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Marcel Achard

1899-1974

1

J'adore répondre. Je réponds même quand on ne me demande rien.

( Jean de la Lune, p.20, Livre de Poche n o 2458)

Je chante faux, mais j'entends juste.

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( Jean de la Lune, p. 23, Livre de Poche n o 2458)

l'amour, c'est être toujours inquiet de l'autre.

( Jean de la Lune, p. 174, Livre de Poche n o 2458)

Le remède est dans le poison. (Patate (en exergue), Livre de Poche n o 2648)

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attendre, c'est presque toujours espérer. (Patate, p.12 , Livre de Poche n o 2648)

Les malheureux sont ingrats. Si j'acceptais ma malchance, je la justifierais. (Patate, p.23 , Livre de Poche n o 2648)

ROLLO : Tu es d'une franchise assommante ! ÉDITH : Tu préférerais que je ne dise pas ce que je pense ? ROLLO : Je préférerais que tu ne penses pas ce que tu dis ! (Patate, p.27 , Livre de Poche n o 2648)

VÉRONIQUE : Tu te parles à toi-même, tu vas devenir fou. ROLLO : Rien à craindre, je ne m'écoute pas ! (Patate, p.38 , Livre de Poche n o 2648)

L'amour est à ceux qui y pensent ! (Patate, p.91 , Livre de Poche n o 2648)

Il n'y a pas une femme qui vaille de mourir pour elle. (Gugusse, p.43 , Éd. La Table Ronde)

Vaut mieux s'engueuler que de se sentir seul. (Gugusse, p.136 , Éd. La Table Ronde)

Quand on aime, on aime toujours trop. (Gugusse, p.145 , Éd. La Table Ronde)

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si on raconte son bonheur, on le diminue. (Gugusse, p.146 , Éd. La Table Ronde)

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je t'aime amèrement. (Gugusse, p.161 , Éd. La Table Ronde)

Celui qui n'a jamais perdu la tête, c'est qu'il n'avait pas de tête à perdre. (Gugusse, p.209 , Éd. La Table Ronde)

Le baiser d'une femme, c'est la poignée de main du boxeur avant le combat. (Gugusse, p.232 , Éd. La Table Ronde)

Quand on entend ce qu'une jolie femme dit, c'est qu'elle n'est pas vraiment jolie. (Gugusse, p.233 , Éd. La Table Ronde)

Il n'est pas une seule jolie femme qui puisse satisfaire tous les désirs qu'elle inspire. (Je ne vous aime pas, p.48, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Je n'ai pas de pressentiments, moi. J'évite ainsi toutes les bêtises qu'on fait en s'efforçant de les justifier. (Je ne vous aime pas, p.51, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Il y a en toi, maintenant, tant de femmes différentes que tu perds tout ton prix à ne pas être partagée. (Je ne vous aime pas, p.96, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Pour être spirituel, faut être deux (Je ne vous aime pas, p.112, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Si l'amour n'était pas la plus noble des passions, on ne le donnerait pas pour excuse à toutes les autres. (Je ne vous aime pas, p.127, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

2

L'espérance est un de ces remèdes qui ne guérissent pas mais qui permettent de souffrir plus longtemps.

(Je ne vous aime pas, p.129, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Quand un homme dit à un autre homme qu'il n'a pas pu avoir une femme, l'autre n'en doute jamais. (Mademoiselle de Panama, p.46, Éd. Gallimard/nrf, 1942)

Il n'y a pas d'imprévu favorable. L'imprévu, c'est toujours un malheur qu'on n'attendait pas. (Mademoiselle de Panama, p.62, Éd. Gallimard/nrf, 1942)

Le désespoir est le seul péché impardonnable. (Mademoiselle de Panama, p.64, Éd. Gallimard/nrf, 1942)

L'important, ce n'est pas ce qu'on réussit, c'est ce qu'on essaie. (Mademoiselle de Panama, p.88, Éd. Gallimard/nrf, 1942)

Il n'y a pas d'amour perdu. (Le corsaire, p.145, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Je vous reconnais à ce que vous me cherchez. (Le corsaire, p.147, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

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l'amour, c'est peut-être d'être égoïstes ensemble. (Le corsaire, p.163, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

Le grand charme des femmes, c'est leur mystère. Elles mentent pour qu'on ne les comprenne pas. (Pétrus, p.235, Éd. Gallimard/nrf, 1926)

L'oubli est le suprême refuge. (La Demoiselle de Petite Vertu, in Nouvelles histoires d'amour, p.31, éd. La Table Ronde, 1950)

Alain

1868-1951

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comprendre Platon, ce n'est pas beaucoup ; il faut être soi-même Platon et penser difficilement. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.5)

Nous sommes ainsi bâtis que presque toutes nos émotions sont des malheurs [ (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.9)

Écrire est toujours un art plein de rencontres. La lettre la plus simple suppose un choix entre des milliers de mots, dont la plupart sont étrangers à ce que vous voulez dire. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.10)

Le vrai langage nous prend au corps, non à l'esprit ; ou plutôt il va à l'esprit par voie indirecte. "Cela m'importe, et je n'en puis douter, car cela me remue. Mais qu'est-ce que c'est ? Que veut dire ce signe étrange, ce signe chargé de sens" ? Tout signe est énigme. Ici naît l'attention véritable. Car, aux signes bien clairs, nul ne fait attention. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.11)

L'ennui se nourrit de ces signes qui n'ont qu'un sens et qui, par cela même, n'ont plus de sens. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.9)

Quand un poète vous semble obscur, cherchez bien, et ne cherchez pas loin. Il n'y a d'obscur ici que la merveilleuse rencontre du corps et de l'idée, qui opère la résurrection du langage. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.12)

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le génie n'est sans doute qu'un long refus. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.21)

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l'inspiration ne se dit point ; c'est l'oeuvre qui la dit. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.22)

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l'aiguille de la boussole, si bien protégée et toujours tremblante. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.26)

L'oeuvre peinte nous avertit mieux que la chose ; elle nous arrête ; elle nous ramène. Elle finit par nous apprendre qu'il vaut mieux voir un même tableau cent fois qu'en voir cent une fois ; mais il faut aider l'oeuvre, mettre de soi, jurer de soi. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.27)

3

Tous les beaux vers sont réguliers. Non que le sens se plie à la règle ; mais toujours est-il que la règle n'a

point cédé ; et par cette obstination même, le sens s'est montré. C'est qu'il faut deux vérités, en quelque sorte, pour en faire une, vérité de la chose, et vérité de l'homme ; et il faut que ces deux vérités n'en fassent qu'une. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.28)

Il n'y a rien au monde que nous sentions aussi précisément et délicatement que le courage et son contraire ; et peut-être, en toutes les nuances du sentiment, ne sentons-nous jamais que cela. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.28)

On peut chanter très bien et ne rien dire ; on peut très bien dire et ne pas chanter. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.29)

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comme la religion va de la statue à la théologie, ainsi la pensée va de poésie à prose. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.30)

L'homme pense son propre chant, et ne pense rien d'autre. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.31)

Donner légèrement un fort coup de marteau, c'est déjà un secret assez caché. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.33)

Selon mon opinion, une pensée juste est comme un bon dessin. Elle naît d'une profonde paix, et d'un travail tranquille à côté d'elle, comme lire, copier, calculer. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.35)

Il est vrai que celui qui veut instruire doit d'abord croire qu'il peut apprendre ; mais il est bien plus pressant que celui qui veut instruire croie qu'il peut instruire. Le certain regard, tout à fait sans amour, qui prononce que l'auditeur est un sot, est ce qui rend sot. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.35)

Ce n'est pas communiquer que communiquer seulement ce qui est clair. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.36)

Le besoin d'écrire est une curiosité de savoir ce qu'on trouvera. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.37)

Ce qui effraie dans la guerre, et ce qui pétrifie, ce ne sont point les passions ; c'est plutôt l'ordre. L'homme est ici prisonnier non pas de sa propre folie, mais plutôt de sa propre sagesse, qui développe alors ses suites mécaniques. La guerre, c'est le grand remords. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.38)

Nous cédons tous à cette manie de deviner ce qui est, au lieu de constater. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.41)

Qui n'imite point n'invente point. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.43)

Le paradoxe humain c'est que tout est dit et que rien n'est compris. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.43)

Aucun homme ne pense jamais que sur les pensées d'un autre, et cette méthode est visible dans les plus profonds comme dans les plus ambitieux. Les premiers prennent ce qui leur est bon et poussent avant. Les autres rejettent beaucoup et quelquefois tout, par la méthode de réfutation propre aux avocats. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.46)

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c'est le propre du beau qu'il ne nous renvoie jamais à quelque autre chose, ni à quelque idée extérieure. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.52)

L'erreur du critique est de chercher l'essence, et de nier l'existence. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.54)

L'esprit humain se forme non à choisir, mais à accepter ; non à décider si une oeuvre est belle, mais à réfléchir sur l'oeuvre belle. Ainsi, en dépit de lieux communs trop évidents, il y a imprudence à vouloir juger par soi. C'est l'humanité qui pense. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.54)

4

On demande pourquoi la facilité ne plaît pas ; c'est qu'elle persuade trop ; et, surtout, c'est qu'elle ne

persuade que la partie souple. Il est trop ordinaire que le comprendre ne change rien à l'homme, et n'y remue rien. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.59)

Réfuter est sans style. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.59)

Il faut qu'une vérité soit révélée ; non pas une vérité neuve, mais au contraire vieille comme les rues, et cent fois prouvée. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.60)

Ce qui est remarquable dans le beau, c'est qu'il a importance par lui-même ; et cela nous jette hors de nos mesures. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.61)

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un charme est ce qui subjugue, plutôt que ce qui plaît. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.61)

quand Balzac est ennuyeux, c'est alors qu'il est inimitable. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.62)

ceux qui sont en passions, c'est-à-dire en difficulté avec eux-mêmes [ (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.62)

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Celui qui ne lit que ce qui lui plaît, je le vois bien seul. Toujours en compagnie de ses chétives idées personnelles, comme on dit ; mais il ne sortira pas de l'enfance. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.65)

Une oeuvre qui n'apporte point quelque chose d'invisible et de neuf, on la laisse. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.66)

[En parlant des larmes] Cette sueur des yeux [

]

(Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.66)

Le beau nous somme de penser. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.69)

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le propre de la poésie est que les mots éclairent selon leur place. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.75)

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on ne discute point de grammaire sans menace. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.76)

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plus d'un homme instruit en est à ignorer que le seul moyen de changer d'idée est de changer d'action. Tous les passionnés exorcisent d'abord les pensées par des pensées, et bien vainement. L'ancien exorcisme, par le geste, était le plus sage. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.81)

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le vrai désespoir est sans réflexion. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.85)

[La

Bible] est le plus beau succès de librairie que l'on avait vu ; et cela prouve que les hommes ne sont pas difficiles. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.86)

[La

République de Platon] est le livre des livres. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.87)

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si le juge suprême tuait de sa propre main, comme au temps des sacrifices, nous pourrions juger le juge d'après ses mains et son visage. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.87)

Qui n'a jamais été ridicule ne sait point rire. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.92)

J'ai le sentiment quelquefois de parler à des penseurs fatigués depuis leur naissance, et qui ne savent ni dormir, ni ajourner les pensées, ni rire. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.95)

5

L'individu n'est que la moitié d'un homme. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.101)

Qu'est-ce qu'un poème, sinon l'insoutenable soutenu ? (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.103)

Je suis bien loin de pouvoir expliquer en quoi un mauvais roman diffère d'un bon ; j'appelle mauvais roman un roman où tout se tient, où il n'y a rien à reprendre, mais enfin mauvais. C'est art est bien caché ; toutefois je remarque qu'à chaque nouvelle lecture le bon roman ouvre une avenir neuf. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.110)

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il arrive que, de se croire aimé, on vienne à aimer moins. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.111)

Nul ne pense par soi seul. Penser librement, c'est chercher l'accord, et l'accord par liberté. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.115)

Le tyran n'aime pas qu'on raisonne ; et c'est qu'il craint en lui-même un raisonneur, qui se tournerait contre lui. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.116)

Ce n'est pas un petit travail d'accorder sagesse et musique. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.121)

[ ]

autant que je sais, nul n'est bon juge, ni pour les romans, ni pour la peinture, ni pour aucun genre d'oeuvres. Mais, pris ensemble, les hommes sont de bons juges. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.124)

Les passions sont ainsi faites, peut-être, qu'elles périssent dès qu'elles n'ont plus à attendre. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.125)

Lorsque l'énoncé d'un problème est exactement connu, le problème est résolu ; ou bien c'est qu'il est impossible. La solution n'est donc autre chose que le problème bien éclairé. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.127)

Le peintre est donc tenu par l'apparence ; et c'est son affaire d'enfermer tout le vrai qu'il pourra dans une seule apparence. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.130)

Tout l'art du roman vise sans doute à nous tirer d'impatience et à nous composer un plaisir d'attendre qui ne s'use point. Par cette précaution, un vrai roman est toujours trop court. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.131)

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]

l'historien n'est pas romancier du tout ; l'historien n'a point de jeunesse ; à chaque moment il nous dit tout ce qu'il sait. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.134)

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tous les vices ressemblent à la guerre, toujours menaçante, toujours évitable. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.138)

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nos vertus ressemblent de bien plus près à nos vices qu'elles ne ressemblent aux vertus d'un autre, et comment nos vérités s'établissent si bien dans le nid de nos erreurs. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.141)

L'action d'écrire me paraît la plus favorable de toutes pour régler nos folles pensées et leur donner consistance. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.144)

Gardez-vous des gens d'esprit ; ils feront tenir en trois lignes l'avenir de vos pensées. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.144)

La religion conduit à l'irréductible irréligion. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.147)

[ ]

se souvenir, c'est nier la présence. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.150)

Séparer la vérité de l'erreur, c'est l'affaire de ceux qui pensent en société. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.151)

Je me défie de la prose qui dit des choses vraies. Il n'est pas difficile de dire des vérités ; il s'ouvre un désert

6

de vérités. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.151)

Et que faisons-nous d'autre, sinon d'aller toujours de trop penser à trop peu penser ? (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.152)

Il vaut mieux ne pas penser que penser hors de soi. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.153)

Le hypocrites ne sont pas des menteurs délibérés [

].

C'est qu'ils croient que penser n'est que penser.

(Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.153)

Et je crois que le commencement de la folie est une manière irritée de prendre tout, même les choses indifférentes. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.9)

Quand un homme a peur la colère n'est pas loin ; l'irritation suit l'excitation. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.12)

[ ]

l'effort qu'on fait pour être heureux n'est jamais perdu. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.16)

Et il y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.16)

C'est un grand art quelquefois de vouloir ce que l'on est assuré de désirer. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.20)

Je vois que la crainte nous conduit à combattre la maladie par le régime et les remèdes ; mais quel régime et quels remèdes nous guériront de craindre ? (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.26)

Un homme vieux, ce n'est pas un homme jeune qui souffre de vieillesse ; un homme qui meurt ce n'est pas un vivant qui meurt. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.31)

[ ]

il est sage de ne pas d'abord accuser les êtres et choses autour de nous, et de prendre garde premièrement à nous-même. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.32)

Celui qui s'ennuie a une manière de s'asseoir, de se lever, de parler, qui est propre à entretenir l'ennui. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.37)

Sentir, c'est réfléchir, c'est se souvenir. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.42)

Le plus vulgaire des hommes est un grand artiste dès qu'il mime ses malheurs. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.45)

Chose remarquable et trop peu remarquée, ce n'est point la pensée qui nous délivre des passions, mais c'est plutôt l'action qui nous délivre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.48)

Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content ; mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.55)

Ainsi, chacun promène son humeur pensée, disant : " Je suis ainsi. " C'est toujours dire plus qu'on ne sait. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.57)

[ ]

on peut affirmer que certaines maladies ont disparu ou presque par l'incrédulité des médecins. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.58)

Faire de nécessité vertu est le beau et grand travail. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.60)

" Las, que n'ai-je estudié ? " C'est l'excuse du paresseux. Étudie donc. Je ne crois pas qu'avoir étudié soit une si grand chose, si l'on n'étudie plus. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.60)

J'ai remarqué que tout ce qui arrive d'important à n'importe qui était imprévu et imprévisible. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.67)

7

" Comme je voudrais aimer la musique ", dit le sot ; mais il faut faire la musique ; elle n'est point.

(Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.69)

Espérer ce n'est pas vouloir. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.76)

Il y a deux espèces d'hommes, ceux qui s'habituent au bruit et ceux qui essaient de faire taire les autres. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.83)

Une femme qui a du monde et qui interrompt sa colère pour recevoir une visite imprévue, cela ne me fait point dire : " Quelle hypocrisie ! " mais : " Quel remède parfait contre la colère ! " (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.88)

L'amour n'est pas naturel ; et le désir lui-même ne l'est pas longtemps. Mais les sentiments vrais sont des oeuvres. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.90)

La crainte de mourir est une pensée d'oisif, aussitôt effacée par une action pressante, si dangereuse qu'elle soit. Une bataille est sans doute une des circonstances où l'on pense le moins à la mort. D'où ce paradoxe :

mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.95)

Le mépris des richesses et des honneurs est facile en somme ; ce qui est proprement difficile, c'est, une fois qu'on les méprise bien, de ne pas trop s'ennuyer. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.98)

[ ]

tout bonheur est poésie essentiellement, et poésie veut dire action ; l'on n'aime guère un bonheur qui vous

tombe ; on veut l'avoir fait. [

(Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.103)

]

Imaginez-vous un collectionneur qui n'aurait pas fait sa collection ?

L'oisiveté est mère de tous les vices, mais de toutes les vertus aussi. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.106)

L'homme n'est heureux que de vouloir et d'inventer. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.106)

Il est bon d'avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route tout unie. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.111)

Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-même. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.111)

L'homme qui ne fait rien n'aime rien. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.111)

Plus on sait, et plus on est capable d'apprendre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.114)

Le plus grand plaisir humain est sans doute dans un travail difficile et libre fait en coopération, comme les jeux le font assez voir. Il y a des pédagogues qui rendraient les enfants paresseux pour toute la vie, simplement parce qu'ils veulent que tout le temps soit occupé. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.118)

[ ]

la foi est la première vertu, et l'espérance n'est que la seconde ; car il faut commencer sans aucune espérance, et l'espérance vient de l'accroissement et progrès. Les projets réels ne poussent que sur l'oeuvre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.120)

Le vrai savoir ne revient jamais à quelque petite chose tout près des yeux ; car savoir c'est comprendre comment la moindre chose est liée au tout. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.123)

Pour mon goût, voyager c'est faire à la fois un mètre ou deux, s'arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.124)

Nous nous donnons bien du mal pour fabriquer nos regrets et nos craintes. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.126)

8

Il n'est pas difficile d'être malheureux ; ce qui est difficile c'est d'être heureux ; ce n'est pas une raison pour

ne pas essayer ; au contraire ; le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.128)

[

]

l'homme le plus intelligent est souvent celui qui se dupe le mieux lui-même, parce que ses déclamations ont une suite et un air de raison. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.130)

[

]

on ne donne aux gens que l'espoir que l'on a. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.137)

Nous sommes trop faibles et trop inconstants à nos propres yeux ; nous sommes trop près de nous ; il n'est pas facile de trouver une bonne perspective de soi, qui laisse tout en vraie proportion. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.143)

[

]

exister c'est répondre aux chocs du monde environnant ; c'est, plus d'une fois par jour, et plus d'une fois par heure, oublier ce qu'on a juré d'être. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.143)

[

]

il faut s'appliquer à se consoler, au lieu de se jeter au malheur comme au gouffre. Et ceux qui s'y appliqueront de bonne foi seront bien plus vite consolés qu'ils ne pensent. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.146)

Il y a l'avenir qui se fait et l'avenir qu'on fait. L'avenir réel se compose des deux. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.158)

[ ]

dans la conversation ainsi que dans la danse, chacun est le miroir de l'autre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.166)

Mais le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l'on écrit sur les passions. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.175)

C'est presque tout que de savoir lire. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.176)

Les nigauds de moralistes disent qu'aimer c'est s'oublier ; vue trop simple ; plus on sort de soi-même et plus on est soi-même ; mieux aussi on se sent vivre. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.177)

L'irrésolution d'un géomètre serait profondément comique, car elle serait sans fin. Combien de points dans une ligne ? Et sait-on ce que l'on pense lorsque l'on pense deux parallèles ? Mais le génie du géomètre décide qu'on le sait et jure seulement de ne point changer ni revenir. On ne verra rien d'autre en une théorie, si l'on regarde bien, que des erreurs définies et jurées. Toute la force de l'esprit dans ce jeu est de ne jamais croire qu'il constate, alors qu'il a seulement décidé. Là se trouve le secret d'être toujours assuré sans jamais rien croire. Il a résolu, voilà un beau mot, et deux sens en un. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.180)

Il y a de ces visages qui portent affiché comme un blâme universel. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.185)

[ ]

le bonheur de lire est tellement imprévisible qu'un lecteur exercé s'en étonne lui-même. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.199)

C'est dans l'action libre qu'on est heureux ; c'est par la règle que l'on se donne qu'on est heureux ; par la discipline acceptée en un mot, soit au jeu de football, soit à l'étude des sciences. Et ces obligations, vues de loin, ne plaisent pas, mais au contraire déplaisent. Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherchée. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.200)

C'est peu de prendre les êtres comme ils sont, et il faut toujours en venir là ; mais les vouloir comme ils sont, voilà l'amour vrai. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.201)

Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait du bois au feu, au lieu de pleurnicher sur des cendres ! (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.208)

Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j'entends celui que l'on conquiert pour soi, est l'offrande la plus belle et la plus généreuse. (Propos sur le bonheur, Folio-essais n o 21 p.210)

[ ]

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les vrais problèmes sont d'abord amers à goûter ; le plaisir viendra à ceux qui auront vaincu l'amertume.

(Propos sur l'éducation, p.8, P.U.F 1969)

Tout l'art est à graduer les épreuves et à mesurer les efforts ; car la grande affaire est de donner à l'enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires ; mais il n'est pas moins important que ces victoires soient pénibles, et remportées sans aucun secours étranger. Le défaut de ce qui est intéressant par soi, c'est qu'on n'a pas de peine à s'y intéresser, c'est qu'on n'apprend pas à s'y intéresser par volonté. (Propos sur l'éducation, p.9, P.U.F 1969)

[

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toute l'enfance se passe à oublier l'enfant qu'on était la veille. (Propos sur l'éducation, p.11, P.U.F 1969)

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]

le plaisir de lire une oeuvre au piano n'est nullement sensible dans les premières leçons ; il faut savoir s'ennuyer d'abord. C'est pourquoi vous ne pouvez faire goûter à l'enfant les sciences et les arts comme on goûte les fruits confits. L'homme se forme par la peine ; ses vrais plaisirs, il doit les gagner, il doit les mériter. Il doit donner avant de recevoir. C'est la loi. (Propos sur l'éducation, p.14, P.U.F 1969)

Le travail a des exigences étonnantes, et que l'on ne comprend jamais assez. Il ne souffre point que l'esprit considère des fins lointaines ; il veut toute l'attention. Le faucheur ne regarde pas au bout du champ. (Propos sur l'éducation, p.17, P.U.F 1969)

[ ]

il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend, ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait. (Propos sur l'éducation, p.18, P.U.F 1969)

À s'informer de tout, on ne sait jamais rien. (Propos sur l'éducation, p.18, P.U.F 1969)

Remarquez qu'il y a bien moins de différence entre un homme courageux dans une rencontre, et le même, poltron en une autre, qu'entre deux héros ou deux poltrons. (Propos sur l'éducation, p.30, P.U.F 1969)

Vous dites qu'il faut connaître l'enfant pour l'instruire ; mais ce n'est point vrai ; je dirais plutôt qu'il faut l'instruire pour le connaître ; car sa vraie nature c'est sa nature développée par l'étude des langues, des auteurs et des sciences. C'est en le formant à chanter que je saurai s'il est musicien. (Propos sur l'éducation, p.40, P.U.F 1969)

Le doute est le signe de la certitude. (Propos sur l'éducation, p.44, P.U.F 1969)

Qu'un garçon ne fasse voir aucune aptitude pour les mathématiques, cela avertit qu'il faut lui enseigner obstinément et ingénieusement. S'il ne comprend pas ce qui est le plus simple, que comprendra-t-il jamais ? Évidemment, le plus facile est de s'en tenir à ce jugement sommaire, que l'on entend encore trop : " Ce garçon n'est pas intelligent. " Mais ce n'est point permis. Tout au contraire, c'est la faute capitale à l'égard de l'homme, et c'est l'injustice essentielle, de le renvoyer ainsi parmi les bêtes, sans avoir employé tout l'esprit que l'on a, et toute la chaleur d'amitié dont on est capable, à rendre à la vie ces parties gelées. Si l'art d'instruire ne prend pour fin que d'éclairer les génies, il faut en rire, car les génies bondissent au premier appel, et percent la broussaille. Mais ceux qui s'accrochent partout et se trompent sur tout, ceux qui sont sujets à perdre courage et à désespérer de leur esprit, c'est ceux-là qu'il faut aider. (Propos sur l'éducation, p.48, P.U.F 1969)

La vertu d'un homme ressemble bien plus à ses propres vices qu'à la vertu du voisin. (Propos sur l'éducation, p.53, P.U.F 1969)

Les vices ne sont que des vertus à mi-chemin. (Propos sur l'éducation, p.55, P.U.F 1969)

J'en viens à ceci, que les travaux d'écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l'intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s'agit de surmonter l'humeur, il s'agit d'apprendre à vouloir. (Propos sur l'éducation, p.59, P.U.F 1969)

Ce qui intéresse n'instruit jamais. (Propos sur l'éducation, p.63, P.U.F 1969)

Ces théorèmes sévères ne sont pas intéressants par eux-mêmes ; c'est que par eux-mêmes ils ne sont pas ; il

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faut les faire et les soutenir. Mais cette lumière, alors, qu'ils montrent, est plus belle que l'aurore ; c'est l'aurore de l'esprit. (Propos sur l'éducation, p.65, P.U.F 1969)

Le souvenir commence avec la cicatrice. (Propos sur l'éducation, p.66, P.U.F 1969)

Et il faut remarquer qu'une grandeur redoutable de l'homme est en ceci qu'il peut se résigner, et même trouver une sorte de consolation à prédire son propre malheur. (Propos sur l'éducation, p.75, P.U.F 1969)

Les gens n'aiment pas penser ; c'est qu'ils ont peur de se tromper. Penser, c'est aller d'erreur en erreur. Rien n'est tout à fait vrai. De même aucun chant n'est tout à fait juste. Ce qui fait que la mathématique est une épreuve redoutable, c'est qu'elle ne console point de l'erreur. Thalès, Pythagore, Archimède ne nous ont point conté leurs erreurs ; nous n'avons pas connu leurs faux raisonnements ; et c'est bien dommage. (Propos sur l'éducation, p.76, P.U.F 1969)

Dès que l'on s'instruit en vue d'enseigner, on s'instruit mal. (Propos sur l'éducation, p.77, P.U.F 1969)

Le maître écoute et surveille bien plus qu'il ne parle. Ce sont les grands livres qui parlent, et quoi de mieux ? (Propos sur l'éducation, p.78, P.U.F 1969)

Le métier de surveiller rend stupide et ignorant ; cela est sans exception. (Propos sur l'éducation, p.82, P.U.F 1969)

Il arrive que les maîtres, surtout jeunes, se plaisent à discourir ; et les élèves ne se plaisent pas moins à écouter ; c'est la ruse de la paresse. Mais nul ne s'instruit en écoutant ; c'est en lisant qu'on s'instruit. (Propos sur l'éducation, p.96, P.U.F 1969)

Dès que nous tenons une opinion, elle nous tient. (Propos sur l'éducation, p.101, P.U.F 1969)

Être cultivé c'est, en chaque ordre, remonter à la source et boire dans le creux de sa main, non point dans une coupe empruntée. (Propos sur l'éducation, p.102, P.U.F 1969)

Le beau étant le signe du vrai, et la première existence du vrai en chacun, c'est donc dans Molière, Shakespeare, Balzac que je connaîtrai l'homme, et non point dans quelque résumé de psychologie. [

Toujours donc revenir aux grands textes ; n'en point vouloir d'extraits ; les extraits ne peuvent servir

]

qu'à nous renvoyer à l'oeuvre. Et je dis aussi à l'oeuvre sans notes. La note, c'est le médiocre qui s'accroche au beau. L'humanité secoue cette vermine. (Propos sur l'éducation, p.103, P.U.F 1969)

L'orthographe est de respect ; c'est une sorte de politesse. (Propos sur l'éducation, p.114, P.U.F 1969)

[

]

on n'observe jamais qu'à travers les idées qu'on a, ou, autrement dit, que les moyens d'expression règnent tyranniquement sur les opinions. (Propos sur l'éducation, p.124, P.U.F 1969)

[

]

cet ennui du paresseux, qui attend toujours que le plaisir lui vienne comme par magie. (Propos sur l'éducation, p.128, P.U.F 1969)

Nous ne nous instruisons que par des fautes inexcusables. (Propos sur l'éducation, p.128, P.U.F 1969)

L'erreur est facile à tous ; plus facile peut-être à celui qui croit savoir beaucoup. (Propos sur l'éducation, p.131, P.U.F 1969)

Ce n'est pas grand-chose d'avoir des idées, le tout est de les appliquer, c'est-à-dire de penser par elles les dernières différences. (Propos sur l'éducation, p.133, P.U.F 1969)

Dès qu'un enfant comprend quelque chose, il se produit en lui un mouvement admirable. S'il est délivré de la crainte et du respect, vous le voyez se lever, dessiner l'idée à grands gestes, et soudain rire de tout son coeur, comme au plus beau des jeux. (Propos sur l'éducation, p.135, P.U.F 1969)

Il n'est pas bon que le pouvoir d'observer se développe plus vite que l'art d'interpréter.

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(Propos sur l'éducation, p.139, P.U.F 1969)

Dès que l'homme, selon un mot fameux, peut plus qu'il ne sait, il choisit le pouvoir et laisse le savoir. Depuis que l'avion s'est envolé sans la permission des théoriciens, les techniciens se moquent des théoriciens ; ce genre de sottise orgueilleuse se développe étonnamment. (Propos sur l'éducation, p.145, P.U.F 1969)

Le doute n'est pas au-dessous du savoir, mais au-dessus. (Propos sur l'éducation, p.147, P.U.F 1969)

L'algèbre ressemble à un tunnel ; vous passez sous la montagne, sans vous occuper des villages et des chemins tournants ; vous êtes de l'autre côté, et vous n'avez rien vu. (Propos sur l'éducation, p.148, P.U.F 1969)

Savoir, et ne point faire usage de ce qu'on sait, c'est pire qu'ignorer. (Propos sur l'éducation, p.176, P.U.F 1969)

Ce qui est nuisible, dans les classements scolaires, c'est la mauvaise place, non la bonne. La mauvaise place qualifie et pèse le médiocre, et le scelle sur lui-même. (Propos sur l'éducation, p.179, P.U.F 1969)

On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l'espère bien. (Propos sur l'éducation, p.195, P.U.F 1969)

Allais Alphonse

1855-1905

Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure grâce du monde, qu'il n'existait pas

C'est le fond qui manque le moins, mais ce sont les fonds qui manquent le plus.

C'est parce que la fortune vient en dormant que celle-ci arrive si lentement.

C’est quand on serre une femme de trop près qu’elle trouve qu’on va trop loin.

Dans la vie, il ne faut compter que sur soi-même, et encore, pas beaucoup.

Dans sa volonté de supprimer les intermédiaires, il cherchait le moyen de passer directement du foin au lait sans passer par la vache.

Dieu a sagement agi en plaçant la naissance avant la mort; sans cela, que saurait-on de la vie?

Et Jean tua Madeleine. Ce fut à peu près vers cette époque que Madeleine perdit l'habitude de tromper Jean.

Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l'avenir.

Il ne suffit pas d'avoir du talent. Il faut encore savoir s'en servir.

Il vaut mieux passer à La Poste hériter qu'à la postérité!

Il y a des femmes qui sont comme le bâton enduit de confiture de roses dont parle le poète persan: on ne sait par quel bout les prendre.

Il était normand par sa mère et breton par un ami de son père.

J'ai connu bien des filles de joie qui avaient pour père un homme de peine.

Je bois pour oublier que je suis un ivrogne.

Je ne prendrai pas de calendrier cette année, car j'ai été très mécontent de celui de l'année dernière!

L'avantage des médecins, c'est que lorsqu'ils commettent une erreur, ils l'enterrent tout de suite

L'homme est imparfait, mais ce n'est pas étonnant si l'on songe à l'époque où il fut créé.

L'homme propose (la femme accepte souvent) et Dieu dispose.

La femme est le chef-d'oeuvre de Dieu surtout quand elle a le diable au corps.

La grande trouvaille de l'armée, c'est qu'elle est la seule à avoir compris que la compétence ne se lit pas sur le visage. Elle a donc inventé les grades.

La lune est pleine et on ne sait pas qui l'a mise dans cet état.

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La misère a cela de bon, qu'elle supprime la crainte des voleurs.

Le rire est à l'homme ce que la bière est à la pression.

Les champignons poussent dans les endroits humides. C'est pourquoi ils ont la forme d'un parapluie.

Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables.

Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux.

Les jambes permettent aux hommes de marcher et aux femmes de faire leur chemin.

Les plus belles stratégies s’écrivent au passé.

Les tarifs de chemins de fer sont aménagés d’une manière imbécile. On devrait faire payer des suppléments pour

les retours

L’autobus est un véhicule dans lequel il y a toujours de la place quand il va dans la direction opposée.

Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain.

On a dit que le génie était une longue patience. Et le mariage donc?

Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand-chose.

Quand on ne travaillera plus les lendemains des jours de repos, la fatigue sera vaincue.

Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité.

Un paresseux est un homme qui ne fait pas semblant de travailler.

puisque les gens sont forcés de revenir.

Woody Allen

1937

Du côté positif, mourir est une des rares choses que l'on puisse faire aussi bien couché que debout.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.13)

L'argent est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.14)

Être aimé est très différent d'être admiré, car l'on peut être admiré de loin, alors que pour aimer réellement quelqu'un, il est essentiel de se trouver dans la même chambre, et si possible sous le même drap.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.14)

Pensée : Pourquoi l'homme tue-t-il ? Il tue pour sa nourriture. Et point uniquement pour cela : il faut boire aussi.

(Dieu, Shakespeare

Nous nous sommes disputés, et elle a remis sur le tapis la

question des enfants, mais j'ai réussi à la convaincre qu'ils seraient trop jeunes lorsque nous en aurions.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.18)

[

]

J'ai décidé de rompre mes fiançailles avec M

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.21)

Si seulement Dieu voulait m'adresser un signe de son existence une banque suisse, par exemple !

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.21)

S'il me déposait un bon paquet de fric dans

Et Abraham tomba à genoux :[

]

Mais cela ne prouve-t-il pas que je T'aime ? J'étais prêt à tuer mon fils unique pour Te montrer mon

amour Et le Seigneur parla, en sa grande sagesse :

-Ça ne prouve qu'une chose :: que des crétins suivront toujours les ordres, si imbéciles soient-ils, pour peu qu'ils soient formulés par une voix autoritaire, retentissante et bien modulée !

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.45)

Il ne fait aucun doute qu'il existe un monde invisible. Cependant, il est permis de se demander à quelle distance il se trouve du centre-ville et jusqu'à quelle heure il est ouvert.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.58)

- Depuis combien de temps votre mari avait-il des insomnies ? - Depuis des années. C'était psychique. Il craignait que, s'il fermait les yeux, la municipalité n'en profite

[ ]

13

pour peindre une ligne jaune sur lui.

(Dieu, Shakespeare

si j'étais un homme d'État grec, je ne ferais jamais confiance aux Troyens. As-tu remarqué qu'ils ne prennent jamais de vacances ?

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.102)

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.153)

J'aime bien mon sort. Je sais ce qu'on attend de moi. Je suis bien soigné. Je n'ai aucune responsabilité. Je suis né esclave, esclave je mourrai. Je n'ai nulle angoisse.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.154)

La liberté, c'est dangereux ! Ce qui est sécurisant, c'est de rester à sa place !

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.155)

Diabètes: Pour écrire une pièce, le truc est de commencer par la fin. Trouver une bonne fin, puis écrire à l'envers. Hépatitis: J'ai essayé ça une fois. Maintenant j'ai une pièce sans commencement !

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.184)

Aucun moment n'est le bon, sauf pour les choses agréables !

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.199)

C'est aveuglant de clarté. (Dieu, Shakespeare

- Harriet, qu'est-ce qui nous est arrivé ?

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.208)

- Nous n'avons jamais regardé la réalité en face.

- Ce n'était pas ma faute. Tu m'as dit qu'elle était au nord.

- La réalité est au nord, Ike.

- Non, Harriet. Les rêves creux sont au nord. La réalité est à l'ouest. Les fausses espérances sont à l'est, et il me semble bien que la Louisiane est au sud.

(Dieu, Shakespeare

et moi, in Opus 1 et 2, Éd. Solar, p.263)

Anonyme

Connaître, c'est un peu

Ne sous-estimez pas les petits adversaires : un lion se voit, pas un virus.

Si les hommes ne devaient parler qu'en connaissance de cause, un silence de mort tomberait sur la terre.

Vouloir exactement le contraire c'est aussi une façon d'imiter.

Le plus grand voleur de notre temps, c'est la télévision.

Le vrai secret de la vie est de s'intéresser à une chose profondément et à mille autres choses suffisamment.

Quand vous écoutez un discours politique, il faut, comme à la chasse, tenir compte du vent.

L'homme qui possède tout s'en trouvera beaucoup moins encombré s'il a aussi une épouse.

L'avenir a ceci de fâcheux, c'est qu'il est arrivé avant que nous ayons eu le temps de nous y préparer.

Nul ne sait vraiment lire qui ne peut déchiffrer son propre coeur.

La patience a cela de merveilleux qu'elle a vite fait d'ennuyer la personne qui vous ennuie.

Quiconque commence son discours par : " Je peux me tromper entièrement raison.

Il ferait fortune celui qui fabriquerait des béquilles pour excuses boiteuses.

Comme test d'intelligence on n'a pas encore rien inventé de mieux que le mariage.

Un ménage heureux est celui où chacun des deux admet, même s'il ne le croit pas, que l'autre puisse avoir raison.

Le génie c'est quelqu'un qui vise un objectif qu'il est seul à distinguer, et l'atteint.

Les hommes qui s'entendent parfaitement avec les femmes sont en général ceux-là mêmes qui sont capables de s'en passer.

aimer.

" est convaincu, soyez-en sûr, d'avoir

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Toute l'intelligence du monde est impuissante contre une idiotie à la mode.

Il n'est peut-être pas de meilleure recette pour rester jeune que de consacrer son énergie à autre chose.

Une dispute est la plus longue distance entre deux points de vue.

Votre âge se mesure exactement au degré d'irritation que vous procure une idée nouvelle.

Le professeur d'éducation physique gagne sa vie à la sueur du front des autres.

Le droit de s'exprimer est la première condition de la liberté, mais c'est l'obligation d'écouter qui confère à ce droit toute sa valeur.

Nous admirons toujours la sagesse de ceux qui nous demandent conseil.

Les êtres les plus hargneux que j'aie rencontrés étaient des gens parfaitement conscients d'avoir tort.

La patience est une vertu qu'on apprécie chez l'automobiliste qui nous suit, et que l'on méprise chez celui qui nous précède.

La clé du succès ne convient pas toujours à notre serrure.

On juge une jeune fille d'après les gens qu'elle tient à distance.

Quand tout est dit et fait, on a généralement plus dit que fait.

Jean Anouilh

1910-1987

Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage (Becket, p.14, Livre de Poche n o 1716)

Et tout s'oublie à vivre. (Becket, p.15, Livre de Poche n o 1716)

Dans les périls de la navigation, l'instinct de conservation des hommes leur a fait, depuis longtemps, reconnaître qu'il fallait un seul maître à bord. Les équipages révoltés qui ont noyé leur capitaine, finissent toujours, après quelques temps d'anarchie, par se confier, corps et âmes, à l'un des leurs, qui se met à régner sur eux, plus durement parfois que leur capitaine noyé. (Becket, p.23, Livre de Poche n o 1716)

LE ROI : Pourquoi mets-tu des étiquettes sur tout, pour justifier tes sentiments ?

BECKET : Parce que, sans étiquettes, le monde n'aurait plus de forme [ (Becket, p.31, Livre de Poche n o 1716)

]

Il faut que les peuples aient peur. À la minute où ils cessent d'avoir peur, ils n'ont qu'une idée, c'est de faire peur à leur tour. (Becket, p.37, Livre de Poche n o 1716)

La beauté est une des rares choses qui ne font pas douter de Dieu. (Becket, p.45, Livre de Poche n o 1716)

C'est parce qu'on pense, qu'il y a des problèmes. Un jour, à force de penser, tu te trouveras devant un problème, ta grosse tête te présentera une solution et tu te flanqueras dans une histoire impossible - qu'il aurait été beaucoup plus simple d'ignorer, comme le font la plupart des imbéciles qui, eux, vivent vieux. (Becket, p.69, Livre de Poche n o 1716)

La seule chose qui soit immorale [

]

c'est de ne pas faire ce qu'il faut, quand il le faut.

[ ]

(Becket, p.84, Livre de Poche n o 1716)

il ne faut jamais désespérer son ennemi. Cela le rend fort. La douceur est une meilleure politique. Elle dévirilise. Une bonne occupation ne doit pas briser, elle doit pourrir. (Becket, p.86, Livre de Poche n o 1716)

Les policiers ont un peu tendance à voir des assassins partout, pour se faire valoir. (Becket, p.90, Livre de Poche n o 1716)

Les rois sont de pauvres bougres qui n'ont le loisir d'être honnête homme qu'une fois sur deux.

(Becket, p.134, Livre de Poche

n o 1716)

BECKET : Je ne suis qu'un exilé. LE ROI : C'est aussi un titre important, en France.

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(Becket, p.137, Livre de Poche n o 1716)

La sincérité est un calcul comme un autre. (Becket, p.141, Livre de Poche n o 1716)

[

]

nous avons une grande force, [

profonde des desseins naît une étonnante liberté de manoeuvre.

]

c'est de ne pas savoir exactement ce que nous voulons. De l'incertitude

(Becket, p.144, Livre de Poche

n o 1716)

La sainteté est une tentation. (Becket, p.146, Livre de Poche

n o 1716)

C'est bon de mourir pour quelque chose. De se dire qu'on est un petit grain de sable, c'est tout, mais qu'à force de mettre des grains de sable dans la machine, un jour, elle grincera et elle s'arrêtera.

(Becket, p.174, Livre de Poche

n o 1716)

C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes. (Antigone, p.23, Éd. de la Table Ronde)

Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. (Antigone, p.30, Éd. de la Table Ronde)

C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. (Antigone, p.32, Éd. de la Table Ronde)

C'est plein de disputes un bonheur. (Antigone, p.39, Éd. de la Table Ronde)

C'est laid un homme qui a peur. (Antigone, p.63, Éd. de la Table Ronde)

Pour dire oui, il faut suer et retrousser les manches, empoigner la vie à pleines mains et s'en mettre jusqu'aux coudes. C'est facile de dire non, même si on doit mourir. Il n'y a qu'à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même pour qu'on vous tue. C'est trop lâche. (Antigone, p.65, Éd. de la Table Ronde)

[La vie] est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. (Antigone, p.71, Éd. de la Table Ronde)

Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas (Antigone, p.71, Éd. de la Table Ronde)

[ ]

la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. (Antigone, p.72, Éd. de la Table Ronde)

Moi, je veux tout, tout de suite, - et que ce soit entier - ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite - ou mourir. (Antigone, p.74, Éd. de la Table Ronde)

[ ]

Antigone était faite pour être morte. (Antigone, p.78, Éd. de la Table Ronde)

Chacun de nous a un jour, plus ou moins triste, plus ou moins lointain, où il doit accepter d'être un homme. (Antigone, p.80, Éd. de la Table Ronde)

Regarde-moi, c'est cela devenir un homme, voir le visage de son père en face, un jour. (Antigone, p.81, Éd. de la Table Ronde)

Il faudrait ne jamais devenir grand. (Antigone, p.92, Éd. de la Table Ronde)

Je me demande comment, étant musicien, tu peux encore aimer la musique. (Eurydice, p.12, Livre de Poche n o 3277)

Ah ! l'incertain, le troublant premier jour. On se cherche, on se sent, on se devine, on ne se connaît pas encore et on sait pourtant déjà que cela durera toute la vie (Eurydice, p.30, Livre de Poche n o 3277)

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Ah ! nos nuits d'amour, Lucienne ! L'union des corps et des coeurs. L'instant, l'instant unique où on ne sait

plus si c'est la chair ou si c'est l'âme qui palpite (Eurydice, p.36, Livre de Poche n o 3277)

Je parle tout le temps, mais je ne sais pas répondre. C'est d'ailleurs pour cela que je parle tout le temps, pour empêcher qu'on me questionne. C'est ma façon d'être muette. (Eurydice, p.48, Livre de Poche n o 3277)

Oh ! il ne faut par croire que c'est très compliqué d'être mystérieuse. Il suffit de ne penser à rien, c'est à la portée de toutes les femmes. (Eurydice, p.49, Livre de Poche n o 3277)

Oh ! Pourquoi demander qui on est ? Cela veut dire si peu de chose, qui on est (Eurydice, p.51, Livre de Poche n o 3277)

La mort est douce

Ce qui fait souffrir avec certains poisons, certaines blessures maladroites, c'est la vie.

(Eurydice, p.75, Livre de Poche n o 3277)

Il y en a des choses qu'on ne veut pas comme cela dans le monde et qui sont là bien tranquilles, bien énormes, comme la mer. (Eurydice, p.79, Livre de Poche n o 3277)

Ah ! que c'est difficile, que c'est difficile de toujours expliquer tout !

(Eurydice,

p.148, Livre de Poche n o 3277)

Tu ne seras pas seul, on n'est jamais seul. On est avec soi, c'est autre chose, tu le sais bien (Eurydice, p.173, Livre de Poche n o 3277)

La vie est ainsi faite que les pères imbéciles en savent aussi long, quelquefois plus long sur elle que les pères intelligents. La vie n'a pas besoin d'intelligence. C'est même ce qu'elle peut rencontrer de plus gênant dans sa marche joyeuse. (Eurydice, p.183, Livre de Poche n o 3277)

Je ne suis pas de ceux qui se consolent d'un mal en disant " c'est la vie ". Qu'est-ce que vous voulez que cela

me fasse, à moi, que ce soit la vie ?

moi ? (Eurydice, p.184, Livre de Poche n o 3277)

Qu'un million de grains de sable soient broyés en même temps que

Vous êtes tous les mêmes. Vous avez soif d'éternité et dès le premier baiser vous êtes verts d'épouvante parce que vous sentez obscurément que cela ne pourra pas durer. Les serments sont vite épuisés. (Eurydice, p.188, Livre de Poche n o 3277)

[La mort] seule donne à l'amour son vrai climat.

(Eurydice,

p.189, Livre de Poche n o 3277)

Vous êtes très jeune, Cécile, vous apprendrez en grandissant que c'est toute une affaire de vivre. En fait, me direz-vous, il suffit de se lever le matin et de se coucher le soir et avec un peu de patience le jour passe (Cécile ou l'école des pères, p.119, Folio n o 1102)

Je ne saurai jamais si tu m'aimes vraiment et ce que cachent tes sourires ; et s'il t'advient de t'absenter une heure un jour, un ver me rongera le coeur à jamais. Car tu mentiras toujours et tu seras pour moi un

éternel mystère

C'est cela vivre, Araminthe ! C'est cela être femme et aimer !

(Cécile ou l'école des pères, p.143, Folio n o 1102)

N'aimer que soi, cela doit être bien monotone. (Cécile ou l'école des pères, p.144, Folio n o 1102)

M. Orlas : L'amour, l'amour

Que sais-tu de l'amour, à ton âge ?

Cécile : Tout ce qu'on n'en apprend pas, monsieur, c'est-à-dire presque tout. (Cécile ou l'école des pères, p.144, Folio n o 1102)

On ne sait jamais où sont les autres

On sait à peine où l'on est soi-même, ici-bas.

(Roméo et Jeannette, p.220, Livre de Poche n o 3277)

C'est extraordinaire le nombre de gens décidés à agir coûte que coûte qu'il peut y avoir sur cette planète. Si nous n'étions pas quelques philosophes à nous tenir tranquilles, on se bousculerait. Ce serait trop petit. (Roméo et Jeannette, p.228, Livre de Poche n o 3277)

Quand je serai vieille, quand je comprendrai tout, comme les autres, je sais que je dirai cela moi aussi, que rien n'est de la faute de personne. Cela doit être bon tout d'un coup, de tout admettre ; de tout excuser,

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de ne plus jamais se révolter. Vous ne trouvez pas que c'est long, vous, d'être vieux ? (Roméo et Jeannette, p.254, Livre de Poche n o 3277)

Quelle comptabilité harassante de vivre ! (Roméo et Jeannette, p.277, Livre de Poche n o 3277)

Ce qui est doux, c'est d'être arrivé quelque part, fût-ce au bout du désespoir, et de dire : Ah ! bon, c'était là. Je suis arrivé maintenant. (Roméo et Jeannette, p.316, Livre de Poche n o 3277)

Mourir, ce n'est rien. Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long. (Roméo et Jeannette, p.331, Livre de Poche n o 3277)

C'est quand on comprend qu'il n'y a rien à casser qu'on commence à devenir un homme. On vit très bien avec une douleur, vous verrez, une fois que la connaissance est faite. On lui découvre des subtilités, des replis. On en devient le spécialiste. (Roméo et Jeannette, p.344, Livre de Poche n o 3277)

Frédéric : On doit sortir un jour de son monde d'enfant et accepter que tout ne soit pas aussi beau que lorsqu'on était petit. Jeannette : Je ne veux pas devenir grande. Je ne veux pas apprendre à dire oui. Tout est trop laid. (Roméo et Jeannette, p.367, Livre de Poche n o 3277)

J'adore que la jeunesse m'insulte. Cela me rassure sur mon sens politique. (La foire d'empoigne, p.18, Folio n o 1102)

Je vous dis que j'ai horreur des consciences ! Cela finit toujours par être embarrassant - pour gouverner. J'aime les héros qui ont peur de moi et qui se font payer très cher. Cela me rassure. Les hommes désintéressés c'est toujours hors de prix. (La foire d'empoigne, p.33, Folio n o 1102)

Quelle foire d'empoigne, l'histoire de France ! (La foire d'empoigne, p.33, Folio n o 1102)

Croyez-moi, on a presque toujours quelque chose de mieux à faire que de mourir. (La foire d'empoigne, p.75, Folio n o 1102)

Ceux qui vous diront que la jeunesse a besoin d'un idéal sont des imbéciles. [ des vieillards, ils se nourrissent d'idées et les jeunes en meurent. (La foire d'empoigne, p.75, Folio n o 1102)

Un vrai homme est son propre père. (La foire d'empoigne, p.86, Folio n o 1102)

CHARLOTTE : On marie ta fille dans trois semaines et toi, tu lis ? ANTOINE : Oui. CHARLOTTE : Qu'est-ce que tu lis ? ANTOINE : Le code civil. Au chapitre des divorces. J'étudie les moyens de la tirer de là l'année prochaine. CHARLOTTE : Tu es un monstre ! Ces enfants s'aiment ! ANTOINE : C'est ce qui me fait peur. Nous nous aimions nous aussi. (Les poissons rouges, p.10, Folio n o 6)

CHARLOTTE :[

]

Croyez-moi, tout le mal vient

]

Toi, tu mets ton point d'honneur à ne pas être dans le vent !

ANTOINE :J'ai peur de m'enrhumer. (Les poissons rouges, p.13, Folio n o 6)

LA PREMIÈRE DAME : Cela existe, l'âge de raison, pour les hommes ?

ANTOINE : Mais oui, mais oui

inattentifs, et qu'ils ont laissé passer le bonheur

(Les poissons rouges, p.31, Folio n o 6)

Un pied dans la tombe, ils comprennent qu'ils ont été terriblement

CHARLOTTE : Tout le monde ne peut pas être artiste ! ANTOINE : Tu as raison, cela ferait de l'encombrement. (Les poissons rouges, p.33, Folio n o 6)

On imagine mal un prêtre tout nu. (Les poissons rouges, p.35, Folio n o 6)

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Le plaisir, quand on est une honnête femme, cela ne vous laisse jamais la conscience tranquille.

(Les poissons rouges, p.37, Folio n o 6)

Le drame de la belle-mère, ce personnage comique du répertoire, c'est qu'il est l'image de la durée (Les poissons rouges, p.37, Folio n o 6)

C'est tout un art, la dispute conjugale, un art très ancien et très respectable. (Les poissons rouges, p.42, Folio n o 6)

D'ailleurs, je crois à l'indissolubilité du mariage : c'est la seule garantie qu'on ait, de ne pas faire l'imbécile deux fois. (Les poissons rouges, p.44, Folio n o 6)

Toutes les femmes ont un amant un jour ou l'autre, parce que toutes les femmes ont le droit d'être un peu elles-mêmes, sans être obligées de subir la tyrannie muette des leurs. (Les poissons rouges, p.65, Folio n o 6)

Quand les petits ramoneurs ne se retourneront plus dans la rue, alors je comprendrai que je suis devenue vieille (Les poissons rouges, p.66, Folio n o 6)

De nos jours, le premier penseur de bistrot venu, sous prétexte qu'il boit un coca-cola, les fesses sur du plastic, sous un tube de néon, a tendance à croire qu'il en sait forcément plus long que Platon ! (Les poissons rouges, p.73, Folio n o 6)

Si tous les hommes étaient gynécologues, il y aurait beaucoup moins de crimes passionnels ! (Les poissons rouges, p.74, Folio n o 6)

Je voudrais bien savoir comment ils le font, l'amour, les conseillers conjugaux. Cela doit être gai ! (Les poissons rouges, p.74, Folio n o 6)

[ ]

je ne discute jamais, ni sur la politique ni sur l'amour. Ce sont des sujets sur lesquels on s'est tu, pendant des siècles, et c'est depuis que tout le monde s'en mêle que rien ne va plus ! Autrefois, la politique, c'était l'affaire des ministres, et l'amour l'affaire des putains. C'étaient elles, les conseillers conjugaux, et permettez-moi de vous dire qu'elles en savaient un peu plus long que les vôtres ! Aujourd'hui, tout le monde veut être ministre et tout le monde veut être putain ! (Les poissons rouges, p.75, Folio n o 6)

Il ne faut jamais dire la vérité : c'est elle le vrai désordre. (Les poissons rouges, p.96, Folio n o 6)

La misère humaine me bouleverse ; la vue d'un malheureux et je suis saint Vincent de Paul, mais je n'aime pas qu'on insiste. Et on insiste toujours. Le malheur manque de tact. (Les poissons rouges, p.116, Folio n o 6)

Le mariage, ma petite, c'est la robe. Après, évidemment, on a la mari ! (Les poissons rouges, p.123, Folio n o 6)

CAMOMILLE : C'est de toi ? ANTOINE : Quoi ? CAMOMILLE : Ce que tu viens de dire. ANTOINE : Je l'espère. On ne sait jamais. J'ai le plagiat inconscient. (Les poissons rouges, p.126, Folio n o 6)

[

]

la souffrance [

]

c'est un privilège qui n'est pas donné à tout le monde.

(La Sauvage, p.130, Folio n o 153)

Il y aura toujours un chien perdu quelque part qui m'empêchera d'être heureuse (La Sauvage, p.181, Folio n o 153)

Il y a des êtres qui ne peuvent respirer que dans le luxe. Si on leur enlève le luxe, ils s'étiolent. (L'invitation au château, p.208, Folio n o 153) Voir la citation 97 du même auteur!

[ ]

il ne faut pas avoir peur des gens méchants, Mademoiselle, ce sont de pauvres diables comme les autres. Les imbéciles seuls sont vraiment redoutables ! (L'invitation au château, p.216, Folio n o 153)

Quand on est laid, on n'a jamais vingt ans. (L'invitation au château, p.248, Folio n o 153)

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L'homme que j'aime doit être noble et courageux, mais l'homme que je trompe aussi.

(L'invitation au château, p.258, Folio n o 153)

C'est laid, c'est obscène, les regards des hommes ! Cela se pose sur vous comme des chenilles, comme des limaces, cela se glisse partout. (L'invitation au château, p.272, Folio n o 153)

[À propos des pauvres] À force de n'être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s'y croire partout. (L'invitation au château, p315., Folio n o 153)

Les hommes vous supplient, on se croit la plus forte, et c'est vrai, pendant tout le temps qu'ils vous désirent, on peut tout. Leur argent, leur bonheur, leur famille, tout leur paraît vain. Mais si on laisse passer le bon moment, si on les laisse penser une seule fois, pendant une toute petite minute, qu'après tout ils pourraient vivre sans vous, c'est fini, ma belle ! Ils se retrouvent tout d'un coup avec leurs millions, leurs bonnes vies tranquilles, et toutes les autres jolies filles du monde, pour beaucoup moins cher, à leur disposition. (L'invitation au château, p.321, Folio n o 153)

Cela vieillit, tu sais, d'être une jolie fille sans un sou. (L'invitation au château, p.321, Folio n o 153)

Même quand on sent la faiblesse momentanée de l'adversaire, il ne faut jamais s'entêter sur une position qui n'est pas raisonnable. (L'invitation au château, p.332, Folio n o 153)

Ce n'est pas tout d'avoir de jolis yeux, il faut qu'une petite lampe s'allume derrière. C'est cette petite lueur qui fait la vraie beauté. (L'invitation au château, p.357, Folio n o 153)

Avec un peu d'imagination, on peut très bien vivre toute sa vie en un soir. (Le rendez-vous de Senlis, p.13, Livre de Poche n o 846)

[

] le silence au théâtre, c'est encore ce qu'on réussit le plus facilement (Le rendez-vous de Senlis, p.37, Livre de Poche n o 846)

Quel étrange plaisir de réaliser ses mensonges ! (Le rendez-vous de Senlis, p.45, Livre de Poche n o 846)

Il y a des êtres qui ne peuvent respirer que dans le luxe. Si on leur arrache leur luxe, on les tue ! (Le rendez-vous de Senlis, p.72, Livre de Poche n o 846) Voir la citation 84 du même auteur!

Mais vous n'avez pas l'air de très bien comprendre ? Je me sers pourtant de la langue française, la plus concise, la plus claire, la langue des diplomates et des souverains. (Le rendez-vous de Senlis, p.95, Livre de Poche n o 846)

Il y a toujours un mais dans la vie, quand on gratte un peu la surface des choses. (Le rendez-vous de Senlis, p.102, Livre de Poche n o 846)

Les apparences suffisent largement à faire un monde. (Le rendez-vous de Senlis, p.102, Livre de Poche n o 846)

Comme on est exigeant, toujours ! On commence par ne pas vouloir moins d'une vie de bonheur, puis on

apprend que quelques années volées, c'est déjà une étrange chance

d'un soir

encore une oasis infinie, cinq minutes de bonheur ! (Le rendez-vous de Senlis, p.110, Livre de Poche n o 846)

Après, on accepte de se contenter

Et puis, tout d'un coup, il ne vous reste plus que cinq minutes, et on arrive à trouver que c'est

Tout le monde est honnête d'une certaine manière. Le malheur, c'est qu'il n'y en a qu'une qui est officielle. (Le rendez-vous de Senlis, p.133, Livre de Poche n o 846)

Il y a tant de façons de se taire en écoutant parler l'homme qu'on aime. (Léocadia, p.220, Livre de Poche n o 846)

On prend toujours pour des imbéciles les gens qui ne se sentent pas comme vous. (Léocadia, p.229, Livre de Poche n o 846)

Les filles, c'est pur comme l'enfant, ça vous tend leur front pour le baiser du soir avec des yeux bien clairs où on peut lire jusqu'au fond, une dernière fois un soir. Et puis crac ! le lendemain matin - on les a pourtant

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enfermées à clef - on ne sait pas ce qui s'est passé, on ne peut plus rien y lire du tout, dans leurs yeux, ils vous fuient et elles vous mentent ! C'est devenu le diable. (L'alouette, p.18, Livre de Poche n o 1153)

L'essentiel est de dire quelque chose de très gros et de le répéter souvent, c'est comme cela qu'on fait une vérité. (L'alouette, p.27, Livre de Poche n o 1153)

Il n'y a que les imbéciles qui se croient volés en donnant trop à une fille. (L'alouette, p.45, Livre de Poche n o 1153)

L'essentiel, quand on a un commandement, c'est de prendre une décision, quelle qu'elle soit. On s'effraie au

début, puis avec l'expérience, on s'aperçoit que cela revient à peu près au même (L'alouette, p.50, Livre de Poche n o 1153)

quoi qu'on décide.

Qu'est-ce que gouverner le monde [

]

sinon faire croire à des imbéciles qu'ils pensent d'eux-mêmes, ce que

nous leur faisons penser ? (L'alouette, p.60, Livre de Poche n o 1153)

[

] avec Dieu, ce qu'il y a de terrible, c'est qu'on ne sait jamais si ce n'est pas un coup du diable (L'alouette, p.83, Livre de Poche n o 1153)

Les gens désintéressés, c'est toujours hors de prix (L'alouette, p.93, Livre de Poche n o 1153)

Dieu ne demande rien d'extraordinaire aux hommes. Seulement d'avoir confiance en cette petite part d'eux- mêmes, qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Après Il se charge du reste. (L'alouette, p.101, Livre de Poche n o 1153)

Plus notre ennemi est petit et fragile, plus il est tendre, plus il est pur, plus il est innocent, plus il est redoutable (L'alouette, p.124, Livre de Poche n o 1153)

On est tous les mêmes, plus ou moins fiers, plus ou moins tapageurs, mais le moment venu : la courbette. (Colombe, p.35, Livre de Poche n o 1049)

Je ne veux pas que tu sois ma femme parce que tu m'aimes ! Qu'est-ce que tu veux que cela me fasse que tu m'aimes ? Demain, tu peux ne plus m'aimer. Je veux que tu sois ma femme, toujours, parce que tu l'as juré. (Colombe, p.45, Livre de Poche n o 1049)

C'est comme tout d'être cocu, c'est difficile. C'est pas donné à tout le monde. Cela s'apprend. (Colombe, p.127, Livre de Poche n o 1049)

La plupart de cocus piétinent parce qu'ils s'imaginent un amant de leur femme susceptible de leur plaire, à eux.

(Colombe, p.129, Livre

de Poche n o 1049)

Le drame du cocu, c'est le drame de l'homme : la connaissance.

(Colombe, p.130, Livre de Poche n o 1049)

C'est drôle : on peut très bien marcher, sourire, traverser les rues et être mort.

(Colombe, p.186,

Livre de Poche n o 1049)

Ce qui est beau, c'est ce qu'on aime ! (Colombe, p.192, Livre de Poche n o 1049)

La Comtesse : Vous leur dites que vous les aimez d'amour, à vos maîtresses ? Le Comte : Il faut bien. Les femmes sont tellement formalistes. (La répétition, p.20, Folio n o 444)

[La Comtesse à son amant]

vous avez réussi cette chose extraordinaire de rendre le péché plus ennuyeux que la vertu. (La répétition, p.31, Folio n o 444)

[

]

Pourquoi l'amour ne serait-il pas d'abord ce qui fait plaisir au coeur ? On a bien le temps de souffrir par la suite. (La répétition, p.35, Folio n o 444)

Nous vivons dans un monde qui a complètement perdu l'usage du point-virgule, nous parlons tous par phrases inachevées, avec trois petits points sous-entendus, parce que nous ne trouvons jamais le mot

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juste. (La répétition, p.46, Folio n o 444)

Le monde est plein de midinettes prêtes à adorer les princes quels qu'ils soient. (La répétition, p.67, Folio n o 444)

Être ivrogne ce n'est pas une sinécure

Si tu savais l'intention et la persévérance qu'il faut ! Toujours à

remplir des verres et à les vider. On vous prend pour un riche oisif, en fait c'est un travail de plongeur. (La répétition, p.77, Folio n o 444)

Je trouve que c'est le genre [en parlant du roman policier] le plus niais du monde. Se torturer à embrouiller artificiellement une histoire pour se donner la fausse élégance de la dénouer en trois pages à la fin, c'est une activité de plaisantin. (La répétition, p.87, Folio n o 444)

[

]

avec cette façon universelle de se farder, toutes les femmes qui ne sont pas trop laides se ressemblent, en fin de compte. (La répétition, p.88, Folio n o 444)

[

]

je tiens l'intelligence pour peu, c'est l'arme des pauvres. (La répétition, p.88, Folio n o 444)

Je m'intéresse assez peu, personnellement, aux confidences. C'est toujours à peu près la même chose et cela ne soulage que celui qui les fait. (La répétition, p.108, Folio n o 444)

[

]

il n'y a qu'un remède à l'amour : la fuite. (La répétition, p.125, Folio n o 444)

[

]

le bonheur est un exercice solitaire. (La répétition, p.130, Folio n o 444)

C'est drôle, c'est dans le souvenir que les choses prennent leur vraie place [

(Ne réveillez pas Madame

,

p.53, Folio n o 1318)

]

Bachman : Parce que lui il est à part. C'est quelqu'un. Rosa : Oui mais tous les jours c'est lourd quelqu'un

(Ne réveillez pas Madame

,

p.59, Folio n o 1318)

Les nouvelles, moi, ça ne m'intéresse pas. D'abord, le lendemain elles sont vieilles.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.64, Folio n o 1318)

C'est ça la vie, penser à rien avec des copains qu'on aime bien.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.93, Folio n o 1318)

Le texte, au théâtre, c'est encore ce qu'il y a de moins important. Ils n'entendent qu'une phrase sur deux.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.101, Folio n o 1318)

[Les jeunes] sont déjà les vieux de quelqu'un.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.134, Folio n o 1318)

S'il fallait mourir chaque fois qu'on fait une bêtise, il n'y aurait pas assez de poison sur la terre.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.159, Folio n o 1318)

Pauvres enfants ! C'est toujours eux qui paient les bêtises des grands, en attendant d'être en âge de faire soigneusement les mêmes.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.161, Folio n o 1318)

Le plaisir, c'est encore la seule chose qui oblige les hommes à un peu de précision.

(Ne réveillez pas Madame

,

p.163, Folio n o 1318)

Il n'y a que les professeurs pour croire que les chefs-d'oeuvre c'est le fruit de l'application. [ bien que Shakespeare, à l'époque, il ne se doutait pas qu'il écrivait Hamlet !

(Ne réveillez pas Madame

,

p.167, Folio n o 1318)

] Tu penses

C'est toujours dommage de ne pas avoir du génie. Mais c'est moins grave, en fin de compte, qu'on ne se l'imagine. Il suffit que les autres croient qu'on en a. (Ornifle, p.12, Folio n o 545)

Je n'aime pas les sous-entendus. Je les comprends assez pour qu'ils m'inquiètent et pas assez pour les comprendre.

(Ornifle, p.30, Folio n o 545)

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Je ne connais rien de plus ennuyeux que d'être aimé. Aimer est charmant, mais Dieu que c'est rare ! (Ornifle, p.37, Folio n o 545)

Je crois bien que [la facilité] est le déguisement le plus redoutable du diable. (Ornifle, p.41, Folio n o 545)

L'inspiration, c'est une invention des gens qui n'ont jamais rien créé. Nous entretenons la légende pour nous faire valoir, mais entre nous, c'est un bluff. Le poète ne connaît que la commande. (Ornifle, p.47, Folio n o 545)

Le visage des vrais égoïstes est supportable ; on connaît le jeu, on est tous là pour le jouer ; mais celui des philanthropes est répugnant. On n'a pas le droit de ne penser à ce point qu'à soi-même ! (Ornifle, p.69, Folio n o 545)

[

]

on se lasse [

]

de faire le tour d'une chose parfaite.

(Ornifle, p.81, Folio n o 545)

Les femmes ont horreur d'attendre. C'est un supplice qu'elles nous réservent.

(Ornifle, p.131, Folio

n o 545)

FABRICE : Et à ne pas faire souffrir les autres, vous me l'apprendrez aussi ? ORNIFLE : C'est une science inutile. Les autres meurent de souffrir. Pourquoi se compliquer la vie et leur refuser ce plaisir ? (Ornifle, p., Folio n o 545)

[ ]

le mensonge est parfois une forme préalable de la vérité. (Ornifle, p.146, Folio n o 545)

L'expérience du bonheur est une chose épouvantable. Elle apprend que la vie ne pèse pas. (Ornifle, p151., Folio n o 545)

Il n'y a qu'une seule réalité, une seule chose qui calme la faim et qui se mange comme un honnête morceau de pain : c'est l'amour. Tout le reste n'est que friandises, bonbons fondants, écoeurements. (Ornifle, p.165, Folio n o 545)

Dieu, en donnant le désir, aurait pu donner en même temps aux hommes un peu plus de discernement. Ce n'est pas tout à fait au point son invention ! (Ornifle, p.177, Folio n o 545)

Les femmes c'est comme la soupe, il ne faut pas les laisser refroidir.

(Ornifle,

p.187, Folio n o 545)

JOSYANE : Il n'y a pas de sots métiers. ADOLPHE : Non, il n'y a que de sottes gens. (Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron, p.121, La Table Ronde)

[Le présent de l'indicatif] est un temps qui file si vite !

Et il n'y en a qu'un, tu l'as remarqué ? Alors qu'on

a prévu toute une ribambelle de passés. Je t'aimais, A.I.S., je t'aimai, A.I. Je t'avais aimée, je t'eusse

aimée

(Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron, p.123, La Table Ronde)

Et puis le temps nostalgique : je t'ai aimé, tu m'as aimé, nous nous sommes aimés.

ADOLPHE : Je crois bien que tu es méchante, au fond, ma pauvre Charlotte. ÉLODIE : Oui je suis méchante. Mais c'est toi qui m'as rendue comme ça. [ bonhomme, on a celles qu'on se fait ! (Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron, p.149, La Table Ronde)

Je crois qu'on ne peut rien trouver de plus consolant, quand on est devenu un homme, qu'un reflet de son enfance dans les yeux d'un ancien garçon. [Ancien garçon signifie ici ami d'enfance - GGJ] (Le voyageur sans bagages, p.49, Livre de Poche n o 678)

Toute notre vie avec notre belle morale et notre chère liberté, cela consiste en fin de compte à nous accepter tels que nous sommes (Le voyageur sans bagages, p.85, Livre de Poche n o 678)

Mais je veux profiter de mes dernières années et rire un peu. J'ai cru pendant soixante ans qu'il fallait prendre la vie au sérieux. C'est beaucoup trop. (Le bal des voleurs, p.148, Livre de Poche n o 678)

]

Les femmes, mon

23

Si tes amants t'ennuient, marie-toi, cela leur donnera du piquant.

(Le bal des voleurs, p.170, Livre de Poche n o 678)

Dieu a sans doute donné la venue lente de l'impuissance aux hommes pour leur apprendre à apprivoiser la mort (Le directeur de l'Opéra, p.15, Folio n o 1032)

Ou on a des papiers en règle et on s'embête - ou on choisit l'amour et on a des embêtements (Le directeur de l'Opéra, p.31, Folio n o 1032)

L'illusion du plaisir et la peur de la mort sont les seules industries où l'on peut faire lâcher jusqu'à leur dernier sou aux hommes (Le directeur de l'Opéra, p.35, Folio n o 1032)

Quelle musique, le silence ! (Le directeur de l'Opéra, p.38, Folio n o 1032)

Il ne faut jamais regarder son ennemi endormi, [ (Le directeur de l'Opéra, p.60, Folio n o 1032)

C'est sinistre la jeunesse. On peut tout et on ne peut rien. J'aime encore mieux avoir mal aux pieds et sentir que la mécanique s'enraye. Dans ces ruines, j'ai l'esprit libre. Mais à vingt ans (Le directeur de l'Opéra, p.61, Folio n o 1032)

[ ]

] on lui pardonne.

c'est en habit que je me sens à l'aise. Nous sommes tous devenus des lâches depuis l'invention des pull- overs et des pantoufles. Nous manquons de carcans. (Le directeur de l'Opéra, p.68, Folio n o 1032)

Je me demande si je ne vais pas me laisser pousser la barbe. C'est déjà si ennuyeux d'être désespéré faut se raser en plus ! (Le directeur de l'Opéra, p.139, Folio n o 1032)

Les hommes, c'est comme les chiens, ça mord parce que ça a peur. (Le directeur de l'Opéra, p.156, Folio n o 1032)

Le roi est mort, vive le roi ! Tout change ! C'était ça le secret de la royauté ! Quand le vieux mourait on

S'il

passait au jeune et tous les espoirs étaient permis

l'avancement se fait autrement, on va de septuagénaire en septuagénaire. Comment voulez-vous que cela

change un jour ? (Le directeur de l'Opéra, p.173, Folio n o 1032)

enfin, pour un temps ! En démocratie, où

Je le sais qu'il n'y a pas de bon Dieu [

]

mais quand on est un homme, on fait semblant !

(Le directeur de l'Opéra, p.197, Folio n o 1032)

Ceux qu'on aime, on voudrait qu'ils vous doivent tout. (Le directeur de l'Opéra, p.213, Folio n o 1032)

Tout le monde est putain, quand on n'aime pas. (Le directeur de l'Opéra, p.236, Folio n o 1032)

S'il fallait avoir de l'estime pour tous les gens avec qui on dîne, il n'y aurait plus de réunions mondaines possibles (Pauvre Bitos, p.20, Éd. La Table Ronde)

Et je crois que Dieu pardonnera à tout le monde, sauf aux médiocres. (Pauvre Bitos, p.26, Éd. La Table Ronde)

[

]

on n'est jamais trop cruel avec les imbéciles. (Pauvre Bitos, p.28, Éd. La Table Ronde)

[

]

les vraies révolutions sont lentes et elles ne sont jamais sanglantes. Le sang, c'est toujours pour payer la

hâte de quelques hommes [

(Pauvre Bitos, p.45, Éd. La Table Ronde)

]

pressés de jouer leur petit rôle.

Les femmes ont toujours pitié des blessures qu'elles n'ont pas faites elles-mêmes. (Pauvre Bitos, p.55, Éd. La Table Ronde)

Il est très difficile de s'élever au-dessus de certains médiocres et de conserver leur estime. (Pauvre Bitos, p.113, Éd. La Table Ronde)

Si les hommes se donnaient pour oublier le centième du mal qu'ils se donnent pour se souvenir, je suis certain

24

que le monde serait depuis longtemps en paix. (Pauvre Bitos, p.114, Éd. La Table Ronde)

Au combat, tout le monde a peur. La seule différence est dans la direction qu'on prend pour courir. (L'Hurluberlu, p.28, Éd. La Table Ronde)

Oui, je me demande parfois si l'homme, tout bien pesé, n'a pas fait faire à la connaissance un énorme pas en arrière en renonçant à l'imagination et à la poésie comme moyens d'investigation scientifique (L'Hurluberlu, p.35, Éd. La Table Ronde)

La concupiscence est plus rare que ne se l'imaginent les vieilles filles. (L'Hurluberlu, p.54, Éd. La Table Ronde)

[Vivre] est un métier comme un autre, cela s'apprend ! (L'Hurluberlu, p.87, Éd. La Table Ronde)

Il y a des fidélités qui ne sont qu'à soi-même. (L'Hurluberlu, p.131, Éd. La Table Ronde)

Nous pouvons tout être, bien sûr. C'est une tentation. Mais c'est le meilleur moyen de n'être rien [ (L'Hurluberlu, p.199, Éd. La Table Ronde)

Eh bien, tu verras en grandissant [

].

]

que dans la vie, même quand ça a l'air d'être sérieux, ce n'est tout de

même que du guignol. Et qu'on joue toujours la même pièce. (L'Hurluberlu, p.208, Éd. La Table Ronde)

Dieu nous garde des hommes sincères ! Ils font autant de bêtises que les autres - tout le monde en fait - et ils vous empoisonnent la vie (Chers Zoiseaux, p.108, Éd. La Table Ronde)

Duplessis-Morlet : Je vous ai donné tout ce qu'une femme peut désirer. Mélusine : Tout. Mais c'est comme le monde, on en a vite fait le tour. (Chers Zoiseaux, p.161, Éd. La Table Ronde)

On ne doit jamais battre une femme - même avec une fleur ! (Tu étais si gentil quand tu étais petit, p.16, Éd. La Table Ronde)

C'est peu de chose les mots - on ne sait jamais même si l'autre les entend [ (Tu étais si gentil quand tu étais petit, p.105, Éd. La Table Ronde)

C'est curieux les dames ! Il faut toujours se demander si on les a rendues heureuses (Tu étais si gentil quand tu étais petit, p.112, Éd. La Table Ronde)

Tu sais, c'est toujours dur à porter la jeunesse. Un sale moment à passer, quoi ! avant d'admettre les choses comme elles sont (Tu étais si gentil quand tu étais petit, p.154, Éd. La Table Ronde)

On n'est vieux que le jour où on le décide. (La valse de Toréadors, p.52, Éd. La Table Ronde, 1952)

Franchir la porte, c'est tout un monde, mais, en fait, il suffit de faire un pas. (La valse de Toréadors, p.54, Éd. La Table Ronde, 1952)

Je ne veux plus vous voir, plus vous entendre ! Et il y a quelque chose d'encore plus fort que ma haine et que mon dégoût. C'est que je meurs d'ennui, madame, à côté de vous. (La valse de Toréadors, p.141, Éd. La Table Ronde, 1952)

]

[

]

il n'y aura pas d'autres Médée, jamais, sur cette terre. Les mères n'appelleront jamais plus leurs filles de ce nom. Tu seras seule, jusqu'au bout des temps, comme en cette minute. (Médée, p.386, La Table Ronde, 1946)

[

]

toutes les choses sont dures à naître dans ce monde et dures à mourir aussi. (Médée, p.391, La Table Ronde, 1946)

Louis Aragon

1897-1982

Dire que l'art est difficile, suppose chez l'auteur de la phrase l'ignorance totale des mots dont il se sert. Qu'est-ce qui est difficile ? Un chemin, un client, un problème. Puis-je m'exprimer ainsi : le ciel est

25

difficile

personnaliser. Car difficile est une épithète qui ne peut se joindre qu'au défini. C'est pourquoi l'art n'est

? Oui, si je consens à mettre une majuscule au firmament, ce qui est un moyen de le

pas difficile. Il n'est pas facile non plus. Mais difficile et art ne peuvent être réduits au commun diviseur du verbe être. On voit par l'exemple qui précède que labeur surhumain est celui de l'homme qui armé d'une lanterne s'avance au milieu des livres pour y dépister les baraliptons. La critique, c'est le bagne à perpétuité. Pas de repos pour un critique. (Traité du style, p.41, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Je demande à ce que mes livres soient critiqués avec la dernière rigueur, par des gens qui s'y connaissent, et qui sachant la grammaire et la logique, chercheront sous le pas de mes virgules les poux de ma pensée dans la tête de mon style. Parfaitement. Chaque ligne peut servir de prétexte à une infinie quantité de notes en petits caractères. (Traité du style, p.47, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard. (Traité du style, p.64, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

On peut mesurer l'influence et la force d'un esprit à la quantité de bêtises qu'il fait éclore. (Traité du style, p.67, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Paradis artificiels. C'est un pléonasme. (Traité du style, p.93, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Mon style est comme la nature ou plutôt réciproquement. (Traité du style, p.168, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Bien écrire, c'est comme marcher droit. (Traité du style, p.189, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Si vous écrivez, suivant une méthode surréaliste, de tristes imbécillités, ce sont de tristes imbécillités. Sans excuses. (Traité du style, p.192, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

La vie d'un homme, on me permettra cette remarque, n'est pas plus à l'échelle d'une phrase qu'à celle de la critique de cette phrase. Je me révolterai toujours contre tout essai de réduction d'un être vivant à une sorte de mannequin, dont les faits et gestes seraient compréhensibles à la façon des faits et gestes des monarques notés au jour le jour d'après des communiqués officiels. (Traité du style, p.226, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Je vis dans des conditions qui me sont données, est-ce que j'ai choisi la forme de mon nez, la force de mon poing ? Quand vous lisez ce que j'écris, ne l'oubliez pas, la vie est un langage, l'écriture un tout autre. Leurs grammaires ne sont pas interchangeables. Verbes irréguliers. (Traité du style, p.228, L'Imaginaire/Gallimard n°59)

Aristophane v.445-v.368 av. J.-C

C'est terrible d'être né avec le caractère tellement difficile, qu'on se met tout de suite à jeter des pierres et à pousser des cris, sans vouloir entendre un mot d'explication. (Les Acharniens, in Théâtre complet I, Garnier-Flammarion n o 115, p. 38)

On ne peut apprendre au crabe à marcher droit.

Aristote 384-322 av. J.C

La comédie [

]

est l'imitation d'hommes de caractère inférieur - non qu'elle traite du vice dans sa totalité,

mais seulement dans le domaine du comique, qui est une partie du laid -, car le comique est un défaut et une laideur sans douleur ni dommage, de même que le masque comique est laid et difforme, sans exprimer la douleur. (Poétique, p.15, Éd. Mille et une nuits)

26

[

]

en toute chose, c'est la fin qui est essentiel. (Poétique, p.19, Éd. Mille et une nuits)

[

]

le rôle propre du poète n'est pas de dire ce qui est réellement arrivé, mais de dire ce qui pourrait arriver selon la vraisemblance, ou selon la diversité. (Poétique, p.24, Éd. Mille et une nuits)

On peut donner la virilité comme caractère à un personnage, mais il ne convient pas à une femme d'être virile ou trop intelligente. (Poétique, p.36, Éd. Mille et une nuits)

La qualité de l'expression verbale est d'être claire sans être banale. (Poétique, p.52, Éd. Mille et une nuits)

Or le prodigieux est agréable ; j'en donne pour preuve que tous, lorsqu'ils font un récit, en rajoutent toujours, pour produire du plaisir. (Poétique, p.59, Éd. Mille et une nuits)

Il faut préférer ce qui est impossible mais vraisemblable à ce qui est possible, mais incroyable [ (Poétique, p.59, Éd. Mille et une nuits)

]

Antonin Artaud

1896-1948

ce fantastique dont on s'aperçoit toujours plus qu'il est en réalité tout le réel,

Avoir le sens de l'unité profonde des choses, c'est avoir le sens de l'anarchie, et de l'effort à faire pour réduire les choses en les ramenant à l'unité.

Dans la matière, il n'y a pas de dieux. Dans l'équilibre, il n'y a pas de dieux. Les dieux sont nés de la séparation des forces et ils mourront de leur réunion.

Il faut plus de vertu à l'acteur furieux pour ne pas accomplir réellement un crime, qu'il ne faut de courage à l'assassin pour parvenir à réaliser le sien.

Il faut suivre la foule pour la diriger. Lui tout céder pour tout lui reprendre.

Il ne faut pas trop se hâter de juger les hommes, il faut leur faire crédit jusqu'à l'absurde, jusqu'à la lie.

Je n'ai jamais rien étudié, mais tout vécu et cela m'a appris quelque chose.

L'absolu n'a besoin de rien. Ni de dieu, ni d'ange, ni d'homme, ni d'esprit, ni de principe, ni de matière, ni de continuité.

L'esprit a tendance à se délivrer du palpable pour arriver à ses fins.

L'obsession des femmes est vitale, elle correspond à un besoin de vertu.

Le bien est voulu, il est le résultat d'un acte, le mal est permanent.

Là ou d'autres proposent des oeuvres, je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit.

Là où ça sent la merde ça sent l'être.

On gagne l'amour par la conscience d'abord, et par la force de l'amour après.

Toute matière commence par un dérangement spirituel.

Isaac Asimov

1920-1992

Violence [

]

is the last refuge of the incompetent.

[ ]

La violence [

(Foundation, p. 58, Panther Science Fiction) (Fondation, p. 73, Denoël, Présence du futur/89)

the gentle art of sneaking up from behind.

[ ]

(Foundation, p. 67, Panther Science Fiction) (Fondation, p. 86, Denoël, Présence du futur/89)

]

est le dernier refuge de l'incompétence.

pratiquer élégamment l'art de se dérober.

[ ]

27

flattery is useful when dealing with youngsters - particularly when it doesn't commit you to anything.

la flatterie est une arme précieuse quand on a affaire à des jeunes; surtout quand cela ne vous engage à rien. (Foundation, p. 68, Panther Science Fiction) (Fondation, p. 87, Denoël, Présence du futur/89)

[

]

It pays to be obvious, especially if you have a reputation for subtlety. Il est parfois utile de dire carrément ce qu'on pense, surtout si l'on a la réputation d'être retors. (Foundation, p. 75, Panther Science Fiction) (Fondation, p. 95, Denoël, Présence du futur/89)

[ ]

I consider violence an uneconomical way of attaining an end. There are always better substitutes, though they may sometimes be a little less direct. Je considère en tout cas la violence comme une moyen peu économique de parvenir à ses fins. Il y a toujours de meilleures méthodes, encore qu'elles soient parfois moins directes. (Foundation, p. 98, Panther Science Fiction) (Fondation, p. 123, Denoël, Présence du futur/89)

There's no merit in discipline under ideal circumstances. Il n'y a aucun mérite à maintenir la discipline dans des circonstances idéales. (Fondation, p. 178, Denoël, Présence du futur/89) (Foundation, p. 141, Panther Science Fiction)

Audiard Michel

1920-1985

A la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître.

A partir de novembre, pour les clochards, il n'y a plus que deux solutions: la Côte d'Azur ou la prison.

C'est avec les bonnes bourgeoises qu'on fait les meilleures grues.

C'est le sort des familles désunies de se rencontrer uniquement aux enterrements.

C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule.

Conduire dans Paris, c'est une question de vocabulaire.

Dans la flatterie, aucune précaution à prendre, aucune limite à respecter. On ne va jamais trop loin.

Dans la vie on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon.

Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus.

Entre truands, les bénéfices ça se partage, la réclusion, ça s'additionne.

Faut pas parler aux cons, ça les instruit.

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

Il

faut user un grand nombre de femmes bêtes pour oublier une femme intelligente!

Il

serait normal que les assassins signalent les crimes. Après tout, ils sont les premiers informés.

Il

vaut mieux s'en aller la tête basse que les pieds devant.

Je me suis rendu compte que j'avais pris de l'âge le jour ou j'ai constaté que je passais plus de temps à bavarder avec les pharmaciens qu'avec les patrons de bistrot.

Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot. C'est dire si dans ma vie j'ai entendu des conneries.

L'alcool ne procure pas la gaieté mais la cirrhose.

L'avarice est le pire défaut qui existe, si on compte ses sous, on compte aussi ses sentiments.

L'idéal quand on veut être admiré, c'est d'être mort.

L'été: les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez et les autres sont en voiture un peu partout.

La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres.

28

La fréquentation des salons m'a appris une chose: à ne plus chercher à acheter au coin des rues ce que l'on

trouve gratuitement auprès des femmes du monde.

Le bonheur on s'y fait, le malheur on ne s'y fait pas, c'est ça la différence.

Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer.

Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

Les femmes ne prennent pas d'amants pour courir les garçonnières mais pour décorer leurs salons.

Les producteurs de films ont tous des Rolls-Royce parce que, dans le métro, il faut payer comptant.

Les traditions? C'est comme ça qu'on appelle les manies dès qu'il s'agit de fêtes militaires ou religieuses.

Pendant douze ans on a fait chambre commune mais rêve à part.

Pourquoi certains n'auraient pas tout? Il y en a qui n'ont rien. Ca fait l'équilibre.

Si t'as pas de grand-père banquier, veux-tu me dire à quoi ça sert d'être juif?

Votez à droite c'est soit pour préserver la société soit pour écraser l'ouvrier.

Jacques Audiberti

1899-1965

De me trouver tout seul en présence d'une seule femme me déconcerte beaucoup plus que d'en affronter deux. Une femme, c'est un monde. Mais une femme plus une femme, ce n'est qu'une paire (La fête noire, p.19, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

[

] l'amour est le plus grand des vaisseaux du corps (La fête noire, p.21, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

L'existence m'apparaît comme la machination d'un mystère si fantastique et si théâtral que je tremble toujours de ne pas remplir congrûment le rôle qui m'y fut assigné. (La fête noire, p.23, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

Quand l'esprit de la justice et de la vérité, pour primer sur la violence aveugle et criminelle, parvient à susciter une force efficace, cette force, par la grossièreté de son essence, par l'importance de son volume, par la vibration de son intensité, s'apparente fâcheusement aux déchaînements mêmes qu'elle entend réprimer. (La fête noire, p.61, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

Celui qui n'a pas réussi avec les femmes, à quoi lui sert-il d'avoir réussi ? (La fête noire, p.82, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

La gloire est une maîtresse jalouse. Ou bien elle exige de tenir la place de toutes les maîtresses possibles, ou

bien elle en suscite par douzaines [

(La fête noire, p.83, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

].

Bellenature. - Je veux dire qu'elle porte un grand manteau de berger. Elle est peut-être nue sous ce manteau, et armée. Félicien. - Si elle est nue, elle est armée. (La fête noire, p.86, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)

Paul Auster

1947

[

]

le dedans et le dehors ne peuvent pas être séparés sans causer de grands dommages à la vérité. (Moon Palace , p. 411, Thesaurus Actes Sud)

[

]

l'esprit ne peut pas vaincre la matière, car sitôt qu'il se trouve sollicité exagérément, il se révèle lui aussi fait de matière. (Moon Palace , p. 416, Thesaurus Actes Sud)

C'est [l'amour] la seule force qui peut stopper un homme dans sa chute, la seule qui soit assez puissante pour nier les lois de la gravité. (Moon Palace , p. 437, Thesaurus Actes Sud)

29

Marcher dans la foule signifie ne jamais aller plus vite que les autres, ne jamais traîner la jambe, ne jamais

rien faire qui risque de déranger l'allure du flot humain. (Moon Palace , p. 444, Thesaurus Actes Sud)

J'avais cru agir avec courage, mais il s'avérait que j'avais seulement fait preuve de la forme la plus abjecte de lâcheté: je m'étais complu dans mon mépris du monde en refusant de regarder la réalité en face. (Moon Palace , p. 462, Thesaurus Actes Sud)

Si on ment, autant le faire de façon à se mettre en danger. (Moon Palace , p. 521, Thesaurus Actes Sud)

Si les hommes peuvent vivre confortablement dans leur environnement, s'ils peuvent apprendre à sentir qu'ils font partie de ce qui les entoure, la vie sur terre peut alors s'empreindre d'un sentiment de sainteté. (Moon Palace , p. 531, Thesaurus Actes Sud)

Si le monde n'était pas si beau, on risquerait tous de devenir cyniques. (Moon Palace , p. 535, Thesaurus Actes Sud)

[

]

j'ai compris que je ne vivrais pas éternellement. Il faut longtemps pour apprendre ça, mais, une fois qu'on le découvre, le changement intérieur est complet, on ne peut plus jamais redevenir tel qu'on était. (Moon Palace , p. 538, Thesaurus Actes Sud)

[

]

une fois qu'on a goûté au futur on ne peut pas revenir en arrière. (Moon Palace , p. 542, Thesaurus Actes Sud)

Nous ne découvrons qu'en nous tournant vers ce que nous ne sommes pas. (Moon Palace , p. 546, Thesaurus Actes Sud)

Il découvrit que le vrai but de l'art n'était pas de créer de beaux objets. C'était une méthode de réflexion, un moyen d'appréhender l'univers et d'y trouver sa place, et les éventuelles qualités esthétiques que pouvait offrir une toile individuelle n'étaient que le sous-produit presque accidentel de l'effort accompli pour s'engager dans cette quête, pour pénétrer au coeur des choses. (Moon Palace , p. 564, Thesaurus Actes Sud)

[ ]

l'imagination sous sa forme la plus pure: l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là. (Moon Palace , p. 605, Thesaurus Actes Sud)

Toute mort est unique. (Moon Palace , p. 701, Thesaurus Actes Sud)

Si on n'est pas prêt à tout, on n'est prêt à rien.

Marcel Aymé

1902-1967

Il y a des brutes qu'on n'apprivoise pas. On les dompte. (Lucienne et le boucher, p.20, Livre de Poche n o 451)

Les femmes convenables sont toutes les mêmes. Aussitôt qu'elles s'énervent, les voilà parties à rêver de lanternes rouges et du diable sait quoi ! Est-ce qu'il y a besoin de se mettre la cervelle à l'envers pour être heureux dans l'amour ? (Lucienne et le boucher, p.111, Livre de Poche n o 451)

On n'a pas grand mérite à prendre patience quand on est incapable d'un mouvement de colère violence (Lucienne et le boucher, p.166, Livre de Poche n o 451)

de juste

Gaston Bachelard

1884-1962

Au fond de la nature pousse une végétation obscure; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires.

C'est encore en méditant l'objet que le sujet a le plus de chance de s'approfondir.

C'est à l'animus qu'appartiennent les projets et les soucis, deux manières de n'être pas présent à soi-même. A l'anima appartient la rêverie qui vit le présent des heureuses images.

30

Dans la pensée scientifique, la médiation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet.

Devant une flamme, dès qu'on rêve, ce que l'on perçoit n'est rien au regard de ce qu'on imagine.

Dès l'époque secondaire, les mollusques construisaient leur coquille en suivant les leçons de la géométrie transcendante.

Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.

L'homme est une création du désir, non pas une création du besoin.

L'imagination n'est rien d'autre que le sujet transporté dans les choses.

La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire.

La langue de l'alchimie est une langue de la rêverie, la langue maternelle de la rêverie cosmique.

La pensée pure doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c'est la pensée du néant.

On ne pourra bien dessiner le simple qu'après une étude approfondie du complexe.

Une expérience scientifique est

une expérience qui contredit l'expérience commune.

Bacon Francis

1561-1626

Avoir pitié de son ennemi, c'est être sans pitié pour soi-même.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Celui qui donne un bon conseil, construit d'une main, celui conseille et donne l'exemple, à deux mains; mais celui qui donne de bonnes leçons et un mauvais exemple construit d'une main et détruit de l'autre.

Dans le noir toutes les couleurs s'accordent.

Il y a de la superstition à éviter la superstition.

L'Ancien Testament vous promet la prospérité et le Nouveau l'adversité.

L'espoir est un bon petit déjeuner, mais c'est un méchant souper.

La dissimulation est sagesse abrégée.

La prospérité a un cortège de craintes et de déplaisirs; l'adversité de réconforts et d'espoirs.

La vérité sort plus facilement de l'erreur que de la confusion.

Le meilleur moyen de conserver un esprit ouvert sont les conseils sincères d'un ami.

Les maisons sont bâties pour être habitées et non point regardées.

On ne commande à la nature qu'en lui obéissant.

Rien n'assure aussi vite la prospérité des uns que les erreurs des autres.

Si un homme regarde très attentivement, il verra la chance; car si elle est aveugle, elle n'est pas pour autant invisible.

Toutes les couleurs s'accordent dans l'obscurité.

Un peu de foi éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.