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UN ESSAI DE TAXATION POPULAIRE A PARIS EN FÉVRIER 1793 Author(s): Albert Mathiez Source: Revue

UN ESSAI DE TAXATION POPULAIRE A PARIS EN FÉVRIER 1793 Author(s): Albert Mathiez Source: Revue Historique, T. 131, Fasc. 2 (1919), pp. 276-295 Published by: Presses Universitaires de France Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40943655 Accessed: 10-01-2016 01:14 UTC

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276 MÉLANGESET DOCUMENTS.

UN ESSAI DE TAXATION POPULAIRE A PARIS

EN FÉVRIER 1793.

Les

Montagnards ont toujours dit que la taxationdes denrées

le maximumleuravaitété imposé

commençait, le 3 ventôse, son maximum par ces mots :

présent de Londres.»

thermidor,

République à la plus

contre-cœur.

près généraleparmi les

mainet qu'ils

certain, en effet,que le partiqui a exigé la taxation, le parti

dontles chefsétaientVarletet

JacquesRoux1,repro-

prendre la

partiregrettait

défunte royautépour

les

besoinsdes prolétaires à

Convention

alimentaires, autrementdit que

par la pression de l'émeute.Barère

grand rapport sur l'application du

« Citoyens, la loi du maximumfutun piège tenduà la Convention

par les ennemis de la République; c'estun

Robespierre, de son côté, danssondernier discours, le 8

s'exprimait commeBarère: « Les conspirateurs nous ont préci-

dans des mesuresviolentes que leurs crimes

pités,malgrénous,

seuls ont renduesnécessaireset réduitla

affreusedisetteet jqui l'auraitaffaméesans le concoursdes événe-

mentsles plus inattendus.»

On peut dire que cette opinion sur la prétendueorigine contre-

révolutionnairedu maximumétaità peu

conventionnels.Ils répètent tous qu'on leura forcéla

ont légiféré à

Il est

des

chait aux Montagnards eux-mêmesleur mollesseà

défensedesintérêts populaires. Il estcertain que ce

la réglementation de l'ancien régime et qu'il aimaità opposer la

sollicitudede la

l'indifférence que leur témoignaient les nouveauxmaîtresde la

France.Il est certainenfin que les Montagnards de la repoussèrent d'abordavec énergie le programme des

qu'ils n'hésitèrent pas à jeter sur ses auteursles soupçons les plus

longue résistance.Il y aura

Enragés et

Enragés,

injurieux. Avantde céder,ils firentune

lieu de rechercherd'ailleurssi leur

par d'autresconsidérations plus honorables que par les suggestions

de la peur*.

capitulation ne fut pas

dictée

1. Voir notrearticle les Enragés et la lutte pour le maximum dans les

Annales révolutionnairesde

juillet-septembre 1917.

2. J'ai commencécet examendans un articlesurle Votedu premier maxi-

mum (Annales révolutionnaires,mai-juin 1919).

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UNESSAIDETAXATIONPOPULAIREAPARISENFÉVRIER1793. 277

Le 12 février 1793, une deputation des quarante-huit sectionsde Paris parut à la barre de la Convention4 et son orateur lut une

pétition menaçante qui

Enragés, dontelle porte la marque :

fut probablementrédigée par le chef des

ce n'est pas assez d'avoir déclaré que noufc

sommes

reux, il faut qu'il ait du pain,

de lois, plus de liberté,plus

craintede vous déplaire,jeter

trerla vérité

des prétendusphilosophes, se soit écrié qu'il

libertéde voirarracherles grains

lationde la propriété, mais on

raisonnable.Ils ne voient donc pas, ces prétendusphilosophes, ces

grains,qu'en arrachant

le pain du pauvre,

Quelques-uns se sont bornés à proposer de fairedes proclamations

propres à éclairerle peuple, mais est-ceavec

peutapaiser ceux qui ont

les subsistancesest

amis de la libertéabsolue du commercedes

Citoyenslégislateurs,

républicainsfrançais, il fautencore que le peuple soit heu-

car où il n'y a pas de pain il n'y a plus

de République

Nous venons, sans

la lumièresurvos erreursetvous mon-

Nous

regrettonsqu'un de vos membres,rangé du côté

était

affligeantpour la

a crié à la vio-

aux cultivateurs2, il

n'arrache pas ce que l'on paie à un prix

ils n'enrichissent que d'ayides

spéculateurs

des proclamationsqu'on

faim?Cn vous a dit qu'une bonne loi sur

impossible3.

quand

C'est donc à dire

qu'il est impos-

Nous,dépu-

les tyrans sontabattus

sible de régir lesÉtats

tés des quarante-huit sectionsde Paris, nous qui vous parlons, au

nom du salut des

loin de perdre confiancedans vos lumières.

impossible; nousvenonsvous la proposer et sans doutevousvous

pas

empresserez de la consacrer.

L'orateur des pétitionnaires concluait en réclamant une loi qui punirait de dix ans de fersles administrateurs qui se livreraientau commercedes blés et qui fixeraitle tarifmaximumdu blé à raison de 25 francsle sac de 225 livres, sous peine de dix ans de fers pour un premier délitet de la mort pour la récidive.Le tarifseraituni- formedans toutela France et décrété par la Convention.

nous sommes bonne loi n'est

quatre-vingt-quatredépartements'

Non, une

avait

écritau président une lettreassez raide (A. Tuetey,Répertoire, t. VIII, n° 1468,

et Archives parlementaires, t. LVIII, p. 453).

1. Elle s'était déjà présentée la veille et,n'ayantpu être entendue, elle

Barbarouxs'était exprimé en ces termesdans la discussiondu 8 décembre

2.

1792: « J'ai frémid'entendredes orateurs indiquer la contraintecomme une

ressourcedans la disette et proposer d'arracherles

grains aux agriculteurs. »

qu'il ne

», et plus loin : « On ne peut

toutes les

3. Saint-Justdans son discoursdu 29 novembre1792 : c J'ose dire

peut existerun bon traitéd'économie pratique

point fairedes lois contreces abus, l'abondanceest le résultatde

lois ensemble. »

4. Les fédérésrestésà Paris après le 10 août s'étaientformésen sociétéou

Comitédes

pementparticipait à la pétition.

défenseursréunisdes quatre-vingt-quatredépartements; le grou-

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MELANGESETDOCUMENTS.

Quand l'orateur des sections eut fini, un pétitionnaire du nom de Claude Heudelet4 prit la parole à son tour au nom du Comité des défenseurs réunis des quatre-vingt-quatre départements :

« Comme vice-président de la commissiondes subsistances », dit-il,

« je suis chargé, au nom de mes commettants, au nom de tous nos

frèresdes

tion, qui avait écouté en silencela pétition des sections,interrompit avec véhémence:

départements » II n'en put dire davantage. La Conven-

Une violente rumeur, dit le Moniteur, s'éleva dans toutes les

parties de la salle et se prolongeapendantquelques

chasse cet imposteur, s'écrièrent plusieurs membres.A l'abbaye ! A

l'abbaye! »

Qu'on

instants: «

Le girondin Louvet expliqua la raison de

l'indignationgénérale

qui se manifestait: « Y a-t-il en France deux Conventions, deux

représentations nationales? Et si le pétitionnaire est le représentant des départements,qui sommes-nous donc, nous, et quels sont nos pouvoirs? » Le président de la Convention,Bréard,après avoir chapitré Heu- delet, voulut quand même accorder les honneurs de la séance aux

pétitionnaires. Un grand nombrede membres protestèrent et Marat monta à la tribune:

Les mesures qu'on vient de nous

proposer à la barre,dit-il,pour

étranges,

si subversivesde

rétablir l'abondance, sontsi excessives, si

toutbon ordre, elles tendentsi évidemmentà détruirela libre circu-

lationdes grains et à exciterdes troublesdans la République,que je

qui se pré-

justice

et de la paix. Les pétitionnaires,qui se présentent à votre barre, se disentcommissairesdes quarante-huit sections de Paris. Pour avoir

un caractère légal, ils auraientdû avoirle mairede Paris à leur tête.

pouvoirs.

Un des pétitionnaires a parlé au nom des départements. Je demande

qu'il

individusnotés d'aris-

tocratie, maisles

et à couvrirde honte les auteurs.Je

proposeque ceux qui en auront

une basse

mesures queje demandeservirontà les faireconnaître

m'étonne qu'elles soient sortiesde la bouche d'hommes

tendentdes êtresraisonnableset des citoyenslibres, amisde la

Je demanded'abord qu'ils soienttenusde justifier de leurs

justifie de sa mission.Ne vous

y trompezpas, citoyens,

intrigue. Je pourrais nommerici des

c'est ici

imposé à là Conventionsoient poursuivis comme perturbateurs du repos

public.

« Étonnés d'entendreMarat parler ainsi », beaucoup de membres

t. ClaudeHeudeletétaitvérificateurdo bureaude la comptabilité et com- missairedela sectionPoissonnière.

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UN ESSAI DE TAXATIONPOPULAIRE A PARIS EN FEVRIER 1793.

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applaudirent et appuyèrent sa proposition. Le girondinLehardy adjure la Conventionde « fairerentrerdans Tordrecettefourmi-

lièrede désorganisa teurs qui,

toutes parts ». Buzot, touten ayant l'air d'excuserles

naires,qu'il affectedeconsidérercommeles instruments demeneurs

cachés, conclutcommeMarat qu'il fallaitfaireune enquête surles origines de la pétition :

pétition-

semblablesà la

vermine,pullulent de

Souvenez- vous,citoyens, de ce discoursde Vergniaud :

est cher,dit-on, la causeen estau

de même: le

nale! » Ce

avecles subsistances qu'on voudrait égorger la

Temple;

eh bien! un

pain

« Le

jour

pain

ondira

est cher, la causeen estdansla Conventionnatio-

et

voyezque

c'est

temps est venu,citoyens, nel'oubliez pas,

liberté, publique.

pétition

qui avaitétélue à la barreétait« l'ouvrage d'unci-devant garde de

Monsieur, trèsrudearistocrateavantle 10 août1». A l'en croire, demandaientla taxationétaientles instrumentsconscients

ceux

qui ou inconscientsdes contribuablesrichesde la villede Paris qui

la

Conventionavait

voulaient,par le maximum, s'exonérerde l'impôtprogressifque

réparti sureux afinde procurer à

quatre millionsnécessairesà l'abaissementdu

Le

girondinMazuyer renchéritet précise.D'aprèslui,

la

la communeles

prix du pain.

Barère s'empara de l'explicationingénieuse de Mazuyer ets'écria

que les pétitionnaires étaientvenus présenter « la pétition desriches

avec la livréedes pauvres ». Il réclamaleurarrestationet Marat

l'appuya. Mais les MontagnardsChoudieu,Lamarque

plaidèrent en leurfaveurles circonstancesatténuantes.On se borna

à interroger à la barrel'orateurHeudelet.Celui-ci s'excusa en

déclarant qu'avant de lirela pétition il avaitconféréavec

députés et que

ventionuneloi générale surles subsistances.Onlesommadenom-

merle députéqui

Saint-Just, mais je ne le connais pas, répondit Heudelet.» Alors

le matinmêmeon avait

distribuédansParis et jusqu'à la

sur les subsistancesdans

Saint-Just, ainsimisen cause,exposaque

avaitdonnéce conseil.« Onm'a dit qu'il s'appelle

et Thuriot

plusieurs

l'un d'euxleuravaitconseillédedemanderà la Con-

porte de l'Assembléeun imprimé

lequel il était personnellementattaqué.

danslesassemblées

Illutces attaques : Quand le peuple sait que

,

populaires les orateurs qui haranguent et débitent*les plus

lesmeilleures leçonssoupent bien tousles

etde ce nombreestle citoyenSaint-Just, levezhaut

beauxdiscourset

jours

1. Mazuyer veut sans doute désignerHeudelet, mais il est douteux que

celui-ci ait écrit la pétitionqui renfermeles expressions habituelle»chèresà

Jacques Roux.

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280 MELANGESET DOCUMENTS.

le

Saint-Just qui étaitallé trouverles pétitionnaires dans la salle des

conférences pour leurdemanderen

esprit. L'un

débarquait au portSaint-Nicolas, et c'estalors que Saint-Justleur avaitdonnéle conseil auquel Heudeletavaitfaitallusion: « Calmez-

vousetdemandezuneloi

proposition, alors je demanderaila parole et je suivrailefildesvues

que j'ai déjà présentées. » L'incident prouvait, une foisde plus, le caractère antiparlemen- taireet même antimontagnard du mouvement pour la taxation.Il

prouvait aussi que

nairesd'interveniren faveurde leurcause.La Conventionfermale débatet décréta qu'Heudelet serait interrogépar son comitéde

sûreté générale1.

odieux dont il se couvre! Ces attaques avaientaffecté

quoi

il avaitdéméritédansleur

d'euxlui avait présenté danssa maindu blénoir qu'on

générale. Si la Convention ajourne votre

masque

Saint-Justintimidéavait

promis aux pétition-

Si, pat

ces menacesde répression, la Conventionavaitcru inti-

miderles Enragés etles obliger à renoncerà leur

tarda pas à

eux les masses populairesqui restèrentsourdesaux

Marat,jusque-là

écoulés qu'ils revenaientà la

que jamais. Cette fois, ils jetèrent les

essayèrent de l'actiondirecte. Le 22 février, des citoyennes de la sectiondes Quatre-Nations (aujourd'hui le quartier de l'Institut) demandèrentaux Jacobinsde leur prêter leursalle pour le lendemainà quatre heuresafin d'y dis-

cutersur les accaparements. Les Jacobins, où les députés monta- gnardsdominent, fontun mauvaisaccueilà cettedemande.Robes-

pierrejeune fait remarquerque

subsistances jettent l'alarmedansla République. La salleestrefusée. Alors les tribunes protestent et invectiventles Jacobins.Elles

crient qu'il

s'enrichissentdesmalheurs publics. Le président,qui étaitBillaud-

Varenne, est

Crancéessaie

la libertéet qu'ensuite on

à sontouretdéclare qu'enqualité de président de la Conventionil repoussera avechorreurtoute pétitionqui aurait pourobjet la taxe

des denrées.Alorsle tumulte reprend de plus belleet la séanceest levéedansle bruit.

agitation, ellene

s'apercevoir de

sonerreur.Les Enragés avaientderrière

charge,pluspressants,plusmenaçants

femmesen avant et ils

objurgations de

pourtant leur idole. Dix jours ne s'étaient pas

les

discussions troprépétées surles

y

a parmi eux des marchands, des accapareursqui

obligé de se couvrir.Le calmene renaît pas. Dubois-

d'expliquer aux tribunes qu'il

fautd'abord conquérir

aura des denréesà bonmarché.Il menace

1. Il fut remis en

liberté,après interrogatoire, le jour meine (A. Tuetey,

Jlépertoire, t. Vin, n* J471)r

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UN ESSAI DE TAXATIONPOPULAIRE A PARIS EN FEVRIER 1793.

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Le mouvement pour la taxationn'est plus seulement antiparle- mentaire, il est antijacobin, ou plutôt ilestindifférentà la politique, il est profondémentéconomique etsocial. Prévoyant un conflit violent, le Conseil général de la commune,

sans doute stylépar les Montagnards,essaya

aux Parisiens.Il fit afficher, le 23

vice-président Destou melles, le futurministredes financesde la

Montagne, une proclamation où il rappelait ce qu'il avaitfait pour

enrayer la haussedu grain *.Il

du décret qui permettait la

merà la Conventiondes lois répressives de l'agiotage etde l'acca-

la Convention

parement : « Lundi prochain nous présenterons à

nationaleune pétition dans laquelle nous peindrons l'excèset la source.de nos maux» et nous la conjurerons, au nom du salut

public, de espèce. » II

garde la population contreles « hommes pervers couvertsdu man-

teaudu patriotismequi

clavage», en sera jamais au

liberté.» Le lendemain, dimanche24 février, nouvelleaffiche par

le mairePacherend compte d'une conférence qui vientd'avoirlieu entreles comitésréunisde sûreté générale, des finances, du com-

merceet d'agriculture d'une part et de l'autreles autorités pari- siennes,municipalité et département. Les comitésont décidéde demander d'urgence à la Conventioauncrédit pour faciliter l'appro-

visionnementde la

de

prêcher le calmé

février, sous la signature de son

ajoutaitqu'il avaitsollicitéle rapport

l'argent. Il promettait de récla-

ventede

porter des lois sévèrescontreles accapareurs de toute ne disaitriende la taxationetil terminaiten mettanten

cherchaientà creuserle tombeaude l'es-

portant les Parisiensà des mouvements.« Ce ne milieudes agitationsque naîtral'abondanceet la

laquelle

capitale.

Affichages inutiles.Les

Enragés sontmaîtresde la rue.Le jour

même,

la barrede la Convention.Elle se plaint nonseulementde la cherté

excessivedes denrées alimentaires, mais du prix exorbitantdu savon:

Bientôtla classe du peuple la moins fortunéesera hors d'étatde se

24 février, une deputation de blanchisseusesse présente à

procurer du linge

revient aujourd'hui à vingt-deuxsols, quelle différence1 Législateurs,

vous avez faittombersous le

glaive des lois s'appesantisse sur ces hommes qui se disent

qui

peine de mortcontreles accapareurs et les agioteurs.

blanc.,. Le savon,qui coûtait quatorze sous la livre,

glaive

sur la

des lois la têtedu

tyran.Que

le

tête de ces sangsues publiques,

perpétuellement les amis du peuple et

l'étouffer! Nous demandonsla

ne le caressent que pour mieux

1. Bibl. nat., Lb*°1154b.Afficheà troiscolonnes.

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282 MÉLANGESET DOCUMENTS.

Dubois-Crancé,quipréside, tientla parolequ'il a donnéel'avant-

veilleaux Jacobins.Il répond aux pétitionnaires « qu'un des moyens

de fairehausserle prix des

criantsanscesseà l'accaparement ».

denréesest d'effrayer le

commerceen

Il vientà peine de terminersa mercuriale qu'une nouvelle depu-

présente. .Celles-cifont partie de la sociétéfra-

tationde femmesse

ternelle qui se réunit depuislongtemps dans le local mêmedes

Jacobins4.Elles exposentqu'un moment« où elles ontle

voir partir leurs maris, leurs effrayées des manœuvresdes

viennentdemanderle rapport du décretde l'Assembléeconstituante

qui

moyen de tarirtous les maux». L'argument, cette fois, faitréflé-

chir Dubois-Crancéet les

l'habiletéde lier la question des subsistancesà celledu recrute-

ment.Au momentoù l'Assembléevenaitd'ordonnerla levée de

300,000hommes pour renforcerles armées, ils lui disentà mots couverts par la bouchedes femmes: « Votez la taxe ou pas de

superbe. Il répondit

que

tanceset il accordaaux citoyennes les honneursde la séance.

regret de

parents sur les frontières, ellessont

accapareurs. C'est pourquoi

elles

déclare l'argent marchandise.Elles pensentque c'estlà le seul

Montagnards. Les Enragés ont eu

recrutement!» Dubois-Crancérabattitde sa

l'Assemblée s'occupait dans ses comitésde l'objet des subsis-

Maisles citoyennes ne parurentpas

satisfaitesde ces

promesses

etde cette politesse. Elles

« On nous ajourne à mardi, mais nous, nous nous ajournons à lundi. Quand nos enfantsnous demandentdu lait, nous ne les

ajournonspas

qui

au surlendemain3.» Ce nefurent pasparoles enl'air.

quittèrent la barreen s'écrianttouthaut:

Le

lendemain, lundi 25 février, éclatèrentdes troubles

rappelèrent,par produits un an

Des

dans les épiceries versdix heuresdu matinet se

forcele savon, le

fixèrent3.Elles finirent par fairemain basse sur toutesles mar-

leur caractèreet leur gravité, ceux qui s'étaient

auparavant à propos du renchérissementdu sucre.

bandesde femmes d'abord, d'hommes ensuite, se présentèrent

firentlivrer par

sucre, la chandelle, la soude à un prixqu'elles

1. Ces femmess'étaientd'abord présentées à la Communeavantde se rendre

à la Convention.Elles avaient demandéau

à l'Assemblée pour solliciterla diminutiondu

tion des accapareurs. Le

besoin d'autorisation pour exercerle droit de

[Moniteur, t. XV,p. 555).

mairel'autorisationde pétitionner

prix des comestibleset la puni-

maire, Pache, leur réponditqu'elles n'avaient pas

pétition et les invita au calme

Leur orateurétait une femmeWuaflard (A. Tuetey,

Répertoire, t. VIII, n* 1474).

2. Paris, dans Bûchez et Roux, t. XXIV, p. 334.

Les Révolutionsde

3. 20 et 25 sols, la cassonadeà 8 et 10 sols, le savon et

Le sucre ruttaxé à

la chandelleà 12 sols.

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UNESSAIDE TAXATIONPOPULAIREAPARISENFEVRIER1793.

283

chandises« sans distinction». Les épiciersqui résistèrentaux taxa- tionsfurent pillés. Les troubles,qui avaientcommencédans le quartier des Lom-

bards, centredu commercedes denrées

l'après-midi ets'étendirent.Ils se prolongèrent tarddans la nuit.

Ils

semaine.En général, ils furent plus

centrehabités par les

faubourgs où vivaientles manouvriers.

autorités municipalesflottèrent,indécises, et

coloniales,grossirent

reprirent les jours

Le

premierjour

les

suivantset ne cessèrent qu'au milieude la

graves dans les

quartiers du

artisanset les petitsbourgeoisque dansles

garde

parurent surle

nationaleSanterres'était éloigné deParisdèsla première heure pour

allerà Versailles organiser, à la

une

heuresdu

quinzaine

Commel'avaitfaitPétionun an plus tôt, dans des circonstances analogues1, il rédige des proclamations et prononce desdiscoursoù il mettaitles troublessur le compte des ennemisdela Révolution.

Les farinesñe manquaientpoint, disait-ildans sa proclamation du 25 février2, les alarmesétaient provoquéespar les aristocrates qui voulaient retarder,empêcher la levéede nouveauxsoldats.Ils se déguisaient sous les dehorsdu patriotisme, « quelques-uns d'entre

eux affectentla misèretandis

dansleursmainsetleur sert, sous prétexte dela nécessité, à enlever

les pains de chezles

raison aux manifestants.

point d'êtredébordées.Le commandantde la

prière du ministrede la Guerre,

compagnie de

gendarmerie nationale.Il ne revint qu'à neuf

n'étaità la mairie que depuis une

parler

soir. Pache, qui

de

jours,

chercheà

que l'or d'Albionet d'Espagne

roule

»

boulangers et corromprel'opinionpublique

ImitantPétion jusqu'au bout, Pache se rendit, versonze heures,

accompagné de son

femmes, rue

succès. Toujours suivide Ohaumetteetde ses substitutsHébertet Real, il se renditalorsau Comitéde sûreté générale de la Conven-

géné-

rale,puis

avancesde fondsdestinéesà

tenante, la Conventionfitdroità

parquet, au-devant d'un

attroupement de

de la Vieille-Monnaie.Mais sa harangue n'eutaucun

tion pour réclamerun décret qui l'autorisâtà fairebattrela

chezle ministrede PIntérieur pour demanderdenouvelles

l'approvisionnement de Paris. Séance

sa double requête.

Pache convoqua ensuitele Conseil

général de la commune pour

la nécessitéde fairebattre

deuxheuresde l'après-midi. Il lui exposa

la

le chefde

généralepourappeler les gardes nationauxsous les armes.Mais

légion,qui

commandaiten Pabsencede Santerre, fit

1. Voir notre article la Crise du sucre en Ì792 dans la Grande Revue de

mars 1917.

2. Bibl. nat., Lb*° 1154b.

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284 MÉLANGES ET DOCUMENTS.

observer que le rappel qu'il avait fait battre depuis quelque temps avait déjà produitbeaucoup d'effet.La Commune décida de surseoir

à Tordrede battrela générale1. Il semble certain que les agitateurs avaientdes appuis au Conseil général de la commune et jusque dans le commandementde la

garde nationale, seule force de police régulière. Leurs partisans

assistaienten nombreà

par leurs cris le maire et les partisans de la répression. On lit en

effetdans le

tion des droitsde l'homme vient déclarer que le rappel a été battu

inutilementet que les citoyens ne se rendent pas à leur poste. Il demandela force pour maintenirla sûretédes personnes etdes pro-

priétés. » Même alors, le Conseil ne décide pas que la générale sera battue. Il se borne seulement à déléguer vingt-quatre de ses

membres qui se répandront dans

prêcher le calme. On lit un peu plus loin, dans le même procès-verbal :

la séance de la Commune et ils intimidaient

la séance : « Un adjudant de la sec-

compte-rendu de

les quarante-huit sections pour y

citoyenBasset, graveur,député de la section de Beaurepaire,

dénonce que Ton pille tous les épiciers

[crient] :

reur!). Un commissaire de

[ensuite]que les épiciers de son quartier,d'après leurs fortunes, sont forcésde délivrerle sucre à plus de moitié de perte(les tribunes:

tant mieux!).

la section du Contrat social annonce

Le

de la section (les tribunes

la porte : c'est un accapa-

tant mieux! Une femmeà

Le président de l'Assemblée rappelle les tribunesà l'ordre. Mais

la suite est plus significative encore :

Cuvillier, l'un des commissaires envoyés dans les sections, rend compte de sa mission, et annonce que, dans la sectiondes Gravillier s,

il a vu JacquesRoux, prêtre et membredu Conseil,occupé

la conduitede ceux

marchandises qu'ils avaientarbitrairementtaxées. Jacques Roux, qui venaitd'arriverau Cod seil, monteà la tribuneet dit qu'il a toujours

professé les vrais principes et que, dut-ilêtre appelé le Marat du Con-

seil général, il ne s'en départirajamais.

Jacques Roux soit tenude signer

à

justifier

qui

s'étaient attroupéspour se fairedélivrerles

Un membredemande que

la déclaration qu'il vientde faire.

il n'était pas à son poste

Un autre l'interpelle de déclarer pourquoi

dans les

ne permettantpas de

passé

momentsdu danger(il

s'élève du tumulte). Les circonstances

s'occuper de personnalités, le Conseil général a

à

l'ordredu jour sur toutce qui concernait Jacquef Roux.

On devine à travers ces phrases vagues quelle fut l'attitudedu

i. Compte-rendu de la séancede la Communedansle Moniteur, t. XV,p. 566.

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UNESSAIDE TAXATIONPOPULAIREAPARISENFEVRIER1793.

285

chefdes

s'en

poussés contreles épiciers. Le journal les Révolutionsde Paris a,

mis dans sa bouchela phrase suivante qu'il aurait

coursdu débat: « Je pense, au surplus,que

que restituerau peuple ce qu'ils lui faisaient payerbeaucouptrop

cher depuislongtemps . » Jacques Rouxn'était pas le seulmembredela Communeà

serainsiouvertementavecles

la sectiondes gardes-françaises accusa son représentant à la Com-

mune, un certain Chenaux, « d'avoir paru, le 25 février, fortindif-

peu de chose,

qu'on en avaitété quittepourquelquespains de savon.Elle accusa aussi LerouxEtienne d'avoir, comme Chenaux,approuvépar leur présence en echarpe la taxearbitrairesur les marchandiseschezle citoyen Madré*.»

férentsur les événements, d'avoirdit que c'était

Enragés. Loin de reniersa participation au mouvement, il

glorifia. Il justifia les émeutiers que ses prédications avaient

'

prononcée au

les épiciers n'ontfait

pacti-

émeutiers. Quelquesjoursplustard,

Quand onlitces

long

témoignages, on comprendque la répression ait

Roux n'était pas seul. Il étaità la tête

petit fait qui en apprend, dans

été lenteà

d'un parti nombreuxet puissant. Notonsencoreun

dit

sondiscoursdu 27 février prononcé à la barrede la Convention,

que le mairePache arrêtalui-mêmede sa main au milieudu tumulteun gendarmequi pillait!

s'organiser. J.

sur l'attitudede la forcearmée.Real nous

La répression ne

commença réellement que le second jour des

perturbateurs.

Enragés des

troubles,aprèsque les Jacobinsse furent prononcés avec énergie,

dansleurséancede la nuit, contreles

Les Jacobins, nousl'avons dit, redoutaientdansles

rivauxd'influence.Ils

bien que cettemesureallumeraitla guerre de classes.Le succèsde

la Révolutionétaitlié à láventedes biensnationaux.Si les

produits agricoles étaient taxés, les cultivateursetles propriétaires continue-

répugnaient à la taxation parcequ'ilsvoyaient

1. Le

journal girondin

le Scrutateuruniversel fait de l'incident Jacques

prêtreRoux,

voyant

les

épiciers vendrede si bonne grâce leurs

simplementque ces messieursres-

qu'ils leur avaientvolé. - Grands applaudisse-

agitateurs. - II sortvic-

les

Roux le récit suivant dans son numéro du 27 février: « Le

inculpé d'avoir prêché l'insurrectiondans la section des Gravilliers, monteà

la tribuneet déclare que,

marchandisesa vil prix, il en concluttout

tituaientenfinaux pauvres ce

mentsdes tribuneset désapprobationgénérale de la part du Conseil. - Enfin,

dit Roux, appelez-moi le Marat de la Commune,je déclare que je défendrai

toujours la cause du peuple et que j'inquiéterai les

applaudissements

qu'il

aristocrate!»

torieuxde la tribune, et le présidentl'ayant félicitésur

avait assez

mendiés, les tribunesse sont écriées : A bas le président

2.

Moniteur, t. XV, p. 627.

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286 MÉSANGESET DOCUMENTS.

raient-ilsà participer aux enchères?C'étaitle

biens d'église, la Révolutionmettaitenventeles biens d'émigrés. La

politique des Enragés risquaitd'entraver, de paralyser, de faire échouercette grandeopération financière1.Était-cebienle moment d'ailleursde souleverun problème aussi redoutable que celui de la

taxation quand l'offensivede Dumouriezen

quand les opérationspour la levéede 300,000 hommesétaienten

pleineactivité,quand

le plus durcombat? Quellebelleoccasionles Enragés fournissaient

aux Girondinsde crierà la loi agraire, au renversementdes pro- priétés! Mais les Jacobins, du moinscertainsd'entre eux, avaientd'autres

raisons encore, etnon pas seulement d'opportunité,pours'opposer au programme socialdes Enragés.Jacques Roux ne voyait le salut

que

forcéde l'assignat.Marat, au contraire, avait toujours combattu

l'assignat.

l'avaient créé, contreMirabeauentre autres, et il les avaitaccusés

d'avoirservi par cet expédient les intérêtsde la

Il auraitvoulu

ciersde l'État les biensnationauxen nature.Il étaitl'ennemide l'assignat. Il conseillaitde le retirerde la circulation. Robespierre

et Saint-Just pensaient sur ce point commeMarat.Ils étaientdonc séparés des Enragés surle fondmêmedu problèmeéconomique.

moment où,après

les

Hollande commençait,

les Montagnards enfinlivraientaux Girondins

dansla

démonétisationdes espècesmétalliques etdansle cours

Dès la

Constituante, il s'était élevé contreceux qui

qu'on

contre-Révolution.

remboursâtla detteen distribuantaux créan-

Mais comment engager la luttecontreles

Enragés quand les

Jacobinsmenaient déjà le combatcontrelesGirondins?La situation étaitembarrassante.Il étaitévident que les Enragés avaientderrière

eux unebonne partie de la populationparisienne, toutecetteclasse moyenne, toutecetteartisanerie qui avaitfaitla Révolutionet qui

jusque-là donnaitsesvotesau partimontagnard. Il

essayer des diversions, ruiner JacquesRoux,

en gardant le contactavec les mainsleurcause.

prendre en

fallait louvoyer,

le rendre suspect, tout

sans-culottes, touten ayant l'airde

Marat,qui ne manquaitpas d'un certainsens politique, tentade

substituerau programme socialdes

de revendications populairesqui temps. Le 24 févrierau soir, dès

blanchisseuses,que le mouvementétait prèsd'éclater, ilécrivit pour le Publiciste du lendemainun articledontles violencesvoulues

dissimulaientune manœuvreassez adroite.Il commençait par

Enragés un autre programme

permettait du moinsde gagner du qu'il comprit,par la pétition des

1. Cambon lança cet avertissementà la Convention, au milieu même des

troubles, à la

séance du 26 février.

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UNESSAIDE TAXATIONPOPULAIREAPARISENFÉVRIER1793.

287

reconnaître que le peuple avait raison de se plaindre de la hausse exorbitantedes denrées. Il trouvaitnaturel que les consommateurs

fissent justice eux-mêmes des monopoleurs et des agioteurs s

où les droitsdu peuple ne sont pas de vains titres

consignés fastueusementdans une simple déclaration, le

quelques magasins, à la portedesquels on pendrait les accapareurs,

millions

d'hommesau désespoir et qui en font périr des milliersde misère1

mettraitbientôtfinà ces malversations qui réduisent

Dans tout

pays

pillage

de

cinq

Mais, après ces provocations au meurtre,simple tribut payé à la démagogie, Marat détournaitses lecteur^de demander la solution

du problème à des mesures législatives.

mique lui semblaient, comme à Saint-Just,inopérantes. C'était dire

qu'il rejetait le maximum, la solution de Jacques Roux. Pour lui,

le problème

quelques exemples qui raientà baisser leurs

de sûreté générale,auquel il accordaitsa

et de les livrerà un tribunal

principauxaccapareurs d'État forméde cinq membres pris parmi les hommes connus, les

plus intègres et les plus sévères,pour

la patrie ». Autrement dit, Maratdemandaitl'institutiond'une sorte

de tribunalrévolutionnaire qui jugerait les marchands coupables 4e s'enrichirde la détresse générale1. Il comptait sur la terreur qu'ins- pirerait ce tribunal pour ramener l'équité dans les transactions.La conception était naïve, mais Marat se proposait surtout de faire échec à Jacques Roux et à la taxation. Il ne demandait sans doute

rechercherles

Les lois en matièreécono-

étaitd'ordremoral. Il fallait punir les accapareurspar

oblige-

prix. Et Marat proposait d'investirle Comité

terroriseraientles marchandset les

confiance, « du pouvoir de

les

juger

commedes traîtresà

à son expédientimproviséque ce résultat. Il faisait aussi appel, avec une certaine candeur, à la philanthropie des bonnes âmes pour réduirela crise :

Je connaisune autremesure

qui iraitbien plus sûrementau but ; ce

premièrenécessité, les donner à

serait que les citoyens favorisésde la fortunes'associassent pour faire

venir de l'étranger les denrées 4e

prix

poussées aujourd'hui,jusqu'à ce qu'il fûtramenéà une juste balance.

coûtant et faire tomberde la sorte celui auquel elles sont

L'expédientphilanthropique de la coopération valaitun peu mieux que l'expédient terroristedu tribunal, mais Marat ne cherchait qu'une diversion.

1. Notons que le tribunalrévolutionnairesera institué quinze jours

sur la motionde Danton et que ce tribunalcondamneraà mort

capareurs.

tard

plus

beaucoup d'ac-

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288 MÉLANGES ET DOCUMENTS.

Malheureusement pourlui, son article parut le matinmêmedes

troubles, le 25 février.Les émeutierssemblèrentmettreen pratique

ses

conseilsde violenceet on a vu que Jacques Roux ne manqua

pas

de les exploiterpourjustifier sa campagnequand il se proclama

le Maratde la Commune.Les Girondins, de leur côté, affectèrent

de considérer que MaratétaitFauteur responsable des

lendemain, 26 février, il demandèrentà la Conventionsa miseen

accusation.La Convention,qui

suivreles Girondins.Elle n'avait pas oubliéles récenteset véhé-

mentes attaques de Marat contreles

débat, où Maratse défendftavecunehauteurinsultanteet où

sieurs Montagnards se solidarisèrentavec lui, l'Assembléese

tribunauxordinairesla dénonciation que le

bornaà

députégirondin Salle avaitformuléecontrel'articlede Marat.

pillages et le

^savaità

quoi

s'en tenir, refusade

un violent

plu-

Enragés.Après

renvoyer aux

La séance qui avaiteu lieu aux Jacobins, la yeille de ce débat, le soirdu 25 février, avaitmontréclairement que FAmi du peuple et les chefs montagnards étaientunanimesnonseulementà désavouer

les

Marat dénonça lui-mêmeau

paré

diaires1.Il n'hésita pas à

d'agents des Girondins.IÎ

semblance, de vouloirfairerentrerRolandau ministère:

y déterminerle peuple,disait-il, ilscrientdansles carrefours:

lorsque vousaviez Roland, vousne

Marataccuse aussi le comitédes subsistancesde la Commune

consistait

d'ineptie etde malversations.Cette tactiquegrossière,qui

à rejeter la responsabilité des troublessur

royalistes* et à représenter les Enragés

futaccueillieavec empressementpar les matadorsdu club. Après

Marat, un orateur,qui

des-journaux, déclara qu'il avaitvuen plusieurs endroitsdeshommes

déguisés :

Ils étaient poudrés et mal vêtus, ils disaientaux femmes: il faut prendre la marchandisesansla payer ettrancherla têtedes épicier«

Enragés mais

à

pousser contreeux aux mesuresde répression.

clubles « intrigants » qui avaient pré-

le mouvementcontreles épicierspar leurs motionsincen-

les traiterde contre-révolutionnaireset leur prêtal'intention, contretoutevrai-

manquiezpas de pain.

les Girondinset les

commeleurs instruments,

n'est

pas nommédans les comptes-rendus

Pour

L'affirmationétaitsi manifestementfausse qu'elle

testationsdestribunes qui crièrent: « Cela n'est

soulevales

pro-

pas vrai! » L'ora-

1. Voir le discoursde Maratdans Bûchez et Roux, t. XXIV, p. 343. Ce dis- coursest absentdu recueilde M. Aulardsur le Club des Jacobins.

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UNESSAIDETAXATIONPOPULAIREAPARISENFEVRIER1793. 289

teur ayantpersisté à maintenirson

affirmation, un grand tumulte

se déchaîna

et il dut descendre de

la tribune. Dubois-Crancé l'y

remplaça et

reprit avec plus de

forcela thèse de l'origine contre-

révolutionnairedu mouvement:

Les besoinsne sont pas réels.Les émigrés sontcachés