permet microperforée de couleur « Nous voulons aider les industriels à améliorer l’efficacité de
de réaliser un véritable foncée), d’une ossature leurs procédés sans changer d’équipement, juste en appliquant
calcul thermique. cm créant une poche d’air un contrôle électronique intelligent sur les installations existan-
de 10 à 20 cm à l’arrière, tes », explique Patrizio Piasentin, directeur d’Actel pour la France,
d’éléments de fermeture la Belgique et l’Afrique.
et d’un système Où intervient le lean ? « Dans la compréhension des procédés
de ventilation forcée. et la réflexion sur les mécanismes de régulation à mettre en ouvre
Il chauffe l’air entre 5 à 30 °C pour lisser les pics et réduire la consommation d’énergie. Et cela,
au-dessus de la température seuls les industriels, par la connaissance qu’ils ont de leurs
extérieure, fournissant ainsi métiers, pourront nous le dire. En mettant en œuvre des chantier
une puissance en crête 5S, SMED, etc., ils sauront quand il faut délester ou ralentir l’équi-
de 500 à 600 W/m².cm pement sans affecter la qualité ni la productivité. »
L’un des équipements clés visés par Leanergie est le moteur
électrique qui engloutit plus de 60 % de l’électricité consommée
D.r.

par l’industrie. cm

38 HORS-SéRIEccJUIN 2010
consommation

Un verre qui se teinte


à volonté
Des vitres que l’on peut obscurcir
grâce à un simple interrupteur : c’est
ce que permet l’électro-chrome, grâce
à de fines couches de tungstène dépo-
sées sur le verre. Elles changent de
couleur par un procédé d’oxydation-
réduction déclenché par le passage du
courant, acheminé par de minuscules
fils incorporés dans le vitrage. Testé dans
ces bureaux situés au sud de Madrid, ce
dispositif a permis un moindre recours
à la climatisation et à l’éclairage, d’où
une baisse de la consommation énergé-
tique de 30 à 50 % (soit 150 kWh par m2
Un courant
de verre et par an), selon des mesures effectuées pendant dix mois par électrique déclenche
Schneider Electric. « Pour moi, c’est le verre ultime, qui améliore le confort une réaction
lumineux et thermique. Il devrait être largement répandu dans le bâtiment d’oxydo-réduction
d’ici cinquante ans », estime Thomas Bertin Mourot, directeur de Quantum qui change
la couleur du verre.
Glass, le label sous lequel Saint-Gobain a rassemblé ses technologies verrières
innovantes. Prochaine étape : coupler ce vitrage à un système de contrôle
automatique prenant en compte la luminosité extérieure. cm

cc EN BREF

Les Led Recherche


organiques
affichent Un semi-conducteur
90 lm/W pour sans perte de courant
une luminance Conduire le courant électrique
de 1000Cd/m2.
sans émission de chaleur :
c’est l’étonnante performance
réalisée à basse température
par un semi-conducteur innovant.
éclairage Ce phénomène n’avait jusque-là
Les Oled plus forts jamais été observé en l’absence
que les lampes fluorescentes de champ magnétique.
La société allemande Novaled, Obtenu par des physiciens
en coopération avec l’université technique de l’université de Würzburg
de Dresde, a développé des diodes en alternant de fines couches
électroluminescentes organiques (Oled) de quelques nanomètres d’épaisseur
blanches offrant un rendement lumineux de tellurure de mercure
record de 90 lm/W pour une luminance et de tellurure de cadmium,
de 1 000 Cd/m2. le matériau capable de cette
Pour la première fois, cette technologie prouesse présente cette propriété
dépasse les lampes fluorescentes, à des températures inférieures
dont le rendement lumineux varie à – 170 °C. Les scientifiques cherchent
de 60 à 80 lm/W. Ce résultat marque le moyen de maintenir l’exploit
un pas important vers l’utilisation à des températures plus élevées. cm
des Oled dans l’éclairage général.
Jusqu’ici, le rendement lumineux
D.R.

se limitait à 50 lm/W. cm

JUIN 2010ccHORS-SéRIE 39
enquête
Le CO2 doit-il orienter
l’innovation ?
ccPAGE 42

entretien
Jean Jouzel
Climatologue,
prix Nobel de la paix
en 2007 avec le Giec
«Le changement
climatique
est une rupture
technologique»
ccPAGE 46

innovations
La sélection
d’Industrie et
Technologies
ccPAGE 49
réa
www.industrie-technologies.com

ÉMISSIONS

Le CO2
est l’ennemi
ÉCHÉANCEC’est la bête noire du secteur de l’énergie. Le
Le Giec préconise
CO2 est aujourd’hui indissociable de la menace
de stabiliser les
émissions mondialesque représente, selon les experts du Groupe
de CO2 dès 2015.
intergouvernemental d’experts sur l’évolution
du climat (Giec), le changement climatique. Mais le CO2 suscite
également la polémique et le doute persiste : l’activité humaine et
les émissions associées sont-elles vraiment responsables du
réchauffement tant décrié ? Face à la complexité des phénomènes
climatiques, le débat risque de perdurer. Quelle qu’en soit l’issue, le
développement technologique sera désormais en partie jugé à
l’aune de son bilan CO2. Cette nouvelle préoccupation n’est pas
incompatible avec l’innovation. au contraire, elle pourrait même la
stimuler. À condition d’intégrer l’indicateur CO2 à la conduite des
usines et la conception des produits. Décryptage de cette tendance
Les centrales
électriques
sans précédent. cm
génèrent
des émissions
de CO2
différentes
suivant
le combustible
utilisé.
Les centrales
au charbon
détiennent
le triste record
en la matière.

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 41
Les défis du CO2 pour l’ingénieur,
www.industrie-technologies.com expliqués par le Conseil national des ingénieurs
et scientifiques de France.
ÉMISSIONS

ENQUÊTE
Le CO2 doit-il orienter
l’innovation ?
Le dioxyde de carbone est devenu le nouveau mètre éta-
PERSPECTIVE
À l’horizon 2020-2030,
lon de l’industrie… Que ce soit en matière d’énergie, d’éco-
c’est en jouant sur les
émissions de méthaneconception ou d’organisation industrielle, l’indicateur CO2
que l’on arrivera
donne désormais le « la » des grands choix technologi-
à influer sur le climat.
ques. Mais peut-on vraiment lui faire confiance ? Face à la complexité
des phénomènes climatiques, il est à manier avec précaution.

e sujet suscite la polémi- en jeu dépassent le seul CO2. Le protocole

L que. Selon le Groupe d’ex-


perts intergouvernemental
sur l’évolution du climat
(Giec), au cours du XXe siè-
de Kyoto a pointé du doigt six gaz à effet
de serre. Outre le CO2, le méthane, le pro-
toxyde d’azote (N2O), l’hexafluorure de
soufre (SF6) et les gaz fluorés (PFC et HFC)
cle, la température moyenne sur terre s’est sont sur la sellette. Même les traînées
élevée de 0,75 °C. Ces derniers mois, la per- d’avion et la pollution urbaine (consti-
cée climato-sceptique dans les médias a tuées de poussières) contribuent, sur de
semé le doute sur la cause de ce réchauffe- courtes durées, à bloquer une partie du
ment, sans toujours fournir d’arguments rayonnement infrarouge terrestre.
scientifiques. Dans le débat climatique, la Pour toutes ces nuisances, l’usage impose
responsabilité humaine reste donc privilé- d’exprimer les pouvoirs réchauffants de
giée. Le développement technologique est ces gaz par leur « équivalent CO2 ». C’est-
ccENJEUX mis en cause et, pour inverser la tendance, à-dire d’évaluer l’effet qu’aurait la même
Depuis 2005, l’Europe a mis en place le CO2 dégagé par les activités industriel- quantité de CO2 émis au même instant.
un marché d’échanges des quotas les ou de services est devenu l’indicateur En suivant cette méthode, le méthane est
d’émissions. Il concerne 12 000 installations de référence. Dans toutes les usines, dans 27 fois plus puissant que le CO2.
(celles ayant recours à la combustion
à une puissance supérieure à 20 MW). tous les bureaux d’études, les choix tech- Si elle a le mérite de simplifier les calculs,
Pour encourager les investissements nologiques dépendront désormais de la démarche est réductrice. Elle masque la
dans les « technologies propres », leurs émissions de gaz à effet de serre. diversité des gaz à effet de serre et surtout
le prix de la tonne de CO2 doit Face au défi climatique, le CO2 devient le leur durée de séjour dans l’atmosphère
au moins atteindre 160 euros en 2030
et 350 euros en 2050, selon l’Iddri.
juge de paix de l’innovation… Est-ce bien (délai au bout duquel leur concentration a
le meilleur candidat ? diminué de moitié). Elle est de cent à cent
En France,
les transports sont le secteur le plus émetteur cinquante ans pour le CO2 contre seule-
de gaz à effet de serre (+ 19,1 % d’émissions cc ment huit à douze ans pour le méthane.
directes entre 1990 et 2007). Un inDicATeUr ForcÉmenT Les spécialistes estiment qu’à l’horizon
Dans le reste du monde, où la part rÉDUcTeUr 2020-2030, c’est en jouant sur les émis-
du nucléaire est plus basse dans le mix
énergétique, la production d’énergie
Le Giec a deux certitudes. La tempéra- sions de méthane, qui compte pour 14 %
est le mauvais élève. ture moyenne sur Terre augmente à un dans la hausse de l’effet de serre, que nous
rythme sans précédent depuis huit cent arriverons à influer sur le climat.
mille ans ; la composition de l’atmosphère « L’indicateur CO 2 est également
s’est considérablement modifiée sous l’in- trompeur pour une autre raison, aver-
fluence humaine. Mais les mécanismes tit Meike Fink, chargée de programme

42 Hors-sérIeccJUIN 2010
En matière
d’émissions
de CO2 liées
à la circulation
automobile,
aucune solution
satisfaisante
n’a encore été
trouvée.
Que ce soit
le moteur Diesel
ou la voiture
électrique.

Le casse-tête automobile
c La voiture est un exemple parfait de casse-tête posé
par le défi climatique. La traque aux émissions de CO2 les émissions de dioxyde de carbone sont
pousse à l’utilisation de moteurs Diesel. Ils sont plus efficaces le principal responsable de la hausse de
que leurs alter ego à essence. Problème: ils sont aussi l’effet de serre. « Pour l’industrie, le choix
plus polluants (oxyde d’azote, fines particules…). Ce constat de cet indicateur est d’autant plus perti-
a incité les fabricants à innover, avec notamment l’invention nent que les ingénieurs sont rarement en
du filtre à particules. Aujourd’hui, en matière d’émissions, présence d’un autre gaz à effet de serre »,
le diesel rattrape d’ailleurs son retard sur l’essence. rappelle par ailleurs Michel Bruder, le
Mais le problème n’a pas pour autant été résolu. Dans la filière président du comité environnement du
automobile, le débat sur le CO2 resurgit avec la voiture électrique. Conseil national des ingénieurs et scien-
Renault veut prouver que l’électricité peut lever le verrou tifiques de France (Cnist).
du transport dans la lutte climatique. « Le tout électrique L’indicateur CO2 est utile en première
ne fait que reporter les émissions sur la production d’électricité », approche. Pour les autres gaz à effet de
rétorque Joseph Beretta, délégué énergie, technologie et émissions serre, un simple calcul permet d’obtenir
chez PSA Peugeot Citroën. Seule certitude, personne n’a encore le fameux « équivalent CO2 ». Le pouvoir
la solution à ce casse-tête. réchauffant d’un gaz est la puissance
infrarouge qu’il bloque dans l’atmosphère
(en W/m2). Pour l’évaluer, les experts dis-
posent de bases de données datant des
années 1970 et 1980. À cette époque, tou-
tes les molécules de l’atmosphère ont
climat/énergie au réseau Action climat. cc été caractérisées. Les longueurs d’onde
L’attention portée au seul critère du CO2 Un compromis Universel qu’elles rayonnaient ont été mesurées
laisse croire que le nucléaire est une Météorologie et climatologie sont selon la température. L’équivalent CO2
solution, en occultant le problème des deux choses différentes. « La météoro- d’un gaz n’est alors que l’intégrale, au sens
déchets radioactifs. » Plus généralement, logie consiste à suivre une perturbation mathématique, de son pouvoir réchauf-
le tort du discours autour du seul dioxyde océanique jusqu’à perdre sa trace. Au-delà fant sur cent ans. Cette durée arbitraire
de carbone est de se concentrer sur le d’un mois, on passe à une échelle climati- correspond à l’échelle de temps des pré-
climat au détriment d’autres enjeux que et l’on travaille en valeur moyenne, occupations climatiques (le siècle).
écologiques majeurs, comme la pollu- et non exacte », précise Jean Jouzel, clima- L’indicateur CO2 est avant tout le fruit
tion, l’épuisement des ressources natu- tologue et vice-président du Giec. Face de ce compromis international. C’est à
relles ou la biodiversité. Alors pourquoi à la complexité des phénomènes clima- cette échelle que se joue l’avenir du cli-
l’indicateur CO2 a-t-il été retenu comme tiques, l’indicateur CO2 fixe des tendances mat. Peu importe où les gaz à effet de serre
RéA

référence ? globales. Il s’est imposé de lui-même car sont émis. En un an, ils seront mélangés

JUIN 2010ccHors-sérIe 43
www.industrie-technologies.com « Une taxe carbone stimulerait l’innovation »
Bernard Bigot, administrateur général du CEA.
ÉMISSIONS

participation de tous les salariés. L’indica-


ccpHilippe scHUlZ ccHervÉ le TreUT teur CO2 joue alors un rôle pédagogique et
RESPONSABLE ÉNERGIE ET DIRECTEUR DE RECHERCHE mobilisateur.
ENVIRONNEMENT À LA DIRECTION EN CLIMATOLOGIE AU CNRS ET MEMBRE Pour la conduite d’un process, l’indicateur
DU PLAN ENVIRONNEMENT DE RENAULT DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES CO2 s’impose car il est la simple transcrip-
tion de l’efficacité énergétique. Mais pour la
Un indicateur le co2 guidera conception d’un produit, il ne suffit pas. « Il
nécessaire, mais l’évolution du climat faut utiliser d’autres indicateurs pour com-
insuffisant dans cinquante ans prendre finement d’où viennent les émis-
sions », préconise Sophie Galharret, char-
« L’indicateur CO2 est un excellent « L’indicateur CO2 pose gée de recherche énergie/climat à l’Institut
traceur de l’activité humaine. deux problèmes. Il sous-estime du développement durable et des relations
Il permet de suivre l’évolution dans les processus à action rapide, internationales (Iddri). Réduire les émis-
le temps des émissions de gaz à effet comme l’effet du méthane, et ignore sions de CO2 d’un produit n’est en effet pas
de serre de l’industrie, directes l’influence de la pollution sur l’effet toujours bénéfique pour le climat. « Depuis
et indirectes. Mais, même s’il est de serre. Mais il donne une vision les années 1990, on ne cesse de baisser les
nécessaire, il n’est pas suffisant. à long terme pour la gestion émissions unitaires des voitures. Mais
Renault ne s’en contente jamais. des émissions. Dans cinquante ans, ces économies poussent à rouler plus »,
Prenez les agrocarburants. Leur bilan ce sont les gaz à effet de serre, confirme Stephen Kerckhove, le délégué
carbone était meilleur que les et surtout le CO2, qui guideront général de l’association Agir pour l’environ-
carburants d’origine fossile. Pas leur l’évolution du climat. Le méthane nement. Dans ce cas, d’autres indicateurs,
impact écologique. Ils encourageaient est la cible la plus facile pour comme le taux moyen d’occupation d’un
notamment la déforestation. infléchir rapidement la tendance. véhicule ou le nombre de kilomètres par-
Pour concevoir nos voitures, nous Mais il ne faut surtout pas oublier le courus, semblent tout aussi pertinents.
utilisons d’autres critères, comme la CO2, qui s’accumule dans Pour la conception d’un produit, le CO2
pollution à l’ozone, l’eutrophisation ou l’atmosphère et agira fortement en est un indicateur parmi d’autres de l’ana-
l’épuisement des ressources fossiles. fin de siècle. De toute façon, CO2 ou lyse du cycle de vie. Cette méthode, qui
L’objectif est qu’un nouveau véhicule autre indicateur, toutes les initiatives intègre toutes les pollutions, est complète
soit meilleur que la génération possibles doivent être soutenues. et donne de meilleurs résultats, car elle va
précédente selon tous les critères. » Si l’on n’agit pas, le réchauffement chercher des informations plus précises sur
atteindra + 2 °C en 2050. » l’usage du produit et la quantité des maté-
riaux utilisés. « Nous utilisons la méthode
Impact 2002 », témoigne Paul-Joël Derian,
le directeur R&D de Rhodia. Elle repose sur
quatre critères: l’empreinte CO2, la consom-
mation de ressources naturelles, l’effet sur la
santé humaine et sur les écosystèmes.
dans l’atmosphère. Tout l’enjeu consiste principales sources, pas de les calculer exac- Avant d’agir finement avec l’analyse de
alors à savoir comment décliner cet indi- tement. « L’objectif est de lister les leviers cycle de vie, l’indicateur CO2 offre une pre-
cateur mondial au niveau local. d’action, puis de les hiérarchiser », conseille mière radiographie. « Il permet de se poser
Thierry Format, président d’EcoAct, spécia- les bonnes questions », avance Valérie de
cc liste de la stratégie carbone des entreprises. Robillard. Un exemple: la course aux délais
Un oUTil À Apprivoiser L’indicateur CO2 fixe les priorités à court les plus courts n’est pas toujours la plus per-
Pour l’industrie, la question n’est plus de terme (sensibilisation des salariés), à moyen tinente. L’optimisation du taux de remplis-
savoir s’il faut utiliser l’indicateur CO2, mais terme (investissement dans des détecteurs sage ou la vitesse d’un bateau peuvent faire
comment. « À terme, il y aura trois indica- de présence) et à long terme (choix des sour- varier les émissions de carbone pour une
teurs environnementaux. Le CO2 pour le cli- ces d’énergie). même tonne transportée. « Il est parfois
mat, mais aussi deux autres pour l’eau et la « L’intérêt de l’indicateur CO2 est d’être plus intéressant de décaler d’une semaine
biodiversité », prévoit Valérie de Robillard, convertible en kilomètres parcourus en une livraison », poursuit la consultante. Le
consultante au cabinet Kepler. Alors autant voiture. Il est compréhensible par tout le principal atout de l’indicateur CO2 est fina-
apprivoiser, dès aujourd’hui, l’indicateur monde », témoigne Fabienne Coruble, res- lement de rompre les habitudes. L’innova-
CO2. Seul, il n’est pertinent que pour évaluer ponsable environnement, hygiène et sécu- tion commence par là. cm
l’effet global de l’activité d’une entreprise. rité chez Carrier. Le fabricant de climati-
Un bilan poste par poste des émissions de seurs a mis en place une réduction continue ccTHOMAS BLOSSEVILLE
D.R.

gaz à effet de serre permet d’identifier les de sa consommation d’énergie basée sur la tblosseville@industrie-technologies.com

44 Hors-sérIeccJUIN 2010
Solutions personnalisées pour vos systèmes de vide.

Systèmes de vide et de compression


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rentabilité grâce à une mise sous vide rapide et fiable et assurent un rendement
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compression de conception solide sont insensibles aux entraînements de fluides
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aux applications les plus dures et les matériaux plus sophistiqués) fait que nos pompes sont adaptées aux process
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cc SES
5 DATES
1968 Début d’une thèse
sur les grêlons.
2001 Nommé directeur
de l’Institut Pierre-
Simon Laplace (IPSL),
fédération de six
laboratoires publics
de recherche
en sciences
de l’environnement
(climat, pollution
et planétologie).
Il effectue deux
mandats de quatre ans.
2002 Médaille d’or
du CNRS.
2007 Vice-président
du Giec, il reçoit le prix
Nobel de la paix.
Il est notamment
l’auteur de la synthèse
à destination
des décideurs politiques
du quatrième rapport
du Giec.
2012-2013 Le prochain
rapport du Giec portera
sur les phénomènes
climatiques extrêmes
régionaux.

ccGIEC
Groupe
intergouvernemental
d’experts sur
l’évolution du climat
Fondé en 1988, le Giec
est chargé de porter
un diagnostic
sur le changement
climatique. Auteur
de quatre rapports
en vingt ans,
il couvre les enjeux
technologiques,
économiques
et sociaux. Le Giec
est composé de plus
d’un millier d’experts.
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ÉMISSIONS

cc JEAN JOUZEL
CLIMATOLOGUE, PRIX NOBEL DE LA PAIX EN 2007 AVEC LE GIEC

Le changement climatique
est une rupture technologique
Chercheur sur l’évolution du climat depuis quarante ans, membre
du Giec, Jean Jouzel a retracé l’histoire de l’atmosphère à par-
tir des glaces polaires. Mais depuis six mois, rien ne va plus. La
conférence de Copenhague ? Un flop. La taxe carbone ? Reportée.
matologue derrière chaque ingénieur.
Pire, les climato-sceptiques gagnent du terrain dans le paysage
De plus en plus de grands groupes,
médiatique. Dans ce contexte brumeux, Jean Jouzel décrypte comme Thales ou Veolia, s’impliquent
la position du Giec et les conditions d’un développement techno- et les start-up spécialisées se multiplient.
logique vertueux. Il y a de vraies opportunités à saisir dans
le suivi satellitaire des émissions de gaz
à effet de serre. Il faudra certes une
Les préconisations du Giec dépassent composition de l’atmosphère s’est consi- volonté politique et une incitation au
l’entendement. Stabiliser le climat dérablement modifiée au cours des deux niveau mondial. Des mesures réglemen-
à l’échelle planétaire, ce n’est pas derniers siècles. Le taux de CO2 a grimpé taires, comme l’interdiction des ampou-
de la science-fiction ? de 35 %. Celui du méthane, de 150 %. les à incandescence, seront indispensa-
Jean Jouzel. C’est un défi considérable Conséquence immédiate : la chaleur des bles. Mais, pour tendre vers une société
mais nous n’avons pas d’alternative. Peu rayons solaires est piégée dans les basses sobre en carbone, changer les comporte-
de monde mesure d’ailleurs l’ampleur couches de l’atmosphère. Deuxième cer- ments passe par de nouvelles technolo-
de l’effort à accomplir. Si nous ne faisons titude, le réchauffement est sans équivo- gies. Et, dans les transports ou l’urba-
rien, à la fin du XXIe siècle, la tempéra- que au cours du XXe siècle. La tempéra- nisme, la sobriété individuelle ne suffira
ture moyenne sur Terre aura augmenté ture moyenne sur Terre a augmenté de pas. L’innovation passera par des appro-
de 2 à 4 °C par rapport au climat préin- 0,75 °C. La dilatation thermique des ches systémiques.
dustriel. C’est presque l’équivalent du océans et la fonte des glaciers continen-
réchauffement de 5 à 6 °C intervenu sur taux ont provoqué une hausse du niveau À condition que l’activité humaine
des millénaires, entre les périodes gla- de la mer de 15 à 20 cm. Le processus de soit réellement la cause du
ciaires et interglaciaires. Pour limiter ce réchauffement a déjà démarré. Même si réchauffement climatique…
réchauffement à 2 °C – soit 1,5 °C de plus l’on stoppait instantanément l’intégra- J. J. : En analysant la composition chimi-
qu’aujourd’hui –, les émissions mondia- lité des émissions mondiales de gaz à que de l’atmosphère, nous remontons
les de gaz à effet de serre devront avoir effet de serre, la Terre se réchaufferait de à l’origine des émissions en distinguant
chuté de 85 % en 2050. Elles devront 0,5 °C d’ici à 2100, simplement par iner- ressources fossiles, océans et végétation.
même être stabilisées dès 2015. Ces tie climatique. Pour chaque élément chimique, il suffit
J.L. BERTINI POUR INDUSTRIE ET TECHNOLOGIES

objectifs sont techniquement réalisables de repérer quels isotopes sont présents.


à coût modeste, moins de 0,1 % du PIB Les climatologues vont-ils investir les Le carbone, par exemple, est essentielle-
mondial chaque année. À condition de bureaux d’études industriels ? ment constitué de carbone 12, avec un
faire dès maintenant les bons choix tech- J. J. : Industriels et climatologues doi- peu de carbone 13 et de carbone 14, ce
nologiques. vent effectivement se rapprocher. La qui correspond à la composition de
recherche académique peut aider à com- ressources fossiles comme le charbon.
Face à la montée du climato- prendre les sources d’émissions de gaz à Nous savons donc que sa combustion
scepticisme, le Giec peut-il s’affranchir effet de serre et leurs interactions avec a modifié l’état de l’atmosphère. Là
d’une totale remise en question ? le climat. Mais c’est aux industriels de où il y a débat, c’est pour savoir si
J. J. : Nous avons deux certitudes, issues trouver les réponses technologiques adé- les effets de l’activité humaine sont
de mesures incontestées. D’abord, la quates. Nous n’allons pas mettre un cli- d’ores et déjà visibles.

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 47
www.industrie-technologies.com
Les technologies de captage
du CO2 privilégiées par Alstom
ÉMISSIONS

Quelles solutions reste-t-il ?


J. J. : L’urgence climatique impose le
déploiement des énergies renouvelables,
non émettrices de gaz à effet de serre.
Parmi les ressources fossiles, le gaz doit
être privilégié. À émissions équivalentes,
il produit deux fois plus d’énergie que le
charbon, le pétrole se situant entre les
deux. Pour avoir trop longtemps ignoré
les défis et opportunités du changement
climatique, l’industrie française a pris des
années de retard dans l’automobile, l’éo-
lien, le solaire… Désormais, le train à
prendre est celui des énergies marines,
de la séquestration du CO2 et du stockage
L’ampleur de la fonte des glaces polaires est nettement visible sur cette image satellite à grande échelle de l’électricité, où tout
de la Nasa (ancien tracé en jaune). Une route a été libérée entre l’Atlantique et le Pacifique. reste à faire.

De quoi susciter des vocations…


J. J. : Toute innovation doit désormais
Voyage dans des temps immémoriaux intégrer la lutte contre le changement
c Les glaces polaires offrent des de la Terre, mais largement suffisante climatique pour être porteuse et
voyages à des échelles de temps pour observer près d’une dizaine conforme aux normes des vingt prochai-
qui dépassent l’imagination. de périodes glaciaires. Elles se sont nes années. Il faut donc former les élèves
Les poches d’air qu’elles emprisonnent succédé à un rythme d’une tous les ingénieurs aux enjeux environnemen-
renseignent sur la composition 100000 ans. À la fin de ces glaciations, taux. En France, la moitié d’entre eux
passée de l’atmosphère terrestre. le réchauffement moyen de la Terre seraient sceptiques vis-à-vis du change-
En étudiant les carottes polaires, les atteignait 5 à 6°C et se déroulait ment climatique.
glaciologues remontent 800000 ans sur plusieurs millénaires.
d’événements climatiques. Une durée À comparer à la hausse de 2 à 4°C Les solutions technologiques sont
toute relative en comparaison prédits par les climatologues multiples. Par quoi commencer ?
des 4,5 milliards d’années de l’histoire entre le XIXe siècle et la fin du XXIe. J. J. : Attention à ne pas se focaliser uni-
quement sur le CO2. Hors déforestation,
il est responsable de 60 % des 2,5 W/m2
de hausse de l’effet de serre. Mais il n’est
pas le seul gaz en cause. Le CO2 reste
Pour certains, le réchauffement phère. Ce n’est pas le cas. La chaleur durant des siècles dans l’atmosphère,
est plutôt dû à une modification des rayons solaires est piégée unique- contre seulement dix ans pour le
de l’activité solaire… ment sous les 5 km d’altitude. méthane, qui est impliqué à hauteur de
J. J. : Dans son premier rapport, en 1990, 14 %. Le valoriser énergétiquement, lors
le Giec était resté prudent. Mais dans le Le nucléaire, qui émet peu de CO2, de la décomposition des matières organi-
quatrième, en 2007, la preuve de la res- est-il la solution miracle ? ques, permettrait de réduire rapidement
ponsabilité humaine a été faite. Les J. J. : Les deux grands défis du change- les émissions de gaz à effet de serre. Sur
simulations montrent que les phénomè- ment climatique concernent l’agriculture, le long terme, on ne pourra toutefois pas
nes naturels – éruptions volcaniques et responsable de 20 à 25 % des émissions oublier le CO2. Certains pensent à son
activité solaire – ne suffisent pas à expli- de gaz à effet de serre, et notre approvi- pompage dans l’atmosphère, couplé à
quer le réchauffement des cinquante der- sionnement énergétique. Le nucléaire l’énergie solaire pour fabriquer des miné-
nières années. En intégrant les émissions aura donc un rôle à jouer. Mais, en prati- raux. Mais là, ce n’est encore que de la
humaines aux modèles, les calculs sont que, forcément limité. Les centrales sont science-fiction. cm
conformes aux mesures. Si l’activité trop longues à construire. En 2030,
solaire était responsable, on observerait l’atome fournira tout au plus 20 % de cc PROPOS RECUEILLIS PAR
un réchauffement à la fois dans les l’électricité mondiale, soit 10 % des THOMAS BLOSSEVILLE
tblosseville@industrie-technologies.com
AFP.

basses et les hautes couches de l’atmos- besoins énergétiques.

48 HORS-SÉRIEccJUIN 2010
Le Dr Greenhalgh, de l’Imperial
www.industrie-technologies.com College de Londres explique
comment nos carrosseries
pourraient jouer les batteries.
ÉMISSIONS

INNOVATIONS
Une enzyme qui a le CO2 cc EN BREF

dans le sang Transport


Mimer le fonctionnement du corps Un premier ferry
humain pourrait diminuer radica- électrique en 2015
lement le coût de la capture Le japonais IHI prévoit
du CO 2 en sortie de cheminée. de construire le premier
On sait en effet synthétiser ferry à propulsion électrique.
une enzyme proche de l’an- D’une capacité de 800 passagers,
hydrase carbonique, qui ce bâtiment de 30 m de long
élimine l’excès de CO2 dans devrait entrer en service
le sang. L’entreprise United en 2015. Ses deux moteurs
Technologies Corporation et électriques de 400 kW chacun
l’université de Columbia (États- seront alimentés
Unis) ont entamé un partena- par des batteries Li-ion
riat prometteur sur le sujet, d’une capacité de 5 000 kWh
pour étudier les retombées assurant une autonomie
possibles de cette technolo- d’environ 120 km. cm
gie. Une affaire à suivre, tant
la réduction de la facture éner-
gétique figure au rang des priorités des Matériau
industriels du captage du CO2. Et pour L’énergie est
cause : aujourd’hui, absorber le CO2 contenu par les dans la carrosserie
fumées d’une centrale au charbon prend encore... un quart
de l’énergie de la centrale ! Le projet a en tout cas séduit l’agence Structure
de l’anhydrase
américaine Arpa-E (Advanced Research Project Agency- Energy), carbonique.
qui finance des programmes de recherche promettant de véri-
tables percées technologiques et a annoncé il y a quelques mois
son soutien. cm

Prototype de matériau qui stocke

Le laser et restitue de l’énergie électrique


tout en étant solide et léger.

enflamme les moteurs Un matériau ambitionne


de mettre un coup de turbo
La bougie de nos bons vieux moteurs à combustion vit-elle ses derniers au marché des voitures
jours ? On pourrait le penser suite aux travaux menés par l’équipe de électriques et hybrides.
recherche sur les lasers de l’université de Liverpool (Royaume-Uni). Ses Ce composite créé par l’Imperial
ingénieurs viennent de mettre au point, avec la collaboration de Ford, College de Londres, est capable
une technique d’allumage par faisceau laser. Concrètement, ce rayon, d’emmagasiner et de libérer
généré grâce à l’énergie de la batterie, se démultiplie dans la chambre de de l’énergie électrique.
combustion pour allumer de manière uniforme le carburant injecté, Suffisamment solide et léger,
là où la bougie ne générait qu’une étincelle. Les tests menés sur des il pourrait être utilisé dans
prototypes ont démontré, qu’à 3 000 tours/min, l’énergie consommée certaines parties métalliques
par le système d’allumage par laser était inférieure à sa concurrente. de la carrosserie. Les scientifiques
À ce régime, cinquante tirs de laser sont effectués chaque seconde pour imaginent aussi qu’il pourrait
enflammer le combustible. Une telle technique permet, selon ses remplacer les batteries actuelles
promoteurs, de booster le rendement des moteurs et d’en limiter les de téléphones et d’ordinateurs
émissions polluantes. Les rejets en oxydes de carbone et en oxyde d’azote portables. cm
D.R.

seraient réduits de 50 % ! cm

JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 49
Voiture électrique contre thermique :
www.industrie-technologies.com suivez le match
avec l’animation
de Renault.
ÉMISSIONS

Le gaz d’échappement Prototype de voiture


véhicule électrique

redevient carburant ! à l’échelle 1/5


développée
par l’institut
allemand
Jacques Benzaria, ancien chercheur de l’Institut fran- Fraunhofer.
çais du pétrole (IFP) a obtenu une baisse de 25 % la
consommation en carburant et de 30 % des émis-
sions de CO2, avec une puissance du moteur minorée
de seulement 3 %. Pour parvenir à ce résultat, il a pré-
Des voitures
levé le CO2 des gaz d’échappement, puis l’a transformé électriques rechargeables
en CO avant de le renvoyer vers l’admission d’air du
moteur. Ces résultats prometteurs, confirmés par des en station-service
essais menés au Cemagref, intéressent des construc-
teurs d’automobiles et des fabricants de chaudières à Les chercheurs de l’institut Fraunhofer de technologie chimique planchent
gaz. Après captage d’environ 20 % du flux des gaz sur sur une batterie pour voiture électrique… rechargeable à la pompe en quelques
la ligne d’échappement, la séparation et la concentra- minutes. La solution du laboratoire allemand repose sur deux électrolytes liquides.
tion du CO2 se font grâce à des membranes en cérami- Contenant des ions métalliques, ils créent un courant circulant à travers des électro-
que combinant des fibres creuses et des polyimides. Le des poreuses en graphite. Quand la batterie est déchargée, l’idée est de vider ses élec-
CO2 est ensuite dirigé vers un catalyseur contenant un trolytes liquides, puis de la remplir à la pompe d’une station-service. Jusqu’à présent,
complexe métallique à base de nickel. C’est lui qui, avec l’autonomie permise par une telle technologie était limitée à 25 km. Les chercheurs
la chaleur de l’échappement transforme le CO2 en CO, assurent aujourd’hui pouvoir dépasser les 100 km. Un premier prototype de voiture

D.R.
dirigé vers l’admission d’air du moteur. cm a été mis au point. Ce n’est encore qu’un modèle réduit à l’échelle 1/5. cm

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MISE À NU

Les premières voitures électriques de grande série rouleront bientôt dans nos rues. Il s’agira dans un premier
temps d’adaptations de véhicules thermiques. Examinons ce qui va changer, en prenant pour exemple le
Kangoo ZE Concept qui sert de base à la future fourgonnette Kangoo Express électrique de Renault.

LA VOITURE ÉLECTRIQUE SE DÉVOILE


ccFICHE
TECHNIQUE Vitesse maximale 130 km/h
Modèle Renault Kangoo Express Autonomie 160 km
ZE (zéro-émission) Temps de recharge
Moteur synchrone à rotor bobiné 6 à 8 heures sur une prise
de 44 kW (rendement 90 %), 220 V - 16 A
maximum 10 500 tr/min, Poids 1 410 kg à vide
couple 226 Nm Capacités 2 places, 3 à 3,5 m3
Batterie lithium-ion et 650 kg
de 22 kWh en position centrale Commercialisation au premier
sous le plancher semestre 2011

L’intelligence
Elle comprend le boîtier d’interconnexion, le chargeur de la batterie, l’onduleur
qui alimente le moteur et adapte sa vitesse. Le tout sous contrôle du superviseur
qui assure la communication entre l’électronique du moteur et les éléments
extérieurs (batterie, véhicule, actions du conducteur). L’énergie de freinage
est récupérée dans la batterie lors de la circulation.

Les muscles
La partie mécanique du motopropulseur se compose d’un moteur électrique
synchrone à haut rendement d’une puissance de 50 à 70 kW,
tournant jusqu’à 12 000 tr/min. Un réducteur à rapport fixe transmet
le mouvement vers les arbres de roue.

Le cordon ombilical
Prise de charge
de la batterie
L’énergie
C’est le pack de batterie qui fait office de réservoir d’énergie.
Il comporte deux rangées de 24 modules
fournissant au total une capacité de 20 kWh.
Chaque module contient quatre cellules lithium-ion
de 3,7 V. Les réactions électrochimiques
RENAULT

qui s’y produisent permettent de stocker le courant


de recharge et de le restituer lors de l’utilisation.

ccJEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD
jfpreveraud@industrie-technologies.com JUIN 2010ccHORS-SÉRIE 51
pub_efficacite_220x285_Mise en page 1 28/05/10 17:10 Page1

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