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Entre Pouvoir et Terre

A propos d'un livre de Michel Izard

Michel Izard, Gens du Pouvoir Gens de la Terre:
les institutions politiques de l'ancien royaume du
Yatenga (Bassin de la Volta Blanche)! Cambridge-
Paris, Cambridge University Press-Editions de la
Maison des Sciences de l'Homme, 1985, 594 p.

'.*,*.
"...Au lieu de skjourner dans la Logique, dans
les livrea qui portent ce titre, noua procéderons
surtout par dhtour ..."
J. Derrida

41.

hj: J'ai posé u n jour à M. Izard la question suivante : "Quel fut le repérage
dont tu penses avoir fait l'objet dans le Yatenga?" I1 me répondit : "Je fus
sans doute considéré comme une sorte de scribe." ,

'p14/ Gens du P o u v o i r Gens de la Terre apparaît, de fait, comme un véritable

traité des institutions propres au royaume d u Yatenga. Prenant appui sur
un:appareil documentaire tres riche, il analyse avec un extrême degr6 de
. prdcision les fondements d'une monarchie africaine envisagke sur la très
longue durée : quatre siècles d'histoire. ,
Au centre de cet. univers, le souverain dont l'existence garantit la
. permanence des institutions. Autour de sa personne s'organisent des
cdrdmoniea e t des rituels royaux qui semblent être investis de la fonction et
~? de la valeur que l'on attribue ailleurs aux textes kcrits : fonder la lkgitimité
. . . ,._),. I ---.-..L ,:_____i-- A-" ,,,,c,ll,c:,,,
du pouvoir. A la peripherle, se crouvenc aispersees UCJ LUI ID^^^^^^^^^^^

*a& ..
E. R., janv.-juin 1986, 101-102, 'L'Eh en perspective": 121-134.

. L’existence villageoise.y.. aux habitants de vivre en ce lieu. l’autel kst cela même qui leur permet de travailler la terre e t d’y enterrer leurs morts.$ . territoire et formation historique ? A l’ensemble des questions qu’un tel processus soulève le “scribe” répond ’ en! . Mais. en proposer de l’intérieur une intelligibilité. I1 a réuni du et analysé toutes les informations nécessaires à la compréhension d u lieu de for la Souveraineté. l’étiquette e t le protocole de la cour.::p. . une vision d’ensemble de r: a . peut-être. se ’’ nous li d’abou’ déploie autour de deux pôles principaux: l’unité de commandement dont le titulaire est nommé par le roi et l’autel de la terre dont un ensemble de renvers co-résidents. h qui sait les déchiffrer. pouvoi: Le roi vient faire signe de ce que le royaume est un . dépassant les desseins et destinées individuels. . Comment le pouvoir dont la genkse se situe dans une opposition initiale On celui-c entre des conquérants et des conquis en vint-il à s’instaurer en processus unificateur permettant à chaque groupe. Se plaçant B un autre niveau. pour ce faire. les r& cérémonies qui s’y déroulent. le maître de la terre est l’kmanation du i! corps de coutumes locales dont le respect conditionne la possibilité donnée . I1 n’en demeure pas moins que leur lecture U nous a apporté non seulement des éléments d’information repris par ailleurs dans l’ouvrage mais surtout. il se confond ainsi Seprend avec l’appareil du pouvoir et le territoire d u royaume. q1 perspectives e t incite B bien des questions sur la nature du pouvoir e t les ar conditions de son effectuation. la disposition des habitations e t l’architecture des greniers. villageoises rassemblant sur un même terroir des groupes segmentaires ancrés dans leur sol au nom de traditions parfois trks différentes que révklent. Le titre donné au livre marque bien que là est pour son auteur la Iz- question fondamentale. Ce du pouvoir.~ F 122 NOTESCRITIQUES . pris dans sa singularité. Non point tant le projet de tel ou tel souverain. ordre émanant de la souveraineté. il s’efforce de nous introduire l’e dans le labyrinthe du jeu politique afin d’en esquisser les menées et d’en VC décrypter le projet. p a l’ai empreinte des sing‘ularitks qui marquent chaque groupe de résidents. il en décrit l’univers de façon minutieuse : la résidence royale. le lieu pertinent d’interrogation. c Nous ne citerons pas dans le cadre de cette note tous les articles suiva auxquels nous nous référerons. appartenant à un même lignage. encore grand que cette dimension ne soit pas absente d u texte. de trouver situer sa place et de l’y voir reconnue dans u n royaume qui est tout B la fois visée histor i politique. mais le projet plus général suivai qui. il a d û lui-même adopter le du MC 1. BC nous nous efforcerons de relire ‘a sa suite l’articulation entre Pouvoir et e1 Terre. Le chef est le gardien d’un 1:. Mais. a la charge. englobe la succession moos des règ!ies pour s’accomplir progressivement dans le passage de la société segmentaire à l’ktat. e t Terr Si le chef commande aux hommes. 9 Nous n’entrerons pas ici dans le detail de ce livre qui ouvre de nombreuses m . point de vue du pouvoir. en nous appuyant s u r différents textes n’ d’Izard qui permettent de retracer les principales 6tapes de son entreprise. avec la plus grande clarté..

. . . ’ . n NOTES CRITIQUES 123 nversement de la perspective : qu’en est-il de l’articulation entre Pouvoir Terre dks lors que l’univers de la Terre est pos6 comme premier ? L’UNIVERS DU POUVOIR ~ ~ .

” [M. Izard 1983 : 257. etc. en ce qu’il désigne. e n t quartiers de maîtres de la terre. dans le contexte du système politique mooga. 5) partir d u d’ktat. dans le monde du pouvoir mooga et l’autochto en première analyse. 2 ) quartie $u royaun d’artisans-commerçants . L r ! Ce changement de point de vue. puisqu’il faut être fils de roi pour pouvoir être P o u r rt candidat au trône. Naaba Wedraogo. L’un des effets de la centralisation du pouvoir est de rkvolte p a nier le donné multiple de l’histoire en le transformant en un ordre a-historique lkgitimis at conforme à l’idéologie unifiante de l’État. 5 ce sens général que nous donnons à nakombse l’équivalent ‘gens de pouvoir’ alors qu’il faudrait traduire: ’ceux qui ont ét6 écartés du pouvoir’.] le procès de transformation d’une grille de groupes ethniques en une grille 2 individus L de groupes fonctionnels. privant ainsi leur descendance de toute possibilité structure d’accès à la fonction royale. talga) ce qui ne les empêche étapes d e pas de revendiquer le statut de nakombse. manière dont est abordé le lignage royal: en’6cho CC ’* ’1.” [M. ceux des nakombse (sens génkral) qui ne sont pas membres du lignage royal sont alors consid&ks..” [M.. le terme nakombse c est employé pour désigner les membres des familles de détenteurs du pouvoir local. noble d e haut rang ou d’un fils de roi qui. dont la langue est celle des Mooee (le moore).] pour les cinq group tour”.. s’ uLes nakombae (sing. des fils (ou descendants agnatiques) de fils de rois qui n0u0 semt ne sont pas devenus rois. On fait l’h locaux. guerres. nous le trouvons à I’auvre dans la ) Le titr.. 124 NOTES‘CRITIQUES . e n attendant le pouvoir ou ‘ayant manqué son qui coexis d’écriture . comme des gens du commun ou talse (sing. 3) l’évolution de développement de la mainmise politique mooga comme en luttes politiques intérieures au lignage royal . du simple point de vue du pouvoir royal. Izard 1976: 811 obtenir ? I1 y a là un apport tout à fait décisif au mode d’interrogation d u fait ’ -1 ethnique : l’ethnie n’est plus un donné. I1 suit de cette définition que tous les descendants de rois sont des nakombse. une réalité objectivement identifiable mais un concept opératoire permettant d e cerner l’existence d’un groupe:$ un moment donnk de son histoire. 4 ) quartiers de chefs assurent 1’ 5) quartiers de serviteurs royaux. cc respectivement : 1) la dynamique générale d constitués de l’Activité métallurgique . Pourqt Soulignons ici que le point 1 “La dynamiq liz même6 fut pour lui l’occasion d e mettre en évidence : celui d’êtr “[. Le terme nakombse a. Izard 1976: 811 limites d u . Certains Ce fai5 d’entre eux se feront capitaine ou compagnons d’un. comme tous les ‘Moose’ sont censés être tous issus d’un contre le t ancêtre unique. Au sein des ‘ethnies’ non-moose du Yatenga. un sens restrictif. qui forment ce que l’on peut appeler par commodité le ‘lignage royal’. ce sont tous des nakombse. nakombga) sont. C’est en référence par l’aute. note 31 1. Ln Ces exclus du pouvoir n’ont à terme d’autre perspective que de rejoindre ces uGens de la Terre” ou les forgerons à moins qu’ils ne choisissent d’adopter le métier des armes pour subvenir A leur existence. . toujours du point de vue du pouvoir Par un central. les descendants des derniers rois. famines.

i c . nous pouvons retracer 1 s différent S formation du royaume : 1.. POUVOIR. Pourquoi le pouvoir implique-t-il d’être reconnu pour légitime par ceux- la mêmes qui. nous utiliserons par contre le titre de son livre en respectant la disposition typographique voulue GENS DU POUVOIR GENS DE LA TERRE Par un simple jeu typographique. nous caractérisons dgalement plusieurs discours différents qui coexistent B des niveaux distincts de l’univers du pouvoir..*. en dernière instance.CRITIQUES 125 tour”.. Ce faisant. il . ANCESTRALITÉ. Y‘: Pour résumer ce qu’il en est de I’univers du pouvoir. comme une menace pour le pouvoir central dks lors qu’ils sont constitués en bandes de guerriers armés parcourant l’intérieur du royaume. des UGens de la Terre”.’ $1: Le titre que nous donnons B cette partie de notre note reprend comme en’kcho celui donné par Izard B l’un des articles UEngrammes du pouvoir : a$. NOTES. Les nakombse apparaissent ainsi comme ceux qui relaient et assurent l’effectivité du pouvoir en tant que détenteurs de commandements locaux. AUTOCHTONIE . . l’autochtonie et l’ancestralitk” [M. c’est-kdire des individus s o u m i à une administration politico-militaire si eificace qu’aucune rivolte paysanne jamais n’advient? De quelle nature est cette exigence de légitimisation exprimée par ceux qui n’ont qu’A prendre ou demander pour obtenir ? . nous semble être de montrer que l’opposition Pouvoir/Terre repose sur une structure B trois termes.. . La formule d’écriture 1 (celle de la conquête) dit ceci: il y a des gens. La conquête 2. entreprendra d’aller prendre le pouvoir à l’extérieur des frontières du royaume. La formation du royaume 3. Izard 1983b] dont l’apport principal %. comme enfin les artisans du développement du pouvoir et de son emprise à partir du moment où leur violence parvient à être canalisée en dehors des limites du royaume.. Le royaume comme accomplissement du nuam . e$!. I .. il y a du pouvoir.-. paraissent n’avoir d’autre s t a t u t que ceiui d’être des vaincus assujettis.nc .

sorte] A la suite de la conquête mooga. les maîtres de la terre ne sont pas des c les anciens maîtres de la terre dea anciens chefs fulse. I de le montrer. I1 s’agit li. ces anciennes chefferies fulse ont et4 en qu’il quelque sorte rkduites k l’btat de maîtrises de la terre. l’horizon institutionnel du seul fait de la définition par les Moose et B leur agna usage d’une autochtonie relative. 1977bj. . d’une description brossée B grands traits qui n’kpuise pas la kpou dive‘rsite des situations locales. ils ktaient eux-mêmes organisks en formations villageoises. l’analyse qu’en fait Izard : du n I1 uDans le contexte de la soci6t6 mooga. L a formule d’ecriture 2 (celle d u Lu] de la formation du royaume) retranscrit les rapports ktablis. Ce chef avait Les S autoritd ii la fois sur les membres des lignages de la chefferie et s u r d’autres laque groupes considerés comme berba parmi lesquels le lignage detenteur de la e n ce‘ maîtrise de la terre. Telle est la loi des nakombge :le pouvoir est partout Kurun à prendre. il est punga (force) dans s a rdalisation. PU ‘ évidemment.a traditi y a des Gens d e la Terre. Avant l’arrìvbe des gukri: Moose. cheff Telle est bien. il n’y a pas de disparition des titulaires des anciens autels... ”[. Rapports -qui d u roy un lier peuvent être illustrks par le proverbe suivant: “Naam (le pouvoir) et tense royaur (l’autel de la terre) ne se rencontrent pas. l’ancien autel de la chefferie etant celui par lequel on s’adresse que I aux ancêtres villageois et l’autel de la terre celui par lequel on s’assure un Ils sc contrôle sur les klements naturels et les genies de la brousse. assez (Parr rdpandu. soit que les anciens leurs chefs n’en aient que le titre.” La formule d’ecriture 3 (ce t ‘!La du royaume comme accomplissement d u naam) renvoie B l’institution la souverainetk comme totalitd. Izard a recueilli dans le village de Bugure le récit d’origine d’une e t 1’ formation villageoise fulga 119751 tandis que differentes versions d’une . dans le cadre des commandements locaux. se trouve de fait dissocike en deux charges correspondant de d( à des autels diffkrents selon un principe de répartition. mais ces anciens chefs eux-mêmes. la viven I sacralite du pouvoir.I Tournons-nous maintenant vers les Kurumba qui constituent l’un des la ter groupes les plus importants parmi les Gens de la Terre. cit : 307j avan déte I1 n’en demeure pas moins que pour les F’ulse. partout il y a des gens pour le subir. “Le pouvoir est double: il est n a a m (pouvoir en son d’aucl i i m m k d i a t e t é . centrbes 7 la sur la personne d’un chef (a. soit qu’ib assument effectivement cette fonction. Dans le Yatenga. en tout cas. semble-t-il.W. Elle souligne la transformation opere l’arriv le pouvoir qui subvertit l’opposition conqudrants/conquis en lui substit dernie un lien fonctionnel pouvoir/terre grâce auquel chacun se voit assigner dot6 c place :. 126 NOTESCRITIQUES . entre le chef et la *population.” [Izard op. inst. e t les I1 en résulte ou bien que l’ancien autel de la chefferie vient B se confondre auqu avec l’autel de la terre. . Le n a a m se definit comme le lieu de la souverainete. regardee comme unique la foi par les Moose.yo) issu d’un lignage de chefferie. ces Kurumba sont dénommes Fulse. comme nous nous efforçons . ou bien que cette titulature.” [Izard 1983b: 317) ’I? tissag ‘ . l’on trouve des groupes de descendance d’origine mooga par se ddr Gens de la Terre e t des groupes d’origine captive au’sein des Gens de Pouvoir sri s e [Izard 1976. les maftres de la terre‘ du monde fulga archaïque disparaissant B déte .

L’affaire se conclut it lA. ils ne disposent II son d’aucune connaissance technique. sortent vainqueurs : ils sont reconnus comme devins. Staude et A. comme un prototype d’humanité r une doté des caractéristiques qui suivent. tk en qu’il le prkcède ou le suive. dans le village de Mengao I1972 : 21-31]. L’ordre villageois fait défaut . re u n en droit. Ces iuant derniers sont présentés. ultérieurement. Un jour . ’ . n i de l’art de la forge ni de celui d u 171 tissage. vaincus. . la chefferie leur offre en retour le tissage ’k~. Ronga e t celle d u Lurum..e t à compter de ce jour se déploie l a temporalité itrkes . ils n’entendent rien de ce qui touche à la culture et au travail de n des ’ la terre en généra1. ’ . I1 s’ensuit un premier affrontement d’où les Berba ?ulse. Lié à cet affrontement. . La chefferie :adre du Lurum est une chefferie kurumdo (kurumba) implantée sur les marches s qui du royaume mais à l’extkrieur de ses limites.. i: I’Uhi t l’ancestralisation des Gens d u Pouvoir comme celle des Gens de la Terre . Le lignage iant B enteur de la maîtrise de la terre est composé des descendants en ligne i leur agnatique des deux frères Konde e t Game qui combattirph le premier chef avant de s’allier à lui. ..(celle royaume. résidence actuelle du chef d u Lurum.*<. le frère vit avec uvoir sa sœur car il n’existe aucune règle régissant l’alliance et la filiation.c . iIs te. Précisons 8.utres ‘laquelle la chefferie s’introduit dans leur monde qui devient. Se produit ensuite un second affrontement au cours mdre duquel les Berba sont.r des Berba. le Monde. ce sujet qu’il existe tense un lien de filiation historique entre les principales maîtrises de la terre d u . et les plantes cultivées.els.‘ils sont par contre Ies détenteurs d’un savoir: devins et e des gukrisseurs. d’exiger un certain prix. alliance : le chef et les dignitaires qui l’accompagnent reçoivent des )as la ses des Berba . La seconde énonce lresse e les Berba enterreront les morts’appartenant au lignage de la chefferie. en ce lieu et d e la en cet instant. un kchange: le chef e t s a suite sont giiéris de iciens leurs furoncles par les autochtones. Schweeger-Hefe1 chez les (celle Kurumba d u Lurum. inquiets de ce qu’elle contient y pratiquent une ouverture par ”I . la terre était habitée p“. pour ce faire. la vie ni les se déroule dans les for... $:ri. La premiare stipule que le successeur d u chef sera choisi assez (parmi sa descendance ou ses germains) par les Berba.‘ . cette fois. “sans porte”. A Mengao.& avec les grottes pour seulS. Bugure. la vivent nus. r~ons détenteurs de la maîtrise de la terre et Berba sont confondus. . état relevant aujourd’hui d u registre de la folie . ’ avait Les Berba. Ainsi est né le Lurum A l’origine de toute existence humaine ou ins des humains en tant qu’êtres civilisés.Retenons pour notre propos que la légitimation du Pouvoir par les I’une instances de Ia terre. . Tugu.. Cet accord est assorti idant de deux clauses. :tion. NOTES CRITIQUES 127 rtout tradition assez proche l’ont étk par W. Le chef qui s’est imposk à eux par nique la’force leur confie la charge de l’autel de la terre. tombée du ciel dans une case fermée. * ln d e i La trame d u récit d’origine d u Lurum peut être résumée ainsi: avant I e Pm l’arrivée de la chefferie fulga. . la chefferie arrive.t pas I1 en résulte que les lignages détenteurs de la chefferie sont compos& chefa descendants en ligne agnatique d u premier chef Yo Sandigsa. l’instauration des instances de la terre par le pouvoir .abris . les Berba en resoivent à leur tour de la ie. dans ces récits.

au lieu de la souveraineté mooga. Selon la tradition de Bugure. déjà là depuis toujours. d u lieu de la souveraineté qu’il a dû quitter au lieu de la souveraineté ce geste. les Berba furent expulsés et... I1 est dit à Tugu que la chefferie apporta non seulement l’agriculture et le tissage mais kgalement l’obstétrique: ”L’enfant doit sortir par oh il est venu. apparaissent ainsi comme des génies. . ce qui vient faire lien entre pouvoir (le pouvoir étant considéré comme l’effet royale. il doit quitter le natenga. b ? 9 128 NOTES CRITIQUES . les êtres indifférenciés de la forêt. tout retour en arrière est impossible puisque les ancêtres sont les garants d u contrat qui désormais les lie. qu’il rejoint. ces chefferies fulse sont.. I1 a ainsi effectué u n trajet.. ces gens. l’ancien La mort déno1 contrat entre F’ulse et Berba ayant toujours pour effet de contraindre ces n’a pas cessé I derniers à demeurer dans la sphkre des hommes. Cet homme épouse la fille de ces Kinkirse et devient le chef de cette nouvelle communauté d’êtres humains. sont d’être reconnu 1 présentés comme des Kinkirse des génies de la brousse qui “découvrentn8 la parole et s’inscrivent dans Ia temporalité dks lors que surgit dans leur univers le fils d’un chef d u Lurum devenu chasseur. I1 est effectivement arrivé que les conflits surgissent entre membres de communautés fuke. Les Fulse ont eux-mêmes recours aux Berba pour enterrer leurs morts. Selon cette*tradition. Elles se situent personne. lui-mê] de la domination d’un groupe sur u n autre) et autochtonie. Dans un village au moins. devenues des maîtrises de la terre. Le r o i se tr Pour les Gens du Pouvoir comme pour ceux de la Terre. . Du fait de l’emprise des Moose sur cette défunt la pre région. Dès son enfance. D’oh l’angoisse souvent manifestee par les lignages de maîtres de la terre face íì l’exigence des Berba en matikre d e paiement pour tout enterrement. trajet au cours duquel u n non-roi est devenu roi. Ainsi e. Ne peut devenir d’un nouveau roi qu’un fils de roi. les Fulse surveillent les tombes de crainte que les Berba ne viennent s’emparer des cadavres ou que la terre “recrache” les morts. ce qui l’exclut du lieu de la souveraineté.:. c’est-ldire B s’ancestraliser. pour La souveraine la plupart d’entre elles. l’ancestralité est de non-rima. la S.** s’inscrivent dans un même “aprks-coup” marquk par le surgissement le. et Berba à propos de ces enterrements.” I1 ne s’agit pas 18 d’une simple hy&thèse théorique. comme nous l’avons signalé plus haut. . Ce qui conduit A du ringu’ il 11 avancer les observations suivantes. I1 lui. chefferie. la résidence (mort-rCgnan royale. depuis lors. dans l’ignorance de la chefferie. on ouvrait le ventre des femmes pour faire sortir l’enfant! Les Berba. a fallu poúr cela affronter le pkre de cette fille e t donner ces gens des graines de plantes cultivées [Izard 19751. Il ne boucle. Les Berba disent en de telles roi et le bin nfi occasions: “Nous ne sortirons pas le cadavre de s a case tant que nous nlqurons pas obtenu ce que nous voulons. Après la mort d u souverain. une pouvoir. cela signifie q il y revient pour y devenir roi à son tour.í1 es donc comme u n terme médiateur entre le pouvoir e t l’autochtonie au centre A la mort c d u contrat qui permet au nouveau pouvoir d’enterrer ses morts .la présence d u pouvoir fonde donc l’ordre engendrd par les détenteurs des autels de la terre. Dès lors que cette rencontre entre un chef e t des génies a eu lieu. Tandis q u f - Revenons au Naam. .” Jusque là._. dktentrices de l’autel de la terre. Les rituels terre.

. De fait. e. Un l.. ringu. A supposer que le roi s’en tienne B sa seule investiture. d’être reconnu par tous à la place qui est désormais la sienne [Isard 1985s : 148-1491. .? . A la mort d u souv&ain. NOTESCRITIQUES 129 ure le contraignent à saluer différents dignitaires royaux avant . Concrètement. le çu tant par les gens de Ia terre qui feignent d’ignorer qui il les Moose des anciennes rksidences royales. mort dénoue celle d u pouvoi? : le pouvoir est vacant mais la souveraineté pas cessé d’exister. _w. le temps de son rkgne. . le Yatenga naaba se recueille devant chacune des tombes.. Q Somnyaa : ”. le nouveau roi doit quitter une seconde r ~ apour se rendre sur le lieu de son intronisation ? Tangazugu..?. i .” [Ibid.‘il est.-. Par . phlerinage a lieu au cimetiere royal: guidé par le gardien. ... : que les nakombse s’agitent dans la perspective de la nomination eau roi. erre. il n’est ?L ce niveau que le chef des Moose.” (Ibid. la résidence du roi .. i Au cours de ce voyage. l’un des candidats possibles est dksigné ‘comme kurita . chemin de mes ancêtrea’.Son destin est d’être expulsé vers la brousse. souveraineté se trouve là oh réside le roi: le nouveau roi ne succède à sonne..” [Ibid. “Le roi s’installe chez les forgerons (ce sont eux qui creusent les tombes).] Le roi se trouve ainsi inscrit dans la lignée des souverains d u royaume : devenu r i m a : ses fils pourront prétendre à la dignité urra être enterré à Somnyaa. De par l’accomplissement plus t’rois lieux de la souveraineté. Les deux questions :‘Qui es-tu ?’. il est assigné B rksidence dans un village éloignk du Iieu d u i a plus jamais postuler à une quelconque succession. pour qui l’histoire du st arrêtke depuis longtemps.-.‘Qui ’ sont identiques. ’. ses enfants j ne pourront pas prétendre au trône e t lui-même ne pourra pas être enterré au cimetikre royal. il doit se faire admettre e t reconnaître par nitaires de la terre.. . . ______ . a p r h Sisamba et jusqu’à Gursi inclus (Tangazugu). mais un seul. : 1561 ‘second trajet (une seconde boucle) qui fait d’un chef ‘hanger” un roi pour les Gens de la Terre. e trajet s’inaugure par l’échange suivant de paroles entre le i et le bin naaba (chef d’un quartier de captifs royaux) de Tangazugu: “‘Que viens-tu chercher ici?’ Le roi rkpond: ‘Je suis venu ici pour suivre le $. .. e résidence royale e t celle du nouveau roi. Pour accéder à la souveraineté.. Ainsi est dénouée la seconde boucle (autochtonie). . .*<-. ces trois boucles devront être dénouées une ?L une.: 1641 Sur le chemin du retour. le ringu.. I alité d u pouvoir se trouve renvoyée à l’indifférencié de la. . le lieu du’ naam. nommk par les dignitaires royaux au nom des : nakombse.

y’ La napoko . ayant été dépossédé par la force de son royaume. Pradelles de Latour 11984) présente. en effet. vient dénouer la troisihme boucle. un fils de roi. tels vous nous laisserez” (Autochtonie). fille de roimais qui n’aura pas elle-mê descendance royale. “La terre est mkre et tombe de tout” 1E.‘ [Zh’d. La figure 3 dkcrit l’ensemble du parcours que doit effectuer un rimbilo. Cette figure nous permet mieux de distinguer les fonctions d u pouvoir.. inscrire les groupes ternaires suivants : BERBA/FULSE/MOOSE . seulement . nous semble-t-il. celle de l’ancest au moment même oh se ferme celle d u pouvoir.D. O u d’autres.”!‘.. celle représentant la bande de Möbius.. par la remise au n roi de l’un des insignes royaux. n’appartenant en propre ni au premier ni aux seconds). Ces deux figures sont replacdes sur la surface de Boy: figure 2. qu’une valeur illustrative et/ou métaphorique. structurke A partir d’une axiomatique “indépendante”. en entreprit la reconquête par les .de commandement) sera remis le jour m8me au nouveau Yatenga naaba..engendrke peuvent être représentés l’aide d’une figure topologique qui a recu le nom de surface de Boy’. Wedraogo 1 9 7 5 : 671.r b 130.. Ces trois parcours noués en u n même point triple de telle maniire qu’ayant effectué la totalité du trajet on a parcouru simultanément l’endroit et l’envers de la surface ainsi . Naaba Kango est ce roi qui... ”i. La figure 1. elle franchit la porte de Bingo le payega (insigne. NOTESCRITIQUES . n’a. un double intérêt. Le jour de son départ .nomination de son successeur. I1 propose.. Sur cette surface. figures ci- Ce type de formalisation introduit dans les recherches anthropologiques . par C. pour accéder à la souveraineté.: 1441 Ainsi. TERRE/ANCÊTRES/POUVOIR ou encore les proverbes caractérisant chacun de ces univers: “Le pouvoir est un” (Pou- voir) . langage : dans .assume l’effectivité d u pouvoir dans l’intervalle de temps qui sépare le décks du roi de 1a. ensuite d’interroger l’ordre symbolique (parole. nous pouvons. “Tels vous nous avez trouvés..* lequel l’observateur est tout autant pris que ceux qu’il observe) d’une sociét‘k “‘7 avec de l’écrit (écriture topologique. I1 a d’abord une valeur illustrative (ou métaphorique). tels : “L’enfant connaît le chef mais le chef ne colInait pas l’enfant” [D. dans un premier temps. “Le chef commande aux hommes mais l’autel (de la terre) contrôle le chef” . discours. “On retire B la napoko ses insignes royaux et ses vêtements royaux. Bonnet 1982 : 1541..-H. de l’ancestralitk et de l’autochtonie. C’est ainsi qu’8 partir de cette figure nous allons relire l’un des épisodes de l’histoire d u royaume.-W. vêtue d’un pagne. Cette surface’ est engendrée par une bande de Möbius à 3 / 2 torsions(cf.. tel qu’il s’inscrit s u r la surface de Boy. le départ de la napoko. au milieu d u XVIIIe siicle. c’est le titre que reçoit la fille aînée d u défunt . “Sans les vieux le chef n’est rien” (Ancestralité) .

Bande équatoriale de la. Bandes méridiennes déploykes . ..'. .ti:.?. Fig. i Terre a. 1985: 42-43] $>3.. c: point triple d : pôle Fig.. b.. Surface de Boy i :: t [Petit. 2. surface Terre ancestralité F ' . NOTES CRITIQUES 131 Fig: 1. 3.

la trame . Les buguba sont “choisis” par les Kinkirse (les génies).ringu le conduit ir une demande de légitimation aupris d buguba : ”I1 n’est évidemnient pas possible de connaître quels ‘motifs poussèrent Naaba Ksngo à rompre ainsi avec une institution royale ancienne. u n contrat passé entre un chef sans royaume et des Kinkirse.” [M. Izard 19858: 771 “Ce terrible Naaba Kango. “ancestralité” et s’inscrit au lieu d’une nouvelle fondation. les buguba.. ancien un ordre nouveau . Le refus d’effectuer le . il ne pouvait entreprendre le ringu.. bugo) sont des dignitaires de la terre au même titre que les tengsobnamba (sing. identification du service royal au service de Cour (il) ajoute ir’ l’ordre. “I1 n’y a plus désormais simple . il nomme des captifs royaux en lieu e t place des nakombse. I 132 NOTES CRITIQUES reconnaître par le bugo d u Luguri. il chercha notamment à s’appuyer sur l’autorité religieuse de ces importants prêtres de la fertilité que sont les bugu6a. Izard 198513: 861 Ce faisant. il renoue avec la tradition julga dont il a été question plus haut. . les maîtres de la terre. qui instaur coinme origine d u pouvoir et de la maîtrise de la terre. sende en a . de l’ancestralité e t de l’autochtonie ne fait pas l’objet d’un développement spécifique dans l’ouvrage d’Izard ici analysé. avec les Kinkirse. passe alors de l’aînk d’un quartier B l’aîné d’un quartier cadet Les garant? de cette transmission. Les buguba (sing.. Dans ces conditions. en s’adressant ir leurs représentants.” [M. l’autel du bugo dont la transmission de la charge ne s’effectue tlikoriquement paa en fonction d’une quelconque appartenance segmentaire. celle-ci’ . dont le nom inspire encore de nos jours crainte et respect. kurunife. : 761 Dans la mesure oh Naaba Kango instaure sa-légitimité ir partir d’un contrat directement passk. symboliquement d u moins. I1 en constitue cependant. était certainement pieux.. L’autel dont un tengsoba a la charge porte le nom de a. il dénoue la boucle. ou au moins attentif B se concilier les puissances extérieures au naam: toute sa vie.‘Celle de maître de la terre se transmet d’aîné ir cadet au^ sein d’un même groupe de frkres (réels ou classificatoires). ceux au nom desquels elle est effectuée. Lorsque dans un village. profondément marquée de sacralitk (le ringu).” [Ibid. mais ils s’en distinguent par le mode de transmission de cette dignité. tengsoba). tense en moore et est considéré par les Fulse comme un autel villageois i ì la différence du Tiido. Ce nouage au lieu d u n a a m des fonctions ‘du pouvoir. les gkniei de la brousse. E n clair e t pour résumer succinctement les choses. B notre sens. plusieurs quartiers sont détenteurs de cette même charge.Quel fut le projet politique de Naaba Kango? I1 apparaît qu’il ne s’agissait de rien moins que de saper finalement l’assise segmentaire de la lkgitixnation d u pouvoir afin de mettre en place un appareil d’Etat.. sont lei ancêtres..

I trouve tres clairement explicitée [M. Le Lionnais). Paris. 1979 Dictionnaire des MathPmatiques (sous la dir. sende Bertrand Gérard lime u n mission lconque ’rse (les Pour ce qui a trait A la surface de Boy. pour ce qui concerne s a légitimation. 2 vol. @Anthropologie tous terrains” : 59-6. . I’ancestralitk d’autre part. 12-13). 1 : 49- d’identité lignagkre dans le Yatengá”. aire de d’Etat. Izard garants i m : 851 i . séminaire interdisci- ar Claude LBvi-Strauss. Ce dernier ouvrage se présente sous la forme d’une bande dessinée tout à fait savoureuse oh cette figure sert de prétexte à une lu’il ne representation de la topologie des surfaces. C . on peut consulter A.. cependant. l’autochtonie.. Ethnologische Zeitschrift. Paris. d’une part. Petit 119851. 1970 Introduction d l’histoire dea royaumes mossi.ti7.” [M. . Bouvier et M. de F. Journal de la icanistea. I1 apporte. George 119791 et J. tous les éléments nécessaires ont des pour l’intelligence de l a relation qu’entretiennent entre elles l’idéologie de zgsoba). tel q u e le dans u n conçoivent les Moose. Izard 1983b] @[ le pouvoir.c l’identité ethnique”.4. d’un village”. Zürich. cette relation ternaire s’y adet au . fait système. Grasset : 305-316. la Terre et celle du Pouvoir. sont les L. Dialectique 21. SELAF. Paris-Ouagadougou. CNRS-CVRS (Recherches voltaïques. 977 b @L’odyssée du pouvoir”..que dans les articles publiés par )mission hard postérieurement B la rédactio’n de ce livre. 46(1-2) : 69-81. captifs simple BIBLIOGRAPHIE i982 Le proverbe chez les Mossi du Yatenga. .. NOTES CRITIQUES 133 I origines centrale lors même que ce livre a pour objet la description et l’analyse des se faire institutions d u royaume. Notons . celle-ci avec.

1984 ULaparenté trobriandaise reconsidérée". Petit. Mefallurgies a/ricainea.W. (West Africa). ED. Paris. de l'Homme. II: rhb 134 du peuplement (Haute-Volta)". .-H.Parie. C. verlag A. J. Schendl. Belin. Wedraogo. Societe des Africanistes : 253-279. Wien. Pradelles de Latour. 1985 Le Topologicon. Karthala (Coll.. Littoral 11-12 : 115-136.q. Nouveli confribufions. la dflexion IV: 299-323. Hommes et Societés).

21 c .I . . . . Emmanuel Terray en son royaume (M. I . Abklès 8 L’ktat en perspective.. eRi(? ! &.:. . I ’ \ ..v - (=JR. J. . 1 Y. Entre Pouvoir et Terre. . Ulie approche des espaces politiques. Sur l’espace e t sa gestion. P. Lenclud De bas en haut.I I Études Rurales N o 101-102 janvier-juin 1986 .M. I . . (Suit e aa’vers .. Fonds ~ o c u m e n t a l r ~ No : 24?bg/y-$- (gn~ws. Le système des clans en Corse. ! La société représentée .. . Izard (B. Notes critiques :DCtours africains I . I I .T. . G. . . .I . 1 Y. Billaud L’ktat nécessaire ? Aménagement et corporatisme dans le marais poitevin. ‘ ( 1 . Gaudin Pouvoirs locaux et territoires. Des espaces politiques !11 . -.~J. L9État en perspective : .Gérard).. . . . Piron Décision et monde rural. I I . ..[y-!:’?. C a 5 .Pourcher . .Izard). I . A propos d’un livre de M.-P. . * M. de haut en bas.-P. . . .l”Q.!Ja. ’ J. . O. ..S. . ..*q r\ :i . . . L’opposition de l’administration e t du clergé: pré- fecture et évêché en Lozère au XIXe siècle.~f7~y *:a p ?-i 0” +. Schultz La décentralisation dans le Nord : des Girondins aux Jacobins (1789-1793). Rinaudo Un équilibre méditerranéen : le pouvoir local entre 1 4 t a t et le territoire. . . Sommaire J .