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Sommaire Editorial : L’autre héritage de Nelson Mandela Par Carlos Sielenou & Olivier A. Ndenkop

Sommaire

Editorial : L’autre héritage de Nelson Mandela

Par Carlos Sielenou & Olivier A. Ndenkop

Par Koné Katinan

Le Maroc sans gouvernement ? Le FMI assure le job jusqu’en 2021

Par Salaheddine Lemaizi

Nous sommes tous des Anglophones du Cameroun !

Par Albert Moutoudou

Le franc CFA, arme de destruction massive contre le développement africain Par Don Mello Ahoua

Encadré Accord de défense franco-ivoirien

massive contre le développement africain Par Don Mello Ahoua Encadré Accord de défense franco-ivoirien 2

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Editorial

L’autre héritage de Nelson Mandela

Pendant les cinq années (1994 à 1999) de Nelson Mandela au pouvoir, l’Afrique du Sud était au- devant de l’actualité du continent et faisait la une des journaux du monde entier. Les journalistes et leurs spécialistes de circonstance y vantaient les prouesses d’ « un homme exceptionnel » devenu un modèle de patience, de tolérance, d’abnégation… Bref l’incarnation de toutes les vertus. Parallèlement, Madiba parcourait la planète et recevait des prix de toute nature, couronnés par le Nobel de la paix en 1993.

Orienté par les médias (qui étaient déjà très proches des puissances de l’argent), le commun des citoyens ne pouvait pas interroger la gestion d’un président qui était d’emblée présenté comme différent des autres. Le passé de Nelson Mandela a ainsi été instrumentalisé et présenté comme un sauf-conduire. Pendant ses cinq années de pouvoir, l’on s’est plus concentré sur le personnage que sur sa politique. Tout ce qu’il faisait était bon et devenait la règle devant guider toute action future.

Mandela décide de passer l’éponge sur les crimes commis par les architectes de l’apartheid ? C’est un modèle. Il décide de laisser 83% des terres arables du pays entre les mains de la minorité blanche ? Il n’y a pas de quoi créer une tempête dans une tasse de thé ! Le nouveau président décide d’abandonner les mines sud-africaines entre les mains de ceux qui ont soutenu et profité de l’apartheid ? C’est une preuve de désintéressement d’un président ascète. Qu’en pensent les pauvres Sud-africains qui croupissent dans les townships? Ce n’est pas important…

La bienveillance a subitement disparu avec la fin du mandat du président Mandela en 1999. Pourtant, il a laissé un pays dans lequel les contradictions et les inégalités exigeaient une thérapie de choc. Pour des raisons qui lui étaient propres, le président Mandela n’a pas voulu redistribuer les cartes. Il a préféré laisser les riches oligarques avec leurs richesses et les pauvres avec leur pauvreté. Pour accroitre leurs richesses et perpétuer leur domination sans inquiétudes, les oligarques bâtissent des forteresses et transforment la force publique en garde prétorienne. Le spectacle désolant de Marikana où la police a tiré à balles réelles, tuant 34 mineurs qui manifestaient pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail en 2012 est encore présent dans nos esprits.

Aujourd’hui, incapables de s’attaquer aux vrais auteurs de leur misère qui sont pourtant bien connus, les pauvres Sud-africains s’en prennent aux pauvres étrangers qu’ils chassent avec gourdins, machettes et armes à feu. Résultat des courses, on se retrouve face à une curiosité avec des Africains qui chassent d’autres Africains sur le continent africain ! Il s’agit là d’un cas sans précédent dans l’histoire de la lutte des classes.

Thabo Mbeki et Jacob Zuma ne sont pas seulement des mauvais présidents qui n’ont pas pu réduire les inégalités sociales et économiques ou juguler la criminalité en

mauvais présidents qui n’ont pas pu réduire les inégalités sociales et économiques ou juguler la criminalité

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Afrique du Sud. Ils sont surtout les héritiers d’une politique mise sur pied par Nelson Mandela et conduite pendant cinq ans. Pour réduire les inégalités, lutter contre la xénophobie en Afrique du Sud, il ne suffit pas de changer un président par un autre.

Dès 2005, une campagne de diabolisation a été engagée contre le président Thabo Mbeki. Conspué par l’opinion publique nationale et internationale, lâché par son parti l’ANC, M. Mbeki a été poussé à la démission en 2008. Après une période de transition, il fut remplacé par un certain Jacob Zuma. Moins d’une décennie après, M. Zuma est critiqué par ceux qui l’ont adoubé hier. La Confédération syndicale COSATU lui a retiré sa confiance et en appelle à sa démission. La semaine dernière, le mot d’ordre :

« Zuma must go », « Zuma doit partir » était encore sur toutes les lèvres ou presque.

Qu’il démissionne ou pas, cela ne changera rien aux inégalités en Afrique du Sud et leurs conséquences que sont : le ressentiment de la majorité d’exploités et/ou d’expropriés, la criminalité, l’effritement du sentiment national, la xénophobie…

Pour comprendre les manifestations actuelles, il faut briser un tabou : interroger l’héritage de Nelson Mandela. Le Journal de l’Afrique y consacre une série.

Par Carlos Sielenou & Olivier A. Ndenkop

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Le succès politique rapide du parti « Economy Freedom Fighters (EFF) », bien qu’assez désordonné dans certaines de ses actions, reste l’effet visible d’une société qui se sent trahie par l’ANC, la coalition de partis qui a conduit le pays vers « l’indépendance ». Ce sentiment de trahison est perceptible. Dans la réalité quotidienne des Noirs sud-africains, les effets de la fin de l’apartheid se font encore attendre.

Par Koné Katinan

de l’apartheid se font encore attendre. Par Koné Katinan Un Noir battu par des Noirs devant

Un Noir battu par des Noirs devant une foule indifférente. Photo DR

Les révoltes récurrentes des populations sud-africaines contre les étrangers d’origine africaine soulèvent de vives réactions d’indignation dans tous les pays d’Afrique. Il y a de quoi nourrir de l’indignation. Toutefois, il faut pénétrer profondément la société sud-Africaine pour comprendre ce drame prévisible en ce qu’il constitue les effets collatéraux d’une politique d’apartheid qui n’a jamais été soldée. Bien au contraire, elle s’est bonifiée insidieusement. Cette situation dramatique pourrait déboucher sur une crise politique plus sérieuse.

En politique, ce ne sont pas tous les problèmes dont il faut différer la résolution. C’est pourquoi je ne cesse d’avoir un profond respect et une admiration sans limite pour Robert MUGABE malgré quelques-uns de ses excès. Il a le mérite d’affronter de son vivant les problèmes cruciaux de son pays quitte à faire face à toute forme

Il a le mérite d’affronter de son vivant les problèmes cruciaux de son pays quitte à

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d’ostracisme de la part des maîtres autoproclamés de ce monde. La classe politique sud-africaine a choisi apparemment la voie contraire. Mais sa fuite en avant expose le pays leader d’Afrique noire à de graves menaces.

La propagande occidentale

« Au plan interne, la crise économique qui frappe de façon précipitée, à peine vingt ans après la fin officielle de l’Apartheid, suscite déjà des questionnements sur les négociations politiques qui ont abouti à la fin de l’Apartheid. Les critiques touchent même Nelson Mandela qui risque de perdre vite sa place dans le panthéon des héros africains. La propagande occidentale pour en faire un modèle à suivre par toute la classe politique africaine, jugée très suspecte par une opinion non négligeable aussi bien en Afrique du Sud qu’au-delà de celle-ci, commence à produire les effets contraires. La pauvreté grandissante de la population noire, et l’inverse opulence insolente de la population blanche, mettent à nue l’Apartheid économique sur lequel il semble que Nelson Mandela aurait fait des concessions trop larges. De façon évidente, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les plus grands gagnants de la fin de l’Apartheid restent les firmes occidentales, qui contrôlent une grande partie de l’économie Sud-africaine, détenue par la minorité blanche. En effet, longtemps confinées dans des limites opérationnelles restreintes à cause de l’ostracisme qui a longtemps frappé l’économie Sud-africaine du fait de la politique de l’Apartheid implémentée par le gouvernement d’alors, les compagnies sud-africaines ont depuis 1994, des rayons d’actions élargis à l’ensemble de l’Afrique.

La fin des interdictions qui frappaient ces sociétés a constitué une aubaine que les sociétés occidentales exploitent à merveille. En effet, en prenant le contrôle des grands groupes sud-africains, qui eux-mêmes se déploient partout en Afrique, les capitaux occidentaux jouent avec succès sur deux tableaux. Non seulement, ils prennent de l’ascendance sur l’économie sud-africaine, mais en plus, ils en contrôlent finalement toute la politique. Le leader africain est mis sous surveillance par les puissances occidentales à travers leurs firmes qui sont autant de satellites d’espionnage pour leur compte. C’est pourquoi, bien que politiquement l’Afrique du Sud se soit logée dans le groupe Brésil, Russie, Inde, Chine, (BRICS), l’Afrique du Sud reste dominée en interne par les puissances occidentales. Comment peut-il en être autrement, lorsque la Banque centrale sud-africaine est privée et entièrement contrôlée par la minorité blanche ? L’effigie de Mandela sur les billets de banque n’enlève rien à cette réalité. L’affichage pour cacher la réalité économique et sociale continue.

Dans une étude rendue publique sous le titre « Non, Mandela n’est pas mon héros » le 6 mai 2015, à partir de son site WEB, le journaliste- écrivain Jean-Paul Pougala, révèle comment le « Public Investment Corporation » (PIC), et la NEDBANK ont pris le contrôle d’ECOBANK à partir de 2012 et de 2013.

Le premier est un fonds public créé en 1911 pour gérer les pensions des retraités de la fonction publique dont l’effectif est composé de plus de 95% de la minorité blanche, qui pendant plus d’un siècle a été quasiment la seule à servir la fonction publique sud-

de la minorité blanche, qui pendant plus d’un siècle a été quasiment la seule à servir

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africaine. Ce fonds, fort de ses 100 milliards de dollars US, est devenu aux dires de J-P Pougala, une orgue sur le continent. C’est tant mieux, pourrait-on dire, parce que ce fond a l’avantage d’être africain et géré par un gouvernement africain. Mais la situation se présente autrement avec la NEDBANK, qui n’est que la filiale de l’assureur britannique « OLD MUTUAL ». Sans coup férir, la firme britannique rafle 20% du capital du fleuron des banques africaines. Cette minorité bloquante permet à l’assureur britannique de peser sur les décisions d’ECOBANK.

La minorité blanche

Dans le même registre, en 1999, la banque sud-africaine « STANDIC BANK » rachète la « UNION MORTAGE BANK» et la rebaptise « STANBIC BANK GHANA » en 2012. Avec moins de 75 millions de dollars, la FIRST RAND se fait sienne, la MERCHANT BANK GHANA. Toutes ces banques sont détenues par la minorité blanche sud-africaine, contrôlée en back up par les capitaux britanniques.

Ainsi la minorité blanche sud-africaine qui contrôle déjà toute l’économie sud- africaine se déploie par de nombreux tentacules sur tout le continent africain. C’est finalement elle, qui tire le plus gros avantage de l’abolition de l’Apartheid, après s’être enrichie de celle-ci.

La situation désastreuse de la population noire sud-africaine affaiblit le pays phare du continent et y entrave l’exercice de son leadership. L’Afrique du Sud ouvre grandement ses bras aux Occidentaux qui peuvent s’y rendre sans visa, mais renforce les mesures de protection contre les Africains. Il est sage de ne pas cumuler une misère sur une

autre

»

Quand l’on y ajoute le fait établi que les terres arables sont la propriété quasi exclusive de la minorité blanche, tout est réuni pour former un volcan social dont la fumée que l’on aperçoit sous la forme d’attaques xénophobes atteste qu’il est entré déjà en ébullition. Malheureusement les cendres novices de son éruption pourraient toucher

tout le continent noir. C’est pourquoi, la solution ne se trouve pas dans les répliques que l’on relève ici et là, notamment au Nigéria. Il faut que l’Union africaine aide l’Afrique du Sud à se stabiliser. Un sommet des chefs d’Etat mérite d’être convoqué à cette fin. Il ne faut pas attendre que le pire arrive dans ce pays parce que le pire sud- africain sera forcément le pire de toute l’Afrique.

Extrait du livre de Koné Katinan intitulé : Idéologie, conscience et combat politique, L’Harmattan, Avril 2016

peut-on

dire.

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Le Maroc sans gouvernement ? Le FMI assure le job jusqu’en 2021

Dans la lutte des places en cours pour la formation du prochain gouvernement marocain, la politique économique du pays pour les cinq prochaines années semble décidée d’avance par le FMI.

Par Salaheddine Lemaizi

décidée d’avance par le FMI . Par Salaheddine Lemaizi Le Maroc est sans gouvernement depuis plus

Le Maroc est sans gouvernement depuis plus de cinq mois. Les tractations pour la formation du prochain exécutif sont au point mort. Le Parti justice et développement (PJD) [Islamiste, pro-monarchie], est sorti vainqueur des élections législatives du 7 octobre 2016. Depuis ce jour-là, ce parti fait face à un chantage de la part de partis affiliés au Makhzen |1|. Pendant que les négociations s’enlisent, un acteur habitué aux situations de crise politique s’immisce dans la gestion économique du pays. Le Fonds monétaire international (FMI) s’offre un boulevard pour « accélérer le rythme des réformes structurelles ».

Aidé par un ministre des Finances par intérim |2| aligné sur les positions du FMI et de la Banque mondiale et un directeur de la Banque centrale, artisan de l’ajustement structurel permanent au Maroc depuis trois décennies |3|, ainsi que par la haute technocratie du département des Finances, le FMI obtient gain de cause sur quasiment toutes ses demandes. Ainsi tout le processus de démocratie électorale se trouve vidé de son sens. Avant d’analyser le contenu de ce programme, deux remarques s’imposent sur le manque de transparence du Maroc et la nature anti- démocratique du FMI.

Sur l’absence de transparence gouvernementale

manque de transparence du Maroc et la nature anti- démocratique du FMI. Sur l’absence de transparence

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À travers le suivi de la relation FMI-Maroc depuis quatre ans par ATTAC Maroc |4|, nous ne pouvons qu’être scandalisés par le manque de transparence des autorités marocaines sur ce dossier. Au moment de la signature de la première Ligne de précaution et de liquidité (LPL) en juillet 2012, les représentants de l’État marocain ont nié s’être engagés sur des réformes précises. Or, ils seront démentis par leur partenaire, le FMI. L’institution financière publiait la lettre d’intention signée par le ministre des Finances marocain et le directeur de la banque centrale, mentionnant des engagements chiffrés sur quatre ans |5|.

Précisons que le LPL n’est pas un prêt mais simplement « une assurance contre les chocs externes » destinée aux pays « dont l’économie est foncièrement solide et qui ont fait leurs preuves en appliquant une politique économique avisée, mais qui restent exposés à certains facteurs de vulnérabilité », selon le FMI. Ce que ne dit pas cette institution c’est que cette assurance comprend deux niveaux de conditionnalités et a couté aux contribuables 540 millions de DH (dirham marocain) en quatre ans |6|, sans que le Maroc ne reçoive un seul dirham.

Dans un pays qui respecte ses citoyens et leur intelligence, le minimum aurait été de publier ces informations sur les sites officiels marocains, accompagné d’une traduction de ce document vers l’arabe, langue officielle du pays. Au lieu de cela, l’État marocain préfère la stratégie de l’autruche.

De l’anti-démocratique FMI

Il ne faut pas se leurrer non plus sur la nature du FMI. Cette institution est le contraire d’une institution démocratique. « Le FMI s’est vu adjoindre un mode de fonctionnement proche de celui d’une entreprise » |7|, décrivent Damien Millet et Éric Toussaint. Entre les État-actionnaires du FMI les rapports de force sont fortement déséquilibrés. Les États-Unis disposent, à eux seuls, de près de 17 % des droits de vote au sein du Conseil d’administration du FMI, contrôlant de facto cette institution et ses choix. Ce pouvoir est démesuré si on le compare à celui des Pays en voie de développement dont les droits de vote sont ridiculement réduits eu égard à la taille des populations qu’ils représentent (voir graphique ci-dessous). Les réformes apportées à cette répartition des votes n’ont pas changé l’ADN anti-démocratique du FMI.

Les réformes apportées à cette répartition des votes n’ont pas changé l’ADN anti-démocratique du FMI. 9

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Figure 1 - Répartition des droits de votes au sein du CA du FMI. Source

Figure 1 - Répartition des droits de votes au sein du CA du FMI. Source : Millet et Toussaint (2016)

Durant l’apartheid en Afrique du Sud, le FMI a fait affaire avec ce régime raciste. « En 1970-1971, l’Afrique du Sud, que le FMI a jugé tout à fait fréquentable en dépit des violations continues des droits de l’homme, lui a vendu de grosses quantités d’or », rappellent Millet et Toussaint |8|. Plus récemment, le FMI et ses alter egos, la Commission européenne et la Banque centrale, n’ont pas dissimulé leur mépris pour le choix démocratique du peuple grec lors du référendum de juillet 2015 |9|.

De l’illégitimité de la Ligne de précaution et liquidité

Nous sommes en juillet 2016, le gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane (PJD) joue les arrêts de jeu. Pourtant, cet exécutif demande de renouveler pour une troisième fois en quatre ans, la Ligne de précaution et de liquidité (LPL) pour un montant de 3,47 milliards de dollars. Ce gouvernement ne tient pas sa promesse |10|, celle de ne pas renouveler cette LPL. Le ministre des Finances marocain déclarait en octobre 2016 : « Les conditions qui ont amené le Maroc à recourir en 2012 à la première LPL ne sont plus d’actualité. Et l’opportunité de recourir à une 3 e LPL se justifie de moins en moins » |11|. Amnésique, le ministre des Finances défendra cette nouvelle LPL en avançant ses arguments bricolés : « rassurer les investisseurs internationaux, disposer d’une assurance face aux chocs exogènes… ». Le gouvernement n’est pas à une contradiction près.

Le package de « réformes » prévu par cette nouvelle LPL conduira le pays pour les quatre prochaines années à poursuivre la politique d’austérité initiée dans son

LPL conduira le pays pour les quatre prochaines années à poursuivre la politique d’austérité initiée dans

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premier

démocratique, car signés par un gouvernement sortant, aux dernières semaines de

son mandat.

De l’austérité pour cinq ans

Les engagements du gouvernement sortant dans le cadre de la LPL réduisent à néant tout espoir d’une relance économique. « Les objectifs énoncés pour 2020-2021 dans la dernière note du FMI donnent une idée assez précise des objectifs gouvernementaux pour les cinq prochaines années », explique, l’économiste Zouhair Ait Benhamou |13|. Pour ce dernier, les choix macro-économique sont déjà faits jusqu’en 2021.

D’ici 2021, le Maroc devrait réduire son déficit budgétaire à 2,4 %. Un engagement dangereux pour la population et l’économie du pays. Une cible qui devrait s’accompagner de nouvelles réductions budgétaires (baisse de la dépense publique et du recrutement dans la fonction publique). Le FMI s’acharne à exiger une réduction du déficit depuis 2012. Ce qu’il a obtenu -essentiellement- grâce à la baisse de la facture énergétique du pays. Le déficit public est passé de 7,3 % en 2012 à 3,9 % en 2016. Rappelons que l’objectif de départ pour 2016, était un déficit de 3 % dès 2016.

mandat |12|.

Ce

programme

et

cette

LPL

n’ont

aucune

légitimité

12 |. Ce programme et cette LPL n’ont aucune légitimité Figure 2 - Croissance économique et

Figure 2 - Croissance économique et équilibres budgétaires. Source HCP

Comme l’indique le graphique ci-dessus, le rôle essentiel du gouvernement sortant a été le retour aux sacro-saints « équilibres macro-économiques » chers au FMI, au détriment de la « croissance » |14| et aux efforts dans les secteurs. Ceci est le constat amer du très officiel Haut-commissariat au Plan (HCP). Dans son document intitulé :

« Budget Économique Exploratoire 2017 » |15|, on pouvait lire cet aveu d’échec :

« La recherche de la stabilité macroéconomique dans un contexte de croissance économique faible et d’un contenu en opportunités d’emploi ne répondant pas aux aspirations de la population, suscite des interrogations sur la pertinence d’un tel modèle dans le contexte d’une transition démographique accélérée ».

interrogations sur la pertinence d’un tel modèle dans le contexte d’une transition démographique accélérée ». 11

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Le deuxième engagement phare est celui de la réduction de la dette publique de 4,3 % du PIB. La dette publique du Trésor correspond à 64,3 % du PIB. Une dette en hausse de 17,4 % en huit ans. Pourtant, les engagements des deux premières LPL de 2012 et 2014 visaient à faire baisser la dette. À l’opposé, la dette a continué à croitre (voir graphique n°3). Désormais et par la grâce de cette troisième LPL, le Maroc devrait réduire sa dette de 4,3 % en un mandat. Pour y arriver, le FMI et le Maroc promettent des chimères : « Le Staff du FMI et les autorités sont d’accord pour maintenir l’objectif de réduire la dette public à 58,7 % du PIB d’ici 2020, afin d’accroitre l’assiette fiscale, sans affecter la croissance » |16|. Ce jeu d’équilibrisme est perdu d’avance. Chercher à réduire la dette se fera au détriment des secteurs sociaux.

la dette se fera au détriment des secteurs sociaux. Figure 3 - Évolution de l’encours de

Figure 3 - Évolution de l’encours de la dette du Trésor. Source : Min. Finances

2017

Cet objectif est intenable économiquement et socialement. Une tentative de l’appliquer serait synonyme d’un plan d’austérité drastique. Avec des conséquences sociales catastrophiques pour le peuple marocain. D’ailleurs, la Loi de finances 2017 donne un avant-goût de ce menu avec une deuxième baisse consécutive du budget de l’Éducation nationale.

Troisième engagement, c’est la flexibilité du change. Vieille revendication du FMI depuis les années 80, les différents gouvernements ont fait de la résistance durant trois décennies pour retarder son application. Il a fallu l’arrivée de ce gouvernement en fin de mandat pour accélérer la mise en application de cette troisième réforme dangereuse. Faute d’un gouvernement, c’est la Banque centrale qui gère toute l’opération. Le tout sans consultation du parlement et de vrai débat public sur cette question fondamentale |17|. Les autorités monétaires présentent la migration vers le

vrai débat public sur cette question fondamentale | 17 |. Les autorités monétaires présentent la migration

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change flottant comme une décision technique. Alors qu’en regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une décision aux lourdes conséquences sur l’économie |18|.

De la servitude économique volontaire

Ce rappel des engagements du Maroc pris par un gouvernement en fin de mandat pose la question du rôle des élections et de la démocratie dans un pays. De fait, le prochain gouvernement n’aura aucune marge de manœuvre économique et sociale. Encadré fortement par le FMI et sa LPL, épaulé par la Banque centrale, le prochain exécutif ne fera qu’appliquer ces mesures.

Ne nous faisons pas d’illusion non plus, tous les partis (majorité comme opposition parlementaire) sont alignés sur les thèses du FMI. A tel point que les programmes électoraux des grands partis marocains se rejoignent sur « la rigueur budgétaire » à appliquer les prochaines années. Mais, il est nécessaire de rappeler qu’un virage de la politique économique ne peut se faire sans une rupture avec les recommandations du FMI, et en premier lieu en finir avec cette LPL, qui est une forme de servitude économique volontaire.

Certes, le Maroc n’est pas du tout une démocratie. L’essentiel des décisions politiques se prennent dans d’autres cercles que celui du gouvernement, mais il faut mettre les politiques face à leurs responsabilités, leur rappeler qu’une autre économie est possible et envisageable. L’austérité, la réduction des budgets des secteurs sociaux, la privatisation ne sont plus des solutions. Ces remèdes mortifères ont partout échoué. Une institution sous influence comme le FMI ne sert que les intérêts de ses principaux actionnaires et des classes dirigeantes au Nord comme au Sud. En finir avec l’hégémonie d’une pensée économique dominante est le sens du combat d’ATTAC Maroc et de notre réseau CADTM, pour un autre monde possible.

Notes

politique,

économique, sécuritaire, médiatique et associatif.

|2| Mohamed Boussaid, a été directeur du département de la privatisation entre 2001 et 2004, période où l’État avait bradé ses plus importantes entreprises. En 2004, il est nommé ministre de la modernisation des secteurs publics, où il appliquera le sinistre Programme de départ volontaire des fonctionnaires, pensé par la Banque mondiale. Un programme qui a eu des conséquences dramatiques sur la qualité de la fonction publique.

|3| Abdelatif Jouahri, gouverneur de la banque centrale depuis 2003, ce personnage clé du néolibéralisme à la marocaine a été ministre des Finances durant le PAS entre 1981-86.

|4| Voir à ce sujet, un dossier complet sur notre site et notamment, le texte S. Lemaizi, Austérité et ajustement au Maroc. Le gouvernement garde la « Ligne » du FMI et le citoyen paie le prix, mai 2014.

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Appareil

de

gouvernance

de

la

monarchie,

composé

de

relais

dans

le

monde

le citoyen paie le prix , mai 2014. | 1 | Appareil de gouvernance de la

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2012.

|6| Selon la déclaration du ministre du Budget, la LPL coûte 135,1 millions de DH/an. Voir, G.W. Karmouni, LPL, un piège tendu au Maroc, E&E, juin 2014.

|7| Données actualisées sur base de : Damien Millet et Éric Toussaint, 65 questions 65 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, p.70 CADTM, 2012.

|8| Millet et Toussaint, p.70

|9| Cinzia Arruzza, Référendum en Grèce : la nouvelle bataille de Marathon, CADTM, juillet 2015.

|10| Momar Diao, Maroc-FMI, La LPL, c’est fini, Finance News, janvier 2016.

|11| Amine Khadiri, FMI/Maroc : La LPL sera-t-elle reconduite ?, Finance News, Novembre 2015.

|12| Pour une analyse complète de ce programme, lire Omar Aziki, Le FMI continue à imposer ses réformes catastrophiques au Maroc, février 2017.

|14| Nous utilisons ce terme avec beaucoup de précaution, car même dans le cas d’une croissance positive, il n’est pas avéré qu’elle profite aux classes populaires.

|17| Pour un éclairage critique sur cette question, lire : Mouvement ANFASS, La libéralisation de change de la monnaie nationale est une affaire politique !, janvier 2017.

Source : CADTM

pas qu’un choix technique : A. Jouahri doit s’expliquer , Perspectives Med , juillet 2016. Source

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Nous sommes tous des Anglophones du Cameroun !

Depuis le mois de décembre 2016, les deux régions anglophones du Cameroun sont to- talement coupées du reste du pays. Tout est parti d’une grève des enseignants et des avocats. Les premiers estiment que « leur » système scolaire anglo-saxon et les second « leur » Common Law. En réaction, le régime de Paul Biya au pouvoir depuis 35 ans a sorti le bâton après la carotte.

Par Albert MOUTOUDOU

a sorti le bâton après la carotte. Par Albert MOUTOUDOU Quelques manifestants. Photo DR Ce qui

Quelques manifestants. Photo DR

Ce qui tonne dans la partie dite "anglophone" du Cameroun, vaut pour la quasi-totalité des pays d’Afrique dite noire et toutes leurs "régions" qui détonnent ! Les événements dans la partie dite anglophone de notre pays donnent lieu à de nom- breuses réactions de nos compatriotes. Qu’ils s’expriment au nom d’un groupe, parti ou à titre individuel, cela est vital et salutaire pour le pays. Que reste-il donc encore à dire après tout ce qui a été dit ? Mon avis est que, de la situation en zone anglophone

Que reste-il donc encore à dire après tout ce qui a été dit ? Mon avis

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comme de tout ce que nous vivons dans notre pays, nous avons à peine commencé à parler. Il viendra un jour où les commentateurs des commentaires qui font les intéres- sants dans des débits de boissons découvriront qu’il y a mieux : à savoir transformer leur diarrhée de paroles en propositions à la réalisation desquelles chacun se sentira concerné et s’impliquera. Il viendra un jour où nos intellectuels qui dans l’ensemble se consacrent à l’art du clair-obscur, et pour quelques-uns d’entre eux à leur seule car- rière qui les réduits au rôle de chiens de garde du pouvoir en place, comprendront que la haute mission des intellectuels est de travailler à la promotion de la pensée libre et de la pensée pour faire avancer leur pays, ainsi qu’on le voit ailleurs dans le monde.

La sagesse d’un groupe bantou dit ceci : « l’intelligence, c’est la cotisation ». Que chacun apporte donc son écot. Aucune contribution n’est de trop pour surmonter les écueils que 35 années du Président Biya ont semés sous nos pas. Puisqu’on assiste, une fois de plus, au spectacle du pouvoir jouant les pompiers pyromanes, c’est-à-dire criant au feu et créant hâtivement une commission sous la pression des événements, par quoi il prétend éteindre ledit feu qu’à défaut d’en être l’unique instigateur il a longtemps laissé couver sous la cendre.

M. Biya n’a pas accédé à la magistrature suprême dans des conditions d’impréparation qui furent celles de son prédécesseur M. Ahidjo. Lorsqu’en 1982 le Président came- rounais prend les rênes du pouvoir cela fait vingt longues années qu’il est dans les ar- canes du pouvoir. Depuis 1962, M. Biya a exercé diverses fonctions : conseiller du Pré- sident, directeur de cabinet, ministre, Secrétaire général à la présidence, Premier mi- nistre…

Si ce n’était pas encore assez pour connaître les dossiers, en particulier les dossiers sensibles qui mettent l’unité de la nation en danger, quel élève serait-il donc ? M. Biya a eu assez de temps pour savoir parfaitement les points durs entretenus par la divi- sion du pays entre des soi-disant anglophones et des soi-disant francophones. Et ce n’est pas un hasard si moins de deux ans après son accession à la présidence il s’em- presse d’accommoder à sa propre sauce la Constitution sur ce point par la loi du 4 fé-

à la présidence il s’em- presse d’accommoder à sa propre sauce la Constitution sur ce point

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vrier 1984 qui transforme la République unie du Cameroun en République du Came- roun tout court. A la lumière de ce que le pays vit aujourd’hui, chacun pourra juger de l’efficacité de ladite loi au regard des problèmes à traiter.

Si en 1984 et à propos d’une question aussi sensible le président avait au moins fait précéder le changement par un référendum, il se serait certainement fait une idée plus exacte de ce que les populations pensent dans les deux parties du pays et plus singulièrement dans la zone dite anglophone aujourd’hui en chauffe. Mais son choix fut de s’en remettre à son Assemblée qui procéda à la modification constitutionnelle sans poser de question.

Comme d’habitude. C’est un épisode analogue que nous avons vécus plus récemment, le 14 avril 2008. Lorsque le président décida de rendre illimité le nombre de mandats présidentiels, il refusa le référendum et laissa opérer le changement constitutionnel

uniquement

Pendant qu’on enferme les populations dans des choix qu’ils réprouvent ou du moins dont on ne leur a pas donné l’occasion de discuter, on répète des injustices et on fait semblant de ne pas voir le mécontentement que cela engendre. Il ne restera plus que la posture du pompier-pyromane quand ce mécontentement ne pourra plus être contenu. Un proverbe d’un groupe bantou dit qu’en crottant un peu partout dans la case, la chèvre se figure qu’elle se moque de la personne chargée de balayer, elle ne voit pas que c’est sa propre queue constamment barbouillée qu’elle insulte. Après une commission pour traiter des problèmes que la modification constitution- nelle de février 1984 n’a pas su résoudre, je ne serai pas étonné que l’on nous pro- pose, demain, la création d’une commission soi-disant pour résoudre la frustration et le mécontentement qui couvent parmi les populations depuis la modification constitu- tionnelle de 2008. En attendant, nos compatriotes anglophones probablement en co- lère au moins depuis 1984 sont aujourd’hui l’objet de tous les procès en sorcellerie comme ce fut le cas hier, en 2008, lorsque des jeunes tombés sous les balles de la ré- pression furent accusés d’être manipulés par des apprentis-sorciers (selon les mots du président) dont on attend toujours que les noms soient cités.

députés.

par

ses

(selon les mots du président) dont on attend toujours que les noms soient cités. députés. par

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L’héritage de la colonisation autant que les règlements d’institutions qui prétendent gérer ce qu’on appelle le libéralisme (OMC, APE, etc.) fonctionnent bien souvent comme des bombes à retardement. Nous n’avions demandé ni à la France ni à la Grande Bretagne de diviser notre pays en deux parties à l’issue de la première guerre mondiale. Elles l’ont pourtant fait. Nous ne pouvons pas passer notre temps à pleurer sur les forfaits colonialistes. Il nous revient de jouer les démineurs maintenant : c’est- à-dire d’accéder à cette intelligence qui voit froidement les enjeux dans le désordre ainsi créé ; désordre qui piège les populations de part et d’autre tout autant qu’il piège l’Etat camerounais, garant d’un héritage qui lui est tombé dessus certes, mais dans le- quel il patauge parce qu’il est plombé par ses propres insuffisances.

Les libertés de réunion et d’association sont inscrites dans notre Constitution, le droit de grève aussi ; la liberté de manifestations publiques figure dans la loi de 1990. Ce- pendant, dès qu’on veut user de ces dispositions, l’Etat sort ses grands moyens que sont des troupes casquées et bottées, des équipements pour la dispersion des foules (canons à eau, etc.) ; les personnes rassemblées sont tabassées, menées au commissa- riat pour de longs interrogatoires, fichées, menacées dans leur emploi, etc. On voit parfois dans une timide manifestation plus d’unités des forces dites de l’ordre que des manifestants. L’objectif visé est clair : ce déploiement des forces doit inspirer une ter- reur dissuasive. Que cela tienne lieu de programme politique en ce XXI ème siècle est si misérable qu’on en viendrait presqu’à plaindre des dirigeants qui en sont encore là. Vous empêchez nos compatriotes dits anglophones de se réunir, de manifester, de par- ler, de faire grève, une fois, deux fois, et les gens se demanderont pour quelle raison il faudrait continuer à vivre sous cet ordre-là. Si vous poursuivez et ils songeront à vo- ter avec leurs pieds. Ou pis…

Que l’Etat laisse les Camerounais s’exprimer librement dans leurs réunions et mani- festations, dans leurs écrits. Qu’il fasse preuve d’écoute et d’ouverture à la discussion. Et, surtout, qu’il tienne qu’il n’y a aucun sujet tabou pour nos compatriotes dits anglo- phones. C’est sidérant que des organes de presse soient menacés au motif qu’ils fe-

nos compatriotes dits anglo- phones. C’est sidérant que des organes de presse soient menacés au motif

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raient l’apologie du fédéralisme pour avoir donné la parole à tel ou tel compatriote qui en parle ! Il n’y a pas de sujet tabou quand on peut observer qu’en une quarantaine d’années l’Etat se permet de changer plusieurs fois d’avis sur un même sujet. C’est en effet le pouvoir qui décida tout seul de passer de la République fédérale à la Répu- blique unitaire, puis de celle-ci à la République tout court. Il devrait donc accepter que des Camerounais aussi puissent en changer, et dans cette hypothèse la tâche de l’Etat est de s’occuper d’aménager des cadres d’un dialogue constructif avec des éléments représentatifs des populations, afin de trouver des solutions aux problèmes qui se posent.

Les variations intempestives de l’Etat sur le statut de notre République ne sauraient rassurer les populations et d’autant moins si comme en 1984 M. Biya s’abstient de faire valider sa modification par un référendum et confie la besogne à ses seuls dépu- tés. Le passage en force qui consiste à substituer le vote des députés au référendum fait immanquablement penser qu’il y a des desseins inavouables derrière la modifica- tion constitutionnelle. Et même si ce n’était pas le cas, la manière impose pénible- ment ce sentiment.

En revanche, si des cadres d’écoute et de dialogue existent réellement, alors dans la longue liste de griefs qui ne datent pas d’hier présentée par nos compatriotes dits an- glophones on saura s’accorder sur les problèmes prioritaires à résoudre, définir les

modalités de leurs résolutions, en particulier concernant les ressources, les indica- teurs de performance, le calendrier. A intervalles définies à l’avance, on fait le bilan, les corrections s’il y a lieu et l’on passe à l’exécution des phases suivantes. Quand on montre ce souci de traiter des problèmes que les personnes les plus concernées ont identifiés, avec des hommes que l’on ne soupçonne ni de parti pris ni de surenchère, avec les moyens appropriés, avec le contrôle qui suit derrière, alors l’affaire est en

gagnée.

Si à l’inverse l’Etat ne pense qu’à montrer ses muscles, disperser des manifestants, ta-

partie

basser, couper internet, mettre en détention, puis à créer une commission qui se pré- sente comme un appel aux éléments corruptibles, alors tous les désespoirs sont per-

une commission qui se pré- sente comme un appel aux éléments corruptibles, alors tous les désespoirs

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mis et l’on aura tout simplement placé une deuxième bombe à retardement à côté des premières. Pour l’heure, c’est malheureusement le cas. Les accusés (notamment l'avo- cat Agbor Balla, le professeur Fontem Neba et l'animateur de radio Mancho Bibissi) ont été produits dans la confusion le 13 février dernier à la première audience au tri- bunal militaire de Yaoundé, où, ils sont sous la menace de l’article 2 de la loi anti-ter- roriste. Ils risquent la peine de mort. Rien de moins !

Toutefois, le dépit de longue date de nos compatriotes dits anglophones ne doit pas leur faire perdre le sens de la nature de l’Etat camerounais sous Paul Biya. C’est un Etat au service d’un groupe d’hommes dont l’enrichissement se poursuit fiévreuse- ment et avec esprit de suite. Quand vous entendez les sommes exorbitantes que l’on accuse quelques pontes de l’Etat d’avoir détournées, quand vous apprenez qu’un des jeunes ministres actuels a subi par trois fois des cambriolages à domicile pour des sommes en argent liquide qui s’élèvent au total à près d’un milliard et demi (et si l’on a 1,5 milliard en petites coupures à domicile, il y a tout lieu de penser que l’on a beau - coup plus dans des banques), quand vous savez que le salaire mensuels d’un député sans compter les avantages (voiture, frais d’électricité, d’eau, de téléphone, etc.) est de 850 000F, celui d’un sénateur d’environ 1 million de francs toujours sans compter les avantages, alors il est clair que dans ce pays il y a des gens qui disposent de très grandes fortunes.

Si l’on ajoute aux 180 députés et aux 100 sénateurs, la centaine de ministres et secré- taires d’Etat, le corps de hauts fonctionnaires, des officiers supérieures de nos corps de sécurité qui gèrent les budgets et peuvent passer des marchés ; si l’on y ajoute des hommes d’affaires qui sont dans les arcanes du pouvoir et bénéficient de toutes les fa- cilités (commandes de l’Etat, défiscalisation et non-paiement d’impôts, fausses factu- rations, prestations fantômes, etc.), le corps des personnes placées à la tête d’établis- sements divers (professionnels, hospitaliers, etc.) ; bref il y a là des hommes et des femmes très riches, qui jonglent avec des centaines de millions, des dizaines voire des centaines de milliards, au mépris des difficultés de nos populations. Ils sont dans

millions, des dizaines voire des centaines de milliards, au mépris des difficultés de nos populations. Ils

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toutes les parties du pays et dans la partie dite anglophone aussi bien. Ce serait une revendication absurde si certains de nos frères dits anglophones n’aspiraient qu’à ac- céder à cette minorité excessivement riche qui ruine le pays.

A côté de cette minorité il y a une classe moyenne très faible numériquement et, enfin, tout en bas tout en bas un océan de près de vingt-cinq millions de Camerounais qui se demandent chaque jour ce qu’ils doivent faire pour vivre décemment. Ceux-ci consti- tuent l’immense masse de la population, sur toute l’étendue du territoire, et aussi bien dans la zone dite francophone, y compris jusque dans la région natale du président. Cette catégorie-là a partout les mêmes problèmes de survie : manque de travail, res- sources extrêmement faibles voire inexistantes en face des besoins des scolarités des enfants, des soins de santé, de la nourriture et du logement, etc. Si une ethnie quel- conque oublie que c’est cela la réalité camerounaise, alors elle se trompera de combat en voulant s’en prendre aux autres ethnies ; si une région oublie cela, elle se trompera de combat en voulant s’en prendre aux autres régions. Si les anglophones oublient cela, ils voudront faire la guerre aux francophones et non à l’Etat Biya qui gère le Ca- meroun au seul profit d’un groupe minoritaire dont les représentants sont dans toutes les parties du pays.

Si des compatriotes dits anglophones se contentaient de réclamer de pouvoir être quelques-uns de plus parmi les plus riches à centaines de millions et à milliards dont je viens de parler, ce serait faire preuve d’une vue aussi courte que si des compatriotes dits francophones se mettaient à en vouloir aux anglophones parce qu’ils comptent plus de pauvres que ces derniers.

Le combat de l’immense masse des Camerounais réduits à la survie et aux expédients partout où ils se trouvent, c’est contre une petite classe des gens associés d’une ma- nière ou d’autre, à travers l’Etat camerounais, à la prédation des ressources de notre pays.

En retour, les Camerounais de la partie dite francophone doivent montrer toute leur solidarité avec leurs frères dits anglophones. Par des formes diverses. Il faut saluer la résolution de quelques avocats francophones qui se sont pourvus en défenseurs au-

formes diverses. Il faut saluer la résolution de quelques avocats francophones qui se sont pourvus en

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près du collège d’avocats essentiellement formé d’anglophones pour la défense de nos frères en détention. Il faut que de toutes les parties du pays se créent des groupes de réflexion, des groupes de soutien, des groupes d’avocats pour la défense de nos com- patriotes en difficulté.

Source : Le Messager

de soutien, des groupes d’avocats pour la défense de nos com- patriotes en difficulté. Source :

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Le franc CFA, arme de destruction massive contre le développement africain

Franc des colonies françaises d’Afrique, le franc CFA est devenu le franc de la coopération financière en Afrique, après avoir symbolisé le franc de la Communauté financière africaine à la naissance de la 5ème République française en 1958. Le contenu du FCFA est resté constant bien que le contenant soit en perpétuel changement.

Par Don Mello Ahoua

contenant soit en perpétuel changement. Par Don Mello Ahoua Un billet de cinq mille francs CFA

Un billet de cinq mille francs CFA

1939. Par une guerre éclair, l’Allemagne nazie occupe la moitié de la France qui s’étendra ensuite à la totalité du territoire français et fait main basse sur le franc français et l’économie française. Le franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) naît officieusement pour les colonies françaises et servira de fonds souverains pour DE GAULLE exilé en Angleterre pendant toute la période de guerre.

En 1942, avec le FCFA, De Gaulle, fait réquisitionner les matières premières à vil prix dans les colonies d’Afrique et les vend à prix d’or en Angleterre et aux USA. Les réserves de change engrangées permettront alors de financer l’effort de guerre de la France Libre dont la capitale passe de Paris à Brazzaville. Cette réquisition s’étend aux jeunes africains valides pour se rendre sans visa sur les théâtres d’opération en Afrique du Nord puis en Europe et servir de boucliers humains.

Après la libération de la France, sur ordre de De Gaulle, l’armée française fût blanchie pour défiler à Paris devant les officiels avec des héros qui n’avaient livré aucun combat. Certains soldats africains seront regroupés à Toulon et réexpédiés à Thiaroye au Sénégal où certains ont été fusillés et d’autres ont reçu des médailles. Ils ont ainsi été écartés et enterrés dans les sous-sols de l’histoire pour éviter qu’ils rentrent dans

Ils ont ainsi été écartés et enterrés dans les sous-sols de l’histoire pour éviter qu’ils rentrent

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l’histoire glorieuse de la France. Leur commandant, le Général LECLERC eut droit à tous les honneurs et est rentré dans l’histoire sans ses soldats.

Le 26 décembre 1945, le franc CFA sort de la clandestinité et naît officiellement. La totalité des réserves en devise servait à financer l’effort de reconstruction d’une France sortie très abîmée de la guerre.

Le 19 septembre 1946, le député Houphouët-Boigny, affirmait, lors des premières discussions sur la constitution de la communauté franco-africaine au palais BOURBON en France : « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté »

Le 28 septembre 1958, Félix Houphouët-Boigny, ministre d’État de la République Française, vote la constitution de la Communauté Franco-africaine instituant une fédération entre la France et ses colonies. La Constitution de 1958 est donc un déni de souveraineté pour les colonies dans les domaines de souveraineté traditionnelle que sont la défense, la monnaie, l’éducation, la diplomatie, la sécurité, les matières premières.

En 1959, pour donner un peu d’autonomie aux Etats Africains dans le cadre de la communauté, la France crée la BCEAO (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest) et la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Dans le cadre de ces banques centrales, la France concède 35% des réserves en devise à ces anciennes colonies et s’octroie la part du lion (65%) pour financer les institutions de la communauté. Les colonies n’étaient donc, aux yeux de la France, que des collectivités décentralisées de l’Etat français.

Les quatre (4) principes de la coopération monétaire entre la France et les États membres de la zone Franc ont épousé l’esprit de la fédération, à savoir la mise en commun des ressources financières depuis cette date jusqu’à ce jour :

La garantie du Trésor français à la convertibilité en Franc français (aujourd’hui en euros) des monnaies émises par les trois instituts d´émission de la zone ;

La fixité des parités entre le Franc français (aujourd’hui l’euro) et le franc CFA ;

La liberté des transferts au sein de chaque sous-ensemble ;

La centralisation des réserves de change.

Les indépendances de 1960 ont conservé l’esprit et la lettre de la communauté franco- africaine avec la ferme conviction que « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». Toutefois, cette espérance du Père de la Françafrique avait un prix. Car, en contrepartie de ces principes et de cette profession de foi, les banques centrales de la zone Franc sont tenues de déposer une partie de

principes et de cette profession de foi, les banques centrales de la zone Franc sont tenues

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leurs réserves de change (65%, révisée à 50% en 1999) auprès du Trésor français sur un compte d’opérations.

Le fonctionnement du compte d’opérations a été formalisé par des conventions successives entre les autorités françaises et les représentants des banques centrales de la Zone franc. Le compte reçoit des dépôts à vue ou à terme en provenance des pays africains de la zone Franc. La France place ces ressources qui rapportent des intérêts

par des opérations de crédit (en partie à l’Afrique). Une partie des intérêts sert à rémunérer le compte d’opérations et l’autre partie est à la discrétion du pouvoir français que l’on retrouvera sous forme d’aides diverses (Ministère de la coopération, assistance militaire au pouvoir ou aux rebelles, Banque Mondiale, FMI, AFD, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO, etc.). Par rapport au compte d’opérations, le trésor français fonctionne donc comme la vraie banque centrale avec des agences que sont la BCEAO

et la BCEAC et comme une banque d’investissement actionnaire principale de l’AFD

(agence française de développement), de la FED (Fond Européen de développement.

La confiscation systématique de 50% des avoirs extérieurs des anciennes colonies par

le Trésor français et le libre transfert des avoirs des opérateurs économiques des

anciennes colonies vers la France favorisé par le code d’investissement qui exonère d’impôts les bénéfices des multinationales, réduisent de manière drastique l’épargne publique et privée. Cette confiscation institutionnelle et systématique de l’épargne oblige les anciennes colonies à emprunter leurs propres ressources ainsi confisquées.

A titre d’exemple, le rapport annuel de la Banque de France sur les comptes de la

BCEAO indique pour l’année 2010 (en milliards de FCFA) :

– Compte d’opérations : 3 048,978 FCFA

Les pays du moyen orient et les pays émergents ont financé leur développement avec leurs réserves en devises qui constituaient l’essentiel des fonds souverains.

A titre indicatif les fonds souverains de quelques pays arabes constitués par les

devises issues d’un seul produit donnent une idée du manque à gagner par les adeptes du FCFA pour le financement du développement de l’Afrique.

Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), avec plus de 600 milliards de dollars d’actifs sous gestion, l’équivalent de plus de 100 fois le compte d’opération des pays de la CEDEAO.

Le fonds souverain d’Arabie Saoudite, SAMA Foreign Holdings avec 533 milliards de dollars

Qatar Investment Authority avec plus de 100 milliards de dollars d’actifs

Libyan Investment Authority sous Kadhafi 65 milliards de dollars d’actifs

de 100 milliards de dollars d’actifs  Libyan Investment Authority sous Kadhafi 65 milliards de dollars

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Lerevenue Regulation funds d’Algerie avec 57 milliards d’actifs

Oil Stabilisation Fund d’IRAN, 23 milliards de dollars d’actifs

Voilà ce qu’a fait un seul produit dans tous ces pays qui gèrent eux-mêmes leurs devises.

En Afrique, le cas du BOTSWANA, le pays le plus développé d’Afrique au point de vue de l’indice de développement humain, détient un fonds souverain de 7 milliards de dollars c’est-à-dire plus de 5 000 milliards de FCFA. C’est le seul pays d’Afrique noir ayant échappé aux plans d’ajustement structurel.

L’Afrique avec ses énormes richesses en matières premières exploitées au quotidien n’a pas besoin d’aide mais de souveraineté monétaire.

Le sous-développement de l’Afrique francophone, n’a donc pas d’autres causes que l’absence de souveraineté. Cette absence de souveraineté des pays d’Afrique francophone fait de ces pays les bases-arrière pour la déstabilisation des pays d’Afrique dans le cadre des accords UE-ACP.

En 1957 lors des négociations du traité de Rome qui crée la CEE, De Gaulle obtient la création de la DG VIII, une direction Générale de la commission Européenne chargée de gérer les fonds Européens pour la mise en valeur des territoires coloniaux en vue d’un égal accès de l’économie européenne aux matières premières africaines. Cette direction était majoritairement sous contrôle de fonctionnaires français pour éviter toute ingérence des autres membres de la CEE dans le pré-carré français mais permettre dans le même temps aux Français de profiter du pré-carré Belge et des autres pays africains adhérents aux accords CEE-ACP. L’éviction de l’Allemagne du continent africain à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, faisait de la France, de l’Angleterre et de la Belgique les seuls maîtres du continent et les intermédiaires obligés des autres membres de la CEE pour l’exploitation des ressources en matières premières africaines. Après le refus de l’Angleterre d’adhérer à la CEE, la France assure le tutorat de l’Afrique et prend une ascendance diplomatique en Europe et sur la scène internationale. La France représente ainsi le continent Africain et a l’initiative des résolutions à l’ONU pour le compte des États africains.

L’épuisement des matières premières en Europe et le besoin de nouvelles ressources ainsi que des matières premières typiquement tropicales (coton, hévéa, palmier à huile, cacao, café, fruits tropicaux, etc.) imposent une alliance entre l’Afrique et une Europe sous perfusion du plan Marshall que De Gaulle considérait comme un moyen de chantage pour mettre l’Europe sous la coupe de l’arme nucléaire américaine mais imposera aux Africains ce qu’il a refusé des Américains.

sous la coupe de l’arme nucléaire américaine mais imposera aux Africains ce qu’il a refusé des

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Après les indépendances, pour éviter la contagion de l’Afrexit de l’Algérie, de l’Egypte, du Ghana et de la Guinée, et avant la convention de Yaoundé en 1963 qui prolonge l’alliance CEE-ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) en les contextualisant, De Gaulle s’empresse de donner une forme juridique à la réquisition économique de l’Afrique pour assurer le maintien de l’économie coloniale de guerre sous surveillance de l’armée française dans ses ex-colonies. C’était la signature des accords de coopération militaro-économico-financiers de 1961 qui fondent la Françafrique pour financer la reconstruction de la France et contraindre les chefs d’États africains au respect de ses accords par le maintien de l’armée française sur leur sol. Ainsi les accords françafricains s’imposent aux accords CEE-ACP. Ces derniers deviennent le prolongement des premiers dont l’armée française devient le gendarme de l’Afrique, générateur des coups d’Etat et des rebellions pour déstabiliser toute tentative d’Afrexit.

Ces faits démontrent avec éloquence, que depuis toujours, les accords de coopération entre la France et l’Afrique en particulier et entre l’UE et l’Afrique en général permettent à la plupart des pays européens d’utiliser les richesses de l’Afrique comme leur fonds de souveraineté. L’apport fait par la zone Franc au trésor français par l’intermédiaire du compte d’opérations constitue son fonds de souveraineté qui retourne en Afrique sous forme d’Aide et de dette. Il faut ajouter à cela la balance au titre des revenus transférés qui est de 735,6 milliards de FCFA en 2010 au sein de l’UEMOA favorisée par le contrôle de l’épargne locale par des banques françaises.

Pour la France et les françafricains, remettre en cause cette manne tombée du ciel des anciennes colonies, c’est être un criminel. L’armée française et la Cour Pénale Internationale sont là pour garantir le système.

Le régime de Laurent GBAGBO en a fait les frais.

Novembre 2000, Monsieur Laurent Gbagbo est élu et investi Président de la République avec un slogan : « Donnez-moi le pouvoir pour que je vous le rende ». Cela implique, pour le secteur du cacao, le contrôle interne et externe du cacao par les paysans. L’objectif stratégique est donc de contrôler au moins 80% du commerce interne et externe du cacao, de maîtriser la transformation, de capter les marges intermédiaires sur le cacao au profit des paysans et développer une capacité d’influence sur le cours mondial du cacao. Une réforme de la filière est entreprise, fondée sur cet objectif. Les positions des multinationales du négoce dont Armajaro sont donc menacées sur le marché du cacao. Une course contre la montre s’engage entre le contrôle interne et externe du cacao par l’État et les paysans d’un côté et les multinationales de négoce dont Armajaro de l’autre.

du cacao par l’État et les paysans d’un côté et les multinationales de négoce dont Armajaro

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AVRIL 2002, deux ans après l’accès au pouvoir, sans l’avis du Président Français, le Président Laurent GBAGBO dirige une délégation en Chine pour négocier des accords de coopération avec la Chine. Dans le panier des accords, l’usine de cacao en Chine, l’usine de montage de véhicules, de machines agricoles en Côte d’Ivoire, l’Hôtel des Parlementaires, une ligne aérienne directe entre la Chine et la Côte d’Ivoire et des projets routiers.

Juillet 2002, des révélations sous pseudonyme du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer publiées plus tard sous son nom en octobre 2002 font état de financement à hauteur de 30 milliards de FCFA par Armajaro de groupes de rebelles basés au Burkina Faso et au Mali et d’un stock de 200 000 tonnes de cacao aux USA.

Septembre 2002, la Côte d’Ivoire est réveillée dans son sommeil par un coup d’État manqué qui se transforme en rébellion armée. Le pays est coupé en deux, la collecte et le transport du cacao sont bloqués par l’insécurité et crée une pénurie du cacao sur le marché mondial. Armajaro peut ainsi vendre son stock à un prix élevé pour rembourser sa mise dans la rébellion. Les accords de paix signés mettent fin à la réforme de la filière et livre le cacao au pillage systématique des rebelles au profit des multinationales. L’or, le diamant, le bois, le coton, l’anacarde font l’objet d’un pillage systématique ainsi que les agences de la BCEAO dans les zones occupées. Un port sec est créé au Burkina Faso à cet effet.

Décembre 2010, après plusieurs accords de paix, le Président Laurent Gbagbo réélu, est investi Président de la République de Côte d’Ivoire par le Conseil Constitutionnel à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle. Son adversaire Alassane Ouattara est proclamé vainqueur des élections présidentielles par la communauté internationale sous la direction de Nicolas Sarkozy De Nagy Bosca. Une crise post- électorale s’ouvre. L’Union européenne décide du blocus du port d’Abidjan et gèle ainsi les exportations du cacao. Elle décide de la fermeture des banques européennes en Côte d’Ivoire et de la banque centrale (BCEAO) pour empêcher tout achat intérieur du cacao après avoir fait constituer un stock de 240 000 tonnes à l’extérieur par le groupe Armajaro. Le but de la manœuvre est d’étrangler le marché du cacao pour provoquer la pénurie sur le marché mondial et vendre le stock de 240 000 tonnes pour financer une nouvelle attaque armée de la Côte d’Ivoire.

En réponse, le gouvernement réquisitionne la Banque Centrale, monopolise la commercialisation du cacao, prend le contrôle des banques européennes fermées et entre en négociation avec des partenaires stratégiques des pays émergents. Une course de vitesse s’installe donc entre le gouvernement et les multinationales européennes pour le contrôle interne et externe du cacao.

donc entre le gouvernement et les multinationales européennes pour le contrôle interne et externe du cacao.

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Le 28 mars 2011, l’armée onusienne et une cohorte de mercenaires de la CEDEAO enrôlés par la France, violent le cessez-le-feu instauré depuis 2003 sous la surveillance supposée de l’ONU. Ils détruisent tous les acquis de la période postcoloniale : école, administration, centre de santé, biens publics et souvent privés jusqu’à Abidjan. Dans l’impossibilité de prendre Abidjan, la France de Sarkozy réquisitionne de force l’aéroport d’Abidjan et fait débarquer un contingent de la Légion étrangère de l’armée française et des forces spéciales. Un déluge de bombes s’abat sur la résidence du Chef de l’État et les derniers symboles de la Côte d’Ivoire indépendante et souveraine : la télévision, les camps militaires, l’université.

Le Chef de l’État, élu par les ivoiriens et constitutionnellement investi, est arrêté le 11 avril 2011 par les forces françaises et déporté en Europe pour faire place à l’élu de la communauté internationale déchirant ainsi le symbole des symboles d’un État souverain : la Constitution.

Un gouvernement officieux composé de retraités français est mise en place à côté d’un gouvernement officiel sans gouvernail servant de masque au vrai gouvernement. L’armée française n’a plus besoin de masque et le nouveau Chef de l’État ne porte sa confiance qu’en elle pour assurer sa sécurité à la place de son armée de rebelles illettrés. L’armée officielle est désarmée, les Ivoiriens sont livrés à une armée de mercenaires et de chasseurs traditionnels Dozos sans salaire qui vit de vols, de viols, d’expropriation des citoyens avec la protection d’un État tribal qui enferme aujourd’hui tous les responsables politiques locaux de l’opposition (750 personnes) et contraint en exil plusieurs militants. Les exécutions sommaires dominent l’actualité.

La démocratisation et le développement durables de l’Afrique passent donc par l’appropriation de nos réserves de change, le contrôle interne et externe des matières premières et le développement d’une force armée de dissuasion. Les énormes profits engrangés par le trésor français et par les multinationales du négoce avec la complicité de certains dirigeants africains sont de loin supérieurs à toutes les formes d’aides et de besoins en investissement de l’Afrique. Ces énormes profits échappent aux Africains et à leurs États, contraints à la politique de « la main tendue ».

Les réserves monétaires de l’Afrique entre les mains de la France, constituent une arme de destruction massive contre tout développement du peuple par le peuple et pour le peuple.

Des réseaux Foccart aux réseaux des prédateurs de matières premières et des trafiquants d’armes, l’insécurité permanente et la déstabilisation des régimes et des hommes politiques au service de l’Afrique ont constitué des obstacles au développement du continent.

et des hommes politiques au service de l’Afrique ont constitué des obstacles au développement du continent.

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Cette insécurité a frappé tous les chefs d’État au début des indépendances qui étaient déterminés à assumer leur responsabilité vis-à-vis de leur peuple et la logique s’est perpétuée contre les chefs d’État insoumis avec comme point culminant la déportation de Laurent GBAGBO et l’assassinat de Kadhafi, rappelant la triste période coloniale avec des déclarations qui vont dans le sens d’une véritable recolonisation du genre : « l’Afrique est l’avenir de la France ». Cette profession de foi des responsables politiques français nous rappelle un passé douloureux et les bruits de bottes de l’OTAN sous le masque de la lutte contre le terrorisme. Ce sont des signes annonciateurs d’une nouvelle tentative de recolonisation du continent.

S’approprier ses réserves monétaires, toutes les matières premières africaines dans l’intérêt exclusif des peuples africains comme le suggère la déclaration des droits de l’homme et des peuples de l’UA, bâtir une politique commune de contrôle interne et externe et de fixation de prix à l’instar de l’OPEP, constituent les facteurs décisifs du développement de l’Afrique. Cela suppose des dirigeants africains n’ayant de compte à rendre qu’à leur peuple et imprégné d’une conscience continentale intègre. Seuls des Africains nouveaux débarrassés de tout complexe vis-à-vis de l’occident, de tout afro- pessimisme, fortement engagé pour une nouvelle Afrique et restant sourd à toute tentative de manipulation de l’impérialisme occidental, peuvent servir de cheville ouvrière pour l’indépendance économique et la souveraineté des États africains.

Il est temps que naissent en Occident des hommes nouveaux débarrassés du complexe de supériorité et qui puissent engager le débat dans un esprit constructif avec l’Afrique pour que naisse un nouvel ordre mondial multi polarisé au profit de tous.

La conquête durable de l’indépendance économique et de la souveraineté de l’Afrique ne peut être que l’œuvre des Africains dignes et décomplexés. L’instauration d’un nouvel ordre mondial multi polarisé au profit de tous exige aussi des hommes nouveaux en Occident. Il revient donc de tirer toutes les leçons de notre histoire pour éviter de nouveaux échecs.

« L’Africain fera l’Afrique, elle trouvera en son sein des hommes et des femmes aptes à libérer leur vertu de héros collectifs pour redresser le destin tordu de la mère Afrique et recoudre son beau pagne déchiré » (J.KI-ZEBO).

collectifs pour redresser le destin tordu de la mère Afrique et recoudre son beau pagne déchiré

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Encadré

Accords de défense franco-ivoiriens

Annexe 8, article 5

« La République Française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exportation hors du territoire de la République de Côte d’Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l’article premier.

En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République Française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle.»

24 AVRIL 1961

Telle est la quintessence de la contrepartie économique de l’assistance militaire au titre des accords de défense signés avec les pays d’Afrique francophone au lendemain des indépendances. Par ces accords, la France installe des bases militaires dans ses anciennes colonies pour « protéger » les pouvoirs en place et en contrepartie, se proclame propriétaire des matières premières, dicte la part de revenu qui revient aux États indépendants et leur population, s’octroie ainsi un monopole en import-export et en investissement dans ses anciennes colonies.

Avec un tel accord, aucune mission stratégique hors de France par un Chef d’État africain lié par ces accords ne peut se faire sans l’avis du Président de France.

de France par un Chef d’État africain lié par ces accords ne peut se faire sans
de France par un Chef d’État africain lié par ces accords ne peut se faire sans

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Le Journal de l’Afrique N°31 Avril 2017

« Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Le Journal de l’Afrique »

Directeur de publication: Michel Collon

Rédacteur en chef : Olivier Atemsing Ndenkop

Chroniqueur : Carlos Sielenou

Ont contribué à ce numéro:

Carlos Sielenou, Koné Katinan, Olivier A. Ndenkop, Don Mello Ahoua, Albert Moutoudou, Salaheddine Lemaizi

Correcteurs:

Benoit Bourcey, Olivier Cauras

Infographie : BAF.F !

www.investigaction.net & www.michelcollon.info

Yaoundé-Bruxelles, avril 2017

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