Vous êtes sur la page 1sur 2

Lettre ouverte au ministre des sales besognes

Par : D.Messaoudi

Monsieur le Ministre, j’ai le regret de m’adresser à vous en ces termes peu complaisants, mais est-
ce digne d’un enseignant, qu’on veut à tout prix humilier, de courber l’échine et de subir une injustice
silencieusement ? Je sais que vous avez de votre côté une justice toujours prête à exécuter vos
ordres aveuglément et une police toujours prête à transgresser les lois de la république pour faire
taire toute voix protestataire, mais est-ce une raison pour un enseignant qui veut garder sa dignité
intacte de se taire lâchement ? Comme disait feu Tahar Djaout, « tu te tais, tu meurs ; tu parles, tu
meurs ; alors parle et meurs ! ». Donc imprégné de l’esprit de ce courageux intellectuel qui a refusé
de mourir en silence, je prends la décision de parler sans la moindre autocensure et advienne que
pourra !

Pour commencer, je vaudrais bien connaître la raison pour laquelle vous avez émis récemment une
instruction pour l’instauration d’un nouvel échéancier dans le versement des rappels du nouveau
régime indemnitaire [1]. Est-ce de la provocation destinée à pousser les enseignants à reprendre la
voie de la grève l’année prochaine afin de les humilier encore une fois en les obligeant de reprendre
ensuite le travail tête baissée, sous la menace de votre justice et votre police ? Est-ce un plan
destiné à ternir l’image de l’enseignant en le contraignant à chaque fois à user de la grève pour
arracher ses droits financiers, ce qui fait croire aux élèves et leurs parents qu’il n’est qu’un
matérialiste irresponsable et indigne de solidarité ? Est-ce une stratégie destinée à ruiner encore plus
l’école publique algérienne afin que seuls vos enfants scolarisés dans des écoles privées spéciales
ou à l’étranger puissent bénéficier d’un enseignement de qualité ?

Ce pourrait l’un de ces objectifs ou tous à la fois qui ont motivé votre instruction irresponsable, mais
jamais ce que vous nous avait distillé à travers la presse, à savoir, « contenir le déficit budgétaire »,
car si votre souci était réellement de ne pas « grever le trésor public », vous auriez d’abord instruit
vos collègues de différents ministères de ne pas jeter de l’argent par la fenêtre à toute occasion.
Nous ne sommes pas atteints d’amnésie pour oublier en si peu de temps la largesse étonnante de
l’État quand il s’agissait de primer et de soutenir une équipe nationale de football moribonde [2]. D’où
puisiez-vous alors de l’argent ? N’était-ce pas du trésor public ?

Si aujourd’hui ce trésor public frôle le déficit, ce n’est certainement pas dû aux quelques sous versés
dans les avoirs des enseignants sous les youyous de la tutelle à la limite d’une dénonciation, mais
c’est plutôt dû à la gestion chaotique des deniers publics dans vos départements, aux détournements
et autres gabegies dans lesquels vous autres hauts fonctionnaires excellez [3].

Pour finir, sachez monsieur le Ministre que l’enseignant algérien a déjà franchi le Rubicon et ne
pourra plus jamais céder à vos pressions et revenir bredouille sur ces pas là où il était avant la
création de son vaillant syndicat, le CNAPEST. Préparez dès maintenant votre justice et votre police
pour l’année scolaire prochaine ; nous enseignants serons au rendez-vous pour lutter pacifiquement
comme un seul homme pour notre dignité et nos droits.

______________________________

[1] Ce nouvel échéancier survenu après le versement de la première tranche a piégé plus d’un fonctionnaire ; certains,
s’attendant à empocher la prochaine tranche dans un mois au plus, se sont déjà engagés dans certains types d’achats
(meubles, voiture, terrain, etc.) ou d’activités (construction, restauration d’anciennes maisons, etc.). Maintenant, ils
devront s’endetter pour pouvoir réaliser leurs projets. Démoralisés, voire trahis par la tutelle, la prochaine rentrée sociale
ne pourra qu’être explosive.

[2] L’entraîneur de l’EN de football touche un salaire de 200 millions de centimes par mois ; un salaire d’un mois qu’un
enseignant ne pourra jamais gagner toute sa carrière de misère. Pourtant, si l’on compare l’utilité d’un entraîneur de
football et celle d’un enseignant pour la société, l’on découvre que ce dernier est beaucoup plus important pour
l’éducation des générations.

[3] Voici quelques chiffres qui démontrent le gaspillage des deniers publics par les hauts fonctionnaires de l’État :
Congrès du FLN : 11 milliards en 3 jours ; L’année algérienne en France : 600 milliards ; Le festival africain : 700 milliards
en une semaine ; Le congrès international du gaz : 800 millions de dollars ; Le festival du film arabe à Oran : 180 000
dollars pour Adel Imam.