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CO NCLUSION

La France, pour la première fois de son histoire, a eu à faire face à une


pandémie de grippe A(H1N1). On a légitimement cru qu’elle donnerait lieu à une
crise sanitaire grave et que, cette fois, nous serions capables de la prévenir et la
contrôler. Imprévisible comme la plupart des virus, celui que nous avons eu à
affronter s’est révélé finalement peu virulent, au point que la catastrophe un temps
pressentie s’est transformée en une épidémie comparable à une grippe
saisonnière ; en quelque sorte, une crise sans crise.

La pandémie que nous venons de connaître a été le formidable révélateur


d’une crise de confiance : celle de nos concitoyens qui ne croient plus aux
messages de prévention et de santé publique, se défient de la parole de l’État en
période de crise sanitaire et préfèrent s’en remettre à d’autres sources
d’information, aux intérêts divers mais très médiatisées.

Les folles rumeurs sur internet, les attaques violentes du lobby anti-vaccin
ou encore les annonces spectaculaires de pseudo-experts en quête de gloire
médiatique auront sans doute laissé des traces. Le sensationnalisme a prévalu sur
les faits documentés ; la parole officielle a été décrédibilisée par des acteurs sur les
motivations desquels on s’interroge encore.

Un tel constat n’est pas nouveau en période de crise sanitaire. La violence


des propos sur internet a sans doute été une cause des problèmes connus par la
campagne de vaccination, mais elle est aussi probablement la conséquence d’un
mal plus profond de la société française qui semble avoir préféré l’irrationnel au
rationnel.

Plus largement, on a pu constater le défi que constitue, aujourd’hui, la


délivrance d’un message de santé publique qui s’attache à l’intérêt collectif, dans
une société à l’individualisme croissant où chacun élabore sa propre balance
bénéfice/risque et obéit à une logique personnelle.

Les leçons sont multiples.

Tout d’abord, la population ne croit qu’en ce qu’elle voit : face à un risque


considéré comme abstrait, la nécessité de mesures de prévention est très difficile à
faire admettre. En revanche, dès que le risque est avéré, tous y adhèrent et se
mobilisent, à des degrés divers. Comme il ne provoque pas de gêne, le précepte
d’un lavage des mains régulier est facilement accepté. À l’inverse, le port du
masque, qui comporte de réels désagréments, n’a pas convaincu de son intérêt. Le
risque raisonnable attaché à la vaccination n’a quant à lui été compris et accepté
que par une minorité, et une minorité aisée et informée.

La défiance à l’égard de la vaccination constitue un défi pour l’avenir.


Demain, il nous faudra peut-être faire face à une nouvelle pandémie à la gravité
plus sévère. La mobilisation du corps social sera alors indispensable. Comment
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ferons-nous si l’on ne croit plus aux mesures de santé publique ? C’est dès
aujourd’hui qu’il nous faut convaincre, expliquer et, s’il le faut,
contre-argumenter.

Cela nécessite de s’appuyer sur les piliers que sont les professionnels de
santé. Leur intervention est indispensable pour restaurer la confiance, surtout
lorsque nos concitoyens veulent être éclairés sur la question centrale du rapport
entre risque choisi en cas de vaccination et risque encouru en son absence. Le lien
qu’ont su tisser les médecins de famille avec leurs patients est à cet égard trop
précieux pour qu’on le distende.

Des points préoccupants exigent une réflexion spécifique et approfondie.


Le refus de la vaccination par la majorité des personnels infirmiers doit ainsi être
sérieusement étudié, car il est étonnant que des personnes particulièrement
exposées au risque de pandémie aient préféré s’exposer à ce dernier plutôt qu’à
celui, négligeable, résultant d’une mesure de prévention. Était-ce un refus
circonstanciel ou traduisant une défiance plus profondément ancrée ?

Les inquiétudes sur l’efficacité et la sûreté des vaccins, qui se sont parfois
transformées en peur, et la méconnaissance du rapport privilégié des médecins
traitants avec les Français ont été autant d’éléments qui annonçaient la crise de
défiance dont a souffert la campagne de vaccination. Il n’a dès lors pas été
possible de surmonter les accusations de préparation hâtive et de surveillance
insuffisante des effets secondaires, ni les réminiscences d’expériences passées qui
ont pu marquer les esprits.

La crise n’a finalement pas eu lieu, et c’est heureux. Mais à l’évidence, les
professionnels de santé et la population demandent un changement des règles ;
celui-ci est aujourd’hui nécessaire pour obtenir l’adhésion de la population lorsque
surviendra une pandémie grave. Cette requête a conduit à la création d’une
commission d’enquête alors que les pouvoirs publics n’ont fait – et bien fait – que
leur devoir, leurs apparentes tergiversations ne reflétant que la progression, en
temps réel, des connaissances sur la pandémie à laquelle ils devaient faire face.

Après cet événement qui n’a pas causé de dommages d’une ampleur aussi
grande que celle qu’on avait un temps prévue, nous avons aujourd’hui
l’opportunité de réfléchir aux améliorations à apporter pour restaurer la confiance
dans les politiques de santé publique et gérer au mieux les futures « crises ». Votre
rapporteur espère que les travaux de la commission d’enquête auront contribué à
cette réflexion collective.