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Bulletin du Conseil communal, séance no 9 du 20 mai 1997, pp.

428-436

Direction des écoles


Direction de police et des sports
Direction de la sécurité sociale
et de l'environnement

Prévention de la toxicomanie et du SIDA dans les écoles

Réponse à la motion de Mme Odile Jaeger

Rapport-préavis N° 2151

Reprise de la discussion

Mme Madeleine Schilt-Thonney (POP) : – Permettez-moi, en préambule à la reprise de cette discussion, de


vous signaler que j’ai déposé sur le bureau du président la réponse complète du Conseil d’État à
l’interpellation du député Bovet. De cette réponse, je tiens à relever les éléments suivants : « Objectif
Grandir » est partiellement financé par l’Office fédéral de la santé publique. Il est soutenu par l’Association
cantonale des parents d’élèves. Depuis son introduction, « Objectif Grandir » a suscité l’intérêt de nombreux
enseignants. Ce seront bientôt 1000 d’entre eux qui en auront suivi la formation. Le Conseil d’État entend
écarter les rumeurs faisant état de liens entre les auteurs du programme et la scientologie. Voilà ce que je
tenais à préciser.

Pour le reste, je laisse Mme la directrice des Écoles apporter les précisions qu’elle estime nécessaires. Je vous
invite à garder dans ce débat l’objectivité, la dignité et la rigueur intellectuelle qui s’imposent.

Mme Françoise Longchamp (Lib.) : – Lors de la dernière séance du Conseil, je vous avais fait part des
différents points du programme « Objectif Grandir » qui me posaient problèmes, ainsi qu'à bien des parents
et enseignants.

Je vais essayer de vous en résumer la teneur, mais vais également vous donner d'autres éléments qui sont
issus de réflexions que j'ai eues avec de nombreux parents, enseignants et même directeurs d'établissements
situés en dehors du territoire lausannois, il est vrai, mais dont les élèves ne sont pas bien différents des petits
Lausannois !

Si certaines activités peuvent être, à la rigueur, qualifiées de « potables », l'activité appelée « cercle
magique » est quant à elle insidieuse, voire même pouvant provoquer des déséquilibres chez certains jeunes
enfants.

Je citerai, pour illustrer mes dires, quelques extraits du Guide à l'intention de l'enseignant. Au chapitre
« Animer une cercle magique », page 27, il est dit :

« Afin de symboliser régulièrement l'importance de ce moment et attitudes attendues de chacun, il est


recommandé d'introduire dès le début un certain nombre d'habitudes qui, peu à peu, vont devenir des rites et
servir de repères stables aux enfants. Ainsi, au-delà de l'indispensable disposition en cercle, la mise en place
d'un petit tapis rond placé au centre pourra rappeler que, dès cet instant, les règles du cercle entrent en
vigueur. De la même manière, le passage des communications et des évocations personnelles à l'intégration
cognitive peut être marqué par une augmentation de la lumière ou par un bref motif frappé sur un
métallophone. »

L'incantation initiale se fait par la formule : « circus, circus, circus, sh, sh, sh. », prononcée les yeux fermés,
accompagnée d'un tournoiement des index devant le front. On croit rêver : ces méthodes sont exactement
celles du conditionnement psychique à partir duquel on inculque les idéologies totalitaires !

Passons maintenant au chapitre des «moments» :

1
Voir Bulletin 1997, tome I (N° 7), page 380.
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« Dans toute la mesure du possible, le cercle devrait se dérouler à heure fixe, et si possible le même jour de
la semaine. Si, pour des raisons majeures, ce moment devait être différé, les élèves devraient en être
immédiatement avertis. La nouvelle date devrait alors être fixée en accord avec eux et elle devrait être
affichée en classe. »

De cette description des « moments », l'on peut craindre qu'il s'agisse de créer une accoutumance, qui lors de
la suppression du « cercle magique », pourrait être perçue comme un manque. Si l'on veut lutter contre la
toxicomanie, c'est réussi !

Dix règles régissent ce « cercle magique », je m'attarderai sur les deux dernières :

Point 9 : « après le cercle, personne ne revient sur ce qui a été dit, évoqué ou raconté par les autres
participants »

Point 10 : « J'observerai la ‘petite règle de discrétion’, et je ne citerai le nom de personne »

Mesdames et Messieurs les conseillers, comment peut-on imposer de telles pratiques à de jeunes enfants ?

Même si l'on peut comprendre que l'on veuille apprendre la discrétion à un enfant, comment peut-on en
revanche admettre de demander à un enfant de ne pas parler, à la maison, de ce qui se fait à l'école ?

Un des buts de ce « programme » n'est-il pas d'aider l'enfant à s'exprimer ? La maison n'est-elle pas le lieu
privilégié où l'enfant doit pouvoir s'exprimer, exprimer ses craintes ?

Dans la présentation du programme, guide de l'enseignant page 7, n'est-il pas dit : « C'est par la parole que
l'enfant s'insère dans la vie sociale et affirme ses relations avec les autres » ? Mais un jeune enfant est-il
capable de raconter un fait sans citer de nom ?

Si l'école doit désamorcer des inquiétudes, elle ne doit en aucun cas en créer d'autres.

Le point 10 des règles d'« Objectif Grandir » montre bien qu'aucun dialogue n'est établi puisqu'il dit : « Je ne
questionne pas, je ne reviens pas sur ce qui a été dit ». Aucun partenariat n'est donc possible entre parents et
enseignants. Demandait-on aux parents d'adhérer, de s'impliquer par rapport à cette méthode, quel serait le
rapport enseignant-parents, si ces derniers refusaient ?

Veut-on mouler un enfant « unique », semblable aux autres, qui sera en décalage par rapport au reste de la
famille ?

Le secret m'apparaît d'autant plus dangereux que, selon les thèmes abordés durant le « cercle magique »,
(parents séparés, divorce, familles recomposées, sévices sexuels), la pression est évidente sur l'enfant qui est
mis au centre du « cercle » pour qu'il parle de ses traumatismes, de ses problèmes. L'enfant n'a pas à
supporter les aveux de ses copains. De la même manière, l'on ne doit pas apprendre à un enfant à juger ce qui
se passe à la maison.

Sans parler de la pression qui est mise sur les épaules de l'enseignant. Et là, je veux parler d'un autre point
négatif de cette méthode.

De plus en plus souvent, on fait jouer aux enseignants un rôle qui n'est pas le leur, en l'occurrence celui de
psychologue ou de psychiatre. L'enseignant n'a pas suivi de thérapie pour se protéger de ce qu'il peut
recevoir de tragique, de fort, de la part d'un enfant. Je ne pense pas que les quelques notions de psychologie
qu'il a acquises à l'École Normale vont lui permettre de se protéger. Il est important que dans les écoles
chacun reste dans son rôle : c'est une protection pour les enseignants.

Toujours en rapport au secret, l'enseignant, s'il respecte cette règle, s'engage à ne pas révéler l'identité de
ceux qui se sont exprimés : donc le maître ne peut à son tour pas se confier à un psychologue scolaire ou à
une infirmière. C'est donc une méthode très perturbante pour les enseignants.
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De plus, alors que l'on se plaint du fait que les enseignants sont surchargés, on voudrait encore les charger de
cours supplémentaires. Une bonne prévention peut se faire au détour d'une lecture, d'une activité scolaire.

D'une manière générale, tout programme de prévention ne devrait pas remettre en question ce qui se passe à
la maison ; il ne doit pas cacher les problèmes structurels de l'école. La façon d'être ou de ne pas être devrait
remettre également en cause les enseignants. Tout le mauvais ne vient pas uniquement de la maison.

J'aimerais également vous faire part de ma préoccupation, peut être secondaire, mais qui reflète le côté
« obscur » du programme « Objectif Grandir ».

Lorsque l'on formule des objections quant à ce programme, que l'on ose dire qu'il a été refusé en France, l'on
nous dit toujours que l'on fait un amalgame avec un autre programme « Clés pour l'adolescence ». Or
Mesdames et Messieurs les conseillers, l'on a bel et bien à faire à la même chose.

Un directeur d'établissement a reçu une lettre du médecin cantonal, le Dr Jean Martin, qui affirmait
qu'« Objectif Grandir » s'inspire réellement de « Quest/Clés pour l'adolescence ». En outre, au collège de
Prilly, les formatrices sont belges, et notamment Mme Patricia t'Serstevens, traductrice en français du
programme « Clés pour l'adolescence » ou « Quest ». Le programme « Clés pour l'adolescence » porte la
mention : Copyright Quest international, Lyon's club Europe. De même, dans le canton du Jura, les moyens
d'enseignements proposés sont « Clés pour l'adolescence, Quest international 1988 ».

Il serait beaucoup trop long de vous expliquer ici comment « Clés pour l'adolescence » a été introduit en
Suisse, refusé une première fois par le DIPC, pourquoi il porte la mention « recommandé par l'OFSP » alors
que son adaptateur, M. Pellaux, n'a plus de relations de travail avec cet organisme ; vous conviendrez
cependant que de nombreux points manquent d'explications. Une chose est certaine, depuis que « Clés pour
l'adolescence » est arrivé en Europe, il a été abandonné aux USA.

Il est tout à fait impératif qu'une meilleure prévention soit faite dans les écoles de notre ville, compte tenu du
nombre toujours croissant de jeunes toxicomanes. J'avais d'ailleurs, à l'époque, co-signé la motion de Mme
Odile Jaeger.

Mais la Municipalité a-t-elle étudié les autres programmes de prévention existants, comme par exemple
« Comment développer l'estime de soi » ? programme qualifié par deux directeurs d'établissements de « plus
léger, plus concret, plus facile à utiliser et qui remet également en cause l'enseignant » ?

J'ai également appris que deux chefs de service du Service de santé des écoles auraient souhaité que le
programme de prévention « la Malette », proposé par le CAP, puisse être développé. À ce sujet, le directeur
du Levant a affirmé au médecin scolaire que le CAP était disponible pour augmenter sa participation, et ce
gratuitement, puisque le CAP vient d'obtenir un poste de prévention supplémentaire pris en charge par le
Canton. J'ai également appris par le responsable du programme de prévention du CAP qu'un programme
pour les plus jeunes, c'est-à-dire pour les élèves de 1P et 2P, était prêt et qu'il avait été présenté au Service de
santé. Ce programme offre une formation aux enseignants ainsi que des visites en classe afin d'accompagner
les enseignants et ne pas les laisser seuls avec leurs expériences. À ce jour, le CAP n'a pas reçu de nouvelles
du Service de santé. La Municipalité peut-elle renseigner le Conseil à ce sujet ?

Une autre remarque m'a été faite par un professionnel de la branche : « Objectif Grandir » donne des pistes
seulement aux enseignants, il ne lutte en rien contre la toxicomanie.

Un mot encore au sujet du programme de prévention par les pairs : outre qu'il me semble trop charger les
adolescents, j'aimerais savoir si la Municipalité a eu connaissance du rapport d'évaluation effectué par la
Ligue valaisanne de lutte contre les toxicomanies. Ce rapport a démontré la faiblesse du projet qui est lourd
pour les adolescents. Il est en outre apparu que contrairement à ce que l'on croit, un jeune ne se confie pas
plus à un autre jeune qu'à un adulte, sauf si bien sûr il s'agit de son ami.

J'aimerais vous faire part d'extraits d'un article écrit par le responsable du secteur prévention de la Ligue
valaisanne contre les toxicomanies, M. Olivier Taramarcaz :
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« Un lieu sympa ne s'organise pas sur commande, même si c'était le souhait positif formulé par le projet de
base. Les élèves ne se sont pas appropriés ce projet, ils ne s'y sont pas identifiés. Le fait d'être engagé dans
une telle expérience confère en soi une identité qui sépare du groupe de pairs-camarades. Les délégués ne
sont plus mêlés aux autres. Il sont sortis de, ils sont mis à part. Le rôle de délégué a été considéré avec un
certain mépris. Pour se sortir de cette impasse, il leur fallait redevenir comme avant. Un tiers des délégués
ont indiqué qu'ils n'étaient pas prêts à envisager une relation avec un jeune, simplement parce qu'il était du
même âge. »

J'ai appris que la Ligue valaisanne contre les toxicomanies est en train d'étudier, en collaboration avec l'École
internationale de Genève, une adaptation de ce programme, et je pense que la Municipalité devrait prendre
contact avec elle avant d'introduire plus avant ce programme dans les classes lausannoises.

Lors de la dernière séance de la Commission scolaire primaire, la semaine dernière, suite aux informations
données par la Municipalité concernant les « rumeurs » sur « Objectif Grandir », les commissaires ont
demandé qu'une prochaine séance soit entièrement consacrée à cet objet. Ils sont inquiets, ils réalisent qu'ils
n'ont pas reçu d'informations suffisantes à ce sujet.

Mesdames et Messieurs les conseillers, je pense que l'ensemble de ce Conseil n'a, également, pas reçu
d'informations assez détaillées sur ce programme de prévention. Les commissaires eux-mêmes n'ont pas eu, à
ma connaissance, la mallette ici présente entre les mains.

Trop de questions entourent ce projet. Je vous demande, Mesdames et Messieurs, de laisser parler votre
conscience, ce n'est pas une question politique qui est en jeu mais bien un problème d'éthique, et de refuser
l'entier de ce préavis, en formulant le vœu que la Municipalité revienne rapidement avec un nouveau préavis
qui comportera une évaluation objective des classes dans lesquelles ce programme a malheureusement déjà
été introduit.

Mme Martine Desarzens (POP-Progressiste) : – Mme Doris Cohen-Dumani, municipale des Écoles, va avoir
bien du travail. Il va falloir qu’elle aille dans les garderies, dans les écoles enfantines ; car sachez que lorsque
Mme Longchamp parle des rites avant de raconter une histoire, avant de commencer un chant, avant un conte,
avant une ronde, dans les garderies ou écoles enfantines, il y a des rituels d'entrée dans le conte comme par
exemple, pour n'en citer qu'un : schnip-schnap, gob-goba, prêchi-prêcha, pati-beki, pulvérolu-moulu-fraca-
concasse-et-brise-et-broie. Vous trouvez ce texte dans le livre de lecture intitulé Mon premier livre.

Madame Longchamp, comme je l’ai dit la dernière fois, non contente de faire un amalgame, vous jetez un
discrédit sur les personnes qui font honnêtement leur travail et vous vous obstinez dans un comportement qui
ne mériterait pas cette intervention si le sujet n’était pas si important.

Au nom du groupe POP et progressistes, je tiens à vous dire que nous sommes scandalisés par votre manque
de rigueur intellectuelle et votre entêtement incompréhensible lorsque la preuve vous est donnée, que vous
avait été induite en erreur et que l’accusateur est en fait l’accusé. Nous savons tous combien les rumeurs sont
dangereuses et destructrices. Je tiens ici également à dire que, dans le plaidoyer que vous venez de faire,
vous avez fait un amalgame. Il faut savoir que les délégués ne font pas partie du programme « Objectif
Grandir ». Vous avez complètement mélangé tous les programmes proposés. Nous regrettons donc, Madame
Longchamp, que vous vous soyez lancée dans ce qui débouche finalement sur une calomnie.

Mme Odile Jaeger (Rad.) : – « Objectif Grandir » a fait l’objet de deux heures de débat au Grand Conseil ce
matin. J’espère que malgré tout cela ne va pas durer aussi longtemps ce soir au Conseil communal.

Je comprends, Madame Longchamp, vos préoccupations et votre souci. Pour ma part, je ne suis pas aussi
bien renseignée que vous. Je pense que ce programme est intéressant, mais il est nouveau, c’est vrai. Il
mérite beaucoup d’attention. Je ne suis pas intervenue ce matin, mais je dirai simplement que certainement il
y a des risques de dérapage. Je demande donc à M me la municipale si vraiment les enseignants sont bien
formés pour justement répondre à l’attente des enfants et éviter ces dérapages ? Mais je trouve dommage,
Madame Longchamp, qu’à cause de ce programme vous refusiez tout le rapport. Pour ma part, je suis très
satisfaite de ce rapport et je trouve dommage qu’on le balaye pour un seul point. Cela dit, je voudrais quand
même demander à Mme Cohen-Dumani certaines indications qu’elle ne m’a pas données lors du précédent
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débat. Bien que m'étant déclarée satisfaite la dernière fois, j’aimerais juste revenir – brièvement, rassurez-
vous ! – sur certains points.

Concernant par exemple l’expérience pilote d’élèves-pairs, pour laquelle je reste quand même quelque peu
sceptique, je demande à Mme la directrice des Écoles qu’elle nous renseigne prochainement sur ses résultats.

Deuxièmement, j’ai aussi demandé à Mme la municipale qu’elle intensifie les efforts en matière de prévention
contre la toxicomanie, parce qu’on a vu en fait dans ce préavis ( pages 388-389) un tableau des actions, et
que celles-ci sont encore assez peu nombreuses. Je demande donc là aussi une réponse de Mme la municipale,
comme aussi je demandais qu’on respecte vraiment les objectifs minimums qui ont été demandés dans tous
les collèges pour qu’il n’y ait pas d’élèves prétérités par rapport à d’autres.

Autre chose encore, je demande qu’on intensifie ces actions communautaires dans les quartiers, sur le
modèle de l'expérience qui a été faite au Belvédère et qui me semble intéressante. Peut-on aller dans cette
direction, demander que d’autres quartiers fassent ces mêmes expériences ?

Dernière question, j’avais suggéré en commission l’éventualité de faire venir d’anciens toxicomanes, qui ont
une certaine expérience et qui sont à peine plus âgés que les élèves. Il me semble que cela pourrait être
intéressant, parce que ce sont des gens qui sont complètement sortis de la toxicomanie, qui ont vécu cela, qui
peuvent parler aux jeunes de leur expérience, qui sont souvent eux-mêmes pédagogues et qui vont partout
pour montrer les effets néfastes de la drogue. Le refus d’entrer en matière sur ce point m’a un peu déçue et je
demande pourquoi on ne pourrait pas, au moins à titre d’essai, tenter ce genre de démarche.

Mais, dans l’ensemble, je suis très satisfaite de ce rapport et je vous invite à l’accepter.

Mme Angelina Pasche (Soc.) : – J’aimerais juste rapporter une expérience que j’ai faite en tant que parent.
Ma fille a suivi quelques expériences d’« Objectif Grandir ». Elle rentre à la maison et me raconte ce qu'elle
a vécu. À partir du moment où elle m’a raconté le contenu, elle ne prononce pas de nom. Ce qui est demandé
à l’enfant, c’est de garder le secret par rapport à la personne qui a apporté une expérience mal vécue, une
souffrance. Je ne suis pas le type de parents qui va insister pour connaître le nom de l'enfant concerné, je
l’accepte ; donc c’est là le secret, c’est là la magie du « cercle », c’est d’apprendre aussi à l’enfant à respecter
les aveux, comme vous dites. Pour moi, ce ne sont pas des aveux, ce sont des souffrances, ce sont des choses
vécues que l’enfant a besoin d’exprimer ; les choses non dites peuvent faire du mal, beaucoup plus de mal
que les choses qui peuvent se déclarer ouvertement par des mots. J’aimerais juste dire une chose, des mots
font moins de mal que des maux.

Mme Jacqueline Chave (Vert) : – Avec quelques collègues, je sors à l’instant d’une séance de commission
scolaire, où entre autres problèmes, celui de la violence a été évoqué. Les directeurs doivent parfois faire
face à des problèmes très, très graves. Je peux vous assurer qu’ils appellent de leurs vœux un tel document,
qui est un précieux outil de travail pour eux. Et si quelques personnes ont fait mauvais usage à ce qu’on dit
de ce document, il ne faut pas pénaliser une méthode qui a fait ses preuves et qui est très adaptée à notre
époque. Donc je vous invite à accepter ce préavis.

Mme Nicole Grin (Lib.) : – Je tiens pour ma part à m’élever avec véhémence contre les propos tenus par Mme
Desarzens. Je trouve personnellement inadmissible la manière dont elle a attaqué l’intervention de Mme
Longchamp. Mme Schilt-Thonney, ici présente, a demandé en préambule que les débats se déroulent avec
calme, sérénité, objectivité et correction. Or on assiste à une attaque en règle contre une de nos conseillères
qui fait honnêtement son travail, qui se pose des questions, qui a des doutes, ce n’est pas un crime. Vous
n’avez pas la même opinion que Mme Longchamp, je le conçois fort bien, mais vous ne pouvez pas lui faire
grief d’aller se renseigner auprès de professionnels. Elle s’est procuré le matériel, elle a la mallette, elle a lu
des documents, ce que certainement une bonne partie des gens dans cette assemblée n’ont pas fait. Ils n’ont
pas les mêmes renseignements. Il y a dans cette affaire des avis contradictoires. Je pense que Mme
Longchamp a fait son devoir de conseillère communale. Elle émet ses doutes ; elle l’a fait pondérément ; je
ne comprends pas les attaques qui sont dirigées contre elle et je dénonce cette attitude intolérante et
agressive.
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Mme Marcelle Foretay-Amy (Vert) : – Mme Jaeger a parlé de risques et elle a raison. Elle a raison en ce sens
que dans tout enseignement collectif, que ce soit de la science, des langues, des maths ou n’importe quelle
autre branche enseignée, il y a un risque que sur vingt élèves – et donc vingt sensibilités différentes –
certains reçoivent une leçon d’une manière différente.

Mme Mariela Muri-Guirales (Soc.) : – Je me suis dit, avant de venir, que le sujet traité est important, mais
je n’avais rien préparé parce qu'on allait écouter les mêmes discours que la fois précédente. Je constate que
ce sujet suscite des craintes, car nous sommes face à l’avenir des enfants. Je ne vais pas répliquer point par
point aux propos de Mme Longchamp. Elle s’est donné la peine de consulter documents et avis, mais c'est
dans l’interprétation que se glisse un petit peu de mauvaise foi : on aboutit alors à de graves problèmes
d’éthique.

Face aux problèmes de sectes, actuellement, tout le monde a peur ; on croit que la secte est à côté ;
finalement, il est vrai qu’on doit se poser des questions parce que les membres de ces sectes agissent très
habilement. Mais face à « Objectif Grandir », je crois qu’on est simplement au début d’un programme
nouveau, nouveau pour tout le monde. Toute nouveauté est accueillie avec bienveillance par certains, par
d’autres avec méfiance. Nous devons donc rester attentifs, et c’est dans ce sens uniquement que nous nous
sommes dit – au sein de la commission scolaire – que cela valait la peine de nous réunir pour approfondir le
sujet. À aucun moment, comme l'a plus ou moins dit Mme Longchamp, la commission scolaire n'a paniqué ou
remis en question « Objectif Grandir ». Il n'est question que de réfléchir ensemble ; nous faisons confiance à
la Municipalité et aux enseignants qui vont appliquer la méthode.

J’espère qu’on va poursuivre la méthode, mais il est clair qu'on trouvera toujours des opposants à n’importe
quelle nouvelle méthode. Je vous invite – pour les un ou deux francs que cela représente par élève – à
accepter ce préavis dans son ensemble. La Direction des écoles en a besoin... et les enfants aussi !

Mme Sylvianne Bergmann (Vert) : – J’aurai deux questions à Mme la municipale. Quelle est cette méthode
« Quest », qui est mise à l’index par Mme Longchamp ? Et qu’arrive-t-il à un enfant exprimant un certain
désarroi dans une séance de cet « Objectif Grandir » ? Quelle suite donne-t-on à cette souffrance exprimée ?

Mme Jaeger nous a parlé de ce débat de deux heures au Grand Conseil ce matin, où il a dû se dire des choses
certainement intéressantes. Pourrait-on nous résumer un peu ce qui s’est dit lors de ce débat ?

Mme Françoise Longchamp (Lib.) : – Je ne reviendrai pas sur les calomnies de Mme Desarzens. Je remercie
Mme Grin d’être montée à la tribune pour moi.

J’aimerais cependant revenir sur certains points soulignés par Mme Desarzens. Vous dites, Madame
Desarzens, que je suis mal renseignée. Vous dites que je fais un amalgame, que je ne connais rien aux
élèves-pairs, puisque vous dites que les délégués ne font pas partie de ce programme. J’aimerais vous inviter
cordialement à venir chez moi demain matin et vous verrez dans mon bureau tous les témoignages que j’ai
recueillis, les notes prise au cours des téléphones reçus d’enseignants, de parents, et je vous l’ai dit, de
directeurs d’établissements qui vont refuser, dans le canton, d’appliquer « Objectif Grandir ». Ils se posent
trop de questions par rapport aux élèves et par rapport à la force des enseignants pour pouvoir appliquer ce
programme.

J’aimerais ajouter, je ne l’ai pas dit tout à l’heure dans mon intervention, que des enseignants que je connais
personnellement et qui ont participé à la formation, refusent maintenant d’appliquer cette méthode dans leur
classe. Ceci est tout de même assez significatif.

J’aimerais dire à Mme Marcelle Foretay-Amy qu’effectivement tout enseignement collectif comporte des
risques, mais je pense que le risque encouru par l'enseignement des mathématiques ou du français est tout de
même moins grand que celui encouru lorsque l'on touche au psychisme des enfants. Je crois que là on peut
faire plus de dégâts qu’un mauvais enseignant en mathématiques. Les dégâts engendrés peuvent être
beaucoup plus importants et graves que ceux couru par un mauvais enseignement des mathématiques.

Quant à Mme Mariela Muri-Guirales, je n’apprécie pas que vous me disiez que je suis de « mauvaise foi ». Je
vous fais également remarquer que ce soir je n'ai pas parlé de secte.
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Mme Éliane Rey (Lib.) : – Après ces discussions et avant manifestement que Mme la directrice des Écoles
prenne la parole, permettez-moi de vous faire une proposition. À plusieurs endroits dans ce préavis, et à juste
titre, on parle d’évaluation de ce programme afin de voir, de tester l’utilité préventive de ces différentes
actions. Il est dit, en page 382 du préavis notamment, que «le programme doit être évalué périodiquement
par des méthodes appropriées qui permettent de savoir si l’on a atteint l’amélioration souhaitée eu égard aux
moyens engagés.» La commission du Conseil communal qui s’est penchée sur ce préavis a manifesté le
souhait d’être informée sur l’évolution d’une part d’« Objectif Grandir » et d’autre part des actions
concernant les élèves-relais. Le programme « Objectif Grandir » a été introduit donc à Mon-Repos en 1994,
ainsi qu’à Yverdon. En outre, la question des élèves-relais a été introduite en 1996 à Villamont. Je suppose
donc qu’à la fin 1998, on aura un certain nombre de données significatives qui nous permettront d’obtenir
une évaluation. C’est la raison pour laquelle je propose un amendement qui consiste à rajouter un point 4 aux
conclusions et qui dit ce qui suit :

Amendement

« Le Conseil communal décide de demander à la Municipalité d’adresser au Conseil communal, au plus tard
à fin 1998, un rapport sur le programme « Objectif Grandir », ainsi que sur le projet des élèves-relais. »

M. André Steiger (POP) : – C’est un jeune qui parle, car en effet je suis très nouveau dans ce Conseil
communal et je n’ai pas encore toute la rouerie qu’il faut. Néanmoins, il me semble qu’il y a deux ou trois
éléments qu’il faut signaler.

D’abord on insiste beaucoup sur le « cercle magique ». Ce « cercle magique » a des antécédents : il est à
l’origine de la renaissance du théâtre. Par ailleurs, à force de caresser un cercle – comme dit Ionesco – on
peut le rendre vicieux ; et là, il est tellement caressé par Mme Longchamp qu’il nous met la tête au carré... ce
qui n’est pas du tout la définition du cercle. J’irai plus loin en disant qu’il faudrait en effet poser le problème
– puisqu’on a parlé d’éthique et non de politique – de la gestion des rites. On a effectivement attaqué des
rites, mais notre société tout entière est conçue sur le modèle « ritique ». Il y a une science nouvelle qui
s’appelle la « ritanalyse ». Des bouquins très, très formidables sont parus sur cette question et expliquent
finalement que l’intégration du citoyen dans une société passe par des rites. Prenons par exemple la société
primitive africaine : pendant trois jours, un jeune gars doit aller vivre dans la forêt avec un arc et trois
flèches ; il doit gérer ses trois flèches pour manger, pour se défendre, etc. Ce rite accompli, quand il revient
au village, il est adulte. Ce rite est transformé de nos jours et s’appelle l’école de recrue. Le rite du savoir
dans la société – dans un très beau documentaire sur un désert, on voit très bien comment cela fonctionne,
comment l’enfant apprend à mimer l’animal qu’il aura à charge de combattre – ce rite de savoir existe dans
notre société : c’est le baccalauréat, ou bien les humanités, ou comme on veut bien l'appeler...

Maintenant il y a un autre problème aussi, c’est que, par cette question des rites, on touche effectivement au
religieux. Qu'est-ce en effet qu’un cercle magique sinon justement la tentative d’une communion.
Communier peut avoir deux sens différents : on peut communier dans la religion, dans une croyance –
comme cela se passe dans beaucoup d’institutions religieuses – mais on peut aussi communier dans le savoir
civique d’une société.

Je serai peut-être moins violent que ma camarade Desarzens dans l’irritation que j’ai du discours de Mme
Longchamp, parce qu’il est uniquement fondé sur la rumeur, sur des éléments accumulés, des tas, des tas de
documents, c’est policier ; je laisse cela à un autre ami qui est là, c’est un truc, un truc policier, cela n’a rien
à voir. Ce qu’il faut, c’est analyser les choses, et pour analyser les choses, je demande et je confirme cette
demande du peuple, c’est-à-dire voter ce rapport. Peut-être en acceptant la proposition, peut-être en allant
même plus loin dans cette proposition : demandons quels sont les instruments de « surveillance », qui sont
éthiques et non pas policiers. Voilà la question que je pose, et elle est civique !

Mme Doris Cohen-Dumani, municipale, directrice des Écoles : – Je vais essayer de m'étendre le moins
possible, mais tout de même en répondant aux diverses questions qui ont été posées.

Tout d’abord, concernant la série de questions posées par Mme Jaeger, il est exact que la dernière fois je n’ai
pas eu le temps d’y répondre. Mme Jaeger nous demande l’assurance que les actions communautaires
auxquelles elle est attachée puissent être généralisées dans cette ville. Je lui dirai que nous sommes à 100 %
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d’accord, que ces actions communautaires sont extrêmement efficaces et positives ; je participe
régulièrement à deux comités – des réunions régulières qui se déroulent à Entre-Bois et au Belvédère – et je
puis vous dire qu’effectivement il faudrait les généraliser ; mais tout dépend des quartiers qui le souhaitent,
car la demande ne peut venir que des quartiers eux-mêmes.

Deuxièmement, Mme Jaeger propose de généraliser les actions-santé et d’en faire un programme plus cadré,
ce qui a été longuement discuté en commission ; nous avons convenu que chaque établissement doit disposer
d’un certain nombre d’actions de préventions, mais nous n’avons pas voulu déterminer avec précision ces
actions, parce que, pour nous, il faut être souple en la matière et laisser aussi aux directeurs une part de
décision, le choix sur les différents programmes, qu’ils aimeraient introduire.

On a parlé tout à l’heure du CAP et cela me permet de vous dire que deux établissements, celui des Bergières
et d'Isabelle-de-Montolieu, ont recours régulièrement à la mallette du CAP. Nous pensons que c’est une
excellente méthode à introduire, et je suis d’ailleurs intervenue personnellement auprès de M. Rey pour lui
demander la gratuité de cette intervention. En effet, dans toutes les villes du canton, c’était gratuit sauf à
Lausanne. Depuis cette année, ce sera donc gratuit pour Lausanne. C’est dire si nous y sommes attachés.

Troisièmement, le témoignage de personnes toxicomanes, ou sidéennes, dans les classes. Je vous dirai que
cela fait aussi l’objet d’une discussion avec le Service de santé, qui reste pour l’instant très réservé quant à
cette manière de faire, ces témoignages. Il estime, et pour cause, qu’il y a un certain nombre de dangers
d’effets pervers, aussi renonçons-nous – pour l’instant – à cette méthode.

La question des élèves-pairs a été posée, et certains d’entre vous se demandent si vraiment on a fait une
évaluation au départ de l’action déjà, et si tout au long du parcours on devrait procéder à cette évaluation.
Tout d’abord j'aimerais vous signaler qu’avant d’introduire le système d’élèves-pairs – système recommandé
par le Dr Woringer, qui avait étudié tous les programmes existants –, nous avons rencontré des représentants
de l’Office fédéral de la santé publique qui nous ont dit tout à fait franchement quels étaient les avantages et
les inconvénients d’un tel système, introduit dans plusieurs villes de Suisse déjà. Nous avons aussi évoqué
l’expérience valaisanne, qui continue et se poursuit avec les élèves-pairs, et avons convenu que, pour
introduire cette méthode, il fallait avoir une sorte de carnet de bord permettant de suivre l’expérience elle-
même. C’est ce qui a été fait, et tout au long. Actuellement, nous en sommes au premier stade de formation
des élèves. Soyons clairs, les élèves n’ont pas encore été jusqu'à discuter avec leurs pairs. Tout au long de la
formation, nous avons des questionnaires d’évaluation que nous distribuons aux élèves ; je vais vous donner
un exemple de cette évaluation. À la question « Au cours de cette formation, qu’as-tu découvert pour toi ? »,
un des élèves répond qu'il a appris à aider beaucoup de gens, un autre qu'il a pris de l’assurance en lui par
rapport aux autres, le pouvoir de voir mieux quand les autres ne vont pas bien, savoir leur dire quelque
chose. Ils ont – je vous donne des réponses en vrac – trouvé des moyens pour analyser les situations, appris à
aider et conseiller les autres, à dire non, acquis des notions sur la drogue, l’alcool, la fumée, la publicité,
trouvé beaucoup d’informations, appris à écouter quelqu’un, découvert des copains. Pour ceux qui s’y
intéressent, je peux tout à fait leur montrer cette évaluation. C’est dire que nous n’avons pas attendu les
remarques qui ont été faites aujourd’hui pour procéder à cette évaluation, et je crois qu’il est important de
procéder de la sorte, à intervalles réguliers.

Concernant « Quest » et sa mise à l’index. Il y a deux « Quest ». Il s'agit d'un programme anglais – qui
s’appelle en français : « Clés pour l’adolescence » – qui a été longuement discuté. Il est lui aussi introduit
dans plusieurs villes de Suisse. À un moment donné, il y a eu un bruit, une rumeur, comme quoi « Quest »
aurait un rapport avec la scientologie. Là-dessus, une enquête a été faite, notamment par un personnage bien
connu – ancien bâtonnier des avocats –, qui s’est inquiété de la situation et a fait son enquête à Paris. Il a
finalement découvert que le Canard Enchaîné avait publié effectivement une insinuation de ce type, mais
que, peu de temps après, il avait dû se rétracter et écrire qu’il s’était trompé. J’aimerais vous dire encore que,
par rapport au débat que nous avons eu le 29 avril, il n’y a en fait pas vraiment eu de nouvelles
fondamentales, si ce n’est le débat qui a eu lieu au Grand Conseil aujourd’hui. Ce débat est survenu suite à la
réponse du Conseil d’État à l’interpellation téméraire d’un député. Je vous signale à ce propos qu’une
députée, Mme Jomini – directrice des Écoles à Lutry –, est intervenue en disant qu’elle-même avait assisté à
l'un de ces cours de formation ; elle a dit tout le bien qu’elle pensait d’« Objectif Grandir » et de son
introduction dans les communes.
Bulletin du Conseil communal, séance no 9 du 20 mai 1997, pp.428-436

Si je vous dis cela, c’est parce que dans plusieurs communes de ce canton, ce programme a été introduit sans
même qu’il y ait un préavis à l’attention du Conseil communal – c'est-à-dire en fait d’une façon tout à fait
traditionnelle et régulière –, accompagné simplement d'une information aux parents. Voilà un point très
important. Je pense qu’il faut soigner l’information aux parents. Mesdames, Messieurs, comme tout
programme de prévention , « Objectif Grandir » nous permet de détecter des cas de maltraitances et d’abus.
Il sera donc forcément attaqué par des parents qui ont commis des abus à l’encontre de leurs enfants, et ces
parents trouveront choquant que nous intervenions dans leur intimité pour préserver la dignité de leurs
enfants. D’ailleurs, c’est comme n’importe quelle animation scolaire ; prenons le cas de l’animation « À
bouche décousue » : nous avisons toujours les parents au moment où l'on va jouer cette pièce, eh bien,
certains d'entre eux refusent que leur enfant aille voir cette pièce, c’est arrivé.

Ce matin encore, « Objectif Grandir » a été attaqué par un député attentionné qui nous a peint le diable sur la
muraille, probablement alerté par certains parents qui se sentiraient coupables. À ses yeux donc – je cite un
tout petit passage de l’interpellation de M. Bovet – « le DIPC a introduit des pratiques qui relèvent
manifestement de l’occultisme et c’est à ce sujet que le scandale a été découvert ». Je ne vous cacherai pas
que j’ai été choquée qu’un député se fasse l’écho de pareilles inepties sans contrôler un peu plus
sérieusement ses sources d’information. Pour ceux que cela intéresse – j’ai vu que M me Schilt les a déjà mis à
disposition –, j’avais distribué un certain nombre de copies de l'interpellation ; je ne vais donc pas revenir sur
l’entier de ce débat ni sur la réponse à l’interpellation, tout cela est à votre disposition. Aujourd’hui, et déjà
lors de la séance précédente, une conseillère communale lausannoise reprend à son compte ces rumeurs, et
insiste.

Je vous avais esquissé un petit peu la situation à Yverdon, mais puisque je n’avais pas précisé les faits, les
voici : une bagarre se déroule dans le préau, l’institutrice menace l’enfant violent de mettre une remarque
dans son carnet, l’enfant à son tour menace de fuguer si elle le fait ; une enquête a lieu ; le cas est si grave
que le Service de la protection de la jeunesse dépose une plainte pénale et la garde des enfants est retirée aux
parents. Étant donné qu’une enquête pénale suit son cours, je n’en dirai pas davantage. Quel rapport, me
direz-vous, avec « Objectif Grandir » ? Eh bien, il n’y en a aucun. Par hasard, au collège d’Yverdon, des
classes suivent « Objectif Grandir » mais en l’occurrence il n’y a aucun rapport entre « Objectif Grandir » et
ce cas-là.

Le 14 mai 1997, en commission scolaire des établissements primaires, Mme Longchamp est revenue à
nouveau à la charge. Elle nous a affirmé, comme elle l’a dit aujourd’hui, qu’elle et le député Bovet reçoivent
tous les deux ou trois jours des téléphones de parents mécontents et elle nous affirme qu’elle n’a pas inventé
ces téléphones. Elle en conclut qu’« Objectif Grandir » ne fait pas l’unanimité auprès des parents, ni
d'ailleurs auprès des directeurs et des enseignants. Je suis surprise – pour ne pas dire outrée – et fort déçue de
l’attitude d’une élue du peuple. Quel objectif poursuivez-vous, Madame Longchamp, vous qui aviez au
départ adhéré pleinement à ce programme ? Il y a dans cette ville des Autorités et des responsables, et de
même dans ce canton. Je n’ai reçu, personnellement, aucune plainte, pas un seul téléphone à la Direction des
écoles – et Dieu sait si j’en reçois. Les directeurs consultés m’ont assuré n’avoir reçu aucune réclamation.
Mieux : Mme Chave l’a dit tout à l’heure: en commission secondaire, les directeurs ont eux-mêmes demandé
expressément ce programme « Objectif Grandir », qui vient à point pour lutter contre les problèmes de
violence qui règnent parfois dans certains établissements scolaires. Madame Longchamp, pourquoi ne pas
suggérer à vos interlocuteurs – pour être positive et constructive – de s’adresser directement à la Direction
des écoles, aux responsables ? Croyez-vous qu’une intervention publique soit le meilleur moyen... si ce n’est
pour discréditer des enseignants et un programme ? À moins que ce ne soit une façon de vous distinguer, et
j’en serais désolée. Pourquoi colporter des rumeurs infondées ? C’est une attitude peu responsable face à un
problème aussi délicat. Dois-je comprendre que sous prétexte de bons sentiments vous voulez en fait
empêcher la mise en route d’un programme de prévention ? Tout à l’heure, c’était « Objectif Grandir », mais
j’ai entendu en plus que c’est le programme par pairs que vous mettez en cause. Avez-vous conscience que
votre intervention risque de nous empêcher de dépister des abus et des maltraitances, que vos insinuations ne
serviraient qu’à couvrir de nombreux cas de pédophilie et d’inceste qui font la une des journaux ? Et surtout
– j’insiste – qu’elles aboutiraient à détruire le capital de confiance en l’enfant que nous cherchons à créer en
lui apprenant jour après jour à se confier, nous permettant d’être à son écoute. J’aimerais vous affirmer : le
programme « Objectif Grandir » sera maintenu. Plus de mille enseignants dans le canton ont déjà été formés,
d’autres le seront encore. J’ai personnellement suivi le cours de formation. M. Schwaab, accompagné de
Bulletin du Conseil communal, séance no 9 du 20 mai 1997, pp.428-436

certains hauts fonctionnaires, est allé observer une classe : ils n'ont rien trouvé à redire sur la méthode. Seuls
certains esprits étroits y voient une emprise sectaire.

Je l’ai déjà dit et je le répète, nous assistons à une mutation profonde de notre société. Il ne s’agit pas de
porter un jugement de valeur mais de constater un fait, qu’on le veuille ou pas. Les parents se délestent de
plus en plus de certaines charges éducatives sur l’école. Désormais, tout ce qui touche à la santé et à la
prévention – que ce soit pour des problèmes de SIDA, de violence, de drogue, ou même d’alimentation – fait
l’objet de notre attention. Face à tous ces changements, nous devons former nos enseignants, de plus en plus
désarmés, et qui réclament eux-mêmes des appuis. « Objectif Grandir » répond en partie à ces besoins. Je
vous prierai donc de nous appuyer dans cette mission en votant ce préavis. Cela ne veut pas dire que nous
fermerons les yeux. Bien sûr, tout reste entre les mains des enseignants. Comme vous et moi, ils ne sont pas
parfaits ; il y en a d’excellents et de moins bons ; c'est comme pour les conseillers communaux et les
municipaux, il y en a de bons et de moins bons ! Ce sont des êtres humains. Parfois, il y aura quelques
maladresses, nous sommes des êtres humains, c’est inévitable. Je les assumerai personnellement, et je
corrigerai le tir s’il le faut. Globalement, les effets de cette méthode sont positifs : elle a permis aux
enseignants de se parler, de partager, de mettre en commun leurs expériences, afin d'œuvrer pour le bien des
élèves dont la responsabilité leur incombe.

Mesdames et Messieurs, ils ont aussi besoin de confiance, comme la Municipalité et la Direction des écoles
ont besoin de votre confiance pour poursuivre leur mission de prévention.

Pour conclure, sachez que les rumeurs sont comme le café au lait, une fois que le café est mélangé au lait
nous ne pouvons pas faire marche arrière. La meilleure façon – démonstration – que vous puissiez faire, c’est
de manifester votre confiance en acceptant ce préavis. Mesdames et Messieurs les conseillers, je vous
demande donc de tirer un nouveau café, et de faire boire la tasse aux rumeurs malfaisantes. Je vous remercie
de votre attention (Applaudissements)

Mme Françoise Longchamp (Lib.) : – Il y a des choses que je ne peux pas laisser passer. Est-ce que vous
pensez que les notes prises pendant que les gens me téléphonaient sont des rumeurs, Madame la municipale ?
Il y a peut-être de mauvais conseillers communaux, mais il y a également de mauvais municipaux.

Mme Doris Cohen-Dumani, municipale, directrice des Écoles : – Eh bien, Madame Longchamp, j’aimerais
bien, pour faire acte constructif, recevoir ces lettres, demandez aux parents qui les ont écrites de nous
envoyer ces lettres. Tout à l’heure vous avez parlé de directeurs. Quand je vous ai demandé de qui il
s’agissait, vous nous avez dit que c’étaient des directeurs qui n’habitent pas Lausanne. Eh bien, ce n’est donc
pas mon affaire. Si ces directeurs n’habitent pas Lausanne, ce n’est pas de mon ressort de m’occuper de leurs
remarques.

La discussion n’est plus demandée, elle est close.

Le président : – Je vais d’abord vous faire voter sur l’amendement de Mme Éliane Rey demandant de
rajouter une 4e conclusion :

Amendement

« Le Conseil communal décide de demander à la Municipalité d’adresser au Conseil communal, au plus


tard à fin 1998, un rapport sur le programme Objectif Grandir, ainsi que sur le projet des élèves-relais. »

Avec une dizaine d’abstentions, le Conseil, au vote, accepte cet amendement.

Avec 1 opposition et 2 abstentions, le Conseil, au vote, approuve la conclusion N° 1.

Avec 1 opposition et 5 abstentions, le Conseil, au vote, accepte la conclusion N° 2.

Avec 5 oppositions et 4 abstentions, le Conseil, au vote, accepte la conclusion N° 3.

Avec 1 opposition et 8 abstentions, le Conseil, au vote, approuve les conclusions amendées du rapport-
préavis N° 215.
Bulletin du Conseil communal, séance no 9 du 20 mai 1997, pp.428-436

Le Conseil communal de Lausanne,

- vu le rapport-préavis N° 215 de la Municipalité, du 9 janvier 1997 ;

- ouï le rapport de la commission nommée pour examiner cette affaire ;

- considérant que cet objet a été porté à l'ordre du jour,

décide :

1. d'approuver la réponse de la Municipalité à la motion de Mme Odile Jaeger « demandant une intensification
et une généralisation de l'information préventive en matière de drogue et de SIDA dans les classes
primaires » ;

2. d'accorder à la Municipalité, sur le budget de fonctionnement de 1997, un crédit spécial de Fr. 12 000.–,
réparti entre le Service des écoles primaires, sous la rubrique 5100.317 pour Fr. 5000.–, et le Service des
écoles secondaires, sous la rubrique 5200.317 pour Fr. 7000.– ;

3. d'accorder à la Municipalité, sur le budget de fonctionnement de 1997 du Service de santé des écoles, un
crédit spécial de Fr. 3000.–, sous la rubrique 5400.309, pour la formation des intervenants ;

4. de demander à la Municipalité d'adresser au Conseil communal au plus tard à fin 1998 un rapport sur le
programme «Objectif Grandir» ainsi que sur le projet des élèves-relais.