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IL Y A DU RAPPORT SEXUEL ?

ET APRÈS

Jean-Luc Nancy

Armand Colin | Littérature

2006/2 - n° 142
pages 30 à 40

ISSN 0047-4800

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http://www.cairn.info/revue-litterature-2006-2-page-30.htm
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Pour citer cet article :
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Nancy Jean-Luc , « Il y a du rapport sexuel ? et après » ,
Littérature, 2006/2 n° 142, p. 30-40. DOI : 10.3917/litt.142.0030
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18.univ_est_sa . 30 1. 2001. Et alors. J’ajouterai encore une autre exploitation possible de ce «et après» qui me vient ainsi dans l’après-coup du séminaire et pour présenter ces notes. © Armand Colin du petit travail que j’avais consacré quelques années plus tôt à l’axiome lacanien du «il n’y a pas de rapport sexuel» 2.31/10/2011 21h09. la lecture Document téléchargé depuis www.152. nous n’en avons pas fini. qu’est-ce que ça nous fait? que nous veut-on avec ça? Or telle est bien la question: que nous veut-il. UNIVERSITÉ DE STRASBOURG Il y a du rapport sexuel — et après 1 Cet intitulé correspond tout simplement. après tout. Avec la question du «rapport» en général.32 .. «Et après». et ce que l’axiome lacanien semble avoir contribué à clore autant qu’à ouvrir.. d’abord. Galilée. je souhaiterais aussi que «et après» ouvre également la possibilité d’un développement plus ample des perspectives esquissées. c’est donc toujours aussi: après le rapport. reste encore le plus en chantier.cairn. N° 142 – JUIN 2006 2. puisque l’objet de la rencontre était avant tout l’échange avec les étudiants. L’«il y a» du rapport sexuel.152.200. © Armand Colin Document téléchargé depuis www. pour le séminaire 1 de Mireille Calle-Gruber. Ce séminaire de doctorat s’est tenu à l’Université Paris 8. . août 2006 9:27 09 ‡ JEAN-LUC NANCY.32 . ce rapport dont après tout nous pourrions nous passer. Car le rapport. le 28 janvier 2005. On l’aura déjà entendu suivi d’un point d’interrogation: «et après?» — et sur le ton du défi querelleur qui convient à cette formule.216. qu’y a-t-il encore? Il y a justement encore le rapport. La question de la répéti- tion du rapport sexuel pour lui-même — pour le plaisir! (savons-nous ce que ça veut dire?) telle est bien la question — appartient à son essence même. un autre.200. L’intervention de Eberhard Gruber s’intitulait «26 entrées pour Jean-Luc Nancy: sur L’“il y a” du rapport LITTÉRATURE sexuel». de notre pensée toujours occupée de «sujet». eux-mêmes appuyés seulement sur quelques notes. Autrement dit: après le rapport sexuel abouti dans un enfant.31/10/2011 21h09. cela devrait être remis en jeu de toutes les manières possibles. désigne sans doute ce qui. On trouvera donc ici une transcription approximative des propos que j’ai tenus dans ce séminaire. que la reproduction de l’espèce n’est pas forcément tributaire et peut être assurée autrement. 05-Litt.cairn. et dont de plus en plus il devient manifeste. 142-Nancy Page 30 Vendredi.info . de «genre» ou bien de «pluralité» et de «singularité». pour le moins.info . Jean-Luc Nancy. à l’intention de prolonger un peu. Bien entendu. et avec l’exposé de Eberhard Gruber.216.univ_est_sa . Paris.

entendu de manière ordinaire (substance. ni à une substance..31/10/2011 21h09.32 .152. d’abord la différenciation. et le recommencement du rap- port. pour un temps plus ou moins long.univ_est_sa . car comment sortirait-il de lui-même? Tel est le principe de la pensée de Platon à Hegel et à nous… L’être — toujours en ce sens. les parents. quoi du rapport? Rien. ni l’autre (ni aucun des deux.info . 05-Litt. «Au commencement est le rapport» devrait être la formule.. dit-on. Il n’y a pas de bilan. ne faisait contradiction. une «satiété» (un «assez!» un ne plus-pouvoir-aller-plus-loin qui se divise lui-même infi- niment en plénitude et en évidemment). puis l’enfant…. «achievement» en anglais. 2 Je rappelle maintenant ce qu’était la très simple affirmation de mon essai: l’axiome de Lacan prend sa ressource dans la double signification Document téléchargé depuis www. de ses signes et de ses motions et émotions. Mais il est certain que l’être. puis le sujet. ni non plus leur unité assomptive. pour qu’un être devienne — quoi que ce soit — mais le rapport lui-même n’est ni l’être. 18. On pourrait écrire une longue histoire de la pensée épistémologique et ontologique du rapport. c’est-à-dire du désir. Le rapport est en retrait de ces catégories.216.152.200. août 2006 9:27 09 IL Y A DU RAPPORT SEXUEL — ET APRÈS ‡ Mais c’est aussi: après le rapport. ne soit pas réductible à un état. Le rapport n’est ni être. c’est quelqu’un retiré de tous ses rapports. Que le rapport. Que reste-t-il? autre N° 142 – JUIN 2006 . ou mieux encore comme acte de l’entre-deux qui n’est ni l’un. une forme de tristesse. ni leur dualité simplement disjonctive). stance.32 . ni son devenir. «je n’ai aucun rapport avec cette personne»). si le «est». un bref épuisement. compte rendu. sujet. le rapport-bilan Document téléchargé depuis www.univ_est_sa . résultat. puis le genre ou la tendance ou valence sexuelle). celui de l’ontologie classique. si on veut et pour simplifier. accomplissement. ce n’est pas une découverte philosophique (ni mathématique). distinguée de l’ontologie telle que Heidegger l’ouvre après Hegel et la confie à Deleuze et Derrida — doit au contraire 31 apparaître comme ce qu’on obtient par soustraction du rapport. terme). comme on le sait. ni devenir. et avant l’autre. du rapport sexuel — et c’est précisément dans cette mesure qu’il y a bel et bien «rapport sexuel». © Armand Colin («report» en anglais) et le rapport entendu comme activité qui va de l’un à l’autre. en son sens majeur en français (sens actif. Quel- LITTÉRATURE qu’un. quel qu’il soit. produit.cairn. un certain abat- tement. à moins que ce ne soit l’inverse et qu’il convienne plutôt de penser qu’il y a d’abord le rapport (tout simplement: d’abord le groupe. ne saurait être au commencement.31/10/2011 21h09. Sans doute faut-il du rapport. c’est-à-dire plus précisément le battement qui sépare.216. © Armand Colin possible du mot «rapport» (comme du mot «relation»).200.info . ici. ni à un terme. d’abord le langage. 142-Nancy Page 31 Vendredi.cairn.

génitalité. Toucher à la limite. Pas un état. et LITTÉRATURE N° 142 – JUIN 2006 des caractères de ces marques – oralité. le fragmentaire. la reprise répétitive de l’approche même. 142-Nancy Page 32 Vendredi. donc.152. (Je laisse de côté la question des spécifications de zones malgré tout sexuellement plus marquées. L’approche a deux caractères essentiels: d’une part elle est interminable (puisque les termes sont en fuite. dans la logique d’une non-unité. que je laisse béante. Il en résulte enfin que l’approche comporte en elle- même l’avancée et le recul. voilà l’affaire du rapport. Je considère . Il y a une proximité: un avec l’autre. une logique rythmi- que de la caresse. Ce qui va du terme dont la position se retire indéfiniment à l’autre terme qui se retire de même. précise Freud) et engage un corps dans une démultiplication de 32 sa propre unité. non une annulation. 05-Litt. le plus inté- rieur. (C’est aussi celle du toucher en tant que tel. de la répétition intensifiante. © Armand Colin Document téléchargé depuis www.univ_est_sa .32 . Il n’y a pas un mobile-sujet de cette Document téléchargé depuis www. 3 Retenons que «un = rien». Que veut dire «extrême» en général? Une limite atteinte.. la rythmique d’un acte sexuel.31/10/2011 21h09. et le rapport sexuel est l’épiphanie du toucher: du baiser. sans programme définissable.152. à la détermination locale (elle-même non entièrement déterminée. août 2006 9:27 09 ‡ LA DIFFÉRENCE SEXUELLE EN TOUS GENRES question. «Un» consiste à se retirer de soi-même. ce qui pénètre le plus avant dans les parages. si tout soi-même implique d’être pris dans quelque rapport qui le différencie tout à la fois des autres et en lui-même (pour qu’il soit «lui/même»). non abolie.info .200. Le rapport désigne alors ce qui va de «un- rien» à ou vers un autre «un-rien».cairn.info . Il devient «ici» et «là».) La véritable catégorie n’est pas en définitive la proximité. toute la peau peut devenir «zone».31/10/2011 21h09.32 . L’important est que le superlatif de la résorption de l’écart n’est qu’une intensification extrême. du «baiser». (Non seulement.216. mais aussi celle du recommencement des actes. d’autre part (et conséquemment) elle a lieu par zones.) 4 L’approche suppose rapport à la zone. mais l’approche. et en général un ordre du superlatif: le plus proche. mais un mouvement (mouvement local aussi bien que variation d’intensité et transformation d’état). asymptotiques).200. dans le secret (dans le sacré?) de l’«un» comme de l’autre. du frottement. Mais il n’y a pas de «cela» qui «va» ainsi. c’est-à-dire «près de» (apud hoc).. dans les aîtres.univ_est_sa . aucune chose consistante.cairn. analité.216. ouverte sur le principe de la réponse: il reste l’«un» toujours indéfiniment se retirant plus loin. 18. La proximité est ici la catégorie majeure — la proximité ou l’inti- mité. © Armand Colin mobilité. c’est-à-dire selon le discontinu.

de la rencontre. inspection. © Armand Colin — le chérissement — de la zone. 05-Litt. social. on dira que le sexuel de tout rapport (langagier. accomplis. adoration. distingué de son schème unitaire.univ_est_sa . addiction. Mais le «a-» n’est pas pour autant le contradictoire du «in-» : il forme l’ex- position de l’in-terne ou de l’in-time en tant que ce dernier ne subsiste pas en soi comme dans une unité.32 . août 2006 9:27 09 IL Y A DU RAPPORT SEXUEL — ET APRÈS ‡ ici seulement le fait que ces zones plus déterminées ne se révèlent que dans le contexte d’un zonage d’ensemble et dans l’approche générale d’un corps discontinué. 18.32 . si je peux dire. c’est-à-dire en son éclat.200. y perdant l’unité assomptive ou subsomptive (intégrée. mais de se faire «lieu» avec. au local. Il en va ici comme dans le mouvement du peintre. du détail (penser à Cézanne avec ses «petites perceptions». L’attention.cairn. © Armand Colin Document téléchargé depuis www.216. mais intensité se portant vers (ou sur. intrusion. affectif.univ_est_sa . invasion. du partage.152. L’exercice de cette approche se nomme l’attention. saturés et/ou épuisés (il se fait du lien.200. isolée et mise en jeu pour elle-même. ou à même.) — l’attention diffère de l’intentionnalité phénoménologique en ce qu’elle n’est pas orientation sur un objet.info . aversion…) à celles du in. dans sa contiguïté et dans sa contagion. éclatante.. la tension vers et la dilection. et le rapport n’offre pas non plus d’unité d’auto-mesure — alors on pourra dire que le rapport sexuel représente l’incommensurabilité du rapport valant pour elle-même. de l’échange.cairn.(intention. adresse. perceptive. mais que 33 le rapport sexuel représente l’inaccomplissement du rapport — ou mieux LITTÉRATURE encore.info . peut-être aussi du musi- cien.) 5 Si l’on a de cette façon posé l’incommensurabilité absolue du rap- port en général il n’est pas de rapport commensurable à l’«un». de l’association…). au contact de) une localité avec laquelle il s’agit non pas de se confondre.ou du ad. N° 142 – JUIN 2006 .152. (De manière générale.) La répétition de l’approche fait aller-retour de l’«un» introuvable ou toujours plus reculé à la zone.31/10/2011 21h09. aux musiques micro-tonales. On pourra dire alors que tous les rapports peuvent être d’une cer- taine manière achevés. 142-Nancy Page 33 Vendredi.. l’élection préférentielle et la mise en valeur Document téléchargé depuis www. on joue le rapport kat’exochèn. que ce soit l’un parmi deux ou plusieurs ou bien l’unité de ces deux ou plu- sieurs. du photographe. on opposera toutes les valeurs du a.216.(attention. orga- nisée) au profit d’une unité éclatée. Dans le rapport sexuel.31/10/2011 21h09. au détail. Qu’est-ce qui fait l’art d’une image? L’aller-retour de ses détails à son tout. de l’artiste en général: l’approche d’une unité qui est exclusivement le fait de ses parties ou de ses détails (au point qu’il est douteux si l’on est en droit de dire «ses» détails). Cet «avoir lieu» se nomme «plaisir» parce qu’il donne accès à l’unité dans la zone. adhésion. à Wittgenstein demandant qu’on lui reproduise «ce bleu-ci». incorporation…). etc.

31/10/2011 21h09. alors l’ori- gine se dissipe dans le rapport. résultat.univ_est_sa . position d’un terme quelconque. non pas pour évoquer le sectionnement (d’autant moins que l’éty- mologie écarte ce rapprochement parfois tenté — et laisse le mot sexus sans provenance claire). ici. Elle n’est alors plus section. Si l’on doit encore entendre quelque chose de la section dans le sexe (de cette section de l’être-un dont le paradigme est donné dans le Banquet par le discours d’Aristophane) il faudra que ce soit de telle façon que l’Un auquel la section survient n’a jamais lieu.cairn. © Armand Colin férents sexes et de la façon dont il est possible de les distribuer ou non. exposition originaire. la considération des dif- Document téléchargé depuis www. de manière générale. Le sexe est la détermination de l’ex-position pour elle-même et sans autre fin (donc sans fin. Document téléchargé depuis www. 18. 6 Le rapport sexuel..info .216. seule compte ici la disposition générale de la sexion — pseudo-terme que j’emploie au pas- sage. une condition de possibilité de l’être en tant qu’être-à. absolument).cairn. Elle est rapport originaire. et donc un être-ex-posé et un être-en-rapport précédant et ouvrant à l’avance tout «être» et tout «devenir» possible. Le sexe en tant que détermination corporelle — la «sexualité» ou la «sexuation» — est la mise en rapport du corps. ou bien un existential au sens de Heidegger (lequel ne fait pas du sexe un tel existential. 142-Nancy Page 34 Vendredi. bien au contraire: cela laisse complètement ouverte. Cela vaut de tous LITTÉRATURE N° 142 – JUIN 2006 les rapports et des rapports de rapports qui entretissent nos existences — . © Armand Colin de les imputer ou non et d’impliquer ou de désimpliquer en la matière des «identités» tant biologiques qu’ontologiques. août 2006 9:27 09 ‡ LA DIFFÉRENCE SEXUELLE EN TOUS GENRES esthétique) se trouve dans sa dimension d’inaccomplissement. 05-Litt. Peu importe la distribution des sexes et toutes les labilités et plas- ticités dont elle est capable entre nous et en nous. la mise en rapport. et où par con- séquent la section l’aura toujours précédé. sociologiques ou autres.. extraversion.216. c’est que nous soyons sans origine ni d’aucune 34 manière originaires de nous-mêmes. de l’autoengendrement.200. Cela ne veut pas dire que «le sexe» est déterminé. é-vasion. on se reportera aux analyses de Derrida à ce sujet). mais pour indiquer plutôt quelque chose comme un s’ex-poser ou un s’ex-porter hors de soi avant même toute constitu- tion en «soi».univ_est_sa .152. Le rapport est l’emportement archi- originaire de l’autoconstitution.31/10/2011 21h09. Un transcen- dantal. Le corps est lui- même.info . Il y a sexe là où il n’y a pas production.32 . il est même toujours- déjà dans le rapport en tant qu’il est essentiellement ex-position («ex- peausition» ai-je proposé ailleurs). et cela doit se comprendre aussi comme exposition de l’origine elle-même: si l’origine «est» rapport. en somme.200. elle n’est plus division ni séparation de quoi que ce soit.152.32 .

La formule- schème en est l’exclamation répétée chez Sade: «Je jouis!». qui est ce dont nous parlons depuis le début. 142-Nancy Page 35 Vendredi.32 . c’est rapport à (tension vers..31/10/2011 21h09. pas de raison rendue. Il y a là 35 une redondance langagière du sexe. Épouse moi. Cette tautologie de ce que je propose de nommer l’exclamation érotique a ce caractère remarquable. qui jaillit comme un spasme. son allée et venue. par un espace ouvert en haut d’une cloison.152. 7 C’est pourquoi on peut ajouter une considération sur le langage du ou dans le rapport sexuel.200. © Armand Colin Document téléchargé depuis www.200.152. en aucun sens.info . entre la référence des lucioles et la fin du film qui arrive alors et ne nous montre aucun rapport sexuel.info .cairn. © Armand Colin Dans le film de Clarence Brown. et cela bien sûr demanderait une autre attention)..31/10/2011 21h09. entrant à son tour dans la s’exion…) et en possibilité de rap- port-sans-rapport. se servira de la torche électrique — confiée par l’homme. mais une adresse.cairn. son plaisir). 18. de sa chambre isolée mais d’où. de sa brillance. pour signaler le désir. Document téléchargé depuis www. pas de compte rendu. d’être l’un des usages (avec l’usage poétique et peut-être aussi avec l’usage phati- que) où le langage se porte sur la limite de la signifiance. Pas de résultat. Un appel qui n’appelle à rien d’autre qu’à être entendu et non pas vraiment répondu. aussi. le signe sans autre signification que lui- même. août 2006 9:27 09 IL Y A DU RAPPORT SEXUEL — ET APRÈS ‡ mais le sexuel est en charge de la mise en évidence et de la mise en scène de «cela» même.univ_est_sa . Pas de ques- tion. non seulement signe d’un s’ex-poser mais signe lui-même entiè- rement formé de sa propre exposition. Lorsque nous parlons dans l’amour (puisque c’est ainsi. J’ai parlé de désir: ce dont il est question n’est pas désir d’objet. son approche et sa répétition. at- tention à) rien qu’au rapport même. un rayon de lumière peut se communiquer à la chambre de l’homme. qu’on désigne cet acte.216. 05-Litt.216. d’un éclat qui n’éclaire rien et qui seulement jaillit. un appel — le sex-appeal. Soi-même comme spasme lumineux dans la nuit du rapport. Ce clignotement lumineux n’est pas traité seulement comme un signal: il devient ici. et plus tard la femme. Ce n’est pas rapport à quelque chose. en l’absence d’éclairage dans la chambre — pour se signaler à lui. C’est pourquoi il se divise lui-même en possibilité d’engendrement d’un autre (lequel ne fera «résultat» ou troisième terme que de manière fugitive.32 . ou bien une redondance sexuelle du LITTÉRATURE langage qui porte l’un vers l’autre ces deux modes majeurs du rapport: N° 142 – JUIN 2006 . l’homme a raconté à la femme l’histoire des lucioles qui s’allument pour éveiller l’instinct sexuel de leurs congénères. ce n’est pas pour dire autre chose que le rapport lui- même (son désir. mais relancé par l’autre en sorte que le rapport ait lieu.univ_est_sa . mais d’ailleurs pas de question posée: pas de fin. de sa lumière.

05-Litt. que chacun épuise l’autre et que chacun exalte l’autre. 171 de 36 3. (On peut d’ailleurs trouver le mot employé dans certaines descriptions à caractère général. et qui subsiste dans la mesure où seul le contexte de ce dictionnaire peut suggérer le sens précis qu’on veut donner ici au terme «exclamations».32 . se substitue à l’autre.216. variable et située en limite du langage. 142-Nancy Page 36 Vendredi. ni même de connotation prégnante comme c’est le cas du terme «position». il écumerait moins.200.31/10/2011 21h09. ciel. de ce rapport qu’en effet il y a chaque fois très exactement là où il n’y a rien à en dire. N° 142 – JUIN 2006 C’est ce texte qui figure ici en annexe. on peut mettre en avant le fait qu’il s’agit d’un registre très large où peuvent entrer des phrases entières.info . Nous parlons pour jouir et nous jouissons pour parler – c’est-à-dire aussi bien que chacun. Mais il n’existe pas de terme qu’on puisse dire propre à cette signification. du genre «l’orgasme peut être accom- pagné d’exclamations ou de frissons».. et Derrida.31/10/2011 21h09. j’ai lu l’article «Exclamations» que j’ai rédigé sur ce sujet pour le Dic- LITTÉRATURE tionnaire de la pornographie. on y reviendra. mais aussi «Viens!» (Blan- chot.. entre sexe et langage. il adresserait aux dieux des blasphèmes et des imprécations moins épouvantables. en ce sens que son objet n’est pas disponible à l’avance et susceptible d’être traité comme une des données du champ général de cet ouvrage. Entre plusieurs rai- sons possibles. paru aux Presses Universitaires de France en octobre 2005. août 2006 9:27 09 ‡ LA DIFFÉRENCE SEXUELLE EN TOUS GENRES comme si l’un ne cessait d’approcher l’autre – sans jamais se confondre avec lui mais sans cesser de renvoyer à lui comme à sa condition ou bien à son issue la plus éloignée et la plus secrète.» Cette comparaison sert à caractériser le comportement de l’un des personnages de Sade (dans Les prospérités du vice. des gémissements: on est dans une zone indéterminée. © Armand Colin ANNEXE: EXCLAMATIONS Note liminaire: Cette rubrique n’a pas exactement le caractère encyclopédique d’un article de dictionnaire. aussi bien que des interjections. 18. comme en témoigne la difficulté qui a accompa- gné le choix de l’intitulé de cette entrée.200. © Armand Colin Document téléchargé depuis www. on recommencera. le «viens» d’une venue sans fin) — ne dit pas mais profère — porte au dehors. si Lucifer se mêlait de décharger. Il s’agit de considérer la signi- fication ou l’usage pornographique de l’usage de la parole dans le rap- port sexuel.cairn.152. Et après — on se tait. C’est plutôt un objet en attente de construction.univ_est_sa .info . voire des discours. Document téléchargé depuis www. . des cris. rien à en rapporter 3. Lors du séminaire.univ_est_sa . que chacun exclut l’autre.) * «Oh. ex-pose — l’«il y a» du rapport sexuel. p. «Je jouis!» — mais aussi «Tu jouis!».cairn.32 .216.152.

et l’émotion 37 de jouir (tout tourne ici autour de ces deux notions : l’émission et LITTÉRATURE l’émotion) — alors on comprend comment les exclamations.152.200.info .216. Foer.univ_est_sa . Même si l’écart entre les deux possibilités extrêmes est absolu et oppose l’une à l’autre comme le comble de la cruauté jouisseuse au comble de la joie amoureuse.31/10/2011 21h09. On peut alors penser à l’expression religieuse d’«oraison jaculatoire» désignant une prière très brève.152. latente ou asymptotique semble appar- tenir au fait même de la profération dans l’acte amoureux.S.200. 18. août 2006 9:27 09 IL Y A DU RAPPORT SEXUEL — ET APRÈS ‡ l’édition UGE. chez Sade comme souvent ailleurs dans la littérature érotique. et singulièrement son moment suprême. Telle est la raison qui a fait proposer cette entrée du dictionnaire. ou encore dans quelques chansons (voir Je vais et je viens de Gainsbourg ou bien Que je t’aime de Johnny Hallyday).32 . par exemple et précisément l’émission de la liqueur sexuelle.info .cairn. selon les diverses combinaisons possibles des quatre déclarations élémentaires «je te prends/ je jouis/tu me prends/tu jouis». 142-Nancy Page 37 Vendredi. et ce dernier non seulement au sens de l’indécent. il reste que ce titre est volontiers détourné par des lieux ou des sites pornographiques. qu’un titre de film — Cris et chuchotements — résume l’amplitude qui va d’une extrémité à l’autre des possibilités exclamatoires ou exclamatives. pour parler grec. même s’il ne l’est parfois que de manière virtuelle ou tendancielle: quelque chose d’une pornographie au moins possible. Le registre des paroles ainsi prononcées. peut-on imaginer.32 . C’est ainsi qu’aux proférations obscènes et blasphématoires du héros sadien peuvent se substituer de brèves émissions d’approbations ou d’implorations. Il en va de même dans le cinéma (porno ou non). que leur N° 142 – JUIN 2006 . © Armand Colin une scène très délicate de Tout est illuminé de J. monologique. aussi bien que celui de leur tonalité peut varier depuis le cri ou l’éructation jusqu’au murmure ou au grognement — comme entre deux limites où le langage s’éva- nouit. d’un(e) éraste dans l’ardeur de posséder ou bien d’un(e) éromène dans la ferveur d’être possédé). L’oraison jaculatoire est au cœur de la tradition de l’hésychasme.31/10/2011 21h09. expression dont la résonance involontairement obscène a souvent fait sourire. comme la série des «S’il te plaît» et des «Oui» dans Document téléchargé depuis www.. 1969). Si l’on définit en effet la pornographie comme une exposition de l’inexposable.univ_est_sa . Comme on le sait. 05-Litt. des exclamations accompagnent l’acte sexuel. un mince fil presque imperceptible relie tous les registres de l’exclamation (que celle-ci soit en outre le fait et l’expression.. féminine ou masculine.cairn. mais littéralement au sens du non-montrable. Ce fil continu correspond à un caractère qu’on peut dire fondamentalement pornographique. dont le nom désigne l’apaisement procuré par la répétition de l’exclamation fervente.216. C’est sans hasard. Bien que le titre du film ne soit pas exactement donné dans l’intention de ce qui doit nous occuper ici. © Armand Colin Document téléchargé depuis www. répétée avec ferveur.

216. mais cela tient aussi au fait que l’exclamation sexuelle peut être considérée aussi bien comme une espèce de poésie in nuce que comme une exhibition porno- graphique de second degré.31/10/2011 21h09.200. faut-il comprendre les désigna- tions de l’obscène et du «honteux» (gestes. par conséquent. sans hasard. doublant la vision sur le plan du langage. si la pornographie consiste à demeurer rivé au fantasme de l’exhi- . par ailleurs. parties du corps. août 2006 9:27 09 ‡ LA DIFFÉRENCE SEXUELLE EN TOUS GENRES sens soit directement sexuel ou plutôt amoureux (« je t’aime » appar- tient aussi à l’un des registres évoqués : tout se joue dans l’intonation).univ_est_sa . 142-Nancy Page 38 Vendredi. Que cet usage. lui- même et absolument. tout autant que dire. donc.cairn. la plainte «J’ai mal…»: mais celle-ci peut plus facilement comporter aussi une information). goûts…) comme des tentatives proprement désespérées de rejoindre le cœur dérobé de la jouissance. Cet usage de la parole renvoie à la fois à la tautologie (ou. ou se dire.cairn.info . de prise de son. une forme inchoative de pornographie. et de proche en proche. © Armand Colin tés techniques (exigences de jeu.32 . d’en exhiber l’éclipse même. est jouissance. mieux.152. ou tout au moins comme si l’énonciation appartenait au jouir.. dont le français permet de rassembler l’essence dans l’assonance «oui.31/10/2011 21h09. sont par elles-mêmes. En effet l’exclamation — surtout sous la forme en quelque sorte paradigmatique du «Je jouis!» — ou bien «Foutre! je n’en peux plus…!».). etc. ou bien elle vient souligner qu’il y a un excès sur le montrable — comme un para- doxal excès de sens sur la sensualité même et comme un supplément d’aveu de l’inavouable.info . jouir faisait dire. 05-Litt. C’est d’ailleurs aussi pour- LITTÉRATURE N° 142 – JUIN 2006 quoi.univ_est_sa . et comme si. Le «désespoir» ici appar- tient au savoir de l’impossible — mais en même temps il l’emporte au- 38 delà de cette trop simple désignation d’un «impossible»: car il en désigne et il en forme en somme la possibilité même. je (tu) jouis!» — ne pro- fère rien d’autre qu’une évidence: elle énonce ce qui a lieu et qui.200.32 . aussi bien d’ailleurs que «Oui!» (on pense à la dernière ligne de Ulysse de Joyce) — sous cette forme. D’où il faudrait encore certainement s’aventurer à comprendre aussi que «le dire».216. Elle opère une tautologie de l’acte dont l’usage de la langue offre peu d’équivalents (sinon. soit bien plus fréquent dans la littéra- ture que dans le cinéma ou dans les diverses espèces possibles de spec- tacle porno (du moins l’auteur de l’article s’aventure-t-il à le conjecturer à partir d’expériences limitées). et «le» dire (dire «ça») faisait jouir. déjà dans la réalité vécue. La parole vient ici montrer ce qui ne se montre pas. © Armand Colin Document téléchargé depuis www.. cela peut sans doute tenir à des difficul- Document téléchargé depuis www.152. à la «tautégorie» selon le mot de Schelling pour parler du mythe) et à la performativité : tout se passe comme si « je (tu) jouis » faisait effecti- vement jouir. 18. de soi. et pourquoi la pornographie qualifiée doit en faire usage. n’a nul besoin d’être énoncé. De même.

POL.200. Huet et J.32 . Tout est illuminé.-P. 142-Nancy Page 39 Vendredi. 2001.univ_est_sa . ce «blasphème» et cette «imprécation» qui indexent l’exclamation moins sur la transgression religieuse que sur une colère de la parole déchaînée contre elle-même. l’impasse se dit.200. L’exclamation touche donc au centre de l’énigme pornographique.univ_est_sa . On pourrait Document téléchargé depuis www. comme la dernière page d’Ulysse.31/10/2011 21h09. en revanche il se dit. 2004. Paris. qu’une secousse de plus. de cet acte.info . 2003 pour la page 266 ici évoquée.cairn. 18. «Un gros fil rouge ciré». de relation consignée et signifiante).32 . fût-ce dans ce non-dire pourtant exclamé. qu’une référence entre un million d’autres possibles dans la littérature: celle-ci n’étant pas par hasard le lieu véritable où peut être donnée à l’exclamation une parole capable. D’une part elle ne dit rien: elle double l’acte d’une supposée nomination (comme si «foutre!» pouvait nommer ce dont il s’agit…) mais elle n’est en réalité. Paris. la bibliographie littéraire est ici par principe impossible à délimiter. de la porter. Le Seuil. août 2006 9:27 09 IL Y A DU RAPPORT SEXUEL — ET APRÈS ‡ bition (et à l’exclamation comme surexhibition).31/10/2011 21h09. © Armand Colin ainsi faire observer à Lacan que si le rapport sexuel «ne s’écrit pas» (c’est-à-dire s’il n’y en a pas de «rapport». pour cette raison. fût-ce dans ce mal-dire. Galilée. ANNEXE À L’ANNEXE Christian Prigent.216. Mais en même temps. Jonathan Safran Foer. © Armand Colin au point précis où elle ne peut qu’en dire trop ou trop peu. et il se dit jusqu’à — ou bien depuis — l’extrémité de son exclamation.. rien à dire ni à montrer. pour un instant. et qui n’est. Paris. Jean-Luc Nancy. L’«il y a» du rapport sexuel.152.. de fait. trad.cairn.info . dans L’intenable. 05-Litt. C’est ce qui fait l’impasse constitutive de la pornogra- phie.216. Document téléchargé depuis www. l’amour en revanche (ou comme on voudra le nommer) se défait du fantasme en revenant du cri au murmure et au silence.152. On préférera donc déroger à la bibliographie pour citer seulement Apollinaire dans un des Poèmes à Madeleine: Voilà de quoi est fait le chant symphonique de l’amour qui bruit dans la conque de Vénus Il y a le chant de l’amour de jadis Le bruit des baisers éperdus des amants illustres Les cris d’amour des mortelles violées par les dieux Les virilités des héros fabuleux érigés comme des cierges vont et viennent comme une rumeur obscène Il y a aussi les cris de folie des bacchantes folles d’amour pour avoir mangé l’hippomane secrété par la vulve des juments en chaleur Les cris d’amour des félins dans les jongles 39 La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales LITTÉRATURE Le fracas des marées N° 142 – JUIN 2006 . Or il n’y a. J. Caraso.

05-Litt.152.216..info . © Armand Colin Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine Document téléchargé depuis www. 142-Nancy Page 40 Vendredi.216.31/10/2011 21h09.cairn.univ_est_sa .cairn.152.32 .31/10/2011 21h09. 18.info .32 .200.univ_est_sa .200.. © Armand Colin La rumeur de tout l’amour comme le chant sacré de la mer bruit tout entier dans le coquillage 40 LITTÉRATURE N° 142 – JUIN 2006 . août 2006 9:27 09 ‡ LA DIFFÉRENCE SEXUELLE EN TOUS GENRES Le tonnerre des artilleries où la forme obscène des canons accomplit le terrible amour des peuples Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté Et le chant victorieux que les premiers rayons de soleil faisaient chanter à Memnon l’immobile Il y a le cri des Sabines au moment de l’enlèvement Le chant nuptial de la Sulamite Je suis belle mais noire Et le hurlement de Jason Quand il trouva la toison Et le mortel chant du cygne quand son duvet se pressait entre les cuisses bleuâtres de Léda Il y a le chant de tout l’amour du monde Document téléchargé depuis www.