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Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.

378-403

Direction des écoles


Direction de police et des sports
Direction de la sécurité sociale et de l'environnement

Prévention de la toxicomanie et du SIDA dans les écoles


Réponse à la motion de Mme Odile Jaeger

Rapport-préavis N° 215

Lausanne, le 9 janvier 1997

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

1. Objet du préavis

Le présent rapport-préavis aborde successivement l'état actuel de la prévention dans les écoles -tant primaire
que secondaire-(voir annexes 1 et 2), ainsi que les futurs projets de prévention pris en charge par le service
de santé des écoles et par les directions des établissements d'enseignement.

Il complète le préavis N° 119, adopté le 30 janvier 1996 par le Conseil communal, qui traitait des mesures de
prévention secondaire et tertiaire dans le domaine de la toxicomanie1.

Il répond à la motion de Mme Odile Jaeger.

La Municipalité a décidé de porter un effort supplémentaire pour améliorer la prévention et la lutte contre la
toxicomanie. À cet effet, elle sollicite de votre Conseil divers crédits indispensables pour le développement
des actions conduites présentement et pour diverses actions nouvelles, ainsi que pour la formation des
intervenants. Pour l'année 1997, ces crédits représentent un montant de Fr. 27 000.–, à répartir dans les
rubriques spécifiques du budget.

1
Bulletin du Conseil communal, 1996, Tome I, N° 2, pp. 113, préavis N° 119 «Éléments d'une politique communale dans le
domaine de la toxicomanie».
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Table des matières

1. Objet du préavis 380


2. Table des matières 381
3. 3.1 Rappel de la motion 381
3.2 Réponse à la motion 381
4. Considérations générales 382
4.1 La prévention 382
4.1.1 Concepts de base
4.1.2 Le programme de prévention primaire 382
4.1.3 Historique des programmes de prévention 382
4.1.4 Conclusions 383
4.2 État actuel de la prévention dans les écoles lausannoises 383
4.3 Projets de prévention dans les écoles 383
4.3.1 Le cadre général de la prévention 383
4.3.2 Les programmes de prévention
primaire des toxicomanies niveau scolaire primaire niveau scolaire secondaire 384
4.3.3 La prévention du SIDA
niveau scolaire primaire
niveau scolaire secondaire 386
5. Planification de la prévention 387
6. Conséquences financières 387
6.1 Sujets généraux 387
6.2 SIDA 387
6.3 Toxicomanies 387
7. Conclusions 388
Annexe 1 : état actuel de la prévention dans les écoles 388
Annexe 2 : résumé des actions de santé 391
Annexe 3 : historique de la toxicomanie et du SIDA 392

3.1. Rappel de la motion

La motion déposée par Mme Odile Jaeger le 30 novembre 1993 traite de la nécessité et de l'importance de
l'aide aux drogués, et surtout de la prévention1. Après avoir fait état d'expériences réalisées dans les classes
de 9e année, la motionnaire souhaite que l'effort de prévention en milieu scolaire soit intensifié. Il lui parait
judicieux que les enfants soient sensibilisés aux dangers de la drogue dès l'âge de 11-12 ans, de même que
les adolescents doivent être informés des dangers du sida. Elle suggère également des tables rondes groupant
parents, enseignants et spécialistes issus de milieux divers.

En prenant en considération cette motion, votre conseil a souligné sa responsabilité « d'accorder son soutien
à toute initiative afin d'aider les jeunes en difficultés à devenir des adultes responsables »2.

3.2. Réponse à la motion

Depuis le dépôt de la motion, une évolution notable a eu lieu. La police municipale, qui intervenait durant
une période dès 1986 en 6e année et dès 1991 également en 9e année, a remplacé sa prestation de 9e année par
deux périodes au profit des élèves de 8e année.

Les actions de santé concernant le problème des toxicomanies ont touché en 1993 6 classes, et en 1995 26
classes. Pour le problème du SIDA, on dénombre en 1993 la participation de 7 classes, et en 1995 de 321
classes.
1
Bulletin du Conseil Communal, 1993, Tome II, N° 16, pp. 712 et N° 18, pp. 315b-316b.
2
Bulletin du Conseil communal 1994, Tome I, p. 718.
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Après formation par les animateurs du Centre d'action et de prévention (CAP), dépendant de la Fondation du
Levant, les enseignants et les infirmières sont intervenus en 1996 à l'établissement de Isabelle de Montolieu,
dans les classes de 6e, 7e et 8e année au profit de 25 classes. Cela sera répété chaque année, à quoi s'ajouteront
des interventions annuelles à l'établissement des Bergières, dès 1997, au profit de 27 classes. Enfin, le
programme des élèves-pairs a débuté à l'automne 1996 à l'établissement de Villamont.

Des actions communautaires ont été mises en place en 1995 en faveur du quartier de Bellevaux, et des
parents d'élèves fréquentant l'établissement du Belvédère.

Ce bilan démontre qu'une intensification et une généralisation de l'information préventive ont effectivement
eu lieu.

4. Considérations générales

4.1 La prévention

4.1.1 Concepts de base

Le modèle de santé publique détaille les préventions primaire, secondaire et tertiaire.

La prévention primaire est une activité destinée à agir sur la population générale ou sur les groupes à
risques et à éviter l'apparition du comportement, de la maladie que l'on cherche à éviter.

La prévention secondaire s'occupe des personnes récemment atteintes, en vue d'éviter ou de réduire les
conséquences d'une affection.

La prévention tertiaire s'occupe de la réhabilitation des personnes atteintes. On voit que les trois niveaux
sont souvent mêlés dans les actions sur le terrain.

La prévention primaire concerne ainsi des gens sains, dont une partie a ou aura un certain risque d'adopter
des comportements dommageables à sa santé. La démarche logique est de déterminer dans cette population,
en fonction des données connues, pour un certain type de problème, les caractéristiques des groupes à risque
(sexe, âge, milieu socio-économique, valeurs, croyances, etc.). Ces caractéristiques permettent d'élaborer une
stratégie efficace pour ce groupe-cible. L'adéquation du programme aux caractéristiques du groupe-cible est
essentielle à sa réussite, les autres éléments importants étant le mode d'approche, les supports utilisés, la
crédibilité des intervenants, etc.1.

Quand on recherche comment les comportements sont et peuvent être régulés2, on constate certes qu'il existe
des facteurs tenant aux connaissances mais que les éléments comportementaux et d'environnement ont une
grande influence.

Nous avons donc affaire à tout un processus d'apprentissage social dans lequel les langages, les styles de vie,
les pratiques culturelles et familiales jouent un rôle important de modelage3.

Cette complexité fait qu'il n'y a pas, pour l'ensemble de la prévention primaire, de modèle simple, facile à
appréhender et à utiliser, efficace, donc universel, qui puisse s'appliquer à tous les problèmes à résoudre et à
toutes les personnes. Cela explique la diversité des actions, dont il convient toujours d'évaluer l'effet sur ceux
qui en ont bénéficié.

4.1.2 Le programme de prévention primaire

1
H. Falkenkrug, Prävention von Drogenabhängikeit bei Jungenlichen mit Risikoprofil, 1995, ed. ISPA Lausanne.
2
Ibid.
3
L'apprentissage social, A. Bandura, 1976, ed. Mardaga.
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Un programme de prévention primaire est un « ensemble organisé, cohérent et intégré d'activités et de


services réalisés simultanément ou successivement, avec les ressources nécessaires, dans le but d'atteindre
des objectifs déterminés, en rapport avec des problèmes de santé précis et ce, pour une population définie »1.

Le programme doit être fixé selon les « besoins » ressentis, ces besoins étant définis comme l'écart entre la
situation actuelle et le but visé. Ces besoins sont donc relatifs à une époque, un milieu, une culture.

Le programme est obligatoirement un compromis qui tient compte des ressources financières et humaines
disponibles. Il doit être évalué périodiquement par des méthodes appropriées, qui permettent de savoir si l'on
a atteint l'amélioration souhaitée eu égard aux moyens engagés. Il s'agit ici d'une démarche de type coût-
utilité qui doit permettre, au besoin, de redistribuer les ressources en fonction de l'évolution des problèmes
dans le milieu d'intervention.

Peu de choses sont actuellement connues sur le type de support le plus utile, l'âge préférentiel de
l'intervention, la durée optimale de l'intervention, les effets à long terme. Certaines actions faites en milieu
scolaire ont prouvé leur succès2.

4.1.3 Historique des programmes de prévention

Le développement durant ces 25 dernières années de programmes de prévention primaire met en évidence
une évolution importante.

Au début des années 70, les programmes étaient basés sur un modèle strictement pédagogique. La
transmission de connaissances sur les effets dommageables de certains comportements dits « à risque » était
censée dissuader de les adopter. Les résultats ont été médiocres, sinon contre-productifs par effet d'incitation,
même lorsque le niveau général des connaissances sur un sujet avait progressé.

Un deuxième type de programmes destinés à lutter contre la consommation de drogues (définition : voir sous
(3)), mis au point au début des années 80, était élaboré pour augmenter l'estime de soi, favoriser les prises de
décisions responsables, promouvoir une meilleure qualité de vie. Les succès n'ont été que modérés ; ils
modifiaient certes les attitudes face aux substances, mais pas vraiment le désir exprimé d'en consommer et la
consommation réelle. Ils ont néanmoins été utiles pour le développement personnel des participants.

Le troisième type de programme, le plus récent, se focalise sur les influences sociales favorisant la
consommation, reconnaît le rôle important des pairs dans l'initiation de cette consommation, ainsi que celle
des médias.

Dans le domaine des drogues, il existe aussi une nouvelle approche dite « d'éducation par pairs » (camarade
de même niveau ou de même âge), introduite depuis le début des années 80, qui est basée sur l'idée que les
jeunes communiquent avec des autres jeunes. Le message transmis est relevant à leurs yeux du fait de la
proximité d'âge et de la communauté d'intérêts.

Un choix judicieux des élèves porteurs du message, et leur entraînement préalable permettent ainsi de
transmettre un message complet et correct sur le sujet choisi. On choisit ainsi d'utiliser, dans le sens
favorable, un chemin décrit par près de 35 % de toxicomanes comme celui qui les a amenés à consommer !3

Ces programmes, expérimentés depuis 15 ans aux États-Unis

1
La planification de la santé, R.Pineault, C. Daveluy, 1986.
2
V.Woringer et coll. Rev.Med.S.Rom. 113, 1993, pp. 565-566; 115, pp. 153-156, 1995; 115, pp. 157-161, 1995; 15, pp. 341-345,
1995; 115, pp. 403-409, 1996; 116, pp. 117-120.
3
Le rapport sur les « Aspects médicaux et sociaux de la scène ouverte au Platzspitz à Zurich en 1991» ( Prof Grob, Th.Müller ), qui
fait l'analyse des réponses de 758 consommateurs de drogues. Il montre que la première consommation à débuté dans: 34,6% chez
des amis, 31,2 % dans la rue, 17,1% à la maison, 5,7% dans un foyer, un internat, 2,2% à l'école, 1,1% en prison ( 8% ailleurs ).
L'âge moyen de la première consommation noté est pour les drogues douces de 15,7 ans et pour les drogues dures de 19 ans.
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(6 États), au Canada, en Australie et en Norvège, ont prouvé leur efficacité à court et moyen terme. Leur
effet préventif, pour l'ensemble des drogues, variait de 15 à 45 % environ et quelquefois au-delà. Cette
approche a aussi été efficace pour d'autres sujets, par ex. la prévention des grossesses non désirées chez les
adolescentes, la lutte contre l'obésité, etc.

Ce type de programme est d'ailleurs expressément proposé par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) 1 et
par l'OFSP (Office fédéral de la santé publique)2.

4.1.4 Conclusions

Il convient de privilégier des actions qui portent sur des comportements qui sont acquis volontairement, chez
une personne influencée par des facteurs personnels, par le modelage et le renforcement social.

Il faut garder à l'esprit que même les programmes les plus performants ont une efficacité maximale moyenne
de 50 % pour la régression de la consommation de drogues à l'adolescence.

4.2 État actuel de la prévention dans les écoles lausannoises

L'état actuel de la prévention dans les écoles est le fruit de l'évolution des concepts et des efforts dans le
domaine de la santé publique de ces deux dernières décennies (annexe 1). Les seuls textes légaux traitant de
la prévention (outre la LAMAl) affirment que la prévention est l'une des tâches des médecins, des dentistes
et des infirmières scolaires3.

Les initiatives spontanées prises ça et là par des collaborateurs motivés, souvent à des occasions particulières
(« Journée sans tabac », « Journée du SIDA », collation de la « récré », etc.), se sont progressivement
systématisées pour couvrir un grand nombre de sujets importants. A l'heure actuelle, on estime qu'une action
préventive planifiée est nécessaire afin de traiter tous les thèmes utiles et de garantir à chaque élève une
information identique.

Comme le montrent les statistiques du service de santé des écoles (annexe 2), l'évolution des actions de
santé répertoriées depuis 1990 montre un accroissement quantitatif important et une diversification
progressive des thèmes touchés. Ce changement est lié aux besoins ressentis dans les établissements et à la
compétence des intervenants (infirmières scolaires, animateurs de santé, enseignants, autres spécialistes,
etc.).

Les actions citées (annexe 2), qui ont bénéficié historiquement de plus d'attention de la part des intervenants,
sont actuellement suffisamment bien maîtrisées, même si une évolution est encore possible dans le contenu
et la forme, au fur et à mesure des expériences faites.

D'autres sujets généraux, ainsi que ceux de la toxicomanie et du SIDA, ont pris une plus grande importance
sociale au fil des ans, soit en raison des dangers potentiels encourus par une grande partie de la population,
soit parce qu'ils posent des problèmes sociaux ou éthiques particuliers (violence, droits des enfants, besoins
relationnels, intégration, suicide, etc.). Il devient donc nécessaire de les intégrer dans nos préoccupations, et
de développer progressivement les outils adaptés. Cela nécessitera à l'avenir d'acquérir des compétences
supplémentaires dans certains domaines.

4.3 Projets de prévention dans les écoles

4.3.1 Le cadre général de la prévention

1
Life Skills education in schools, Division of mental Health, OMS, 1994.
2
Prévention des toxicomanies, priorités de l'OFSP 1992-98, Office fédéral de la santé publique, octobre 1995.
3
Règlement du Conseil d'État du 27 février 1987 sur l'activité des médecins, médecins-dentistes et infirmières scolaires dans les
établissements d'enseignement primaire et secondaire.
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Un véritable « programme », basé sur le modèle scolaire, ne sera pas proposé, parce qu'il contribuerait à
figer les options. Un projet plus global, définissant par niveau scolaire les sujets à traiter, paraît plus adapté.
Il gardera la souplesse nécessaire pour s'adapter à l'évolution des besoins et des connaissances. Les
problèmes des toxicomanies et du SIDA y prennent naturellement leur place.

Les thèmes retenus sont actuellement au nombre de huit :

Intervention dans les

Thème classes classes enfantines


secondaires primaires

les besoins fondamentaux x


l'alimentation, x x
les sens, x x
le sommeil et la relaxation x x
l'hygiène x
l'immunité et le SIDA x x
les droits de l'enfant, la violence les mauvais traitements, x x
les toxicomanies x x

Cette planification a été élaborée en tenant compte de l'importance des sujets, de la disponibilité des
différents professionnels, des possibilités pratiques d'intervention dans les établissements, de l'âge des
enfants et de la nécessité de répéter l'action pour obtenir le résultat désiré.

Le type d'action de santé organisée sur un sujet qui se rapporte à l'un de ces thèmes, son déroulement
pratique, les options préventives particulières développées, etc., sont discutés de cas en cas au niveau de
chaque établissement au sein du groupe d'éducation à la santé.

Ce groupe d'éducation à la santé de l'établissement a pour tâche de proposer en faveur des élèves, avec
l'aval du directeur, les actions pertinentes. Il est composé de spécialistes du service de santé des écoles,
infirmière, médecin, de l'animateur de santé. Selon les sujets, ce groupe comprend en plus des psychologues,
des dentistes, des hygiénistes dentaires, etc., ou des personnes extérieures au milieu scolaire.

L'animateur de santé est un enseignant spécialement formé chargé de faire le lien entre ses collègues et les
spécialistes du secteur de la santé et d'animer le groupe d'éducation à la santé de l'établissement.

Un point important est l'évaluation de l'utilité préventive de telles actions. La philosophie de l'évaluation
veut que ce soit un processus destiné à donner le goût de progresser, élaboré en commun, avant que l'action
ne se déroule, et qui en fait partie intégrante. En éducation, elle doit être continue et fournir les éléments pour
permettre à chaque personne de recevoir l'apport qui lui permette de développer au mieux son potentiel et ses
aptitudes.

4.3.2 Les programmes de prévention primaire des toxicomanies

Certains facteurs permettent de définir des populations à risque de consommer des drogues ; ils sont
multiples.

Le facteur de risque est une caractéristique d'un individu ou de son environnement qui rend cet individu
plus susceptible qu'un autre d'être atteint d'une maladie particulière. C'est une notion probabiliste (annexe 3).

Chaque facteur n'a dans le domaine de la toxicomanie qu'une faible capacité prédictive. On admet à ce titre
la dissociation familiale, les carences affectives, le style éducatif et les mauvais traitements, un parent
consommateur de drogue, la tentative de suicide, des tendances dépressives, la difficulté à acquérir son
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autonomie, etc. L'ensemble de ces facteurs désigne environ 25 % de la population12. Cela met en évidence le
besoin d'une implication des parents tout au long de l'éducation, comme facteur de protection et en cas de
dépendance, la nécessité de maintenir les liens affectifs et le soutien familial.

Comme beaucoup de ces facteurs ne peuvent être évalués individuellement, on est conduit à mener une
action de prévention primaire globale, touchant toute la population.

Le comportement d'un individu n'est pas prévisible. Il est donc nécessaire de prendre des mesures
complémentaires destinées à réduire la probabilité de contact avec les drogues et/ou d'incitation à les
consommer. La société, dont dépendent à la fois les services de police et les lois qui réglementent l'activité
publicitaire et le commerce, doit résoudre ce problème.

4.3.2.1 Niveau scolaire primaire (1re à 4e année)

En 1993, un programme d'éducation générale et sociale, appelé « Objectif Grandir », est apparu. Il est la
traduction et l'adaptation du programme anglais « Skills for the primary school child »3. Sur proposition de
l'initiateur de cette traduction, le programme traduit a été recommandé par l'Office fédéral de la Santé
Publique.

Les objectifs de ce programme sont de donner progressivement à l'enfant les compétences nécessaires pour
faire face aux événements prévisibles et imprévisibles de son existence, de participer à la prévention précoce
des déviances, des accidents, des toxicomanies, des abus et de la maltraitance. Il veut développer un
partenariat entre les enseignants, les parents et la collectivité au travers d'actions d'éducation et de
prévention.

Les axes de travail du développement personnel sont au nombre de trois. Le premier concerne la
connaissance de soi, la confiance en soi et le respect de soi-même. Le deuxième s'articule autour de la
communication, la vie en groupe et les relations. Le troisième concerne l'environnement et vise à développer
la prise de conscience des possibilités, des alternatives et des problèmes liés à nos sociétés (travail, chômage,
publicité), ainsi que la prévention des accidents.

Ce programme s'étend sur 6 années, dès la lre année primaire. Des thèmes appartenant aux 3 domaines
décrits sont traités (selon une séquence fixée) en fonction du degré de compréhension des enfants, donc du
degré scolaire. L'ensemble du programme est décrit dans une série de brochures mises à disposition.

Les enseignants sont les animateurs responsables de leur classe. Ils accompagnent les élèves dans leur
progression en utilisant les expériences concrètes vécues par les élèves. Ils intègrent ces thèmes dans le cours
de l'enseignement, en veillant à éviter la surcharge. Les enseignants s'entourent d'une équipe
pluridisciplinaire élargie (psychologue, infirmière scolaire, etc.) et sont formés en séminaire pour organiser
et animer le programme dans leur établissement, avec les membres de l'équipe pluridisciplinaire.

Il est prévu que les parents soient régulièrement invités à participer aux activités proposées à leur enfant à
domicile, aux expositions et aux projets organisés dans le cadre de l'école. Ils sont aussi conviés à une
rencontre annuelle où les mêmes thèmes que ceux qui sont travaillés avec leurs enfants sont discutés.

Ce programme, qui est recommandé par le Département de l'Instruction publique et des cultes, a été introduit
depuis l'automne 94, à titre d'essai, dans un établissement d'Yverdon et à Lausanne dans l'établissement de
Mon-Repos. En raison de l'appréciation positive initiale et de la grande motivation des enseignants, la
Municipalité a décidé de l'introduire au niveau primaire de manière généralisée. Un programme de formation
de l'ensemble des enseignants primaires est prévu sur 3 ans.
1
Notons que la prévalence de fumeurs en Suisse est, pour les 35-64 ans, de 41% chez les hommes et de 27% chez les femmes
( OFSP, 1990 ).
2
Recherche multicentrique européenne (Prof. Lebovici et Mazet, Paris), faite en collaboration avec le SUPEA (Dr. Bader, Prof.
Halfon, Lausanne, 1995).
3
TACADE, 1 Hulme Place, The Crescent, Salford M54QA, GB.
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4.3.2.2 Niveau scolaire secondaire (5e à 9e année)

Ce niveau concerne des préadolescents et des adolescents, âge auquel les contacts avec les adultes peuvent
prendre un tour conflictuel. De nombreux programmes américains et aussi suisses1 ont adopté depuis 15 ans,
dans des domaines très variés (compétences sociales, drogues, santé mentale, racisme, nutrition, prévention
des grossesses non désirées, maladies sexuellement transmissibles, obésité, etc.), la technique d'approche par
pairs. A cet âge le succès de cette démarche a souvent été supérieur à celui d'approche plus classique
dépendant d'adultes2.

Le service de santé des écoles a élaboré en 1993-95 pour les élèves de la 7ème à la 9ème année scolaire, avec
l'aide de l'Université de Lausanne3, un programme de prévention primaire des toxicomanies par élèves-
pairs.

Les buts de ce programme sont :

– de former les jeunes en matière de communication, c'est-à-dire développer des savoir-être, ainsi que des
savoir-faire relationnels;
– de les renseigner sur les substances aptes à créer une dépendance;
– de les préparer à devenir des acteurs de prévention auprès de leurs pairs.

Ce programme correspond aux données les plus récentes (5)(9)(10), et traite de plusieurs thèmes :

– la connaissance des drogues;


– la communication;
– la lutte contre l'anxiété;
– l'influence des médias et des techniques publicitaires;
– l'image de soi et l'affirmation de soi;
– les compétences dans les relations sociales;
– la prise de décision et la pensée autonome;

C'est donc une démarche nouvelle, visant les problèmes de base qui peuvent conduire, en plus de la
rencontre accidentelle avec le produit et des vicissitudes de la vie, à l'apparition d'une dépendance. Il ne s'agit
donc pas de former directement à la relation d'aide, qui est une charge trop lourde à cet âge.

Les moyens didactiques sont très variés et utilisés de manière souple : discussion, jeu de rôle, photo-langage,
vidéo, critique de textes, etc.

C'est un programme d'établissement, où tout le corps enseignant est impliqué dans le sens de la démarche
de prévention, qui est explicitée et discutée. Parmi ces enseignants, certains forment, avec des spécialistes de
la santé mentale (psychologue), de santé publique (médecin, infirmière), un groupe dit « d'appui », chargé
d'assurer la formation « d'élèves-pairs ».

L'introduction de ce programme se fait en plusieurs étapes.

En premier a lieu une autoformation du groupe d'appui sur les thèmes cités, avec l'apport des spécialistes
mentionnés. Le groupe d'appui se perfectionne ensuite à l'utilisation des moyens d'animation qui seront
utilisés dans les sessions avec les élèves-pairs.

Une des difficultés réside dans le choix des élèves-pairs. Ils sont choisis parmi leurs camarades parce qu'ils
ont un intérêt pour la prévention, le désir d'être utiles à leurs camarades et leurs qualités personnelles. Ce

1
Dr Mühlemann, Service de médecine scolaire de Bâle-Ville, 1984-1987.
2
Peer Education programms: a look nationally Health Education 1983; 14-7: pp.7-10.
3
Prof. Dauwalder et coll, Chaire de psychologie appliquée.
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choix sera fait après discussion et en plein accord avec tous les partenaires de l'école de la façon la plus large
possible.

Le calendrier de l'intervention proprement dite est élaboré. Il est prévu que les parents soient impliqués
dans la démarche par la présentation du programme avant son déroulement. Des échanges sur les problèmes
de toxicomanie seront organisés pour eux, principalement sur leurs possibilités de soutenir l'effort de
prévention.

Enfin, les sessions prévues ont lieu avec les élèves.

Après cette phase initiale de formation, les élèves-pairs sont invités à entreprendre dans l'année scolaire
quelques actions parmi celles qui peuvent être proposées, dans le sens et sous la forme qu'ils désirent, avec le
soutien des professionnels de l'établissement.

Après les premières sessions, destinées aux élèves de 7e année, d'autres rencontres sont organisées pour les
mêmes élèves en 8e et 9e année, afin de retravailler les mêmes thèmes, ainsi que leur vécu et les difficultés
d'intervention.

L'OFSP a été consulté et suit avec attention ce qui est développé ; ce programme correspond à ses objectifs
généraux de prévention en matière de toxicomanie.

Actuellement, un établissement scolaire secondaire pilote a adhéré à cette démarche. La planification et le


perfectionnement du groupe d'appui sont en cours, pour un début d'application à l'automne 96.

4.3.3 La prévention du SIDA

On se trouve ici dans une situation apparemment très simple où l'infection dépend quasi exclusivement du
comportement individuel, et pas de facteurs extérieurs ou accidentels.

(annexe 3).

Les moyens d'éviter l'infection existent, sont dans une large mesure connus, et d'un prix abordable sous nos
latitudes.

Les comportements sans risque de transmission sont : l'abstinence, la fidélité réciproque entre partenaires
non infectés, le port du préservatif lors d'un comportement sexuel à risque (que l'on soit contaminé ou que le
partenaire puisse être porteur du virus), l'usage de matériel d'injection stérile et, pour les femmes qui
souhaitent avoir un enfant, le dépistage avant la conception.

Si l'on examine dans nos sociétés actuelles les possibilités de promouvoir l'un ou l'autre de ces
comportements, on voit qu'il faut tenir compte d'un grand nombre d'éléments : les croyances et les valeurs
individuelles ou religieuses, les traditions culturelles, le type de régime politique et corollairement la capacité
des citoyens à s'exprimer, le niveau d'instruction, la répartition du travail et la situation économique des
personnes, l'implantation et l'impact des médias, la vie associative, le prix des moyens de protection, facteurs
dont la résultante détermine finalement l'hétérogénéité de la société.

Il faut aussi lutter contre toutes les inégalités, qui rendent plus difficile l'action préventive, par exemple au
niveau de l'éducation, de l'instruction et du niveau socio-économique.

4.3.3.1 Niveau scolaire primaire

À cet âge, les enfants ne sont pas concernés par la sexualité de la même manière que les adolescents. Il est
donc prématuré, avant qu'ils manifestent un intérêt précis, d'évoquer spécifiquement les risques de
contamination encourus lors de relations sexuelles.
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L'information peut s'articuler autour des notions classiques de transmission de l'infection, de lutte contre
l'infection et des mesures d'hygiène habituelles. Bien que l'application de ces règles suffise à garantir à cet
âge l'absence de transmission, il serait utile que l'on évoque en plus les problèmes de dépendance, afin que
les élèves aient une représentation claire des dangers futurs.

Comme on l'a vu, le programme « Objectif Grandir » traite des notions générales importantes, et l'on peut
faire confiance aux enseignants pour qu'ils exposent ces notions avec l'esprit d'à-propos voulu. Ce
programme concourt à renforcer les compétences générales et sociales.

À condition que ces actions de santé perdurent à leur niveau actuel, au besoin se renforcent, les enfants de cet
âge paraissent correctement renseignés.

4.3.3.2 Niveau scolaire secondaire

L'intérêt pour les relations garçons-filles apparaît et se développe, comme celui pour l'expérimentation et la
transgression, dans un même mouvement d'autonomisation. Il est alors nécessaire de répondre précisément
aux questions des adolescents, qu'elles soient clairement formulées ou implicites.

Selon le projet de planification des actions de santé proposé, des actions régulières sont prévues à l'avenir en
complément aux informations données lors des cours d'éducation sexuelle.

5. Planification de la prévention

La Municipalité s'engage à mettre en œuvre les actions décrites, selon des modalités particulières propres à
chaque établissement où elle se dérouleront. Chaque élève lausannois, qu'il soit élève-pair ou non, sera selon
cette planification contacté 14 fois durant sa scolarité s'il reste domicilié dans la commune. Cette liste de
sujets ne se veut pas exhaustive. D'autres interventions plus ponctuelles pourront être faites au profit de
groupes plus restreints.

Afin de mobiliser les compétences et de garder une grande cohérence, les différents intervenants seront
étroitement associés dans la démarche préventive. Le groupe d'éducation à la santé de l'établissement
demeure en principe le lieu privilégié d'élaboration des actions de santé.

La démographie ayant été marquée par un surcroît de naissances qui a culminé en 1991, décision a été prise,
en raison de l'augmentation du nombre des élèves, pour maintenir cet effort de prévention, d'inscrire au
budget 1997 une augmentation de l'effectif de certains professionnels du service de santé des écoles,
temporairement jusqu'en 2001.

La prévention à l'école ne doit pas servir d'alibi et l'école ne doit pas être seule à en porter le fardeau dans
notre société où seuls 15 % des adultes sont parents d'enfants mineurs. Si l'école paraît le lieu privilégié de
prévention, elle ne l'est que pour une certaine partie de la population, les élèves qui y font un passage obligé
entre 5 et 16 ans. Les projets de santé communautaire basés sur des actions de type Saint-Laurent, Bellevaux
et Belvédère (Malley) seront encouragés et développés (voir annexe 1). Ces actions sont destinées à mettre
en relation différentes associations agissant dans un quartier à partir de plates-formes réunissant différents
usagers. Différents thèmes d'actualité très concrets sont abordés.

6. Conséquences financières

6.1 Sujets généraux

Les actions de santé, par le canal du service de santé des écoles, engagent depuis le milieu des années 80
environ. Fr. 1.– par élève et par année. Pour chaque action, sur la base d'un budget dûment établi, présenté au
département de l'Instruction publique, et cosigné par le service de santé et le directeur de l'établissement, la
moitié des frais est prise en charge par l'État.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.378-403

Ces sommes sont insuffisantes pour assurer l'ensemble des projets prévus dans les établissements. Il sera
nécessaire de porter dès 1997 la part de la Ville de Lausanne à environ Fr. 2.– par élève et par année, soit au
total Fr. 24 000.–. Cette somme pourra être indexée selon les besoins.

Le but étant de donner des moyens aux deux secteurs collaborant à la prévention, la somme doit être répartie,
dès 1997, à égalité entre le service de santé des écoles d'une part, et les services primaire et secondaire
d'autre part, soit :

pour le service de santé des écoles


au poste 5400.313 Fr. 7800.–
au poste 5400.317 Fr. 4200.–
pour le service des écoles primaires
au poste 5100.317 Fr. 5000.–
pour le service des écoles secondaires
au poste 5200.317 Fr. 7000.–.

Les montants de Fr. 7800.– et de Fr. 4200.– sont déjà inclus dans le budget de 1997. Dès lors, c'est un crédit
spécial de Fr. 12–000.– qui est demandé.

6.2 SIDA

Pour la prévention liée au problème du SIDA, la formation acquise ces 10 dernières années depuis les
premières informations diffusées tout ménage par l'Office fédéral de la santé publique en 1985 est suffisante.
Toutes les infirmières scolaires se sont formées progressivement dans des cours patronnés et soutenus par
l'OFSP, et l'information donnée par les médias et la presse spécialisée est étendue et régulièrement
renouvelée.

6.3 Toxicomanies

L'introduction du programme « Objectif Grandir », qui permet entre autres de prendre en charge ce problème
au niveau scolaire primaire, et qui a débuté dans un établissement lausannois, demande pour l'ensemble des
établissements primaires des moyens financiers supplémentaires.

L'ensemble de la formation de base des enseignants est planifié sur 3 ans et a été portée au budget pour 1997.
L'État s'est engagé à prendre en charge 50 % des frais de formation et de matériel.

L'intervention de sponsors a été sollicitée. Elle pourra intervenir pour la fourniture du matériel pour le
programme « Objectif Grandir ». Ce financement extérieur sera porté en recette aux comptes du service des
écoles primaires, la commune ayant préalablement payé le matériel.

La somme à consacrer à cette formation pour les 3 prochaines années, sur le budget de fonctionnement, pour
les collaborateurs du service de santé, est de Fr. 9'000.--, sur la base d'un coût moyen de formation de Fr.
450.-- par collaborateur.

Pour l'exercice 1997, une première tranche de Fr. 3'000.-- fait l'objet d'une demande de crédit spécial.

7. Conclusions

Vu ce qui précède, nous vous prions, Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, de bien vouloir prendre
les résolutions suivantes :
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.378-403

Le Conseil communal de Lausanne

- vu le rapport-préavis N° 215 de la Municipalité du 9 janvier 1997 ;


- ouï le rapport de la commission nommée pour examiner cette affaire ;
- considérant que cet objet a été porté à l'ordre du jour :

décide :

1. d'approuver la réponse de la Municipalité à la motion de Mme Odile Jaeger « demandant une


intensification et une généralisation de l'information préventive en matière de drogue et de sida dans les
classes primaires »;

2. d'accorder à la Municipalité, sur le budget de fonctionnement de 1997, un crédit spécial de Fr. 12 000.-
réparti entre le Service des écoles primaires, sous la rubrique 5100.317 pour Fr. 5000.–, et le Service des
écoles secondaires, sous la rubrique 5200.317 pour Fr. 7000.–;

3. d'accorder à la Municipalité, sur le budget de fonctionnement de 1997 du service de santé des écoles, un
crédit spécial de Fr. 3000.–, sous la rubrique 5400.309, pour la formation des intervenants.

Au nom de la Municipalité :

La syndique : Le secrétaire :
Yvette Jaggi François Pasche

Annexe 1

État actuel de la prévention


A1. Écoles – sujets généraux

A1.1 Police municipale

La prévention routière, développée par la police municipale, a lieu dans les classes enfantines, en 1re et 2e
années par un exposé en classe et un exercice de rue, sur le thème du comportement du piéton. En 3 e et 4e
années, un nouvel exposé est complété par un exercice en « jardin de circulation », sur le thème des
principales règles de circulation à bicyclette.

Dans les classes secondaires, la police procède à une reprise du thème des règles de circulation (5e année), de
celui de la responsabilisation vis-à-vis des autres usagers de la route (6 e). Chez les plus grands élèves a lieu
une préparation à l'examen théorique pour cyclomotoriste et une initiation à la conduite du cyclomoteur (7e).
Une information destinée à faire prendre conscience du concept de circulation et de son danger potentiel est
donnée aux élèves de 9e année.

A1.2 Service de santé des écoles

Les collaborateurs du service de santé des écoles ont œuvré, depuis 1989, pour la détection et la prise en
charge des mauvais traitements. Cette même année 1989, ainsi qu'en 1991, la majorité des classes de 3e et
4e année et toutes les classes de 5e année sont allées voir le spectacle « Bouches décousues ». Ces actions ont
donné lieu à une information extensive sur ces sujets auprès des enseignants de ces degrés et à la
structuration du réseau de détection et de signalisation.

Plusieurs enseignantes de classes enfantines et du niveau primaire d'un établissement ont élaboré, avec des
spécialistes du service de santé des écoles, un programme de dépistage et de prise en charge des mauvais
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.378-403

traitements et de la violence. Ce programme est adapté à l'âge de leurs élèves et il est utilisé dans les classes
depuis 1992 au collège de la Barre, et des enseignantes du collège de Boissonnet sont en train de s'y former.

L'action des psychologues, logopédistes et psychomotriciennes constitue en elle-même une prévention


secondaire et tertiaire. Par la détection et la prise en charge la plus précoce possible des difficultés
personnelles et familiales, liées ou non à des difficultés scolaires, ces spécialistes contribuent à éviter ou à
diminuer les conséquences négatives de ces problèmes sur le développement ultérieur de ces enfants aux
plans personnel, professionnel et social. La ville de Lausanne, où 15 % de la population scolaire y ont
recours, a une dotation en spécialistes dans la moyenne supérieure des communes du canton.

A1.3 Enseignants

D'autres approches préventives, qui dépendent principalement des enseignants, sont aussi utilisées dans
certains établissements scolaires. On a ainsi :

– des groupes de discussion entre élèves, enseignants, animateur de santé et infirmière, sur les thèmes de
santé préoccupant les jeunes;
– des rencontres parents-enseignants, organisées de manière; décentralisée, dans les différents quartiers d'où
proviennent les élèves de l'établissement, sur des thèmes variés touchant à la vie scolaire, afin d'améliorer
la compréhension et la collaboration entre ces personnes;
– quelques cours de judo, où des élèves volontaires apprennent la maîtrise de leur agressivité
– un spectacle créé par des élèves d'un établissement secondaire sur le thème du SIDA, à l'intention de leurs
camarades;
– la formation d'enseignants et des infirmières scolaires à l'utilisation de la « mallette » du CAP (Centre
d'action et de prévention, dépendant de la Fondation du Levant), dans le but de promouvoir la discussion
et la prise de conscience de ses besoins fondamentaux;
– le « contrat pédagogique » de certains établissements secondaires, passé entre l'enseignant et son élève,
visant à une amélioration du comportement de ce dernier

A1.4 Niveau communautaire

Des enseignants de l'établissement du Belvédère ont rencontré les habitants des quartiers qui envoient leurs
enfants dans cet établissement. Après prise de contact préalable avec les professionnels des domaines social,
religieux et d'animation de ces quartiers, des réunions informelles, semestrielles, touchant tous les sujets de
la vie scolaire et pratique, ont eu lieu. L'objectif de cette démarche de proximité est d'aller à la rencontre
des parents dont certains, pour des raisons linguistiques ou culturelles, ne se rendent pas volontiers à l'école
pour discuter de l'avenir de leurs enfants.

A2. Écoles – toxicomanie

Les médiateurs scolaires, autrefois médiateurs-drogues, continuent comme par le passé leur travail de
conseil et d'assistance aux élèves concernés par ce problème et qui s'adressent à eux. Ils sont placés sous la
responsabilité du Département de l'Instruction publique et des cultes, en particulier du secrétaire général de
ce département, et d'un médiateur responsable cantonal.

La police communale a développé dès 1986 une action de prévention destinée à toutes les classes de deux
degrés scolaires. En 6e année, sur une période, l'information et la discussion portent sur les délits ordinaires
(vol à l'étalage, acte de violence, dommage à la propriété), ainsi que sur la fugue et ses motifs. En 8 e année,
sur deux périodes, le programme remanié en 1994 traite de l'action de la police, des lois et des délits
ordinaires. Une cassette sur les drogues (« Drogues, non merci ») sert de prétexte à une discussion sur le
thème du dialogue. Ces actions ont été positives de l'avis des directeurs et du corps enseignant.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.378-403

Quelques actions de santé ont eu pour thème la dépendance, lors de la journée « anti-tabac » du 1er mai, à
laquelle ont participé quelques classes1.

A3. Écoles – SIDA

La prévention actuelle se réalise par plusieurs voies complémentaires, ce qui est logique vu l'ampleur du
problème et la diversité de comportements et de compréhension des populations.

La première voie d'approche est celle des médias. L'Office fédéral de la santé publique a lancé dès 1986 une
campagne nationale d'information comprenant trois niveaux :

– une intervention générale destinée à informer et motiver l'ensemble de la population


– une intervention adressée à des groupes-cibles spécifiques (adolescents, toxicomanes, homosexuels, etc.)
utilisant les canaux et les messages appropriés
– une intervention en profondeur, inscrite dans la durée, reposant sur l'interaction individuelle, et relayée
par des « faiseurs d'opinion » potentiels (médecins, parents, enseignants, etc.)

La partie la plus visible de cet effort, les campagnes d'affichage (STOP SIDA), est basée sur quelques
thèmes principaux : le port du préservatif comme protection, la solidarité et la fidélité (le thème de
l'utilisation de seringues propres ayant été ultérieurement abandonné). Cette campagne n'a pas été évaluée.
Par contre, quelques campagnes spécifiques (destinées aux prostituées ou aux parents) ont été évaluées, avec
des résultats encourageants, encore insuffisants, qui mettent en évidence quelques lacunes2.

Des associations groupant des personnes ayant des comportements à risque (homosexuels) ont fait un effort
d'information avec un ralentissement net de la progression des cas dans leur milieu spécifique.

Dans le milieu scolaire, par comparaison intercantonale (13), on a constaté l'existence de deux modèles de
prévention. Il y a soit délégation à l'enseignant responsable de traiter du SIDA dans le cadre d'un cours
régulier, soit intervention de spécialistes extérieurs ; les résultats sont assez proches.

L'analyse de l'information reçue par les élèves est bonne : 87 % d'entre eux se rappellent avoir entendu parler
de SIDA à l'école, et 61 % à plusieurs reprises ; les 2/3 des élèves ont, en plus, reçu un matériel didactique
ou eu l'occasion de visiter une exposition, ou de voir un spectacle sur ce thème. Les 3 % des élèves paraît
saturé, alors que le 37 % dit qu'on n'en parle pas assez à l'école.
Il faut relever sur ce plan l'attention des autorités cantonales vaudoises qui ont nommé dès le début de la
campagne d'information fédérale une commission nommée « SIDA-écoles », présidée par le médecin
cantonal, réunissant les représentants des intervenants en milieu scolaire. Cette commission est destinée à
promouvoir, coordonner et faire le bilan des interventions préventives dans les classes.

La section d'éducation sexuelle de ProFa, créée en 1969, qui agit au niveau scolaire sur mandat du Conseil
d'État, est chargée du travail délicat d'informer les élèves dans ce domaine. L'éducation sexuelle, qui a
commencé dans le canton de Vaud en 1911, et dans ses écoles en 1941-42, a bien entendu évolué en
conséquence. Alors qu'on demandait initialement de diminuer les grossesses non désirées, et donc de
promouvoir des moyens contraceptifs, l'apparition du SIDA il y a une dizaine d'années a fait que l'éducation
sexuelle s'est complétée d'informations sur les risques de transmission du VIH lors des relations sexuelles.

Cette information se fait sur trois thèmes :

– informer sur la sexualité, en relation avec l'âge des élèves,


– éduquer en respectant la morale et les croyances, en offrant un climat qui permette la discussion,

1
Rapports de gestion de la ville de Lausanne 1990 – 1995 (voir résumé à l'annexe 2)
2
Évaluation de la stratégie de prévention du SIDA en Suisse, 4e rapport de synthèse 1991-1992, cahier de recherche no 82, Institut
Universitaire de médecine sociale et préventive, Lausanne (un 5e rapport est prévu à l'automne 96).
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du 29 avril 1997, pp.378-403

– en corollaire prévenir les grossesses non désirées, le SIDA, les maladies sexuellement transmissibles et
les abus sexuels.

Les interventions, qui sont décrites préalablement aux parents des élèves de l'école enfantine, ont lieu en 4 e,
6e, et 8e année (depuis 1990), à raison de 2 périodes par classe.

Les infirmières scolaires traitent de l'immunité et de notions générales d'hygiène. Elles interviennent dans
les classes par des actions de santé, en collaboration avec les animateurs de santé et les enseignants.

Deux actions de grande envergure ont aussi eu lieu. La première est celle de la bande dessinée « Jo »,
distribuée à l'échelon cantonal, en 1991 à tous les élèves de 8e et 9e années, et en 1992 à ceux de 8e année.

Les journées « SIDA » mondiales ont été, les 1er décembre 1994 et 1995, commémorées par une fraction
importante de la population, par la distribution de rubans rouges et des manifestations diverses. Les écoles
lausannoises s'y sont associées par des actions dans les établissements et des rubans distribués à tous les
élèves du niveau secondaire.

A4. Public – action communautaire

Certains projets ont vu le jour dans le domaine extra-scolaire, comme « Les escaliers de Saint-Laurent »,
action issue des premières discussions avec les toxicomanes qui ont eu lieu sous l'égide de l'église
protestante.

Un autre projet est en cours dans le quartier de Bellevaux. Depuis plus d'un an, des réunions périodiques
sont organisées entre représentants des établissements scolaires, garderies, centre de loisirs, associations de
parents d'élèves et d'autres usagers, la société des commerçants, Pro Senectute, le GRAAP, le SPJ et les
paroisses, afin de définir une animation locale. Les problèmes visés sont en relation étroite avec le vécu des
habitants, soit les problèmes de voisinage et de cohabitation, la lutte contre l'égoïsme et la marginalisation,
des problèmes divers touchant à la santé et l'image du quartier.

Les enseignants du Belvédère ont rencontré les habitants des quartiers qui envoient leurs enfants dans cet
établissement. Après prise de contact préalable avec les professionnels des domaines social, religieux et
d'animation de ces quartiers, des réunions informelles, semestrielles, touchant tous les sujets de la vie
scolaire et pratique, ont eu lieu. L'objectif de cette démarche de proximité est d'aller à la rencontre des
parents dont certains, pour des raisons linguistiques ou culturelles, ne se rendent pas volontiers à l'école pour
discuter de l'avenir de leurs enfants et d'aborder un certain nombre de problèmes pratiques.
Annexe 2

Actions de santé faites dans les classes lausannoises


Actions de santé faites par les infirmières

Nombre de classes touchées

Année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 Total

Prévention abus sexuels 1 – – – 14 16 31


Droits de l'enfant 2 – 2 – 20 – 24
L'hygiène corporelle(S) 3 10 55 7 28 23 126
L'alimentation 12 – 23 19 39 39 132
Documents sur drogues(T) 12 1 – – – – 13
L'immunité 14 97 33 46 33 48 271
Les besoins fondamentaux(T) 16 – – 6 10 20 52
Le SIDA(S) 21 1 34 – 45 21 122
L'ouïe, le bruit 32 47 51 83 76 77 366
Divers sujets – 1 2 16 10 6 35
Relaxation – 1 – – – 6 7
Préparation à la visite médicale – 3 3 29 57 117 209
Les petits déjeuners – 8 2 7 8 – 25
Action Pleine Forme – 38 – – – – 38
Le sommeil – – 4 12 9 13 38
Les poux, verrues, mycoses – – 6 33 62 47 148
La violence – – 19 9 25 5 58
La vue – – – 11 15 8 34
Les besoins relationnels(T) – – – – 6 – 6
La mort – – – – – 1 1
Respiration, asthme – – – – – 2 2
Travail de l'infirmière en
santé publique – – – – – 16 16
Organes des sens – – – – – 15 15
Total : 113 207 234 278 457 480 1769
actions de santé en rapport avec :
la toxicomanie(T) 28 1 0 6 16 20 71
le SIDA(S) 24 11 89 7 73 44 248

temps consacré par les infirmières aux actions de santé

temps total (heures) 1216 3044 2814 2394 2892 3514


pourcentage du travail 4,8 % 12,0 % 11,1 % 9,4 % 11,4 % 13,8 %
Actions de santé faites par les groupes interdisciplinaires d'éducation à la santé
(infirmières, animateurs de santé, etc.)

Nombre de classes touchées

année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 Total

Relaxation 1 – 5 11 3 16 36
Alimentation 46 15 – – 30 20 111
Petits déjeuners 92 21 20 – 37 26 196
Sommeil 92 – – 16 – – 108
Journée Santé – 11 – – – – 11
Le SIDA(S) – 30 – – 56 277 363
Action Pleine Forme – – 15 – – – 15
Ouïe, bruit – – 48 6 17 17 88
Préparation visite médicale – – – 6 15 10 31
Prévention des accidents – – – 9 – – 9
Expo « Oreille en balade » – – – 14 37 – 51
Animation « Pas de problèmes » – – – 17 27 – 44
Divers sujets – – – 29 8 8 45
Immigrés – – – 40 – 7 47
Animation « Minuit Blues » – – – 69 36 – 105
Abus sexuels (Bouches Déc.) – – – 75 – – 75
Besoins fondamentaux(T) – – – – 4 6 10
Poux – – – – 9 9 18
Droits de l'enfant – – – – 10 8 18
La mort – – – – – 1 1
Hygiène corporelle – – – – – 2 2
Objectif Grandir – – – – – 4 4
Spectacle Cadeau condom – – – – – 13 13
Spectacle Forum racket – – – – – 82 82
Total : 231 77 88 292 289 506 1483
actions de santé en rapport avec :
la toxicomanie 0 0 0 0 4 6 10
le SIDA 0 30 0 0 56 277 363
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Annexe 3

Historique de la toxicomanie et du SIDA

C1.1 Historique de la toxicomanie

La consommation de substances psychoactives est probablement un fait constant dans les sociétés
humaines, l'alcool et les substances hallucinogènes ayant été les premières découvertes.

Certaines sociétés anciennes avaient réglementé l'usage de ces substances, par exemple dans le chamanisme,
les fêtes rituelles ou populaires, etc. Actuellement, une grande partie de ces barrières traditionnelles sont
tombées. On note une augmentation de la disponibilité, à la fois par augmentation des quantités produites,
avec diminution du prix, et par la multiplication des points de vente. Il y a eu, de facto, une relative
libéralisation de la consommation, avec les conséquences attendues : par exemple l'augmentation du
tabagisme chez les jeunes femmes, avec progression du cancer du poumon, etc.

Les prévalences (nombre de personnes consommant une drogue à un certain moment) sont très variables
non seulement d'un pays à l'autre, mais fluctuent aussi dans le temps en fonction des modes et de l'apparition
de nouveaux produits 1.

Depuis 25 ans, on assiste à une extension historique de ce phénomène, après une longue période où il était
connu et quasiment admis que seuls certains « artistes » consommaient des drogues autres que l'alcool et la
nicotine.

La charge sociale que représente la consommation de drogues ne peut pas seulement être mesurée par le
nombre de décès attribuables à chaque substance2. On admet ainsi aux États-Unis que le coût de la
toxicomanie est dû pour 50 % à la perte de gain (absentéisme, moindre rendement), 20 % aux soins
médicaux, l0 à 15 % au travail des services de police, et le reste à celui de la justice3.

Des expériences tendant à autoriser une plus large consommation de ces substances dans certains pays
(Espagne, Suède) ont toujours entraîné une augmentation de la consommation et de ses conséquences
néfastes, avec l'effet inverse lors du retour aux règles anciennes. A l'opposé, des tentatives d'éradication
d'une drogue déjà largement consommée (prohibition) ont donné des résultats désastreux (États-Unis).

On constate donc que les garde-fous légaux, et les interventions qui en découlent, sont utiles, indispensables
même à une action de prévention, et qu'ils doivent être modulés en fonction du contexte socioculturel. La
toxicomanie n'est pas une fatalité !

C1.2 Quelques données de base sur la toxicomanie

La toxicomanie est une dépendance comportementale à une ou plusieurs substances ayant des effets
psychoactifs. Le phénomène de tolérance pharmacologique4, ainsi que les syndromes de sevrage physique ou
psychique5 sont les conséquences de cette consommation. D'autres effets néfastes pour la santé peuvent
apparaître de manière secondaire. Les substances correspondant à cette définition sont l'alcool, la nicotine
(tabac), le haschich, les opiacés (morphine, héroïne), la cocaïne, le LSD, les barbituriques, les
benzodiazépines et les amphétamines.

1
La prévalence de consommation en Suisse est pour: le haschich/marijuana (femmes/hommes) de 11,1% / 21,5%, la cocaïne (F/H) 1,8
% / 3,5 %, les hallucinogènes 1,2% / 3,0%, l'héroïne 0,6% / 1,5 %, les amphétamines et autres stimulants 0,6% / 1,5 %, la morphine et
la codéine 0,3% / 0,7%, la méthadone 0,3% / 0,5%, le crack et la freebase 0,1% / 0,0% (Drogues illégales en Suisse 1990-1993,
ISPA).
2
En Suisse, en 1992 (ISPA) on évalue que 10 000 décès sont attribuables au tabac, 3000 à l'alcool, 1000 aux médicaments, et 419 aux
drogues illégales (overdoses).
3
Aux États-Unis, en 1980, le coût total annuel a été chiffré à 47 milliards de dollars; source: Harward H.J. et al. Economic costs to
society of alcohol and drugs and mental health; 1980 ( RTI/2734/00-01FR ), Research Triangle Institute, 1984.
4
On appelle tolérance le fait que l'organisme s'habituant aux substances absorbées, il est nécessaire d'en augmenter les doses pour
continuer à produire un effet semblable.
5
Sensations pénibles associées à la non absorption des substances psychoactives que l'organisme a l'habitude de consommer.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Il y a des différences considérables entre ces différentes substances. Le rapport entre les doses maximale et
minimale consommées, par effet de tolérance va de 10 (opiacés, alcool, barbituriques) à 50 (cocaïne), et 200
pour le haschich.

Les voies d'administration utilisables et/ou utilisées sont diverses, avec le principe constant que le
consommateur recherche en général celle qui lui offre l'effet le plus rapide : inhalation pulmonaire/nasale
(tabac, cocaïne, crack), injection intraveineuse (opiacés). Ce phénomène de tolérance est partiellement croisé
entre ces substances, ce qui est un des facteurs de polytoxicomanie, et relativement fréquent.

L'effet de sevrage dépend non seulement de la substance, mais aussi de la dose quotidienne consommée, de
la durée de la consommation, et de l'état psychique du sujet.

Les effets de sevrage physique, c'est-à-dire l'apparition à l'arrêt de prise de substance d'effets physiologiques,
peuvent présenter tous les degrés de gravité, être minimes sur le plan physique (opiacés) ou mortels (alcool).

Les effets de sevrage psychique, toujours présents, varient aussi considérablement en gravité, du simple
trouble de l'humeur (nicotine), jusqu'au déclenchement d'une pathologie psychiatrique grave (le plus souvent
préexistante, et masquée).

La durée de consommation minimale nécessaire à l'apparition d'un syndrome de sevrage, à l'arrêt de la


consommation de la substance, est très variable. Estimée à 5-10 doses pour les opiacés et la cocaïne, 6 à 8
semaines de consommation quotidienne d'une dose efficace pour les barbituriques, 6 mois de consommation
quotidienne de 100 ml environ pour l'alcool chez l'adulte (mais moins de 6 mois chez l'adolescent), elle est
plus imprécise dans les autres cas.

Les effets toxiques physiques, décrits pour eux-mêmes, sont spécifiques des substances consommées : pour
la nicotine faibles à court terme, mais importants en cas de consommation prolongée (atteinte pulmonaire et
cardiaque), pour l'alcool dangereux à court terme (ivresse et ses conséquences) et importants à long terme
(atteintes hépatique, cardiaque et nerveuse), pour la cocaïne importants à court et moyen terme (atteintes
cérébrale et cardiaque), pour les barbituriques faibles à court et moyen terme (atteinte hépatique), pour les
opiacés importants à moyen terme (atteinte cérébrale).

On voit qu'il y a une grande diversité d'effets et de conséquences. Le point commun est la mémorisation de
l'expérience du plaisir par la consommation d'une substance, qui entretient le comportement de prise de cette
substance. Cela sert d'axe à la définition des drogues.

La classification en drogues douces et dures, si elle est facilement comprise du public, est en définitive assez
artificielle bien qu'elle soit plus ou moins en rapport avec la rapidité avec laquelle le consommateur est
« accroché ».

Une classification plus claire est celle de drogues légales, ou illégales.

La recherche du consommateur étant celle d'un effet psychique, il est naturel de constater qu'il est modulé
par des composantes individuelles, et de l'environnement. Les stress augmentent beaucoup le potentiel de
développement d'une dépendance comportementale. Les stress psychologiques sensibilisent probablement
beaucoup plus que les stress physiques, ce qui explique que l'adolescence soit la période classique
d'apparition de la toxicomanie, puisqu'il est difficile, à cette période de la vie, de gérer sa personne.

La rencontre avec le produit ne dépend quant à elle que du tissu socioculturel, c'est-à-dire des circonstances
de la vie.

C2.1. Historique du SIDA

Le virus HIV (human immunodeficiency virus) provoque une maladie immunitaire chronique progressive,
finalement létale.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Ce virus, provenant probablement de l'Afrique centrale (où il a été retrouvé dans des sangs prélevés il y plus
de 20 ans avant l'apparition de l'épidémie actuelle), s'est répandu, à l'occasion d'une modification de sa
virulence et/ou du tourisme sexuel, dans le reste du monde.

Les homosexuels ont été touchés les premiers en nombre particulièrement élevé, en Californie d'abord, puis
dans le reste du monde, en raison du fréquent changement de partenaire. Du fait des pratiques bisexuelles,
l'infection s'est étendue par cette voie dans le monde occidental aux femmes, et aussi à une certaine
proportion des enfants qu'elles portaient.

L'infection a actuellement l'aspect d'une pandémie, tous les continents étant touchés à des degrés divers. On
compte ainsi, comme cas de SIDA et comme estimation du nombre de personnes séropositives, au 30.6.1996
(OMS) :

nombre
nombre de cas de personnes
de SIDA connus séropositives/SIDA

Europe 179 339 0,5 million


Afrique 553 291 14,2 millions
Amérique du Nord 608 861 0,8 million
Amérique du Sud 140 939 1,6 million
Asie 179 339 5,3 millions
Océanie 7 596 0,02 million

Les personnes atteintes ne représentent en fait que la pointe de l'iceberg. En effet, depuis le moment de la
contamination qui passe le plus souvent presque inaperçue 1, l'infection se développe sans symptômes
pendant une durée variable, qui avoisine ou dépasse souvent 5 ans chez les adultes. Durant cette phase
quiescente, durant laquelle le virus se développe lentement, il compromet insidieusement les défenses de
l'organisme. Les personnes atteintes sont séropositives depuis les jours qui suivent la contamination, donc
capables dès ce moment de contaminer à leur tour autrui. Leur atteinte ne se manifeste que sérologiquement,
par la présence d'anticorps dans le sang, dès la 4 e-6e semaine après l'inoculation (avec les tests les plus
courants).

La phase symptomatique survient lorsque l'immunité de l'individu est suffisamment déficiente pour que des
germes banals soient capables de se manifester. Le moment d'apparition de cette phase, qui constitue le début
du SIDA à proprement parler, dépend de la charge infectante initiale et des réinfections ultérieures, du mode
de transmission, du sous-type viral, et de l'âge du sujet, ainsi que des conditions de vie et de nutrition.

Après, la maladie s'aggravant, des complications apparaissent, comme les infections opportunistiques
(pneumonie à pneumocystis carinii, méningite à toxoplasme, infection systémique à mycobactéries ), des
cancers rares comme le syndrome de Kaposi et les lymphomes, des troubles neurologiques (démence
progressive), et une cachexie.

Il n'y a pas de traitement curatif connu. Un traitement à l'AZT (azathyoprime) ou avec d'autres substances,
permet de retarder la progression de l'infection, éventuellement de prolonger la survie. Il n'est actuellement
pas non plus possible de vacciner contre la maladie.

La prévalence de la séropositivité varie très fortement selon le milieu considéré. Voisine de 95 % dans les
milieux de la prostitution des grandes villes de l'Est africain, de l'ordre de 15 % dans la population générale
des villes africaines, il y a quelques années de l'ordre de quelques pour-cent dans les milieux homosexuels
occidentaux, elle est d'environ 0,5 pour-cent dans la population générale suisse.

Quant aux malades du SIDA, on a compté en Suisse, en 1995, comme nouveaux cas, 240 hommes homo ou
bisexuels, 184 hommes et 112 femmes s'injectant de la drogue, 89 hommes et 73 femmes hétérosexuels, 13
1
L'infection initiale se manifeste le plus souvent comme un épisode grippal, qui peut passer pour banal. Les semaines qui suivent sont
très importantes, car c'est à ce moment-là que le virus se multiplie le plus, et se diversifie au point de vue génétique. Un traitement très
précoce permettrait probablement de ralentir beaucoup ces processus.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

garçons et 12 filles atteints (de mère séropositive), 7 receveurs de sang et 5 hémophiles, et 10 cas d'origine
indéterminée.

L'épidémie du SIDA s'est développée depuis le début des années 1980 d'une manière tout à fait prévisible, et
globalement conforme aux modèles épidémiologiques connus.

Les 2/3 des personnes qui ont présenté un SIDA sont actuellement décédées.

C2.2. Épidémiologie du SIDA

Les modes de transmission sont le contact sexuel intime, la pénétration de sang ou de matériel contaminé à
travers l'épiderme (injection, transfusion, transplantation, insémination artificielle, etc.), la grossesse
(transmission de la mère infectée à l'enfant qu'elle porte) et très exceptionnellement l'allaitement (chez une
mère infectée). Le virus n'est pas transmis par les insectes, l'air, l'eau, ou les surfaces.

Si l'apparition du virus infectant est une surprise, le déroulement de l'épidémie ne l'est pas, et elle ne
constitue pas un cas particulier sur ce plan-là, à ceci près que le nombre de cas déclarés de SIDA reflète le
nombre de personnes devenues séropositives d'il y a une dizaine d'années. Cela a pour conséquence que le
nombre de séropositifs est de beaucoup supérieur aux cas de SIDA déclarés. Il n'y a encore aucun effet de
saturation et le réservoir de personnes qui peuvent se contaminer est immense.

Il est donc nécessaire d'informer chacun pour quel comportement le risque de contamination existe et le cas
échéant, quel moyen utiliser pour l'éviter, ce qui fait manifestement fréquemment défaut chez les
toxicomanes par exemple, lorsqu'ils sont soumis à un besoin impérieux de consommer par voie
intraveineuse.

À ce niveau, il y a dans le cas de l'infection à HIV trois notions capitales à transmettre, en plus de celles qui
le sont déjà.

1. La première est que le problème de l'infection à HIV fait partie du problème des maladies sexuellement
transmissibles (MST) : herpès génital, gonococcie, syphilis, papillomavirus, hépatite B, chlamydia,
trichomonas.

Le risque d'atteinte pour le HIV, comme celui des autres MST est probablement plus important chez les
femmes, comme le montrent la fréquence et la gravité des conséquences des MST en termes d'infections
pelviennes, de grossesse ectopique, d'infertilité et de cancer cervical. Cette asymétrie s'ajoute aux autres
difficultés provenant des conditions de vie déjà évoquées.

Les femmes étant soumises à un risque supérieur, et à des conséquences plus graves, elles doivent d'autant
plus veiller à leur santé, et obtenir de leur partenaire qu'il prenne les précautions nécessaires.

2. Une deuxième notion importante est que le risque de contamination croît beaucoup plus rapidement que
le nombre de partenaires rencontrés, et grandit en fait exponentiellement. Le partenaire porte en lui les
risques cumulés pris lors de toutes ses rencontres antérieures. Cela n'est pas très sympathique pour des
jeunes gens épris, romantiques, qui omettent souvent de se protéger, surtout au premier contact.

C'est pourquoi, contrairement à ce que beaucoup de jeunes pensent, la fidélité temporaire à un seul partenaire
n'offre pas une protection suffisante, identique à celle d'une relation de longue durée basée sur la fidélité
mutuelle.

3. Un troisième fait est que les plus récents progrès thérapeutiques permettent, par la prise précoce de
médicaments antiviraux, non seulement de retarder l'apparition du SIDA, mais encore de prolonger la
survie. Il est envisageable que dans quelques années des personnes séropositives puissent survivre jusqu'à
un âge avancé. Il devient dès lors nécessaire de promouvoir la notion de dépistage volontaire, fait dans le
délai approprié, après un ou plusieurs contacts à risque non protégés.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

L'infection à HIV ne fait ici pas exception à la règle que se savoir contaminé permet de prendre les
précautions nécessaires pour ne pas contaminer ses partenaires. Sur le plan éthique, cela est même impératif.

Il faut notamment rappeler que la discussion post-test avec le spécialiste peut être un moment important
d'ancrage de la prévention, quel que soit le résultat du test. Une situation de « non-dit » peut rapidement
devenir tragique.

Rapport

Membres de la commission : Mme Madeleine Schilt-Thonney, rapporteur ; M. Yves-André Cavin, Mmes


Jacqueline Chave, Claude Grangier, Suzanne Hirschi, Odile Jaeger, Gisèle Meylan, Angelina Pasche, Lise
Peters-Haefeli.

Municipalité : Mme Doris Cohen-Dumani, municipale, directrice des Écoles.

Rapport polycopié de Mme Madeleine Schilt-Thonney (POP), rapporteur : – Votre commission a siégé
les 5 et 14 mars 1997. Mme Gisèle Meylan remplaçait Mme Françoise Frei.

La Municipalité était représentée par Mme Doris Cohen-Dumani, directrice des Écoles, le Dr Virgile
Woringer, chef du Service de santé des écoles, M. Meystre, secrétaire général de la Sécurité sociale et
l'adjudant Schranz, chef de la Brigade de la jeunesse. Madame Wehren a pris les notes de séances, ce dont
nous la remercions.

Permettez-moi en préambule de remercier Mme Lise Peters-Haefeli qui a accepté de me remplacer à la


présidence lors de la deuxième séance.

En déposant sa motion en 1993, Mme Jaeger souhaitait que l'on intensifie les efforts de prévention de la
drogue et du SIDA en milieu scolaire. Depuis 1993 les choses ont évolué. La police municipale a élargi ses
prestations à de nouvelles classes d'âge et des actions de santé concernant la toxicomanie et le SIDA ont été
mises en place.

Ce rapport-préavis est le fruit d'un travail important accompli avec la Direction de police et celle de la
sécurité sociale, ainsi que de contacts avec différents milieux s'occupant de prévention. Il complète ainsi le
préavis N° 1191 qui proposait « des éléments d'une politique communale dans le domaine de la
toxicomanie ».

Le problème de la prévention et du comportement de la police par rapport à certains endroits lausannois


sensibles, a suscité discussions et questions au sein de la commission. À cette occasion, il a été rappelé que
les policiers sont sur place pour être dissuasifs et sécurisants. S'il y a consommation, les policiers
interviennent directement. S'il y a « deal », la Brigade des stupéfiants intervient dans le cas de mineurs et les
défère au Tribunal des mineurs. Soucieux de protéger les jeunes, deux collaborateurs sont présents en
permanence pour déceler des mineurs en situation à risque. Ils peuvent alors ouvrir la discussion et donner
des conseils.

Les programmes de prévention sont en constante évolution. Strictement fondés sur la transmission des
connaissances concernant les comportements à risque dans les années 70, ils ont évolué dans les années 80
vers la promotion d'une meilleure qualité de vie et d'estime de soi. Actuellement ils se concentrent sur les
influences sociales susceptibles de favoriser la consommation. Enfin, l'approche « Éducation par PAIRS »
complète cette palette.

Projet de prévention dans les écoles. Un programme minimum sera en vigueur. Chaque élève sera contacté
14 fois durant sa scolarité. Chaque classe reste néanmoins libre d'en faire plus. Une certaine souplesse doit
être gardée par rapport à certains sujets plus sensibles.

1
Voir Bulletin 1996, tome I (N° 2), page 113.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Niveau scolaire primaire. Commencé en 1994, le programme « Objectif Grandir » concerne tous les
établissements primaires. Les objectifs sont les suivants : donner à l'enfant les compétences pour faire face
aux événements de sa vie, lui apprendre à gérer ses conflits. Les enseignants sont les animateurs
responsables de leur classe ; ils sont entourés d'une équipe pluridisciplinaire élargie. Ce programme vise
également au développement des relations entre enseignants, parents et collectivités au travers d'actions
d'éducation et de prévention. Ce programme a été recommandé par le Département de l'instruction publique
et des cultes. Les membres de la commission ont été vivement intéressés par ce programme et souhaitent être
renseignés sur son suivi.

Niveau scolaire secondaire. Le Service de santé des écoles a mis sur pied avec le Professeur Danwalder,
titulaire de la Chaire de Psychologie appliquée à l'Université de Lausanne, un programme de prévention des
toxicomanies par « élèves-pairs ». Le but de ce programme est de former des jeunes à la communication, de
les renseigner sur les substances, de les préparer à devenir des acteurs de la prévention auprès de leurs
camarades. Les élèves-pairs sont actuellement au nombre de huit (quatre filles et quatre garçons). Leur
formation s'étend sur une année scolaire. Les membres de la commission se sont beaucoup intéressés à cette
expérience. Les nombreuses questions posées et les quelques craintes émises face à la responsabilité des
jeunes qui feront ce travail ont reçu des réponses rassurantes. Les membres de la commission ont émis le
vœu d'être tenus au courant de cette expérience. Relevons que l'Office fédéral de la santé publique suit avec
intérêt ce programme qui correspond à ses objectifs de prévention en matière de toxicomanie.

Concernant un autre volet de la dépendance, les membres de la commission ont fait part de leurs inquiétudes
face à la prise de tranquillisants par certains élèves. Ils ont également dit leur préoccupation face à la
consommation d'alcool par certains jeunes. Notons à ce propos que si certaines grandes surfaces refusent de
vendre de l'alcool à des jeunes de moins de 16 ans et des alcools forts à des moins de 18 ans, d'autres n'ont
pas les mêmes scrupules. Il faut le déplorer. Lors de problèmes de ce genre, le Service de santé des écoles
prend les choses en main.

Prévention du SIDA. Les possibilités de promouvoir des comportements sans risque de transmission
dépendent d'éléments très divers : valeurs personnelles, culturelles, religieuses, du niveau d'instruction, de la
situation économique, etc. En ce qui concerne les élèves d'âge scolaire primaire, on prend en compte
l'information sur la transmission, la lutte contre l'infection et les mesures d'hygiène. Pour les élèves du
secondaire, il faut, en plus, répondre de façon claire aux questions des adolescents. Des actions sont prévues
en complément des informations données dans les cours d'éducation sexuelle. En ce qui concerne
l'information SIDA dans les écoles, il faut relever qu'actuellement le thème est bien introduit et que chaque
établissement a réalisé la forme d'action qui lui convenait. Disons pour terminer que le SIDA n'étant pas une
maladie transmissible par l'air et l'eau, mais uniquement par des contacts personnels, il n'est pas adéquat
d'éloigner une enfant contaminé de l'école.

Conséquences financières. Depuis 1980, il était attribué Fr. 1.– par élève et par année pour les actions-santé,
somme qui était prise en charge pour moitié par l'État.

Pour les projets prévus, la part de la Ville devra être portée à Fr. 2.–, soit Fr. 24 000.–. Cependant, Fr.
12 000.– étant déjà inclus dans le budget 1997, notre Conseil se prononcera sur un montant de Fr. 12 000.–.
En ce qui concerne le programme « Objectif Grandir », la somme nécessaire pour 1997 est de Fr. 3000.–.

Au terme de ses travaux qui se sont déroulés dans une ambiance constructive, votre commission a obtenu
l'assurance que le Dr Woringer tiendra un carnet de bord mentionnant les expériences tant positives que
négatives, ainsi que les éventuels correctifs à apporter. Ces renseignements figureront dans le rapport de
gestion.

C'est à l'unanimité que les conclusions de ce rapport-préavis ont été acceptées. Nous vous invitons, Monsieur
le président, Mesdames et Messieurs les conseillers, à faire de même.

Discussion
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Le président : – J’appelle à la tribune Mme Madeleine Schilt-Thonney, rapporteur du préavis N° 215. Le


rapport ayant été envoyé à toutes et à tous, la discussion est ouverte. Je donne la parole à Mme Schilt-
Thonney qui doit apporter une précision.

Mme Madeleine Schilt-Thonney (POP), rapporteur : – Permettez-moi d’ajouter une précision à la page
385, dernière phrase du deuxième paragraphe concernant la prévention du SIDA. La phrase devient la
suivante : « disons pour terminer que le SIDA n’étant pas une maladie transmissible par l’air et l’eau mais
uniquement par des contacts personnels sexuels et sanguins, il n’est pas adéquat d’éloigner un enfant
contaminé de l’école. » Étant donné l’importance du problème je pense qu’il était nécessaire de compléter
cette indication.

Mme Françoise Longchamp (Lib.) : – Dans un rapport sur le thème « Enfance maltraitée en Suisse », rédigé
à la demande de la Confédération par un groupe de travail, celui-ci démontre clairement que le mauvais
traitement et la négligence dont sont victimes les enfants ne constituent pas une abstraction, mais font bel et
bien partie de notre réalité quotidienne. Selon les spécialistes, les enfants victimes de mauvais traitements, de
négligence et de sévices sexuels se comptent par dizaines de milliers dans notre pays. De telles pratiques
peuvent induire :

- un retard dans le développement de l'enfant ;


- des lésions physiques pouvant entraîner la mort ;
- l'échec scolaire ;
- la toxicomanie ;
- la délinquance.

Face à cela, il est important d'agir et je suis heureuse de constater que le sujet des maltraitances ne soit plus
un tabou. Cependant, nous devons veiller à ne pas introduire dans nos écoles des méthodes de prévention
entraînant des dépendances ou ne présentant pas une parfaite innocuité psychique.

J'aimerais ici aborder les questions que suscite le programme « Objectif Grandir » dont il est question dans le
rapport-préavis N° 215. À plusieurs reprises ces dernières semaines, j'ai été interpellée par des parents dont
les enfants fréquentent des classes où ce programme est déjà introduit. Élèves non seulement de Lausanne,
mais également d'autres communes de notre canton, comme Yverdon, Vevey, Pully. Pas plus tard qu'hier
soir, une maman m'annonçait qu'elle allait retirer ses deux enfants de l'école publique à cause de l'impact
négatif qu'avait « Objectif Grandir » sur ses enfants qui, maintenant, font des cauchemars et connaissent de
grandes frayeurs. Pour la meilleure compréhension des conseillers, qui n'ont certainement pas eu en mains le
coffret d'« Objectif Grandir », je citerai quelques points qui me paraissent, ainsi qu'aux parents qui m'ont
contactée, pour le moins particuliers.

Je veux parler tout d'abord du « cercle magique » qui introduit certains rites. Programmé à des jours et heures
fixes, ce « cercle magique » demande que les enfants s'installent en rond ; un tapis, également rond, est placé
au centre du cercle. En début de séance, les enfants doivent répéter une formule magique qui a tout de
l'incantation : « Circus, circus, circus, ssh, ssh, ssh »

De la même manière, le passage des communications et des évocations personnelles à l'intégration cognitive
peut être marqué par une augmentation de la lumière ou par un bref motif frappé sur un métallophone.

Autre activité : l'enseignante raconte un conte et s'exerce avec les enfants à prononcer des mots magiques,
tout en traçant un cercle devant les yeux, avec les deux index.

Dans la présentation du programme, guide de l'enseignant, page 7, il est dit : « C'est par la parole que l'enfant
s'insère dans la vie sociale et affine ses relations avec les autres. » Or certains parents s'insurgent contre le
fait que justement « Objectif Grandir » apprend à leurs enfants à ne pas parler de ce qui s'est passé en classe.
Il y a donc là contradiction entre la théorie et la pratique. Toutes les associations qui luttent contre les abus
sexuels et les violences sur les enfants prônent le dialogue.

« Objectif Grandir » apprend également aux enfants à dire « non ! », ce qui en certains cas peut être salutaire.
Mais, s'adressant à de jeunes enfants, chez qui le discernement n'est pas encore très pointu, dire non peut être
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

appliqué par eux à tout moment de la journée. Dire non à un père qui a des intentions incestueuses n'est pas
pareil que dire non à une demande d'aide ou d'obéissance.

À Vevey, une maman, enseignante de surcroît, a demandé l'avis de médecins sur le programme « Objectif
Grandir ». Ceux-ci lui ont répondu qu'il était aberrant. Pour ma part, je pense que le fait de mettre sur le dos
des enfants le poids de la confession d'un camarade de classe, que ce soit dans le cadre du programme
« Objectif Grandir » ou celui des « élèves-pairs », peut s'avérer dangereux.

Sans remettre tout en question sur ce programme, je pense que la formation des enseignants est extrêmement
importante, et que ce programme ne peut pas être appliqué par tous les enseignants, même formés. De plus, il
me semble qu'avant d'aller plus loin, une évaluation devrait être entreprise. Je ne crois pas que cela ait été
fait. Au Grand Conseil, un député, qui avait également été contacté par de nombreux parents, a déposé une
interpellation sur le même sujet. Je regrette que la Municipalité n'ait pas, dans sa grande sagesse, attendu la
réponse à cette interpellation pour mettre à l'ordre du jour de notre Conseil le rapport-préavis
N° 215. Cette réponse sera le fruit d'une enquête demandée par le Département de l'instruction publique et
des cultes.

En effet, certaines craintes émises par des parents sont de nature à donner au programme « Objectif
Grandir » des connotations proches de la scientologie. Il est compréhensible que de telles craintes soient
formulées lorsque l'on sait qu'environ 200 enseignants vaudois sont membres de l'Église de scientologie,
information donnée par une scientologue qui reconnaît également que le programme « Objectif Grandir »
pourrait avoir des connotations scientologues. Je reconnais que toute nouvelle action provoque des réactions
négatives de la part des parents. Mais à l'heure où, sans aller jusqu'à la psychose comme dans d'autres pays,
de nombreuses tragédies sont rapportées par les médias, on peut comprendre la crainte des parents.

Personnellement, demandant depuis longtemps plus de prévention, j'aurais préféré que l'on forme les
enseignants à fournir des éléments de prévention dans le cadre de l'enseignement journalier, notamment dans
la lecture. À mon avis, ce n'est pas le rôle de l'école de donner des cours de « développement psychique » et
de supplanter les parents dans leur rôle éducatif. Cependant, compte tenu du nombre en constante
augmentation des familles monoparentales – et que l'on ne voie pas là une connotation péjorative –, on
pourrait l'admettre, mais à titre facultatif et avec l'autorisation formelle des parents.

La commission du Grand Conseil qui étudiera l’interpellation dont je vous ai parlé siégera, si mes
informations sont exactes, le 15 mai. Je désire donc déposer, en vertu des articles 75 et 76 de notre Conseil,
une motion d’ordre afin que le vote sur les conclusions du rapport-préavis N° 215 intervienne lors de notre
prochaine séance, à savoir le 26 mai, ce qui nous permettra de prendre connaissance des conclusions de
l’enquête menée par le Conseil d'État. Je vous remercie de bien vouloir soutenir cette motion d’ordre.

Le président : – Y a-t-il 5 membres qui soutiennent cette motion d’ordre ? C'est le cas. Elle est donc mise en
discussion.

Discussion sur la motion d'ordre

Mme Odile Jaeger (Rad.) : – J’ai attendu 4 ans la réponse à cette motion, je pourrai bien encore attendre 15
jours de plus. « Objectif Grandir » me paraît un programme intéressant mais dangereux. C’est une
expérience qui doit être bien préparée avec des enseignants très bien formés. Il y a en effet des risques de
dérapages et cela peut perturber certains enfants...

Le président : – C’est la motion d’ordre qui est mise en discussion, Madame Jaeger.

Mme Odile Jaeger (Rad.) : – ...et c’est pour cela que je serais très intéressée de connaître les résultats du
rapport et des conclusions du Conseil d'État. C’est pour cela que j’appuie cette motion d’ordre ; c’est dans
cet objectif-là que j’accepte ce report de 15 jours, pour avoir les résultats des conclusions du Conseil d'État
sur « Objectif Grandir ».

Le président : – Merci. Je vous prie de regagner votre place. Je vous rappelle que nous parlons de la motion
d’ordre. Madame Angelina Pasche, est-ce bien sur la motion d’ordre que vous souhaitez vous exprimer ?
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Mme Angelina Pasche (Soc.) : – Je m’oppose formellement à cette motion d’ordre. Nous attendons déjà
depuis trop longtemps pour mettre enfin en place des méthodes et un programme de prévention pour les
jeunes, pour les élèves à l’école. Il n'y a qu’à passer dans la ville de Lausanne et voir les contradictions,
l’incohérence d'un monde d’adultes, je dirais à la limite de la perversité, où maintenant les jeunes mêmes
sont incités à faire la publicité pour l’alcool – je parle de ces affiches qui me scandalisent. Je trouve qu’il
n’est pas admissible d’encore repousser ce préavis. Sont-ce là des manœuvres pour saboter « Objectif
Grandir » ? On pourrait bien se demander à qui cette opposition revient.

Le président : – Madame Pasche, la motion d’ordre interrompt toute procédure du Conseil ; donc nous nous
prononçons sur la motion d’ordre. M. Michel Cornut.

M. Michel Cornut (Soc.) : – Nous sommes en présence d’une problématique désormais bien connue de nos
séances. Ou bien nous sommes en présence d’une demande de renvoi de la décision, auquel cas il n’y a pas
lieu d’en débattre, on ne peut pas en discuter : si dix membres de notre Conseil demandent le renvoi de la
décision, celle-ci est renvoyée à la séance ultérieure. C'est, je crois, ce que Mme Jaeger a demandé... c’est
bien cela ? Si maintenant il s’agit d’une motion d’ordre, qui interrompt la discussion, c’est autre chose. Alors
est-ce que c’est une motion d’ordre ou un renvoi de la décision ? Il se trouve que Mme Jaeger – je voulais
dire Mme Longchamp, excusez-moi – a dit les deux choses dans une même phrase. Alors je propose,
Monsieur le président, que vous éclaircissiez ce point, parce que s’il s’agit d’un simple renvoi, il y a un vote
sans discussion, et ensuite la discussion générale reprend.

Le président : – Je le sais. Madame Françoise Longchamp, précisez votre pensée. Voulez-vous le renvoi du
vote ?

Mme Françoise Longchamp (Lib.) :– Dans mon esprit, je demandais les deux choses en même temps ; je
ne sais pas si c’est possible. Pourquoi ai-je demandé les deux choses ? Parce que finalement il nous manque
un élément que j’estime être important pour continuer la discussion, et cet élément important concerne aussi
le vote. C’est pour cela que j’ai joint les deux points de notre règlement, à savoir les points 75 et 76.

Le président : – Vous demandez le renvoi de la discussion ? Mme Doris Cohen-Dumani.

Mme Doris Cohen-Dumani, municipale, directrice des Écoles : – Si vous le permettez, je ne vais pas vous
faire le grand développement, mais vous signaler qu’avant la séance d’aujourd’hui, je me suis renseignée
auprès de M. le conseiller d’État pour savoir s’il avait déjà prévu la réponse qu’il allait donner. J’ai donc un
certain nombre d’informations que je pourrai vous donner tout à l’heure si vous décidez de ne pas suivre la
motion d’ordre.

Le président : – La discussion est toujours ouverte sur cette motion d’ordre ; elle n’est plus demandée. Donc
Mme Longchamp demande le renvoi de la discussion à la prochaine séance. Nous allons voter sur cette
motion d’ordre. Il y a 34 oui, 34 non, donc je penche pour le refus de la motion d’ordre de Mme Françoise
Longchamp. Mais vous demandiez deux motions à la fois. Vous demandez maintenant le renvoi du vote et là
il faut seulement 10 voix de ce Conseil pour que cela soit acquis. Alors y a-t-il 10 voix qui demandent le
renvoi du vote ? C'est le cas. Le vote est donc renvoyé à la prochaine séance sur cet objet. Je remercie Mme
la rapportrice ; la discussion continue.

Suite de la discussion

Mme Angelina Pasche (Soc.) : – Puisque la discussion continue, j’aimerais reprendre la parole pour
développer ce que j’avais à dire. Nous sommes appelés à voter ce soir pour un montant de Fr. 27 000.–, un
montant qui est pour moi dérisoire par rapport à l’ampleur de l’incohérence, de la contradiction et de la
manipulation du monde d’adultes auquel nos enfants sont confrontés. J’aimerais juste apporter un exemple.
J’ai appris lors de la commission, quand nous avons discuté de ce préavis, qu’à Saint-Laurent, quand les
trafiquants de drogue font leurs petites affaires, la police n’a pas le droit d’intervenir. Je profite ce soir de le
dire, pour que les jeunes entendent. Ce n’est que la Brigade des stupéfiants qui a finalement le droit
d’interrompre ces petits trafiquants. Alors je me demande quelle image on donne à notre jeunesse en lui
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

laissant voir, dans un lieu public, le trafiquant faire ses petites affaires sans être interrompu par un policier –
qui à mon avis est quand même l'image de l'autorité, du service de l’ordre pour la sécurité publique.

De plus, je reviens sur ces affiches qui constellent la ville. On voit par exemple un jeune couple couché dans
un lit – d’ailleurs un jeune couple très agréable à regarder, très détendu, très sympa – et puis le petit texte qui
accompagne : « un premier essai avec un préservatif à nervures, quelle journée ! ». Vous pourriez penser que
c'est finalement très intelligent, que c’est une prévention pour se protéger contre une maladie très cruelle,
mais malheureusement, juste après, il y a la petite bouteille de bière – dont je ne veux pas dire le nom
maintenant – qui accompagne cette publicité. Je trouve cela à la limite de la perversité. Dans le même ordre
d'idée, il y a une autre affiche qui montre un jeune, branché, cheveux mi-longs, qui dit avec un petit
texte : « J’ai écrasé deux moustiques sans salir la tapisserie. Quelle journée ! » Je me suis dit bien, voilà une
notion de soin dans ce message, je trouve assez intéressant... s’il n’y avait pas de nouveau cette petite
bouteille à côté qui fait la publicité pour la bière. Je trouve très pervers d’inciter maintenant les jeunes à faire
de la publicité pour l’alcool, alors que notre rôle consiste à faire une prévention pour éviter que ces jeunes ne
tombent dans la dérive.

Il y a aussi dans la méthode quelque chose qui est cité dans le préavis et qui s’appelle la méthode des élèves-
pairs que je ne pourrais moi-même pas accepter à cause de cette même idée que les jeunes eux-mêmes sont
invités à faire de la prévention ; sont-ils vraiment habilités à la faire ? C’est une méthode élèves-pairs qui a
été introduite il y a plus d’une année en Valais à Sion, et qui a été abandonnée après une année du fait qu'elle
créait une sorte de conflit de loyauté entre jeunes, ce que les enseignants avaient beaucoup de mal à gérer.
Donc je crois que toute méthode qui introduit les jeunes eux-mêmes, que ce soit dans la publicité comme
aussi dans n’importe quelle méthode, pour moi ce n’est pas quelque chose de crédible par rapport à une
bonne prévention où apparemment l’adulte n’a plus les moyens pour faire face.

J’aimerais par ailleurs revenir sur l’intervention de M me Longchamp. Je me demande à qui revient le bénéfice
si « Objectif Grandir » se voit saboté, comme déjà tant d’autres méthodes. On a aujourd’hui une prolifération
de sectes qui s’installent partout, du fait notamment que nos jeunes trouvent dans ces sectes un appui qui leur
manque tant dans les écoles publiques. Saboter toute méthode susceptible de se promouvoir dans les écoles
revient donc finalement quelque peu à donner plus de pouvoir à ces sectes. J’aimerais relever que je connais
très bien la méthode « Objectif Grandir ». Il y a en effet des situations où les enfants sont assis dans le
« cercle magique », comme vous l’a décrit Mme Longchamp, et il est vrai qu’on leur recommande de ne pas
divulguer ce qui se dit d'intime dans ce cercle ; mais ce n’est pas pour leur interdire d'en parler à la maison,
c’est pour leur enseigner – et je crois que c’est très important – une sorte de respect, de pudeur, un droit au
secret qui concerne chacun et en particulier tout enfant qui vit quelque chose de très difficile à l’extérieur,
une maltraitance par exemple, et l'exprime à l’école. Un tel enfant a besoin de parler, et on invite de plus en
plus à exprimer le mal pour que le mal ne se traduise pas en maladie. Il me semble bon que l’enfant ait cette
opportunité, mais soit en même temps invité à garder une certaine discrétion, un certain respect vis-à-vis de
ce qui se déclare à l’école. Dire aux enfants d'être respectueux, discrets, de ne pas raconter cela n’importe
comment, constitue donc pour moi le signe d'un esprit positif.

Il est vrai, en revanche, Madame Longchamp, que les enseignants doivent être mieux formés pour faire face
à des situations qui pourraient se présenter, qui vont se présenter, parce que nos enfants aujourd’hui ont
beaucoup de mal à vivre dans une société qui va de plus en plus vite. Alors il est clair que les enseignants
doivent être entourés, que les parents à mon avis doivent aussi être intégrés dans le programme pour être
préparés à toutes sortes de situations, qui peuvent être imprévisibles. Il est pour moi évident qu’«Objectif
Grandir», que je connais très très bien, est une méthode qui invite les enfants à exprimer quelque chose qu’ils
n'exprimeraient pas ailleurs. Je dirais même – c’est un tout petit peu méchant – que je crois que cette
méthode ne pourrait gêner que des personnes qui ne peuvent plus dire aux mots que ce qu’ils ont de mal en
soi.

Je conclurai en soulignant qu'il est clair pour moi qu'en invitant l’enfant à exprimer des choses, on pose une
base nécessaire pour toute prévention, pour que le mal ne devienne pas plus important.

Intervention de Mme Lise Peters-Haefeli (Soc.) lue par Mme Michelle Tauxe-Jan (Soc.) : – Mme Lise
Peters, membre de la commission et professionnellement impliquée dans l’approche de la toxicomanie, avait
promis à votre commission de fournir en plenum des explications supplémentaires par rapport à certains
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

points de ce préavis. Empêchée pour des raisons majeures de participer à la séance de ce soir, elle m’a priée
de vous lire ses remarques, ce que je fais bien volontiers.

« À propos de l'annexe 3, rubrique : « quelques données de base sur la toxicomanie », j'ai été surprise de
trouver des fautes grossières du point de vue médical et pharmacologique. Je les cite, en espérant ainsi
empêcher leur transmission ultérieure, car dans le domaine des toxicomanies, toute fausse information est
forcément reconnue comme telle par les consommateurs et elle discrédite ensuite complètement l'ensemble
du message. Ces deux fautes graves sont les suivantes, figurant aux pages 393:

- « le LSD ne provoque pas de dépendance et n'est, pour cette raison, consommé qu'occasionnellement » ;

- « il n'existe pas de tolérance croisée, même partiellement, entre le tabac, la cocaïne et les opiacés ».

Les polyconsommations existent effectivement, mais elles sont soutenues par la recherche de l'addition
d'effets différents et non par une tolérance croisée.

Je ne veux pas reprendre ici l'énumération sommaire, inexacte et parfois fausse des « effets toxiques
physiques » figurant un peu plus loin dans la même annexe. La lecture d'un bon manuel de médecine interne
ou de pharmacologie devrait permettre d'y apporter les corrections nécessaires !

Enfin, je relève la confusion faite dans le préavis, au chapitre « historique du SIDA », entre virémie et
séropositivité. En effet, quelques jours après la contamination, les personnes atteintes ne sont pas - comme
prétendu dans l'annexe 3 - séropositives, mais quand même bien contaminantes, parce que déjà porteuses du
virus.

Les intervenants dans le domaine de la prévention doivent être extrêmement scrupuleux quant à la qualité
des informations qu'ils transmettent. Une fausse information est perçue comme un mensonge et elle coupe
toute possibilité d'une relation de confiance ultérieure. Je souhaite que ces quelques remarques contribuent à
augmenter et à améliorer le contrôle des messages transmis dans le domaine de la toxicomanie, tant vis-à-vis
des élus qu'envers le personnel soignant et les personnes atteintes par ces maladies. »

Mme Michelle Tauxe-Jan (Soc.) : – Une chose est sûre, le problème de la toxicomanie soulève beaucoup
d'émotions. Le dialogue sur ce thème est important, capital, mais aussi délicat à mener, tout particulièrement
avec des mineurs. La formation des enseignants et des collaborateurs du Service de la santé est, à ce propos,
très importante. Reconnaissons ainsi qu'il est, par exemple, difficile, en tant que parents, de parler
sereinement et ouvertement de drogue avec ses enfants et d'apporter des réponses sereines à leurs
interrogations. En effet, il faudrait pouvoir garder de la distance face à ses propres émotions, ce qui n'est pas
évident ! L'école joue dès lors un rôle primordial et peut, par ses interventions, aider les mineurs et les
parents à dialoguer ensemble, en confiance, de ce problème, de ce fléau, que représente la drogue, ou plutôt,
devrions-nous dire, les drogues.

Il me paraît donc important de soutenir massivement les conclusions de ce préavis.

Mme Sylvianne Bergmann (Vert) : – Je n'entrerai pas en discussion concernant le préavis mais je voudrais
demander à la Municipalité que les parents soient informés des interventions qui auront lieu dans une classe.
Cette information préalable, annoncée par l’enseignant, est souhaitée quelques jours avant l’action
prévue : elle ne mentionnerait que le thème abordé et par qui. Je précise que cette demande ne concerne que
l’école primaire.

Mme Martine Desarzens (POP-Progressiste) : – Madame Longchamp, je crains que vous ne fassiez un
amalgame entre deux choses par rapport à « Objectif Grandir ». Il est en effet légitime d'exiger d'avoir des
professeurs bien formés, mais il faut savoir faire la part des erreurs de jeunesse : on a affaire à un projet qui
démarre... l'exigence n'en est pas moins nécessaire. En revanche, je m'insurge contre l'amalgame que vous
faites sur le projet lui-même ; ce concept a été validé par la Direction des écoles, le médecin chef des Écoles,
par les conseillers d’État et par, je ne mets pas en doute, la Protection de la jeunesse – qui certainement aurait
fait son travail et se serait exprimée s’il y avait eu quel que doute que ce soit.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Je souhaite vraiment là que vous sachiez relativiser l’émotion – légitime, encore une fois – de certains
parents ; ceux-ci sont du reste simplement de bons parents, attentifs à ce que vivent leurs enfants à l’école.
Mais de là à faire un amalgame entre l’émotion de certains parents et le concept d’« Objectif Grandir » – en
même temps que sur la manière dont il est présenté –, il y a une marge. Tout cela mériterait un petit taux de
réflexion. Je crois quant à moi, qu’il est temps, comme l'a dit Mme Angelina Pasche, de pouvoir proposer ce
programme dans les écoles : nos enfants en ont besoin.

M. Antoine Rudasigwa (Soc.) : – Parmi les erreurs qui se sont glissées dans le texte, il y en a une qui me
semble grotesque, qui a sans doute échappé à l'analyse du préavis. Dans l'historique du SIDA, il y est écrit
que ce virus provient « probablement » de l’Afrique centrale. Fort heureusement, il y a ce « probablement »
pour atténuer le choc. Eh bien, c’est faux, c’est archi-faux, car c’est un virus qui sort droit du laboratoire et
qui fait partie de la recherche sur la guerre bactériologique. Si vous en doutez je vous renvoie à l’article de
24 Heures du 14 avril, et au livre qui a été écrit par un médecin américain ; celui-ci a lancé le pavé dans la
mare en montrant que c’est un virus qui a été créé, puis essayé sur des prisonniers – oui c'est vrai, Monsieur !

Souvenez-vous, il y a 10 ans, quand on commençait à parler du SIDA, on disait que c’était la maladie des
homosexuels ; c'est tout simplement parce qu’il y a une promiscuité dans les prisons. Ensuite on a parlé de la
maladie des Haïtiens, parce que Haïti est tout près de la Floride, où les essais avaient été faits sur des Noirs.
Et là, quand on a commencé à parler de la maladie des Haïtiens, « ils » se sont dit : c’est tout près des États-
Unis, on va renvoyer cela à l’Afrique centrale, donc plus loin. Ils sont allés essayer – c’est cynique et cruel,
mais c’est comme cela que cela s'est passé – en Afrique ; ils y ont créé deux foyers de propagation, l’un au
Zaïre et l’autre en Ouganda. Ils ont fait des essais sur les humains et c’est ainsi que le SIDA s’est propagé sur
la planète. Donc c’est une erreur fondamentale.

M. Michel Cornut (Soc.) : – Il me paraît qu’en principe et en règle générale, lorsque l’on conçoit et présente
une campagne de prévention contre la toxicomanie, on s’efforce de cerner le problème aussi précisément que
possible : quelles sont les consommations de produits toxiques les plus répandues, les plus problématiques,
les plus ravageuses ? Combien de personnes s’y adonnent-elles ? On cherche à le savoir, du moins
approximativement. Ensuite, une fois établi cet état des lieux, on détermine des objectifs pour les diverses
phases de la campagne. Enfin, on met sur pied une procédure d’évaluation pour voir si les objectifs fixés sont
atteints, quels sont les correctifs qui doivent être apportés à l’effort de prévention – tant en ce qui concerne
les moyens mis en œuvre que les objectifs fixés.

La proposition municipale, me semble-t-il, aurait beaucoup gagné à suivre ces principes méthodologiques.
Cela dit, je voterai tout de même le très modeste crédit qui nous est demandé, tout en me réjouissant
d’entendre les explications de Mme la directrice sur le programme « Objectif Grandir ».

M. Claude Bonnard (Vert) : – Quand M. Rudasigwa a dit « c’est vrai, Monsieur ! », il s’adressait à moi,
soulignant que je hochais la tête en voulant démentir ses théories. Je crois que si une armée avait eu le moyen
de faire une machine à tuer aussi sophistiquée, aussi parfaite du point de vue de l’attaque du système humain,
on aurait vraiment les moyens de réparer et je ne crois pas que cette machine soit autre chose que le fruit
d’un malencontreux hasard. Il se trouve que c’est parti dans un pays, cela aurait pu partir de n’importe quel
pays, le problème n'est pas là.

À part cela, j’aimerais revenir sur un autre point, qui a été soutenu par Mme Bergmann, au sujet de
l’information. Il est vrai que certaines de ces réunions peuvent avoir sur les enfants des effets que les parents
ne comprennent pas toujours, et je pense qu’une petite information – précisant que certains thèmes vont être
abordés – peut être importante. Il s’agit de peu de chose, simplement d’informer les parents de ce qui va se
passer à l’école, de manière qu’ils puissent réagir, le cas échéant, à ce que leurs enfants vont ressentir. Alors
je soutiens le vœu de Mme Bergmann et j’espère qu’on en prend bonne note à la Direction des écoles.

Mme Odile Jaeger (Rad.) : – J'aimerais d'abord marquer mon indignation pour la manière dont le président
du Conseil m'a proprement renvoyée à ma place ; je crois que mes propos étaient tout à fait en rapport avec
la demande de Mme Longchamp, et j'estime donc le procédé absolument anti-démocratique.

Mais revenons-en à notre préavis N° 215. Comme je l'ai dit tout à l'heure, j'ai attendu quatre ans une réponse
à cette motion. Ce que je demandais tout particulièrement – il faut quand même que je le rappelle –, c'est que
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

l'on n'attende pas l'âge de 11-12 ans pour que les enfants soient sensibilisés aux dangers de la toxicomanie.
Car malheureusement, on sait très bien que, déjà à cet âge-là, des écoliers ont déjà touché à certaines drogues
– comme des joints, du cannabis, des extasys – sans savoir qu'ils peuvent compromettre leur santé à moyen
terme. Une prévention en matière de toxicomanie et de SIDA me semblait – et me semble toujours – un objet
prioritaire, quand on connaît les ravages que ces derniers peuvent causer, jusqu'à briser de jeunes vies.
J'attendais donc cette réponse depuis longtemps, mais je savais que cette motion avait été le détonateur d'un
vaste chantier de mesures, et qu'on n'avait pas attendu ce préavis pour agir.

Dans un premier temps, le préavis passe en revue toutes les mesures qui ont été déjà entreprises ; je ne vais
pas les citer toutes, je soulignerai tout particulièrement le travail remarquable des policiers, qui sont en
permanence sur les lieux à risques – comme les escaliers de Saint-Laurent – et qui ne sont pas seulement là
pour intervenir en cas de deal mais aussi pour conseiller, ouvrir la discussion et aider en cas de problème.
C'est une prévention en dehors des lieux scolaires, mais qui est tout aussi importante et prioritaire.

Autre sujet de satisfaction, c'est la participation accrue demandée aux parents ainsi qu'une information
régulière. J'ai été également intéressée par l'expérience d'élèves-pairs comme nouvelle méthode de
prévention. Pour l'instant, je reste malgré tout un peu sceptique sur les résultats positifs d'une telle approche,
qui donne beaucoup de responsabilités à un élève et qui fait peser sur lui une pression qui peut être
dangereuse. Je demande à la directrice des Écoles qu'elle nous renseigne sur les résultats de l'expérience
pilote. Je ne reviendrai pas sur « Objectif Grandir », beaucoup en ont parlé. J'attends aussi avec impatience
les conclusions du rapport qui a été ordonné suite à la motion d'un député libéral.

Je peux donc me déclarer satisfaite par ce préavis N° 215, qui répond à ma demande. J'y mettrai cependant
quelques bémols. Si l'effort entrepris est important, on pourrait encore l'intensifier, surtout en matière de
toxicomanie – je crois que concernant le SIDA, on a bien fait les choses. Dans le préavis, vous trouvez aux
pages 391-392 un tableau des actions de santé, soit par les infirmières soit par des groupes interdisciplinaires.
Les actions en rapport avec la toxicomanie sont encore minoritaires par rapport à d'autres. Pour les actions
indirectes par exemple, il n'y a que 10 classes touchées, c'est vraiment insuffisant. Je demande donc à la
Municipalité qu'elle poursuive son effort, par exemple en développant des actions communautaires dans les
quartiers avec les différentes associations. L'expérience qui a été faite dans le quartier du Belvédère, dite
« démarche de proximité », est tout à fait intéressante et mérite d'être développée dans d'autres quartiers.

De plus, j'ai été étonnée qu'on refuse sans aucun commentaire et discussion la possibilité de témoignage
d'anciens toxicomanes. J'ai eu l'occasion de rencontrer un certain nombre d'entre eux qui ont vraiment vécu
la galère et qui sont complètement réintégrés dans la vie active et sociale. Ils peuvent, par leur exemple,
éviter à nos enfants de tomber dans le mirage de la drogue et de la vie trop facile.

Autre critique, un manque d'homogénéité et des différences importantes entre les collèges. S'il faut respecter
les sensibilités différentes de chaque quartier, j'insiste pour que le programme minimum établi soit respecté
dans chaque collège de manière que des écoliers ne soient pas prétérités selon leur lieu de scolarité. Quant
aux conséquences financières de ce préavis, elles sont minimes. Les membres de la commission, comme
certainement la plupart des conseillers communaux, auraient été d'accord de donner un peu plus de crédit
pour le développement de cette prévention.

En conséquence, je dirai certainement oui à ce préavis, en souhaitant cependant un développement plus


important pour la prévention par rapport à nos enfants.

Mme Françoise Longchamp (Lib.) : – Je veux tout d’abord dire que je suis tout à fait à l’aise pour parler du
programme « Objectif Grandir ».

Il y a trois ans, j’ai été approchée par le Lions’club qui m’a dit qu’il allait faire une promotion de ce
programme dans le canton. J’étais enthousiaste sans le connaître lui-même mais par l’idée. Lorsqu’en
commission scolaire, la Direction des écoles nous a également parlé de l’instauration de cet « Objectif
Grandir », j’ai à nouveau été extrêmement enthousiaste. Si je ne me trompe pas – mais là peut-être que je me
trompe un tout petit peu, mais je ne le crois pas – il me semble que c’est moi-même qui ai demandé que la
Direction des écoles écrive au Département pour que ce dernier mette des moyens financiers pour instaurer
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

ce programme. Mais là encore, à la commission scolaire, on nous a parlé de cet « Objectif Grandir », mais
nous n’avions pas devant nous le programme lui-même. Voilà ce que je voulais dire.

Je suis tout à fait d’accord avec vous, Madame Pasche, que le montant sur lequel nous devrions nous
prononcer est dérisoire et je me suis même étonnée qu’un préavis soit établi pour un montant si minime.
Mais vous l’avez dit vous-même, Madame Pasche, nous devons être prudents par rapport aux sectes. Un
élément m'a été relaté ces derniers temps par des parents – je l’ai dit tout à l’heure et le mets bien au
conditionnel – comme quoi il y aurait une assimilation avec des méthodes, voire que le programme aurait été
établi par une personne qui aurait fait partie des scientologues il y a quelques années ; voilà mon souci et
c’est le seul. Il n’y aucune arrière-pensée.

Si, lors de la prochaine séance du Conseil, on peut nous donner le résultat de l’enquête menée par le
Département qui mettrait de côté tout rapport à la scientologie, j’accepterai. Je pourrais même être la
première à accepter ce préavis, mais j’aimerais tout d’abord que la crainte que l’on a soit « bazardée » –
excusez-moi du terme. Mme Desarzens a dit que ce programme est tout neuf. Mettons-le au bénéfice des
problèmes des nouveaux programmes, d’accord ; mais il y a déjà trois ans que ce programme est instauré
dans le canton. Je pense, pour ma part, qu’une évaluation aurait dû être faite avant que l’on aille plus loin
dans l’avancement de ce projet. Voilà ce que je voulais dire.

Je regrette que ce soir il y ait eu une discussion générale, parce que je nous connais tous, la prochaine fois, je
suis sûre que le débat va se refaire. Alors je vous demanderai, s’il n’y a pas d’autres éléments nouveaux,
encore une fois si on nous enlève les soupçons que l’on a, que l’on puisse passer rapidement au vote sur ce
préavis.

Mme Doris Cohen-Dumani, municipale, directrice des Écoles : – Je crois qu’il est tout à fait normal – et
je ne m’offusque pas comme certainement la plupart d’entre vous – que des parents s’inquiètent par rapport à
ce qui a été dit aujourd’hui. Il est tout à fait légitime que certains parents pensent qu’il faut être très prudent
par rapport à la méthode que l’on utilise. J’espère qu’il n’y aura pas de malentendus ou que ceux-ci seront
dissipés à la fin de cette soirée parce que, personnellement, j’aurais très peur – si j’étais maman de petits
enfants aujourd’hui et que j’entendais tout ce qui a été dit – de ne pas avoir de réponses aux questions qui ont
été posées. La prévention dans les écoles lausannoises constitue l'une des principales préoccupations, tant à
la Direction des écoles qu'à la Municipalité.

Je vous rappelle que la prévention a pour but d’éviter à la société des problèmes lourds à gérer, dont les coûts
deviennent de plus en plus insupportables. Plus rapidement nous pouvons intervenir et moins cela coûtera à
la collectivité, et surtout moins les cas seront difficiles à traiter.

Notre Canton a d’ailleurs été longtemps l’un des pionniers en la matière grâce à son système de médiateurs
scolaires. Dans notre monde en pleine mutation, aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Dans le préavis que
vous avez eu sous les yeux, nous vous avons présenté une série de moyens utilisés dans les différentes
écoles, comme par exemple l’intervention de la police longuement décrite, et qui est très précieuse pour les
élèves qui peuvent ainsi comprendre et mieux cerner les dangers de la toxicomanie.

De plus, nous utilisons aussi des pièces de théâtre interactives qui permettent aux enfants de vivre certaines
situations et, comme par exemple, « À bouches décousues », de détecter certains cas de maltraitance. Je peux
vous dire qu’aujourd’hui on a le sentiment que ces pièces ont énormément d’effets, parce que de nombreux
cas sont détectés grâce à ces méthodes, aussi bien que grâce à « Objectif Grandir » ou encore à d’autres
méthodes utilisées dans nos collèges.

Or les milieux scolaires, les parents ainsi qu'un groupe cantonal – réuni il y a quelques années et présidé par
le Dr Michaud – se sont intéressés à la santé des adolescents et souhaitaient disposer d’un programme global
d’éducation à la santé. La réponse, eh bien, c’est justement le programme « Objectif Grandir ». Fondé sur
une approche positive de l’enfant dans sa classe, dans sa famille et dans son environnement, ce programme
répond à cette attente. Pour ceux qui souhaiteraient plus de détails, j’ai a disposition des exemplaires de
brochures qui décrivent brièvement le programme lui-même. Il a été introduit à la rentrée scolaire
1995/1996, bien après que des expériences aient été conduites et évaluées à Yverdon et à Lausanne au
collège de Mon-Repos. Il sera progressivement étendu à l’ensemble des classes de notre ville d’ici trois ans.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

Comme pour toute nouveauté, il suscite et va susciter quelques craintes et c’est normal, mais dès qu’on
explique notre démarche, en général les craintes s’estompent rapidement.

D’ailleurs nous avons demandé une enquête auprès des enseignants et de la direction des établissements à
Lausanne pour savoir si des parents s’inquiétaient. Nous avons constaté que très peu de parents ont fait
quelques remarques. S’ils l’ont fait en venant à l’école, en discutant avec le directeur ou l’enseignant, leurs
craintes se sont très facilement dissipées. Je crois que quand on est proche de ses enfants et de leur
enseignant, on arrive à faire un travail assez remarquable.

J’espère, Mesdames et Messieurs, pouvoir répondre clairement à vos questions et surtout par vous aux
parents concernés.

J’aimerais encore vous rappeler ce qu’est exactement le programme « Objectif Grandir ».

C’est un programme destiné aux enfants des écoles primaires afin qu’ils puissent se développer
harmonieusement pour mieux être, mieux savoir faire, et mieux s’ouvrir à la société.

Il répond à trois objectifs essentiels :

– donner progressivement à l’enfant les moyens nécessaires pour faire face aux événements prévisibles et
imprévisibles de son existence ;
– participer à la prévention précoce des déviances, des accidents, des toxicomanies, des abus et de la
maltraitance ;
– enfin et surtout, j’aimerais insister là-dessus, développer un partenariat entre les enseignants, les parents
et les collectivités par des actions éducatives et de prévention.

En ce qui concerne l’information dans le bulletin N° 33 de Lausanne-écoles en septembre 1995, nous avons
annoncé aux parents la future mise en place du programme « Objectif Grandir ». Dans le bulletin N° 38 de
novembre 1996, le Dr Woringer expliquait ce programme de manière détaillée. Vous pourrez obtenir tous
ces renseignements si vous disposez d’Internet. En effet, je vous signale – un petit coup de publicité – que le
Lausanne-écoles est sur Internet.

Dans la rubrique « Le coin du docteur », le chef du Service de la santé explique en détail « Objectif
Grandir ».

Les enseignants sont les animateurs responsables de leur classe ; ils sont entourés, c’est important, d’une
équipe pluridisciplinaire (psychologues, infirmières scolaires) et je vous signale que les infirmières scolaires
ont suivi, ou suivent petit à petit la formation et qu’elles sont extrêmement intéressées. C’est presque la
bagarre – si vous me permettez l’expression – pour suivre ce cours parce qu’elles estiment qu’elles
aimeraient elles aussi être associées à cette démarche. Après une formation en séminaire, les enseignants
traitent avec les élèves des thèmes de développement personnel.

Le premier thème a trait à la connaissance de soi, à la confiance en soi et au respect de soi-même. Le


deuxième traite de la communication, de la vie en groupe et des relations. Le troisième concerne
l’environnement et vise à développer la prise de conscience des possibilités, des alternatives, et des
problèmes liés à nos sociétés.

Le partenariat, et j’insiste, entre les enseignants et les parents est absolument indispensable pour réussir ce
type d’éducation et renforcer les apprentissages tant à l’école qu’en famille.

« Objectif Grandir » est en fait un programme canadien qui a été adapté à nos besoins. J’ajoute, parce que
cela n’a pas été dit tout à l’heure, qu’il a été recommandé par l’Office fédéral de la santé publique et
qu’actuellement il se poursuit dans les cantons du Jura et du Valais, par le DIP. La formation des maîtres est
faite en dehors de leurs heures de cours, donc ce temps est pris en période de vacances. Malgré cela, nous
avons été absolument débordés par les demandes, certains maîtres s’estimant même brimés parce que nous
ne pouvions pas tous les prendre en même temps.
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

J’ajouterai que je suis personnellement intervenue auprès du Conseil d’État pour la mise en place rapide de
ce programme.

Bien que nous n’ayons pas de budget à Lausanne, nous sommes parvenus à trouver des fonds pour financer
la formation des enseignants. Nous avons obtenu 50 % de financement par le budget de l’État « Prévention
de la jeunesse », 25 % par notre propre budget et 25 % venant du privé. En l’occurrence – cela a été dit tout à
l’heure – un club-service, le Lions'club, dans le cadre de sa campagne sociale annuelle, nous a offert le
matériel didactique.

J’en arrive à certaines rumeurs qui ont circulé concernant « Objectif Grandir ». Mesdames et Messieurs,
méfions-nous des rumeurs : même si elles ne sont pas fondées, elles s’avèrent dangereuses et laissent des
traces difficiles à surmonter. On a d’abord prétendu que ce programme était noyauté par la secte de
scientologie. Cette rumeur était parvenue aux oreilles mêmes du club-service qui finançait cette opération.
Une enquête approfondie a alors été faite.

Je rappelle que nous trouvons dans ce club-service de Lausanne, entre autres personnes, le procureur du
Canton, l’ancien commandant de police de Lausanne, le chef de la police de sûreté et d’éminents avocats. Ils
se sont donc intéressés à savoir ce qui se passait là-derrière.

Résultat de l’enquête : un journal satirique français, que mon voisin de droite connaît bien, avait stigmatisé
un autre programme du Lions’club « Clé pour l’adolescence », programme similaire à « Objectif Grandir ».
La semaine suivante, cet article a été démenti par le même journal. L’article du journal satirique a été repris
par un quotidien lausannois, mais le démenti, lui, a été ignoré. Voilà comment on crée de fausses rumeurs,
par un manque de rigueur professionnelle et d’éthique.

D’autres personnes, terrorisées par l’emprise de la secte de scientologie, voient derrière chaque programme
qui met en valeur la personnalité de l’enfant le bras tentaculaire de cette association. Un peu de discernement
s’il vous plaît. Cessons de jouer sur la peur des gens et cessons de peindre le diable, en l’occurrence la
scientologie, sur tous les murs.

Je ne vais pas m’attarder sur les mesures que nous prenons au sujet de la scientologie. J’espère que vous le
comprendrez. La seule déclaration publique que je puisse faire est que je suis ce dossier personnellement à la
Direction des écoles. De plus, la commission du Grand Conseil, qui a étudié une motion sur ce sujet, a
conclu par un rapport du Conseil d’État qui mettra en place des mesures dans le canton. La Municipalité est
attentive et ne négligera aucune de ces mesures, mais nous ne pouvons pas mettre un policier derrière chaque
personne.

Concernant « Objectif Grandir » et la méthode utilisée, je vous signale que j’ai personnellement suivi ce
séminaire l’année passée avant d’y apporter ma caution. Je n’ai d’ailleurs pas été la seule, M. Schwaab ainsi
que d’autres fonctionnaires ont aussi suivi ces cours pour se faire une opinion sur la méthode.

Or un député, M. Bovet, a interpellé le gouvernement. En attendant la réponse officielle du Conseil d’État, je


puis désormais déjà vous communiquer un certain nombre de renseignements. Tout d’abord, M. Schwaab,
que j’ai vu ce matin, m’a assuré qu’un rapport détaillé sera présenté aux députés lors de la réponse à
l’interpellation. Il ne s’agit donc pas d’une commission, mais simplement d'une réponse que le Département
fera au Grand Conseil. Le rapport conclut qu’aucun motif de mettre un terme à la généralisation du
programme « Objectif Grandir » n’a été découvert.

Si on en est là aujourd’hui, cela est dû à l’incident d’Yverdon au collège des 4-Marronniers. De quoi s’agit-il
exactement ? Un père pentecôtiste, à qui la garde de ses cinq enfants a été retirée, aurait dénoncé le
programme « Objectif Grandir » ; et voilà comment une rumeur peut être transformée. J’ai eu l’enseignante
au téléphone qui m’a expliqué la situation. Cette famille a cinq enfants, dont trois sont au collège des 4-
Marronniers. L’un de ces enfants, âgé de 11 ans, était très violent ; il se bagarrait dans la cour. À la suite de
cet épisode, il s’est retrouvé chez l’infirmière scolaire et a fait une série d’aveux accablants sur le
comportement des parents. Une enquête a tout de suite eu lieu ; la Brigade des mineurs, le Service de la
protection de la jeunesse sont intervenus. Aujourd’hui, le père est en prison et la maman dans un foyer avec
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

ses deux plus jeunes enfants dont un bébé. Eh bien, je ne connais pas les résultats de l’enquête, puisqu’elle
n’est pas terminée. Simplement, ce que j’aimerais vous dire, c’est qu’à la suite de ce cas un amalgame, un
méli-mélo de secte, de scientologues, s'est fait. À cela s'ajoutent les parents qui ne sont pas contents parce
que les enfants les dénoncent.

J’aimerais vous mettre aussi en garde sur un problème. Si nous ne divulguons pas sur la place publique tout
ce qui se passe dans nos écoles, c’est normal, surtout ce qui touche à la sphère privée des gens, car l’intérêt
de l’enfant prédomine.

J’aimerais toutefois vous citer certains cas anecdotiques après la mise en place des cours « Objectif
Grandir ».

Une gamine rentre à la maison et dit à son père : « Si tu me gifles, je te dénonce ». Vous imaginez la réaction
du père.

Or il existe des enfants tyranniques qui profitent, qui manipulent leurs parents et qui essaient d’exercer,
d’attendre une sorte de pitié de la part des parents.

Une mère prétend que son enfant est victime de maltraitance ; motif : elle est en instance de divorce ; elle
veut inciter son enfant à témoigner en sa faveur. Or les faits démontrent que cet enfant a été manipulé. Ce
n’est pas du tout lui qui a expliqué la chose, mais sa maman qui l’a obligé.

Ces histoires sont courantes dans nos écoles et « Objectif Grandir » n’y est pour rien. Cette méthode ainsi
que les autres, comme « À bouches décousues », nous permettent au contraire de détecter des cas. Vous
imaginez un seul instant la responsabilité de l’école qui négligerait de prendre les devants dans pareilles
situations.

Je souhaiterais, avant de conclure, vous rappeler un fait divers tragique. Souvenez-vous du meurtre d’un
homme par sa femme et dont le corps a été gardé quatre mois dans la cuisine. La petite fille n’a pas été crue
immédiatement ; la maîtresse de classe n’a pas remarqué ses difficultés et les grands-parents n’y ont rien vu.
Eh bien, imaginez un peu les attaques que l’école a reçues pour ce cas-là, parce qu’on n’a pas vraiment cru
l’enfant tellement la chose était incroyable.

De nombreux cas de pédophilie et d’inceste font la une des journaux et ce ne sont pas des situations isolées ;
Mme Longchamp l’a même rappelé tout à l’heure.

« Objectif Grandir » n’est pas seulement « Objectif Grandir », les autres méthodes que nous utilisons nous
permettront aussi de déceler ces cas dramatiques plus rapidement, en faisant confiance à l’enfant, en lui
apprenant à se confier, et en étant à son écoute.

J’aimerais aussi vous préciser une chose : si on recommande à un enfant de dire non à un cas de maltraitance,
cela ne signifie pas qu’on lui conseille de dire non à ses parents. Il faut savoir quand même faire le
discernement entre ce qui est dit dans ce genre de méthode et ne pas tout amalgamer. Une association, qui
s’appelle « Dis No » lutte contre la maltraitance, en apprenant aux enfants les limites de l’acceptable et de ce
qui ne l’est pas. Il faut savoir discerner entre ces deux choses.

Il y a une mutation profonde de notre société. De plus en plus, qu’on le veuille ou non, les parents se
déchargent de certaines charges éducatives sur l’école ; ils ne se sentent pas toujours en mesure de les
accomplir. Ils préfèrent faire confiance à des professionnels en ce qui concerne la santé et la prévention.

C’est ainsi, c’est un phénomène naturel. Ce programme n'était prévu à l’origine que pour les écoles
primaires, mais voici que les directeurs et les enseignants du secondaire nous demandent d’introduire
« Objectif Grandir » pour combattre la violence. Nous avons donc décidé de l’introduire à l’essai au collège
de l’Élysée pour les cinquième et sixième.

Pour terminer, j’aimerais rendre hommage aux enseignants. Face à tous ces changements, à la mutation de
l’école et de notre société, les enseignants ont un rôle qui devient de plus en plus difficile à gérer et ce rôle,
Bulletin du Conseil communal, séance no 7 du mardi 29 avril 1997, p

on le leur demande. Ils ne doivent plus se contenter d’apporter la connaissance ou d’éveiller l’esprit critique
des jeunes, ils doivent souvent se substituer à la défaillance des parents et jouer à la fois le rôle d’éducateur,
d’enseignant et parfois de confident. Eh bien, un effort considérable est entrepris pour la formation de ces
mêmes enseignants. Eux-mêmes sont d’accord d’y consacrer du temps pendant la période de leurs vacances.
On ne peut pas prendre le cours « Objectif Grandir » sans formation et nous insistons sur cette formation.

Je vous disais tout à l’heure qu'on a fait une enquête à Lausanne auprès des parents, de même qu'au niveau
cantonal. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat sur ce programme. Très certainement, il faut informer
davantage les parents sur toutes les actions que nous entreprenons à la Direction des écoles, mais il faut aussi
que les parents s’y intéressent. J’aimerais vous donner un exemple concernant le programme d’éducation par
des pairs: au moment où nous l’introduisons dans un établissement, celui de Villamont/Saint-Roch, nous
avons envoyé une lettre à tous les parents des enfants concernés. Résultat : sur une classe, exactement deux
parents – dont l’un, médecin, s’intéressait particulièrement à la méthode – ont pris la peine de venir alors que
tous savaient que leurs enfants allaient participer à un programme pilote important leur demandant un certain
nombre de responsabilités à apporter. Et bien, j’aimerais que les parents s’associent davantage à tous ces
projets, qu’ils soient là quand on leur demande de s’intéresser à la cause de leur enfant. Je reste persuadée
que les parents qui sont proches de leurs enfants, qui se donnent la peine d’écouter, d’entendre, n’auront
jamais de problème avec « Objectif Grandir » ou avec un autre programme de prévention. Ils n’auront pas de
problème s’ils gardent le contact avec l’enfant et s’ils savent toujours à qui s’adresser, c’est-à-dire à
l’enseignant, à la direction de l’établissement ou encore à la Direction des écoles.

Mesdames et Messieurs, pour conclure, je pense que le vote n’aura pas lieu aujourd’hui, mais au moment du
vote, je vous demanderai bien sûr de prendre acte de ce rapport tout en faisant confiance aux actions qui sont
entreprises à la Direction des écoles, qui sont toujours faites sous la responsabilité d’un médecin, je vous le
rappelle, et avec des personnes compétentes en la matière. On ne fait jamais les choses à la légère à la
Direction des écoles.

M. Bernard Métraux, municipal, directeur de Police et des Sports : – Extrêmement brièvement deux
choses. Tout d’abord, la première, je voudrais confirmer l’information qui a été donnée par Mme la directrice
des Écoles en ce qui concerne le constat des abus, en particulier sexuels, sur des enfants. Le Corps de police
constate ces deux dernières années une augmentation du nombre de cas dénoncés. Cette augmentation du
nombre de cas dénoncés est bien la conséquence des campagnes de sensibilisation effectuées dans les écoles.
Je crois que c’est extrêmement important. On a là une démonstration très claire. Les enfants osent plus parler
qu’avant et je crois que c’est très heureux.

Deuxième chose, j’aimerais rectifier ce qui a été avancé par Mme Pasche tout à l’heure comme quoi les
policiers auraient l’interdiction d’intervenir ou d’interpeller à Saint-Laurent lorsqu’il y a du trafic ; j’aimerais
démentir cette information. Vous me permettrez de ne pas donner le détail sur les méthodes de travail de la
police lausannoise, mais je peux vous affirmer que des interventions dans ce domaine-là ont lieu et qu’un
certain nombre de policiers interviennent, qu’il y a des méthodes qui ont été mises au point de manière à
pouvoir travailler efficacement dans cette zone comme dans d’autres. Vous comprendrez cependant que je ne
peux pas vous les détailler, mais je vous affirme qu’intervention il y a.

La discussion n’est plus demandée. Le vote est reporté à la prochaine séance.