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Digues en terre Le construction des digues en terre pose un certain nombre de problémes e’hydraulique des sols quiil a paru souhaitable de ne pas laisser de c6té au cours de ces Journées. Ces problémes se retrouvent «ailleurs, dans une certaine mesure, lors de la construction de remblais routiers de hauteur importante que les laboratoires des Ponts et Chaussées ont occasion d'étudier dans le cadre du programme d'autoroutes. L’étude du comportement d'une digue en terre permet Gillustrer, par des exemples conerets, les principales notions développées dans les articles précédents| pressions intersttielles, forces d’écoulement, drainage, résistance au cisallement, long terme, court terme, etc. DIFFERENTS TYPES D'OUVRAGES Le codit d'une digue en terre est d'autant moins dlevé que les sols utilisés pour sa construction proviennent de gisements plus proches. Il s’ensuit que, dans la plupart des cas, on a intérét a utiliser es matériaux disponibles au voisinage du chantier. Ceux-ci déter minent te type de Pouvrage. Schématiquement, les sols employés pour la cons- truction d'une digue en terre peuvent étre classés en deux grandes catégories : — les matériaux perméables (Sables, graves) caractérisés par une résistance au cisaillement élevée, les matériaux peu perméabies (argiles, limons argi- Jeux) caractérisés par une résistance au cisaillement plus faible. Si on dispose, & proximité du chantier, de quantités importantes de matériaux peu perméables et d'un faible volume de matériaux perméables, on est amené & cons- truire un ouvrage homogéne en matériaux peu per- méables (fig. 1a). Au contraire, si la proportion des deux types de matériaux est inversée, on est conduit & adopter la H. JOsseauME: n/n tor a) barrages homogines en matéciaux peu peméables équipés de diferens systimes de drainage, avec, de haut en bas: coin desinant aval, taps drsnant aval, taps drainant prolongé par un drain dans le corps de digue 2) barrage i noyau ©) barrage 2oné Fig. 1 Diffcents types de barrages en terre: 99 solution «ouvrage a noyau étanche », le noyau éant construit en matériaux peu perméables et les recharges en matériaux perméables (fig. 1). Par contre lorsque les recharges sont constituées de satériaux ayant des perméabiltésnettement différentes, les matériaux occupent une position dautant plus cen- trale dans le corps de digue que leur perméabilité est plus faible (barrages 2onés, ig. Ie). Dans le cas oi, dans un méme site, des matériaux perméables et des matériaux peu perméables sont dispo- nibles en grande quamtté, le choix du type douvrage dépend généralement de son importance. Les pentes des talus d'un barrage homogéne construit 4 partir d'un sol argileux sont relativementfaibles alors que les pentes des talus d'un barrage & noyau sont géné ralement plus raides (la résistance au cisaillement du sol des recharges étant plus devée). Il sensuit que e volume des matériaux mis en cuvre dans un barrage & noyau est moins important, toutes choses étant égales par ailleurs. Cependant, il est nécessaire d'interposer entre Je noyau et les recharges, des filtres ayant pour but empécher Ventrainement des éléments fins du sol. La construction de ces filtres est sulisamment onéreuse, pour que, dans le cas de certains petits ouvrages, la solution « digue homogéne » sit plus économique. DIFFERENTES PHASES DE L'ETUDE DE LA STABILITE D'UNE DIGUE EN TERRE Liétude de la stabilité d’un barrage en terre met en jeu les méthodes générales d'étude de la stabilité des talus. Parmi les plus utilisées, citons celle de Fellenius et surtout celle de Bishop. Le coefficient de sécurité d'un talus est fonction de sa géométrie, des paramétres de cisaillement intergra nnulaie c' et du sol et des pressions interstitielles qui s'y développent. Dans le cas d'un barrage en terre, les pressions interstitieles dans le corps de Pouvrage et dans le fondation évoluent considérablement au cours. de la vie de celui-ci. Les paramétres de cisaillement du comps de louvrage (surtout ¢’) peuvent également subir des variations lors de la mise en eau. Aussi la stabilité dune digue en terre doit-elle étre vérifiée a différents stades de son histoire : — pendant sa construction et en fin de construction, lorsque Yeau est a son niveau maximal dans la retenue et qu'un écoulement permanent s'est éabli 4 travers louvrage, cest-i-dire dans les conditions normales d'exploitation, —lorsque Yon abaisse rapidement le niveau de eau dans la retenue (vidange rapide’. 200 Les caractéristiques de Vouvrage sont déterminées le plus souvent par son comportement au cours des deux derniéres phases : le talus aval est alors dimensionné en tenant compte des conditions existant lorsque Peau dans la retenue est & son niveau maximal et le talus amont ‘en tenant compte des conditions eréées par la vidange rapide. Cependant, dans certains cas, il stavére nécessaire de modifier ces caractéristiques pour assurer la stabilité de Vouvrage pendant la période de construction. COMPORTEMENT DE L’OUVRAGE PENDANT SA CONSTRUCTION Facteurs susceptibles de provoquer la rupture Pendant la période de construction, la stabilté d'une digue en terre peut étre compromise : 1, Lorsque la capacité portante du sol de fondation est insuffisamte, cest-A-dire lorsqu’il comporte une (ot plusieurs) couche argileuse peu ou moyennement consis- tante. Le temps de consolidation d'une telle couche sous le poids du corps de ouvrage est généralement trés supérieur la durée de la construction. On se trouve done sensiblement dans les conditions d'un chargement non drainé et Ia résistance au cisaillement mobilisée dans Margie est sa cohésion non drainée Cy. Si Vargile est peu consolidée, C, ne peut équlibrer les efforts de cisaillement transmis par une digue de hauteur moyenne. Si la couche argileuse est peu épaisse et se situe & faible profondeur, on a souvent intérét & Venlever. Dans le cas contraire on est amené a prendre une ou plusieurs des ‘mesures suivantes — construction du corps de digue en plusieurs étapes, — accélération de la consolidation des sols argileux au moyen de drains de sable verticaux, — adoucissement des pentes des talus. 2. Lorsque des pressions intersttielles excessives se développent dans le corps de digue, c’est-i-dire lorsque celuici est constitué en grande partie de sols fins argileux de teneur en eau élevée ayant une perméabilité telle quiils ne se drainent que trés lentement. Lorsqu’une couche de sol fin argileux vient tre ‘compactée (généralement & énergie « Proctor normal ») elle n'est pas saturée ct contient un certain volume dair. La pression intersttielle y est done négative. Pendant la construction du corps de digue, le sol se comprime sous le poids des couches supérieures, son volume des vides décroit et lair interstitiel se dissout dans l'eau : le degré de saturation augmente donc et peut, le cas Caraetéviatiques ou sot | : rida apccitique see 8 ’ ! leneuraneauw = 165% Uaupiciter Censiron2 7 3 — fz | 2. “6 —- en | | ok L ° ) 2 2 ¢ Contesinte vertizale @ (oar) Fig, 2~ Various de ln pression imestele en fonson de a contain verica, pendant un esti taal non cand eletud 8 craton tae nue (at Kp. -22 tod ver it por et vars evs de 0, ‘échéant, devenir égal a Yunité. La diminution du volume ddes vides se traduit par une augmentation de la pression intersttiele d'autant plus importante que la compressi- bilité du fuide interstiiet (eau + air) est plus faible par rapport a la compressibilité du squelette solide*. Lorsque le degré de saturation initial est suffisamment faible, ’est-a-dire lorsque la teneur en eau w du sol est inférieure de quelques points 4 la teneur en eau optimale dde compactage, ar intersttiel ne se dissout pas complé- tement dans Teau interstitille, méme si la pression cexercée par la partie supérieure du remblai est grande. Dans ces conditions, le fluide intersiiel reste suff- ‘samment compressible pour que les pressions intersti- tielles qui se développent en cours de construction soient fables. Inversement, lorsque le degré de saturation est suffi samment élevé, c'est-i-dire lorsque la teneur en eau du sol est de ordre de la teneur en eau optimale ou lui est supérieure, la compressibilité du fluide intersttiel day. Talus amont un barrage revét d'une couche en matérau «és permeable Fig. 20. Burrage & noyau équipé dun taps drsinane amont. Réseau découlement dans la recharge amon an Lorsque la retenue est pleine, la charge hyéraulique varie peii dans le talus amont, aussi la valeur de h’ est- elle négligeable. On a dans ces conditions : = Po be La distribution de la pression intersttielle dans le talus amont est alors la méme que dans le cas dun écoulement horizontal et Fon est ramené a un cas pré- cédemment étudié (digue en matériau peu déformable fondée sur une couche imperméable). On notera tou- tefois que si le revétement du talus amont par une couche en matériaux de forte perméabilté permet @'adopter une pente plus élevée, 1a solution tapis drai- nant amont est totalementinefficace dans le cas présent (puisquil n'y a pas écoulement de l'eau vers le drain immédiatement aprés ta vidange). Remarques : © La pression interstitielle dans les zones déformables et peu perméables du corps de digue situées a droite du point N (fg. 21) ne subit pas, de variations sensibles pendant Ia vidange rapide. C'est pour cette raison que, dans le cas des ouvrages & noyau central mince, on peut parfois admetire que les pressions interstiilles dans le noyau ne varient pas au cours de la vidange Fi, 21 - Pression inerstlle dans fe talus amon avant Ia vidange La vidange compléte de la retenue ne erée pas néces- sairement les conditions de stabilité les plus défavo- ables pour le talus amont. Aussi doit-on vérifier également que le talus amont est stable pour différents niveaux d'eau dans la retenue pendant la vidange rapide. Coefficient de sécurité minimal La rupture de Fouvrage au cours de la vidange de la retenue ayant des conséquences moins graves qu'une rupture lorsque ouvrage est en service, on adopte fré quemment un coefficient de sécurité minimal inférieur rapide, F = 15 (par exemple F = 1,3). BIBLIOGRAPHIE [1] A.W. 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