Thomas Bonnecarrere

Le modèle de création de savoirs créatifs
complexes, évolutifs, synergiques et
imaginactants SOLARIS
Les savoirs sont des biens communs. “Don” et “don aussi” libérateurs de
possibles, créateurs d'imaginaire, déliants de passé tout en y reliant,
instaurateurs de présence à soi et autrui. Le don et le don réciproque ouvert,
le “don aussi” proposé à tous à des effets que nous pouvons (…) ressentir
comme magiques. Ils disent simplement, peut-être, qu'il y a des situations, y
compris en formation et en éducation, qui font ressortir le meilleur de l'être
humain.

— Claire et Marc Héber-Suffrin

En changeant ce qu'il connaît du monde, l'homme change le monde qu'il
connaît ; en changeant le monde dans lequel il vit, l'homme se change
lui- même.

— Théodosius Dobszhansky

Une instruction que l'on reçoit sans la transmettre forme des esprits sans
dynamisme, sans autocritique.

— Gaston Bachelard

Personne n'éduque autrui, personne ne s'éduque seul, les hommes
s'éduquent ensemble par l'intermédiaire du monde

— Paulo Freire
I. Présentation résumée

Le modèle SOLARIS est un modèle d'intelligence collective universelle que nous avons
développé, ancré dans ce que nous nommons l' « intelligence stratégique synergique et
régénérative universelle » (abrégé dans le cadre de notre analyse en MAGI 1). Il s'ancre
dans les paradigmes commonisme éthicogectif 2 (Bonnecarrere, 2016), l'économie du
savoir (Machlup, 1963), de la créativité (Florida, 2002) et de l'expérience (Pine et
Gilmore, 1998). Il renvoie à un modèle économique basé sur le développement, la
protection et la valorisation de SOLIS (Savoir Opérationnalisant Libérateur Imaginieré
Synergisant) et de SOLARIS (Savoir Opérationnalisant Libérateur Alimenté par un Réseau
Imaginierial Synergique). Ces différentes œuvres Magitopiques 3 alimentent un patrimoine
culturel commun – hébergé sous la forme d'une médiathèque physique et numérique
ouverte, distribuée et évolutive intégrée au MAGICEAN 4 – nommé HyperSolaris5.

II. Définition

Le SOLARIS connote les éléments suivants :

- Le savoir renvoie aux savoirs et savoir-faire singuliers propres à l'expérience de chaque
individu et/ou territoire Magitopique (i.e., communauté Magitopique de type EUTCOT 6), en
lien avec les modalités de la domination (selon Lepage, 2012). Ce savoir est construit, à
l'échelle individuelle et collective, via une relation dialogique entre intellect et affect. Cette
nature dialogique nourrit la réflexion et l'action collective dans la transformation sociale,
sur une base holomorphique, des territoires selon une logique transcendante d'intelligence
territoriale (Bonnecarrere, 2016). Il est alimenté par le processus de management des
1 Acronyme signifiant Mastering the Art of Glocal Intelligence (Maîtrise de l'Art de l'Intelligence Glocale). Cette discipline
stratégique s'ancre dans le paradigme « penser glocal, agir glocal » (Bonnecarrere, 2017 basé sur Dubos, 1972).
2 Paradigme économique ancré dans le développement, la protection et la valorisation de patrimoines culturels
communs faisant dialoguer éthique, intellect et affect dans une perspective d'émancipation citoyenne par le biais d'une
dynamique d'« intersubjectivation Magiducative ». En d'autres termes, une co-construction en tant que sujet politique
« génie créatif singulier » nourrie par un travail de co-éducation civique imaginieriale reposant sur l'apprentissage et
l'alimentation continue du « moteur social » ImagineerInt (Bonnecarrere, 2015).
3 Générées, hébergées et partagées librement au sein de ces systèmes territoriaux hétéreutopiques.
4 Patrimoine culturel commun universel et « imaginactant » (i.e., qui enjoint à l'imaginierie territoriale stratégique), de
type « océan bleu » (i.e., ancré dans une philosophie pacifique reposant sur la singularisation de territoires Magitopiques
engagés dans un parcours reflétant leur imaginaire local, et sur le paradigme « Être meilleur que soi-même ,grâce aux
autres »). Cet acronyme signifie Mastering the Art of Glocal Intelligence within a Connected, Evolutive and Aesthetic
Network (Maitrise de l'Art de l'Intelligence Glocale au sein d'un Réseau Connecté, Esthétique et Evolutif).
5 Nous tenons à préciser que notre travail de théorisation du modèle SOLARIS s'est nourri des riches et passionnantes
discussions tenues sur le sujet avec Florian Gineste, ingénieur en mécanique et Imagint.
6 Acronyme signifiant Eperimental and Universal Territorial Community of Tomorrow (Communauté Territoriale
Expérimentale et Universelle de Demain). L'universalité connote ici l'équipotentialité dans l'accès et la participation en
tant que membre de ce type de communauté, en rapport avec le respect du cadre « ordocomministe imaginactant »
défini par le modèle de développement social ImaginneerInt et le code social (ADN) définissant les « règles du jeu » du
système Magitopéen (dimension globale).
ignorances (Besson et Possin, 2001) afin de stimuler la démarche proactive
« imaginactante » d'imaginierie territoriale stratégique. En d'autres termes, l'amélioration
continue des systèmes Magitopiques (dimension territoriale locale) et, in fine, Magitopéens
(dimension globale ou, plus précisément, glocale).

- L'opérationnalisation renvoie à la nature incitative de cette ressource concernant
l'adoption d'une démarche « rêactive » de recherche – action citoyenne menée au sein
des systèmes Magitopiques (comme espaces de créativité protégés favorisant la libre
expérimentation des acteurs concernant de nouvelles voies d'évolution pour appréhender
les problèmes complexes locaux et glocaux, selon les analyses de Durance et Mousli,
2010 et de Lepage, 2012) ;

- La libération fait référence à l'émancipation citoyenne, en accord avec la philosophie
libriste (Stallman, 2002 : Broca, 2014) et l'éducation populaire (Lepage, 2007 ; Maurel,
2008) selon le paradigme de la culture libre (Lessig, 2004 ; 2008) ;

- L'Alimentation fait référence à l'enrichissement, sur une base universelle, de cette
ressource commune anti-rivale (pour le SOLARIS) ;

- Le Réseau fait référence à :

- Un réseau social communautaire universel de type EUTCOT (« eutopéen de
demain ») basé sur une architecture ouverte et distribuée en peer-to-peer (netarchie
panarcho-commoniste7) ;
7 Le mot « panarcho » renvoie ici à la définition de la « panarchy 101 » telle que définie par Hartzog (2016). Ce
philosophe analyse l'économie du futur par le biais de l'avenir de la fabrication et de la production, souvent appelée
« culture maker ». Selon lui, il nous faut appliquer les principes des systèmes complexes et panarchiques et voir ce qui
se dégage :
- Plusieurs à plusieurs : Signifie que les participants au réseau ne sont pas connectés à d'autres participants de manière
hiérarchique. Au lieu de cela, les connexions s'étendent vers le haut et vers le bas d'une multiplicité de réseaux qui
fonctionnent à différentes échelles ;
- De pair à pair : Se réfère au fait que beaucoup de la connectivité supplémentaire dans le réseau va être horizontale,
c'est-à-dire à travers les réseaux. En d'autres termes, afin de communiquer avec des nœuds ailleurs dans le réseau, il ne
sera pas nécessaire de monter d'abord une chaîne hiérarchique puis de la replier ailleurs dans le réseau. Beaucoup à
Beaucoup signifie l'évitement des obstructions bureaucratiques ;
- Faisons-le nous-même : Signifie que, plutôt que de s'appuyer sur de grandes institutions centralisées, un vaste réseau
de participants beaucoup plus petit prend le rôle actif de faire des choses. Cette communauté beaucoup plus vaste de
participants est par la suite plus diversifiée, ce qui est crucial pour des systèmes complexes sains (comme l'a noté Scott
Page dans son livre La différence : Comment la puissance de la diversité crée de meilleurs groupes, entreprises, écoles
et sociétés) ;
- De petits morceaux, connectés librement : Dans la continuité de la dynamique des « small pieces, loosely joined »
(exprimée en premier lieu par David Weinberger), nous pouvons voir comment un futur réseau fonctionnera. Un large
éventail de participants au processus de fabrication se constituera au sein d'un vaste réseau de communs coopératifs. En
tant que « petits morceaux », ils en font moins à la fois, mais la puissance de leur fabrication vient du fait qu'ils sont
« librement reliés » au sein dans un réseau coopératif décentralisé flexible. Ils y parviennent grâce à la communication,
à la coordination et à ce que Howard Rheingold appelle des « technologies de coopération » ;
- DGML — Design Global, Manufacture Local : Ce dicton, formulé par Michel Bauwens et Vasilis Kostakis, nous
rappelle que la mobilité des bits est bon marché, tandis que la mobilité des atomes est coûteuse. En d'autres termes,
plutôt que de garder l'information locale et de fabriquer le produit, nous pouvons distribuer l'information et fabriquer ce
produit plus près de là où il est nécessaire. Hartzog souligne qu'il s'agit d'un renversement de l'économie traditionnelle,
- Un réseau technique de communication neutre et universel garantissant la même
potentialité d'accès et de participation à tous et ne discriminant pas les données
transitant en son sein (Bayart, 2007 ; Zimmermann, 2014).

- L'imaginierie fait référence ;

- Au processus d'imaginierisation des acteurs Magitopiques : via leur transformation
en « rêacteurs évolutifs » intégrant l'apprentissage du modèle ImagineerInt et, par
extension, de la vision d'imagineer et de l'éthique Imagint 8. Ce processus est par
nature universel (au sens de Zimmermann, 2014) afin de nourrir leur émancipation
politique et, par extension, la dynamique évolutive des systèmes Magitopiques
reposant sur une créativité distribuée et une innovation ouverte et émergente ;

- Au processus d'imaginierie tel que défini par Prosperi (2011) conditionnant le
développement et la valorisation de ces ressources, favorisant leur transformation en
« œuvres attrapulsives » fortes, attractives et inspirantes reposant sur une « arme
esthétique commonisée » (Bonnecarrere, 2016 basé sur Stiegler, 2012 9). Cette
« arme de construction » vise, ici, à lutter contre les stratégies de « domestication »
par la culture, reposant sur un « lissage des espaces esthétiques » (selon
Stiegler, 2012) ;

- Au processus d'expérienciation (passive et/ou active) et expérimentation
(active - contributive10) de ces ressources par des entités tierces, au travers
d’œuvres attrapulsives11 nourrissant un « artefact inspirant » (Nijs, 2014) utilisé
comme levier de changement vers une transition écologique durable ancrée dans la
philosophie et mouvement social (i.e., politique, économique et culturel) MAGIpunk 12.

que Bauwens (à propos de la Publication Sociale) définit de « sélectionnez, puis publier » mais « publiez puis
sélectionnez ». Il est possible, pour Hartzog, d'adapter ce paradigme à la fabrication et la production : pas « fabriquer,
puis distribuer » mais « distribuer, puis fabriquer » (source : https://blog.p2pfoundation.net/panarchy-101-can-make-
pioneering-thing-commons/2016/11/21; consulté le 22 mars 2017).
8 La vision d'Imagineer constitue une posture analytique glocale, complexe et stratégique ancrée dans une « vision du
monde élargie » via un dialogue entre le mode de pensée logico-scientifique et le mode de pensée narratif esthétique
intuitif (Bruner, 1986). L'éthique Imagint définit, quant à elle, un cadre éthique strict encadrant les pratiques d'imaginierie
territoriale stratégique (voir la définition dans notre modèle ImagineerInt, 2015 ; 2016 ; 2017).
9 Le philosophe Bernard Stiegler met avant le fait qu'au XXe siècle, l'esthétique devient un enjeu et une arme dans une
guerre économique mondiale conduisant vers des formes an-esthésiques. Le phénomène de mondialisation, reposant
sur un marchéisme prolétarisant, “liquide” ainsi les “barrières esthétiques" comme, par exemple, les cultures locales et
les dispositifs de transmission des savoirs, i.e., des “saveurs” ( Source :
http://www.lejournaldesarts.fr/oeil/archives/docs_article/81262/un-grand-entretien-avec-bernard-stiegler----le-role-de-l-
art--produire-du-discernement---.php ; consulté le 22 mars 2017).
10 Voir notre schéma « Système Magitopique – Configuration dimensionnelle » (2015).
11 Fait référence à une œuvre attractive (stimulant le désir), « propulsive » (conçue pour renvoyer sémiotiquement vers
la vision « lumineuse » du système imaginierial) et « pulsatoire » (générant une stimulation comme tension
organisationnelle enrichissant, par l'inspiration des acteurs l'expérimentant, l'attracteur du système imaginierial).
12 L'artefact inspirant constitue, dans le cadre de notre travail, un « objet artistique narrativisé » (au cœur du processus
d'imaginierie stratégique selon Nijs, 2014) conçu pour stimuler le désir des acteurs territoriaux à s'engager
volontairement dans le processus de réalisation de cette vision territoriale eutopique qu'il reflète.
- La synergie fait référence à la connexion et hybridation de ces « savoirs singuliers »,
conçus par design pour stimuler la synergie créative et inventive, i.e., innovationnelle au
sein des territoires. Ils sont ainsi conçus pour être partagés, appropriés et hybridés
efficacement grâce à l'intégration de l'imaginierie au cœur de leur conception et
valorisation. Leur développement, partage et enrichissement libres vise à favoriser la
production de différenciation, de diversité, i.e., de complexité, diversification et résilience
dans le système social, favorisant l'appréhension des problèmes complexes disruptifs
(selon Stiegler, 2016).

Le SOLARIS constitue, ici, un « super-savoir synergique » glocal commun, circulant et
étant stocké au sein d'une « mémoire glocale » grâce à un réseau internet neutre et
universel, une infrastructure technique distribuée et des codes et contenus libres (selon
Benkler, 2000). Cette « intelligence collective universelle » irrigue, de par la nature libre et
imaginierée des ressources la constituant, les territoires à l'échelle planétaire, qui
l'alimentent avec du SOLIS. Le SOLIS constitue ainsi, dans ce paradigme, un
« micro- savoir politique » local développé à l'échelle :

- Individuelle : Via l'expérience singulière de chaque acteur imaginierial « sujet politique »,
traduite en savoir partageable et hybridable utile pour l'action collective citoyenne dans
une perspective d'émancipation politique centrée sur l'expression du génie créatif
singulier ;

- Territoriale : Via l'hybridation de ces savoirs politiques, ancrés dans les cultures locales et
nourrissant une action collective citoyenne cette même échelle ;

- Interterritoriale : Via une une hybridation de ces savoirs à l'échelle glocale (R & D
universelle selon l'analyse de Bauwens) favorisant la construction d'une « réalité glocale
intersubjective ».

III. Présentation détaillée du SOLIS, du SOLARIS et de l'HyperSolaris

III.1. Le SOLIS

Le SOLIS constitue l'« unité fondamentale » d'une œuvre culturelle SOLARIS. Il constitue,
en d'autres termes, un savoir jugé utile à partager à la communauté par son ou ses
détenteurs afin d'alimenter et enrichir la réflexion et le raisonnement collectifs. Il constitue,
en d'autres termes, une « brique de construction » permettant, via sa connexion avec
d'autres œuvres analytiques singulières SOLIS, de construire un raisonnement complexe
élaboré distinguant et reliant en même temps ces différents savoirs singuliers. Il constitue
ainsi un savoir « brut » singulier (i.e., incomparable) reflétant le regard unique de son ou
ses créateurs. Cette nature favorise son analyse qualitative. Sa nature complexe induit un
processus de création mobilisant une vision du monde élargie, via un dialogue
entre (Bruner, 1986 ; Danchin, 2016) :

- Mode de pensée logico-scientifique déconstruisant un objet / problème pour mieux
l'appréhender ; et

- Mode de pensée narratif construisant une appréhension globale et intuitive de cet objet.

La construction du SOLIS passe par plusieurs étapes fondamentales :

- La ou les thématiques : Mots-clés comme, par exemple : éducation, santé,
transport, nature,… ;

- Le contexte de création : E.g., observation d'un événement / phénomène seul ou en
groupe (plusieurs témoins enrichissant l'analyse de leur subjectivité singulière,…), à
tel endroit (localisation géographique favorisant l'analyse systémique du phénomène
observé et interprété),...;

- Le contexte d'ancrage du savoir : En rapport avec les différentes « réalités
territoriales » (médiocratique destructrice marchéisée et/ou créative régénérative
commoniste13) et les aires expérientielles d'un système Magitopique (jouet, jeu,
travail et rêve).

Ce questionnaire vise à favoriser la catégorisation de l’œuvre finale concernant, par
exemple, la nature des informations suivantes :

- La nature du savoir : En tant que savoir « froid » académique, « chaud » issu d'une
pratique expérientielle terrain, ou bien hybride via une démarche de recherche –
action ; et

- La nature générale et spécifique du médium d'encodage : Médium interactif (e.g.,
jeu-vidéo) ou « froid » (e.g., conférence gesticulée ou court-métrage d'animation).

- Une dimension affective : Le ou les créateurs livrent ici leurs sentiments « à
chaud », en écrivant « sans filtre » (Baty-Sorel, 2016) afin de retranscrire le plus
fidèlement possible leur état d'esprit et leur ressenti durant leur observation / création
de ce savoir singulier. L'expression doit donc être « brute ». Une fois rédigée (voire

13 En rapport avec les analyses de Hughes (2015) concernant l'écologie sociale et Wahl (2016) concernant les cultures
régénératives dans son ouvrage Designing regenerative cultures. Le « et » connote ici un savoir ancré dans l'analyse de
la relation entre ces différentes réalités territoriales coexistant au sein d'un même espace physique et/ou système social
évoluant sur cet espace (e.g., système territorial capitaliste et système Magitopique commoniste).
interprétée et enregistrée en « version finale » pour le SOLIS), cette partie doit rester
inchangée afin de préserver sa spontanéité.

- Une dimension réflexive, posée et analytique, qui comprend :

- La présentation narrativisée et illustrée d'une observation ou création : Le ou les
créateurs présentent ici, sur le mode narratif, le fruit de leur(s) observation(s), en
adoptant une démarche analytique intégrant la dimension éthique, cognitive et
métacognitive (e.g., en amenant le ou les créateurs à conscientiser puis énumérer
ses/les différents biais (e.g., préjugé induisant une discrimination, désir d'atteindre un
objectif précis guidant et orientant son processus créatif, concession sur certaines
données afin de respecter une échéance précise,...). Une fois rédigé, cette
dimension peut être modifiée en conservant toutefois la substance originelle. Les
corrections apportées doivent ainsi se superposer à l’œuvre originelle afin que les
expérienceurs / analystes puissent à posteriori identifier et comparer l’œuvre
originelle / précédente avec sa / ses mise-à-jour. Ce processus permet d'enrichir le
sens – et par extension la valeur – de cette œuvre de manière continue en
préservant sa nature contextualisée ;

- La mise en évidence d'une ou plusieurs voies d'amélioration de ce savoir perçu
avant et/ou après la création du SOLIS (gestion des ignorances via la création de
« zones d'ignorances » représentées par des « alvéoles » attirant, via la nature
attrapulsive de l’œuvre, de nouveaux SOLIS). Par exemple, un informaticien créant
un SOLIS sur une nouvelle utilisation créative d'un système Arduino peut formuler
dans son œuvre le désir de connecter son nouveau savoir avec du savoir issu de la
biologie. Son souhait peut ainsi être, par ce biais, d'enrichir son expérience singulière
afin d'ancrer son invention dans le domaine de la biotechnologie, en actualisant de
nouvelles possibilités d'évolution et applications initialement insoupçonnées. Ce
faisant, il doit également rajouter le mot « biologie » comme mot-clé dans la partie
dédiée, afin de favoriser son accès par des spécialistes de cette thématique
effectuant une veille stratégique sur celle-ci.

Le SOLIS constitue une œuvre culturelle imaginactante. C'est-à-dire qu'elle enjoint par
nature les créateurs de savoir à adopter une démarche abductive nourrie par une posture
imaginieriale (mobilisant l'inventivité, l'innovation et l'entrepreneuriat selon Wentzel, 2006)
« rêactive évolutive ». Cette posture et démarche est favorisée par la dimension
problématisante et imaginactante de cette œuvre. Ce faisant, les SOLIS enjoignent ces
« rêacteurs évolutifs14 » à effectuer un « saut de conjecture » par rapport à leur « monde
expérientiel singulier » nourri par des modèles mentaux spécifiques (Einstein, 1952 ;
Wentzel, 2006). Le SOLIS favorise ainsi par design le « risque » de sérendipité
(Sandri, 2014) en encourageant les créateurs de savoir à développer et exprimer leur
pensée « hors du cadre » via l'écoute de leurs intuitions pour poursuivre des
raisonnements « irrationnels » divergents des normes déductives établies par consensus
par les « communautés de savoir » évoluant dans une vision du monde mécanistique
traditionnelle (Dent, 1999). Dans le champ scientifique, le SOLIS vise ainsi à créer de la
recherche (raisonnement complexe assumant son incertitude / subjectivité inhérentes) en
primant la qualité. Ses créateurs – libérés des contraintes mercantiles induisant une
logique de rentabilité sur le court-terme dans un contexte de capitalisme cognitif – peuvent
disposer du temps nécessaire à sa création. Un processus créatif chronophage peut
cependant induire au sein de la communauté Magitopéenne une justification argumentée
si celle-ci induit une consommation de ressources rivales affaiblissant le capital
énergétique de cette communauté (e.g., mobilisation d'un espace physique au détriment
d'autres activités,…).

Le SOLIS (comme savoir « brut » contextualisé) possède deux dimensions
fondamentales :

- La dimension expertise : Mobilise le jargon – comme langage propre à chaque
spécialité / métier. L'objectif de cette partie est de présenter un savoir le plus précis
possible d'un point de vue lexical et sémantique. Celle-ci permet ainsi d'appuyer la
crédibilité et légitimité du savoir – nourri par le point de vue singulier – de la personne, tout
en permettant d'accéder à une version la plus précise possible de ce savoir (e.g., pour des
amateurs souhaitant améliorer leur connaissance technique dans un champ disciplinaire
spécifique, en apprenant – pour mieux s'approprier symboliquement – les codes de cette
discipline). Cette partie est en quelque sorte le « making-of » du savoir (racontant de
manière technique et détaillée le savoir et son processus créatif encadrant sa création et
valorisation) ;
- La dimension grand public : Mobilise une approche de communication (reposant sur la
pyramide de l'imaginierie de Prosperi, 2011) visant à vulgariser le savoir pour le traduire le
de manière efficace. Ce processus de valorisation du savoir (i.e., de synergisation
transdisciplinaire via une conception stratégique de reliance expérientielle entre le(s)
14 Qualifie un individu rêveur, acteur, apprenant (i.e., engagé en permanence dans un processus de progression) et
agissant de manière connectée et auto-organisée via une vision du monde élargie mobilisant les pensées
logico- rationnelle et narrative. Ces acteurs appréhendent ainsi de manière efficace la complexité et nourrissent une
dynamique d'intelligence territoriale ainsi que d'intelligence stratégique et synergique universelle reposant sur la
créativité distribuée et l'innovation ouverte et émergente de type « sociodisruptive » (Bonnecarrere, 2017).
créateur(s) et les expérienceurs 15) nécessite d'adopter un langage et des références
culturelles communément partagées tout en conservant l'essence du savoir expérientiel
dépeint dans cette œuvre. Cette dimension constitue l’œuvre attrapulsive qui sera
valorisée auprès du grand public (dimension esthétique, mécanique et narrative de la
tétrade élémentale de Schell, 2008).

Le SOLIS constitue, au sein du modèle SOLARIS, une « théorie incarnée » par un individu
(Lepage, 2012) conçue pour stimuler le désir de changement social, via l'exploration
citoyenne d'un nouvel horizon d'innovation vers une direction stratégique souhaitable et
désirable. L'objectif est de stimuler le désir des individus à exprimer, dans le cadre de sa
création, leurs souffrances et frustrations issues de la « réalité ordinaire », en lien avec les
modalités de la domination (Lepage, 2012) voire de l'humiliation (Danchin, 2016). Cette
expression est formalisée dans une œuvre attractive encodant leur expérience singulière.
Le SOLIS vise à encourager (via sa nature imaginierée) les individus à adopter une
posture de créateurs de savoir disposant d'un sens de l'initiative citoyenne entredonariale
(Bauwens, 2017) au service de la poursuite d'un idéal collectivement désiré et non d'un
« projet fédérateur » marchéisé impliquant des « partenaires ». Lepage (2012) souligne
ainsi que le concept de « projet », omniprésent dans notre société, « tue » le désir, en
considérant les individus comme des objets et non des sujets pensant et exprimant la
contradiction et le conflit social 16.

L'enjeu fondamental pour les territoires est, en résumé, de produire du SOLIS (comme
ressource anti-rivale stratégique) et favoriser son appropriation par les individus évoluant
au sein de territoires enclosés par l'idéologie de Marché via un cadre ordolibéral. Le
processus stratégique vise donc à encoder ces savoirs « diversificateurs » et
« complexifiants » (Stiegler, 2016) via leur nature intrinsèquement problématisante dans
des œuvres singulières attractives (i.e., mémorables et inspirantes) et vulgarisées.
L'objectif est de favoriser leur transmission et appropriation par les acteurs grâce à une
relation affective stimulant leur intérêt et désir pour celle-ci. Cette approche est centrée sur
la création de discernement et de désir chez des sujets politiques (selon Stiegler, 2012 et
Lepage, 2012) via une culture enracinée dans les territoires synonyme de travail, d'effort,
de rigueur et de création (selon Danchin, 2013).

Le SOLIS peut également être co-construit. Les multiples subjectivités doivent cependant
être exprimées et contextualisées à l'échelle individuelle (e.g., quel(s) rôle(s) étaient

15 Selon les analyses de Lepage (2012) sur la « théorie incarnée » et de Rusch (2007) sur la « métaphore
expérientielle.
16 Source : https://www.youtube.com/watch?v=zVhdg3kXBCo (consulté le 16 avril 2016).
adopté(s) par les différents expérimentateurs au sein d'un même processus scientifique).
Ces facettes nourrissent le développement d'un raisonnement complexe qui peut enrichir
cette œuvre d'une réelle valeur ajoutée.

Les individus se projettent ainsi, par le biais de ce « travail de la culture et par la culture »
(Maurel, 2008) au service d'une émancipation citoyenne à l'échelle des territoires, dans un
avenir eutopique reflétant une « nouvelle réalité créative en puissance » désirée et
souhaitable pour une progression écosocialement durable 17. Une fois cette vision définie,
ils mobilisent leu(s) réflexion(s) et leurs expériences pour la réaliser progressivement
selon la méthode de l'imaginierie territoriale stratégique. Ils peuvent, pour ce faire,
connecter et hybrider ses savoirs singuliers avec ceux :

- Produits par d'autres sujets politiques évoluant dans le même territoire, et appréhendant
la même « réalité quotidienne » et les mêmes problématiques locales et glocales ;

- Produits par d'autres « nœuds territoriaux » Magitopiques du réseau glocal Magitopéen
connectés grâce au réseau MAGInet18 appréhendant les mêmes problématiques
complexes glocales, voire des problématiques locales similaires aux leurs.

III.1.1. Les piliers du SOLIS

La création d'un SOLIS se définit par une réflexion singulière menée autour de six piliers
fondamentaux encourageant par design les créateurs à développer des savoirs
contextualisés. Voici les différentes parties constituant cette ressource culturelle
imaginactante. Il n'est pas obligatoire de remplir l'intégralité de ces parties ; cependant, les
aborder toutes permet d'enrichir le sens – et par extension la valeur – de cette œuvre
culturelle synergisante.

17 Selon notre définition de la vision écosociologique du progrès (2016) basée sur les travaux de Murray Bookchin sur
l'écologie sociale.
18 Réseau technique de communication hébergeant et permettant d'alimenter en continu le patrimoine culturel commun
universel MAGICEAN (voir schéma « Écosystème Magitopéen » de notre modèle ImagineerInt.
Fig. 1. Matrice du SOLIS

III.2. Le SOLARIS comme savoir complexe hybride et évolué

Le SOLARIS constitue une association complexe de savoirs singuliers SOLIS hybridés.
Ce « super-savoir » distingue et relie ces œuvres uniques attrapulsives imaginactantes
pour former un savoir complexe, hybride (connectant les savoirs « froids » académiques et
« chauds » de l'expérience singulière des individus ancrée dans le terrain) et évolué de
type « sociodisruptif19 ». Contrairement au SOLIS, le SOLARIS en tant que ressource
singulière contextualisée ne peut être modifié après vérification et approbation de sa
validité (comme savoir opérationnalisant émancipateur synergique) par la communauté
(évaluation par les pairs, avec possibilité d'anonymat si voulu par les créateurs de SOLIS
composant cette super-ressource). Il développe et traduit ainsi un raisonnement complexe
issu :

19 En ce sens qu'il nourrit l'analyse fine de la réalité sociale, ainsi que la dynamique Magiducative (éducation populaire
ancré dans la discipline d'intelligence stratégique MAGI que nous avons développé). Son but est ainsi de stimuler les
tensions organisationnelles d'opportunités reconnues et créées, i.e., la dynamique sociodisruptive dans une perspective
d'émancipation citoyenne collective (voir notre schéma intitulé « Disruption sociale » de notre modèle ImagineerInt.
- D'une association / combinaison significative 20 de SOLIS (savoirs singuliers distincts) ; ou
- D'une association / combinaison significative de SOLARIS (comme raisonnements
complexes approuvés, hybridés pour générer un savoir encore plus riche et complexe
reflétant une diversité culturelle plus grande). L'hybridation de plusieurs SOLARIS peut
générer un autre SOLARIS, qui enrichira l'arborescence d'un nouveau « nœud » voire
« branche (i.e. l'ouverture d'un nouveau champ paradigmatique / axiomatique,…). Le
SOLARIS peut soit générer (en tant que vision créative collectivement désirée par des
acteurs Magitopiques) la création de SOLIS selon le principe de l'imaginierie, ou bien être
la résultante de la connexion à posteriori de plusieurs SOLIS sur une base attendue ou
inattendue. Le contenu est ainsi généré par la co-construction synergique d'un
raisonnement complexe distinguant et reliant les singularités engrammées dans chaque
SOLIS et/ou SOLARIS.
Le SOLARIS fait donc dialoguer émergence et progression réflexive afin de stimuler la
dynamique créative et innovationnelle du processus d'intelligence synergique et
régénérative universelle (i.e., MAGI). En tant qu'association complexe distinguant et
reliant, le SOLARIS doit être soumis à la communauté de pairs en vue d'apporter, avant
finalisation, des corrections ou des suggestions d'amélioration. Le contenu seul du
SOLARIS (dimension éthico-cognitive) est soumis à l'approbation de la communauté. Les
membres de cette communauté doivent, aidés par les Imagints garant de l'intégrité des
systèmes Magitopéens, s'assurer que ces savoirs et leur processus de création respecte à
chaque niveau / étape / phase l'éthique Imagint telle que définie dans le modèle
ImagineerInt (Bonnecarrere, 2015). Un SOLARIS approuvé par la communauté est alors
figé (vérifiable grâce aux métadonnées affiliées) puis indexé (avec l'identité officielle ou
pseudonymique des créateurs, des mots-clés décrivant son contenu et la date de création
et d'approbation / validation par la communauté). Cette indexation permet de favoriser
son ancrage contextualisé historiquement au sein d'une arborescence retraçant
l'historique du savoir ainsi que son identification authentifiée, son accès et sa réutilisation
postérieure par des créateurs de savoirs. Il est ainsi fondamental que les expérienceurs de
cette œuvre soient capacités pour pouvoir décoder (i.e., recevoir) efficacement le(s)
message(s) encodé(s) par le(s) créateur(s) du SOLIS et du SOLARIS.
Le SOLARIS (comme « alliage modelé artisanalement21 offrant des nuances de
20 Via des reliances lexicales et sémantiques favorisant la connexion entre les champs de savoir et leur hybridation, afin
de faire émerger un nouvel ensemble cohérent (i.e., complexe ordonné) générant de nouvelles vues (insights) et
stimulant l'inspiration de ses expérienceurs.
21 Cette image se base sur les analyses de Stiegler concernant l'importance d'ancrer le processus d'intelligence
collective – nourrie par des savoirs singuliers et nécessaire pour appréhender les problèmes complexes glocaux – dans
la figure de l'artisan et de l'amateur (comme praticiens éclairés « amoureux » de libido sciendi « qui font les choses pour
l'amour de l'art » (source : https://www.april.org/une-nouvelle-figure-de-lamateur-bernard-stiegler ; consulté le 16 avril
2017). L'artisan réfère ici à « celles et ceux qui sont l'origine de quelque chose » (source :
saveur grâce à un raisonnement complexe) est constitué de 3 choses :

- Un contexte :

- Social (e.g., normes de compétition ancrées dans une réalité ordinaire marchéisée
destructrice, ou bien de coopération synergique ancrée dans une réalité créative
régénérative Magitopéenne) ;
- Politique (e.g., cadre ordolibéral visant à imposer une logique productiviste
marchéisée, ou bien ordocommoniste imaginactant maintenu par des Imagints) ;
- Économique (e.g., logique de rentabilité impérative dans une réalité marchéisée
destructive, ou de développement poétique endogène au sein d'une Magitopie) ;
- Technologique (e.g., via l'utilisation d'outils de production propriétaires/privateurs ou
communs/émancipateurs,…) ;
- Une arborescence : Ancrant ce savoir complexe évolué dans une logique
d'« arborification évolutive » du savoir. Cet arbre schématique est ancré dans le « sol
Magitopéen » grâce à des racines historiques contextualisant sa création (via
l'énumération des différents problèmes liés au savoir et plus généralement à la culture).
Son tronc commun supportant la structure philosophique et méthodologique est constitué
par la philosophie MAGIpunk et le modèle ImagineerInt ;
- Des branches : Comme voies d'évolution du savoir en fonction des postures (posture
paradigmatique / axiomatique et méthodologique,..).

Chaque SOLARIS créé doit déboucher sur la création d'une nouvelle « graine » SOLIS,
afin d'enrichir le terreau créatif et innovationnel du système Magitopique/péen. Le
raisonnement complexe et complètement débridé encodé dans une œuvre créative
SOLARIS entraîne ainsi de facto une deuxième phase, comme « travail méthodologique
normé » que constitue la création d'un nouveau SOLIS. Celui-ci vise à permettre la
compréhension par tous d'un travail vulgarisé qui est le fruit de la réalisation d'un ou
plusieurs créateurs, accompagné de son contexte. Ce SOLIS doit ainsi intégrer
nécessairement une dimension vulgarisation, contexte et ouverture (i.e., synergisante) afin
de rendre possible son analyse « volumétrique ».

http://www.cultivateurdeprecedents.org/trace-recit-et-faire-faire#sdfootnote8sym : consulté le 16 avril 2017). En d'autres
termes dans notre analyse, qui créent (et non « produisent ») une œuvre culturelle singulière savoureuse (et non un
« produit marchand standardisé ») reflétant le savoir et savoir-faire de son ou ses créateurs/trices. L'ancrage du modèle
SOLARIS dans ce paradigme de création de savoirs émancipateurs au travers de l'ace de création ainsi que dans celui
d'expérienciation par un public capacité vise, ainsi, à lutter contre le phénomène de « prolétarisation généralisée »
(Stiegler, 2012).
III.2.1. Les niveaux de lecture du SOLARIS

En fonction du niveau de lecture d'un SOLARIS, les expérienceurs se voient permettre
plusieurs compréhensions :
- Topologie : Le « néo SOLIS » post-SOLARIS (créé à la suite d'un SOLARIS) constitue la
« graine synthétique » offrant à ses expérienceurs une compréhension globale de ce
« super-savoir » complexe, via une vue d'ensemble de celui-ci. Il permet ainsi de s'orienter
de manière générale dans son raisonnement ;
- Relief : Constitué par la combinaison de la « graine » SOLIS et du raisonnement
développé. Cet ajout offre une analyse plus détaillée que la simple « carte synthétique » ;
- Volume : Constitué par la combinaison de la « graine » SOLIS, du raisonnement
développé ainsi que de l'arborescence.

Le raisonnement construit par le(s) créateur(s) d'un SOLIS ou SOLARIS doit être à la fois :
- Linéaire : Via une narration du processus réflexif / créatif ayant mené à la fois à
l'observation ou création de l'objet présenté, et à la création du SOLIS (motivation,
souhait(s)/désir(s),.. ) ;
- Dynamique : Via de multiples variables mises en évidence, pouvant être modifiées
ultérieurement par cette/ces personnes pour complexifier leurs savoirs sur une base
hypothético-inductive ou abductive, ou bien par d'autres créateurs souhaitant ancrer
leur(s) travaux dans ces savoirs/raisonnements préliminaires tout en explorant une
nouvelle voie (sous-branche de cette branche réflexive).
Si les membres de la communauté Magitopéenne perçoivent par la suite qu'une évolution
de ce « super-savoir » est nécessaire, ils doivent créer un nouveau SOLARIS. Le(s)
nouveau(x) créateurs sont, ici, encouragés à justifier, au sein de leur nouvelle œuvre, le
besoin initial exprimant la nécessité perçue de leur part de faire évoluer le savoir, afin de
contextualiser. Ce besoin peut être issu, par exemple, d'une erreur fondamentale perçue
par ces acteurs, d'un biais cognitif mis en évidence nécessitant une approche différente,
ou encore une intuition profonde irrationnelle incitant l'individu ou groupe à poursuivre une
nouvelle voie :

- Méthodologique (démarche hypothético-inductive / déductive, abductive, quantitative /
qualitative,..) ;

- Paradigmatique / axiomatique ;
- Syntagmatique : Via la définition de nouvelles syntagmes (comme variables favorisant
l'émergence de nouvelles possibilités d'évolution réflexive paradigmatique) ;

- Sémiotique : via une pensée créative latérale (De Bono, 1967 ; Nussbaum, 2000 ;
Yokoi22) favorisant l'évolution / différentiation de l'objet complexe observé sous forme de
représentamen dynamique évolutif, via un modèle mental générant un interpretamen et
interpretant dynamique (De Souza, 2005 ; Frasca, 2007) qui renvoie à différents objets
actualisés ou actualisables via une dynamique de virtualisation – actualisation
(Levy, 2011).

- Thématique : Par exemple, en connectant ce savoir avec d'autres champ disciplinaires
mobilisant des modes de pensée convergents ou divergents. Si divergents, ils sont inclus
par ces acteurs dans une approche dialogique afin de favoriser leur hybridation.

Le(s) créateur(s) d'un SOLIS scientifique doivent mettre en évidence les biais de sa
démarche, les axiomes et ignorances. Ainsi, dans le cadre de la construction d'un savoir
scientifique :
- Les axiomes posés doivent être clairement définis et précisés ; et
- Les hypothèses formulées (sur une base inductive, déductive ou abductive) doivent être
également systématiquement énoncées clairement, à chaque niveau de l'expérimentation.

Cette approche métacognitive rigoureuse vise à favoriser la lecture analytique du
raisonnement et de la méthodologie menée par le(s) expérimentateur(s). Ces axiomes et
hypothèses doivent ainsi pouvoir être modifiés à posteriori, dans le cadre d'un nouveau
SOLIS et/ou SOLARIS, afin de développer de nouvelles branches enrichissant les
manières créatives d'appréhender et d'analyser le même objet d'étude.

22 Manière de penser opposée à la pensée verticale, qui correspond à la pensée logique traditionnelle. Selon de Bono,
les créateurs tendent à s'enfermer dans des façons de pensée stéréotypées et à paralyser leur créativité à force d'être
imprégnés par les règles qui régissent leurs discipline, et la pensée latérale vise à les sortir de ce type d'aveuglement.
Elle encourage le rejet des habitudes, la réexamination d'idées considérées comme acquises et l'analyse d'idées qui
paraissent au premier abord impossibles ou stupides. La nuance entre la pensée latérale de de Bono et celle de Yokoi
est que celui-ci l'applique en particulier aux technologies qui sont considérées comme dépassées. Ce game designer et
concepteur de jeu avait ainsi pour habitude d'attendre qu'une technologie soit très répandue pour que son coût soit
minimal, et ensuite l'adapter à un contexte nouveau (source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gunpei_Yokoi#.C2.AB_La_pens.C3.A9e_lat.C3.A9rale_des_technologies_d.C3.A9su.C3.A8t
es_.C2.BB ; consulté le 10 mars 2017). Nous pensons que ce mode de pensée créative peut permettre de nourrir en
continu la dynamique évolutive d'un système Magitopique, dans ses dimensions expérientielles « jouet » et « jeu », avec
ses différentes dimensions structurelles « esthétique », « mécanique », « histoire » et « technologie ». (voir notre modèle
du MAGI lab, 2016 à cette adresse : https://fr.scribd.com/document/327754505/MAGI-lab; consulté le 16 avril 2017)). La
dimension « histoire » peut, par exemple, concerner l'approche analytique ethnographique (Thick Data) au sein de ce
système complexe évolutif.
Le SOLARIS constitue par design une construction scientifique au sens méthodologique,
en induisant nécessairement la formulation / mise en évidence de réflexions complexes
contextualisées (axiomes, conjectures,…) et des conclusions temporaires formulées
ouvrant la voie vers un nouvel horizon d'innovation via sa dimension intrinsèquement
problématisante et imaginactante. Par exemple, des informaticiens analysant un
algorithme encodé dans un SOLARIS peuvent prendre conscience, aidés par les
différentes indications contextualisant sa création, de sa nature non optimisée (e.g., faute
de temps ou de compétences-clé dans ce domaine au moment de son élaboration). Ces
experts peuvent ainsi œuvrer à son amélioration en travaillant sa nature poétique, en
collaboration avec des graphistes et datajournalistes afin d'enrichir leur compréhension
globale de cet objet (contexte d'émission et de réception des données, mise en valeur
nécessaire pour favoriser leur interprétation par le grand public.

Le SOLARIS provient (i.e., est déduit) du raisonnement produit et développé par ses
créateurs (via la formulation d'une conclusion ouverte ancrée dans la complexité et la
vision du monde élargie), tandis que le SOLIS induit le raisonnement. En d'autres termes,
la déduction a été induite par le raisonnement complexe contextualisé (i.e., non
reproductible parfaitement). Ce raisonnement peut s'opérer / se construire par abduction,
via la formulation d'hypothèses faillibles et le saut de conjecture (dimension imaginactante
de cette œuvre). Ce raisonnement induit ainsi un SOLARIS, tandis que l'abduction devient
le raisonnement créatif et imaginactant. Au lieu d'une méthodologie « bridante » (e.g.,
dans le cadre de la rédaction d'un article de recherche), le modèle SOLARIS offre une
méthodologie débridée permettant de connecter par design les savoirs. A la fin de la
construction d'un SOLARIS, on recrée un SOLIS, qui vise à exprimer les nouvelles limites
de ce « super-savoir », avec des formulations mettant clairement en avant les biais et
failles de ce nouveau savoir complexe. Par exemple,« Voici le raisonnement mené, la
conclusion temporaire et faillible que nous en avons retiré, et la limite nouvelle que ce
travail a repoussé , via l'élargissement ou apparition (en tant qu'insight inspirant), d'un
nouvel horizon d'innovation).

III.2. Le SOLARIS comme savoir commun éthicogectif visant à libérer
l'expression des saveurs individuelles et territoriales

Le commonisme éthicogectif constitue un nouveau paradigme économique dans le
mouvement des Communs, encadré par une « éthique commoniste » (Buck-Morss, 2011)
et ancré dans le paradigme « abondance radicale » (Hughes, 2015). Le SOLARIS est
quant à lui un modèle d'intelligence collective universelle stratégique, synergique et
régénérative irriguant les territoires sous forme d'« océan bleu culturel commun »
numérique. Ce modèle repose sur la production, sur une base universelle, de savoirs
politiques librement partageables et hybridables. Ces savoirs constituent un « patrimoine
culturel commun » dont la pérennité est garantie par leur transformation en ressources
numériques anti-rivales faisant dialoguer :

- Intellect : Afin d'éclairer l'analyse et l'action au sein des territoires, via la traduction des
expériences singulières des individus en « savoirs opérationnalisants » utiles pour l'action
collective dans une perspective d'émancipation citoyenne (selon Lepage, 2012) ;

- L'affect : Via la traduction des souffrances et désirs de ces acteurs éclairant,
contextualisant et, par extension, affinant leurs savoirs via la mobilisation du mode de
pensée narratif/esthétique (Bruner, 1986). Cette sensibilité vise à renforcer la pertinence
du lien avec les autres individus (car reflétant le même besoin fondamental
d'épanouissement selon Morin, 2016) ; et

- L'éthique : Via une « éthique Imagint » (Bonnecarrere, 2016), qui encadre le processus
de production et de valorisation des savoirs, ainsi que les échanges interindividuels entre
intellect et affect issus de l'expérience de « sujets politiques imaginierés ». Ces sujets
nourrissent ainsi le pouvoir de changement social afin de stimuler les tensions
organisationnelles imaginatives (d'opportunités reconnues) et d'opportunités créées vers
un futur territorial collectivement désiré ancré dans l'émancipation citoyenne. Nous
définissons la dimension cogective de ce paradigme économique, comme la mise en
commun (par la connexion et l'hybridation au travers d'un lien expérientiel) des réflexions
et affects provenant de sujets politiques concernant, par exemple :

- Leurs souffrances éprouvées dans la « réalité ordinaire » présente au sein du
monde physique (dimension locale territoriale et holistique planétaire). Ces
souffrances sont liées aux modalités de la domination perçues et l'humiliation
ressentie (Danchin, 2016). Cet affect est couplé à l'expérience singulière forgée par
ces individus dans ce contexte. Cette dimension vise à enrichir la problématisation
du système Magitopique, en favorisant l'émergence de nouveaux problèmes
compliqués ou complexes par les acteurs Magitopiques ;

- Leurs désirs d'une « autre réalité », en lien avec leurs besoins fondamentaux
d'épanouissement personnel et de reconnaissance sociale comme être singulier (i.e.,
incomparable dans une logique de concurrence marchéiste). Ces deux dimensions
nous semblent fondamentales car elles permettent de maintenir le(s) système(s)
Magitopique(s) en état d'évolution constante via une dynamique imaginactive
débridée ;

La valeur se situe, ici, dans la pertinence du lien entre des savoirs « imaginierés »
opérationnalisants et leur traduction en actions politiques citoyennes dans l'espace public
digital et physique. Le modèle SOLARIS place le travail du social (avec, entre autres, celui
de l'imaginaire social) comme valeur fondamentale des systèmes Magitopiques
(dimension locale) et Magitopéens (dimension communautaire globale). Ce travail repose
sur une posture d'émancipation politique visant à opérer une réduction des souffrances
imputées aux actions de l'Homme. En d'autres termes, lutter contre les modalités de la
domination du monde social et du monde naturel par l''Homme. 23

III.3. L'HyperSolaris comme « forêt expansive de savoirs » opérationnalisants,
libérateurs, imaginierés et synergiques

L'HyperSolaris constitue, sur le mode analogique, une « forêt de savoirs complexes et
évolutifs » dans laquelle coexistent harmonieusement, selon une relation symbiotique
hologrammique, une potentielle infinité d'« arbres du savoir », qui génèrent un
« écosystème intellectuel et affectif » encadré par un cadre éthique assurant une
cohérence globale et pérennité. Les racines de ces arbres sont constituées par tous les
SOLIS agrégés à un instant T, connectés et hybridés pour former cette réflexion complexe
dynamique et évolutive. Le SOLIS constitue également la « graine » de savoir dans
laquelle est engrammée en puissance (potentialité incluse par design ) un arbre du savoir
complexe potentiellement infini dans sa croissance et expansion au sein de
l'HyperSOLARIS et, plus globalement, du patrimoine culturel commun imaginactant
MAGICEAN. Le « terreau fertile » à la réalisation de ce potentiel de création infini est le
cadre ordocommoniste imaginactant défini par le « cœur commun » MAGI (comme
« synergie libre, régénérative et universelle » construite stratégiquement grâce au
« moteur social synergisant » ImagineerInt et à la philosophie imaginactante MAGIpunk
engrammée dans chaque membre de la communauté Magitopéenne. Le terreau et les
graines produisant les arbres de savoirs complexes constituent, ici, l'hybridation entre les

23 Selon le paradigme de l'écologie sociale tel que défini par Bookchin (1996), servant de base aux récentes
théorisations du mouvement Solarpunk (e.g., Hughes, 2015 ; Owens, 2015).
savoirs « froids » et « chauds » (graines de savoirs hybrides) et la pensée glocale
complexe et stratégique nourrie par une intelligence stratégique synergique et
régénérative universelle MAGI alimentant ce processus créatif et stratégique 24.

Le tronc de cet arbre représente la convergence de multiples SOLIS connectés de
manière créative et singulière – voire stratégique – afin de construire un raisonnement
complexe distinguant et reliant les savoirs via une vision d'imagineer
(Bonnecarrere, 2016). L'enchevêtrement des branches représente la complexité du
raisonnement construit. Les feuilles constituent les conclusions contextualisées mettant en
évidence les biais / failles des SOLARIS (comme raisonnements complexes créés, qui
« habillent » (i.e., enrichissent) l'arbre tout en ne le cachant pas). Enfin, le nouveau SOLIS
créé après la création de chaque SOLARIS constitue une nouvelle graine d'un nouveau
savoir complexe raisonné et raisonnant en devenir. L'ADN de chaque SOLARIS est
singulier, mais porte en lui les mêmes gênes que sont le « cœur » d'un système
Magitopéen (moteur social ImagineerInt et philosophie MAGIpunk).

Nous soulignons que l'écosystème HyperSOLARIS n'est pas figé : les savoirs le
constituant et le définissant dans sa richesse et complexité glocale doivent être
constamment remis en cause, questionnés et mis-à-jour afin de maintenir l'état réflexif de
la communauté Magitopéenne en éveil et évolution constante. Cette nature évolutive
imaginactante vise à toujours favoriser la posture créative abductive et l'élargissement
continu de l'horizon d'innovation ancré dans un imaginaire social débridé émancipateur.
Cette « forêt de savoirs » évolutive constitue donc une pépinière qui ne cesse de croître et
d'évoluer en étant constamment irriguée par un terreau d'intelligence créative collective
alimentée par la MAGI, et éclairée de manière abondante par l'« idéal utopique »
Magitopéen (comme vision créative des Magitopies, écosocialement souhaitable et
collectivement désirée). Cet idéal utopique hétéreutopéen25 éclairé et éclairant stimule
ainsi le désir de progression écosociologique des acteurs Magitopéens, en les inspirant
sur la base d'une libido sciendi (Lledo, 2016) afin de dynamiser le processus
24 Cette analyse vise à enrichir celle de Lepage (2007) concernant la nécessaire hybridation des savoirs académiques
et expérientiels singuliers afin de nourrir un changement social ancré dans l'émancipation citoyenne. Selon nous, cette
émancipation ne peut être réellement effective que si elle s'ancre dans une pensée complexe glocale et stratégique
permettant d'appréhender de manière « fine » la réalité complexe à notre époque « post-normale » (Sardar, 2010)
nécessitant d'être créatifs et géniaux (Saloff Coste, 2013). L'intelligence territoriale, et plus précisément notre modèle
ImagineerInt enjoignant les individus à une intersubjectivation reposant sur une imaginierie territoriale stratégique
« sociodisruptive », nous semble ici fondamental pour favoriser la création de diversité et de diversification. En d'autres
termes, de complexité pour rendre les territoires plus résilients face à la mégacrise systémique planétaire. La
construction stratégique de la régénérativité (telle que définie par Wahl, 2016) au sein de cette culture sociodisruptive
constitue également un élément fondamental du « terreau » au sein de la « forêt évolutive » HyperSolaris.
25 Autrement dit, de co-construction en tant que sujets politiques « génies créatifs singuliers » de type rêacteurs
évolutifs dans le cadre de processus de co-éducation civique imaginieriale (Bonnecarrere, 2017).
d'« intersubjectivation MAGIducative26»

V. L'HyperSOLARIS comme support d'argumentaire éclairé et éclairant
nourrissant et stimulant le débat public au sein des systèmes
Magitopiques / Magitopéens

V.1. Le SOLARIS comme énergie réflexive stimulant le débat public citoyen

La dynamique politique au sein des Magitopies repose sur sur une libre argumentation
citoyenne structurée. Les SOLARIS permettent, au sein de Magitopies ainsi que de
territoires ancrés dans une « réalité ordinaire marchéisée destructrice », de stimuler le
débat public, en le générant et/ou l'alimentant avec des savoirs complexes raisonnés
problématisants. Les données stockées et circulant librement au sein du MAGICEAN,
dans lequel est stocké de manière ouverte et distribuée le SOLARIS, constitue ainsi un
« support d'argumentation » pour appuyer – ou réfuter – des thèses défendues dans le
cadre de débats public. Le SOLIS et le SOLARIS permettent ainsi au public de se
réapproprier ses droits et ses devoirs avec une réelle liberté d'expression, car le savoir à
disposition est libre d'accès et distribué (i.e., résilient). De fait, l'argumentaire citoyen
devient nécessairement structuré. Le SOLARIS permet donc à l'Homme de se
réapproprier son intelligence critique.

Les idées / savoirs sont libres, et même les idées jugées « tendancieuses » ont leur place
dans l'écosystème cognitif et affectif HyperSOLARIS. Cet écosystème intellectuel et
affectif complexe a besoin de diversité, de diversification et de complexité pour être
réellement résilient via une nature intersubjective. Il se nourrit pour cela de l'innovation et
de l'apport / renouvellement de savoirs au sein des Magitopies sur une base auto-gérée et
auto-organisée sur le mode d'un développement poétique endogène. Ces systèmes
générateurs de savoirs singuliers auto-entretiennent leur dynamique créative et inventive
via leur capacité à auto-générer de l'innovation sociale par design. L'« ordre commoniste
créatif » est ainsi favorisé par la structure « ordocommoniste imaginactante27 » maintenue
26 Qui repose sur une vision singulière (i.e., incomparable) et qualitative (i.e., ancrée dans une vision écosociologique
du progrès).
27 L'ordocommonisme imaginactant repose sur une politique ordonnatrice menée par des Imagints concernant le
développement et le maintien d'un cadre social conçu par design pour générer un ordre social créatif ancré dans la co-
création en émergence centrée sur les Communs et le développement du génie créatif singulier « rêactif évolutif », via
une « intelligence systémique » définie par le paradigme « imaginierisation universelle ». Ce cadre constitutionnel
(comme « code social ») est défini selon le paradigme « intelligence stratégique synergique et régénérative
universelle », que nous résumons par l'acronyme MAGI (Mastering the Art of Glocal Intelligence). L’État peut,
conformément aux analyses de Bauwens (2012), un pouvoir à la périphérie du réseau favorisant, grâce à un cadre
par les Imagints, qu constituent les garants de l'intégrité du système Magitopéen
(supercercle) et Magitopique (sous-cercle) via leur maîtrise du modèle ImagineerInt et des
« règles du jeu » de leur système Magitopéen d'ancrage définies dans un code social /
Constitution.

V.2. Les apports du modèle SOLARIS au champ scientifique

Le modèle SOLARIS vise à appréhender de manière créative et ludique de nombreux
problèmes complexes liés au processus de création de savoir dans le champ scientifique,
comme:

- Le manque de contextualisation : Conscientisation et mise en évidence de la nature
complexe du savoir intrinsèquement subjectif / biaisé (e.g., résultat d'expérience ne
pouvant jamais être parfaitement reproduite dans des conditions exactement similaires,
dans les sciences « dures ») ;

- Le manque de temps dans la construction : De par la mise en compétition des
organismes de recherche induisant une « course à la publication » et pouvant induire un
risque de biais dans la méthodologie ou les résultats obtenus appauvrissant leur
complexité et donc valeur ;

- La marchandisation : Induisant des biais cognitifs favorisant une rationnalisation extrême
du savoir (via des mots comme « produit » ou « ressource marchande ») qui ne permet
pas de placer de véritable « garde-fou » éthique encadrant la science et sa production
(moyens et ressources de production, accès et valorisation auprès du public,...). Cette
lacune dans le processus de production marchandisée de savoir favorise ainsi l'occultation
de la finalité de la recherche (e.g., questionnements sur les risques potentiels ou possibles
.Dans le cadre du modèle SOLARIS, cette réflexion est alimentée de manière constante
par un débat public réellement démocratique dans lequel peuvent participer des citoyens
pleinement capacités dans leur réflexion critique et leur expression au sein de celui-ci,..).
Nous mettons également en avant un autre risque lié au modèle de production de
recherche scientifique ancré dans le modèle de la compétition et du marché. Par exemple,
dans une logique de mise en compétition de territoires ou d'entités de recherche par un
pouvoir étatique ordolibéral selon un marché de la subvention par le biais d'une politique
de « décentralisation » et d'« autonomisation » de la « gouvernance » (selon

juridique favorable aux Communs, la prévention de l'enclosure de ce patrimoine de l'humanité non marchandisable ni
marchéisable. Par exemple, en sanctionnant un pouvoir privé pour avoir tenté d'encloser ou de dégrader une ressource
commune comme une forêt.
Lepage, 2007 et Deneault, 2015). Cette stratégie de « domestication » peut ainsi reposer
sur une adhésion publique et privée (intériorisation) à un langage officiel de type « langue
de bois28 » transformant la réalité sociale en occultant tout mot renvoyant vers un champ
sémantique ancré dans le conflit social (Boltanski et Chiapello, 1999 ; Lepage, 2007). En
d'autres termes, de dépolitiser la science (en occultant son rôle dans la stimulation et
l'accompagnement de l'innovation sociale) en favorisant le cloisonnement des champs et
en lissant, ainsi, sa dimension culturelle profonde, i.e., savoureuse ;

- La nature aliénante, dominante et humiliante : Via une enclosure au sein de « silos »
(digitaux et cognitifs29), des DRM (digitaux et mentaux30) et une nature difficilement
compréhensible par le grand public induisant un cloisonnement des champs ainsi qu'une
« violence symbolique » liée à la nécessaire possession d'un capital culturel commun
nécessaire à sa compréhension essentielle.

- La traduction traduisant la pensée initiale via un risque de lacunes et d'erreurs selon
Morin (2015, p. 125) ;

- La nature non-synergisante : via une forme non appropriable symboliquement par le
grand public, rendant difficile le partage des savoirs et leur hybridation synergique en vue
de produire de l'intelligence collective ancrée dans une « vision du monde élargie »
(Nijs, 2014 basé sur Dent, 1999, p. 47). Cette nature cloisonnée peut induire un risque
28 On distingue la langue de bois du style soutenu et du jargon expert. Le Stagirite (2015) souligne que la langue de
bois apparaît comme un recours excessif à des tournures figées et stéréotypée, pour cacher ce que l'on sait ou pour
cacher une ignorance, afin d'influencer autrui. Ce vidéaste analyse la différence entre le jargon et la langue de bois. Le
premier dévoile pour un cercle restreint, tandis que la deuxième masque au plus grand nombre, en se substituant à
d'autres vocables permettant d'analyser la réalité sous un angle différent. La force de la langue de bois est ainsi de ne
pas rendre le contenu apparent. On passe alors d'un usage défensif de cette « arme » (dissimuler son ignorance ou sa
volonté de ne pas répondre) à une utilisation offensive (faire croire quelque chose à autrui en introduisant un
déséquilibre d'information entre l'émetteur et le récepteur). Son utilisation constitue, selon l'historien des médias
Christian Delporte (2012), une façon de maîtriser sa parole pour mieux contrôler la pensée d'autrui. Il distingue la langue
de bois totalitaire et la langue de bois des démocraties, qui est celle dominante dans notre société. Le Stagirite souligne
que ce procédé vise, tout comme la propagande, à noyer le récepteur du message, i.e., le perdre pour qu'il oublie ses
questionnements et détourne son attention des conséquences réelles d'une politique (e.g., guerres, famines, privations
de liberté, inégalités…) afin qu'il regarde une réalité autre, dissimulée et mensongère. La répétition de ces mots et
tournures les amène à devenir banales, donc ininterrogées. En d'autres termes, non questionnées de manière critique.
La langue de bois renvoie ainsi, en résumé, à la fois à :
- Un acte de l'esprit (dissimuler ses pensées) ;
- Un ensemble de moyens linguistiques (mots et tournures) ;
- Des fonctions (meubler, faire diversion, intimider ou manipuler) ;
- Un contexte (notamment la position de pouvoir de celui qui l'utilise).
Ces éléments se combinent, pour Le Stagirite, en situation sans pour que l'on puisse réellement en dégager des critères
pour la reconnaître de manière infaillible. Ce vidéaste souligne ainsi que « Les concepts politiques sont intrinsèquement
idéologisés, (...) en eux-même porteurs d'une histoire et d'une vision du monde. Rêver de son passé, c'est rêver d'une
politique sans conflit, sans lutte, qui pourrait se dire avec les mots neutres de la science » (source :
https://www.youtube.com/watch?v=ZR_9szJKAPU; consulté le 05 avril 2017).Text Body
29 Selon les analyses de Nitot (2013) concernant les silos digitaux et de Bonnecarrere (2014) concernant les silos
cognitifs.
30 Selon les analyses de Stallman (2014) concernant les DRM comme « Digital Restrictions Management » et de
Maurel (2013) concernant les DRM mentaux.
d'enfermement des créateurs de savoir dans une posture élitiste, éloignée du champ
social via une isolation disciplinaire pouvant se transformer en outil de domination sur des
individus privés des clés de compréhension. Elle peut, ce faisant, les priver d'une critique
constructive élargie permettant d'enrichir et complexifier ce savoir en adoptant, par
exemple, une démarche de recherche – action ancrée dans la science ouverte citoyenne
(Halperin, 2015).

- La nature « techno-scientiste » ancrée dans une logico-rationnalité ne permettant par
d'appréhender de manière fine la réalité complexe et d'imaginer de nouvelles voies
d'évolution possibles : Via une non conscientisation et compréhension des différents biais
cognitifs et ignorances intrinsèquement liées à la création et à l'émergence de cette
ressource, induisant une aliénation au « cadre méthodologique » structuré par les
démarches inductives et déductives31 ;

- L'arborescence du SOLARIS (via la possibilité technique de cartographier et explorer de
manière claire et attractive l'évolution chronologique des savoirs) permet, selon nous, de
recalibrer la manière de transmettre le savoir.

V.3. Les apports du modèle SOLARIS à l'intelligence économique territoriale
et à l'intelligence stratégique synergique, régénérative et universelle

Nous formulons l'hypothèse que le modèle SOLARIS peut favoriser, de par sa nature
synergisante (forme évolutive SOLIS et HyperSOLARIS) et synergique (forme évoluée
SOLARIS) le développement d'une compréhension commune holistique reposant sur la
co-construction Magitopéenne de complexité permettant de nourrir la lecture – et écriture
– collective de la réalité via une pensée complexe glocale stratégique court et long-
termiste. Cette coopération synergique peut ainsi favoriser, selon nous, la dynamique
d'intelligence stratégique synergique et régénérative universelle afin de nourrir la
« synergie libre MAGI » alimentant le développement d'un système Magitopéen
équipotentiel. Ce type de système est notamment conçu pour appréhender de manière
efficace la mégacrise planétaire (Hughes, 2015) menaçant l'humanité comme
« communauté de destin » (Morin, 2015). Par exemple, un SOLARIS développé par deux
Magitopies possédant deux configurations systémiques (écologiques ou sociales)
différentes peuvent toutefois faire émerger, par leur synergie créative, de possibles
similitudes situationnelles initialement insoupçonnées. Ces deux Magitopies peuvent ainsi,
31 Qui sont, pour Morin (2015, p.95), limitées.
par exemple,œuvrer en synergie autour de la construction d'un SOLARIS commun ancré
dans la thématique de la géologie et de la gestion des ressources par ces communautés
locales (e.g., forêt Amazonnienne et forêt de Sherwood menacées selon la même logique
d'exploitation destructrice de la planète par l'idéologie capitaliste néolibérale). L'échange
d'expérience autour de la construction de cette œuvre collective peut ainsi enrichir les
réflexions et savoirs communs partagés par les acteurs Magitopiques (Imagints et
contributeurs) et générer des synergies entre les dynamiques d'imaginierie territoriale
stratégique pour, in fine, favoriser l'émergence de nouveaux modes d'organisation au
service d'un changement social planétaire.

Le modèle SOLARIS vise à lutter contre le phénomène de prolétarisation généralisée
(Stiegler, 2012), en plaçant au cœur de la dynamique d'intelligence territoriale – et plus
globalement d'intelligence stratégique synergique et régénérative universelle – le
processus d'individuation et d'intersubjectivation reposant sur le paradigme « être meilleur
que soi-même grâce aux autres' » (Jacquard, 1994). Ce processus nourrit la dynamique
créative d'imaginierie territoriale stratégique mobilisant l'ensemble des savoirs et
savoir- faire des acteurs Magitopiques. Ce faisant, il favorise la production par ces « sujets
politiques imaginierés » de savoir commun imaginactant émancipateur et synergique.

Cette synergie vise à nourrir le savoir universel SOLARIS et, par extension, le patrimoine
culturel commun MAGICEAN les hébergeant, et dans lequel ces ressources stratégiques
circulent de manière neutre.32 Le MAGICEAN33 constitue, dans le cadre du modèle
imagineerInt, un patrimoine culturel commun de type « océan bleu »34. Ce patrimoine
culturel commun (common pool) numérique irrigue, grâce à un réseau neutre et universel
(Zimmermann, 2014), les territoires de par sa nature anti-rivale. Il est, en retour, alimenté
par ces systèmes sur une base ouverte, distribuée et de pair-à-pair via des codes et
contenus libres ainsi que des données auto-hébergées afin de renforcer sa résilience. Les
savoirs hybridables constituant ce patrimoine culturel mondial reflètent ainsi, en tant que
« super-ressource » SOLARIS, le désir commun des territoires reposant sur l'aspiration
aux mêmes besoins fondamentaux d'épanouissement et l'appréhension des mêmes
problèmes complexes glocaux (Morin, 2015). La nature souhaitable de la vision utopique
poursuivie est, ici, ancrée dans l'appréhension de la « mégacrise » planétaire nécessitant

32 Selon le principe de « neutralité du net » défini, entre autre, par Benjamin Bayart (2007).
33 Acronyme signifiant Mastering the Art of Glocal Intelligence within a Connected, Evolutive and Aesthetic Network.
34 Basé sur le paradigme économique Océan Bleu (Kim et Mauborgne, 2005), qui vise ici à rendre caduque la notion de
comparaison et, par extension, de compétition sociale signifiant, selon Jacquard (1994), « la destruction des uns par les
autres » et « une guerre que l'on perd toujours ».
une gestion harmonieuse des ressources communes et une « hyperconvergence
synergique » (Bonnecarrere, 2016).

Le MAGICEAN favorise ainsi le libre accès, la réutilisation, la recombinaision,
l'enrichissement et le partage d'une culture libre MAGIpunk produite par les citoyens de la
planète agissant à l'échelle locale via une pensée glocale favorisée par une connectivité
mondiale. Cette culture est au service d'une transformation sociale universelle ancrée
dans le développement durable éthique sur la base d'une écologie sociale planétaire. Il
favorise ainsi la capacitation des acteurs territoriaux dans leur développement de
nouveaux savoirs émancipateurs.

V.4. Le modèle SOLARIS comme mode de création de savoir individuant et
intersubjectivant singularisant les esthétiques et saveurs territoriales

Selon le philosophe Bernard Stiegler (2012), un travailleur qui possède un « vrai » savoir
produit de la différenciation, de la diversité et, ce faisant, de la complexité et de la
diversification au sein d'un système pour le rendre plus résilient. Le travail collectif du
social vise ainsi à produire, au sein d'un système Magitopique (système local/sous-cercle)
et Magitopéen (système global/supercercle) du savoir utile à l'action collective citoyenne.
Le savoir constitue ainsi, dans le cadre de notre analyse, une saveur, ancré dans les
cultures locales des territoires. Son ancrage au cœur de l'économie de ces systèmes
holomorphes vise, dans le cadre de notre modèle ImagineerInt, à lutter contre la
« liquidation » des dispositifs de transmission des saveurs (Stiegler, 2012) induite par la
liquidation des barrières esthétiques par la mondialisation de l'économie marchande. Pour
ce philosophe - praticien, ce phénomène « lisse les espaces esthétiques différenciés, qui
constituent des obstacles aux économies d'échelles ne pouvant être que mondiales ».
L'émergence de savoirs issus de la sphère citoyenne vise à favoriser, via leur formulation,
expression, valorisation, partage et hybridation, le processus d'individuation. Stiegler
définit les concepts fondamentaux suivants :
- L’individuation psychique : La manière de devenir ce que je suis ;
- L'individuation collective : La manière dont se transforme la société dans laquelle je vis ;
et
- L’individuation technique : La manière dont les objets techniques se transforment.

Ces processus sont, selon lui, inséparables. Un homme qui vit sur une planète où il y a un
million d’individus n’est ainsi pas le même homme que celui qui vit dans une société où il y
a sept milliards d’individus. Il souligne également que tous les outils du savoir dans la
société (institutions familiales, école, systèmes de soin, les corps intermédiaires, etc) sont
systématiquement détruits, impliquant une destruction du savoir-faire (métiers,
techniques), du savoir-vivre (comportement social, sens commun) et du savoir-penser
(théorisation de nos expériences). Cette destruction a été remplacée par un goût vers la
satisfaction immédiate, à la pulsion infantile égoïste et antisociale. Alors que, pour lui, le
désir constitue le départ d’un investissement social. 35

V.5. L'encadrement éthique du processus de création de SOLARIS

L'éthique constitue une dimension fondamentale du modèle SOLARIS. Elle vise à la fois à
empêcher le développement irréfléchi et irresponsable de savoirs pouvant induire des
conséquences potentiellement désastreuses pour l'humanité et l'écosystème naturel (e.g.,
dans les domaines du clonage, des technologies d'« augmentation humaine », de la
modification génétique,…). Des commissions d'éthique, opérant sur une base de
transparence totale, peuvent être constituées au sein de Magitopies afin de favoriser
l'encadrement local des activités de création de savoirs « sensibles » (e.g., au sein de
MAGI labs travaillant sur des thématiques comme celles sus-citées). La commission
d'éthique au sein des Magitopies ne peut pas bloquer un quelconque travail effectué
qu'elle juge trop dangereux (afin d'éviter les risques d'abus et de censure arbitraire des
savoirs) mais soumettre celui-ci – et son problème sous-jacent perçu par cette instance –
à la communauté Magitopique (locale) et Magitopéenne (globale). Le « problème » perçu
est alors publicisé, et vulgarisé par des membres de la communauté Magitopéenne
spécialisés dans cette thématique. A partir du moment où la recherche a été considérée
comme potentiellement dangereuse par le comité éthique, elle doit être encadrée de
manière stricte et menée au vu de tous. Les données, informations et savoirs produits
dans le cadre de ces travaux doivent ainsi être librement accessibles durant l'intégralité du
processus de création.

Si la recherche est jugée par la communauté Magitopique/péenne comme trop
dangereuse dans son approche et ses risques possibles ou avérés, elle est arrêtée dans
cette voie. Les chercheurs peuvent néanmoins considérer d'autres voies d'évolution de
leurs travaux, et les soumettre à nouveau au comité éthique ainsi qu' à la communauté.

35 Cette analyse corrobore parfaitement, selon nous, l'analyse de Lepage (2012) que nous présentons dans ce
document.
Cependant, à partir du moment où elle a été étiquetée comme « risquée » voire
« dangereuse », son évolution future doit être strictement encadrée par le comité éthique
et la communauté Magitopéenne. Tous les SOLARIS sans distinction se doivent de
respecter les différentes dimensions éthiques définissant l'éthique Imagint 36.

V.6. Les organisations en réseau ouvert pour penser, construire des choix, se
relier, s'organiser et agir dans la complexité

Claire et Marc Héber-Suffrin (p. 29) définissent le réseau comme « l'organisation souple
où chaque personne ou groupe, auteur/acteur du réseau, unique et libre, peut se relier à
chacun et à tous pour faire cheminer, entre ces personnes, entre ces groupes, entre ces
groupes et ces personnes, ce qu'ils ont choisi de relier et de mettre en commun, et/ou
pour atteindre un objectif commun ». Ils font référence à leur ouvrage Des savoirs en
abondance (1999) en soulignant le fait que « décentré, souple, métastable, distribué, le
réseau a autant de centres que de carrefours, exactement autant que l'on veut, tout autant
que de chemins ». La métaphore du maillage et du tissage favorise, selon eux, l'intuition et
la représentation de ce type de réseaux. Ces deux praticiens du réseau font référence aux
travaux d'Edgar Morin en soulignant que ce maillage est structuré par des règles
construites ensemble, structurant d'un système social en mouvement, complexe et ouvert.
Ils constituent des modèles en réorganisation constante, dans un processus infini
d'auto/éco/co/organisation.

Dans Partager les savoirs, construire le lien (2001), Claire Héber-Suffrin définit les
réseaux comme des « communaux symboliques de la société moderne. Ils appartiennent
à ceux qui les font vivre, qui peuvent y puiser des ressources en savoirs et savoir-faire, en
intelligence, en créativité, en recherche commune de solutions, en imaginations sociales
dont ils ont besoin. Ils savent que ces communaux ne seront ressources pour chacun
qu'autant que tous les alimenteront ».

Les Héber-Suffrin soulignent également (2012, p. 49-50) que faire, vivre et penser en
réseau constitue une culture. Selon eux,

Nous avons été formés dans des systèmes verticaux, hiérarchiques, centralisés,
compétitifs et binaires, stables, programmés et programmants 37. Or, le “réseau”
appelle (et crée) une culture de démarche38 plutôt que de programme, où l'on prend

36 Voir présentation dans le modèle ImagineerInt.
37 Ces experts du réseau défendent ainsi l'idée que lorsque nous apprenons des connaissances et des savoir-faire,
nous apprenons également les systèmes dans et par lesquels nous apprenons. S'ils sont fondés sur la compétition, nous
apprenons la compétition tandis que s'ils sont fondés sur la coopération, alors nous apprenons à coopérer.
38 Jacques Bouveresse l'appelle, à la suite de Robert Musil, l' « essayisme ».
en compte l'aléatoire, l'inattendu, où une place est donnée à l'imprévisible. C'est une
culture de la rencontre comme occasion d'ouverture, d'inventivité, d'enrichissement
des perspectives.

Penser en réseau, c'est relier en soi des personnes, des savoirs, des perspectives ;
c'est penser les paradoxes, chercher à les résoudre plutôt par des paradoxes
englobants que par réduction. C'est penser la réalité avec le maximum d'esprits
divers possibles, de perspectives différentes. C'est savoir que, cette réalité, on ne la
connaîtra vraiment jamais : “ll y a une foule de manières de parler du monde dont la
plupart ne seront jamais découvertes” 39. Fonctionner en “réseaux” peut contribuer à
en partager quelques unes.

V.7. Les caractéristiques fondamentales d'un réseau d'échanges réciproques
de savoirs

Le réseau d'échanges réciproques de savoirs (RERS) constitue le cœur structurel du
modèle SOLARIS. Claire et Marc Héber-Suffrin définissent (2012, p. 22 – 23) les
caractéristiques de ce type de réseau :
- Tous les savoirs sont de droit pour tous : La diversité des savoirs est une richesse et une
chance. La question « Comment rendre ces savoirs accessibles » est ainsi, selon ces
deux praticiens, une vraie question. L'une des réponses possibles est celle qui est
proposée par le réseau : que des offreurs et demandeurs de savoirs en cuisine, en
philosophie des sciences, mécanique, aquarelle ou musique classique se rencontrent et
deviennent proches ;
- Refus de hiérarchiser les savoirs : Chaque savoir résulte d'une histoire personnelle,
d'une culture spécifique et d'un parcours d'apprentissage singulier. Les savoirs permettent
également de créer de vraies rencontres et de belles relations. Les Héber-Suffrin
considèrent également qu'un apprentissage réussi peut constituer une étape importante
vers d'autres apprentissages, d'avantage de confiance en soi, et pourrait faire naître de
nouveaux désirs de savoirs ;
- Les savoirs valent par leurs fruits : Il est ainsi nécessaire de se demander s'ils produisent
de la volonté d'apprendre, de la fierté, de la rencontre ou bien de l'humiliation ou de
l'exclusion ;
- Les savoirs sont des processus définitivement inachevés : Il est important de garder à
l'esprit que nous ne savons pas une bonne fois pour toute. Ainsi, si ces savoirs sont des
savoirs vivants, alors ils circulent et se transforment tout en transformant les personnes
39 Du philosophe américain Donald Davidson.
qui, à leur tour, les transforment. Chaque savoir est lui-même complexe : il est tissé d'une
multitude de savoirs et est relié à d'autres savoirs ;
- Les savoirs sont des richesses, tout comme les manques et ignorances : Prendre
conscience de ses ignorances est une chance, car cela permet de ne pas se dire « je suis
nul », mais « je ne sais pas encore ». En d'autres termes, d'essayer d'apprendre. Cela
permet également de dire à une autre personne que nous avons besoin de lui pour
apprendre. On peut alors parler, selon les Héber-Suffrin, de « savoirs émancipateurs » qui
offrent des occasions de construire des liens positifs entre les humains.

Conclusion

Nous avons essayé de présenter une voie expérimentale que nous tentons de suivre dans
le cadre de notre travail de recherche – action, dont le socle repose sur la production
d'intelligence collective faisant dialoguer intellect, affect et éthique. Ce dialogue nous
semble véritablement fondamental pour contextualiser les souffrances et désirs des
citoyens de la planète et, par extension, placer le savoir au cœur d'un réel progrès
(écologique et social) qui « ne vaut que s'il est maîtrisé par tous » (Ruskin, 2013). Tout
comme Bourdieu (2001), nous croyons fermement que l’intellectuel collectif peut jouer un
rôle irremplaçable dans la pensée politique critique, en contribuant à créer les conditions
sociales d’une production collective d’utopies réalistes.
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© 2017 Thomas Bonnecarrere (CC BY-SA)

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