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Galopin, Arnould. Arnould Galopin. Les Aventures d'un apprenti parisien, le tour du monde en hydroaéroplane. (s. d.). Gr.

in-8°, 1599 p., f.

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A NOS LECTEURS

" Parisien
Jeunes lecteurs des Aventures d'un Apprenti ", qui

vous enthousiasmez au récit des belles oeuvres, lisez tous

LES

Aventures d'un Petit Buff alo

0P.A.ÏI.

ARNOULD GALOPIN

Jamais l'auteur n'a écrit de récit plus vibrant, plus captivant et plus
suggestif.
Le petit Buff alo vous étonnera tous par sa hardiesse et son sang-froid,
et deviendra vite vôtre ami.
Vous suivrez avec angoisse ses tragiques pérégrinations à travers la
Pampa et vous applaudirez à ses prouesses qui seront nombreuses. Vous
marcherez à sa suite dans des régions inconnues où rôdent les bêtes fauves
et des ennemis peut-être plus féroces encore.
Vous le verrez aux prises avec les Peaux-Rouges et vous souhaiterez,
qu'il triomphe des embûches dressées sous ses pas, car Buff alo défend une
noble et belle cause : celle du dévouement.
Jeunes garçons et jeunes filles, achetez tous .- .

Les Aventures d'un Petit Buff alo

^-*-si

II sera envoyé un numéro spécimen gratuit à tous ceux qui en feront


la derhande à

M. Albin Michel, éditeur, 22, rue Kuyghens-, Paris.


S* é
LES AVENTURES

D'UN APPRENTI PARISIEN

Le Tour du Monde en Hydroaéroplane

Les Hommes au masque de velours

tude... Je le connais, il est toujours le premier


— '/ GDXGVI au travail... Son moteur, c'est tout pour lui...
Il ne vit que pour son aéro.
La disparition de Grondard (suùe). — Il faudrait nous adresser à la
police.
— .Ma foi,
je. crois que c'est ce qu'il y a
C'était à n'y rien comprendre. de mieux à faire, mais pendant ce temps-là,
Il fallait que Grondard eût été victime d'un ce gredin de Steiner va nous* échapper... Et
accident. puis si Grondard est en danger, il ne nous est
M. Voirin ot Fabien ne savaient à quoi se pas permis de l'abandonner. Il a été trop
résoudre.' dévoué pour que nous ne nous occupions pas
— dit Francis, M. Grondard de lui...
Peut-être,
est-il retourné à l'hôtel. 11 avait sans doute Francis et Fabien approuvèrent l'ingénieur.
oublié quelque chose... Si vous voulez, je vais M. Voirin dit en s'adressant à M. Toppfer,
aller voir. le constructeur d'aéroplanes, qui avait bien
, — Oui, va, répondit M. Voirin, et dépêche- voulu mettre à la disposition des aviateurs un
toi. appareil des plus rapides:

Le gosse partit en courant. Monsieur, je vous prie de m'excuser,
mais vous devez comprendre qu'il m'est im-
possible de partir sans savoir ce qu'est devenu
CDXCVII . mon mécanicien.;, il faut absolument que je le
retrouve. Dès que nous saurons ce qu'il est'
Un plan de campagne devenu, nous reviendrons aussitôt.
Et M. Voirin entraîna Fabien et Francis.
Une demi-heure après, il revenait. Si l'ingénieur se 'montrait aussi inquiet,
— Eh bien ? demanda c'est parce qu'il était persuadé que la dispa-
l'ingénieur.
— M. Grondard n'était
pas à l'hôtel, ré: rition de Grondard était certainement due à
pondit Francis.. . la vengeance.
— Y était-il venu ? Il ne pouvait admettre que son mécanicien,
— Non, *
patron. qui étahVun homme calme et paisible, ait pu
— Tu n'as recueilli aucun
jndice ? avoir une altercation dans la rue avec quelque
—r Aucun, patron. rôdeur.
M. Voirin se tourna vers Fabien. Ce qui était surtout étrange, c'était le
— Il y a là-dessous, dit-il, quelque chose brusque départ du brave garçon.
de louche. Où était-il allé subitement?
— Oui, fît le Parisien... Il est impossible Pourquoi avait-il quitté ses compagnons ?
que Grondard nous laisse ainsi dans: T inquié- Tout était étrange dans cette -affaire; Aussi
1396 '"LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN

M. Voirin crut-il devoir s'adresser immédia- Pour une filature de ce genre, il n'y a pas deux
tement au chef de police qui s'était déjà hommes comme lui. ,\
montré si aimable à son égard. Il fit immédiatement appeler deux détec-
Le chef de police reçut immédiatement tives et leur donna devant M. Voirin de sé-
l'ingénieur. .^ '; rieuses instructions, ainsi que le signalement
-^ Eh bien-?, lui dit-il, avez-vous trouvé de Grondard.
un aéroplane ? Quand les deux agents eurent disparu, le.
— Oui, répondit l'ingénieur ...M. Toppfer chef de police dit à M. Voirin.
a mis à ma disposition un. appareil merveil- — Je pense que ces gaillards-là vont bien-
leux, mais nous ne pouvons partir. tôt nous renseigner... Voulez-vous attendre ici
— Et
pourquoi ecela ? V; leur retour ?
— Parce — Je vous remercie, répondit M. Voirin,
que. mon mécanicien a disparu
tout à coup. mais mes amis et moi allons aussi nous ren-

— Peut-être est-il allé faire la fête dans la


seigner. Peut-être découvrirons-nous quelque
ville? . chose... Deux précautions valent mieux qu'une.
— Lui! oh! non, bien certainement. C'est — Vous avez raison... En tout
cas, n'ou-
un homme des plus sérieux, un ouvrier comme bliez pas que je me tiens toujours à votre
on en voit peu... il a dû certainement lui disposition. Ne craignez pas de venir me dé-
arriver quelque chose. ranger.
Le chef de police réfléchit pendant quelques M. Voirin remercia et sortit avec Fabien
instants. et Francis* ...'.'
—: Pouvez-vous me donner, dit-il, le signa-
lement de votre mécanicien ?
A là hâte, l'ingénieur dépeignit Grondard Une fois dans la rue, ils se concertèrent.
le mieux possible. Que faire ? Où aller ?
— C'est bien, fit le vais Le hasard seul pouvait les guider. .'
fonctionnaire,-je
mettre sans tarder des agents à sa recherche... —
Voyons, dit Fabien, raisonnons un peu...
Quel malheur que notre bon Cody soit blessé.... Grondard était avec nous ; il est venu en même
LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN 1397

temps que nous à l'usine Toppfer... Pour qu'il . Astor dans l'espoir qu'ils apprendraient quel-
soit sorti si précipitamment, il faut que quel- que chose. \
qu'un l'ait fait appeler... Il est peu probable, Grondard était peut-être revenu.
cependant, qu'il ait des amis à New-York... A l'hôtel Astor, on n'avait pas vu le méca-
Pour moi, il a dû voir quelqu'un de suspect, nicien. -^
Steiner peut-être et il s'est,lancé à sa pour- M.'"Voirin et Francis remontèrent en taxi-.
suite. -1- Où allons-nous maintenant ? demanda
— C'est s'écria l'ingénieur...
impossible, l'apprenti.
Gomment voulez-vous que Steinêr puisse être — Ma foi,
je n'en sais rien, répondit l'in-
à New-York... D'ailleurs, on l'a signalé à Bal- génieur.
timore. — Si nous retournions aux ateliers
Toppf er ?
— Oh ! cela ne — Et
prouve rien, fit le Parisien... pourquoi ?... puisque nous en venons.
Avec un gaillard comme cet Allemand, il — Oui, mais nous avons oublié
quelque
faut s'attendre à tout... Il est bien capable chose.

d'avoir laissé son compagnon filer tout seul Quoi donc ?
et d'être revenu ici dans le but de nous jouer — Nous avons
négligé d'interroger le con-
quelque vilain tour. cierge de l'usine. C'est lui qui peut cependant
— Vous nous fournir le plus utile, renseignement.
exagérez, Fabien, dit l'ingénieur.
— C'est — Oui,, tu as raison... eh bien, allons.
possible, patron, mais quand on en
a vu comme moixde totites les couleurs, on est Et M. Voirin donna au chauffeur l'adresse '
peut-être plus'méfiant qu'un autre. En tout de l'usine Toppfer.
cas, permettez-moi de vous dire qu'en ce NBientôt, M. Voirin sautait de voiture et se
moment, nous ne faisons rien d'utile. précipitait vers un petit bâtiment sur la porte
•— Et pourquoi cela ?
duquel on lisait ces mots :
•— Parce que nous nous baladons là tous les « DOOR-KEEPER » (1)
trois et que nous allons sûrement donner Le concierge était un gros homme à face
l'éveil aux ennemis s'ils sont dans ces. parages.. réjouie dont le nez, rouge comme un piment,
Il vaudrait mieux nous séparer et nous re- attestait que son possesseur ne devait pas
trouver dans deux heures d'ici, à l'hôtel. être un buveur d'eau.
Un homme seul passe plus facilement inaperçu. M. Voirin l'interrogea aussitôt :
;— Ma foi, vous avez raison, fit l'ingénieur — Etés-vous, demanda-t-il, resté ici toute
mais à trois on se défend mieux... la journée ?
— Bah ! il Le concierge posa sur le rebord de la fenêtre
s'agira d'ouvrir l'oeil... Tenez,
vous pourriez par exemple partir en expédition la pipe qu'il était en train de fumer et répon-
avec Francis... moi, je naviguerai seul... dit :
Laissez-moi faire, j'ai idée que je vais décou- — De
cinq heures du matin à huit heures
vrir quelque chose. du soir, je ne bouge pas d'ici...
— Allons'.- ce sera comme vous voudrez... — Alors, vous voyez tous ceux qui entrent
Donc, rendez-vous dans deux heures à l'hôtel dans l'usine et tous ceux qui en sortent.
Astor... Et si cependant, dans deux heures, — C'est-à-dire
que personne n'entre ici
vous n'étiez pas revenu ? - sans mon autorisation, fit le cerbère avec
— C'est que je serais sur une piste, mais dignité.
— Parfait... alors vous allez sans doute
soyez tranquille, je trouverai bien le moyen pou-
de vous faire donner de mes nouvelles. voir me renseigner.
*On était arrivé au coin d'une rue — A vos ordres... monsieur...
qui donnait
sur une grande place. •— N'avez-vous pas vu, il y a deux heures
Fabien s'engagea sur cette place, pendant environ, un homme grand, de forte corpu-
que M. Voirin et Francis revenaient sur leurs lence, vêtu d'un costume d'aviateur, sortir
pas. des usines Toppfer...
— Oui... j'ai vu cet homme, en effet... c'est
CDXCVIII un Français.
— Vous, lui avez parlé ?
. Démarche inutile — Oui.
— Et que»vous a-1-il dit ?'
L'ingénieur et l'apprenti montèrent dans
un.taxi-auto et se firent conduire à l'hôtel ! 1. Gardien.'concierge
1398 LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN


Qu'il avait oublié quelque chose dehors L'homme ne fut pas peu surpris de se trou-
et qu'il s'absentait pour quelques instants. ver nez à nez avec Fabien, néanmoins, il eut
— Personne n'était venu le demander ? l'air de ne pas faire attention à lui et continua
— Oh! personne... pour ça, j'ensuis sûr... son chemin.
—- C'est bien, fit l'ingénieur. Ce fut alors au tour du Parisien de suivre
Et tirant de sa poche une pièce de un dollar, ce louche individu.
il la Rendit au concierge qui la refusa digne- Il était assez misérablement vêtu et chaussé
ment en disant : d'espadrilles à semelles de paille.
— Mon directeur me Cette chaussure
paye pour renseigner qui est très pratique aux
les gens, ouvrir et fermer la porte et je m'es- bains de mer n'est point cependant très portée
time suffisamment rémunéré pour le travail en ville et ceux qui n'ont que ces pauvres
que je fais... Jamais je n'accepte de pourboire... savates à se mettre aux pieds ne peuvent être
Cela est bon pour les ouvreurs de portières... que des vagabonds, sans feu ni lieu.
Un homme qui se respecte ne demande pas Fabien pensait :
î aumône. — Peut-être ce
loqueteux nie prend-il pour
M. Voirin s'excusa,-salua avec urbanité quelque rentier et veut-il me faire le coup du
ce portier gentleman, puis s'en alla en compa- père François ?
gnie de Francis. Ce ; coup classique est peut- être inconnu
— C'est la fois de ma vie, dit-il en Amérique, mais le Parisien se tenait sur ses
première
à l'apprenti, que je vois un concierge refu- gardes.
ser un pourboire. Tout à. coup, le loqueteux disparut sans que
— Moi Francis... Il n'y a Fabien pût savoir où il était passé.
aussi, répondit
— Ah!
qu'en Amérique que l'on voit ces choses-là. par exemple, s'écria notre ami,
L'ingénieur s'était arrêté devant l'auto qui voilà qui est plus fort que de jouer au bouchon
attendait. Il semblait réfléchir. sur les ailes d'un aéroplane... Ce vilain person-
— Je ne sais à
quoi me résoudre, dit-il. nage n'est cependant pas rentré sous terre.
Où aller ? Que faire ? Pourtant, le Parisien crut qu'il existait
Francis était tout aussi embarrassé' que son peut-être près de là un petit passage dans
patron et ne ' put par conséquent lui donner lequel T homme s'était engagé.
de conseils. Il reconnut bientôt que la rue se prolongeait
— Rentrons à l'hôtel, dit l'ingénieur... Si sans qu'il y eût d'issue soit à droite, soit à
Fabien a quelque chose de nouveau, c'est gauche.
certainement là que nous le rencontrerons. Fabien n'était pas facile à émouvoir; il en
avait vu, comme on dit, de toutes les couleurs
et les faits les plus étranges ne le déconcer-
taient pas... Toutefois, il éprouva quelque sur-
CDXC1X
prise de cette brusque disparition.
Comme un policeman venait d'apparaître,
Bizarre aventure il fit appel aux quelques mots d'anglais dont
il se souvenait et interrogea l'agent de police
Fabien errait, lui aussi, dans les rues, allant qui ne comprit pas un traître mot à ce que lui
à l'aventure. dit Fabien. ,
Tout à coup, son attention fut attirée par Ce colloque eut même pour résultat de
les allures bizarres d'un homme qui semblait rendre le policeman soupçonneux et il se
s'être attaché à ses pas. mit dès lors à observer le Parisien avec insis-
— Oh ! oh !
pensa le Parisien, voilà un tance. \
particulier qui n'a pas l'air catholique... On Fabien savait par expérience qu'il est tou-
dirait qu'il me suit... voyons un peu ce qu'il jours dangereux même quand on a la cons-
va faire. cience tranquille de narguer les policiers,
Et le Parisien se mit à hâter' le pas; puis, aussi fit-il rapidement demi-tour.
brusquement, il tourna à droite dans une rue. Cependant, lorsque l'agent eut disparu, le
Cependant, au lieu de continuer son chemin, Parisien revint sur ses pas, bien décidé cette
il s'arrêta net et attendit. fois à explorer la rue et à tâcher de savoir par
Cette tactique qui-n'est pas nouvelle réussit oii était passé le Touche individu qui s'était
toujours cependant, et plus d'un policier lui- si rapidement soustrait à ses regards.
même s'y est trouvé pris. Il revint donc dans la rue et se mit à exa-
'
LES AVENTURES D'UN APPRENTI: PARISIEN 1399

miner la façade des maisons les unes après D


les autres.
Il arriva ainsi devant une misérable bâtisse L'idée de Fabien
dont les-volets disjoints avaient été conso-
lidés au moyen de lamelles de sapin. A la longue, Fabien finit par comprendre
Cette maison semblait abandonnée. que s'il demeurait là, devant cette porte close,
Fabien écouta pendant quelques instants il finirait par attirer non seulement l'atten-
à la porte et ne fut pas peu surpris d'entendre tion des passants, ce qui était peu de chose,
marcher dans l'intérieur de cette demeure mais aussi celle des policemen, ce qui était
étrange. pius grave.
— Il n'ignorait
Tiens, tiens, se pas
dit-il... voilà qui est que la police de New-
plus que singulier... York est en général
Cette maison a l'ap- assez soupçonneuse
parence d'une bico- et il ne tenait point
que abandonnée... à faire de nouveau
Nul ne pourrait connaissance avec
supposer qu'elle est elle. »
habitée et cepen- Après avoir bien
dant, il n'y a pas de regardé le nom de la
doute possible, quel- rue dans laquelle il
qu'un marche der- se trouvait et avoir
rière cette porte:.. soigneusement re-
Et le Parisien qui levé l'emplacement
était à la longue] de- dé la bicoque mysté-
venu un détective rieuse, il prit aussi-
assez habile, procéda tôt un taxi et se fit
par déduction, tout conduire à l'hôtel
comme .le grand Astor.
Sherlock Holmes ou Il eut la chance
ie non moins célè- d'y rencontrer ses
bre Allan Dickson. amis qui pour la
Et tout en écou- deuxième fois ve-
tant, il pensait : naient de revenir à
« J'étais dans la l'hôtel.
bien tran- — Eh bien ?
rue, ques-
quille; .. Un homme tionna M. Voirin, dès
m'a emboîté le pas, qu'il aperçut son
je .ne sais dans : ami.. Avez-vous dé-
quel but. Or, j'ai : couvert quelque
voulu m'assurer j chose ?
— Oui... et
que cet hommej non,
me suivait. réelle- \ Un homme bizarre qui semblait s'être attaché
répondit Fabien...
ment. Je n'ai pas ', à ses pas (page 1398). —
Expliquez-
tardé à en avoir la vous... êtes-vous sur
certitude, mais mon individu se voyant les traces de Grondard r
épié à son tour a jugé prudent de dispa- — Peut-être...
raître... Il avait évidemment un but.*, mais , —. Voyons, assez d'énigmes, comme cela,
lequel... Ce gaillard-là aurait-il des accoin- dites ce que vous savez, ne me laissez pas dans
. tances avec une bande que connaîtrait Steiner.v l'inquiétude.
Ma, foi ! tout est possible. Ce que je vois depuis -r- Eh bien! voici, fit Fabien... Je n'ai rien
. quelque temps est si bizarre que je.ine .puis vu, rien découvert, rien appris et cependant,
plus m'étonner de quoi que ce soit... Je ne sais j'ai peut-être une'indication.;. Je viens de
pourquoi, mais il me semble qu'il se passe der- découvrir une maison bizarre où il se passe
rière cette porte quelque chose qui doit m'in- peut-être quelque chose de louche.
téresser... On a de ces pressentiments.- — Je ne comprends
pas, dit l'ingénieur.
1400 LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN

— Je m'en doute bien... car — Vous avez raison... eh bien, allons...


je ne corn-, .
prends rien moi-même à ce qui se passe... J'ai un taxi à la porte de l'hôtel, nous ne met-
Cependant, peut-être qu'avec un peu de rai- trons pas plus de dix minutes.pour arriver à
sonnement nous parviendrons à démêler quel- la maison mystérieuse dont je viens de vous
que chose dans tout cela... Un homme me parler. --*'.-.
' f
suivait... comme je me suis aperçu de son ma-,
nège, c'est moi qui l'ai suivi à mon tour... Or, DI
il a brusquement disparu-<• Cela m'a tellement
surpris que j'ai cherché à savoir, où il s'était La Maison hantée
réfugié et j'ai fini par acquérir la certitude
qu'il se cachait dans une maison bizarre qui Il est juste de dire que M. Voirin né comp-
a l'air d'une masure abandonnée, mais dans tait guère sur l'expédition qu'il allait tenter
''' en compagnie de Fabien et de Francis^ mais
laquelle, on entend des gens marcher.
L'ingénieur regarda le Parisien et lui dit: son devoir était de tout tenter pour retrouver

Mais, mon pauvre:Fabien, c'est un véri- Grondard.
table roman feuilleton que vous brodez là.,. Chemin faisant, il dit au Parisien.
— — Nous avons eu tort de laisser Dick à
Appelez cela comme vous voudrez, c'est-
la réalité, f l'usine Toppfer, car il aurait pu nous être d'un
— Je ne mets
pas en doute votre récit, mais précieux secours.
— C'est vrai,
quel rapport tout ce que vous nous racontez répondit Fabien, nous irons
là peut-il avoir avec la disparition de Gron- le chercher tout à l'heure.
dard ? • •
— Ah!
voilà, fit le Parisien... Je me base • •••• ...»...,
sur des faits... Croyez bien que je ne parle pas — Nous voici dans la rue . en question,
à la légère..V J'ai beaucoup réfléchi et je réflé- s'écria le Parisien en désignant une plaque
chis encore... bleue sur laquelle on lisait.:
— Je ne dis
pas le contraire, mais permet- « Reginald Street ».
tez-moi de vous faire observer que. yous exa-
gérez peut-être un peu la situation. :: — La fameuse maison est près d'ici-?
.—• C'est , possible, — Oui... à deux
patron... Cependant, pas... tenez, là voici.
voici comment je raisonne... Je me dis que Et Fabien commanda au chauffeur- d'ar-
le vil ain individu qui me suivait avait poui* rêter, mais tout à côttp, il se ravisa :
cela des raisons... Ou il se trompait et me pre- ~ Non, non... dit-il, Continuez à avancer.
nait pour un autre ou c'était bien à moi qu'il — J'allais faire une
bêtise, dit Fabien...
en voulait. Alors, s'il s'attachait ainsi à ma Si nous voulons savoir ce qui se passe dans
personne, c'est que je l'intéressais et: .du mo- cette bicoque, il ne faut pas donner l'éveil
ment que je l'intéressais c'est qu'il avait une à ceux qui l'habitent... Or,.en entendant une
idée de derrière la tête... Je puis me tromper, auto s'arrêter devant' leur.porte, ils se mé-
'
certes... Peut-être même que je m'exagère la fieront. _ ' . .
situation, comme vous le disiez tout à l'heure, Cent mètres plus loin, Fabien fit stopper le
mais au point où nous en sommés, il nous est taxi et dit au chauffeur:
permis, n'est-ce pas,, de nous attacher aux — Attendez-nous ici".. /
moindres pistes. '"
.;, Puis il entraîna Francisyet l'ingénieur. .
,/— Vous supposeriez, dit l'ingénieur; que Parvenus devant la maison mystérieuse où
l'individu dont vous parlez pourrait être pour le Parisien s'imaginait, à tort ou- à raison,
quelque chose dans la disparition de Gron- qu'il se passait quelque chose, les t-rôis amis
dard. écoutèrent.
;— Oui... peut-être... Nul.bruit ne parvint à leurs oreilles.
.;— En ce cas, nous pourrions aller voir un —Vous vous serez trompé, Fabien, dit
peu cette maison. l'ingénieur à voix basse*., eétte demeure est
:—. J'allais vous le
proposer, -patron... mais inhabitée. >- <
"ne croyez-vous., pas qu'il serait de — Je vous jure que j'ai entendu marcher
.prudent '
prévenir le chef de police?. > derrière cette porte.. ; •.'.-...
— Il stfra
toujours temps de le prévenir Au. bout de quelques instants, une plainte
quand nous auroiïs découvert quelque chose. sourde se fit entendre... .'-',' "-.-:'
A quoi bon déranger des agents pour rien ? — Hein ? vous
voyez que je ne me trompais
Parvenus devant la maison mystérieuse, les trois amis écoutèrent (pagd 14.00).
LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN 1403


pas, dit le Parisien... il y a quelqu'un dans cette Oui, monsieur.
— Vous faites certainement
bicoque et quelqu'un' que l'on séquestre... erreur.
si c'était Grondard? Oh! nous allons être —
Non, je vous l'assure... j'ai bien retenu
fixés. le numéro, c'est le 24.
Et le Parisien allait faire voler la porte en —
Reginald Street ?
éclats quand M. Voirin l'arrêta. — Oui...
monsieur, Reginald Street
— Malheureux! faire? mur- — Cette demeure est inhabitée...
qu'allez-vous
mura l'ingénieur... — Oui... fit Francis... on le dirait, mais
— Enfoncer cette notre ami Fabien a entendu quelqu'un mar-
porte, parbleu.
— Mais vous n'en avez
pas le droit cher à l'intérieur... De plus, il n'y a qu'un ins-
-— cela ?
Pourquoi tant, avec M. Voirin et ce même Fabien, nous
— C'est une violation de domicile... vous avons entendu des plaintes étouffées.
risquez de nous faire arrêter tous. Le chief inspector sonna son secrétaire.
— Alors ?
Quand celui-ci parut, il lui dit :
— — Ce
Alors, il faut prévenir le chef de police ; jeune garçon que vous voyez m'en .
lui seul a le droit de pénétrer dans cette ma- raconte une bien bonne... Savez-vous ce qu'il
sure. me dit ?
— C'est
dommage... nous allons perdre du Le secrétaire eut un geste qui disait son
<
temps... et qui sait si les gaillards qui se ca- ignorance.
chent dans cette maison ne vont pas dé- — Il
* prétend, reprit le chef de police, qu'il
guerpir... , a entendu des plaintes étouffées dans la maison
— Francis va
prendre le taxi et aller pré- de Reginald Street.
venir le chef de police... Pendant ce temps, Le secrétaire partit d'un bruyant éclat de
nous ferons le guet rire et s'écria :
ne se le lit pas répéter deux fois. — Encore ! voici
L'apprenti que les histoires à dormir
Il sauta dans l'auto qui stationnait toujours debout recommencent...
au bout de la rue et. disparut bientôt. Le chief inspector se tourna vers Francis.
—- Mon ami, lui dit-il, il
y a longtemps que
l'on parle de cette maison... Elle ost célèbre
Un quart d'heure après, il arrivait au Po- dans tout New-York..; Savez-vous comment
lice Office et se faisait annoncer au chief ins- on l'appelle ?... On la désigne sous le nom de
pecter. la « Maison hantée ». Des gens qui ne passent
Celui-ci, très occupé à ce moment par.une point cependant pour des imbéciles ont pré-
affaire des plus graves, ne put recevoir tout tendu que le soir on entendait dans cette
de suite le jeune visiteur. maison des bruits étranges qui semblaient
Francis attendit donc dans l'antichambre. provenir du sous-sol... On affirmait même que
Enfin, au bout d'une demi-heure, il fut l'on distinguait parfaitement un bruit de voix
introduit clans le cabinet du chef de police. qui paraissait sortir des murailles. Pour ras-
— Eh
bien, interrogea celui-ci... vous avez surer les habitants' de Reginald Street, nous
du nouveau ? Avez-vous retrouvé votre ami ? aA?ons, bien entendu, fait une enquête, mais

Non, monsieur, répondit Francis, mais, elle n'a donné aucun résultat. La maison est
nous aurions besoin que vous nous donniez bien vide et les bruits que l'on y entend doi-
une autorisation. vent être produits par un écho qui se réper-
— Une autorisation ? et laquelle ? cute dans les sous-sols.
— Celle de
pénétrer dans une maison en Francis était ahuri.
; enfonçant la porte. Cependant, il reprit avec assurance :
— Oh! 'oh.! comme vous — Je vous
y1 allez... mais assure, monsieur, que mes amis
savez-vous que c'est grave cela? et moi nous avons parfaitement entendu des
— Je le
sais, monsieur, aussi est-ce pour plaintes... Si j'avais été seul, je pourrais croire
cette raison que je suis venu vous trouver. que j'ai été l'objet d'une hallucination, mais
. — Dans quelle rue se trouve cette maison ? à trois, il est bien difficile de se tromper.
— — D'autres
Reginald Street. que vous se sont trompés et je

Quel numéro ? vous prie de croire qu'ils étaient, plus de trois....
— 24. i Pendant près d'un mois, la population de
Le chef de police sursauta. New-York était affolée... Force nous a été
— Le 24 ! dites-vous ? . de l'aire perquisitions sur perquisitions. Des
' APPRENTI PARISIEN
1404 LES AVENTURES D'UN

agents armés de revolvers ont même passé a un oeil. de policier... il rendrait des points à
plusieurs nuits dans cette masure et n'ont, certains détectives.
rien entendu, rien' découvert. Le secrétaire prit la parole à son tour.
•— Il est
Francis demeurait confus, quand tout à impossible, dit-il, que l'individu
coup la mémoire lui revint. dont parle ce jeune homme soit entré dans une
— Cependant, monsieur le chef de police, maison voisine de l'immeuble portant le
dit-il, mes amis et moi, nous sommes parfai- numéro 24, car autour de la maison hantée,
tement sûrs qu'il y a quelqu'un dans cette il n'y a que des murs et des jardins.
— Alors, fit le chef de la
maison. police, vous sém-
— Sûrs, dites-vous ? bleriez supposer que des malfaiteurs profitant
du sinistre renom de cette masure mysté-
rieuse l'aient choisie comme demeure ?
—.Qui sait ? l'astuce des bandits est si
grande.
— C'est bien... prenez avec vous quatre
policemen et accompagnez ce jeune homme.!-.
Je vous donne pleins pouvoirs, faites vce que
vous voudrez... Seulement, et c'est un conseil
que je vous donne, tâchez de procéder avec
discrétion pour ne pas affoler les paisibles habi-
tants de Reginald Street.

DU

Où Fabien {ait preuve


une fois de plus de réelles qualités
de détective.

Quelques minutes après, Francis, le secré-


taire du chef de police et quatre agents s'ar-
rêtaient devant la maison mystérieuse.
M. Voirin et Fabien étaient toujours en
faction . t
— Eh bien ? demanda vivement Francis,
y a-t-il du nouveau.
— Oui, répondit Fabien... tout à l'heure,
il y a environ un quart d'heure, nous avons
entendu des bruits de pas, des plaintes et des
gémissements, puis tout est redevenu silen-
cieux.
— Personne n'est sorti ?
— Non... personne...
Déjà le secrétaire donnait dès ordres.
Avec une habileté de professionnel, un agent
Fabien interrogea l'agent de police (page 1398). introduisit une tige, de fer dans la serrure,
donna deux Ou trois petites secousses, puis la
— Oui, monsieur. porte s'ouvrit.
•— Et sur quoi vous basez-vous pour émet- L'obscurité la plus complète régnait dans ïe
tre semblable assertion ? : vestibule. .
— Notre camarade Fabien était suivi —
par \ Quelqu'un a-t-il une lampe ? demanda
un individu aux allures suspectes et il a par- le secrétaire.
faitement vu cet homme pénétrer dans laL . L'agent qui portait sur lui l'attirail de cam-
maison de Reginald Street. brioleur sortit de sa poche une petite lanterne
— Il a pu se tromper. électrique et l'on se mit à explorer toutes les
<— Cela m'étonnerait beaucoup, car Fabien i I pièces de la maison.
LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN 1405

On visita le sous-sol, le rez-de-chaussée, le Il trouva un masque de velours...


— Eh
premier étage, le grenier, mais sans résultat. parbleu ! s'écria le secrétaire, Vaf-
Déjà le secrétaire du chef de police triom- faire se complique de plus en plus.. Ce masque
phait quand Fabien qui devenait décidément de velours appartenait à un membre de la
un merveilleux détective heurta quelque terrible bande des X.
chose sur le sol. Et se tournant vers Fabien :
— Tiens, dit-il, —
qu'est ce que cela ? Monsieur, lui dit-il, je vous adresse
II se baissa et ramassa l'objet. toutes mes félicitations. Grâce à vous, nous
C'était un couteau; un de ces solides cou- sommes maintenant sur une piste sérieuse.
teaux comme en ont sur eux les ouvriers. Francis dit au secrétaire de police d'un ton
. — Vous venez de faire une trouvaille ? dit narquois :
le secrétaire. — Vous
voyez bien, monsieur, que cette
— Oui... et une sérieuse maison hantée avait des locataires... elle
encore, répondit
lé Parisien. Cette simple découverte me n'était pas seulement habitée par des esprits.
— En effet... j'en conviens... Nous allons
prouve, tout simplement que le camarade que
nous cherchons est venu" ici... Comment ? pouvoir, grâce à vous, découvrir la terrible
c'est ce qu'il faudra établir. bande qui, depuis près de deux 'mois, terrorise
Le secrétaire du chef de police ouvrait des New-York et les environs.
yeux étonnés. > Fabien explorait le sol près de la maison.
— Ainsi, dit-il, ce couteau à Il y releva l'empreinte ,de pas nombreux et
appartient
votre ami ? découvrit même la marque laissée parles sou-
— liers de Grondard. Cette piste s'arrêtait au
Oui, monsieur, et ceux qui m'accom-
pagnent pourront le certifier. pied d'un mur assez élevé.
— Voilà
qui est bizarre, s'écria le Parisien...
Ils n'ont cependant pas pu faire passer notre
DIII ami par-dessus ce mur.
— Si, dit le secrétaire... On voit ici la mar-
Une révélation imprévue que de cordes... ils l'ont hissé par-dessus-l'obs?
tàcle. '
Ce fut un vrai coup de théâtre. Déjà le Parisien était sur la crête du mUr.
Les policemen se Devant lui, c'étaient des jardins incultes.
regardaient^ébahis. —
Quant au secrétaire, il doutait encore. Sûrement, dit-il, ils l'ont emmené par là,
— cherchons ! cherchons !...
Voyons, dit-il, ne nous emballons pas...
Beaucoup de couteaux se ressemblent...
— Oui, fit Fabien,
beaucoup de couteaux
se ressemblent en effet, mais tous ne portent DIV
pas gravés sur le manche les initiales L. G. et
le mot PARIS. Les amis de Steiner
Cette fois, le secrétaire était démonté.
— Vous avez
raison, dit-il, il y a là-dessous Les recherches . durèrent longtemps, mais
quelque chose d'étrange... Cherchons encore... n' aboutirent à rien.
On eut beau chercher, on ne découvrit per- Les traces de pas que l'on avait découvertes
sonne dans la maison, mais il était prouvé sur le sol cessèrent bientôt et on ne sut de quel
maintenant - \
qu'on y était venu. côté se diriger.'
— Le doute n'est Fabien était "furieux...
plus possible, dit enfin le
secrétaire... Des bandits se sont introduits ici Il devinait bien que Grondard ne devait
et se sont enfuis par cette porte, dès qu'ils ont pas être loin de là, mais où le trouver ?
été surpris. \ Toutes les maisons avoisinant la sinistre
— Il faut les M. Voirin.
retrouver,.s'écria bicoque furent visitées les unes après les autres
— Nous allons
essayer, répondit le secré- malgré les vives protestations de leurs loca-
taire, mais je crains que cela ne soit pas très taires qui juraient leurs grands dieux n'avoir
facile. Nous avons affaire à des hommes très .jamais vu chose pareille.
habiles...
Dans le jardin entouré de murs donnant
sur des terrains vagues, Fabien qui était déci- Comme la nuit tombait, le secrétaire crut
dément en veine, fit une autre découverte. devoir retourner vers son chef, mais il laissa
UOfi LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN

auprès des aviateurs les quatre policemen savait certainement capable de tout puisqu'il
qu'il avait amenés avec lui. lui avait demandé de faire disparaître les
Les recherches continuèrent. aviateurs français.
Pauvres aviateurs ! <S'ils avaient pu se Donc Hartmann, que Steiner le sût ou non,
douter qu'ils s'égaraient sur de fausses pistes. était le chef de la bande des hommes aux mas-
Ils croyaient Grondard près d'eux et ce- ques de velours que la police new-yorkaise
pendant, l'infortuné mécanicien était à l'autre avait désignée sous le nom de bande des X....
bout de New-York. Comment l'aviateur allemand était-il par-
Quelques lignes d'explication sont ici néces- venu à prévenir Hartmann ?

— Eh bien ? questionna M. Voirin, avez-vous découvert quelque chose ?


(page 1399).
saires pour jeter un peu de lumière sur cette Etait-ce par dépêche ? L'avait-il vu ?
extraordinaire aventure. S'était-il rencontré avec lui lors de son pas-
Comme M. Voirin et ses amis l'avaient'sup- sage à New-York ?
posé tout d'abord, il y avait du Steiner là- Toujours est-il qu'il avait trouvé le moyen
dessous. de s'aboucher avec lui et de le charger d'une
L'affreux gredin qui avait des amis partout- triste besogne.
en vertu de cet adage que les brigands se
rencontrent toujours, le gredin, disons-nous, DV
avait trouvé le moyen de se mettre en rap-
ports avec un certain Hartmann qu'il avait Où Grondard croit bien que sa
connu autrefois à Leipzig et qui avait brus- dernière heure est arrivée
quement émigré en Amérique.
Les anciens amis avaient toujours cor- Hartmann avait aussitôt donné des instruc
- - tions à ses hommes.
respondu;
Peut-être Steiner ignorait-il que son compa- Ces instructions consistaient à s'emparer,
triote exerçait des métiers bizarres, mais il le des aviateurs.
LES AVENTURES D'UN APPRENTI PARISIEN 1407

Cependant, la chose n'allait pas sans dif- apens et il attendit longtemps les trois autres
ficultés. aviateurs.
Une fois qu'on aurait mis la main sur eux, Par un heureux hasard, M. Voirin, Fabien
où les conduirait-on ? et Francis, au lieu de sortir par la grande porte
C'est alors qu'Hartmann qui était homme de l'usine Toppfer sortirent par une issue
de ressource avait pensé à la maison hantée. qui donnait sur une place voisine.
Ce fut une heureuse inspiration. Ils, durent à cela de ne pas être capturés
Malheureusement, la bande des X... était, comme l'infortuné Grondard.
comme les fameux carabiniers d'Ofïenbach, Celui-ci fut conduit dans la maison hantée.
arrivée trop tard pour s'emparer des trois Le pauvre contremaître était toujours
aviateurs, des quatre en comptant Francis, évanoui tant avait été forte la commotion
qui n'était point quantité négligeable. qu'il avait ressentie à la suite du coup qu'on
Leur chef avait laissé échapper l'occasion lui avait porté.
favorables Quand il revint à lui, il se trouvait dans une
Il est vrai qu'à ce moment, il était pris par pièce délabrée, attaché sur une chaise.
d'autres occupations. Devant lui, deux hommes dont le visage
Le métier de bandit n'est pas une sinécure. était dissimulé par un loup de velours noir,
Il y a quelquefois du travail pressé qu'il le menaçaient de leurs revolvers.
faut enlever vivement. L'un d'eux, qui n'était autre qu'Hartmann
Bref, Hartmann, le compatriote et l'ami do lui dit d'une voix dure :
— Nous te tenons et tu
Steiner, n'avait pu s'occuper des aviateurs peux être sûr que
que lors de leur retour à New-York. tu ne nous échapperas point Dans quelques
instants, tes compagnons te rejoindront.
Grondard qui était d'une force herculéenne
N'ayant pu les prendre tous les quatre à la essaya. de rompre ses liens.
fois, il avait commencé par Grondard, ce qui Comme il avait déjà fait craquer une corde,
n'était pas la besogne la moins difficile, car on le ficela de nouveau et cette fois avec une
le contremaître était fort comme un taureau. telle force que le pauvre garçon comprit que
L'enlèvement s'était opéré avec rapidité. ... toute résistance était inutile.
Au moment où Grondard sortait des ateliers Cependant, il eut un jnoment d'espoir, il
Toppfer pour aller chercher son veston qu'il voyait ses geôliers inquiets.
avait laissé dans un bar des environs, quatre Il devina que l'on venait à son secours.
hommes l'avaient entouré et pendant que l'un Mais bientôt, il se sentit enlevé. On lui mit
d'eux l'étourdissait au moyen d'un bag-maul, un bandeau devant les yeux et on l'entraîna
sorte de sac oblong rempli de sable, les trois hors de la maison.
autres le ligotaient à la hâte et le jetaient dans Comme il résistait, un coup de bag-maul
une automobile qui stationnait près de là. l'étourdit pour la seconde fois...
Hartmann lui-même commandait le guet- (A suivre.)

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Fascicule

LA BANDE DES X...