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Romantisme Gilbert Durand, Champs de l'imaginaire Mme Simone Vierne Citer ce document / Cite this

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Vierne Simone. Gilbert Durand, Champs de l'imaginaire. In: Romantisme, 1999, n°104. Penser avec l'histoire. pp. 121-122;

Document généré le 26/05/2016

pp. 121-122 ; http://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1999_num_29_104_3421 Document généré le 26/05/2016

Comptes rendus

statut littéraire de l'hallucination, Tony James s'engage sur un terrain difficile. Faut-

il penser que lorsque Victor Hugo décrit

celles de Gringoire dans la Cour des miracles, ou Balzac celles de Raphaël chez l'antiquaire de La Peau de chagrin, ils aient dans l'esprit les mêmes phénomènes dont parlent les traités médicaux. Ou n'est-ce pas par manière de métaphore, et pour rendre

Vekphrasis plus saisissante qu'ils utilisent le terme? Sans doute l'emploi du mot chez l'un et chez l'autre est-il «loin d'être simplement décoratif» (p. 87), mais il vise moins à caractériser un état psychique comparable à celui qu'analysent les médecins qu'à imposer au lecteur une atmosphère

d

l'intrigue. On émettra un doute un peu analogue au sujet de l'enquête menée par Taine sur l'« hallucination artistique». Que Flaubert se dise obsédé par les personnages qu'il crée, identifié à eux au point d'avoir le goût de l'arsenic dans la bouche au moment où il décrit l'empoisonnement de Mme Bovary est une chose - bien propre à conforter la théorie de Taine selon laquelle l'image mentale et la perception sont une seule et même chose, que distinguent seulement la cohérence avec les autres contenus de la conscience et la possibilité de vérification. Mais Flaubert lui-même précise : «Du reste n'assimilez pas la vision intérieure de l'artiste à celle de l'homme vraiment

halluciné. Je connais parfaitement les deux états ;

171). En

fin de compte,

me

Rimbaud, à qui Tony James consacre un remarquable chapitre, et ceux qui, comme Gautier et Baudelaire, ont pratiqué les paradis artificiels, ont connu ou reconstitué au plus près ce qui, dans «l'hallucination simple», échappe totalement au contrôle de la conscience (même si Rimbaud se fait fort de la provoquer volontairement).

Au problème de l'hallucination se

celui de

étrangeté favorable au déroulement de

il y a un abîme entre eux» (cité p.

il

semble que seuls

rattache, surtout à l'unité du moi,

savoir si le moi halluciné est le même que

celui qui

seconds (reliés entre eux, en revanche, par une forme de mémoire particulière). L'exposé des théories, qu'il s'agisse de celles de Ribot, de Flournoy, de Richet ou d'Azam, est, comme toujours dans ce livre, vivant, clair, intelligent. La littérature de l'époque «décadente», où les cas de

la

fin du siècle,

la question se posant de

ne se souvient pas de ses états

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blement de la personnalité ne sont pas rares, pourrait fournir de nombreux exemples, peut-être trop évidents, de dédoublement de la personnalité. Plutôt que de retourner vers la littérature, Tony James a préféré nous laisser, après avoir accompli un beau parcours, en compagnie de ceux qui ont ouvert la voie à Freud, sans pénétrer dans le royaume dont il a été le pionnier.

Max Milner

# Du mythe au cliché

— Gilbert Durand, Champs de l'imaginaire, textes réunis par Danièle Chauvin, Bibliographie des travaux de G. Durand, index des notions, index des noms d'auteurs, Grenoble, Université Stendhal, ELLUG, coll. Archives de l'Imaginaire, 1966, 264 p.

À l'occasion du trentième anniversaire de la fondation du premier Centre de Recherches sur l'Imaginaire, à l'Université de Grenoble, en 1966, ont été réunis dans ce volume quatorze articles du fondateur de ce Centre, qui étaient devenus difficilement ou pas du tout accessibles. Ils sont publiés dans leur ordre chronologique de parution, de 1955 à 1996. Comme l'indiquent René

Bourgeoisl' Avant-propos,et c'étaitDanièlele meilleurChauvinmoyendansde «concevoir un hommage sincère et vivant à un philosophe curieux de tout», dont la pensée s'est toujours refusée à croire qu'elle puisse être un «monument d'airain construit ab initio par un architecte omniscient, et qui n'aurait ni cave ni grenier, selon le mot de Bachelard» (dont G. Durand fut le disciple). Dans la mesure où G. Durand est anthropologue, ces articles ne sont pas uniquement consacrés à la littérature. G. Durand la comprend dans ses recherches, mais l'englobe et la tisse avec les autres fils de la connaissance de l'humain. Il n'en demeure pas moins qu'elle est visiblement pour lui un domaine privilégié, et plus particulièrement celle du XIXe siècle : d'ailleurs sa «thèse secondaire» était, dès 1952,

consacrée au Décor mythique de « La

Chartreuse de Parme», première application de la théorie à un objet littéraire. On notera que même les articles les plus éloignés de la stricte étude littéraire font appel à des références aux auteurs les plus divers, comme le faisait Bachelard. Cela est tout

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particulièrement frappant dans le premier, «Psychanalyse de la neige», qui rajoute un cinquième élément à ceux de la théorie bachelardienne, et qui le fait en citant quinze auteurs différents et quelques œuvres picturales pour appuyer l'éloge de la «vérité poétique», tout en esquissant aussi une sociologie des sports d'hiver, pour compléter l'étude de cette «matière élémentaire».

chez G. Durand, est

toujours pluridisciplinaire - et elle le fut bien avant que cela devienne une mode —, celui que passionne avant tout la lecture des textes trouvera son bien tant dans l'interprétation, au sens quasi musical, des œuvres que dans une approche théorique qui prendra, au fil du temps, le nom de mythocritique. G. Durand souligne qu'elle a donné et donne encore de nombreux résultats dans ce qu'il appelle «l'école de Grenoble» dont les travaux ont pour nous un grand intérêt, car les «littéraires» de Grenoble ont particulièrement travaillé sur des auteurs français et étrangers du XIXe siècle. Deux fondateurs du Centre, trop tôt disparus, étaient des spécialistes de cette période, Léon Cellier pour la littérature française, et Paul Deschamps pour la littérature anglaise. Il est évidemment difficile de résumer les divers articles. On signalera particulièrement les exposés brefs et clairs de la méthode dans l'article de 1989 : «Méthode archétypologique : de la mythocritique à la mythanalyse », «L'imaginaire, lieu de F entre-savoirs » (1994), et le dernier, peut-être le plus utile pour les littéraires, enseignants et étudiants, «Pas à pas mythocritique» (1996). G. Durand y montre avec clarté, précision, mais aussi souplesse (ce qui est d'ailleurs un caractère constant de sa méthode) «comment guider l'enquête mythocritique dans un texte ou toute œuvre de la culture» (p. 229-242).

On trouvera aussi dans divers articles des vues fort éclairantes sur les symboles

(«L'univers des symboles», 1974, qui s'appuie beaucoup sur les travaux de Cellier et d'Albouy sur l'épopée romantique); sur le mythe, défini très clairement notamment dans « Pérennité, dérivation et usure du

Si la recherche,

se place sur le

littérature du XIXe et du

XXe siècle pour montrer le mythe de Prométhée à l'œuvre. Un article de 1991 revient sur la manière dont se constituent, se développent puis s'usent sans disparaître

terrain de

mythe» (1978), article qui

la

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Comptes rendus

«deux mythes directeurs du XIXe siècle» :

celui de la Rédemption après la Chute (La Fin de Satan), celui de la Décadence (sans salut possible), avec notamment la figure de la femme fatale, que le dernier article développera en l'opposant à la femme elfique romantique. Bien entendu, cet ouvrage ne dispense pas de lire les textes fondateurs, Figures mythiques et visages de l'œuvre, et Beaux- Arts et archétypes, notamment en ce qui concerne les recherches littéraires, mais il permet d'avoir une première approche d'une méthode qui non seulement a fait ses preuves, mais qui permet aussi et avant tout ce que Bachelard appelait une «lecture heureuse». En outre, par son caractère anthropologique, elle élargit considérablement l'horizon des études littéraires : elle les incite d'une part à ne pas évoluer indépendamment de la sociologie, de l'histoire (dans l'esprit de Braudel), de la psychanalyse mais, plus généralement, à se placer sur le «trajet anthropologique »; d'autre part, elle fait de la littérature une forme privilégiée grâce à laquelle s'expriment les grands mythes qui ont toujours été les tentatives de réponse de l'homme aux questions les plus essentielles. Simone Vierne

- Claude Millet, Le Légendaire au XIXe siècle, Paris, PUF, 1997, 280 p.

Siècle de l'Histoire et de la résurgence des mythes, le XIXe siècle serait le berceau du légendaire, défini d'emblée comme «un dispositif poétique de mise en relation du mythe et de l'Histoire, de la religion et de la politique, avec pour horizon la fondation de la communauté dans son unité ». Appréhender un tel système suppose une réflexion fondamentale sur le rapport ten- sionnel des représentations et de l'imagination, de l'événementiel et de l'originaire. L'ouvrage comporte deux parties :

«Poésie légendaire», «Vérité légendaire», la première centrée sur l'écriture du légendaire, son esthétique ; la seconde sur les liens complexes qu'il entretient avec l'histoire, la religion et la politique. L'auteur s'intéresse ensuite à un infléchissement du légendaire dans le sens d'une psychologisa- tion progressive, perceptible dans la dia- chronie, et révélatrice de l'évolution du mythe au cours du siècle.