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3. Tour de France 2009

Lundi 27 juillet 2009

Le Télégramme

Christophe Le Mével. Enfin son Tour !

Photo AFP

Christophe Le Mével, le p’tit gars de Lannion, s’est donc classé 10 e du Tour de France. Le grand public le découvre mais, pour le petit monde du vélo, ce n’est pas vraiment une surprise.

Christophe Le Mével aura connu une Grand Boucle 2009 mémorable terminée, hier, sur les Champs-Élysées. Dans un nouveau rôle au sein de sa nouvelle équipe, La Française des Jeux, le Costarmoricain n’a pas laissé passer son tour.

nouveau rôle au sein de sa nouvelle équipe, La Française des Jeux, le Costarmoricain n’a pas
Jeux, le Costarmoricain n’a pas laissé passer son tour. Ce jour-là, il avait gagné en franchissant

Ce jour-là, il avait gagné en franchissant la ligne sur la roue arrière. »

Didier Le Saux, président du Vélo Vert Lannion où Le Mével a débuté.

Christophe Le Mével en bref

Française des Jeux

Né le 11 septembre 1980 à Lannion, se partage entre Trédrez-Locquémeau (22) et Saint-Laurent-du-Var (06).

1,74 m. 61,500 kg.

Marié à Laura.

Pro depuis 2001 : Crédit Agricole espoirs (2001), Crédit Agricole (2002 à 2008), Française des Jeux (2009).

10 e du Tour de France 2009 (40 e en 2008, abandon sur chute en 2007, 75 e en 2006).

Palmarès 2009 : 10 e de Paris-Nice et du Dauphiné Libéré, 12 e du Tour de Catalogne.

Une victoire chez les pros : une étape du Tour d’Italie en 2005.

Christophe Le Mével ne se fait pas prier pour raconter l’anecdote. « Eddy Merckx était venu à Lannion pour la présentation du Tour de France qui arrivait chez nous, je ne sais plus quelle année (NDLR : c’était en 1995). J’avais envie de le voir mais je ne le connaissais que de nom, je ne savais pas quelle tête il avait. Je vois un gros monsieur à l’entrée d’une salle et je lui deman- de : “Excusez-moi, il paraît qu’Eddy Merckx est là. Vous savez où il est ?” Il me répond : “Mais, Eddy Merckx, c’est moi”. » Christophe tente alors une imitation de l’accent belge. Bon, on ne lui fera pas injure en révélant qu’il est bien meilleur coureur qu’imitateur Christophe avait alors 15 ans et était loin de pen- ser qu’un jour il se classerait 10 e du Tour de Fran- ce. Sa passion de l’époque, c’était le VTT.

Vainqueur

sur la roue arrière « Ça lui était venu par hasard », raconte Daniel, son père. « Chez nous, on est surtout moto. Moi,

Mais, un jour, j’ai vu un VTT

dans un magasin. J’ai trouvé ça joli. J’en ai ache- té deux, un pour Christophe, un pour moi. » Un soupçon casse-cou (comme papa), le fiston devient très vite un des as régionaux de la disci- pline, au Vélo Vert Lannion, le club dirigé par Didier Le Saux. « Pour lui faire acquérir davanta- ge de fond, je lui ai suggéré de faire de la route. Et là, j’ai très vite vu qu’il était très doué », racon- te le marchand de cycles de Lannion, qui fut l’un des meilleurs amateurs bretons. Aujourd’hui encore, il se marre en se souvenant des frasques de Christophe. « Sur route, il avait gardé ses habitudes du VTT. Je me souviens d’une course de juniors à Plouaret où, en plein sprint, il avait soulevé sa roue avant. Ce jour-là, il avait gagné en franchissant la ligne sur la roue arrière. Les commissaires, un peu vieux jeu, avaient même failli le déclasser. » Ce n’était pas qu’un joyeux luron, c’était aussi un excellent

j’en suis à ma 35 e

grimpeur, déjà très courageux, qui devint très vite un abonné des équipes de France juniors et espoirs. « Mais c’est seulement en espoirs, quand j’étais dans l’équipe Jean-Floc’h, que j’ai commencé à me dire que ce serait bien d’être professionnel. »

Nerf sciatique sectionné Le rêve commença à prendre forme en 2001 quand il intégra le Crédit Agricole espoirs, qui évoluait dans la 3 e division pro de l’époque. C’était la réserve de l’équipe première qui, le gar- çon ayant transformé l’essai, l’embaucha la sai- son suivante. « Là, je devenais un vrai pro. Mais, au bout de quatre mois, j’ai cru que c’était déjà terminé. Définitivement terminé. » Il faut savoir qu’en mai 2002, aux Quatre Jours de Dunkerque, il fut victime d’une chute terrible.

Rien que de l’écrire, ça fait mal : il eut le nerf scia- tique gauche sectionné. La cicatrice est toujours

« Sur le coup, je ne pen-

là pour en témoigner

sais même plus au cyclisme. Mon seul but, c’était de pouvoir remarcher. Mais, grâce au docteur Armand Mégret, j’ai repris espoir. C’est lui qui a assuré ma rééducation. Il m’a même remis sur le vélo avant que je puisse marcher.» La saison suivante, le Lannionnais était redevenu coureur cycliste et il mit même un point d’hon- neur à s’aligner, dès janvier, dans le Tour du Qatar. Où il attaqua au kilomètre 0!

Giro : une étape et Laura Depuis, Le Mével a patiemment gravi les éche-

lons. Meilleur grimpeur du Tour de l’Avenir en 2003, 3 e de cette même épreuve en 2004, il a

signé sa première (et seule, pour l’instant

toire pro en 2005. C’était dans le Tour d’Italie, à

Varazze, où, à 1.500 mètres de l’arrivée, il faussa compagnie à ses cinq compagnons d’échappée. Quelques jours plus tôt, il avait rencontré Laura, une belle Italienne, devenue aujourd’hui son épouse. « Ce fut un coup de foudre », raconte

) vic-

Laura, qui ne se fait pas prier pour parler de « son » Christophe. « Ses passions ? La moto et la musique, des groupes américains un peu spé- ciaux. Sa qualité majeure ? Sa gentillesse. Il est très généreux, trop peut-être. Il pense toujours aux autres avant de penser à lui-même. Ces der- niers temps, il avait très peur de perdre sa place dans les dix premiers du Tour. Mais c’était, avant tout, pour ne pas faire de peine à tous ceux qui

croient en lui. Il est très drôle aussi. C’est tou- jours lui qui fait rigoler tout notre petit cercle d’amis, ici à Saint-Laurent-du-Var. »

Pour se rapprocher de l’Italie

Le nom est lâché

de Laura et bénéficier de meilleures conditions d’entraînement, les Le Mével ont mis leur maison de Trédrez-Locquémeau en location et vivent aux portes de Nice.

Résistant et courageux Mais le fils de Patricia et Daniel ne renie jamais ses racines bretonnes. C’est bien un Breton pur beurre qui s’est classé 10 e de son quatrième Tour de France. En 2006, 2007 et 2008, il était avant tout au service de Thör Hushovd, le sprin- ter du Crédit Agricole, sans que ça l’empêche de démontrer qu’il était doté d’une résistance et d’un courage hors du commun. En 2007, il se serait sans doute classé premier Français du Tour si une fracture de la clavicule ne l’avait pas ren- voyé à la maison en début de troisième semaine. « Mais être premier Français et trentième, c’est nul », avait-il déclaré la veille de son abandon. Cette fois, il est premier Français et dixième. Ce n’est pas rien. Et surtout pas une surprise. A La Française des Jeux (voir ci-dessous) où il évolue

depuis le début de la saison, il a laissé sa livrée

de domestique (en breton, ça se dit Mével

) aux

vestiaires. Cette année, c’était enfin son Tour. Il ne l’a pas laissé passer.

Jérôme Le Gall

Du Crédit Agricole à la Française des Jeux

Au Crédit Agricole depuis ses débuts pros, Le Mével a pris une nouvelle dimension en signant, cette saison, à La Française des Jeux. Passé du statut d’équipier au Crédit Agricole à celui d’homme libre chez Madiot, Le Mével n’a pas déçu. 10 e de Paris-Nice et du Dauphiné, 12 e du Tour de Catalogne, ça vous classe un coureur et ça augurait d’un bon Tour. « Je visais une place dans les 20 pre- miers, dans les 15 au mieux. Dans les 10, c’est

venu après mon échappée de Besançon. »

Ce jour-là, il avait acquis un bonus de cinq minutes

) mais ses places à Verbier

(15 e ), Bourg-Saint-Maurice (17 e ), au Grand-Bornand (11 e ), à Aubenas (9 e ) et au Ventoux (15 e ), le tout en dernière semaine, prouvent que son classement ne doit rien au hasard. Sa liberté de manœuvre est une raison de ses bons résultats, ses méthodes d’entraînement aussi. « Avant, quand j’avais fait

(sinon, il aurait été 14 e

mes cinq heures de vélo, je croyais m’être bien entraîné. Maintenant, grâce aux conseils de

Frédéric Grappe, je fais davantage d’intensité. J’ai aussi bossé en soufflerie et ça a amélioré mes résul- tats contre la montre. Mais, il y a encore du travail et Grappe m’a dit que j’avais toujours une grosse marge de progression, dans tous les domaines. »

J. L.

G.