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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017 73 E ANNÉE– N O 22451 2,50 €– FRANCE MÉTROPOLITAINE WWW.LEMONDE.FR― FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO

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Présidentielle : les candidats face à la contestation de la mondialisation

Fillon, Hamon, Le Pen, Macron et Mélenchon se confronteront, trois heures durant, sur le plateau de TF1, le 20mars. Un débat qui pourrait être déterminant

Le leader d’En marche !, qui talonne la présidente du FN dans les sondages, a le plus à perdre. Il devrait être au cœur des attaques de ses adversaires

Les candidats aborde- ront, entre autres, le sujet de la mondialisation, à l’heure où l’élection de Trump a remis le protec- tionnisme au goût du jour

Au sein d’une France hantée par la purge qui a frappé son industrie, plu- sieurs d’entre eux prônent des solutions de repli

PAGE 8 ET CAHIER ÉCO – PAGES 2-3

Monsanto et le Roundup de nouveau sur la sellette

Embarrassantes révélations pour l’Agence européenne des produits chimiques

L a justice américaine a

déclassifié, le 16 mars,

des centaines de cor-

respondances internes de la firme agrochimique Mon- santo. Ces documents dé- montrent sans ambiguïté que l’entreprise s’inquiétait, dès 1999, des risques sanitai- res du glyphosate, le prin- cipe actif de son produit phare, l’herbicide Roundup. Ces révélations sont particu- lièrement embarrassantes pour l’Agence européenne des produits chimiques : le 15 mars, en effet, celle-ci a an- noncé qu’elle ne considérait pas le glyphosate comme cancérogène ni même mu- tagène, c’est-à-dire suscepti- ble de modifier le matériel génétique des hommes.

CAHIER ÉCO – PAGE 4

LE « DERNIER COMBAT » DE JEAN-LUC MÉLENCHON ▶ Le leader de La France insoumise
LE « DERNIER COMBAT »
DE JEAN-LUC MÉLENCHON
▶ Le leader de La France
insoumise organise une
« marche pour la VI e République »,
samedi 18 mars
▶ L’élu européen juge que
son objectif de faire mieux que
le PS au soir du premier tour
est à portée de main
PAGES 22-23
A Brest, le 28 février. J.-C. COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »
DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017 CAHIER DU « MONDE » N O 22451
DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017
CAHIER DU « MONDE » N O 22451 - NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
RODOLPH LE GRILLED POUR « LE MONDE »

PÉPINIÈRES

D’ÉCRIVAINS

POUR TOUS

On se bouscule dans les ateliers d’écriture depuis que Leïla Slimani, passée par ceux de Galli- mard, a obtenu le Goncourt

SUPPLÉMENT

International Merkel et Trump restent à bonne distance

La chancelière allemande et le président américain, qui se sont rencontrés vendredi 17 mars, n’ont pas cherché à masquer leurs divergences

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Géopolitique Forces nucléaires:

la course au renouvellement est lancée

PAGES 24 À 27

Turquie Pourquoi l’Europe n’officialise pas la fin du processus d’adhésion

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VOILE EN ENTREPRISE :

UNE UTILE CLARIFICATION

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VOILE EN ENTREPRISE : UNE UTILE CLARIFICATION PAGE 30 Portrait Robert Bourgi, l’« amical » costumier

Portrait Robert Bourgi, l’« amical » costumier de Fillon

GONZALO FUENTES/REUTERS
GONZALO FUENTES/REUTERS

L’ avocat Robert Bourgi, pilier des réseaux de la « Françafrique », a re-

connu, le 17 mars, avoir offert deux costumes du très chic

tailleur parisien Arnys à François

Fillon,

simple cadeau amical», explique- t-il. Il connaît de longue date le candidat des Républicains, qu’il a feint de soutenir, un moment, lors de la primaire de la droite. Mais, entre le député de Paris et Nicolas Sarkozy, il n’hésite pas:

pour 13 000 euros. « Un

« On s’amuse mieux entre bandits. Nicolas est un ami. » Au point que certains se demandent aujour- d’hui si la main de l’ex-président de la République n’est pas der- rière le dernier rebondissement des affaires Fillon. Fils d’un grand commerçant libanais et gaulliste de Dakar, Bourgi s’est formé à la politique et aux manœuvres de l’ombre auprès de Jacques Foc- cart, le puissant M. Afrique du Général et de Pompidou.

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Politique Bayrou apporte son «expérience» à Macron

Depuis l’annonce de leur alliance, le président du MoDem parle au fonda- teur d’En marche! tous les jours. Et l’aide à construire une majorité pour l’après- présidentielle

PAGE 6 ET ANALYSE – PAGE 29

Terrorisme Après l’affaire Merah, la mue du renseignement

En mars 2012, Mohamed Merah tuait sept person- nes. Ce drame a été la ma- trice de la révolution qu’a depuis connue la lutte contre le terrorisme

PAGES 10-11

CURIOSA FILMS PRÉSENTE Un face-à-face jubilatoire et émouvant. TÉLÉRAMA CATHERINE CATHERINE FROT DENEUVE
CURIOSA FILMS
PRÉSENTE
Un face-à-face
jubilatoire et émouvant.
TÉLÉRAMA
CATHERINE
CATHERINE
FROT
DENEUVE
SAGE FEMME
UN FILM DEMARTIN PROVOST
AVECOLIVIER GOURMET
22 MARS
©
CURIOSA FILMS – VERSUS PRODUCTION – FRANCE 3 CINÉMA
©
PHOTOS MICHAEL CROTTO

Algérie 200 DA, Allemagne 3,00 €, Andorre 3,00 €, Autriche 3,10 €, Belgique 2,70 €, Cameroun 2 100 F CFA, Canada 5,20 $, Chypre 2,70 €, Côte d'Ivoire 2 100 F CFA, Danemark 33 KRD, Espagne 2,90 €, Finlande 4,50 €, Gabon 2 100 F CFA, Grande-Bretagne 2,40 £, Grèce 3,00 €, Guadeloupe-Martinique 2,90 €, Guyane 3,00 €,

Hongrie 990 HUF, Irlande 2,90 €, Italie 2,90 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg

2,70 €, Malte 2,70 €, Maroc 17 DH, Pays-Bas 3,00 €, Portugal cont. 2,90 €, La Réunion 2,90 €, Sénégal 2 100 F CFA, Slovénie 2,90 €, Saint-Martin 3,00 €, Suisse 3,90 CHF, TOM Avion 500 XPF, Tunisie 3,10 DT, Turquie 11,50 TL, Afrique CFA autres 2 100 F CFA

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Une militante pro-Erdogan devant le consulat turc à Rotterdam, le 12 mars. PETER HILZ/SIPA
Une militante
pro-Erdogan
devant le consulat
turc à Rotterdam,
le 12 mars. PETER
HILZ/SIPA

Entre l’UE et la Turquie, le divorce indicible

Malgré les tensions, les Européens ne veulent pas rompre avec Ankara, afin de préserver l’accord migratoire

bruxelles - bureau européen

U n an après l’accord du 18 mars 2016 destiné à stopper les flux de mi- grants transitant par

la Turquie, que Bruxelles avait alors salué comme un nouveau départ dans ses relations avec Ankara, l’Union européenne (UE) et la Turquie sont au bord de la rupture. Et les Européens se de- mandent s’ils pourront suppor- ter longtemps encore les outran- ces et les provocations du prési- dent turc Recep Tayyip Erdogan sans mettre définitivement fin au processus d’adhésion d’An- kara, dont les négociations ont commencé en 2005 et qui traî- nent depuis en longueur. La ligne rouge a été largement franchie après que le président Erdogan a récemment traité de « nazis » les dirigeants allemands et néerlandais, qui avaient fait annuler des meetings de ses mi-

LES DATES

qui avaient fait annuler des meetings de ses mi- LES DATES 1987 D épôt formel de

1987

Dépôt formel de la candidature turque pour une adhésion

à l’Union européenne.

1999

Ankara obtient le statut de candidat au Conseil européen d’Helsinki.

2005

Début effectif des négociations:

à ce jour, sur 35 chapitres,

16 ont été ouverts et 1 est clos.

2016

Pacte migratoire visant à retenir en Turquie les migrants en route vers l’Europe.

nistres entendant faire campa- gne pour son référendum – prévu le 16 avril, il doit renforcer consi- dérablement ses pouvoirs. Dans la foulée, le ministre turc de l’in- térieur, Süleyman Soylu, a averti, jeudi 16 mars, que son pays pour- rait laisser passer 15 000 réfugiés par mois vers l’Europe. La veille, son collègue des affaires étrangè- res Mevlüt Çavusoglu menaçait de « mettre fin unilatéralement » à l’accord sur les migrants. Comparée à l’outrance des pro- pos turcs, la réaction des Euro- péens reste modérée. « Des com- paraisons avec le nazisme ou des déclarations agressives contre l’Al- lemagne ou d’autres Etats mem- bres sont inacceptables », ont af- firmé François Hollande et An- gela Merkel, jeudi 16 mars. Certes, il n’est plus question d’organiser un sommet UE-Turquie au prin- temps pour lancer une moderni- sation de l’accord douanier entre les deux parties, qui date de 1995, alors que les Européens l’avaient envisagé fin 2016 dans un geste de conciliation vis-à-vis d’Ankara.

« Ambiguïté »

Les dirigeants de l’Union refusent toutefois de dénoncer officielle- ment le processus d’adhésion de la Turquie. Les discussions, briève- ment relancées en juin 2016 avec

l’ouverture d’un nouveau chapitre – sur les questions budgétaires –, sont complètement gelées depuis l’automne. Un diplomate bruxel- lois résume le point de vue des Européens : « Comme disait le car- dinal de Retz, on ne sort de l’ambi- guïté qu’à ses dépens.» Malgré les accusations de M. Erdogan, repro- chant à l’UE de ne pas l’avoir suffi- samment soutenu après la tenta-

tive de coup d’Etat de mi- juillet 2016, puis de ne pas libérali- ser assez vite les visas pour les Turcs, la contrepartie attendue de l’accord sur les migrants, les Euro- péens restent stoïques. Ils refu- sent de donner des arguments à un président islamo-conservateur

qui semble s’être définitivement détourné de l’Union. «Les discussions d’adhésion sont au point mort, et le pouvoir turc ne veut manifestement plus se rappro- cher de nous. Est-il dès lors intelli- gent de les dénoncer officiellement, alors que cela va inciter Erdogan à diaboliser encore plus l’Union? Cela n’améliorerait en rien la situa- tion », explique un diplomate européen. Le vieil argument selon lequel il faudrait maintenir les né- gociations d’adhésion pour ne pas décourager les Turcs pro-euro- péens, alors qu’une partie de la po- pulation subit de sévères purges après le coup d’Etat de juillet 2016, continue aussi de porter. Les Européens, particulièrement les Allemands, n’ont surtout aucune envie de mettre davantage en danger l’accord migratoire, qu’à Bruxelles on qualifie de « succès ». De fait, les flux de personnes

« Si Ankara rouvrait les vannes, la Grèce se trouverait à nouveau dans une situation très délicate »

YVES PASCOUAU

European Policy Centre

venues de Turquie se sont taris. Même s’ils commencent à s’y ha- bituer tant elles sont devenues ré- pétitives depuis des mois, les diri- geants prennent les menaces tur- ques très au sérieux. « La route des Balkans a beau être fermée, si An- kara rouvrait les vannes, la Grèce se trouverait à nouveau dans une si- tuation très délicate», estime Yves

Pascouau, spécialiste des migra- tions à l’European Policy Centre, un think tank basé à Bruxelles. «Les Turcs vont continuer à haus- ser le ton jusqu’au référendum, il faut tenir », glissait il y a quelques jours un dirigeant de l’Union. Les Européens y parviendront-ils, si Ankara multiplie les provoca- tions ? La tension avec La Haye n’est pas retombée. L’annulation par la mairie de Rotterdam d’une nouvelle manifestation pro-Erdo- gan, prévue vendredi 17 mars, en est un signe.

Calmer le jeu

Sur le plan diplomatique, Mark Rutte, le premier ministre néer- landais sortant, qui devrait être re- conduit à ce poste, tente de calmer le jeu sans pour autant céder aux exigences du pouvoir turc, qui a réclamé des excuses officielles après l’interdiction faite à deux

ministres de faire campagne aux Pays-Bas. La fermeté, du moins verbale, sera aussi la règle du futur gouvernement néerlandais. L’Ap- pel chrétien-démocrate (CDA), qui a de bonnes chances d’y participer, réclame un arrêt officiel des négo- ciations d’adhésion avec la Tur- quie. Les Pays-Bas pourraient donc se ranger du côté de l’Autriche, qui demande la même chose. Le Parle- ment européen s’est aussi récem- ment prononcé dans ce sens, tou- tes familles politiques confon- dues, y compris la gauche. «Un jour, le débat [sur l’arrêt des négociations avec Ankara] aura lieu, estime une source euro- péenne de haut niveau. Mais on ne peut pas faire cela à chaud. Il fau- dra attendre la fin du référendum turc, puis des élections en France et en Allemagne.» p

cécile ducourtieux et jean-pierre stroobants

Erdogan fustige Bruxelles mais a besoin du marché européen

à un mois du référendum constitution- nel en vue du renforcement des prérogati- ves du président Recep Tayyip Erdogan, la crise diplomatique entre Ankara et ses par- tenaires européens ne connaît pas de répit. Pas un jour ne se passe sans que les diri- geants turcs ne fassent monter la tension, jouant tantôt de la menace migratoire, tantôt de l’escalade rhétorique sur le thème du « nazisme ». M. Erdogan a aussi critiqué l’arrêt de la Cour de justice de l’Union euro- péenne autorisant les entreprises à inter- dire le voile au travail, ce qu’il décrit comme une «croisade» contre l’islam. Les tensions ont atteint leur paroxysme depuis les interdictions faites à plusieurs officiels turcs de tenir, auprès de leur dias- pora aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche, des meetings électoraux en fa- veur du oui au référendum du 16 avril. A un mois du scrutin, les sondages donnent le oui au coude-à-coude avec le non, voire par- fois en léger recul. Voyant que la victoire n’est pas acquise, M. Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur)

ont besoin de créer des ennemis pour mieux galvaniser les ultranationalistes, dont une large partie n’est pas acquise au oui. « A partir du moment où M. Erdogan n’a pas pu trouver, en interne, un thème de victi- misation assez fort pour consolider les voix des nationalistes en vue de son référendum, il est allé le chercher à l’extérieur», explique Ali Seker, député du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche).

Fracture

Ce brusque regain d’animosité envers l’Eu- rope est d’abord à mettre au compte du ré- férendum, mais il masque une fracture plus profonde. Pour l’écrivaine Oya Baydar, Er- dogan veut bel et bien le divorce avec l’UE. «Lui et son entourage sont en train de pous- ser la Turquie plus avant sur les rails de l’is- lam politique. Pour éviter les critiques des Européens envers sa ligne, il détourne le pays de l’Europe », écrivait-elle le 16 mars sur le site d’information en ligne T24. Mais la conjoncture économique dégra- dée en Turquie interdit pour le moment à M. Erdogan d’acter la rupture avec l’UE,

principal partenaire commercial du pays et son plus gros investisseur. «Erdogan est un opportuniste, assure Garo Paylan, député du Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurde). Quand cela l’arrangeait, il se montrait favorable au processus de paix avec les Kurdes, penchait du côté des libé- raux. Désormais, le voici au mieux avec les ultranationalistes du MHP [Parti d’action nationaliste]. Entre-temps, il a oublié le pro- cessus de paix et les droits de l’homme » Pour lui, « Erdogan est favorable aux échanges économiques avec l’Europe, mais ne veut pas de ses critiques. Merkel a eu tort de venir ici lui manifester son soutien. Avec l’accord sur les migrants, elle a réduit la Turquie au rôle de zone tampon, met- tant de côté les droits de l’homme ». Par ailleurs, l’accord du 18 mars 2016 prévoit le versement à Ankara, par Bruxelles, de 3 milliards d’euros, renouvelable une fois – dont 750 millions ont déjà été versés – pour améliorer l’accueil des réfugiés en Turquie. Une raison supplémentaire de ne pas hâter la rupture. p

marie jégo (istanbul, correspondante)

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

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Merkel et Trump restent à bonne distance

Leur première rencontre à Washington, le 17 mars, a été marquée par les divergences

washington - correspondant

L a chorégraphie des visites à la Maison Blanche ne laisse guère de place à la sponta-

néité, surtout lorsqu’il s’agit d’une première. Celle entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président Donald Trump vendredi 17 mars, n’a pas dérogé à la règle, même si deux scènes ont témoigné d’une dis- tance persistante. Ce fut tout d’abord la proposi- tion d’une poignée de mains pour les photographes formulée par la chancelière et restée sans réponse dans le bureau Ovale. Un refus d’autant plus remarqué que M. Trump – qui n’a peut-être pas entendu la demande de M me Mer- kel –, n’avait pas lâché la main de la première ministre britannique Theresa May en la conduisant

dans son bureau à l’East Room, en février, et avait capturé, pendant près de vingt secondes, celle du chef du gouvernement japonais, Shinzo Abe, au même endroit, quelques jours plus tard. Ce fut ensuite l’impassibilité opposée par M me Merkel à une pi- rouette de M. Trump, interrogé sur ses affirmations selon les- quelles il aurait été placé sur écoutes par son prédécesseur, Barack Obama. « Au moins, nous avons peut-être quelque chose en

commun », a assuré le président sous les rires de l’assistance, dans une allusion aux écoutes opérées par le renseignement américain dont avait été victime la chan- celière, pendant le premier man- dat du démocrate. M me Merkel

a brièvement écarquillé les yeux

d’étonnement, avant de se pen- cher sur ses notes.

Cette distance s’est manifestée également dans le rappel de leurs positions sur le commerce inter- national et l’immigration. Ce der-

nier dossier avait valu par le passé

à la chancelière des commentai-

res peu flatteurs de M. Trump. « L’immigration est un privilège,

pas un droit », a répété, vendredi,

le président américain.

M me Merkel, qui a glissé que leur

rencontre avait montré qu’il est

préférable de « parler l’un à l’autre, plutôt que l’un sur l’autre »,

a estimé que même si « l’intégra-

tion » doit être « améliorée », il faut aussi « donner la possibilité

aux réfugiés de forger leur propre vie là où ils se trouvent ».

Des sujets évités

Alors que la chancelière avait op- portunément rappelé la veille, de concert avec le président chinois

Pour la chancelière, il est préférable de « parler l’un à l’autre, plutôt que

l’un sur l’autre »

Xi Jinping, son attachement au li-

bre-échange, Donald Trump, hé- raut de l’« America first », a nié être un « isolationniste ». Il a cepen- dant répété une vision des échan- ges internationaux, dans laquelle les Etats-Unis auraient été jusqu’à présent les grands perdants. Le président américain a ainsi jugé que « l’Allemagne s’est bien débrouillée dans ses accords de

Le « sparadrap » des écoutes colle à la Maison Blanche

lorsque le président Donald Trump avait accusé, le 4 mars, son prédécesseur, Barack Obama, de l’avoir fait placer sur écoute pendant la campagne, la Maison Blanche était restée interdite pendant vingt-quatre heures. Elle s’est depuis lan- cée dans une défense acharnée des affir- mations du président, que chaque jour rend plus improbables, faute d’éléments concrets. Le porte-parole de M. Trump, Sean Spicer, avait jugé habile d’assurer, le 13 mars, que la « mise sur écoute », écrite une fois avec des guillemets par le président sur Twitter, ren- voyait au sens large à « une surveillance ».

Las, la commission du renseignement de la Chambre des représentants, présidée par un républicain, a assuré qu’elle ne disposait d’aucun élément permettant d’étayer cette explication. Le lendemain, celle du Sénat, aussi présidée par un républicain, a rendu le même verdict. Imperturbable, M. Spicer s’est alors lancé dans une énumération de tous les articles publiés pouvant accréditer la thèse de la Maison Blanche. Nécessité faisant loi, le porte-parole a cité le New York Times, pour- tant éreinté régulièrement par M. Trump. Au cours de cet exercice, Sean Spicer a éga- lement fait référence aux affirmations d’un

collaborateur de la chaîne conservatrice Fox News, qui avait assuré que le renseigne- ment britannique avait pu se charger des écoutes à la demande de M. Obama. Londres a vivement réagi, obligeant M. Spicer à faire machine arrière, ven- dredi, en se défaussant sur le juriste, avant d’assurer « ne rien regretter ». Fox News a pris également ses distances. Le ministère de la justice s’est aussi démarqué de la Mai- son Blanche, selon CNN. Mais M. Trump, s’exprimant aux côtés de la chancelière allemande, Angela Merkel, a persisté à mettre en cause M. Obama. p

g. p. (washington, correspondant)

commerce avec les Etats-Unis », aux dépens de « nos travailleurs ». «C’est l’Union européenne [UE] qui est chargée de négocier les accords commerciaux », a promptement rectifié Angela Merkel, avant d’as- surer que de tels accords peuvent bénéficier à tous. La chancelière allemande a d’ailleurs dit espérer que les négociations en cours sur le projet de traité transatlanti- que (TTIP) se poursuivent entre Bruxelles et Washington, notant qu’elles avaient suscité moins d’opposition aux Etats-Unis qu’en Europe, y compris en Allemagne. M. Trump ne les a jamais évo- quées pour l’instant. Alors que le président a accu- mulé les déclarations contradic- toires sur l’OTAN pendant la cam- pagne, il a conditionné un « fort soutien » à « la nécessité pour nos alliés (…) de payer leur juste part pour la défense ». M me Merkel a as- suré que les dépenses allemandes atteindront l’objectif officiel de 2 % du produit intérieur brut (PIB) de son pays d’ici à 2024. Le président Donald Trump, qui a souhaité publiquement l’af- faiblissement de l’Union euro- péenne, n’y a fait allusion que de manière voilée vendredi. Disant « respecter les institutions histori- ques », il a ajouté vouloir égale- ment « reconnaître le droit des peuples libres de gérer leur propre destin ». Enfin, la distance s’est manifestée dans l’omission des dossiers qui divisent. Il n’a ainsi pas été question une seule fois d’environnement. p

gilles paris

YÉMEN

Une quarantaine de migrants somaliens tués en mer

Au moins quarante migrants somaliens, dont des femmes et des enfants, ont été tués en mer Rouge par des tirs sur leur embarcation. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfu- giés (HCR), celle-ci, qui trans- portait quelque 140 réfugiés somaliens, a été touchée avant l’aube par des tirs d’ar- mes légères alors qu’elle ten- tait de rejoindre le Soudan, à proximité du port yéménite d’Hodeida. Les rebelles hou- thistes, maîtres d’Hodeida et de la capitale, Sanaa, ont accusé la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui leur fait la guerre depuis mars 2015. Riyad a démenti. – (AFP.)

ISRAËL

Démission d’une responsable de l’ONU au sujet d’un rapport critique envers le pays

La Jordanienne Rima Khalaf, chef de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie de l’Ouest (ESCWA), a démis- sionné, vendredi 17 mars, en dénonçant les pressions de sa hiérarchie après la publication d’un rapport accusant Israël de « pratiques constitutives du crime d’apar- theid» vis-à-vis des Palesti- niens. Cette accusation, une première dans l’histoire de l’organisation, avait suscité l’ire des ambassadeurs améri- cain et israélien à l’ONU, qui avaient demandé le retrait du document. Dans la soirée de vendredi, celui-ci n’était plus disponible sur le site Internet de l’ESCWA.

Washington dément toute bavure dans le nord de la Syrie

Un raid américain contre un bâtiment attenant à une mosquée a tué, jeudi, au moins 49 personnes dans le village d’Al-Jinah

beyrouth - correspondant

L’ aviation américaine a mené, jeudi 16 mars, un raid contre un village du

nord de la Syrie, dans lequel 49 personnes, au moins, ont été tuées. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, une ONG qui dresse un bilan quotidien des violences en Syrie, la plupart des victimes sont des civils. Il s’agirait de l’une des plus sanglantes er- reurs de tir de l’armée américaine depuis son entrée en action dans le ciel de la Syrie, en septem- bre 2014, dans le cadre de la coali- tion internation contre l’organi- sation Etat islamique (EI). La frappe a détruit un bâtiment attenant à la mosquée d’un vil- lage de la province d’Alep, Al-Ji- nah, une région aux mains de la rébellion, déjà régulièrement bombardée par les aviations sy- rienne et russe. Selon le Washing- ton Post, l’attaque a été conduite par un drone, qui tiré 8 missiles Hellfire sur sa cible, avant qu’une bombe de 225 kg, probablement larguée par avion, ne vienne pa- rachever le travail.

« Responsables d’Al-Qaida »

Le Pentagone réfute pour l’ins- tant toute idée de bavure. « Nous avons frappé une réunion de hauts responsables terroristes d’Al- Qaida, dont certains étaient pro- bablement des cibles de grande va- leur», a déclaré son porte-parole, Jeff Davis, selon qui le bâtiment était surveillé depuis quelque temps. « Nous savons qu’il était utilisé par Al-Qaida. Nous avons frappé la cible que nous voulions. » Un autre porte-parole du Penta- gone a affirmé que le bâtiment détruit servait de lieu « d’éduca- tion et d’endoctrinement » de

combattants djihadistes. Comme

il en a l’habitude dans ce genre de

situation, le Département de la défense affirme n’avoir « pas d’in- formations crédibles » sur des vic-

times civiles. En marge des opérations anti-EI, conduites en Syrie et en Irak par une dizaine de pays dont les Etats- Unis, l’aviation américaine mène aussi des frappes en solo contre le groupe Fatah Al-Cham, une orga- nisation issue d’Al-Qaida, intégrée

à l’insurrection anti-Assad. Dans

une lettre publiée le 10 mars, le Département d’Etat américain avait qualifié Hayat Tahrir Al- Cham, l’alliance militaire dirigée par Fatah Al-Cham, d’organisa- tion terroriste. « Ne vous laissez pas tromper par ces criminels qui veulent détruire la Syrie et la révo- lution», écrivait Michael Ratney, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour la Syrie, à l’intention des op- posants anti-Assad. Une version des faits que les ha- bitants du village contestent for- mellement. « Il n’y avait que des ci- vils qui priaient dans la mosquée visée (…) et leurs vues sont très éloi- gnées de celles d’Al-Qaida », a con- fié Abou Omar, un habitant d’Al- Jineh, à l’AFP. Selon des sources convergentes, la structure visée avait l’habitude d’abriter, tous les jeudis, veille de la grande prière

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, la plupart des victimes sont des civils

hebdomadaire, une réunion de

partisans du Tabligh, un courant piétiste de l’islam, fondamenta-

liste, mais qui, en général, se tient

à l’écart de la politique. Des cadres

de Fatah Al-Cham se trouvaient- ils ce jeudi parmi eux ? On le saura peut-être dans les prochains jours. Dans un communiqué publié vendredi, le collectif Airwars, spé- cialisé dans le recensement des victimes collatérales de la campa-

gne de frappes internationales en Syrie et en Irak, s’est alarmé d’une brusque augmentation des allé- gations de bombardement ayant donné lieu à des pertes civiles. «Cette tendance a débuté dans les derniers mois de l’administration Obama et s’est fortement accélé- rée depuis que le président Trump est entré en fonction », affirme Airwars. Selon ses statistiques, basées sur un recoupement de sources locales, les raids de la coalition an- ti-EI en Syrie et en Irak ont fait un minimum de 2 590 victimes civi- les depuis 2014. Le nombre de bombardements ayant causé des morts civiles, évalué à 454 en 2016, pointerait déjà à 245 pour l’année 2017. Outre un possible effet Trump, cette recrudescence s’explique par l’offensive en cours contre Mossoul, la capitale irakienne de l’EI, et la préparation de l’assaut contre Rakka, son pendant en Sy- rie. En janvier et février, pour la première fois selon Airwars, la coalition conduite par les Etat- Unis a causé la mort de davan- tage de civils que l’aviation russe, dont l’activité en Syrie a nette- ment diminué depuis la reprise d’Alep par les forces gouverne- mentales. p

benjamin barthe

LE HAVRE APRÈS  AKI KAURISMÄKI AU SOMMET DE SON ART   RÉALISÉ AVEC
LE HAVRE
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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Lesvillageois sansterre de Mauritanie

Négro-Mauritaniens et Haratine sont les perdants de la question foncière

REPORTAGE

région de boghé (mauritanie) -

envoyé spécial

D u cimetière de Do- naye, il ne reste rien. Le bulldozer a écrasé jusqu’aux pierres

tombales. Un canal d’irrigation, aujourd’hui à sec, balafre le lieu. Pour enterrer leurs morts, les ha- bitants de ce petit village d’agri- culteurs négro-mauritaniens doivent emprunter leurs piro- gues, se rendre sur l’autre rive du fleuve qui borde le village et pas- ser au Sénégal, où reposent doré- navant leurs ancêtres. «Ceux qui meurent deviennent sénégalais!», ironise Amadou Moktar Wane, le chef du village. Idem pour la culture du mil. Donaye est devenu un village sans terres, accaparées par un homme d’affaires maure. « Un Blanc», précise Amadou Moktar Wane. Dans ce pays recouvert en quasi-totalité par le désert, Do- naye, et des dizaines d’autres vil- lages situés le long des fertiles ri- ves mauritaniennes du fleuve Sé- négal, sont ainsi l’objet d’une lutte âpre et inégale. Combat de la tradition et de la modernité, lutte

MAROC MAURITANIE Donaye Boghé Sénégal SÉNÉGAL
MAROC
MAURITANIE
Donaye
Boghé
Sénégal
SÉNÉGAL

OCÉAN

ATLANTIQUE

Nouakchott

Dakar

200 km

sociale entre les populations loca- les noires ou d’anciens esclaves (Haratine) contre les tenants du pouvoir économique et politique, essentiellement issus de la com- munauté maure. Ces lignes de fracture tailladent la société mau- ritanienne depuis des lustres, bien avant son indépendance de la France en 1960. A Donaye, elles se cristallisent autour de la question foncière. « Le village n’a plus d’espace vital. Nos champs ont été saisis, nous n’avons plus de prise sur nos terres ancestrales », se désespère Ama- dou Moktar Wane. Assis sur une natte, le chef du village tourne les pages d’un vieux registre de l’an- cienne coopérative prouvant l’ac- tivité des locaux. Le malheur de Donaye remonte à 1990. L’année précédente, les tensions avaient explosé entre la Mauritanie et le Sénégal, tensions identitaires, questions de souveraineté et aussi de propriété foncière sur les rives du fleuve où, d’un côté et de l’autre, vivent les mêmes com- munautés ethniques, les mêmes familles, établies depuis toujours.

« Violence et humiliation »

« En 1990, se souvient Amadou Moktar Wane, l’armée est venue et nous a obligés à partir pour nous réfugier au Sénégal. » Pour quel-

que 20 000 Négro-Mauritaniens (sur une population totale de 4 millions d’habitants), l’exil du- rera vingt ans, jusqu’à la signa- ture d’un accord organisant leur retour et l’appel lancé par le prési- dent Mohamed Ould Abdelaziz aux réfugiés, peu après son élec- tion en 2010. « Sauf que quand nous sommes rentrés, les terres avaient été accaparées et l’on nous

a empêchés de les récupérer », se

Près du

village

de Donaye,

un jeune

Mauritanien dans un champ de mil, en décembre

2016.

ÉDOUARD ELIAS POUR « LE MONDE »

mil, en décembre 2016. ÉDOUARD ELIAS POUR « LE MONDE » lamente cet homme de 57

lamente cet homme de 57 ans. Les terrains étaient passés aux mains d’un homme d’affaires de Chin- guetti, dans l’ouest du pays. « C’est du racisme d’Etat. L’objectif est de nous chasser définitivement d’ici», lâche-t-il. L’Etat joue sur des ambiguïtés du cadre déterminant la propriété foncière. En 1983, des Haratine (assimilables à des serfs), qui tra- vaillaient leurs champs sans pro- fiter des récoltes, se sont révoltés. Une loi domaniale adoptée cette année-là établit que la terre ap- partient à celui qui la travaille, ou l’a travaillée; les autres, les terres dites « mortes », reviennent à l’Etat, qui peut alors les redistri- buer. Tout est question d’inter- prétation, de procédures et d’en- quêtes administratives. « Après les événements de 1990, l’Etat a profité que les agriculteurs avaient déguerpi pour donner les terres à des commerçants et des militaires maures», dénonce Kane Amadou Tijane. Issu d’une noble lignée, cet ex- banquier fut aussi le maire de Dar El-Barka, proche de Donaye. « La

charia, la loi islamique, qui est ins-

« Je me suis fait arnaquer par l’Etat »

ABDOUL LIMANE

un ancien gros propriétaire

crite dans la Constitution, est source de droit. Pour la propriété foncière, elle établit que des témoi- gnages dignes confirmant que tel ou tel travaillait une terre valent ti- tre de propriété sur des terres qui se transmettaient de génération en génération. Chacun est témoin de la propriété de son voisin. C’est important dans un pays où il y a beaucoup d’analphabètes et où le cadastre remonte à l’époque colo- niale », détaille Kane Amadou Tijane, qui dénonce « une discri- mination sur des lignes commu- nautaires », sous-entendu au pro- fit des Maures. L’Etat récuse cet argument. Dans un entretien réalisé à Nouakchott en décembre 2016 avec Le Monde (daté du 12 décem- bre), le président Mohamed Ould Abdelaziz rejetait l’idée de toute

« spoliation ». Avant sa première élection en 2009, il avait promis pourtant de s’attaquer à la ques- tion foncière liée au règlement du «passif humanitaire», terme con- sacré pour évoquer les événe- ments tragiques de 1990. Dans le village de Diata, victime lui aussi de cet accaparement, on y a cru. « Tout le monde avait voté pour lui, aujourd’hui c’est fini», avertit Ab- doul Limane. Cet ancien gros pro- priétaire avait hérité du terrain de ses ancêtres. « Je me suis fait arna- quer par l’Etat», dénonce-t-il. Mais le président Abdelaziz n’en démord pas: «L’Etat a redistribué des terres vides, non cultivées. On ne peut pas interdire aux nordistes de faire de l’agriculture dans le Sud. Il se trouve qu’il y a des zones vides qui ont été attribuées, où l’on a in- troduit l’agriculture industrielle.» « Et puis, lâche-t-il comme un ar- gument choc, les Maures sont ma- joritaires dans le pays. » Ici, le re- censement est une arme politi- que. Il est vrai que les paysans n’ont souvent que leurs mains et des outils sommaires. Mais l’ob- jectif de modernisation ne fait pas dans la demi-mesure.

En 2002, l’Etat a ainsi attribué 50 000 hectares de terres agrico- les à une société saoudienne, une surface englobant plusieurs villa- ges, dont celui de Dar El-Barka et des terres objectivement culti- vées. Face à l’opposition des po- pulations locales, l’Etat a fait ma- chine arrière. Un peu plus de 3 000 hectares ont toutefois été attribués à la Société arabe de prestation agricole qui, malgré son nom, dissimule des investis- seurs mauritaniens, selon Kane Amadou Tijane. Pour avoir voulu s’opposer à eux, Ibrahima Ould Inhallah, agri- culteur et imam de la mosquée Reghba à Dar El-Barka, a passé trois semaines en prison en 2015. Face aux forces de l’ordre et au gouverneur venus sur place, il avait refusé de quitter le terrain sur lequel, comme ses ancêtres, il venait de planter des semis. « Nous demandons en vain la jus- tice, qu’on reconnaisse nos droits de propriété. En retour, nous n’avons que brutalité, violence et humiliation», dénonce-t-il, déter- miné à poursuivre son combat. p

christophe châtelot

Le roi du Maroc impose un nouveau premier ministre aux islamistes

Saad-Eddine Al-Othmani, numéro deux du Parti de la justice et du développement, a été chargé de former un gouvernement

N ouveau coup de théâtre dans la lancinante crise politique marocaine :

moins de 48 heures après avoir re- mercié le chef de gouvernement Abdelilah Benkirane, chef du Parti

de la justice et du développement (PJD, islamiste), le roi a nommé vendredi 17 mars Saad-Eddine Al- Othmani, numéro deux du même

parti, pour lui succéder. Selon le communiqué officiel, Moham- med VI a reçu M. Al-Othmani en

début d’après-midi au palais royal à Casablanca et l’a nommé chef du gouvernement «conformément à

la Constitution et l’a chargé de for-

mer le nouveau gouvernement ». Cette nomination a pris de court la direction du PJD qui avait

prévu de se réunir ce samedi pour tenter de trouver une réponse à la crise. Incapable de former une coalition depuis cinq mois, le chef de gouvernement Abdelilah Ben- kirane avait en effet été démis de

ses fonctions mercredi soir par voie de communiqué royal. Mo- hammed VI y annonçait aussi vouloir nommer un nouveau pre-

PUBLICATIONS JUDICIAIRES 01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

PUBLICATIONS JUDICIAIRES

01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

 

- Par arrêt du 21 juin 2016, la cour d'appel de PARIS a conirmé le jugem ent rendu par le tribunal correctionnel de PARIS le 18 mars 2015 en ce qu'il a déclaré Dieudonné MBALA MBALA coupable d'avoir fait publiquement l'apologie d'un acte de terrorisme en publiant sur sa page Facebook le

message suivant : "Après cette marche historique, que dis-je

légendaire

!

Instant magique égal au Big Bang qui créa l'Univers !

ou dans une moindre

mesure (plus locale) comparable au couronnement de Ve rcingétorix, je rentre enin chez moi. Sachez que ce soir, je me sens Charlie Coulibaly" ; - a conirmé le jugement déféré en ce qu'il a condamné Dieudonné MBALA MBALA à la peine de deux mois d'emprisonnement assortis du sursis ; - Y ajoutant : a condamné Dieudonné MBALA MBALA à payer une amende de 10.000 euros. Pour extrait conforme délivré à Madame le Procureur Général sur sa réquisition. Pour le directeur des services de grefe judiciaires, P/ le Procureur Général

mier ministre, toujours issu des rangs de la formation islamiste. Réuni jeudi à son siège de Rabat, le secrétariat national du PJD n’avait pourtant pas donné de nom de remplaçant et annonçait un nouveau conciliabule pour le surlendemain.

Psychiatre de formation

« Avec cette annonce, le roi a claire- ment pris de court le PJD. C’est une façon d’accélérer le règlement de la crise, et de montrer qu’il a pris les choses en main », souligne le politologue Mohammed Madani, enseignant à la faculté de droit de Rabat, pour qui cette nomination ne signifie pas forcément la fin de la crise : « L’enjeu est de savoir si M. Al-Othmani va maintenir le cap de son prédécesseur, auquel cas on pourrait aboutir au même blocage, ou si on lui facilitera la tâche en incitant les autres partis à diminuer leurs exigences dans les négociations pour que le gouver- nement soit enfin formé.» Arrivé au pouvoir en 2011 au moment des soulèvements ara- bes, et sorti à nouveau en tête lors des élections législatives d’octo- bre 2016, le PJD de M. Benkirane n’avait pas réussi jusqu’ici à im- poser ses alliés, notamment le parti de l’Istiqlal (parti de l’indé- pendance). Il refusait en revanche de faire une coalition avec

l’Union socialiste des forces po- pulaires (USFP), ce que deman- dait Aziz Akhannouch, chef d’un petit parti pivot, le Rassem- blement national des indépen- dants (RNI), proche du palais royal et principal adversaire de M. Benkirane dans les négocia- tions. Jeudi, à l’issue de la réunion de son bureau politique, le PJD avait publié un communiqué assez clair sur son positionnement. Fidèle à sa stratégie de non-con- frontation avec le palais, les isla- mistes y saluaient la décision royale de désigner une autre per- sonnalité du PJD, expliquant que celle-ci consolidait « le choix dé- mocratique et l’esprit de la Consti- tution » – adoptée en 2011, elle pré- voit que le chef de gouvernement est nommé par le roi au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Mais loin de désavouer son chef, le PJD expliquait qu’Abdelaziz Benkirane n’était pas responsable du blocage des négociations : « La responsabilité incombe aux condi- tions successives imposées lors des différentes phases des négocia- tions par certaines formations po- litiques.» M. Al-Othmani, 61 ans, faisait partie des trois noms évoqués pour prendre la suite de M. Benki- rane, aux côtés de Mustapha Ra-

mid, ministre de la justice sor- tant, considéré parfois comme le « dauphin naturel » de M. Benki- rane, et de Aziz Rebbah, jeune mi- nistre de l’équipement mais pe- sant peu dans le parti. Psychiatre de formation, M. Al-Othmani fait partie des dirigeants historiques de la formation islamiste qu’il a dirigée entre 2004 et 2008. Il a également été ministre des affai- res étrangères en 2012-2013. Poids lourds du PJD, consensuel et pragmatique, il a un profil très différent de celui du populaire M. Benkirane connu pour ses sorties médiatiques et sa faconde. Lors du congrès du PJD en 2008, Saad- Eddine Al-Othmani avait d’ailleurs été battu par Abdelilah Benkirane à l’élection pour le poste de secrétaire général. Dans un contexte tendu pour la forma- tion islamiste – à l’époque un pro- che du roi, Fouad Al-Himma, ve- nait de créer le Parti authenticité et modernité (PAM) avec l’objectif affiché de lui faire barrage –, les responsables du PJD lui avaient préféré une personnalité plus combative. « Son profil est certes plus diplomate que combatif. Mais pendant ces cinq années, Al- Othmani ne s’est pas désolidarisé de M. Benkirane et a soutenu tou- tes les décisions de la direction du parti », rappelle M. Madani. p

charlotte bozonnet

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

FRANCE | 5

Bourgi, le généreux « ami » de Fillon

Ce vétéran de la « Françafrique », formé par Jacques Foccart, a reconnu avoir payé deux costumes au candidat

PORTRAIT

M aison Arnys, bon- jour. » Au télé- phone, Robert Bourgi ne peut pas

s’empêcher de blaguer. « Selon mes informations, c’est le pape

François qui a acheté les costumes

à Fillon », dit-il avant de s’esclaffer. En cette soirée de vendredi

17 mars, son nom fait les gros ti-

tres. Il vient de reconnaître que c’est bien lui, le généreux ami du

candidat LR à la présidentielle, qui

a réglé la facture du tailleur.

« Bob » savoure un plat typique du

Sénégal où il est né il y a bientôt

72 ans. Quelques heures plus tôt,

le président de ce pays d’Afrique de l’Ouest, Macky Sall, l’a appelé: «Il m’a dit : “Même Fillon ! Robert, on n’a jamais autant parlé d’un Séné-

galais.” » Et il rit à nouveau. Sur l’échiquier politique fran- çais, le spectre de ce fou des intri- gues et des manigances plane toujours sur la droite où il aime à faire et défaire ceux qui se pi- quent de devenir le roi. Il connaît de longue date François Fillon qu’il a feint de soutenir lors de la primaire de la droite. « Je n’ai ja- mais été associé de près ou de loin

à ses déplacements au Sénégal, en

Côte d’Ivoire et au Liban », jure-t-il. François Fillon est sans doute tombé dans le piège, sous le charme de ce vétéran de la « Fran- çafrique» pourtant décrit comme sulfureux, voire tricard, mais qui n’a pas son pareil pour faire croire qu’il est incontournable. Voilà le candidat à la présidentielle humi- lié. Le « vieux Bourgi », comme il dit de lui-même, savoure son der- nier scandale. « Seule la déconne me guide aujourd’hui. La scène politique française m’amuse », dit-il avec dé- tachement. Entre François Fillon

et Nicolas Sarkozy, il n’hésite pas

un instant. « On s’amuse mieux entre bandits, lâche-t-il, toujours en se marrant. Nicolas est un vrai copain, un ami. » Au point que cer- tains se demandent aujourd’hui

si la main de l’ancien président de

la République n’est pas derrière le

dernier rebondissement des af- faires Fillon.

L’homme des secrets

L’intermédiaire a servi des années durant Jacques Chirac puis Domi- nique de Villepin. Avec fidélité, avant d’être remercié, écarté et im- pliqué dans les batailles de clan et les règlements de comptes. « Il n’est pas calculateur mais calculé et, ces dernières années, il a été uti- lisé pour servir des agendas et ré- gler des comptes, veut croire un an- cien chef de la diplomatie français. Il était vraiment à sa place dans l’ombre, en tant qu’intermédiaire soucieux d’entretenir des relations complexes entre la France et l’Afri- que francophone.» L’homme des secrets de la Fran- çafrique s’est alors mis à parler dans la presse, friande de ses révé- lations qu’il lâche avec une gravité surjouée. D’autant plus lorsqu’il affirme avoir transporté entre 1995 et 2005 près de 20 millions d’euros de cash dans des mallettes au profit de l’ancien président et

de l’ancien premier ministre.

Volubile et charmeur, Robert Bourgi peut parler des heures sans

« Seule la déconne me guide aujourd’hui. La scène politique française m’amuse »

ROBERT BOURGI

rien dire, peu avare de confiden-

ces invérifiables, et toujours fidèle

à l’une de ses maximes préférées :

« Secret de deux, secret de toujours ;

secret de trois, secret de tous ». Fils

d’un grand commerçant libanais et gaulliste de Dakar, il s’est formé

la politique et aux manœuvres

de l’ombre auprès de Jacques Foc- cart, le tout-puissant M. Afrique du général de Gaulle et de Pompi- dou. En 2007, alors qu’il lui remet- tait la Légion d’honneur, Nicolas Sarkozy aura ces mots : « Je sais que, sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de ce- lui qui te conseillait jadis de rester à l’ombre pour ne pas attraper de coup de soleil. »

Rapidement, Robert Bourgi se fait une place dans le milieu des in- termédiaires entre la France et ses anciennes colonies. Son autre maître dont il tirera son influence et sa fortune se nomme Omar Bongo, indéboulonnable prési- dent du Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, en juin 2009. Cet Etat pétro- lier d’Afrique centrale était le cen- tre des opérations clandestines d’ordre militaire ou financier, en cash. Encore aujourd’hui, Robert Bourgi aime à citer les adages de celui qu’il appelait « papa ». Avec une pointe de nostalgie de cette époque où il influençait le choix

de l’ambassadeur de France au Ga- bon, faisait limoger un ministre de la coopération, orientait les sou- tiens financiers aux candidats à la présidentielle française.

A Paris, il navigue dans les ré-

seaux du RPR, conseille officielle-

ment Jacques Chirac et anime et surtout finance le Club 89, cercle de réflexion politique proche du RPR, qui bénéficiera des largesses d’Omar Bongo. En même temps, il séduit, conseille ou baratine des présidents comme Mobutu Sese Seko au Zaïre, Denis Sassou- Nguesso au Congo-Brazzaville, Abdoulaye Wade au Sénégal… Ceux qui sont encore vivants tiennent à distance cet intermé- diaire flamboyant qui se vante d’être « plus africain que fran- çais ». Son numéro de charme passe moins bien. « Il est de cette génération d’in- termédiaires français qui ne res- pectent pas les Africains. Il a pro- fité de certains chefs d’Etat mais il est du passé et n’a plus sa place en Afrique », dit Ibrahima Diawadoh N’Jim qui a conseillé Manuel Valls sur les questions africaines et reli- gieuses. Même son de cloche du côté de Salif Diallo, ancienne émi- nence grise du président du Bur- kina Faso, Blaise Compaoré, qui avait été accusé par M. Bourgi d’avoir financé des partis politi- ques français avec de l’argent dis- simulé dans des djembés. « C’est un menteur, un vulgaire porteur

à

« Un simple cadeau amical »

L’avocat Robert Bourgi avait démenti à plusieurs reprises être celui qui avait offert à François Fillon deux costumes de chez Ar- nys, un tailleur parisien, pour 13 000 euros. En vain. Selon les in- formations du Monde, révélées vendredi 17 mars, les enquêteurs disposent désormais des documents attestant que c’est bien lui qui a commandé, le 7 décembre 2016, dix jours après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, puis réglé le 20 fé- vrier, les vêtements sur-mesure du candidat Les Républicains à la présidentielle. A la suite de ces révélations, M. Bourgi a reconnu auprès de l’Agence France-Presse avoir acheté ces costumes à M. Fillon : « un simple cadeau amical » effectué, selon lui, sans « conflit d’intérêts ni trafic d’influence ».

de mallettes qui nuit à l’Afrique et à la France. Il ne sert à rien aux Afri-

cains »,

aujourd’hui président de l’assem- blée nationale du Burkina Faso.

Diallo,

lâche

Salif

Instinct de survie

Malin, habile, il a pourtant su sé- duire et déjouer les guets-apens durant des décennies. Lorsqu’un intermédiaire libanais de haut vol impliqué dans les affaires de l’an- cien groupe pétrolier Elf le convie, en présence de Loïk Le Floch-Pri- gent, ex-PDG de la société, à les re-

joindre dans un grand hôtel de Londres, il sent le piège et vient en famille, empêchant ses interlocu- teurs d’évoquer leur sujet initial. Ou encore, lorsqu’au début des

années 1990 des tenants de la Corse-Afrique, parmi lesquels se trouvent Robert Feliciaggi et Mi- chel Tomi, de passage à Paris, dé- barquent à l’improviste à son ca- binet parisien, il les congédie sans

ménagement. Il sait que ces per- sonnalités font sûrement l’objet de surveillances policières et ne souhaite pas être associé à leurs affaires. Fidèle au conseil de son mentor, Jacques Foccart, il a évité un autre piège de l’intermédiaire en Afri- que, la dispersion. « Ne jamais tra- vailler dans les matières premières ou dans les jeux», aime-t-il à rappe- ler à ses visiteurs qui l’interrogent sur les raisons de sa longévité. Il n’a jamais succombé à la frus- tration de l’intermédiaire fâché de ne pas apparaître à la lumière et de ne pas être reconnu à sa juste va- leur. Combien de porteurs de vali- ses d’espèces servant à financer les partis politiques dans les années 1980 et 1990 ont été emportés dans les bourrasques judiciaires faute d’avoir su rester à leur place? L’instinct de survie et l’intuition de Robert Bourgi l’ont toujours préservé, à ce jour.

« A la mort d’Omar Bongo, il a perdu de son influence en Afrique francophone mais aussi en France, souligne le journaliste et écrivain Antoine Glaser. Il a réussi comme intermédiaire en Afrique du temps de la guerre froide mais l’Afrique mondialisée d’aujourd’hui, il ne la comprend plus. Robert Bourgi, ce n’est plus possible aujourd’hui.» L’avocat qui n’a jamais plaidé de sa vie continue toutefois de rece- voir quelques conseillers de chefs

« C’est un vulgaire porteur de mallettes qui nuit à l’Afrique et à la France »

SALIF DIALLO

président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso

d’Etat africains et des opposants dans son cabinet du 16 e arrondis- sement. Le visiteur est scruté par le regard d’Omar Bongo dont les photos ornent les murs. Son ter- rain de jeu s’est rétréci. L’héritier autoproclamé de Foccart se con- tente du champ de bataille de la droite française. Il s’amuse comme il peut. Il a fait rédiger ses Mémoires par un journaliste à qui il a consacré plus de cent heures d’entretien. L’ouvrage est achevé. Nicolas Sarkozy l’a lu et l’a convaincu de racheter les droits d’auteur et d’annuler la sortie du livre. « Ro- bert, si ce livre sort, il n’y a plus de classe politique dans ce pays », lui aurait dit l’ancien chef d’Etat. Ro- bert Bourgi s’en amuse. Ses se- crets, veut-il croire, constituent son trésor et son assurance-vie. Ce qui le fait rire aux éclats. p

jacques follorou, simon piel et joan tilouine

son trésor et son assurance-vie. Ce qui le fait rire aux éclats. p jacques follorou, simon

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Bayrou, l’homme qui parle à l’oreille de Macron

Le président du MoDem a accompagné le candidat d’En marche ! vendredi, à Villers-Cotterêts et à Reims

reims et villers-cotterêts

(aisne) - envoyé spécial

F rançois !François !Viens…» Au milieu de la cohue, François Bayrou tente de se frayer un chemin pour

rejoindre Emmanuel Macron,

qui l’attend au pied de la fontaine Subé, dans le centre de Reims. Désormais alliés, les deux hom- mes veulent mettre en scène leur entente et quoi de mieux qu’une

« déambulation » dans la « cité

des sacres », où le candidat d’En marche ! tient un meeting ce vendredi 17 mars. La séquence sent la mise en scène? Les deux hommes parcou- rent moins de cent mètres avant de s’engouffrer dans leur voiture ? Pas grave, les photos sont dans la boîte et c’est le plus important. Depuis l’annonce de leur alliance, scellée dans un restaurant pari- sien, le 23 février, François Bayrou est devenu un atout essentiel pour Emmanuel Macron, même si le candidat d’En marche ! n’aime pas l’idée de devoir quel- que chose à quelqu’un, lui qui tient plus que tout à sa liberté. Selon leurs proches, le président du Mouvement démocrate (Mo- Dem) et l’ancien ministre de l’éco- nomie se parlent tous les jours, au téléphone ou en tête à tête. Chaque semaine, l’élu pyrénéen passe au QG parisien d’En mar- che !, où il s’enferme dans le bu- reau du « patron ». Les deux hom- mes tiendront même une réu- nion publique ensemble à Pau, ville dont M. Bayrou est le maire, le 12 avril. « On a l’impression que Macron ne peut plus se passer de lui », grince un parlementaire socialiste, un peu jaloux.

« Sparring-partner »

« François Bayrou a pris une grosse

importance dans le dispositif parce qu’il a une grosse expérience des campagnes électorales nationales, reconnaît l’entourage de l’ancien ministre de l’économie. C’est un sparring-partner très utile. » De fait, le centriste a été trois fois candidat à la fonction suprême,

a été trois fois candidat à la fonction suprême, Fr ançois Bayrou (MoDem) et Emmanuel Macron

François Bayrou (MoDem) et Emmanuel Macron (En marche !), à Reims, vendredi 17 mars. LAURENCE GEAI POUR « LE MONDE »

alors que les autres élus macronis-

précise M. Macron.

proposition politique nouvelle per-

nées-Atlantiques connaît tout le

Une certaine distance

des candidats du mouvement

tes sont plus novices en matière de

mette de sortir de l’affrontement

monde et, surtout, il discute

aux élections législatives.

scrutin présidentiel. « J’ai une pe-

stupide entre une gauche épuisée

aussi bien avec des élus de droite

A

l’origine, l’ancien banquier

tite expérience, s’amuse l’intéressé, ravi de se retrouver au centre de l’attention après des années de di- sette médiatique. Mais je ne donne pas de conseils, je suis juste là pour aider.» «Bayrou apporte son expé- rience, sa sensibilité et sa famille politique, c’est déjà beaucoup»,

Le rapprochement n’avait pour- tant rien d’évident. Avant de to-

et fracturée, une droite qui ne se sent pas très bien et des extrêmes qui sont en embuscade. Emma- nuel est un homme politique jeune qui apporte cet espoir », assure le Béarnais, qui voit dans les bons sondages de son allié la preuve de la justesse de son analyse. Mais François Bayrou ne joue pas qu’un rôle de vieux sage. A écouter certains proches, il ferait

que de gauche. Le 15 mars, l’an- cien ministre de Jacques Chirac a ainsi été vu en train de converser avec Manuel Valls dans un café parisien. Pour régler les termes d’une alliance avec M. Macron ? « Je rencontre Manuel Valls régu- lièrement depuis des années », élude M. Bayrou.

voulait désigner les 577 heureux élus avant l’élection présiden- tielle. Une liste d’une centaine de noms devait même être rendue publique avant la fin mars. « Une folie », aurait plaidé le maire de Pau, pour qui une majorité se construit après la présidentielle et non avant. « Une élection prési- dentielle, c’est plein d’obstacles, c’est plein d’imprévus, c’est plein de

per, le président du MoDem avait

aussi office de poisson pilote

Avec l’aide de Jean-Paul Delevoye,

coups de théâtre », rappelle-t-il

plusieurs fois critiqué vertement son cadet, l’accusant notamment d’être le candidat des « forces de

pour Emmanuel Macron, afin de l’aider à construire une majorité après l’élection présidentielle.

autre transfuge de la droite, bom- bardé président de la commis- sion d’investiture d’En marche !,

pour plaider la patience. Pour autant, malgré son aide, Emmanuel Macron garde une cer-

l’argent ». Mais à l’écouter, c’est du

Figure de la vie politique fran-

M.

Bayrou aurait aussi convaincu

taine distance avec le Pyrénéen.

passé. «J’ai toujours voulu qu’une

çaise, l’ancien député des Pyré-

M.

Macron de reporter l’annonce

Pas question de laisser croire qu’il

« Bayrou apporte son expérience, sa sensibilité et sa famille politique, c’est déjà beaucoup »

EMMANUEL MACRON

candidat d’En marche !

serait sous tutelle, pas le genre de la maison. « Ce n’est pas untel ou untel qui vous donne le coup de vieux, le coup de régalien, le coup de ceci ou cela, a expliqué le candi- dat à Villers-Cotterêts (Aisne), ville dirigée par le Front national où il s’est aussi rendu vendredi. Un président de la République ce n’est pas un bouillon dans lequel on rajoute des ingrédients. C’est le rapport entre un homme, un projet et un peuple. Je suis comme je suis, les Français me prendront comme cela ou pas. Ce n’est pas l’ajout de l’un ou de l’autre qui change quoi que ce soit à cela. »

« Jetons »

De la même façon, l’ancien minis- tre a profité de son déplacement pour à nouveau mettre en garde les élus, notamment du Parti socialiste, qui disent vouloir le rallier, fustigeant ceux qui «pen- sent qu’ils sont en train de prendre des jetons ». « Je serai le garant

du renouvellement et de l’indépen- dance », a-t-il assuré, rappelant qu’il ne signera aucun accord d’ap- pareil et qu’il ne donnera aucune investiture aux législatives en échange d’un soutien. Une posture respectable, mais qui se heurte parfois au principe de réalité : à Villers-Cotterêts et à Reims, M. Macron était accompa- gné, outre de François Bayrou, 65 ans, de l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon, 70 ans, du député radical de l’Aisne Jacques Krabal, 68 ans, et de la députée européenne (MoDem) Marielle de Sarnez, 65 ans. p

cédric pietralunga

SÉCURITÉ

Un homme abattu à Orly

Un homme a été tué en début de matinée, samedi 18 mars, à l’aéroport d’Orly (Val-de- Marne), par les militaires dé- ployés dans le cadre de l’opéra- tion « Sentinelle ». Vers 8 h 30, « un homme a dérobé une arme à un militaire puis s’est réfugié dans un commerce de l’aéroport avant d’être abattu par les forces de sécurité », a indiqué le minis- tère de l’intérieur. Il n’y a pas

eu de blessés parmi les voya- geurs présents dans l’aéroport, qui a été évacué.

JUSTICE

Vol de cocaïne au « 36 » :

le policier condamné

Le tribunal de Paris a condamné le 17 mars l’ancien policier Jonathan Guyot à la peine maxi- male de 10 ans de prison pour le vol de 48,5 kg de cocaïne au 36 quai des Orfèvres, à Paris, en juillet2014. – (AFP.)

Ce dimanche à 12h10 ISMAIL HAKKI MUSA ambassadeur de Turquie en France répond aux questions
Ce dimanche à 12h10
ISMAIL HAKKI MUSA
ambassadeur de Turquie en France
répond aux questions de Philippe Dessaint (TV5MONDE),
Sophie Malibeaux (RFI), Christophe Ayad (Le Monde).
Diffusion sur les 9 chaînes de TV5MONDE, les antennes de RFI et sur Internationales.fr
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Jean-Jacques de Peretti: «Imagine-t-on de Gaulle remettre en cause la magistrature?»

L’ancien ministre, proche d’Alain Juppé, a décidé de soutenir Emmanuel Macron

ENTRETIEN

A ncien ministre de l’Outre- mer, Jean-Jacques de Peretti, 70 ans, a décidé

de franchir le Rubicon. Chira- quien, proche d’Alain Juppé, le maire de Sarlat (Dordogne), fi- gure du parti Les Républicains dans le Sud-Ouest, a parrainé Em- manuel Macron dont il fera la campagne. Il soutient les idées de l’ex-ministre de l’économie et re- grette la radicalisation de Fran- çois Fillon. Un signe fort alors que de nombreux juppéistes se sen- tent mal à l’aise dans la campa- gne de l’ancien premier ministre.

Pourquoi avez-vous parrainé M. Macron ? Historiquement, j’ai eu Jacques Chaban-Delmas comme référence. Aujourd’hui, mon modèle politi- que, c’est Alain Juppé mais comme il l’a dit lors de sa conférence de presse: pour lui, c’est trop tard. Chaban portait l’espoir d’une « nouvelle société ». Macron a re- pris ce flambeau. D’abord, il in- carne le rassemblement autour de l’idée européenne essentielle face au repli identitaire et nationaliste. Ensuite, les Français souhaitent que l’on puise faire travailler en-

semble ce qu’il y a de mieux à droite et à gauche, au-delà du sec- tarisme des vieux partis. Enfin, il est le meilleur barrage contre l’ex- trême droite dont une majorité de Français ne veut pas. Sa réus- site pourrait bousculer le paysage politique pour longtemps.

Le fait que M. Macron soit haut dans les sondages a dû vous aider à prendre votre décision… Non pas du tout. Ma démarche est une adhésion à son projet. Ce n’est pas un choix par défaut ou par dépit. Ça a été un long chemi- nement mais M. Macron est sim- plement le candidat le plus proche de mes idées. Il y a une compatibi- lité entre son projet et le pro- gramme qu’Alain Juppé a défendu pendant la primaire. Sur l’éduca- tion, c’est quasiment la même chose. Sur l’économie, il y a la même philosophie avec une poli- tique de l’offre privilégiée. Sur le ré- galien, il va dans le bon sens même s’il doit encore être plus ferme. Beaucoup d’experts de Juppé travaillent déjà avec Macron.

Comme d’autres à droite, n’avez-vous pas déploré ses propos sur l’inexistence d’une culture française ou la

« Nous ne pouvons pas rester enfermés dans un parti politique qui n’est plus toute la droite et tout le centre »

colonisation vue par lui comme

un « crime contre l’humanité » ?

Il a précisé sa déclaration en

parlant des cultures françaises. Sur la colonisation, je n’aurais pas dit cela mais ça ne remet pas en cause un mouvement.

Avez-vous prévenu M. Juppé ? Oui. Il l’avait senti venir et il m’a dit : « Tu es libre de faire ce que tu veux.» Tous ceux qui ont soutenu le projet de M. Juppé peuvent re- prendre leur liberté. Nous ne pou- vons pas rester enfermés dans un parti politique qui n’est plus toute la droite et tout le centre comme l’était l’UMP à sa création en 2002. La radicalisation de la base dont a parlé Alain Juppé s’est accélérée depuis 2012 avec l’influence gran-

dissante de Patrick Buisson. La campagne de Fillon a accentué ce phénomène. Au lieu d’ouvrir son projet aux idées de la droite modé- rée, il l’a durci. Par exemple avec la majorité pénale à 16 ans qui ne ré- soudra rien et le maintien de la suppression de 500 000 postes dans la fonction publique qu’il ne pourra pas appliquer. Autour de Fillon, il n’y a plus que les sar- kozystes. Les juppéistes mènent campagne pour les législatives.

Que pensez-vous de la tonalité de la campagne de M. Fillon ?

Imagine-t-on le général de Gaulle remettre en cause la magis- trature ? Pour nous, les élus de ter- rain, comment faire respecter la République quand un candidat s’en prend de cette façon à la jus- tice? Avec les affaires, François Fillon ne peut plus parler du fond des choses. Et la droite n’est pas du tout apaisée car elle a un candidat qui n’est plus le même que celui pour lequel elle a voté à la pri- maire. Il a été élu de façon incon- testable grâce notamment la rigu- eur et à l’honnêteté qu’il incarnait. Les électeurs de droite n’ont plus en face d’eux le même homme. p

propos recueillis par matthieu goar

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Cinqcandidatsdansl’arènecathodique

Fillon, Hamon, Le Pen, Macron et Mélenchon s’opposeront, lundi 20 mars à 21 heures, sur TF1

L undi 20 mars, à 21 heures, ils seront cinq sur le pla- teau aux allures de ring de TF1. Les cinq candidats

présumés favoris de l’élection présidentielle, selon les sonda- ges : François Fillon, Benoît Ha- mon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Et de ces cinq-là, disposés en cercle, Emmanuel Macron sera le plus attendu au tournant. En rai- son de son inexpérience dans ce type d’exercice, et parce qu’il est celui qui a le plus à y perdre, sa prestation sera observée à la loupe. Pour préserver son statut de possible adversaire de Marine Le Pen – une configuration de se- cond tour accréditée, à ce stade, par des sondages qui génèrent mécaniquement une tentation de « vote utile » en sa faveur –, le leader d’En marche ! devra éviter tout impair. Et ce, dans un envi- ronnement autrement plus hos- tile qu’une salle de meeting. Dans l’entourage du candidat, on cherche à dédramatiser l’en- jeu. Le candidat, dit-on, a bien de- mandé à ses proches et à certains élus des fiches sur chacun des thèmes abordés. Mais aucune ré- pétition en situation réelle ne de- vrait être organisée. « Je n’ai ja- mais fait de média training, je dé- teste ça », assure M. Macron. « On ne veut pas scénariser le débat, pour le laisser libre et capable de réagir, explique un proche de l’ancien haut fonctionnaire. Ce qu’on travaille surtout, c’est sa ca- pacité à synthétiser, car ce n’est pas son point fort. Il doit être ca- pable de ramasser sa position sur un sujet en une minute trente. » L’ancien ministre, qui s’attend à être pris pour cible, veut éviter de se laisser emporter dans des polémiques. « Le temps de parole sera limité, il ne faut pas le gas- piller à répondre à des attaques, assure son entourage. L’idée, c’est de rester sur le projet. » Comme s’il s’agissait d’un combat physi- que, son agenda a été allégé, afin de lui permettre de se reposer et de « garder de la fraîcheur ». Marine Le Pen, elle, affûte ses armes, notamment face à celui qui paraît le mieux placé pour l’affronter dans un éventuel se- cond tour. « Beaucoup de gens vont être devant la télévision et se faire une opinion. La politique,

c’est de la publicité comparative », indique Philippe Olivier, un des principaux dirigeants de la cam- pagne M me Le Pen. Comme d’autres, il constate que M. Ma- cron sera « la grande inconnue » de ce rendez-vous : « Il sera au centre ou sera écrabouillé. Il va peut-être se révéler comme un su- per télévangéliste, mais les Fran- çais aiment la politique. Je ne lui vois pas de ligne directrice », af- firme le beau-frère de la candi- date frontiste. La présidente du FN, qui est en meeting à Metz, samedi 18 mars, ne compte pas organiser de répé- tition du débat avec ses proches, mais simplement travailler des angles d’attaque. Objectif : défen- dre son projet, rendu en partie inaudible par l’accumulation des affaires et polémiques qui la visent elle, ainsi que son parti.

L’expérience des primaires

Un défi similaire attend François Fillon. Le candidat est parti dans la Sarthe, vendredi 17 mars, em- portant des fiches sur le pro- gramme de ses adversaires et les sujets sur lesquels il peut être at- taqué. Il reviendra dimanche à Paris pour des réunions de pré- paration. Depuis le 25 janvier et le premier article du Canard en- chaîné sur le soupçon d’emploi fictif de son épouse, l’ancien pre- mier ministre n’est plus « audi- ble » sur autre chose que les affai- res le concernant. Cette joute sur TF1, tout comme « L’Emission politique » de France 2 dont il est l’invité le 23 mars, lui permettront-elles de tourner la page ? Son entourage estime qu’il avait fait la différence avec Alain Juppé et Nicolas Sarkozy précisément lors des dé- bats télévisés organisés pendant la primaire de la droite et du cen- tre. Mais le contexte a radicale- ment changé. Comme il le fait dans ses meetings, le candidat du parti Les Républicains devrait, si nécessaire, se positionner en vic- time d’un «système» qui instru- mentaliserait la justice. S’il dis- pose de marges de manœuvre, sa cible principale devrait être M. Macron: il veut attaquer les «am- biguïtés de son programme », indi- que un proche. Benoît Hamon compte, lui aussi, sur son expérience acquise durant les débats organisés pen- dant la primaire à gauche, où il était apparu à l’aise et plutôt con- vaincant, pour redresser une si- tuation mal engagée. «C’est main- tenant que la campagne com- mence ! », espère un proche du candidat. Même s’il mime la dé- contraction – « dans cette prési- dentielle, chaque semaine est un tournant », dit-il –, M. Hamon, qui aura tenu la veille son grand mee- ting à Bercy, sait qu’il joue gros

veille son grand mee- ting à Bercy, sait qu’il joue gros Le plateau qui accueillera le

Le plateau qui accueillera le débat, à La Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 17 mars. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR «LE MONDE»

«Les Français vont enfin pouvoir commencer à comparer de visu les candidats»

JEAN-MARC GERMAIN

codirecteur de la campagne de Benoît Hamon

A la peine dans les sondages,

Jean-Luc Mélenchon espère que la marche qu’il organise samedi à Paris, de Bastille à République lui donnera un nouveau souffle pour relancer sa dynamique avant ce débat. Une fois son discours achevé, samedi, il devait se prépa- rer dans les conditions du débat, chronomètre en main. Sa direc- trice de communication, Sophia Chikirou, déplore les modalités retenues par TF1 : « Ce n’est pas un débat mais une succession de pri- ses de parole. C’est du spectacle, même la mise en scène, un ring, renvoie à ça.» Elle craint également que la liste des thèmes retenus ne desserve son candidat. « Ce sont déjà des choix éditoriaux, s’agace-t-elle. On

a essayé de négocier mais on a été

peu audibles. On a quand même réussi à imposer l’écologie. On est les seuls à l’avoir demandé. » M. Mélenchon souhaiterait rame- ner le débat sur le fond. « Il y a un rejet de la politique politicienne mais le nombre de personnes qui ont regardé les débats des primai- res le montre, il y a une aspiration aux projets, assure Eric Coquerel,

coordinateur du Parti de gauche.

Il faut parler aux 44,6 millions

d’électeurs qui n’ont pas encore fait leur choix et qui ne vont pas se dé- terminer sur des controverses. Il

faut veiller à ce que nos idées soient exposées et entendues. » p

service politique

« L’Autre Débat », ouvert aux can- didats qui auront reçu leurs 500 parrainages et qui ne seront pas sur le plateau de TF1. D’autres débats télévisés sont prévus d’ici au premier tour de l’élection pré- sidentielle, qui aura lieu le 23 avril. Sur BFM-TV et CNews le 4 avril, et sur France 2, le 20 avril. On pourrait penser que la mul- tiplication de ces débats va les banaliser. Il n’en est rien. Organisés en amont du scrutin, alors que toutes les enquêtes d’opinion traduisent l’indéci- sion et la volatilité de l’électorat, ils pèseront sans doute bien plus lourd que les seuls duels d’entre- deux-tours. p

jean-baptiste de montvalon

Un débat marathon de trois heures

Afin de favoriser les échanges, les pupitres des candidats et des journalistes formeront un cercle

E couter les propositions »,

mais aussi « entendre le dé-

bat ». Ce sont les deux sou-

haits que formule Catherine Nayl, directrice générale adjointe à l’in- formation du groupe TF1, avant le débat organisé, lundi 20 mars à 21 heures, entre les cinq princi-

paux candidats à la présiden- tielle: François Fillon, Benoît Ha- mon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Consciente que la confrontation entre projets ne s’est pas encore engagée, à cinq semaines du pre- mier tour, la chaîne a choisi une scénographie censée favoriser les échanges entre candidats. Leurs cinq pupitres et celui des deux journalistes, Gilles Bouleau et

Anne-Claire Coudray, formeront un cercle, plaçant les participants en face-à-face, alors qu’ils étaient côte à côte lors des débats des pri- maires. Les candidats auront deux minutes pour répondre aux ques- tions des journalistes, mais pour- ront être interrompus par un con- current à partir d’une minute trente. Useront-ils de cette possi- bilité pour s’affronter? «Ils ont en- vie de se faire entendre sur le fond », veut croire M me Nayl.

Une revanche sur 2012

La préparation du débat n’a pas occasionné de problème majeur, selon la chaîne. TF1 avait pris soin de proposer un éventail de thè- mes suffisamment large pour que chaque candidat s’y retrouve. Conséquence : le périmètre du débat est vaste. Outre une introduction d’une minute trente, où chacun expli- quera quel président il entend être, et une conclusion de même durée, l’émission sera divisée en trois séquences de cinquante mi- nutes : d’abord les sujets de so- ciété (éducation, sécurité, laïcité, mais aussi institutions et environ- nement), puis l’économie (protec- tion sociale, rôle de l’Etat, libre- échange), et enfin l’international (Europe et place de la France dans le monde). Soit, au total, un mara- thon de près de trois heures.

L’émission sera divisée en trois séquences de cinquante minutes : les sujets de société, l’économie puis l’international

Dans cette épreuve, les candi- dats pourront compter sur leurs soutiens : chacun a pu en convier trente-six. Le reste du public sera composé de salariés du groupe TF1 afin d’éviter tout risque d’intru- sion. Pour la chaîne, ce débat iné- dit dans l’histoire de la présiden- tielle est une revanche par rapport à la campagne de 2012, qui lui avait largement échappée au bénéfice de France Télévisions. L’audience devrait être élevée, si l’on se fonde sur les scores des derniers débats de la primaire à droite (8,5 mil- lions de téléspectateurs) puis à gauche (5,5 millions). La Une s’est vu reprocher son choix de se concentrer sur les cinq favoris, notamment par Nicolas Dupont-Aignan. Mais le recours intenté devant le Conseil d’Etat par le candidat de Debout la France a été rejeté, jeudi. Pour respecter le principe d’équité, la chaîne a reçu ou rece- vra, lors des « 20 heures », les can- didats absents du débat. Trois d’entre eux (Nathalie Arthaud, Jac- ques Cheminade et Philippe Pou- tou) débattront également, lundi soir sur Facebook Live, à l’invita- tion des journalistes du collectif Explicite, dans un rendez-vous en forme de contre-programmation. Dans le sillage du débat de TF1, BFM-TV et CNews accueilleront, le 4avril, l’ensemble des candidats validés par le Conseil constitu- tionnel, puis France Télévisions fera de même le 20 avril. Trois con- frontations télévisées inédites qui pourraient s’avérer décisives. p

alexis delcambre

lundi soir. Le député des Yvelines entend insister sur son projet, qui le différencie nettement, selon lui, de ceux de ses adversaires qui le devancent dans les sondages. « Avec les débats, les Français vont enfin pouvoir commencer à comparer de visu les candidats, et il n’y a pas photo entre les quin- quennats possibles de Le Pen, Fillon, Macron et Hamon », soutient le député Jean-Marc Germain, codirecteur de la cam- pagne. Officiellement, il n’est pas question d’attaquer frontale- ment ses rivaux, à commencer par M. Macron. Mais le candidat devrait néanmoins souligner, comme il le fait depuis plusieurs jours, la présidentielle « polluée par l’argent », une manière de mêler à la fois les affaires judiciai- res de M. Fillon et la campagne de M. Macron qui serait, selon lui, sous « l’influence des forces de l’argent ».

« Je n’ai jamais fait de média training, je déteste ça », assure M. Macron, le candidat le plus attendu

au tournant

La télévision au cœur de la campagne

Pour la première fois lors d’une présidentielle, les candidats débattent avant le premier tour

L a couverture médiatique de la campagne présiden- tielle va connaître un bou-

leversement majeur, sous la pression des médias audiovi- suels : pour la première fois, des candidats débattront avant le premier tour. Inspiré des Etats- Unis – le premier du genre avait opposé Richard Nixon à John Fitzgerald Kennedy en 1960 –, le rituel débat télévisé d’entre-deux- tours était resté quasi immuable depuis 1974. Giscard-Mitterrand – puis le match retour en 1981 –, Mitterrand-Chirac (1988), Chirac- Jospin (1995), Sarkozy-Royal (2007), Hollande-Sarkozy (2012)… Autant de duels ultramédiati- sés, chronométrés et millimé-

trés, où les moindres détails étaient âprement négociés au préalable par les conseillers des deux qualifiés. La seule éclipse eut lieu en 2002, Jacques Chirac ayant alors refusé le principe d’un débat avec Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise pour le deuxième tour.

Pas de risque de banalisation

Ces confrontations directes fu- rent des événements qui ont marqué l’imaginaire collectif. Pour autant, alors qu’ils ont sys- tématiquement été présentés comme « décisifs », ces débats d’entre-deux-tours ne semblent guère avoir eu d’influence sur le vote des électeurs qui, à ce stade

de la campagne, avaient pour la plupart déjà fait leur choix. La donne sera toute autre cette année. Sur la foi des sondages – au risque d’entériner et d’ac- centuer leur impact sur la cam- pagne –, TF1 a choisi de convier, lundi 20 mars, les cinq candidats présumés favoris du scrutin, c’est-à-dire ceux qui figurent ac- tuellement en tête des inten- tions de vote. Cette décision a suscité des protestations des candidats écartés du dispositif, même si TF1 leur a proposé de les inviter aux « 20 heures ». C’est dans ce contexte qu’Expli- cite, le nouveau média lancé sur les réseaux sociaux par les an- ciens d’iTélé, a tenu à organiser

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

C I N Q

A N S

A P R È S

L’A F FA I R E

M E R A H

C I N Q A N S A P R È S L’A F FA I

n’avait rien sur lui. C’est le premier passage à l’acte d’un signal faible », dit-on au SCRT. L’organisation du service illustre cette nou- velle donne. Ces nouveaux «RG» sont dirigés par Jérôme Léonnet, ex-numéro deux de l’Ins- pection générale de la police nationale qui a fait une partie de sa carrière à la DST et aux Renseignements généraux. Ses agents sont dans tous les départements: ils seront 2650 d’ici à la fin 2017 alors qu’ils n’étaient que 2000 fin 2014. Le SCRT suit environ 4200 pro- fils à risques contre moins de 80 en 2014. Selon nos informations, depuis fin 2016, ce service a aussi ouvert des antennes dans les grandes plateformes aéroportuaires: Paris- Orly, Nice, Lyon et Marseille. Il couvrira Bor-

deaux, Nantes, Toulouse, Mulhouse et Beau- vais d’ici à la fin de l’année. Le SCRT est de fait devenu le principal réser- voir de « tout ce qui n’est pas encore du djiha- disme». Son organigramme, avec ses sept di- visions, reflète « l’intrusion brutale du terro- risme dans notre quotidien », estime un res- ponsable. La radicalisation est un sous- ensemble d’une division qui s’occupe des dérives urbaines et de l’« islam de France ». « Début 2014, la radicalisation, c’était 5 % de son action, maintenant c’est plus de 50 %. » Le SCRT dispose par ailleurs, comme d’autres services de renseignements, d’une division chargée de l’infiltration et de la surveillance humaine. Mais ses effectifs sont secrets.

La révolution silencieuse de

l’antiterrorisme

En mars2012, Mohamed Merah, dont la radicalisation avait échappé au renseignement, tuait sept personnes. Cinq ans plus tard, les différents services en ont tiré des leçons

tion à chaque nouvelle attaque. Ce que le langage policier appelle le traitement des « signaux faibles ».

Des failles révélées

Un «gros trou dans la raquette» a été identifié en 2012 avec l’affaire Merah : les carences du renseignement local. En 2008, Nicolas Sarkozy a brutalement fait fusionner les Ren- seignements généraux (RG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST). Un qua- drillage du territoire est bien maintenu, dans une sous-direction de l’information générale (SDIG), mais elle est mal dotée, débordée. Or, l’une des leçons du cas Merah, c’est que le ter- rorisme ne frappe plus seulement l’étranger. Un maillage est donc récréé sous l’impul- sion de Manuel Valls, alors ministre de l’inté- rieur. En 2014, la Direction centrale du rensei- gnement intérieur (DCRI) devient la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Cel- le-ci disposera aussi d’un ancrage territorial, mais se concentrera sur le « haut du spectre » – les terroristes les plus dangereux. En parallèle, on crée un Service central du renseignement territorial (SCRT) qui absorbe la SDIG. Une de ses missions: traiter tous ces signaux faibles de radicalisation qui ont pris de court la DCRI et dont on pressent la montée en puissance.

Les «nouveaux RG»

Trois ans plus tard, cette traque silencieuse est devenue un enjeu clé. Le cas de Bertrand Nzohabonayo est emblématique. Le 20 dé- cembre 2014, il a attaqué au couteau des poli- ciers à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) avant d’être abattu. «Son frère était suivi en Afrique par la DGSI. Lui était en voie de radicalisation, mais le signal était extrêmement faible. On

C’ était il y a tout juste cinq ans, à Toulouse. Un mois de mars comme aujourd’hui, happé par les soubresauts de la cam- pagne présidentielle.

Mais subitement, l’aventure macabre d’un jeune terroriste de 23 ans a stupéfié la France. De lui, les services de renseignements sa- vaient presque tout: ses voyages dans la zone afghano-pakistanaise, ses faits d’armes de pe- tit caïd en lien de manière épisodique avec la mouvance salafiste. On découvrait qu’on avait même tenté de le recruter, le retourner. Ce Toulousain, c’est Mohamed Merah. Sa cavale dure douze jours, du 11 au 22 mars 2012. Sur son chemin, il tue sept personnes – trois militaires, puis dans une école juive un ensei- gnant, ses deux enfants et la fille du direc- teur – et en blesse grièvement deux. Ses allu- res de noceur-fumeur biaisent les signaux d’alerte. Mohamed Merah a, plus tôt que d’autres, recours à la dissimulation, la « ta- qiya ». Le fonctionnement en silos des servi- ces surajoute au problème. Il berne tout le monde. A l’époque surtout, dans l’esprit des services, on est terroriste ou on ne l’est pas. Beaucoup de choses ont changé aujourd’hui, et c’est une révolution qui ne dit pas son nom. Elle s’est faite en parallèle de l’explosion du phénomène djihadiste en 2014, puis de la multiplication des atten- tats, en particulier l’attaque de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, puis les tueries du 13 novembre. L’affaire Merah en a néanmoins été la matrice. La face visible de ce changement de para- digme, ce sont les attaques déjouées, parfois in extremis, et les interpellations, chaque semaine. En coulisses, cela correspond à tout un travail mal connu, remis en ques-

L’ORGANIGRAMME DU RENSEIGNEMENT TERRITORIAL REFLÈTE « L’INTRUSION BRUTALE DU TERRORISME DANS NOTRE QUOTIDIEN »

Avant l’affaire Merah, il y avait déjà «un antisémitisme de proximité»

Le politologue Jean-Yves Camus explique que la haine anti-juifs est « de l’ordre de la détestation de la France »

ENTRETIEN

J ean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (Fondation Jean-Jau-

rès), revient sur l’évolution de l’antisémitisme et sa prise en compte par la société.

Le 19 mars 2012, Merah tuait un adulte et trois enfants dans une école juive. A-t-on tiré les con- séquences à l’époque du carac- tère antisémite de l’attaque ? Le caractère antisémite de l’atta- que de l’école Ozar Hatorah a été plus évidemment perçu que celui de l’assassinat d’Ilan Halimi qui, en 2006, est à l’origine du nouveau sentiment d’insécurité des juifs de France. En 2006, il y a eu des hési- tations alors qu’il était évident qu’on n’avait pas affaire unique- ment à un acte crapuleux. A Tou- louse, les réactions ont été rapides et claires. Mais ce qui a assombri le tableau, c’est le sentiment de soli- tude qui s’est assez vite emparé d’une communauté juive qui voyait qu’au fond, le fait ne susci- tait pas de mobilisation massive.

Lors de la manifestation du 11 janvier 2015, les juifs se de- mandaient s’il y aurait eu tant de monde sans la tuerie de « Charlie Hebdo » avant celle de l’Hyper Cacher. Le sentiment de solitude a-t-il perduré ? Il y a eu de la gratitude à l’égard des politiques qui ont pris la me- sure de l’événement et des forces de l’ordre. Mais, là encore, une as- sez grande solitude, comme si, pour l’opinion, il était dans l’ordre des choses qu’un magasin casher soit une cible. Après Toulouse, il y avait aussi le sentiment qu’une partie de la po- pulation n’avait pas pris la juste mesure de l’attentat. Evidem- ment, l’assassinat des enfants a frappé. Mais le reste a un peu échappé à l’analyse, notamment le fait que depuis des années, les en- fants des écoles juives étaient pris pour cible par un type d’antisémi- tisme « de proximité », qui n’avait rien à voir avec l’extrême droite.

De quand datez-vous cela ? Du début de l’Intifada. A Paris, bien avant Toulouse, les parents

étaient inquiets des agressions verbales mais aussi physiques que les enfants des écoles confession- nelles, portant des signes distinc- tifs, subissaient, sur le trajet de l’école, dans les transports.

En janvier 2014, avec « Jour de Colère », puis à l’été, en marge de manifestations de soutien aux Palestiniens, des « mort aux juifs » ont été lancés… « Jour de Colère » était une mani- festation marginale d’une ex- trême droite radicale. Les cris de «mort aux juifs» avaient déjà été entendus dans d’autres manifes- tations, mais cette fois, ils consti- tuaient non pas un dérapage, mais un motif de manifestation. Les manifestations de l’été 2014 avaient une autre magnitude et sortaient d’une autre matrice. Lors de protestations contre l’in- tervention militaire israélienne, au nom d’une forme d’antisio- nisme particulièrement dévoyé et dont l’antisémitisme ne faisait guère de doute, des gens ont tenté de pénétrer dans des lieux de culte et de frapper des juifs.

J’étais à la synagogue de la Ro- quette le jour où elle a été atta- quée. J’ai vu des groupes consti- tués de plusieurs centaines de per- sonnes marcher sur une synago- gue. Un seuil d’intensité, de détermination a été franchi. On l’a retrouvé plus tard à Sarcelles, où des magasins ont été brûlés, où des gens ont manifesté en dépit de l’interdiction. Ils ne faisaient plus la différence entre le droit légitime de manifester contre une action du gouvernement israélien et une manifestation antisémite. On a assisté depuis 2009 à l’ap- parition d’une nouvelle généra- tion de manifestants qui ne sait plus faire la part des choses entre juifs, israéliens, sionistes et non sionistes. C’est une nébuleuse dif- ficile à définir idéologiquement. Qu’il y ait des extrémistes, des élé- ments d’extrême gauche, des sora- lo-dieudonnistes ne fait aucun doute, mais on cherche à la fois qui organise et quel est le ciment.

Ces événements sont accompa- gnés de flambées d’actes antisémites. Pourquoi ?

On note des pics d’actes antisé- mites à l’occasion des événements au Moyen-Orient. Mais dans les périodes où il ne se passe rien dans le cadre du conflit israélo-pa- lestinien, le nombre d’actes reste anormalement élevé lorsqu’on le compare aux années 1990, avant le début de l’Intifada, ce qui in- firme la thèse de la causalité. On ne peut se contenter d’années où on passe de 800 actes à 400.

N’est-ce pas contradictoire avec la tendance à une société plus tolérante décrite par la CNCDH ? La Commission nationale con- sultative des droits de l’homme (CNCDH) enregistre une augmen- tation de l’indice de tolérance qui indique que la société devient plus tolérante. Mais il y a une montée de la violence physique. A une époque, les actes antisémites les plus médiatisés étaient des profa- nations. Mais c’est différent du sentiment d’insécurité qui vient de ce que tous les jours, vous ou vos enfants, surtout si vous êtes «visiblement» juif, êtes attaqué au seul motif que vous êtes juif.

Les juifs restent-ils une cible « naturelle » aux yeux de l’opinion ? Il y a un certain fatalisme chez certains de nos compatriotes pour qui les juifs sont des cibles. En même temps, je sens que quelque chose bouge. Une prise de cons- cience, des yeux qui se dessillent sur le fait que l’antisémitisme meurtrier ou violent n’est pas uni- quement l’apanage de l’extrême droite. Il ne faut pas sous-estimer cette évolution. Il y a une reconnaissance dans la population du fait que nous avons affaire à un antisémitisme d’une nature différente de l’ancien et qui s’attaque aux juifs en tant que symbole de l’intégration, de l’ac- ceptation de la laïcité, de leur rap- port positif à l’Etat. Ce nouvel anti- sémitisme est de l’ordre de la détestation de la France. Le repro- che fait aux juifs, c’est d’être plei- nement français. Heureusement, l’existence de cette forme d’antisé- mitisme se heurte de moins en moins au déni. p

propos recueillis par cécile chambraud

0123

DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

0123 DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017 La gendarmerie dans la boucle Preuve des craintes

La gendarmerie dans la boucle

Preuve des craintes sur cette menace «endo- gène », le SCRT a absorbé 250 gendarmes (ils seront 300 d’ici à la fin 2017, 12 % des effectifs). Convaincu de leur connaissance de « l’inté- rieur des territoires», Denis Favier, l’ex-direc- teur général de la gendarmerie nationale, avait insisté pour une association de ses trou- pes, qui avaient été écartées de la réforme. Plusieurs gendarmes ont depuis été nommés dans la hiérarchie du SCRT. Ces gendarmes ont leurs antennes territo- riales où l’on ne traite que de radicalisation. Elles seront 75 d’ici à fin 2017. Environ 1 000 personnes signalées radicalisées sont ainsi suivies. En parallèle, en 2013, malgré les réti- cences policières, la gendarmerie a créé son service de renseignements : la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO). « On est rentré dans une logique de travail de fond, très lourd et qui va s’inscrire dans la durée », dit le général Pierre Sauvegrain, chef de la SDAO. Sous ses ordres : 30 analystes concentrés sur les signaux faibles. Quelque 550 personnels y contribuent aussi, partout en France.

La spécificité parisienne

Dans ce chantier, Paris et sa petite couronne sont un enjeu primordial. Héritage de l’his- toire, ces territoires dépendent de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). Ici, pas de distinguo entre « bas » et « haut » du spectre. On préfère « un continuum», comme l’explique un responsa- ble. Un service d’une cinquantaine de person-

nes a toutefois dû être mis sur pied pour gérer la masse des signalements, et éviter la «canni- balisation » du reste des enquêteurs. Ces signalements, parfois farfelus (règlements de comptes, séparations compliquées), arrivent en grande partie par le biais du numéro vert créé en 2014 par le gouvernement. Le phéno- mène de la « radicalisation est si massif qu’il re- lève parfois du travail de Sisyphe, estime-t-on à la DRPP. Nous faisons de l’“antéterrorisme” plus que de l’antiterrorisme. On s’immisce avant le passage à l’acte».

La DGSI soulagée

Cette réorganisation est jugée bénéfique à la DGSI. Hasard du calendrier, le départ à la re- traite du numéro un, Patrick Calvar, aux ma- nettes depuis mai 2012, a été publié au Journal officiel, vendredi 17 mars. Il quittera ses fonc- tions le 1 er juin. La DGSI se concentre sur 2000

« DANS UNE DÉMOCRATIE, IL NE RESTE QUE LE JUDICIAIRE COMME OUTIL À CHARGE ET À DÉCHARGE »

MIREILLE BALLESTRAZZI

directrice centrale de la police judiciaire

Vers la création d’un service «criblage »

Pour mieux répondre aux inquiétudes liées à la radicalisation, le ministère

de l’intérieur travaille, selon nos informations, à la création d’un «service national des enquêtes administratives de sécurité ». Un service fait pour ré- pondre aux enjeux du «criblage» des personnels des secteurs sensibles

S’il est encore des faiblesses

dans la lutte antiterroriste, c’est là, estiment plusieurs sources interrogées. En 2016, deux lois ont élargi les possibilités de criblage. Les demandes des employeurs se multiplient, autant que les recours des salariés. En outre, l’appréciation des entreprises dépend de ce que veulent ou peuvent « dé- classifier » les services. Le futur service sera rattaché à la direction générale de la police nationale avec une vingtaine de personnes. Il aura pour objec- tif d’harmoniser les enquêtes faites par les préfectures.

(aéroports, centrales nucléaires, transports

).

individus liés aux filières syro-irakiennes. La montée en puissance du Renseignement ter- ritorial a permis de limiter les risques d’embo- lie. Et ce, même si les effectifs de la DGSI at- teindront 4000 personnes d’ici à 2018 (+36% par rapport à 2013) et que des moyens consi- dérables ont été donnés par les lois renseigne- ment. «Tout cela nous a permis de nous recon- centrer sur notre cœur de métier qui est la lutte contre le terrorisme en coordination avec les services étrangers », détaille un haut respon- sable qui reconnaît que les attentats du 13 no- vembre2015 et leurs 130 morts ont été une le- çon difficile. Le meneur du commando, Abdelhamid Abaaoud, était identifié. Mais la préparation logistique s’est faite jusqu’au der- nier moment sur le sol belge.

Une meilleure communication

Point toujours sensible : la communication entre services. « Ce n’est pas encore idéal mais la direction est la bonne», résume un connais- seur. Le Renseignement territorial accueille actuellement, dans ses locaux, deux agents de la préfecture de police (bientôt un troi- sième) et cinq de la DGSI. Une cellule baptisée «Allât» a été créée mi-2015, côté DGSI, avec des agents de la DRPP, du SCRT, et d’autres ser- vices pour échanger sur des dossiers. Au milieu, une structure initialement mal aimée des services a fait son chemin :

l’Emopt. Un petit état-major sous tutelle du ministre de l’intérieur, créé pour coordonner en temps réel le suivi des individus signalés « haut » ou « bas » du spectre. Au cœur de son travail, la veille sur un fichier qui illustre le chamboulement culturel depuis l’affaire Merah : le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère ter- roriste. Il ne concerne que le terrorisme se ré- clamant de l’islam (ni Basques, ni Corses) : soit 16 000 fiches dont environ 4 000 « objectifs » des services. Une première.

Des frontières plus filtrées

Le traitement des signaux faibles aurait peu de chances d’être efficace si, pour l’étranger, d’autres services n’avaient amélioré leur re- cueil d’informations. A commencer par la Di- rection générale de la sécurité extérieure (DGSE), suivie de la Direction de la coopéra- tion internationale (DCI), rattachée à la police nationale. Ces services traquent les périples des djihadistes en partance ou revenant de la zone irako-syrienne. Selon nos informations, pour réduire les mailles du filet, la police aux frontières (PAF) s’est de son côté lancée, de- puis avril 2016, dans une réorganisation iné- dite. Ses agents ne se concentrent plus seule- ment sur les lignes extérieures, mais qua- drillent aussi l’intérieur de l’Hexagone. Vingt- deux directions interdépartementales ont été créées. Une révolution copernicienne. Comme le recommandait en 2012 le rapport pionnier sur l’affaire Merah, dressé par l’Inté- rieur, deux autres pas majeurs ont été faits en 2016. D’abord l’adoption du PNR européen (l’enregistrement des données passagers). Puis la modification du code Schengen qui permet un contrôle systématique dans les fi- chiers de police de l’ensemble des voyageurs ressortissants de l’Union européenne, et non plus des seuls «extra-Européens». Elle sera ef- fective le 7 avril, même si, depuis plusieurs mois, la France avait le feu vert discret de la Commission européenne pour la mettre en œuvre. Plusieurs milliers de « fiches S » ont depuis sonné – alors qu’en 2012, lors de son embarquement à Roissy direction Lahore, Mohamed Merah n’avait pu être repéré.

De nouveaux services associés

La course à l’efficacité a amené à associer à la lutte antiterroriste des services qui l’étaient peu jusque-là, comme Tracfin, la cellule anti- blanchiment, ou les douanes. Après des an-

france | 11

nées de mise à l’écart, celles-ci vont gagner 1 000 agents d’ici à la fin 2017. Raisons de ce re- gain d’intérêt : les pouvoirs de fouille dont disposent les douaniers, précieux quand ils sont alliés à ceux de la DGSI, par exemple lors d’un contrôle aux frontières. En 2015, deux hommes soupçonnés d’être en lien avec l’at- tentat déjoué de Verviers (Belgique) ont ainsi été interpellés à Modane (Savoie).

L’enjeu du judiciaire

La Direction centrale de la police judiciaire française (DCPJ) est directement impactée par l’accumulation des signalements. Plus de 1400 dossiers lui ont été soumis depuis mi- 2015 par les services de renseignements, et la justice l’a chargée d’enquêter pour 70 % d’en- tre eux. Dans le lot : des affaires lourdes comme des cas d’apologie du terrorisme ou de consultation habituelle de sites djihadis- tes. Les effectifs de sa sous-direction antiter- roriste (SDAT) ont été doublés et les services régionaux sont mis à contribution. Même si cela engendre une forte pression, la patronne de la DCPJ, Mireille Ballestrazzi, estime essentielle la «prise de conscience » par la DGSI et le SCRT « de l’importance de judicia- riser le plus tôt possible » même pour du « si- gnal faible». «Dans une démocratie, il ne reste que le judiciaire comme outil à charge et à dé- charge», dit-elle. En parallèle, toute une vigi- lance a été développée sur les affaires de droit commun liées par exemple au trafic de stupé- fiants, au cas où des liens seraient établis avec des dossiers «terros». Face à l’explosion du contentieux, le monde judiciaire s’est aussi mobilisé. Notamment avec la création d’un bureau central du ren- seignement pénitentiaire, lancé le 1 er février. Mais aussi, dès mai 2016, avec un réseau de magistrats et d’assistants référents en ma- tière de terrorisme. En plus d’avoir l’œil sur les procédures locales pouvant intéresser le pôle antiterroriste parisien, ils sont vigilants sur les dossiers de petite délinquance quand les individus sont signalés pour radicalisation. Une mission indirectement liée aux leçons de l’attaque de Charlie Hebdo : les frères Koua- chi étaient identifiés des services, moins Amedy Coulibaly, l’auteur de la tuerie de l’Hy- per Cacher, qui leur a en outre probablement fourni les armes. Or il avait côtoyé le noyau dur de la mouvance islamiste, mais a été con- sidéré jusqu’au bout comme un simple délin- quant par la DGSI.

Naissance d’une politique publique

Toute cette recomposition a entraîné la nais- sance d’une politique publique de la radicali- sation. La création des cellules de suivi sous tutelle des préfectures, partout en France, en 2014, a amené autour de la même table des représentants locaux du Renseignement ter- ritorial, de la DGSI, les services sociaux, le par- quet, ou le monde enseignant. « Les préfets ont été obligés de faire du pluridisciplinaire et de ne plus faire reposer toute la responsabilité sur le monde policier », se réjouit Céline Ber- thon, secrétaire générale du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). Même si certaines professions (enseignants, psychiatres…) ont pu hésiter à participer, re- doutant une stigmatisation d’une partie de la population et une forme de délation. Nul n’ignore dans le monde policier le ris- que d’impact sur la société de la lutte antiter- roriste. Pour la DGSI, « le problème, c’est moins le terrorisme que la radicalisation ». « Nous, on stabilise le malade mais on ne le soigne pas », détaille cependant un de ses hauts cadres, soucieux des tensions françai- ses. « Quand on fait la guerre, on a la guerre », assène-t-il, appelant à une réflexion plus large sur «l’Etat final recherché», comme di- sent les militaires. p

élise vincent

à une réflexion plus large sur «l’Etat final recherch é» , comme di- sent les militaires.

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

La Marche pour la justice et la dignité divise les quartiers populaires Kim Kardashian :
La Marche pour la justice et la dignité
divise les quartiers populaires
Kim Kardashian : « Je croyais
qu’il s’agissait de terroristes »
L’ouverture du rassemblement de dimanche aux syndicats et partis politiques ne passe pas
C’ est une audition quelque peu surréaliste qui débute ce
2 février dans les bureaux du procureur fédéral de New
York. Une juge d’instruction parisienne fait face à la
E lle rêvait d’unité, elle récolte
la division. La Marche pour
la justice et la dignité, pré-
vue dimanche 19 mars à Paris, dé-
route les quartiers populaires.
Lancé en décembre 2016 à l’initia-
tive d’une douzaine de familles de
victimes de violences policières,
ce rassemblement appelle à mani-
fester, contre celles-ci, contre le ra-
cisme, l’impunité des forces de
l’ordre et l’état d’urgence, entre
autres. Et, plus généralement, con-
tre la répression de l’Etat.
Signé par des dizaines de collec-
tifs, d’associations et de militants,
l’appel, parfois décliné sous
d’autres formes du fait de diver-
gences sur certains termes et thè-
mes, a également été rejoint par
des syndicats (SUD-Solidaires,
FSU…), quelques partis de la gau-
che de la gauche (PCF, Front de
gauche, NPA, PG) ou encore le Parti
des indigènes de la République
(PIR). Une longue liste de signatai-
res qui fâche certains acteurs de
terrain des banlieues, qui se sen-
tent dépossédés de leur combat. Et
de leur voix.
Baptisée Marche de la dignité et
contre le racisme, la première édi-
tion, en 2015, avait été lancée par
un collectif d’une soixantaine de
femmes souhaitant parler au nom
de toutes les « minorités raciali-
sées» et populations des quartiers
stigmatisées, tout en revendi-
quant leur indépendance à l’égard
des partis politiques de gauche et
des syndicats. Une manifestation
aux relents «anti-Blancs» avaient,
à l’époque, jugé ses détracteurs.
« Un véritable processus d’exclu-
sion avait été mis en place, se sou-
vient Michel Tubiana, président
d’honneur de la Ligue des droits
de l’homme, qui a amendé avec le
MRAP, la CGT et FSU l’appel à ma-
nifester. Mais en deux ans, les cho-
ses ont beaucoup évolué».
«Cette
manifestation
est un appel
à la convergence
des luttes»
starlette mondialement connue Kim Kardashian. 90 millions
d’abonnés sur Instagram, épouse du richissime rappeur Kanye
West, mais aussi, en l’espèce, victime. L’objet de cette « première
audition de partie civile » est de revenir sur l’agression qu’elle a
subi dans un hôtel parisien de la rue Tronchet dans la nuit du 2
au 3 octobre 2016.
Bien sûr, elle est au courant des interpellations qui ont eu lieu
en janvier et ont vu 10 personnes mises en examen. « Je me suis
OMAR SLAOUTI
« Couscoussière parisienne »
membre du comité
organisateur de la Marche
Le changement de cap est assumé :
«La Marche est ouverte à tous ceux
qui souhaitent nous soutenir, car
même si les quartiers populaires
restent les premières victimes, ils ne
sont plus les seuls », explique la
fondatrice du collectif Urgence
notre police assassine, Amal Ben-
tounsi, 41 ans, à l’origine de la ma-
nifestation. Son frère, Amine, a été
tué d’une balle dans le dos par un
policier en 2012 – le tireur vient
d’être condamné en appel à cinq
ans de prison avec sursis. « Je ne
peux me priver d’aucun soutien,
nous sommes déjà si peu nom-
breux…», ajoute-t-elle.
« C’est l’ensemble des mouve-
ments sociaux qui est désormais ré-
primé, à l’instar des manifestations
contre la loi travail, renchérit
Omar Slaouti, membre du comité
organisateur de la Marche et du
collectif Ali Ziri (retraité tué par la
police en 2009). Nous devons tous
être solidaires face à cette répres-
sion qui s’abat sur la France, et dont
l’état d’urgence est l’un des princi-
paux outils.Cette manifestation est
un appel à la convergence des lut-
tes.» Le parti pris passe mal.
Cette fois, la version 2017 est
suspectée d’être « pro-Blancs ».
Dans une tribune publiée le
11 mars dans Mediapart, un mili-
tant, Abdoulaye Traoré, l’affirme:
« Je ne marcherai pas pour les
Blancs ». Et s’explique : « Cette
marche est organisée pour (…) ré-
conforter les alliés blancs (…). Elle
n’est pas organisée en direction
des habitants des quartiers popu-
laires (…). Je trouve insultant de
parler [en leur] nom. » Dans une
lettre ouverte, parue sur le site
Quartiers libres, d’autres « mili-
tant(e) s de banlieues excédés par
“la couscoussière parisienne” et la
“nouvelle bourgeoisie militante”»
dénoncent quant à eux la multi-
plicité des organisateurs, les dis-
parités idéologiques et la « pré-
sence massive de la gauche mora-
lisatrice ».
«On n’a pas le droit de confisquer
la parole aux vrais acteurs de ter-
rain, tempête Samir Baaloudj, ex-
militant du Mouvement de l’im-
migration et des banlieues (MIB).
Certaines organisations, comme
le PIR, instrumentalisent cette
marche afin de devenir porte-pa-
role des quartiers populaires. Alors
qu’ils n’y mettent jamais les pieds!
Quant à la présence annoncée de
Mélenchon, c’est une honte ! Il ne
propose rien aux quartiers, et ma-
nifestera simplement pour en-
granger des voix.»
« Personne ne m’instrumentalise,
rétorque Amal Bentounsi. Je mène
ma barque d’une main de fer. »
Pour preuve, dit-elle, seules les fa-
milles de victimes prendront la
parole publiquement. «Tous les si-
gnataires sont d’accord sur une
chose : la dénonciation des violen-
ces policières, résume la sociolo-
gue et co-organisatrice Nacira
Guénif-Souilamas. Les désaccords
se portent sur les analyses et les so-
lutions envisagées. Mais admettre
ses divergences traduit une matu-
rité politique. L’important est de se
faire entendre d’une seule voix afin
de sensibiliser l’opinion publique et
de politiser la question.»
Pas de quoi faire changer d’avis
Assa Traoré, la grande sœur
d’Adama, le jeune homme mort en
juillet à la suite d’une interpella-
tion musclée : elle ne signera pas
l’appel. «Dimanche, des cars vont
partir de villes de province pour em-
mener des militants à Paris, racon-
te-t-elle. Mais il n’y en aura aucun
pour aller chercher les jeunes des
quartiers populaires. Personne
n’est allé les voir. Ils ne sont pas au
courant de cette marche. Ils ne vien-
dront pas.» Alors elle non plus. p
sentie soulagée et très fière du système judiciaire français », dit-
elle. Selon elle, il s’agirait d’un «coup monté» à partir d’un «ren-
seignement [qui] venait de l’intérieur ». Elle souligne le rôle de ses
chauffeurs qu’elle avait l’habitude d’employer lors de ses venues
sur la capitale. L’un d’eux est en effet suspecté par la justice fran-
çaise d’avoir fourni le tuyau initial.
De son agression, elle garde un fort traumatisme. « En fait, je
trouve que c’est devenu un fardeau de posséder des bijoux aussi
chers. (…) Aucun objet n’a de valeur sentimentale qui peut être
comparée au fait de rentrer chez soi et de
retrouver ses enfants, sa vie de famille. »
« C’EST DEVENU
UN FARDEAU
DE POSSÉDER DES
BIJOUX AUSSI CHERS »
Elle dit des deux hommes qui ont pé-
nétré dans sa chambre qu’«ils étaient
agressifs (…). Je croyais qu’il s’agissait de
terroristes venus pour m’enlever. « Je me
souviens que j’avais un sentiment indes-
criptible, comme le cœur qui sort de la
poitrine. Je comprenais que j’allais mou-
KIM KARDASHIAN
rir.» Très vite, les deux hommes disent
« ring, ring » et, selon elle, la braquent
avec une arme. Ils font référence à la bague estimée à 4millions
de dollars avec laquelle Kim Kardashian a posé sur plusieurs
photos postée sur les réseaux sociaux.
« Quand le grand a pris la bague (…), on voyait qu’il était con-
tent. » Elle pense à fuir mais balaie l’idée de peur qu’ils lui tirent
dessus. L’un des deux agresseurs la baillone et lui attache les poi-
gnets. « J’étais certaine qu’il allait me violer », confie-t-elle. Elle
précisera plus tard lors de l’audition qu’elle n’a pas été agressée
sexuellement. « Il a ensuite vu mon sac à bijoux. (…) c’était un
grand coffret, il y avait vingt articles, tout ce que je possédais, trois
montres.» Le butin récupéré, les deux hommes partent en cou-
rant avec trois complices restés en bas. Elle assure
qu’aujourd’hui, Paris « n’est pas un endroit pour moi sur le plan
émotionnel ». Contactés, ni l’avocat de Kim Kardashian ni ceux
des mis en cause n’ont donné suite. p
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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

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A Longwy, un eldorado si proche, si loin

Près de 90 000 Français travaillent chaque jour au Luxembourg. Une situation subie, pour certains

Chaque semaine, Le Monde part à la rencontre des Françaises et des Français et raconte
Chaque semaine, Le Monde
part à la rencontre des Françaises
et des Français et raconte
leurs préoccupations.
Longwy
Paris
Hérouville-
Saint-Clair

longwy (meurthe-et-moselle) -

envoyé spécial

A urore Collignon peut

en témoigner : « A par-

tir de 6 heures le matin

et 17 heures l’après-

midi, c’est l’enfer. » Aurore habite Longwy, en Meurthe-et-Moselle, et travaille dans le quartier de Kirchberg, à Luxembourg-ville, à une quarantaine de kilomètres. « Je me lève tous les matins à

5 heures pour prendre le train de

6 h 17, le premier de la journée. Tout

est minuté, je cours tous les jours », explique cette quadragénaire dy- namique et apprêtée, fière d’avoir été, à ses débuts, en 1989, « la plus jeune employée de banque » du Grand-Duché. Comme Aurore Collignon, plus de 87 000 Français travaillent au Luxembourg. Ouvriers, employés ou cadres supérieurs, ils sont tou- jours plus nombreux, attirés par le dynamisme économique du Grand-Duché. Les salaires y sont en moyenne de 20 % à 30 % plus élevés qu’en France – le revenu mi- nimum avoisine les 2000 euros net –, les prestations sociales et la retraite plus avantageuses. Dans la zone d’emploi de Lon- gwy, plus de 22 000 personnes, soit près d’un actif sur deux, tra- versent la frontière chaque jour. «Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse, ici ?, s’exclame un client du bar L’Appartement, sur les hau- teurs de la commune. C’est une ville morte.» Ancien bastion sidé- rurgique, la cité fortifiée peine à se remettre de la crise de l’acier,

à la fin des années 1970. Plusieurs

milliers d’emplois supprimés, une économie sinistrée, les rares

entreprises parties s’installer « de l’autre côté ». La région de Longwy concentre aujourd’hui la plus forte proportion de travailleurs pauvres de Lorraine. Et voit pros- pérer, un peu plus à chaque élection, le vote Front national. Longwy paraît figée dans les an- nées 1970. Les panneaux « local commercial à vendre » fleuris- sent. Le soir, à part quelques ke- babs et pizzerias bon marché, ra- res sont les endroits ouverts. Et le week-end, le Kinepolis – un com- plexe cinéma défraîchi – ou la zone commerciale d’Auchan, à la frontière, constituent le principal horizon de sortie. Alors, « on sort en Belgique et surtout au Luxem- bourg, au bowling, dans les bars ou en boîte de nuit », ajoute le client de L’Appartement. C’est avec une pointe de jalousie que, chaque matin, certains Lon- goviciens voient partir travailler les frontaliers. Comme Gautier Renault, qui exerce dans la main- tenance des bâtiments au Luxem- bourg. Il y a quatre ans, il a suivi sa compagne, mutée à Longwy. Tous deux ont acquis une petite mai- son ouvrière qu’ils ont retapée, à Herserange. Gautier, qui ne se sé- pare plus de son monocycle élec- trique pour s’épargner le bus à Luxembourg, part chaque matin à 6 h 30 par le train et revient

« vers 18 heures ». « Ça fait des gros-

ses journées », reconnaît le jeune homme, les traits tirés, en don- nant à manger à son garçonnet.

« J’en ai marre de cette vie »

Claude Muller, lui, travaille pour un équipementier automobile à Grevenmacher, au Luxembourg, près de la frontière allemande. Pour éviter les bouchons, cet ouvrier de 52 ans se lève de plus en plus tôt le matin. Il doit pointer à 7 heures. « Je fais du covoiturage avec mes collègues. Si à 6 heures on

est dans les bouchons, c’est foutu», souligne-t-il. Il y a peu, ce Mosellan

a été victime d’un infarctus, lié, se-

lon lui, au stress accumulé au vo- lant. Usé par ce rythme forcené, Claude compte désormais les an- nées – «plus que cinq à tirer» – avant la retraite anticipée. « Plus jeune, je serais peut-être revenu travailler en France. Mais là, où je trouverais un emploi, à 52 ans ?» Habiter au Luxembourg ? « Pas les moyens, rétorque Aurore Colli- gnon. Ma maison vaut environ 220 000 euros. Là-bas, elle me coû- terait trois fois plus. » Les prix de

l’immobilier atteignent des som- mets dans le Grand-Duché. « J’en ai marre, de cette vie », confie celle

« J’en ai marre, de cette vie » , confie celle Aurore Collignon, employ ée de

Aurore Collignon, employée de banque au Luxembourg, et Johann Silighini, salarié du golf de Longwy. NICOLAS LEBLANC/ITEM POUR « LE MONDE »

« Plus jeune, je serais peut-être revenu travailler en France. Mais là, où je trouverais un emploi, à 52 ans ? »

CLAUDE MULLER

ouvrier salarié d’un équipementier automobile à Grevenmacher

salari é d’un équipementier automobile à Grevenmacher qui n’espère qu’une chose: démé- nager dès que

qui n’espère qu’une chose: démé- nager dès que possible, « après le bac de [son] second fils », sur la

couché sur le flanc, domine en- core le practice. « C’est bien beau de gagner des gros salaires.

« Arrêtez de vous plaindre »

italien marié à une Polonaise d’origine suisse-allemande. «C’est vrai que les frontaliers ont

Côte d’Azur, où vit sa mère. « Je n’ai pas vu grandir mon aîné. Pendant

J’aurais pu continuer à me faire de l’argent au Luxembourg, je ne

parfois du mal à s’insérer dans le tissu social de la commune, ob-

dix

ans, je ne m’en suis pas occupée.

comptais pas mes heures. Et puis

serve Serge De Carli, maire de

J’ai

attendu de passer à mi-temps

j’ai eu des soucis de santé. Là, je

Mont-Saint-Martin, dans l’agglo-

avant de faire un deuxième en- fant.» Elle ajoute: «J’ai une amie qui n’en peut plus. Elle n’a pas de nounou. Comment fait-elle pour récupérer ses enfants à l’école, quand il y a un problème de trans-

talier, c’est cher payé », se désole

suis à cinq minutes du boulot, c’est un choix de qualité de vie », expli- que-t-il, assis derrière le comptoir du club-house.

mération de Longwy, à la frontière avec la Belgique et le Luxembourg. Ils ont souvent des exigences fortes en termes d’offre culturelle ou spor- tive, ou en matière d’infrastruc- tures – je pense notamment aux

port ? » Aurore souligne égale-

Partagés entre deux pays, les

crèches. Mais ma commune est

ment que de plus en plus de collè-

«

navetteurs » ont le sentiment de

pauvre, on n’a pas les moyens de

dire vouloir fermer les frontières,

nicolas lepeltier

gues font des burn-out et ont des soucis de famille. « La vie de fron-

l’employée de banque. Après quinze ans de mécanique au Luxembourg, Johann Silighini

n’appartenir à aucun. Ils sont par- fois regardés de travers par leurs voisins, jaloux de la « belle voiture garée devant la belle maison ».

« Quelques-uns nous envient, nous disent “Arrêtez de vous plain-

nos voisins luxembourgeois.» Malgré les contraintes de trans- port, les semaines à rallonge, les frontaliers rencontrés en con- viennent : « Heureusement que le Luxembourg est là », qui permet à

a

choisi de revenir travailler en

dre, vous gagnez bien votre vie” »,

a

longtemps été vu comme « l’im-

une partie de la Lorraine, mainte-

France. Quand il n’est pas sur un green, une passion qu’il s’est dé- couverte au Grand-Duché, le

reconnaît Aurore Collignon. Côté luxembourgeois, le Français

nue sous perfusion, de ne pas sombrer. « Quand j’entends le FN

jeune homme de 34 ans gère l’ac- cueil du golf de Longwy, construit en 2011 sur un ancien site sidérur- gique, dont un haut-fourneau,

migré qui prend le travail des autres et qui ne parle pas la lan- gue », se souvient Johann Sili- ghini, petit-fils d’un immigré

ça me fait bien rire, souffle Gautier Renault. Nous, les frontières, on les passe deux fois par jour.» p

Jean-Michel, 69ans, 810euros de retraite et une ado à charge

Reconversions, déménagements… Ce Normand paie aujourd’hui au prix fort une carrière professionnelle hachée

hérouville-saint-clair

(calvados) - envoyé spécial

A 69 ans, Jean-Michel Pas- quier a vécu plusieurs vies, entre Paris, la Cor-

rèze et la Normandie. Aujour- d’hui retraité, il est installé à Hérouville-Saint-Clair, dans la banlieue caennaise. Il habite dans une HLM avec l’un de ses trois enfants, Margaux, 17 ans. Ils doivent vivre sur les 810 euros de retraite qu’il touche chaque mois. La faute à une carrière faite de ruptures, de reconversions et de déménagements. « A 14 ans, je suis devenu apprenti dans une bijouterie à Paris, racon- te-t-il. J’ai fait ça pendant une di- zaine d’années, dans les plus belles boutiques de la place Vendôme. Si j’étais resté là-bas, j’aurais pu met-

tre un petit pécule de côté. » Mais il

a préféré s’installer à son compte. « Mon erreur. C’étaient peut-être

mes plus belles années, mais je le paie aujourd’hui. »

En 1989, il ouvre une maison de

la presse dans un centre commer-

cial qui ouvre près de Cherbourg (Manche). « Je bossais quatorze heures par jour. Je payais un loyer énorme, et puis il y avait beaucoup de charges. » Il tient six ans et fi- nit par la revendre pour ouvrir une auto-école, toujours dans la Manche, à Saint-Vaast-la-Hougue. En 2003, à 55 ans, il est renversé par une voiture. Il passe quelques jours dans le coma, trois mois à l’hôpital, un an en fauteuil rou- lant. Impossible de garder l’auto- école dans ces conditions. Il la vend depuis l’hôpital. « Je n’étais pas en position de négocier », lâ- che-t-il. Comme un ultime regret face à sa situation présente. Jean-Michel Pasquier est sorti de cette carrière hachée avec une re-

traite de misère, proche du « mini- mum vieillesse» (801 euros), qui

concerne quelque 430 000 per- sonnes en France. Avec pudeur, il raconte son quotidien fait de

calculs, d’arbitrages, de renonce- ments. «J’ai été tenté d’aller aux Restos du cœur, mais j’ai toujours réussi à éviter de le faire. Chaque mois, le plus difficile, c’est la pre- mière semaine. Ma retraite tombe le 8 et j’ai déjà des factures le 3. »

« Je ne me projette plus »

Il voudrait aller plus souvent au

Café des images, le cinéma d’art et essai à deux pas de chez lui, mais « c’est trop cher ». « J’aime bien aller me balader en ville »,

raconte-t-il. Sans voiture – il n’en

a pas les moyens –, cela reste sim- ple : le tram l’emmène directe- ment dans le centre de Caen.

« Mais à quoi bon ? se reprend-il.

Je ne peux rien acheter. Je me dis

que j’irais bien prendre un verre, et puis je me demande ce que j’irai manger demain… » Alors il

lit. « J’ai toujours aimé les bou-

quins » – ils lui rappellent ses an- nées de libraire. Il les emprunte à

la bibliothèque municipale.

Depuis cinq ans qu’il vit dans cette ville nouvelle bâtie dans les années 1960, il se sent coincé.

« Trop de béton, souffle-t-il en je- tant un regard par la fenêtre, et puis je ne connais personne. » Il aimerait retourner dans la Man- che, « pour [se] réveiller en voyant

les vaches ». Mais pour bouger, « il

faudrait retrouver une HLM, j’en ai

pour dix ans. Et puis déménager,

ça coûte cher ». Sur un loyer de 650 euros, grâce aux allocations, il lui en reste 148

à payer chaque mois. « Margaux

va bientôt avoir 18 ans. Si je perds

l’aide personnalisée au logement,

je ne sais pas comment je vais faire. » Sa fille pourra être consi- dérée par la Caisse d’allocations familiales à sa charge jusqu’à ses 21 ans, sauf si elle se déclare à part.

Jean-Michel Pasquier est rassuré d’apprendre qu’il aura sans doute un sursis. « Mais vous savez, je ne

me projette plus vraiment, ce n’est pas trop possible pour moi. » S’il témoigne, parle si longue-

ment de son histoire, c’est pour que sa réalité, celle des retraités vi- vant de très faibles pensions, soit entendue. «Qui parlera des toutes petites retraites?», s’interroge-t-il. La retraite moyenne en brut en

France était en 2014 de 1 322 euros

– 1 007 euros pour les femmes. Ce

qui frappe Jean-Michel Pasquier, c’est cette impression de dé- connexion entre les candidats et la réalité dans laquelle il vit. S’il

en avait un en face de lui, il le mettrait « au défi de vivre avec si peu, trois mois, pour voir ». En fait, mieux vaut qu’il n’en rencontre pas. « Je serais désagréable. Parce que quand je vois toutes ces ma- gouilles, je suis très en colère. » p

colin folliot

« Chaque mois, le plus difficile, c’est la première semaine. Ma retraite tombe le 8 et j’ai déjà des factures le 3 »

JEAN-MICHEL PASQUIER

retraité

c’est la première semaine. Ma retraite tombe le 8 et j’ai déjà des factures le 3

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Le Bolchoï change de pied après les soubresauts

Porté par une nouvelle équipe dirigeante, le ballet russe veut faire oublier les scandales qui l’ont agité

DANSE

moscou

L es scandales passent, le Bolchoï reste droit dans ses chaussons. Quatre ans après l’agression à l’acide,

en janvier 2013, du directeur du ballet, Sergueï Filine, la presti- gieuse troupe russe de 250 dan- seurs conserve son aura. Depuis 2009, le succès mondial

des retransmissions au cinéma de

spectacles interprétés par la com- pagnie, pilotées par Pathé Live, n’a pas flanché. Au contraire. Le nom- bre de salles concernées aug- mente pour atteindre 1700 dans

60 pays dont le Qatar, le Bahreïn,

les Emirats arabes unis. Quatre jours avant la diffusion en direct, dimanche 19 mars, d’un programme de trois pièces signées Jerome Robbins, Harald Lander et Alexeï Ratmansky, l’ef- fervescence monte au gré des ulti-

mes répétitions. Les nouveaux hommes forts de la devanture culturelle russe sont Vladimir Ourine, 70ans, directeur général, et Makhar Vaziev, 56ans, à la tête du ballet. Le premier a succédé à Anatoli Iksanov, limogé en 2013. Il a nommé, à la place de Filine, Vaziev, qui va tenir les rênes de l’académie de jeunes chorégraphes.

3 000 personnes à gérer

Dans le milieu culturel russe, la ré- putation d’Ourine, ancien direc- teur du Théâtre Stanislavski, est celle d’un «grand administrateur, honnête et direct ». Ouvert sur le contemporain, il a programmé dès les années 1990 Josef Nadj et José Montalvo. Son mandat vient d’être renou- velé pour cinq ans. Trois mille per- sonnes à gérer, c’est dire la confiance qu’il génère pour res- taurer la santé de l’institution. Périlleux défi. Cette «chose incon-

En Chine, un festival pour «amoureux du cinéma»

La manifestation est créée par le réalisateur Jia Zhang-ke, épaulé par l’Italien Marco Müller

pékin - correspondant

C’ est la dernière initiative d’un cinéaste engagé :

lancer un festival en

Chine. Jia Zhang-ke a annoncé, le

16 mars à Pékin, la création du

Festival international de Pingyao, dont il est le fondateur, aux côtés de l’équipe de direction nommée pour en prendre les rênes et des dirigeants locaux. La première édition aura lieu du 19 au 26 octo- bre. Pingyao est une petite ville ancienne du Shanxi, la province natale de Jia Zhang-ke, là où il avait tourné les scènes de rem- parts de Platform (2000), son deuxième long-métrage. La ville est classée au patrimoine mon- dial de l’Unesco et reçoit 10 mil- lions de visiteurs par an. Ce nouveau festival s’appellera Crouching Tiger, Hidden Dragon, en référence à Tigre et Dragon, du Taïwanais Ang Lee. Jia Zhang-ke a choisi l’Italien Marco Müller, l’an- cien programmateur de la Mostra de Venise et des festivals de Rotter- dam et de Locarno, comme direc- teur artistique. Marco Müller, qui parle mandarin et cantonais, a consacré une place importante au cinéma chinois dans les festivals qu’il a dirigés. Pingyao sera doté d’une section compétitive ouverte à de nouveaux réalisateurs (les «Tigres») et d’une section pour les films de genre (les « Dragons »).

Une ancienne usine de moteurs

Jia Zhang-ke souhaite un festival qui respecte « les amoureux du ci- néma et le dur travail des metteurs en scène ». Sa motivation lui vient de la « double vie » qu’il mène de- puis son premier film, tourné à l’âge de 27 ans : réaliser des films, puis les accompagner dans une multitude de festivals internatio- naux. « Je me suis toujours de- mandé, durant ces voyages, quand nous pourrons avoir un festival de cinéma dans notre propre pays, notre région natale, pour que les gens puissent regarder notre cul- ture et notre travail, et aussi pour contribuer, par nos critiques et nos opinions, aux films du monde en- tier », a-t-il déclaré jeudi à Pékin lors d’une conférence de presse. Le cinéaste a toujours bataillé contre le marché chinois, devenu extrêmement commercial. Il a commencé sa carrière avec des films « clandestins », avant de

Le nom du rendez-vous :

Crouching Tiger, Hidden Dragon,

en référence au film « Tigre et Dragon »

pouvoir être distribué en Chine avec son quatrième long-mé- trage, The World (2004), et y con- naître un succès d’estime après le Lion d’or reçu à Venise pour Still Life, deux ans plus tard. N’hési- tant pas à produire les films de jeunes débutants, il s’est joint en 2016 à une alliance pour offrir un label « art et essai » à une cen- taine d’écrans dans son pays. Un premier film, chinois, y sera dis- tribué le 24 mars. En partenariat avec le groupe français MK2, il construit en parallèle son propre réseau de salles dans la province du Shanxi (Pingyao, Taiyuan, et sa ville de naissance, Fenyang). Doter la Chine d’un festival de cinéma digne de ce nom a jus- qu’alors été une gageure : les deux grands festivals, Shanghaï et Pékin, sont des vitrines com- merciales sans politique de programmation cohérente. Les initiatives provinciales n’ont ja- mais pu décoller. Le Festival du film indépendant de Nankin, malgré un soutien officieux au départ, a dû se résoudre à devenir complètement clandestin. « Il est en ruines », résume Zhang Xian- ming, un de ses anciens organisa- teurs. Une loi toute nouvelle en- cadrant le cinéma est entrée en vigueur récemment, mais son impact reste incertain sur l’orga- nisation de festivals. Les petites villes comme Pingyao sont mieux positionnées, surtout avec le soutien dont béné- ficie Jia Zhang-ke chez lui. Pingyao organise déjà chaque année un festival international de photo re- nommé. Le gouvernement local s’est engagé à financer le festival de cinéma pendant les trois pre- mières années. Son site principal sera situé dans une ancienne usine de moteurs diesel que la ville souhaite reconvertir en un parc d’industries culturelles. p

brice pedroletti

cevable qu’est l’attaque à l’acide du directeur du ballet », comme le dé- clare une des personnalités inter- venant dans le documentaire Bol- choï Babylone, réalisé par Mark Franchetti et Nick Read, diffusé le 12 février sur Arte, a fait exploser un sac de nœuds avec lettres de dénonciation, rivalités, ma- gouilles, pouvoir des oligarques… « La situation a changé et l’at- mosphère s’est améliorée, même s’il y a toujours des mécontents, af- firme Ourine. Le Bolchoï est un mécanisme très complexe.» Lors- qu’on évoque les rumeurs autour des pots-de-vin que certains dan- seurs disent avoir versés pour dé- crocher des rôles, il affirme avoir mis le dossier sur la table. Il prône «la transparence et l’ouverture». «Que les meilleurs puissent dan- ser!», insiste-t-il. Les valeurs affir- mées par Ourine, Vaziev les fait siennes sans lâcher sur son rôle. Présent à toutes les répétitions, il

Présent à toutes les répétitions, Makhar Vaziev, à la tête du ballet, maintient une forte pression

maintient une forte pression. En- tre 1995 et 2008, il a dirigé le ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Pé- tersbourg, rival historique de la compagnie moscovite, où il a fait émerger des stars comme Ouliana Lopatkina ou Diana Vichneva. Il a rejoint ensuite la Scala de Milan, y est resté de 2008 à 2016. Impossible de refuser le Bol- choï ! Vaziev revendique le classi- que comme «unique formation valable pour faire des étoiles di- gnes de ce nom ». De fait, depuis un an, il a déjà valorisé des jeunes

comme Margarita Shrainer, tout en accueillant des chorégraphes de la trempe d’Alexeï Ratmansky, avec lequel il collabore depuis longtemps.

Confiance

L’homme insiste sur un point: lui seul décide de la promotion des interprètes dans la hiérarchie. « Au Bolchoï, il n’y a pas de concours de- vant un jury comme à l’Opéra de Paris. C’est moi qui suis responsa- ble du destin artistique de la troupe de danseurs. Car lorsqu’il y a des complications, les membres du jury ne sont plus là pour les assu- mer. Ça ne fait pas de moi un dicta- teur si les danseurs ont confiance en moi», précise Makhar Vaziev. «Mon rôle est d’amener le ballet à une hauteur qualitative extrême. Je dois aussi révéler de nouveaux ta- lents et ouvrir le répertoire. Au-delà de mes goûts artistiques, il y a une vingtaine de spectacles par mois

entre les deux scènes du Bolchoï. C’est ma responsabilité et aussi ma réputation qui sont en jeu.» Pour l’entrée au répertoire de la pièce de Jerome Robbins, The Cage (1951), un ballet brutal sur les femmes et le pouvoir qui fit scandale à l’époque, il a conversé avec le danseur et chorégraphe Jean-Pierre Frohlich. En novembre, Frohlich a fait pas- ser une audition au corps de ballet pour choisir les douze créatures de cette pièce. Il a aussi assisté à des cours et fait répéter les solistes pour élire les deux rôles princi- paux. « J’ai travaillé librement et dans une bonne ambiance avec les danseurs », assure ce pilier du New York City Ballet. Un signe positif pour une nouvelle ère Bolchoï? p

rosita boisseau

Diffusion dans 176 salles Pathé en France. En direct du Bolchoï. Dimanche 19 mars, à 16 heures.

p rosita boisseau Diffusion dans 176 salles Path é en France. En direct du Bolcho ï.
p rosita boisseau Diffusion dans 176 salles Path é en France. En direct du Bolcho ï.

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DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

Les studios Davout coupent le son

Ce lieu mythique, qui a vu défiler les plus grands artistes et techniciens, va devenir une école

MUSIQUE

D avout va fermer le 7 avril. Michel Portal, musicien et compositeur se sou-

vient : « J’ai tout fait ici, de la musi-

que classique, du jazz, de la va- riété, de la musique contempo- raine. Il y a deux mois, j’enregis- trais avec le Quatuor Ebène. Nous étions seuls dans ces immenses es- paces que j’avais connus comme des ruches. Il y a une certaine tris- tesse quand ferme un studio. » Un studio d’enregistrement, ca- thédrale technologique de la mu- sique et du cinéma dans la deuxième partie du XX e siècle, ce sont quatre facteurs : le volume, l’étanchéité sonore des différen- tes salles, le parc de microphones et la console. Plus un ou deux créateurs de génie, capables de précéder le rythme du temps et hypersensibles à sa marche. Anticiper sur le moment de s’équiper d’un projecteur 35 mm (enregistrement de la musique à l’image). Equiper un studio B pour

les petites formations et les voix, un C pour les moyennes (35 musi- ciens), puis un auditorium de mixage cinéma, etc. A Davout, ces anges gardiens s’appellent Yves Chamberland et Claude Emerlin (ingénieur du son de père en fils et fondateur d’une sorte de pépinière d’« ingés son ») ; tous deux, notons-le, ont été for- més aux studios Europa Sonor.

Charles Trenet et Alain Bashung

Au 73, boulevard Davout (Paris 20 e ), le Studio Davout occupe près de 400 m², et neuf mètres sous plafond pour la plus grande salle A (elle pouvait accueillir 135 musi- ciens). Il a vu défiler, depuis 1965, tout ce que la musique compte d’artistes, de compositeurs et de techniciens de haut vol : de Char- les Trenet et Alain Bashung à Miles Davis, en passant par Lou Reed ou Pierre Boulez, toute la chanson française, la musique contemporaine, le jazz et la java… En 1965, Yves Chamberland re- prend un cinéma, le Davout,

« J’ai tout fait ici, de la musique classique, du jazz, de la variété »

MICHEL PORTAL

musicien et compositeur

comme il en existait partout dans les quartiers populaires de Paris. Ces cinémas – près de quarante à Belleville, entre 1918 et 1950 – avaient remplacé les «caf’-conç’», lesquels avaient balayé les char- mantes guinguettes du XIX e . Les mutations artistico-techni- ques et leur escorte de change- ments de décors, mœurs, lan- gage, vestiaire, cheveux, et même de façons de marcher, sont d’ex- cellents marqueurs de la vie. Entre 1965, date à laquelle Yves Chamberland met au point la première console à lampe avec magnétophones stéréo Ampex,

quatre pistes, et 1988, date à la- quelle il vend le mythique studio Davout repris plus tard par d’an- ciens employés, toutes sortes de mutations, bientôt révolutions, se seront succédé. La dernière en date, « crise », enregistrement digital, effon- drement du marché du disque, bouleversement du métier de musicien, aura eu raison du studio Davout. Restent à dispo- sition une console de quatre- vingt-six pistes, quatre micros Neumann U 47 indépassables, un savoir-faire unique et d’autres projets (Alexandre Lebovici, res- ponsable technique, Jean-Loup Morette, ingénieur du son). Avant le cinéma Davout, il y avait une chiffonnerie. Après « chez Davout », studio histori- que peuplé de fantômes sonores, la Ville de Paris créera une école élémentaire, une crèche et des logements sociaux. Louis Nico- las Davout (1770-1823), maréchal d’empire. p

francis marmande

(1770-1823), maréchal d’empire. p francis marmande culture | 15 CAMILLE SAINT-SA ËNS Concerto pour
(1770-1823), maréchal d’empire. p francis marmande culture | 15 CAMILLE SAINT-SA ËNS Concerto pour

culture | 15

CAMILLE SAINT-SAËNS

Concerto pour violoncelle n° 1. Sonates pour violoncelle n° 2 et n° 3

Emmanuelle Bertrand (violoncelle), Pascal Amoyel (piano), Orchestre sym- phonique de Lucerne, James Gaffigan (direction). V éritable éponge capable d’absorber tous les styles, procédés des anciens ou trouvailles des contemporains, Véritable éponge capable d’absorber tous les styles, procédés des anciens ou trouvailles des contemporains, Camille Saint-Saëns (1835-1921) est aussi en mesure de s’exprimer avec naturel dans tous les registres, quel que soit l’instrument dont il se saisit. Si le piano lui permet d’atteindre des sommets dans la polyvalence, le violoncelle n’est pas en reste, surtout quand il est tenu par Emmanuelle Bertrand. Lyrique ou épi- que dans les mouvements extrêmes d’un concerto (le n° 1, animé avec justesse par James Gaffigan à la tête d’un orches- tre conquis), il devient chorégraphique dans une partie centrale tout en légèreté. Changement de monde avec les sonates. La Deuxième est souvent ludique, à l’instar d’un scherzo où la complicité entre Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel est sans égale. La Troisième, inachevée et enre- gistrée pour la première fois, s’ouvre au non-dit et à l’imma-

tériel. p pierre gervasoni

1 CD Harmonia Mundi.

LAURENT COULONDRE

p pierre gervasoni 1 CD Harmonia Mundi. LAURENT COULONDRE Gravity Zero Claviériste talentueux, au jeu véloce,

Gravity Zero

Claviériste talentueux, au jeu véloce, complet, avec un toucher percussif, une impulsion swing, Laurent Coulon- dre a enregistré sous son nom trois albums en trio et est notamment l’un des membres de l’électrisant Horny Tonky, du trompettiste Nicolas Folmer. C’est avec quatre batteurs différents qu’il propose aujourd’hui un excellent album, Gravity Zero,

dans lequel il fait entendre toute une palette d’instruments

à clavier. Fender Rhodes, orgue, synthétiseurs, piano acousti- que… Chacune des dix compositions est l’occasion de croise- ments de sons bien pensés, d’ambiances variées. Jazz dans les sources hard bop, fusion (souvenir notamment de Return to Forever de Chick Corea, sans les concours de vitesse), funk, traces de quelques envols du rock progressif. Ses compagnons (réunis sur Sticky Brushing) sont des inter- prètes de haute qualité : Martin Wangermée (qui fait partie du trio actuel de Coulondre), André Ceccarelli, Yoann Serra

et Cyril Atef. p sylvain siclier

1 CD Sound Surveyor Music/L’Autre Distribution.

Lire l’intégralité de la sélection dans Le Monde. fr

L’urbanité sous toutes ses formes

C’est une revue savante, sobrement illustrée et accessible à tous en numérique. Son domaine de prédilection : le fait urbain, « comme une grille de lecture incontournable du monde contemporain », expliquent ses promoteurs, de jeunes docto- rants et doctorantes qui se sont rencontrés sur les bancs de l’ENS de Lyon. Créée en 2012, la revue Urbanités est celle d’une génération de géographes portant un regard critique et analytique sur les transformations de la ville. « Tout en gardant une posture modeste de jeunes chercheurs, nous tenons à présenter des textes répondant à une exigence et une rigueur scientifique », souligne l’équipe sur son site. La revue « propose d’aborder l’urbain non seulement géographi- quement via ses territoires, ses pratiques et ses représentations,

mais aussi par le biais de ses bâtiments, ses projets urbains, ses catégories sociales, ses échanges, ses mutations, ses paysages, ses réseaux, ses politiques, ses acteurs, ses idées». Le menu est copieux (interviews, chroniques, tribunes, portfo- lios…), d’autant que les contenus archivés s’ajoutent aux nou- veautés. Chaque semestre environ, un numéro thématique est publié. Celui de janvier porte sur « La ville indigne » à travers les formes qu’elle adopte face, le plus souvent, aux populations migrantes pour lesquelles la géographie urbaine se résume

à un lieu de rétention, abri souterrain ou bidonville. Depuis

mars, Urbanités publie un focus sur une ville, la première est Marseille. Les instigateurs et instigatrices de ce projet s’atta- chent aussi à l’autre sens du mot « urbanité » : « Politesse fine et délicate, manières dans lesquelles entrent beaucoup d’affabilité naturelle et d’usage du monde. » La précision a son importance, car elle donne une indication de l’esprit et du ton de la publica- tion, plaisante à lire, même lorsque les propos tenus ne prêtent

pas à rêver. p jean-jacques larrochelle Revue-urbanites.fr

RAY METZKER

Galerie Les Douches

Le nom de l’Américain Ray Metzker (1931-2014) est peu connu

en France, mais il gagne à l’être. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour à la galerie Les Douches, à Paris, où sont exposés 69 tirages argentiques d’époque d’une infinie délica- tesse. Le photographe disait qu’avec la prise de vue, seule la moitié du travail était fait : Ray K. Metzker était un tireur magistral. Chez lui, les rues de Chicago ou de Philadelphie deviennent des tableaux stylisés où les rais de lumière tracent des pointillés sur les passants, où les ombres renferment des détails surprenants. Une femme dans un parking surgit comme un étrange fantôme où l’on ne reconnaît qu’une robe

à fleurs et des montures de lunettes. Une mère et sa fille qui

descendent un escalier de bois font corps avec l’arbre planté devant la maison, et le feuillage qui leur cache la figure leur offre à chacune un visage de substitution. On reconnaît chez Metzker la parenté avec Harry Callahan et Aaron Siskind, deux autres Américains qui furent ses professeurs à l’Art Institute de Chicago : il partage avec eux le même goût pour les expéri- mentations formelles, le même jeu de cache-cache avec l’abs- traction, tout en gardant sa propre patte. p claire guillot

Ray K. Metzker, abstractions. Galerie Les Douches, 5, rue Legouvé Paris

10 e . Du mercredi au samedi de 14 heures à 19 heures.

Tél. : 01-78-94-03-00. Lesdoucheslagalerie.com. Jusqu’au 27 mai.

16 | culture

«Trompe-la-mort», du tableau noir à la fresque multicolore

Deux heures de grands moments vocaux pour la création de l’œuvre de Luca Francesconi, à l’Opéra Garnier, à Paris

OPÉRA

T oute œuvre d’art am- bitieuse suscite une lec- ture à plusieurs niveaux.

Soigneusement cachés ou sa- vamment suggérés, ils sont, en général, à découvrir par soi- même. Pas dans Trompe-la-Mort, l’opéra de Luca Francesconi, donné en création au Palais Gar- nier, le 16 mars. Dans le livret très cartogra- phié, écrit par le compositeur ita- lien d’après Balzac, comme dans la mise en scène très étagée de Guy Cassiers, quatre niveaux sont clairement exposés. Cer- tains, en vrai, d’autres en trom- pe-l’œil. Logique pour une his- toire de faux-semblants, la véri- table identité de Trompe-la-Mort n’étant révélée qu’à la fin. Pour s’y retrouver, le metteur en scène belge fait magistrale- ment le vide sur le plateau. A l’occasion d’un huis clos, entre le (faux) abbé Herrera et Lucien (de Rubempré), qui définit régulière- ment l’orientation des scènes à suivre. Par exemple, sous l’égide d’une leçon de morale. Nu et plongé dans l’obscurité, le plateau s’apparente alors à un tableau noir sur lequel ont été tracés deux axes blancs – de fins néons termi- nés par une flèche – perpendicu- laires comme ceux qui désignent dans un graphique les abscisses et les ordonnées. Vers le haut, l’es- pace de ceux qui manigancent ; vers les coulisses, le plan de ceux qui sont manipulés.

Partition d’une rare richesse

Les personnages qui (se) jouent la comédie (Rastignac, le baron de Nucingen, la comtesse de Sé- risy) font leur entrée sur l’axe plaqué au sol, celui du temps, en défilant sur un tapis roulant tan- dis que les deux âmes damnées (Herrera, Lucien) les observent depuis un élément de décor suré- levé, tels des demi-dieux. Des co- lonnes se sont dressées (une douzaine au premier plan, moins dans le fond) pour accueillir sur

leurs fûts plats les images vidéo du Palais Garnier à… tous les niveaux. Du sous-sol (machine- ries, cordages, échafaudages) au plafond (lustre et peinture de Chagall). Bien sûr, la cage d’escalier appa- raît plus d’une fois dans ce décor virtuel qui vaut aux protago- nistes (solistes et choristes) de se mouvoir comme au sein d’une fresque multicolore. Si le luxe est factice sur le plateau, il ne l’est pas dans la fosse. La par- tition de Luca Francesconi est d’une rare richesse, de timbre, d’harmonie, de rythme et, si l’on peut dire, d’« opératisme ». Elle éclaire chaque mot avec la fi- nesse symbolique d’un Alban Berg (Wozzeck) et chaque scène avec le souffle dramatique d’un Giacomo Puccini (Turandot).

A bord d’une montgolfière

Renouvelées tant du point de vue de l’expression que de celui du langage (parfois pulsé et to- nal, mais localement hérissé de piques concrètes), ces deux heu- res de musique séduisante comptent aussi de grands mo- ments vocaux. Ainsi, à chaque apparition de Julie Fuchs (Esther, sobre mais intense) on croit en- tendre le « tube » de l’opéra, le dernier (avec accompagnement d’accordéon convulsif) étant sans aucun doute le plus beau. Insoutenable légèreté de l’air… magnifiquement prolongée par une vue aérienne du quartier de l’Opéra que l’on quitte en s’éle- vant comme à bord d’une mon- tgolfière. Non sans avoir en- tendu Carlos Herrera, alias Jac- ques Collin, énoncer par la voix d’un grand Laurent Naouri la philosophie sociale de Balzac, et applaudi toute la distribution réunie autour de Cyrille Dubois (lumineux Lucien). p

pierre gervasoni

Trompe-la-Mort (création), mis en scène par Guy Cassiers. Le 16 mars. Palais Garnier, jusqu’au 5 avril. Operadeparis.fr

Le premier album classique composé et enregistré par

Michel

Legrand

Concerto pour piano Concerto pour violoncelle

Michel Legrand, piano - Henri Demarquette, violoncelle Orchestre Philharmonique de Radio France, Mikko Franck

violoncelle Michel Legrand, piano - Henri Demarquette , violoncelle Orchestre Philharmonique de Radio France, Mikko Franck
violoncelle Michel Legrand, piano - Henri Demarquette , violoncelle Orchestre Philharmonique de Radio France, Mikko Franck
violoncelle Michel Legrand, piano - Henri Demarquette , violoncelle Orchestre Philharmonique de Radio France, Mikko Franck

0123

DIMANCHE 19 - LUNDI 20 MARS 2017

L’art délicat et codé du kimono

Le Musée Guimet expose cent cinquante pièces rares de la période Edo

Kosode à motifs de cascades et éventails en crêpe de soie (seconde moitié du XVIII e siècle).

COLLEC. MATSUZAKAYA. J. FRONT RETAILING ARCHIVES FONDATION INC./ NAGOYA CITY MUSEUM

FRONT RETAILING ARCHIVES FONDATION INC./ NAGOYA CITY MUSEUM EXPOSITION L e kimono, costume tradi- tionnel des

EXPOSITION

L e kimono, costume tradi- tionnel des Japonais, est une œuvre d’art. Pour s’en convaincre, il suffit de se

rendre au Musée national des arts asiatiques Guimet (MNAAG), à Paris. Dans la pénombre néces- saire aux soies et lins anciens sont montrés, jusqu’au 22 mai, cent cinquante kimonos quatre fois centenaires. Les pièces sont pré- sentées en deux fois à cause de la fragilité des étoffes. Chacune, de la période Edo (1603-1868), livre au visiteur un éventail codé de cette trame sur laquelle est tissée la culture japonaise. L’épure de la forme en T, immuable, cohabite avec la grâce d’un décor symboli- que d’une extrême complexité, support de l’expression artistique

au pays du Soleil-Levant. L’Empire des signes de Roland Barthes est tout entier contenu

dans ces paysages miniatures nés du pinceau de l’artiste qui les a conçus. « La rigueur des éléments, le danger toujours présent ont poussé les Japonais à développer un art exemplaire de la survie en lien étroit et profond avec la na- ture, ses soubresauts et ses fruits », souligne Aurélie Samuel, com- missaire de l’exposition. Le tra- vail aussi minutieux que pré- cieux aux fils de soie et d’or fait revivre la saison des cerisiers en fleur comme la floraison éphé- mère des pivoines. Les végétaux de bon augure, le pin, le bambou, la fleur de prunier ou de mandari- nier, rivalisent avec la grue et la tortue, signes auspicieux de lon- gévité. Les scènes paysagées ani- ment les livres comme les éven- tails et étuis à coquillages. Au visi- teur de l’exposition de découvrir ce qui se cache derrière la façade, tatemae, de ces compositions, pour en saisir le sens profond.

Le kimono, deux rectangles as- semblés sans être retaillés, est un vêtement universel. N’épousant pas les formes du corps, sa cons- truction est dans la manière de le porter. Ample et souple, il de- vient contrainte et maintien une fois ceinturé, pour les femmes, par un obi – large bande de tissu. Comme le dicte le code social, le kimono conditionne la gestuelle mesurée du corps, entravé par une marche à petits pas. Il im- pose cette distance à respecter entre l’intime et l’officiel. Le salut rituel, vers l’avant, manière de se dire bonjour, accentuant encore le signe de respect de l’autre.

Venu de Chine

De support artistique, « le vête- ment devient ainsi un procédé scénique, narratif, sémantique, analyse Sophie Makariou, prési- dente du MNAAG et commissaire générale de l’exposition. Porteur

de force visuelle et de sens, le ki- mono a stimulé une industrie du textile extrêmement créative, dont les techniques mêlent complexité et patience », avec un apogée décoratif au XVIII e siècle. Ce costume, venu de Chine, est adopté au XII e siècle au Japon par l’aristocratie, puis par la classe des guerriers, enfin celle des mar- chands, chonin, sous le terme de kosode, avant de s’imposer au peuple. C’est la première fois que ces pièces rares de la collection Matsuzakaya, maison fondée en 1611, sortent de l’Archipel. A l’origine, la modeste fabrique de kimonos de soie siège à Nagoya. Un siècle plus tard, une deuxième échoppe ouvre à Kyoto pour des commandes d’exception. En 1910, pendant l’ère Meiji (1868-1912), la boutique se transforme en grand magasin à l’occidentale. On y choisit tissu et motif sur des cahiers de tendance. A Guimet, les kimonos sont pré- sentés de dos pour leurs motifs dorsaux spectaculaires. Les pay- sages sont électrisés par des séries de shibori et de yuzen zome, de mini-diagrammes dessinés par des étoffes nouées ou des lignes de colle de riz, par un procédé de teinture à la réserve. Les crêpes de soie froissés en vaguelettes alter- nent avec de grands motifs asy- métriques que l’on dirait peints à l’aquarelle. Aux XVII e et XVIII e siè- cles, ces tableaux, tissés, peints et brodés, illustrent des légendes et récits tirés du théâtre nô, parfois enrichis de calligraphies. Le nez sur les vitrines, le visiteur tente de décrypter les messages et de deviner ce que cachent ces vo- lutes peintes et brodées avec tant de minutie et de créativité dans la soie damassée, pour les costumes de mariage comme pour ceux des guerriers. L’historienne franco- indienne Krishnâ Riboud (1926- 2000), qui légua sa riche collec- tion de textiles à Guimet, affir- mait que les Japonais ont « tou- jours été capables d’élever au rang d’œuvres d’art les matériaux les plus humbles ». Ils nous donnent à Paris une leçon de perfection. p

florence evin

Kimono, au bonheur des dames. Musée national des arts asiatiques Guimet, 6, place d’Iéna, Paris 16 e . Jusqu’au 22 mai. Guimet.fr

Portrait d’un amour, à la vie, à la mort

Pour sa pièce au Théâtre de la Bastille, David Geselson s’est inspiré d’un texte d’André Gorz

THÉÂTRE

D oreen est un spectacle

comme on n’en voit pas

souvent au théâtre. Pour

l’écrire et le mettre en scène, David Geselson est parti de Lettre à D., d’André Gorz. Mais il n’a pas cher- ché à faire une adaptation. Il a écrit son propre texte, où ses mots se mêlent à ceux du philosophe, théoricien de l’écosocialisme et journaliste-fondateur du Nouvel Observateur, né en 1923 à Vienne, en Autriche, naturalisé français en 1957, et mort en 2007. Une mort à deux : André Gorz et sa femme Doreen se sont suicidés le même jour de septembre, dans leur maison de Vosnon, dans l’Aube. Ils s’étaient rencontrés en 1947 à Lausanne, en Suisse. Doreen était anglaise, elle avait les cheveux auburn, une démarche de dan- seuse. André Gorz lui avait couru après dans la rue, un soir. Ils ne s’étaient plus quittés. Il écrivait, elle lui disait : « Aimer un écrivain, c’est aimer qu’il écrive. » Ils vécu- rent à Paris, se firent construire une maison à la campagne, qu’ils laissèrent quand une centrale nucléaire fut édifiée non loin, et

allèrent dans l’Aube. Il décida à 60 ans d’arrêter de travailler dans les journaux pour s’occuper d’elle, atteinte d’arachnoïdite. David Geselson n’avait rien lu d’André Gorz quand on lui a offert Lettre à D., à sa sortie, en 2006. Il a voulu porter le livre au théâtre, en l’adaptant pour un comédien seul. Mais cela ne fonctionnait pas. « Alors, je suis allé dans Gorz », dit David Ge- selson. C’est-à-dire : tout lire, se plonger dans le fonds déposé à ’Institut mémoires de l’édition contemporaine (IMec), appré- hender une pensée, et un hom- me. Doreen est nourri de toute cette matière, mais aussi de dé- ductions, d’inventions propres et de discussions avec Laure Mathis, qui joue le spectacle avec David Geselson. Les voilà, tous deux, qui nous accueillent au Théâtre de la Bas- tille, comme s’ils étaient dans leur maison : « Servez-vous, il y a à boire et à grignoter. » Nous som- mes dans une grande pièce, avec un plafond en verre qui diffuse une lumière tamisée, des meu- bles des années 1950, une grande table avec des victuailles : l’am-

biance est douce, les spectateurs vont et viennent, puis s’asseyent. Doreen porte une jupe plissée, André un pull à torsades. Doreen l’appelle Gérard, qui était son prénom de naissance. On voit qu’ils s’aiment, mais ils ne sont pas là pour le dire. Ce qu’offre Doreen est mieux qu’une déclaration : c’est le portrait d’un amour, si vrai qu’il en paraît in- venté, si bien réinventé qu’il en paraît encore plus vrai.

Mettre la vie en scène

On ne saurait dire exactement, en écoutant le texte, ce qui ressortit d’André Gorz et de David Gesel- son. Et même si l’on connaît de près Lettre à D., on accepte tout, parce qu’on sait qu’on est au théâ- tre, et que le théâtre, quand il est réussi, ne reproduit pas la vie, mais la met en scène. Dans le livre, on imagine Do- reen, à travers ce qu’en dit André Gorz. Sur le plateau, on la voit, on l’entend. Elle est là, avec lui, en ce moment particulier où ils ont décidé de partir ensemble. Mais cela ne pèse pas dans le spectacle. Leur mort est comme un envol. Ce qui compte, c’est elle et lui ; les

moments de leur existence qu’ils nous racontent, leurs débats et leurs engagements, les articles qu’il écrit, la lettre méchante et drôle que lui envoie Jean-Luc Go- dard après l’avoir vu à la télévision. Et aussi : tous ces interstices de la vie, les silences d’André-Gérard, les hoquets du corps de Doreen, une danse à deux maladroite… Quand ils sont entrés dans la salle, les spectateurs ont été invi- tés à prendre des exemplaires de Lettre à D., qui commence ainsi:

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de 6 centimè- tres, tu ne pèses que 45 kilos et tu es toujours belle, gracieuse et dési- rable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble, et je t’aime plus que jamais.» p

brigitte salino

Doreen, d’après « Lettre à D. », d’André Gorz. Texte et mise en scène : David Geselson. avec David Geselson et Laure Mathis. Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, 75011 Paris. Tél. : 01-43-57-42-14. Jusqu’au 24 mars. Du lundi au samedi, à 19 h 30. De 14 € à 24 €. Theatre-bastille.com

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