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L’OCCUPATION ALLEMANDE EN EUROPE :

RÉGIMES ET RÉPRESSION

Barbara Lambauer

Entre 1939 et 1945, nombre de pays de l’Europe continen- tale se trouvent, momentanément ou durablement, dans le giron allemand. Entre pays à neutralité bienveillante, pays alliés membres de l’Axe ou du pacte tripartite et pays occu- pés, voire annexés, statuts et régimes varient. La présence des troupes allemandes dans une grande partie de ces territoires (seuls y échappent entièrement les pays neutres) provoque, tôt ou tard, la formation de mouvements d’insurrection. La domi- nation allemande en Europe pose deux questions centrales. La première est de cerner les facteurs qui déterminent la nature des régimes d’occupation, installés au début du conflit mon- dial, lorsque la victoire allemande paraît proche. De ce point de vue, il convient de distinguer les pays occupés plus tardivement – notamment l’Italie (1943) et la Hongrie (1944) – en raison de leur défection (réelle ou supposée) de l’Axe, face à l’approche d’un front actif. La deuxième question est de comprendre comment la puissance allemande fait face aux mouvements d’insurrection, qui depuis plusieurs guerres accompagnent les occupations. À cette fin, nous mettons en parallèle les straté- gies et les méthodes allemandes notamment dans les territoires occupés en Union soviétique, en Yougoslavie et en France, trois terrains qui représentent des régions et régimes différents de l’Europe occupée et sont, en même temps, de hauts lieux de la Résistance européenne.

et régimes différents de l’Europe occupée et sont, en même temps, de hauts lieux de la

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LA CONSTITUTION D’UN VASTE ESPACE EUROPÉEN OCCUPÉ

L’occupation des pays de l’Europe du Nord, de l’Ouest, du Sud-Est et de l’Est n’est pas prévue au moment des préparatifs de guerre par le haut commandement de l’armée de terre (Ober- kommando des Heeres, OKH) au milieu des années 1930. Tou- tefois, quatre jours après son arrivée au pouvoir en 1933, Hitler a présenté ses projets concernant le renforcement de l’armée et a fait entrevoir celui de l’expansion de « l’espace vital alle- mand » à l’élite militaire allemande [44 ; 441-442]. Les prépara- tifs passent d’abord par une mesure tout à fait visible sur le plan international, la réintroduction du service militaire obligatoire en mars 1935, et se poursuivent par la première « loi de défense du Reich » deux mois plus tard : en cas de guerre, celle-ci pré- voit l’instauration d’un « chef de l’administration civile » chargé de seconder dans les zones d’opération la hiérarchie militaire détentrice du pouvoir exécutif [87 ; 6]. La question d’une répar- tition des tâches administratives entre autorités militaires et civiles – une question centrale, et litigieuse, au début des occu- pations allemandes de 1939 et 1940 – se trouve donc dès lors posée. Le principe est appliqué pour la première fois en 1939 en Pologne, mais le comportement méprisant des dignitaires du parti et de hauts cadres SS intervenant dans ces fonctions civiles à l’égard de leurs supérieurs militaires conduit à un rai- dissement de la hiérarchie militaire. De nouveaux modèles d’oc- cupation à plus forte composante militaire sont élaborés pour les campagnes de 1940. Mais dans la perspective de l’offensive contre l’URSS de 1941, les responsables compétents de la Wehr- macht doivent céder le pouvoir exécutif dans les zones éloignées du front aux hommes du parti (les Gauleiter notamment). Les régimes d’occupation installés entre 1939 et 1943-1944 doivent ainsi être perçus à l’aune de la corrélation entre pouvoirs mili- taire et civil. Deux pôles extrêmes peuvent être distingués :

d’une part, le placement d’un pays ou d’une région sous admi- nistration militaire, sans objectif politique excepté l’exploitation

d’un pays ou d’une région sous admi- nistration militaire, sans objectif politique excepté l’exploitation

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qui n’exclut pas la présence d’émissaires spéciaux dépêchés par divers offices allemands) ; d’autre part, l’installation d’une administration civile, souvent dirigée par un Gauleiter ou autre personnage de confiance d’Hitler, qui doit préparer le rattache- ment ultérieur au Reich. C’est la répartition du pouvoir entre militaires et civils qui marque la spécificité d’un régime d’occu- pation : elle dépend beaucoup des circonstances du moment de l’occupation et de l’évolution des hostilités en général, mais aussi du statut que les dirigeants du Reich entendent accorder à terme au pays. En règle générale, en dehors des zones d’opé- rations militaires, on observe que plus le pays se trouve proche du Reich – géographiquement mais aussi culturellement –, plus le pouvoir est laissé aux civils. Pour saisir la logique qui inspire la nature des différents régimes d’occupation pendant la Seconde Guerre mondiale, rappeler les étapes de cet assujettissement de l’Europe peut être utile. Toutefois, les premières agressions contre des pays voisins ont lieu avant la date « officielle » du début du conflit mondial et se réalisent sous le regard encore plus ou moins consentant des grandes puissances européennes de l’époque, notamment la France et la Grande-Bretagne.

Les premières occupations de 1938-1939 :

sous le signe du « rapatriement »

La première frontière que la Wehrmacht franchit est celle de l’Autriche, en mars 1938, aboutissant au rattachement (Anschluss) du pays au Reich. Le terme traduit l’ambiguïté de la manœuvre : s’agit-il d’une agression ou du simple « retour au Reich » d’un pays de langue et culture allemandes, comme s’est efforcé de faire croire, avec grand succès, la propagande nazie ? Selon les images diffusées en masse, la population du pays accueille avec enthousiasme les troupes allemandes avan- çant vers Vienne, sans le moindre combat. L’invasion, prépa- rée depuis plusieurs mois par la police allemande d’Heinrich Himmler, partie prenante de l’action – 20 000 hommes ont été rassemblés pour l’occasion [60 ; 417] –, a été déclenchée pour

de l’action – 20 000 hommes ont été rassemblés pour l’occasion [60 ; 417] –, a

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dépendance de l’Autriche, organisé pour répondre à l’« accord », qui en vérité est un diktat, de Berchtesgaden de février 1938. Un mois plus tôt, le 12 février, Hitler a convoqué à Berchtes- gaden le chancelier autrichien, Kurt Schuschnigg, pour imposer la nomination du national-socialiste autrichien Arthur Seyss- Inquart au ministère de l’Intérieur, une amnistie pour les nazis autrichiens incarcérés, l’intensification des échanges écono- miques entre les deux pays et l’intégration de 100 officiers de la Wehrmacht dans l’armée autrichienne contre l’envoi de 100 offi- ciers autrichiens en Allemagne. L’accord suscite de forts remous au sein de la population, notamment dans les milieux ouvriers, mais aussi des manifestations pronazies. Début mars, de nou- velles revendications allemandes poussent Schuschnigg à décider la tenue d’un référendum portant sur l’indépendance du pays. Dans les villes, les manifestations en faveur de l’indépendance précèdent celles pour le rattachement à l’Allemagne : c’est sous ces auspices qu’Hitler ordonne la préparation d’une invasion de l’Autriche, officiellement pour « protéger la population contre des violences », et exige l’ajournement du référendum. Le 11 mars, les manifestations organisées par les nazis autrichiens se mul- tiplient dans tout le pays. Devant la menace d’une invasion alle- mande, le chancelier Schuschnigg démissionne, permettant la formation d’un nouveau gouvernement dirigé par Seyss-Inquart, qui, contrairement à l’injonction allemande, ne demande pas l’envoi de troupes de la Wehrmacht (un tel document a été fabri- qué a posteriori pour justifier l’invasion) [85 ; 6-8] [51 ; 29-114]. Annexé aussitôt par le Reich – un certain nombre de « dépu- tés » autrichiens rejoindront le Reichstag à Berlin –, le pays de 6,5 millions d’habitants est divisé en sept Reichsgaue, alors que l’entité autrichienne disparaît – de même que son nom – par une loi de 1939. L’annexion se fait donc sans combat mais pas sans victimes : dès les premiers jours, une vague d’arrestations cible des « ennemis politiques », notamment des communistes et socialistes selon des listes préétablies, alors que la population juive fait l’objet d’un antisémitisme débridé d’activistes nazis locaux [60 ; 418-419]. L’Autriche n’est donc jamais placée sous un régime d’occupation, bien que des préparatifs dans ce sens aient existé au sein de l’armée de terre allemande [87 ; 13].

d’occupation, bien que des préparatifs dans ce sens aient existé au sein de l’armée de terre

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de 1938 est la Tchécoslovaquie, à travers sa région des Sudètes, et là encore Berlin se réfère au désir du « retour au Reich » des populations germanophones de cette région et aux tensions qui les opposent au reste du pays pour réclamer, à la conférence de Munich de septembre 1938, son rattachement au Reich. Cette nouvelle région du Reich est placée sous l’autorité d’un Reichskommissar, Konrad Henlein, jusque-là chef (Führer) des Allemands des Sudètes, avec la création, au sein du ministère de l’Intérieur du Reich, d’un « service central pour la transi- tion (Überleitung) des territoires des Sudètes » préparant l’inté- gration du Reichsgau Sudetenland au Reich [87 ; 14-19]. Après les élections du 4 décembre 1938, les Allemands des Sudètes envoient 41 députés au Reichstag. Ces modifications encore relativement paisibles des fron- tières en Europe centrale incitent les Slovaques, les Polonais et les Hongrois à tirer profit de l’affaiblissement tchécoslovaque. Clairement encouragé par les Allemands, un nouveau gouverne- ment slovaque présidé par M gr Tiso proclame l’autonomie de la Slovaquie le premier jour de la démobilisation de l’armée tché- coslovaque, le 7 octobre 1938. De son côté, Varsovie procède à l’annexion de la région industrielle de Teschen (Cieszyn), en Silésie, où se trouve une importante minorité polonaise, alors que la Hongrie obtient, grâce au premier « arbitrage » germano- italien de Vienne du 2 novembre 1938, une région du sud de la nouvelle Slovaquie comptant une très forte minorité hongroise. En mars 1939, le scénario autrichien se renouvelle, à savoir l’occupation d’un territoire étranger, avec menace de guerre et une forte pression exercée sur ses responsables politiques, et en arrière-plan la paralysie des puissances occidentales. Il aboutit au démantèlement de ce qui reste de la Tchécoslovaquie : trans- formation de la Bohême-Moravie en un « protectorat » allemand, occupé par l’armée allemande le 15 mars, et déclaration d’indé- pendance de la Slovaquie par Tiso, le pays se plaçant sous la « protection » du Reich. Comme un an plus tôt, la SS et la police allemande ont été aux premiers rangs, en fournissant deux régi- ments et deux Einsatzgruppen en vue d’une action d’arrestation de masse contre les communistes du pays et les émigrés alle- mands, environ 6 000 personnes jusqu’au début de mai 1939

masse contre les communistes du pays et les émigrés alle- mands, environ 6 000 personnes jusqu’au

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; 426]. C’est ici la première occupation par le Reich d’un pays sans forte minorité germanophone, mais qui dispose de richesses naturelles et industrielles attirantes qui constitueront un renforcement considérable du potentiel de guerre allemand. Le pays, incorporé dans le Großdeutsche Reich dès le 16 mars, garde le semblant d’une autonomie, dans la mesure où il est administré par un gouvernement tchèque. Le préambule du Décret du Führer et Chancelier du Reich sur le Protectorat Bohême et Moravie du 16 mars 1939 précise que les pays de Bohême et Moravie auraient fait partie, « durant un millénaire », de « l’es- pace vital du peuple allemand ». Leur occupation par l’armée allemande répondrait au « sérieux désir de servir aux vrais inté- rêts des peuples habitant dans cet espace vital, d’assurer la vie nationale des peuples allemand et tchèque, d’être utile à la paix et au bien-être social de tous » [13 ; 485-488]. Il est placé sous le contrôle du Reichsprotektor Konstantin von Neurath (ancien ministre des Affaires étrangères), chargé de « préserver les inté- rêts du Reich » et de « veiller à ce que les directives politiques du Führer » soient respectées [13 ; 486]. Neurath est secondé par le Höherer SS- und Polizeiführer (et ainsi responsable des services de police sur place), Karl Hermann Frank, l’homme fort du régime d’occupation et homme de confiance d’Heinrich Himmler [87 ; 26]. La situation du « Protectorat » demeure par- ticulière dans la mesure où les Allemands éviteront tout règle- ment définitif quant au statut exact du territoire [22 ; 18-19]. Par ailleurs, avec l’accord du Reich, la Hongrie saisit cette occasion pour procéder à l’annexion d’une région de l’ancienne Tchécoslovaquie, la Ruthénie subcarpatique, qui vient de pro- clamer son indépendance en tant que « République d’Ukraine carpatique ». En parallèle, la Lituanie, confrontée à un ultima- tum allemand, doit céder le territoire de Memel. Ainsi, depuis le rattachement de l’Autriche au Reich, les fron- tières ne cessent de bouger en Europe centrale sous l’impul- sion allemande, Hitler s’affranchissant aisément des promesses adressées peu auparavant à l’opinion internationale. Le traité de non-agression que son ministre des Affaires étrangères Joa- chim von Ribbentrop signe le 23 août 1939 avec son homologue Viatcheslav Molotov à Moscou ne fait que renforcer les craintes existantes concernant la politique étrangère allemande (et sovié-

Molotov à Moscou ne fait que renforcer les craintes existantes concernant la politique étrangère allemande (et

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attaque la

Pologne, liée (comme déjà la Tchécoslovaquie) à la France [29], sous le prétexte de la crise de Dantzig couvant depuis plusieurs mois et qui touche une fois de plus la question du retour au Reich d’une population germanophone, Paris et Londres, nolens volens, lui déclarent la guerre le 3 septembre 1939 [49] [54]. L’armée allemande occupe le territoire polonais jusqu’à une ligne de partage fixée dans le cadre d’un protocole secret avec Moscou. Mais contrairement aux projets initiaux élabo- rés par l’OKH, le territoire polonais est par la suite découpé :

de larges régions sont annexées au Reich, dont deux nou- veaux Gaue – Westpreußen (Reichsgau Danzig-Westpreußen) et Posen (Reichsgau Wartheland) –, et leurs populations polo- naises sont expulsées vers le nouveau Generalgouvernement der besetzten polnischen Gebiete, dirigé par Hans Frank à Cracovie. Un régime d’occupation militaire n’aura existé en Pologne que durant quelques semaines. Dès les premiers jours de la campagne, les soldats allemands font preuve d’une véritable nervosité et crainte (largement infon- dée) quant à la présence de francs-tireurs [25 ; 54-75]. La Wehr- macht a d’ailleurs elle-même mis en garde ses soldats dans un sens soulignant le caractère prétendument « sournois » et « bru- tal » des Polonais juste avant le déclenchement de la campagne [91 ; 435-436] [25 ; 38-40]. Ces sentiments sont délibérément confirmés par la propagande nazie relative à des atrocités – cer- taines avérées et d’autres imaginées – commises par des Polonais contre la minorité germanophone du pays. D’autre part, au vu d’un front qui se déplace très rapidement, selon un mouvement en tenaille, des unités polonaises se trouvent de fait dispersées à l’arrière du front en poursuivant le combat. Cette nervosité des militaires allemands génère un certain nombre d’incidents majeurs, comme celui de Czɛstochowa. Deux jours après la prise de cette ville par l’armée allemande, des tirs d’origine non iden- tifiée suscitent la panique allemande. Une dizaine de milliers d’habitants sont alors inquiétés ; une centaine de Polonais, très probablement innocents, sont exécutés, alors que les rapports allemands rédigés après les événements n’excluent pas que les tirs soient partis du côté allemand [91 ; 436] [25 ; 98-106] [51 ;

après les événements n’excluent pas que les tirs soient partis du côté allemand [91 ; 436]

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. Des soldats allemands participent également aux violences contre la population civile, aux côtés des Einsatzgruppen. Mais malgré cette implication majoritairement spontanée des soldats de la Wehrmacht (sans ordres explicites), dans ce qui relève aussi de véritables massacres, ce sont les exactions com- mises par les Einsatzgruppen contre la population civile durant cette campagne qui semblent réellement embarrasser la hié- rarchie militaire. Ces « groupes d’intervention », dont les chefs sont les cadres du nouveau Reichssicherheitshauptamt (RSHA, « Office central de la sécurité du Reich », rassemblant police criminelle et politique, la Sipo, ainsi que le service des ren- seignements du parti, le SD), qui avaient fourni leurs preuves lors des invasions de l’Autriche, des Sudètes et de la Tchécoslo- vaquie, ont comme mission de lutter contre « les éléments enne- mis du Reich et de l’Allemagne à l’étranger » [51 ; 36] [91 ; 427]. Sur la base de listes préparées, les 7 Einsatzgruppen déployés en Pologne – au total environ 2 700 hommes – doivent procéder à des arrestations en masse (une première liste prévoit 10 000 per- sonnes, une deuxième 20 000) en visant notamment des Polonais considérés comme germanophobes, le clergé – soupçonné d’être porteur du nationalisme polonais – et les émigrés allemands [75 ; 55] [51 ; 42]. Un recours à la « violence » ne leur est offi- ciellement permis qu’en cas de résistance [62 ; 16-17]. Mais dès le 3 septembre, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler demande à ses Einsatzgruppen d’exécuter, « sur-le-champ », les « insurgés polonais pris en flagrant délit ou l’arme à la main », en définis- sant les insurgés comme des personnes « commettant des actes individuels ou collectifs menaçant la vie des membres de l’oc- cupation allemande ou d’Allemands ethniques (Volksdeutschen), ou menaçant des institutions ou des biens vitaux dans les terri- toires occupés » [91 ; 433]. Lors de toute apparition d’insurgés, des otages doivent être prélevés parmi les cadres de l’admi- nistration locale polonaise. En cas de groupes d’insurgés plus importants ou lors d’exécutions d’otages, son accord personnel est nécessaire. Quelques jours plus tard, Himmler demande que les exécutions soient effectuées par la police et non par l’ar- mée [60 ; 442-443]. Lors d’une réunion des chefs des sections du RSHA du 7 septembre, il est question, pour la première fois, de mettre à l’écart – à savoir dans des camps de concentration du Reich ou en Pologne – l’élite polonaise, c’est-à-dire l’aristocratie,

savoir dans des camps de concentration du Reich ou en Pologne – l’élite polonaise, c’est-à-dire l’aristocratie,

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[62 ; 57]. La décision de mise à mort se pré- pare dans les jours qui suivent immédiatement cette réunion ; elle est confirmée par le général Keitel, haut commandant des forces armées allemandes, le 12 octobre, mais pas transmise aux officiers des unités de la Wehrmacht sur place [62 ; 57-59]. Le 14 octobre, devant les chefs des sections du RSHA et des commandants des Einsatzgruppen, Reinhard Heydrich évoque la « liquidation de l’élite polonaise » qui doit être achevée jusqu’au 1 er novembre 1939, date à laquelle prend fin l’applica- tion de la loi martiale en Pologne [62 ; 66-67] [60 ; 443]. Jusqu’au 25 octobre, environ 20 000 Polonais sont ainsi tués en dehors des opérations militaires et des bombardements, par des unités de la SS et de la police allemande, mais aussi par des unités de la Wehrmacht, dont la hiérarchie a finalement accepté le projet [91 ; 447-456]. Celui-ci montre l’étroit rapport qui existe entre l’occupation militaire et politique d’un pays (la façon dont il est mis sous occupation et le régime qui en découle) et la pré- tendue « lutte contre les ennemis du Reich », menée de façon préventive, et de plus en plus large, d’après des considérations purement idéologiques. La Wehrmacht découvre ici une nou- velle forme de guerre : la guerre idéologique et raciste. Le comportement de plus en plus débridé des Einsatzgrup- pen met fin au « conformisme » initial dominant au sein des hauts officiers de la Wehrmacht : ceux-ci manifestent alors leur inquiétude quant au maintien de la discipline au sein des troupes et lancent même des poursuites judiciaires contre les soldats ou les membres des Einsatzgruppen, auteurs de crimes contre la population civile. Himmler et Heydrich, craignant une entrave à l’exécution de leurs ordres – secrets – donnés aux chefs des Einsatzgruppen, interviennent auprès d’Hitler, qui ordonne le 4 octobre 1940 une amnistie générale (secrète) pour des faits « commis sous l’effet de la rage en réaction aux atroci- tés perpétrées par les Polonais » [51 ; 80-83]. Puis, le 17 octobre, les membres de la SS et de la police allemande participant aux campagnes militaires dans le cadre de « missions spéciales » sont soustraits à la juridiction militaire pour être soumis à une nouvelle « juridiction spécifique dans les affaires pénales » [51 ; 87]. Quant à eux, les militaires ayant déclenché les procédures judiciaires voient désormais leur carrière entravée. Quelques

à eux, les militaires ayant déclenché les procédures judiciaires voient désormais leur carrière entravée. Quelques

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assumera d’ailleurs pleinement le caractère « extrêmement radical » des ordres donnés, s’agis- sant par exemple de la « liquidation pour de nombreux milieux d’élite polonais » touchant des milliers de personnes [60 ; 508]. Les expériences de la Wehrmacht avec les Einsatzgruppen sont très présentes dans les réflexions entamées dès l’automne 1939 sur la préparation d’une campagne contre l’Europe de l’Ouest. Les enjeux ici sont différents : les pays occidentaux figurent aux avant-postes de la politique internationale ; un traitement simi- laire à celui réservé à la Pologne aboutira à la mobilisation de l’opinion internationale, et donc le renforcement d’une résistance contre l’Allemagne nazie. L’état-major réussit à obtenir l’accord d’Hitler quant aux occupations consécutives, qui doivent rester sous l’entier contrôle des militaires, avec des cadres administra- tifs recrutés parmi les fonctionnaires du Reich, mis sous uni- forme et placés sous la responsabilité d’un commandant militaire. Une commission d’études, dirigée par Eggert Reeder, est mise en place pour élaborer des directives de travail générales contrai- gnantes pour ces administrations militaires. La commission se penche d’ailleurs aussi sur les expériences d’occupation en Bel- gique durant la Première Guerre mondiale [87 ; 55-56]. En paral- lèle, le haut commandement des forces armées (Oberkommando der Wehrmacht, OKW) édite un recueil pour rappeler les principes du droit de la guerre aux officiers, insistant sur l’importance du respect du droit international de la guerre pour éviter des repré- sailles ennemies, tout comme des campagnes de propagande de la part des adversaires [65 ; 228]. Les militaires obtiennent par ailleurs l’exclusion des Einsatzgruppen dans les opérations pro- grammées à l’Ouest, au grand dam d’Himmler, qui fin mars 1940 doit ainsi faire annuler leur participation aux campagnes contre la Belgique et les Pays-Bas, déjà prévue et préparée [60 ; 508]. Concernant d’éventuels francs-tireurs, l’armée de terre entend agir dans le respect de la convention de La Haye, selon l’interprétation allemande. Un décret d’Hitler du 9 mai 1940 stipule cependant que « des actes hostiles de la population locale (francs-tireurs, sabotage, résistance passive, cessation du travail pour des motifs politiques) » doivent être « sévèrement réprimés » [8 ; n° 26].

du travail pour des motifs politiques) » doivent être « sévèrement réprimés » [ 8 ;

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Auparavant, le 9 avril, dans une campagne hâtivement pré- parée, la Wehrmacht attaque le Danemark et la Norvège. Berlin, qui ainsi devance le minage du port de Narvik par les forces alliées, craint entre autres pour les livraisons du mine- rai suédois transitant par ce même port ; la Kriegsmarine sou- haite en outre se doter de positions stratégiques pour la guerre maritime. Officiellement, le haut commandement des forces armées publie une déclaration selon laquelle la « Wehrmacht s’est chargée de la protection armée » de ces deux États neutres. Dans ce sens, l’initiative revient d’abord aux diplomates alle- mands sur place, qui doivent chercher le consentement des gouvernements danois et norvégien à l’occupation de points stratégiques sur leur territoire. Le mémorandum d’Hitler qui leur est transmis à l’occasion leur demande de renoncer à toute

résistance [6 ; 1487-1490].

La démarche réussit dans le cas du Danemark (qui avait encore signé un pacte de non-agression avec le Reich onze mois plus tôt) : face à la surprise, mais aussi à l’évidente supériorité mili- taire du Reich, la résistance cesse au bout de quelques heures. Le pays se trouve par conséquent « ménagé », dans la mesure où le gouvernement y garde tout le pouvoir exécutif, où aucune administration d’occupation ne s’installe et où il n’a pas de frais d’occupation à régler, malgré la présence d’un commandant allemand à Copenhague (Befehlshaber). Le pays met cependant à disposition de l’occupant des crédits destinés aux dépenses allemandes effectuées sur son territoire [89 ; 13]. Le représen- tant diplomatique sur place, Cecil von Renthe-Fink, est nommé Reichsbevollmächtigter (ministre plénipotentiaire du Reich) et limitera ses ingérences dans la vie politique intérieure à des activités de surveillance. Suite à une forte pression allemande, le pays rejoint le pacte Antikomintern en novembre 1941. Les projets allemands à long terme prévoient cependant le ratta- chement du pays au Reich. À défaut d’avancées sur ce plan, mais aussi face à des mouvements de résistance de plus en plus perceptibles, les formules lapidaires utilisées par le roi danois pour remercier Hitler pour ses vœux d’anniversaire suffisent

les formules lapidaires utilisées par le roi danois pour remercier Hitler pour ses vœux d’anniversaire suffisent

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-ci pour remplacer, en septembre 1942, von Renthe-Fink, jugé trop mou, par Werner Best, candidat de compromis pour Ribbentrop et Himmler qui vient de quitter ses fonctions à Paris, ainsi que le commandant, dont le succes- seur est promu au titre d’un « commandant de la Wehrmacht » (Wehrmachtbefehlshaber) [89 ; 14]. La Norvège en revanche n’entend pas céder aux pressions du diplomate Curt Bräuer d’avril 1940, d’autant moins que celui-ci reçoit de Berlin la consigne de soutenir la démarche sponta- née de Vidkun Quisling, chef du Nasjonal Samling et proche d’Alfred Rosenberg. Celui-ci, profitant de la confusion au début de l’attaque allemande, s’est autoproclamé chef d’un nouveau gouvernement [24 ; 4]. Afin de rendre possible l’arrangement avec le gouvernement légal, Quisling doit démissionner une semaine plus tard. Mais le roi et le gouvernement ont réussi à se retirer d’Oslo à temps ; l’armée royale a été mobilisée. La conquête du pays par les Allemands dure huit semaines, au cours desquelles de lourdes pertes sont infligées à la Kriegsmarine. La résistance militaire norvégienne, soutenue par des forces franco- britanniques, se concentre notamment autour de Narvik, qui tombe le 8 juin, après le retrait de celles-ci. Le gouvernement et le roi, Haakon VII, partent en exil à Londres. Après l’échec des négociations avec les autorités norvégiennes, Hitler décide de placer le pays sous la tutelle d’un « commissaire du Reich », Joseph Terboven, Gauleiter d’Essen et proche de Göring, à l’en- contre des projets de la Wehrmacht ou de l’Auswärtiges Amt (ministère des Affaires étrangères). Terboven dispose d’amples pouvoirs, également législatifs [13 ; 677]. De surcroît, dès le 20 avril, en dépit des résistances de la Wehrmacht, Himmler a obtenu d’Hitler la nomination d’un chef supérieur de la SS et de la police (HSSPF, Höherer SS- und Polizeiführer) à Oslo. Celui-ci est accompagné d’un Einsatzgruppe constitué à partir des 80 cadres de la Gestapo et du SD initialement préparés à la « mission spé- ciale dans l’Ouest » ; au total, 200 policiers de la « Sipo-SD » (composée de la « police de sécurité » et du Sicherheitsdienst, le service des renseignements du parti) sont envoyés en Norvège [24 ; 70-75] [60 ; 508]. Les militaires sur place, avec en tête la Kriegsmarine, expriment aussitôt leur inquiétude, s’attendant à « un nouveau raidissement au sein de la population » ; l’ami-

expriment aussitôt leur inquiétude, s’attendant à « un nouveau raidissement au sein de la population »

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s’efforce, « dans une longue conversation, à l’appui d’exemples », de faire comprendre « au chef de la troupe poli- cière la situation locale et la différence par rapport à un pays comme la Pologne » [24 ; 70]. Mais les policiers jouissent du plein et entier soutien de Terboven, qui, au vu de l’impossibilité d’aboutir à la formation d’un gouvernement collaborateur (sans le Nasjonal Samling) à l’automne 1940, confie la lutte contre l’insurrection à la Sipo-SD, pérennisant ainsi son séjour dans le Nord et devenant un organe central de l’occupation alle- mande. Ses effectifs ne cesseront alors de se développer ; à la fin de l’occupation, elle compte 1 065 collaborateurs sur place

[24 ; 77-79].

Un mois plus tard, la Wehrmacht marche contre ses voisins occidentaux, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique d’abord, puis la France, véritable cible, qu’il s’agit de neutraliser. Cette fois-ci, la campagne a été soigneusement préparée : dès le 21 octobre 1939, après le rejet de sa proposition de paix par les puissances occidentales, Hitler a annoncé à ses Gauleiter son projet de rétablir l’ancienne frontière occidentale du Reich, en évoquant de plus l’annexion de la Belgique et de la Suisse [87 ; 54-55] [16 ; 61]. Au début des hostilités, le 10 mai, des mémoran- dums sont à nouveau transmis aux gouvernements de Bruxelles, La Haye et du Luxembourg, exigeant la renonciation à toute résistance [6 ; 1504-1507]. Mais aucun des trois gouvernements n’entend ouvrir ses frontières. Le Luxembourg est ainsi occupé au bout de quelques heures, les Pays-Bas et la Belgique capi- tulent respectivement les 15 et 28 mai 1940. Dans un premier temps, les trois pays sont placés sous administration militaire, mais seule la Belgique conserve ce régime jusqu’en 1944, quand elle est placée sous administration civile. Le 29 mai, le général Alexander von Falkenhausen, cède sa place aux Pays-Bas : face à la formation d’un gouverne- ment d’exil à Londres, Himmler et Göring convainquent Hitler de l’opportunité d’une administration civile placée sous la res- ponsabilité d’Arthur Seyss-Inquart. Les compétences de celui-ci ressemblent à celles de Terboven en Norvège. Himmler obtient en outre la nomination d’un HSSPF, par ailleurs intégré dans l’administration de Seyss-Inquart comme l’un des quatre com- missaires généraux, en charge de la sécurité [60 ; 510]. La poli-

de Seyss-Inquart comme l’un des quatre com- missaires généraux, en charge de la sécurité [60 ;

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-Inquart réside dans le maintien d’une certaine autonomie du pays, administré par les secrétaires généraux restés en place dans les ministères néerlandais, afin de progressivement rapprocher la population du Reich. Comme le lui rappelle Him- mler dans une lettre du début de 1941, Seyss-Inquart a comme « mission historiquement si importante de ramener, avec la main ferme et néanmoins bien douce (mit fester aber doch sehr weicher Hand), 9 millions d’hommes germano-bas-allemands (germanisch- niederdeutsch), qui pendant des siècles ont été éloignés de la culture allemande (Deutschtum) et de les réintégrer dans la com- munauté germano-allemande (deutsch-germanisch) » [60 ; 512]. La situation est différente pour la Belgique : ses territoires

à minorité germanophone, Eupen et Malmedy, sont annexés au Reich dès le 18 mai 1940. Le général von Falkenhausen est nommé chef de l’administration militaire allemande de Bruxelles au titre de Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich (commandant militaire en Belgique et France du Nord). Le territoire sous sa responsabilité comprend donc deux départe- ments français, le Nord et le Pas-de-Calais. Une constellation qui perdure, malgré les nombreuses démarches et protestations du gouvernement de Vichy demandant le rattachement des deux départements à l’administration militaire en France [21 ; 67]. Dans un premier temps, le Luxembourg tombe également sous

la compétence de l’administration militaire de Bruxelles. À la fin de juillet 1940, le pays est cependant placé sous la direction du Gauleiter Gustav Simon (Gau Coblence-Trèves), procédant

à son annexion de fait au Reich, alors que la grande-duchesse

Charlotte a formé un gouvernement d’exil à Londres. Dès avant la capitulation belge, Himmler a d’ailleurs tenté à plusieurs reprises de faire nommer un Reichskommissar aussi à Bruxelles, sans succès ; la suggestion n’aboutit qu’à l’été 1944. Contrairement au gouvernement, le roi Léopold III est resté dans le pays, placé en résidence surveillée au château de Lae- ken, ce qui, selon certaines hypothèses, est un facteur gênant les projets d’Himmler [87 ; 67]. Un représentant du RSHA, le Beauftragter des Chefs der Sicherheitspolizei und des SD, Max Thomas, peut tout de même s’installer à Bruxelles avec un petit commando SD, grâce au soutien que lui apporte le chef de l’ad- ministration militaire, Eggert Reeder [60 ; 513].

commando SD, grâce au soutien que lui apporte le chef de l’ad- ministration militaire, Eggert Reeder

L’occupation allemande en Europe

1739

Pétain signe le 22 juin un armistice avec le Reich, divisant le pays en plusieurs zones d’occupation à statuts différents, ainsi qu’une zone « libre » – non occupée – où siège le gouvernement français [19]. La plus grande zone d’occupation – la « zone occu- pée » – est placée sous la responsabilité d’une administration militaire, dirigée par le Militärbefehlshaber Frankreich (comman- dant militaire en France). Cette zone se compose initialement de deux administrations, l’une du Militärbefehlshaber Paris (le général von Vollard-Bockelberg), comprenant les départements de Seine, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne, et l’autre du Militär- befehlshaber Frankreich (le général Blaskowitz), comprenant les six départements français de Somme, Oise, Seine-Inférieure, Aisne, Ardennes et Marne. Le 30 juin, ces deux administrations sont réunies sous la direction du général Streccius, « chef de l’administration militaire en France », alors que le comman- dant en chef de l’armée de terre, le général von Brauchitsch, installé à Fontainebleau, se réserve les fonctions du Militärbe- fehlshaber Frankreich jusqu’à la nomination du général Otto von Stülpnagel en octobre 1940 [87 ; 69-70]. Il exerce le pouvoir exécutif, assure la surveillance de l’administration française en zone occupée, l’exploitation économique du pays et est respon- sable du maintien de l’ordre et de la sécurité. Ses prérogatives sont cependant limitées sur le plan politique, notamment par le représentant de l’Auswärtiges Amt, Otto Abetz, nommé ambas- sadeur en août 1940 pour traiter de toutes les questions poli- tiques des zones occupée et non occupée, assurant le lien avec le gouvernement français installé à Vichy [56]. Les questions dérivant de l’armistice doivent être traitées auprès de la com- mission d’armistice de Wiesbaden, auprès de laquelle les Fran- çais envoient une délégation, alors qu’une grande partie des questions économiques font l’objet de la « délégation d’armis- tice pour l’économie » dirigée par le diplomate Hemmen. En parallèle, les Français doivent aussi composer avec l’occupant italien qui investit un territoire dans le sud-est du pays, avec une commission d’armistice à Turin. Enfin, le RSHA parvient à dépêcher – selon certaines hypothèses à l’insu de l’administra- tion militaire, grâce au concours de l’Abwehr, le service des ren- seignements de la Wehrmacht [32 ; 118] [91 ; 515] – une petite

grâce au concours de l’ Abwehr , le service des ren- seignements de la Wehrmacht [32

1740

La guerre-monde

-SD à Paris, une vingtaine d’hommes dirigés par Helmut Knochen et dépendant du service de Max Thomas à Bruxelles. Selon un accord conclu à la demande de l’adminis- tration militaire, en octobre 1940, ses activités doivent se limi- ter à la « lutte idéologique », à savoir « le recensement et la surveillance des intentions, dirigées contre le Reich, des juifs, des émigrés, des loges, des communistes et des Églises » [51 ; 110] [90 ; 107]. Ce n’est qu’à partir de janvier 1941 que Knochen est autorisé à procéder, en cas d’urgence, à des arrestations et réquisitions, sans autorisation préalable du commandant mili- taire. Le chef du département Administration du commande- ment militaire jusqu’en 1942, Werner Best, est d’ailleurs un ancien collaborateur d’Himmler qui a dû quitter le RSHA après un conflit de rivalité avec Heydrich [38]. Quant à la police mili- taire, elle est composée de policiers allemands en uniforme de la Wehrmacht et placée sous les ordres du commandant mili- taire. Après la nomination d’un HSSPF en France, Carl Oberg, elle rejoint les services de ce dernier. Les occupations de 1940 sont ainsi marquées par les efforts de l’armée de terre visant à limiter les interventions des SS et des polices allemandes. Elles n’aboutissent totalement qu’au Danemark, mais malgré elles, dans la mesure où jusqu’en 1943 la présence militaire elle-même y reste insignifiante, ainsi qu’en Belgique et en France, où le pouvoir des militaires est toute- fois limité par d’autres instances et services allemands. Il s’agit des régions qu’Hitler souhaite ménager dans un premier temps, pour des raisons stratégiques.

Les occupations de 1941 :

improvisation et dissuasion préventive

L’occupation militaire allemande dans les Balkans, région qui initialement est considérée comme faisant partie de l’espace d’intérêt italien, où le Reich se contente de couvrir ses (impor- tants) besoins économiques [87 ; 71], s’improvise après un double échec : premièrement, l’impasse répétée de la campagne militaire italienne contre la Grèce de la fin d’octobre 1940, qui entraîne le débarquement des forces britanniques en Crète.

italienne contre la Grèce de la fin d’octobre 1940, qui entraîne le débarquement des forces britanniques

L’occupation allemande en Europe

1741

-ci menacent l’exploitation des puits de pétrole roumains, indispensables au ravitaillement de la machine de guerre alle- mande, alors en pleine préparation de la campagne contre l’URSS. Le deuxième échec, à la fin de mars 1941, concerne l’adhésion ratée de la Yougoslavie, dernier pays membre de la Petite Entente et maillon faible dans cette région géographique majoritairement acquise à l’influence germano-italienne, au pacte tripartite : deux jours après la signature du pacte par le gouvernement yougoslave (obtenue après d’intenses pressions allemandes), celui-ci est démis de ses fonctions par l’armée du pays. L’attaque allemande contre la Yougoslavie et la Grèce est lancée le 6 avril 1941 à partir du territoire bulgare. La pre- mière capitule onze jours plus tard et est occupée par les forces allemandes, italiennes, bulgares et hongroises, avec à la clé le démantèlement du pays. À sa place, un État croate englobant la Bosnie et l’Herzégovine est créé, la Slovénie est répartie entre le Reich et l’Italie, qui annexe aussi la Dalma- tie. Une grande partie de la Macédoine et certaines régions de la Serbie sont laissées à la Bulgarie, le Banat à l’ouest de la rivière Tisza revient à la Hongrie. Le Monténégro est placé sous administration militaire italienne, alors que le reste de la Serbie et du Banat passe sous régime militaire allemand. Le Kosovo est rattaché au royaume de l’Albanie (son souverain est le roi d’Italie), occupée depuis 1939 par Rome. La Croatie, où s’installe le régime des oustachis d’Ante Pavelić et qui doit tolérer la présence de troupes italiennes et allemandes sur son sol, rejoint la galerie des pays satellites du Reich. La présence allemande dans la « Serbie ancienne » (Altserbien) est marquée par un certain nombre de services et représentants juxtaposés générant des conflits nombreux. Les fonctions du commandant militaire (Militärbefehlshaber), occupées par des généraux de la Luftwaffe, sont remplacées fin juillet 1941 par celles d’un « com- mandant de Serbie » (Befehlshaber Serbien), soumis à l’autorité du « commandant des forces armées pour le Sud-Est », qui doit coordonner la défense des pays occupés par l’Allemagne dans les Balkans. À ses côtés, Felix Benzler, « ministre plénipotenti- aire de l’Auswärtiges Amt auprès du commandant militaire de Serbie », est responsable pour toutes les questions de politique

Auswärtiges Amt auprès du commandant militaire de Serbie », est responsable pour toutes les questions de

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La guerre-monde

Sonderkommando der Sicherheitspo- lizei (commando spécial de la police de sécurité) doit épauler les militaires pour lutter contre l’insurrection [87 ; 74-75]. Au vu de la pénurie d’hommes armés sur place (une directive d’Hitler du 13 avril aurait même prévu le retrait « de presque toutes les unités de l’armée de terre, après la victoire allemande et l’expulsion définitive des Anglais de la péninsule des Balkans » [2 ; n° 335]), l’occupant allemand mise sur la collaboration des autorités locales, en incitant la formation d’un gouvernement proallemand sous la conduite de l’ancien ministre de l’Intérieur Milan Aćimović. Sur le théâtre des opérations en Grèce, les forces britanniques se retirent de la Crète à partir du 17 avril, entraînant la capi- tulation, trois jours plus tard, de l’armée hellénique. L’occupa- tion du pays par les forces allemandes, italiennes et bulgares est achevée le 11 mai, la conquête de la Crète le 1 er juin. Une grande partie du territoire est laissée à l’occupant italien ; la présence allemande reste limitée aux points stratégiquement ou politi- quement importants, comme la région de Salonique, quelques bases militaires dans le Sud, quelques îles et une grande partie de la Crète. Deux commandants – l’un en « Salonique-Égée », l’autre en « Grèce du Sud » – y résident sous la responsabilité du commandant des forces armées pour le Sud-Est, le com- mandant en chef de la 12 e armée [32 ; 64-65]. Fin avril 1941, le général Georgios Tsolakoglou forme un gouvernement prêt à la collaboration avec les occupants ; un « ministre plénipotentiaire (Bevollmächtigter) du Reich pour la Grèce », Günther Altenburg, est nommé à son siège pour s’occuper des questions politiques et surtout surveiller les intérêts allemands. Le relatif désintérêt des Allemands dans les Balkans corres- pond aux intenses préparatifs du Blitzkrieg (qui n’en sera pas un) contre l’URSS. Certes, depuis la guerre russo-finlandaise, il y a tendance, à Berlin, à sous-estimer les capacités militaires de l’Armée rouge, et à attendre un effondrement rapide de l’Union soviétique. L’occupation du pays jusqu’à l’Oural doit permettre d’agrandir « l’espace vital » des Allemands, la population slave devant être dégradée pour fournir une main-d’œuvre bon marché, ses élites – parmi lesquelles la propagande allemande compte les juifs et les fonctionnaires du parti communiste – éliminées [83 ;

parmi lesquelles la propagande allemande compte les juifs et les fonctionnaires du parti communiste – éliminées

L’occupation allemande en Europe

1743

. Pour l’organisation de l’occupation, l’objectif d’Hitler est de réduire au strict minimum les régions placées sous le contrôle de la Wehrmacht, situées à l’immédiat arrière du front, alors que les vastes régions baltes, ukrainiennes et biélorusses doivent passer sous une administration civile pour devenir des Reichskommissariate. Administrativement, ceux-ci dépendront du nouveau ministère des Territoires occupés à l’Est sous Alfred Rosenberg. Dans la pratique, les commissaires, des Gauleiter, se sentiront rapidement plus proches d’Himmler et de ses repré- sentants sur place, les HSSPF. Sur les quatre commissariats du Reich initialement prévus par Rosenberg, seulement deux abou- tiront : le 17 juillet 1941 est ainsi formé le Reichskommissariat Ostland, dirigé par le Gauleiter de Schleswig-Holstein, Hinrich Lohse, et comprenant les pays baltes et une grande partie de la Biélorussie occidentale ; le 1 er septembre, Erich Koch, Gauleiter de la Prusse-Orientale, est nommé Reichskommissar du Reichs- kommissariat Ukraine [87 ; 85-88]. Comme aussi chaque groupe d’armées, ils ont à leur côté un commandant des forces armées (Wehrmachtbefehlshaber) des troupes stationnées sur place (les Sicherungsdivisionen – divisions du « maintien de l’ordre et de la sécurité ») et un HSSPF, qui dans son secteur coordonne l’ensemble des forces policières, composées notamment des Einsatzgruppen et des unités de l’Ordnungspolizei (la police « du maintien de l’ordre », l’Orpo). Ces dernières sont placées sous les ordres de Kurt Daluege, alors que les Einsatzgruppen, consti- tués par les membres de la Sicherheitspolizei – police criminelle et police politique – et du SD, reçoivent leurs ordres de Rein- hard Heydrich. Dans cet espace occupé, « laboratoire » extrême du racisme national-socialiste, quatre pouvoirs interviendront en parallèle : l’armée de terre, le plan quadriennal d’Hermann Göring, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, dont les compé- tences en tant que Reichskommissar für die Festigung deutschen Volkstums sont étendues sur le territoire de l’Union soviétique, et le ministre des Territoires occupés à l’Est, Alfred Rosenberg. Göring et Himmler sont munis du droit d’adresser des directives directement aux administrations sur place. Comme le décrit un rapport rédigé par l’administration militaire du Heeresgruppe Mitte (« groupe d’armées Centre ») pour la période de juin 1941 à août 1944, « la conséquence en fut un fouillis de consignes

d’armées Centre ») pour la période de juin 1941 à août 1944, « la conséquence en

1744

La guerre-monde

-à-

vis des Russes » et, partiellement, une « pensée politique déme- surée » dépourvue d’idées acceptables pour la population locale

[87 ; 79-80].

Sur le territoire soviétique occupé, on distingue quatre zones : 1) la zone de combat proprement dite (Gefechtsgebiet), d’une profondeur d’une vingtaine de kilomètres au maximum ; 2) l’arrière immédiat du front (rückwärtiges Armeegebiet), une bande large d’au maximum 50 kilomètres, divisée en trois par- ties (Nord, Centre, Sud) ; puis 3) une zone créée en raison de l’étendue du territoire à occuper, le rückwärtiges Heeresgebiet, placé sous administration militaire assurée traditionnellement par l’armée de terre, dont la responsabilité revient aux com- mandants des trois groupes de l’armée de terre (Nord, Centre, Sud) ; et 4) le territoire des Reichskommissariate. Dès le départ, que ce soit dans les Reichskommissariate ou dans les territoires sous administration militaire, la pénurie importante en forces armées destinées à sécuriser le territoire est un facteur déter- minant de la politique d’occupation. Elle doit être compensée par l’extraordinaire brutalité avec laquelle agissent les Ein- satzgruppen, qui, rattachés aux trois groupes d’armées (Nord, Centre, Sud), sévissent en suivant les troupes de la Wehrmacht dans le cadre de leurs « tâches spécifiques » (Sonderaufgaben). Ils doivent « mettre en sécurité, sous leur propre responsabi- lité », des archives ainsi que « des personnes particulièrement importantes (têtes pensantes des émigrés, saboteurs, terro- ristes, etc.) » et n’ont de lien avec l’armée que dans la mesure où, dans l’immédiat arrière du front, ils en dépendent pour ce qui concerne « la marche, le ravitaillement et le logement » [20 ; 130]. Ce règlement donne la possibilité aux commandants de l’armée de terre d’influer sur les destinations (et le nombre d’objectifs) des Einsatzgruppen ; rares sont toutefois ceux qui saisissent cette possibilité de contrôle [51 ; 215-216]. Les Ein- satzgruppen reçoivent leurs ordres directement de Reinhard Heydrich, sous la responsabilité d’Himmler ; c’est à Heydrich aussi qu’ils répondent sur le plan disciplinaire et judiciaire. Ce règlement est conclu dès le 28 avril 1941 entre le quartier- maître général Wagner et Heydrich, et fournit la base du concours apporté par la Wehrmacht aux massacres des Ein-

maître général Wagner et Heydrich, et fournit la base du concours apporté par la Wehrmacht aux

L’occupation allemande en Europe

1745

. La cohabitation des forces militaires et policières se fait désormais sans friction, au vu des objectifs – et difficul- tés – communs. Himmler, qui réclame le monopole de la lutte contre l’ennemi à l’arrière du front, se voit confier des « tâches spécifiques résultant de la lutte entre deux systèmes politiques opposés, à mener de façon définitive », comme le précise une directive du chef de l’OKW dès le 13 mars 1941, et qui l’auto- risent à « prendre sous sa propre responsabilité des mesures d’exécution vis-à-vis de la population civile » [14 ; 56]. L’accord illustre le chemin parcouru par la direction de la Wehrmacht depuis 1939 et 1940. Wagner justifie l’arrangement lors d’une réunion à la mi-mai 1941 : « Le principe de base a été acquis :

la mise en place de missions politiques du Führer ne doit pas être l’affaire de l’armée de terre » [20 ; 132].

On le voit, l’insertion des régimes d’occupation, dont la très grande majorité est mise en place entre 1939 et 1941, dans le contexte de la guerre montre la primauté de facteurs sponta- nés et des opportunités géostratégiques sur les projets d’occu- pation « classiques » préparés par l’armée de terre. Parmi ces facteurs spontanés comptent l’influence de personnages de haut rang comme Heinrich Himmler ou Joachim von Ribbentrop, qui rivalisent dans leurs efforts afin de préserver une influence dans les territoires occupés. Quelques caractéristiques générales se dégagent néanmoins, lorsque l’on compare les différents modes d’occupation. Ainsi, le statut ultérieur réservé aux pays selon l’idéologie nazie paraît être un facteur qui détermine la nature du régime et l’impor- tance des hommes d’Himmler sur place. Selon l’historien allemand Hans Umbreit, il convient de distinguer entre trois grands groupes de régimes d’occupation. Le premier groupe est marqué par l’extension de l’administration du Reich à des régions officiellement annexées au Reich (notamment les par- ties annexées de la Pologne) ou rattachées de fait (comme l’Alsace, la Lorraine, le Luxembourg). Le deuxième groupe est placé sous la coupe d’administrations civiles ou d’organes de surveillance civils, comme au Danemark, en Norvège et aux Pays-Bas, qui reçoivent comme mission la germanisation de l’espace en vue d’une intégration au Reich de la Grande Alle-

qui reçoivent comme mission la germanisation de l’espace en vue d’une intégration au Reich de la

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La guerre-monde

(Großgermanisches Reich) en dix ans. En font également partie les régions considérées comme devant être colonisées par des Allemands, telles que la Bohême et la Moravie, le General- gouvernement ainsi que les deux Reichskommissariate à l’Est. Le troisième groupe concerne les pays placés sous administra- tion militaire en raison des nécessités de la guerre ou à défaut d’intérêts politiques, ce qui concerne d’une part les pays diri- gés par des commandants militaires (Militärbefehlshaber) ou des commandants des forces armées (Wehrmachtbefehlshaber), comme la Belgique, la France et le sud-est de l’Europe (Serbie, Salonique-Égée, Grèce du Sud), et d’autre part les territoires à l’arrière du front oriental, placés sous la responsabilité des com- mandants en chef des groupes d’armées et des armées [87 ; 100]. Et Umbreit de conclure : « Ce qui apparaît très souvent comme une domination étrangère monolithique aux quelque 180 mil- lions de personnes dans les pays conquis est en réalité fondé moins sur une planification bien réfléchie que sur des impro- visations, idées spontanées, compromis confortables entre des revendications variées, et seulement peu sur des considérations rigoureuses et orientées vers l’avenir » [87 ; 135].

RÉSISTANCE ET RÉPRESSION DANS L’EUROPE OCCUPÉE

La mission initiale des hommes d’Himmler, on l’a vu, est de lutter contre les « éléments hostiles au Reich », dans ses frontières comme dans les territoires étrangers occupés par la Wehrmacht à partir de 1938. Le phénomène de résistance de la part d’une population civile à un envahisseur ou occupant étranger n’est évidemment pas nouveau. Autant que les seules hostilités, les occupations militaires ont toujours existé dans l’histoire de l’humanité, à l’instar des diverses conquêtes entre- prises par les empires de l’Antiquité. Au cours du XIX e siècle, les guerres changent d’allure par rapport aux périodes pré- cédentes : la modernisation des armes, perfectionnées pour tuer toujours plus d’hommes à moindre effort, va de pair avec l’implication croissante des populations civiles. Le sentiment

plus d’hommes à moindre effort, va de pair avec l’implication croissante des populations civiles. Le sentiment

L’occupation allemande en Europe

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engagement des habitants, aux côtés des armées régulières. La lutte contre les « francs-tireurs », terme issu des guerres révo- lutionnaires qui désigne les recrues de la « levée en masse » à partir de 1793, premier exemple d’une « guerre populaire », devient ainsi partie intégrante d’une politique d’occupation. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, les armées allemandes sont confrontées à la proclamation d’une nouvelle « levée en masse » par les Français pour renforcer la défense de Paris. Entre octobre 1870 et janvier 1871, le phénomène des civils et des membres de l’Armée auxiliaire pose ainsi de sérieux problèmes aux Allemands. Quelque 80 000 hommes s’activent en tant que francs-tireurs, responsables de la mort d’un millier de soldats allemands [66 ; 129-131]. Les Allemands, incapables de distinguer ces nouvelles unités populaires des civils et de déterminer leur statut juridique, le répriment avec une grande dureté, à travers des prises d’otages, des exécutions collectives, des destructions de villages et l’expulsion des populations [42 ; 165-167]. C’est dans ce contexte sanglant que s’inscrivent les efforts de limiter l’excès des guerres contre les civils, par une meilleure définition du droit international : la conférence de Bruxelles de 1874 rassemble les délégués de quinze pays euro- péens convoqués à l’initiative du tsar pour réglementer les lois et coutumes de guerre. Mais aucun consensus ne peut être dégagé sur la question d’un droit d’autodéfense d’une popu- lation civile occupée. Le projet de déclaration commune n’est pas ratifié. Vingt-cinq ans plus tard, lors de la conférence de La Haye de 1899, la même question oppose toujours les puis- sances occidentales (la France et la Grande-Bretagne, inquiètes de la montée en puissance du Kaiserreich), avec à leurs côtés les petites puissances (la Suisse ou la Belgique, pays potentielle- ment occupés), à l’Allemagne et la Russie, occupants potentiels, qui ne tolèrent que le schéma de la guerre conventionnelle sans aucune participation armée des civils. Un accord minimal est trouvé sur les critères que les combattants irréguliers doivent respecter pour être traités à l’égal des soldats, critères qui ont d’ailleurs déjà figuré dans le projet bruxellois : « 1) d’avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés ; 2) d’avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance ;

une personne responsable pour ses subordonnés ; 2) d’avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à

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La guerre-monde

leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre » [12]. Une population d’un « territoire non occupé » peut par ailleurs saisir les armes « à l’approche d’un ennemi ». Mais le traitement des civils sous un régime d’occupation étranger n’est toujours pas réglé. Comme le précise le préambule des conventions interna- tionales de 1899 et 1907 pour les questions restées ouvertes, « les populations et les belligérants » demeurent alors « sous la sauvegarde et sous l’empire des principes du droit des gens, tels qu’ils résultent des usages établis entre nations civilisées, des lois de l’humanité et des exigences de la conscience publique » [12]. La formule ouvre ainsi la porte à différentes interpréta- tions concernant ces « usages établis ». Cette situation perdure jusqu’à la signature de la convention de Genève de 1949, enca- drant plus strictement le traitement des civils engagés contre un occupant étranger. Au début de la Première Guerre mondiale, une véritable psychose du franc-tireur se manifeste au sein des troupes allemandes, qui trouve ses origines dans les expériences de 1870-1871. Cette crainte provoque d’innombrables repré- sailles contre des civils innocents, mais aussi contre des soldats ennemis qui passent derrière les lignes sans rendre les armes, perdant aux yeux des Allemands leur statut de combattant [42 ; 193] [86 ; 107-121]. Outre la Belgique et le nord de la France, des représailles brutales sont également infligées pour lutter contre les partisans (russes) en Lituanie, en Pologne et à l’ouest de la Biélorussie [86 ; 122]. Les exactions ne sont pas qu’alle- mandes ; l’armée austro-hongroise procède aux exécutions massives d’otages serbes (parmi lesquels on compte environ 1 000 victimes), alors qu’en Galicie et en Bucovine des dizaines de milliers de Ruthènes, soupçonnés de connivence prorusse, sont déportés dans des camps autrichiens en 1915 [75 ; 30] [41]. Les expériences personnelles et concrètes d’officiers allemands ont ainsi leur poids dans l’appréciation de la question pendant la Seconde Guerre mondiale [44]. De manière générale, la tra- dition militaire allemande s’appuie sur le concept d’une guerre opposant deux armées face à face, en condamnant les diverses formes de « petite guerre ». D’autres facteurs de la répression allemande de 1939-1945 relèvent du choc créé par la révolution

petite guerre ». D’autres facteurs de la répression allemande de 1939-1945 relèvent du choc créé par

L’occupation allemande en Europe

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et Munich en 1919, nourrissant l’image d’un ennemi « judéo-bolchevique » ; avec là l’influence des corps francs de 1918-1923, formés à partir d’unités non démilitari- sées pour lutter contre des communistes et révolutionnaires de gauche, et participant aux combats dans les pays baltes, contre la Russie bolchevique. De nombreux hauts cadres de l’appareil policier de la SS commandant les Einsatzgruppen sur le terri- toire soviétique à partir de l’été 1941 en sont d’anciens membres

[75 ; 37-38].

Face à ces héritages très présents au sein des milieux mili- taires allemands, les protestations émanant de hauts dirigeants de la Wehrmacht contre les massacres des Einsatzgruppen en Pologne peuvent surprendre. D’autant plus que c’est la hié- rarchie militaire elle-même qui a mis en garde les unités contre le caractère prétendument « sournois » des Polonais. Mais au sein de l’armée, si l’antisémitisme et les sentiments antipolo- nais font sans doute l’unanimité, les hauts officiers ne rejettent pas pour autant les stipulations du droit international, selon l’interprétation allemande évidemment, définissant la guerre conventionnelle. Le Manuel pour le service de l’état-major en temps de guerre du 1 er août 1939 prévoit encore un passage des francs-tireurs arrêtés devant la cour martiale [43 ; 406]. Et dès les premiers jours de la campagne, de nombreux rapports de troupes indiquent la présence de tels combattants irréguliers. Certains commandants dénoncent cependant la psychose qui, nourrie par la propagande de guerre nazie, commence à s’ins- taller, menant à des « tirs absurdes contre des francs-tireurs souvent inexistants » et des représailles contre des fermes ou des bourgades entières au moindre soupçon [91 ; 435-436]. C’est ce climat qui permet le libre déploiement et développement des Einsatzgruppen, qui doivent soulager la Wehrmacht en répri- mant les éléments hostiles à l’arrière du front. Les nombreux massacres auxquels ils se livrent paraissent toutefois aux yeux de l’armée comme l’expression d’une violence débridée minant la discipline militaire. La Wehrmacht aspire donc à procéder différemment dans les campagnes à venir et à ne plus tolérer le « concours » des Einsatzgruppen à l’arrière du front. En Europe du Nord et de l’Ouest, les occupants – militaires ou civils – misent d’abord

à l’arrière du front. En Europe du Nord et de l’Ouest, les occupants – militaires ou

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La guerre-monde

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tuelles (et encore très rares) tentatives d’insurrection. Pour ce qui concerne l’exemple français, la convention d’armistice impose de fait le principe d’une collaboration avec l’occupant, ce qui s’applique aussi au maintien de l’ordre et de la sécurité, question d’autant plus étroitement surveillée que les forces alle- mandes sur place sont limitées. Cette surveillance allemande est facilitée par le fait que le gouvernement français de Vichy tend à rétablir sa souveraineté sur tout le territoire français (ce qui lui sera refusé tout au long de l’occupation), offrant ainsi de multiples possibilités de pression : toute entrée en vigueur d’une loi française et toute nomination d’un haut fonctionnaire français dans l’une des zones occupées nécessitent l’accord alle- mand, ce qui permet d’ailleurs une prise d’influence allemande sur l’activité législative française [21 ; 67-76]. Dès le début de l’occupation, tout un arsenal juridique allemand et français est mis en place pour confiner dans l’illégalité tout acte de résis- tance contre l’occupant. L’article 10 de la convention d’armistice interdit au gouvernement français de reprendre les armes contre le Reich ; interdiction qui se trouve relayée par l’article 75 du Code pénal français, promulgué en juillet 1940 et prévoyant la peine de mort en cas de participation à tout combat contre l’Allemagne [58 ; 237]. Durant l’été et l’automne 1940, l’armée française – réduite à un effectif de 100 000 hommes après l’ar- mistice – voyait sa tâche prioritaire dans l’empêchement d’une « révolution sociale », au vu des « masses de personnes dépla- cées, une population en détresse et les rumeurs de collusion allemande avec le parti communiste à Paris » : le 6 septembre, le général Huntziger exprime à Wiesbaden sa crainte qu’une inter- vention militaire devienne nécessaire durant l’hiver [73 ; 25-26]. Du côté allemand aussi, des mesures préventives sont à l’ordre du jour : d’après les directives du haut commandement des forces armées, un décret du commandant militaire du 12 sep- tembre 1940 définit les sanctions pour les actes de sabotage, allant d’une restriction de la liberté de circulation, l’assignation des civils à des tâches de surveillance et de sécurité, jusqu’à la prise, et l’exécution, d’otages [5 ; n° 4]. Cette dernière sanction, pratique plutôt courante lors de l’occupation de la Pologne [25 ; 50], est toutefois explicitement limitée aux cas exceptionnels,

courante lors de l’occupation de la Pologne [25 ; 50] , est toutefois explicitement limitée aux

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lorsqu’il n’existe aucun autre moyen d’assurer la sécurité ». Comme la convention de La Haye ne prend pas position sur la question, les Allemands considèrent que, « en cas d’urgence irrévocable », elle n’est « pas illégale » [51 ; 45], mais fait partie des usages de la guerre. Un point de vue que les autorités fran- çaises ne partagent aucunement. À leurs yeux c’est une mesure punitive collective contre une population innocente, contraire à la convention de La Haye. Un échange de notes française et allemande à ce sujet a ainsi lieu au printemps 1941 [5 ; n os 8 et 10]. La question de la légalité des prises, mais aussi d’exécu- tions d’otages a d’ailleurs fait l’objet d’une expertise juridique de l’OKW en février 1940, selon laquelle la mesure est légale à trois conditions : 1) que la sécurité de la troupe soit « sérieusement » menacée ; 2) que d’autres « moyens pour limiter les dangers aient échoué » ; et 3) que l’exécution des otages ait lieu exclusive- ment « sur l’ordre d’un responsable majeur des troupes ou d’un haut poste de commandement » [86 ; 419]. En 1940, les actes de sabotage restent relativement peu nombreux et sont surtout des actes individuels. Ce n’est qu’à partir du printemps 1941 qu’ils augmentent sensiblement, entraînant de premières prises d’otages français, concernant notamment des maires, des com- missaires de police, des instituteurs et autres notables. En parallèle, les préparatifs de la campagne contre l’URSS sont lancés dès l’été 1940 ; rapidement, les Allemands s’aper- çoivent des défis énormes que la Wehrmacht devra affronter au vu de l’étendue du territoire à envahir. La victoire dépend de la réussite d’un nouveau Blitzkrieg, mais comment assurer l’ordre et la sécurité dans des territoires occupés aussi vastes ? Afin de prévenir la probable naissance des mouvements d’op- position ou de résistance, Hitler opte pour la stratégie d’une dissuasion préventive [77 ; 838-839]. De nouvelles pratiques rompant clairement avec tous les règlements internationaux en vigueur sont alors envisagées. Pour préparer les cadres mili- taires, Hitler, dans un discours de presque deux heures et demie prononcé le 30 mars 1941 devant des généraux et commandants des forces armées, annonce « l’apurement » de la « situation russe », conditionné par « le problème de l’espace russe », à savoir son « étendue infinie » qui impose la « concentration sur les points décisifs ». Il s’agirait d’une « lutte opposant deux idéo-

» qui impose la « concentration sur les points décisifs ». Il s’agirait d’une « lutte

1752

La guerre-monde

» ; au vu de « l’énorme danger pour l’avenir » que repré- sente le bolchevisme, dans cette « guerre d’anéantissement », le « communiste » ne doit plus être traité comme « camarade », mais comme « criminel ». « La troupe doit se défendre avec les moyens avec lesquels elle est attaquée. […] La lutte va de loin être différente de celle menée à l’Ouest. À l’Est, la dureté est douce pour le futur. Les chefs doivent exiger d’eux-mêmes le sacrifice de surmonter leurs propres cas de conscience » [17 ; 336-337]. Pour convaincre les militaires, Hitler allègue la non- signature de la convention de La Haye par la Russie. La brutalité des pratiques est donc planifiée en amont. Ainsi, deux décrets militaires, les « ordres criminels », doivent « léga- liser » les futures exactions commises contre les populations civiles dans cette campagne militaire. Le premier, intitulé Kriegsgerichtsbarkeitserlass, préparé par le général Eugen Müller et daté du 13 mai 1941, suspend la justice militaire et le droit international pour le traitement des populations civiles des ter- ritoires à occuper, fournissant une base légale à une violence débridée [8 ; n° 87]. Il stipule que les actes criminels émanant de la population occupée doivent directement être punis par l’officier de la troupe concernée, au lieu du transfert devant un tribunal militaire ou la cour martiale. D’éventuels francs- tireurs, sans égard aux critères définis par le droit international, doivent être « achevés au combat ou lors de l’évasion [sic] », alors que leur détention est explicitement interdite ; il en va de même pour des personnes soupçonnées d’actes hostiles. Lors d’attaques venant des bourgades, lorsqu’il n’est pas possible d’appréhender les coupables rapidement, des « mesures col- lectives violentes » (kollektive Gewaltmaßnahmen) doivent être prises, comme l’incendie de maisons individuelles ou de villages entiers, l’exécution d’un certain nombre d’habitants (une tren- taine), ou des déportations dans des camps. Le décret supprime par ailleurs l’obligation de poursuite d’actes criminels perpé- trés par des soldats isolés, à partir du moment où ils corres- pondent aux « intentions politiques de leurs supérieurs » [78 ; 55-56]. Le deuxième décret – le fameux Kommissarbefehl – est daté du 6 juin et ordonne l’exécution immédiate des « fonction- naires politiques et militaires russes faits prisonniers », indé- pendamment de leurs comportement et attitude personnels [6 ;

politiques et militaires russes faits prisonniers », indé- pendamment de leurs comportement et attitude personnels [6

L’occupation allemande en Europe

1753

. Eugen Müller, présentant les textes aux juges mili- taires des armées de l’Est, souligne que le « sentiment de justice doit éventuellement passer derrière les nécessités imposées par la guerre » [51 ; 121]. Dans les faits, la réception en restera très mitigée au sein des cadres militaires, allant d’une forte appro- bation à une attitude de rejet, fondée sur des préoccupations concernant le maintien de la discipline de la troupe. L’applica- tion après le déclenchement de l’invasion peut par conséquent diverger d’une unité à l’autre, d’autant que la tradition militaire allemande laisse à l’appréciation du commandant responsable une certaine marge pour la mise en œuvre des ordres sur le

terrain [78 ; 63-67].

Après leur occupation, les territoires soviétiques doivent être exploités au maximum pour l’économie du Reich. Cet objectif est poussé notamment par le secrétaire d’État au ministère du Ravitaillement, Herbert Backe, muni de pouvoirs spécifiques pour limiter au strict minimum les restrictions nécessaires dans le Reich même. Backe est ainsi la principale cheville ouvrière des famines qui marquent déjà le premier hiver d’occupation, en conservant le système d’exploitation forcée soviétique.

Premières expériences en Union soviétique

Contrairement aux attentes allemandes, il n’existe pas de mou- vement organisé de partisans durant les premières semaines de la campagne, à l’exception de la région de Leningrad [43 ; 414] [81 ; 61-62]. L’appel à une guerre des partisans lancé par Staline le 3 juillet 1941 ne rencontre encore guère d’écho ; les premiers insurgés sont mal organisés et mal équipés et ne trouvent que peu de soutien dans la population, soulagée de la fin du régime soviétique [69 ; 45]. Néanmoins, la « lutte contre les partisans » fournit aux Einsatzgruppen, mais aussi aux Sicherungsdivisio- nen, le prétexte pour une action meurtrière systématique et de grande envergure dans l’arrière-pays, dirigée contre des fonc- tionnaires communistes et contre les populations juives, tout en incluant rapidement aussi des soldats, dont un grand nombre se trouve, isolément ou en unités, dépassé par les lignes en raison de l’avancée rapide du front [81 ; 64-71] [37 ; 606-608]. Les

les lignes en raison de l’avancée rapide du front [ 8 1 ; 6 4 -

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La guerre-monde

-

quement, aux yeux des soldats de la Wehrmacht et de la popu- lation civile ; à partir de la fin août 1941 une consigne impose un lieu secret. Jusqu’à la fin de l’année, les estimations portent sur environ 500 000 victimes [23 ; 173]. Parmi elles figurent les 33 771 juifs exécutés à Babi Yar les 29 et 30 septembre 1941. L’un des membres de l’Einsatzgruppe qui a participé à ce mas- sacre écrit dans une lettre adressée à sa femme un mois plus tard : « En Russie, là où il y a un soldat allemand, il n’y a plus de juifs » [45 ; 283]. Des informations filtrent et parviennent à la connaissance du monde libre, sans pour autant être mises en exergue [92 ; 23]. Grâce aux mutations et échanges entre cadres militaires, les informations sur les crimes se répandent rapidement parmi les hauts militaires allemands dans l’Europe occupée. Ces meurtres politiques et racistes sont justifiés en termes prégnants par Erich von dem Bach-Zelewski, HSSPF du rückwärtiges Heeresgebiet Mitte : « Là où se trouve le partisan se trouve le juif, et là où se trouve le juif se trouve le partisan » [23 ; 174]. Il a l’occasion d’expliquer ses méthodes lors d’un séminaire de formation mis en place par le commandant mili- taire pour permettre un échange d’informations sur « la lutte antipartisane », rassemblant des hauts officiers et des chefs des unités policières et SS du 24 au 26 septembre 1941 à Moguilev. L’échange est suivi d’une démonstration sur le terrain touchant deux villages voisins, dont la population est soumise à une sélec- tion « d’éléments suspects », avec l’exécution de 13 hommes et 19 femmes d’origine juive [14 ; 462] [69 ; 380]. Les innombrables réfugiés jetés sur les routes par l’invasion allemande, auxquels se mêlent d’anciens soldats en vêtements civils, encombrent les principales voies de communication et échappent largement au contrôle de l’occupant, qui prend des mesures pour freiner cette mobilité [75 ; 134-135]. À partir de la fin juillet 1941, le ravitaillement allemand du front connaît de surcroît de très sérieuses difficultés, ce qui s’amplifie par la suite en raison des distances croissantes, des mauvaises condi- tions météorologiques, des capacités de transport insuffisantes, mais aussi des destructions et prélèvements effectués par l’Ar- mée rouge selon la stratégie de la « terre brûlée » de Staline [20 ; 218-220]. Cette crise, qui en décembre 1941 est à son apogée,

stratégie de la « terre brûlée » de Staline [20 ; 218-220] . Cette crise, qui

L’occupation allemande en Europe

1755

comme celle sévissant dans les camps de prisonniers de guerre soviétiques, où notamment entre octobre 1941 et mai 1942 la mort prend des dimensions massives [75 ; 201] [83 ; 166-178]. À partir de septembre 1941, des sélections de grande envergure doivent séparer des prisonniers « simples » selon leur aptitude au travail, des juifs, des permanents soviétiques, des membres d’ethnies non russes (libérés pour servir dans des unités mili- taires ou, plus souvent, de police auxiliaire), pour être voués au travail et à l’engagement pour l’occupant, ou à la mort. Dans ce cadre, un ordre du 21 octobre 1941 émanant du quartier- maître général impose une importante réduction des rations alimentaires pour les prisonniers non mis au service de l’occu- pant. Ils ne recevront ainsi plus que 27 % des rations – déjà très réduites – attribuées à leurs camarades travaillant. Mais dans la pratique, même des rations aussi réduites ne sont dans la plupart des cas pas distribuées, en raison des stocks de vivres manquants. À l’automne 1941, environ 1,3 million d’hommes sont concernés par cette mesure, chiffre qui est cependant en nette augmentation au fur et à mesure que l’armée allemande avance et fait des prisonniers (au printemps, on compte 2,4 mil- lions de prisonniers de guerre non employés dans le cadre de ces travaux). Dès le printemps 1942, la faim aura fait plus de 2 millions de morts parmi les prisonniers de guerre soviétiques

[75 ; 217-219] [37 ; 586-596].

Dans les faits, l’activité des groupes de partisans formés par les militants du parti et du NKVD s’intensifie sensiblement à partir d’août 1941. Le mois précédent, des centres de formation et d’opérations ont été fondés derrière le côté russe du front pour préparer à la guerre clandestine et à la « diversion » (actes de sabotage, manœuvres de déstabilisation et de subversion) avec des répercussions immédiates sur les voies de ravitaille- ment allemandes. Entre juillet 1941 et mai 1943, ces centres forment plus de 10 000 hommes [69 ; 49-51]. À la fin de 1941, au moins 50 000 partisans organisés actifs se trouvent à l’arrière du front [20 ; 429]. La plupart de ces groupes – aux effectifs souvent trop importants – sont repérés et démantelés par les Einsatzgruppen ou la police auxiliaire autochtone avant la fin de l’année 1941 [69 ; 54-55, 61-63]. Jusqu’à l’automne, la popula-

la police auxiliaire autochtone avant la fin de l’année 1941 [69 ; 54-55, 61-63] . Jusqu’à

1756

La guerre-monde

à la lutte antipartisane. Mais elle fait rapidement les frais de

cette lutte, dont le nombre de victimes est estimé entre 40 000 et 85 000 pour la seule année de 1941, civils innocents compris [75 ; 168-169] [37 ; 715-716]. L’amalgame fait entre la population juive et les partisans permet d’assurer le concours de la Wehr- macht. Un ordre d’Himmler de novembre 1941 concernant le traitement des « expériences relatives aux méthodes des parti- sans et la lutte contre ceux-ci » mentionne à peine les juifs [69 ; 380]. Le fait qu’il s’agit effectivement d’une pure instrumentali- sation de la question des partisans pour justifier les massacres antisémites en cours, devant ses propres hommes et les sol- dats de la Wehrmacht, ressort de la brève notice qu’Himmler

ajoute dans son agenda pour résumer un entretien avec Hitler, le 18 décembre 1941 : « La question des juifs : à exterminer en

tant que partisans » [15 ; 293-294]. La faiblesse du phénomène partisan pendant les premières semaines transparaît aussi à travers le fait que les représailles recommandées dans le Kriegsgerichtsbarkeitserlass ne sont encore que rarement appliquées. Le traitement de partisans arrêtés par la Wehrmacht peut fortement diverger d’une unité

à l’autre et même aboutir au simple internement dans un camp

de prisonniers, voire à leur libération [35 ; 870]. Toutefois, dès la fin juin 1941, le groupe d’armées Centre fait part de l’impos-

sibilité de pacifier correctement l’énorme arrière-pays au vu du manque d’hommes armés [20 ; 453-454]. Les soldats soviétiques dispersés ne se rendent pas mais se cachent dans les forêts et marécages, où ils forment spontanément de premiers groupes de partisans. Le 12 juillet, l’OKH recommande des sanctions contre des juifs et des communistes, lorsque les auteurs d’actes criminels ou leurs familles ne peuvent être touchés [20 ; 445]. Toutefois, face à l’absence d’une politique claire concernant les soldats soviétiques dispersés, la hiérarchie militaire met en garde les troupes à la mi-juillet contre les « partisans » sovié- tiques « apparaissant devant ou derrière le front », en exigeant leur traitement en tant que « francs-tireurs » (soit l’exécution immédiate), indépendamment de la question de savoir s’il s’agit de combattants réguliers selon le droit international. Les civils qui les soutiennent doivent être traités de la même manière

réguliers selon le droit international. Les civils qui les soutiennent doivent être traités de la même

L’occupation allemande en Europe

1757

; 433]. Le 23 juillet, Keitel, soulignant le nombre limité des forces armées à disposition pour sécuriser les territoires occupés, demande de « répandre la terreur, qui elle seule est appropriée pour ôter à la population toute envie de rébellion » ; plutôt que de requérir des forces de sécurité complémentaires, il demande aux commandants d’appliquer des « mesures dra- coniennes » [11 ; 258-259]. Une directive de l’armée de terre du 25 juillet exige l’exécution des civils au moindre soupçon de rébellion et le transfert, aux mains des Einsatzgruppen, de per- sonnes suspectes en raison de leur attitude [9 ; 106-109]. Ainsi, au fur et à mesure que l’avancée allemande ralentit au cours de l’été 1941, avec en perspective une campagne militaire qui se prolonge dangereusement, et que la présence des partisans se précise (sans toutefois constituer encore une réelle menace), les ordres et le comportement de la Wehrmacht se radicalisent, en parallèle à l’action toujours plus meurtrière des Einsatzgrup- pen contre les populations juives, assimilées aux partisans [20 ;

455-457].

Le 16 septembre, Keitel émet un ordre valable pour tous les territoires occupés, destiné à uniformiser les sanctions infli- gées par les commandants sur place en cas d’attentats contre la troupe. Évoquant les « mouvements d’insurrection commu- nistes » dont les méthodes comprennent des « mesures de pro- pagande et des attentats contre des membres individuels de la Wehrmacht » mais aussi « l’insurrection ouverte et la guerre de bandes élargie », il désigne un « mouvement de masse dirigé de façon uniforme par Moscou ». Des milieux nationalistes et autres pourraient en tirer profit pour « susciter des difficultés pour la puissance d’occupation allemande », avec comme résul- tat « un danger pour la gestion de guerre allemande, manifeste d’abord dans une insécurité générale pour la troupe d’occupa- tion et qui a déjà abouti au retrait de forces vers les princi- paux foyers d’insurrection » [14 ; 515]. Devant l’insuffisance des contre-mesures adoptées jusque-là, « le Führer » aurait ordonné d’intervenir « partout avec les moyens les plus sévères » afin de « réprimer le mouvement dans les plus brefs délais » : « C’est seulement de cette façon-là, qui dans l’histoire de l’expansion du pouvoir a toujours été appliquée avec succès, que le calme peut être rétabli. » Les principes suivants doivent être appli-

a toujours été appliquée avec succès, que le calme peut être rétabli. » Les principes suivants

1758

La guerre-monde

en être soulignée ; pour la mort d’un soldat allemand, la « sen- tence de mort pour 50-100 communistes » doit « généralement être considérée » comme « appropriée », « le mode d’exécution devant aggraver l’effet dissuasif » de la mesure. Une stratégie de sanctions relativement clémentes sous peine de mesures aggra- vées « ne correspond pas à ces principes et ne doit donc pas être suivie ». Dans les territoires soviétiques, le nombre d’exécutions et de représailles collectives infligées contre la population civile par la Wehrmacht augmente par la suite considérablement [20 ; 458]. Mais de manière plus générale, cet ordre militaire revêt une importance cruciale : il montre, à travers le caractère radical des mesures préconisées, la très réelle inquiétude que suscite le fac- teur insurrectionnel dans le centre décisionnel allemand depuis l’échec de la stratégie d’une guerre rapide. Il reconnaît par ail- leurs les pratiques déployées dans certaines autres régions d’oc- cupation, notamment en Serbie, et les introduit dans les régions relativement épargnées jusque-là comme la France.

L’escalade en Yougoslavie

Finalement, une réelle guerre partisane advient d’abord dans le territoire de l’ancienne Yougoslavie. Au vu des préparatifs en cours concernant l’attaque contre l’URSS (retardée par la même occasion), l’occupant allemand ne procède pas au désarmement complet de l’armée yougoslave, dont de nombreux officiers et soldats, armés, se retirent dans les montagnes des Balkans. Ils forment la base des mouvements d’insurrection communistes et nationalistes serbes. Pour maintenir l’ordre et la sécurité, les faibles forces d’occupation doivent, selon les instructions reçues, réserver à la population un traitement sévère : recours, « sans scrupules », aux « moyens les plus durs » contre tout acte de résistance ; fusillade de tout porteur d’armes pris en flagrant délit ; toute « indulgence » est à éviter [14 ; 508]. Le traitement des officiers serbes doit être « particulièrement dur », contraire- ment d’ailleurs à celui réservé à l’armée grecque, qui doit même être « particulièrement bon » [17 ; 357]. Mais d’autres facteurs

réservé à l’armée grecque, qui doit même être « particulièrement bon » [17 ; 357] .

L’occupation allemande en Europe

1759

:

la mauvaise cohabitation des troupes allemandes et italiennes, aux stratégies parfois incompatibles ; la terreur des oustachis dirigée notamment contre les Serbes – un tiers de la population du territoire croate, qui englobe aussi la Bosnie – et les juifs, provoquant des « foyers d’insurrection difficiles à enrayer » [3 ; n° 90, 191] ; ainsi que l’expulsion et l’exode de diverses popula- tions, comme les Slovènes originaires des régions rattachées au Reich ou les Serbes de Croatie. En octobre 1941, des rapports allemands estiment le nombre de réfugiés officiellement trans- férés en Serbie entre 14 000 et 18 000, le nombre des expulsés entre 90 000 et 120 000, et le nombre de réfugiés serbes se ren- dant de leur propre initiative en Serbie entre 180 000 et 200 000 [72 ; 33-34]. Après l’attaque allemande contre l’URSS, deux mou- vements d’insurrection d’origine serbe se manifestent sur les ter- ritoires serbe et croate, les partisans communistes conduits par Josip Broz (dit Tito) et les nationalistes serbes – « Tchetniks » – sous la férule du colonel Draža Mihailović, qui se revendique du gouvernement yougoslave en exil à Londres [72 ; 53-55] [80 ; 55]. Dès le 28 avril, le haut commandant de la 2 e armée a ordonné l’exécution de cent otages pour chaque soldat allemand tué. Cependant, l’administration militaire allemande de Belgrade, publiant un « Décret sur les mesures préventives et expiatoires en cas d’actes de sabotage » en juillet 1941, identique à celui qui a été publié en France occupée en septembre 1940, recom- mande encore la « plus grande retenue » dans les prises et exé- cutions d’otages : « Au moment de la prise [des otages] il n’est jamais possible de prévoir si l’exécution ultérieure des otages est politiquement indésirable et ne peut avoir lieu. Mais si l’exé- cution n’a pas lieu, bien que des actes hostiles aient été commis, la prise d’otages sans suite nuit à l’autorité de l’occupation. » Le texte note par ailleurs que l’exécution d’otages n’est efficace que lorsqu’il y a un lien direct entre auteurs des faits incriminés et otages [14 ; 511]. Fin juillet 1941, un observateur allemand minimise encore l’importance des « bandes » dont l’activité devient pourtant de plus en plus sensible, en les qualifiant de « phénomène balkanique presque normal » jouissant « à présent simplement d’une certaine impulsion politique » [10 ; n° 29]. Mais au cours du mois d’août, l’insurrection serbe réussit à

certaine impulsion politique » [10 ; n° 29]. Mais au cours du mois d’août, l’insurrection serbe

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La guerre-monde

dans le nord-ouest de la Serbie, et à menacer sérieusement la sécurité des troupes allemandes. Dans ce contexte, les prises d’otages se multiplient, les victimes étant sélectionnées parmi les activistes (civils) communistes et dans la population juive. Les cadres communistes et les anciens combattants de la guerre d’Espagne ont été arrêtés dès le 22 juin 1941 à titre préventif. La communauté juive de Belgrade doit mettre à disposition de l’occupant 40 otages par jour [64 ; 115]. Le 2 août 1941, le com- mandant militaire allemand de Serbie fait état de 412 « commu- nistes » exécutés jusque-là ; à la fin du même mois, le nombre des victimes s’élève à 1 000 personnes [10 ; n° 32] [80 ; 59]. Les actes de sabotage et les assassinats mettent en péril l’exploi- tation économique du pays, notamment celle des mines, mais aussi la rentrée de la récolte de 1941, en perturbant un certain nombre de lignes de communication, comme entre Belgrade et Sarajevo [10 ; n° 39]. Or, l’exploitation économique est bien le principal objectif de l’occupation allemande : les Allemands se sont rapidement assuré le contrôle de toutes les grandes entre- prises intervenant dans l’extraction des matières premières. Entre 1941 et 1944, les livraisons serbes de cuivre couvrent 16 % des besoins allemands ; avant 1943, la Serbie et les ter- ritoires annexés par la Bulgarie fournissent environ 54 % de la consommation de minerai de chrome et environ 50 % de celle de l’antimoine et de l’amiante [10 ; 37-38]. L’administration militaire réagit en demandant l’envoi de forces policières supplémentaires, alors que l’OKW exige une plus forte implication des forces de la Wehrmacht dans la lutte contre l’insurrection [64 ; 115]. Sous la pression allemande, un nouveau gouvernement serbe dirigé par l’ancien ministre de la Guerre Milan Nedić, connu pour son attitude anticommuniste, est formé pour renforcer l’implication des forces policières serbes. Devant l’impossibilité de venir à bout de l’insurrection, Nedić est prêt à la démission deux semaines plus tard ; l’OKW décide alors de transférer une division de la France vers la Serbie [80 ; 69-70]. Le 19 septembre, un Bevollmächtigter Kom- mandierender General (général commandant plénipotentiaire), Franz Böhme, est nommé pour réprimer l’insurrection avant le début de l’hiver en s’appuyant sur un décret d’Hitler faisant

est nommé pour réprimer l’insurrection avant le début de l’hiver en s’appuyant sur un décret d’Hitler

L’occupation allemande en Europe

1761

rétablissement de l’exploitation économique une priorité. Le décret, daté du 16 septembre 1941, demande comme première action la sécurisation des voies de communication et des objets importants pour l’économie de guerre, et de « rétablir par la suite l’ordre avec les moyens les plus sévères » [8 ; n° 110]. Dans cette situation hors de contrôle, Edmund Veesenmayer, qui a été dépêché fin juillet 1941 par Ribbentrop à Belgrade pour conseiller l’administration militaire dans la question des insurgés, demande, avec Benzler, l’expulsion de tous les hommes juifs – environ 8 000 – vers « une île dans le delta du Danube », puis vers le Generalgouvernement ou la Russie, en affirmant que la complicité des juifs aurait été révélée dans de nombreux cas de sabotage et d’insurrection [3 ; n os 288 et 313]. Cette demande toujours plus insistante est renouvelée à plusieurs reprises avant que l’Auswärtiges Amt ne prenne contact avec Heydrich et qu’une délégation, composée de Franz Rademacher, chargé de la question juive au sein du ministère, ainsi que de deux col- laborateurs d’Adolf Eichmann, responsable des Affaires juives au RSHA, se rend à Belgrade pour trouver d’autres solutions sur place. Au moment de leur arrivée le 18 octobre 1941, 2 000 parmi les hommes juifs, internés depuis la mi-septembre, ont déjà été exécutés à titre de représailles des activités de l’insur- rection serbe de début octobre, après que 21 soldats de la Wehr- macht ont été tués dans des échanges de tirs avec les partisans

[64 ; 121-122].

Car après la prise de plusieurs villes serbes par les insurgés, dont notamment Požega (qui devient le siège de Mihailović) et Užice (siège de Tito), les méthodes allemandes connaissent une escalade. Dans les faits, le général Böhme applique les ordres de l’OKW « sous la forme la plus sévère », « compte tenu de la “men- talité balkanique” et de la grande propagation des mouvements d’insurrections communistes et sous camouflage national » [10 ; n° 48]. Ainsi, une instruction de Keitel, donnée à l’OKH et au Wehrmachtbefehlshaber Südost le 28 septembre 1941, demande l’arrestation d’un nombre suffisant de personnes de manière à disposer en permanence d’otages relevant de tous les camps politiques du pays (nationaliste, démocratique-bourgeois et communiste) [14 ; 514]. Un ordre similaire est d’ailleurs aussi adressé au commandant militaire en France. Se conformant à

[14 ; 514] . Un ordre similaire est d’ailleurs aussi adressé au commandant militaire en France.

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La guerre-monde

relatif aux exécutions d’otages, Böhme ordonne la prise d’otages auprès de toutes les bases militaires dans le pays, notamment des communistes (ou des personnes suspectées de l’être) et de tous les juifs, ainsi que d’un certain nombre d’habitants natio- nalistes ou démocrates. Par ailleurs, il exige que les bourgades « qui doivent être prises au combat » ou les fermes d’où partent des tirs soient systématiquement incendiées. Plusieurs mas- sacres contre des populations civiles en découlent, ainsi notam- ment dans la région de Mačva, où des milliers de civils sont exécutés, les quotas dépassant d’ailleurs de loin ceux fixés par Keitel [80 ; 71]. À la mi-octobre, au moins 2 000 habitants de la ville de Kraljevo sont exécutés après que les partisans ont tem- porairement réussi à y encercler la 717 e division d’infanterie ; une autre tuerie de masse se déroule le 21 octobre à Kragu- jevac, où les partisans ont tué 10 soldats allemands et blessé 26 autres, entraînant l’exécution de 2 300 habitants de la ville [14 ; 550]. Les événements suscitent l’indignation parmi les plus hauts responsables militaires, où l’on rappelle les quotas fixés par Keitel [80 ; 73-74]. Dans le rapport rédigé à son retour à Berlin, Rademacher signale l’exécution de tous les hommes juifs encore en vie en Serbie « jusqu’à la fin de cette semaine » [3 ; n° 425]. Le reste de la communauté juive de Serbie – les femmes, les enfants, les vieillards – doit être transféré, avec la population tsigane (environ 1 500 personnes « dont les hommes doivent également encore être fusillés »), d’abord dans le ghetto de la ville, puis dans le camp Semlin à Zemun. Revenant aux appels insistants de Veesenmayer sept semaines plus tôt, Rademacher conclut d’ailleurs que les « services à Belgrade, sous l’impression d’une insurrection de jour en jour plus violente, alors que la ville de Belgrade même a été temporairement menacée », auraient « au début vu toute cette question de manière trop pessimiste ». Quelques mois plus tard, à partir de mars 1942, le reste de la communauté juive – environ 10 000 personnes – est assassiné dans des camions à gaz [64 ; 129]. On le voit, si en Union soviétique l’élimination de la commu- nauté juive s’effectue au prétexte de la lutte contre les partisans, en Serbie, les autorités allemandes, avec en tête les diplomates,

au prétexte de la lutte contre les partisans, en Serbie, les autorités allemandes, avec en tête

L’occupation allemande en Europe

1763

-

rection de l’automne 1941. Cette lutte se poursuit d’ailleurs jusqu’en novembre, en infligeant de lourdes pertes aux mou-

vements insurrectionnels, qui se replient dans d’autres régions, notamment en Bosnie et au Monténégro. Selon certaines esti- mations, le combat contre la résistance serbe de l’automne 1941

a fait entre 20 000 et 30 000 victimes ; les Allemands comptent 160 morts et 278 blessés dans leurs propres rangs [63 ; 140].

Crise des otages en France

Il paraît probable que les événements de Serbie aient des répercussions sur d’autres régions de l’Europe occupée. Ainsi, en France, où les faits de résistance augmentent en nombre après l’attaque allemande contre l’Union soviétique. Les Alle- mands s’y sont préparés dans la mesure où, dès les premiers mois de l’occupation, 1 511 communistes français ont été arrê-

tés en zone occupée [46 ; 77], tandis qu’à partir de mai 1941 dix nouveaux camps d’internement sont créés pour accueillir des communistes [1]. Le 27 juin, l’action « Theoderich » entraîne ainsi l’arrestation et l’internement à Royallieu près de Com- piègne de 600 cadres communistes [5 ; 28]. Le 1 er août 1941, le général Eugen Müller, du département juridique de l’OKH, est

à Paris pour discuter avec le commandant des troupes de com-

bat à l’Ouest, Oberbefehlshaber West, et le commandant militaire sur un renforcement des mesures préventives, avec le recours aux exécutions d’otages en cas de troubles. Devant le refus de Stülpnagel, qui souligne le calme dans le pays, Müller insiste néanmoins sur la constitution de réserves d’otages de toutes les tendances politiques, afin de pouvoir procéder à des exécutions

[61 ; 173]. Deux jours après une manifestation communiste à Paris, le 15 août, le commandant militaire place cependant toute activité communiste sous le coup de la peine de mort [68 ;

57-58].

En dépit de ces mesures préventives, une série d’atten- tats frappe l’occupant à partir du 21 août, lorsque le premier soldat allemand est abattu à la station de métro de Barbès- Rochechouart. Le premier attentat a lieu le lendemain d’une

allemand est abattu à la station de métro de Barbès- Rochechouart. Le premier attentat a lieu

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La guerre-monde

e arrondissement de Paris par les polices allemande et française, s’insérant, selon un rapport de situation du commandant militaire, dans la lutte contre des agissements communistes. Les quelque 4 000 personnes arrêtées sont transférées au camp de Drancy. Le 22 août, tous les prisonniers français détenus par ou au profit de l’occupant allemand sont déclarés otages ; par la suite, 3 communistes sont condamnés à mort par une juridiction française parti- culière créée pour la circonstance sur pression allemande, les « sections spéciales » de la Cour d’appel de Paris. Le 6 sep- tembre, pour la première fois, 3 otages, « principalement des communistes juifs » [18 ; 423], sont exécutés en représailles à un deuxième attentat survenu trois jours plus tôt. Le lendemain, Hitler fait savoir que cette sanction est insuffisante : « Un soldat allemand vaut plus que trois communistes français », et exige, au cas où le meurtrier n’est pas livré rapidement, l’exécution de 50 autres otages, « en première ligne des responsables commu- nistes ! » [5 ; n° 24]. Après tout nouvel attentat, 100 personnes devront être exécutées : « Ces vengeances draconiennes sont indispensables pour reprendre le contrôle. » Dans un premier temps, le général Stülpnagel n’applique pas cet ordre (« s’il reste valable, je souhaite être remplacé sans délai »), en mettant en avant une sécurité tout à fait intacte pour l’occupant, alors que « des exécutions massives placeraient le gros de la population, dont le comportement a jusqu’ici été loyal, en opposition la plus forte avec la puissance d’occupation, provoquant de la résis- tance passive dans l’économie et l’industrie de guerre travaillant pour nous et ôtant des possibilités futures à la collaboration Allemagne-France » [5 ; n° 25]. Après deux nouvelles tentatives d’attentat, le général augmente le quota d’otages à exécuter à

10, puis à 12 [18 ; 425-426].

C’est dans ce contexte – retenue relative en France, représailles très radicales en Serbie et en voie de radicalisation en Rus- sie – que s’insère le décret de Keitel demandant l’exécution de 100 otages pour chaque Allemand tué par les « terroristes ». En France, le texte est appliqué pour la première fois à la fin d’oc- tobre, après deux nouveaux attentats perpétrés à Nantes, puis Bordeaux : suite à une intervention du quartier général d’Hitler, deux groupes de 50 personnes sont passés par les armes, alors

suite à une intervention du quartier général d’Hitler, deux groupes de 50 personnes sont passés par

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due pendant un certain délai pour permettre d’appréhender les auteurs des attentats. Une onde de choc traverse alors le pays. La police française refuse désormais de mettre à la disposition des Allemands les internés des prisons françaises. De son côté, le maréchal Pétain annonce vouloir se constituer prisonnier sur la ligne de démarcation [56 ; 430]. Une nouvelle unité spéciale de la police, les Brigades mobiles françaises, réussit finalement à déceler le groupe de jeunes communistes autour de Gilbert Brustlein, à l’origine des attentats à Paris et en province, offrant ainsi une issue à cette crise. Mais à la fin du mois de novembre de nouveaux attentats la relancent, ouvrant au bout du compte la voie à une ému- lation entre la politique antisémite poussée parmi certains services allemands à Paris et la question des représailles. Le 14 décembre, le commandant militaire publie ainsi un com- muniqué annonçant des mesures qui touchent principalement la population juive : l’exécution de 100 « juifs, communistes et anarchistes proches du cercle des auteurs », le paiement d’une amende de 1 milliard de francs par « les juifs de Paris », ainsi que l’internement, en vue d’une déportation « à l’Est, pour des travaux forcés », d’un « nombre élevé d’éléments judéo- bolcheviques criminels » [5 ; n° 70]. Le communiqué souligne d’ailleurs que ces « mesures ne touchent pas le peuple français » (comme les exécutions d’otages du passé), « mais seulement des individus qui, à la solde des ennemis de l’Allemagne, veulent précipiter la France dans le malheur et escomptent saboter l’en- tente entre l’Allemagne et la France ». Le texte a été rédigé avec le concours de l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, qui a aussi été l’instigateur de la politique antisémite allemande un an plus tôt. En septembre 1941, il a par ailleurs demandé à Himmler la déportation vers l’Est des juifs internés dans les camps de la zone occupée en France, afin de créer de la place en vue de nouvelles arrestations ; démarche qui a été accomplie à l’initia- tive de ses propres services [55]. Ainsi, en France, la question de la lutte contre les mouvements de résistance et des partisans est aussi en relation directe avec la politique antisémite, accélé- rant le déclenchement des déportations des juifs de France. Le premier convoi partira en mars 1942 après avoir été ajourné en

des déportations des juifs de France. Le premier convoi partira en mars 1942 après avoir été

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La guerre-monde

la contre-attaque soviétique de décembre 1941.

1942 : LA LUTTE ANTIPARTISANE FACE À LA MASSIFICATION DU PHÉNOMÈNE

L’année 1942 est celle de la radicalisation des régimes d’oc- cupation dans l’ensemble de l’Europe. La campagne militaire contre l’URSS qui se prolonge après l’échec de l’offensive allemande contre Moscou, ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis et du Japon à la fin de 1941, inaugure une période marquée par une toujours plus forte concentration du pouvoir décisionnel aux mains de Hitler et des changements récurrents dans la hiérarchie militaire. Elle entraîne la radicalisation de tous les régimes d’occupation et une nouvelle précarisation des conditions de vie des populations concernées, avec une inten- sification de l’exploitation économique des pays occupés, le recrutement souvent forcé de la main-d’œuvre étrangère pour les usines du Reich, mais aussi les déportations en masse des juifs vers les camps d’extermination. Il est ainsi peu étonnant qu’en 1942 les mouvements d’insurrection, de partisans, de résistance, s’amplifient et se renforcent, et avec eux la lutte et les représailles allemandes.

À l’arrière du front de l’Est, les innombrables soldats et offi- ciers soviétiques dispersés auxquels se joignent des prison- niers de guerre libérés ou évadés se retrouvent pour former au printemps 1942, souvent spontanément, des groupements de partisans. Leurs rangs enflent avec les tentatives allemandes d’enrayer le phénomène, comme en avril 1942, lorsque tous les anciens prisonniers de guerre et soldats dispersés doivent régu- lariser leur situation en s’inscrivant au service de travail en Alle- magne, avant une certaine date, toute personne appréhendée ensuite sans laissez-passer risquant d’être exécutée ; la mesure transforme le passage chez les partisans en un phénomène de masse [69 ; 117-119]. Les premières armes de partisans pro- viennent d’anciens champs de bataille et des forêts où la popu-

; 117-119] . Les premières armes de partisans pro- viennent d’anciens champs de bataille et des

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aux unités de police autochtones, agissant au service de l’occu- pant. On observe ainsi une montée extrêmement importante des attaques de la part des partisans en 1942, notamment contre les lignes de chemin de fer. Au fur et à mesure que le contact avec Moscou s’établit à travers des liaisons radio et le parachutage de cadres militaires bien entraînés, l’efficacité des partisans augmente. Un ordre de Staline du 5 septembre 1942 leur attri- bue trois principales tâches : désorganisation de l’arrière-pays, destruction des lignes de chemin de fer utilisées par l’occupant, renseignements militaires. Disposant d’unités de la taille de bri- gades, ravitaillées par avion, ils réussissent à prendre le contrôle dans plusieurs régions, notamment dans l’est de la Biélorussie et dans la région de Briansk. En octobre 1942, l’état-major cen- tral de Moscou compte 1 083 groupements sous son contrôle, rassemblant 94 484 personnes, dont un quart seulement dispose d’une liaison radio en état de marche [69 ; 149-170]. En Biélorussie, les partisans réussissent à menacer la rentrée de la récolte de 1942, de sorte que Berlin s’en alerte pour faire pression sur la Wehrmacht et le RSHA, en vue d’une lutte plus efficace contre les partisans [35 ; 895-896]. Dans les faits, l’effi- cacité de la stratégie de dissuasion préventive – surtout dans une guerre aussi longue et usante – suscite de plus en plus de critiques, puisqu’elle se dirige notamment contre la population civile, dont la collaboration est à son tour indispensable dans la lutte contre les résistants. L’objectif est désormais une meilleure distinction entre civils et partisans. Pour mieux discréditer leur action devant les sol- dats, le terme même de « partisans » est banni du vocabulaire allemand, et remplacé par « terroristes », « bandes » ou « bri- gands », afin de souligner l’illégitimité et le caractère criminel de leur combat : c’est l’instruction donnée par le ministre de la Propagande allemand, Joseph Goebbels, aux journalistes en février 1942 [4 ; 219]. Le 31 juillet 1942, Himmler émet un « ordre spécial » se référant à des « motifs psychologiques » pour interdire le terme « apologétique » de partisan. L’ordre est pris en compte dans la SS, la police, la Wehrmacht et au sein du ministère d’Alfred Rosenberg [35 ; 925]. Enfin, Hitler par- ticipe personnellement à l’élaboration d’une nouvelle stratégie

Rosenberg [35 ; 925] . Enfin, Hitler par- ticipe personnellement à l’élaboration d’une nouvelle stratégie

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La guerre-monde

la lutte antipartisane, qui devient ainsi progressivement un domaine militaire. La Wehrmacht est désormais maîtresse de la question dans les rückwärtige Heeresgebiete ; dans les terri- toires sous administration civile les SS et la police allemande restent premiers responsables [23 ; 227]. Enfin, le 18 août 1942, la lutte contre les partisans à l’Est est déclarée de la compé- tence « du Führer » (Führerangelegenheit). Dans la directive cor- respondante, Hitler prend acte de ce que le « fléau des bandes » devient « une menace sérieuse pour le ravitaillement du front et l’exploitation économique du pays » et ordonne désormais le « traitement strict, mais juste », de la population, dont il s’agit d’obtenir la « nécessaire confiance […] dans la domination alle- mande » [7 ; 201-205]. La « condition préalable pour l’anéan- tissement des bandes » serait la « garantie du minimum vital pour la population », dont la collaboration, « indispensable », doit être récompensée dignement, afin de constituer « une vraie incitation », alors que les « mesures expiatoires » contre tout acte favorisant les « bandes » doivent être d’autant plus dures. La lutte contre l’insurrection doit être centralisée auprès du Reichsführer-SS, chargé d’analyser les différentes expériences sur le terrain. Malgré cette valorisation tardive des civils, les méthodes pra- tiquées sur le terrain ne changent guère, d’autant moins qu’un ordre fondamental de l’OKW du 16 décembre interdit encore toute poursuite disciplinaire ou judiciaire d’un Allemand impli- qué dans la lutte « contre les bandes » : tous les moyens sont autorisés, « même contre des femmes et des enfants », si « seu- lement ils réussissent » [65 ; 254]. En 1942, ces moyens doivent s’improviser en raison du manque flagrant en armes et en forces armées, que ce soit au sein des SS ou de la Wehrmacht ; un phénomène présent dans toutes les régions occupées en Europe mais qui est le plus aigu dans les territoires soviétiques. Les unités militaires détachées pour le maintien de l’ordre et de la sécurité sont peu nombreuses, mal équipées en armes et insuf- fisamment motorisées [20 ; 203]. Elles sont renforcées par les recrutements de forces locales, notamment dans les régions qui ont été occupées par l’Armée rouge à partir de septembre 1939 ; finalement, même des prisonniers de guerre soviétiques sont

occupées par l’Armée rouge à partir de septembre 1939 ; finalement, même des prisonniers de guerre

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[77 ; 850-851]. Face à la progression de territoires entre les mains des partisans soviétiques, l’occupant n’est plus en mesure de contrôler l’ensemble du territoire occupé mais se concentre sur les régions stratégiquement ou économiquement importantes, ainsi que sur les lignes de communication et de ravitaillement. Pour ces dernières, des « commandos de chasse » (Jagdkommandos) d’une cinquantaine d’hommes sont formés à partir des divisions du maintien de l’ordre (dont l’affaiblisse- ment favorise de nouvelles avancées des partisans). Les régions des partisans sont « nettoyées » par le biais des « grandes opé- rations » (Großunternehmen) à partir de mars 1942, résidant dans l’encerclement, puis la réduction d’une poche présumée de partisans ; action menée conjointement par les hommes du RSHA (Einsatzgruppen et polices) et la Wehrmacht – les troupes stationnées sur place, mais aussi des unités retirées temporaire- ment du front. Les massacres et destructions de villages lors de ces opérations font des victimes surtout parmi les civils. Dans certains cas, de telles opérations fournissent aussi le prétexte pour des expéditions de pillages et d’enlèvements de personnes au profit du service de travail forcé, aspect qui passe au premier plan à partir de 1943 [35 ; 884-890]. En parallèle, les hommes d’Himmler continuent à sévir de façon préventive, à travers des exécutions (parfois déportations) de masse touchant non seule- ment les juifs mais, au plus tard depuis 1942, aussi de manière générale toutes les personnes présumées communistes, ainsi que les populations s’étant installées dans les territoires occupés par l’Union soviétique après septembre 1939 [35 ; 1055-1058]. Mais toutes ces mesures ne peuvent enrayer l’avancée des par- tisans. Le HSSPF du Heeresgebiet Mitte (où l’activité des par- tisans est la plus intensive), von dem Bach-Zelewski, nommé Sonderbevollmächtigter des Reichsführers für Bandenbekäm- pfung (« chargé spécial plénipotentiaire du Reichsführer pour la lutte contre les bandes ») en octobre 1942, reconnaît lors d’une réunion en février 1943 qu’en raison de la multiplication des attaques par les partisans en Ruthénie blanche il convient « davantage de parler d’une insurrection populaire que des faits de bandes » [69 ; 146]. Dans l’ancienne Yougoslavie, le retrait prévu de troupes alle- mandes est partiellement compensé par l’extension de la zone

Yougoslavie, le retrait prévu de troupes alle- mandes est partiellement compensé par l’extension de la zone

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La guerre-monde

-est de la Serbie, ainsi que par

la fondation d’une division SS Prinz Eugen, autorisée par Hitler le 30 décembre 1941, qui recrute des Allemands ethniques (Volksdeutschen), notamment du Banat [57 ; 168-169]. Elle est placée sous les ordres d’un nouveau HSSPF de Serbie, August Meyszner, dont l’arrivée doit résoudre le problème de l’insurrec- tion avec, selon Keitel, les « méthodes brutales de la police et de la police secrète » [10 ; n° 74]. Par ailleurs, il doit jeter les bases d’une police auxiliaire d’environ 20 000 hommes et superviser la police serbe. En Bosnie, terrain montagneux et difficile d’accès, la lutte contre les insurgés implique la coopération entre occupants allemand et italien et des unités croates ; coopération marquée par de multiples frictions et malentendus qui aboutit tout de même à de grandes opérations communes. Le succès en est cependant limité, ainsi en janvier et mai 1942 en Bosnie du Sud-Est, lorsque le mouvement de Tito est simplement une nou- velle fois repoussé (il s’installe par la suite dans le Nord-Ouest), sans être défait, en raison des dissensions germano-italiennes portant notamment sur l’implication des mouvements tchet- niks, favorisée par les Italiens, et du chaos provoqué par les

méthodes des oustachis [80 ; 108-110, 139-142, 152-153] [40 ;

233-234]. Une autre grande opération, du 10 juin au 31 juil- let 1942, se concentre sur le massif de Kozara, au nord-ouest de Banja Luka, et mobilise des dizaines de milliers de soldats allemands et agents croates, soutenus par des forces aériennes et marines [76 ; 214-215]. Elle mène à l’expulsion de l’ensemble de la population civile de cette zone, internée dans des camps et prisons croates ou déportée dans des camps de travail forcé allemands ; alors que les unités oustachies tuent les personnes âgées ou malades et les orphelins [40 ; 272-273]. Néanmoins, dès le départ des forces allemandes et croates, les résistants réinves- tissent les lieux. Le mouvement de Tito continue ainsi à se développer et à progresser. À l’automne 1942, des contacts se nouent même brièvement avec les autorités allemandes sur place, aboutissant à deux échanges de prisonniers en septembre et novembre 1942. Les négociations portent aussi sur la reconnaissance de l’armée de Tito en tant qu’armée légale d’après les conventions interna-

portent aussi sur la reconnaissance de l’armée de Tito en tant qu’armée légale d’après les conventions

L’occupation allemande en Europe

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[80 ; 159, 171-172]. En revanche, le mouvement de Mihailović, implanté surtout sur le territoire serbe, reste profondément affaibli après les massacres de 1941. Il pâtit par ailleurs de l’éclatement des Tchetniks en diverses tendances, et il est très affecté par le combat que lui livre la division Prinz Eugen [80 ; 431-436]. Son appel à la multiplication des actes de sabotage et de désobéissance civile en novembre 1942, lancé à la demande du gouvernement en exil, est un échec retentissant et aboutit à la relance des représailles allemandes. Ce n’est qu’au début de 1943 que le mouvement retrouve un nouveau souffle, grâce d’abord aux désertions au sein de la garde nationale serbe, puis avec l’introduction du service du travail obligatoire en Alle- magne d’avril 1943 [80 ; 442-467]. En comparaison avec ce qui se passe à l’Est et au Sud-Est, la montée en puissance de mouvements insurrectionnels en Europe du Nord et de l’Ouest est bien plus tardive. Ce sont généralement les mêmes facteurs qui poussent la population masculine dans une résistance à l’occupant : la détérioration dramatique des conditions de vie, mais surtout l’introduction du Service du travail obligatoire à effectuer dans les usines du Reich. En Scandinavie et en Europe de l’Ouest, la répression des mouvements de résistance reste ainsi une affaire policière jusqu’en 1943, voire 1944, supervisée par les HSSPF. En France, les services allemands intervenant dans ce domaine sont pro- fondément réorganisés au printemps 1942, avec la nomination de Carl-Albrecht Oberg dans les nouvelles fonctions du HSSPF en France, centralisant le pouvoir – considérablement accru – de la police allemande dans l’Hexagone, au détriment de l’ad- ministration et de la justice militaire. Oberg récupère ainsi le contrôle des agents de la police allemande placés jusque-là sous les ordres du commandant militaire [46 ; 83-91]. Sur la base des accords conclus en juillet 1942 avec le secrétaire général de la police française, René Bousquet, Oberg s’appuie sur la collabo- ration d’une police française très efficace, et ceci même après l’occupation par les forces allemandes et italiennes de la zone libre en novembre 1942 [21 ; 388-403]. Jusqu’à l’automne 1943, les régions françaises sans activité résistante sont cependant

1942 [21 ; 388-403] . Jusqu’à l’automne 1943, les régions françaises sans activité résistante sont cependant

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La guerre-monde

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pant [84 ; 519-522]. Les exécutions d’otages diminuent sensi- blement, alors que la pratique des « interrogatoires aggravés » (verschärfte Verhöre) – la torture – par les agents de la Gestapo s’amplifie, certaines méthodes développées en France étant même exportées vers d’autres pays occupés, comme en Norvège, où la pratique de ces « interrogatoires » a été introduite après l’amplification de la résistance norvégienne à l’automne 1941. Le procédé s’accentue après la nomination d’un nouveau chef de la Gestapo à Oslo, qui rejoint son poste fort des méthodes radi- cales pratiquées en France [24 ; 82]. Ceux qui y survivent sont généralement transférés en Allemagne, sur la base d’un décret d’Hitler de décembre 1941, introduisant la pratique des dépor- tations « Nuit et Brouillard » (Nacht und Nebel, NN) [8 ; n° 125]. Ce décret hitlérien ne s’applique que dans les territoires occu- pés de l’Europe occidentale et du Nord – en France, Belgique, Norvège et aux Pays-Bas – et prévoit la disparition pure et simple des déportés, au sujet desquels plus aucune information ne doit être communiquée, y compris leur éventuel décès. Hitler y attribue un effet dissuasif beaucoup plus fort qu’une sanction, même sévère, prononcée par un tribunal militaire allemand, au bout d’un procès de plusieurs semaines voire plusieurs mois [36 ; 341-342, 389]. Dans un premier temps, les détenus sont pré- sentés à un tribunal civil spécial (Sondergericht) dans le Reich en vue d’une condamnation selon la loi allemande. Les déte- nus de France, dont la majorité part des prisons de Fresnes ou de la Santé, se retrouvent ainsi devant le tribunal spécial de Cologne – puis à partir de 1943, en raison des bombardements sur l’ouest de l’Allemagne, devant le tribunal de Breslau – alors que les détenus de Belgique, du nord de la France et des Pays- Bas sont transférés à Dortmund, puis Essen, les Norvégiens à Kiel ; le « reste » dépend du tribunal de Berlin. Compte tenu des délais de plus en plus longs des procédures judiciaires dans le Reich, avec la multiplication des cas à traiter, les services de la Gestapo, déjà chargés des premières investigations, des arrestations, de la gestion des dossiers pénaux et du transfert dans le Reich, prennent progressivement en main la question et envoient ces détenus directement dans les camps de concen- tration, là où, en cas de verdict de non-lieu ou après l’écoule-

ces détenus directement dans les camps de concen- tration, là où, en cas de verdict de

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La « déportation politique » – majoritairement dans le camp de Buchenwald – représente ainsi jusqu’en 1943 le moyen de répression le plus courant dans l’Europe occidentale [58 ; 306]. Dans l’historiographie, on compte plus de 60 000 déportés poli- tiques de France ; le taux de mortalité parmi eux avoisine 40 %, la majorité des morts intervenant en 1945 [58 ; 404, 414].

1943-1944 : APAISEMENT À L’EST, ESCALADES À L’OUEST

C’est en hiver 1942-1943 que la guerre évolue en faveur des Alliés et que, dans le Reich, la « guerre totale » est proclamée en grande pompe par Joseph Goebbels. L’année qui suit entraîne de nombreux revers pour les forces de l’Axe et y aggrave la crise de ravitaillement. Partout en Europe occupée, des mou- vements de résistance se font sentir. Même dans le « protec- torat modèle », le Danemark, des troubles, grèves et actes de sabotage s’accumulent. Après le refus du gouvernement danois d’instaurer des tribunaux d’exception et de proclamer un état d’urgence, celui-ci est proclamé par l’occupant allemand fin août 1943, qui durcit sa présence, avec le désarmement des forces militaires danoises, de premières prises puis exécutions d’otages et des déportations politiques, et enfin avec la nomina- tion d’un HSSPF [74 ; 131-132]. Dans les territoires occupés de l’Est et du Sud-Est, la puis- sance de combat des mouvements de partisans communistes devient redoutable, alors que les forces allemandes de main- tien de l’ordre et de la sécurité continuent de s’affaiblir en raison de fréquents transferts d’unités sur le front et que les auxiliaires locaux connaissent des désertions de plus en plus fréquentes. L’une des conséquences en est l’implication crois- sante dans la lutte contre les insurgés d’unités allemandes de réserve ou encore en période de formation. L’occupant lance plusieurs grandes opérations dévastatrices contre des poches de résistants, transformées en « zones désertes » (Wüsten- zonen) ou « zones mortes », à travers la destruction totale de

transformées en « zones désertes » ( Wüsten- zonen ) ou « zones mortes », à

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La guerre-monde

par la déportation, ou, désormais plus rarement, l’exécution en masse de la population, dans l’objectif de rendre impossible tout nouveau retour des partisans et de fournir par la même occasion de la main-d’œuvre forcée à l’industrie de guerre alle- mande [35 ; 1010-1036]. Dès octobre 1942 et sur injonction de Göring, Himmler a dû ordonner des actions contre les parti- sans pour procéder à la déportation vers le Reich de l’ensemble d’une population apte au travail ; consigne qui n’est réellement appliquée qu’à partir de l’été 1943, face aux graves pénuries de main-d’œuvre dans l’industrie allemande [60 ; 649]. Cette nou- velle échelle de la radicalisation s’accompagne d’une rationali-

sation de la répression vis-à-vis des partisans arrêtés, du moins

à travers les ordres donnés en haut lieu, si ce n’est pas sur le

terrain : d’après un ordre d’Hitler d’avril 1943, ils doivent être internés et transférés dans le Reich pour travaux forcés, et non plus exécutés systématiquement [75 ; 292-293]. Les partisans soviétiques coordonnent désormais leurs actions en lien avec les avancées de l’Armée rouge. Ils menacent la sécurité et le ravitaillement des troupes allemandes au front en s’attaquant de plus en plus efficacement aux chemins de fer, notamment en Biélorussie. Durant l’été 1943 et à nouveau en 1944, les partisans y détruisent autant de locomotives que l’industrie de l’Europe occupée peut en produire [35 ; 868-869]. Dans les quelques régions restées sous leur contrôle, les Alle- mands pillent les ressources agricoles, les matières premières et la main-d’œuvre [77 ; 855]. En même temps, dans un cadre plus limité, de nouveaux concepts d’occupation sont testés pour impliquer et valoriser

davantage la collaboration de la frange germanophile de la population, utilisée pour la sécurisation et l’exploitation agri- cole des territoires par le biais de « villages militaires » (Wehr- dörfer). Le concept est relativement simple : la population, sélectionnée selon sa loyauté présumée, reçoit des terres à culti- ver, une partie des hommes perçoit des armes à utiliser contre les partisans et est supervisée par des bases policières chargées de la protection du territoire. Un projet pilote est mis en place

à partir d’avril 1943 dans la région de Baranovitchy (au sud-est de Minsk), puis étendu sous l’égide du commissaire général de

1943 dans la région de Baranovitchy (au sud-est de Minsk), puis étendu sous l’égide du commissaire

L’occupation allemande en Europe

1775

blanche et chef de la SS et police Curt von Gottberg en octobre de la même année, avec au total une centaine de villages militaires et environ 20 000 habitants. La motivation de ces « paysans militaires » est généralement très bonne, le pas- sage dans les rangs des partisans demeure rare. La méthode semble efficace au point qu’une directive de mai 1944 relative à la lutte contre les partisans la recommande explicitement [35 ;

1036-1051].

Dans l’ancienne Yougoslavie, où l’état-major allemand doit compter avec la probabilité d’un débarquement anglo-saxon sur les côtes dalmates, Hitler exige une « pacification définitive » en septembre 1942, entraînant l’élaboration de nouvelles stratégies contre l’armée de Tito, dont le noyau dur est estimé par les Alle- mands à 20 000 hommes expérimentés et bien armés [80 ; 192]. Début janvier 1943, le commandant des forces armées pour le Sud-Est, le général Löhr, et le général Mario Roatta, comman- dant en chef de la 2 e armée italienne en Yougoslavie, se retrouvent pour s’accorder sur trois grandes opérations qui doivent porter le coup fatal contre les partisans : Weiß (« Blanc ») I (reconquête de la Bosnie occidentale en janvier), II (Bosnie centrale, février) et III (Herzégovine, incluant le désarmement des Tchetniks) [40 ; 329]. Mais contre l’avis allemand, les Italiens associent cer- tains mouvements tchetniks aux deux premières manœuvres, en retardant la troisième, finalement remplacée par l’opéra- tion Schwarz (« Noir »), mise en place par les seuls Allemands contre les Tchetniks en mai 1943. Les partisans communistes sortent de ces opérations avec de lourdes pertes, mais toujours sans être vaincus, puisqu’ils parviennent à échapper à plusieurs reprises. En revanche, les Tchetniks d’Herzégovine et du Monté- négro sont définitivement vaincus et désarmés [80 ; 243-254]. Le 27 juin 1943, le général Löhr reconnaît que la pacifi- cation complète de la région est impossible « avec les forces disponibles actuellement » [10 ; n° 140]. La situation empire avec la capitulation italienne du 8 septembre 1943, car une grande quantité d’armes italiennes passe directement aux mains de l’Armée de libération populaire de Tito. 3 divisions italiennes, sur 18 au total, rejoignent en bloc le mouvement, qui réussit à désarmer d’autres unités en mettant ainsi la main sur environ 50 000 armes à feu et une grande quantité de muni-

à désarmer d’autres unités en mettant ainsi la main sur environ 50 000 armes à feu

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La guerre-monde

[80 ; 302-303]. Il réussit même à mettre temporairement les côtes dalmates sous son contrôle [40 ; 343] ; peu après, il s’assure le contrôle des montagnes de Bosnie, de Croatie et du Monténégro. Après la fondation d’un Comité national pour la libération de la Yougoslavie en novembre 1943, l’Armée de libération populaire bénéficie par ailleurs du soutien ouvert des Alliés. Pour l’occupant allemand, il ne s’agit alors plus de vaincre, mais simplement d’endiguer toute nouvelle expansion du mouvement de Tito. Face à cette impasse, qui se présente de façon similaire en Grèce, où un mouvement communiste très fort (ELAS) existe en parallèle au mouvement du colonel Napoleon Zervas (EDES), la stratégie allemande change, dans la mesure où Hermann Neu- bacher, proche collaborateur d’Hermann Göring et chargé par les Affaires étrangères (Auswärtiges Amt) de coordonner l’exploi- tation économique des pays des Balkans, est nommé « ministre plénipotentiaire spécial de l’Auswärtiges Amt pour le Sud-Est » (Sonderbevollmächtigter des Auswärtigen Amts für den Südosten) pour miser davantage sur le renforcement de la collaboration avec les forces anticommunistes sur place. À l’instar du gouver- nement de Ioánnis Rállis à Athènes, le gouvernement serbe de Milan Nedić se voit ainsi valorisé sur le tard à travers quelques rares concessions politiques [10 ; n° 258]. Neubacher cherche à rassembler toutes les forces anticommunistes pour les enrôler dans la lutte contre les partisans communistes, ce qui inclut aussi celles de Mihailović (et de Zervas en Grèce), qui a réussi à garder une grande influence parmi la population rurale. Les tentatives de l’armée de Tito d’investir la Serbie en mars et avril 1944 peuvent ainsi être refoulées avec l’aide des forces tchetniks. L’entreprise réussit cependant en juillet 1944, avec l’aide militaire soviétique [72 ; 222, 230]. Le projet d’un rappro- chement voire d’une réconciliation entre Nedić et Mihailović, tel qu’il est mis sur les rails par Neubacher, est cependant gâché non pas par le HSSPF Meyszner, dont Neubacher obtient le rappel en raison de son obstruction [23 ; 249], mais par Hitler

en août 1944 [80 ; 522-523].

Durant l’été 1943, l’Allemagne perd son principal allié, l’Italie :

suite au débarquement allié en Sicile le 10 juillet 1943, Musso- lini est renversé, alors que le maréchal Badoglio, chef du cabi-

allié en Sicile le 10 juillet 1943, Musso- lini est renversé, alors que le maréchal Badoglio,

L’occupation allemande en Europe

1777

-Emmanuel, entame des négociations secrètes en vue d’un armistice conclu avec les forces alliées, qui aboutissent avec la capitulation officielle le 8 septembre 1943. L’Allemagne agit vite, à travers une opération préparée depuis plusieurs semaines, résidant dans l’occupation d’une grande partie de l’Apennin (le Nord et le centre), y compris Rome, et les désarmement et arrestation en tant qu’« internés militaires » (privés du statut des prisonniers de guerre) des soldats transal- pins. Après la libération de Mussolini par un commando alle- mand, une « Repubblica sociale italiana » – la République de Salò – est fondée, le Duce étant nommé au poste du chef de l’État pour cacher la réalité de l’occupation allemande. Dans cette dernière phase de la guerre, la situation en Europe de l’Ouest et du Sud-Ouest est marquée par une radicalisa- tion progressive, ressemblant à celle observée à l’Est en 1941. Les fronts en sont désormais perçus comme décisifs. Devant l’imminence d’un nouveau débarquement allié, en France, le 8 novembre 1943, le front de l’Ouest est ainsi déclaré prioritaire dans un ordre d’Hitler consacré à la question de la mobilisa- tion et de l’utilisation d’un nombre maximal de forces armées allemandes, y compris des unités d’entraînement, de réserve et de convalescents, pour la défense contre les Alliés. Si ce texte reconnaît le « danger à l’Est », il attire l’attention sur un danger « plus grand » qui « se dessine à l’Ouest », à savoir un débarque- ment anglo-saxon : « À l’Est, l’étendue de l’espace permet à la limite une perte de terrain d’une ampleur plus grande sans tou- cher le nerf vital allemand de façon mortelle. C’est autrement à l’Ouest ! Si l’ennemi réussit ici une large irruption dans notre ligne de défense, les conséquences sont imprévisibles à court terme » [7 ; n° 51]. La « bataille de débarquement décisive » va être menée là, « sauf erreur » (wenn nicht alles täuscht) [sic]. Le maintien de l’ordre et de la sécurité dans cette région est donc capital : les Allemands cherchent ainsi à étouffer les mou- vements de résistance dans l’attente du débarquement allié. Certaines divisions sont transférées d’Est en Ouest et, dans l’attente de la bataille décisive, employées contre la Résistance. Elles sont déterminantes pour la radicalisation des pratiques sur place. En parallèle, les déportations politiques sont inten- sifiées, d’après des quotas fixés par Berlin, afin d’écarter un

les déportations politiques sont inten- sifiées, d’après des quotas fixés par Berlin, afin d’écarter un

1778

La guerre-monde

dissidents » réels ou potentiels et de créer un climat d’insécurité collective [56 ; 590-612]. Dans la lutte contre l’insurrection, les unités de la Wehrmacht et de la police alle- mande agissent ensemble, d’après des méthodes expérimentées

à l’Est : des « commandos de chasse » détachés pour la protec-

tion des bases militaires et des lignes de communication et de ravitaillement, les grandes opérations avec l’encerclement puis la réduction des poches de résistants mises en œuvre notam- ment par des régiments de réserve et des unités d’entraînement, comme dans les Alpes et le Jura, mais aussi des expéditions contre « les bandes » incluant des massacres et pillages, comme celles commises par la division SS Das Reich en juin 1944 à Tulle et à Oradour-sur-Glane [58 ; 285, 364]. Les premières opé- rations, encore relativement restreintes, ont lieu dès l’été 1943 dans le Massif central et en Savoie et sont effectuées par les divisions de réserve allemandes en coopération avec les repré-

sentants locaux de la police allemande (Sipo-SD), parfois avec le concours de la police française. Souvent il s’agit de l’arrestation de réfractaires du STO, sans combat [58 ; 303]. Les opérations

à partir de l’hiver 1943 prennent une autre dimension, à l’instar

de celles effectuées sur le plateau des Glières à la fin du mois de mai 1944, ou dans le Vercors fin juillet - début août 1944, pour ne citer que ces deux exemples particulièrement connus

[58 ; 309-357].

En Italie, il convient de distinguer entre zones d’opérations militaires, où les massacres contre les populations civiles sont nombreux, et l’arrière-pays occupé, où la juridiction militaire fonctionne pleinement et où les massacres restent ponctuels, perpétrés par certaines unités [33 ; 497-499]. Le même phé- nomène se reproduit en France après l’ouverture du front de Normandie en juin 1944, lorsque la confrontation directe entre forces allemandes et résistants français devient particulièrement meurtrière. Plusieurs ordres relatifs à la lutte contre la Résis- tance, émis les mois précédents, ont préparé le terrain pour les crimes et massacres de ce moment : parmi eux « l’ordre pour la lutte contre les terroristes » de février 1944 (Sperrle-Erlass), selon lequel le commandant en chef d’une unité attaquée doit mener immédiatement des représailles violentes, sans impli- quer la police militaire comme c’est habituellement le cas, et

immédiatement des représailles violentes, sans impli- quer la police militaire comme c’est habituellement le cas, et

L’occupation allemande en Europe

1779

[89 ; 176] [58 ; 263-264]. Le

texte rappelle le Kriegsgerichtsbarkeitserlass de mai 1941 relatif au front soviétique. En mars 1944, un ordre de l’OKW demande l’achèvement des francs-tireurs « au cours des combats » et le traitement comme francs-tireurs des auteurs d’actes de sabo-

tage [58 ; 243].

Un tel transfert vers l’ouest et le sud-ouest de l’Europe d’ordres et de méthodes pratiqués jusque-là dans l’Est et le Sud-Est se produit également en Italie à travers les ordres donnés par le commandant des troupes de combat au Sud-Ouest, le General- feldmarschall Kesselring, en juin 1944 [33 ; 501]. Néanmoins, en Italie comme en France, ce processus n’aboutit pas aux mêmes extrémités, dans la mesure où les massacres restent ponctuels. Dans la plupart des cas, ils sont perpétrés par des unités spé- cifiques, notamment d’élite – comme les divisions blindées, les parachutistes, la Waffen-SS – ou des unités temporairement extraites du front.

La nature des régimes d’occupation allemands en Europe durant la Seconde Guerre mondiale est déterminée par trois facteurs : le moment et la façon d’occuper un pays, sa situa- tion géographique, et l’éloignement d’un front, et son rang dans l’idéologie nazie. Pour la période de 1938 au printemps 1939, les occupations, effectuées sans combat, se transforment plus ou moins directement en annexion. Plus que sur les champs de bataille, elles se jouent sur les terrains de la propagande en prétendant le « retour » espéré des peuples en question dans le Reich. Par ailleurs, elles impliquent d’emblée la participation des hommes du Reichsführer-SS Heinrich Himmler, les Ein- satzgruppen, formés à l’occasion pour la lutte contre les « enne- mis du Reich ». Le rôle de ces unités devient redoutable au moment de la campagne contre la Pologne, lorsqu’elles suivent la Wehrmacht pour s’attaquer à « l’élite polonaise » à travers des exécutions de masse, qui impressionnent les hauts cadres militaires, puisque c’est ici leur première expérience de la guerre idéolo- gique nazie. Les militaires en sont d’ailleurs marqués au point que ces groupes deviennent des personae non gratae pour les campagnes en préparation au Nord et à l’Ouest, dont on sait

ces groupes deviennent des personae non gratae pour les campagnes en préparation au Nord et à

1780

La guerre-monde

-

nale, notamment aux États-Unis. La guerre dans les Balkans, qui retarde l’échéance à l’Est, est menée de façon improvisée, avec un désarmement insuffisant des forces armées surtout en Yougoslavie. La création d’un grand espace tiraillé entre inté- rêts concurrents des parties occupantes – le Reich, l’Italie, la Hongrie et la Bulgarie – et du nouvel État croate, devenant ainsi le maillon faible de l’espace dominé par l’Axe, est exploitée par des mouvements d’insurrection, qui se développent, et ce en dépit d’une répression allemande s’inspirant fortement des stratégies de dissuasion développées pour l’occupation des ter- ritoires soviétiques. Sur le terrain, l’occupant nazi ne réinvente pas les méthodes employées contre les francs-tireurs et partisans, mais renoue avec les expériences allemandes des guerres précédentes, en les radicalisant et y ajoutant le facteur idéologique et racial. Dans ce contexte, à travers l’assimilation du juif au communiste et au partisan, la question d’une insurrection est instrumentalisée dès 1941 pour couvrir les massacres en cours contre les popula- tions juives des territoires soviétiques occupés, mais aussi dans les autres régions, comme en Serbie ou en France, où les juifs doivent servir de boucs émissaires pour les représailles contre l’insurrection. Avec le renforcement des résistances partout en Europe au cours de 1942, et malgré une amplification de la répression en 1943 incluant des déportations massives pour travaux forcés dans le Reich, les Allemands doivent reconnaître leur incapacité de venir à bout des insurrections à l’Est et dans les Balkans. Bien que leur force militaire reste toujours supérieure à celle des partisans, les régions à défendre sont trop nombreuses et les partisans meilleurs connaisseurs du terrain. À l’ouest et au sud-ouest de l’Europe, l’ouverture des fronts italiens et normands en 1943 et 1944 est accompagnée d’une radicalisation tardive mais considérable des ordres relatifs aux pratiques contre les insurrections. Mais en comparaison avec l’Est et le Sud-Est en 1941, les massacres de 1944 y restent généralement limités aux troupes employées sur le front (ou qui en sont brièvement retirées), ainsi qu’aux troupes « d’élite » (notamment la Waffen-SS) fortement endoctrinées : ce sont les

retirées), ainsi qu’aux troupes « d’élite » (notamment la Waffen-SS) fortement endoctrinées : ce sont les

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1781

idée était d’abord plus répandue parmi les combattants de 1941

[70 ; 249-267].

Ainsi, les politiques de répression sont indissociables des régimes et politiques d’occupation allemands durant la Seconde Guerre mondiale. À l’instar des mouvements de résistance, celles-ci se radicalisent à partir de 1941 et entraînent une coo- pération croissante entre les forces policières et militaires, notamment à l’Est et au Sud-Est. Pour la Wehrmacht, les conventions internationales restent une référence et un repère, même si elle s’autorise de multiples transgressions en évoquant un cadre général qui soit selon elle exceptionnel. Sur le terrain, la lutte antipartisane obéit à la fois aux ordres venant du centre décisionnel allemand (dans la plupart des cas Hitler) et aux situations spécifiques sur place. Les comparaisons entre régions et régimes mettent en évidence des interactions et des réper- cussions entre les différents champs d’opération entre lesquels sont transférés des idées, des concepts et des méthodes laissant apparaître une Europe de la répression.

lesquels sont transférés des idées, des concepts et des méthodes laissant apparaître une Europe de la

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