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Chapitre 1 : OBJET, CONCEPTS FONDAMENTAUX ET METHODE

Une société est confrontée à de nombreuses décisions. Elle doit décider de quels travaux seront réalisés et qui les entreprendra. Certains devront produire de la nourriture, d’autres des vêtements et d’autres consacreront leur temps à développer des logiciels informatiques. Après avoir affecté certaines personnes à certains travaux, la société doit aussi allouer les revenus de facteurs et organiser l’échange de biens et services produits. En fonction des dotations factorielles initiales, des revenus et des prix, certains pourront consommer du beurre alors que d’autres se contenteront de margarine. Certains conduiront une Porsche alors que d’autres devront prendre le bus. La gestion des ressources dans une société est très importante car les ressources sont rares. Cela signifie que la société ne peut satisfaire les besoins de tout le monde. L’objet de ce chapitre introductif est de procéder à un rappel de l’objet de la science économique, de quelques concepts fondamentaux en analyse économique et de la méthode de l’analyse économique.

I/ Introduction 1 Objet de la science économique Les biens sont utiles dès lors qu’ils peuvent servir à un usage quelconque c’est-à-dire dès lorsqu’ils répondent à un besoin quelconque et en permettent la satisfaction. Les biens utiles n’existent à notre disposition qu’en quantité limitée. Ils n’existent pas dans une ampleur telle que chacun de nous en trouve à sa portée à volonté pour satisfaire entièrement ses besoins. Cette section porte sur la définition de la science économique et la notion de bien économique. A/ Définition de la science économique Selon Walras (1874), la richesse est l’ensemble des biens matériels et immatériels rares. En d’autres termes, ce sont les biens qui, d’une part, nous sont utiles et d’autre part, n’existent à notre disposition qu’en quantité limitée. Les biens et services s’échangent généralement sur des marchés et sont pour cette raison au cœur de l’analyse économique. A l’origine de cet échange se trouve l’utilité que procure un bien ou un service. C’est d’elle que dépend le prix des biens et services. Dans le langage usuel, un objet est

C’est d’elle que dépend le prix des biens et services. Dans le langage usuel, un objet
C’est d’elle que dépend le prix des biens et services. Dans le langage usuel, un objet

supposé utile ou ayant une valeur s’il sert à quelque chose. Les économistes donnent un contenu quelque peu différent à la notion d’utilité. S’appuyant sur le philosophe anglais J. Bentham (1798), ils considèrent qu’un bien est utile à l’individu s’il procure un sentiment de bonheur, encore dit de satisfaction ou de bien-être, et ce, indépendamment du fait qu’il serve ou non à quelque chose. Cette vision de l’utilité est hédoniste et elle explique que celle-ci puisse augmenter non seulement grâce à une consommation accrue de nourriture, mais également avec la possibilité de contempler des fleurs ou un tableau de maître. C’est cette vision hédoniste de l’utilité qui a été retenue dans l’analyse économique moderne, lui donnant un champ d’observation plus large des comportements humains. Par définition, selon la théorie néoclassique standard, l’utilité d’un panier de consommation quelconque (combinaison de quantités de deux biens x et y consommées par un individu) mesure la satisfaction globale qu’un individu retire de la consommation de ce panier de biens. Elle peut porter sur les quantités consommées de biens ou sur les caractéristiques des biens comme l’illustre Lancaster (1956). Comme les biens et services ne sont disponibles qu’en quantité limitée, la science économique se caractérise par l’étude de situations de rareté. Par rareté, on entend ici le fait que tous les biens ne sont disponibles qu’en quantité limitée. Selon Raymond Barre (1959), « la science économique est la science de l'administration des ressources rares. Elle analyse et explique les modalités selon lesquelles un individu ou une société affecte des moyens limités à la satisfaction de besoins nombreux et illimités ». En d’autres termes, elle est la science de l’administration de ressources rares face à des besoins concurrents et illimités. C’est la science des richesses, des échanges et des choix efficaces. Lorsque les quantités disponibles sont fixées, la rationalité permet de choisir le meilleur niveau étant données les contraintes de budget de l’agent économique. Les demandes émanent des consommateurs, des producteurs et de l’Etat. La production et la répartition de biens et services permettent de contourner momentanément le problème de la rareté.

de biens et services permettent de contourner momentanément le problème de la rareté. F. J. Cabral
de biens et services permettent de contourner momentanément le problème de la rareté. F. J. Cabral

B/ Notion de bien économique Dans cette sous-section, nous définissons d’abord la notion de bien économique et procédons ensuite à une classification des biens économiques. B-1/ Définition Les biens économiques sont les moyens qui permettent de satisfaire les besoins. Ils sont relativement rares par rapport aux besoins illimités. Leur obtention exige un travail de la part de l’homme. Le bien économique est ainsi un bien rare. Si les ressources étaient disponibles en quantité infinie et si les quantités de biens disponibles pouvaient répondre aux besoins illimités, il n y aurait ni bien économique, ni science économique. Cette dernière ne tient donc pas compte des biens existant en quantité infinie. Elle limite son analyse à des phénomènes de rareté. Un bien économique se définit comme un objet matériel ou immatériel disponible en quantité finie et apte à satisfaire des besoins humains. Quel que soit le caractère abondant ou rare d’un bien ou d’un service, l’économiste utilise le concept de rareté pour l’apprécier. La rareté exprime le rapport de l’utilité à la quantité disponible. B-2/ Classification des biens économiques Dans leur ensemble, les biens et services économiques représentent une richesse économique puisque rares et utiles. Toutefois, ils ne constituent pas un ensemble homogène et peuvent donc être classés selon leurs caractéristiques propres. Biens matériels et biens immatériels Les biens matériels sont des objets physiques ayant un volume, un poids et pouvant être accumulés dans l’espace et le temps. Les biens immatériels aussi appelés services n’ont pas de volume ni de poids. On peut stocker des biens matériels mais pas toujours des biens immatériels ou services. Une voiture est un bien matériel stockable, le transport qu’elle permet est un service qui n’est pas stockable. Biens réels et biens financiers Les biens économiques peuvent être exprimés en terme réel et financier, la distinction portant sur la nature même des objets économiques. Les biens et services sont des biens réels produits. Les facteurs primaires comme la terre, le travail sont des biens réels non produits. La monnaie ou les créances sont des biens financiers.

travail sont des biens réels non produits. La monnaie ou les créances sont des biens financiers.
travail sont des biens réels non produits. La monnaie ou les créances sont des biens financiers.

Biens de consommation finale et bien de consommation intermédiaire On appelle bien de consommation l’ensemble des biens qui procurent une utilité au consommateur et qui sont détruits lors de leur usage. On distingue généralement les biens de consommation finale et les biens de consommation intermédiaires. On entend par bien de consommation finale tout bien qui est directement utilisé par le consommateur final (chemise, télévision, etc.). Un bien de consommation intermédiaire est un bien utilisé dans le processus de production d’un autre bien (farine dans la fabrication du pain, ciment dans la construction d’une maison, etc.). Ce dernier procure indirectement une utilité et est détruit lors de son usage. Biens de consommation et biens de production Cette classification est différente de la précédente. On appelle biens de production l’ensemble des objets économiques qui procurent indirectement une utilité et qui ne sont pas immédiatement détruits lors de leur usage (les ordinateurs utilisés par le centre d’appel téléphonique sont des biens d’investissement). Ces biens se déprécient dans le temps. Ces biens se caractérisent par leur durabilité et leur faculté à procurer des revenus futurs à leur acquéreur. Les biens de consommation (finale ou intermédiaire) disparaissent lors de leur usage (une radio utilisé par la famille est un bien de consommation finale). Biens de production matériels et immatériels Les biens de production peuvent être matériels ou immatériels. Concernant les biens de production matériels, on entend par biens d’investissement matériels l’ensemble des biens qui permettent de produire d’autres biens et des revenus sur plusieurs périodes. Au chapitre des biens de production immatériels, on entend par capital humain l’ensemble des capacités productives d’un individu. Les connaissances constituent du capital humain car elles s’apparentent à un capital. En effet, elles représentent un ensemble de services permettant de produire d’autres biens et procurant un revenu. Les biens stockables sont des biens qui résultent de l’accumulation de flux. On appelle stock une grandeur économique rapportée à un instant, comme par exemple le patrimoine d’un individu, le capital d’une entreprise ou encore la monnaie. On appelle flux une grandeur rapportée à une période, comme par exemple le salaire, la consommation, la production, l’investissement. Le capital humain est un stock de biens immatériels. L’éducation, la

l’investissement. Le capital humain est un stock de biens immatériels. L’éducation, la F. J. Cabral Page
l’investissement. Le capital humain est un stock de biens immatériels. L’éducation, la F. J. Cabral Page

formation ou la recherche scientifique sont des flux de biens immatériels et pour cette raison s’appellent aussi des investissements immatériels. Ils sont appelés à disparaître avec le temps; il y a donc une dépréciation naturelle des connaissances. Biens durables et biens non durables Cette distinction renvoie à la durée de vie des biens de consommation. Les biens de consommation non durables sont détruits dès leur premier usage (biens alimentaires) alors que les biens durables permettent un usage étalé dans le temps (ordinateur familial, scooter, etc.). Par définition, les services ne peuvent pas être des biens durables. Biens de consommation privée et bien de consommation collective Les biens ou services collectifs constituent une classe importante de biens économiques qui a été mis en évidence par Samuelson (1970). Parmi les biens de consommation, il convient de distinguer les biens privés et les biens collectifs. Les biens de consommation privée font normalement l’objet d’une appropriation individuelle dont l’utilisation est susceptible d’engendrer des encombrements ou des congestions (par exemple, le téléphone ou internet). Ils se caractérisent par leur propriété de rivalité et d’exclusion par le prix. Le principe de rivalité signifie que deux agents ne peuvent pas bénéficier en même temps du même bien (attente au téléphone, par ex.). Cette propriété de rivalité fonde généralement la divisibilité des biens de consommation privés. Ces biens sont dits divisibles car la satisfaction que le consommateur tire de ce type de bien dépend de la quantité du même bien dont disposent d’autres consommateurs. Le principe d’exclusion par le prix exprime le fait qu’un consommateur ne peut disposer d’un bien que s’il en paie le prix. Les biens de consommation collective ou bien collectifs correspondent aux biens économiques dont plusieurs consommateurs peuvent jouir en même temps. On les identifie généralement aux biens publics car ils sont produits par les pouvoirs publics. Ils se caractérisent par leur propriété de non rivalité et de non exclusion. La propriété de non rivalité signifie que la satisfaction que tire un agent de la consommation du bien public n’affecte pas celle d’un autre agent (ex. éclairage public). La propriété de non exclusion signifie qu’un agent économique ne peut pas exclure un autre agent de la jouissance du bien public (ex. route). Le bien public est dit indivisible puisque son utilisation par un individu n’affecte en rien l’utilisation de ce même type de bien par un autre individu. Les

individu n’affecte en rien l’utilisation de ce même type de bien par un autre individu. Les
individu n’affecte en rien l’utilisation de ce même type de bien par un autre individu. Les

biens publics sont à la disposition de tous et pour cette raison peuvent faire l’objet d’effets d’encombrement encore appelés effets externes. Ex. si le nombre de dossiers qu’un juge doit traiter augmente, la qualité du service que reçoivent les justiciables peut baisser. On distingue trois types de biens collectifs :

- les biens collectifs purs : ce sont les services fournis par l’administration publique (défense nationale, justice, sécurité, administration générale). Ce sont des services créés en dehors des besoins ponctuels. On en bénéficie chaque fois qu’on en éprouve le besoin.

- les biens collectifs mixtes encore appelés biens quasi-collectifs : ils ne présentent pas toutes les caractéristiques des biens collectifs purs (santé, éducation, transport). Ils se distinguent des biens collectifs purs d’abord parce qu’ils peuvent être fournis par des services publics ou privés, ensuite parce que les individus accèdent différemment à leur consommation (ex. éducation non uniforme pour tout le monde).

- les biens collectifs sous tutelle : ces biens sont l’expression du rôle de protection sociale que doit jouer l’État. Ainsi l’État imposera, interdira ou surveillera la consommation de certains biens et services (vaccination, interdiction de stupéfiants, régulation de la vente de médicaments). Services marchands et services non marchands Les services sont dits marchands lorsqu’ils donnent lieu à un échange sur un marché et que le prix est supérieur au coût de production. Ils sont dits non marchands lorsqu’ils sont fournis gratuitement ou lorsque leur prix ne couvre pas le coût de production.

II/ Introduction 2 Concepts fondamentaux de l’analyse économique L’économie étant l’étude de la manière dont la société alloue ses ressources rares, les économistes sont donc amenés à étudier les processus de prise de décision et d’interaction des agents ? L’objet de cette section est de comprendre comment les agents prennent leurs décisions et interagissent et comment l’économie fonctionne dans son ensemble. Dans cette analyse, un survol de quelques concepts fondamentaux de l’analyse économique sera proposé.

analyse, un survol de quelques concepts fondamentaux de l’ analyse économique sera proposé. F. J. Cabral
analyse, un survol de quelques concepts fondamentaux de l’ analyse économique sera proposé. F. J. Cabral

A/ La prise de décision chez les agents économiques Combien de temps les individus travaillent ? Qu’est ce qu’ils achètent ? Combien ils épargnent et comment ils investissent cette épargne ? Toutes ces questions impliquent que les individus fassent des choix.

1.

Choix

Prendre une décision revient à comparer deux objectifs et à faire un choix. Pour obtenir une chose qui nous tente, il nous faut en général renoncer à autre chose. Prenons le cas d’une étudiante qui doit allouer sa ressource la plus importante : son temps. Elle dispose de 70 heures par semaines. Supposons qu’elle doive l’allouer à deux disciplines :

l’économie et les maths. Elle peut les consacrer en totalité à l’économie ou en totalité aux maths ou bien encore partager son temps entre les deux disciplines. Pour chaque heure consacrée à l’un des enseignements, elle a dû renoncer à une heure de l’autre. Et pour chaque heure consacrée à ses études, elle a dû renoncer à regarder la télé, lire ou effectuer des travaux domestiques. Considérons à présent des parents qui doivent prendre la décision suivante : comment dépenser le revenu familial ? Ils peuvent acheter de la nourriture, des vêtements ou s’offrir des vacances. Ou bien économiser une partie de leurs revenus pour leur future retraite ou pour le financement de l’éducation de leurs enfants. Chaque franc CFA qui sera dépensé sur l’un de ces biens ou services est un franc CFA qui ne sera plus disponible pour un autre bien ou service. Quand les individus sont regroupés dans une société, ils sont confrontés à d’autres types de choix. Le choix traditionnel oppose la nourriture aux armes. Plus on dépense en défense nationale pour protéger le pays (les armes), moins il restera à dépenser pour améliorer notre niveau de vie à l’intérieur (la nourriture). Dans les sociétés modernes, un choix devenu vital oppose environnement propre et niveau de revenu. Les lois qui contraignent les entreprises à réduire les niveaux de pollution génèrent une augmentation des coûts de production des biens et services. Les entreprises font donc moins de profit, payent des salaires inférieurs à leurs employés, augmentent les prix de leurs produits. En définitive, les lois anti-pollution nous procurent un environnement plus salubre mais elles le font au prix d’une baisse des revenus des propriétaires, des employés et des clients des firmes polluantes. Les externalités ou effets externes désignent des situations où l’action

firmes polluantes. Les externalités ou effets externes désignent des situations où l’action F. J. Cabral Page
firmes polluantes. Les externalités ou effets externes désignent des situations où l’action F. J. Cabral Page

d’un agent économique influe sur la situation d’autres agents. On distingue les externalités positives des externalités négatives. Une externalité positive ou économie externe désigne une situation où un agent est favorisé par l’action d’un tiers sans qu’il ait à payer. Une externalité positive ou économie externe désigne, quant à elle, une situation où un agent est défavorisé par l’action d’un tiers sans qu’il en soit compensé. Deux solutions sont généralement évoquées afin d’internaliser la pollution qui est une externalité négative :

- la taxe Pigou : c’est une taxe destinée à intégrer les externalités négatives induites par l’action de polluer d’où le principe pollueur-payeur;

- le marché des droits à polluer : les externalités négatives conduisent les marchés à produire plus que l’optimum social puisque le bénéfice privé s’écarte du bénéfice social. La solution de marché consiste à inciter les agents économiques à internaliser l’externalité en amenant offreurs et demandeurs à intégrer les conséquences de leurs actions. C’est ce qui a donné lieu au marché de crédits de carbone.

La société doit également fait un choix quant à l’arbitrage efficacité-justice sociale. La science économique moderne s’est construite autour de la notion d’efficacité. La question centrale qu’elle traite est, en effet : comment utiliser au mieux des ressources rares ? A partir d’institutions anciennes, qui remontent notamment à Adam Smith, la science économique a tenté de préciser ce qu’il fallait entendre par « au mieux ». La théorie élaborée par L. Walras et V. Pareto, et qui reste au cœur de la science économique après avoir été affinée tout au long de ce siècle, est fondée sur deux piliers : celui d’une conceptualisation précise de l’efficacité (optimum de Pareto) et celui des moyens permettant de la réaliser (équilibre général). En simplifiant, tout cela se résume au « théorème » suivant : on peut atteindre un optimum de Pareto en organisant les échanges par un système de prix des biens et services, système issu d’un processus de planification ou d’un marché de concurrence pure et parfaite. La planification étant, en fait, difficilement réalisable 1 , la science économique conclut que le marché concurrentiel est le seul moyen d’obtenir une allocation efficace. L’efficacité renvoie à la capacité

1 l’exemple de l’ex-URSS en atteste.

efficace. L’efficacité renvoie à la capacité 1 l’exemple de l’ex -URSS en atteste. F. J. Cabral
efficace. L’efficacité renvoie à la capacité 1 l’exemple de l’ex -URSS en atteste. F. J. Cabral

d’obtenir le plus possible à partir des ressources rares de la société. Au sens de la production, une situation est dite efficace si l’allocation des ressources rares entre les différents producteurs et leur utilisation conduisent à un ensemble de biens produits tel qu’il n’existe pas d’autres ensemble comportant plus de chacun des biens produits. En d’autres termes, si on appelle domaine de production l’ensemble des points qui représentent les possibilités de production, les situations efficaces constituent la frontière de ce domaine. La frontière des possibilités de production représente donc l’ensemble des combinaisons de biens et services qu’une économie peut produire, compte tenu de l’état de la technologie et des quantités disponibles de facteurs de production. Nous pouvons, par extension, étendre cette notion aux consommateurs si nous supposons que ces derniers ont une fonction d’utilité, munie de certaines propriétés restrictives, mesurant la satisfaction qu’ils retirent des biens qu’ils consomment. Il y a efficacité économique dans la production et la consommation, si on ne peut trouver une situation alternative où la production (consommation) d’un producteur (consommateur) pourrait augmenter sans que ne baisse la production (consommation) d’un ou de plusieurs producteurs (consommateurs). Cette situation est connue sous le nom d’optimum de Pareto en référence à Vilfredo Pareto (1848-1923) qui en établit le contenu. Les tenants du libéralisme s’appuient, en partie, sur cet apport théorique pour revendiquer une intervention limitée de l’Etat dans la sphère économique. La « théorie standard » est donc présentée comme « neutre » quant à la justice sociale, fondée seulement sur les préférences individuelles entre lesquelles l’économiste s’interdit tout arbitrage, ce dernier étant laissé aux décideurs politiques. Pr F. Hayek (1976), l’idée de justice sociale est vide de sens. Selon cette vision qui devient parfois une idéologie, l’économiste n’a rien à dire de l’équité. Cette hypothèse de séparation entre économie et politique est, tout de même, intenable. La justice sociale fait référence aux notions d’égalité et d’équité. La notion d’égalité ne présente pas une signification précise en économie. Elle renvoie à un état où chaque consommateur atteint le même niveau de satisfaction ou plus concrètement si chaque individu dispose du même niveau de ressource. Quant à la notion d’équité qui se rapproche le plus de celle de justice sociale, elle est encore plus vague et relève d’une appréciation morale subjective. De façon pratique, on dira d’une situation qu’elle est

d’une appréciation morale subjective. De façon pratique, on dira d’une situation qu’elle est F. J. Cabral
d’une appréciation morale subjective. De façon pratique, on dira d’une situation qu’elle est F. J. Cabral

équitable si elle satisfait les critères qui font l’objet d’un large consensus dans une société donnée. La justice sociale consisterait à distribuer équitablement entre les membres de la société les produits de ses ressources. Selon Aristote, « tous les hommes sont d’avis que le juste consiste en une certaine égalité ». Toute la question est de savoir de quelle égalité il s’agit : égalité devant la loi ? Egalité des chances ? Egalité des situations ? Egalité des patrimoines ou des revenus ? Il existe donc divers « principes de justice » au regard desquels telle ou telle situation sera jugée socialement juste ou injuste. La « Théorie de la justice » de J. Rawls (1971) propose une théorie de la « justice comme équité ». Cette dernière s’efforce d’être compatible avec la pluralité des conceptions du bien à partir de deux principes de justice :

- les individus doivent bénéficier d’un droit égal pour tous aux libertés de base (liberté d’expression, liberté d’aller et de venir, liberté religieuse, etc.);

- les inégalités sociales doivent être attachées à des positions ouvertes à tous dans des conditions de « juste égalité des chances » et ces inégalités doivent être au plus grand avantage des membres les plus défavorisés. Pour A. Sen (prix Nobel 1998), la justice sociale doit viser à l’égalité des « capabilités ». Selon Sen, les « capabilités » sont une mesure de la liberté réelle de choix d’un individu. En effet, l’égalité des revenus n’assure pas l’égalité de l’accès aux biens et aux libertés entre individus qui ont des caractéristiques différentes. Les différences de « capabilités » résultent de facteurs naturels (âge, handicap physique, etc.) et sociaux (sexe, ethnie, interdits, etc.). En résumé, si l’efficacité renvoie à la « taille du gâteau », la justice sociale s’intéresse, quant à elle, à la façon de le partager. Quand un Gouvernement définit une politique, il n’est pas rare que ces deux objectifs soient en conflit. Considérons par exemple des politiques visant à assurer une distribution plus équitable du bien-être économique. Certaines de ces politiques comme le revenu minimum ou l’allocation chômage tentent d’aider les membres les plus démunis de la société. D’autres comme l’imposition du revenu des personnes physiques imposent à ceux qui ont financièrement réussi une contribution plus grande aux recettes de l’État. Si elles ont le mérite de favoriser une plus grande justice sociale, ces politiques ont un coût élevé en termes d’efficacité. Lorsque l’État redistribue des revenus des riches vers les pauvres, les

termes d’efficacité. Lorsque l’État redistribue des revenus des riches vers les pauvres, les F. J. Cabral
termes d’efficacité. Lorsque l’État redistribue des revenus des riches vers les pauvres, les F. J. Cabral

individus sont moins incités à travailler dur et, par conséquent, produisent moins de biens et services. En d’autres termes, quand l’État essaie de partager le « gâteau » en parts plus égales, le « gâteau » devient plus petit. Savoir que les agents devront prendre des décisions ne nous renseigne pas sur les décisions qui seront ou devront être prises. Notre étudiante ne doit pas abandonner les études de maths uniquement pour libérer plus de temps pour l’économie. La société ne doit pas cesser de protéger l’environnement au motif que cela réduit notre niveau de vie. Les plus démunis ne peuvent être abandonnés à leur sort au motif que l’aide qui leur est accordée réduit l’effort de ceux qui font l’objet d’une ponction de revenus. Il est tout de même important de reconnaître l’existence de ces choix si l’on veut être en mesure de prendre des décisions en appréciant le coût d’opportunité des actions possibles à entreprendre.

2. Coût d’opportunité

Le coût d’opportunité a été introduit dans l’analyse économique pour mesurer ce que coûte à un agent ou à une nation. En effet, dans la plupart des sociétés, les ressources sont

allouées non pas par un organisme central de planification mais par les actions combinées de millions d’agents économiques (individus, ménages et entreprises). Chaque décision prise par un agent économique implique un coût d’opportunité. Par conséquent, prendre une décision implique d’être capable de comparer des coûts et des bénéfices de diverses options possibles. Toutefois, dans de nombreux cas, le coût d’une action n’est pas aussi évident qu’il n y paraît. Prenons par exemple la décision d’aller à l’Université. Le bénéfice escompté est représenté par l’enrichissement intellectuel et la probabilité de décrocher un emploi plus qualifié. Mais quel en est le coût ? Répondre à cette question suppose d’additionner les dépenses en matière de frais de scolarité, de livres, d’hébergement et de nourriture. Ces coûts totaux ne représentent pas tout ce à quoi nous avons renoncé pour passer une année universitaire. En effet, le coût d’une année à l’Université inclut des éléments qui ne sont pas à proprement parler des coûts liés à l’université. A supposer qu’on arrête ses études, nous aurons besoin d’un gîte et d’un couvert. Le gîte et le couvert étant des éléments du coût de la vie, ils ne sont pas spécifiques à l’Université. Ils ne le deviennent que dans la

coût de la vie, ils ne sont pas spécifiques à l’Université. Ils ne le deviennent que
coût de la vie, ils ne sont pas spécifiques à l’Université. Ils ne le deviennent que

mesure où leur montant à l’Université excède leur montant ailleurs. Il est bien possible que le prix d’une chambre universitaire soit inférieur à ce qu’il nous coûterait en ville. Dans ce cas, l’économie réalisée constitue un bénéfice lié à la poursuite d’études universitaires. De plus, le calcul évoqué ci-haut ignore l’élément de coût le plus important : notre temps. Lorsque nous consacrons une année à suivre un cours, lire des manuels et rédiger des mémoires, c’est autant de temps que nous passons hors de la vie active professionnelle. Pour la plupart des étudiants, le principal facteur de coût de l’éducation universitaire est la somme des salaires auxquels il a fallu renoncer. Le coût d’opportunité d’un bien, c’est bien ce à quoi on renonce pour obtenir le bien désiré. De façon générale, le coût d’opportunité peut être défini comme un coût de renonciation. Il mesure le sacrifice supporté. Au moment de faire un choix, l’agent économique doit donc être capable d’évaluer le coût d’opportunité associé à chaque action possible afin de prendre une décision rationnel.

3.

Rationalité

Selon M. Allais (prix Nobel 1998), « un homme est réputé rationnel lorsqu’il poursuit des fins cohérentes avec elles-mêmes; qu’il emploie des moyens appropriés aux fins poursuivies ». Le consommateur et le producteur de la théorie néo-classique sont rationnels au sens ainsi défini qui correspond à la rationalité substantielle (ou substantive). Les avis des économistes divergent sur la signification et le statut de la rationalité. Certains auteurs considèrent que la rationalité est inhérente à l’action humaine dans la mesure où toute action est intentionnelle et où chaque individu recherche les moyens les plus adaptés pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. Selon Von Mises (1949), « l’agir humain est nécessairement toujours rationnel ». Pour d’autres auteurs, la rationalité n’est qu’une hypothèse. La rationalité économique constitue l’hypothèse centrale de la théorie économique. Cependant les auteurs qui adoptent ce point de vue relativisent la portée de leur choix. Pour E. Phelps, « rares sont les économistes qui seraient prêts à défendre l’idée que l’hypothèse de rationalité est très réaliste. Tout le monde n’est pas rationnel et il est probable que personne n’est rationnel

réaliste. Tout le monde n’est pas rationnel et il est probable que personne n’est rationnel F.
réaliste. Tout le monde n’est pas rationnel et il est probable que personne n’est rationnel F.

en toute circonstance et en permanence ». On distingue ainsi les concepts de rationalité limitée et substantive de celle de rationalité procédurale. Le concept de rationalité limitée, introduit par H. Simon (prix Nobel 1978) signifie que les agents économiques ont des informations et des capacités de calculs insuffisantes pour parvenir à maximiser leur fonction d’objectif. Les individus vont donc parmi les divers choix possibles dont ils ont connaissance, retenir celui qui leur semble le plus favorable, sans être certains qu’il s’agit du meilleur choix possible parmi toutes les opportunités qui s’offrent à eux. Le concept de rationalité substantive signifie, quant à lui, que l’agent économique dispose de toute l’information nécessaire (la rationalité est illimitée) et qu’il adopte la solution unique qui est objectivement préférable à toutes les autres. Cela suppose que l’agent est capable d’examiner tous les choix possibles, de les comparer et d’adopter le meilleur. Le modèle microéconomique standard est fondé sur cette forme de rationalité. Quant au concept de rationalité procédurale, il signifie qu’une décision est rationnelle dès lors que le processus ayant conduit à cette décision fait l’objet d’une délibération

appropriée. La rationalité ne repose pas ici sur le contenu de la décision mais sur la méthode de prise de décision. Dans ce sens, la rationalité procédurale se distingue de la rationalité substantive. Il ne faut pas, non plus confondre la rationalité limitée qui résulte de l’information imparfaite et la rationalité procédurale qui découle de la méthode utilisée pour parvenir à une décision, en dépit de l’imperfection de l’information. Les agents rationnels adoptent d’usage un raisonnement à la marge. En effet, ils prendront, dans la plupart du temps, les meilleures décisions en raisonnant à la marge.

4.

Marginalisme

La théorie marginaliste (ou marginalisme) remonte à la théorie de l’utilité marginale élaborée par dans les années 1871-1874 par trois économistes : l’Anglais W. S. Jevons (1835-1882), l’Autrichien K. Menger (1840-1921) et le français L. Walras (1834-1910). Le raisonnement à la marge était déjà utilisé par D. Ricardo (1772-1823) dans la théorie

de la rente différentielle. De nombreuses décisions de la vie courante impliquent de petits ajustements à la marge d’un plan d’action préexistant. Une illustration en est donnée à l’aide de l’exemple suivant.

plan d’action préexistant. Une illustration en est donnée à l’aide de l’exemple suivant. F. J. Cabral
plan d’action préexistant. Une illustration en est donnée à l’aide de l’exemple suivant. F. J. Cabral

Imaginons qu’un de vos amis vous demande votre avis sur le nombre d’années d’études à faire. Si vous comparez les styles de vie d’un élève d’une grande école et d’un apprenti, votre ami vous fera remarquer à juste titre que votre comparaison ne lui est pas d’un grand secours. La question que se pose votre ami, qui a déjà consacré quelques années à ses études, est de savoir s’il y consacre encore une année de plus ou deux ou pas. Pour prendre cette décision, il doit comparer les bénéfices additionnels qu’il retirera d’une année supplémentaire aux coûts additionnels engendrés par cette année. En comparant le bénéfice marginal au coût marginal, il pourra décider si cela vaut la peine de faire une année d’étude supplémentaire. En règle générale, les agents économiques prennent les meilleures décisions en raisonnant à la marge. Un agent rationnel n’engage une action que si et seulement si le bénéfice marginal de celle-ci est supérieur à son coût marginal. En d’autres termes, les incitations joueront un rôle important dans sa décision. En règle générale, agents économiques interagissent et les décisions prises par un agent ont des effets sur les autres agents. B/ Interactions entre les agents économiques Les concepts énoncés ci-haut concernent essentiellement la prise de décision individuelle. Toutefois, les décisions d’un agent économique affectent aussi les autres agents et l’économie dans son ensemble. Les concepts qui suivent portent sur les interactions entre les agents économiques.

1.

Incitations

Dans la mesure où les agents prennent leurs décisions en comparant coûts et bénéfices, leur comportement changera quand les coûts ou les bénéfices changeront. En d’autres termes, les agents réagissent aux incitations. Par exemple, si le prix des céréales d’origine

importée augmente, les consommateurs demanderont plus de céréales d’origine locale 2 . Les producteurs de céréales locales décideront d’embaucher de nouveaux employés afin d’augmenter leurs récoltes dans la mesure où la vente de céréales locales s’avère plus profitable. Sur un marché walrasien, le mécanisme des prix relatifs constituent une procédure d’incitation suffisante, étant donné les comportements maximisateurs des agents économiques. L’examen des interactions stratégiques conduit à étudier des situations

2 En fonction de l’élasticité selon laquelle ils peuvent substituer le produit local au produit importé.

de l’élasticité selon laquelle ils peuvent substituer le produit local au produit importé. F. J. Cabral
de l’élasticité selon laquelle ils peuvent substituer le produit local au produit importé. F. J. Cabral

avec information asymétrique dans lesquelles certains agents sont mieux informés que d’autres. L’économie de l’information étudie les comportements d’agents confrontés à des problèmes d’acquisition d’information. Dès lors que l’on prend en compte les asymétries d’informations et l’existence de comportements opportunistes de la part des agents, on doit mettre en place des procédures d’incitation. Par exemple, en matière de contrat du travail, la mise en place d’un salaire au rendement est une procédure d’incitation. C’est parce que les mécanismes de marché et les contrats ne suffisent pas à coordonner les actions des agents économiques que des incitations sont mises en place. La théorie des incitations naît avec la prise de conscience, dans les années 70, de l’importance cruciale des asymétries informationnelles dans l’analyse des mécanismes microéconomiques. Les travaux de Akerlof en 1970 sur l’équilibre d’un marché avec information imparfaite, de Mirsless en 1971 sur la fiscalité optimale et de Vickrey en 1961 sur la théorie des enchères apparaissent comme précurseurs d’une évolution qui a profondément modifié l’analyse des marchés et des organisations. L’analyse des incitations se fera principalement dans le cadre du modèle principal-agent avec action cachée ou information cachée. Le premier cas correspond au problème de risque moral (ou aléa moral ou hasard moral) et le second à l’antisélection (ou sélection adverse). Il y a antisélection ou sélection adverse sur un marché lorsque l’asymétrie d’information conduit à éliminer les produits et/ou les agents économiques de meilleure qualité. Selon Akerlof (prix Nobel 2001), sur le marché des véhicules d’occasion, si les acheteurs ignorent la qualité exacte des véhicules proposés, ils n’accepteront pas de payer un prix élevé justifié par la bonne qualité d’un véhicule. Dans ces conditions, les offreurs de véhicules de bonne qualité finiront par se retirer du marché où seuls les véhicules en mauvais état seront offerts. Il y a risque moral (ou aléa moral ou hasard moral) lorsqu’après la signature d’un contrat, l’action cachée de l’une des parties porte préjudice à l’autre en raison de l’asymétrie d’information qui existe entre elles. Cette situation résulte du fait que l’un des deux contractants adopte un comportement opportuniste parce que l’autre partie n’est pas en mesure d’observer ce comportement ou de déterminer si ce dernier est approprié aux circonstances. Ces deux situations d’asymétrie d’information peuvent constitue ainsi un frein aux échanges.

deux situations d’asymétrie d’inf ormation peuvent constitue ainsi un frein aux échanges. F. J. Cabral Page
deux situations d’asymétrie d’inf ormation peuvent constitue ainsi un frein aux échanges. F. J. Cabral Page

2.

Échange

L’échange désigne l’acte économique aboutissant à la cession d’un bien ou d’un service entre deux agents économiques, cette cession étant assortie d’une contrepartie. L’échange peut être monétaire ou non monétaire (on parle alors de troc). Il peut également s’agir d’un don. Pour comprendre comment l’échange profite, en général, à deux partenaires, raisonnons à l’échelle d’un ménage et voyons comment les échanges l’affectent. Quand un membre d’un ménage cherche du travail, il se trouve en concurrence avec des membres d’autres familles également à la recherche d’un emploi. Les ménages sont également en concurrence lorsqu’ils font leurs emplettes, chacun cherchant à obtenir les meilleurs produits aux meilleurs prix. On peut donc dire que dans une économie, chaque ménage est en concurrence avec les autres. Pour autant, votre ménage ne se porterait pas mieux s’il vivait isolé du reste du monde. Si tel était le cas, il vous faudrait produire votre nourriture, fabriquer vos vêtements et construire votre maison. Votre ménage a donc tout à gagner à échanger avec les autres. Cet échange permet à chacun de se spécialiser dans les activités qu’il fait le mieux (agriculture, artisanat, btp, etc.). Grâce aux échanges, les agents peuvent s’offrir une plus grande variété de biens et services à moindre coût. Ce qui est vrai pour un ménage l’est également pour un pays. Selon Samuelson (1983), la libéralisation des échanges est meilleure qu’une situation d’autarcie. En effet, l’échange entre deux nations profite aux deux partenaires. L’échange international autorise les divers pays à se spécialiser dans leurs domaines d’excellence et à bénéficier d’une plus grande variété de biens et services. Les maliens, tout comme les ivoiriens, les français et les chinois sont autant nos partenaires que nos concurrents dans le marché mondial.

3. Marché

Au sens économique, le marché est le lieu, souvent abstrait, où se confrontent une offre et

une demande pour aboutir à des échanges. Il existe un marché pour chaque bien et chaque marché donne lieu à la formation d’un prix. Selon la microéconomie traditionnelle, les individus ont intérêt à participer à l’échange marchand et non à rester en situation d’autarcie. Elle aboutit à une conclusion selon laquelle seule une organisation extrêmement particulière des échanges permet d’aboutir à une situation où la société exploite au mieux les ressources dont elle dispose. La

à une situation où la société exploite au mieux les ressources dont elle dispose. La F.
à une situation où la société exploite au mieux les ressources dont elle dispose. La F.

microéconomie traditionnelle s’appuie sur un ensemble d’hypothèses qui ont pour but de décrire l’échange marchand. Ces hypothèses reposent sur deux principes : la rationalité substantive et la concurrence parfaite. Dans la sous-section portant sur la prise de décision chez les agents économiques, nous avons discuté de la notion de rationalité. Un marché est en concurrence parfaite s’il présente quatre caractéristiques : l’atomicité des participants (le marché comprend un grand nombre de vendeurs et d’acheteurs dont le volume des échanges individuels est négligeable par rapport au volume global des échanges), l’homogénéité (les agents échangent des biens rigoureusement identiques de telle sorte que les acheteurs sont indifférents par rapport à l’identité du vendeur), la libre entrée (afin que les vendeurs ne puissent pas mettre en place une collusion), la transparence (les agents sont parfaitement informés du prix et de la qualité du produit). Supprimer l’hypothèse d’atomicité conduit nécessairement à étudier des interactions stratégiques. La théorie des jeux constitue, à côté de l’économie de l’information, un des outils de la nouvelle microéconomie. L’objet de cette nouvelle microéconomie est d’étudier le comportement d’individus rationnels, dans un monde où l’information n’est pas parfaite, et où les décisions individuelles ne sont pas coordonnées par un commissaire-priseur. Le commissaire-priseur (ou arbitre de marché) est, dans le modèle de concurrence pure et parfaite, un personnage fictif qui « crie » les prix sur un marché, de manière à aboutir, par un processus de tâtonnement walrasien, à un prix d’équilibre. L’existence de ce commissaire-priseur assure une information parfaite et gratuite à tous ceux qui participent au marché. La théorie des jeux étudie la façon dont les individus rationnels règlent des situations conflictuelles. Elle analyse la signification de l’hypothèse de rationalité, lorsque la satisfaction (ou le profit) d’un agent est directement affectée par les décisions d’autres agents et définit des concepts de solution afin de prédire les situations auxquelles aboutissent les différentes configurations conflictuelles. Les individus peuvent choisir de coopérer, en prenant leurs décisions d’un commun accord ou bien se comporter de façon égoïste. On distingue la théorie des jeux non coopératifs et la théorie des jeux coopératifs. Les jeux statiques conduisent souvent à des scénarii non coopératifs où les joueurs choisissent des actions qui aboutissent à des situations sous-optimales. Les scénarii de

joueurs choisissent des actions qui aboutissent à des situations sous-optimales. Les scénarii de F. J. Cabral
joueurs choisissent des actions qui aboutissent à des situations sous-optimales. Les scénarii de F. J. Cabral

jeux coopératifs sont généralement obtenus au moyen d’une procédure de jeux dynamiques. Seule une coordination mettant en œuvre la coopération pourrait permettre d’éviter le gaspillage. Dans la théorie des jeux, les décisions n’étant pas coordonnées, n’ont aucune raison d’être compatible avec la réalisation de l’optimum de Pareto. En revanche, dans la microéconomie traditionnelle, c’est la coordination centralisée par un commissaire- priseur et l’absence d’interactions stratégiques (prix considéré comme donné qui évite des situations conflictuels entre agents) qui permettent de s’assurer de la réalisation de l’optimum de Pareto et de l’équilibre concurrentiel. Alors que l’on insiste sur le caractère décentralisé du marché walrasien, son fonctionnement est subordonné à la centralisation des intentions d’offre et de demande opérée par le truchement d’une « main invisible ».

4. Main invisible

Dans La Richesse des Nation, A. Smith (1776) faisait remarquer que « ce n’est pas de la bienveillance du boulanger ou du marchand de bière dont nous attendons notre diner mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts ». Par cette affirmation A. Smith suggère que la poursuite d’intérêts égoïstes devait conduire à la réalisation de l’intérêt général. En effet, en poursuivant son propre intérêt, l’individu fait souvent avancer, par le truchement d’une « main invisible », celui de la société plus efficacement que s’il y visait vraiment. Selon cette théorie de la main invisible, le jeu des intérêts égoïstes qui se déroule sur un marché suffit à harmoniser la vie économique. Le marché est donc un processus de coordination décentralisée qui n’appelle ni intervention, ni régulation : la main invisible justifie le « laisser-faire ». La capacité de la main invisible à organiser l’économie a un corollaire important : quand

le Gouvernement empêche les prix de s’ajuster librement à l’offre et à la demande, la main invisible ne peut plus jouer son rôle de coordinateur des actions de millions d’agents économiques qui constituent l’économie. Dans l’ex URSS, les prix n’étaient pas déterminés par le marché mais fixés par l’organisme central de planification. Une idée sous-jacente structurait cette planification centralisée : seul le Gouvernement pouvait organiser l’activité économique de manière à assurer le bien-être de la société entière. Aujourd’hui la plupart des pays qui ont fait l’expérience de l’économie dirigée ont abandonné ce système et cherchent à mettre en place une économie de marché.

dirigée ont abandonné ce système et cherchent à mettre en place une économie de marché. F.
dirigée ont abandonné ce système et cherchent à mettre en place une économie de marché. F.

Grâce à la main invisible, les marchés allouent en général les ressources de manière efficace. Néanmoins, pour diverses raisons, la main invisible est parfois en panne. Les économistes utilisent le terme de défaillance de marché ou d’échec de marché pour désigner une situation dans laquelle le marché, laissé à lui-même, ne parvient pas à allouer efficacement les ressources d’où la nécessaire intervention de l’Etat dans certains cas.

5.

État

Les défaillances de marché tirent leurs sources de plusieurs facteurs. Une externalité est une source possible de défaillance de marché. Une externalité (ou effet externe) est une conséquence positive ou négative de l’action d’un agent économique sur un autre agent qui s’exerce en dehors du marché. Elle est dite positive lorsque l’effet procure une amélioration du bien-être de l’autre agent et négative lorsque cet agent voit son bien-être diminuer. La défaillance de marché peut aussi trouver son origine dans l’existence de biens publics ou collectifs. Un bien public se définit par rapport à deux critères : le critère de non exclusion et le critère de non rivalité. Le pouvoir de marché peut aussi être à l’origine d’une défaillance de marché. Le pouvoir de marché représente la capacité d’un agent (ou d’un groupe d’agents) à manipuler indûment les prix de marché. L’existence d’externalités, de biens collectifs, de pouvoir de marché a suscité deux types de réactions :

i) l’étude modalité intervention de l’Etat, objet de l’économie publique traditionnelle, l’Etat a alors pour but de maximiser le bien-être social. Ce dernier représente le surplus global. Le surplus global est constitué du surplus des consommateurs et du surplus des producteurs. Le surplus du consommateur est la différence entre le prix maximum que le consommateur est prêt à payer et le prix qu’il paye effectivement. Il mesure la part de la satisfaction éprouvée par le consommateur, obtenue sans avoir eu à la payer. Le surplus du producteur est la différence entre le prix minimum qu’il faut payer aux producteurs pour que ceux-ci offrent le bien ou le service et le prix qu’ils obtiennent effectivement. Le surplus global est maximisé, dans un marché de libre concurrence, au point d’équilibre qui représente la combinaison prix-quantité qui maximise la surface

au point d’équilibre qui représente la combinaison prix -quantité qui maximise la surface F. J. Cabral
au point d’équilibre qui représente la combinaison prix -quantité qui maximise la surface F. J. Cabral

représentant la somme des surplus des consommateurs et des producteurs. Toute autre combinaison de prix et de quantité générera un surplus global inférieur. L’économie du bien-être constitue un instrument analytique qui permet de guider l’action de l’Etat avec, toutefois, la difficulté de passer de préférences individuelles à un choix collectif telle que mise en exergue par Arrow (prix Nobel 1972) et Condorcet. En effet, selon le théorème de Arrow (ou encore théorème d’impossibilité de Arrow), qui explicite le paradoxe de Condorcet (1743-1794), rien ne garantit que l’agrégation des choix individuels rationnels conduit à un choix collectif rationnel. Arrow va s’inspirer de Condorcet pour montrer que choisir démocratiquement n’est pas quelque chose de simple et qu’il convient de faire attention aux idées usuelles concernant la « rationalité individuelle ». En effet, la théorie du consommateur considère pour acquis qu’une personne préférant la musique classique au jazz et le jazz à la variété va préférer le classique à la variété. C’est la transitivité des préférences. Or lorsqu’on fait voter des individus, l’agrégation des préférences conduira, dans certains cas, à des surprises fort désagréables pour un démocrate convaincu! Le théorème de Arrow démontre l’impossibilité d’établir un choix démocratique des préférences collectives compte tenu du grand nombre de votants, de la multiplicité des options et du libre-arbitre des électeurs. Selon Arrow, si l’on rejette la possibilité de comparaisons interpersonnelles d’utilité, la seule modalité de passage des préférences individuelles aux préférences collectives est dictatoriale. ii) l’explication du comportement de l’Etat à partir du comportement rationnel des agents qui le constituent qui est l’objet de la nouvelle économie publique : cette nouvelle économie publique dite école de la public choice analyse de façon positive le fonctionnement de l’Etat à partir des instruments analytiques de la microéconomie. Les interventions de l’Etat ne sont pas le fait d’individus désintéressés, habités d’un esprit de service public mais plutôt d’agents rationnels qui maximisent leur satisfaction et qui répondent à des demandes issues de groupes de pression. Dans cette optique, les interventions publiques sont déterminées sur le marché politique comme postulés par Buchanan (prix Nobel 1986) et Tullock. Du reste, depuis le début de la science économique, la question du rôle de l’Etat est un thème central de cette discipline. Alors que le mercantilisme centre sa réflexion sur les

est un thème central de cette discipline. Alors que le mercantilisme centre sa réflexion sur les
est un thème central de cette discipline. Alors que le mercantilisme centre sa réflexion sur les

moyens d’assurer la puissance de l’Etat, l’école des physiocrates, par contre, fait l’éloge de la liberté économique. A sa suite, A. Smith (1776) insiste sur la nécessité de limiter l’intervention de l’Etat afin de laisser jouer librement le marché autorégulateur. A partir des années 30, la théorie keynésienne et les approches hétérodoxes soutiennent la nécessité de la régulation publique par les politiques conjoncturelles. La théorie keynésienne va être contestée à partir des années 1970 relançant les thèses libérales. Le succès des thèses libérales va se ternir dès la fin du XXème siècle, à la suite des crises financières récurrentes et, en particulier, de la crise des subprimes, conduisant un retour de l’interventionnisme public. A la suite de Musgrave (1959), il existe un très large accord parmi les économistes pour considérer que l’intervention de l’Etat dans les économies de marché répond à trois grandes fonctions : la fonction d’allocation des ressources, la fonction de répartition et la fonction de stabilisation. Musgrave (1959) définit les trois principales fonctions de l’Etat :

- l’allocation des ressources qui permet à l’Etat de faire face aux défaillances du marché. Par exemple, l’Etat doit promouvoir les activités générant des externalités positives et endiguer celles qui produisent des externalités négatives. Il doit aussi fournir des biens collectifs ;

- la répartition ou la redistribution des revenus puisque le souci à la base des activités de l’Etat est un souci d’équité. Cette fonction sert à réduire ou accroître (cas de mesures de discrimination positive) les inégalités ;

- la stabilisation ou régulation de la conjoncture économique permet à l’Etat de stimuler l’activité économique. Le recours à la politique économique doit permettre à l’Etat de ramener la production effective à son niveau potentiel. L’analyse des processus de prise de décision et d’interaction des agents nous ont permis de comprendre comment les agents prennent leurs décisions et interagissent entre eux. Les concepts suivants que nous allons examiner concernent le fonctionnement de l’économie dans son ensemble. C/ Le fonctionnement de l’économie dans son ensemble Nous avons examiné comment les agents prennent leurs décisions et comment ils interagissent. Dans les développements qui suivent, nous mettrons en exergue quelques concepts relatifs au fonctionnement de l’économie.

suivent, nous mettrons en exergue quelques concepts relatifs au fonctionnement de l’économie. F. J. Cabral Page
suivent, nous mettrons en exergue quelques concepts relatifs au fonctionnement de l’économie. F. J. Cabral Page

1.

Productivité globale des facteurs

Au plan mondial, les différences de niveaux de vie sont très importantes. Déjà en 1993, le

français moyen percevait un revenu de l’ordre de 21 000 dollars et le Nigérian moyen 1 500 dollars. Cet énorme écart de revenus moyens se traduit par des différences importantes dans la qualité de vie. Les évolutions dans le temps des niveaux de vie sont aussi très importantes. Aux USA, les revenus ont progressé historiquement d’environ 2% par an. Au Japon, le revenu moyen a doublé en vingt ans et en Corée du Sud, il a doublé en dix ans. Qu’est ce qui explique ces énormes différences de niveaux de vie dans l’espace et dans le temps ? Ces changements de niveaux de vie s’expliquent essentiellement par des différences de productivité des pays. La productivité globale des facteurs est le rapport entre le volume de production obtenue et l’ensemble des facteurs

de production utilisés. C’est un indicateur d’efficience de la combinaison productive. Dans les pays où les travailleurs peuvent produire une grande quantité de biens et services par unité de temps, la plupart des individus bénéficient d’un niveau de vie élevé. En revanche, dans les pays où les travailleurs sont moins productifs, la population doit se contenter de conditions de vie plus austères. La relation entre productivité et niveaux de vie a de profondes implications en matière de politique publique. Chaque fois que l’on veut évaluer les conséquences d’une politique sur les niveaux de vie, il faut se demander comment cette politique affectera les capacités productives. Lorsque ces dernières sont pleinement utilisées, l’économie s’expose à des tensions inflationnistes. Cette inflation peut également avoir pour source les politiques économiques mises en œuvre par les décideurs, en particulier la politique monétaire.

2. Inflation

L’inflation est un processus durable de hausse cumulative du niveau général des prix. Pour Friedman (prix Nobel 1972), « la cause de l’inflation est partout et toujours la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production ». L’inflation peut déboucher en une hyperinflation qui est une inflation dont les taux sont imprévisibles, incontrôlables et exponentiels. Phillip Cagan (1956) la définit comme une période durant laquelle le niveau d'inflation se maintient au- dessus de 50 % par mois, soit un peu plus de 1% par jour.

niveau d'inflation se maintient au- dessus de 50 % par mois, soit un peu plus de
niveau d'inflation se maintient au- dessus de 50 % par mois, soit un peu plus de

Cette situation est caractéristique de celle qu’a connu l’Allemagne quelques années après

la fin de la première guerre mondiale. Ce pays avait connu une flambée des prix

exceptionnelle par son ampleur et unique dans l’histoire des pays industrialisés. En effet,

en novembre 1923, un dollar valait 4 200 milliards de marks alors qu’en 1914, un dollar

valait 4,2 marks. Durant cette période, la masse monétaire passa de 81 milliards de marks à la fin 1920 à 116 000 milliards au milieu de 1923 (P. Bezbakh, 2011).

A côté de cette inflation d’origine monétaire, l’inflation peut également avoir pour

origine la demande et les coûts. L’inflation par la demande désigne l’augmentation du niveau général des prix qui résulte d’une demande globale supérieure à l’offre globale. L’inflation par les coûts est la hausse du niveau général des prix qui résulte d’une augmentation des coûts de production répercutée par les entreprises sur leurs prix de

vente. L’inflation se distingue de la désinflation qui se traduit par un ralentissement de l'inflation. La déflation est quant à elle un processus de baisse cumulative et durable du niveau général des prix. Cette baisse des prix s’accompagne d’une réduction massive de l’activité et d’un fort accroissement du chômage (cas de la crise de 1929 aux USA).

3.

Chômage

Au sens du Bureau international du travail (BIT), la définition du chômage est fondée sur

trois critères. Sont chômeurs les personnes qui, au cours de la période de référence,

sont i) sans travail, ii) disponibles pour travailler et iii) à la recherche d’un travail c’est-à- dire qui ont pris des dispositions spécifiques au cours d’une période récente spécifiée pour rechercher un emploi.

Le taux de chômage est égal au rapport entre le nombre de chômeurs (U) et la population

active, elle-même composée de chômeurs et des individus exerçant une activité rémunérée. Toutefois, il convient de qualifier précisément en quoi consiste une véritable recherche d’emploi. Le fait d’être sans emploi peut également être difficile à cerner. Un individu qui travaille quelques heures par mois et qui recherche un emploi doit-il être considéré comme un chômeur ? Ces problèmes de définition impliquent que les contours du chômage soient flous.

un chômeur ? Ces problèmes de définition impliquent que les contours du chômage soient flous. F.
un chômeur ? Ces problèmes de définition impliquent que les contours du chômage soient flous. F.

L’explication du chômage à partir des salaires s’est initialement effectuée dans le cadre analytique néoclassique. Selon cette approche, le chômage ne peut résulter que de la rigidité des salaires c’est-à-dire d’un taux de salaire insuffisamment flexible à la baisse, pour que le niveau de salaire permettant d’absorber l’offre de travail excédentaire puisse être atteint. Le chômage est donc essentiellement volontaire c’est-à-dire consécutif au refus d’accepter un taux de salaire suffisamment bas. Le plein-emploi au sens néoclassique n’équivaut tout de même pas à l’absence de chômage. Les néoclassiques considèrent à la suite de Friedman qu’il existe un taux de chômage naturel c’est -à-dire un taux de chômage minimal incompressible correspondant à l’équilibre général, compte tenu des imperfections des marchés, des transitions professionnelles, de la démographie et des flux de destruction d’emploi en entreprises. Ce concept étant trop général et difficile à estimer, on lui préfère désormais celui de chômage d’équilibre formalisé par Phelps (1968) qui est celui qui assure la stabilité de l’inflation, encore appelé NAIRU (non accelarating inflation rate of unemployement). Chez Keynes, l’analyse des causes du chômage repose principalement sur les concepts d’illusion monétaire et de demande effective. En premier lieu, Keynes pose l’hypothèse fondamentale que les salariés sont victimes d’illusion monétaire : ils raisonnent en fonction du salaire nominal sans tenir compte de l’évolution du pouvoir d’achat. C’est donc sur le salaire nominal que doit reposer le modèle correct du marché du travail. De même, il existe un plancher de salaire nominal c’est-à-dire un niveau de salaire au-dessous duquel l’offre de travail est nulle. Il existe donc une rigidité des salaires nominaux. En second lieu, la demande de travail dépend de la demande effective selon Keynes. Chez Keynes, le concept de demande effective ne signifie ni demande solvable ni demande constatée mais désigne la demande de produits anticipée par les entreprises c’est-à-dire la demande à laquelle les entreprises s’attendent à devoir répondre. Lorsque les entreprises anticipent une conjoncture défavorable, elles s’attendent à une demande effective faible et mettent donc en œuvre un volume d’emploi réduit. En revanche, la demande d’emploi est plus importante lorsque les entreprises anticipent une conjoncture favorable. A un niveau de demande effective trop bas est associé un chômage dit involontaire. En effet, si dans le modèle néoclassique, l’ajustement entre l’offre et la demande de travail peut s’effectuer si la baisse des salaires est suffisante, le raisonnement keynésien montre que toute baisse des salaires est

des salaires est suffisante, le raisonnement keynésien montre que toute baisse des salaires est F. J.
des salaires est suffisante, le raisonnement keynésien montre que toute baisse des salaires est F. J.

interprétée par les entreprises comme un signe avant-coureur de restriction de débouchés et se traduit par une réduction des dépenses d’investissement et, par ricochet, de la demande de travail et donc une réduction de la demande effective. La baisse des salaires s’accompagne d’une baisse de la demande de travail; d’où un chômage supplémentaire au lieu d’une réduction de celui-ci. Un processus de baisse continue des salaires parallèle à une hausse continue du chômage s’établit. Ce schéma contredit totalement le raisonnement classique. La solution au chômage involontaire passe par la mise en place de politiques économiques de relance.

4. Arbitrage inflation-chômage

On considère souvent que réduire le taux d’inflation contribue à augmenter momentanément le taux de chômage; c’est pourquoi les décideurs ont beaucoup de mal à contrôler l’inflation même si cette dernière est facile à expliquer. Cet arbitrage de court terme entre inflation et chômage est illustré par la courbe de Phillips, du nom de l’économiste qui a démontré l’existence de cette relation. Phillips établit en 1958, à partir de données britanniques relatives à la période 1861-1957, l’existence d’une relation statistique inverse entre taux de chômage et taux de variation des salaires nominaux. Cette relation est conforme à l’idée keynésienne de pression du chômage sur les salaires nominaux : lorsque le taux de chômage augmente, il n y a aucune raison pour que la hausse des salaires se poursuive. Lipsey en établit une explication théorique en 1959. Une étape importante de la théorie de Phillips est franchie lorsque P. A. Samuelson et R. Solow (1960) interprètent la relation de Phillips comme une relation entre taux de

chômage et taux d’inflation. Les travaux d’Okun en 1962 ou loi d’Okun établiront une corrélation négative entre croissance économique et chômage. A partir des données de l’économie américaine, la loi d’Okun suggère que dans la mesure où le plein emploi n’est pas atteint, une croissance de 3% est nécessaire pour faire baisser le taux de chômage d’un demi-point (Mankiw, 2001). La courbe de Phillips demeure encore un sujet de controverse entre économistes.

III/ Introduction 3 – Méthode de l’analyse économique

de controverse entre économistes. III/ Introduction 3 – Méthode de l’analyse économique F. J. Cabral Page
de controverse entre économistes. III/ Introduction 3 – Méthode de l’analyse économique F. J. Cabral Page

Chaque domaine d’étude a son langage et sa façon de penser. Les mathématiciens parlent d’axiomes, d’intégrales et d’espaces vectoriels. Les juristes jouent avec les vices de formes, les contrats (synallagmatiques et les conditions suspensives). Il en est de même pour l’économie. Offre, demande, élasticités, avantage comparatif, surplus du consommateur font partie du langage des économistes. Avant de se plonger dans les détails de l’analyse économique, il n’est pas inutile de voir comment les économistes approchent le monde qui les entoure. Cette section est consacrée à la présentation de la méthodologie propre à notre discipline. Les économistes ont-ils une manière propre d’aborder les problèmes ? Que signifie penser comme un économiste ?

A/ La science économique, une discipline scientifique Les économistes essaient de traiter leurs sujets avec l’objectivité d’un scientifique. Ils abordent l’étude de l’économie comme un physicien aborde l’étude de la matière ou un biologiste celle de la vie. Ils élaborent des théories, collectent des données puis analysent celles-ci afin de valider ou au contraire réfuter les théories. Il peut paraître surprenant que l’économie soit considérée comme une science. Après tout, les économistes ne manipulent ni éprouvettes, ni télescopes. Toutefois, l’essence de la science, c’est la méthode scientifique c’est-à-dire le développement et la vérification continuels des théories sur le fonctionnement du monde. Cette méthode de travail s’applique tout autant à l’étude de l’économie d’un pays qu’à celle de la gravité terrestre ou de l’évolution des espèces. Selon Einstein, « la science n’est rien d’autre que le raffinement de notre pensée quotidienne ». Même si cette assertion vaut autant pour une science sociale comme l’économie que pour les sciences naturelles, il peut paraître souvent surprenant qu’on puisse s’intéresser aux problèmes sociaux avec l’œil du scientifique. Comment est ce que les économistes manient la logique scientifique pour expliquer le fonctionnement de l’économie ?

1. La méthode scientifique : un aller retour entre observation et théorie

Isaac Newton, célèbre scientifique du 17ème siècle fut intrigué par la chute d’une pomme. Cette observation l’amena à développer la théorie de la gravité qui s’applique non seulement à une pomme tombant au sol mais aussi à tout couple d’objets dans l’univers.

non seulement à une pomme tombant au sol mais a ussi à tout couple d’objets dans
non seulement à une pomme tombant au sol mais a ussi à tout couple d’objets dans

Cet aller retour entre théorie et observation est également caractéristique de la science économique. Un économiste qui vit dans un pays dans lequel les prix flambent peut être amené à développer une théorie de l’inflation. La théorie dira, par ex., que l’inflation résulte d’une trop grande création monétaire. Pour tester sa théorie, l’économiste pourra collecter et analyser des données sur l’inflation et la croissance de la masse monétaire dans divers pays. Si ces données n’indiquaient aucune corrélation entre masse monétaire et niveau des prix, l’économiste devrait se poser des questions sur la validité de sa théorie. Si, en revanche, il constatait une corrélation importante entre ces deux groupes de données, il pourrait alors accorder une certaine confiance à sa construction théorique. Si les économistes tout comme les autres scientifiques s’appuient sur l’observation pour élaborer leurs théories, ils doivent faire face à une difficulté particulière. En économie,

les expériences sont difficiles à réaliser. Les physiciens peuvent tester leurs théories dans leurs laboratoires. En revanche, les économistes comme les astronomes doivent se contenter des données que la nature leur fournit. Deux méthodes peuvent être distinguées : la méthode déductive et la méthode inductive. La méthode déductive part de principes dont l’exactitude a été démontrée ou supposée exacte pour en tirer de nouvelles propositions. Ainsi à partir du postulat selon lequel l’utilité procurée par la consommation d’un bien diminue au fur et à mesure que celle-ci s’accroît, les auteurs classiques ont établi la loi de la demande selon laquelle plus le prix d’un bien augmente, plus la quantité qui en est demandée diminue. La méthode inductive consiste à remonter de cas particuliers pour aboutir à des vérités générales. Elle part de l’observation des faits pour aboutir à des vérités générales et dégager des principes généraux (lois). Cette méthode s’appuie sur une observation rigoureuse et précise des faits. Ainsi pourrait-on préconiser la dévaluation pour réduire un déficit commercial ?

2. Le rôle des hypothèses

Demandez à un physicien combien de temps durera la chute d’une tuile qui se détache du toit d’un immeuble. Dans sa réponse, il supposera que la tuile tombe dans le vide. Cette hypothèse est naturellement fausse puisque l’immeuble est érigé dans l’air qui oppose une certaine résistance à la chute de la tuile et freine celle-ci. Mais cette résistance est si

une certaine résistance à la chute de la tuile et freine celle-ci. Mais cette résistance est
une certaine résistance à la chute de la tuile et freine celle-ci. Mais cette résistance est

faible que ses effets sont négligeables. En supposant que la tuile tombe dans le vide, on simplifie énormément le problème sans changer grand-chose au résultat. Les économistes font également des hypothèses pour la même raison. Elles rendent le monde plus facile à comprendre. Pour étudier les effets du commerce international, nous supposerons par ex. que le monde n’est constitué que de deux pays qui produisent chacun deux biens. Une fois que nous aurons compris le fonctionnement d’un monde à deux pays et deux biens, il est plus facile de comprendre le commerce international tel qu’il est pratiqué dans le monde réel qui comporte une multitude de pays et de biens. Tout l’art du raisonnement scientifique consiste à savoir quelles hypothèses poser. Pouvons-nous faire l’hypothèse d’une résistance de l’air négligeable dans le cas d’un ballon gonflable que nous lâchons d’en haut ? Il est clair que dans ce cas, l’hypothèse d’une résistance de l’air devient inacceptable.

Les économistes font également diverses hypothèses pour résoudre leurs problèmes. Supposons que l’on cherche à savoir ce qui se passe lorsque l’Etat modifie la quantité de

monnaie en circulation. La réponse dépendra de la façon dont les prix répondent à cette modification. Certains prix ne sont revus que rarement (ex. journaux tous les 2 ou 3 ans). Pour tenir compte de tous cela, nous pouvons analyser les effets à court terme en supposant que les prix ne réagissent pas beaucoup et, en revanche, supposer qu’à long terme tous les prix varient.

3. Les modèles économiques

L’économie est une discipline appliquée. Elle présente un intérêt parce qu’elle aide à comprendre, et peut-être à résoudre, les problèmes concrets auxquels nos économies sont confrontées. L’économie appliquée consiste en une série de modèles – c.est-à-dire de représentations simplifiées de la réalité adaptable à des contextes différents (Robert Solow, « L’économie entre empirisme et mathématisation », Le Monde, 3 janvier 2001). Au lycée, le prof de sciences naturelles enseigne les rudiments d’anatomie en s’appuyant sur des répliques en plastiques du corps humain. Ces maquettes montrent les principaux organes (cœur, foie, reins, etc.) et permettent de montrer aux élèves comment ces organes sont agencés les uns par rapport aux autres. Naturellement, ces modèles en plastique ne sont pas de véritables humains. Parce qu’ils sont stylisés, ils omettent de nombreux

ne sont pas de véritables humains. Parce qu’ils sont stylisés, ils omettent de nombreux F. J.
ne sont pas de véritables humains. Parce qu’ils sont stylisés, ils omettent de nombreux F. J.

détails. En dépit de ce manque de réalisme (en fait, grâce à ce manque de réalisme), l’étude des modèles est très utile pour comprendre le fonctionnement du corps humain. Les économistes utilisent aussi des modèles constitués de diagrammes et d’équations pour comprendre le monde. Tout comme la maquette du prof de biologie, le modèle économique néglige nombre de détails afin de se concentrer sur les éléments essentiels. De la même façon que la réplique en plastique du corps humain ne présente pas tous les muscles et vaisseaux capillaires, le modèle économique ne représente pas l’intégralité des relations économiques.

B/ Analyse normative vs analyse positive On demande souvent aux économistes d’expliquer les causes de phénomènes économiques. Par exemple, pourquoi le chômage est-il plus élevé chez les jeunes ? On leur demande également parfois d’émettre des recommandations afin d’améliorer la situation économique. Par exemple, que devrait faire le Gouvernement pour améliorer le

bien-être des ménages ? Quand les économistes essaient d’expliquer le monde, ils agissent en scientifiques et adoptent donc une démarche positive. Lorsqu’ils essayent de l’améliorer, ils suivent une démarche normative. On distingue ainsi deux approches en économie : l’approche positive et l’approche normative.

a) L’approche positive : elle cherche à comprendre les phénomènes économiques sans

émettre un quelconque jugement. Elle décrit ce qui existe et comment cela marche. Ex l’existence d’un salaire minimal légal est une des causes du chômage. Une proposition

positive peut être vérifiée et donc confirmée ou infirmée par l’observation du monde réel.

b) L’approche normative : elle analyse les produits du comportement économique, les

évalue pour déterminer s’ils sont bons ou mauvais et peut prescrire des lignes d’action. Il s’agit donc de prises de position qui ne se démontrent pas et ne font qu’exprimer les

préférences de leurs auteurs. Décider de ce qui est souhaitable dépasse le domaine scientifique. Cela relève de l’éthique, de la morale et de la philosophie. Ex. le Gouvernement devrait augmenter le salaire minimal légal.

la morale et de la philosophie. Ex. le Gouvernement devrait augmenter le salaire minimal légal. F.
la morale et de la philosophie. Ex. le Gouvernement devrait augmenter le salaire minimal légal. F.

Bien entendu, les propositions positives et normatives sont liées. En effet, notre vision positive du fonctionnement du monde influera sur notre opinion normative quant aux moyens d’améliorer la situation. Toutefois, d’un point de vue méthodologique, il est important de distinguer les propositions positives de celles normatives dans le champ d’étude de la science économique. La proposition positive est, en effet, soit vraie, soit fausse tandis que celle normative approuve ou désapprouve et on ne peut démontrer qu’elle est vraie ou fausse. La recherche scientifique en économie ne peut donc porter que sur des propositions positives dont on peut prouver éventuellement le caractère erroné à partir de l’observation empirique. Les propositions normatives ne sont pas pour autant secondaires. En tant que science sociale, la science économique inclut dans son domaine d’investigation certains aspects du comportement humain. Or ceux-ci sont en liaison étroite avec les opinions des individus et des groupes sociaux. C’est la raison pour laquelle les propositions normatives exprimant des préférences ont d’importantes conséquences pratiques sur l’activité économique et sur les jugements portés par les économistes.

pratiques sur l’activité économique et sur les jugements portés par les économistes. F. J. Cabral Page
pratiques sur l’activité économique et sur les jugements portés par les économistes. F. J. Cabral Page