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PARTIE 2 - HISTORIQUE DES DROITS HUMAINS

B. Trois générations de droits

On distingue actuellement trois générations dans l’évolution des Droits Humains.

Les droits-libertés

Un aspect essentiel : la non- intervention de l’Etat dans la gestion des affaires privées.

Ce sont les droits civils et politiques. Ils datent de l’époque des Lumières et des philosophes tels que Rousseau, Locke, Tocqueville, …Ces droits supposent la non- intervention de l’Etat dans certains domaines de la vie des individus. L’Etat s’engage à ne pas interférer entre autre dans le droit à la vie, à la sûreté de la personne, à la liberté de penser, à la liberté d’opinion et d’expression, au droit de circuler librement. Ces droits garantissent également l’inviolabilité du domicile ainsi que l’accès à un procès juste et équitable.

Cette obligation de non intervention de l’Etat est formulée en utilisant la négation: ne pas entraver la liberté en incarcérant sans raison, ne pas limiter la liberté d’expression en instaurant la censure, ne pas porter atteinte à la vie privée en mettant en place des procédures de surveillance, d’écoute téléphonique, etc.

Les droits de la première génération sont repris dans la plupart des Constitutions européennes du XIXe siècle. La Constitution belge de 1831 en fait partie.

Les droits-égalité

Un principe : une « présence » accrue de l’Etat qui se manifeste par des interventions en faveur de l’égalité entre les individus.

Les droits économiques, sociaux et culturels constituent ce qu’on appelle la deuxième génération de droits. Ceux-ci supposent l’intervention de l’Etat au nom de la justice sociale, pour pallier aux inégalités entre individus. Ces aides de l’Etat concernent le droit au travail, à la sécurité sociale, à l’éducation ou encore à la santé.

Vers la seconde moitié du XIXe siècle ainsi qu’au début du XXe siècle, de nombreux mouvements sociaux voient le jour. Nous sommes peu de temps après la révolution industrielle, et partout en France, en Angleterre, en Belgique, des hommes et des femmes, principalement issus de la classe ouvrière émergente, s’unissent pour la reconnaissance de leurs droits et l’obtention d’une justice sociale. Cette époque est aussi marquée par la naissance des syndicats qui soutiennent les ouvriers dans leur combat.

L’intervention de l’Etat est exprimée par l’affirmative : allouer des budgets, développer les systèmes d’éducation, mettre en place un système de sécurité sociale.

Bon à savoir : Ces deux générations de droits se trouvent dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Les droits collectifs ou solidaires

Il s’agit d’un ensemble de droits basés sur le principe de la solidarité et qui

supposent l’action à un niveau international. On retiendra par exemple le droit à la paix, le droit au développement, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des ressources naturelles de leur pays.

Ces droits ne sont pas repris dans la DUDH. Il s’agit d’une catégorie de droits relativement neuve. Elle ne se retrouve pas encore telle quelle dans une convention, bien que certains textes en fassent déjà mention.

Une quatrième génération ?

A l’heure actuelle, et sous l’influence des préoccupations environnementalistes, des

débats sont en cours à propos de la reconnaissance d’une quatrième génération de droits qui reprendrait le droit à un environnement sain, le droit au développement durable (conférence de Rio, accords de Kyoto, …), le droit des générations futures.

Quelques éléments de discussion

Un concept en constante évolution

Au fil du temps, des époques, des générations, la société est confrontée à de nombreuses transformations. Les avancées techniques, biologiques, informatiques et autres posent sans cesse de nouvelles questions éthiques et incitent à légiférer sur de nouvelles matières. Quelle position adopter face aux avancées technobiologiques ? Comment garantir le respect de la vie privée des individus face aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ? Ceci démontre que la notion des droits de l’Homme est un concept dynamique, en perpétuelle évolution et qui, tout en tentant de répondre à la quête du bonheur, s’adapte aux changements de notre société démocratique.

Le problème de la catégorisation

Cette hiérarchisation des générations de droits pose cependant question.

Le fait de classer les droits en générations successives ne suggère-t-il pas que l’on passe à la génération suivante une fois la première accomplie ? Or, ce n’est pas

parce que l’on change de génération que les droits de la génération précédente sont totalement acquis. Au contraire, on remarque que malgré les changements d’époques et l’évolution de la société, certains droits « plus anciens » ne sont toujours pas respectés.

La catégorisation laisse à penser qu’il existe une hiérarchie entre les générations de droits. Cependant, la première génération ne prévaut pas nécessairement sur la seconde ou la troisième.

Pourquoi avoir alors nommé distinctement les générations de droits ? Parce qu’il semblait important de spécifier qu’il s’agit de deux (ou de plusieurs) « catégories » différentes de droits. D’une part, les droits qui refusent l’intervention de l’Etat ; d’autre part, ceux qui la requièrent. Pour certains, cette division en deux catégories est une « erreur historique ». Car une génération de droits ne va pas sans l’autre. Que vaut le droit de participer à la vie politique si l’on n’a pas accès à l’éducation ? A quoi cela sert-il d’abolir l’esclavage, si les conditions de travail restent inhumaines pour une grande partie de la population mondiale ? Comment jouir d’un bon état de santé si on est enfermé sans raison valable et sans avoir accès aux soins adéquats ? C’est la raison pour laquelle, lors de la Conférence de Vienne de 1993, les Nations Unies ont affirmé à plusieurs reprises que tous les droits de la personne sont universels, indissociables, interdépendants et intimement liés.

En outre, certains droits de la première génération sont imprécis (par exemple, la notion de la vie privée n’est pas clairement définie), tandis que d’autres de la seconde génération sont très précis (comme le droit de grève). De même, certains droits de première génération impliquent des obligations positives (le droit à un procès équitable) alors que des droits de seconde génération supposent des obligations négatives (le droit de grève, le droit à la paix). Ce qui vient contrebalancer ce que nous avons dit plus haut, et qui confirme le fait que plutôt que de se succéder et de se différencier, les générations de droits se chevauchent, s’imbriquent et se répondent mutuellement.

Aujourd’hui, plusieurs textes et/ou principes tentent de rompre avec ces distinctions en invoquant certains arguments :

L’effet stand-still : Il ne peut pas y avoir de régression en matière de protection des droits humains. Si l’Etat affirme progresser dans la réalisation d’un objectif, il ne peut pas prendre par ailleurs des mesures qui manifestent un retour en arrière. Par exemple, il n’y a pas d’obligation en droit international d’interdire la peine de mort, mais si un Etat a décidé de l’abolir, il ne peut pas la réinstaurer par la suite. L’effet stand-still est un principe juridique qui n’est pas inscrit dans les lois. Il s’agit de cas relevant de la jurisprudence. Voilà pourquoi certains le contestent.

L’article 23 de la Constitution belge mélange quant à lui les générations : tout en s’appuyant sur le concept de dignité humaine, il propose des pistes et des principes d’organisation pour mettre en œuvre cette dignité.

La Charte africaine : imbrique les générations (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit à la paix, …) et prévoit également des « devoirs du citoyen ».

La Convention internationale des Droits de l’enfant : mélange les générations.