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INTRODUCTION Tout reprendre par le commencement On ne doit pas s*étonner que la théorie de Marx suscite aujourd'hui Vintérét d'une nouvelle génération. Son actualité tient, paradoxalement, au fulgurant redéploiement du capitalisme, qui, dans sa phase actuelle de ‘mondialisation, retrouve le caractére sauvage de ses commencements, ~ en ‘méme temps qu'il renouvelle, cette fois a une échelle ultime, les signes de sa fin annonede. opinion savante admet votontiers que l'on doit retenir quelques legons dy Capital. Le capitalisme serait assurément lo moins mauvais systéme. Mais Je marxisme ~ qui en est censément la critique utopique, inspiratrice de la «grande illusion» du XXe siécle, avec son cortége <’horreurs — aurait ‘gonimoins le mérite de mettre en lumiére certaines pathologies inhérentes & économie modeme, productrice q”inéyalités et d’exclusions. On lui ménage ‘inal, dans Uédifice de la culture, une place honorable, en vue de Pinstruction He In jeunesse, Mais on tient qu'il a dit con dernier mot. Pavancerai ic, tout au contraire, que la théorie de Marx est non seulement {indispensable pour analyse du monde contemporain, mais riehe d’avenir. Elle leomporte certes des insuffisances et erreurs insignes, qui n’ont pas manqué \Wavoir de ficheuses répercussions historiques. Mais, si l'on parvient a les wwifier rigoureusement, on sera en mesure de réhabiliter son potentiel ‘cognitif et politique, et de te porter & son plein développement, De distinguer fle ee que l'on peut en attendre et ce que I'on ne doit pas en espérer. Tel est, ‘dW moins, Le défi qui sera ici affronté. Diverses critiques, corrections et fextensions, que T’on rencontrera en chemin, ont été proposées par des economists. IL s'agit ici de tout autre chose : il s'agit de reprendre le travail jconeeptue! productif au niveau qui est celui de Marx au principe méme de son Joxposé, Les philosophes se sont contentés d'interpréter, de diverses maniéres, Le Capital, ils’agit maintenant dele transformer. Je me tiendrai en apparence, au long de ce livre, distance de toute nctualité. Et pourtant, ce « travail dans la théorie » se congoit ~ le lecteur en Juyers au terme ~ comme wwe participation & 1a Wansformation séelle du monde, au « mouvement pour un autre monde », au sein duquel il se situe au liue d'une division des taches et done en dépendance de beaucoup autres 0 INTRODUCTION recherches ot prtgues. I agit st de ine Le Capita a temps, lone, de Vatermondatiaion, Trek cn ae ajoudh une maniée de sauer Ie mance comme alin atpie» ut esses pos fb une into de on Contre cette fagon de renoncer, je propose ici — et cela Mencontre des cntSpctons gi la neualset = tne «efondation» de a théorie de sre iretends cones ter eyo des divers marssmes contemporain. Mais wiPsupnose ue sl lout abort brane la torpeur dogmatiq, quiet la ‘te Jeme pone done depend pe ometzenent Taig theclque ing pr Mars Dans Pespoi dea condue son terme ener acis presen ouvage comme ute ioductin au Coptal Mais ise dame insert a Jou ete ses de pais, comme une sea euvteanon ede yecnsiuction de cate cure Un tel aval eae sinont as sources d'nspiaton dans Uhisoie et It cute dv Se te, drs echo es epiines eds sides orgs, dan Tse de nowvenue paraigmes pilosopliques et scientifiques, dans aeons dela recherche empiiqu, Male il vise esentillement une fmoonswuction thérgue coherent ‘explication propose dans In prenie pani consre Is principe conceive renchnnement de Texpos, Elle est compléige par examen Gt ue dives nterptation, Ala dférence autres commenters, cae eps evi du Capital dans les Versions aniere, Je tens we SNe ual come un chercheur ordinate, ne produ jamais une sree semion qu'on anand insiisanes de To predentin do aan ir pouuie et myant_ancune maison Ge s'expliquet si Tes 2rahfemans tuxquls i proce, C'est pou, sans nélgr Is exquisses aie aes eden engl allemand, ja sowent priv a Song, td a Roy, mak ere ew par Ma 2 rovddé ete occasion 4 lies modifieations. proesye voudrais fire apparaitte le contenu politco-philosophique de cette sho, gue es verses exes ont, Aman ses, ls su econste dans wre cat anpleu Eingeducton qi je propose fee done de elle que so at run économie. I fat cote ie Le Capital comme wn texte Fe. Enn sons nouveat, qui le dine, selon Son sos, comme econo ae de Pésonomie poltgie>. Cet eitque consist & ise Taeoncne dan ies scenes sociis et hbtorqes. A Tencone de o= que eopuarat ine eqnomle pure abstite et ankisoique Marx, en ela Pecan Ge “cheats conten, ‘ene twee ee comme pare prennte dune Torme toujours parole de SM “POtace capone Fm conua 8 hare wr mann atest Fobjet de ouvage das Son ensemble presuppose sreenate inl hacesareent les Hngaments dune «tore gendzale» de TOUT REPRENDRE PAR LE COMMENCEMENT u fette forme de société, avec ses caractéres juridico-politiques, sociologiques et Idéologiques propres. Et c'est dans le Livre I que se concentre principalement leit mattice théorique, que le travail d'« explication» cherchera a explicitr. La question de ordre de exposé est ici primordiale. Non seulement elle fjouverne le sens et la pertinence (C'usage possible) des categories fiuecessivement introduites, et donc In substance méme de la théorie. Mais la Position des concepts dans la sSquence de exposé figure les relations réelles bite es divers niveaux de rapports sociaux qu'ls définissent. Elle figure dans In succession discursive I'architectonique sociale comprise selon son content Aieturcl ct done aussi selon sa dynamique réelle, En ce sens, ordre de exposé renvoie toujours a son commencement comme au point oi il faut Ioujours pouvoir revenir pour considérer, théoriquement et pratiquement {politiquement, tout le reste. ‘A cet égard, un des problémes principaux de linterprétation du Capital lent précisément au fait quil existe un décalage entre, dune part, la Section 1 ay Livte I, qui présente un caractre plus général (pus « abstait», dit Marx), Wiltant ce ia logique de I production marchande comme telle, ou du ‘upitalisme en tant qu'il est impliqué dans une logique de marché, et, d'autre [In Section I (et le reste de l'ouvrage) qui porte sur ce qui est propre au fuaplalisme, caractérisé par le salariat privé et par son orientation vers Wcoumolation de fa plus-value. Sutilise, pour désigner ce décalage, le terme ie «mnét/structre ». La « métastructure » désigne l'objet de cette Section 1, Hindle» signifiant ce niveau supérieur d'abstraction, opposée & celui de Ia Alice» (de classe captaliste), présentée & partir de la Section I, Toute In {Msation sera de savoir comment comprendre la relation entre ces deux niveaux J marché et le capitaisme, On en devine tenjeu. Si j'ai introduit Le terme, je n'ai mullement inventé I'idée: cette ‘Milovlation métw/structuretie—*est-dire de la métastructure a la siructure WH ne découverte essenticle de Marx, un dispositif théorique inédit, ec mais désormais incontoumable. Le marxisme ultéricur P's | eles apprshendée et prise en compte, de fagon diverse et inégale, mais sans Wi foumir une formulation adéquate. Cela tient, selon moi, d'une part aux ‘Weeitudes qui pasent, dans la tradition marxiste, sur la relation entre marché Miapitalisime, et d'autre part tes deus étantétroitement liés~ a l'insutfisan W@ dle ln théorisation ici proposse par Mars, qui doit en effet étre ite sur une base plus large, dont lambition est d'assumer la double giceexprimée parla tradition tructuraliste et la tradition dialectigue Li reconsiruction proposée dans 1a seconde partie se fonde sur un jemient du concept de « métastructure », qui retentit sur ensemble de la ur la « structure », et aussi sur la relation, pratique, entre ces deux ‘Wie comporte deux volets. n INTRODUCTION Bile "inspire des économies « hétérodoxes » qui refusent de voir dans Te ‘marché le paradigme exelusif de l'économie. Elle formule en ce sens & un concept d'« organisation », qui désigne autre forme rationnelle de la ‘coordination sociale de la production. Ces deux catégories sont traitées comme fepriventant les deux «péles » de institution économique, de méme niveau (pistémologique, antithétiques et co-imbriqués, sans étre pourtantstrictement homologues, Ce couple marché /organisation constitue d8ji, ainsi qu’on Te ‘ort, le pivot de la problématique de Marx, qui pourtantn’a pas su en faire un [waite adéquat. Ce concept sera défini progressivement, a Tong de Texposé, & neste que la théorie développera ses tenants et aboutssants Fajoute, et c'est Pautre volet de innovation que je propose, que ces atégories « économiques » ont au plan de la relation juridico-potitique leur tunitepatic (leur autre « face ») classiquement réfléchie dans le couple de la tcliborté dos modemes » de contacter avec tout un chacun et de ta « liberté {tout aussi moderne, on le sait) des anciens » de s’organiser selon des voies definies en commun. Les deux «ples» présentent done deux «faces». De ce double atpissement du point de départ, il résulte tout un corps de conséquences foonvernant dune part Vanalyse de la « structure» de Ia société moderme, en lun que socité de classe, dans sa teneur économique, sociologique et juridico- politique, et d'autre part Pinterprétation du « systtme du monde » propre au {apitiisme, dont le processus dit de « mondialisation » dessine aujourd"hui la figure (en un sens) ultime. ‘vais ebavehé ce programme dans mon livre Théorie générale. Je le ‘prends ici par le commencement. La confrontation ditecte avec l'exposé de ‘Marx pris dans son déroulement, le projet systématiquement poursuivi dune tolomte des grandes articulations de sa construction & partir d'une base ainsi {aru (et par li ouverte a divers apports des sciences sociales ct philosophies ‘omlomporaines), constitue um nouveau defi, une épreuve décisive pour In ive théorique que je propose. Et, je Vespére, une voie plus stre pour Pintelligence de mon propos. Ele place dans wne lumitre erue nombre Wiintertogations issues des traditions marsstes et postmarxistes, et qui Torivoient toutes & ta question de savoir en quelle sorte de « monde» nous ‘ivons, en quelle sorte de « temps, et quelle sorte dalternative nous pouvons ‘onigevoir de metie en uvre ! Une Trine parte, Conmentare mire! dh Cpt, i comple te ne ett vi der econ Fe du Le El x dene xpienton» que lac reconsucion psn notamment es ergs That fee arg Et eo ans erst x sk Sven "Cal even le uation pr ais, dont on al Comment lire ce livre I va de soi que Ia lecture de ce livre va de pair avec une lecture ou une relecture du Capital, notamment du Livre I, dont il suit rigoureusement le plan. (On peut Je prendre dans ordre: 1. Explication, 2. Reconstruction. Ou cconsidérer successivement chaque point tel qu'il est traité dans Le Capital, en suivant mon Commenfaire en ligne, et dans chacune des deux parties, Louvrage sladresse tout & a fois & ceux qui se proposent de s'nitier & euyre de Marx, et & ceux qui veulent se confronter aux problémes qu'elle souléve, sux débats auxquels elle donne lieu aujourd'hui. 1 peut done se lire a plusieurs niveanx différents La premigre partie, strictement analytique, vise, bien sOr, & expliguer en termes élémentaires la théorie de Marx. Mais elle cherche en méme temps & \légager quelques theses essentielles, qui motivent la « reconstruction ». Les assertions, parfois surprenantes, quielle contient ne sont pleinement intel- ligibles, et done éventuellement convaincantes, qu’a la lumiére des enjeux Uhgorigues et politiques que fait apparaitre Ia seconde parti. Bref, ce livre, en raison de son caraetére systématique, ne peut ére lu qu’a cxédit, Ou pluttil appelle une lecture qui circule d'une partie & Vautre, en sens divers, Dod les multiples renvois & des peragraphes a venir ou dei vus. On peut éventuellement, en premiére lecture, négliger le « Préliminaire » et les ‘controverses » de !Explication. On éprouvera la nécessité d'y revenir. ‘On connait les conseils que Marx donnait a son lecteur, dans la célébre lettre qu'il adressait son éditeur Maurice La Chatre : «La méthode danalyse que j'ai employée, ot qui nfavait pas encore été appliquée aux sujets économiques, rend assez. ardue In lecture des premiers chapitres, et il est & craindre que le public franeais, toujours impatient de conclure, avide de connatire le rapport des principes généraux avec les ‘questions immétates qui te passionnent, ne se rebute parce quil n'sura pu tout abord passer outre, ‘Cest li un désavantage contre lequel je ne peux rien, si ce n'est toutefois prévenir et prémunir les lecteurs soucieux de verte. I ny a pas de route royale ppour Ia science et ceux-li seulement ont chance darriver & ses sommets lumineux qui ne eraignent pas de se fatiguer & gravir ses sentiers escarpés . Ce propos me semble toujours d'actualité, particuliérement en ce qui conceme le « public frangais ». Ceux qui peineraient sur le « chemin escarpé » trouveront cependant, je Vespére, quelque réconfort & se reporter de temps & autre au tableau synthétique qui el6t Vomvrage, page 318. A déerynter comme In « cl6 des songes ». ‘A moins que le micux ne soit de commencer ce livre pat Ia fin... 4 INTRODUCTION Pour « expliquer » ee que fait Marx, on ne pent sen remettre & ce qu'il croit faire, ni & ce qu'il dit faire. Il faut rendre compte de la fagon dont son texte fonctionne effectivement, qui s’éclaire notamment par l'examen des ‘modifications qu'il apporte dune version & l'autre. Marx éearte les concepts qui ont aidé dans son élaboration, mais qui lui semblent, au final, inadéquats Tel était 'un des principes directeurs de « I’explication » fournie dans Que faire dt Capital ? (1985). Quant 'idée de « reconstruction » elle se ddéveloppe dans Théorie générale (1999), et dans divers travaux ultérieurs. ‘Que faire di Capital ?, Théorie générale et Explication et reconstruction ‘du Capital forment ainsi une srilogie dont les éléments se complétent. Pour cette raison, les notes infrapaginales sont exclusivement consacrées a de telles auto-références, Les renvois aux écrits de Marx, aux commentateurs et interprétes, sont au contraires placés di 'intérieur du texte, Mon approche a donné lieu a diverses confusions, depuis le chapitre que D. Bensaid (1995) lui consacre, et qui concentre tous les malentendus possibles, jusqu’a analyse qu'en propose L. Seve (2004), Etrangement, ces ‘auteurs me prétent, I'un une position « contractualiste », 'autre la thése d'un «socialisme de marché ». Ainsi naissent et courent les Iégendes. J'ai naguére employe lexpression paradoxale de « contractualisme révolutionnaire » pour signifier quaucun « contrat social » n°était Légitimable sinon celui qui se donne dans un processus révolutionnaire, Je n'ai jamais pris & mon compte le concept de «socialisme de marché »: j'ai argumenté que le socialisme ne se ddéfinit pas par 1a substitution de relations organisationnelles aux relations ‘marchandes, mais par la lutte de classe contre ces deux facteurs de classe que sont le marché et organisation. D'une fagon plus générale, on a souvent pris pour une analyse de I’Etat modeme I'exposé de la «métastructure », en assimilant celle-ci a une « superstructure ». La tendance dune premiére lecture est naturetlement de ramener le nouveau au déja conn, C'est pourquoi, dans espoir déviter la résurgence de tels contresens, je précise d'emblée ce que Von doit attendre ici. Un antilbératisme (Sconomique) radical. Un anticontractualisme conséquent : une critique de la contractualité que n'ont réalisée ni Hegel ni Marx, et qui rattache la structure moderne de classe aux formes mémes de la contractualté, interindividuelle-marchande et contrale- ‘organisationnelle. Une refondation de Ia théorie des classes sociales et de Etat de classe: soit une théorie de la structure (de classe). A. celle-ci sarticule une théorie du systéme (du monde), conduisant au concept de monde aujourd'hui, comme « ultimoderité », Etat-monde en gestation sous impérialisme, en relation & cette nouveauté corrélative qu'il Zaut désigner, en un sens qui nest pas celui de T. Negri (2000), comme « empire ». Un rejet de toute approche formelle de la théorie sociale. Une intégration définie de la dialectique dans un contexte structuraliste matérialiste. Mais ni référence un «socialisme de marché », ni appel 4 un Etat-monde, ni position morale, ni projection d'un sens ou dune fin de l'histoire Bref descriptif du Capital a l'intention des débutants (On n'étudiera ict que le Livre I du Capital, et principalement ses quatre pemigres Sections. Mais il est clair quion ne peut en apprécier le contenu quiau regard de Tensemble de I'ouvrage. (On sait que Le Capital, qui porte en sous-titre Critique de I'éeonomie politique, est Yecuvre principale de Marx, a laquelle il a travaillé pendant fquinze ans, A partir de 1857, et que cet écrit tranche sur ses autres écrits, de tuunctere soit philosophique, soit politique. Sa rédaction intervient & la suite Wun grand nombre de travaux préparatoires, dont les plus importants sont les Gnundrisse (Manuscrits de 1857-1858), Contribution la critique de Mconomie politique (publié en 1859, et qui est une premiére mouture de la Seotion I du futur Capita, tes Théories sur la plus-value (Manuscrits de 1861- N63), es Mamuserits de 14863-1865, qui comportent une nouvelle rédaction Wonsemble, La premitre édition du Livre I parait en 1867. La seconde, en [N73, comportant notamment une refonte du premier chapitre, Liédition fiangaise, rfvisée avec soin par Marx, parait en fascicules de 1872 & 1875. Les Livres Il et II seront publiés par Engels, a partir des manuserits, maintenant disponibles dans la MEGA, laissés par Marx. Selon le projet initial de Marx, Le Capital devait prendre place dans un ‘ensemble plus large, incluant notamment exposé des concepts socio ‘économiques universes, des formes propres i la société bourgeoise, du rapport ‘enlre capital, travail salarié et propriété foncier, des classes sociales, du credit, ile Uimpét ‘et de T’Btat, de la population, des colonics, des rapports inlomationaux de production et d’échange, du marché mondial et des crises (Grundrisse, V43, voir aussi p. 204 et p. 216). Ce schéma se modifie au cours ile a rédaction, Et de méme aussi le plan du Capital, Marx abandonnant pour line part Vappui, parfois astificiel, qu'il avait cherché dans une logique iislectique de caractére général, Jen resterai ici au texte final, classiquement op, que les récentes éditions de la MEGA éclairent, mais sans apporter de fomise en cause substantielle. Mare y présente une « critique de l'économie politique », qui est tout & la fois ume eritique de cette discipline et une théorie critique de la eovigié ‘upitaliste, appréhendée dans sa dimension économique. Tl comprend trois Livres, consacrés respectivement & la « production », & la « circulation » et au 16 INTRODUCTION «procés ensemble». La Section I du Livre 1, qui porte sur la forme ‘marchande de production et d’échange, en tant qu'elle sous-tend le captalisme, ‘mais non sur les structures et phénoménes spécifiquement capitalistes, présente tune forte autonomic par rapport au reste de Touvrage. Le Livre I, consacré & a production, se compose de huit Sections La Section I traite de la marchandise et de la monnaie, Le premier chapitre envisage la production marchande en général, fondée sur la propriété privée et sur change, La marchandise est analysée dans la relation constitutive entre une valeur dusage (ow uli) et une valeur déchange Liobjet de analyse eat de montrer que celle ci cat déterminée par le temps de travail socialement nécessaire & la production de la marchandise (§ 1). A la production des diverses valeurs dusage correspond une forme toujours particule de « travail concret ». Ce n'est pas la nature particuliére de cehi-ci ui détermine la Valeur, mais ce qui est commun a tous les travaux ; la dépense de force de travail quils requigrent, et que Marx désigne comme le travail abstrat (§ 1), La forme marchande de production suppose la monnaie, que Marx caractérise comme tne marchandise (au sens oit ila définicelle-ci) mise Apart pour jouer le rle d'un équivalent universel (§ Il). Un tel univers est dominé par le « fétichisme de la marchandise » : alors que les produeteurs échangent leurs travaux, ee sont apparemment des choses qui permutent entre elles, selon un ordre qui semble relever de la nature (§ IV). Les chapitres 2 et 3 portent sur les échanges et sur les fonctions de la monnaie dans ce contexte général dime société encore seulement définie comme marchande. La Section Il a pour objet de relier ce concept général de société marchande A celui de société proprement capitalste. Dans la premiére, Yargent fometionne seulement comme argent (A), Cestendire pour permetire Féchange ‘des marchandises (M), done selon Ia figure M-A-M, Dens la seconde, il opie comme capital : il doit alors, suivant Ia séquence A-M-A’, se procurer la marchandise M spécifiquement capable de prodire plus de valeur qu'elle nven posséde. Cette marchandise ne peut ére que la « force de travail », mise sur le marché par son propriiaire, le travalleur dépourvu de moyens de production, ‘Cest en prenant cette fonction que « argent se transforme en capital» La Seetion Ill analyse le procés de production proprement capitaliste, en tant quil tend, précissment, a produire non pas des richesses (ou « valeurs «'usage), mais une « survaleur », ou plus-value. La force de travail salarige est acheiée a sa valeur, qui correspond a celle des subsistances que son salaire lui permet dlacheter. On supposera par exemple que les biens quotidiennement consommés par le salarié sont produits en 6 heures. Si celui-ci travaille 12 heures, il travaille 6 heures en échange de son salaire, et les 6 autres heures constituent un surtravail, non payé, apportant au capitaliste la plus-value qui recherche. En travaillant, le salarié transfére également dans le produit la valeur incluse dans les moyens de production, La valeur de la marchandise produite se dcompose ainsi en « capital constant» (c) inclus dans les moyens [REF DESCRIPTIE DU CAPITAL "7 do production, « capital variable » (v) comespondant au salaire, et « plus- value» (pl) produite par le surtravail : c+-v¢pl. Le rapport pl / ¢+v constitue le taux de profit», et pl’, le « taux de plus-value », ou taux exploitation. Colui-ci cro si la journée de travail sfallonge, Tel est le concept de Ia plus- valle absolue. La Section IV présente la « plus-value relative». Celle-ci correspond hotamment a la tendance du capitalisme a produire les biens-salaire en un lemps toujours moindre. Cette tendance sexplique siructureilement pat le fait que, dans chaque branche, chaque capitalise, étant en concurrence avec tous Jos outros, cherche & élavar ea productivité, done A abaissor In valeur de sa ‘chandise, en vue de faire une « plus-value différentielle » par rapport & eux. Il sagit 1A dun phénoméne général par quoi se manifeste le caractére hhistoriquement « progressiste » du capitalisme. De ce contexte de révolution fechinique permanente il résulte que Ton voit fendancielfement les biens-salaire bisser en valeur, et la plus-value s'élever ¢’autant, On passe ainsi de 'étude de structure du capital & celle des rendances historiques de cette structure, de la junufacture au machinisme et la grande industre, Les Sections V et VI apportent divers approfondissements sur In plus- value et fe salaire, La Section VII analyse le procés de reproduction ct c'accumulation du capital, Cest le procés de production capitaliste {ui-méme qui reproduit la sructure, puisque au terme de chaque phase, par la vente de Ia marchandise, se lrouvent au minimum reproduits le capital dans sa valeur initial, proprigté du Cupitaliste, qui subsiste ainsi grdce 4 la plus-value, et le travailleur salarié \Uepourvu de tout et prét & vendre a nouveau sa force de travail, Le concept de ‘reproduction simple» est defini par ces conditions structurelles minimales (chapite 23). Certains eapitalistes sont élimings, mais la structure demeure en fant que siructure de classe, ou macro-structure. Mais la tendance du ‘apitalisme est a 'accurmulation, a travers le processus de concentration du capital (dans les conditions micro-structurelles de la concurrence présentées a Ju Section TV), qui implique lélévation de Ia productivité et Faccroissement du hombre de salariés, Ce processus détermine une « loi de population » propre au ode de production capitaliste, qui génére une surpopulation vouge au ‘homage et In misére (chapitre 25) LLa Section VIII est consacré & « I'accumulation primitive », cestvdite & ['6tude des conditions dans lesquelles le mode de production capitalist, ainsi siructurellement défini, a pu émerger historiquement. Mais, & partir de la, elle briente aussi vers le ‘terme ultime. Le capitalisme tend inexorablement a ‘ngendter son fossoyeur: du fait de la concentration monopolistecroissante, le salarist, chaque jour plus fort de son nombre et de sa compétence, unifié par le proces méme de production, finira par exproprier les capitalistes et par Instaurer une nouvelle forme de sociéte fondee sur la propriété commune des ‘noyens de produetion (chapitre 32), 18 INTRODUCTION Le Livre II étudie la circulation, clest-l-dire la reproduction du capital & ‘ravers un procés eyelique figuré par la séquence : "A—M (imoyens de production + forces de travail)... P ... M’—A” Le eyele est itinéraire qui va d'une forme au retour cette méme forme. Le sigle P désigne le capital en procés de production. Le capital se divise ainsi en trois fractions : le capital industriel parcourt toute 1a séquence, Ie capital ‘commercial se limite & A-M-A’, et le capital financier (au sens de « porteur Timérét) A ALA’. Ces deux dernier, fnctionnellement nécessares mais ne pproduisant pas de marchandises, ne produisent pas non plus de valeur, ni donc de plus-value = ils en prélévent leur part sut le apital industriel. Les schémas de reproduction énoncent les conditions déquilibre entre le secteur A des biens de production et le secteur B des biens de consommation nécessaires 4 la reproduction du systéme et pour son élargissement. Le Live Il examine plusicurs aspects du procés densemble de la production capitliste. La Section T nous invite & passer du point de vue abstrait et général des rapports de clase celui du eapitaliste individvel en tant que tel Ce qui intéresse en definitive colui-c, ce est pas spécifiquement lélévation ne saurait imépriser. Qu’elles viennent de l'économie : que vaut la « valeut-travail » ? De histoire : la modernité se résorbe-t-elle en capitalisme ?. De la sociologic : qu’en estil encore des classes sociales ?. Ou de la philosophic : le discours de Marx serait il lié & une problématique du grand sujet », du « grand récit » annongant une improbable fin de Phistire ? Crest peu dire quil faut avoir en vue tout cela — pratiques, usages, exéyéses, interprétations, critiques quand on entreprend aujourdhui de reprendre le chantier du Capital. Car il ne sagit pas seulement de la réception de cette euvre, mais de Fheritage quelle désigne ot de la responsabilité dont, ainsi, elle nous charge PREMIERE PARTIE EXPLICATION PRELIMINAIRE AU TEXTE DE MARX LES CONCEPTS PREALABLES Le préalable distingué du commencement Le probleme du commencement est, aux yeux de Marx, cist. Le début de Vexposé determine tout le reste: ce gui suit non seulement doit étre ohrent avee ce qui précéde, mais n’est possible qu’a partir de lui. I est signifcatif que Marx n'y parvienne qu’a la demiére page de son immense Inouilon, les Grundrisse, qui s'achéve en effet sur les omles qui feront la premiére page du Capital (et d&ia cele de Critigue de l'économie politique, Jutue en 1859, premigre version publige du « commencement » de ’exposé) IIL Valeur. La premiére catégorie dans laquelle se présente la richesse hourgeoise est celle de marchandise, La marchandise elle-méme apparait tomine unité de deux déterminations » (Grundrisse, 1/375), qui sont la (Valeur usage » et la « valeur d'échange ». La premiére détermination vant ‘Cin général », eesti-dite pour toute Phistoire de Phumanité. La seconde Jelive du systime de production « moderne » (ce mot, proserit de la vulgate, fevient ici par ois fois), fondé sur la proprigté privée et I"échange, objet de Fouvrage, C'est de cette catégorie & double face qu'il fut pari, parce qu’elle fat «premigre: «lk premigre catégorie » de la théorie de la forme tCinvdene » de production, c'es-i-ire aussi de soci. "Venaminerai, au début de 1a premitre partie, Explication, dans quelle mesure Marx réussit dans ee projet de commencement, et au début de la feconde partie, Reconstruction, dans quelle mesure celui-ci peut étre considéré Comme. pertinent, Mais il me faut d'abord montrer, dans un chapitre fwliminaire, que ee commencement suppose Iui-méme certains préalabes. Tes pralables (exposé dime théorie sont naturellement infnis, En occurrence pourtant certains d’entre eux sont pariculitrement requis On le comprend di A la lecture de ce texte, qui clt les Grundrisse. Diune par, en effet, on I'a vu, le concept supposé premier, celui de ccmarchandise , articule une détermination générale, celle de «valeur ‘Pisage »- et une dsterminaton spéciigue i Pobjettraté (le systéme modeme die pruation), cole de scvaleur d'échange. Apropos de In premigre tétermination, ia valeur usage », il gloute ausitdt qu'on ne peut en dire 30 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION que des « iewx commans», En rélié, pourtant, i eonsacrer, au paragraphe T hapitte 7 du Livre T da Capita, plusieurs pages, justement célebres,& définir extte « production de valeurs d'usage », qui équivaut & une definition du ‘eproces de travail» en général, - ainsi que 'indigque Péquivalence entre lettre dlonné& ce paragraphe en frangais, «La production de valeurs d'usage », et en allemand, « Le procés de travail », drbensprazess. D'autre part, co texte, qui lat les Grundrisse, avance en outre une autre notion générale, celle de ‘esystime cconomigue > (Ibid, 1/377), dont la production marchande n'est {qu'une forme historique particulier, sa forme «moderne». Et, pour le ‘manifester, ise wéfere 4 des couples conoeptuels ~tels que « base matérille » J"ccrapport économique», proprisé (privée / commune), liberté / esclavage, division (marchande / communautafe) du travail ~ lesquels relevent d'une théorie générale des formes de société, qui permet de comparer celles-ci entre elles, et de les ordonner comme des « époques de proxuction » supposées se Suceéder dans une histoire univesele ‘Or, selon ce programme esquissé la fin des Grundrisse, Marx, a début du Capital, entendant formule les catégories premieres, les plus «simples » Jes pls « abstaites >, & partir desquellesseules on peut exposer le « mode de production capitalist», va présupposer d'une part des determinations {gonérales, communes aux différents systémes historiques, et en ce. sens Jroalables& cet exposé, et d'auite par, des determinations spécifiques, Cette procédure est incontournable du fait que Vobjet méme de T'exposé est de fnontter comment les éléments constitutifs de toute socialité (produire, Consominer, coopérer, communiguer, jusifier, ee) 8 tronvent mis en cuvre de fagon spécifique dans ces «rapports de. production» histoiques partculior. Il s'agit on effet d'identifier Ir capitalisme comme une losique Sociale particuliére, avec ses «catégories» propres, désignant es rapports Soci qui la caractrisent C'est bien & quoi Marx s’emploie. Mais, pour que ta chose soit parfatement claire, il erat fall qu'il méne & bien son projet de formaler préalablement pour euxsmémes, explicitement, tes concepts iniversels ‘de «la. production en général» (Grundrise, 1/237). 11 aurait ‘galementfalu quil présente son concept de «mode de production », selon Tequel Te travail est toujours appréhends dans un contexte social determing. Faute de 'avoir fait (til reste savor, bien str, dans quelle mesure la chose ¢st posible), i ne parvient qu'un commencement imparfait. Tl est vai que Marx semble avoir résolumen fait un tl choix. Il écrit en effet dans la celebre prétace A la Crinyue de l'éonomie politique : « Je Supprime une introduction générale que javais ébsuchée parce que, réflexion faite, il me parait quianticiper sur des résultats quil faut dabord avoir diémonirés ne peut éte que Facheux, ot fe lecteur qui voudra bien me suivre devra se décider & slever du singulier au général. Quelques indications, par contre, sur le cous de mes propres Gules &Geonomie politique me semble dre ici a feu place», « Lintroducton » qu'il supprime est celle qui se trouvat dans PRELIMINAIRE AU TEXTE DE MARX 3h Jes Grundrisse, Et les « indications » qu'il mentionne concement notamment Tebaueche du concept de « mode de production » en général, que Von trouve a la page suivante de la préface. Figure done, malgré tout, en préalable une tquisse du «mode de production », mais non de la « production en général » [largument que Marx invoque A lencontre des généralités n'est pas sans valeur. (On verra notamment tout ce que son analyse gagne a ne pas stengager dans un celte prééiabli, comme celui du mode de production, articulé sur le clivage fenlre base économique et superstructures juridico-politiques : demblée Te |uridico-politique va s'affirmer comme immanent aux rapports économiques, et te nfest quia partir de la que peuvent se poser, ultéricurement, la question des Institutions proprecut politiques. Par contre, slogicsant du concept de production en général, qui n'est pas tant un « résultat » quiun présupposé de ‘on analyse, son absence en préalable n'est pas sans enéer quelque confusion, ‘Telle sera en effet la those ici soutenue : I'exposé marxien imbrique, & juste titre et nécessnirement, dans son commencement, des catégories (plus) wnévales préalables et des eatégories spécifiques premiéres, mais, parce que telte imbreation n'est pas entiérement maltrisée, parce que les distinctions hécessaires ne sont pas préalablement fournies, il en résulte un brouillage initial, qui tend a introduire certains biais dans la théorie et les plus graves sdiseordances dans les interprétations. La «critique de I’eonomic » entreprise par Marx a pour objet de montrer ‘que le eapitalisme n’est pas, comme Ie pensent ses prédécesseurs, Smith et Ricardo, et comme on le eroit & nouvean volontiers aujourd'hui, le systéme luniversel, naturel-rationnel, et donc désormais valable & tout jamais, de Ia proxluction, mais un arrangement historique particulier, dont les jours, méme ‘ils se comptent en sideles, sont compiés. Elle se propose d’en déerypter la Structure particultere avee les potentatites et les tendunces historigues qui Ini sont propres. Dot importance de cet effort de discrimination entre ce qui ppartient & Phumanité comme telle, ce qui reléve de ses acquis historiques inréversibles ou au contraire de formes transitoires. En d'autres termes, si l'on s'interroge sur le possible dépassement du ‘capitalism, il importe de savoir ce qui, dans la société modeme, releve de la production en général, de la forme marchande en particulier, ou des structures proprement capitalists : cola suppose-til par exemple dabolir le marché ? de Inettre en cause le projet « productif en général? ow d’instaurer un autre ‘ordre juridico-politique ? La question du commencement annonce celle de la fin, et les difficultés qui s'y attachent. 2 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION Les deux sortes de préalables analysés par Marx dans ses éerits économiques ‘Marx a longtemps cherché quel devait étre le commencement de exposé de Ia théorie du mode de production capitaliste II eroit abord, comme on le voit dans Travail salarié et capital (1849), qu’il convient de parti de ce qui en constitue le centre, & savoir le rapport salavial (ou «exploitation 9). Tl découvte finalement, comme il le souligne dans Salaire, prix et profit (1865, sais l'idée est déja présente, on I’a vu, dans la demiére page des Grundisse), qu'il ne peut formuler analytiquement celui-ci s'il n’a pas introduit et défini les catégories de la production marchande en général, qui forment effectivement objet de la premidre Section du Livre I et doivent étre considérées comme les catégories premigres de T'exposé, sans lesquelles celles qui suivent et qui concementspcifiquement Ie capitlsme, ne peuvent tou implement pas ere ‘Mais celles-ci ont elles-mémes leurs présuppasés, c’est-i-dire ne peuvent tre introduites que sur la base de catégories préalables, concemant 1a production sociale en général ?, Marx affronte ce probleme, & deux niveaux différents, qui auraient pu donner liew & une introduction générale articulSe sur ces deux registres: d’une part, celui de « procés de travail » en général, qu’il analyse au chapitre 7 du Livre J, d’autre part, celui de « mode de production », gu’ defini dans sa elebre pice Ata Critque de économie poltique, 185 ELOIL, Le « proces de travail » STagissant du procés de travail tel qu’on le trouve dans toutes sortes de soviétés, Marx, on I’a vu, avait formulé le projet de Vexposer en préalable :« il faut expliquer ceci, érivait-il, dés le premier chapitre qui doit nécessairement précéder celui sur Ia valeur d’échange et trater de la production en général » (Grundrisse, 0237). On sait que Mntroduetion de 1857 aux Grundrisse ‘commence par une analyse préliminaire (ibid, /11-66), dont Vobjet principal cst de distinguer entre les catégories gxnérales et celles qui sont propres aux différentes époques économiques, Le travail ~ plus expressément Ie «travail en wénéral»—y figure, pp. 38-39, selon un double registre: au sens transhistorique et en un sens «moderne» (encore mal établi, puisque renvoyant au fait que « les individus passent avec faciité d'un travail a Voir Que faire du Capital ?, pp. 126-7, La oonqudte du point de depart 2. Bid, pp. 244-255, « Les wéndraliés présupposées par Le Capital PRELIMINAIRE AU TEXTE DE MARX 3 Fhutre», ot Yon note une certaine confusion entre travail abstrat et travail simple). Dans Le Capital, Marx manifestement renoncé a cette opération Initiale consistant & faire le départ entre catégories universelles et catégories ‘pécifiques : son commencement se veut directement Vexposé de celles-ci, & partir des plus abstraites d'entre elles, Toute la question sera précisément de savoir si cela est possible et s'il y est parvenu. Par contre, dans chacune des diverses rédactions suecessives, cette notion générale de travail ou de production se trouve réguliérement introduite au corr ‘méme de Pexposé: non pas en préalable, mais juste avant d’en arriver & la ‘production proprament capitalist », pour monter, précisment, que celle-ci he représente pas « la production » dans sa forme universelle-rationnelle, mais se catactérise spécifiquement parle fait d’étre production de plus-value. En ce sons, bien qu'il ne soit pas présenté en premier, mais qu'il intervienne a titre ‘Wexeursus, rompant le fil ogique de I'exposé, ce «préalable » concernant « le travail en général » se trouve done bien présent. ‘On note, avee surprise, que dune rédaction a autre, cet excursus perd progressivement une partie de son contenu conceptuel ?. Dans les Grundrisse (1237-239) se trouvaient mentionnées, dans un style tres hégélien, tant les ‘alégories du procés (activité du producteur, matigres premieres, instruments, ‘bjt, résultat) que celles de la « consommation » et de la « dépense de Force de ravail », du « travail objective», désigné comme « substance de la valeur Dans les Manuserits ce 61-63 (pp. 61-71), apparait encore, en tant que ‘condition et corzélat de la production de valeurs d’usage, la « dépense », ot la ‘consommation », de la force de travail. Or dans Le Capital, chapitre 7, § 1, Vanalyse du procés de travail se concentre sur T'idée qu'il s'agit d'une activité» dou Ia tite est «Pobjet», par Ia médiation de «moyens de travail», en vue de la production de «valeurs d'usage». Une partie des citgories qui figuraient préeédemment en cet endroit ~ celui ol Marx ‘concentre son analyse de Ia production en général —se trouwvent ainsi Ecartées notamment celle de « dépense dela force de travail » et, en ce sens, de « travail bstrait». Manifestement, Marx a finalement resserré son propos. Et, en ce fens, le titre donné dans la version frangaise, «I. La production des valeurs usage» (an lien de Tallemand Arbeitsprozess, «le proces de travail», qui fppelait les eatégories de travail concret et de travail abstrait) est plus pertinent. Marx ne prend ici le procés de production que sous son angle de procuetion de valours d'usage, car ce quill a en vue c'est de montrer que la prociction capitaliste vise une autre sorte de produit: la plus-value. De ce fait, Tout se passe ds lors comme si Ia détermination de travail abstrait se trouvait exclue de la notion générale de travail et réservée pour la définition 3, Voie Que faire ca Capital ?, p. 2458, Le procs de travail en général et Théorie de lia moder, pp. 199-201 uM PREMIERE PARTIE : EXPLICATION particulitre du travail dans des rapports marchands, ‘elle qu'on la trouve au Aout du Capital Bref, le concept de « travail en général » se trouve ainsi régulibrement traité hors de sa place logique, qui est celle d'un préalable, préalable méme & la considération dun «travail marehand », — si 'on mautorse cette formulation pour désigner le travail producteur de marchandises. Il n'est introduit qu’au moment «stratégiquement»» (versus logiquemen!) opportun, pour faire apparaitre que la production capitalise, dont ia finest la « production de plus- value », ne pout étre identifiée au «procés de travail » comme tel, dont la fin cat le «pronation Ue valouts dusige ». EC il apparate Guslement, dass Le Capital, sous une forme partielle, qui passe pourtant souvent pour la quintessence de la pensée de Marx quant au travail, comme rapport entre Phornme et I nature Mais le concept de travail en général apparait aussi, en dehors de ee morceau ‘ameux du chapitre 7, i un autre moment de exposé, situé au chapitre 1, alinéa 146, & In suite de analyse du fétichisme. Marx y esquisse, dune part, le concept méme de travail en général, a travers Ia figure générique de Robinson, et dautre part les grandes formes socials hstoriques de production, tells qu'il les conpoit, de, Ia communauté primitive aux sovités de classe, et jusquau communisme. A tous ces niveaux, il appréhende expressément Ie travail sous ce double caractixe de travail coneret et de travail horaain abstrait. Plus prévisément, Robinson fourit la figure théorique du « travail en général», selon le couple travail concrt (atte) /abstrait(dpense) : Mars introduit ainsi ce que j'appellerai le « mode-travail » (voir, dans la seconde pattie du présent ouvrage, le paragraphe R011), soit Ie travail considéxé en absence (c'est-A- dire en Fabstration) de rome Société. Les wois alinéas qu suivent inégrent Ia dimension sociale qui définit la « forme-tavail» (voir R012), sot le travail, comme forme sociale 11st en effet impossible dexposer une forme spécifique de production sans le fire en référence i un concept général de travail. Et, ainsi qu'on le verra, ce « procds de travail en général» se trouve bien présent dés le début du Capital, pourvy dun. contenu substantiel: comme une articulation du travail «coneret», c'estindire produisant des valeurs d'usage particuliéres selon des techniques toujours particulires, et du travail « abstat », au sens, du moins, de dépense de force de travail, inhérente tout travail quel qu’en Set l'objet, avec de la catégorie de femps qui Iuiestimmanente. Mais il ne s'y trouve pas sous la forme d'un concept préalable, présenté comme tei est imbriqué dans le concept de travail producteur de marchandises. Et ceci a un effet malencontreux. Marx procéde pouriant comme il se doit: i! réaise ict son « commencement théorique » en ce qu'll fat, & juste tite et nécessairement, fonctionner ces déierminations di proces de travail en général dans le ‘contexte structurant particulier de la proprieté privée et dt marché, ~ tout comme dans la Critique du Programme de Gotha il les replacera dans le PRELIMINAIRE AU TEXTE DE MARX as contexte de la propriété commune et d'une production planifige, Ce faisant, il construit les catégories premidres, propres i la « production marchande », ‘notamment celle de « valeur ». Mais les catégories générales (telles que celles de travail concret abstrat), du fait qu’elles ne sont pas préalablement trées au clair, et qu’elles émergent et figurent dans ce contexte pnrement spécifique, PPeuvent sembler appartenir en propre dla production marchande. Et, comme, par ailleurs, ainsi gu’on le verra également, Marx n’expose «que fort partiellement ou indirectement le comps des catégories qui définissent spécifiquement les rapports de production marchande comme tels 4, il en résulle vextaines obseuriés quant au star de cet ensemble de concepts présentés dans cette Section I du Livre I: les deux niveaux, celui des ‘catégories générales (préalables) et celui des catégories marchandes (premiétes), ne sont pas clairement distingués, de telle sorte qu'ils tendent & se confondre, Bt c'est ici déja, pour une part, que svoriginent Ia diversité et VVincohérence des interprétations. Il agit pourtant de savoir ce qui, dans toute cite affaire, doit éte attribué respectiverent au capitalisme, au marché, & la division du travail ou au proces de production en général. Au-deli de V'exégése, on comprend l’enjea réel : comment comprendte les rapports entre le travail, le marché et le capitalisme ? Question que posent avee acuité les {grandes mutations en cours dans Ia Société contemporaine. F.012. Le « mode de production » et ta « divs mm sociale du travail» Le concept de « procés de travail en général » présente. dans l'analyse Imarxienne, la généralité d’un préalable anthropologique & une théorie de la Société. Mais ila vocation & s'insérer dans celle-ci, Le travail en effet n'existe que comme social. Ce qui s'exprime dans 1a problématique du «mode de production Ce que Marx désigne comme «le capital », dans ouvrage qui porte ce titre, cest, en effet, un « mode de production », Et I'on peut done penser qu'il cut été éclairant qu'il introduise, en préalable 4 l'exposé du mode de produetion capitaliste, une définition (une construction) du concept de mode de production en général. C’es, du reste, ce qu'il avait fait dans la Contribution & la critique de l'économie politique, fournissant dans une célBbre préface ~ liguelle, précisément, ayant valeur de préalable, précédait le commencement — la premigre formulation de cette « topique» qui constitue le pivot du «matérialisme historique » «(.) Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volont, rapports de production qui correspondent 3 wn degré de développement déterminé de leurs 4. Voir Que five du Capital ?, pp, (31-142, Bt ci-dessous, E11 et E121. 36 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION forces productives matérelles. Llensemile de ces rapports de production constitue la structure économique de Ia société, Ia base coneréte sur laquelle slave une superstructure juridique et politique eta laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie ratérielle conditionne le processus de vie social, politique et intllectuel en ieénéral, Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur étre ; cst inversement leur étre qui détermine leur conscience. A un certain stade de leur développement, les forces productives maiérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que expression juridique, aveo les rapports de proprieté au sein desquels elles étaient mues jusquialors. De formes de développement des forces produetives uils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une Spoque de révolution sociale » (Critique, p. 4). Cette problématique da « mode de production » n'a pas la généralité qui est celle du « procés de travail en général»: elle est plus spécialement construite pour lanalyse des formes de société de classe, qui se sont censément historiquement suceédées partir du moment oi le développement technique @ 446 tel que le controle (ou la propriété) des moyens de production est devenu le pivot du pouvoir, et le principe du clivage majeur au sein de la société. Mais rien n'empéchait qu’elle soit, dans Le Capital comme elle lest dans La Gritique, présentée en exergue, en quelque sorte, au-titre d'hypothese directrice, ~ puisqu'en effet cet ouvrage est consecré a I'étude particuligre du «mode de production capitaliste ». En réalit pourtant, Le Capital va se présenter comme le laboratoire méme de la-«théorie du mode de production », phutdt qu'il n’en fount une variante. Ce concept d'une société comprise & partir di rapport entre classes sociales sur la base de leurs rapports aux moyens, de production n’intervient pas comme un acquis. C’est, au contraire, objet méme de exposé que de le consiruire a nouveaux fais. On peut méme se demander si cette épure du «mode de production en général », surtout considérée dans son ambition de définir une dynamique, n'est pas spécifiquement élaborée & partir du «mode de production capitliste» Iui- ‘méme, en vue de linterprétation de l'histoire modeme et de son cours & venit (ce qui ne signifie pas qu'elle ne soit pas, dans une certaine mesure, transposable a autres société). Cela ne veut cependant pas dire que, dans ee « commencement », Marx ne fasse pas référence a des catégories ou formes de production sociales plus {générales que celles propres au capitalisme. Mais précisément ~ et c'est Ia la difficulté qu'il va nous falloir affonter ~ ce ne sont pas celles du « mode de production ». Ce sont des catégories relatives a In «division sociale du ‘ravail », qui ne portent pas encore la marque du rapport de classe. Marx, ainsi qu’on le verra (E.22), commence en effet par déterminer quelle sorte de division du travail prédomine dans le capitaisme = la division marchande du travail, JPRULIMINAIRE AU TEXTE DE MARX 37 I reste que cette notion de « division sociale du travail» en général wnstitue par elle-méme un préalable. Et qu'il est, de ce fait, nécessaire examiner de quelle fagon paradoxale elle s’inserit dans le commencement, O13. Controverses : « Te travail » es-il une eatégorie universelle ? On retrouvera, tout au long de ce livre, diverses controverses qui se tnitchent & ces catégories générales de travail et de production. Procédons 8 tune premigne identification, Le travail abstrait, ne innovation spécifiquement capitaliste ? Une autre lecture avance que ce qui est proprement capitaliste, c'est le “travail abstrait». On verra que Marx, dans Le Capital, rapporte le travail bstrait & la production marchande (non & la production spécifiquement ‘apitaliste), montrant comment se détermine, dans les conditions du marché, la (qualité générale du travail dete, quelle que soit sa forme concréte, une épense de force humaine en général. Cependant, ce traitement n'est pas esting produire le concept de travail abstrait, mais & faire apparaitre un mode historiquement particulier de la relation entre travail concret et travail abstrat. Pour en prendre la mesure, il nous faudra considérer Ia signifiation du concept ‘marxien de « réduction du travail coneret au travail abstrait ».ILy ald un objet de controverse, qui renvoie, & mes yeux, au biais, propre a diverses inerprétations « dialecticiennes », que je crtiquerai au long de ee livre pour leur incapacité & 6tablir correctement la démarcation, et done aussi la relation, Centre marché et capital, ot entre les concepts propers 4 ceux et les concepts nthropologiques généraux. Le travail comme tel, une invention moderne ? ‘A In conception marxienne du travail en général et du mode de production, il existe par ailleurs une objection, selon laquelle «le travail » appartient & la seule modernité capitaliste comme telle. On la trouve exprimée «un ebié par divers anthropologues et historiens, et dun autre par tous ceux «qui se représentent la fin du capitalisme comme aussi la fin du travail. Il est bien vrai que le travail « au sens modeme » est effectivement... un phénoméne moderne. Et en ce sens on a pu parler de « 'invention du travail » (Freyssinet, 1995). Mais, comme on le verra (R.D01), des distinctions plus rigoureuses sont ici requises. invention modeme ne porte ni sur «le mode-travail », type pénérique d"activité, ni sur «la forme-travail », forme sociale générique. Elle fconcerne une forme-travail spécifique, notamment caractérisée par la pénéralisation du « travail salarié», — et aussi du « régime-travail », entendu comme activité exclusive, exeluant touts eutre dans lo méme temps. Ce net du reste pas par ces catégories que Marx commence Vexposé, mais par 38 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION VPanalyse d'un tout autre concept, qu'il faut désigner comme celui du « travail marchand » : soit du travail comme productear de marchandise, On ne peut sans dommage confondre toutes ces notions, entre lesquelles il convient «établir les relations pertinentes. Et restera le probléme de savoir quel avenir: ‘est réservé & « invention modeme » : si et comment le travail, en ce sens est appelé & disparaite, La thése, réslaborée récemment par D, Becquemont et P. Bonte (2004), selon laquelle le travail tout court est une spécificité du monde moderne, fruit dune longue maturation depuis les commencements du christianisme, mite ccertes d'etre considérée, Elle est Pun inwér€t eeniain pour Mntelligence de he sense de Ia modernité, de la formation de la culture et de la société modeme. Il faut cependant prendre la question de telle sorte qu’on ne tombe pas sous le ‘coup de ce que Ton pourait appeler Ie « paradoxe anthropologique ». Il est peut-ttre vrai que les sociétés en général ne postédent pas de vocable nit de: représentation du travail en général. Mais c'est précisément parce que ce concept est général, c'est-iedire dune portée « anthropologique », qu'il n'est pas requis au patrimoine conceptuel des saciétés particulidres, qui n'en ont mul besoin, pratique ou idéologique, Et a société modeme n’est du reste pas mieux lotic. Ce qulon appelle aujourd'hui «travail», & moins quon ne s'exerce précisément sur le registre de la théoric, néglige généralement une grande part de ce qui devrait étre entendu par li. Liactivité laborieuse non rémunérée, béngvole ou domestique, celle des femmes et des vieillards, est généralement oublige, Dans les diverses sociétés, on a des mots divers qui découpent diversement le champ des activités rationnelles par rapport & une fin. Ou celui des pratiques de langage. On y parle cependant, Bt l'on y travalle (en faisant fen méme temps, et dans les memes gostes, et aujourd’hut encore, diverses autres choses), On y travaille au sens marxien de «travail en général ». Mais ce concept, que Marx, en tant que théoricien, se donne pour tiche de construire, vest pas Supposé étre deja disponible dans la représentation commune, méme Ja n6tre. Sinon, comme i le dt ailleurs, « la science serait inutile » PPRELIMINAIRE AU TEXTE DE MARX 39 La formulation des « préalables » au « commencement » du Capital J'en viens done maintenant au texte du Capital ti-méme, non a ce chaptre préliminaire qui n’existe pas, mais & toute une série de formulations parses aux §§ I et IL du chapitre 1 - «commencement » de l'exposé des Fupports marchance de procietin (et par i di moste de proeinction capitaliste) ‘qui présentent des concepts généraux, que Marx trate comme tels, mais de fugon si subreptice qu’il est nécessaire dargumenter leur caractére de prolégoménes. Il agit, d'une part, du concept anthropologique de « travail » fn général, et done du couple « travail concret / travail abstrait», et, autre prt, du concept sociologique de « division sociale du travail » en général. Voi. ce qu'il est nécessaire de faire apparaitre, dans ses tenants et boutissants, s'il 'on veut discerner ~ contre tant de confusions qui pésent sur "interprétation et sur I'usage légitime de la théorisation de Marx — ce qui est propre au eapitalisme, ce qui reléve des rapports marchands, ou encore de la production en général. On comprendra que le travail, textuel, ici requis requiert line certaine minute, et qu’il comportera nécessairement certaines redondances pir rapport aux questions précédemment évoquées. 021. Le « proces de travail » ou le travail en général Marx prétend ici exposer Ie couple « travail coneret / travail abstrait » ‘comme constitutif du travail en tant quil produit des marchandises. En réalité, (fere en méme temps au « proces de travail » en général, auquel ces deux fries, formant un couple de termes corrélatifS, conviennent effectivement, ‘comme Ie voit encore plus nettement au § TV de ce chapitre, & Valinga 146, qui met en scéne Robinson, (On peut partir de indication quil fournit concemant le travail coneret », quand il Pidentifie dembiée au travail « utile ». « Le travail qui se manifeste dans utilté ou la valeur d’usage de son produit, nous le nommons lout simplement travail utile. A ce point de vue, il est toujours considéré par Jupport & son rendement » (alinéa 23), Il est clair que ce qui est dit du travail oneret, producteur de valeurs dusage, vaut censément pour le procés de lravail en général: il est significatif que le chapitre 7, § I, qui, dans la version allemande porte le titre « Le procés de travail » (Arbeitsprozess), soit en frnngais équivalemment intitulé «La production des valeurs d’usage». Or qu’est-ce que ce rendement, cette « productivité » du travail coneret, sinon sa ‘apacité & produire plus ow moins de valeurs dusage, & produire cette valeur usage dans un temps plus ou moins long, par une dépense plus ou moins 40 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION, grande de force de tavail. Le travail coneret a done, en ee sens, pa aveo Ie travail ebstrait, & Vintéieur d'un schéme général de la. production rationnelle, c'est-i-dire de la production dans le moindre temps. C'est parce qu'il s‘agit de choses « utiles (comprises historiquement comme des valeurs ‘usage culturellement déterminées) que leur uiilité appelle leur production selon le meilleur rendement possible, c'esti-ire dans le moindce temps. Pour sassurer que tl es bien le propos de Marx, il suit de se reporter & quelques formulations clés du § H, « Double caractére da travail présenté dans la marchandise ». Il s'agit de Ia distinction entre «travail coneret» et « travail abstraity. Marx souligne qu'il est Vinventeur de cette distinction, qu'il a présentée dans La Crinique de 1859. L’alinéa 26 indigue que le travail coneret, est le « travail productif», compris comme « r6pondant & un but particulier », cine bestinmte sweckmassig produbtive Tatigket oder mitzliche Arbeit (MEW, 23/57) rationnel par rapport A une fin, diaiton & la Weber, zweekrationel Liolinda 27 précse qu'il sagt 18 da travail « indépendamment de toute forme de socicté». Et Pon comprend aisément qu’en réalité ce qu est ait du tava concret vaut tout autant de son comélat, le travail absiait,puisqu’on peut lite, ‘une page plus loin (alinéa 32), qu’ « en fin de compte, route activité productive (e souligne), abstraction faite de son caractére ule, est une dépense de force de travail», (..) « une dépense productive du cerveau, des muscles, des nerf, de la main de Pomme, et ence sens du travail humain au méme titre». Ainst se manifesteclairement que le soi-isant « double earactére du travail préventé dans fa marchandise » caratérse bien, dans la texture de analyse marxienne, le travail en général Le travail concret ou «productif» est dautant plus productif qu'il produit, grice aux moyens qu’ofire la nature et & ceux que développe la technique, plus de valeurs d'usage dans le méme temps. Le travail, en tant u'abstrait, compris comme dépense de force de travail, mesurée parle temps, est, pour un méme produit, d’autant plus bref que Te travail, en tant que concret, est plus peoductif. Ces deux concepts sont corrélatifs. La « productivité», au sens oii Pentend Marx, est us précisément la relation entre les deux termes Voild ce que néglige une certaine tradition exéaétique ~& référence dialectique ~, qui ne s‘intéresse qu'a opposition entre travail concret et abstrait, et non en méme temps aussi leur articulation rationnell. est ici, on le vera, que s’enracinent les confusions concernant ce qui revient respectivement a la forme marchande et a la forme capitalise comme tele Quand il se réfere a deux travaux, ou deux ensembles de travaux, différents quant & leur objet, mais comparables en ce qu'ls supposent ou non le méme temps, ou la méme dépense de force de travail, Marx considére le travail comme une aetvitsrationnelle par rapport & une fin, ot fa fin est « valeur usage r, ct Ia rationalité «économie de temps. Voild en effet c€ qui caracterse le procés de travail en général, comme type dactvité (mode- travail), on comme forme sociale (onme-traval), |LIMINAIRE AU TEXTE DE MARX 4 (On pourrait encore citer ici alinéa 35, qui met justement en coréation Anyoil concrete travail asta: « La, ils'agit de savoir comment le avail se fue ce qu'il produit ict combien de temps il dure » La deri phrase du § Hl vonclut, du reste, que «(.) le travail doit ére avant out utile, pour éte fenvé dépense de force hun, travail humain dans le sens absieit de ce thot». Sigulére « humanité» di travail absteat! A Uencontee de Ia lecture {ui vot trop précipitamment dans ete « abstraction» di travail productour de A iirchandise»» ce quelle devient dans le «capital», on notera que Marx, dans tout ce chapitre, parle le plus souvent du « travail humain abstrait », en Aliemance avee d'autres expressions quivalentes:« travail abst ,« travail Human, «travail human €gal» Jiro dan ee couple concret /abstrat, Marx prend le travail dans sa pleine jénémlité: a Vamigresplan de Ia présentation. des rappors marchands, on frouve donc un inréductible schéma du travail en général comme activité flonnele.« Dans tous les éats sociaux le temps qu'il faut pou produire les moyens de consommation ad intéresser homme, quoique inésalement, Suivant les degrés de In civilisation » (a. 136). Voir aussi, dans le texte Atatézique des Grundrsse 110, et son contexte: « Economie de temps, voila fn quoi se résou en demiére instance toute économie politique » Une difficulté semble pourtant surgir dans Je fait que Marx énonce, nlré tout, ces généralités dans un contexte qui est celui de la production de In narchanaliseet de la déterminaton de sa « valeur y. Aisi & alinéa 37 la wouuetivité est désignée comme la relation entre la quantité de valeurs dusage Juoduites ct le temps nécossaie & cote production, lequel détermine la valeur. ‘Quelles que soient les variations de sa force productive, le méme travail, fovctionnant durant le méme temps, se fixe toujours dans la méme valeur ». Of telte catégorie de « valeur est expressément désignée par Marx comme Constitutive de ordre marchand en tant que tel. Il faudra done faire la \lémonstration que le fait qu'il expose ici ces notions de travail abstrait / foneret dans le contexte théorique des rapports marchands, ol elles fimetionnent en coreélation avec celles de « valeur d’éhange » et celle de scvaleur, nen fait pas des eatégories spécifiquement marchandes. Et la {question se trouve ainsi posée de savoir ee qu'il en est de cette catégorie de «valeur»: estalle spécifique des rapports marchands, ou renvoie-telle & une exigence théorique générale immanente i la rationalité du travail en général ? Quelle dstermination donne-t-lle au « travail abstait» Abolit-on la valeur «quand on abolit le marché ? Tgnore-ton quelque chose comme une «loi de la valeur quand on prétend «maitriser le marché»? On retrouvera ees questions & divers niveaux de explication et de la reconstruction, a PREMIERE PARTIE : EXPLICATION. 022, Le mode de production, la « division sociale du travail» ‘Venons-en maintenant aux termes dans esquels, dans ce commencet comréativement au concept andhropologique de « procs de travail», se trouve également impliqué un concept sociologigue qui renvoie & la notion de mode de production: celui de « division du travail» Celui-ci est présenté a Talinéa 25, of la « division sociale du travail » marchande, fondée sur la propriété privée et la production pour Péchange est opposée Ia. division communautaire pré-capitaiate ct & Ia. division “csystématique » interne & Tentreprise modeme. Cette thématique domine en réalité Tanalyse depuis le début cet division marchande, qui se déploie dans le rapport de concurrence entre producteurs dune méme branche et de ‘branches différentes — par laquelle se trouve assuréc la balance entre le divers besoins de la société en méme temps que le caractéredefficacitérationnelle de la production — constitue le cadre social dans lequel le travail socialement nécessaire se détermine en termes de valeur des marchandises (axe de leur « valeur de marché », laquelle varie en fonetion des fluctuations de Vote et de la demance. En faisant de cette division marchande une possbilité historique parmi . Bomons-novs, pour Vinstant, & relever ce fait qu’en évoquant, au sommencement de exposé, Ia «division marchande du travail», Marx ne jt la definir comme forme ratonnelle que dans Te contexte plus large Wnts formes, historques ou virtlles, de divisions du travail, fables & APautres modes de production. $i ce derice concept n'est pas ii expressément itn i se trouve done néanmoins incitement présent, Festa regard de felts générlité~ cele du « mode de production» et de Is « division sociale » fi i divsion marcharde du travail, on de Ia. « production marchande > hee le Seetion Lapparatt comme ne forme sociale particulier. En résumé, nous avons rencontré, dans ce commencement, deux difficulés. Tl _ne slagit pas, comme dans la Logique de Hegel, dun ‘commencement absolu, sans présupposé, mais du commencement d'une théorie particule, théorie dm objet particulier : le mode de production cepitaliste. Un tel commencement comporte done des présupposés théoriques, en oceurrence cenx qui sont impliqués en toute forme de société, Nous en avons noté deux, qui devraient figurer en préalable. D'une part, la notion de « procs de travail en général », dautre part la notion de « mode de production ». Ces concepts présupposés, ott préalables, ne peuvent ire confondus avec les ‘concepts premiers qui forment le commencement de la théorie du mode de production capitaliste, Un tel commencement consiste en effet dans la ‘étermination du concept général, préalable, par les tsaits qui distinguent la forme particuliére. La premiére’difficulté, qui conceme le «travail en iwenkiul», list & ce que Je commencement est donné sans exposé dn préalable, et, plus précisément, A ce que les concepts préalables sont donnés “4 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION dans Yexposé du commencement. La seconde difficult, qui conceme «mode de production », tient & ce que les concepts du commencement i avaneés et mis en oeuvre ne sont pas ceux du «mode de product capitaliste » (avec des catégories telles que celles de «classe », «superstructure», etc.), mais seulement ceux de son moment e pl ‘cabstrait », le marché en tant qu'il constitue un « rapport de production ». apparait done que l'une des tiches de l'explication sera d’élucider le rappé centre la production en général, le marché en tant que logique de production Temode de production capitaliste comme tel SECTION I LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE Introduction a la lecture de la Section I du Livre I ‘W111, Explication : Vobjet de ta Section I La premire Section du Livre I, «La marchandise et la monnaie , «pour ‘objet les rapports marchands de production en général, dans leur logique Jpécifique, en tant quis constituent ce niveau supérieur d'abstraction par Joquel doit commencer exposé de la théorie du mode de production “tupitaliste, Coite lecture cat, ou devrait te, pestagée par tous ceux qui font une Ieoture « théorique » de la théoric, comme exposé développé de l'abstrait au ‘uyneret, selon le précepte que Marx met en avant dans son « Thoduction » de 1897 (Grundrisse, V34-43) . Elle s'oppose, on le verra, aux trois solutions de fuclité qui interprétent respectivement’ ce développement (1) comme ‘historique » (ou « logico-historique »), (2) comme allant du « phénoméne » ‘de surface a essence, ou (3) du «simple » au complexe. Elle comprend le ‘arehé, la forme marchande de production, exposée 4 la Section I, comme le ‘ontexte formel général (ou absraid) des relations proprement captaistes, Jesquelles, introdutes & partic de la Seetion II, constitaent la « stastre » spévitique du capital. Le concre, ici, n'est pas & comprendre comme le réel ‘mpitique, qui ne peut tre déduit d'abstractions, mais comme une forme plus déterminge du concept, par lequel Iempirique se laisse plus pleinement ‘pprchender. Il suppose certes Vabstrait comme le complexe suppose le ‘simple : il est rigoureusement impossible d’exposer la théorie de la plus-value (Section I} sans disposer de la théorie dela valeur, ou du marché (Section Mais Iabstrait, & ta difttrence du simple (simplement oppose au complexe), sdemeure comme une instance dontologie sociale i Inquelle il est constamment = PREMIERE PARTIE : EXPLICAI |) LA MARCHANDISE ET LA MONNATE, a ‘explication sera sans doute mieux comprise si j'indique briévement, Kipution, quelle serte de « reconstruction » je propose. Celle-ci reprend Wo, on le verra, la double face, économique 21 juridico-pottique, bien par Marx, de la logique sociale qui forme nécessairement le jeement ». Mais elle manifeste que la « métastructure » ne peut étte que le fait Marx, comme simple logique sociale de la ‘morchande, et qu'elle suppose au contraire une articulation que du rapport b-polaire entre marché et organisation, homologue de tion de co-implication entre la socio-contractualté interindividuelle ef ‘ontractualité centrale suppasée, son « autre-face ». On ne s'élonnera ‘yoo non seulement cette «autre-face » (juridico-politique versus unique), mais aussi cet « autre-péle » (organisationnel versus marchand) 1 sans cesse, refoulés, dans le discours de Marx. Car c'est cet ensemble, Jive et bi-facial (on reviendra sur le sens de ces termes), et non seulement ypport rationnel marchand, qu, se renversant en « structures», constitus le ine r6férentiel du rapport moderne de classe. Et tel est, en réalité, objet iment Iégitime d'une «Section I» ouvrant l'exposé de la théorie du alisme. La « topique », qu’on trouvera en fin d’ouvrage (p. 316), met ces ions en perspective. fit retour dans le développement ultérieur du concept, Il constitue commencement sans cesse mobilisé pour In construction théorique de structure et la définition des potentalités dynamiques qui lui sont propres. pour cette raison, il figure, significativement, le point a considérer si I stintéresse au dkpassement du capitalise, J'ai proposé lappeltation de « métastructure », « méta » désignant ii, premier lieu, ce niveau supérieur dabstraction par lequel on doit commen Dour en venir & l'exposé de la « structure» propre au mode de product ‘apitaliste. Un tel commencement est non sculement légitime : il est nécessai Et, méme si Marx n’en fournit qu'nne présentation unilatdrale et limitée, o' bien a lui, comme on le vérifiera dans l'ensemble du présent ouvrage, que devons le concep! de métastructure, qui désigne ce moment abstrait oi on. cconnait encore que des individus, supposés libres et Geaux, qui forment socid par In médiation de la relation de production marchande, Ce moment « s¢ passe » (el est Pobjet de la Section I, « Transformation de U'argent en capital»), en se renversant en son « conttaire » : une société formée de classes, sous le signe de I'inégalité, de exploitation et de la domination. Mais ce commencement, sil est dépassé (au sens hégélien de l'Aufhebung), n'est jamais aboli : exploitation suppose le contexte marchand et le traitement de la force de travail comme une marchandise, c’est-i-dire aussi la considération de Vexploité, son vendeur, comme « formellement libre ». Et cette « formalité » posséde un contenu substantil : celui d’une référence nécesseite, significative de 'antagonisme dynamique propre a cette forme de société, et qui nourrit horizon de son dépassement, La notion de «meétastructure » désigne en effet le présupposé de la ‘structure. Présupposé que seule oependant pose la « structure », Cat ve iest que dans Je capitalise que la relation marchande est posée comme iniverselle, selon cette universalité par quoi se définit la métastructure, Celle- ci ne désigne done pas un fondement (de la modernité), mais une référence constitutive. Et cette référence posséde un statut ontologigque qui n’est pas celui qu'indique Le concept, classique dans le marxisme, de « superstructure ». Les superstructures doivent done étte analysées tant au plan métastructurel (R.133) qu'au plan structurel (R.411), « L'explication » que je propose consiste & montrer que tel est bien le , qi met enparalele Te proces Logigue exposition et I sense htrgue conor. Ele et ents, Cari semble y avoir aloe ene la Simpit des formes historique ancients ct celle des premiers ements de post est eopndant it de monter qu repose de Mars, teu versa prisenstion systeatiqe de relatos marchands, conformes au onsapt fede marche, cane lon os Gone, se ae Tun expose génique, méme «sé» Ty cere un apport ere ie sci ts geste anon ne pet compen elt qu pari de Cellet mais acun« praleisme» ene loge et historique. One vot 48 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION particuligrement a la différence que présentent le paragraphe 3 du chapitte 1, ai décrit une (méta)structure, et le chapitre 2, qui introduit des considérations concernant l'histoire, I'émergence historique dune telle forme sociale '. Du reste Mars a si clairement distingué l'ordre de Vhistoire de I'ordre de l'exposé ‘théorique qu'il a consacré une section séparée, la Section VIII du Livre I, a la «genése » du capitalisme, a son commencement historique. Une difficulté « rédactionnelle » troublante affect, il est vai, Le Capital, qui semble parfois ici évoquer les rapports de production marchands précapitalistes, et en tout cas les inclure tout autant dans son objet, alors qui annonce comme une théorie du capitalisme. On verra que cela renvoie & une difficulté théorique mal maitrisée par le marxisme classique, et dont la solution suppose en effet la reconstruction métastructurelle (R311C),, 11 nous faudra démontrer les deux points suivants : 1/ ce qui se trouve en réalité ici de droit inclus, sans étre un objet privilégis, ce ne sont pas des rapports précapitalistes, mais des rapports de production marchands simples (ceux de la production « indépendante » : agricole, artisanale, et.) sous le capitalisme, 2/ cette inclusion revient a inclure «I'échange inégal» dans la théorie de la métastructure et de la structure (et non seulement dans le cadre du « systéme du monde »). Cette consideration est déterminante, ainsi qu’on le verra, pour analyse des classes sociales dans le eapitalisme, y compris dans sa forme la plus développée (R.321-322), . La seconde interprétation, généralement relige & une ambition dialectique, est celle qui prend la Section I pour une analyse de la circulation marchande. ‘La « cireulation » désigne, on le sait, dans Le Capital, ensemble des échanges, entre les agents du systéme, Elle est prise comme «simple» quand on la considére dans son contenu purement marchand, indépendamment de Yextorsion de Ia plus-value, qui est propre au capitalisme. Toute une tradition exégése, illustrée notamment par Helmut Reichelt (1973) et H.-G. Backhaus (1974), désigne réguliérement la Section T comme celle de la « circulation simple», au point d’en faire une expression consacrée, Ces auteurs se réclament a juste ttre dune lecture « logique » (versus historique ou historico- logique), allant de Vabstrait (marché) au plus concret (capital). Mais ils semblent méconnaitre Vimportance du fait que c= commencement, par néeessité théorique, analyse dans son units indissociable 1e processus de «production-circulation » marchande. D'autres auteurs (Arthur, 2002/11, et chapitre 3) se représentent que exposé dialectique commence par la circulation simple en tant que moment de la «surface» et de ‘Pimmédiatement donné », Il manque aux uns et aux autres de comprendre que Marx aborde pour elle-méme la production marchande comme telle, dans sa logique propre. Il leur sera done difficile d’affronter la question fondamentale des rapport entre le marché et le captalisme. 1, Voir Que fire de Capital ?, pp. 210-212. Et c-dessousE, 151. SUCTION I; LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE 9 I est remarquable que le terme de « circulation» n'apparaisse quiune seule fois dans le premier chapite, et une seule fois dans le second, pourtant onsaeré aux échanges. Ik revient au contrite & chaque page du chapitre 3, thon c'est Fobjet TI s'ait ii, bien sr, de la circulation « simple», cesté-ire fimplement marchande, quoique expression « circulation simple » ny figure tive quate fois. La circulation simple (quin'a rien & voir avec une « production fhrchande simple », car elle existe aussi dans le capitalisme) constitue un Joment systémique de la production marchande en général, laquelle forme fubjet de la Section 1, soit le marché comme logique sociale de production {privée inpliquant éehange, ciroulation marchande), ov preduetion marchande fntant que tlle, telle que la presuppose le capitalisme out s'en convainere, il suffit du reste de considérer des catégorestelles que celles de «temps de travail, socialement nécessaire», de. travail tloerevabstrait, simpleicomplexe, q'intensité, dhabileté et de productivité, fait les catégories constitutives dela « loi de Ia valeur» comprise comme « tot thy marché » elles ne sont des catégories de I’échange que parce qu’elles sont ‘abord des catégoies dela production marchande. (Cela est particuligrement ‘ni lorsque Marx indique que, pour un type de marchandise produite en des femps différents par divers productears pour le méme marché, la valeur ablit, on premiére analyse, & une «moyenne : il n'y a entre ces Inarchandises aucun rapport d’&change, ou, plus précisément, le rapport ans} vogue désigne la relation entre conditions de production et conditions téehange dans la forme marchande de production). Cete Section I ¢ donc pour bjt lgitime la constuction du concept de marché en général : le marché ‘selon Son concept pat rapport aux Yoleurs usage. La reconstrction a, entre autres, pour tiche de montrer Jourquoi la Tate contre abstraction est en réalité, en dega de Putopie, & oneuire, quoique inégslement, sur ees deux fronts, Mais il nous faudra bord dconstruire la notion dbstraction récle en nous interrogeant sur le ut onfolagique de la forme marché, metasiicture intoduite vant Ia stnicture propeement capitaliste (R.231-233). Il nous faucra examiner ce qu'il nest de la réalité de la métasiueture. Ce que Ton reprochera aux tenants de Jhstracton rélle, est de ne pas avoir examiné jusqu'au bout cete question tiene pas s°étre demandé quel était le statut de réalit, le statu ontologique de Jistraction marchande comme tele, du « travail marchand Dans ce contexte théorique, certains auteurs, comme Tran Hai Hac et Pore Salama (1992) ou M. Heinrich (1999), ont eru quils powvaient imputer - specifiquement & "échange cette « reduction au travail abstrat », Ts se réferent alors & une proposition du § TV: «(.) eest léchange seul qui opére cette réduction en mettant en présence les uns des autres sur un pied d’égalité les produits du travail les ptus divers » (alinéa 138). Ceux-ci y acquitrent « une ‘existence sociale identique, uniforme, distincte de leur existence matérielle et inuliforme comme objets cutilité » (ibid). On a-vu ee quil en était do cette ‘réduction » et comment elle est immmanente & Ta production pour Méchange, souvernant Ia Togique de la production en méme temps que celle de V'échange (ct 'on verra ci-aprés ce quil en est de Vargent, comme « existence séparée » de la marchandise. [lest clair que Marx analyse la réduction du travail concret tu travail abstrait comme un phénoméne inhérent la production marchande comme telle (par la concurrence au sein de la branche et entre branches). Lchange est certes impligué, @ titre de dimension essentell, structurelle, «dans cette production marchande (cest-dire privée pour léchange). Mais il ne pout te exhibé comme un argument contre le concept de valeur (I, Tl, Ill) que j'ai distinguées c-dessus, page 52. A cela on peut aussi rattacherIultime tentative, hégélianisante, d'H. Denis (1980), tendant & montrer que la bonne théorie de ‘Marx est & trouver dans les Grundrisse, et non dans Le Capital. Soit dans un concept de valeur compris comme « négation des valeurs usage », opposé a celui de « valeur-travail» Pour prendre Ia mesure des débats concemant la théorie marxienne de la valeur (et sans parler encore ici de fa « transformation de fa valeur en prix de production »,ilfaudrat aller au-dela du corpus que je me suis fxg, et aborder le destin de la catégorie de valeur au-deli do son analyse structurelle: dans YVanalyse des tendances, j'examinerai donc (§ E 312) los interprétations proposées {partir du eélebre «Fragment sur les machines», des Grundrisse (1/192-200), notamment par T. Negri (1979), mais aussi par d'autres auteurs, SlICTION 1: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE a fle que L. Séve (2004) on A. Gorz (2003). Filles se rattachent a la onsidération de la tendance du eapitalisme au développement scientifique et oohnique. La thése du « capitalisme cognitif » est que Tintellectuaisation du outs de travail eet en cause la théorie travail de la valeur, On examinera en sivel sens la chose peut are entendue. Fin bref, ces interprétations philosophiques, qui contaminent souvent des ‘exposes « économiques », ont en commun de ne pas se confronter a la relation ‘eye travail abstrait et travail concret dans la forme spécifiquement marchande ihe la production, telle que Marx I'analyse en ce premier chapitre : comme cette forme sociale relle» qui voustitue Lenveloppe la plus générale, Ia Jilastructure, du capitalisme, Cette forme sociale va certes manifester d’elle- fine, c’esti-dire avant que I’on en vienne aux rapports proprement upitalistes, son caractére d°alignation-abstraction, dans sa caractérisation de noowde ferichisé. Mais ce n’est que dans les «rapports proprement upitalistes » que Vabstraction marchande devient une logique sociale, erminant une finalité sociale. Et ce n’est qu’en assumant ce décalage entre deux niveaux dabstraction que I'on est en mesure de d’appréhender ce obleme fondamental qui se présente, dans la forme de l'exposé marxien, ‘omme celui du «passage » de la Section I & la Section III: Ia question ‘nipmatique de la relation entre le marché et le capitalisme. Brefrépertoire du Commentaire en ligne Le lecteur se souvient qu'en complément au présent ouvrage je joins, sur Je site indiqué, un commentaire suivi du Capital, alinéa par alinéa. On y iouvera notamment analysées sur texte les questions suivantes : I'ordre de Vexposé, Ia raonalste du modele de la production marchande construit par Marx, la nature du commencement de I’exposé, le caractére universel ou ficitique des catégories utilisées, le traitement du marché en termes de Iurehandise, la présence symptomatique de « Pautre pale», organisation Versus marché, et de «l'autre face »,politco-économique versus économique. Das la premiére phrase, Marx apprchende «la richesse des socigtés ‘upitalistes» comme constitude de marchandises (alinéa 1), Cela est inexact, ‘qu'une partie importante du produit du travail se cristallise, depuis 'origine hy capitalisme et de plus en plus, sous la forme dune richesse publique qui fchappe pour une part & le logique marchande. Je situe ld un enjew majeur, (héorique autant que politique, et qui signale d'emblée la nécessité dune Jconstruction radical. in vertu d'une ngcessité qui appartient & objet Ini-méme, Marx, tors Inéme qu'l prétend s'expliquer sur la « marchandise » ne parvient en réalité & Je faire qu'en s'expliquant sur les « rapports marchands » (alinéa 14). Ul se llonne les apparences de traiter de « l’élément», la marchandise, sans taiter de Jn w structure » (entends ici ce terme an sens large, tom par opposition & wmnétastructure »), le marché (alinéa 18). Ou encore d'appréhender «la o PREMIERE PARTIE : EXPLICATION ION [: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE 6 tmarchandise », qui est un rapport socal, en termes de « choses » (alinéa 20) ‘Aux alingas 16 et 17, ainsi que 33, Marx explique les « réduetions du travail fconcret au travail abstrat», par Ie seul contexte de la concurrence, sans ppourtant que le mot apparasse. Cette stratégie discursive prépare, de tés loin, lun exposé qui affectera au capital en tant que tl Ia dynamique (contradictoire) de Péconomie moderne, contre V'opinion qui lattribue au marché. Une tele affectation est parfitement justfée, mais le traitement, purement initect, du marché est & prendre comme Ie sympt6me d'une difficulté théorique insurmontée La rationals do Ia forme marchande de production apparsit notamment ‘dans le couplage du travail abstrait au «travail concret ou utile » considéré du point de vue de son « rendement» (alias 23, 34-37), la definition du concept agnérique de travail (alinéas 27 et 37), la distinction entre « expression de valeur» et «rapport de valeur» (alinéas 6 et 7), etatement du travail abstait dans les diverses «réductions» (alinga 7, 12, 15, 33), la référence A la demande (alinéa 31), le traitement de la grandeur de la valeur avant le concept de mone (alinga 14), La division marchande du travail est significtivement mise en regard de 1a division organisationnelle(alinéa 25). Les considérations jurdico-politques, refoulées en marge (alinéas 4 et 38), s‘imposent particuligrement dans ce contexte (alinga 26). . § ILL Forme de la valeur Vai proposé, dans Que faire du Capital ?, un historique épistémologique ile ce § I, de ses rédactions et corrections successives de 1857 & 1873, de ses fnutations terminologiques et conceptuelles, et une analyse des ctudes et lectures auxquelles il a donné liew', Je présenterai d’abord (E.131) Vinterprétation, d’apparence rationaiste, a laquelle je suis parvenu, et qui Inmnifeste le cohérence conceptuelle ene ce § Ili et les deux premles. [accent économico-rationaiste du discours marxien n'empéche pas que perce ‘nginalement autre « face », politco-juridique, eritico-subversive, de la forme monétaire. Je rapporterai ensuite (E.132) cette lecture, 4 une autre, ‘ujourd’hui plus en vogue, qui tend su contraire & chercher ici une autre théorie ile a valeur, supposée plus dislectique que celle présentée aux §§ I et II, ou une tsitique supposée plus radicale de la marchandise et de "argent. I estera, bien Wr, ultérieurement (R.141-3) & s'intercoger sur la valeur de cette théorisation ile Marx. B. 131 Explication : Vargent,« forme » ou « expression » de Ia valeur Liobjet déclaré de ce § IIT est de découvrir « le secret de V'argent». Et sa these est ue Pargent est « expression de valeur » (Wertausdruck) adéquate au ‘crapport de valeur » (WWertveridlinis), «ou rapport d'échange », comme le révse la version francaise, ‘Nous connaissons la « substance » et la « grandeur» de la valeur, dit ‘Marx, il reste en analyser « la forme », eest-i-dire & savoir pourquoi la valeur \exprime dans cette forme patticuligre quest Vargent. L'argent n’est pas & comprende comme un simple instrument pratique facilitant les changes. Tl reléve de Ia logique méme de Ia production marchande en tant que « forme sociale », et plus précisément de la relation « valoir » propre au rapport de valeur. Il fait corps avec cette forme historique particuliére qu’est le marché, ~ «ce qui signifie que abolition du marché serait aussi abolition de l’argent. Ce qui, amx yeux de Marx, a mangué & l'économie classique, c'est non seulement de voir « qu'une différence simplement quantitative des travaux suppose leur unité ou leur égalité qualitative, cest-i-dire leur réduction au travail humain abstrait»(alinéa 151, souligné par moi), mais c'est I'approche 1. Pages 209243. On towvera, dans Théorie de 1a modemnité, pp. 226229, une formulation plus concentés. Je comige ii un point philologique, qui ne modifi pas inerpréaion. Jassignats a expression «rapport de valeur Te’ sens d'un renvol au ‘concept de valeur des $9 Lot I I s'agit plus précsément de la valet change fue comune relation & partir dece concept ot PREMIERE PARTIE : EXPLICATION historique. Comme I'explique Ia notre lumineuse adjointe in fine ce § II, « ce rest pas seulement parce que la valeur comme guantité absorbe (Son) attention. La raison en est plus profonde. La forme valeur dur produit du travail est 1a forme la plus abstraite et la plus générale du mode de production actuel, qui acquiert par cela méme un earactére historique, celui d'un mode particulier de production sociale. Si on commet lerreur de a prendre pour la forme naturelle, Stemelle, de toute production dans toute société, on perd nécessairement de vue le eBté spécifque de la forme valeur, puis de la forme marchandise, et A un ddegré plus développé, de la forme argent, forme capital ete. » (alinéa 131, Souligne par moi). bn bret, sl manque & I'economie ‘classique 'mscrie analyse de argent dans celle du mode de production capitaliste considéré dans sa forme la plus «abstraite», la plus générale, le rapport de production ‘marchande, par quoi le travail est « réduit» (on a vu en quel sens) au travail ‘», ou «x marchandise A vau y marchandise B ». Or, en réaité, la relation <=) est une relation d°équivaience au sens mathématique de’ce terme: reflexive, transitive, totale ct symétrique. Elle ne peut donc en occurrence désigner qu’un rapport de grandeur, de quantité. La relation « vaut » est @une tout autre nature: elle n'est ni réflexive ni proprement symétrique, Il est done surprenant que Marx ne semble pas remaryuer la différence entre ces deux relations, «=» et « vaut », Car c'est en réalité sur elle qu'il va fonder toute sa ddémonstration. L'objet de son analyse est la relation « valoir », Geltung, en tant au’elle ne se éduit pas celled galité. I va, on le vera, en faire la « genése » ‘non pas en inaugurant une autre « théorie de la valeur», mais en développant le «rapport de valeur » d partir de la théorie de la valeur laborée dans les deux premiers paragraphes du chapitre I, c'esti-dire en renvoyant a celle-ci, qui trouve ainsi son achévement dans cet exposé de sa « forme» au sens précis de sa «forme argent», JON I: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE 6 Marx procéde en quatre temps : 20 métres de toile 20 métres de toile vvaut 1 habit vvaut_ 1 habit ‘ou 10 livres de the ou 40 livres de café. Forme 2: Forme3: 1 habit cm 10 lives de thé (ou 40 livres de cafe. Forme4: I habit ‘ou 10 livres de thé ou 40 livres de café } valent 20 métres de toile } ae coe ee Le rapport de valeur est non-réflexif. La Forme 1 constitue un retour su le ‘concept méme de production marchande, en tant que production socialement ‘Weiproque d'une chose en yue d'une autre. Ainsi se dessine une relation qui n'est pas réductible & une simple égalité. L*égalité est réflexive : si «A=B >, alors «AA ». Done, «xMA = xMA.», Mais il ny a pas de sens & dire : «XMA vaut xMA », car aucune valeur nlest exprimée par la. Comme I'a crit \l6it Marx au § IL, « Phabit ne s’échange pas contre Phabit ». Le rapport de Valeur n’est pas réflexif il suppose deux pbles distinets. La Forme 1 exprime binsi la condition ta plus générale de expression de valeur: celle-i nexiste sue parla bipolarté fonctionnele des deux éléments, dont un, ii, «20 métres ile toile», exprime sa valeur en Vautre, «1 habit». Le premier, dit Marx, a la ‘forme Telative », le sezond In «forme équivalont ».. Cel seulement égal au premier, de méme valeur que lu Valeur». L’eonomique nest pas une mathématique. Eile étudie le rapport social, une relation de sens. Et notons bien que ce n'est pas un rapport de contradiction que Marx met ‘ei & jour. Le propre de la production marchande est que les « facteurs » opposés, Gegentele, «valeur d'usage » et « valeur », ne forment pas contradiction, mais se croisent sous la forme dun chiasme jroduetif (voir JC. Delaunay et J. Gadrey, 1979, pp. 260-277). La valeur de la marehandise A «s'exprime» et «se réalise » dans la valour d’usage de la ‘narchandise B, et réciproquement : ‘Valeur de MA > Valeur d'usage de MB ‘Valeur d'usage de MA = ‘Valeur de MB La catégorie d? « expression » ~I'idée que la valeur, dont la substance est le travail, «s'exprime » en une valeur dusage, et en une valeur d'usage «auire~ désigne Vorientation rationnelle d'un travail comme dépense vers une valour dusage comme 3a fin, seit la rationalité sociale de la production pour VPéchange, ou de I"échange marchand. “ PREMIEREPARTIE: EXPLICATION Le rapport de valeur est total Mais le propre de la relation « aut est qu'elle n'est pas limitée a la relation entre deux marchandises. La Forme 2, en tant que développement nécessare de cette expression de valeur, tent en effet & ce que le rapport de ‘Valour, cette fos & instar Pune égalité, est une relation « totale», c'estieize oncefne ensemble des produits d'une société marchande comme tele. Et la raison en a et fourie aux §§ Tet I la valeur représente ce qui est commun & toutes les marchandises, le travail abstrait. Toute production marchande, telle aquanalysée aux §§ Tet I, se destine & 'Schange, quantitativement déterming parle temps de travail socialement requis, avec route marchandise M(B, C, D, fc.) possible, «On peut prolonger & volonté», se contente de dire Marx, la liste des équivaents (lings 96). ‘Le rapport de valeur est socialement symétrique. La Forme 3 tient & c& que Le rapport de vale est «symétrique»: il Test non comme visée individuelle (celle-i implique asymétrie entre forme relative et forme Gquivalente), mais comme rapport social de production pour I'échange. Si pour [Tun xMA vant yMB, e’est & condition que pour 'autre YMB vaille xMA. En ce sens (Social), on peu retournerI'6quaton de valeur, Et cela vaut pour touts les tmarchandises de cette société. Tout comme MA se trouve produit pour TPéchange avec MB, MC, ou MD, de méme ceux le sont-ils également pout T'échange avec MA, selon le temps de travail, pour autat que MA.apporte une valeur d'usage. « Si done nous retoumons la série...» écrit Marx (alinéa 105), tte, nous obtenons tne marchandise gui s'échange immédiatement avec toutes. {es autres en fonction du temps de travail névesssire & sa production. Cet tmarchandive présente une valenr usage spécifique: celle de la monndie. qu reprévente la valeur comme tlle 4, mais au sontrare sa eldtuze rationnelle (8 moins que ce soit en ce sens, non-emphatique, Wome iG. her, 1980, qu on somprene la « dectgue >»). Comme on slovrait le voir aux renvois incessants aux §§ I et I, analyse ne se développe qu’en se rapportant constamment a ce qui la précéde: il s‘agit de montrer que, sluns Péchange monétaire, od la valeur apparait sous la forme du prix, s’exprime Jn propriété des marchandise d'etre valeur. Le « concept de valeur» est donné sux §§ Tet I, qui le définissent comme concept de valeur-traval(-usage) dans J production ‘marchande; et Ton en cherche « expression adéquate », linpliquée dans le rapport Iui-méme. II s’agit dune « déduction fonctionnelte », {Wu développe Ia matrice de la société de production marchande en montrant les ions qu’elle implique. Et argent n'apparait comme remplissant sa fonction propre, qui est d’exprimer la valeur, qu’en tant qu'il est fu-méme ‘marchandise. La marchandise n’a son étre que « dans son autre », l'argent, ‘nis c'est altérité Pane autre marchandise substantiellement existante. Telle fot en effet la théorie spécifiquement marxienne de la monnaie : l'argent est proprement une marchandise avant (au sens logique) d’étre un signe, ~ et, ainsi ‘qu'on le verra a la fin de la Section I, le redevient quand sa forme signe ne vaut pls production marcandeimpliqee une marchandise univers, qu est ‘orgent Représentant la valeur en tant que telle, a forme argent lexprime ainsi piloincment «en valeur d’usage ». Cette expression de I valeur en valeur sage ne saurait ere appréhendée comme une « contradiction ». Marx, dis ‘esl, parle non de contradiction, mais de rapports entre des contraires, 4 blements opposés », Gegenteile: «la valeur dusage devient la forme de ‘manifestation de son contraire, la valeur» (alinga 75), «le travail concret Hlovient fa manifestation de son contraire, le travail humain abstrait» (alinéa 11), Ce terme de « contraire » indique le positionnement relatif dans un couple dle concepts, non la teneur (en quoi contraire ?) de la relation entre ccux-ci. Car ‘ost bien par cette relation, ainsi universalisée, entre les deux « facteurs » de la ‘urchandlise que se réalise la rationalité méme du rapport marchand. La forme ile ln valeur exprime Tunité chiastique de la valeur et de la valeur dusage qui wuarctérise le rapport matchand en tant que systéme social de conduites Jtionnelles, dans lequel te moyen est toujours en demiére instance dépense ‘Jun travail et la fin consommation du produit d'une autre dépense. Le moyen viexprime » dans la fin, « La valeur d'échange de Vune se manifeste ainsi dans les valeurs d'usage des autres » (Critique, p. 17). ref, la forme argent, qui cldt le systéme, constitue lexpression adéquate Ale In valeur parce qu'y sont simultanément donnée la « substanes » de la valeur (le travail abstrait, la dépense marchande de force de travail en général, qui oe [PREMIERE PARTIE : EXPLICATION correspond a labstraction monétaire), et Taccés a toute valew" d'usage du systéme. La forme argent couronne ainsi la rationalité du rapport marchand, TTelle est bien la teneur « économique » de ce § II. L'autre-face, juridico- politique, ne peut cependant manquer <'y apparaitre, dans sa relation ambigué & cette face rationnelle, et d’y jeter le trouble. Car cette forme abstraite de Féquivalent est aussi celle dans laquelle se donne « Tégalité humaine» & ‘mesure que les rapporis marchands de production deviennent prédominants (alinga 89), et donc spécifiquement a I'époque modeme. Mais il s'agit semblablement de la forme de la sujétion modeme, qui désigne l'argent comme Te oi (alinéa 80, note), On y viendra au moment of elle sera ré-Evoquée, au terme de la réflexion sur le fétichisme de la marchandise (E 142) E, 132, Controverses : 'exégise de VEcole de Francfort re seri de et Vintepétation logico-hstoriqu of, d'ause par, le nitemntntoricarien de . Benet et 1. Cari, que fu ud dans Que Jar du Cala? De ne asl des lire acco dr, comme calle GoM. Aglcta ct A. Orléans, 1982 en teres de «violence», qui igre put the tapenions dans une ase problematige. Ete me meri ax etre Mlaetguesen termes de «inne » et dec coneaition» (ellie Sparen Ta lect ds §§ 1 et en termes de absaction» analyse ce ‘Rone gut tendeat ayurdhal & founir lx rubsance des. inroductions loses Cop Pee Taps” ge revowe chez nombre inerrtes,_ cole egsicane, Tee lineal hla forme gale» prin 2 patie def Bn de ines 0, dae Tes toveus pions de HC. Backbaus et H. Reichel prochesdAdorno et de Hokeimer, equ desste clement ce type de marche, pie pa toute une ion exgsique, Cot atts rage {Fe pst cone fa lest lgico-hisorign,prvaent au sein da marsisme efi! dns fe contented ne ceanepitsopie de histo et ate Conte este sponianénentpostvie, en tames de mole, ded ‘Sonomises. ls euent le grand mnie de metre en avant Pexigence inerprtaton «logue» du Capita (ute «rsonstrton disease tens) tout comme les althusséiens dla meme perode, —aveo cote deren erouruen non au svctralise, naa philosophic hin, Is donne sigifiativement a preference A Vexpoxé de Ta remit ivi, de 1867 (wad enangas et orient par PD. Dognn, 197, ‘appor ln seconde, cele de 1873, presents comme te fut dun «population» opée pat Marx en ve ee micut compris d'un ple ton forme la dateciqc i lte de March Engels 9 de, 161 oui Cat ora ue inlet ence sens 8 props de PAsiexe gol eouta I premier eon, et qui pétignre le tet de ln Scone). Le premier expos AUCTION I: LA MARCHANDISEET LA MONNAIE 6 jotérique », plus profond, opposé a celui, « exotérique », de la demiére Swsion, parois supposé ¢'espritricardien, répondrait seul a la « méthode Walectique » de Marx. Le commentaire — selon un programme qu’ébauche déja Varticle de Backhaus, « Zur Dialektik der Wertform », paru en 1968 — se Weploie dés lors sur deux voles discemer les éléments dialectiques de la Yersion de 1867, eles valoriser pa les formulations des Gbauches atércures, Holamment les Grundrisse et la Version Primitive (1858), par les Manuscrits de 44, et para logigue de Hegel qui ls sus-tend. Jan Hoff (2003) a récemment proposé un bilan des débats et travaux fuguels a donné len cette «these de la popularsation », L’exégise qui se flee A cette perspective me semble avoir sa légitimité, mais dans ceraines Unies, que je Voudrais cemer a part dela distinction entre dw thématiques alination et contradiction. lle met & juste tte accent sur argent comme forme dans laquelle la tunechandise s'autonomise, manifeste I‘aliénarion dont elle est porteuse. La Version 1867 (Das Kapital, Urausgabe, auguel reavoient les références qui ‘uivent)comporte en effet en ce sens des formulations plus fortes, a propos du Avail humain réduit & sa « pure expression choséifige», sachlich (p. 17), Hinglich (p. 23), ue pure « objectivitéabstraite», une «chose de pensée », {esdankenaling, ne chiméee, Hirngespinst(p. 17), Dans cette « expression de ia Solour, dans lauelle la marchandise « se dédouble »(p. 20), et qui est aussi forme de «réalsation effective », Verwirtichung (p27), Puniversl uplombe le particulier: « comme si, 4 cbté des Hons et des tigres, (et), Sista en outre PAnimal », das Ther, ow « Dieu » (p. 27). Dans ce contexte, 1 Reichel a souliens a just tire importance dela reprised theme hesion ‘le la « détermination de réflexion » (p. 22), qui tout a la fois pose son objet et Ie considére comme donné. On en retrowve Mécho jusque dans le demiéce ‘Yersion (sous la forme distanciée d'une mise en note, il est vrai): « Dans un suite ore d'idéeil est en est encore ainsi, Cet homme, par exemple, n'est ri sue parce que autres hommes se considérent comme ses suet et agissent en Sonséquence. Is eroient au contrareéte sujes pare qu'il est roi (alinéa 80) (on peut orchesrer de tels themes par des formulations antéreures, Dans Vigent, la valeur se trouve, & la humiére des Grundrsse (MEW, 42/8485), scscarée de la substance » des choses, dans une « existence indépendante , sellcindig; ea ta amie de Ia 4 thse sur Feuerbach elle donne ew & un ‘rloublement», Yerdopplung, qui la fixe dans un monde autonome, Jelbiandiges Reich (Backhaus 1997/32). On évoque a juste tite la Aevussfosigheit (Reichel, 2002, p. 168) Etc. Cette forme de commentaire me fomble revevable I faut seulement se demande pourquoi cette thématique de Ylgnatin, avec tout son environnement philosophigue, se trouve, dans la 0 [PREMIERE PARTIE : EXPLICATION version définitive du § III, & ce point atténuée, marginalisée*. La réponse & ate question exe semble cherher das le progres dela redaction de 18674 1873 qui se manifeseen effet précsement dans la seconde édton par amt Organization plus accentage en deux tps: § Il, consacré la gonese rattonnalede argon, § IV, consacté a ichisme du marc, lego, dans a premre ction, Hgurat comme ane « artclart dela fome valeur. Le theme du fichisme de Target est pas Garé vogue, a § 1, alinéa 133i sera au cone du chapite 2, «Des Gchanges Il gd toutes prinencs, dans Te contexte plus eenéral cu march, 4 panic duguel doit ve engngée Tranaiyae du fetcame, Et iest dnc tout legs Ronse en ce sens Ta premise version du § Ill ety veel lot éléments une ctique de argent de la marcha td la arcandisation, Ta pedi fe ¢ IV ST pt deb eon iraerapuch ene valeur Ssge et vier cane, sole plo inter Teoria Coins commeniicars vie lanes cea Se espoxs propre fla premitre edition. Ans les éliteurs dela MEGA? ILS, La seconde Enlfon en Tout ca ut lase peu do place. Et cemans «dalecticiens» uulfen volontos calli de «ricardennen enfendons « sient, t de opuaire>, ee ui semble mal tout pe appropri por qualifier wt morceau de raven theoriqe. ls ont ezpendant ps tort de soliger pa fon caractire rationalise, On peut en revanche apprcir posivement ete mutation, La seule occurence explicite que connat cate thématiqu de la Siena renee 1867 Hse exe tn ct fore arifce, Le terme a’apparat en effet qe dans Te descr alin, qu se présenaitostntatoiement comme un passage daletqu, Oberg, Ta Scone sction du capite 1, alors consacrée 4 échange. «La marchandise, Gcevait Marc, est unt immédate de la valeur d'usige et de la vaeut Techange, Cestadie. de deux rial opposéss. lle et condition immaiiae. Cate conmadcton dow se développer dis fore quuze tlle mmachandge nes pl eonsiderceanlyement comme elle jsaih tant di point de uc dela valeur dwsage, tanta point de vue dela valeut CFeshange, mais qu'en eu qité de fou elle est mike 1ellement en apport thee aves archandises. Ore git aellment les marchadises en apport mutuels est eur procs déehange» (auton Dogni, 1977108) For curese tansiton, Car il es top lat que Mars, depuis Te dbus amalyae» Ia machandise comme une Yrait, et dans son rapport a wus Grams en appari parla janas mention de derprah On comprend ane gurl ait dans ln eeonde Eon, fat dispar ce « passge > al ctscolsiqu, subsanGelemen eon 2. Crest la Voet de mon arile «Trade en allemand Le Capital, dans G. Labica (Giz), Mars com ans apr, PUR, 1986. ‘WICTION 1: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE n 1 semble en effet dificite de retranscrire les « contaires » (que la seconde éditon comparera aux deux ples de Maimant, note de I'alinéa 23) en ‘contradictions » (Backhaus, 1997/51), ou d'énoncer a ce niveau d’analyse ‘une relation antagoniste entre les choses exprimant une relation entre Hommes structurde de Ia méme fagon antagoniste » (Backhaus, 1997/57). Ow fncore de rapporter Vargent au « mauvaisinfini », avee référence a la Version Winitive, - 21: «tendance a se développer comme valeur et& s’éengit », & sccumuler indéfiniment, (Reichelt, 2002/169-170). Ce type d'interprétation, comme la lecture en termes d'« abstraction » évoquée a propos des deux emiers paragraphes, demande & lexposé de [argent comme tel, en tant que oncept pur du marché, ce qu’ ne seuraitfournir: la mise en « contradiction » ul a valeur avee ta valeur d’usage, sous la forme d'une logique d’expansion shstraite, autonome, & V'infni, par quoi, selon Mars, se définit prévisément le ‘pital, par contraste avec argent. On demande & Marx V'impossible : ce qu'il ‘uabord eru pouvoir faire, « passer au capital» par analyse dialectique de la forme argent. Lire le capital dans Vargent, e'esta-dire dans le marché. On verra pls loin dans quelles conditions ila finalement di senoncer & cette impossible fniteprise. Le fait qu'il sit, dans la seconde édition, abandonné, & ce niveau Anoalyse, tute référence a la «contradiction » ne manifeste aucune * populristion», mais tout au contaire la maturation de sa recherche. ‘Toute l'analyse génétique tourne, on I'a vu, autour de la relation « aut», ulour du valoir de la valeur, Wertgettung. Et H. Reichelt (2003) me semble voir raison de fate ressortr la centalité de ce concept de Geltung. Mais, on NW vu, le couple qui donne liew & analyse du «valoir» nest pas la ‘contradiction entre valeur d'usage et valeur, Crest le couple « forme Ivlative» # «forme équivalent» : c'est ce couple nouveau (inconnu avant Marx, qui le construit & ee point précis de son élaboration) qui relance ‘analyse de ta relation entre valeur d'usage et valeur. C'est lui, dit Marx, qui iis la Forme 1, «contient deja I'énigme» (alinéa 80), et c'est lui que \kveloppe analyse génétique qui conduit a argent. Or ce nouveau couple est inparfaitement fonmulé dans le comps de la premigre édition, qui ne connait fncore que la notion de « valeur relative » et non celle dela « forme relative» Il.n'émerge explicitement que dans son Annexe, postétieure. Ce sont done en ‘Walt les exposés censés « populaires » qui fourissent la forme aboute, Bef, il convient de distinguer deux plans. (1) Celui de la contradiction oprement capitalise entre valeur dlusage et valeur, qui sera exposée a chapitte 7, § I: la finalité de Ta production capitaliste rest pas la valear usage, mais accumulation de Ia valeur, liguidatrice des valeurs dusage, la survaleur (plus-value) «s’autonomisant » au sens du « imauvaisinfini»' de Hegel, celui du « toujours plus », de cette richesse abstraite comme logique du capitalisme (E. 311). (2) Celvi de aliénation. Marx appliquera ce concept au marché, montrant son caractére fétiche, son fonctionnement « autonome » Autonome en un auire sens de ce terme: non 'autonomie de la valeur par n PREMIERE PARTIE : EXPLICATION rapport aux valeurs d"usage, mais des marchandises par rapport aux sujets ‘marchands, etc, Mais il sagit 1a précisément d'un caractére de la forme marché ‘comme telle, et non. spécifiquement de Targent. La force de Tanalyse du fétichisme tient a ce qu'elle manifeste que le « monde & Tenvers » du marché est ‘une forme parfaitement rationnelle. La rationalité de I’argent couronne celle du ‘marché. Le fétichisme de Targent couronne le fétichisme du marché. 1 restera, bien sti, & étudier les rapports entre « alignation marchande » et « contradiction capitaliste », et aussi ce qui doit étre appelé « V'aliénation capitaliste ». Mais la ‘condition en est de ne pas attribuer par avance au marché les contradictions qui sont celles du capita. La lecture dialecticienne rétrospective, qui remonte aux « sources», présente plus généralement un biais trompeur. Comme tout inventeur, en eflet, Marx avance a reculons et il trouve autre chase que ce qu’il cherche : il cherche 1’immanence dialectique du capital & Targent et au marché, et il trouve finalement la cldture de Vargent, 1a distincrion du marché par rapport au eapital, dont il constitue pourtant la «forme Ia plus abstraite et générale» ((féclaircissement de ce probléme nous occupera jusqulau terme de cet ‘ouvrage). J'ai, dans Que faire du Capital ?, suv la méthode inverse de celle de ‘ces auteurs, montrant les bonnes raisons qu’avait souvent Marx, a mesure qu’il labore sa théorie, décarter, & ce niveau d'analyse, certaines catégories hégéliennes. Non pas Evolution philosophique, mais effet du discernement progressif de l'objet théorique. D'une version & T'autre, Marx tend & épargner ‘au marché comme tel (et l'argent) les « contradictions » propres au capital. Le fond de I'affaire dépasse évidernment Ia philologie. Il s'agit de savoir quelle sorte de contradiction attribuer respectivement 2 « V'argent » et au « capital », quelle sorte de rapport existe entre le marché et le capitalise. objection faite par ces auteurs aux §§ T et Tl, voire au § TIL dans sa. demigre version, de présenter un modéle rationaliste, nest pas totalement injustifiée. Ces textes, pourtant, comportent de nombreuses indications qui permettent de comprendre que ces caiégories « économiques » ont toujours une autre face, leur trés suspecte teneur juridico-politique (propriété, reconnaissance, liberté, égalite), selon laquelle la question critique du droit est toujours exigée pour le déchiffrement de I'étre social. Mais seule la reconstruction plus large qui rapporte le marché & son contraire, l’organisation ‘concerté, satisfait a cette exigence, proprement dialectique (R.111-134), ‘Une remarque pourtant suffira & faire comprendre comment Marx engage, dbs ce § IIL, l'analyse du fétichisme selon un biais qui l'empéchera de prendre toute la dimension du probléme, qu’il a pourtant si lumineusement formulé Le trait le plus subtil, et le plus ambigu, de ce § III me semble étre, en effet, que, tout comme aux §§ I et II Marx a pu parler de la marchandise sans jamais sembler parler dn marche, i fat maintenant comme si Pon pouvaittraiter de ee rapport social sans mentionner les agents. De quoi, pourtant, parle-til en réalité? Si la marchandise est, comme il le dira, «chose sociale », elle se TION I: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE, RB Wifnit a partir d'une structure de pratigues intégrées, analysables comme selivités pourvues de sens. Il conviendra done de s"interroger sur la stratégie de Marx, qui met ici, ostensiblement, en place une structure de chases (il est méme ‘de commentateurs pour s"émerveiller de la fagon dont il fait parler les choses, ‘sone Frangois dAssise fasait parler les petits ciseaux...). L’explication que Jp propose est qu’il se donne ainsi certaines facilités. D'une part, pour ‘Wivelopper un discours unilatéral du fétichisme, et, d’autre part, ‘orélativement, pour faire parla suite, au second chapitre, intervenir les agents ‘tus un monde de choses, dans lequel ils n’auront qu’ un role prédéfini, celui de ‘uipports, Trager, de ta relation marchande. Ein d’autres termes, Marx définit ici pi vance un space assgné mux gents (peucteus-changlsts) du marché. cadre tracé par cette structure de choses circonserit rigoureusement leur liberté», Vagir possible d'un agent sur un marché. Toute la question, ourtant, ~ ainsi qu'on le montrera par la suite, quand on en viendra a la ‘tovonstruction » théorique—est de savoir si, au contraire les agents iands n'ont pas, comme fei, la possibilité de prendre distance par rapport § Ja forme marchande de société. Je montrerai que, dans son principe, la Folation de marché ne peut, en réalit, tre pensée et posée comme « libre » que ‘hans son rapport a une autre relation, antagonique, celle de la libre ‘icertation, selon laquelle des objectifs et des taches sont fixés et éparts dun sommun accord. C'est en ce sens, proprement dialectique, que sera proposée la feconstruction de la « métastructure ». Cette critique’ n'enléve rien & la tohérence de exposé de Marx. Elle annonce cependant ce fait que l'on ne ourra, méme a ce niveau abstrait de ‘analyse, en rester a une théorie Vinilatéralement marchande de la morinae, Bref repertoire ds Commentaire en ligne Dans le Commentaire méta/sructrel du Capital, que Von trouwera sur le indiqué je fis notamment ressorti ls traits suivants La reference constante, tout au long du § Il, & i théore de la valeur Jwisentée aux §§ T et TH (alinéas 49, 50, 59, 61-68, 70-74, 91, 103). Et le Scuplage «rapport de valeur» / « expression de valeur», qui corrobore cette rlerence (ainéss 42, 52), avec la difference entre ces deux termes (alnéa 59). ~ Lanotion d” « expression de la valeur en valeur d'usage » (alinéa 60), et on une valeur d'usage cure, cete nonvrflexivité qui est la marque de la ‘forme de la valeur opposée au simple rapport quanttatf, la « valeur 4V'Gehange » comme simple grandeur (alinéas 70, 79, 92) et siniicaif de la provuction marchande comme rapport socal, possédant sa rationalité prope. ~ La trame de exposé: expression de valeur est nom-rfleive ~ i la dillcence du rapport de valeur ~ (lindas 47, 73, 76, 7, 78, 100), mais, comme ak tl lina 98 ol et silane sini tines 1,306, ” PREMIERE PARTIE : EXPLICATION «Le titement systématique du rapport social en termes de ol Inisant cependan ranspartre le jeu des rapports sociaux (ances 56,57, 9 79, 80, 107, 113-116, 119), selon un procédé littéraire récurrent, anquel le doit tne partic de son charme, et quit consisie 8 attibue, imargnalement, ces choses lecaactre de personnes, ou de personnages, de locuteurs — elles parlent, plastronnent, etc. ~, tandis que les individus récls peice, par contr coup pis dans ce monde re Les catégoresjuridipues du « privé (lings #4), de opinion, de la fiction et de la présomption d’égalité (alinéa 89), qui ne manquent pas de se protiler, en remit, quoique Marx, érangement, parle depuis le debut del ‘aleur d'échange sans avoir jamais defini 'échange, nila propité qu en est a ‘condition, avec les implications juridiques ql soat es scnnes (linea 112) La categorie de « contradiction »employce une seule Fis (alnéa 74) a prendre dans un sens fable de « contre», qui revient 1égli (lingas.75, £1), mais sans maniester de correction au sens propre. ‘L’équivalent général apparait bien plutét comme levée des paradoxes (alinéas 493, 124), La monnai, comme forme subjective pratique ratonnll lings 97) tle ftichisme de Tnyeut ect ute rapport & cela, prac, do ll marchandise (al. 80). ~ References historiques fort vagues et marginales (alinéas 95, 110-111), a Venconte de toute lecture historicelegique, ' ION I: LA MARCHANDISE ET L.A MONNALE 6 §IV. Le fétichisme dela marchandise ‘I 141. Explication :réification et représentation Le § IN, sur le «fétichisme dle la marchandise », a toujours fasciné les Jectonrs, of snivent emporté Padhésion de coux mimes qui ne suivaiont par ‘Marx au-deld. 1 nouprit communément un théme imprécatoire & Yencontre du ‘ipitalisme, qui suffi & ta bonne conscience de ceux qui lui feront par la suite Jos plus larges concessions. Il donne aussi son assurance speculative au tnurxisme dogmaique, A ce point pourant émergen& nouveau, me semble-t 1), les difficultés qui feront apparaitre la nécessité dune reconstruction de la Ungorie, Lanalyse que je propose, et qui trouvera son prolongement dans la seconde partie de Pouvrage (R. 131), se détachera donc du travail d'exégése et tification auquel le texte donne le plus souvent Kieu. Il agit en effet aussi Ale savoir ce que vaut la these de Marx. Le théme central du fétichisme est celui d'un renversement : les rapports ‘olre personnes se transforment, ou se renversent, en rapports entre choses. Ce fenversement se déeline lui-méme selon une relation dialectique entre deux togistres : celui du réel (les rapports entre personnes sont devenus des rapports ‘nlee choses) et celui du représenté (ils apparaissent conmme des rapports entre choses). Or — et c'est Ia Te point sur lequel les inteprétes, méme quand ils Veperpoivent, ne se sont jamais radialenventinteiogés ~ It leusiva enlas eos termes ne se dénoue qu’a travers une relation, éablie dans le texte, entre le fitichisme de ta société marchande et le nonftichisme de la société communiste. L'argument de ce § IV est en effet constrit sur un rapport a la fois. spéculaite et télgotogique entre ces deux termes, le marché et le communisme, On devrait, me semble-til, etre surpris que le communisme puisse ainsi intervenir comme Vopposé non pas du capitalisme, mais d’abord du marché. Quel est donc, en défintve, le sens de cette référence au communisme ? Et quelle en est la pertinence ? Selon quelle sorte de nécessité ‘Marx doit, ds le commencement de son exposé, introduire cette figure spectral, censéinentterminale ? Le ftichisme comme aliénation et comme réfiation Dans les Manuscrits de 44, Marx introduit la catégorie de ftichisme dans le contexte de « Valignation » éeonemique sous le capitalisme pour illustrer idge que essence subjective de la rchesse, qui este travail, n'y est reconmue «qty dellesnéme dans Ta propriete (1962/79 et suvants) 16 PREMIERE PARTIE : EXPLICATION Dans les Grundrisse, avant daborder les rapports spécifiquement capitalstes, ceux de la domination de classe, il commence par un « chapitre de argent, qui correspond a la future Section 1 du Livre 1. Dans ce premier chapitte, qui couvre presque la moitié du manuscrit, il considére ce qui revient rnon pas au capitalisme (objet du « chapitre du capital », qui forme I'autre rmoitié du texte), mais aux rapports marchands en tant que tels: «la relation sociale des personnes, éerit-il dans ce contexte, est transformée en un comportement social des choses » (Grundrisse, 193). On note la tension entre Te discours dv « fétichisme », qui reléve de Ia représentation, et celui de la ‘«xéification », qui envoie &1’éire, & la personne faite chose: «(...) leur connexion apparait 4 ces individus eux-mémes comme quelque chose éiranger, indépendant, comme une chose; le pouvoir de la personne s'est transformé en pouvoir de choses » (W93, ¢f 97, 100, 101) Ge souligne). Ce discours de I'éire réifié, ’énoneé ontologique, désigne, dans les Grundrisse, les rapports marchands comme « faalité » (V94) s‘imposant aux. individus, opposée au « pouvoir commun » qui découlerait de «"échange libre «individus associés sur la base de I'appropriation et du contrble effectifs des ‘moyens de production » (1/95), ~ soit déja la relation spéculaire-téléologique entre fétichisme et communisme que Von retrouvera dans Le Capital. Le marche fait censément de rappors entre personnes des rapports entre choses, au sens oi il est un rapport social qui s’impose aux personnes, et qui se donne dans la forme, illusoirement projetée, d’un mécanisme de rapport entre choses, qui leur apparait comme une loi de la nature. Le fétichisme comme représentation ot 1a rationalité de Vagent sur lo marché Dans la seconde édition du Capital — qui est en cela trés supérieure aux précédentes (ce que semble pourtant avoir négligé 'intrprétation) -, Marx en vient & dégager de cette forme de méconnaissance un versant de connaissance, selon lequel les agents s"orientent pratiquement sur un marché. Il construit et inscrt en effet le concept de fétichisme dans un contexte structurel-pratique ‘és défini. Les producteurs-Echangistes, explique-til, n’ont pas & connaitre la catégorie de valeur-travail en tant qu’elle est constitutive de Ia loi du marché. Ils n'ont pas & connaftre la vraie nature sociale de leurs rapports, qui est d’étre des rapports entre travaux. Car, en tant que producteurs indépendants, «ils nenirent en contact que pat I’échange » (al. 137). Et, en tant qu'échangistes, ce ui les intéresse, « c'est de savoir combien ils obtiendront en échange de leur produit » (al. 141), c*est le « mouvement » des prix (al. 142), lequel se définit hhots de leur volonté. UI ne leur est pas donné d’entrer en contact « dans la production », sous la forme une coopération, qui supposerait qu’ils ordonnent apcuble le sysiéise du maiché et coupivent le uuuvencut des valeuts, cortélatif de celui des temps socialement névessaires. Le mécanisme marchand dans son ensemble leur est extérieur, et ils n’en sont informés que par le SECTION: LA MARCHANDISE ET LA MONNAIE n houverent des (prix des) marchandises. En d’autres termes, Marx appréhende joi le marché en tant que systéme d'information (autant que ¢incitation et \allocation des ressources, Voir E.121) : les prix de marché apportent toute "information dont les producteurs-échangistes ont besoin, ils leur fournssent le ‘oncept pratique Marx se dégage ainsi de 'ambiguité lige au theme philosophique de Julignation, en tant qu'elle vise la fois et parfois dans les mémes termes I’étre et Papparaitre. L'exigence matérialiste veut en effet que ceux-ci ne se ‘onfondent pas, et que les concepts, « ontologiques », de la structure sociale se distinguent de eux, « symboliques », de la représentarion des agents, étant ‘ontendu que le symbolique reléve aussi du réel social, Et une bonne part de la ‘maturation » de la théorie de Marx, repérable d'une rédaction & autre, onsistera effectivement dans 1a progressive élaboration de dew séries concepmuelles distinetes a partir d’une nébuleuse originelle oi elles se lrouvaient plus ou moins confondues. C’était la Pune des théses argumentées tans Que faire du Capital ? (pages 179-208). Marx, introduit ici, sur le fond Wun non savoir et d'une méconnaissance, la catégorie de savoir pratique linpliquée dans ta position d’agent sur un marché : celui-ci n’a pas & connaitre ‘iv travail dans les termes de la « théorie travail de la valeur », mais seulement iluprix des marchandises et de leurs mouvements, Il inaugure ainsi une d&marche qu'il reprendra tout au long du Capital. jue moment de exposé de la structure, qui fait apparaitre un niveau de apport social défini, donnera lieu &I'analyse des représentations qu’il implique fensément de Ia part des agents considérés selon leur position dans ce Uispositif) Marx cherchera ainsi A constriite tonr a tour les représentations propres aux salariés comme tels, & entrepreneur capitaliste, au rentier, au propridtace terien,etc., avec leurs dimensions de connaissance et de « sens », fon méme temps que ¢’illusion. Voir notamment la Section VI du Livre I, sur la forme salaire », et les Sections I et V a VII du Livre I, sur les eprésentations qui s'attachent aux diverses positions et pratiques capitalistes (cntrepreneuriales en général, commerciales, financiéres, ou purement ontides). L’analyse en termes «'¢pparaiire en vient ainsi en quelque sorte A ‘autonomiser par rapport & /'érre social, Elle déconstruit ainsi la formulation mtaphysique de Valignation. La représentation subjective propre aux agents se \Agorypte en effet (sous son double aspect dopérateur pratique et idéologique) dans la discontinnité, dans I’talement d'un proces sans sujet, a savoir le procs (Wabstrait en concret) de l’exposé des rapports constituifs de ce « mode de production ». Selon exposé théorique d'ensemble et son ordre séquentiel ‘igoificatif, la situation des agents sur le marché cesse de se présenter dans VPunité confuse d'une ontologie du « sujet aliéné » et d'une phénoménologie de |i «conscience aliénée: & la catégorie globolicante d'aliénation, Marx substitue une probiématique qui suit la discontinuité des niveaux d’analyse de EN PREMIERE PARTIE : EXPLICATION Ja structure, Et ce travail commence dis le moment le plus abstrait, celui du commencement : le rapport marchand de production. Permanence de la relation dialectigue entre étre et connaissance «Laliénation » dont on sait, notamment depuis Althusser, qu'elle connait, dans l'ceuvre de Ia « maturté », une certaine dévaluation ~ passe done ici, pour une part du moins, le relais 4 un autre paradigme. Mais, parce qu'étre ct représentation ne peuvent pour autant étre taités comme deux ensembles disjoints, elle reste nécessairement, absolument, présente. Cette connaissance- ‘méconnaissance fait, en effet, partie de la situation réeife de homme da ‘marché, dont la rationalité se limite & lire le mouvement des choses, celui des ‘marchandises et des prix, et & s'y adapter comme a un ordre qui s"impose absolument a lui, sans qu'il disceme méme le fait de cette domination. Sa situation réele est tlle qu’il n'a pas A connaitre de I'essence et qu'il lui suffit de s’en tenir ses « manifestations ». Le discours de la représentation n’évacue done pas celui de (etre aliéné. Et la relation entre ces deux termes s"exprime ici dans I"Squivalence entre deux. ‘énoncés antithétiques. D’un c6té, « la valeur ne porte (...) pas écrit sur le front ce qu'elle est» (al. 139), et la marchandise, apparaissant comme chose, n'apparait done pas comme ce qu'elle est, rapport entre travaux : thématique sgnoséologique de la méconnaissance. De l'autre, dit Marx, les rapports entre leurs travaux « apparaissent pour ce qu'ils sont », non comme des rapports centre des personnes dans leurs travaux mémes, « mais bien plutét comme des apports sociaux entre les choses » (al. 137): dhématique ontologique de ta réification. Le communisme comme levée di fétichisme Pour que cette tension soit effectivement levée, explique Marx, il ne suflit pas de la « découverte scientifique », exposée dans les §§ 1 4 Ill et rappelée ici, selon laquelle la valeur renvoie au travail. Le connaissance théorique nengendre pas d'elle-méme la dé-réification. Il faut que soit effectivement aboli cet ordre social marchand lui-méme, Seul le communisme, par lequel les producteurs entreraient en contact non seulement « 4 travers l"échange », mais par les relations immédiates de production, rétablirat le « rapport entre les personnes » en ce qu'il rendrait sransparente la connexion entre leurs travaux, Voir lalinéa 149: « Représentons-nous enfin une réunion d'hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et dépensant, selon wn ‘plan concerté (je souligne), leurs nombreuses forces de travail individuelles comme une seule et méme force de travail social... ». Mais quel est Ie statut de cette «autre scéne >, Et quel est son rapport a Ia «scéne primitive » du marché? Il est significatif que les commentaires, alors méme qu’ils saluent ce haut fait théorique ~ avoir compris que l'apparence (échange de choses) est SECTION J: LA MARCHANDISE ETLA MONNAIE ” Inhérente au systéme et ne disparait done qu‘avee la dissolution de celui-ci -, ggligent Waller au fond de la question. Us s*épargnent de s‘interroger Immédiatement sur la valeur de la solution avaneée par Marx, ainsi que sur le {hit que celle-ci contribue grandement & la détermination du concept méme de s{etichisme de la marchandise » et de ses conditions de possibilits. Plusieurs questions restent en effet posées. Peut-on concevoir quelque chose comme un Mhwode de domination des « choses » sur les « personnes » qui serait le marché, ‘ot dont la fin serait attendre de I"émergence ultime d'une alternative qui aurait, la forme dune volonté unifiée planificarrice ? Et quelle sorte de « dialectique » fgonstituent, tout ensemble, d'une part, ce dispositif méwphysique binsire personnes ‘choses et, autre part, ce développement historico-téléologique felon Iequel il est censé étre remis sur ses pieds, les personnes maitrisant tidsormais le cours des choses ? (On sera done conduit, dans la seconde partie de ouvrage, & reprendre, sur lw point encore, les choses par le commencement. Le moment historique dela «val»: Vépoque marchande Il convient cependant de noter que la consideration dv. socialsme ntrvent ei qu travers un élargissement de la perspective aux dimensions de Mhistoze tniversele: Te f€ichisme ~ par qui es rapport de tava ene Personnes apparsissent» comme valeurs det prodkits n'=ppatent gu Ia forme marchande de. production, laquelle ae repésente quune.epogue Iisoriquedéterminde ne leven de «la prodiction » en général considetée fomnme type dactivté(« mode travail»), ni de la production comme fore ‘sooiale (« forme travail »). Ce qui appartient ainsi a la seule forme marchande, (C'est pas, comme certains interprtes Te ctoent, qa le tavall sy affine fommme «tevail himain asta», mais, comme Marx le dit entrée, le ft tue le caractére dégalité des travaux humains» leur galt comme dpense de force de tava, phénoméne universel ~ y « acquit la forme de Ynleur des produits du travail», alinéa 136, Marx commence en prendnt le probléme au niveau le pis abst, avant toute considération de forme sociale : & travers le paradigme de Robinson, il frvsage le tavall comme type activité (mode travail, dans ma teminologie), (Wil distingue dautres activités comme la «price» (qui n'est pas sous le Principe de'économie de temps, puisque «il'y trouve sn plas») et qu’ faractérise par Parculaton entre tava concret,visant deb valeurs dusage Darius et tavil humaine absrat, dense de fore de travail dornt tn fern temps. Avec cc commentaire qui semble avoir Schappé a bien des ommentaters: toutes les déterminations de la valeur’ (sie) y sont fonienues»alinga 146, ti entend par tout ce qui concere le couple aval fonret/ rai abstr roe & gard de la robinsonnade-qui-explighe-o tile nexpliqu ren, sinon que les analyses historques concrées ne pouront fae conduites qu’ partir de ce couple unversl, Marx analyse en effet ensuite