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Fausses confidences

Voilà c'est fini Araminte aime Dorante


L'amour triomphe Dubois bravo
Ta perspicacité tes ruses tes fausses confidences
Ont fait jaillir la vérité de l'amour

Voilà c'est fini oui mais Marton reste seule


Elle aime d'un amour impossible
Toute cette nuit toutes les nuits suivantes
Son amour pour Dorante la brûlera en vain

Voilà c'est fini Araminte a osé s'avouer


Avouer qu'elle aime Dorante
Dubois bravo tes fausses confidences
Ont mené Dorante et Araminte à s'unir

Je t'absous de tes manoevures


De tes fausses confidences
Elles ont permis que soit surmontée
La différence de fortune entre les deux amants

Voilà c'est fini Araminte a osé s'avouer


Avouer qu'elle aime Dorante
Dubois bravo tes fausses confidences
Ont permis que Dorante et Araminte s'unissent

Je t'absous de tes manoeuvres


De tes fausses confidences
Elles ont permis que soit surmontée
La différence d'âge entre les deux amants

Pour Marton Dubois tu n'y pouvais rien


Si elle s'est mépris sur l'amour de Dorante
Bravo Dubois tes fausses confidences
Ont montré que l'âge n'est pas un obstacle

Le plus d'âge d'Araminte n'est rien pour Dorante


S'il est beaucoup pour Araminte
Bravo Dubois tu l'as convaincue
Que ce plus d'ans n'avait rien avoir avec l'amour
Une femme plus âgée peut aimer un homme plus jeune
L'inverse tout le monde l'acceptait mais
l'inverse de l'inverse même Araminte
N'osait le surmonter l'accepter malgré son amour grandissant pour Dorante

Voilà c'est fini Marton aime aussi


Elle est seule dans la nuit
Elle pleure
Dubois pourquoi ne t'en occupes-tu pas à présent toi si bienveillant

Voilà c'est fini Marton est seule


Toute cette nuit son bonheur envolé de son coeur
Elle va rêver son chagrin elle va manger ses larmes
Elle va sentir dans ses veines son amour qui s'écoule

Marton a pris ses ciseaux


Elle s'ouvre un avant-bras et
Regarde couler sa douleur
Elle n'est rien elle est seule

Sa douleur coule maintenant de son autre bras


Voilà c'est fini bravo Dubois tes fausses confidences
Ont permis à Araminte de dormir
Dans les bras de Dorante

Ces années qui ont commencé à tracer ces sillons


Sur son corps son visage
Dans la lumière de la lune Dorante ne peut les voir
Araminte rêve qu'elle est Marton avec toutes ses années en moins

Elle regarde Dorante qui dort


Pourquoi faut-il que son coeur
Batte cette chamade
Tu ne me quitteras pas

Tu ne me quitteras pas
Implore-t-elle de Dorante endormi muette
Dubois tu seras toujours là
Pour que Dorante m'aime toujours

Tu seras toujours là
Quand tes fausses confidences
Seront à nouveau nécessaires
Parce qu'elles finiront par être nécessaires

Voilà c'est fini Araminte dort dans les bras de Dorante


Voilà c'est fini Marton regarde sa douleur
Qui coule de ses cuisses
Elle n'est plus rien

Elle meurt elle ne meurt pas


Elle existe elle n'existe pas
Sa douleur s'est répandue
Sur le sol aux carreaux froids encre rutilante

Pourquoi alors la sent-elle encore qui la brûle


Dans tout son corps toute sa chair
Voilà c'est fini elle aime Dorante
Qui aime Araminte

Dubois ne peux-tu faire quelque chose pour moi


As-tu épuisé toutes tes fausses confidences
Marton regarde sa douleur couler
Des incisions de ses membres qui se glacent

Elle ne les pansera pas


À quoi bon Dorante aime ailleurs
Elle frissonne elle n'a plus de sang
Elle n'est plus cette douleur de ne pas être aimée

Voilà c'est fini qui entendra son dernier soupir dans la chambre
Marton referme tes incisions
Arrête ton sang de couler
Cela ne sert à rien

Ta douleur d'être seule


De ne pas être aimée
N'est pas prisonnière de ton sang
Elle est toute toi

Si tu désires ne plus souffrir


Mieux vaut te débarrasser de toi
Sans attendre cet écoulement trop lent
En profitant de la nuit

Profite que tout le monde dort


Que Dubois Arlequin soient au cabaret pour boire et fêter le triomphe de l'amour
Pour en finir avec toute toi
Voilà cela va finir Marton s'est approchée de la fenêtre

Elle l'ouvre
La nuit est un
Gouffre
Qui a entendu ce bruit sourd du corps de Marton sur le sol de l'allée

Mais les fausses confidences sont une comédie


À la fin l'amour triomphe
Grâce aux fausses confidences
Et aux stratagèmes de Dubois

Marton
Est seule dans le nuit
Les lumières s'éteignent
Voilà c'est fini pour Marton aussi

**

Dix ans après

Une autre fin est possible


Pour Dorante Araminte Marton
Puisque ce monde est un théatre
Où l'amour doit toujours triompher

Dorante a épousé Araminte


Marton n'est pas morte
Retenue par son amour pour Dorante
Et son amitié pour Araminte
Elle n'a pas entaillé sa chair
Elle ne s'est pas jettée par la fenêtre
Retenue par son amour pour Dorante
Et une espérance que dix années passées n'ont pas altérée
*
Dorante aime toujours Araminte
Marton n'est pas partie
Il sait maintenant que Marton l'aime
Elle le lui a avoué sous la tonnelle de glycines dans la nuit descendue
*
Marton a balbutié dans un grand flot
De mots trop longtemps tus
Je vous aime vous Dorante
Je n'ai jamais cessé de vous aimer

Vous alors
Vous après alors
Vous maintenant
Vous toujours

Vous ne me croyez pas


Il répond
Je ne crois pas
Quoi

Que Vous existez


Que vous aimez
Que vous m'aimez
Que vous m'avouez que vous m'aimez

Vous
Vous en moquez
Vous
Vous moquez de moi

Quoi
Je
Me moque de
Quoi

Que vos parents vous aient mise à l'encan


Toute déballée en vrac et toute réenfournée en fouillis
Le coeur à la place du coeur
Seul à sa place

Le reste tout mélangé tout chamboulé tout meurtri


Le coeur surtout
Même si à sa place
Pour continuer d'aimer dans la douleur d'aimer

Vous
Vous ne vous en préoccupez pas
Vous
Vous ne vous préoccupez pas de moi

Quoi
Je
Ne me préoccupe pas de
Quoi

Que d'autres aient continué


À vous piétiner à vous tordre le coeur
À vous empêcher de vivre
À vous empêcher d'exister
Qu'ils vous aient utilisée comme un corps
Pantin sans âme
Que vous soyez restée seule avec votre douleur d'aimer
Seule dans la nuit

D'avoir été aveuglé par l'évidence de votre amour


De n'avoir pas fait et de ne pouvoir faire plus pour vous
De m'être réfugié dans trop d'implicite
D'avoir employé avec vous trop de mots tus

Je ne suis pas seul


Araminte me serre le coeur
Je m'en préoccupe
Je l'aime encore

Si autrement qu'alors
Et vous
Vous êtes toujours
Seule

Je n'y peux rien


Je crois que je n'y peux rien
Je ne me moque pas de vous
Je crois que je ne me moque pas de vous

Je m'en préoccupe
Je crois que je m'en préoccupe
Araminte me serre le coeur
Je crois que je m'en inquiète même si je vous sais seule

Parce que je sens qu'elle s'inquiète


Des années qui défilent et l'éloignent de
Sa jeunesse
De notre jeunesse à vous Marton et à moi

Vous ne me croyez pas


Vous vous moquez de moi
Vous vous moquez de tout cet amour
Que je ne peux plus contenir

Je vous aime
Vous Dorante
Je n'ai jamais cessé
de vous aimer

Vous alors
Vous après alors
Vous maintenant
Vous toujours

Je
Vous crois Marton
Je ne me moque pas de vous
Marton
*
Vous
Ne me croyez pas
Vous
Ne me croyez pas
*
Quoi
Je
Ne crois pas
Quoi

Que vous existez


Que vous m'aimez
Que vous êtes l'amie d'Araminte
Que vous ne vous aimez pas

Vous
Vous en moquez
Vous
Vous moquez de moi

Quoi
Je
Me moque de
quoi

Que vos parents vous aient mise à l'encan


Toute déballée en vrac
Toute réenfournée
En fouillis

Le coeur
à la place du coeur
seul
à sa place

Le reste tout mélangé


tout chamboulé tout meurtri
le coeur surtout
Même si à sa place
Vous
Vous en moquez
Vous
Vous moquez de moi

Quoi
Je
Me moque de
Quoi

Que d'autres aient continué


À vous piétiner à vous tordre le coeur
À vous empêcher de vivre
À vous empêcher d'exister

Qu'ils vous aient utilisée


Comme un corps
Poupée
Sans âme

Que par désespoir


Vous avez livré
Ce corps vide à tous ces autres
Sans vraiment espérer qi'ils fassent autre chose que de le creuser encore plus

C'est pour vous que j'ai livré ce corps


Aux autres
Pour vous provoquer
Pour que vous me regardiiez

Mais vous êtes resté


Indifférent
Comme si vous ne me voyiez pas
Comme si j'étais transparente

Pourquoi
Pourquoi transparente
Je vous voyez
Je désespérais de vous voir vous détruire

De ne pouvoir faire plus pour vous


De me réfugier dans trop d'implicite
D'employer avec vous
Trop de mots tus

Marton vous me serriez vous me serrez le coeur


Je ne m'en moque pas
Mais
Je ne suis pas seul il y a Araminte

Je n'y peux rien


Je crois que je n'y peux rien
Je ne me moque pas de vous
Je crois que je ne me moque pas de vous

Je ne m'en moque pas


Je crois que je ne m'en moque pas
Marton vous me serriez le coeur vous me serrez le coeur
Je crois que je ne m'en moque pas

Vous
Vous ne me croyez pas
Vous vous moquez de moi
Vous vous en moquez
Je vous aime
Vous
Dorante
Je n'ai jamais cessé de vous aimer

Vous alors
Vous après alors
Vous maintenant
Vous toujours

Je ne crois pas
Quoi
Je me moque de
Quoi

Vous jouez avec moi


Vous êtes cruel avec moi
Vous me faites du mal
Vous aviez promis que vous ne me feriez jamais du mal

Je ne joue pas avec vous


Je ne suis pas cruel avec vous
Je crois que je vous fais du mal
Mais je ne sais quoi faire d'autre que de me taire

Je ne suis pas seul


Je ne suis pas le seul homme
Une autre vie est possible
Vous devez y croire

Vous devez vous détournez de moi


Je ne suis pas seul
D'autres hommes le marquis de Labre
Non

J'ai essayé
J'ai essayé
Il n'y a que
Vous

Vous maintenant
Vous alors
Vous
Toujours

Il n'y a pas d'autre vie


Possible
Sans
Vous

Je crois que je vous fais du mal


Quoi faire d'autre
Vous entretenir dans vos rêves
Pour que la réalité

Vous tombe dessus


De tout son poids
Et vous écrase
Toute

Faire d'autre
Quoi
Je n'ai trouvé que çà Marton
Il faut que vous partiez

Quoi
Ne plus vous voir
Ne vous entendre
Autant mourir

Marton
Je n'ai trouvé que cette solution
Que vous vous éloigniez
Le marquis de Labre

Jamais
Je hais ce marquis de Labre
Je le hais comme l'enfer
Je le hais comme l'enfer

Pourtant il manifeste pour vous


Plus que de l'intêret
Demandez à Dubois
À Arlequin

Que valent leurs dires


Leurs ruses
Leurs prétendues vérités
Toutes leurs vraies fausses confidences

À coté de mon amour pour vous


Que vous dédaignez
Que vous traitez
Comme un poids
Allez monsieur je sais ce qu'il me reste à faire
Vous me l'avez dit partir
Mais cette fois-ci
À jamais

Dans la nuit noire


Près de l'étang noir
Derrière les saules noirs
Sous l'eau noire Marton a cessé de pleurer