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La petite enfance dans Europe médiévale et moderne Actes des XVI* Jotirnées Internationales d'Histoire de I'Abbaye de Flaran Septembre 1994 organisées avec le concours du Conseil Général du Gers Etudes réunies par Robert FOSSIER — Torwouss 19 Ouvrage publié avec l'aide de la Direction Générale des Affaires Culcurelles de Midi-Pyrénées PRESSES UNIVERSIAIRES DU MIRAIL We Pierre Anéré Sigal ‘ment chez elle pour faire son ménage »”*. De méme, un enfant de seize ‘mois et un autre de deux ans sont écrasés par des véhicules alors quills jouent dans la rue, apparemment sans surveillance”, Faut-il vraiment ici parler de négligence? Dans un livre devenu classique, Daniéle ‘Alexandre-Bidon et Monique Closson opposent la surprotection du petit ‘enfant et le laxisme vis-2-vis de Venfant un peu plus agé, correspondant fun risque sciemment accepté%. Il semble que les textes étudiés ici Confirment cette hypothése et que les parents n’ont pas suivi les conseils de prudence des moralistes. CONCLUSION Les récits de miracles évoquent de fagon trés concréte les conditions de vie de enfant au Moyen Age et les dangers dont il pouvait étre vic~ time, Bien que les miracles lis a des accidents soient relativement rares, les renseignements qu’lls nous donnent sont nombreux et coincident trés souvent avec ceux que nous fournissent les sources judiciaires, ce qui enforce leur crédibilité méme si certains récits ont un caractiére stéréo- typé. Par rapport & notre époque, un point commun apparait : Vimpor- tance des accidents domestiques, surtout pour l'enfant jeune. En re- vanche, le type d’accident prédominant est différent: la noyade au Moyen Age, accident de circulation de nos jours. C'est évidemment le signe d'un changement de civilisation matérielle. 7 Thomas de C, §14,p- 614: Exstimavt dete mule tne, sew dit, uo padi fils hat, ql sotexont adorn, statin eta lend com ails pais in guereram opi, Sion, § 37, p 823; bi, § 56, p. 627 Je CLD. AlevandreBidon et MClossn, L'Enfnt 8 Fombre des extras, Paris, 1985, p- 229-252. DE L’ERRANCE AU DEUIL LES ENFANTS MORTS SANS BAPTEME ET LA NAISSANCE DU LIMBUS PUERORUM AUX XIIe-XIIIe SIECLES Didier Lett, Le limbe des enfants (limbus puerorum) est un nouvel état et un nou- veau lieu de la géographie de Vau-dela, apparu & la fin du XUF siécle, dans lequel séjourent les ames des enfants morts sans baptéme qui, vayant pas mérité enfer, sont éternellement exclues du paradis & cause du péché originel non effacé!. La eréation de ce nouveau lieu d’accueil pour les ames des défunts s‘inscrit dans une période de bouleversement 1 Sur Te lnbe des enfants, on pet conser A Gandel, ane «Limbes » du Dione de Tig Ctl, Dy co 10.77: Ph Faure, «ame en ‘oyage animation ee problse de ines nolan epi ‘ousls dren de Soul 19 ound clue Go Cx de tance ani da Fnssat depute de Fars eitlons Et, ary 190 1 La Gof Les lines» Nwele rue de poche XXX, 1986 pp. 151-173 Wabererger *Tinbuspueroran, Zar Btehng cine hcologschen Bes, soc inelpeenomce alin 3 18h Lowa pp. #3138 pp. 2120 lier Lett a Didi de la géographie de I'au-del8? et traduit des changements importants dane if maniere dappréhender a morte de prcevor Venfance a Moyen Age, la mort néonatale est trés fréquente; « Toute femme ee ore dn lire dans un récit de miracle de la fin du XIF siécle®. Mais, malgré cette familiarité avec la mort du bébé et le croyance que c'est Diew qui donne tet qui reprend enfants le décts d’tn nouveaurné n’en reste pas moins tun drame? qui nécessite, comme aujourd'hui, la mise en ceuvre de pro ‘Cédures complexes pour que la famille puisse continuer a vivre avec cette ‘mort, puisse faire « un travail de deuil ». Dans cette époque de foi intense, il en va des enfants comme des autres catégories d'age : cest moins la mort terrestre qui inquiéte que le Salut étemel. Pour éte sauvé, Ie bapime est indispensable. Il peut, seul, tffacer la faute originelle qui entache la condition humaine depuis la faute d’Adam. Les parents qui n'ont pas pu baptiser leur enfant avant sa ‘mort ressentent une profonde culpabilité et gardent sans doute long- temp Timage d'un ere innocent frre pat es fammes de Tenfe {le corps ne peut étre enterré dans le cimetiére paroissial car il n’ap- jeient pos a locommanauté chrétenne, Lsbsence de séputare est a Inarque Sociale de son impossible salut. Guillaume Durand de Mende Gerit vers 1284: « Au terme dela loi, le cadavre d’un juif ou d'un gentil, fou d’un enfant qui n'est pas encore baptisé, rend religieux le lieu dans Tequel il a été enseveli ; mais selon la religion chrétienne et la doctrine canonique, le cadavre du chrétien seulement fait et constitue le Tew religieux »?. Ce qui apparait donc insupportable pour les parents des XHISXITE sidcles, ’est Mincertitude du devenir de l'ame de leur enfant mort sans baptéme. C'est le ret de lenfer pour une ame jugée innocente «a. Rijanc tur sosniqu qstnt un fndement ign leparales de murs Taseurciac nant wae SA Fea diies feist meena ee Sa sie coiatiteestiarte Snares De errance au deuil ” ct impeccable qui fait naftre le limbus puerorum. Ce refus de la damnation ne se manifeste pas seulement par la naissance du concept de limbe pour enfants. On le persoit également & travers offensive de 'Eglise pour que les parents baptsent leurs bébés au plus vite et par le développement des « sanctuaires &répit » oles parents emménent leur enfant mort sans sacrement et ob ils prient un saint en guettant des signes de vie qui vont permettre d'administrer le baptéme Lrobjet de cete étude est essentiellement de proposer une réflexion sur le raisons historiques et psychologiques qui ont permis la mise en place du concept de Hindus puerorum. Mais, au préalable, et pour micux Saisir les causes de la naissance du limbe, il convient de rappeler tres brigvement, historique du sort des enfants morts sans bapléme, et de localiser et déciresucinctement le Hnbus pueroran dans la géographie de Vaurdeli UN CINQUIEME ETAT DANS L’AU-DELA Le mot de limbe(s) n’existe ni dans I'Ecriture ni chez les Peres de 'Eglise. On note uniquement, dans le Nouveau Testament, la présence un liew spécial dattente appelé« sein d’ Abraham », mentionné dans la parabole dix mauvais riche et du pauvre Lazare (Luc 16, 19, 30): ce der- ner a cOtoyer le mauvais riche qui a toujours refusé de lui faire l'au- mane. A sa mort, il est « emporté par les anges dais le sein d’Abraham » oi il trouve consolation alors que le mauvais ziche est torturé par les flammes. Comune il est écrit que le mauvais riche, pendant son supplice; apercoit de loin le pauvre Lazare dans le sein d’Abraham, ce lieu a été ppercu comme un lieu proche de Yenfer « au bord de », d’od, & partir du premier quart du XIII sicle la dénomination de limbus. Le « sein Abraham » est le limbe des Patriarches, dans lequel auraient séjourné Jes Bons de I'Ancien Testament (qui ont done vécu avant 'Incamation), ui, entre laprés-midi du Vendredi saint et le matin de Paques, auraient t6 rachetés par le Christ, descendu aux enfers. Le Nouveau Testament ignore totalement le sort réservé aux enfants ‘morts sans baptéme. Mais comme il affirme par ailleurs que le baptéme ‘est nécessaire pour étre sauvé («[..] & moins de naitre d’eau et d’Esprit 8. Sura description et I localisation du Hnbus puerorum dans la gfographle de Vau- ela, quelques éléments dans les thisesrécentes de Michelle Fournis, Le Ciel pen itendre? Le elt du purgatoire dv eeud-uest dela France (du XIV but Vie ales, these, Bordeatx 1993 (aciyo) ; et de Anca Brat, mages dm owe iu de Tue epurgatoire. Emergence et dévlopprent (ars 1250-vers 1500), these 1992 (day). Lett 0 Ditier nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu » ; fear 3, 5), il condamne implicitement les enfants qui sont mort sans avoir ret le sucrement du baptéme a ne pouvoir aller au Ciel. Saint Augustin, dans un premier temps, admet pour les enfants morts sang baptéme, le principe d'un eat infernéinize entre Cel tener. Mais Ja querelle avec les Pélagiens 'améne & changer de position. Pour ces derniers, les enfants morts avec le péché originel ont droit a la vie éter- nelle. Face a cette affirmation qui remet en cause la nécessité du baptéme, ‘Augustin condamne les enfants morts sans baptéme au feu de l’enfer, éternellement. Crest pourquoi en 418, le canon 3 du concile de Carthage, approuvé par le pape Zosime, reette Vidée qu’il puisse exister « un lieu intermédiaire oit les enfants qui ont quitté cette vie sans le baptéme vi- vraient heureux >. Augustin pense seulement qu'il faut faire une distine- tion entre le sort des enfants et celui des adultes damnés. Aussi n’a-til jamais sien dit quant ala peine que devait subir les enfants. Elle est miis- sima (tres douce, indulgente) écrit-il dans l'Enchiridion (421-422). Cette notion de « mitissima » est fondamentale car elle est ‘objet dans les sigcles suivants de trés nombreux commentaires et va permettre la naissance du concept de limbus puerorunt. 1 faut attendre la fin du XI sidcle pour voir les choses bouger & nou- veau : saint Anselme (1033-1109) reste certes augustinien dans la mesure ot il affirme clairement que les enfants morts sans baptéme vont en en- fer, mais il place essence du péché originel dans la privation de la jus- tice primitive et pose sins le principe qui permettra de déduire la conception purement privaive des conséquences de a faut Adam et ide mieux distinguer les péchés personnels du péché originel. Abélar: (1079-1142), commentant le « miissima » de saint Augustin, le premier, distingue nettement les tourments dont les enfants sont l'objet des peines de Venger: « La peine des enfants morts sans baptéme, écrit, nous est présentée par saint Augustin dans l'Enchiridion comme trés douce. Yestime que cette peine ne consiste pas en autre chose, qu’en ce qu’lls soulirent les ténébres ;'est-i-dire en ce quis sont privés de la vision de Ja majesté divine, sans aucun espoir de récupérer cette vision. C'est, si je ne me trompe, ce tourment de la conscience que le bienheureux Augustin a désigné sous le nom de feu perpétuel »®. En accordant un sens méta- phorique & ce qui avait pour Augustin certainement un sens littral, ‘Abélard distingue tourments physiques (étre bralé par les feux infernaux perpétuels) et tourments de la conscience (étre privé de la vision de 9. Exposition Epistolo nd Romanos, Lb, cap. 5, PL t CLXXVIL, col 870: Quam qui= sem an on am rer us te axe oie nate “nmispe recuperation. Quad, ni flor, conscentitormentom ignem perpetuare ‘Agustin supra nomic Deterrance au deuit a Dieu). A partir de cet instant, dans la pensée théologique, méme si aucun le dlitrent pour ls enfants ort sano bapline es tenget nan clair que I'on admet que ceux-ci ne souffrent pas des tortures infevnales, ‘mais sont étemellement privés de la Vision béatifique. Cette distinction entre dans les Sentences de Pierre Lombard, rédigées entre 1148 et 1152, et connait par conséquent une tres large diffusion’ Le ape, Innocent Il lui-méme, dans une lettre adressée a Varcheveque Arles en 1202, évoque le probléme en déclarant que « le péché acted est puni par les tourments de I'enfer et que la peine de lafaute originelle est la privation de la vision de Dieu »'®, Insérée aux Décrétales de Grégoire IX en 1234, cette affirmation devient au début du XII sigcle un canon de I’iglise, qu'l devient « hérétique » de remettre en cause, La reconnaissance officielle iu limbus puerorum sfachéve avec Veeuvee théologique majeure du XIN sidcle: la Somme Théologique de saint ‘Thomas d’Aquin rédigée entre 1267 et 1274. On peut y lire que, dane Yau-dela, il ya deux types de souffrance : la peine des sens, c'est a-dire les douleurs ressenties par le corps et I’ame, et la peine du dam, cest-a- dire la privation de la Vision béatifique, ressentie par ame seule. Les enfants morts sans baptéme ne souffrent que de la peine du dam!! Catte opinion est vulgarisée & la méme époque. Dans IEluidarium, ila ques. tion : « Quelle peine subissent les enfants (parvulf) damnés ?» le waitre répond : « Uniquement les téndbres »!2, Voila done reconnu aux enfants morts sans baptéme un « état » past caller. Reste a leur octroyer un lieu dans la géographie de I'au-dela { UN CINQUTEME LIEU DANS L’'AU-DELA Pour pouvoir attendre le Jugement Dernier, le chrétien doit se eréer ‘mentalement des « salles d’attente », pensées comme des « réceptacles » (teceptacula). La salle d‘attente des enfants morts sans baptéme est un lieu trés particulier puisque Ion n’en sort jamais. La scolastique dis XII siéele adopte done un systéme & « cing lieux » cont quatre sont txés proches, avolsinant lenfer,faisant partie duu monde souterrain, souvent empilés les uns sur les autres :'enfer, le purgatoire, le limbe des enfants, le Lembe des Peres. Mais la place du limbus puerorunt vatie selon les auteurs, méme 10. Epis 5, inser au Cos ri Decrees Greg IX, 1. Il tt XL, 3 M1 De bono q5, a3, cite dans J.D. Folghers (texte et raductionfanais), Sint Thomas ‘Apu, Somme thleique, Audet, Pars-Tournal Rome, Descle, 193), p98, "2. L-Blecitarum eles ucts, elite par Y Lefevre, Pars, Ee Boecard, 1994, Lv I (2.43, texte latin p. 424: « Quam pnmo haben parol»; Tene tats re Didier Lett trés contemporains, en fonction de leur critére de classement. Saint ‘Thomas d’Aquin, par exemple, retient le principe de proportionnalité du lieu a la faute commise (et donc ala peine recue). Par conséquent il place le limbe des Péres au dessus cle celui des enfants, tout en jugeant ceux-ci, ‘moins « fautifs » que les ames du purgatoire, demier réceptacle avant Yenfer. Chez saint Thomas done on trouve le classement suivant, de haut cn bas: limbe des Péres, limbe des enfants, purgatoire et enfer. Pour ‘Matfre Ermengeu, un franciscain de Béziers qui a composé vers 1288 Le Bréviaire d'Amour, e crtere a plut6t été : peine rachetable/non rache- table, Pour cet auteur, les habitants de Venfer et du limbe des enfants sont les plus souterrains car ils n‘en sortiront jamais, contrairement aux Pores et atx habitants duu purgatoire qui pourront faire partie des Elus. Dans cette vision « pastorale » de la géographie de Yau-dela on lit done limbe des Péres, purgatoire, limbe des enfants, enfer'#. Raymond Lulle, enfin, dans la Doctrina pueril, place le limbe des enfants & étage supé- fleur, adoptant le classement suivant: imbe des enfants, limbe des Pres, ‘purgatoire et enfer. Pour lui, enter est dans le coeur dela terre, composé fe quatre lieux : le premier est occupé par les damnés ; le second est le purgatoire dans lequel l'homme fait pénitence pour ne pas I'avoir ac- Compliici-bas ; Le troisitme est Ie liew ot sont entrés les prophétes avant Ja venue du Messie ; enfin le quatriéme « est celui ou entrent les enfanz qui muerent sanz baptesme »"5. On peut penser que cet ordre est motivé par la volonté de faire la différence entre fautes innées, contre lesquelles individu ne peut rien et celles qui ont été commises, acquises, et done plus difficilement pardonnables. Le limbe des enfants pour Raymond LLulle surmonte le limbe des Peres, tendant se rapprocher du paradis. ‘Comme on peut le constater travers ces quelques exemples, la place accordée aux enfants morts sans baptéme dans Y'aur-dela est trés dépen- Gante du critere de classement retenu et révéle,implicitement, la percep- tion que chaque auteur a de l'enfance. Mais surtout, la place mouvante de.ces lieux d'un auteur & Yautre est la preuve que le concept est en train de naftre. Son positionnement n'est pas encore fixé par la tradition. Saint Thomas d’Aquin, Iui-méme, dans la Somme Théologique, indique bien quill propose une hiérarchie dont il nest pas certain. La nouveauté dus concept, Vabsence de recours aux certitudes des autorités ont dai certai- rnement perturber la démarche habituelle du théologien, du prélat ou du 13. M-Fournig, « Des quatre manitrsd’Enfer», Dea Créstin 2 a resnuration, Trax {Fistor de art oferts & Marcel Darlit pour son 75° anniversaire, Toulouse, 1992, pp. 319-59, 1, Gest aust cette conception que Ysa retrouve dans le Spec HhonanaeSenatons, Site par]. Lute et P. Perdeas, Imp E- Meininges, Mulhouse 1907, qu date de 1526 1s. Raymond Lulle, Doctrine d'nfon, éitée par A-Llinares, Pais, Klinchsick, 1969, chap. 9, p. 25 De errance au deuil & Poneee enas ieee ee ae a een Pecsncl a Futtnc plon coaunt sti eiese he eee ecu auner aati cea tas wen eee is cent eee eat aaaatane pa MUTT tae sex ee Iaeealer be trous muconiten poe ase aie tol Yet tli carer dure teas Paes eee Teonvient senna dese demander Is sno pos leno, pac dur dele le «venta apuntiea sche Be eure toes Fassett eeu ireaa neuer eae aie teem ure ae ssn pop ncaton ne (CHANGEMENTS THEOLOGIQUES ET CROYANCES POPULAIRES Les XII-XIIF icles correspondent & I'apogée des hérésies. C'est dans ces moments de combats que 'Eglise précise ses canons (saint Augustin a condamné les enfants morts sans baptéme, on Va vu, essentiellement pour réagir aux attaques hérétiques des pélagiens). La majorité de ces mouvements a tendance A rejeter le réle médiateur des prétres et & pen- ser que le baptéme n’est pas nécessaire pour obtenir le salut. L‘Eglise se doit donc ’éire vigilante vis-i-vis d'une frange de la chrétienté qui peut verser a tout moment dans Ihérésie. Ce rest certainement pas un hasard sla majorité cles ceuvres relatives & aurdela qui nous sont connues, ont 46 rédigées dans le Midi de la France actuelle, région particulidrement menacée par le mouvement hérétique. Sites enfants morts sans baptéme accédent & un lieu spécifique, Cest aussi parce que I'Eglise, & partir du XP siécle, commence & se préoccuper vraiment du culte des morts: « Si la doctrine funéraire de IBglise,fixée As le début du V" sitele, ne s'est guéze modifiée parla suite, écrit Michel Lauwers, le culte des mortssest, quant & lui, sans cesse adapté aux struc- tures sociales »!*, L’Eglise cherche alors & controler les veillées fundbres, les funéralles, les legs testamentaires. Elle procéde & une « christiani- sation du zituel des lamentations »” 1M. Lauwers, La Mena ds ants ct suc det mats oct sage cae ds ei ce mal eM cl), ary ste oat sou la diecton de Jacques Le Col 197,2 v0, (ac . oe Lo det 73 fn Didier Let Par ailleurs, entre le XIF et le XIIF sic, on assiste & une « émergence du laicat» dans les affaires rligieuses!, Par conséquent, dans les écits, ‘merge « une mentaité de parents», qui nous était pratiquement incon snue dans les sidcles antérieurs. Le fait que ces derniers commencent & Pinflltrer parmi les hommes qui pensent et qui écrivent n'est pas étran- ger Bla naissance du limbe des enfants. Enfin, c'est & partir des Xilf et XIIF siBcles que 'homme médiéval se tourne plus volontiers vers le Jugement post mortem, le Jugement indivi duel au depens da Jugement Demi ‘Le manichéisme, bon/mauvais, {qui entraine soit Venfer, sit le paredis) ne le satisfait plus. Ine peut ==) (fs acimettre que son salt lui échappe completement C'est pour ces bone qu’est ne le purgatoire lieu datonte pour le pécheur, commun Jas morels, ni fonciérement bon ni foncitrement méchant, C’est aussi en partie A cause du rfus de cette géographie simpliste que matt le limbe hes enfants. ‘On le voit, ensemble de ces raisons pose un probléme essentiel & vnstorien des mentalités Le concept de limbus pueroru act été impose par TBglise conguérante ou sa naissance estelle la conséquence d'une pression populaire? « Liune des difficultés majeures de V’histoire sociale [...] quelle que soit lpoque envisagée, est de déterminer d’oi partent les initiatives. Files viennent aussi de la base. C'est la nature des sources qui tend & Take crete que le mouvezaeit part toujours dea cadres de la socigté »™ Dane état actuel de nos connaissances, il est impossible de dite si le Concept de limbe pour enfant est intégré&la« religion vécue » des lacs Gen demiers sidcles du Moyen Age. Au XIIF sic, on ne débat pas du limbus puerorumt «8 tous les earrefours». Ce liew n'est mentionné ni dans la belle description des lieux infernaux faites par le revenant de 1h On peat oe reporter tout patiulirement& A. Vauchez, Las ns a Moyen Age Pradgues et exporinces eligiuses, Pat, Cet, 1987 et &G. Lobrichon, La religion des Ines en ecient (X2-KV ste), Paris, Hachette, La Vie quotidienne, 1994, Le Goff, «Les limbes..m lec. cit, p55. J. Le Gof, La nisenee., op ct, pp 286316 MA Th Loncin, Sect ch edre de bie ex France, Angletere et Bourgogne (1050-1250), Paris, CDU-SEDES,p. 152. 2, Guy Lobrichon souligne, fui aus, es problémes que rencontre Vhistorien qui Ghefche save comment les hommes de Moyen Age vivent et pensent le eigou, {Gr tent apprehend aw religion des lic» ce «brcolage subi entre la ratio~ ‘tite abstate d'une religion, calle qo formulent les idologues, en clair ls théolo- fens de cette eigion,e Te solutions informeles, pratques et dlrectives,qu/onat- End quotiicnncment des fonctionnaires religieux ou de specialises patentes», {G Lobrichon ep p22 Bes De errance au deuil 85 Beaucaire”, ni dans I’évocation de I'au-dela de I'Elucidarium™. « Il ne faut dionc passe fare trop d'llusions sur la profondeur du processus d'inté- Florisation de la foi, dont on crédite volontirs le XItI* siécle. Il ne concema guére, parmi les simples prétres et les lai, qu’une élite res- treinte, dont l'émergence mérite de retenir V'attention mais ne saurait dlissimuler le caractere faiblement représentatf »*, Toutefois, dans sa Tutte contre les croyances et les pratiques supersttieuses, le soin des mors et les représentations de 'aurdela sont sans doute les domaines dans lesquels glse a conm le plus de succes «d’en haut », ce sont les laics qui, incontestablement, ont, par leurs re- vendications, forcé les théologiens & reprendre le dossier des enfants morts sans baptéme et & proposer d‘autres solutions aux parents. On ne peut pas accepter un débat purement théologique sans admettre & la base des mouvements revendicatifs portés par des conceptions nouvelles rela- tives a la mort et & Yenfance. Le linus puerorum fit done parti intégrante de la religion populaire en ce sens qu'il est un concept destiné au peuple et né pour répondre & tune profonde angoisse populaie2”; angolsse qui se cristallise sur Yer~ rance des Ames enfantines "A Due (4), Le oe des meres, Par Les Beles Ltrs, 1952 p19 Cedar op live TQ. 11 A. Vauchee«actson de lc ave religise» dans Hite du Chrono, Sousa dnccton de JM Mayeu, Ch ct Pati, A Vauchez et Var, tome, ‘ogee paste eponsion de chin (15427), Pars Dsl, tba pp. . Nos owe «Regen poplin Cn 5.9 a *Ralgion popula cate flonigu, ments. Notes pour ane erhropa cee ape hoes Reed tse ect vow anf 7, pp. 221258 Appartement eligon populsire equ et abo pare peuple, co eves tise vu pari et cgi xt detng André Vauche adopt vlon- {ce concept de «religion popula » (A Vauches, « Lacesion des asl vie relgieuse » op. chy 408), JeamClaude Schmit préte eal de «culture flko- ‘ae («Region poplar et care elktorigue Ans BSC, 3, sep-oc. 1976, Pp. 1989) alors gu Guy Lobrichon prvi clal de «religion des ines». Quel esl etme tls tvs inlent et sont en accord pour recone ghenie T= sin ofc ct reign populate Oa scans nes insert qa pra de la ‘Pree les contacts vont aombret a culation des croyances cosines pep NE S'il faut bien admettre que le concept de limbus puerorum est vera 86 Didier Lett ARRETER L/ERRANCE Les enfants morts sans avoir regu le sacrement du baptéme « pré- sentent, pour la communauté des vivans le danger d’une souillure et sont done susceptibles de devenir des ames errantes, « Ceux qui sont mmorts au cours d'un état de passage, ou bien ceux dont la mort n’a pas été sanctionnée parle rite adéqua, et qui, par conséquent, sont moris sans Vétre vraiment, sont des és qui nvont de place lle part ni dans Ge monde-ci, ni dans Iautre, et qui deviennent des esprits malaisants, des démons »®. L’ethnographie européenne est tres prolixe sur le sort, anc au-dela des enfants morts sans baptéme. Dans les campagnes po- Tonaise étudiées par L. Stomma, ces derniers représentent 37% des reve- nants, Iis sont enterrés dans des espaces de passages, des limits: sur les feuil, les bords de rivieres, des carefours, des lisires de champs. Et Creat dans cos licux de marges quls se manifestent aux vivants, dans des femps de passage : mii, minut, aube ou crépuscule. Leurs reliques ont une valeus sacrée™® ‘Les croyances aux ames exrantes des enfants morts prématurément ont leurs racines dans IAntiquité puisque les grecs pensent que les indi ‘idus morts aceldentellement ou ‘es enfants morts-nés sont exclus de {iades etervent sans fin. Mais, eles ont trouvé leur place, en se modi fiant, dans les représentations chétiennes. Nous'disposons de quelques témoighages, pour la période considrée,d’enfants mors sans baptéme, Gulciscat, cemnme une ame en peine », On connatt, par exemple, cel de Guibert de Nogent, au débat dsXIP siele, qui repporte un réve effec tué par sa mére: celle voit aux abords d’un puits qui matérialise 'en- frée de Venter, son mari défunt en compagnie d'un petit enfant qui ppousse des cris insupportables. Il sfagit du fils adultérin du pére de Goibert qui est mort la naissance sans baptéme™, Dans un récit anglais, TCL Schmit, Les rvenonts, Les oan et le morts dans I société mittee, Pais, Bibliotheques des histoires, Gallimard, 1994p. 15. stoma, Cempagnesinsaits,pnysomere polonlse et mythesexropées, Verdier, (Ga), 1986, p92 Ibi, pp 91.85. Pour ee qui conceme les témoignages des enfantsrevenants dens la France straditionnlle >, on peut se rélérer 4 F Sebillot Le folklore de France, E, Guillmoto, Paris, 1904, © Livre seond, pp. 149-18. si. Dans TEneie (1, VI, ves 426-429), Ene, descendu aux Enfers, apersoit une foule de mots quis prese url ive de 'Adkéron et demande Charon le passage dans 52 banque Ce dernier en refuse certains, qui doivent errr pendant cent ans avant dire utarisés 8 franchir le fleuve. Enée se rend alors de Vautre cté du fleuveetentend {es plaintes des enfants qui sont morts en nassant 32. Guibert de Nogent, Antobiographi,éd:par E.R. Labande, Paris, Les Belles Lettres, 1961 118 p. 180. De errance au deuit ao rédigé au début du XIIF siécle par un certain Richard Rountre, moine de Byland, un habitant de Clyveland, laissant sa femme enceinte, se rend en pelerinage & Saint-Jacques®®, Une nuit, alors qu'il dort dans un bois, il apergoit une troupe de morts et parmi eux, il voit un petit enfant rouler & terre dans un bas™. L’enfant lui révéle qu’il est son fils avorté enterré & son insu sans baptéme et sans nom'S. A ces mots, le pere quitte sa che~ ‘mise et la met a son enfant en Iui donnant un nom et en invoquant la sainte Trinité, puis il garde le bas pour témoigner de ce qu'il a vu. enfant ainsi nommé éclate de joie (vehementerevultabe!) et se dresse sur ses pieds. Au retour de pélerinage, le pére, fermement décidé & faire la lumiére sur cette affaire, convoque les voisins et demande & son épouse de lui apporter ses vieux bas. Ne pouvant lui en montrer qu'un, il lui montre le second. Alors les sages-femmes révélent la vérté sur la mort et Ja sépulture de Venfant dans le bas. Comme Richard est devenu le par- zain de son fils, le divorce est prononcé entre le mari et sa fernme, mais, selon auteur de ce récit,« ce divorce déplut beaucoup & Dieu » La scéne est d’un grand intérét pour montrer comment et pourquoi enfant revient et par quel procédé (ondoiement sauvage ou baptéme post-mortem) le pre rvs & « sauve » sn ils en rrtant son errance temps du départ du pére pour le pelerinage n’est pas anodin : pen- dant a gostese de a femme Son action +necrt tout 8 fait dang une Procédure de deul enfant vor jyeux, quis redress sur ses Peds uittant le souvenir de la terre, est & Vimage de ses parents qui peuvent enlin Toublireten atte un autre. Pour reprendre la conceptualisa- tion de Freud, le pere en « sauvant » son enfant, permet au couple d’ac- ceptor « le verdict durée: objet n’existe plus» Un sidcle plus tot, le Decretumm de Burchard de Worms (vers 1010) at- teste d’une pratique trés significative de 'angoisse d'une société face & la mort du nouveau-né sans baptéme : certaines femmes prennent le petit comps de l'enfant mort sans avoir été baptisé, et, en un lieu secret, le fixent au sol en le transpercant avec un piew afin qu'il ne puisse revenir pour nuire aux vivants™. Toutes ces pratiques symboliques ont pour but 58M James, « Twelve Medieval Ghost stories», The English Mitre! Review, 147, juillet 192, pp. 42, Voir le commentaire de J-CL Schmit, Les reaonons.. oe p.ivi 34 MAR James, bid: parca volutante in quad cali super ern. Sic pe fle rit bint x6 5 Freud, « Deuiletmélancoli..», pl, p 168. 37. C.Vogel, Le covnctor sie madicus de Burchard de Worms, Mélanges ER. Labande, Etudes de ciliston mica, Poitiers, 1974, p, 736. Texte taduit dans Cl. Lecouteux let Ph Mare, Les epistles mort, Croynces medieaes, Honoré Champion Esai, Paris, 1990, p17 3 Didier Lett ‘immobiliser le mort Le cloueren terre au haut Moyen Age alors que le fimbe n’existe pas, ou, plus tard, le fixer dans la géographie de l'au-d “Tous moyens d'tnmobiliser, cerps et me, enfant mort sans baptéme pour que Vordre social ne soit pas affecté. Le Xilisicle est un temps ob 'Bglise ordonne ici-bas et procede « au rand enfermement » des ames dans Vau-dela. « Tout se passe comme si a 1250-1300 deux grandes traditions se cOtoyaient : errance et enfer- werrnent », écrit H. Neveux. « L'Eglise aurait progressivement choisi la Treonide 1. Cet 8 cause de ce choix que VEglise offre aux parents « une Geunime chance », pour que leur enfant, mort dans des conditions oi il $a eu souillur, ol les rites de passage n’ont pas été bien accomplis, puisse quand méme « ire oubEé» (cest-a-dire,ne pas «event ») en en- Plant dans la mémoie familiale et généalogique. Comme le purgatoire ont cest Fue des fonctions principales, le limbe pour enfant sert a en- former les revenants pour évite: ou limiter leur errance malfaisante. ‘La naissance du limbus puerorum, aux XII-XIIF sigcles, traduit done aussi, &sa manigre, un profond changement de perception des relations cntre vivents et morts, Comme I’a justement souligné Jean-Claude Sehinitt, est au cours du XIP sigcle que le mur qu’Augustin a édifié Satve les vivants et les morts ee fissure. On attribue aux morts un sou! ‘Gos vivants, comme on préte aux vivants une attention toute particullére Sux morts®. Les vivants ont de plus en plus envie de savoir ce qui se passe dans Vau-dela, de conratre leur sort et celui de leurs proches. Fiatgre In mort corporelle, ls personne disparue continue & vivee et naintient des relations (bénéfiques ou nocives) avec les vivants : enfant ‘Tvevenant » est la manifestatcn de liens maléfiques puisque son errance tient « en échec le fonctionnement réglé de la memoria chrétienne »*° ; Vinvention du inbus puerorum permet de rendre ces relations positives. DEUIL ET MELANCOLIE ‘Les hécatombes de la fin 4u Moyen Age sont bien connues: « Les gene mouroient sans servtecs et esoyent ensevelis sane prestres, Le Bite ne vistoit pas sn fils i le fils son pre; lachartéestoit morte et FH Neveus, « Les lendemains cele mort dans les croyancesoccdentals (vers 1250 ‘ere 1300), Anse, 2, leries mars 1979, p 260 se, Enetadlant le Liber de spirit anim de Alcher de Cli (Cleschmit, Les resnant.op-cil, pp 42-5, go, PCL Schmit iid, p18. sau (moet apes 1173), J De ern i rance au deui G ae cee ee ere ee ee eee ge ene ea ae a ees ea gee err aes ees ceases ‘que dans les « temps de crises » de la fin duu Moyen Age®, a cause d’une relative « accalmie mortuaire », le deuil est possible", L’intégration dv re ee fo Sea ces on saved asa oe armen ee aa ae Se a aie ere gore ra eee er orsers demander si la pratique florentine du rifare, si bien observée et décrite par Christiane Klapisch-Zuber' (pratique qui consiste & donner au now oe ee etc Age) oit Von ne fait pas le deuil mais on Yen tente, en nommant, de re pee Sear cea a ee ae Sr ee ae aes ta ae | Se ets Gay ha rnd ia Ni, ars 1098, 16 42, Jhon, Le cmp ede Less nor rele ds gb 4 Ag info Mayer Age, Rome, 18. Le dul pos cs encod imposible est der a2 eevee {Letra eel provient d'un cna: « L'épreuve de ates monte que abe Binoche eee de tes uta Hd de salen Fenn con etait a el teen create et, pr consequent, ante «ote par ne paychoee allicinatn ee Ler nan ele lect fe aepacement ce ode Feet ped vers un nouvel bjt. Voir. Feu, «Del et dance.» op. cit, pp. 148-155. od " Hetmdancole ws Qidinecn uber, Le nom “eat. La transmission des prénoms 3 Floren (av el) Home, 2), 196, pp. 7-105, rep can La ote a Stig it ae lied a Rosen etons de HES, Pris, 190 7088 107. ate pot stove In fin Moyen Ag Lande ana, Gowig op Lando, he Exprenc of Chin Hy, Oxon Davia Bae New York, 1993, p. 47. cs a 4s Ponsona hee pure melnyer que on pergoit dan le calstoSorntin de 127 Bemerdo di Andre Lacan gu expiqu qe som fle Anois et mor tq sss 9 aca ly, Ca 94 F175 pt Ch Kapha “"Teniane en Tenn ru db du XV sible, AmaesGedmrapi itor see se denarii histori 90 appelle Didier Lett ic-bas, celui qui est mort dans l'au-dela. Quiconque prononce son nom dans le cercle familial, ézctive la memoria du défunt, maniére discréte de le faire revenir. ‘Avoir « un liew & penser » dans lequel son enfant ne souffre pas, dé- culpabilise et permet de continuer A vivre avec cette mort. « Faire son deuil, nest pas oublier, ce n’est pas renoncer A ce que cet enfant ait texisté, mais au contraire se donner la possibilité de le retrouver a Vinté- tHeur de soi, A un autre niveau, tout en sachant qu'il ne sera jamais & cOté, fa, Vextérieur 7. Autrement dit, 'existence du limbus puerorum permet .an familial », d’accepter que la séquence qui Ala fin du Age, en insistant sur Vidée d’un salut par la pride, _de« tourer la page du rom: ‘on assiste A une ns ssiste A une sorte de « purgatorisation» du limbe pour enfants: Dans ‘suit, celle de la naissance d'un autre enfant qui va vivre, soit mieux vécue et qu’ainsi l'enfant a venir ne soit pas un enfant ri refait, un enfant de rem- placement. Ce lieu de repos de l'enfant qui s’en va, créé par les adultes, Est d’abord un lieu de repos pour I'ame des parents qui restent. Ce nou- vel état de lame de l'enfant n’est que le reflet des états d’ame de ses pa- rents. AUX XIV" ET XV° STECLES : LA « PURGATORISATION » DU LIMBUS PUERORUM La question que I’on peut se poser, pout finir, st de savoir si cette « concession ecclésiastique » a été suffisante. Si, comme le pense Paulette Paravy, cesta privation de la vision de Dieu qui « est 'essence méme de Ja damnation», alors le limbus pwerorum, qui, contrairement au purga- toize, ne deviendra jamais un dogme, n’est pas une concession suffisante pour le repos des parents. Une opinion (marginale dans le discours théo- fogique), tans doute déja existante au début du christianisme, se déve- loppe alors, selon la .quelle les enfants morts sans baptéme peuvent béné- ficier d’un rachat spécial grace & la foi et aux priéres des parents. Dans les Sententiae divinae paginae, petite somme théologique de Vécole d’Anselme de Laon (début XII siécle) on peut déja lire que « nos ‘maitres disent que si, sans aucune négligence des parents, ces enfants ‘sont conduits & léglise (pour étre baptisés) et meurent en chemin, ils sont La mort suit du nourisson., Pars, 198, . 267 Drvernvy,« Angoise collective et miracles a sell de la mort: résurrection et bap femme d'enfants mort-nés en Dauphine a XV stele La mort aw Moyen Age, Actes Un Vie Cong dele soit des histories muses de Fensignement supérieur pubic (Stratourg, 1975) Stasbourg, 197, p 8. M. Dehan et. Gly (coordinates), De errance au deuil 21 sauvés dans la foi de leur parents »*, Plus tard, serson, sermon su lt atvté de Nowe Dame, demanded eases ea Saar reese ee ean ted Tare ela Guan Sars Sone hc Again, publi en 1507 met hypothe ques eee oars Pritt, te acfde les erin Sorts orc bapeaee tee {btses son nts vite refutes par YElise car ide que amour des pa fen plese enn non bapa top proce deln goes quelques représentations iconographi: 7 ographiques du limbus puerorum: (toutes esiteures afin du Xl siele) le ents apparent em pie Dans le manusoit de Sdeit (440) quilt fe Spel Fine Saoations e ibe des enfants est la copie conforme dua purgatoire ans le célebre Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton (1453. 1454), les enfants, dans une grotte rocheuse qui matériaise le limbe, sont représentés ls paupitres baissés pour signifier que le baptéme ma pas ouvert leurs yeux et ler chair est grisitre au lieu de resplendir de la zt eleste qui ilumnine les autres enfants ds tableau, morts baptist. is leur regard est tourné vers Dieu et leurs mains sont jointes®? Cette 5 Te Are rn oe pn cmp 5 ten nt Pie soe ener ge ee 105: «C'est donc un devo pour les femmes ensints et aus pour leurs maris ‘offrir des prides, par eux-mémes ou par d'autres, & Dieu et aux saints ar ras Sea tiees rate a acer a seo ttete boioaan simrneratncres eee ecco pes eee ae ae Peat pc ipa nena ater aes ee a baptéme du Saint Esprit. Qui sait si Dieu n’exaucera point ces priéres... ». a ‘Théologie Catholique, pp. 364-365. “ ie ae degen ce ant chan a? es eaten rom seater og gs Sreliuar stones Cheese aecereeoe Sapte cmie dace nara eae 12) gui date del fin du XV" sil, les enfants ne sont pas en prt ‘ ‘sourire évoque celui qui est dessiné sur les levres des Péres (vignett maaaa a a de = ‘cette représentation. mee Seance Se Se atten a fect Pc a : vet eats eal dere! a oops aa ae a Disier Let attitude d’orant, qui est ur appel aux vivants, pose probleme. Que peu- ‘Tents attendre alors que leur atest perpétuel? Ces tentatives de faire Ua Fbus puerorum un « petit purgatoire » sont bien une adaptation au node de penser les mortsa I'automme du Moyen Age qui se caractrise ppar une accumulation de suffrages®. Ces derniers s'inscrivent au coeur Ra culte des morts, Yenvahissent tellement qu'ls finisent presque parle efini. Or, les enfants morts sans baptéme, dans ce réceptacle clos du- {uel ils ne sortiront jamais, vont que faire des prigres pazentales, & rcins d/admetire que leur atest, comme en purgatoire, provisoize Lémengence du concept de limbus puerorum aux XIK-XII sitcles est bien le résultat de la rencontre entre des inspirations venues de a base et T'Bglise. I résulte autant de la volonté parentale de se libérer de Vimage dun nouveau-né étemellement torturé darréler une errance malfaisante tt de faire le deul de Yen‘ant mort sans baptéme que de offensive ec- Géstastique pour contrle: le rituel qui entoure la mort et procéder au Grand enfermement des émes dans Vau-dela. La naissance de ce nouveau, {feu exprime donc, non seulement une mutation dans la manitre d’ap- préhender Ia mort et de se représenter la géographie de Yau-delA mais Eraduit également de profonds changements a Pégard de I’enfance. C'est ourquotil convient d’éhudier en paraltle étoit, le phénoméne des sanc- fuaires «8 rept », la place pariculitre des petits enfants dans ou en de- hhors du cimetiére et le discours sur le limbus puerorun. 11 est clair que ces trois phénoménes manifestent une volonté ce IEglise et des faunilles Geviler A um enfant, de plus en plus reconnu dans son innocence, une damnation stemelleinjuste ‘M. Four, « Des quatre manitres», lo. cit, pp. 319-39. Reconnalssons en tout as, hee Fauteur de cet aril, que cst «fnalement la situation particultre des enfants ‘Sonate timbe qu est la pls df traduire en images ex, bien que ls enfants ne Soutient que de la peine du dam ils sont cependant dans une station désespéée» 3. st JeChifoleay, op. ct ARCHEOLOGIE FUNERAIRE ET HISTOIRE DE LA PETITE ENFANCE QUELQUES REMARQUES A PROPOS DU HAUT MOYEN AGE Cécile Trefort On a coutume de dire, & juste ttre d’illeurs, que les sources médi¢ vales concernant Vistoie de Y'enfance sont rares, en particulier pour | Haut Moyen Age. C'est pourtant compter sans Larchéologie funéraie qui fournit un corpus documentaire important. 5i les données de foulle sont si peu souvent prises en compte par les historiens, est peut-étr parce quill nexiste pas encore de véritable synthése en ce domaine ¢ quil faut, en préalable & toute étude, puiser aux différentes monogra phies de sites, publiées ou aon. Crest peut-tze également parce que fai encore défaut une veritable réflexion méthodologique permettant, ave toute la prudence nécessaire, de passer du fait brut a son interprétation. Dans ces conditions, le présent travail n’a d’autre ambition que di raesembler un certain nombre de données de feran (ans pout an pretend Yoxhaustivit) afin de montrer a ichesee poe